dimanche 4 mars 2012

Parker et la nécessité de maintenir le mythe


J'ai continué de lire depuis hier ce qui s'écrit ici et là sur la toile dans la foulée du lot de notes parfaites récemment attribuées par Parker à des bordeaux 2009. Plus je lis et plus ça me désole. Ceux qui s'offusquent de Parker pour avoir décrété trop de perfection ne remettent pas en cause le système de notation sur 100 ou son statut quasi papal. Non. Ce qu'on semble lui reprocher, c'est d'avoir sanctifié trop de vins et de l'avoir fait trop rapidement. Comme si de nommer d'un coup autant de vins enlevait de la valeur à la sainteté. Mais on ne remet pas en cause la capacité d'un homme à décréter la sainte perfection. Pourtant, plus je lis sur les critères pouvant mener à la sanctification parkerienne, et plus je me dis que le pape est plus ouvert que lui dans ses critères. J'ai appris au fil de mes lectures que 10 points de l'échelle d'évaluation de ce bon Parker étaient attribués au potentiel de garde d'un vin. Un vin sans potentiel d'évolution est ainsi plafonné à 90 points. Donc, pour décréter la perfection il faut pouvoir lire dans l'avenir, et si par malheur vous avez une faible longévité, la sainteté vinique vous sera inaccessible. Une chance que Jeanne D'arc n'était pas une bouteille de vin... Une chose est sûre, ceux qui achètent des vins sur la base des notes de Parker, et ouvrent rapidement leurs bouteilles, devraient savoir que la note du prophète est alors invalide. De plus, pour adhérer au système Parker, il faut obligatoirement avoir une cave et la patience de garder ses vins sur de longues périodes, avec les coûts très élevés que ça implique. Le premier grand cru payé 1000$ en primeur aura triplé de prix 25 ans plus tard, lors de l'ouverture, au moment où la grosse note si séduisante de Parker sera justifiée. Ceux qui se plaignent du prix prohibitif des grands bordeaux devraient se rendre compte que ce prix l'est encore beaucoup plus si on suit les règles de l'art en la matière. C'est beaucoup d'argent à investir pour espérer toucher la perfection, et il faut avoir confiance en sa propre longévité. Ceci dit, je sais que lorsqu'il est question de perfection, il est trivial de parler d'argent... Veuillez m'en excuser.

Comme on peut le voir, tout cela semble bien loin du simple plaisir que le vin peut procurer. Ça semble aussi bien loin de la réalité de la vaste majorité des amateurs. Ce simple constat devrait être suffisant pour entraîner le rejet de ce système de notation insensé, même s'il y a bien d'autres raisons de le rejeter. Ce système est à mon avis la plus grande arnaque existante dans le monde du vin. À côté de cela la biodynamie semble presque rationnelle... Pourtant, le ridicule et l'invalidité de ce système seraient tellement faciles à démontrer par une simple dégustation à l'aveugle. Pour ce faire, Parker devrait prêter sa collaboration, ce qui bien sûr n'arrivera jamais. N'empêche, une simple dégustation, où Parker devrait noter à l'aveugle une série de vins qu'il a déjà notés dans sa revue, suffirait pour détruire la renommée de son système de notation et le mythe de son infaillibilité. Ça ne voudrait toutefois pas dire que Parker n'est pas un excellent dégustateur et qu'il ne maîtrise pas son sujet. Ça voudrait simplement dire qu'il s'agit d'un humain avec les limites que ça implique, et ça démontrerait surtout que la précision chirurgicale de ses sens et de son système de notation sont une véritable farce. Ça mettrait aussi à mal sa prétendue capacité à identifier la perfection. Cependant, si l'ami Bob se contentait de l'échelle simple à cinq niveaux que j'évoquais hier, alors je pense que son taux de réussite dans une telle dégustation serait excellent, et il prouverait ainsi qu'il maîtrise son sujet comme un humain doué et expérimenté peut le maîtriser. Pour moi il serait bien plus crédible dans ces conditions, mais pour la meute de ses fidèles, la désillusion serait grande. Le monde du vin aime les mythes, on y parle souvent de magie, on s'en remet volontiers au pouvoir des astres et aux vertus d'une nature idéalisée comme bienveillante. Mais on est souvent plus réticent a ramener le tout à une échelle humaine. En ce sens, il est facile de comprendre le mythe Parker et la division qu'il provoque. Ses partisans l'ont érigé en prophète, alors que ses détracteurs n'y voient qu'un homme, donc un suspect. Si Parker détruisait son mythe et assumait son humanité, en laissant tomber son système alambiqué de notation pour quelque chose de plus simple et réaliste, il tomberait dans une certaine indifférence. Tel est le monde du vin.

vendredi 2 mars 2012

Sa Bobeté et le ridicule de l'infaillibilité


J'ai bien ri en lisant le dernier texte de Tim Atkin à propos des derniers scores de 100 points accordés par Robert Parker à un bon nombre de bordeaux 2009. Atkin donne à ce bon Bob un titre que s'était attiré Dylan dans un autre domaine. J'ai tenté de le traduire dans mon titre, car je trouve que ça représente bien le problème avec Parker. Cet homme a acquis un statut quasi surnaturel dans le monde du vin, du moins auprès d'un certain public et du marché de certains vins. Comme bien des choses dans ce fameux monde du vin, ça dépasse l'entendement, le rationnel, le gros bon sens. C'est rendu tellement ridicule que c'en est drôle. Dans ces circonstances, il est difficile de comprendre comment le système de notation sur 100 arrive à survivre. Il faut que l'appétit pour les chiffres érigés en vérités absolues soit très grand. Quand va-t-on se rendre compte que réduire un vin à un nombre et penser que celui-ci est valide pour tous en tout temps est absolument insensé? La beauté du vin tient en partie à son caractère changeant selon l'angle et le moment où on l'aborde. Au delà d'une certaine qualité objective, l'appréciation du vin est affaire de sensibilité personnelle, de prédisposition mentale et de contexte de dégustation. Encore une fois, ramener ça à un nombre très précis et définitif n'a absolument aucun sens. Le problème ne tient pas tant à Parker qu'à ceux qui lui accordent un statut d'infaillible. Ça me rappelle un vieux sketch de Ding et Dong avec un certain Jean-Paul II qui montrait bien l'absurdité de ce genre de croyance...

samedi 25 février 2012

SUR LE VIF

Petit texte intéressant du blogueur britannique Jaimie Goode sur comment l'approche psychologique du vin peut en altérer la perception. Malgré tous les compte-rendus surprenants de dégustations à l'aveugle, cet aspect de l'appréciation du vin demeure à mon sens négligé, surtout qu'il va bien au-delà de l'aveugle. Plus vous serez convaincu en abordant un vin que le prix, l'étiquette et tout le reste ne sont pas déterminants, plus vous aurez de chance d'apprécier le vin pour ce qu'il est vraiment au moment où vous le dégustez.

vendredi 24 février 2012

"C" comme dans Chili et Carignan

Le Chili vinicole a un lien amusant avec la lettre "C". Bien sûr c'est la première lettre du mot Chili, mais aussi celle de cinq de ses appellations, Choapa, Casablanca, Cachapoal, Colchagua et Curico. C'est aussi la première lettre de son cépage phare, le Cabernet Sauvignon, aussi celle de son cépage ressuscité, le Carmenère, sans compter le Chardonnay qui est un des deux principaux cépages blancs du pays. Toutefois, le facteur C chilien le plus négligé, surtout ici au Québec, c'est bien sûr le Carignan. Ce cépage est une des forces du Chili, et pourtant, aucun vin de pur Carignan chilien n'est disponible à la SAQ. Je lisais la dernière chronique de Bill Zacharkiw sur le site de The Gazette, et celui-ci y fait l'éloge des vins de vieux Carignan, y compris ceux du Chili. Ce qui est tout à son honneur. Bill demeure à mes yeux le seul chroniqueur vin digne de ce nom au Québec. Le seul qui couvre large, qui va au-delà des généralités et des clichés, même si au fond c'est un europhile invétéré. Preuve qu'on peut aimer l'Europe vinicole et voir plus loin. Peut-être est-ce dû au fait qu'il s'adresse en premier lieu à un public non francophone? Je ne sais pas, et surtout, je m'égare... Toujours est-il que Bill fait l'éloge du Carignan chilien dans sa dernière chronique, mais lorsque vient le temps de faire des suggestions, le pauvre ne peut pas car aucun de ces superbes vins, qui cadrent avec ce que certains appellent le goût québécois, n'est disponible à la SAQ. J'ai eu la chance de goûter le vin de De Martino auquel Bill fait référence dans son texte, et c'est un vin absolument formidable qui se démarque du profil qu'offrent habituellement les rouges chiliens en prime jeunesse.

En attendant que la SAQ se réveille et nous offre certains de ces merveilleux vins issus de très vieilles vignes. Je vous réfère à mon compte rendu du seul vin de Carignan chilien que j'ai réussi à me procurer jusqu'à maintenant. Il est aussi intéressant de lire deux textes sur le sujet venant de la plume des britanniques Peter Richards et Jancis Robinson. Ces textes relatent la création de VIGNO, une appellation réservée aux vins issus à majorité de vieilles vignes non irriguées de Carignan de la vallée de Maule. Pour avoir droit à cette nouvelle appellation, les vins doivent contenir au moins 65% de vieux Carignan (vignes de 30 ans et plus) et être relâchés sur le marché au moins deux ans après le millésime. Le Carignan n'est pas le seul vieux trésor de la vallée de Maule. Cette région contient encore plus de vieilles vignes de Pais qui peuvent être gréffées avec des cépages plus qualitatifs. L'aspect bénéfique des vieilles vignes est ainsi maintenu et le producteur peut choisir les cépages les mieux adaptés au lieu. Il faut rappeler que le Chili est le seul pays au monde à ne pas être affecté par Phylloxéra vastatrix, et qu'ainsi les vignes sont généralement plantées franches de pied, c'est-à-dire sans greffage. Les vielles vignes de Pais non greffés peuvent donc jouer le rôle de porte-greffes. C'est un exemple inusité de greffage Vitis vinifera sur Vitis vinifera. Aussi, un des meilleurs vins liquoreux du Chili vient aussi de Maule, c'est un vin issu de vieilles vignes de Torontel et élaboré selon la méthode italienne du Vino Santo par Erasmo, le projet chilien du comte Francesco Marone Cinzano, propriétaire en Toscane du réputé domaine Col d'Orcia.


