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samedi 17 septembre 2011

CABERNET SAUVIGNON, DOMUS AUREA, 2006, ALTO MAIPO, CLOS QUEBRADA DE MACUL




Lorsque j'écrivais sur le forum Fouduvin, j'avais commenté le millésime 2002 de ce vin de façon complète et très élogieuse. J'avais alors dit qu'il s'agissait de mon meilleur vin chilien à vie. Je n'ai malheureusement pu racheter ce vin que dans le millésime 2006. J'ai récemment ouvert ma première bouteille de ce millésime, et c'est comme si j'avais eu un gros « flashback ». Dès le premier abord du vin j'ai retrouvé ce qui m'avait tant enthousiasmé dans le millésime 2002. Comme alors, je me disais que ce vin ressemble au plan aromatique aux Cabernets, Antiguas Reservas, de Cousino Macul des années 90, alors que ceux-ci venaient encore entièrement des vieux vignobles de Macul, en banlieue de Santiago, Mais comme alors, je me disais que c'est comme un Antiguas Reservas magnifié. La marque aromatique du terroir est là, indéniable, mais tout dans le Domus Aurea semble meilleur encore. Plus riche, plus fin, plus caressant, plus concentré et plus long. J'ai souvent écrit qu'en matière de vin plus n'égale pas toujours mieux, et je le pense encore, car en l'absence d'équilibre, plus peut mener au pire. Mais dans ce cas-ci, l'équilibre et l'harmonie étaient au rendez-vous de magnifique façon. Même si je me concentre surtout sur les vins chiliens de prix abordables. J'ai eu la chance de goûter bon nombre de super-premiums chiliens, les Almaviva, Don Melchor, Clos Apalta, Montes Alpha M, Folly, Sena, Manso de Velasco, et bien d'autres encore. Bien que plusieurs de ces vins soient de grande qualité, pour ma part, ce deuxième millésime du Domus Aurea me confirme que pour moi ça demeure le plus grand vin chilien qu'il m'ait été donné de goûter. Un vin qui me prouve que les notes sur 100 des magazines américains sont de la foutaise. Elles ne sont basées que sur la concentration, la puissance et la renommée du producteur. La beauté du Domus Aurea c'est qu'il possède toute la concentration nécessaire, mais que jamais il n'a l'air puissant à cause de son équilibre formidable. En dégustant ce vin, je me disais qu'en terme de qualité, ce Domus Aurea était non seulement mon vin chilien favori, mais qu'il se comparaît avec ce que j'ai pu déguster de mieux dans ma vie. Puis en relisant cette semaine un article sur le potentiel de garde des rouges chiliens, où l'on parle du Domus Aurea, je suis tombé sur cette affirmation que je cite dans le texte :

"Domus Aurea is another example of a stylistic transformation with a new enologist. From one of the oldest hillside vineyards in Chile, planted in 1970, this blend of 80% Cabernet with Merlot, Petit Verdot, and Cabernet Franc is not only modeled after Bordeaux, but is capable of giving the best of them a run for their money".

Dans la même classe que ces grands vins donc, tout en ayant son identité propre, mais à une fraction du prix. J'ai payé ce 2006, 48$ la bouteille, une hausse de seulement 6$ par rapport au 2002. À ce prix, c'est une formidable aubaine. Malgré mon amour grandissant pour la Syrah, le Cabernet Sauvignon demeure mon cépage noir favori, et selon moi l'Alto Maipo est un des meilleurs terroirs au monde où il peut s'exprimer, et assurément le terroir à Cabernet Sauvignon le plus sous-évalué sur la planète. La beauté avec le Domus Aurea, c'est qu'il provient d'un vignoble mature qui permet de révéler le plein potentiel de la région, et surtout, ce n'est pas un vin axé sur la recherche de puissance. Un problème qui affecte trop de cuvées se voulant ambitieuses, à la recherche des gros scores pouvant les propulser rapidement en terme de notoriété et de prix, quoi que pour les gros scores, le prix doit souvent être là au départ. Heureusement, le Domus Aurea sait éviter ce piège. Ce producteur ne fait pas de compromis mercantiles à court terme et agit en fonction de sa conception du vin. Il ne met pas la charrue avant les bœufs en appliquant une politique de prix raisonnable. En fait, il semble avoir une confiance tranquille dans son produit, et dans le fait que celui-ci saura trouver la reconnaissance auprès des amateurs de vins raffinés qui auront la chance d'y goûter. C'est peut-être moins spectaculaire comme approche, mais à long terme ça me semble la bonne. Domus Aurea est un classique du futur, c'est donc aujourd'hui qu'il faut y goûter.



dimanche 21 août 2011

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2002, MAIPO, VINA DE MARTINO



Je n'ai aucune donnée technique sur l'élaboration de ce vin. Toutefois, De Martino est un des producteurs les plus axés sur la diversité du terroir chilien. Son slogan " Réinventer le Chili " décrit bien cet état d'esprit. Cette cuvée Legado a donc pour but de refléter l'expression du Cabernet Sauvignon dans la région de Maipo.

La robe est bien foncée et ne montre pas de traces évidentes d'évolution. Le nez est très beau, montrant des notes d'évolution, reflétant bien le cépage et avec encore des relents du lieu d'où le vin est issu. On y retrouve de frais arômes de cassis, de cerise et de menthol, amalgamés à un aspect torréfié, ainsi qu'à des notes d'épices douces et de sous-bois. Ce nez est séduisant et plutôt délicat, mais en bouche c'est une autre histoire. Le vin s'y révèle sous un jour viril, avec beaucoup de présence, des saveurs intenses, une matière tannique bien affirmée, et une bonne dose d'acidité. Le fruité est très présent, mais ce n'est plus un fruité de jeunesse et on peut y sentir des nuances d'évolution. Ce fruité est aussi appuyé sur une solide base d'amertume qui marque le style du vin et contribue au caractère viril déjà évoqué. Le milieu de bouche confirme la solidité de la matière, le très bon niveau de concentration et la poigne tannique du vin. La finale est intense et joue ce fruité légèrement évolué et amer en mode majeur, sur une bonne persistance et où à la toute fin l'amertume triomphe sur le fruit.

Moi qui avait ouvert cette bouteille en pensant y retrouver un vin de profil adouci et fondu. J'ai dû m'adapter car j'ai été très surpris par la vivacité de ce vin. En fait, le nez m'a donné pas mal ce que j'en attendais à ce stade, mais en bouche ce fut autre chose. Ce vin a évolué plus lentement qu'anticipé, et il aura besoin d'encore plusieurs année pour offrir une bouche moins costaude et plus raffinée. Ceci dit, en matière de vin tout est question de style et de niveau d'évolution, et une fois la surprise passée, je dois dire que je l'ai bien apprécié. Surtout qu'avec une longue aération, la bouche a quelque peu gagné en souplesse, à moins que ce ne soit mon palais qui se soit acclimaté au style masculin de ce nectar. Toujours est-il que force est de constater que ce vin en donne beaucoup pour son prix des plus abordables. Le prix de ce 2002 était de 17.40$, ce qui est ridicule au vu de la qualité et du potentiel de garde d'une vingtaine d'années. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que la version 2009 de ce vin est actuellement offerte à la SAQ pour seulement 16.55$. Contrairement à de nombreux vins médiatiques dont les prix explosent. Le prix et la qualité des Cabernets chiliens de type Reserva est stable depuis que j'ai commencé à m'y intéressé il y a une douzaine d'années. Je ne saurais donc recommander assez de mettre ces vins sous-estimés de côté pour la moyenne garde. Je ne sais si j'ai convaincu un seul lecteur de suivre cette recommandation si souvent réitérée. Mais pour moi, une chose est sûre, chaque nouvelle bouteille me conforte dans la validité de mon constat.



vendredi 6 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, ETIQUETA NEGRA, 2005, MAIPO, VINA TARAPACA



En 2006 Vina Tarapaca a entrepris un sérieux virage en embauchant Ed Flaherty à titre d’oenologue en chef. J’ai eu la chance de discuter avec cet ancien winemaker d'Errazuriz en 2009, lors de la dégustation annuelle de Vins du Chili tenue à Montréal, et il me disait alors qu’il avait rompu avec le style traditionnel de Tarapaca qui tentait de faire du bordeaux au Chili. Selon lui ça ne marchait pas, et il entendait recentrer l'approche de la maison vers un style plus axé sur la maturité. Je ne sais pas ce que le virage entrepris par M. Flaherty a donné, n’ayant depuis goûté qu’un seul vin élaboré sous sa gouverne. Mais quand j’ai eu l’occasion il y a deux ans d’acheter la top cuvée de Cabernet de la maison, élaborée avant son arrivée, et donc dans l'ancien style, je n’ai pas hésité. C’est vrai que ces vins de la vieille école n’étaient pas mes favoris en jeunesse, mais mon expérience m’a montré qu’ils se transformaient pour le mieux après quelques années de garde. Après environ cinq années passées en bouteille, j’ai décidé d’ouvrir la première de mes six bouteilles de cet Etiqueta Negra, pour voir où en était rendu ce vin et voir si la qualité globale était au rendez-vous. Je n’ai pas trouvé de détails sur l’élaboration de cette cuvée en 2005, si ce n’est ce qui est est écrit sur la bouteille, soit que le vin a été élevé 12 mois en barriques françaises du fabricant Séguin-Moreau et qu'il titre à 14.5% d’alcool.

