mercredi 30 novembre 2011
La prix d'une bouteille de vin est-il toujours le reflet de la qualité du liquide qu'elle contient?
Dans le passé on m'a souvent reproché d'écrire que certains vins chiliens qui m'avaient plu étaient aussi bons que des vins français vendus deux fois plus chers. C'est donc avec amusement que je suis tombé sur ce petit texte à propos de Cabernet Sauvignon, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz. La personne qui a écrit ça est plus généreuse que moi, elle dit que ce "Max Reserva" vaut des vins vendus de deux à cinq fois plus chers, en se basant sur un prix de 20.70$. Ce vin est actuellement disponible à la SAQ pour 18.95$. Certains penseront qu'une telle affirmation manque de sérieux, pour ma part je pense qu'elle est parfaitement justifiée. J'ai ouvert une bouteille de ce vin, du millésime 1999, il y a deux semaines et je suis convaincu qu'en pure aveugle plusieurs auraient été totalement confondus. Le vin montrait un superbe profil de Cab mi-évolué, ayant perdu sa typicité chilienne de prime jeunesse pour se recentrer sur les caractéristiques du cépage. Il aurait facilement pu être pris pour un beau vin de Bordeaux.
mardi 29 novembre 2011
PINOT NOIR, GRAN CUVÉE, 2010, MUY ALTO MAIPO, VINA WILLIAM FÈVRE
J'ai ouvert ce vin dimanche passé et en le dégustant je suis tombé sur un article où William Fèvre exprime son appui au Front National de Marine LePen, tout en disant du même souffle qu'il est parti faire du vin au Chili de « Monsieur » Pinochet, au début des années 90, à cause de l'arrivée au pouvoir des socialistes en France. Disons que c'est une mauvaise coïncidence pour ouvrir une première bouteille ayant son nom sur l'étiquette, et ça mets dans de mauvaise dispositions pour la suite. Il faut dire qu'au strict plan vinique, je n'étais déjà pas dans les meilleures dispositions. Ce vin est déjà sur les tablettes de la SAQ depuis quelques millésimes et je ne l'avais jamais acheté auparavant car je ne voyais pas l'intérêt de faire du Pinot dans la chaude vallée de Maipo, même dans sa partie moins chaude du Haut-Maipo (Alto Maipo). Toutefois, des lectures récentes ont attisé ma curiosité à propos de ce producteur qui n'a aujourd'hui plus rien à voir avec William Fèvre, sauf son nom qui fut conservé, probablement pour une question de prestige dans un but commercial. Disons qu'avec la récente prise de position du bonhomme, l'image et le prestige viennent d'en prendre un coup. Ça incitera peut-être l'ancien partenaire chilien de M. Fèvre, la famille Pino qui a racheté ses parts dans l'entreprise, à changer de nom. À moins que ceux-ci partagent ses vues politiques et soient des admirateurs de Pinochet. Toujours est-il que pour revenir au vin, c'est lorsque j'ai appris la localisation exacte du vignoble d'où est issu ce vin, et l'implication de Pedro Parra, dans la réévaluation de ce qui avait été fait depuis 20 ans, que j'ai voulu donner une chance à ce vin. Le vignoble en question est situé dans le « Muy Alto Maipo », soit le très haut Maipo, situé 400 m plus haut que l'Alto Maipo et encore plus près des montagnes, sur les pentes d'un canyon enserrant la rivière Maipo. Malgré cela j'avais encore des doutes, car Parra a décidé de greffer du Cabernet Sauvignon sur les racines d'une partie du Chardonnay et du Pinot Noir qui y étaient déjà plantés. Si du Cab peut murir à cet endroit, ce n'est pas bon signe pour le Pinot Noir cultivé pas très loin, même si la nature exacte du sol peut être différente. Il n'y a rien comme goûter pour se faire une idée plus claire. Voici donc mes impressions sur ce vin où je l'avoue j'étais un peu biaisé d'avance.
La robe est de teinte rubis passablement translucide. Le nez présente les caractéristique de base du cépage avec des arômes de fraise et de cerise auxquels s'ajoutent des notes doucement épicées et légèrement torréfiées, ainsi qu'une légère pointe fraîchement végétale. En bouche, l'attaque surprend par sa vivacité et l'intensité de ses saveurs, ainsi que par une présence marquée de l'amertume. Ce surplus amer nuit à l'équilibre général du vin qui n'a pas assez de fruit et de matière pour donner équitablement le change. Ce qui fait qu'on se retrouve avec une vin intense, mais pas vraiment agréable. La finale n'arrange rien à l'affaire, l'amertume y gagnant encore en importance.
Je n'ai pas l'habitude de parler ici des vins que je n'ai pas aimés. Si j'ai décidé de commenter celui-ci, c'est qu'il me semble un exemple intéressant pour illustrer l'évolution du Chili vinicole depuis le début de sa révolution qualitative axée sur le développement de nouveaux terroirs plus frais. Comme je le disais à la fin de mon introduction, j'étais biaisé d'entrée face à ce vin, mais après m'être tapé la bouteille en entier sur trois jours, je pense que mon jugement sur celui-ci est tout de même solide, même s'il confirme mes appréhensions de départ. Je trouve que ce vin est un bel exemple de ce qui n'allait pas dans l'ancien Chili où la facilité et la prise de risque minimale étaient de mise. Même si dans ce cas-ci planter du Pinot dans les hauteur de la vallée de Maipo était déjà mieux que de le faire sur le plancher de celle-ci. Il n'en reste pas moins que ce choix était inadéquat. Cela ne veut cependant pas dire que le terroir choisi était mauvais, ce sont les cépages bourguignons qui y ont été plantés qui n'étaient pas appropriés. En ce sens, j'aimerais bien goûter le Cabernet Sauvignon qui est aujourd'hui produit à cet endroit, mais pour moi il est clair que ce terroir n'est pas compatible avec la production de Pinot Noir de grande qualité. Surtout quand on pense que ces vignes de Pinot ont de l'âge, ce qui est relativement rare au Chili pour ce cépage. On a beau vinifier méticuleusement les fruits avec le souci d'en tirer le meilleur vin possible. Il n'y a pas de substitut à la qualité de la matière première, et cette qualité est indissociable d'un mariage approprié entre le cépage et le terroir. Cette cuvée qui n'a de grand que le nom en est un exemple probant. Le vin n'est pas totalement mauvais, c'est buvable, mais sans plus. Il ne faut surtout pas se baser sur ce vin pour se faire une idée du potentiel du Pinot Noir au Chili. Les bases vinicoles de l'aventure chilienne de William Fèvre étaient aussi boiteuses que sa pensée politique. Que peut-on greffer sur des racines d'extrême droite?
lundi 28 novembre 2011
SUR LE VIF
Par l'intermédiaire de Vin Québec je suis tombé sur un texte lumineux signé Michel Bettane. Ça fait du bien de lire un ténor du journalisme vinicole remettre ainsi les pendules à l'heure, et venant d'un français c'est encore plus méritoire. Je l'ai déjà écrit, et je le répète, la France est le plus grand pays vinicole et une source d'inspiration pour le reste du monde. Mais à cause qu'on lui a tout emprunté (cépages, techniques de culture et de vinification), à part son sol, il s'est développé en France un discours extrémiste sur la notion de terroir. On a voulu tout porter au crédit de celui-ci car c'était la seule chose inamovible. Une manière de dire vous pouvez tout nous prendre, mais vous ne pourrez jamais nous rejoindre ou nous devancer, car c'est notre géographie qui est la source essentielle de la qualité française. Bien sûr ce discours est faux, la qualité des bons vins français ne tient pas qu'au lieu où ils sont produits. Il y a les hommes, l'expérience et le savoir-faire qui en découle. Là comme ailleurs, il y a la possibilité de faire des choix et de créer des choses différentes à partir de la même base.
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samedi 26 novembre 2011
COYAM, 2007, COLCHAGUA, EMILIANA ORGANICO
Ce vin est un assemblage original comprenant 38% de Syrah, 21% de Cabernet Sauvignon, 21% de Carmenere, 17% de Merlot, 2% de Petit Verdot, et 1% de Mourvedre. C'est un des premiers vins certifié biodynamique au Chili. Alvaro Espinoza le pionnier du bio et de la bioD est consultant pour l'élaboration de ce vin. Les millésimes précédents se contentaient d'être certifiés biologiques. Il est toutefois important de noter que malgré la biodynamie le vin est adéquatement sulfité.
La robe est de teinte rubis foncé opaque. Le nez est spectaculaire à l'ouverture, complexe et très expressif. Il déploie un admirable mélange d'arômes fruités, épicés, floraux, végétaux et torréfiés. La totale! Avec l'aération les choses se calment progressivement et l'ensemble olfactif se révèle alors avec plus de retenue. Les arômes de cerise et de cassis sont de très belle qualité et se marient très bien aux notes épicées évoquant la vanille, le clou de girofle et la feuille de laurier. À cela s'ajoute une touche de poivron vert et de menthol, ainsi qu'un léger trait chocolaté. La bouche reflète bien dans ses saveurs la richesse aromatique perçue au nez. Le vin a de la présence et un bel équilibre, avec une matière généreuse et éclatante. Il est très goûteux, sans tomber dans l'excès d'intensité. La structure demeure quand même assez compacte et la texture tannique est raffinée. En finale, le caractère épicé gagne en importance sur une très bonne persistance.
Mon premier contact avec ce Coyam, 2007, remonte à il y a maintenant deux ans lors de la dégustation annuelle de « Vins du Chili ». Il me semble aujourd'hui avoir perdu de son gras de bébé, se montrant sous un aspect plus dense, mais avec toujours une remarquable richesse aromatique. Il montre une complexité qui selon moi, pour un vin si jeune, est l'apanage des vrais vins d'assemblage. Je veux dire par là les vins d'assemblage où aucun cépage ne domine l'ensemble. Bien sûr, quand un vin biodynamique est d'une telle qualité, on se demande toujours si cette philosophie ésotérique n'est pas valable au fond. Curieusement, pour un excellent vin élaboré hors du cadre biodynamique, on ne se pose jamais cette question. Le mérite est alors de facto attribué au terroir et à la compétence du producteur. Je pense que dans ce cas-ci, ce n'est pas différent. J'ai goûté des vins non biodynamiques élaborés par Alvaro Espinoza, ça remonte au temps où il œuvrait encore chez Vina Carmen, et ils étaient la plupart du temps très bons. Donc, malgré l'excellence de ce Coyam, 2007, je ne deviendrai pas pour autant un croyant. Je préfère y voir le résultat du bon travail des hommes qui ont élaboré ce vin. Pour revenir au vin, en plus d'être succulent dans sa livrée de jeunesse, il me semble posséder tout ce qu'il faut pour bien évoluer en bouteille pendant de nombreuses années. Ce vin fait partie des nombreuses cuvées issues de la vallée de Colchagua qui en offrent autant que les super-cuvées très coûteuses, mais à une fraction du prix. La vallée de Colchagua excelle à produire ce type de vin (Ninquén (Montgras), Dona Bernarda (LFE), A Crux (Sutil), Vertice (Ventisquero), Quinta Generacion (Casa Silva), Primus (Veramonte).
samedi 19 novembre 2011
La nature récalcitrante
Le vin n'est pas un produit naturel. C'est une œuvre humaine. J'ai longuement expliqué ma position à ce sujet dans un texte récent. C'est donc avec un certain amusement que j'ai lu ce matin le compte-rendu que fait Bill Zacharkiw dans The Gazette de ses péripéties dans le but d'élaborer un vin de Gamay "naturel". On peut y voir qu'au-delà des principes, l'homme doit travailler très fort pour seulement espérer atteindre son but, et que la nature, pour sa part, lorsque laissée à elle-même, peut très mal travailler. Néanmoins, bravo à Bill pour l'effort, mais surtout pour avoir eu l'humilité de rapporter son aventure. Meilleure chance l'année prochaine!
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vendredi 18 novembre 2011
Autre chose que des notes de dégustation
Ces derniers temps j'ai quelque peu délaissé les comptes-rendus de dégustation pour écrire plus de textes sur différents aspects du vin. Le format du blogue a tendance à envoyer aux oubliettes les écrits passés. Après un peu plus de deux ans à écrire ici, j'ai pensé référencer les liens vers ces textes en un récapitulatif. Un travail plus long que je ne le pensais au départ, mais un coup parti... Moi qui au début craignait que ce blogue ne devienne rien d'autre qu'une suite de notes de dégustation. Je me suis aperçu en faisant cet exercice que j'avais écrit bien d'autres choses. Bien sûr il y a des thèmes récurrents, voire des idées fixes dans certains cas. Mais mon but avec ce blogue n'était pas d'écrire sur tout ce qui a rapport au vin, mais bien d'aborder ce qui m'intéresse et me préoccupe.
La garde du vin: Pourquoi insiste-t-on sur la température de 12°C?
Le vin: produit de civilisation
Quand le Chili fait perdre la raison (AJOUTS)
Phobie des sulfites? Buvez des vins plus âgés
Déficit d'image: le problème non résolu du Chili
Le Chili surprend encore à l'aveugle
La fatalité des Bretts...
Quand la technologie et la nature se rejoignent
Trouver l'Eldorado
Le vin chilien peut-il vieillir? (suite)
Aborder le vin autrement
Le pouvoir de l'étiquette et des préjugés
Vin en bouteille microbiologiquement actif et goût de bouchon: Un lien est-il possible?
