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samedi 14 mai 2016

Le palais français des Québécois: Un mythe déboulonné

Il y a quelques années j'avais écrit plusieurs article sur ce blogue où je dénonçais le francocentrisme québécois en matière de vin (voir le libellé au bas de l'article). La France est surreprésentée à la SAQ et l'offre de notre monopole en vins de qualité du Nouveau Monde demeure relativement faible. En réaction à cette critique, la réponse usuelle est que le Québec accorde beaucoup de place à la France vinicole car le palais des Québécois serait français. Je me suis toujours opposé à cette conception, arguant que ce supposé palais français était acquis, et non inné, et que la SAQ, par son offre de vins, de même que la presse spécialisée par l'importance démesurée qu'elle accorde aux vins de l'Hexagone, entretenait cet état de fait. Une simple comparaison avec l'Ontario confirme ce constat. La LCBO a une offre beaucoup moins grande de vins français, et beaucoup plus importante de vins du Nouveau Monde, surtout de pays anglo saxons, mais aussi, dans une moins mesure, de vins sud-américains. Pourtant il n'y a pas différences génétiques marquées entre les Québécois et les Ontariens. C'est clairement un caractère acquis qui découle des affinités culturelles des deux provinces.

Un appui involontaire à mon point de vue est venu la semaine passée de cette même presse spécialisée québécoise, de la part de Bill Zacharkiw dans The Gazette, qui explique dans un article que son palais français vient du fait qu'il a été exposé dès ses débuts dans le monde du vin, au début des années 90, à ce qui était offert à la SAQ, soit surtout des vins français, souvent marqués par un manque de maturité, donc par une forte astringence et une forte acidité et moins de concentration, de douceur et d'alcool et que cela continue de marquer ses préférences, même aujourd'hui. M. Zacharkiw s’emmêle ensuite dans la notion vaseuse d'authenticité des vins pour justifier ses choix français. Là il me perd totalement car on est hors du goût et on tombe dans l'idéologie. Ceci dit, il a l'honnêteté de reconnaître que la différence entre ancien et nouveau mondes est de plus en plus floue, les vins européens étant maintenant élaborés avec un fruit plus mature, alors que le Nouveau Monde redécouvre les vertus associés à moins de maturité et développe des vignobles sur des terroirs plus frais.

Je m'intéresse au  monde du vin de manière moins intense qu'il y a quelques années, ceci dit, quand je regarde la liste des meilleurs vendeurs de la SAQ je me désole totalement. Cette liste est dominée par des vins sucrés du Nouveau Monde, et l'offre de bons vins de ce même Nouveau Monde à cette même SAQ demeure faible. Donc, en volume le palais du Québécois moyen n'est ni français, ni Nouveau Monde, il est adepte du vin sucré de mauvaise qualité. La SAQ semble incapable de faire dans la nuance. Elle met de l'avant du mauvais vin sucré pour la masse, et ce faisant fixe les préjugés d'une certaine élite à l'encontre des vins non européens. Si la SAQ et la presse vinicole faisaient un bon travail d'éducation, il devrait y avoir au Québec un palais pour le bon vin. Point. Le temps des petites guerres nostalgiques à propos du continent d'origine des vins devraient tenir du passé car on voit que le résultat net c'est le règne des "Ménage à Trois" de ce monde. Le combat devrait se faire pour le vin de qualité offert à prix abordable plutôt que sur des bases idéologiques.

mardi 9 septembre 2014

L'obssession de la feuille de tomate

Dans une petite montée de lait récente je m'insurgeais contre des propos de Claude Langlois, du Journal de Montréal, voulant qu'il était difficile de trouver un vin chilien qui n'était pas bretté. Celui-ci rajoutait qu'en plus d'être brettés, la plupart d'entre eux sentaient la feuille de tomate. Avec ironie j'avais noté que pour dire ça c'est qu'il devait avoir trop dégusté avec Jacques Benoît de La Presse. Voilà qu'aujourd'hui le père Benoît y va d'une autre crise virulente de feuille de tomate dans La Presse. Le tout doublé d'un autre accès de francocentrisme.

Vraiment, l'incompétence à propos des vins du Chili des chroniqueurs-vin québécois en fin de carrière est consternante. Ils ont passé leur vie à boire et aimer essentiellement du vin français et semblent être incapables d'ouvrir leurs horizons à autre chose. L'ignorance de Jacques Benoît par rapport aux vins du Chili est gênante. Quand on connaît si mal un sujet, on devrait s'abstenir d'en parler. J'ai fait une recherche sur internet, en français, en anglais et en espagnol avec les mots clés, vin, Chili, feuille de tomate ou plant de tomate. Le seul endroit où on parle des rouges du Chili et de feuilles de tomates, c'est en français et au Québec. C'est compréhensible, cette idée a été énoncée ici il y a longtemps par M. Benoît, qui ne peut parler des rouges du Chili sans ramener les feuilles de tomates à chaque fois, et quand je dis à chaque fois c'est bel et bien à chaque fois. Même quand il ne perçoit pas de feuille de tomate dans un vin chilien, il doit le mentionner et souligner son étonnement. Vraiment navrant.

En anglais on parle de "tomato leaf" pour décrire certains vins blancs de Sauvignon Blanc, du Chili ou d'ailleurs. Même chose en espagnol avec "hoja de tomate". En anglais et en espagnol on associe donc la feuille de tomate aux vins blancs d'un seul cépage. Le Sauvignon Blanc. Pourtant, M. Benoît nous dit dans son article n'avoir jamais rencontré ce "défaut" dans un blanc chilien. Il est sur ce sujet aux antipodes du reste de la planète. Comprenez-moi bien. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de vins rouges chiliens avec des notes de verdeur ou autre caractère végétal. Il y en a au Chili, et il y en a ailleurs. Ceci dit, il ne faut pas virer fou avec ça, en faire une fixation et tout confondre. Si M. Benoît s'excitait et voyait un défaut face à chaque vin de Bordeaux ou de la Loire qui présente des arômes de poivron vert, il n'aurait pas fini d'écrire. Depuis quand les notes végétales ou de verdeur sont-elles systématiquement mauvaises dans le vin rouge? Comme bien des choses c'est une question de dosage et de goût. Il faut aussi savoir de quoi on parle. En réalité, ce que M. Benoît appelle feuille de tomate est limité, selon mon expérience, à certains vins de cépages bordelais, en particulier de Cabernet Sauvignon. Je n'ai jamais rencontré ces arômes dans un Pinot ou une Syrah, même chose pour le poivron vert, au Chili, en France ou ailleurs. Toujours est-il que le Cabernet chilien a la particularité de présenter des arômes de cassis frais souvent très prononcés, surtout en prime jeunesse. Hors, l'arôme de cassis est une molécule soufrée, un thiol, tout comme le bourgeon de cassis, le groseille et c'est aussi le cas de la molécule qu'on associe à la feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc. Ce sont des arômes de la même famille qui présentent des similarités. L'arôme de cassis frais a la particularité de présenter une composante à la fois fruitée et végétale. Goûtez et sentez du cassis frais et vous allez comprendre ce que je veux dire. Même dans le cassis bien mûr, il reste un certain niveau de la molécule qui donne le côté végétal au bourgeon de cassis.

J'ignore si l'odorat de M. Benoît montre un profil de sensibilité qui occulte l'aspect fruité de ce cassis pour ne percevoir que l'aspect végétal. C'est possible. Chaque personne possède une sensibilité olfactive qui lui est propre. Ceci dit, une chose est sûre, avec sa fixation sur la feuille de tomate, et la détestation qu'il en a, il est un cas à part, bien qu'il ait fait des disciples au Québec. Il y a eu au Royaume-Uni une controverse il y quelques années à propos des vins sud-africains. Une chroniqueuse-vin pour le Times de Londres, Jane MacQuitty, avait décrété que la moitié des rouges de ce pays étaient affectés par un arôme de caoutchouc brûlé. Cela avait fait assez de bruit, et une simple recherche Google permet de trouver de très nombreuses références sur le sujet. Bien sûr, les producteurs sud-africains furent offusqués des propos de Jane MacQuitty et les avis sur la réalité du problème étaient partagés. Peut-être y avait-il un problème. Je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges d'Afrique du Sud pour porter un jugement valide sur le sujet, mais dans ma courte expérience des vins de ce pays je n'ai jamais noté ce problème. Ceci dit, même si problème il y avait, ou il y a toujours, il est clair que ça ne touchait pas la moitié des vins rouges d'Afrique du Sud.

Pour revenir au Québec et à la fixation de Jacques Benoît. Il est clair que celui-ci, probablement par ignorance, y va d'une délirante généralisation. Il a frappé un vin chilien très vert un jour et ça l'a marqué. Aussi, l'exemple du supposé caoutchouc brûlé sud-africain est éloquent. S'il y a eu une telle controverse à ce propos. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi il n'y en a pas à propos de la feuille de tomate et des rouges chiliens. Si cela est si répandu et si abominable, pourquoi n'y a-t-il qu'au Québec où l'on parle de ce supposé terrible phénomène? L'odorat des gens hors Québec serait-il systématiquement insensible à cet arôme? Bien sûr que non. Les rouges chiliens sont souvent distinctifs, c'est vrai, mais en même temps la variété de styles n'a jamais été aussi grande. Ramener cette histoire de feuille de tomate à chaque fois qu'on parle des vins de ce pays est totalement aberrant. Surtout quand on écrit dans un grand quotidien comme La Presse. Personnellement, comme amateur des vins de ce pays, et blogueur qui tente de mieux les faire connaître, je trouve ça très frustrant. On peut ne pas aimer un vin donné et l'écrire en expliquant pourquoi, mais revenir systématiquement avec une idée qui n'est documentée nulle part ailleurs dans le monde est vraiment absurde. J'ai rencontré plusieurs chiliens au cours des dernières années lors des dégustations annuelles de Vins du Chili. J'ai vu les efforts investis pour tenter de faire connaître, comprendre et aimer les vins de ce pays. Dans ce contexte, c'est vraiment frustrant de voir le doyen des chroniqueurs-vin au Québec, un homme avec une tribune importante et influente, annihiler une partie de ces efforts en répétant ad nauseam une idée fixe au lieu de parler de la véritable réalité de la scène vinicole très dynamique de ce pays.

dimanche 31 août 2014

Bretts et incompétence...