La robe est très sombre et toujours parfaitement opaque. Le nez est typique de l’idée que j’ai des Cabs de cette maison, avec des arômes de cassis, de cerise, de bois de cèdre, de menthol, d’épices douces, auxquels s’ajoutent une pointe de terre humide et de feuilles mortes laissant entrevoir les premiers légers signes d’évolution. En bouche, l’attaque est solide avec une matière assez compacte, une bonne acidité et une palette de saveurs qui reflète bien le complexe profil révélé au plan olfactif. Le léger côté évolué se marie admirablement au fruité et aux diverses notes épicées. Le milieu de bouche permet de bien apprécié ce style vieille école bien dense où il n’y a pas d’enflure et de douceur indues, et où le niveau de concentration est parfaitement ajusté pour servir le style recherché. Il n’y a donc pas de lourdeur ni d’excès dans ce vin qui va à l’essentiel sur une trame tannique à la fois serrée et raffinée. La finale conclue en beauté, en gardant le cap, sur un sursaut d’intensité et une persistance de bon niveau.

Ce vin ne m’a pas déçu. Il m’a donné ce que j’en attendais, c’est-à-dire un Cabernet exhibant un style à la bordelaise taillé dans une étoffe de Maipo. À partir de maintenant, l’aspect Maipo de son profil va aller en s’atténuant, et dans 10 ans il passera à l’aveugle pour bordeaux de bon niveau. Je sais que je me répète. Je sais que le Chili n’est pas synonyme de prestige et de glamour, mais je ne saurais trop recommander, encore une fois, de mettre ce type de vin chilien de côté pour la moyenne garde. Je ne compte plus les expériences à l’aveugle où les dégustateurs ont été favorablement surpris par des vins de ce genre de 10 à 15 ans d’âge. Dans ces circonstances les comparaisons avec des bordeaux beaucoup plus chers étaient immanquables. Oubliez les onéreux wannabes chiliens qui cherchent les gros scores des revues américaines et qu’il faudra garder 30 ans pour espérer trouver quelque chose ressemblant à un alliage d’équilibre et de finesse. Cette cuvée Étiquette Noire est l’exemple même du claret chilien qui se révèle au mieux après seulement une dizaine d’années de garde. Vous pouvez donc acheter ce type de vin à des prix très modiques, sans trop craindre d’être mort avant que le vin ne puisse se livrer avec grâce. Bien sûr en terme de style chacun peut avoir ses préférences, et on peut en aimer une variété, mais si ce à quoi je réfère est un des styles que vous affectionnez prenez une chance. Je dis prenez une chance, car pour goûter un vin de ce genre avec 10 ans au compteur il faut l’acheter soi-même. Le Chili commet la grossière erreur de ne commercialiser ce type de vin qu’en prime jeunesse. Se privant ainsi de rendre facilement abordable une de ses forces méconnues. Il faut donc faire un acte de foi et acheter quand ça passe et avoir la patience de garder ces bouteilles n’ayant pas coûté cher. C’est toujours plus facile de sortir du cellier le vin à 17$ que la grosse bouteille onéreuse.


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samedi 4 décembre 2010

CÔT, RESERVA, LIMITED EDITION, 2008, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



German Lyon



Le Malbec est la carte cachée de l’offre chilienne en rouge. Un cépage que le pays semble mal à l’aise de mettre de l’avant, tellement celui-ci semble identifié à son voisin et rival argentin. D’ailleurs, lors de la dernière dégustation “Vin du Chili”, j’ai eu la chance de discuter avec German Lyon, l’oenologue en chef de la maison Perez Cruz, qui s’exprime parfaitement en français. Nous avons discuté de plusieurs sujets, mais celui-ci a insisté sur sa volonté de refléter dans ses vins le terroir de l’Alto Maipo. Il a d’ailleurs spécifié que l’appellation Côt choisie pour ce vin, malgré le fait qu’elle réfère à l’origine française du cépage, était motivée par une volonté claire de se démarquer de ses contreparties argentines. C’est quand même un peu ironique quand on pense que certains producteurs de Cahors apposent maintenant le mot Malbec sur leurs étiquettes, pour tenter de profiter de la vague positive entourant ce cépage. Pour ce qui est de ce Côt, 2008, tout ce que je sais sur son élaboration, c’est qu’il est assemblé avec de petites quantités de Carmenère et de Petit Verdot.

La robe est bien foncée et opaque. Le nez est d’une expression bien dosée et exhale d’invitants arômes de fruits noirs qui pour moi sont typiques de ce cépage, complétés par des notes terreuses et doucement épicées, ainsi que par un léger aspect de fleurs fanées. Beau nez de jeune vin avec une bonne profondeur. Cela se poursuit en bouche de très belle façon, avec un vin équilibré d’entrée. C’est intense, sans être exubérant, avec des saveurs de grande qualité, bien soutenues par ce qu’il faut d’acidité et d’amertume. La palette de saveurs montre bien qu’on a affaire à un Malbec sud-américain. Le milieu de bouche est concentré et permet de mieux apprécier l’aspect épicé bien mesuré qui complète admirablement le fruit. Les proportions sont bien ajustées, ce qui donne un vin assez compact, mais avec quand même du volume, et une structure tannique raffinée. Un vin qui évite les excès donc, ce qui le rend facile et agréable à boire. La finale se déploie sous le signe de l’harmonie, avec un beau fondu de saveurs sur une allonge de bon niveau.

J’ai été ravi par ce vin. En même temps, j’ai été surpris qu’il soit aussi abordable à un si jeune âge. Rien n’accroche, et ça coule sans efforts. Malgré la décision de Perez Cruz de le nommer Côt, au lieu de Malbec, ce vin m’est apparu fidèle à ce qu’on peut attendre d’un très bon vin sud-américain de ce cépage. En le dégustant, je ne pouvais m’empêcher de penser que son niveau qualitatif rejoignait celui d’un Catena, Alta, du double du prix. Vous aurez donc compris qu’il s’agit pour moi d’un fort RQP. Même s’il est déjà très agréable dans sa livrée de jeunesse, ce vin possède à mon avis un bon potentiel d’évolution. Le Chili doit continuer de diversifier son offre et le Côt/Malbec me semble un atout incontournable de la nouvelle donne chilienne. Ce pays doit éviter d’être identifié à un seul cépage, comme c’est un peu le cas avec le Malbec en Argentine. Il doit plutôt être synonyme de diversité, comme c’est le cas de tous les grands pays vinicoles, et à n’en pas douter, le Chili est en train de se transformer en grand pays vinicole. C’est un “work in progress” intéressant à suivre, tout en étant abordable et agréable à goûter. La SAQ offrira bientôt le Cabernet Sauvignon, Reserva de cette maison, ainsi que les deux cuvées de luxe de la maison, le Liguai (50$) et le Quelen (65$). J’ai eu la chance de goûter ces deux vins et ils sont très bons. Le Quelen m’est apparu comme très original, probablement à cause de sa très forte proportion de Petit Verdot (45%). À suivre.



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mardi 23 novembre 2010

GRAN RESERVA BLEND, 2007, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


Ce 2007 n’est que le quatrième millésime de cette cuvée, et pour avoir goûté les trois premiers, il s’agit déjà d’un de mes rouges chiliens favoris. Ceci dit, lors de la dégustation “Vins du Chili”, tenue en septembre dernier. J’avais pu goûter à ce vin, et il m’avait alors laissé perplexe. En fait, il avait plutôt mal paru en me laissant une impression de verdeur inquiétante en bouche. J’ai donc décidé d’en acheter une seule bouteille pour me faire une meilleure idée de sa qualité et pour savoir si ce serait une bonne idée d’en acheter plusieurs autres. Encore une fois avec ce 2007, le vin est un assemblage dans toute la force du terme. Il est composé de pas moins de six cépages où la Syrah (21%) vient d’une certaine façon remplacer le Merlot dans ce mélange comprenant tout le reste de l’arsenal bordelais: Cabernet Franc (22%), Cabernet Sauvignon (20%), Malbec (20%), Carmenère (11%) et Petit Verdot (6%). Il est intéressant de noter l’ordre dans lequel ces différents cépages ont été vendangés. D’abord le Malbec au début d’avril, suivi de la Syrah, du Cabernet Sauvignon, du Cabernet Franc, du Carmenère dans la deuxième semaine de mai, et finalement le Petit Verdot. L’élevage a lieu en barriques de chêne français et américain pendant 16 mois. Le titre alcoolique est sous contrôle à 14%, pour un faible pH de 3.53.