Vin bouchonné: Pas toujours facile de s’y retrouver
La table est-elle vraiment l'endroit où le vin est à son mieux?
Pascal Marchand, Bio Bio et le Pinot
Pour amateurs de hors piste
Un mois sans vin
Le ciment haut de gamme
Qualité et Prix: l'exemple chilien
Qualité et Prix
Et si l'amateur était la meilleure référence pour l'amateur...
Dégustation et précision
La vérité n'est pas dans le vin
La levure génétiquement modifiée canadienne
SAQ et promo vins 90+ de James Suckling
Chardonnay: Ignorer la Bourgogne pour y aller avec l'Australie
Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne...
Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne... (Part II)
Sortir de mes sentiers battus
La spécificité canadienne en matière de commerce du vin
Le bon goût peut-il être subjectif?
L'Angleterre: Le tremplin du Chili vers la reconnaissance
Cap au nord: Limari et Elqui
2010: Un point tournant pour le Chili vinicole?
Importation privée de vins chiliens
Et si le phylloxéra disparaissait demain...
En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste?
En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste? (Part II)
Le vin chilien peut-il vieillir?
Sucre omniprésent dans les vins de Nouvelle-Zélande???
Le Nouveau-Chili, c'est aussi du vin de plus en plus féminin
Les attentes influencent l'expérience sensorielle lors de la dégustation du vin
Sous-représentation des vins chiliens au Canada: l'exemple britanno-colombien
Chili-Argentine: Deux réalités
Vins fabriqués et vins sérieux
L'exemple britannique
L'exemple britannique, encore
Très longue réponse à Olivier
Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir?
Les vins blancs de l’hémisphère sud méritent plus de respect
Match comparatif de la revue CELLIER sur les bordeaux 2006
Brettanomyces et Syrah: Un élément de réflexion
Le goût québécois et l'approche européenne
Vins issus de vignes greffées et non-greffées: Une comparaison intéressante
Notes et grands millésimes
L’approche européenne
La garde du vin: Entre bonification et possible mythification
Qu’est-ce qu’un vin de garde?
Château Musar rejeté par la SAQ: Petite réflexion
Un rêve de milliardaire
Le Chili impressionne au premier concours mondial du Sauvignon
Vin et expertise
Quelle est la plus pure expression du terroir?
Malbec: Quand l'Argentine influence Cahors
Le vin sans identité
Pour mieux connaître le Chili vinicole
Brettanomyces: Un défaut?
L'importance de la dégustation à l’aveugle
Vin et économie
Vin et économie (suite)
Du ridicule du système de notation sur 100
Début de hiérarchie en Nouvelle-Zélande
Syrah, Montes Alpha, 2007 au banc d'essai du magazine CELLIER de la SAQ
Bill Zacharkiw de retour du Chili
La maturité croissante du Chili
Le vin ennuyant
Petites précisions sur mes notes de dégustation
La Syrah au Chili
Le goût: Une question de choix?
Carmenère et cuisine indienne
Pourquoi j'aime le Chili (petite suite)
RQP et garde du vin
Pourquoi j'aime le Chili
Dégustation Chili ou comment je me suis aveuglé!
Viticulture et sélection clonale au Chili
Faire du neuf avec du vieux
samedi 12 novembre 2011
La garde du vin: Pourquoi insiste-t-on sur la température de 12°C?
Le titre de mon blogue ne tient pas tant de mon intérêt pour les vins de l'hémisphère sud que de mon sentiment de ne pas percevoir le merveilleux monde du vin de la même façon que la majorité des gens qui s'y intéressent. Il faut dire que je suis un scientifique, ce n'est pas nécessairement un facteur déterminant pour orienter une vision, mais ça fait quand même partie de l'équation de base. J'ai une formation en biochimie et je travaille en chimie de synthèse de molécules bioactives dans le domaine pharmaceutique. Voilà qui devrait tout expliquer et finir d'achever ma crédibilité pour ceux que la science révulse. Toujours est-il qu'il y a des liens à faire entre le milieu pharmaceutique où j'évolue et le monde du vin. Dans ce milieu, pour tester l'efficacité d'un candidat médicament, il faut généralement procéder à des études cliniques à double insu, contrôlées par placebo. C'est-à-dire que celui qui administre, et le patient qui reçoit, ignorent tous deux si ce qui est administré est le candidat médicament, ou un placebo. Cette pratique est fondamentale dans ce milieu et pour moi il y a un parallèle à faire entre celle-ci et la dégustation en pure aveugle du vin. Le cerveau demeure de loin l'organe le plus complexe et le moins bien compris, mais il est très puissant et exerce une forte influence sur l'ensemble de la physiologie humaine, la plupart du temps à l'insu de notre conscience, mais parfois à cause de cette conscience. Un autre point très important dans le milieu pharmaceutique est la stabilité des médicaments dans le temps. Des études longues et poussées doivent être menées sur la stabilité des médicaments avant leur mise en marché. C'est un point très important pour s'assurer de la sécurité et de l'efficacité de ce que le patient va recevoir. Ces études de stabilité sont menées sur une large plage de températures, avec un suivi dans le temps, tout cela pour bien comprendre les mécanismes de dégradation et pour déterminer la température idéale de conservation d'un médicament donné. Là aussi il y a un parallèle à faire avec le vin. La stabilité de celui-ci étant reliée à sa nature et à ses conditions de garde, la plus déterminante étant la température.
Avec mes connaissances en stabilité pharmaceutique, et en ajoutant celles sur la stabilité des produits chimiques gardés au laboratoire. J'ai toujours été surpris de la température de garde fortement suggérée pour le vin de 12°C. Ma surprise ne venait pas tant de la valeur de cette température, mais de l'importance critique qu'on y accordait. Selon mon expérience 12°C me semblait un bon choix de température, mais ça ne m'était jamais apparu comme un élément critique en terme de valeur précise. D'un point de vue strictement chimique, la différence entre une garde à 12°C et une garde à 20°C, par exemple, devrait être minime. C'est toujours ce que j'ai pensé et je suis convaincu de la validité de mon point étant donné que je garde mes vins dans une cave passive où la température monte parfois jusqu'à 22°C durant la canicule estivale. Je dois toutefois préciser que la majorité de ces vins sont filtrés et adéquatement sulfités. Ceci dit, au fur et à mesure de ma progression dans le monde du vin, de mes lectures, mais surtout de mes expériences de dégustation, en particulier avec les vins européens de gamme supérieures. J'ai compris l'importance accordée au fameux 12°C et la raison pour laquelle plusieurs en parlent comme d'une nécessité. Cette température est nécessaire non pas pour ralentir l'évolution chimique des vins, mais bien pour freiner l'activité biologique des micro-organismes vivants qui dans bien des cas sont encore présents dans le contenu de la bouteille. Je dirais même que dans ces circonstances, 12°C est une température légèrement insuffisante. Quelques degrés de moins seraient encore mieux. Aussi, dans ces conditions, on comprend mieux la tradition européenne du vin très sec, les sucres résiduels pouvant servir de nutriment pour permettre l'activité des bactéries et levures vivantes toujours présentes dans de nombreuses bouteilles.
Si je parle de ce sujet aujourd'hui, c'est que dans mes lectures récentes, suite à la discussion concernant mon texte précédant. Je suis tombé sur un article très intéressant qui relate des résultats à propos de la présence de micro-organismes dans le vin en bouteille. Toutes les bouteilles analysées dans cette étude, qui comprenait des millésimes allant de 1909 à 2003, contenaient des levures et/ou des bactéries. Fait particulièrement intéressant, un type de levure s'est révélé présent dans toutes les bouteilles analysées, vous l'aurez peut-être deviné, il s'agit bien sûr des Brettanomyces! Encore et toujours ces fameuses levures qui ont si longtemps donné le fameux goût de terroir aux vins européens réputés! Avec les modes actuelles de la non filtration et du « naturel », il est certain que cette situation perdure dans beaucoup de vins, les moins industriels étant les plus susceptibles. L'ironie c'est que ce sont ces vins qui sont généralement gardés par les amateurs. Aussi, avec la diabolisation des sulfites, qui se traduit souvent par une réduction des doses ajoutées, et parfois par l'élimination complète de ce produit pour les amants de la nature, les vins contenant toujours du matériel fermentaire vivant sont encore moins stables sans l'effet bactériostatique des sulfites. C'est une raison de plus pour les garder à une température très fraîche. La réduction des doses de sulfites contribue aussi aux problèmes d'oxydation prématurée des vins. À ce sujet, il est important de noter que la garde à 12°C, ou moins, aide à garder des sulfites plus longtemps dans la bouteille, et ce faisant contribue à ralentir l'oxydation du vin. Comme je le mentionnais dans un texte précédant, les sulfites disparaissent graduellement du vin en bouteille avec le temps. Plus faible est la température du vin et plus lente sera cette dispartion, simple principe de physico-chimie. Pour les vins sulfités non stériles, la garde au frais a donc le double avantage de ralentir l'activité micro-biologique et l'oxydation du vin.
Contrairement à l'image que je peux donner, je ne suis pas dogmatique en matière de vin. Chacun est libre de faire ce qu'il veut et d'avoir ses préférences. Par contre, je suis pour la divulgation de l'information pertinente permettant à l'amateur averti de faire des choix selon ses préférences. Je suis aussi pour l'honnêteté dans le discours. J'aime appeler un chat, un chat, mais c'est malheureusement très rare dans le monde du vin ou on préfère souvent enrober les choses d'une couche de mystère. La fameuse magie du terroir qu'on nous sert à toutes les sauces, très peu pour moi. Quand j'achète du yogourt, je sais qu'il contient des bactéries vivantes. Comme acheteur de vin, j'aimerais aussi le savoir car la présence de micro-organismes vivants dans une bouteille de vin a une influence déterminante sur ses propriétés face à la garde, et sur le profil aromatique qu'elle donnera à terme. C'est une information qui me semble fondamentale dans une optique de garde, mais dont pratiquement personne ne parle.
Article précédant relié à celui-ci
Brettanomyces bruxellensis : Etude Métabolique, Cinétique et Modélisation. Influence des facteurs environnementaux
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Avec mes connaissances en stabilité pharmaceutique, et en ajoutant celles sur la stabilité des produits chimiques gardés au laboratoire. J'ai toujours été surpris de la température de garde fortement suggérée pour le vin de 12°C. Ma surprise ne venait pas tant de la valeur de cette température, mais de l'importance critique qu'on y accordait. Selon mon expérience 12°C me semblait un bon choix de température, mais ça ne m'était jamais apparu comme un élément critique en terme de valeur précise. D'un point de vue strictement chimique, la différence entre une garde à 12°C et une garde à 20°C, par exemple, devrait être minime. C'est toujours ce que j'ai pensé et je suis convaincu de la validité de mon point étant donné que je garde mes vins dans une cave passive où la température monte parfois jusqu'à 22°C durant la canicule estivale. Je dois toutefois préciser que la majorité de ces vins sont filtrés et adéquatement sulfités. Ceci dit, au fur et à mesure de ma progression dans le monde du vin, de mes lectures, mais surtout de mes expériences de dégustation, en particulier avec les vins européens de gamme supérieures. J'ai compris l'importance accordée au fameux 12°C et la raison pour laquelle plusieurs en parlent comme d'une nécessité. Cette température est nécessaire non pas pour ralentir l'évolution chimique des vins, mais bien pour freiner l'activité biologique des micro-organismes vivants qui dans bien des cas sont encore présents dans le contenu de la bouteille. Je dirais même que dans ces circonstances, 12°C est une température légèrement insuffisante. Quelques degrés de moins seraient encore mieux. Aussi, dans ces conditions, on comprend mieux la tradition européenne du vin très sec, les sucres résiduels pouvant servir de nutriment pour permettre l'activité des bactéries et levures vivantes toujours présentes dans de nombreuses bouteilles.
Si je parle de ce sujet aujourd'hui, c'est que dans mes lectures récentes, suite à la discussion concernant mon texte précédant. Je suis tombé sur un article très intéressant qui relate des résultats à propos de la présence de micro-organismes dans le vin en bouteille. Toutes les bouteilles analysées dans cette étude, qui comprenait des millésimes allant de 1909 à 2003, contenaient des levures et/ou des bactéries. Fait particulièrement intéressant, un type de levure s'est révélé présent dans toutes les bouteilles analysées, vous l'aurez peut-être deviné, il s'agit bien sûr des Brettanomyces! Encore et toujours ces fameuses levures qui ont si longtemps donné le fameux goût de terroir aux vins européens réputés! Avec les modes actuelles de la non filtration et du « naturel », il est certain que cette situation perdure dans beaucoup de vins, les moins industriels étant les plus susceptibles. L'ironie c'est que ce sont ces vins qui sont généralement gardés par les amateurs. Aussi, avec la diabolisation des sulfites, qui se traduit souvent par une réduction des doses ajoutées, et parfois par l'élimination complète de ce produit pour les amants de la nature, les vins contenant toujours du matériel fermentaire vivant sont encore moins stables sans l'effet bactériostatique des sulfites. C'est une raison de plus pour les garder à une température très fraîche. La réduction des doses de sulfites contribue aussi aux problèmes d'oxydation prématurée des vins. À ce sujet, il est important de noter que la garde à 12°C, ou moins, aide à garder des sulfites plus longtemps dans la bouteille, et ce faisant contribue à ralentir l'oxydation du vin. Comme je le mentionnais dans un texte précédant, les sulfites disparaissent graduellement du vin en bouteille avec le temps. Plus faible est la température du vin et plus lente sera cette dispartion, simple principe de physico-chimie. Pour les vins sulfités non stériles, la garde au frais a donc le double avantage de ralentir l'activité micro-biologique et l'oxydation du vin.