Ben oui. Les bretts. Je reviens encore sur ce sujet car l'ignorance à leur propos me jette souvent par terre. Combien de dégustateurs aie-je côtoyés et qui ne savaient pas les reconnaître dans un vin? Qu'on y soit peu sensible, ou carrément insensible, je peux comprendre, mais dans ce cas on devrait s'abstenir d'en parler. C'est le cas de Claude Langlois du Journal de Montréal. Je m'étais déjà attardé sur son cas, et voilà que quatre ans plus tard je tombe de nouveau sur ce commentaire d'une ignorance on ne peut plus crasse. En parlant d'un vin chilien, M. Langlois nous ramène la fausseté voulant qu'à peu près tous les vins de ce pays seraient "brettés". Rien n'est plus loin de la vérité. Face à un tel aveuglement olfactif, on comprend pourquoi il peut s'extasier devant bon nombre de vins européens réputés qui eux sont réellement "brettés".

La plupart des vins chiliens sont filtrés et bien stabilisés pour l'exportation. Le courant naturaliste y est encore très faible, et partant, les vins touchés par le caractère phénolé des bretts très rares. Il est donc ironique que M. Langlois ait choisi un vin issu de ce courant, le Cab, 2011, du Clos des Fous, pour nous dire qu'il avait enfin trouvé un vin chilien non bretté. En plus il nous ramène le cliché de la feuille de tomate. Il est clair qu'il a trop dégusté avec son collègue de La Presse, Jacques Benoît.

Le francocentrisme en matière de vin, passe toujours, on est habitué au Québec, l'amour des vins brettés en toute connaissance de cause, ça aussi on est habitué, mais l'ignorance et l'incompétence de la part d'un chroniqueur qui se veut professionnel, ça, à mes yeux, c'est inacceptable. On attend encore un chroniqueur-vin au Québec qui aura l'ouverture d'esprit et la compétence pour parler des vins du monde entier de manière neutre, sans a priori et sans idéologie. On peut toujours espérer...

jeudi 27 mars 2014

Le rôle du critique


 Il y a longtemps que je n'avais pas écrit de texte éditorial sur ce blogue, mais aujourd'hui je suis tombé sur un texte sur le site Vin Québec qui m'a donné le goût de réagir. Marc-André Gagnon nous dit dans ce texte que toute critique, bonne ou mauvaise, est positive. À le lire, c'est comme si le critique avait la vérité absolue dès qu'il goûte un vin et qu'il se doit de la partager pour prévenir ses lecteurs d'un danger à éviter. Je pense que ce raisonnement fait abstraction du goût personnel, de la subjectivité, de la variabilité du vin dans le temps et des variations de capacités sensorielles qui existent entre dégustateurs. Personnellement, je ne commente que les vins que j'aime, et je ne crois pas, loin de là, avoir la vérité absolue. Par exemple, je déteste les vins phénolés élaborés à l'aide de levures Brettanomyces. Pour moi c'est un défaut clair, mais je sais aussi qu'un bon nombre de vins renommés et appréciés sont élaborés avec le concours de ce type de levures. Je pourrais bien chercher ce type de vins et les décrier comme mauvais sur mon blogue, mais à quoi cela servirait-il? Je sais que certains amateurs aiment ces arômes, et que d'autres ne les perçoivent guère. À quoi bon penser que mon dédain pour ces arômes s'applique à tout le monde? C'est là un exemple, mais il pourrait en être de même à propos de choses que j'aime dans le vin, mais qui pourraient déplaire à d'autres.

Je pense que les critiques émettent des opinions à propos des vins qu'ils dégustent, et que ceux qui les lisent doivent déterminer à l'usage et dans la durée si un critique est crédible pour eux. Il faut voir si on partage une sensibilité commune par rapport à ce qu'on aime dans le vin. Il y a aussi l'aspect de la garde du vin qui est important. Hors des classiques européens à la feuille de route bien connue, peu de critiques savent vraiment de quoi ils parlent en cette matière. En ces temps où l'idéologie joue un grand rôle dans les opinions émises par certains critiques, je pense qu'il faut aussi connaître le positionnement d'un critique à cet égard pour pouvoir prendre ce qui nous convient dans ses propos. Par exemple, j'aime bien lire le blogueur britannique Jamie Goode. C'est un défenseur du minimalisme dans l'élaboration du vin, et un promoteur des vins dits naturels. Je ne partage pas sa vision à ce sujet, et quand je vois le militant ressortir dans ses écrits, je décroche. Ceci dit, et de façon paradoxale, Goode aime aussi les grands classiques européens qui n'ont rien de "naturel". C'est là qu'il est facile de voir où il faut en prendre et en laisser. Si je continue de lire Jamie Goode, c'est qu'il n'est pas condescendant avec les vins du Nouveau-Monde, à part peut-être ceux du Chili... Pour lui c'est une partie importante et légitime du monde du vin et Goode est une bonne source pour en apprendre plus sur les vins de Nouvelle-Zélande, d'Afrique du Sud et d'Australie. Finalement, même si je n'aime pas le système de notation sur 100 qu'il utilise. Les hautes notes qu'il octroie souvent à des vins de prix très abordables concordent avec ma conviction qu'il y a moyen de très bien boire sans se ruiner et que l'écart entre un bon vin de prix abordable bien choisi et les vins cultes ou prestigieux hors de prix n'est pas si grand. J'utilise l'exemple de Jamie Goode, qui n'est pas le critique le plus connu, pour démontrer que le lecteur peut très bien lire entre les lignes en prenant ce qui lui convient chez un critique. La vérité absolue n'existe pas, et les critiques comme les amateurs ont des opinions et des sensibilités bien personnelles.

Pour revenir à l'utilité, ou non, des critiques négatives, si j'écrivais un guide annuel du vin, je pense qu'il serait important de parler des vins que je n'ai pas aimé, car le but dans ce cas est d'offrir un portrait exhaustif de l'offre en matière de vin. Mais pour avoir acheté le Guide du Vin de Michel Phaneuf pendant plusieurs années, à mes débuts, j'ai vite été en mesure de juger des limites d'un tel exercice. Toutefois, cela m'a aidé à me connaître comme dégustateur, à voir là où j'étais d'accord, et là où je divergeais. Ce qui fait qu'aujourd'hui je peux assez facilement déterminer si une critique me semble crédible par rapport à ce qui compte pour moi. L'expérience et la connaissance de soi comme dégustateur offre une grille de décodage pour les opinions de critiques, qu'elles soient positives ou négatives. J'ai tellement lu de critiques tièdes ou négatives à propos de vins que j'aime, que je sais qu'une critique négative n'est pas une vérité absolue. C'est aussi pourquoi j'aime tant la dégustation en pure aveugle. Sans aucune autre référence que le vin lui-même, bien des critiques négatives pourraient devenir positives, et vice versa.


dimanche 12 janvier 2014

Vous avez dit francocentriste?

Toujours pas beaucoup de temps et d'envie pour écrire à propos du vin. L'impression de taper encore et toujours sur le même clou, je suppose. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin, en particulier mes amis du forum Fouduvin, et ce soir en sirotant un succulent Carmenère, 2008, d'Errazuriz, je suis tombé sur les résultats d'une autre dégustation/confrontation. Je dois avouer que les résultats des dernières dégustations de Fouduvin ébranlent mes convictions sur le caractère francocentriste du palais des passionnés québécois. Cette fois c'est un jeune Cab de Coonowara qui titre à 15% d'alcool qui a terminé premier, suivi par un Cab de Napa. Lors d'une autre dégustation récente du genre, ce fut un autre vin de Californie (Sonoma) qui a remporté la palme, celui-ci plus âgé. Finalement, l'automne dernier lors d'une dégustation de rêve, c'est un autre australien, le fameux Grange, qui semble avoir impressionné. C'était le millésime 1982. Ça montre que la longue garde n'est pas l'apanage des vins européens.

Donc, il semble bien que je sois dans le champ avec mes histoires de francocentrisme québécois. Du moins, à l'aveugle... Même en état de sous-représentation, les vins du Nouveau-Monde ont été très appréciés dans ces dégustations où l'influence de l'étiquette était absente. Donc, la mentalité québécoise est peut-être francocentriste, mais pas le palais. Malheureusement, la mentalité est ce qu'il y a de plus difficile à changer. Parole de frappeur de clou...


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lundi 28 octobre 2013

Aborder les vins du Nouveau-Monde avec un regard neuf

J'ai quelques fois dénoncé le francocentrisme québécois en matière de vin sur ce blogue. Je suis tombé aujourd'hui sur un article de Marc-André Gagnon du site Vin Québec qui en est un bon exemple. J'aime bien le site Vin Québec, mais cette fois l'article de M. Gagnon me semble un peu particulier. Il part des résultats d'un concours, incluant un nombre limité de vins à moins de 50$, pour tirer des conclusions sur un supposé goût canadien par rapport à un goût québécois qui serait distinct. M. Gagnon s'insurge contre le peu de vins "gagnants" étant originaires de la France et de l'Europe face au grand nombre de "lauréats" issus du Nouveau-Monde. Scandale!

D'abord il y avait au moins trois juges québécois sur le panel, Bill Zacharkiw, Marc Chapleau et Rémy Charest. Pour les avoir souvent lus, je pense qu'ils sont tous trois europhiles, voire francophiles. Il y a aussi des juges du Canada anglais dont j'ai toujours apprécié les écrits (John Szabo, David Lawrason et Anthony Gismondi). Et au-delà de tout, ces dégustations avaient lieu à l'aveugle. Ce type de dégustation donne toujours des surprises car il n'y a pas d'étiquette pour orienter le jugement. Aussi, on ignore le pourcentage de vins inscrits pour chaque pays. Personnellement, j'ai aimé voir que pour trois des quatre cépages noirs français les plus réputés (Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah et Pinot Noir), trois vins chiliens qui l'ont emporté, et de très bons vins de prix très abordables. La Syrah, Reserva, de Falernia dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Un autre vin que j'ai déjà encensé dans un millésime précédant, le Cabernet Sauvignon, Etiqueta Negra, de Tarapaca, et le Merlot, Marques de Casa Concha, de Concha y Toro, issu d'une gamme au RQP exceptionnel. Pour ce qui est du Pinot Noir, ça demeure un "work in progress" au Chili.