La robe est d’encre, d’une parfaite opacité. Le nez est marqué de l’empreinte de jeunesse d’un fruité aux notes végétales fraîches (cassis, groseille, menthol). À cela s’ajoute de la cerise, des épices douces, de la violette, du tabac, ainsi qu’une légère touche de poivron vert et un brin de torréfaction. Très beau nez de très jeune vin, complexe, avec une superbe qualité d’arômes. En bouche, on retrouve un vin très intense, aux saveurs fruitées vives, à la structure ferme et assez compacte. Un trait d’amertume sous-jacent parvient à absorber un peu de l’intensité fruitée. Le boisé de jeunesse est bien présent et un peu appuyé à ce stade précoce de développement. En milieu de bouche, la puissance des saveurs ne se dément pas, le niveau de concentration est élevé, mais le tout ne paraît jamais lourd. Les tanins sont denses, et gagnent en poigne à mesure qu’on se rapproche de la finale longue et explosive.

Superbe jeune vin où je n’ai pas retrouvé de caractère vert affirmé. Honnêtement, je ne vois pas ce que ce vin a à envier aux gros noms chiliens décorés de grosses notes des revues américaines et vendus trois à quatre fois son prix. Pour bien juger ce vin, il faut tenter d’oublier qu’il est vendu pour seulement 26.75$. Il faut aussi tenter de s’imaginer ce qu’il sera dans 10 ans. Je pense en connaître un peu sur le potentiel d’évolution des rouges chiliens, et celui-ci me semble rempli des plus belles promesses. Un candidat de premier plan à la métamorphose gracieuse. J’ai donc profité de la promo “carte cadeau” du week-end dernier pour en acheter une bonne quantité. Toutefois, ce ne fut pas sans mal. À la première succursale visitée, les 12 bouteilles en inventaire étaient toutes réservées. C’est là une pratique très frustrante. J’ai tenté ma chance dans une autre succursale, pour finalement me rendre compte que le conseiller gardait le vin dans l’arrière-boutique. Il ne semblait d’ailleurs pas très content que je décime son inventaire. Pourquoi ce jeu de cachette lors d’une promo?



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mardi 2 novembre 2010

CABERNET SAUVIGNON, ANTIGUAS RESERVAS, 1989, ALTO MAIPO, COUSINO MACUL



Vendredi soir passé, à l’invitation de mes amis Pierrette et Jules, j’ai participé à une dégustation de vins du Chili tenus avec leur fille et des amis de dégustation de St-Jean-sur-Richelieu. Leur salle de dégustation est un superbe endroit pour déguster, et comme toujours avec eux, tout s’est passé sous le signe du plaisir, de la convivialité et de la simplicité. Je reviendrai plus tard avec mes impressions complètes de cette très belle soirée. Toutefois, j’avais gardé ce qu’il restait des vins après la dégustation, environ le quart des volumes originaux. Depuis vendredi, je revisite ces vins par curiosité, et aujourd’hui, c’était au tour du plus vieux du lot. Je n’avais pas de grandes attentes pour un vin si vieux exposé à l’air au fond d’une bouteille depuis quatre jours. Même si à mon avis ce vin n’avait pas obtenu tout le crédit qu’il méritait vendredi passé, à cause d’une légère composante d’acidité volatile (acide acétique, vinaigre), qui rappelait le ketchup au nez. Mais la bouche pour moi était déjà belle. Toujours est-il que ces jours d’exposition à l’air on fait disparaître cette acidité volatile, et le vin m’est aujourd’hui apparu sous un jour des plus favorable. Cela m’a beaucoup surpris, car j’ai toujours peur de l’effet de l’oxygène sur les vins d’un certain âge. C’est pourquoi j’avais jugé qu’il valait mieux ne pas le passer en carafe avant le service lors de la dégustation officielle, et encore moins l’ouvrir quatre jours avant le service avec une bonne exposition à l’air. Voici donc mes impressions de ce vin en ce bel après-midi d’automne où j’ai la chance d’être en congé après une période intense au travail.

La robe est de couleur encore assez soutenue, même si bien translucide et légèrement tuilée. Le nez est tout en retenue et en finesse, et montre clairement un profil évolué, même si on y retrouve encore une bonne dose de fruit. Ce fruit transformé par le temps est accompagné de notes de thé, de bois de cèdre, et d’épices exotiques. En bouche, l’attaque est encore bien soutenue, harmonieuse et suave, avec un bel équilibre d’ensemble. Le fruit évolué domine la palette des saveurs, bien soutenu par une douce acidité et un fin trait d’amertume. En milieu de bouche le vin est simplement superbe, tout en subtilité et en nuance, mais avec tout de même une belle tenue. C’est un vin fin et délicat, au profil évolué, qui coule sans effort, tout en procurant ce plaisir particulier que seuls les vins qui ont bien vieilli peuvent donner. La finale maintient le cap, avec des saveurs qui s’y fondent à merveille, sur une persistance de bon niveau.

Quand on pense en connaître un peu sur le vin, celui-ci semble toujours trouver un moyen de nous surprendre. Il semble toujours trouver le moyen de défaire nos idées toutes faites, en nous montrant son caractère unique et évolutif. C’est en plein ce que cet “Antiguas Reservas” a réussi à faire pour moi. Dépouillé de son acidité volatile, tout en conservant le reste de son profil. Il s’est révélé à mes sens sous un jour encore meilleur. C’est un très beau vin dans l’absolu, mais quand on pense qu’il a été payé autour de 10$ la bouteille, cette qualité est simplement renversante. D’ailleurs, je remercie ici son propriétaire, un certain Jaco, pour l’offrande qu’il nous a permis d’ouvrir malgré le fait qu’il ne pouvait être présent pour la dégustation. J’ai acheté huit bouteilles de la cuvée 2008 de ce vin lors de la dernière promo 10% sur les vins du Chili. Avec un rabais supplémentaire de 2.50$ au col des bouteilles, j’ai payé un peu moins de 14$ l'unité. Même si le Antiguas d’aujourd’hui n’est pas le même que celui d’il y a 20 ans, j’ai confiance pour la suite des choses. De toute façon, la plupart des vins élaborés aujourd’hui le sont d’une manière différente de ce qui prévalait il a 20 ans. Ceci dit, l’expérience que m’a donné cette bouteille de 1989 me convainc d’être encore patient avec mes deux bouteilles de 1996 que j’avais achetées à mes tout débuts comme amateur de vin un peu plus sérieux. Je dis bien un peu plus sérieux, car encore aujourd’hui je ne suis pas un amateur de vin vraiment sérieux, c’est probablement pourquoi je continue de mettre des “Antiguas Reservas” de côté, malgré tout...



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mardi 5 octobre 2010

CABERNET SAUVIGNON, ZARDOZ, 2007, MAIPO, VINA INDOMITA


À l’inverse de plusieurs producteurs chiliens de la vallée centrale qui produisent des blancs et du Pinot Noir issus de vignobles satellites dans la région fraîche de Casablanca. Vina Indomita est installé dans la vallée de Casablanca, mais a un vignoble dans Maipo pour ses rouges de cépages bordelais. Ce Zardoz est le vin “icône” de la maison. Il s’agit en fait d’un assemblage contenant, en plus du Cabernet Sauvignon, 10% de l’emblématique Carmenère. Pour le reste, je n’ai pu trouver de détails sur l’élaboration de cette cuvée, ni sur la location exacte du vignoble dans Maipo. Ce vin a été offert initialement par la SAQ via le Courrier Vinicole. Malgré les très bons commentaires qu’il y avait dans le catalogue du CV, les stocks disponibles ne se sont pas complètement vendus, si bien que le vin vient d’apparaître dans quelques succursales.

La robe est opaque et bien sombre. Le nez est surprenant et ne fait pas Cab de Maipo, sans cassis, ni menthol évidents. Pour moi, il se rapproche plus du genre international ou on aurait de la difficulté à distinguer entre un bordeaux de style moderne, ou bien Cali Cab modéré. Ce n’est qu’une impression, mais toujours est-il que j’y ai perçu en dominante du fruit noir de très belle qualité, et un arôme de café bien affirmé. Pour compléter l’ensemble, on retrouve des notes de pâtisserie doucement épicées. Un nez de vin jeune très agréable, avec de l’éclat et un bel équilibre entre le fruit et les notes boisées de qualité . La bouche quant à elle est marquée d’entrée au sceau de la souplesse. Le vin montre un bon volume et tapisse agréablement la bouche de ses saveurs de doux fruits noirs épicés. Un trait d’amertume bien dosé vient contenir la douceur de l’ensemble. Le milieu de bouche révèle un vin toujours aussi souple, montrant un niveau de concentration supérieur, du volume et des saveurs intenses. La finale n’est pas en reste, les saveurs y montent d’un cran en intensité, et se fondent admirablement sur une allonge de fort calibre.