Article du Daily Telegraph sur le Carignan.




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jeudi 23 février 2012

CARMENÈRE, 2005, COLCHAGUA, ARBOLEDA


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Avec Errazuriz, Sena, Vinedo Chadwick et Caliterra, Arboleda est un autre projet mené par l'infatiguable Eduardo Chadwick, un des leaders du Chili vinicole. À l'origine de ce projet, au début des années 2000, les fruits des vins de Arboleda venaient des différents vignobles des autres projets de M. Chadwick, et certains raisins étaient achetés à des producteurs indépendants. Aujourd'hui, Arboleda est un producteur qui possède son propre vignoble au milieu de la vallée d'Aconcagua et il produit ses blancs et un Pinot Noir à partir des nouveaux vignobles du groupe Chadwick, à Chilue, dans la région côtière de la même vallée d'Aconcagua. La seule exception est pour ce Carmenère, ce 2005 venait de Colchagua, et le millésime courant, le 2009, vient toujours de ce même vignoble. Le vin titre à 14% d'alcool. Il s'agit de ma troisième bouteille de ce vin, sur quatre, les deux premières avaient été ouvertes à l'achat, et un an plus tard.

La robe est sombre, sans réelles traces d'évolution, bien que très légèrement translucide. Le nez a perdu de sa fougue de prime jeunesse et son caractère marqué d'herbes aromatiques pour se recentrer sur un fruit noir de très belle qualité, complété par une touche d'épices douces et des notes évoquant le sang, la cendre froide et le graphite. C'est vraiment étonnant de voir comment le nez de ce vin s'est transformé en cinq ans à peine de garde. À noter que je n'y ai perçu aucune note de verdeur qui marque plusieurs vins de ce cépage. En bouche, on retrouve un vin de profil sérieux, à la limite du sévère. Il y a encore une matière solide et assez volumineuse, encadrée par des tanins qui ont de la poigne. Le fruit noir mène toujours la parade au niveau des saveurs, bien soutenu par une dose substantielle d'amertume chocolatée. Le milieu de bouche confirme le très bon niveau de concentration et la présence affirmée de ce nectar. La finale est dense et épicée et s'étire un long moment.

Après mon éloge récent d'un vin âgé de 12 ans que je considérais comme étant à son mieux et tellement différent des jeunots qu'on retrouvent habituellement sur le marché. J'ai eu envie cette fois de tâter un exemple mitoyen. Un vin qui n'est plus en prime jeunesse, mais qui ne serait pas encore rendu dans la zone que je privilégie. Et bien je dois dire que j'ai obtenu sensiblement ce que j'attendais. Le vin était très bon, bien différent de ce qu'il donnait il y a cinq ans lors de son achat, mais encore trop jeune pour être dans la zone que je préfère. Ma dernière bouteille attendra donc cinq à sept années supplémentaires avant d'être ouverte. Ne vous fiez pas à l'étiquette, ce vin est le même que celui offert à la SAQ. Selon mon expérience, le groupe Chadwick/Errazuriz est un des producteurs chiliens qui maîtrise le mieux le capricieux Carmenère et ce vin en est un bel exemple.








samedi 18 février 2012

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2000, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ


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Pour une première bouteille après une longue période sans vin, j'ai décidé de me faire plaisir et d'ouvrir ce que je considère comme une valeur sûre, le type de vin sur lequel ma cave est constituée. Le genre de vin que je préfère et que je pourrai boire sur une base hebdomadaire d'ici quelques années, tellement j'en ai mis de côté. Dans ces circonstances, à chaque nouvelle bouteille que je décide d'ouvrir j'ai une petite angoisse, tellement j'ai misé sur cette catégorie de vins non réputée pour la garde. S'il fallait que je me sois trompé, je serais bien mal pris avec mon gros lot de bouteilles périmées. Ceci dit, la confiance est plus grande que l'angoisse, sinon je ne me serais jamais lancé dans cette démarche inhabituelle. Dans le cas de ce vin en particulier, j'avais encore moins de doute ayant eu la chance de parler avec son auteur, Ricardo Baettig, lors de la dernière dégustation de Vins du Chili tenue l'automne dernier à Montréal. Il me confirmait alors le potentiel de garde méconnu des rouges chiliens de cette catégorie, et de ceux de Errazuriz en particulier. Ricardo œuvre maintenant chez Vina Morandé, mais en 2000 il était chez Errazuriz, d'ailleurs son frère Francisco est maintenant œnologue en chef pour Errazuriz. Le millésime 2000 marque l'instauration de cette gamme de vins sous la marque « Max Reserva ». Le vin a été élevé pendant 14 mois en barriques de chêne français (59%) et américain (41%), dont 43% étaient neuves. Il titre à 13.8% d'alcool pour un pH de 3.66. Un dépôt appréciable était présent sur le flanc de la bouteille.

La robe est d'une teinte grenat encore assez soutenue, mais montre des signes d'évolution par son aspect translucide et orangé au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe, modulant ses arômes avec une juste intensité et montrant ce profil de Cabernet au meilleur de son évolution que j'affectionne tant. On y retrouve entremêlés des effluves de cerise, de cassis, de bois de cèdre, de goudron, de vanille de chocolat noir et d'herbes aromatiques. L'aspect boisé de ce vin qui pour moi évoque la pâtisserie en prime jeunesse, s'est admirablement transformé. Par association on peut le retracer dans ce qui reste de chocolat et de vanille, mais ça se présente aujourd'hui sous une autre forme, et ça s'intègre beaucoup mieux au fruité qui lui aussi montre une patine que seul le temps en bouteille peut donner. En résumé, un nez mi-évolué, complexe, bien dosé et révélateur des meilleures qualités du cépage. Le ravissement se poursuit en bouche, où l'on retrouve un vin modéré et équilibré. Un vin qui évite les excès, avec suffisamment de tout et qui ne manque de rien. Un vin pour amateur de vins faciles à boire, de vins qui appellent la prochaine gorgée. Un vin caressant, dénué de traits agressifs. Un vin où le temps a permis aux éléments de se fondre en transformant du même souffle la palette des saveurs. Celle-ci reflète bien le profil perçu au nez, et peut se déployer sans encombre, grâce à une présence tannique bien résolue. La finale est gracieuse et d'une bonne persistance.

Vous aurez compris qu'un vin comme celui-ci n'est pas destiné aux amateurs qui sont impressionnés par la quantité et l'artifice. Je l'ai dit, il s'agit d'une vin d'équilibre, évolué et modéré. Un vin qui brille par sa finesse, tant au niveau aromatique que tactile. Un vin facile à boire, mais pas un vin de soif. Un vin qui sait séduire autant les sens que l'esprit, en autant que l'esprit y soit disposé. Si j'évoquais mes doutes récurrents, en introduction, face aux nombre de bouteilles de ce type de vins que j'ai en cave. Le moins que je puisse dire, c'est qu'une bouteille comme celle-ci annihile toutes ces craintes. À chaque nouvelle gorgée de ce nectar qui tombe tellement dans mes cordes, j'ai l'impression d'être assis sur un trésor acquis à un prix dérisoire. J'aimerais ne boire que ce type de vin entre deux âges, des vins qui se sont délestés des artifices de la jeunesse et pour lesquels l'essentiel est toujours présent, dans la meilleure des formes. À me lire vous croirai peut-être que je divague, que j'en beurre épais pour justifier une prise de position. Moi je vous répondrai qu'il n'en est rien. Ce vin parle pour lui-même et son discours porte. Il faut y goûter pour s'en convaincre. De plus, sur une note plus philosophique, et ayant éprouvé de légers ennuis de santé dernièrement, une autre qualité de ce type de vin est qu'il n'est pas nécessaire de le mettre en cave 30 ans pour en tirer le meilleur. Plus on avance en âge et plus on se demande si on boira tous ces vins que l'on mets soigneusement à l'ombre pour plus tard. Dans la vie comme dans le vin, rien n'est assuré, sauf qu'un jour ça se terminera. Rien n'empêche d'être optimiste, mais l'âge a cette faculté de nous inculquer malgré nous une bonne dose de réalisme. Si tout est question d'équilibre dans la vie, alors disons qu'un vin comme cet Errazuriz se place très bien sur le plateau réaliste de la balance. Le 2009 est largement disponible et facile à se procurer en promotion, environ 16$ dans une SAQ Dépôt. Le plus difficile n'est pas de l'acheter, c'est de le mettre à l'ombre pour 10 ans... Paradoxalement, les vins les moins chers sont les plus difficiles à garder pour de longues périodes.

jeudi 16 février 2012

Magazine CELLIER et vins de Cabernet Sauvignon


Ne fréquentant pas les succursales de la SAQ ces derniers temps, ni son site web, c'est par la poste que j'ai reçu aujourd'hui ma copie du dernier magazine CELLIER de la SAQ. Celui-ci est toujours aussi bien fait et c'est avec intérêt que j'y ai lu les résultats d'une dégustation en semi-aveugle de vins de Cabernet Sauvignon venant d'un peu partout au monde. Encore une fois, l'effet du mode aveugle a mis à mal la corrélation entre prix et qualité perçue. Le Gran Coronas de Torres faisant jeu égal avec le Mas La Plana, et le Marquès de Casa Concha de Concha y Toro faisant de même avec le Don Melchor. J'ai souvent écrit que le Marquès de Casa Concha n'était pas loin derrière le Don Melchor et que c'était tout un achat à 20$, pour qui aime les Cabs chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo. Toutefois, sans surprises, le panel de dégustation n'a pas très bien coté les vins du Chili de cette dégustation. Comme on le sait, ces jeunes vins sont parmi les plus typés qui existent et sont donc assez facilement identifiables à l'aveugle. Pour preuve, on mentionne même dans les commentaires que le mieux coté des vins chiliens, le Cuvée Alexandre, 2009, de Casa Lapostolle, n'a pas été reconnu comme chilien par aucun des dégustateurs. Cela explique probablement son rang relativement favorable par rapport aux cinq autres vins chiliens dégustés... Résultats sans surprises donc, mais je suis déçu de la mise en contexte. On justifie l'absence de bordeaux dans cette sélection par le caractère peu abordable de si jeunes vins issus de cette région. Toutefois, ça ne semble pas poser problème pour les Cabs du reste du monde, même si on mentionne à la toute fin que les meilleurs Cabs d'Italie, de Californie et d'Espagne peuvent gagner à reposer quelques années en cave. Encore une fois, et toujours sans surprise, silence radio sur le potentiel de garde des Cabs chiliens.

