Il y a depuis longtemps au Québec un mouvement qui en a contre la SAQ et son statut de monopole. Je pense que du point de vue d'un amateur de vin la SAQ est critiquable à plusieurs égards, mais ce qu'on oublie trop souvent c'est que le mandat premier de cet organisme d'état n'est pas de servir au mieux le consommateur, mais bien de chercher le meilleur compromis permettant de servir le consommateur adéquatement tout en rapportant le plus possible dans les caisses du gouvernement du Québec. Le but premier de la SAQ est donc de vendre de l'alcool, surtout du vin, en rapportant le plus d'argent possible au gouvernement, et ce, en soulevant le moins de grogne possible pour que le système puisse continuer d'opérer de la même façon.
La solution qui a été adoptée par la SAQ pour remplir son mandat est de faire le plus d'argent possible avec le buveur de vin occasionnel, celui qui ne s'intéresse pas vraiment à ce liquide, et de servir de façon correcte l'amateur avisé en prenant une marge de profit plus faible sur les vins plus haut de gamme et en offrant des rabais de 10% de façon occasionnelle. Comme ça la majorité des amateurs de vin plus sérieux peuvent trouver leur compte avec la SAQ, et ce faisant ne rechignent pas trop, alors que les buveurs de vins bas de gamme, eux, paient la note sans mot dire car pour eux le vin est un produit de consommation comme un autre. Ainsi la SAQ fait un maximum de profit en vendant des vins de dépanneurs, des vins en vrac embouteillés ici, et autres vins bas de gamme. La SAQ semble se dire que ceux qui achètent ces vins ne savent pas juger du niveau de qualité de toute façon, alors aussi bien profiter de ces victimes semi-consentantes. Si tous les acheteurs de vins connaissaient vraiment le sujet, les vins de dépanneurs et autres piquettes disparaîtraient car personne n'en achèterait. Il y a donc une prime à l'ignorance et au manque de goût qui est imposée à l'acheteur de vin au Québec. Une prime aussi au manque de moyens financiers. Ceci dit, il y a moyen de bien boire à prix abordable, mais pour ce faire le consommateur doit connaître son sujet et être prévoyant, en profitant des promotions périodiques pour faire le gros de ses achats.
Tout cela nous ramène à la case de départ, est-ce que l'on doit blâmer la SAQ ou le gouvernement? En poussant le raisonnement encore plus loin on pourrait se demander si il y a vraiment quelqu'un à blâmer. Boire du vin demeure un luxe. Ce n'est pas un produit essentiel. Comme je l'ai mentionné, la SAQ offre la possibilité de bien boire à bon prix, mais pour cela le consommateur doit être bien avisé et tirer profit des échappatoires qu'offre le système. Nous sommes donc dans un système où le consommateur doit faire un effort pour s'en tirer au mieux. Ceux qui ne le font pas sont des victimes presque consentantes. L'offre de la SAQ est clairement à deux niveaux. Un niveau correct pour ceux que le vin intéresse, et un niveau clairement déficient pour ceux qui sont prêts à l'accepter, parfois sans le savoir, mais ignorance rime ici avec acceptation.
Donc, au final, on peut bien taper sur la SAQ, mais celle-ci suit le mandat donné par le gouvernement. À ce propos, soyez assurés qu'aux prochaines élections aucun parti n'aura comme élément de programme une réforme de la SAQ axée sur le mieux boire à meilleur prix pour tous. Ce qui veut dire qu'avec les problèmes budgétaires le mandat du gouvernement à la SAQ n'est pas à la veille de changer. Du vin-arnaque continuera d'être offert à profusion sur le marché québécois et la responsabilité de l'éviter continuera d'incomber aux consommateurs. De plus, il y a une bonne proportion de la population pour qui le vin sera toujours un produit générique interchangeable et pour lequel on doit payer peu. Donc, il y aura toujours un bassin de consommateurs pour perpétuer le système actuel. En ce sens, je ne comprends pas les chroniqueurs-vin sérieux qui font des vins très bas de gamme leur cheval de bataille et leur arme pour attaquer la SAQ. Quand j'ai commencé à m'intéresser plus sérieusement au vin, il y a une quinzaine d'années, 12$ la bouteille était déjà le seuil séparant les vins très ordinaires des vins de meilleure tenue. Il y a toujours des exceptions à cette règle, bien sûr, mais de se battre aujourd'hui pour plus de vins de ce prix n'a simplement pas de sens. Le nouveau seuil de respectabilité est maintenant autour de 15$ la bouteille au Québec, dépendant du type de vin. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais il me semble que le combat devrait être d'exiger plus de vins de haute qualité entre 15$ et 20$ et moins de vins génériques vendus à prime car ils ont une appellation reconnue sur l'étiquette.
mercredi 25 mars 2015
mercredi 18 mars 2015
CHARDONNAY, MEDALLA REAL, 2013, LEYDA, VINA SANTA RITA
Ce vin est un monocépage, mais en même
temps un vin d'assemblage. Il combine des raisins issus de deux
terroirs bien distincts, Leyda et Limari. 80% des raisins viennent
d'un vignoble côtier très frais de la région de Leyda, aux sols
granitiques et argileux, qui n'accumule que 1120 degrés/jour, le 20%
restant provient d'un vignoble plus tempéré de la région de Limari
qui accumule un total de 1540 dégrés/jour et qui possède un sol
sablonneux contenant du calcaire. Le clone Mendoza est utilisé à
Leyda et le clone français 242 est utilisé à Limari. Donc, ce vin
est issu du mariage de deux entités très différentes, où le
terroir de Leyda est très majoritaire et devrait marquer le style.