Que dire de plus sinon que j’ai adoré ce vin. C’est un vin qui donne déjà beaucoup de plaisir dans son état actuel. Bien sûr, pour prendre son pied avec ce vin il ne faut pas être pris dans les méandres de l’idéologie stylistique. Ce n’est pas un vin pour les talibans de la bouteille!!!! Ici au Québec, ce genre de zélés, avec ce type de vin, ont rapidement le mot “guidoune” aux lèvres. Un équivalent québécois de péripatéticienne. C’est vrai, ce Zardoz est un vin qui donne un plaisir immédiat et voluptueux. C’est un vin qui a de la douceur et des courbes, et qui ne semble pas en avoir honte. Ce n’est donc pas un vin intellectuel. Il n’y a pas de fantasmes à y projeter, le plaisir est là, à prendre, simplement. Ceci dit, c’est aussi un vin possédant un bon potentiel d’évolution. La matière est généreuse et la qualité palpable. C’est pour moi le type de vin où on ne pourra parler de bonification, mais plutôt d’évolution, ou de transformation. Il est déjà très bon dans sa livrée de jeunesse, mais selon moi, le temps saura le transformer en une version aux formes et aux teintes plus subtiles. Je suis de ceux qui pensent qu’il est possible d’apprécier l’évidence et la subtilité. Il faut juste éviter le sectarisme, et ouvrir la bonne bouteille au bon moment. Alors quand vous serez dans un état favorable aux plaisirs faciles, ouvrez ce vin. Dans quelques années, lorsque vous serez dans un état plus méditatif, vous pourrez ouvrir la même bouteille en y trouvant aussi votre compte. C’est là un des avantages de certains vins, et je pense que ce Zardoz en fait partie. Belle découverte et prix avantageux.



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vendredi 17 septembre 2010

CABERNET SAUVIGNON, PENALOLEN, 2007, ALTO MAIPO, VINA QUEBRADA DE MACUL


Vina Quebrada de Macul est un des meilleurs producteurs de vins de Cabernet Sauvignon au Chili. Il est situé sur le meilleur terroir à Cabernet du pays, l’Alto Maipo, et sa cuvée Domus Aurea est probablement le meilleur Cabernet chilien qu’il m’ait été donné de déguster. Le second vin de la maison, le Stella Aurea, n’est pas très loin derrière en terme de qualité, et à la moitié du pris du Domus, il est à ranger parmi les bons RQP parmi les vins de grande qualité issus de cette région. Pour ce qui est de cette cuvée Penalolen, il s’agit en quelque sorte du troisième vin de la maison. Bien sûr, il n’a pas l’ambition qualitative de ses deux aînés, même s’il provient du même vignoble que ceux-ci. Toutefois, selon mon expérience, ce type de vin a généralement moins de concentration, d’extraction, et de bois, mais conserve bien la “typicité” aromatique du cépage et du terroir. Bien que le vin s’affiche comme Cabernet Sauvignon, comme le permettent les règles au Chili. Il s’agit en fait d’un assemblage de Cabernet Sauvignon (85%), complété par du Cabernet Franc (7%), du Merlot (6%), et du Petit Verdot (2%). Le vin a été élevé 12 mois en barriques de chêne français d’âge indéterminé. La note de dégustation qui suit reflète ce que donnait le vin le jour de l’ouverture. J’ai bu la deuxième moitié, gardée en demi-bouteille au frigo, trois jours plus tard. J’y reviendrai.

Le nez est d’expression modérée et exhale des arômes de fruits noirs, de terre humide, de bois de cèdre et de chocolat noir, le tout complété par une touche de menthol. Un peu austère comme nez et très typé par son cépage dominant. En bouche, le caractère austère perçu au nez se reflète bien. Le vin est de structure bien compacte, avec une texture tannique plutôt rugueuse. Le fruit est bien présent, mais sombre et sans douceur, aidé en cela par une amertume tannique très appuyée. En milieu de bouche, on peut dénoter passablement de matière, mais avec toujours ce caractère sévère marqué par une amertume sous-jacente. La finale ne se fait pas plus souriante, mais si elle montre une bonne intensité et de la longueur, avec toujours cette amertume marquée.

Le jour de l’ouverture, ce vin m’a laissé totalement perplexe. Pour l’apprécier sous cette forme, il faut aimer les vins très tanniques, un peu rugueux et dénués de douceur. Personnellement, dans cet état, il ne m’a pas vraiment plu. Le fameux équilibre si nécessaire aux bons vins n’était pas au rendez-vous. Toutefois, la deuxième moitié dégustée trois jours plus tard était bien meilleure. La caractère amer trop appuyé qui m’avait déplu la première journée c’était sensiblement atténué. Le vin se montrait plus souple, et les autres saveurs, libérées de cette amertume, ressortaient avec plus d’acuité. Le vin dans son ensemble semblait plus équilibré. J’avais acheté six bouteills de ce vin, et après la première journée, je pensais retourner les restantes. Mais la façon dont se présentait le vin ensuite m’a fait changer d’idée. Je pense que c’est un vin où le temps en bouteille est nécessaire, et ce, malgré son statut modeste. Le type de vin rébarbatif en prime jeunesse qui pousse à parler de bonification si l’issue de la garde est positive. Bien sûr, malgré tout, rien n’est assuré pour l’avenir de ce vin. Mais j’ai un bon sentiment. De plus, comme c’est rare que des vins chiliens soient aussi tanniques et amers en jeunesse. La garde de ce vin sera intéressante et représentera une expérience différente pour moi. Au prix demandé pour ce vin (15.95$), c’est un risque très abordable.


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samedi 28 août 2010

CABERNET SAUVIGNON, 2001, MAIPO, ARBOLEDA



Petit vendredi soir tranquille après une grosse semaine au travail. Je décide de m’ouvrir un Cabernet de Maipo avec un peu d’âge. Je n’ai pas encore assez de ces vins pour en ouvrir aussi souvent que je le voudrais. Toutefois, ces dernières années j’ai acheté en grandes quantités ce type de vins, dans le but justement de pouvoir un jour en ouvrir plus fréquemment, sans arrière-pensées. Il faut dire que pour moi les Cabernets de Maipo de ce genre on fait leurs preuves pour la moyenne garde. Je ne compte plus les beaux moments que m’ont donné des vins comme le “Medalla Real” de Santa Rita, l’”Antiguas Reservas” de Cousino Macul, le “Reserva de Familia” de Santa Carolina, ou encore la cuvée “Gran Reserva” de Tarapaca. Dans ce cas-ci, contrairement aux exemples ci-haut mentionnés, il s’agit d’un vin sans tradition. Une cuvée des premières années de Arboleda qui n’avait alors pas ses propres vignobles. Pour compenser, on pigeait ici et là dans les vignobles du groupe Errazuriz/Chadwick. Aujourd’hui, ce vin est élaboré à partir des nouveaux vignobles de cette “boutique winery” situés au coeur de la vallée d’Aconcagua. Il ne faut donc pas confondre le vin de Maipo dont il est question ici avec celui du même nom actuellement offert à la SAQ. Ils proviennent de deux terroirs différents.

La robe est encore foncée, bien que légèrement translucide. Elle ne montre pas de signe évident d’évolution. Le nez quant à lui révèle un très beau profil de Cab saisit à un moment très heureux de son évolution. C’est vraiment très beau, à la fois délicat et complexe, avec un profil où le fruit domine encore, mais où tous les éléments ont été altérés au fil du temps. En ce sens, c’est un profil que je qualifierais de “évolué-jeune”, bien que de façon plus classique certains diraient plutôt un profil secondaire. Comme je le disais, c’est encore le fruit qui tient l’avant-scène, mais ce n’est plus le fruité de jeunesse, même chose pour les subtiles notes boisées. Malheureusement, il est impossible pour moi de mettre cette différence clairement en mots. Par exemple, le nez montre du fruit rouge se rapprochant pour moi de la cerise, mais je ne peux verbaliser la différence entre cerise jeune et cerise évoluée. Toujours est-il qu’en plus de la cerise, on retrouve aussi des notes de bois de cèdre, de terre humide, de menthol, de vanille, ainsi qu’un léger aspect torréfié. En bouche, on retrouve un vin où le caractère fondu se révèle dès le départ. C’est souple, soyeux et délicat. Tout se passe en douceur. La palette de saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez, avec toujours ce caractère “évolué-jeune” évoqué plus tôt. Le milieu de bouche montre un bel équilibre, avec des proportions bien ajustées. Le vin a encore du corps et un bon tonus, mais rien ne semble excessif. Les angles sont arrondis et le tout coule facilement avec beaucoup de plaisir. La finale poursuit dans la veine de la finesse et de l’harmonie, avec une bonne longueur aux rémanences finement amères de chocolat noir.