Les idées reçues en matière de vin sont fermement incrustées au Québec, et ça inclut l'idée de ce qui est supposé être bon. On nous ressort continuellement les mêmes clichés et lieux communs, sans l'ombre d'une vision le moindrement différente des choses. Le conformisme règne en maître dans les grands médias. Pourtant, je trouve que les Cabernets chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo, ont cette qualité importante d'être distinctifs. Ils ne sont pas des copies de ce qui se fait ailleurs et l'empreinte du terroir y est très marquée, surtout sur des vins jeunes. La distinction est pourtant considérée comme une qualité en matière de vin, mais dans le cas des Cabernets chiliens, plusieurs y décrètent plutôt un défaut. Pourtant, je ne suis pas le seul à penser autrement. Je lisais dernièrement les commentaires du réputé œnologue australien Brian Croser à propos du Cabernet Sauvignon chilien. Celui-ci est fondateur de la réputée maison Petaluma et œuvre maintenant chez Tapanappa, tout en étant consultant pour la maison Santa Rita au Chili. Voici ce qu'il disait récemment à propos du Cab chilien :

“Chilean Cabernet Sauvignon is completely unique and can’t be replicated. Its unmistakable Cabernet nature is a real advantage for Chile, and a strength to build upon. The best examples are subliminal, with grainy tannins that impart a savoury note on the finish. Chile has recognised the challenge of the Cabernet varieties and the unusually high diurnal range of the terroirs and continues to refine the vineyard management with preveraison leaf stripping and other treatments, creating some of the world’s most unique and distinctive Cabernets with subliminal briarines and evolved savoury tannins.”

Voilà qui est réconfortant à lire pour quelqu'un comme moi. Si je me fiais à nos palais médiatiques québécois, il y a longtemps que je considérerais mon goût comme déréglé, ou bien je me serais finalement conformé aux diktats du "vrai goût". M. Croser a aussi dit que les chiliens ont encore du chemin à faire pour apprivoiser les tanins de ce cépage. Voilà qui diffère de l'idée voulant que les Cabs chiliens soient parfaitement prêts à boire en prime jeunesse. Pour ma part, je trouve que la garde prolongée est encore le meilleur moyen de prendre soin de ces tanins de jeunesse souvent imposants. Le problème, c'est qu'à peu près personne n'associe Cabernet du Chili et vin de garde. Disons que la dégustation et le texte du magazine CELLIER n'auront rien fait pour changer les choses. Belle occasion ratée. Dommage. Il y a pourtant du Don Melchor, 1995, 1997, 1999, 2000, 2004 et 2005 actuellement sur les tablettes de la SAQ, mais on aura plutôt préféré y mettre le plus jeune de tous, le 2006...


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vendredi 10 février 2012

Chili: La montée des blancs



Le virage vers le développement de terroirs de climats frais entrepris par le Chili depuis une quinzaine d'années n'a pas seulement élargi l'offre stylistique de ce pays en ce qui a trait aux vins rouges. Cela a aussi permis au Chili de devenir un producteur sérieux de vins blancs. Même si le plein potentiel est encore loin d'être atteint en cette matière, de plus en plus de vins blancs de fort calibre émergent de ce pays, même si la très grande majorité de ceux-ci ne sont pas encore disponibles ici au Québec. Un article récent de l'expert de la scène vinicole chilienne, Peter Richards, dans le magazine britannique Decanter, permet d'en connaître un peu plus à propos de ces blancs chiliens nouvelle vague. La sélection de M. Richards ne contient bien sûr pas tous les meilleurs blancs du pays, mais sa sélection de vins est intéressante. Il est particulièrement intéressant de lire ses commentaires à propos du Chardonnay, Duquesa, de Aristos. Il faut dire que Aristos/Calyptra est la nouvelle coqueluche des rares experts du Chili vinicole. À 75$ la bouteille, le Duquesa est à ma connaissance le blanc chilien le plus cher. Bien que M. Richards dise qu'il achète rarement des vins de ce prix, il a été suffisamment impressionné pour en commander une caisse! À mon avis, il est toujours bon de voir des nouveaux producteurs de pays non traditionnels avoir assez confiance dans la qualité de leur produit pour en demander un prix qui établi un nouveau standard. Qu'on le veuille ou non, un prix élevé attire toujours l'attention et aide à modifier la perception d'un produit. Le fameux effet Veblen. Ceci dit, et heureusement, les prix demandés pour la très grande majorité de ces nouveaux blancs demeurent très avantageux par rapport au niveau de qualité offert.


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vendredi 23 décembre 2011

SUR LE VIF

Je suis tombé avec amusement sur cette résolution pour 2012 de Frederic Fortin sur le blogue de la SAQ:

" En ce qui me concerne, je m’engage à redécouvrir les vins du Nouveau Monde et à le faire, cette fois-ci, sans a priori négatif ou préjugé défavorable."

Il faut dire que M. Fortin revient d'un voyage au Chili, qui comptait aussi la sommelière Jessica Harnois, et dont j'ai parlé récemment, elle qui s'émerveillait à propos de Vina Vik. J'aime la résolution de M. Fortin, mais j'aime surtout le fait qu'il reconnaisse avoir des préjugés défavorables à l'égard des vins du Nouveau-Monde. J'aime aussi que ce soit un voyage au Chili qui lui ait permis de s'ouvrir les yeux sur la diversité des vins de ces pays. Toutefois, s'il faut que chaque amateur se rende au Chili pour voir les vins de ce pays différemment, la situation n'est pas à la veille de changer. Pas besoin d'aller au Chili pour apprendre que ce pays compte aujourd'hui une grande variété de terroirs et que cela se reflète de plus en plus dans ses vins. On peut se contenter de consulter mon blogue... mais c'est certain que ça n'a pas le charme d'un voyage au Chili. M. Fortin ajoute même que des vins chiliens peuvent rivaliser avec les grands vins bordelais et toscans. C'est pas moi qui le dit...

Moi pour 2012 je n'ai pas de résolution, mais plutôt un souhait. Celui de voir la SAQ améliorer son offre de vins chiliens pour mieux rendre compte des progrès de ce pays. Cette offre s'est bonifiée au cours des dernières années, mais elle est encore loin d'être un reflet fidèle du Chili vinicole actuel. Celui qui peut susciter des conversions. Amener le meilleur du Chili à ceux qui ne peuvent s'y rendre. Voilà une autre façon de faire tomber des préjugés défavorables.


24 Décembre


Une de mes idées fixes à propos du vin est que si on est prêt à laisser l'aspect prestige de côté, il y a moyen de très bien boire à une fraction du prix. Toutes les dégustations à l'aveugle démontrent cela, mais il y a une très forte résistance chez l'amateur passionné à admettre ce fait. C'est compréhensible, quand on décide de payer plus cher pour une appellation spécifique, il est difficile d'admettre que cette prime est essentiellement reliée au prestige de l'étiquette. La dernière chronique de Nick Hamilton rapporte ses résultats de dégustation à l'aveugle dans la catégorie des vins mousseux. Sa conclusion, le Champagne est un vin mousseux cher, au RQP décevant, et pour lequel il y a de meilleures alternatives si on est prêt à ne pas avoir l'appellation Champagne inscrite sur l'étiquette.


Article de Jacques Benoît

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samedi 17 décembre 2011

GJE, Chadwick, et l'utilisation des mythes bordelais en dégustation à l'aveugle

Une autre controverse dans la blogosphère vin à propos d'une dégustation confrontant un vin sans prestige à certains noms mythiques de Bordeaux. Là comme dans le cas des dégustations organisées par le Chilien Eduardo Chadwick, il s'en trouve pour dénoncer le procédé et pour remettre en question cette manie de la comparaison, de la classification et de la notation. Moi je veux bien. Je pense avoir clairement établi par mes propos sur ce blogue que je suis contre la notation précise des vins et contre la classification de ceux-ci. Ceci dit, je trouve quand même ironique de dénoncer ce type de dégustation, alors que les grands noms qu'on y introduit comme référence, certains diraient faire-valoir, sont eux-mêmes issus d'un système de classification qui les place au-dessus de tout le reste. Je trouve que le système figé de classification bordelais, de par sa nature même, appelle le défi des laissés pour compte. C'est un phénomène naturel, et il serait bien plus fréquent si ce n'était du prix exorbitant des grands noms bordelais qu'il faut se procurer pour tenir ce genre de dégustation. Comme je le mentionnais dans le cas des dégustations de Chadwick, et c'est vrai aussi pour les dégustations du Grand Jury Européen (GJE), financées par Yves Vatelot, propriétaire du Château Reignac, le but de ce type d'exercice n'est pas de rabaisser les grands noms qu'on y introduit, mais bien de montrer qu'il se fait de très bons vins toujours offerts à prix raisonnables. L'exercice n'est cependant pas désintéressé, et il y a certainement un but mercantile derrière tout ça. Si la possibilité se présente par la suite d'augmenter le prix des vins qui auront bien paru, les commanditaires de ces dégustations le feront sûrement. Eduardo Chadwick en est un bon exemple, puisqu'il a gonflé le prix de son Cabernet Sauvignon, Vinedo Chadwick à 165$. S'il peut le vendre à ce prix, tant mieux pour lui. L'amateur pour sa part n'a qu'à ne pas tomber dans ce piège en se rappelant qu'on pourrait confronter des vins de 30$ au Vinedo Chadwick à l'aveugle et que là aussi il y aurait des surprises. Il y longtemps que j'ai compris ce principe, et ça explique pourquoi j'évite systématiquement les vins très chers.

vendredi 16 décembre 2011

Quelle est la cause principale de l'augmentation générale du titre alcoolique des vins?