Ceci dit, il ne faut pas partir en peur avec les résultats de ce type de concours. Le concours ne prétend pas qu'il s'agisse des meilleurs vins au monde issus de ces cépages, mais bien des meilleurs parmi les inscrits. Personnellement, j'ajouterais les meilleurs parmi les inscrits au moment de la dégustation. Il faut donc mettre les choses en perspective. Toutefois, ça montre peut-être qu'en l'absence d'étiquettes, les vins du Nouveau-Monde, surtout ceux en bas de 50$, ne sont pas si mauvais que certains le croient par rapport aux vins de la vieille Europe. Au fond, ces résultats ne sont peut-être qu'une incitation à regarder les vins du Nouveau-Monde avec un regard, justement, plus neuf...

mercredi 23 octobre 2013

Vin : Le snobisme est-il vraiment mort?

Je suis tombé récemment sur ce texte de Matt Kramer du Wine Spectator qui répond par l'affirmative à la question posée dans mon titre. Selon lui le snobisme voulant que seulement certaines régions traditionnelles puissent produire des vins authentiques et de qualité n'existe plus. Je le cite en traduction libre :

"Tout le monde sait maintenant que toutes sortes de lieux autour du monde peuvent produire et produisent des vins remarquables"

Il poursuit son argumentation en s'attaquant au mythe de la Bourgogne en disant qu'il n'y a plus personne qui peut maintenant prétendre que seule cette région peut produire d'authentiques vins de Pinot Noir. Il cite en exemple la Californie, l'Orégon, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Ontario pour étayer sa thèse. Avec un peu plus d'ouverture d'esprit il aurait pu ajouter l'Afrique du Sud, le Chili et la Patagonie argentine à sa liste d'exemples. Personnellement, je suis d'accord avec l'essence de son propos, mais pas avec sa conclusion. Le snobisme régional tel qu'il le décrit existe peut-être moins aux États-Unis car ce pays a une production nationale de qualité au style distinct, et un pays avec une telle influence aide à légitimer cette distinction stylistique. Autrement dit, on ne renie pas les classiques européens, mais on a la confiance nécessaire pour affirmer que l'on peut faire aussi bien de manière différente. Cependant, dans une province comme le Québec, il n'y a pas ce facteur pour forcer une mise en perspective des choses et le vieux snobisme tel que décrit par Matt Kramer est encore bien vivant.

Au surplus, ici au Québec, nous avons droit au nouveau snobisme, dont parle aussi M. Kramer, où l'on privilégie certains vins sur une base idéologique. Ce nouveau snobisme privilégie les vins de petits producteurs, préférablement biologiques, non interventionnistes, ou ceux du mouvement dit "naturel". Dans ce courant, les vins non boisés et issus de cépages inusités sont aussi privilégiés. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'une lectrice montréalaise a écrit dans la section "Member Comments" pour confirmer cet état de fait. Donc, les différentes sortes de snobisme en matière de vin sont peut-être en régression, mais de déclarer leur mort me semble être un peu prématuré, surtout ici au Québec. Nous avons encore un bon nombre de buveurs d'idées et d'étiquettes et les stéréotypes à l'encontre des vins du Nouveau-Monde ont la vie très dure.



dimanche 24 mars 2013

Frustration chilienne

Le système de notation sur 100 est la chose la plus ridicule qui existe dans le monde du vin et j'en ai eu une autre preuve récemment en prenant connaissance des notes octroyées à plus de 700 vins du Chili par Neil Martin, nouvellement en charge de couvrir ce pays pour un Wine Advocate en mutation. Je pense assez bien connaître les vins de ce pays, et les notes de M. Martin sont d'une incohérence totale. Il faut dire que le titre du rapport de M. Martin est "Chile : Seeking out the X factor". Cela donne le ton, car ce qu'on appelle le facteur X est quelque chose de bien subjectif. Toujours est-il que le rapport de M. Martin a créé une onde de choc dans le milieu vinicole chilien. N'étant pas abonné au Wine Advocate, je n'ai pas pu lire en entier le texte de M. Martin, mais un article sur le sujet du site Planetavino en cite des extraits et rend compte que le rapport de Neil Martin, au-delà des notes octroyées, est négatif et blâme la structure de l'industrie chilienne axée selon lui sur les grosses compagnies et la production de vins pour les masses. Son rapport est même divisé en deux, une partie pour l' "industrie", et l'autre portant sur le groupe de petits producteurs MOVI et les vins d'appellation VIGNO. Avec un tel biais idéologique, il est facile de comprendre certaines incohérences dans les notes. D'ailleurs, en passant en revue les notes de M. Martin, il est facile de détecter que certains plus petits producteurs sont favorisés, de même que les régions de climat frais au dépend de ce qui vient de la vallée centrale. Comme si un critique était plus dur avec les vins du sud de la France et de Bordeaux car le climat y est moins frais que celui de la Loire, de l'Alsace et de la Bourgogne. La réalité c'est qu'on y fait des vins différents qui ont leurs qualités distinctives. C'est ce qui fait la richesse de la France vinicole, et le Chili tend de plus en plus vers ce type de diversité.


Neil Martin à l'oeuvre lors d'une dégustation qu'on pourrait qualifier d'industrielle. Noter des vins sur 100 est déjà farfelu, mais le faire de façon aussi intensive, à étiquette découverte, avec les vins d'un pays qu'on connaît mal, est carrément ridicule.


L'autre élément qui semble avoir heurté les chiliens avec ce rapport, c'est que le même Neil Martin a été plutôt élogieux dans ses rapports récents sur l'Argentine et l'Afrique du Sud. Deux pays qui sont des concurrents directs du Chili et qui ont une structure de production similaire, même si ces pays ne possèdent pas une locomotive de la qualité de Concha y Toro, une compagnie reconnue par plusieurs pour être la meilleure compagnie vinicole au monde. Une compagnie qui sait allier volume, qualité et diversité. Bien sûr c'est une compagnie énorme, surtout si on ajoute toutes ses filiales, mais en même temps c'est une compagnie qui réussit un tour de force incomparable dans le monde du vin. Pour un pays totalement axé sur l'exportation c'est un atout incroyable. Ceci dit, ce qui est encore plus incroyable, c'est que l'existence d'une telle compagnie soit mis au passif d'un pays lorsque vient le temps de rendre compte de sa réalité. Il n'y a que des préjugés idéologiques qui peuvent guider un tel jugement et c'est d'autant plus surprenant de la part d'un critique dont l'intérêt principal a toujours été les vins de Bordeaux. C'est donc bizarre de le voir débarquer au Chili en prônant que "small is beautiful", en vantant l'approche naturelle dans l'élaboration du vin, tout en disant que le Chili devrait se concentrer sur un cépage comme le Carignan, plutôt que sur le Cabernet Sauvignon.

Il doit être très difficile pour les producteurs chiliens de voir quelqu'un comme Neil Martin débarquer pour la première fois dans leur pays, sans connaissance approfondie des vins qui y sont produits, pétri de préjugés, pour finalement leur donner une leçon de morale idéologique. En même temps, je pense que l'influence de Neil Martin est très limitée car de toute façon les abonnés du Wine Advocate ont très peu d'intérêt pour les vins sans prestige du Chili. N'empêche que les producteurs chiliens sont très sensibles aux notes et aux médailles, et j'espère que le rapport de Neil Martin les incitera à y porter moins attention et à faire les vins qu'ils veulent vraiment. J'espère qu'ils prendront conscience que le système de notation sur 100 est un leurre, et qu'ils s'émanciperont du syndrome du colonisé où un critique étranger peut venir leur dire avec condescendance ce qui devrait être le mieux pour eux. N'empêche que le Chili, malgré les grandes avancés des quinze dernières années, ne l'a jamais facile et semble prisonnier de son problème d'image.


jeudi 8 novembre 2012

Plaidoyer pour plus d'ouverture et de neutralité chez les chroniqueurs vin professionnels


Je suis tombé récemment sur un texte très intéressant du vigneron Hervé Bizeul, sur le forum "La Passion du Vin", où il explique les raisons l'ayant poussé à demander au guide d'achat de la Revue du Vin de France de ne pas commenter ses vins dans son édition 2012. Je ne suis pas vigneron, néanmoins, comme amateur privilégiant un pays peu prestigieux. Je me suis reconnu dans les propos de Hervé Bizeul. En plus, comme lui je suis convaincu des vertus incontournables de la dégustation à l'aveugle et je suis aussi sceptique que lui face aux dérives idéologiques prônant la supériorité des vins biologiques, biodynamiques ou dits naturels, avec le parti pris stylistique qui vient avec...

Les producteurs axés sur la qualité, mais venant de régions moins renommées, et n'adhérant pas aux modes du moment, que ce soit le style prôné par les revues américaines, ou bien celui des cercles branchés français, font face à un dilemme. Comment peut-on promouvoir ses vins en misant sur ce qu'ils sont? Sans une note de 90 et plus, ou un commentaire positif dans une revue branchée, il est difficile de se démarquer aux yeux de l'amateur. Sans cela, comment peut-on convaincre le consommateur d'acheter son vin et de l'apprécier pour ce qu'il est, sans à priori? Le problème actuel du monde du vin, c'est qu'il est de plus en plus idéologique, ce qui veut dire que les consommateurs ont de plus en plus besoin d'une caution extérieure pour les guider dans leurs achats. Si l'amateur peut être un buveur d'idées, le journaliste qui traite de vin devrait être impartial, ce qui implique de déguster en pure aveugle et de mettre ses impressions en contexte hors de ses préférences personnelles. Malheureusement, la dégustation en pure aveugle n'existe pas dans la presse vinicole. Si c'était le cas, les hiérarchies, anciennes et nouvelles, auraient tôt fait de voler en éclats, et ce ne sont pas vraiment les vins qui seraient mis en cause, mais la fiabilité des dégustateurs. On comprend donc pourquoi les chroniqueurs vin ne dégustent pas en pure aveugle. Au mieux on se risque pour de petite vague bien délimitée, en semi-aveugle. Quand on connaît le type de terrain visité, il y a moins de risque d'avoir l'air fou. Je dis cela en assumant qu'on édite pas les commentaires après dévoilement des identités, ce qui est loin d'être certain. Qui veut avoir l'air fou et mettre sa crédibilité en jeu?