L’ouverture d’une bouteille de ce genre me réconforte dans la validité de ma démarche en matière de garde. Une démarche que je pourrais qualifier d’inorthodoxe, même si certains pourraient plutôt y voir une forme obstinée de snobisme inversé. Sincèrement, j’ai trouvé ce vin excellent, fidèle à l’idée que je me fait d’un bon Cab de Maipo d’une dizaine d’année. Un vin ayant perdu une bonne partie de sa “typicité” chilienne de prime jeunesse, pour laisser la place aux vertus de ce cépage lorsque le temps a pu y appliquer modérément sa patine. Un vin entre deux âges donc, dont le caractère particulier est très difficile à mettre en mots. Un vin encore en parfaite forme, qui n’a pas entrepris un quelconque déclin, mais montrant un profil que seul le temps en bouteille peut procurer. Quand je pense que j’ai payé ce vin 17.95$ il y a 5 ans. La beauté de la chose, c’est que les prix des Cabs de Maipo de ce niveau sont stables. Pas d’inflation démesurée à la bordelaise, ni de prix gonflés aux gros scores des critiques américains. En fait, depuis 12 ans que je m’intéresse plus sérieusement au vin, le prix de ce type de cuvées chiliennes n’a pas bougé. L’acheteur avisé peut se procurer de réels bijoux dans la gamme 15-20$. Des vins étonnamment civilisés, propres, sans excès d’extraction, de concentration ou de boisé. Des vins où on ne cherche pas à en faire beaucoup dans le but d’impressionner. Ironiquement, c’est ce manque de grandes ambitions qui semble jouer en leur faveur. Le genre de vin pour qui veut être charmé, plutôt qu’impressionné.


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samedi 26 juin 2010

CABERNET SAUVIGNON, MARQUES DE CASA CONCHA, 2003, ALTO MAIPO, CONCHA Y TORO


Les bons vins de Cabernet Sauvignon de l’Alto Maipo, de type Reserva, sont à mon avis des vins de garde sous-estimés. Ils montrent dans leur jeunesse cette fameuse “typicité” qui en fait de réels vins de terroir, exprimant clairement le lieu d’où ils proviennent. Alors qu’avec l’âge, ils perdent graduellement cette “typicité” du lieu, pour se recentrer sur un profil classique de Cabernet évolué, ce qui en fait alors des alternatives très abordables à des bordeaux de la rive gauche ou des CaliCabs de bon niveau, vendus beaucoup plus chers. Pour ce qui du vin dont il est question ici, il provient du même vignoble que le réputé Don Melchor. En ce sens, on pourrait le qualifier de second vin. Il est moins concentré et moins boisé que son grand frère, mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Ce vin m’avait beaucoup impressionné en jeunesse, tellement que j’en avais alors acheté une caisse pour évaluer son potentiel de garde. Cette bouteille est la deuxième de douze. Le vin a été dégusté sur trois jours, la seconde moitié ayant été conservée deux jours en demi-bouteille pleine. Le vin a très bien tenu, et m’a même semblé un peu mieux équilibré en seconde moitié.

La robe est toujours bien foncée et opaque. Superbe nez de Cabernet en début d’évolution, complexe, avec des arômes de cassis, de cerises, de terre humide, de menthol, de bois de cèdre, de thé, d’épices douces et de chocolat noir. En bouche, le vin est encore plein de vivacité, avec un fruité noir très intense, amalgamé à de subtiles notes terreuses d’évolution, et appuyé sur une solide base d’amertume. Un brin d’épices douces du boisé de prime jeunesse persiste et vient enrichir le mélange de saveurs. Le milieu de bouche montre un vin qui a commencé à s’affiner en perdant un peu de sa rondeur et de son gras de jeunesse, et montrant maintenant un profil plus dense et compact. Le corps est moyen, avec un bon niveau de concentration et une trame tannique à la fois souple et affirmée. La finale voit l’intensité monter d’un cran sur un heureux mariage des saveurs et une persistance de très bon calibre.

Je ne peux pas dire que ce vin m’a surpris, car j’avais des attentes assez élevées. En fait, il m’a donné en plein ce que j’en attendais à ce stade, c’est–dire un vin qui a conservé une bonne partie de sa vigueur de jeunesse, mais qui commence lentement à s’affiner, et à développer des arômes d’évolution. À mon goût, le point idéal d’évolution n’est pas encore atteint. Il lui faudra facilement cinq autres années de garde pour l’atteindre. Avec mes dix bouteilles restantes, j’aurai tout le loisir de vérifier cela. C’est d’ailleurs la beauté de ce genre de vin de garde au RQP exceptionnel. On peut renouveler l’expérience plusieurs fois dans le temps, et vraiment suivre le vin dans sa transformation.


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jeudi 20 mai 2010

CABERNET SAUVIGNON, CHONO, RESERVA, 2007, MAIPO, GEO WINES


Ceux qui lisent régulièrement ce blogue savent comment j’ai aimé la Syrah de ce producteur, avec deux caisses achetées en importation privée. Cette fois, la SAQ offre directement un vin de la gamme Chono, soit le Cabernet Sauvignon. Reserva, provenant du terroir de prédilection pour ce cépage au Chili, soit la vallée de Maipo. Le réputé oenologue et apôtre de la biodynamie, Alvaro Espinoza supervise l’élaboration de ce vin.

La robe est foncée, bien que très légèrement translucide. Le nez est relativement discret pour un jeune Cab de cette origine. Il donne une impression de délicatesse avec des arômes de fruits noirs et rouges, de bois de cèdre, de menthol, de fumée et de terre humide. Le tout est complété par un subtil apport boisé évoquant les épices douces et le chocolat noir. En bouche, on retrouve un vin de corps moyen, déployant une belle matière ample et équilibrée, avec à l’avant-plan un fruité vibrant et intense, balancé par un trait d’amertume. De fines et agréables notes de bois de cèdre, d’épices douces et de fumée viennent compléter l’ensemble de belle façon. Le milieu de bouche met en évidence un équilibre impeccable, avec des proportions bien ajustées entres les divers éléments. La structure est somme toute assez compacte, sur une texture tannique sans aspérités. C’est un vin savoureux qui coule facilement et se laisse boire. La finale est harmonieuse, avec un sursaut d’intensité, sur une longueur de bon calibre.

Deux en deux en ce qui me concerne avec les vins de Chono. Celui-ci est très bon, et fait particulier, il m’a rappelé les bons vieux “Antiguas Reservas” de Cousino Macul, des années 90, alors que je découvrais ce qui était alors l’unique force du Chili, soit les Cabs de Maipo. Un vin tout en finesse, qui joue à fond la carte aromatique, mais qui possède suffisamment de matière pour être pleinement satisfaisant. Comme dans le cas de la Syrah du même producteur, l’extraction et l’influence boisée sont modérées. Il semble que l’idée derrière cette gamme est de rendre compte de cépage et du terroir dont il est issu, avec juste une touche de bois pour compléter l’ensemble. Par rapport à d’autres Cabs de Maipo, comme le Marques de Casa Concha, ou le Medalla Real, qui sont plus massifs en prime jeunesse, ce vin me semble une belle alternative pour qui recherche plus de “buvabilité” dans un jeune Cabernet Reserva de cette région.

 
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vendredi 7 mai 2010

CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2007, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA



Le Cabernet Medalla Real est un de mes classiques chiliens, un des vins qui, il y a une dizaine d’années, a retenu mon attention et m’a incité à vouloir mieux connaître les vins de ce pays. C’est pour moi l’archétype de Cabernet Reserva de l’Alto Maipo. Un vin juste un peu moins concentré que les super-premiums de cette région, incluant son grand frère, le Casa Real, mais en possédant toutes les qualités aromatiques, et surtout, qui est vendu pour une fraction du prix. Un vin démonstratif en jeunesse, marqué par le bois, et possédant une vive typicité Maipo, mais un vin qui se transforme de façon étonnante avec l’âge pour se rapprocher du profil bordelais classique. J’ai vu nombre de bordeauphiles confondus par une bouteille de ce vin montrant 8 à 10 ans d’âge. Voici donc mes impressions à propos de ce très jeune 2007.