Plus tôt cet automne j'ai lu un petit texte de Jacques Benoît, sur le site Cyberpresse, à propos de l'augmentation du taux d'alcool dans les vins depuis environ 15 ans. À ce moment je me souviens avoir pensé qu'il était totalement passé à côté en ce qui a trait aux raisons qu'il donnait pour expliquer ce phénomène. Je me demandais comment il était possible d'écrire un texte, même très court, sur ce sujet en passant tellement à côté de la véritable raison expliquant la montée du contenu en alcool des vins. Personnellement, j'avais la conviction que ce phénomène était principalement dû à la montée en popularité du principe de la maturité phénolique. Jusqu'au début des années 90, la pratique courante était de se fier au taux de sucre pour déterminer le temps propice aux vendanges. Toutefois, il arrive souvent que la montée du taux de sucre précède la maturité phénolique des raisins. Donc, dans le but d'obtenir des tanins à maturité optimale, on a commencé à cueillir plus tard, ce qui a eu pour effet de donner des raisins contenant plus de sucres et moins d'acide. La conséquence de ce choix est d'obtenir des vins plus alcooleux pour lesquels il faut souvent corriger l'acidité en ajoutant de l'acide tartrique en cours d'élaboration. Le réchauffement climatique a probablement un léger rôle dans l'histoire, mais il me semble bien moins important que la décision humaine de cueillir les raisins plus tard. En fait, le réchauffement climatique a probablement plus d'effet dans des régions où les raisins avaient traditionnellement de la difficulté à mûrir parfaitement, sauf lors de millésimes exceptionnels. Le réchauffement climatique donne donc la possibilité aux vignerons de ces régions de cueillir plus tard dans le but d'atteindre la fameuse maturité phénolique. Une possibilité qu'ils avaient rarement auparavant. Le réchauffement climatique ouvre donc une possibilité, mais les vignerons pourraient toujours décider de cueillir plus tôt s'ils le désiraient vraiment, mais face à la nouvelle possibilité, ils optent souvent pour des tanins plus mûrs et un taux d'alcool plus élevé. Donc, au-delà du réchauffement du climat, la possibilité de choisir de l'homme derrière le vin demeure.

Un bel exemple de cela est celui donné dans cet article à propos du cheminement du "winemaker" chilien Marcelo Retamal qui œuvre pour Vina De Martino. On y dépeint son parcours des 15 dernières années dans la vallée de Maipo avec le cépage Carmenère. Pour sa première cuvée de Carmenère en 1996, Retamal a choisi de vendanger le 23 mars et il a obtenu un vin qui titrait à 12.3% d'alcool. Un titre alcoolique qui n'existe plus aujourd'hui au Chili pour des vins rouges. Par la suite, Retamal a progressivement repoussé la date des vendanges et le titre alcoolique de ses vins a augmenté en parallèle pour atteindre 14.8% en 2003, avec des vendanges retardées de six semaines et demi et ayant eu lieu aussi tard que le 10 mai. Le fait de repousser autant les vendanges a aussi entraîné le besoin de corriger l'acidité des vins par ajout d'acide tartrique. S'étant rendu à l'extrême, Retamal a ensuite cherché un juste milieu en vendangeant trois semaines plus tôt, soit vers le 20 avril. Cette décision a ramené les taux d'alcool dans la fenêtre des 13-14%, sans besoin de corriger l'acidité. Bien sûr, même dans Maipo il y a des années plus chaudes que d'autres, la date des vendanges peut donc varier d'une année à l'autre pour une maturité similaire du raisin. Mais il est clair que le taux d'alcool est généralement inféodé à la date des vendanges. Si Retamal décidait de nouveau de cueillir ses raisins le 23 mars, le taux d'alcool de son vin retournerait dans les alentours de 12%, comme en 1996.


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jeudi 15 décembre 2011

SUR LE VIF

Pour faire suite à l'information de Nicolas dans le sujet "Un rêve de milliardaire". Voici des liens ici et ici à propos du voyage de Jessica Harnois au Chili en compagnie de trois autres québécois. Rien de neuf pour un "nerd" du Chili comme moi, ça reste à la surface des choses, mais ça pourra intéresser certains amateurs qui suivent ce qui se passe au Chili de moins près que moi. C'est bien de voir une professionnelle reconnue parler positivement des vins de ce pays. Toutefois, j'aurais aimé qu'elle parle plus de producteurs qui font des vins de prix abordable. S'ébaubir devant du Vina Vik de jeunes vignes à 100$ la bouteille, c'est compréhensible jusqu'à un certain point. Ce projet est vraiment particulier et le voir de ses yeux doit être une très belle expérience. Toutefois, le Chili c'est beaucoup plus que ça. Je n'aime pas la hiérarchie vinicole à l'européenne, car pour moi avec le prestige, le prix fort, les gros scores, ça distord tout ce qui est à échelle plus humaine et qui ne joue pas le carte des gros dollars. J'ai peur que Vina Vik devienne le début de ça pour le Chili. Un vignoble de quelques années au milieu de la nature, un vin à 100$ la bouteille en partant, des gros scores, l'amplitude du projet au budget pratiquement illimité et le milliardaire derrière tout ça.  Je n'ai rien contre le fait que ça existe. Je suis même pour car c'est un projet axé totalement sur la qualité. C'est juste que cette maladie, la "dollarite prestigieuse", comme le phylloxéra, avait épargné le Chili jusqu'à maintenant. C'est d'ailleurs pour moi ce qui fait une bonne partie de son charme. Alors d'un point de vue égoïste je voudrais que ça demeure ainsi, même si un projet comme Vina Vik va immanquablement attirer l'attention et frapper l'imagination. Plus ça va et plus le monde du vin semble se polariser entre le modèle grand château bordelais et le modèle minimaliste du genre vin d'artisan amant de la nature. Le vin normal, celui situé entre ces extrêmes et bu par la majorité des amateurs semble maintenant trop commun pour qu'on se passionne à son propos.


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dimanche 11 décembre 2011

SIJNN, 2007, SWELLENDAM, MALAGAS WINE COMPANY




Peter Trafford qu'on connaît ici au Québec pour ses vins de la gamme De Trafford, issus de la région de Stellenbosch, est un des partenaires de ce nouveau projet et en est le vinificateur. Ce vin a été produit à partir de très jeunes vignes plantées en 2004 dans la région de Malagas, près des rives de la rivière Breede. Cette région est située à quelques kilomètres de l'océan. C'est un assemblage inusité composé de Syrah (42%), Mourvèdre (26%), Touriga Nacional (21%), Trincadeira (10%) et de 1% de Cabernet Sauvignon. Différents clones de ces cépages ont été greffés sur une variété de porte-greffes résistants à la sécheresse, ce qui permet de limiter l'irrigation dans cette zone relativement aride. Les raisins sont ramenés par camion réfrigéré aux installation de De Trafford à Stellenbosch pour y être vinifiés. La FA a lieu avec des levures indigènes et la FML en barriques de chêne. Le vin est élevé 18 mois en barriques de chêne français de 225 L et 700 L et 30% du bois utilisé est neuf, totalement dans les grandes barriques de 700L. Le vin n'est pas collé, ni filtré, mais adéquatement sulfité. Il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.77. Il est bien sec avec 2.2 gammes par litre de sucres résiduels.

La robe est foncée et opaque. Au nez les arômes sont modérément intenses. On y dénote de la cerise, du fruit noir, des épices orientales et un arôme particulier que j'associe au cépage Mourvèdre et ce n'est pas un arôme phénolé dû aux levures Brettanomyces. En guise de complément on retrouve aussi des notes légèrement vanillées, ainsi qu'un subtil aspect torréfié. En bouche la matière est à la fois dense et généreuse, la structure compacte et le fruité intense. Un trait d'amertume contribue à l'équilibre d'ensemble, alors que des notes épicées viennent enrichir la palette de saveurs. Le milieu de bouche confirme la droiture et la bonne présence du vin, avec tout ce qu'il faut de concentration et aucune impression de lourdeur. La finale est intense et harmonieuse et présente une bonne persistance.