Le monde du vin est beaucoup plus riche et vaste que ce que les professionnels qui écrivent à son sujet veulent bien nous faire croire. La variété de terroirs et de styles légitimes est bien plus grande que ce que l'on en dit généralement. Je comprends la frustration de quelqu'un comme Hervé Bizeul qui voudrait que ses vins soient jugés de manière impartiale et qui pense que sa région du Roussillon peut produire des vins aussi bons qu'ailleurs, mais avec un style marqué par ce terroir et par la vision personnelle de celui qui les élabore. Je pense qu'il est temps dans le monde du vin de sortir des clichés traditionnels et des idéologies. Le nombre d'endroits où des vins de grande qualité sont produits est plus grand que jamais auparavant, de même que la variété stylistique globale. J'écris ces mots en dégustant une excellente Syrah sud-africaine du Swartland. Un vin qui a son style bien à lui et qui n'a rien à envier en terme de qualité à des vins reconnus de régions plus traditionnelles. Même si mon blogue se concentre sur les vins de l'hémisphère sud, en particulier ceux du Chili. De manière globale, je demeure un partisan des vins venant de régions non prestigieuses de partout dans le monde. Je suis aussi un amateur de vins qui ne sont pas à la mode et qui ne misent pas sur l'effet Veblen. J'avoue qu'en réaction à une situation que je considère injuste, ma position peut sembler idéologique, mais elle a selon moi le mérite de ne pas être à la mode. Je ne dis pas qu'il ne faut boire que des vins de régions peu reconnues et sans prestige. Il existe aussi des trésors cachés dans les régions traditionnelles. Je dis qu'il faut donner plus de chances à ces vins négligés en les abordant de la façon la plus neutre possible. Il faut juger les vins, peu importe l'origine, pour ce qu'ils sont plutôt que pour ce qu'ils ne sont pas. Trop de professionnels du vin ont le mot terroir à la bouche, mais ne cesse de tout ramener à quelques terroirs traditionnels. Le terroir dans ces circonstances devient un facteur d'exclusion plutôt qu'être ce qu'il est vraiment, c'est-à-dire l'élément de diversité le plus intéressant qui soit.

Réaction de Hervé Bizeul



samedi 28 juillet 2012

Les buveurs d'idées


Comme amateur de vin on aime penser que ce qui nous intéresse vraiment c'est le vin. Le liquide qui se retrouve dans notre verre sous différents aspects. Pourtant, plus un amateur devient intéressé et plus le vin en lui-même perd de l'importance. Je lisais l'autre jour un article où le représentant commercial d'un producteur chilien disait qu'il fallait apporter des nouveautés régulièrement (nouveaux cépages, nouvelles régions), car sans éléments distinctifs pour susciter l'intérêt, le vin devient une simple marchandise. Je me suis reconnu un peu dans ce propos. Je suis le type d'amateur intéressé par la nouveauté. J'aime les producteurs qui développent de nouvelles choses. J'aime l'idée qu'en buvant les vins de ces producteurs je participe à la création de quelque chose qui n'existait pas avant. D'autres amateurs, au contraire, s'intéressent au vin pour communier avec l'histoire. Au-delà du vin, ils aiment l'idée du lien avec le passé. L'idée qu'en buvant ces vins à la longue histoire ils perpétuent quelque chose qui les dépasse. D'autres ont une approche socio-économique. Ils s'intéressent aux vins d'artisans, aux vins biologiques car ça correspond à leurs valeurs de développement durable. D'autres encore aiment boire prestigieux et rare, ce qui veut aussi dire cher. De cette façon ils ont l'impression de toucher au meilleur de ce que le monde du vin a à offrir. Il y a aussi ceux qui boivent aux notes et à la réputation. Je suppose que cette caution externe les sécurise face à leurs perceptions.

J'aurais pu continuer d'énumérer des catégories de buveurs qui au-delà du vin sont motivés par des idées. Je lis déjà dans les pensées de certains lecteurs qui se sentiront visés et qui se diront que le vin, le liquide, est leur priorité, et que le reste est secondaire. Bien sûr, tout passionné que l'on puisse être, il est clair notre intérêt premier est le vin. Ceci dit, je pense que les idées occupent une place beaucoup plus importante que ce qu'on veut bien s'avouer. Si à partir de demain le vin devenait anonyme. Si les vins étaient identifiés par un simple code nous empêchant de les relier à leur origine. Je pense que l'intérêt d'une grande majorité de passionnés diminuerait de façon marquée. J'adore déguster à l'aveugle car il y a à la fin le dévoilement des identités. Cela me permet de me confronter aux fameuses idées qui soutiennent mon intérêt pour le monde du vin. Je ne voudrais pas d'un monde où la dégustation du vin serait toujours à l'aveugle, mais sans jamais qu'il n'y ait de dévoilement.

Il est clair pour moi qu'une bonne partie du plaisir relié au vin tient dans la confrontation entre le simple liquide offert dans un verre et la construction mentale qu'on s'est bâtie pour appréhender celui-ci. Sans repères pour ancrer notre jugement, le monde du vin serait bien moins intéressant. Ce produit de civilisation deviendrait un simple objet de consommation. Toutefois, je pense qu'en évoluant dans le monde du vin, il est important de garder à l'esprit que notre jugement est influencé par les idées qui nous intéressent et auxquelles on adhère. Je persiste à croire fermement qu'une bonne partie de l'appréciation du vin relève du monde des idées, de la conviction mentale. Garder ce fait à l'esprit est une façon de prémunir notre jugement de l'influence de ce qu'on pense lorsqu'on ne déguste pas à l'aveugle. Si on peut boire des idées, comme pour le vin il faut essayer d'éviter qu'elles nous saoulent.

lundi 21 mai 2012

Les critiques de vins québécois sont-ils en phase avec le consommateur moyen?


Je lisais récemment sur Vin Québec un article où on déplorait le fait que la SAQ préfère référer des critiques étrangers pour promouvoir ses vins plutôt que des critiques locaux. Cette lecture m'a rappelé deux de mes textes (ici et ici) où je dénonçais le francocentrisme prévalant dans le milieu québécois du vin, et en particulier chez les critiques qui traitent de ce sujet. 18 mois plus tard, après l'affaire Suckling, je pense que mon constat d'alors tient toujours. Pour les critiques québécois, il y a la France, ensuite le reste de l'Europe, la Californie, parce que c'est glamour, et finalement le reste du Nouveau-Monde. J'ai lu ce qui s'est écrit dernièrement à propos de l'offre australienne du Courrier Vinicole, ainsi que l'offre axée sur l'hémisphère sud du magazine CELLIER de la SAQ. Force m'est de constater qu'on ne parle pas de ces vins de la même façon qu'à propos de leurs contreparties européennes. Les comparaisons avec la France sont très fréquentes et rarement avantageuses, des traits de terroirs (eucalyptus) sont décrits comme des défauts, et tout à coup le rapport qualité/prix devient important, seulement pour être dénoncé comme désavantageux...

Pour quelqu'un comme moi qui a choisi d'aborder le monde du vin à partir d'un pôle différent, la lecture de propos du genre est déprimante. La méconnaissance des vins du Nouveau-Monde de la part de plusieurs critiques québécois, et surtout l'incapacité d'en traiter comme des entités valides et autonomes, contrastent avec ce qu'on retrouve dans le monde anglo-saxon. Cela explique peut-être en partie ce pourquoi la SAQ préfère référer à des critiques de ces pays, même pour des vins italiens. Je déteste le système de notation sur 100 issu des États-Unis, mais d'un autre côté, lorsque je lis les commentaires de ces critiques, j'ai l'impression de façon générale que pour eux le monde du vin n'est pas centré en un endroit particulier. Il y a une reconnaissance du rôle fondateur de l'Europe, mais tout ne se décode pas à partir de ce point de vue et les particularités du Nouveau-Monde sont perçues comme légitimes.

Quand je lisais l'article de Vin Québec où on s'insurgeait contre l'absence de références à des critiques québécois, en arguant que ceux-ci préfèrent les vins plus acides et moins sucrés, contrairement, supposément, aux critiques américains. J'avoue que j'ai été estomaqué. Si le palais des critiques d'un pays devait être fidèle à celui de sa population, alors le palais des critiques québécois devrait aimer les vins peu acides et sucrés. Il ne faut pas oublier que le meilleur vendeur de la SAQ est un vin rouge demi-doux, le Ménage à Trois, et que des vins de Vénétie avec un bon taux de sucres résiduels y connaissent aussi beaucoup de succès. J'ai beau analyser la liste de 25 meilleurs vendeurs à la SAQ, mais j'ai de la difficulté à y retrouver des exemples évidents de vins européens très secs. Il ne faut pas oublier que les Québécois sont des nord-américains d'abord et avant tout. Alors s'il est vrai que notre continent a le goût sucré, alors nous devrions être du nombre. Et s'il est vrai que la critique québécoise déteste ce genre de vin, alors c'est que son influence est limitée à un cercle d'initiés.