Contrairement à l'image que je peux donner, je ne suis pas dogmatique en matière de vin. Chacun est libre de faire ce qu'il veut et d'avoir ses préférences. Par contre, je suis pour la divulgation de l'information pertinente permettant à l'amateur averti de faire des choix selon ses préférences. Je suis aussi pour l'honnêteté dans le discours. J'aime appeler un chat, un chat, mais c'est malheureusement très rare dans le monde du vin ou on préfère souvent enrober les choses d'une couche de mystère. La fameuse magie du terroir qu'on nous sert à toutes les sauces, très peu pour moi. Quand j'achète du yogourt, je sais qu'il contient des bactéries vivantes. Comme acheteur de vin, j'aimerais aussi le savoir car la présence de micro-organismes vivants dans une bouteille de vin a une influence déterminante sur ses propriétés face à la garde, et sur le profil aromatique qu'elle donnera à terme. C'est une information qui me semble fondamentale dans une optique de garde, mais dont pratiquement personne ne parle.
Article précédant relié à celui-ci
Brettanomyces bruxellensis : Etude Métabolique, Cinétique et Modélisation. Influence des facteurs environnementaux
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dimanche 6 novembre 2011
Le vin: produit de civilisation
Le monde du vin est un monde particulier. À cause de l'imprécision des sens olfactif et gustatif on peut dire à peu près n'importe quoi à propos d'un vin sans que ce soit facilement vérifiable pour le consommateur. Le vin devient ainsi une matière opaque à laquelle on peut prêter toutes les vertus ou tous les vices. On peut aussi invoquer de nombreuses raisons, et parfois les plus saugrenues, pour justifier ces qualités et ces défauts allégués. Pour l'amateur il est donc souvent difficile de distinguer le vrai du faux, le farfelu de ce qui est plausible et c'est pourquoi l'étiquette et les scores sont si importants dans ce monde. Cette relative difficulté à voir au travers d'un vin ce qui le constitue vraiment, et ce qui a mené à sa constitution, ouvre la porte à bien des discours justificatifs. L'incapacité de nos sens à lire complètement dans le vin ce qu'il est, et aussi le parcours ayant mener à ce qu'il est, permet d'y projeter des valeurs qui bien souvent sont étrangères au vin lui-même. De cette façon, le vin peut se retrouver relié à des visions philosophiques, voire politiques et idéologiques. Ce liquide peut ainsi être instrumentalisé pour défendre une conception plus large du monde, de la société et de l'être humain. Avec la bonne étiquette et un discours approprié, bien claironné, c'est fou le nombre d'idées qu'on peut mettre dans une bouteille de vin.
Parlant de discours idéologique bien claironné, il ne se passe pas une semaine dernièrement sans que je ne tombe sur un article à propos du vin dit naturel. Chaque fois que j'entends parler de vin "naturel" ça m'irrite, car bien sûr cette expression est un bel exemple des idées qu'on peut artificiellement mettre dans une bouteille. Le vin n'est pas un produit naturel. Le vin naturel n'a jamais existé, même pas sous forme d'intermédiaire instable menant au vinaigre. Un produit naturel est un produit venant directement de la nature. Ce n'est bien sûr pas le cas du vin. Tout le monde sait ça, ou à tout le moins, tout le monde devrait le savoir. Mais on sait aussi qu'à force de répéter un mensonge bien enrobé, on peut parfois arriver à le faire passer pour une vérité, et dans un monde du vin qui préfère souvent le rêve à la réalité, il y a des couleuvres qui sont plus faciles à faire avaler que d'autres. Je dirais même que pour un certain auditoire branché, il y a un fort appétit pour ce genre de couleuvres teintées de romantisme. Toutefois, ce qui m'embête le plus dans ce mouvement idéologique, c'est qu'en qualifiant certains vins de « naturels », on laisse sous-entendre que ceux auxquels on n'appose pas cet adjectif trompeur auraient quelque chose d'artificiel et de forcément moins bon. Il faut bien comprendre que le discours à la base de ce mouvement laisse aussi sous-entendre que ce qui vient de la nature est nécessairement bon, alors que ce qui a été touché par le main de l'homme est de ce fait plus ou moins dégradé. C'est là bien sûr un discours profondément misanthrope et paradoxal, surtout quand on pense que le vin est fait et bu par des hommes.
Ce discours prônant les vertus du naturel en matière de vin m'apparaît étroitement lié à une frange extrémiste du mouvement écologique et environnemental actuel où l'activité humaine est souvent mise en opposition avec l'intégrité de la nature. En écoutant ce discours environnementaliste, on en vient parfois à se dire que la civilisation est une bien mauvaise chose et que le seul homme qui avait vraiment sa place sur cette planète était le chasseur-cueilleur d'avant la révolution néolithique. Dans cette vision des choses, la nature ne peut être que bonne et bienveillante. Il y existe un équilibre que l'action civilisatrice de l'homme vient briser. Pourtant, la nature n'est pas toujours bonne, elle est même souvent dure et cruelle. Cependant, il est vrai qu'il y existait à l'origine un certain équilibre que la quête de l'homme pour s'extirper de sa condition animale a rompu. La civilisation est un mouvement de l'humanité contre sa condition naturelle. C'est un long geste de révolte à l'encontre de l'équilibre naturel primitif, contre une condition qui fut jugée inacceptable. Par la civilisation, l'homme a entrepris de se soustraire, autant qu'il le pouvait, aux contraintes naturelles. Pour ce faire, il a tenté de comprendre la nature pour en arriver à posséder un certain contrôle sur celle-ci. Une des premières manifestations de cette volonté de contrôle sur la nature a été le développement de l'agriculture. L'agriculture est la base de la civilisation et c'est clairement une prise de contrôle par l'homme sur une partie de la nature. Avec l'avènement de l'agriculture, l'équilibre naturel primitif était résolument brisé. Aucun produit agricole ne peut donc être qualifié de naturel car il est le fruit du contrôle de l'homme sur la nature. Le vin quant à lui est plus qu'un simple produit agricole, puisqu'il est issu de la transformation par l'homme d'un produit agricole, le raisin cultivé. L'élaboration du vin représente le premier contact de l'homme avec ce qu'on appelle aujourd'hui la biotechnologie et sans outils techniques il n'y a pas de vins possibles. Le vin est donc une création humaine où l'homme a mis la nature à son service en la contrôlant de diverses façons.
Et oui, n'en déplaise à certains, le vin et la technologie sont intimement liés, même dans ce qu'on appelle le vin naturel. Il est difficile pour moi de comprendre pourquoi le mot nature est plus séduisant pour certains que le mot technologie. La technologie relève de l'intelligence humaine, du savoir et de la science. Le technologie procure à l'homme les outils variés qui sont à la base des métiers et des arts. La technologie est aussi le vecteur de l'acquisition de nouvelles connaissances et du développement. Bien sûr, la technologie c'est aussi une progression des possibilités humaines, bonnes ou mauvaises. La technologie donne du contrôle et aussi de la responsabilité à l'homme. C'est peut-être pourquoi certains préfèrent se laver les mains dans la neutralité naturelle. Comme la nature ne choisit rien, qu'elle se contente d'être et d'évoluer au gré du hasard, elle ne peut se tromper, et surtout, elle ne peut être déclarée coupable. Vous l'aurez compris, je ne suis pas de ceux qui ont une vision idyllique de la nature, et pour rien au monde je ne voudrais me retrouver dans la peau d'un chasseur-cueilleur du paléolithique, balloté et effrayé au gré d'une nature mystérieuse et indifférente. Je ne suis pas du côté de la nature, mais du côté de l'homme, de sa conscience et de son angoisse existentielle. C'est cette conscience de lui-même, et de sa condition, qui l'a poussé à essayer de s'en sortir graduellement, de génération en génération. La civilisation depuis son origine relève de cette impulsion humaine visant à comprendre et à maîtriser la nature, et ce n'est que dans cette perspective plus détachée que pour moi la nature devient intéressante et fascinante. Je sais que le vin est un détail dans cette vaste épopée motivée par des éléments bien plus fondamentaux, mais en même temps, je trouve important comme amateur de vin de bien comprendre qu'il fait partie de ce mouvement de civilisation. C'est d'ailleurs pour moi ce qui le rend si intéressant. C'est justement parce qu'il est issu du génie humain qu'il est le liquide le plus complexe et le plus intéressant au monde. Un liquide tellement plus intéressant que ce que la nature laissée à elle même peut produire. J'ai donc du mal à comprendre le mouvement obscurantiste qui voudrait ramener son élaboration à sa forme la moins maîtrisée. Je ne prêche pas ici pour l'usage maximal et irraisonné de la technologie et pour l'interventionnisme à outrance. Je prêche pour le savoir et son bon usage, et surtout, j'en ai contre l'idée que ce qui est purement naturel est supérieur à ce que le contrôle de la nature par l'homme peut donner.
Pour revenir à un niveau plus terre à terre, tout en poursuivant dans le même sens, je suis toujours étonné de lire des propos à l'encontre des levures sélectionnées. Je me demande toujours pourquoi ceux qui sont contre la sélection du matériel micro-biologique pour la fermentation, ne sont pas aussi contre la sélection du matériel végétal et sa culture ordonnée. Si les levures sauvages laissées à elles-mêmes sont si fondamentales pour l'obtention d'un vin de meilleure qualité, alors pourquoi n'utilisent-on pas des vignes sauvages non sélectionnées, franches de pied, sans porte-greffes hybrides sélectionnés? Ceux qui connaissent vraiment la viticulture le savent. L'identification, la sélection et la bonne connaissance des propriétés du matériel végétal sont des éléments fondamentaux de la viticulture de haute qualité. Alors si la connaissance et la sélection du matériel végétal sont si importantes au vignoble pour pouvoir en mener au mieux la culture, pourquoi la sélection et la connaissance des propriétés du matériel micro-biologique pour le contrôle adéquat des fermentations ne serait pas tout aussi important? Des fermentations bien contrôlées, avec un matériel micro-biologique adéquat, sont le meilleur moyen de révéler le terroir d'où un vin est issu en évitant les déviations et les interférences aromatiques. Pour arriver à ce contrôle nécessaire des processus fermentaires, et pour l'obtention d'un vin micro-biologiquement stable en bouteille et apte à bien vieillir, l'usage des sulfites est aussi nécessaire. L'usage de ce produit est diabolisé par le mouvement du vin "naturel". Pourtant, si le vin naturel n'existe pas, le dioxyde de soufre naturel lui existe. La fermentation du raisin en génère et sous sa forme de sulfite il n'est pas plus dangereux pour la santé que du sel de table. De plus, il disparaît du vin après une garde en bouteille de 5 à 10 ans. Il est donc difficile de comprendre le rejet d'un outil si utile autrement que par l'angle idéologique.
Personnellement, je n'aime pas croire. Je préfère savoir. En ce sens, l'homme, grâce au savoir, a la capacité de juger des choses et de moduler son comportement en conséquence. Le mauvais usage du savoir et de la technologie par certains ne devrait pas discréditer le savoir technique. L'essence même de la vie réside dans l'aspect relatif des choses et dans la possibilité de faire des choix. Pour moi adhérer au dogme séduisant et simpliste du naturel bienveillant est une capitulation, une abdication de la pleine capacité créatrice de l'homme. Ceci dit, même lorsqu'on l'affuble de naturel, le vin demeure une création humaine, et comme l'homme il peut être bon ou mauvais. Mais au-delà de tout, le vin est un produit de civilisation, un symbole de la relation tourmentée de l'homme avec sa condition naturelle.
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Pour revenir à un niveau plus terre à terre, tout en poursuivant dans le même sens, je suis toujours étonné de lire des propos à l'encontre des levures sélectionnées. Je me demande toujours pourquoi ceux qui sont contre la sélection du matériel micro-biologique pour la fermentation, ne sont pas aussi contre la sélection du matériel végétal et sa culture ordonnée. Si les levures sauvages laissées à elles-mêmes sont si fondamentales pour l'obtention d'un vin de meilleure qualité, alors pourquoi n'utilisent-on pas des vignes sauvages non sélectionnées, franches de pied, sans porte-greffes hybrides sélectionnés? Ceux qui connaissent vraiment la viticulture le savent. L'identification, la sélection et la bonne connaissance des propriétés du matériel végétal sont des éléments fondamentaux de la viticulture de haute qualité. Alors si la connaissance et la sélection du matériel végétal sont si importantes au vignoble pour pouvoir en mener au mieux la culture, pourquoi la sélection et la connaissance des propriétés du matériel micro-biologique pour le contrôle adéquat des fermentations ne serait pas tout aussi important? Des fermentations bien contrôlées, avec un matériel micro-biologique adéquat, sont le meilleur moyen de révéler le terroir d'où un vin est issu en évitant les déviations et les interférences aromatiques. Pour arriver à ce contrôle nécessaire des processus fermentaires, et pour l'obtention d'un vin micro-biologiquement stable en bouteille et apte à bien vieillir, l'usage des sulfites est aussi nécessaire. L'usage de ce produit est diabolisé par le mouvement du vin "naturel". Pourtant, si le vin naturel n'existe pas, le dioxyde de soufre naturel lui existe. La fermentation du raisin en génère et sous sa forme de sulfite il n'est pas plus dangereux pour la santé que du sel de table. De plus, il disparaît du vin après une garde en bouteille de 5 à 10 ans. Il est donc difficile de comprendre le rejet d'un outil si utile autrement que par l'angle idéologique.