Ceux qui me lisent avec régularité connaissent mon intérêt pour le développement de nouveaux terroirs au Chili. C'est ce même aspect pionnier qui m'a donné le goût de goûter ce vin. Je suis toujours surpris de la qualité qui peut être atteinte lors du premier millésime issu de ces nouveaux vignobles, avec des vignes de seulement trois ans d'âge. Au moment où je complète ce texte je déguste un Chardonnay chilien issu lui aussi de vignes de trois ans, et la qualité est franchement étonnante. Vous aurez donc compris que j'ai bien apprécié ce Sijnn, 2007. Je l'ai apprécié comme un vin à part entière, pas parce qu'il est issu de très jeunes vignes. Je l'ai bu sur trois jours et le premier jour le caractère particulier du Mourvèdre était à l'avant-plan. Cet aspect est disparu les jours suivants et l'assemblage a repris le dessus. Une autre chose que j'ai remarqué avec ce vin, c'est le côté propre de son profil aromatique, sans déviance. Une preuve qu'on peut être un adepte de l'approche peu interventionniste, comme l'est Peter Trafford, et produire des vins qui sont tout de même intègres aromatiquement. Je pense que l'usage raisonné des sulfites y est pour quelque chose. Ceci dit, je demeure dubitatif face à l'apport aromatique des levures indigènes, même dans des vins jeunes comme celui-ci. Quand la fermentation demeure sous contrôle, il n'y a pas vraiment de différence par rapport à ce qui peut être obtenu avec des levures sélectionnées. Ça me semble une prise de risque inutile. Le caractère particulier possible venant des levures indigènes me semble plutôt relever de la perte de contrôle des fermentations, lorsque Sacharomyces cerevisiae ne domine pas l'activité fermentaire comme elle le devrait, et alors il ne faut pas parler de complexité ajoutée, mais plutôt de déviance. Au-delà de ces considérations, ce Sijnn est un vin qu'il vaut la peine de découvrir. À 32$ la bouteille ce n'est pas ce que je considère une véritable aubaine, mais le prix me semble tout à fait honnête par rapport à la qualité offerte. Une belle façon de découvrir ce qui se fait de neuf hors de l'Europe, en évitant les clichés trop souvent associés aux vins du Nouveau-Monde en général.



mardi 6 décembre 2011

Les détenteurs de la vérité

Je suis tombé ce matin sur un autre article délirant du blogueur britannique Jaimie Goode qui décrit qui sont les gens qui sont en mesure de déclarer un vin comme fin et grand. Voici le paragraphe déterminant de son texte:

"I’ve noticed that in recent years a new generation of wine people have emerged who seem to get wine – a group that encompasses winemakers, retailers, critics and agents. They have a more-or-less shared taste, in that they prefer elegance over power, dislike over-ripeness, delight in wines that express a sense of place, aren’t afraid to explore new flavours and lesser known regions, and at the same time respect the classic European fine wines."

Donc, en d'autres termes, pour juger si un vin est grand ou fin, il faut être un professionnel du vin, mais pas n'importe lequel, un professionnel qui souscrit à une certaine vision et à une certaine esthétique du vin.

Ce genre de propos me dégoûte. Jaimie Goode est un blogueur qui est en train de se radicaliser et de s'enfermer dans un carcan idéologique. Mais ce qu'il y a de bien avec les gens sectaires, c'est qu'ils n'ont pas peur de déclarer ouvertement qu'ils pensent posséder la vérité. Au moins cela a le mérite d'être clair. Ordinairement les professionnels du vin ne sont pas aussi directs avec les amateurs. On ressort les clichés. On dit au consommateur que ce qui compte c'est de développer son propre goût. Qu'il n'y a pas de goûts supérieurs à d'autres. Certains de ces professionnels du vin sont sincères lorsqu'ils y vont de ces affirmations. Mais une bonne partie d'entre eux pensent au contraire qu'il faut apprendre le vrai goût, et que seulement certains chemins y mènent, en autant qu'on les fréquentent suffisamment. Ce qui est vrai pour des professionnels l'est aussi pour certains amateurs qui pensent avoir assez fréquenté les passages obligés pour pouvoir distinguer ce qui est vraiment bon et vraiment fin de ce qui ne l'est pas. Ces gens sont convaincus de faire partie d'une caste d'initiés qui a gagné son droit d'entrée au Saint des Saints de la chose vinique. Ces gens déconsidéreront l'opinion de celui qu'ils jugeront comme un non initié. Celui qui selon eux n'aura pas suffisamment parcourus les chemins prescrits. Ceux qui donnent le droit d'entrer dans le groupe des détenteurs de la vérité.

Personnellement, je n'ai jamais eu envie de faire partie de ces Chevaliers de Colomb de la bouteille, et de passer leurs rites d'initiation. Je n'ai jamais eu envie de montrer patte blanche et de me conformer à leurs diktats. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai créé ce blogue. Pour pouvoir exprimer ma pensée en toute liberté, sans l'imposer et sans prétendre que je détiens la vérité absolue. J'ai créé ce blogue parce que je fréquente souvent d'autres chemins que les fameux passages obligés, et que cela me permet parfois d'avoir une perspective différente des choses, où les effets de contraste sont inversés. Finalement, je tiens un blogue parce qu'il est réconfortant de savoir que ceux qui me lisent le font par choix, et qu'ainsi, eux aussi exercent leur liberté. Si j'étais un détenteur de la vérité, je ne tiendrais pas de blogue, car on sait bien que toute vérité n'est pas bonne à dire...


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mercredi 30 novembre 2011

La prix d'une bouteille de vin est-il toujours le reflet de la qualité du liquide qu'elle contient?

Dans le passé on m'a souvent reproché d'écrire que certains vins chiliens qui m'avaient plu étaient aussi bons que des vins français vendus deux fois plus chers. C'est donc avec amusement que je suis tombé sur ce petit texte à propos de Cabernet Sauvignon, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz. La personne qui a écrit ça est plus généreuse que moi, elle dit que ce "Max Reserva" vaut des vins vendus de deux à cinq fois plus chers, en se basant sur un prix de 20.70$. Ce vin est actuellement disponible à la SAQ pour 18.95$. Certains penseront qu'une telle affirmation manque de sérieux, pour ma part je pense qu'elle est parfaitement justifiée. J'ai ouvert une bouteille de ce vin, du millésime 1999, il y a deux semaines et je suis convaincu qu'en pure aveugle plusieurs auraient été totalement confondus. Le vin montrait un superbe profil de Cab mi-évolué, ayant perdu sa typicité chilienne de prime jeunesse pour se recentrer sur les caractéristiques du cépage. Il aurait facilement pu être pris pour un beau vin de Bordeaux.

mardi 29 novembre 2011

PINOT NOIR, GRAN CUVÉE, 2010, MUY ALTO MAIPO, VINA WILLIAM FÈVRE




J'ai ouvert ce vin dimanche passé et en le dégustant je suis tombé sur un article où William Fèvre exprime son appui au Front National de Marine LePen, tout en disant du même souffle qu'il est parti faire du vin au Chili de « Monsieur » Pinochet, au début des années 90, à cause de l'arrivée au pouvoir des socialistes en France. Disons que c'est une mauvaise coïncidence pour ouvrir une première bouteille ayant son nom sur l'étiquette, et ça mets dans de mauvaise dispositions pour la suite. Il faut dire qu'au strict plan vinique, je n'étais déjà pas dans les meilleures dispositions. Ce vin est déjà sur les tablettes de la SAQ depuis quelques millésimes et je ne l'avais jamais acheté auparavant car je ne voyais pas l'intérêt de faire du Pinot dans la chaude vallée de Maipo, même dans sa partie moins chaude du Haut-Maipo (Alto Maipo). Toutefois, des lectures récentes ont attisé ma curiosité à propos de ce producteur qui n'a aujourd'hui plus rien à voir avec William Fèvre, sauf son nom qui fut conservé, probablement pour une question de prestige dans un but commercial. Disons qu'avec la récente prise de position du bonhomme, l'image et le prestige viennent d'en prendre un coup. Ça incitera peut-être l'ancien partenaire chilien de M. Fèvre, la famille Pino qui a racheté ses parts dans l'entreprise, à changer de nom. À moins que ceux-ci partagent ses vues politiques et soient des admirateurs de Pinochet. Toujours est-il que pour revenir au vin, c'est lorsque j'ai appris la localisation exacte du vignoble d'où est issu ce vin, et l'implication de Pedro Parra, dans la réévaluation de ce qui avait été fait depuis 20 ans, que j'ai voulu donner une chance à ce vin. Le vignoble en question est situé dans le « Muy Alto Maipo », soit le très haut Maipo, situé 400 m plus haut que l'Alto Maipo et encore plus près des montagnes, sur les pentes d'un canyon enserrant la rivière Maipo. Malgré cela j'avais encore des doutes, car Parra a décidé de greffer du Cabernet Sauvignon sur les racines d'une partie du Chardonnay et du Pinot Noir qui y étaient déjà plantés. Si du Cab peut murir à cet endroit, ce n'est pas bon signe pour le Pinot Noir cultivé pas très loin, même si la nature exacte du sol peut être différente. Il n'y a rien comme goûter pour se faire une idée plus claire. Voici donc mes impressions sur ce vin où je l'avoue j'étais un peu biaisé d'avance.

La robe est de teinte rubis passablement translucide. Le nez présente les caractéristique de base du cépage avec des arômes de fraise et de cerise auxquels s'ajoutent des notes doucement épicées et légèrement torréfiées, ainsi qu'une légère pointe fraîchement végétale. En bouche, l'attaque surprend par sa vivacité et l'intensité de ses saveurs, ainsi que par une présence marquée de l'amertume. Ce surplus amer nuit à l'équilibre général du vin qui n'a pas assez de fruit et de matière pour donner équitablement le change. Ce qui fait qu'on se retrouve avec une vin intense, mais pas vraiment agréable. La finale n'arrange rien à l'affaire, l'amertume y gagnant encore en importance.