Mon but avec ce texte n'est pas de faire l'apologie du vin sucré et peu acide, qu'il soit du monde nouveau ou de l'ancien. Ceci dit je pense que la douceur et la faible acidité sont des éléments légitimes dans certains types de vins. C'est une question de choix stylistique et pas un élément déterminant du niveau qualitatif. Je pense aussi qu'au lieu d'accuser les critiques anglo-saxons, d'avoir le palais sucré, il faudrait peut-être se demander s'ils n'ont pas plutôt un palais plus complet. Un palais ouvert à une palette stylistique plus large. Bien sûr il y a des raisons culturelles et historiques pour expliquer cette situation, mais le Québec n'est pas la France. L'offre de vins du monde entier est beaucoup plus grande au Québec et il serait temps que la critique s'y adapte. Je sais qu'il est difficile de changer les goûts longuement acquis et les convictions qui viennent avec. Mais à mon avis il y a un réel décalage au Québec francophone entre ceux qui ont une tribune importante pour traiter de vin et la majorité de ceux qui le boivent.



jeudi 16 février 2012

Magazine CELLIER et vins de Cabernet Sauvignon


Ne fréquentant pas les succursales de la SAQ ces derniers temps, ni son site web, c'est par la poste que j'ai reçu aujourd'hui ma copie du dernier magazine CELLIER de la SAQ. Celui-ci est toujours aussi bien fait et c'est avec intérêt que j'y ai lu les résultats d'une dégustation en semi-aveugle de vins de Cabernet Sauvignon venant d'un peu partout au monde. Encore une fois, l'effet du mode aveugle a mis à mal la corrélation entre prix et qualité perçue. Le Gran Coronas de Torres faisant jeu égal avec le Mas La Plana, et le Marquès de Casa Concha de Concha y Toro faisant de même avec le Don Melchor. J'ai souvent écrit que le Marquès de Casa Concha n'était pas loin derrière le Don Melchor et que c'était tout un achat à 20$, pour qui aime les Cabs chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo. Toutefois, sans surprises, le panel de dégustation n'a pas très bien coté les vins du Chili de cette dégustation. Comme on le sait, ces jeunes vins sont parmi les plus typés qui existent et sont donc assez facilement identifiables à l'aveugle. Pour preuve, on mentionne même dans les commentaires que le mieux coté des vins chiliens, le Cuvée Alexandre, 2009, de Casa Lapostolle, n'a pas été reconnu comme chilien par aucun des dégustateurs. Cela explique probablement son rang relativement favorable par rapport aux cinq autres vins chiliens dégustés... Résultats sans surprises donc, mais je suis déçu de la mise en contexte. On justifie l'absence de bordeaux dans cette sélection par le caractère peu abordable de si jeunes vins issus de cette région. Toutefois, ça ne semble pas poser problème pour les Cabs du reste du monde, même si on mentionne à la toute fin que les meilleurs Cabs d'Italie, de Californie et d'Espagne peuvent gagner à reposer quelques années en cave. Encore une fois, et toujours sans surprise, silence radio sur le potentiel de garde des Cabs chiliens.

Les idées reçues en matière de vin sont fermement incrustées au Québec, et ça inclut l'idée de ce qui est supposé être bon. On nous ressort continuellement les mêmes clichés et lieux communs, sans l'ombre d'une vision le moindrement différente des choses. Le conformisme règne en maître dans les grands médias. Pourtant, je trouve que les Cabernets chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo, ont cette qualité importante d'être distinctifs. Ils ne sont pas des copies de ce qui se fait ailleurs et l'empreinte du terroir y est très marquée, surtout sur des vins jeunes. La distinction est pourtant considérée comme une qualité en matière de vin, mais dans le cas des Cabernets chiliens, plusieurs y décrètent plutôt un défaut. Pourtant, je ne suis pas le seul à penser autrement. Je lisais dernièrement les commentaires du réputé œnologue australien Brian Croser à propos du Cabernet Sauvignon chilien. Celui-ci est fondateur de la réputée maison Petaluma et œuvre maintenant chez Tapanappa, tout en étant consultant pour la maison Santa Rita au Chili. Voici ce qu'il disait récemment à propos du Cab chilien :

“Chilean Cabernet Sauvignon is completely unique and can’t be replicated. Its unmistakable Cabernet nature is a real advantage for Chile, and a strength to build upon. The best examples are subliminal, with grainy tannins that impart a savoury note on the finish. Chile has recognised the challenge of the Cabernet varieties and the unusually high diurnal range of the terroirs and continues to refine the vineyard management with preveraison leaf stripping and other treatments, creating some of the world’s most unique and distinctive Cabernets with subliminal briarines and evolved savoury tannins.”

Voilà qui est réconfortant à lire pour quelqu'un comme moi. Si je me fiais à nos palais médiatiques québécois, il y a longtemps que je considérerais mon goût comme déréglé, ou bien je me serais finalement conformé aux diktats du "vrai goût". M. Croser a aussi dit que les chiliens ont encore du chemin à faire pour apprivoiser les tanins de ce cépage. Voilà qui diffère de l'idée voulant que les Cabs chiliens soient parfaitement prêts à boire en prime jeunesse. Pour ma part, je trouve que la garde prolongée est encore le meilleur moyen de prendre soin de ces tanins de jeunesse souvent imposants. Le problème, c'est qu'à peu près personne n'associe Cabernet du Chili et vin de garde. Disons que la dégustation et le texte du magazine CELLIER n'auront rien fait pour changer les choses. Belle occasion ratée. Dommage. Il y a pourtant du Don Melchor, 1995, 1997, 1999, 2000, 2004 et 2005 actuellement sur les tablettes de la SAQ, mais on aura plutôt préféré y mettre le plus jeune de tous, le 2006...


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samedi 17 décembre 2011

GJE, Chadwick, et l'utilisation des mythes bordelais en dégustation à l'aveugle

Une autre controverse dans la blogosphère vin à propos d'une dégustation confrontant un vin sans prestige à certains noms mythiques de Bordeaux. Là comme dans le cas des dégustations organisées par le Chilien Eduardo Chadwick, il s'en trouve pour dénoncer le procédé et pour remettre en question cette manie de la comparaison, de la classification et de la notation. Moi je veux bien. Je pense avoir clairement établi par mes propos sur ce blogue que je suis contre la notation précise des vins et contre la classification de ceux-ci. Ceci dit, je trouve quand même ironique de dénoncer ce type de dégustation, alors que les grands noms qu'on y introduit comme référence, certains diraient faire-valoir, sont eux-mêmes issus d'un système de classification qui les place au-dessus de tout le reste. Je trouve que le système figé de classification bordelais, de par sa nature même, appelle le défi des laissés pour compte. C'est un phénomène naturel, et il serait bien plus fréquent si ce n'était du prix exorbitant des grands noms bordelais qu'il faut se procurer pour tenir ce genre de dégustation. Comme je le mentionnais dans le cas des dégustations de Chadwick, et c'est vrai aussi pour les dégustations du Grand Jury Européen (GJE), financées par Yves Vatelot, propriétaire du Château Reignac, le but de ce type d'exercice n'est pas de rabaisser les grands noms qu'on y introduit, mais bien de montrer qu'il se fait de très bons vins toujours offerts à prix raisonnables. L'exercice n'est cependant pas désintéressé, et il y a certainement un but mercantile derrière tout ça. Si la possibilité se présente par la suite d'augmenter le prix des vins qui auront bien paru, les commanditaires de ces dégustations le feront sûrement. Eduardo Chadwick en est un bon exemple, puisqu'il a gonflé le prix de son Cabernet Sauvignon, Vinedo Chadwick à 165$. S'il peut le vendre à ce prix, tant mieux pour lui. L'amateur pour sa part n'a qu'à ne pas tomber dans ce piège en se rappelant qu'on pourrait confronter des vins de 30$ au Vinedo Chadwick à l'aveugle et que là aussi il y aurait des surprises. Il y longtemps que j'ai compris ce principe, et ça explique pourquoi j'évite systématiquement les vins très chers.

lundi 13 décembre 2010

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste? (Part II)

Dans mon premier texte sur ce sujet, publié en novembre dernier, j’y étais allé de cette affirmation:

“Cette offre de produits totalement débalancée est en lien direct avec le discours et la mentalité francocentristes des professionnels du vin au Québec, que ce soit les journalistes, les sommeliers, ou les conseillers de la SAQ. Pour eux, de façon générale, la France est le centre du monde vinicole, le point de vue à partir duquel tout est analysé. Cela ne veut pas dire que l’on ne boira que du vin français, mais même lorsque l’on boit autre chose, on l’analyse par rapport aux références françaises.”

Certains ont pu penser que j’y allais fort dans mes propos, et pourtant... Cette semaine, avec pas mal de retard, j’ai commencé à lire la dernière édition de la revue CELLIER de la SAQ. Dans celle-ci, il y a y une entrevue avec le chroniqueur vin Claude Langlois du Journal de Montréal. J’étais curieux de lire ce qu’il avait à dire sur son métier et le monde du vin en général. Ce que j’ai pu lire m’a totalement consterné. Si quelqu’un doutait de mes propos ci-haut, il n’a qu’à lire ça. Il y a peu de choses ne venant pas de l’Hexagone, en matière de vin, qui trouvent grâce aux yeux de M. Langlois. Pour l’avoir lu jadis, je le savais très axé sur la France, mais à ce point. J’avoue avoir été surpris. Toutefois, là où le gars s’est totalement discrédité, c’est dans ses propos sur les arômes de Brettanomyces et sur le Chili. Il dit détester les “bretts”, sauf dans le bourgogne. Plus tard en réponse à savoir quel pays l’avait le plus déçu, il y va d’une diatribe surréaliste contre le Chili. Je cite:

“Le Chili, parti en peur au début des années 90. Je trouve ça plate à dire, mais 9 fois sur 10, ça sent la sueur et la selle de cheval, la brett- même qu’ils font de moins bons vins aujourd’hui qu’à l’époque- je dis une énormité, je sais. C’est probablement juste mon goût qui a changé.”

Assurément que M. Langlois dit non pas une, mais des énormités. Cette déclaration est d’une ignorance crasse. Je suis d’ailleurs très déçu que l’intervieweur et éditeur de la revue, Marc Chapleau ait publié cela. Ceux qui me connaissent savent comment j’ai en horreur les arômes de Brettanomyces dans le vin. Croyez-moi, si 90% des vins chiliens étaient “brettés”, je ne tiendrais pas un blogue pour tenter de les faire mieux connaître. Pour reprendre l’expression de ce cher M. Langlois, “c’est plate à dire”, mais je pense que celui-ci ne sait pas reconnaître un vin “bretté” tellement son propos est loin de la vérité. Aussi loin de la vérité que de dire que les vins chiliens étaient meilleurs il y a 20 ans. Du pur délire.