Personnellement, je n'aime pas croire. Je préfère savoir. En ce sens, l'homme, grâce au savoir, a la capacité de juger des choses et de moduler son comportement en conséquence. Le mauvais usage du savoir et de la technologie par certains ne devrait pas discréditer le savoir technique. L'essence même de la vie réside dans l'aspect relatif des choses et dans la possibilité de faire des choix. Pour moi adhérer au dogme séduisant et simpliste du naturel bienveillant est une capitulation, une abdication de la pleine capacité créatrice de l'homme. Ceci dit, même lorsqu'on l'affuble de naturel, le vin demeure une création humaine, et comme l'homme il peut être bon ou mauvais. Mais au-delà de tout, le vin est un produit de civilisation, un symbole de la relation tourmentée de l'homme avec sa condition naturelle.
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mardi 1 novembre 2011
Quand le Chili fait perdre la raison
Une autre controverse à propos des résultats des dégustations à l'aveugle organisées par Eduardo Chadwick pour tenter de démontrer que ses vins font partie de l'élite mondiale. C'est le blogueur britannique Jamie Goode qui saute un fusible cette fois à ce sujet, allant jusqu'à dire que les dégustateurs impliqués dans ces exercices s'étaient trompés, qu'ils avaient un mauvais goût. Il s'en prend aussi au fait que les juges étaient des « Master of Wine » et remet en doute leurs qualités de dégustateurs. Le « Master of Wine » est une qualification britannique très difficile à obtenir.
Je suis toujours surpris de voir l'antagonisme que peuvent susciter les vins chiliens lorsqu'ils osent prétendre à autre chose qu'au statut de bons petits vins pas chers. Ce type de dégustation est bien sûr un outil imparfait. C'est l'arme du pauvre en prestige. Le but n'est pas de démontrer une supériorité absolue des vins de M. Chadwick face à des noms très renomés. Le but est de démontrer que ses vins font partie de l'élite mondiale et que le Chili a la capacité de produire ce type de vins. Rien de plus. Rien de moins.
Je suis toujours surpris de voir l'antagonisme que peuvent susciter les vins chiliens lorsqu'ils osent prétendre à autre chose qu'au statut de bons petits vins pas chers. Ce type de dégustation est bien sûr un outil imparfait. C'est l'arme du pauvre en prestige. Le but n'est pas de démontrer une supériorité absolue des vins de M. Chadwick face à des noms très renomés. Le but est de démontrer que ses vins font partie de l'élite mondiale et que le Chili a la capacité de produire ce type de vins. Rien de plus. Rien de moins.
Un autre lien où un des dégustateurs y va de ses commentaires sur les vins. Ses deux vins préférés: Sena 1995 et Sena 1997. J'aime bien ses commentaires sur ces deux vins. Ça confirme ce que je me tue à répéter sur le potentiel de garde des rouges chiliens.
Finalement j'ai trouvé un lien à propos de la dégustation chilienne, en espagnol mais facile à traduire sur Google translate. Les juges étaient 17 "Master of Wines" britanniques. Sena 1997 a terminé premier, suivi de Sena 1995, Latour 1988 et Haut-Brion 2000. Je pense que l'argument de l'âge des vins est invalidé. Ça démontre aussi un attrait des juges pour les vins de profils évolués.
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lundi 24 octobre 2011
KUYEN, 2007, MAIPO, VINA ANTIYAL
Vina Antiyal est le projet personnel du winemaker chilien le plus réputé, Alvaro Espinoza. Celui-ci est connu surtout pour son travail de pionnier dans le développement de la culture biologique et biodynamique au Chili. Kuyen veut dire lune en language indigène Mapuche, ce qui cadre bien avec l'approche ésotérique de son auteur. Cette cuvée est le deuxième vin de la maison. Il s'agit d'un assemblage de Syrah (47%), de Cabernet Sauvignon (43%) et de Carmenère (10%). Le vin a été élevé en barriques de chêne français d'âge non spécifié. Il titre à 14.5% d'alcool.
La robe est foncée et opaque. Au nez, c'est le caractère Maipo qui prend le pas sur celui des cépages de l'assemblage avec des notes de menthol et de terre humide qui accompagnent des arômes de cassis et autres fruits noirs. Cette impression de boire une région se poursuit en bouche, et pour qui aime le caractère particulier des jeunes rouges de Maipo, le service est complet. Le vin montre une belle souplesse en attaque et des saveurs qui ont de l'éclat, aidées en cela par une bonne acidité. Une juste dose d'amertume contribue à l'équilibre d'ensemble et apporte un léger trait chocolatée à la palette de saveurs. Le niveau de concentration est bon et typique des rouges chiliens de type « Reserva ». La finale est agréable, avec un sursaut d'intensité et des tanins qui montrent un peu de poigne en toute fin de parcours sur des relents amers de chocolat noir.
Après le 2006, c'est le deuxième millésime de ce vin que j'ai l'occasion de goûter. Celui-ci ne montre pas le caractère prématurément évolué que j'avais perçu dans le 2006, même si un aspect terreux, proche des feuille mortes, est présent dans le profil aromatique. C'est aussi un vin qui reflète très bien son lieu d'origine, et ce lieu n'est pas le Chili, mais bien la vallée de Maipo. C'est donc un vin impeccable dans son style, un vin qui m'a donné du plaisir, mais à 27$ la bouteille, il ne montre pas un RQP très favorable par rapport à d'autres vins chiliens de cette origine, de ce style et de ce niveau qualitatif. Comprenez-moi bien, à ce prix c'est meilleur que bien des vins plus chers, mais dans le contexte chilien, le prix semble un peu trop élevé. Bien sûr, c'est un vin acheté en importation privée, et selon mon expérience, les vins achetés par ce canal sont toujours un peu plus chers que des équivalents vendus en succursale. C'est aussi un vin de petit producteur ayant une bonne réputation et adepte de la biodynamie. Probablement que ce facteur joue aussi sur la prime demandée, même si le caractère biologique ou biodynamique ne semble pas jouer de rôle déterminant sur la qualité finale du produit. Le caractère bio pour moi ne se goûte pas, dans ce vin comme dans tous ceux de ce genre que j'ai pu déguster. Le sérieux du producteur semble être le facteur critique pour assurer la qualité, et Alvaro Espinoza est définitivement un producteur sérieux, malgré son adhésion à la biodynamie et en même temps à cause de celle-ci. C'est là le paradoxe de la plupart des disciples des théories fumeuses de Rudolph Steiner. Ce sont souvent des vignerons dédiés à la qualité et très minutieux qui à mon sens finissent par franchir le pas de la superstition dans leur quête d'excellence. En conclusion, beau vin très agréable, dont il me reste deux bouteilles pour en suivre l'évolution.
samedi 22 octobre 2011
DÉGUSTATION ANNUELLE DES VINS DU CHILI
Avec un peu de retard, voici mes impressions de la dernière dégustation annuelle des vins du Chili
Pour un amateur de vins chiliens comme moi, la dégustation annuelle des vins de ce pays à Montréal est une journée spéciale. C'est aussi une journée chargée, comprenant quatre heures intensives de dégustation. Malgré cela, je n'ai pas eu le temps de goûter tous les vins que j'aurais voulu. Il faut dire que j'ai pris du temps pour discuter avec trois winemakers qui étaient présents à la dégustation, soit Giorgio Flessati de Vina Falernia, Grant Phelps de Casas del Bosque et Ricardo Baettig de Vina Morandé. Comme à chaque année, ceux-ci sont assez surpris de voir quelqu'un connaître autant l'aspect vinicole du Chili sans jamais y avoir mis les pieds. Mais après mes discussions avec eux, je peux dire que j'en connais encore un peu plus.
Ce genre de dégustation intensive d'un très grand nombre de vins en peu de temps, sur de très faibles quantités et en recrachant, est loin d'être l'idéal. Toutefois, ça me semble un bon moyen pour jauger le niveau qualitatif général, et le moins que je puisse dire, c'est que ce niveau ne cesse de s'améliorer. J'ai vraiment été impressionné par la qualité d'ensemble des vins que j'ai pu déguster. Comme à chaque année, j'ai mis la priorité sur les producteurs que je ne connaissais pas, ou très peu. Je me suis aussi concentré sur les vins qui m'intéressent le plus, soit ceux vendus entre 15$ et 40$. Ceci dit, cette dégustation fut aussi une belle occasion de goûter à de nombreux vins plus chers, les vins dits icônes. C'était là une bonne façon pour moi de mettre les choses en perspective.
Le producteur avec les vins au style le plus distinctif était assurément Vina Falernia, le pionnier de la vallée d'Elqui. Je connaissais déjà sa Syrah, Reserva, mais les blancs furent une belle découverte, avec des cépages inorthodoxes pour le Chili, comme le Pedro Ximenez et le Torrontel, sans oublier les usuels Sauvignon Blanc, Chardonnay et Viognier de style très frais. Les vins de Falernia ne sont pas disponibles au Québec, même pas en importation privée. Toutefois, pour qui voudrait découvrir ce que donne la Syrah dans Elqui, j'ai pu goûter la Syrah, Chono, Reserva, Elqui, 2009, de Geo Wines. Elle m'est apparue d'un niveau similaire à l'excellente version 2007, dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. Ce vin est disponible en importation privée chez Trialto Wine Group à 17.15$ la bouteille. Un autre vin qui a retenu mon attention pour son élégance et son style épuré est le Sauvignon Blanc, Cool Coast, 2011, de Casa Silva. Ce vin issu d'un vignoble côtier situé au niveau de la vallée de Colchagua est vraiment très bon. Celui-ci est offert en I. P. par LBV International pour 19.95$. Un autre vin ayant retenu mon attention pour son style distinctif et sa qualité est le Carignan, Edicion Limitada, 2007, Maule, de Vina Morandé. Superbe vin. Qu'est-ce qu'attend la SAQ pour offrir un vin de Carignan issu de vieilles vignes non irriguées de la vallée de Maule? On ne peut pas penser refléter le Chili vinicole actuel sans offrir au moins un vin de cette catégorie. Parlant de la vallée de Maule, Concha y Toro était là en force cette année avec les vins de deux de ses filiales autonomes, soit Vina Palo Alto et Vina Maipo. Les gammes de ces deux filiales comprenaient de nombreux vins de la négligée vallée de Maule. Pour bien représenter la région de Maule, il y avait aussi Via wines, un producteur totalement axé sur cette appellation qui offrait un vin totalement élaboré avec le négligé cépage Païs. Un vin léger, au fruité rouge agréable. Ceci dit, les rouges sérieux de Maule ont un style général qui les distingue et c'est bien dommage que ceux-ci soient absents des tablettes de la SAQ.
J'ai eu la chance de goûter les vins rouges de climat frais de Casas del Bosque, et j'ai été favorablement impressionné par le Pinot Noir, Gran Reserva, 2009 et la Syrah, Gran Reserva, 2009. Le winemaker Grant Phelps, qui œuvrait auparavant chez Viu Manent dans la chaude vallée de Colchagua, m'a expliqué que dans la fraîche région de Casablanca, pour obtenir la pleine maturité de la Syrah, les rendements devaient être fortement réduits. Ce qui, bien sûr, contribue à la qualité du vin. Parmi les autres vins qui ont retenu mon attention, il y a le Petit Verdot, Chaski, 2009, Alto Maipo de Vina Perez Cruz. Rares sont les vins monocépage issus du Petit Verdot, et celui-ci est très réussi. On peut y sentir l'influence du terroir de l'Alto Maipo, mais aussi la particularité aromatique du cépage. Je dois dire que Perez Cruz est un de mes producteurs chiliens favoris et j'ai aussi été très impressionné par les deux vins haut de gamme de la maison, soit le Liguai, 2008, (39$) et le Quelen, 2007 (58$). Ces deux vins d'assemblage sont chers, mais la qualité et l'originalité de ceux-ci est telle que ces prix me semblent justifés. Trois autres vins haut de gamme de l'Alto Maipo qui m'ont favorablement impressionné sont la cuvée Triple C, 2005 (47.75$) de Vina Santa Rita, le Cabernet Sauvignon Élégance, 2007 (39$), et l'assemblage, Albis, 2005 (49$) de Vina Haras de Pirque. Ces cinq vins sont à ranger parmi l'élite des vins chiliens issus de cépages bordelais et même si c'est cher, leurs prix demeurent raisonnables par rapport à d'autres vins chiliens ambitieux, ou à des vins d'autres origines montrant ce niveau de qualité.