Je n'ai pas l'habitude de parler ici des vins que je n'ai pas aimés. Si j'ai décidé de commenter celui-ci, c'est qu'il me semble un exemple intéressant pour illustrer l'évolution du Chili vinicole depuis le début de sa révolution qualitative axée sur le développement de nouveaux terroirs plus frais. Comme je le disais à la fin de mon introduction, j'étais biaisé d'entrée face à ce vin, mais après m'être tapé la bouteille en entier sur trois jours, je pense que mon jugement sur celui-ci est tout de même solide, même s'il confirme mes appréhensions de départ. Je trouve que ce vin est un bel exemple de ce qui n'allait pas dans l'ancien Chili où la facilité et la prise de risque minimale étaient de mise. Même si dans ce cas-ci planter du Pinot dans les hauteur de la vallée de Maipo était déjà mieux que de le faire sur le plancher de celle-ci. Il n'en reste pas moins que ce choix était inadéquat. Cela ne veut cependant pas dire que le terroir choisi était mauvais, ce sont les cépages bourguignons qui y ont été plantés qui n'étaient pas appropriés. En ce sens, j'aimerais bien goûter le Cabernet Sauvignon qui est aujourd'hui produit à cet endroit, mais pour moi il est clair que ce terroir n'est pas compatible avec la production de Pinot Noir de grande qualité. Surtout quand on pense que ces vignes de Pinot ont de l'âge, ce qui est relativement rare au Chili pour ce cépage. On a beau vinifier méticuleusement les fruits avec le souci d'en tirer le meilleur vin possible. Il n'y a pas de substitut à la qualité de la matière première, et cette qualité est indissociable d'un mariage approprié entre le cépage et le terroir. Cette cuvée qui n'a de grand que le nom en est un exemple probant. Le vin n'est pas totalement mauvais, c'est buvable, mais sans plus. Il ne faut surtout pas se baser sur ce vin pour se faire une idée du potentiel du Pinot Noir au Chili. Les bases vinicoles de l'aventure chilienne de William Fèvre étaient aussi boiteuses que sa pensée politique. Que peut-on greffer sur des racines d'extrême droite?

lundi 28 novembre 2011

SUR LE VIF

Par l'intermédiaire de Vin Québec je suis tombé sur un texte lumineux signé Michel Bettane. Ça fait du bien de lire un ténor du journalisme vinicole remettre ainsi les pendules à l'heure, et venant d'un français c'est encore plus méritoire. Je l'ai déjà écrit, et je le répète, la France est le plus grand pays vinicole et une source d'inspiration pour le reste du monde. Mais à cause qu'on lui a tout emprunté (cépages, techniques de culture et de vinification), à part son sol, il s'est développé en France un discours extrémiste sur la notion de terroir. On a voulu tout porter au crédit de celui-ci car c'était la seule chose inamovible. Une manière de dire vous pouvez tout nous prendre, mais vous ne pourrez jamais nous rejoindre ou nous devancer, car c'est notre géographie qui est la source essentielle de la qualité française. Bien sûr ce discours est faux, la qualité des bons vins français ne tient pas qu'au lieu où ils sont produits. Il y a les hommes, l'expérience et le savoir-faire qui en découle. Là comme ailleurs, il y a la possibilité de faire des choix et de créer des choses différentes à partir de la même base.


ARCHIVES


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samedi 26 novembre 2011

COYAM, 2007, COLCHAGUA, EMILIANA ORGANICO




Ce vin est un assemblage original comprenant 38% de Syrah, 21% de Cabernet Sauvignon, 21% de Carmenere, 17% de Merlot, 2% de Petit Verdot, et 1% de Mourvedre. C'est un des premiers vins certifié biodynamique au Chili. Alvaro Espinoza le pionnier du bio et de la bioD est consultant pour l'élaboration de ce vin. Les millésimes précédents se contentaient d'être certifiés biologiques. Il est toutefois important de noter que malgré la biodynamie le vin est adéquatement sulfité.

La robe est de teinte rubis foncé opaque. Le nez est spectaculaire à l'ouverture, complexe et très expressif. Il déploie un admirable mélange d'arômes fruités, épicés, floraux, végétaux et torréfiés. La totale! Avec l'aération les choses se calment progressivement et l'ensemble olfactif se révèle alors avec plus de retenue. Les arômes de cerise et de cassis sont de très belle qualité et se marient très bien aux notes épicées évoquant la vanille, le clou de girofle et la feuille de laurier. À cela s'ajoute une touche de poivron vert et de menthol, ainsi qu'un léger trait chocolaté. La bouche reflète bien dans ses saveurs la richesse aromatique perçue au nez. Le vin a de la présence et un bel équilibre, avec une matière généreuse et éclatante. Il est très goûteux, sans tomber dans l'excès d'intensité. La structure demeure quand même assez compacte et la texture tannique est raffinée. En finale, le caractère épicé gagne en importance sur une très bonne persistance.

Mon premier contact avec ce Coyam, 2007, remonte à il y a maintenant deux ans lors de la dégustation annuelle de « Vins du Chili ». Il me semble aujourd'hui avoir perdu de son gras de bébé, se montrant sous un aspect plus dense, mais avec toujours une remarquable richesse aromatique. Il montre une complexité qui selon moi, pour un vin si jeune, est l'apanage des vrais vins d'assemblage. Je veux dire par là les vins d'assemblage où aucun cépage ne domine l'ensemble. Bien sûr, quand un vin biodynamique est d'une telle qualité, on se demande toujours si cette philosophie ésotérique n'est pas valable au fond. Curieusement, pour un excellent vin élaboré hors du cadre biodynamique, on ne se pose jamais cette question. Le mérite est alors de facto attribué au terroir et à la compétence du producteur. Je pense que dans ce cas-ci, ce n'est pas différent. J'ai goûté des vins non biodynamiques élaborés par Alvaro Espinoza, ça remonte au temps où il œuvrait encore chez Vina Carmen, et ils étaient la plupart du temps très bons. Donc, malgré l'excellence de ce Coyam, 2007, je ne deviendrai pas pour autant un croyant. Je préfère y voir le résultat du bon travail des hommes qui ont élaboré ce vin. Pour revenir au vin, en plus d'être succulent dans sa livrée de jeunesse, il me semble posséder tout ce qu'il faut pour bien évoluer en bouteille pendant de nombreuses années. Ce vin fait partie des nombreuses cuvées issues de la vallée de Colchagua qui en offrent autant que les super-cuvées très coûteuses, mais à une fraction du prix. La vallée de Colchagua excelle à produire ce type de vin (Ninquén (Montgras), Dona Bernarda (LFE), A Crux (Sutil), Vertice (Ventisquero), Quinta Generacion (Casa Silva), Primus (Veramonte).



samedi 19 novembre 2011

La nature récalcitrante

Le vin n'est pas un produit naturel. C'est une œuvre humaine. J'ai longuement expliqué ma position à ce sujet dans un texte récent. C'est donc avec un certain amusement que j'ai lu ce matin le compte-rendu que fait Bill Zacharkiw dans The Gazette de ses péripéties dans le but d'élaborer un vin de Gamay "naturel". On peut y voir qu'au-delà des principes, l'homme doit travailler très fort pour seulement espérer atteindre son but, et que la nature, pour sa part, lorsque laissée à elle-même, peut très mal travailler. Néanmoins, bravo à Bill pour l'effort, mais surtout pour avoir eu l'humilité de rapporter son aventure. Meilleure chance l'année prochaine!

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vendredi 18 novembre 2011

Autre chose que des notes de dégustation

Ces derniers temps j'ai quelque peu délaissé les comptes-rendus de dégustation pour écrire plus de textes sur différents aspects du vin. Le format du blogue a tendance à envoyer aux oubliettes les écrits passés. Après un peu plus de deux ans à écrire ici, j'ai pensé référencer les liens vers ces textes en un récapitulatif. Un travail plus long que je ne le pensais au départ, mais un coup parti... Moi qui au début craignait que ce blogue ne devienne rien d'autre qu'une suite de notes de dégustation. Je me suis aperçu en faisant cet exercice que j'avais écrit bien d'autres choses. Bien sûr il y a des thèmes récurrents, voire des idées fixes dans certains cas. Mais mon but avec ce blogue n'était pas d'écrire sur tout ce qui a rapport au vin, mais bien d'aborder ce qui m'intéresse et me préoccupe.


La garde du vin: Pourquoi insiste-t-on sur la température de 12°C?

Le vin: produit de civilisation

Quand le Chili fait perdre la raison (AJOUTS)

Phobie des sulfites? Buvez des vins plus âgés

Déficit d'image: le problème non résolu du Chili

Le Chili surprend encore à l'aveugle

La fatalité des Bretts...

Quand la technologie et la nature se rejoignent

Trouver l'Eldorado

Le vin chilien peut-il vieillir? (suite)

Aborder le vin autrement

Le pouvoir de l'étiquette et des préjugés

Vin en bouteille microbiologiquement actif et goût de bouchon: Un lien est-il possible?

Vin bouchonné: Pas toujours facile de s’y retrouver

La table est-elle vraiment l'endroit où le vin est à son mieux?

Pascal Marchand, Bio Bio et le Pinot

Pour amateurs de hors piste

Un mois sans vin

Le ciment haut de gamme

Qualité et Prix: l'exemple chilien

Qualité et Prix

Et si l'amateur était la meilleure référence pour l'amateur...

Dégustation et précision

La vérité n'est pas dans le vin

La levure génétiquement modifiée canadienne

SAQ et promo vins 90+ de James Suckling

Chardonnay: Ignorer la Bourgogne pour y aller avec l'Australie

Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne...

Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne... (Part II)

Sortir de mes sentiers battus

La spécificité canadienne en matière de commerce du vin

Le bon goût peut-il être subjectif?

L'Angleterre: Le tremplin du Chili vers la reconnaissance

Cap au nord: Limari et Elqui

2010: Un point tournant pour le Chili vinicole?

Importation privée de vins chiliens

Et si le phylloxéra disparaissait demain...

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste?

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste? (Part II)

Le vin chilien peut-il vieillir?

Sucre omniprésent dans les vins de Nouvelle-Zélande???

Le Nouveau-Chili, c'est aussi du vin de plus en plus féminin

Les attentes influencent l'expérience sensorielle lors de la dégustation du vin

Sous-représentation des vins chiliens au Canada: l'exemple britanno-colombien

Chili-Argentine: Deux réalités

Vins fabriqués et vins sérieux

L'exemple britannique

L'exemple britannique, encore

Très longue réponse à Olivier

Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir?

Les vins blancs de l’hémisphère sud méritent plus de respect

Match comparatif de la revue CELLIER sur les bordeaux 2006

Brettanomyces et Syrah: Un élément de réflexion

Le goût québécois et l'approche européenne

Vins issus de vignes greffées et non-greffées: Une comparaison intéressante

Notes et grands millésimes

L’approche européenne

La garde du vin: Entre bonification et possible mythification

Qu’est-ce qu’un vin de garde?

Château Musar rejeté par la SAQ: Petite réflexion

Un rêve de milliardaire

Le Chili impressionne au premier concours mondial du Sauvignon

Vin et expertise

Quelle est la plus pure expression du terroir?

Malbec: Quand l'Argentine influence Cahors

Le vin sans identité

Pour mieux connaître le Chili vinicole

Brettanomyces: Un défaut?