Honnêtement, j’ose croire que Claude Langlois n’est pas totalement ce qu’il projette dans cette entrevue. D’ailleurs, Chapleau a pris l’axe fort en gueule pour ce portrait, et peut-être l’a-t-il poussé dans certains travers. Une chose est sûre pour moi toutefois, quelqu’un du statut de Claude Langlois devrait faire preuve de plus de rigueur dans ses propos, et une revue se voulant sérieuse comme CELLIER, et que j’apprécie beaucoup par ailleurs, ne devrait pas publier n’importe quoi. Pour ce qui est du francocentrisme québécois en matière de vin, comme disent les anglos: “I rest my case”.

pages 90-95 
http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_hiv_2010_fr/2010101401/

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/11/en-matiere-de-vin-le-quebec-est-il.html

 
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samedi 13 novembre 2010

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste?

J’ai lu cette question ailleurs... et comme j’ai mentionné quelques fois ici sur ce blogue que selon moi le Québec était effectivement francocentriste en matière de vin. J’aimerais clarifier ma pensée sur cette question. Pour moi le caractère francocentriste du Québec n’est pas relié aux chiffres de vente, surtout pas au niveau des produits de prix abordables, disons à moins de 20$. Non. Pour moi, le caractère francocentriste québécois se manifeste au niveau de ce qu’on pourrait appeler de manière large le vin fin et dans l’offre de produits qui y est reliée dans la province (SAQ + I.P.). Cette offre de produits totalement débalancée est en lien direct avec le discours et la mentalité francocentristes des professionnels du vin au Québec, que ce soit les journalistes, les sommeliers, ou les conseillers de la SAQ. Pour eux, de façon générale, la France est le centre du monde vinicole, le point de vue à partir duquel tout est analysé. Cela ne veut pas dire que l’on ne boira que du vin français, mais même lorsque l’on boit autre chose, on l’analyse par rapport aux références françaises.

Pour moi, le problème se situe donc dans la faible capacité au Québec d’aborder le vin avec une grille d’analyse autonome. Se détacher du pôle français, c’est accepter que d’autres canons esthétiques puissent légitimement exister. C’est aborder le vin avec un état d’esprit plus libre. C’est apprécier le vin pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il n’est pas ou devrait être. Au-delà de cela, les goûts et préférences personnelles continueront d’exister, mais en abordant le vin d’une manière plus détachée, on peut se permettre d’avoir des goûts plus variés. Des goûts qui pourront s’exprimer selon le contexte et notre état d’esprit. En matière de vin, la France c’est le classicisme, personne ne peut nier cela ni en diminuer la valeur. Toutefois, le classicisme devrait être une base permettant d’élargir ses horizons, plutôt qu’un modèle établi comme forcément supérieur parce qu’il était là en premier et a tracé la voie pour ce qui a suivi.

Bien sûr, ce que j’évoque plus haut est une généralisation. La France évolue elle aussi et ne fait pas que du vin de facture classique, et le reste du monde tente aussi souvent de suivre le modèle classique français. Ceci dit, peu importe l’origine, du vin reste du vin, et en ce sens, les comparaisons demeureront inévitables. Moi je plaide pour une mise en contexte sans ancrage déterminé des vins, et pour cela il faut pouvoir se coller, au moins un moment, à l’origine de ceux-ci. Avec cette attitude, on sera plus porté à comprendre et apprécier ce que les vins sont, plutôt que relever ce qu’il ne sont pas. Mais en bout de course, je reconnais à quiconque le droit d’être classico-classique, d’être franco-français. Sur le plan individuel tout est permis. Ce que je souhaite, c’est qu’au niveau collectif, surtout dans une province régie par un monopole, le discours général soit plus ouvert, et que cela se reflète dans une offre de vin plus équilibrée et de meilleure qualité de la part de notre fameux monopole.
 
 
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vendredi 22 octobre 2010

Sous-représentation des vins chiliens au Canada: l'exemple britanno-colombien


Ceux qui suivent de près ce qui s'écrit sur ce blogue ont sûrement lu l'échange que j'ai eu avec un intervenant, dans la rubrique « L'exemple britannique », sur la place trop limitée qu'occupe les vins chiliens à la SAQ, surtout en ce qui a trait aux vins de spécialité. Parfois je me sens un peu seul avec cette vision des choses. C'est donc avec le soulagement de celui qui rencontre une opinion convergente que j'ai lu la chronique d'Anthony Gismondi du Vancouver Sun à propos de la place beaucoup trop limitée des vins de qualité chiliens en Colombie-Britannique. Le chroniqueur s'interroge à savoir pourquoi les vins intéressants des nouvelles régions de ce pays sont si peu représentés sur les tablettes du monopole provincial, et il ne trouve pas de réponse. Pourtant il se vend plus de bouteilles de vins chiliens en Colombie-Britannique, que de bouteilles de vins français, et en terme de valeur, les deux pays sont à égalité. Pourtant, le monopole de la province offre 1130 vins d'origine française, contre un très maigre 158 vins pour le Chili. Dans ces conditions, la performance de vente chilienne est incroyable. Malheureusement, le revers de cette médaille, c'est que ça confine presque totalement le pays dans le créneau et dans l'image de producteur de vin à bas prix. Je joins le lien vers l'article. À lire.
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jeudi 7 octobre 2010

L'exemple britannique

Petite visite ce matin sur le site de la revue britannique Decanter où je suis tombé sur un article intéressant qui m’a ramené à des propos que je tenais ici dernièrement sur le francocentrisme québécois en matière de vin. Dans cet article de Decanter, on rapporte les propos du "winewriter" Andrew Jefford à propos de la haute qualité que peuvent atteindre les vins de Chardonnay en Australie. D’entrée, on cite un commentaire où M. Jefford a lui aussi la vilaine idée de comparer avec l’étalon français en disant, et je cite: "Le Chardonnay australien peut surpasser sans effort des bourgognes de top niveau". De tels propos tenus par une personnalité québécoise reconnue dans le monde du vin seraient considérés comme rien de moins que blasphématoires. Celui qui oserait écrire cela verrait sa crédibilité compromise et son bon jugement mis en cause. Heureusement pour M. Jefford, au Royaume-Uni ça ne risque pas de lui arriver. En général, j’aime lire les britanniques qui écrivent sur le vin. Je trouve que c’est un pays possédant le palais et le marché diversifiés que je souhaiterais pour le Québec. C’est un pays exposé à des influences et des affinités multiples, de par sa géographie et sa langue. La géographie explique l’attrait pour le culture européenne du vin, alors que la langue a provoqué une ouverture plus facile sur les pays vinicoles anglo-saxons du Nouveau-Monde. Pour moi, c’est une autre preuve que la notion de palais inné n’a aucun sens. Bien sûr, il y a une composante physiologique dans les préférences possibles en matière de vin, mais l’élément le plus important est culturel et en ce sens tient de l’acquis.

http://www.decanter.com/news/wine-news/502263/chardonnay-is-australia-s-best-variety-says-jefford


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samedi 25 septembre 2010

Très longue réponse à Olivier

Suite à un message très étoffé d’Olivier Collin, sur le sujet précédant. J’ai décidé de publier ma longue réponse sur un nouveau message. Ce sera plus facile à lire, et ça touche à des points fondamentaux de ma démarche. Ça pourra permettre à ceux qui ne me connaissent pas d’en savoir plus sur mon approche des choses, et sur le pourquoi de ce blogue.






Salut Olivier,

Te souviens-tu du temps de mes premiers écrits sur le forum Crus & Saveurs? Tu m’avais invité pour me connaître et partager quelques bouteilles. Surpris de ton invitation, et un peu pour m’esquiver. Je t’avais demandé quel était ton but, convertir l’hérétique? Plusieurs années plus tard je ne peux que sourire quand tu évoques ma possible métamorphose! Beaucoup de vin a coulé depuis ce temps, mais rien ne semble avoir changé entre nous, toujours aux antipodes.

Pourtant, bien des choses se sont passées pour moi depuis ce temps. Je n’avais pas accepté cette invitation de ta part par crainte de mal paraître, comme bien des gens qui s’aventurent dans le monde du vin. Mais aussi parce que je sentais déjà qu’il y avait quelque chose d’irréconciliable dans nos approches respectives. Toutefois, par la suite, j’ai accepté bien d’autres invitations de divers amateurs passionnés, et je me suis moi-même impliqué pour participer à de nombreuses dégustations à l’aveugle. Cela m’a permis de déguster une bonne variété de vins, des vins pas mal plus chers que ce que je me permettais alors. J’ai ainsi pu faire des comparaisons, tout en élargissant mes horizons. Dans ce processus exploratoire j’ai fait des découvertes positives, et d’autres négatives, qui m’ont permis de mieux me connaître comme dégustateur. Mon exploration n’a pas été exhaustive, loin de là, mais je pense qu’elle m’a donné une assez bonne idée de ce que recèle en général le paysage vinicole mondial. Il faut dire que je n’ai jamais eu l'ambition de devenir un réel expert, une sommité. Néanmoins, chemin faisant, j’ai aussi rencontré beaucoup de passionnés sincères, de réels fous du vin, qui assumaient très bien leur folie. J’ai aussi rencontré d’autres types d’amateurs qui eux m’ont moins inspiré. Des membres, ou aspirants membres, du fameux club que j’évoquais dans mon message précédant. Toujours est-il que j’ai eu la chance d’avoir de nombreuses discussions très enrichissantes avec plusieurs de ces amateurs. Ils m’ont fait part de leurs expériences, de leur vision des choses, en tout respect. Je pense que toutes ces expériences m’ont permis d’avoir une meilleur compréhension du monde du vin, et de préciser ma position dans celui-ci. De mieux savoir comment je voulais l’aborder pour m’y sentir à l’aise, tout en restant fidèle à ce que j'en perçois et en pense. Comme tu as pu en être témoin, je n’ai jamais renoncé à mon orientation RQP du début. Pour moi, par rapport à mes valeurs, c’est une donnée fondamentale de l’équation. Je respecte toutefois ceux qui ont une autre approche à cet égard. C’est une question de priorités et de valeurs personnelles. Ceci étant dit, cette approche où le RQP est primordial m’a poussé vers les vins sud-américains, et en particulier vers ceux du Chili. Dès mes débuts d’amateur, alors que je n’avais pas d’idée précise de ce qui me plaisait, les rouges de ce pays ont positivement attiré mon attention. Dès le début j’ai trouvé qu’ils en donnaient plus pour le prix demandé. Mais dans ce temps-là, au milieu des années 90, je n’avais pas prévu la révolution vinicole qu’allait connaître ce pays par la suite, et qui se poursuit aujourd’hui. Cela a contribué à maintenir mon intérêt pour les vins de ce pays, et m’a poussé en quelque sorte vers la spécialisation.