La robe est sombre et opaque. Le nez d’intensité modérée est typique d’un jeune Cabernet de cette région avec ses arômes de cassis et de mûre, complétés par des notes de terre humide, de bois de cèdre et de menthol. L’élevage en barrique se manifeste par une touche de caramel et un très léger aspect torréfié. En bouche, l’attaque est pleine, ample et bien équilibrée. Le fruité noir intense montre un bel éclat, bien appuyé sur une solide base d’amertume. Le vin a de la présence et un bon niveau de concentration, sur un volume contenu. Les tanins sont bien présents, avec une belle texture velouté. Toutefois, en finale, ils montrent un peu plus de poigne, avec des saveurs qui gagnent en intensité. La longueur est de bon calibre, avec un retour des notes de caramel et de chocolat à la toute fin.

Ce vin ne fut pas une surprise pour moi, car je savais à quoi m’attendre, et je n’ai pas été déçu. Le niveau de qualité est toujours élevé, avec le même style en prime jeunesse. Il est quand même incroyable de penser que le prix de ce vin est demeuré à peu près le même depuis mes premiers achats il y a 10 ans. Quand on pense à l’inflation du prix des vins de Bordeaux dans la dernière décennie. Je ne saurais trop recommander l’achat de ce vin. C’est un RQP incroyable à moins de 20$, et c’est un vin à l’historique de garde établi. Le genre de vin de moyenne garde, de prix abordable, dont on peut facilement acheter une caisse et qui donnera un beau vin de Cabernet au profil évolué, à boire à chaque année entre environ 7 et 15 ans d’âge.

mardi 13 avril 2010

CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2006, ALTO MAIPO, NATIVA


Ce vin est un bel exemple du caractère dynamique de la scène vinicole du Chili. Il a été élaboré en 2006 par Vina Carmen, qui possédait alors une gamme de vins biologiques appelée Nativa. Cette gamme de vins bios , la première du Chili, avait été créée en 1995 par un Alvaro Espinoza alors à l’emploi de Vina Carmen. Toutefois, avant la mise en marché de ce 2006, Nativa est devenue une compagnie autonome qui fait maintenant partie du groupe Santa Rita, comme c’est le cas aussi de Vina Carmen. Réorganisation corporative donc, mais qui montre bien l’intérêt croissant pour le bio. Pour ce qui est du vin, ce qui est amusant, c’est qu’il n’y a aucune mention de Carmen sur l’étiquette, mais le bouchon, lui, est bien identifié à ce producteur. Nativa dans sa nouvelle mouture a étendu son offre de vins, et le gamme Gran Reserva est située au haut de la hiérarchie. Il a été élevé en barriques de chêne français pendant 14 à 18 mois, selon les lots. Le vin titre à 14% d’alcool pour un pH de 3.5.

La robe est très sombre, impénétrable. Le nez est bien calibré au niveau de l’intensité et exhale un beau mélange d’arômes, avec le fruit noir à l’avant-plan, mais bien accompagné par des arômes de goudron, de bois de cèdre, de terre humide, de menthol, d’épices douces, ainsi qu’une fugitive touche de noix de coco et un brin de torréfaction. Bien sûr, tous ces arômes ne se présentaient pas en même temps dans ce nez changeant qui a très bien évolué sur une période de 12 heures. En bouche, on retrouve un vin montrant un bel équilibre. La matière est ample, riche et veloutée, et met parfaitement en valeur de belles saveurs de fruits noirs matinées de notes cacaotées et épicées. Le niveau de concentration est clairement supérieur, ce qui donne une belle présence en milieu de bouche, sur un bon volume. Toutefois, même si c’est un vin avec de la matière, celui-ci coule aisément, sans impression de lourdeur. La finale voit l’amertume cacaotée gagner un peu en importance, mais le généreux fruit l’absorbe bien, et ces saveurs fusionnées persistent un très long moment avant de s’éteindre complètement.

Je pense depuis un bon moment déjà que la région du Haut Maipo est la meilleure au monde pour produire des vins de Cabernet Sauvignon de très grande qualité, à prix imbattables, et ce Gran Reserva de Nativa en est une autre preuve éloquente. Ce vin est encore bien jeune, et l’empreinte boisée est encore assez marquée, mais la qualité supérieure est évidente. Personnellement, j’aime bien les jeunes Cabs de ce genre, même si je sais que selon mes goûts, le meilleur reste encore à venir. C’est la beauté des Cabernets de cette région. Ils sont de prix si abordables (19.95$), qu’on peut les suivre sans remords à tous les stades de leur évolution. En prime, avec ce vin, il y a le fait qu’il est élaboré avec des raisins de culture biologique. Je ne suis pas de ceux qui pensent que les vins bios sont nécessairement meilleurs, mais je suis pour ce type de culture quand les conditions le permettent. Le Chili, a la chance d’être une des régions où les conditions sont les plus favorables pour la culture biologique de la vigne. Il devrait continuer de miser sur cet avantage, autant pour les vertus intrinsèques de l’agriculture biologique, que pour améliorer l’image globale de ses vins.


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mercredi 3 mars 2010

GRAN RESERVA BLEND, 2006, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


Voici le troisième millésime de ce vin qui m’avait surpris et intrigué dans sa version 2004, et dont le millésime 2005 m’avait complètement charmé. J’ai pu rapidement goûter ce 2006 l’automne dernier lors d’une dégustation de “Vins du Chili” tenue à Montréal. J’avais alors bien apprécié ce vin, mais ce court exercice n’est pas comparable à la dégustation sur une longue période d’une bouteille entière. Dans sa version 2006, ce vin continue de pratiquer l’assemblage dans toute la force du terme. Il est constitué cette fois-ci de Cabernet Sauvignon (31%), de Carmenère (27%), de Syrah (18%), de Malbec, (12%), de Cabernet Franc (9%), et de Petit Verdot (3%). Un assemblage presque totalement bordelais, où on a décidé de remplacer un cépage relativement faible au Chili, le Merlot, par un cépage clairement fort, la Syrah, mais qui n’est pas bordelais. Le vin est issu de vignes qui avaient 9 ans d’âge, et dont le rendement était limité à environ 35 hl/ha. Vendange manuelle, égrappage complet et macération à froid pendant 5 jours précèdent la FA. Tous les mouvements de liquide se font par gravité, sans pompage. Le vin a été élevé 14 mois en barriques de chêne français, avant d’être légèrement collé et filtré. Titre alcoolique de 14.2% et pH de 3.60.

La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez montre une intensité bien mesurée, et exhale des arômes fruités de très belle qualité, avec de la cerise et du cassis, complétés par des notes évoquant la réglisse et la terre humide. À cela s’ajoute une fine touche torréfiée de café. Beau nez de jeune vin, où la classe est facilement perceptible. En bouche, on retrouve un vin à la structure dense, doté d’une solide acidité, d’une fine trame tannique tissée bien serré et qui exprime ses saveurs avec beaucoup d’intensité. Le milieu de bouche permet de jauger le haut niveau de concentration et toute la richesse de la matière, avec un fruité vibrant, supporté par une fine dose d’amertume, et bien complété par un juste apport boisé. La finale est à la hauteur de la grande classe de ce vin, harmonieuse, même si un peu sévère pour le moment, et montrant une longueur de fort calibre.

L’adage dit jamais deux sans trois, et la cuvée 2006 de cet assemblage vient le confirmer. Ce vin est d’un très haut niveau. Il est aussi très jeune et possède un énorme potentiel de garde. Il peut rivaliser avec tous les Almaviva et Clos Apalta issus de ce pays, mais vendus pour quatre fois plus cher, et même plus. Je pense connaître un peu le vin chilien. J’ai déjà goûté les ténors sus-mentionnés, et bien d’autres vins très bien cotés de ce pays, et honnêtement, je ne peux m’expliquer que ce vin ne soit pas aussi bien coté que ceux-ci. Dire qu’on accuse Jay Miller de coté trop haut. Pas dans ce cas-ci avec son 90. Ce faisant, il place ce vin sur le même pied, par exemple, qu'un assemblage rouge TRIO de Concha y Toro. Une véritable farce, et une autre preuve, à mon avis, du ridicule du système des notes sur 100 points. Une autre preuve aussi, que même au Chili la réputation compte maintenant pour obtenir des gros scores. En un sens, je suis désolé pour Vina Chocalan pour ce manque de reconnaissance. C’est dans mon esprit une claire injustice, mais comme acheteur, je ne peux que me réjouir, car j’ai accès à un des meilleurs vins chiliens pour un prix d’aubaine (27$). Finalement, pour en revenir à ce qui compte, c’est-à-dire ce superbe vin. Oubliez les 18% de Syrah dans la composition, je ne l’ai pas perçu. Ce que l’on obtient, c’est un vin typique des jeunes assemblages de cépages bordelais issus du Chili. Le vin est déjà approchable, mais il gagnera en raffinement avec le temps et évoluera favorablement au cours des 20 prochaines années. Ce vin est passé en coup de vent cet hiver aux succursales Signature de la SAQ. Un vin digne du centième message que je publie sur ce blogue.