Le Chili, c'est aussi le Carmenère. Ce cépage apporte une heureuse contribution à de nombreux assemblages. J'ai aussi eu la chance de goûter trois vins de Colchagua où on peut constater le haut niveau qualitatif que le Carmenère peut donner en prestation solo. Il s'agit du Pehuen, 2006, de Vina Santa Rita (55$), du Purple Angel, 2008, de Vina Montes (51$), et de la cuvée Micro-terroir, 2006, de Casa Silva (50$). J'ai aussi goûté les cuvées Reserva (17$) et Gran Reserva (20$) de Casa Silva qui montraient un excellent RQP. Deux assemblages de Colchagua m'ont aussi favorablement impressionné, soit le Coyam, 2009 (30$), de Emiliana, et le Ninquen, 2008 de Luis Felipe Edwards (27$). Ces vins sont du niveau des vins icônes, mais à une fraction du prix.
Bien évidemment, la dégustation ne comportait aucun vin rouge âgé. J'ai passé le message à ce sujet à tous les chiliens présents à qui j'ai pu parler. Les winemakers étaient d'accord avec moi sur cette carence de l'offre chilienne, mais ils me disaient que c'est au niveau commercial que ça bloque. Vendre du vin plus âgé coûte cher. Je persiste toutefois à penser que le Chili doit investir dans ce créneau pour aider à changer son image de producteur de jeunes vins fruités et abordables.
vendredi 14 octobre 2011
Phobie des sulfites? Buvez des vins plus âgés
Ces temps-ci, il ne se passe pas une semaine sans que je tombe sur un article, ou plus, à propos de la mode des vins dits naturels. Cette utilisation du terme naturel pour décrire ces vins est une supercherie. J'y reviendrai bientôt dans un article plus étoffé et couvrant plus large. Toujours est-il que cette mode du vin dit naturel est accompagnée d'une diabolisation de l'usage des sulfites dans l'élaboration du vin et de sa présence dans celui-ci. Bien sûr, ce point de vue contre les sulfites relève de l'idéologie, mais quand même, si quelqu'un tient vraiment à boire du vin sans sulfites, il n'a qu'à boire des vins d'un certain âge. Après 5 années en bouteille, dans la plupart des cas, il n'y aura plus de sulfites dans le vin, ou des quantités très faibles (voir ici, ici et ici). Si vous voulez vraiment mettre toutes les chances de votre côté, ouvrez des bouteilles de 10 ans d'âge. Parmi ceux-ci, seuls les vins fortement sulfités à la mise en bouteille et possédant un bouchon très étanche auront des chances de montrer encore quelques traces du fameux produit. En prime, vous aurez de meilleures chances d'avoir dans votre verre un vin au profil aromatique intègre, fidèle au terroir d'où il est issu, et qui ne sera pas déparé ou carrément gâché par des arômes micro-biologiques déviants.
lundi 26 septembre 2011
SYRAH, SINGLE VINEYARD, LIMITED EDITION, 2007, ALTO CACHAPOAL, LAGAR DE BEZANA
Après la Syrah Polkura que j'ai récemment commentée sur ce blogue, voici un deuxième vin venant d'un petit producteur chilien indépendant. Les deux font partie de l'organisme MOVI qui regroupe des producteurs indépendants chiliens. Comme dans le cas de Polkura, Lagar de Bezena a choisi le pourtour plus frais de la vallée centrale chilienne pour établir son vignoble. Dans ce cas-ci, il s'agit de l'Alto Cachapoal, c'est-à-dire l'extrémité est de cette vallée, située juste aux pieds des Andes. Le vignoble unique d'où ce vin est issu est nommé « La Esperanza ». Les vignes de Syrah utilisées avaient 9 et 11 ans d'âge, et comprenaient quatre clones du cépage. Le rendement de celles-ci a été limité à environ 35 hl/ha. L'élaboration du vin comprend la vendange manuelle, le tri au chai, vinification par gravité en lots distincts pour chaque clone utilisé, élevage de 20 mois en barriques de chêne français. Le pourcentage de bois neuf n'est pas spécifié. Le vin titre à 14.5% d'alcool et contient 3.3 g/L de sucres résiduels.
La robe est sombre et impénétrable. Le nez exhale ses arômes de façon bien dosée. On y retrouve un mélange de fruits rouges et noirs de belle qualité, avec la cerise qui ressort clairement. Cet agréable aspect fruité est amalgamé à des notes d'épices fines, de terre et d'encre. Un léger aspect torréfié et chocolaté vient compléter ce superbe profil olfactif, à la fois sérieux et raffiné. Le bonheur se poursuit en bouche, où dès l'attaque la texture soyeuse du vin se démarque. C'est caressant, et dans ce contexte, l'ensemble de saveurs déjà perçu au nez se transpose admirablement en bouche, appuyé sur une fine base d'amertume, et avec toujours la cerise qui tient le rôle principal. Le milieu de bouche permet de confirmer la finesse tactile et la qualité des saveurs. Le niveau de concentration est très bon, sans lourdeur ou excès de puissance. Le vin montre un bon volume, ni compact, ni joufflu, juste ce qu'il faut pour bien remplir la bouche avec un petit côté aérien. Ça coule donc sans effort, en charriant des plaisirs multiples, pour aboutir dans une finale harmonieuse et équilibrée, où les saveurs gagnent en intensité avant de lentement s'évanouir sur des relents d'amertume et des tanins boisés qui se détachent.
Ce vin est décidément une très belle découverte pour moi. Une autre preuve de la diversité de styles dont le Chili est maintenant capable. C'est un vin sérieux, qui à ce stade évite l'austérité grâce à sa formidable finesse de texture et à son fruité de cerise délectable. Néanmoins, il y a aussi un côté plus sombre dans celui-ci, avec cet aspect de terre et d'encre noires, sans oublier l'amertume chocolatée et le léger côté torréfié. On peut aussi sentir un aspect boisé, mais au niveau aromatique cet apport m'est apparu subtil et bien dosé, malgré la jeunesse du vin. Le seul léger accroc à ce stade précoce d'évolution, je l'ai trouvé à la toute fin avec des tanins boisés qui ressortent un peu et persistent au-delà des saveurs. Toutefois, selon mon expérience, c'est un léger problème que le temps devrait résoudre et qui ne remet pas en cause l'agréabilité actuelle du vin. C'est un phénomène assez commun pour de jeunes vins relativement ambitieux où on a poussé un peu sur la barrique. Dans ces circonstances, il est clair pour moi que ce vin montre un très bon potentiel de garde, et qu'il devrait se présenter sous un jour encore meilleur d'ici 5 à 10 ans. Finalement, il m'est apparu fidèle à ce que donne ce cépage dans les pourtours plus frais de la vallées centrale. Des vins à la fois riches et frais pouvant montrer une finesse certaine. Ceci dit, ce n'est clairement pas dans le style des vins de Syrah de climats très frais, comme on en retrouve dans San Antonio, Casablanca ou Elqui. Ce n'est pas un tort, juste une différence d'interprétation du cépage. C'est d'ailleurs ce qui fait la beauté de la Syrah au Chili, la variété des styles possibles. En ce sens, ce vin de Lagar de Bezana est une belle pièce de cette mosaïque naissante qu'est la Syrah au Chili.
Ce vin n'est pas disponible au Québec. Je l'ai reçu lors de ma participation à un repas-dégustation de Vins du Chili. Comme pour tous le vins dont je traite sur mon blogue, je l'ai commenté car c'est un vin de qualité qui m'a plu.
vendredi 23 septembre 2011
Déficit d'image: le problème non résolu du Chili
Document intéressant consacré au Chili par le magazine britannique "Drink Business". On y parle des développements viticoles récents dans ce pays, de la qualité et de la variété croissante, mais comme ce magazine s'intéresse surtout à l'aspect commercial du monde du vin, on tente de déterminer le chemin à suivre par ce pays et ses vins pour se sortir du créneau d'entrée de gamme auquel il est fortement identifié. À la lecture des différents articles, on se rend compte qu'il est très difficile de briser des stéréotypes et que souvent, la qualité des vins n'est pas en cause. En matière de vin, la perception tient lieu de réalité, et cette perception est conditionnée par les préjugés. Le défi principal du Chili est de convaincre le consomateur de payer plus pour ses meilleurs vins. Le problème, c'est que généralement le client qui est prêt à payer plus pour une bouteille ne veut pas seulement acheter un meilleur vin. Il veut aussi que la bouteille et son étiquette projette l'idée et l'image d'un vin de meilleure qualité. Malheureusement, malgré tous les progrès qualitatifs du Chili au cours des dernières années, l'image des vins de ce pays est toujours associée au vin d'entrée de gamme. Le vin chilien, même celui de très haute qualité, n'est pas celui qu'on sort pour impressionner les convives. Il y a zéro effet prestige avec les vins de ce pays. Je dirais même qu'il y a un effet prestige négatif. Ce qui est pire que ne pas avoir de prestige. Il faut dire que le Chili, malgré la beauté saisissante de ses paysages, n'est pas le pays des châteaux. Ce n'est pas non plus le pays du petit producteur artisan, même si la situation évolue de ce côté. Dans ces conditions, et la lecture du document de "Drink Business" le montre bien. Il n'est pas facile pour les chiliens de choisir la bonne stratégie pour perçer dans le marché du vin de gammes de prix supérieures. Le déficit d'image est un boulet dont il semble impossible de se défaire. Le pays semble condamner à toujours offrir sa qualité à prix d'aubaine. Bien sûr, il y a ces vins dits icônes qui tentent de briser cette barrière en affichant des prix démesurés. Mais cette catégorie représente un très faible pourcentage de la production chilienne. Ces vins sont plus un énoncé de principe par rapport aux ambitions du pays, qu'une catégorie commercialement significative. En ce sens, ces vins très chers ont leur raison d'être. Ils sont un pied de nez à tous ceux qui pensent que les vins chiliens ne devraient être que bon marché.
Bien sûr, la situation que je vins de décrire est regrettable pour les producteurs de ce pays, mais c'est ce qui m'a attiré vers les vins de ce pays en premier lieu, et même si aujourd'hui mon intérêt pour ce pays va bien au-delà de cette situation avantageuse pour le consommateur. Ça demeure un élément important de mon attrait pour ce pays. En terminant, parmi toutes les avenues envisagées dans le document de "Drink Business" pour aider le Chili à briser son déficit d'image, la mise en valeur du potentiel de garde des vins rouges n'est pas mentionnée parmi les pistes de solution. Je suis peut-être le seul à penser cela, mais il s'agit d'une omission déplorable. Je dirais même plus, c'est un faute grave. C'est grave car c'est l'initiative la plus simple et la moins côuteuse que les producteurs de ce pays pourrait prendre pour créer une toute nouvelle catégorie de vins aux profils distinctifs. Une initiative qui donnerait une toute nouvelle perspective sur les vins rouges de ce pays. Ça ne briserait peut-être pas totalement l'image négative assiociée aux vins chiliens, mais ce serait un facteur important pour y arriver.
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Bien sûr, la situation que je vins de décrire est regrettable pour les producteurs de ce pays, mais c'est ce qui m'a attiré vers les vins de ce pays en premier lieu, et même si aujourd'hui mon intérêt pour ce pays va bien au-delà de cette situation avantageuse pour le consommateur. Ça demeure un élément important de mon attrait pour ce pays. En terminant, parmi toutes les avenues envisagées dans le document de "Drink Business" pour aider le Chili à briser son déficit d'image, la mise en valeur du potentiel de garde des vins rouges n'est pas mentionnée parmi les pistes de solution. Je suis peut-être le seul à penser cela, mais il s'agit d'une omission déplorable. Je dirais même plus, c'est un faute grave. C'est grave car c'est l'initiative la plus simple et la moins côuteuse que les producteurs de ce pays pourrait prendre pour créer une toute nouvelle catégorie de vins aux profils distinctifs. Une initiative qui donnerait une toute nouvelle perspective sur les vins rouges de ce pays. Ça ne briserait peut-être pas totalement l'image négative assiociée aux vins chiliens, mais ce serait un facteur important pour y arriver.