Si j’y suis allé de ce long préambule, c’est pour expliquer qui si je suis là où je suis aujourd’hui, ce n’est pas par choix arbitraire, mais par la force des choses. Contrairement à ce que je peux projeter comme impression, je ne suis pas anti-européen ou anti-français en matière de vin. Si je fais si souvent des comparaisons avec les vins français, c’est parce que la France est pour moi, comme pour la majorité des amateurs, LA référence en matière de vin. Surtout ici au Québec, j’y reviendrai. Plusieurs des meilleurs vins que j’ai dégusté dans ma vie étaient français, mais malheureusement, la majorité de mes plus grandes déceptions étaient aussi hexagonales. La France est pour moi le pays du plus grand savoir-faire vinicole, mais c’est aussi le pays où ironiquement on renonce le plus à ce savoir-faire. Certains renoncent à une partie du savoir-faire et minimisent l’importance de son exceptionnel patrimoine végétal pour valoriser uniquement la terre, car le lieu, c’est la seule partie du patrimoine vinicole français qui ne peut être exportée. C’est un mouvement de réaction compréhensible face à un sentiment de dépossession, ça vient aussi d’une volonté de distinction, mais c’est une réaction à mon sens déplorable. Car la plus grande force de la France réside dans la synergie entre tous ses atouts. Pour moi donc, en matière de vin fin, il y a deux France. C’est là un point très important. Ensuite, de manière plus générale, la France, comme bien d’autres pays développés, fait face à un désavantage concurrentiel par rapport à des pays vinicoles émergents. La main d’oeuvre et la terre y coûtent passablement plus cher. Les règles sont plus strictes, la monnaie est très forte, et on ajoute souvent au coût des vins une prime au prestige des appellations. Ce qui fait que dans mon approche RQP, c’est un pays qui cadre mal. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de bons vins français offerts à prix avantageux. Alors ceux qui voient en moi un francophobe de la bouteille peuvent aller se rhabiller. De plus, je ne tiendrais pas de blogue si je buvais surtout du vin français dans un Québec franco-français. Je ne vois pas l’intérêt qu’il y aurait à être une voix supplémentaire dans le choeur des louanges. De ne pas être partie de ce large choeur est probablement une des raisons me faisant paraître si strident aux oreilles de certains. Je détonne dans le paysage. Ça c’est certain.

Comme j’espère l’avoir établi, je suis loin d’être anti-français en matière de vin. Toutefois, là où je suis vraiment en réaction négative, c’est face à la domination de ce que je pourrais appeler, de manière générale, l’esthétique française au Québec. Cela peut contribuer à me faire paraître francophobe, mais ça n’a pourtant rien à voir avec la France et ses vins. C’est une question québécoise. Bien sûr, il y a une affinité linguistique, et jusqu’à un certain point culturelle entre la France et le Québec. Il est même souhaitable de préserver l’essentiel de ce lien précieux. Toutefois, cela ne doit pas se faire au détriment du reste de la carte vinicole mondiale. Un certain équilibre dans le discours devrait aussi exister. Je ne suis donc pas en réaction contre la France, je suis en réaction contre le discours francocentriste qui prédomine au Québec. Le discours accepté ici manque cruellement de diversité. L’ombre française plane en permanence. L’idée voulant que le palais québécois soit naturellement français est totalement fausse. Ce palais est un palais acquis et je trouve qu’il est regrettable qu’il en soit ainsi. Ce palais collectif pourrait être bien plus varié, tout comme le discours des ténors qui forgent les opinions, et tout comme l'offre de produits de notre monopole. Ce modeste blogue se veut une très petite voix discordante dans cette symphonie unanimiste. Je tente ici de faire valoir un autre point de vue, de montrer qu’il existe autre chose de valable à prix très abordables hors du modèle français. Ce qui ne veut pas dire que celui-ci soit mauvais, mais on ne peut souhaiter la correction d'un déséquilibre en appuyant également sur les deux plateaux de la balance. À l’évidence, c’est là une nuance qui échappe à plusieurs. Alors quand je parle de pressions conformistes, et avec un brin d’ironie, de “vrai goût”, et de “vrais amateurs”, c’est dans le contexte que je viens de décrire. Il ne faut pas avoir peur d’être rabroué au Québec, dans le milieu du vin, pour affirmer avec force des choses contraires au discours dominant. Il ne faut pas exprimer trop fort un goût différent, et il ne faut surtout pas remettre en cause le dogme de la supériorité absolue des meilleurs vins français.

Ce climat de conformisme me semblait évident dans les réactions, ou absence de réactions, suite aux deux dégustations de vins de Sauvignon Blanc ayant eu lieu récemment sur FDV. Les dégustateurs du deuxième groupe qui ont bien apprécié le Matetic ne se sont pas mêlés au débat. Ils se sont tenus bien tranquilles, alors que dans l’autre groupe, ça pavoisait sans retenue, alors que la retenue aurait dû être de mise. La seule opposition est venue de l’extérieur, d’ici. J’ai réagi parce que ces dégustations avaient eu pour point de départ un commentaire que j’avais émis ici sur la comparabilité du Matetic avec des vins de Sancerre vendus bien plus chers. Sinon, je n’aurais pas réagi et ce serait passé comme une lettre à la poste. D’ailleurs, l’univers des forums de discussion sur le vin au Québec est symptomatique de la situation de conformisme que je viens de décrire. Si on veut être certain de ne pas être attaqué par la petite meute de roquets, gardiens de l’intégrité du discours. Il vaut mieux ne rien dire. Ce qui fait que ce ne sont plus vraiment des forums de discussion, mais plutôt des lieux virtuels de contact, de partage d’information, et d'organisation de dégustations entre amateurs. D’ailleurs, j’ai trouvé assez ironique cette semaine qu’on copie le lien de mes commentaires discordants sur FDV. J’ai fait le choix il y a un an de me retirer pour ne pas déranger la tranquillité du lieu, et voilà qu’on m’y ramène contre mon gré de manière indirecte. D’ailleurs Olivier, c’est là un point très important que tu omets dans ta critique posée et constructive à mon égard. J’ai choisi d’écrire ici, sur un blogue personnel au point de vue clairement identifié. Ce faisant je n’impose mes propos à personne. S’il n’y avait pas eu de lecteurs, j’aurais fermé boutique depuis longtemps. Mais des amateurs sont intéressés par ce que j’écris. Pas des masses, mais suffisamment pour me donner la motivation de poursuivre. Si des gens veulent réagir sur le fond de mes écrits, avec un minimum de respect. Je publie leurs messages même s’ils sont en total désaccord avec moi. Toutefois, si certains trouvent mes propos outranciers ou offensants. La solution est simple. Ils n’ont qu’à ne pas venir les lire. Avec ce blogue indépendant, je ne m’impose à personne. Alors il est très facile d'éviter l’agacement. Si la seule existence de mes propos agace, alors c'est qu'il s'agit d'un cas gravement pathologique d'intolérance.

Je pense avoir bien expliqué que malgré les apparences, je n’ai pas d’aversion pour la France vinicole, et qu'au contraire, j'ai le plus grand respect pour son apport fondamental à la viticulture de qualité dans le monde. J’ai aussi bien expliqué pourquoi le statut de référence de la France en faisait un point de comparaison valable et difficilement contournable, surtout dans le contexte québécois. Toutefois, j’aimerais apporter quelques clarifications supplémentaires dans le contexte du brouhaha de cette semaine. Dans toute cette histoire, jamais je n’ai remis en cause la qualité possible des vins français impliqués, pas plus que je n’ai proclamé la supériorité du seul vin chilien présent. Mon expérience personnelle avait donc très peu à voir dans tout le débat. Ce que j’ai dénoncé, c’était le protocole et le choix des vins d’une des deux dégustations. J’ai aussi dénoncé des propos tenus par des participants à la suite de la dégustation que je jugeais inadéquate. Finalement, je me suis insurgé contre le manque de respect envers les participants de l’autre dégustation qui me semblait bien plus objective. Là où mon expérience personnelle pouvait entrer en jeu, c’était sur ma critique du choix des vins de la dernière vague. Néanmoins, je persiste à croire que cette critique était valable. Les lecteurs pour leur part avaient tout le loisir de juger pour eux-mêmes de la validité de cette critique. Encore une fois. Je critiquais l’agencement des vins, pas leur qualité. Si quelqu’un veut me dire aujourd’hui sans rire, avec tout ce qu’on sait maintenant du déroulement de cette dégustation, que c’était un exercice rigoureux et objectif comparable, par exemple, aux bancs d’essai du magazine CELLIER. Il peut le faire, mais une chose est sûre. Je ne cesserai pas de sourire!