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mardi 2 février 2010

CABERNET SAUVIGNON, RESERVE, 2007, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


Après la Syrah, un autre vin de Vina Chocalan, avec cette fois le Cabernet Sauvignon. Ce vin est en fait un assemblage qui contient aussi 10% de Cabernet Franc. Il est issu de vignes de 10 ans d’âge, cultivées sur la pente d’une colline au sol granitique, et dont le rendement est limité à 45 hl/ha. La vendange est manuelle, et le vinification est effectué dans un chai à écoulement par gravité. FML et élevage d’un an en barriques de chêne français. Le vin est légèrement collé et filtré, et montre un titre alcoolique de 14.5% sur un pH de 3.62..

La robe est foncée et opaque. Au niveau olfactif, l’expression est modérée avec des arômes de fruits noirs de très belle qualité, une légère touche florale, un brin d’épices douces et un léger trait torréfié. Un nez au fruité de belle qualité, où l’influence boisée est minimale. En bouche, l’attaque est équilibrée, pleine et solide, avec une présence fruitée très intense et une base d’amertume solide. Bonne concentration en milieu de bouche, avec une bonne acidité et une matière dense. La structure structure est plutôt compacte et assez ferme, avec une poigne tannique qui se resserre en finale. Finale de bonne longueur avec une amertume chocolatée qui gagne en importance à la toute fin.

Un autre très beau et très jeune vin de Vina Chocalan. Il m’est apparu un peu plus abordable que la Syrah à ce stade précoce de son évolution, mais le meilleur est définitivement à venir. Son profil aromatique le distingue clairement de ses contreparties plus connues du reste de la grande région de Maipo. L’effet du terroir différent de Maipo Costa est palpable, en particulier avec l’absence d’arômes de cassis et de menthol que j’associe aux jeunes Cabs des zones plus traditionnelles de Maipo. Beau vin donc, plein de potentiel pour une garde d’au moins 5 à 7 ans, et un bon achat, même au prix IP de 19.30$.

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mardi 26 janvier 2010

SYRAH, RESERVE, 2007, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN




Vina Chocalan est un nom encore peu connu au Québec, même si son meilleur vin rouge, l’assemblage, Gran Reserva, a été offert en faible quantité lors de ses trois premiers millésimes, commençant avec le 2004. Le 2006 vient de disparaître des succursales Signature de la SAQ en un rien de temps. J’ai pu me procurer ce vin de Syrah, par le biais de l’importation privée. C’est un 100% Syrah, issu de vignes de 11 ans d’âge dont le rendement est limité à environ 40 hl/ha. Les vendanges sont manuelles avec égrappage et macération à froid pendant 5 jours. Il n’y a pas de pompage, tous les transferts se font par gravité. La FML et un élevage de 12 mois ont lieu en barriques de chêne, divisées à parts égales entre le bois français et américain, et dont la moitié sont neuves et l’autre moitié de second usage. Le vin est collé et filtré et titre à 14% d’alcool pour un pH de 3.75.

La robe est dense, sombre et opaque. Le nez est frais et bien calibré. Il dégage de beaux arômes de fruits rouges et noirs, de poivre noir, d’herbes aromatiques et d’épices douces, l’ensemble étant complété par une touche de fumée et un aspect floral évoquant la lavande. Très beau nez, fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage lorsqu’il est appelé Syrah. En bouche, l’attaque est souple et équilibrée, avec une bonne matière fruitée, appuyée sur une amertume assez marquée qui donne au vin un air un peu sévère. Les tanins très souples en attaque, gagnent du mordant en milieu de bouche, où on peut aussi constater un bon niveau de concentration, sur une structure assez compacte et assez ferme. L’équilibre se perd un peu en finale, avec l’amertume qui gagne un cran encore en intensité, sur une bonne longueur.

Beau jeune vin de Syrah, montrant un profil typique du cépage, et une bonne matière, bien qu’il soit un peu austère à ce stade initial de son évolution, surtout en fin de bouche. Les tanins ont besoin de s’assagir et le bois de mieux s’intégrer, mais le fruit de qualité est là pour pouvoir absorber tout cela avec le temps. Il me reste sept bouteilles. J’aurai donc tout le loisir de suivre son évolution. J'ai confiance. À 19.30$ la bouteille, c'est un bon achat.

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dimanche 10 janvier 2010

SYRAH, RESERVA, LIMITED EDITION, 2003, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ




Après une revue de plusieurs Chardonnays chiliens, j’ouvre ces temps-ci plusieurs vins chiliens à base de Syrah, comme le Rapsodia de Loma Larga dont je traite dans mon message précédant. Tous ces vins sont bien jeunes, donc, pour mettre un peu de perspective dans mon exercice, j’ai ouvert une Syrah de l’Alto Maipo avec un peu d’âge pour voir comment elle se présente à ce stade. Ce vin est en fait un assemblage puisqu’il contient aussi du Carmenère (5.5%) et du Cabernet Sauvignon (4%). Le vin a été élevé 14 mois en barriques de chêne. Ce n’était alors que le deuxième millésime de cette cuvée.

La robe est toujours bien sombre, mais se laisse quelque peu pénétrer par la lumière. Le nez est discret, mais révèle tout de même des arômes de fruits noirs, un brin évolués, un peu de cerises, ainsi qu’un petit côté évoquant les raisins secs. Le tout est complété par un léger aspect terreux, des notes de fumée et un soupçon d’épices douces. En bouche, c’est très beau, équilibré et surprenant de retenu. On goûte le caractère légèrement évolué teintant des saveurs fruitées de très belle qualité, amalgamées à des notes finement épicées et avec toujours ce côté légèrement terreux en arrière-plan. C’est dense, compact et bien concentré, mais sans lourdeur, ni excès. La finale poursuit dans la même veine, avec les saveurs qui se fondent encore un peu plus, sur une bonne persistance révélant un peu plus d’amertume.

Ce vin m’a enchanté en sachant allier la finesse à un bon niveau de concentration. Il m’a aussi fortement surpris, par la rapidité de son évolution. Il s’est montré sous un jour très différent de ce qu’il était en prime jeunesse. À vrai dire, le vin s’est métamorphosé, en perdant de son gras et de son volume, et en voyant sa palette aromatique se transformer du tout au tout. Disparus les arômes primaires de la jeunesse, autant au niveau du fruité que du boisé. Le fruit est toujours bien présent, l’influence boisée aussi, mais dans une moindre mesure, mais la nature de ceux-ci s’est transformée. Ce phénomène est difficile à verbaliser. Lorsque j’évoque les raisins secs et l’aspect terreux, c’est une tentative très imparfaite et incomplète de mettre des mots sur cette sensation d’évolution. J’ai ouvert cette bouteille à un moment heureux, mais franchement, je suis embêté pour ce qui est de la suite. Il me reste quatre bouteilles de ce nectar, et sa courbe d’évolution me semble rapide. Bien sûr, je pourrais me précipiter et les ouvrir toutes très rapidement, pour jouir de sa forme actuelle. Mais en même temps, je suis curieux, et un des plaisirs de la garde réside dans les chances qu’on se donne de connaître la suite. Disons que je vais probablement resserrer l’intervalle d’ouverture des bouteilles à venir et ajuster selon ce que ça donnera alors. Le côté difficilement prévisible de l’évolution du vin ne fait-il pas une partie de son charme?


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jeudi 24 décembre 2009

CHARDONNAY, MARQUES DE CASA CONCHA, 2007, PIRQUE, ALTO MAIPO, CONCHA Y TORO



Je poursuis ma série de Chardonnays chiliens en m’éloignant totalement de la côte Pacifique, pour aller complètement à l’opposé, au pied des Andes, dans l’Alto Maipo, près de Pirque. Le vignoble s’appelle Santa Isabel et il est situé dans la partie la plus élevée et la plus fraîche de cette région reconnue pour ses Cabernets. Cette cuvée reçoit année après année les louanges et les gros scores des critiques américains (WA et WS), et pourtant, ce 2007 deviendra une sorte de relique vinicole, car il s’agit du dernier millésime de ce vin produit dans sa forme actuelle. À partir du millésime 2008, cette cuvée est élaborée avec des raisins provenant de la vallée de Limari. En un sens, cela est surprenant, car avec les gros scores que recevait ce vin, on comprend mal pourquoi le producteur a décidé de changer la recette. Toutefois, d’un autre côté, ça en dit beaucoup sur le potentiel que Concha y Toro voit dans la région de Limari. Il faut dire que l’oenologue en charge des vins de la gamme Marques de Casa Concha, Marcelo Papa, croit tellement au potentiel de Limari, qu’il a convaincu ses patrons d’acheter et de planter des vignobles dans cette région, et de créer une nouvelle compagnie, dédiée à ces vins, appelée Maycas del Limari. Donc, avec ce Chardonnay de Maipo, je bois vraiment une partie de l’ancien Chili en voie d’extinction. Je le boirai avec un peu de recueillement donc.... Je l’aimais bien moi ce vin.