L'importance de la dégustation à l’aveugle

Vin et économie

Vin et économie (suite)

Du ridicule du système de notation sur 100

Début de hiérarchie en Nouvelle-Zélande

Syrah, Montes Alpha, 2007 au banc d'essai du magazine CELLIER de la SAQ

Bill Zacharkiw de retour du Chili

La maturité croissante du Chili

Le vin ennuyant

Petites précisions sur mes notes de dégustation

La Syrah au Chili

Le goût: Une question de choix?

Carmenère et cuisine indienne

Pourquoi j'aime le Chili (petite suite)

RQP et garde du vin

Pourquoi j'aime le Chili

Dégustation Chili ou comment je me suis aveuglé!

Viticulture et sélection clonale au Chili

Faire du neuf avec du vieux

samedi 12 novembre 2011

La garde du vin: Pourquoi insiste-t-on sur la température de 12°C?

Le titre de mon blogue ne tient pas tant de mon intérêt pour les vins de l'hémisphère sud que de mon sentiment de ne pas percevoir le merveilleux monde du vin de la même façon que la majorité des gens qui s'y intéressent. Il faut dire que je suis un scientifique, ce n'est pas nécessairement un facteur déterminant pour orienter une vision, mais ça fait quand même partie de l'équation de base. J'ai une formation en biochimie et je travaille en chimie de synthèse de molécules bioactives dans le domaine pharmaceutique. Voilà qui devrait tout expliquer et finir d'achever ma crédibilité pour ceux que la science révulse. Toujours est-il qu'il y a des liens à faire entre le milieu pharmaceutique où j'évolue et le monde du vin. Dans ce milieu, pour tester l'efficacité d'un candidat médicament, il faut généralement procéder à des études cliniques à double insu, contrôlées par placebo. C'est-à-dire que celui qui administre, et le patient qui reçoit, ignorent tous deux si ce qui est administré est le candidat médicament, ou un placebo. Cette pratique est fondamentale dans ce milieu et pour moi il y a un parallèle à faire entre celle-ci et la dégustation en pure aveugle du vin. Le cerveau demeure de loin l'organe le plus complexe et le moins bien compris, mais il est très puissant et exerce une forte influence sur l'ensemble de la physiologie humaine, la plupart du temps à l'insu de notre conscience, mais parfois à cause de cette conscience. Un autre point très important dans le milieu pharmaceutique est la stabilité des médicaments dans le temps. Des études longues et poussées doivent être menées sur la stabilité des médicaments avant leur mise en marché. C'est un point très important pour s'assurer de la sécurité et de l'efficacité de ce que le patient va recevoir. Ces études de stabilité sont menées sur une large plage de températures, avec un suivi dans le temps, tout cela pour bien comprendre les mécanismes de dégradation et pour déterminer la température idéale de conservation d'un médicament donné. Là aussi il y a un parallèle à faire avec le vin. La stabilité de celui-ci étant reliée à sa nature et à ses conditions de garde, la plus déterminante étant la température.

Avec mes connaissances en stabilité pharmaceutique, et en ajoutant celles sur la stabilité des produits chimiques gardés au laboratoire. J'ai toujours été surpris de la température de garde fortement suggérée pour le vin de 12°C. Ma surprise ne venait pas tant de la valeur de cette température, mais de l'importance critique qu'on y accordait. Selon mon expérience 12°C me semblait un bon choix de température, mais ça ne m'était jamais apparu comme un élément critique en terme de valeur précise. D'un point de vue strictement chimique, la différence entre une garde à 12°C et une garde à 20°C, par exemple, devrait être minime. C'est toujours ce que j'ai pensé et je suis convaincu de la validité de mon point étant donné que je garde mes vins dans une cave passive où la température monte parfois jusqu'à 22°C durant la canicule estivale. Je dois toutefois préciser que la majorité de ces vins sont filtrés et adéquatement sulfités. Ceci dit, au fur et à mesure de ma progression dans le monde du vin, de mes lectures, mais surtout de mes expériences de dégustation, en particulier avec les vins européens de gamme supérieures. J'ai compris l'importance accordée au fameux 12°C et la raison pour laquelle plusieurs en parlent comme d'une nécessité. Cette température est nécessaire non pas pour ralentir l'évolution chimique des vins, mais bien pour freiner l'activité biologique des micro-organismes vivants qui dans bien des cas sont encore présents dans le contenu de la bouteille. Je dirais même que dans ces circonstances, 12°C est une température légèrement insuffisante. Quelques degrés de moins seraient encore mieux. Aussi, dans ces conditions, on comprend mieux la tradition européenne du vin très sec, les sucres résiduels pouvant servir de nutriment pour permettre l'activité des bactéries et levures vivantes toujours présentes dans de nombreuses bouteilles.

Si je parle de ce sujet aujourd'hui, c'est que dans mes lectures récentes, suite à la discussion concernant mon texte précédant. Je suis tombé sur un article très intéressant qui relate des résultats à propos de la présence de micro-organismes dans le vin en bouteille. Toutes les bouteilles analysées dans cette étude, qui comprenait des millésimes allant de 1909 à 2003, contenaient des levures et/ou des bactéries. Fait particulièrement intéressant, un type de levure s'est révélé présent dans toutes les bouteilles analysées, vous l'aurez peut-être deviné, il s'agit bien sûr des Brettanomyces! Encore et toujours ces fameuses levures qui ont si longtemps donné le fameux goût de terroir aux vins européens réputés! Avec les modes actuelles de la non filtration et du « naturel », il est certain que cette situation perdure dans beaucoup de vins, les moins industriels étant les plus susceptibles. L'ironie c'est que ce sont ces vins qui sont généralement gardés par les amateurs. Aussi, avec la diabolisation des sulfites, qui se traduit souvent par une réduction des doses ajoutées, et parfois par l'élimination complète de ce produit pour les amants de la nature, les vins contenant toujours du matériel fermentaire vivant sont encore moins stables sans l'effet bactériostatique des sulfites. C'est une raison de plus pour les garder à une température très fraîche. La réduction des doses de sulfites contribue aussi aux problèmes d'oxydation prématurée des vins. À ce sujet, il est important de noter que la garde à 12°C, ou moins, aide à garder des sulfites plus longtemps dans la bouteille, et ce faisant contribue à ralentir l'oxydation du vin. Comme je le mentionnais dans un texte précédant, les sulfites disparaissent graduellement du vin en bouteille avec le temps. Plus faible est la température du vin et plus lente sera cette dispartion, simple principe de physico-chimie. Pour les vins sulfités non stériles, la garde au frais a donc le double avantage de ralentir l'activité micro-biologique et l'oxydation du vin.

Contrairement à l'image que je peux donner, je ne suis pas dogmatique en matière de vin. Chacun est libre de faire ce qu'il veut et d'avoir ses préférences. Par contre, je suis pour la divulgation de l'information pertinente permettant à l'amateur averti de faire des choix selon ses préférences. Je suis aussi pour l'honnêteté dans le discours. J'aime appeler un chat, un chat, mais c'est malheureusement très rare dans le monde du vin ou on préfère souvent enrober les choses d'une couche de mystère. La fameuse magie du terroir qu'on nous sert à toutes les sauces, très peu pour moi. Quand j'achète du yogourt, je sais qu'il contient des bactéries vivantes. Comme acheteur de vin, j'aimerais aussi le savoir car la présence de micro-organismes vivants dans une bouteille de vin a une influence déterminante sur ses propriétés face à la garde, et sur le profil aromatique qu'elle donnera à terme. C'est une information qui me semble fondamentale dans une optique de garde, mais dont pratiquement personne ne parle.


Article précédant relié à celui-ci


Brettanomyces bruxellensis : Etude Métabolique, Cinétique et Modélisation. Influence des facteurs environnementaux


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dimanche 6 novembre 2011

Le vin: produit de civilisation


Le monde du vin est un monde particulier. À cause de l'imprécision des sens olfactif et gustatif on peut dire à peu près n'importe quoi à propos d'un vin sans que ce soit facilement vérifiable pour le consommateur. Le vin devient ainsi une matière opaque à laquelle on peut prêter toutes les vertus ou tous les vices. On peut aussi invoquer de nombreuses raisons, et parfois les plus saugrenues, pour justifier ces qualités et ces défauts allégués. Pour l'amateur il est donc souvent difficile de distinguer le vrai du faux, le farfelu de ce qui est plausible et c'est pourquoi l'étiquette et les scores sont si importants dans ce monde. Cette relative difficulté à voir au travers d'un vin ce qui le constitue vraiment, et ce qui a mené à sa constitution, ouvre la porte à bien des discours justificatifs. L'incapacité de nos sens à lire complètement dans le vin ce qu'il est, et aussi le parcours ayant mener à ce qu'il est, permet d'y projeter des valeurs qui bien souvent sont étrangères au vin lui-même. De cette façon, le vin peut se retrouver relié à des visions philosophiques, voire politiques et idéologiques. Ce liquide peut ainsi être instrumentalisé pour défendre une conception plus large du monde, de la société et de l'être humain. Avec la bonne étiquette et un discours approprié, bien claironné, c'est fou le nombre d'idées qu'on peut mettre dans une bouteille de vin.

Parlant de discours idéologique bien claironné, il ne se passe pas une semaine dernièrement sans que je ne tombe sur un article à propos du vin dit naturel. Chaque fois que j'entends parler de vin "naturel" ça m'irrite, car bien sûr cette expression est un bel exemple des idées qu'on peut artificiellement mettre dans une bouteille. Le vin n'est pas un produit naturel. Le vin naturel n'a jamais existé, même pas sous forme d'intermédiaire instable menant au vinaigre. Un produit naturel est un produit venant directement de la nature. Ce n'est bien sûr pas le cas du vin. Tout le monde sait ça, ou à tout le moins, tout le monde devrait le savoir. Mais on sait aussi qu'à force de répéter un mensonge bien enrobé, on peut parfois arriver à le faire passer pour une vérité, et dans un monde du vin qui préfère souvent le rêve à la réalité, il y a des couleuvres qui sont plus faciles à faire avaler que d'autres. Je dirais même que pour un certain auditoire branché, il y a un fort appétit pour ce genre de couleuvres teintées de romantisme. Toutefois, ce qui m'embête le plus dans ce mouvement idéologique, c'est qu'en qualifiant certains vins de « naturels », on laisse sous-entendre que ceux auxquels on n'appose pas cet adjectif trompeur auraient quelque chose d'artificiel et de forcément moins bon. Il faut bien comprendre que le discours à la base de ce mouvement laisse aussi sous-entendre que ce qui vient de la nature est nécessairement bon, alors que ce qui a été touché par le main de l'homme est de ce fait plus ou moins dégradé. C'est là bien sûr un discours profondément misanthrope et paradoxal, surtout quand on pense que le vin est fait et bu par des hommes.