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samedi 17 septembre 2011
CABERNET SAUVIGNON, DOMUS AUREA, 2006, ALTO MAIPO, CLOS QUEBRADA DE MACUL
Lorsque j'écrivais sur le forum Fouduvin, j'avais commenté le millésime 2002 de ce vin de façon complète et très élogieuse. J'avais alors dit qu'il s'agissait de mon meilleur vin chilien à vie. Je n'ai malheureusement pu racheter ce vin que dans le millésime 2006. J'ai récemment ouvert ma première bouteille de ce millésime, et c'est comme si j'avais eu un gros « flashback ». Dès le premier abord du vin j'ai retrouvé ce qui m'avait tant enthousiasmé dans le millésime 2002. Comme alors, je me disais que ce vin ressemble au plan aromatique aux Cabernets, Antiguas Reservas, de Cousino Macul des années 90, alors que ceux-ci venaient encore entièrement des vieux vignobles de Macul, en banlieue de Santiago, Mais comme alors, je me disais que c'est comme un Antiguas Reservas magnifié. La marque aromatique du terroir est là, indéniable, mais tout dans le Domus Aurea semble meilleur encore. Plus riche, plus fin, plus caressant, plus concentré et plus long. J'ai souvent écrit qu'en matière de vin plus n'égale pas toujours mieux, et je le pense encore, car en l'absence d'équilibre, plus peut mener au pire. Mais dans ce cas-ci, l'équilibre et l'harmonie étaient au rendez-vous de magnifique façon. Même si je me concentre surtout sur les vins chiliens de prix abordables. J'ai eu la chance de goûter bon nombre de super-premiums chiliens, les Almaviva, Don Melchor, Clos Apalta, Montes Alpha M, Folly, Sena, Manso de Velasco, et bien d'autres encore. Bien que plusieurs de ces vins soient de grande qualité, pour ma part, ce deuxième millésime du Domus Aurea me confirme que pour moi ça demeure le plus grand vin chilien qu'il m'ait été donné de goûter. Un vin qui me prouve que les notes sur 100 des magazines américains sont de la foutaise. Elles ne sont basées que sur la concentration, la puissance et la renommée du producteur. La beauté du Domus Aurea c'est qu'il possède toute la concentration nécessaire, mais que jamais il n'a l'air puissant à cause de son équilibre formidable. En dégustant ce vin, je me disais qu'en terme de qualité, ce Domus Aurea était non seulement mon vin chilien favori, mais qu'il se comparaît avec ce que j'ai pu déguster de mieux dans ma vie. Puis en relisant cette semaine un article sur le potentiel de garde des rouges chiliens, où l'on parle du Domus Aurea, je suis tombé sur cette affirmation que je cite dans le texte :
"Domus Aurea is another example of a stylistic transformation with a new enologist. From one of the oldest hillside vineyards in Chile, planted in 1970, this blend of 80% Cabernet with Merlot, Petit Verdot, and Cabernet Franc is not only modeled after Bordeaux, but is capable of giving the best of them a run for their money".
Dans la même classe que ces grands vins donc, tout en ayant son identité propre, mais à une fraction du prix. J'ai payé ce 2006, 48$ la bouteille, une hausse de seulement 6$ par rapport au 2002. À ce prix, c'est une formidable aubaine. Malgré mon amour grandissant pour la Syrah, le Cabernet Sauvignon demeure mon cépage noir favori, et selon moi l'Alto Maipo est un des meilleurs terroirs au monde où il peut s'exprimer, et assurément le terroir à Cabernet Sauvignon le plus sous-évalué sur la planète. La beauté avec le Domus Aurea, c'est qu'il provient d'un vignoble mature qui permet de révéler le plein potentiel de la région, et surtout, ce n'est pas un vin axé sur la recherche de puissance. Un problème qui affecte trop de cuvées se voulant ambitieuses, à la recherche des gros scores pouvant les propulser rapidement en terme de notoriété et de prix, quoi que pour les gros scores, le prix doit souvent être là au départ. Heureusement, le Domus Aurea sait éviter ce piège. Ce producteur ne fait pas de compromis mercantiles à court terme et agit en fonction de sa conception du vin. Il ne met pas la charrue avant les bœufs en appliquant une politique de prix raisonnable. En fait, il semble avoir une confiance tranquille dans son produit, et dans le fait que celui-ci saura trouver la reconnaissance auprès des amateurs de vins raffinés qui auront la chance d'y goûter. C'est peut-être moins spectaculaire comme approche, mais à long terme ça me semble la bonne. Domus Aurea est un classique du futur, c'est donc aujourd'hui qu'il faut y goûter.
mardi 13 septembre 2011
SUR LE VIF
Après deux années de blogue j'en suis venu à trouver que ce média manquait de flexibilité et de spontanéité. La plupart du temps pour y écrire, j'attendais d'avoir le temps de pondre un article assez structuré, ce qui fait qu'il y a bien des choses intéressantes que je laissais passer, comme des liens utiles ou de courts commentaires sur le vif lorsqu'un sujet m'interpellait. J'ai donc décidé de créer une rubrique que je garderai en début de blogue et que j'archiverai périodiquement sur une page unique.
17h45 Par le biais de Vin Québec, encore de l'eau à mon moulin concernant l'inutilité de la notation précise des vins. Je serais curieux de voir les résultats si l'exercice était refait dans un mois, avec les mêmes vins et les mêmes dégustateurs, en trouvant une façon pour que ceux-ci soient convaincus qu'ils ne goûtent pas de nouveau les même vins.
17h27 En vérifiant la source du traffic sur mon blogue je suis tombé sur un nouveau blogue vin récemment apparu sur le site de Radio-Canada. Il s'agit du Blogue Vin de Radio-Canada animé par Ronald Georges. À suivre...
30 Novembre
16h30 Je suis tombé sur ce texte du blogue de Marc Chapleau par le biais d'un lien donné sur le forum Fouduvin. J'ai été surpris d'y lire que le père des matchs comparatifs du magazine Cellier de la SAQ considère que donner une note à un vin qu'on recommande, c'est l'équivalent de mettre ses culottes. Façon détournée de dire que les gens comme moi ne les mettent pas. Pourtant, je pensais que les différents matchs comparatifs de Cellier avaient plutôt démontré l'invalidité de ce système. Ces dégustations thématiques à l'aveugle, qui ne sont pas purement à l'aveugle car le thème de celles-ci est connu des dégustateurs, ont néanmoins produits leur lot de surprises au fil des ans. La notation y est toujours très resserrée, sans notes extrêmes, preuve que les juges qui y participent, s'ils ont mis leurs culottes, n'ont pas oublié de bien attacher leurs bretelles!...
17 Novembre
21h35 Grâce à un lien sur le site Vin Québec, je suis tombé sur un article où Michel Bettane qualifie d'idiots les producteurs qui paient pour qu'un critique réputé juge leurs vins. C'est facile de jeter la pierre aux producteurs, mais à mon avis c'est un effet pervers de la notation des vins. Étant un observateur assidu de la scène vinicole chilienne, je peux régulièrement constater l'effet de la dictature des notes et des médailles pour ces producteurs venant d'un pays en déficit de prestige et d'image de marque. Comment peuvent-ils attirer rapidement l'attention du consommateur moyen qui ne sait pas lui-même où aller et qui aime se faire rassurer par les notes? Dans un monde où l'offre en vins de qualité n'a jamais été si grande, il est difficile d'émerger du lot, et l'attrait de la grosse note est tellement grand et peut avoir un tel impact économique, qu'il est facile de comprendre pourquoi certains succombent à la tentation, même si au fond c'est une loterie et que le résultat est loin d'être assuré. Finalement, l'indépendance entière est très rare dans le monde du journalisme vinicole. Il existe une hiérarchie et un certain code de conduite à suivre pour qui veut faire carrière dans ce milieu. Si quelqu'un décide de trop s'éloigner du discours généralement accepté, on le lui fera payer d'une manière ou d'une autre, et c'est sa crédibilité qui en sera affecté. De toute façon, pourquoi croyez-vous que les critiques réputés ne se soumettent jamais à l'épreuve de la notation des vins en pure aveugle? Bien sûr parce c'en serait rapidement fait de leur crédibilité, et si tous les critiques se soumettaient à un tel test périodique, ce serait aussi la fin des systèmes précis de notation. On arrêterait de prétendre qu'on peut résumer un vin de façon absolue et définitive dans un chiffre. Alors les producteurs ne se sentiraient plus forcés de payer en espérant obtenir ce fameux chiffre, passeport vers la légitimité et la prospérité et les consommateurs seraient forcés de lire les textes et surtout, ils devraient explorer par eux même en se fiant enfin à leur jugement.
16h25 Pour revenir sur le sujet des notes, une des meilleures façons de juger de son invalidité, à mon avis, est de très bien connaître les vins d'un pays ou d'une région. Je pense assez bien connaître les vins du Chili, et à chaque année je m'amuse à regarder la compilation des notes attribuées par Wine Spectator aux vins de ce pays, et à chaque année je n'en reviens pas de l'incohérence de cette liste par rapport à mon expérience avec ces vins. Je persiste à croire qu'il est impossible de bien juger chaque vin lors de large dégustations comparatives. À l'aveugle, le même dégustateur dégusterait de nouveau les mêmes vins le lendemain et les résultats seraient souvent très différents. Imaginez pour une dégustation un an plus tard, ou plus. Une vraie farce! En plus de cela, il y a l'influence du goût personnel d'un dégustateur sur la note attribuée. Voici un exemple frappant de cette possible différence. D'abord, voici la note de dégustation de l'amant de la nature Jamie Goode pour le Chardonnay, Lot 5, Leyda, Vina Leyda:
Viña Leyda Lot 5 Chardonnay 2009 Leyda Valley
Southwest facing vineyard, made in an oxidative style without clearing the juice. No malolactic. Sophisticated with fine toast and nut notes on the nose, leading to a palate showing broad, nutty, spicy, toasty flavours. Rich but fresh. Rounded and harmonious, with some peach and pear notes and mineral finish. 94/100
Maintenant, quelle note pensez vous a été accordée par Wine Spectator à ce vin au style "oxydatif"? Un fabuleux 55!!!!
39 points de différence, rien que ça! Je n'ai pas goûté ce vin, mais la description de Jamie Goode, utilisant l'euphémisme "oxydatif", me laisse croire que WS a plutôt trouvé ce vin oxydé. C'est un exemple extrême, je l'avoue. Mais je suis sûr que bien des différence de 10 à 15 points s'expliquent simplement par le goût personnel, ou la façon dont le vin se présentait sur une bouteille un jour donné.
12h25 Plus de détails ici et ici sur la dernière dégustation organisée au Chili par Edurdo Chadwick et appelée "The aging potential challenge". Je suis content de voir qu'un des leaders de ce pays se réveille et commence à miser sur cet atout fortement sous-exploité. Pour ce qui est de la dégustation, le panel était composé de 16 "Masters of Wine". On ne donne les résultats que pour les 5 premiers vins du classement, on mentionne toutefois que même un Cabernet Sauvignon, Don Maximiano, 1983, a été apprécié. Ce qui concorde avec mon expérience voulant que même les rouges chiliens de prix abordable peuvent bien vieillir. Plus de 25 ans en bouteille pour un vin de moins de 20$, élaboré avant l'éveil qualitatif de ce pays. C'est un assez bon point de départ.
15 Novembre
Je n'ai pas l'esprit militant, probablement à cause d'un mélange de paresse et de cynisme. Je vais voter, c'est déjà ça. J'écris sur ce blogue par plaisir, non pas en pensant que ça pourra changer la moindre chose dans le monde du vin. Ceci dit, j'ai tellement répété ici que le système précis de notation du vin était invalide, que j'ai pris le temps de signer une pétition contre celui-ci, même si le résultat de cette action ne sera que symbolique. Il y a trop d'amateurs qui réclament des notes, et qui veulent acheter des vins bien notés, pour que ce système puisse être largement abandonné, sans compter les multiples gourous qui en tirent profit. Une grosse note c'est rassurant, même si ça ne veut rien dire tellement le vin n'est pas quelque chose de figé et définitif, et tellement la perception est variable entre individus. Ajoutez à cela les variations possibles entre les bouteilles d'un même vin et le compte est bon! Je sais que je me répète, mais il faut oublier les notes, oublier l'étiquette et aborder le vin qui est dans notre verre pour ce qu'il nous donne au moment de le boire. C'est la meilleure façon de lui rendre justice en évitant les préjugés, qu'ils soient positifs ou négatifs. C'est difficile, je le sais, mais selon moi il faut être dans cet état d'esprit. C'est une question de mentalité. Mais même si comme moi vous tentez d'ignorer ces fameuses notes, le problème le plus grave avec celles-ci, c'est le tort que ça cause aux bons vins mal notés, et bien sûr aux producteurs derrière ces vins. Si au contraire vous vous faites prendre avec un mauvais vin bien noté, j'ai un peu envie de dire tant mieux pour vous. Tant mieux pour la leçon qui pourra peut-être en être tirée. Finalement, l'appel à ne pas tenir compte des notes est positif, car c'est un appel à l'indépendance d'esprit et au plaisir de la découverte.
12 Novembre
01h24 Les arômes déviants reliés aux levures Brettanomyces sont une de mes marottes et aujourd'hui, par hasard, au fil de mes lectures sur la toile je suis tombé sur un article intéressant du Los Angeles Times à propos du cépage Mourvèdre. Un paragraphe a particulièrement retenu mon attention tellement il va à l'encontre de l'idée souvent entendue voulant que le Mourvèdre soit normalement marqué par des notes similaires aux arômes de Bretts, sans que ce ne soit dû à ces levures. Le commentaire à ce sujet vient de Justin Smith le winemaker de Saxum Vineyards, un producteur californien réputé. Je cite dans le texte:
"Mourvèdre has a really bad reputation in the States because so many Mediterranean wines have brett that people think they're synonymous," Smith says. "I don't know why it's so prone to brett, but whenever I leave a barrel of pure Mourvèdre, those are the only barrels that ever get brett. For so long, people thought that is the nature of Mourvèdre, it just has that animal stinkiness. I've never tasted a clean Mourvèdre that has that.""
Il est à noter que Saxum a une approche minimaliste de la vinification et ne colle ni ne filtre ses vins. C'est donc intéressant d'entendre une voix crédible allez à l'encontre du discours habituel sur ce sujet.