Finalement, pour ce qui est de mon texte ayant eu comme prémisse les propos de Jean-Louis Chave sur le rôle des levures Brettanomyces dans ses vins. Olivier, soit je me suis mal exprimé, ou tu m’as mal compris. Je suis certain que M. Chave est un producteur très compétent qui sait très bien ce qu’il fait. Je ne lui donne d’ailleurs aucun conseil. D’un côté je me réjouis de l’honnêteté de ses propos, du point de philosophique. Toutefois, je m’insurge contre ses justifications et ses omissions volontaires. D’ailleurs, je donne aussi l’exemple d’un autre producteur qui a une vision toute autre de la question. Peut-être que si tu rencontrais Adam Lee, toi aussi tu pourrais être métamorphosé, mais bien sûr, M. Lee est de l’autre monde... C’est dangereux d’inverser les polarités! Ceci dit, je ne veux pas en faire absolument une question de mondes vinicoles, même si je persiste à croire que c’est bien plus prévalent et ancré dans la culture en France et en Europe. Dans le même article de Decanter, on retrouve les propos de Denis Dubourdieu et de Peter Gago, deux oenologues éminemment respectables, qui expriment clairement que des arômes de Bretts détectables sont pour eux une faute. Aussi, preuve de plus que ce n’est pas une question de mondes, mais bien de philosophie. Quelqu’un a copié le lien vers mon texte sur le forum français “La Passion du Vin”. Le vigneron Hervé Bizeul du Clos des Fées y a réagi en écrivant ce qui suit:

“Un regard très juste. Rien à ajouter après cela. À lire”.

Pour l’avoir lu sur son blogue auparavant, M. Bizeul est un bel exemple de producteur français n’étant pas en faveur de ces levures. Voilà.



Claude



http://lapassionduvin.com/phorum/read.php?22,70656,493345#msg-493345

http://www.decanter.com/people-and-places/wine-articles/485213/the-misunderstood-world-of-brettanomyces



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dimanche 19 septembre 2010

Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir?

Excusez-moi, mais je reviens encore une fois sur ce sujet controversé. J’y reviens car j’ai fait quelques lectures intéressantes à ce propos dernièrement. Dans un texte précédant, je disais que les Bretts étaient un sujet tabou dans le milieu. Dans un texte de Decanter consacré à ces fameuses levures, on compare cela au “Don’t ask, don’t tell” de l’armée américaine sur l’homosexualité!!! Toutefois, lorsque quelqu’un ose poser la question, certains producteurs seront assez honnêtes pour dire ce qu’ils pensent vraiment. C’est le cas de Jean-Louis Chave dans l’édition Été 2010 du magazine CELLIER de la SAQ. Je reproduis les propos honnêtes et révélateurs de M. Chave sur le sujet:

“On ne veut pas que la Syrah s’affirme dans nos rouges, on ne veut pas vous entendre dire: “Ça sent bon la Syrah ce vin-là”. C’est le terroir qu’on veut plutôt laisser parler. Or pour ça, il faut commencer par savoir que les Bretts ne sont pas toujours mauvaises, il ne faut pas les évacuer complètement. Le côté animal, s’il n’est pas trop marqué, moi je ne déteste pas. Mais certains ont mis en place tout un "process" pour les éliminer: filtration forte, augmentation des doses de soufre, raisins récoltés moins mûrs, etc. Or c’est dangereux cet interventionnisme à outrance, cela peut tuer la spécificité du vin.”

Le moins que je puisse dire, c’est vive la franchise. Si plus de producteurs parlaient avec autant de clarté, on saurait mieux à quoi s’en tenir par rapport à leurs vins. Personnellement, je trouve consternants les propos de M. Chave. Ils sont en totale opposition avec l’idée que je me fais d’un vin de terroir. Comment peut-on prétendre chercher à refléter le terroir dans ses vins quand on se fait une fierté d’effacer l’identité du cépage derrière un masque d’arômes phénolés? Honnêtement, cela dépasse mon entendement, surtout que les Bretts n’ont rien de spécifique au Rhône nord. Pour le reste, les propos de M. Chave sur ce qu’il appelle le “process” pour éliminer les Bretts sont tendancieux. Il omet le plus important. Pour éliminer les Bretts il faut d’abord et avant tout renforcer l’hygiène du chai et de l’équipement qui sert à élaborer le vin. C’est le point primordial. D’ailleurs, M. Chave est en contradiction dans ses propos, car il dit qu’il faut des Bretts, mais pas trop. J’aurais aimé qu’il explique comment il arrive à faire cela, car c’est lorsque les Bretts n’ont pas été éliminées au départ par une bonne hygiène qu’il faut augmenter les doses de soufre et filtrer pour les arrêter. J’aimerais donc savoir comment M. Chave arrêtent ses Bretts, comment il fait pour qu’elles ne produisent que la dose de phénol qu’il recherche pour “épicer” ses vins. J’aimerais aussi savoir comment il fait pour ne pas avoir de Bretts vivantes dans son vin en bouteille. A-t-il le don de commander à ces levures?!!! Au lieu de prétendre qu’il fait du meilleur vin, du vin de terroir, à cause qu’il n’évacue pas totalement les Bretts. Il aurait dû simplement dire qu’il aimait ces arômes dans ses vins. Il aurait dû assumer son choix stylistique et ne pas tenter de le justifier faussement par le terroir. D’ailleurs, j’ai toujours pensé qu’au delà du débat sur le caractère bon ou mauvais de ces arômes, ceux-ci nuisaient à l’expression du caractère spécifique d’un lieu, car ces levures se retrouvent partout dans le monde vinicole. D’ailleurs, dans l’article de Decanter que je cite en introduction, Adam Lee, propriétaire et “winemaker” de Siduri Wines, à Sonoma en Californie, déclare:

“Comme consommateur et “winemaker”, je ne suis pas un partisan des Bretts, parce que cela évacue du vin la réflexion du terroir... Les Bretts de la vallée du Rhône goûtent essentiellement la même chose que les Bretts de Barossa, ou Paso Robles. Une des raisons principales pour boire du vin, est de goûter le reflet d’un lieu, et je suis fortement déçu quand cela est compromis par les Bretts. Nous faisons tout ce que nous pouvons ici pour éviter d’avoir des Bretts dans nos installations et dans nos vins, et jusqu’à maintenant nous avons été très chanceux. Je ne suis juste pas un amateur de Bretts, que ce soit beaucoup, ou juste un peu. C’est un peu comme une femme qui dirait être un peu enceinte.”

Comme on peut le voir, M. Lee a une vision diamétralement opposée à celle de M. Chave. Deux mondes. Pour moi il est clair que les vins de terroir sont ceux qui ne sont pas masqués par des arômes de fermentations secondaires en cours d’élevage, ou en bouteille. Aussi, il est totalement faux de prétendre qu’il faille compromettre la qualité du vin pour éviter les Bretts. Il faut juste travailler plus fort, s’assurer de l’hygiène, et suivre ce qui se passe dans ses vins en cours d’élevage. Ceci dit, je respecte ceux qui aiment les arômes de Bretts, et les producteurs qui en veulent dans leurs vins. Je voudrais juste de la clarté sur le sujet, qu’on lève le tabou, et qu’on arrête les fausses justifications au nom du terroir. L'article de Decanter, se termine avec l'espoir qu'un jour les contre-étiquettes des vins informeront les consommateurs du caractère "bretté" d'un vin. J'avais aussi émis cet espoir en conclusion de mon texte précédant sur le sujet. Bien sûr, ça n'arrivera pas. Vaut mieux préserver le mystère et continuer de vanter les vertus du terroir.

http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_ete_fr/2010042901/1.html

http://www.decanter.com/people-and-places/wine-articles/485213/the-misunderstood-world-of-brettanomyces



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samedi 4 septembre 2010

Match comparatif de la revue CELLIER sur les bordeaux 2006

J’ai lu avec intérêt les résultats d’un autre match comparatif de la revue CELLIER de la SAQ. Comme c’est toujours le cas dans ce type d’exercice, pensez au GJE, les résultats semblent surprenants. Je dis que ça semble surprenant, car au fond, ces résultats sont au contraire prévisibles. Ils concordent avec ce qu’on sait sur l’inexactitude du sens olfactif laissé à lui-même en l’absence ou en déficit de repères. Dans le cas de cette dégustation, en plus, on était même pas en pure aveugle. Imaginez. Le terrain était balisé, et chaque dégustateur se doutait bien que quelques “petits” vins, côtoieraient des grands noms très coûteux. Il n’est donc pas étonnant de voir les résultats avec un classement très serré au niveau des notes. Pour moi, c’est une autre preuve, si besoin était, que les notes précises à la Parker sont une fumisterie. Ce système de notation est intimement lié à l’identité des vins, et il tomberait comme un château de carte sans celle-ci. N’importe quel dégustateur professionnel qui publierait des notes données en pure aveugle aurait tôt fait de se couvrir de ridicule et de perdre toute crédibilité. Encore une fois, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différences qualitatives entre les vins. Ça veut juste dire que nos capacités à distinguer de façon sûre ces différences sont limitées, et que l’aspect mental joue pour beaucoup dans ce processus. L’appréciation du vin dépend autant de ce qu’on en attend, de notre disposition mentale face à celui-ci, que de ce qu’il a vraiment à offrir. Ironiquement, il y a donc un effet de renforcement positif avec le système de Parker. Ceux qui croient dans la validité de ses notes sont mieux disposés à apprécier les vins auxquels il en a donné des grosses. Surtout que la grosse note fait aussi grimper le prix. Ce qui renforce encore plus le préjugé favorable, effet Veblen.

Personnellement, je suis convaincu de l’invalidité du système de Parker et j’ai un préjugé favorable pour les vins moins chers. Pas que je pense que moins cher égale meilleur. Ce serait stupide de penser cela. J’ai un préjugé pour les vins moins chers que je pense avoir bien choisis et qui correspondent à mes goûts. Je suis convaincu que les critères généralement utilisés pour fixer le prix des vins (origine, renommée, notation, style) rendent le système peu efficace. Ce qui en retour génère un bon nombre d’aubaines qu’il faut pouvoir repérer. Il y a moyen de très bien boire à prix raisonnable. Je suis convaincu de cela. Il faut juste essayer de s’en tenir au vin lui-même en tentant d’oublier les facteurs pouvant nuire à notre perception et au plaisir qui peut en découler.
 
  http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_automne_fr/2010082401/

 
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