Ce discours prônant les vertus du naturel en matière de vin m'apparaît étroitement lié à une frange extrémiste du mouvement écologique et environnemental actuel où l'activité humaine est souvent mise en opposition avec l'intégrité de la nature. En écoutant ce discours environnementaliste, on en vient parfois à se dire que la civilisation est une bien mauvaise chose et que le seul homme qui avait vraiment sa place sur cette planète était le chasseur-cueilleur d'avant la révolution néolithique. Dans cette vision des choses, la nature ne peut être que bonne et bienveillante. Il y existe un équilibre que l'action civilisatrice de l'homme vient briser. Pourtant, la nature n'est pas toujours bonne, elle est même souvent dure et cruelle. Cependant, il est vrai qu'il y existait à l'origine un certain équilibre que la quête de l'homme pour s'extirper de sa condition animale a rompu. La civilisation est un mouvement de l'humanité contre sa condition naturelle. C'est un long geste de révolte à l'encontre de l'équilibre naturel primitif, contre une condition qui fut jugée inacceptable. Par la civilisation, l'homme a entrepris de se soustraire, autant qu'il le pouvait, aux contraintes naturelles. Pour ce faire, il a tenté de comprendre la nature pour en arriver à posséder un certain contrôle sur celle-ci. Une des premières manifestations de cette volonté de contrôle sur la nature a été le développement de l'agriculture. L'agriculture est la base de la civilisation et c'est clairement une prise de contrôle par l'homme sur une partie de la nature. Avec l'avènement de l'agriculture, l'équilibre naturel primitif était résolument brisé. Aucun produit agricole ne peut donc être qualifié de naturel car il est le fruit du contrôle de l'homme sur la nature. Le vin quant à lui est plus qu'un simple produit agricole, puisqu'il est issu de la transformation par l'homme d'un produit agricole, le raisin cultivé. L'élaboration du vin représente le premier contact de l'homme avec ce qu'on appelle aujourd'hui la biotechnologie et sans outils techniques il n'y a pas de vins possibles. Le vin est donc une création humaine où l'homme a mis la nature à son service en la contrôlant de diverses façons.

Et oui, n'en déplaise à certains, le vin et la technologie sont intimement liés, même dans ce qu'on appelle le vin naturel. Il est difficile pour moi de comprendre pourquoi le mot nature est plus séduisant pour certains que le mot technologie. La technologie relève de l'intelligence humaine, du savoir et de la science. Le technologie procure à l'homme les outils variés qui sont à la base des métiers et des arts. La technologie est aussi le vecteur de l'acquisition de nouvelles connaissances et du développement. Bien sûr, la technologie c'est aussi une progression des possibilités humaines, bonnes ou mauvaises. La technologie donne du contrôle et aussi de la responsabilité à l'homme. C'est peut-être pourquoi certains préfèrent se laver les mains dans la neutralité naturelle. Comme la nature ne choisit rien, qu'elle se contente d'être et d'évoluer au gré du hasard, elle ne peut se tromper, et surtout, elle ne peut être déclarée coupable. Vous l'aurez compris, je ne suis pas de ceux qui ont une vision idyllique de la nature, et pour rien au monde je ne voudrais me retrouver dans la peau d'un chasseur-cueilleur du paléolithique, balloté et effrayé au gré d'une nature mystérieuse et indifférente. Je ne suis pas du côté de la nature, mais du côté de l'homme, de sa conscience et de son angoisse existentielle. C'est cette conscience de lui-même, et de sa condition, qui l'a poussé à essayer de s'en sortir graduellement, de génération en génération. La civilisation depuis son origine relève de cette impulsion humaine visant à comprendre et à maîtriser la nature, et ce n'est que dans cette perspective plus détachée que pour moi la nature devient intéressante et fascinante. Je sais que le vin est un détail dans cette vaste épopée motivée par des éléments bien plus fondamentaux, mais en même temps, je trouve important comme amateur de vin de bien comprendre qu'il fait partie de ce mouvement de civilisation. C'est d'ailleurs pour moi ce qui le rend si intéressant. C'est justement parce qu'il est issu du génie humain qu'il est le liquide le plus complexe et le plus intéressant au monde. Un liquide tellement plus intéressant que ce que la nature laissée à elle même peut produire. J'ai donc du mal à comprendre le mouvement obscurantiste qui voudrait ramener son élaboration à sa forme la moins maîtrisée. Je ne prêche pas ici pour l'usage maximal et irraisonné de la technologie et pour l'interventionnisme à outrance. Je prêche pour le savoir et son bon usage, et surtout, j'en ai contre l'idée que ce qui est purement naturel est supérieur à ce que le contrôle de la nature par l'homme peut donner.

Pour revenir à un niveau plus terre à terre, tout en poursuivant dans le même sens, je suis toujours étonné de lire des propos à l'encontre des levures sélectionnées. Je me demande toujours pourquoi ceux qui sont contre la sélection du matériel micro-biologique pour la fermentation, ne sont pas aussi contre la sélection du matériel végétal et sa culture ordonnée. Si les levures sauvages laissées à elles-mêmes sont si fondamentales pour l'obtention d'un vin de meilleure qualité, alors pourquoi n'utilisent-on pas des vignes sauvages non sélectionnées, franches de pied, sans porte-greffes hybrides sélectionnés? Ceux qui connaissent vraiment la viticulture le savent. L'identification, la sélection et la bonne connaissance des propriétés du matériel végétal sont des éléments fondamentaux de la viticulture de haute qualité. Alors si la connaissance et la sélection du matériel végétal sont si importantes au vignoble pour pouvoir en mener au mieux la culture, pourquoi la sélection et la connaissance des propriétés du matériel micro-biologique pour le contrôle adéquat des fermentations ne serait pas tout aussi important? Des fermentations bien contrôlées, avec un matériel micro-biologique adéquat, sont le meilleur moyen de révéler le terroir d'où un vin est issu en évitant les déviations et les interférences aromatiques. Pour arriver à ce contrôle nécessaire des processus fermentaires, et pour l'obtention d'un vin micro-biologiquement stable en bouteille et apte à bien vieillir, l'usage des sulfites est aussi nécessaire. L'usage de ce produit est diabolisé par le mouvement du vin "naturel". Pourtant, si le vin naturel n'existe pas, le dioxyde de soufre naturel lui existe. La fermentation du raisin en génère et sous sa forme de sulfite il n'est pas plus dangereux pour la santé que du sel de table. De plus, il disparaît du vin après une garde en bouteille de 5 à 10 ans. Il est donc difficile de comprendre le rejet d'un outil si utile autrement que par l'angle idéologique.

Personnellement, je n'aime pas croire. Je préfère savoir. En ce sens, l'homme, grâce au savoir, a la capacité de juger des choses et de moduler son comportement en conséquence. Le mauvais usage du savoir et de la technologie par certains ne devrait pas discréditer le savoir technique. L'essence même de la vie réside dans l'aspect relatif des choses et dans la possibilité de faire des choix. Pour moi adhérer au dogme séduisant et simpliste du naturel bienveillant est une capitulation, une abdication de la pleine capacité créatrice de l'homme. Ceci dit, même lorsqu'on l'affuble de naturel, le vin demeure une création humaine, et comme l'homme il peut être bon ou mauvais. Mais au-delà de tout, le vin est un produit de civilisation, un symbole de la relation tourmentée de l'homme avec sa condition naturelle.

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mardi 1 novembre 2011

Quand le Chili fait perdre la raison


Une autre controverse à propos des résultats des dégustations à l'aveugle organisées par Eduardo Chadwick pour tenter de démontrer que ses vins font partie de l'élite mondiale. C'est le blogueur britannique Jamie Goode qui saute un fusible cette fois à ce sujet, allant jusqu'à dire que les dégustateurs impliqués dans ces exercices s'étaient trompés, qu'ils avaient un mauvais goût. Il s'en prend aussi au fait que les juges étaient des « Master of Wine » et remet en doute leurs qualités de dégustateurs. Le « Master of Wine » est une qualification britannique très difficile à obtenir.

Je suis toujours surpris de voir l'antagonisme que peuvent susciter les vins chiliens lorsqu'ils osent prétendre à autre chose qu'au statut de bons petits vins pas chers. Ce type de dégustation est bien sûr un outil imparfait. C'est l'arme du pauvre en prestige. Le but n'est pas de démontrer une supériorité absolue des vins de M. Chadwick face à des noms très renomés. Le but est de démontrer que ses vins font partie de l'élite mondiale et que le Chili a la capacité de produire ce type de vins. Rien de plus. Rien de moins.


Résultats dégustation Hong Kong

Un autre lien où un des dégustateurs y va de ses commentaires sur les vins. Ses deux vins préférés: Sena 1995 et Sena 1997. J'aime bien ses commentaires sur ces deux vins. Ça confirme ce que je me tue à répéter sur le potentiel de garde des rouges chiliens.

Finalement j'ai trouvé un lien à propos de la dégustation chilienne, en espagnol mais facile à traduire sur Google translate. Les juges étaient 17 "Master of Wines" britanniques. Sena 1997 a terminé premier, suivi de Sena 1995, Latour 1988 et Haut-Brion 2000. Je pense que l'argument de l'âge des vins est invalidé. Ça démontre aussi un attrait des juges pour les vins de profils évolués.


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