23 octobre
Il y a une promotion - 10% aujourd'hui à la SAQ sur tous les vins chiliens offerts par notre monopole. Deux vins qui étaient déjà l'objet d'une promotion en circulaire peuvent être achetés pour environ 15$, soit la Syrah, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz et la Cabernet Sauvignon, 2009, Aconcagua, Vina Arboleda. Ce sont deux vins trop jeunes et trop boisés à mon goût actuellement, mais ce sont deux vins à l'excellent potentiel de garde. Rares sont les vins de 15$ ayant un potentiel de garde de 15 ans. Selon moi, aujourd'hui, ces deux vins font partie de ce club très sélect où le Chili excelle.
1h04 Pour répondre à la question que se pose ici Marc-André Gagnon de Vin Québec à propos de la toxicité des sulfites pour l'humain, voici une référence intéressante sur le sujet. On y indique que cette toxicité est comparable à celle du sel de cuisine (chlorure de sodium) et du bicarbonate de sodium (ce qu'on appelle communément "la petite vache" ici au Québec). Voici un extrait:
16 octobre
19h31 Article intéressant de François Chartier aujourd'hui sur Cyberpresse où il relate son expérience lors d'une dégustation de vins de Pinot Noir organisée par un regroupement d'importateurs québécois. Il est intéressant de voir comment le classement des vins différait entre dégustateurs. Ça explique probablement pourquoi les notes octroyées par les juges à ces vins étaient relativement basses. À chaque fois que je lis sur des expériences du genre, et ici ce n'était que du semi-aveugle, ça me conforte dans ma conviction voulant que la notation précise du vin est un exercice prétentieux et invalide. Je serais curieux de réunir les mêmes dégustateurs et de leur servir les mêmes vins une deuxième fois en leur demandant à nouveau de les classer et de les noter. Je suis sûr que les résultats seraient sensiblement différents, que ce soit pour un dégustateur en particulier, ou pour l'ensemble du jury.
15 octobre
19h31 Article intéressant de Jancis Robinson sur la garde, le style et le prix des GCC de Bordeaux. Quand on dit qu'on vendange aujourd'hui des raisins plus matures, comment le nier quand on lit que la majorité des producteurs chaptalisaient au milieu des années 90 pour atteindre 12.5% d'alcool..
26 Septembre 2001
00h44 Sans faire insulte à mes lecteurs réguliers, je peux dire que j'ai parfois l'impression de prêcher dans le désert avec mon modeste blogue. Alors quand je tombe sur une opinion convergente, c'est un peu comme un oasis. Au fil de mes navigations sur la toile, en passant sur le site de Sammy Rabbat, je suis tombé sur une petite entrevue avec le chroniqueur vins de l'hebdomadaire Voir, Nick Hamilton. J'ai déjà eu la chance de rencontrer M. Hamilton, il y a un peu plus de deux ans, lors d'une dégustation Chili-Californie organisée par Bill Zacharkiw de The Gazette. J'avais fort apprécié ses propos ce soir-là, lors de discussions très intéressantes sur le monde du vin. Toujours est-il que dans cette entrevue M. Hamilton y va de propos très positifs sur le Chili et la Nouvelle-Zélande. Des propos qui se rapprochent de ceux que je tiens sur ce blogue.
RH. Quels sont les pays producteurs qui vous ont le plus impressionné?
NH. – C’est difficile parce qu’il y en a plusieurs. J’ai eu l’occasion dans les dernières années de voyager dans plusieurs pays producteurs tels que l’Afrique du Sud, le Chili, la Nouvelle Zélande, évidemment les vieux pays comme l’Italie, la France et l’Espagne aussi. Je dirai que ce sont les petits pays qui m’impressionnent surtout, parce qu’ils ont moins d’histoire, moins d’expérience mais on voit des produits qui sont vraiment impressionnants. Je pense entre autres au Chili, où j’étais allé l’année passée, où j’ai vu des choses que je ne m’attendais pas, des types de vins qu’on n’avait pas encore vu ici au Québec mais qui arrivent heureusement. Des vins qui viennent complètement du nord ou bien très au sud et non de cette bande centrale de vignobles autour de Santiago, qu’on connaît bien. En découvrant des vins des régions qui sont beaucoup plus au nord comme Elqui et Limari ou tout à fait dans le sud, comme Bio-bio ou Itata, j’ai été vraiment surpris de voir la diversité qu’il y avait et évidemment la qualité toujours à la hausse des vins dans ce pays. Même chose la Nouvelle Zélande où j’étais, il y a quelques années. Là aussi une grande diversité de produits, des vins de très bonne qualité. Un style qui plaît d’après-moi, et qui est à l’avantage du consommateur québécois. Le climat y est assez frais et puisque la Nouvelle Zélande est composée de deux îles, l’influence maritime est importante. On y trouve des vins qui sont assez frais, avec une bonne acidité, des vins fort agréables. Donc le Chili et la Nouvelle-Zélande sont peut-être les deux pays qui m’ont le plus impressionné dans les dernières années.
Des propos du genre sont malheureusement très rares dans la presse vinicole québécoise. C'est pourquoi je pensais qu'étant donné le centre d'intérêt de mon blogue, ça valait la peine de les rapporter sur celui-ci. C'est vraiment impressionnant et réconfortant pour moi de voir un chroniqueur vins généraliste comme M. Hamilton être capable de nommer du même souffle les régions de Elqui, Limari, Bio Bio et Itata avec leur bonne position géographique. La preuve qu'il y a des chroniqueurs ayant une large compétence dans notre belle province. Bravo!
24 Septembre
12h10 Article intéressant de Marc-André Gagnon sur Vin Québec. On se rejoint sur le fait que les notes sur 100 sont directement liées à la concentration et à la puissance, mais M. Gagnon néglige l'aspect identité, origine et renommée du producteur. À ce sujet, tous les résultats de dégustation à l'aveugle, mêlant des vins de renommée et prix variables, concordent. Dans ce type de dégustation on note bas pour éviter d'avoir l'air fou, et les surprises sont nombreuses. Il n'y a pas de critiques individuels qui dégustent en pure aveugle, car ils auraient tôt fait de perdre toute crédibilité. Aussi, il est impossible de bien juger un vin en dégustation rapide et comparative, comme les professionnels le font souvent. Je prêche peut-être pour ma paroisse, mais l'idéal demeure le commentaire étoffé issu d'une dégustation en isolé, sur une longue période, où on peut revenir souvent sur le vin et en suivre l'évolution dans le temps. Cette méthode n'est pas parfaite. Elle demande de l'honnêteté de la part de l'auteur, et comporte aussi sa part de subjectivité. Mais elle a le mérite de respecter le vin, en lui donnant l'attention qu'il mérite, et en ne le résumant pas à un chiffre. Il faut aussi de l'humilité chez l'auteur, car il me semble bien prétentieux de figer la valeur d'un vin dans un chiffre qui occultera tout ce qu'on aura pu en dire par ailleurs. Le chiffre ou les étoiles effacent les mots.
19 Septembre
14h10 Un article amusant de Jancis Robinson à propos de la montée du vin en Chine et de l'attrait des nouveaux riches chinois pour les noms prestigieux. Je dis amusant car je n'achête que très rarement ce type de vins. Mais pour les amateurs sérieux, cette situation est plutôt déprimante et choquante à la fois. Je compatis sincèrement, mais c'est l'effet pervers de la migration du vin vers la niche de produit de luxe.
15 Septembre
20h58 Suite aux commentaires de Paul dans cette rubrique . Je joins les liens de deux articles précédants sur le sujet de la garde des rouges chiliens tirés de ce blogue (lien 1 et lien 2) et le lien vers un article externe sur le sujet que j'avais déjà donné.
20h43 Pour débuter, je joins deux liens intéressants. Le premier à propos d'un producteur dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Il s'agit de Vina Leyda. Le leader du Chili pour les vins de climat frais de haute qualité vendus à prix abordables.
L'autre lien porte sur un article intéressant sur le Nouveau Chili.
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17h45 Par le biais de Vin Québec, encore de l'eau à mon moulin concernant l'inutilité de la notation précise des vins. Je serais curieux de voir les résultats si l'exercice était refait dans un mois, avec les mêmes vins et les mêmes dégustateurs, en trouvant une façon pour que ceux-ci soient convaincus qu'ils ne goûtent pas de nouveau les même vins.
17h27 En vérifiant la source du traffic sur mon blogue je suis tombé sur un nouveau blogue vin récemment apparu sur le site de Radio-Canada. Il s'agit du Blogue Vin de Radio-Canada animé par Ronald Georges. À suivre...
30 Novembre
16h30 Je suis tombé sur ce texte du blogue de Marc Chapleau par le biais d'un lien donné sur le forum Fouduvin. J'ai été surpris d'y lire que le père des matchs comparatifs du magazine Cellier de la SAQ considère que donner une note à un vin qu'on recommande, c'est l'équivalent de mettre ses culottes. Façon détournée de dire que les gens comme moi ne les mettent pas. Pourtant, je pensais que les différents matchs comparatifs de Cellier avaient plutôt démontré l'invalidité de ce système. Ces dégustations thématiques à l'aveugle, qui ne sont pas purement à l'aveugle car le thème de celles-ci est connu des dégustateurs, ont néanmoins produits leur lot de surprises au fil des ans. La notation y est toujours très resserrée, sans notes extrêmes, preuve que les juges qui y participent, s'ils ont mis leurs culottes, n'ont pas oublié de bien attacher leurs bretelles!...
17 Novembre
21h35 Grâce à un lien sur le site Vin Québec, je suis tombé sur un article où Michel Bettane qualifie d'idiots les producteurs qui paient pour qu'un critique réputé juge leurs vins. C'est facile de jeter la pierre aux producteurs, mais à mon avis c'est un effet pervers de la notation des vins. Étant un observateur assidu de la scène vinicole chilienne, je peux régulièrement constater l'effet de la dictature des notes et des médailles pour ces producteurs venant d'un pays en déficit de prestige et d'image de marque. Comment peuvent-ils attirer rapidement l'attention du consommateur moyen qui ne sait pas lui-même où aller et qui aime se faire rassurer par les notes? Dans un monde où l'offre en vins de qualité n'a jamais été si grande, il est difficile d'émerger du lot, et l'attrait de la grosse note est tellement grand et peut avoir un tel impact économique, qu'il est facile de comprendre pourquoi certains succombent à la tentation, même si au fond c'est une loterie et que le résultat est loin d'être assuré. Finalement, l'indépendance entière est très rare dans le monde du journalisme vinicole. Il existe une hiérarchie et un certain code de conduite à suivre pour qui veut faire carrière dans ce milieu. Si quelqu'un décide de trop s'éloigner du discours généralement accepté, on le lui fera payer d'une manière ou d'une autre, et c'est sa crédibilité qui en sera affecté. De toute façon, pourquoi croyez-vous que les critiques réputés ne se soumettent jamais à l'épreuve de la notation des vins en pure aveugle? Bien sûr parce c'en serait rapidement fait de leur crédibilité, et si tous les critiques se soumettaient à un tel test périodique, ce serait aussi la fin des systèmes précis de notation. On arrêterait de prétendre qu'on peut résumer un vin de façon absolue et définitive dans un chiffre. Alors les producteurs ne se sentiraient plus forcés de payer en espérant obtenir ce fameux chiffre, passeport vers la légitimité et la prospérité et les consommateurs seraient forcés de lire les textes et surtout, ils devraient explorer par eux même en se fiant enfin à leur jugement.
16h25 Pour revenir sur le sujet des notes, une des meilleures façons de juger de son invalidité, à mon avis, est de très bien connaître les vins d'un pays ou d'une région. Je pense assez bien connaître les vins du Chili, et à chaque année je m'amuse à regarder la compilation des notes attribuées par Wine Spectator aux vins de ce pays, et à chaque année je n'en reviens pas de l'incohérence de cette liste par rapport à mon expérience avec ces vins. Je persiste à croire qu'il est impossible de bien juger chaque vin lors de large dégustations comparatives. À l'aveugle, le même dégustateur dégusterait de nouveau les mêmes vins le lendemain et les résultats seraient souvent très différents. Imaginez pour une dégustation un an plus tard, ou plus. Une vraie farce! En plus de cela, il y a l'influence du goût personnel d'un dégustateur sur la note attribuée. Voici un exemple frappant de cette possible différence. D'abord, voici la note de dégustation de l'amant de la nature Jamie Goode pour le Chardonnay, Lot 5, Leyda, Vina Leyda:
Viña Leyda Lot 5 Chardonnay 2009 Leyda Valley
Southwest facing vineyard, made in an oxidative style without clearing the juice. No malolactic. Sophisticated with fine toast and nut notes on the nose, leading to a palate showing broad, nutty, spicy, toasty flavours. Rich but fresh. Rounded and harmonious, with some peach and pear notes and mineral finish. 94/100
Maintenant, quelle note pensez vous a été accordée par Wine Spectator à ce vin au style "oxydatif"? Un fabuleux 55!!!!
39 points de différence, rien que ça! Je n'ai pas goûté ce vin, mais la description de Jamie Goode, utilisant l'euphémisme "oxydatif", me laisse croire que WS a plutôt trouvé ce vin oxydé. C'est un exemple extrême, je l'avoue. Mais je suis sûr que bien des différence de 10 à 15 points s'expliquent simplement par le goût personnel, ou la façon dont le vin se présentait sur une bouteille un jour donné.