La robe arbore une teinte dorée. Le nez est bien calibré avec des arômes de pêches bien mûres, de citron, d’orange et de mangue, le tout étant complété par des notes de miel et d’épices douces, ainsi qu’une touche de caramel. Très beau nez sur le fruit bien mature et au boisé bien dosé. À la fois jeune et complexe. En bouche, l’attaque équilibrée, avec un brin de rondeur et une belle intensité fruitée qui se marie bien à l’aspect boisé de qualité. Le milieu de bouche montre un vin de bon volume et bien concentré, mais sans lourdeur. Ça coule facilement vers une belle finale intense, où les saveurs se fondent et persistent un long moment.

Fidèle au style mûr et savamment boisé de cette cuvée. Un vin très agréable, facile à boire. Beau dernier tour de piste. Je serais curieux de savoir ce que fait maintenant Concha y Toro avec ces vignes de Chardonnay??? Recalées dans une gamme inférieure, ou bien greffées avec du Viognier ou un cépage rouge aimant un peu de fraîcheur, comme la Syrah, le Cabernet Franc, ou le Malbec??? Une chose est sûre, l’abandon de ce vin à succès montre bien la détermination du Chili à aller de l’avant, sans trop s’émouvoir de ce qu’il laisse derrière.

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jeudi 26 novembre 2009

CABERNET SAUVIGNON, INTRIGA, 2006, MAIPO, VINA INTRIGA



Vina Intriga fait partie du groupe Montgras qui possède quatre propriétés distinctes au Chili. D’abord dans la vallée de Colchagua, Il y a l’opération de base sous étiquette Montgras, et l’opération plus haut de gamme, Ninquén. Ensuite, il y a Amaral, établi dans la région côtière de Leyda, pour la production de vins blancs de qualité, et finalement, Intriga dans la vallée de Maipo qui se concentre sur la production d’un unique vin rouge, élaboré à partir de Cabernet Sauvignon. Ce vin, malgré son prix abordable (21.55$), un peu comme la cuvée Ninquén dans Colchagua, a droit à un traitement ambitieux pour son élaboration. D’abord, les raisins proviennent de vignes de 10 à 50 ans d’âge, certaines menées selon le système classique d’espalier, mais d’autres selon le système de pergola, moins commun pour la production de vins de qualité. Le vin est élevé en barrique de chêne (85% français, 15% américain et neuf à 85%) pour une période de 17 mois. La méthode Paul Hobbs, déjà appliquée au Ninquén, est utilisée aussi pour cette cuvée. Le vin titre à 14.6% d’alcool, et le producteur parle d’un potentiel de garde de 15 ans.

La robe est d’encre, totalement opaque. Le nez d’intensité modérée dégage de riches arômes de fruits noirs évoquant la confiture de cassis, complétés par des note d’épices douces, entre autres la vanille, par une touche de terre humide, un soupçon de menthol et un très léger aspect torréfié. En bouche, on retrouve un vin ample et généreux, aux saveurs très intenses. Le fruité est doux, mais bien balancé par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche permet de bien saisir le haut niveau de concentration et la riche matière de ce vin volumineux aux tanins souples, mais bien présents. C’est un vin qui en met plein la bouche et démontre beaucoup de présence. La finale est explosive, avec le riche mélange de saveurs qui gagne encore en intensité, avant de décliner lentement sur très bonne allonge aux relents d’amertume cacaotés.

L’élaboration de ce vin laissait présager un vin ambitieux, malgré son prix somme toute modeste. C’est bel et bien le cas, et cela se sent et se goûte. C’est un vin très démonstratif en bouche, où à ce stade s’est un peu le feu d’artifice. La maturité du fruit de ce vin me porte à croire qu’il provient du plancher de la vallée de Maipo, qui en est la partie la plus chaude. En terme de concentration, de longueur et de richesse, c’est un vin qui rivalise, et dépasse même, des exemples chiliens pas mal plus chers. Ça demeure un vin très jeune, surtout si on tient compte de son style. Le producteur parle d’un potentiel de garde de 15 ans, et ça me semble parfaitement justifié. Pour mon goût, il manque actuellement de finesse. Il est tellement riche qu’il a besoin de temps pour s’affiner en bouteille, et je pense bien qu’il y parviendra. Il me fait penser, en plus long et plus concentré, au Cabernet, Gran Reseva, ou Etiquetta Negra, de Tarapaca. Des vins provenant eux aussi du plancher de la vallée de Maipo, et qui vieillissent admirablement, avec ce fruité très mature, un peu confit, qui les distinguent de leurs cousins plus frais de l’Alto Maipo. Un bel achat pour la garde.

mardi 29 septembre 2009

SYRAH, WINEMAKER’S RESERVE, 2005, ALTO MAIPO, VINA CARMEN


Voici une rare nouveauté chilienne à la SAQ, surtout dans cette catégorie de prix (36$). Ce vin provient d’une région réputée pour ses excellents Cabernets, et en fait, ce vin est un assemblage à forte dominante Syrah, mais qui contient tout de même 13% de ce fameux Cabernet Sauvignon. Le titre alcoolique est modéré pour la région à 13.8%. Ce vin a reçu de bons commentaires de Jay Miller du Wine Advocate qui lui a octroyé un 91. J’ai de très bon souvenir de la Syrah, Réserve, de ce producteur, et le Syrah/Cabernet, Réserve, 2005, offert à la SAQ m’avait aussi beaucoup plu. J’ai donc de bonnes attentes envers ce vin. Voyons ce que ça donne dans le verre.

La robe est opaque et très sombre. Le nez est d’expression modérée et dégage de beaux arômes de fruits noirs, incluant le fameux cassis qui trahit la présence du Cabernet, ainsi qu’un peu de fruits rouges. Des notes de bois de cèdre, d’épices douces et de torréfaction viennent compléter l’ensemble. Un beau nez, riche et profond, mais qui n’évoque pas vraiment le profil classique du cépage. Dans ce cas-ci, et à ce stade, le terroir semble parler plus fort. Ceci dit, c’est tout de même très agréable. En bouche, le vin est ample et montre un bel équilibre entre la douceur du fruit et l’amertume. Les saveurs fruitées sont intenses, entremêlées à des notes d’épices douces et de torréfaction. Cela produit une belle combinaison qui se transporte en milieu de bouche, sans faiblir, et où l’on peut jauger le niveau de concentration supérieur de ce vin. Cette richesse demeure toutefois sous contrôle, avec une structure quand même assez compacte, compte tenu du style. La texture de son côté se montre veloutée, ce qui permet au vin de glisser sans ambages vers une finale en crescendo où les saveurs se fondent avec harmonie, malgré l’amertume torréfiée qui gagne un peu de terrain sur la toute fin. La longueur est digne d’un très bon vin.

Verdict? On a affaire à un très bon vin, un vin qui vaut son prix et qui n’aurait pas à rougir face à des vins du même prix et des mêmes cépages, venant d’ailleurs dans le monde. Toutefois, face à la compétition féroce de son propre pays, il est facilement 10$ trop cher. Contrairement à ce que certains pourraient penser en me lisant, je ne pense pas que les vins du Chili sont les meilleurs au monde. Je pense toutefois qu’ils sont ceux qui, en général, offre le meilleur RQP sous la barre des 40$. On peut y retrouver des aubaines, à mon sens, vraiment extraordinaires, et c’est avec celles-ci que j’essaie de me monter un beau cellier. Malheureusement, dans le cas de ce “Winemaker’s Reserve”, même sil le vin est de belle qualité, il ne passe pas mon test au niveau du RQP. Je comprends que cette approche strictement axée sur le RQP est réductrice, parce que ce faisant, j’écarte une variété de très bons vins. J’écarte aussi tout l’aspect historique, traditionnel et prestigieux associé au monde du vin, et l’imaginaire y étant associé, que plusieurs amateurs apprécient. Pour moi ce qui compte d’abord et avant tout, c’est la qualité que je perçois dans le verre par rapport au prix payé. Ce n’est pas une question d’origine. Je content tout de même d’avoir essayé ce vin, ce n’était pas une arnaque, mais il ne se retrouvera pas dans mon cellier. Dans cette catégorie, j’ai des alternatives plus intéressantes.