12h25 Plus de détails ici et ici sur la dernière dégustation organisée au Chili par Edurdo Chadwick et appelée "The aging potential challenge". Je suis content de voir qu'un des leaders de ce pays se réveille et commence à miser sur cet atout fortement sous-exploité. Pour ce qui est de la dégustation, le panel était composé de 16 "Masters of Wine". On ne donne les résultats que pour les 5 premiers vins du classement, on mentionne toutefois que même un Cabernet Sauvignon, Don Maximiano, 1983, a été apprécié. Ce qui concorde avec mon expérience voulant que même les rouges chiliens de prix abordable peuvent bien vieillir. Plus de 25 ans en bouteille pour un vin de moins de 20$, élaboré avant l'éveil qualitatif de ce pays. C'est un assez bon point de départ.
15 Novembre
Je n'ai pas l'esprit militant, probablement à cause d'un mélange de paresse et de cynisme. Je vais voter, c'est déjà ça. J'écris sur ce blogue par plaisir, non pas en pensant que ça pourra changer la moindre chose dans le monde du vin. Ceci dit, j'ai tellement répété ici que le système précis de notation du vin était invalide, que j'ai pris le temps de signer une pétition contre celui-ci, même si le résultat de cette action ne sera que symbolique. Il y a trop d'amateurs qui réclament des notes, et qui veulent acheter des vins bien notés, pour que ce système puisse être largement abandonné, sans compter les multiples gourous qui en tirent profit. Une grosse note c'est rassurant, même si ça ne veut rien dire tellement le vin n'est pas quelque chose de figé et définitif, et tellement la perception est variable entre individus. Ajoutez à cela les variations possibles entre les bouteilles d'un même vin et le compte est bon! Je sais que je me répète, mais il faut oublier les notes, oublier l'étiquette et aborder le vin qui est dans notre verre pour ce qu'il nous donne au moment de le boire. C'est la meilleure façon de lui rendre justice en évitant les préjugés, qu'ils soient positifs ou négatifs. C'est difficile, je le sais, mais selon moi il faut être dans cet état d'esprit. C'est une question de mentalité. Mais même si comme moi vous tentez d'ignorer ces fameuses notes, le problème le plus grave avec celles-ci, c'est le tort que ça cause aux bons vins mal notés, et bien sûr aux producteurs derrière ces vins. Si au contraire vous vous faites prendre avec un mauvais vin bien noté, j'ai un peu envie de dire tant mieux pour vous. Tant mieux pour la leçon qui pourra peut-être en être tirée. Finalement, l'appel à ne pas tenir compte des notes est positif, car c'est un appel à l'indépendance d'esprit et au plaisir de la découverte.
12 Novembre
01h24 Les arômes déviants reliés aux levures Brettanomyces sont une de mes marottes et aujourd'hui, par hasard, au fil de mes lectures sur la toile je suis tombé sur un article intéressant du Los Angeles Times à propos du cépage Mourvèdre. Un paragraphe a particulièrement retenu mon attention tellement il va à l'encontre de l'idée souvent entendue voulant que le Mourvèdre soit normalement marqué par des notes similaires aux arômes de Bretts, sans que ce ne soit dû à ces levures. Le commentaire à ce sujet vient de Justin Smith le winemaker de Saxum Vineyards, un producteur californien réputé. Je cite dans le texte:
"Mourvèdre has a really bad reputation in the States because so many Mediterranean wines have brett that people think they're synonymous," Smith says. "I don't know why it's so prone to brett, but whenever I leave a barrel of pure Mourvèdre, those are the only barrels that ever get brett. For so long, people thought that is the nature of Mourvèdre, it just has that animal stinkiness. I've never tasted a clean Mourvèdre that has that.""
Il est à noter que Saxum a une approche minimaliste de la vinification et ne colle ni ne filtre ses vins. C'est donc intéressant d'entendre une voix crédible allez à l'encontre du discours habituel sur ce sujet.
23 octobre
Il y a une promotion - 10% aujourd'hui à la SAQ sur tous les vins chiliens offerts par notre monopole. Deux vins qui étaient déjà l'objet d'une promotion en circulaire peuvent être achetés pour environ 15$, soit la Syrah, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz et la Cabernet Sauvignon, 2009, Aconcagua, Vina Arboleda. Ce sont deux vins trop jeunes et trop boisés à mon goût actuellement, mais ce sont deux vins à l'excellent potentiel de garde. Rares sont les vins de 15$ ayant un potentiel de garde de 15 ans. Selon moi, aujourd'hui, ces deux vins font partie de ce club très sélect où le Chili excelle.
1h04 Pour répondre à la question que se pose ici Marc-André Gagnon de Vin Québec à propos de la toxicité des sulfites pour l'humain, voici une référence intéressante sur le sujet. On y indique que cette toxicité est comparable à celle du sel de cuisine (chlorure de sodium) et du bicarbonate de sodium (ce qu'on appelle communément "la petite vache" ici au Québec). Voici un extrait:
"Les sulfites sont utilisés dans de nombreux aliments – et certains médicaments- pour prévenir altérations microbiennes et/ou oxydations ; le vin constitue la principale source de SO2 dans l'alimentation « moyenne ».La toxicité aigüe définie par une DL.50 de 1,5 g/kg est à peu près identique à celle du sel de cuisine ou du bicarbonate de sodium, soit la catégorie des produits « dangereux – peu dangereux » selon la classification de l'OMS. La toxicité chronique est définie par la DJA de 0,35 mg/kg/jour, soit 24,5 mg/jour pour une personne de 70 kg, à partir d'un coefficient de sécurité de 100 qui, appliqué au sel de cuisine consommé sur la la base moyenne de 1-2 g/jour devrait montrer une inocuité totale à la dose de 70-140 g/jour !
Les effets physiologiques du SO2 se manifestent par la destruction de la thiamine vers pH 6,0 mais nulle au pH –2-3 de l'estomac, un effet mutagène à très forte concentration (64 g/L) seulement in vitro. Il n'a été observé aucun effet tératogène ou cancérigène et il y a diminution de l'activité allergisante de l'histamine. Le SO2 est rapidement détoxifié par transformation en sulfates. L'organisme métabolise chaque jour l'ensemble des composés soufrés (acides aminés…) pour une quantité équivalente à 1,5-2 g de SO2 /jour, sauf pour une personne sur 100000 carencée en sulfite-oxydases (Enquête Australie-Nouvelle Zélande). Le « mal de tête » souvent signalé n'est pas mis en évidence de façon significative par les enquêtes épidémiologiques (USA, Australie, Nouvelle Zélande)."
16 octobre
19h31 Article intéressant de François Chartier aujourd'hui sur Cyberpresse où il relate son expérience lors d'une dégustation de vins de Pinot Noir organisée par un regroupement d'importateurs québécois. Il est intéressant de voir comment le classement des vins différait entre dégustateurs. Ça explique probablement pourquoi les notes octroyées par les juges à ces vins étaient relativement basses. À chaque fois que je lis sur des expériences du genre, et ici ce n'était que du semi-aveugle, ça me conforte dans ma conviction voulant que la notation précise du vin est un exercice prétentieux et invalide. Je serais curieux de réunir les mêmes dégustateurs et de leur servir les mêmes vins une deuxième fois en leur demandant à nouveau de les classer et de les noter. Je suis sûr que les résultats seraient sensiblement différents, que ce soit pour un dégustateur en particulier, ou pour l'ensemble du jury.
15 octobre
19h31 Article intéressant de Jancis Robinson sur la garde, le style et le prix des GCC de Bordeaux. Quand on dit qu'on vendange aujourd'hui des raisins plus matures, comment le nier quand on lit que la majorité des producteurs chaptalisaient au milieu des années 90 pour atteindre 12.5% d'alcool..
26 Septembre 2001
00h44 Sans faire insulte à mes lecteurs réguliers, je peux dire que j'ai parfois l'impression de prêcher dans le désert avec mon modeste blogue. Alors quand je tombe sur une opinion convergente, c'est un peu comme un oasis. Au fil de mes navigations sur la toile, en passant sur le site de Sammy Rabbat, je suis tombé sur une petite entrevue avec le chroniqueur vins de l'hebdomadaire Voir, Nick Hamilton. J'ai déjà eu la chance de rencontrer M. Hamilton, il y a un peu plus de deux ans, lors d'une dégustation Chili-Californie organisée par Bill Zacharkiw de The Gazette. J'avais fort apprécié ses propos ce soir-là, lors de discussions très intéressantes sur le monde du vin. Toujours est-il que dans cette entrevue M. Hamilton y va de propos très positifs sur le Chili et la Nouvelle-Zélande. Des propos qui se rapprochent de ceux que je tiens sur ce blogue.
RH. Quels sont les pays producteurs qui vous ont le plus impressionné?
NH. – C’est difficile parce qu’il y en a plusieurs. J’ai eu l’occasion dans les dernières années de voyager dans plusieurs pays producteurs tels que l’Afrique du Sud, le Chili, la Nouvelle Zélande, évidemment les vieux pays comme l’Italie, la France et l’Espagne aussi. Je dirai que ce sont les petits pays qui m’impressionnent surtout, parce qu’ils ont moins d’histoire, moins d’expérience mais on voit des produits qui sont vraiment impressionnants. Je pense entre autres au Chili, où j’étais allé l’année passée, où j’ai vu des choses que je ne m’attendais pas, des types de vins qu’on n’avait pas encore vu ici au Québec mais qui arrivent heureusement. Des vins qui viennent complètement du nord ou bien très au sud et non de cette bande centrale de vignobles autour de Santiago, qu’on connaît bien. En découvrant des vins des régions qui sont beaucoup plus au nord comme Elqui et Limari ou tout à fait dans le sud, comme Bio-bio ou Itata, j’ai été vraiment surpris de voir la diversité qu’il y avait et évidemment la qualité toujours à la hausse des vins dans ce pays. Même chose la Nouvelle Zélande où j’étais, il y a quelques années. Là aussi une grande diversité de produits, des vins de très bonne qualité. Un style qui plaît d’après-moi, et qui est à l’avantage du consommateur québécois. Le climat y est assez frais et puisque la Nouvelle Zélande est composée de deux îles, l’influence maritime est importante. On y trouve des vins qui sont assez frais, avec une bonne acidité, des vins fort agréables. Donc le Chili et la Nouvelle-Zélande sont peut-être les deux pays qui m’ont le plus impressionné dans les dernières années.
Des propos du genre sont malheureusement très rares dans la presse vinicole québécoise. C'est pourquoi je pensais qu'étant donné le centre d'intérêt de mon blogue, ça valait la peine de les rapporter sur celui-ci. C'est vraiment impressionnant et réconfortant pour moi de voir un chroniqueur vins généraliste comme M. Hamilton être capable de nommer du même souffle les régions de Elqui, Limari, Bio Bio et Itata avec leur bonne position géographique. La preuve qu'il y a des chroniqueurs ayant une large compétence dans notre belle province. Bravo!
24 Septembre
12h10 Article intéressant de Marc-André Gagnon sur Vin Québec. On se rejoint sur le fait que les notes sur 100 sont directement liées à la concentration et à la puissance, mais M. Gagnon néglige l'aspect identité, origine et renommée du producteur. À ce sujet, tous les résultats de dégustation à l'aveugle, mêlant des vins de renommée et prix variables, concordent. Dans ce type de dégustation on note bas pour éviter d'avoir l'air fou, et les surprises sont nombreuses. Il n'y a pas de critiques individuels qui dégustent en pure aveugle, car ils auraient tôt fait de perdre toute crédibilité. Aussi, il est impossible de bien juger un vin en dégustation rapide et comparative, comme les professionnels le font souvent. Je prêche peut-être pour ma paroisse, mais l'idéal demeure le commentaire étoffé issu d'une dégustation en isolé, sur une longue période, où on peut revenir souvent sur le vin et en suivre l'évolution dans le temps. Cette méthode n'est pas parfaite. Elle demande de l'honnêteté de la part de l'auteur, et comporte aussi sa part de subjectivité. Mais elle a le mérite de respecter le vin, en lui donnant l'attention qu'il mérite, et en ne le résumant pas à un chiffre. Il faut aussi de l'humilité chez l'auteur, car il me semble bien prétentieux de figer la valeur d'un vin dans un chiffre qui occultera tout ce qu'on aura pu en dire par ailleurs. Le chiffre ou les étoiles effacent les mots.
19 Septembre
14h10 Un article amusant de Jancis Robinson à propos de la montée du vin en Chine et de l'attrait des nouveaux riches chinois pour les noms prestigieux. Je dis amusant car je n'achête que très rarement ce type de vins. Mais pour les amateurs sérieux, cette situation est plutôt déprimante et choquante à la fois. Je compatis sincèrement, mais c'est l'effet pervers de la migration du vin vers la niche de produit de luxe.
15 Septembre
20h58 Suite aux commentaires de Paul dans cette rubrique . Je joins les liens de deux articles précédants sur le sujet de la garde des rouges chiliens tirés de ce blogue (lien 1 et lien 2) et le lien vers un article externe sur le sujet que j'avais déjà donné.
20h43 Pour débuter, je joins deux liens intéressants. Le premier à propos d'un producteur dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Il s'agit de Vina Leyda. Le leader du Chili pour les vins de climat frais de haute qualité vendus à prix abordables.
L'autre lien porte sur un article intéressant sur le Nouveau Chili.
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