La fermentation alcoolique est débutée en cuves d'inox avec des
levures indigènes (45%) et sélectionnées (55%), et se poursuit
ensuite en barriques de chêne français, 25% neuves, le reste étant
des barriques de deuxième, troisième et quatrième usage. 25% du
vin effectue une fermentation malo-lactique. Le vin est élevé 9
mois sur lies, en barriques, avec bâttonage hebdomadaires. Le titre
alcoolique est de 13.5%, pour un pH de 3.2, et un taux de sucres
résiduels de 1.5 g/L, ce qui en fait un vin très sec.
La robe est de teinte légèrement
dorée. Le nez est modéré dans son expression et exhale des arômes
de pomme et de poire, avec juste une touche de pêche. À cela
s'ajoute un léger trait citronné, une note de fumée, un peu de
caramel et un aspect évoquant le bord de ruisseau. En bouche on
retrouve un vin de corps moyen, bien équilibré, avec une palette de
saveurs qui reflète bien ce qui est perçu au nez. Une impression de
retenue, de délicatesse et de souplesse se dégage de l'ensemble. Le
niveau de concentration est bon, mais les saveurs n'ont pas
l'intensité qu'on retrouve dans beaucoup de vins chiliens. La finale
est harmonieuse et longue, avec un aspect boisé/épicé, jusque là
peu perceptible, qui fait un peu sentir sa présence.
Ce vin est un bel exemple de la
diversité stylistique croissante au Chili et du niveau de confiance
à la hausse chez les producteurs qui se permettent maintenant des
vins de ce genre. Celui-ci montre un profil aromatique de climat très
frais, mais avec une acidité bien intégrée qui permet d'obtenir
une impression tactile de souplesse et de délicatesse. Il n'y a rien
d'agressif ou de flamboyant dans ce nectar marqué au sceau de la
modération et de l'élégance. Je me disais que c'est le genre de
vin qui risquerait de mal sortir en dégustation à l'aveugle
tellement il n'est pas spectaculaire. Ceci dit, il a été très bien
paru dans ces circonstances aux derniers « Wines of Chile
Awards », s'en tirant avec une médaille d'or. James Suckling
lui a aussi attribué une note de 92. Je ne suis prête pas trop foi
aux médailles et aux notes, mais ça montre quand même que ce vin
peut tirer son épingle du jeu malgré son style réservé.
Personnellement, je ne donne pas de notes, mais je placerais ce vin
un cran en dessous des meilleures cuvées de Chardonnay du Chili,
mais pour le prix demandé en Ontario de 17.95$, il s'agit d'un très
bon RQP. Il me reste une bouteille de millésime 2008 en cave et ce
vin a très bien évolué, c'était toutefois un vin 100% Limari et assez différent de ce 80% Leyda. Dans une récente dégustation comparative du magazine Decanter, le Chili est ressorti comme une destination de
choix pour l'amateur recherchant des vin de ce cépage offrant un RQP
supérieur. En combinant le Chili et l'Afrique du Sud, l'amateur
avisé peut se monter cave variée, intéressante et abordable de vins de ce
cépage, des vins de très belle qualité offerts à des prix
imbattable et qui peuvent vieillir sans problèmes d'oxydation prématurée.
samedi 14 mars 2015
CABERNET SAUVIGNON, 2011, COLCHAGUA, VINA MAQUIS
Vina Maquis est un producteur chilien
intrigant situé au cœur de la chaude vallée de Colchagua, mais qui
se distingue de ses voisins en produisant des vins aux taux d'alcool
modérés, issus de vendanges hâtives.
Tout est relatif, bien sûr, mais chez Maquis on cueille le raisin
environ un mois plus tôt qu'ailleurs aux alentours. L'explication de
cette façon de faire semble découler du fait que le producteur est
conseillé depuis 2004 par un consultant réputé, soit le français
Xavier Choné, qui a comme clients des noms très réputés (DRC,
Cheval Blanc, Yquem, Opus One, etc.), et qui prône cette approche. Vina Maquis est son seul client
sud-américain. Pour ce qui est du vin dont il est question ici, il
contient 10% de Petit Verdot et est issu d'un vignoble situé entre
deux cours d'eau, soit la rivière Tinguiririca et le ruisseau
Chimbarongo. L'élaboration du vin inclut la vendange manuelle, une
macération pré-fermentaire à froid, des fermentations alcoolique
et malo-lactique consécutives en inox. Ensuite 50% du vin est élevé
pendant 10 mois en inox et l'autre moitié en barriques de chêne de deuxième et troisième usage. Le vin titre à 13.5%
d'alcool, pour un pH surprenamment élevé de 3.83 et est très sec avec 2.6 g/L de
sucres résiduels.
La robe est foncée et opaque. Le nez
est discret avec des arômes de fruits noirs et de graphite,
complétés par une touche doucement épicée et une pointe
torréfiée. Plutôt simple comme nez à ce stade et vraiment peu
démonstratif. En bouche, l'attaque est ferme, la matière dense et
le fruité sévère, aidé en cela par une bonne dose d'amertume. Le
milieu de bouche confirme un bon niveau de concentration et la
structure compacte de l'ensemble. Les tanins sont solides et
légèrement texturés. La finale confirme l'austérité de ce
nectar, sur une bonne longueur et des tanins qui se resserrent.
Ce vin n'est clairement pas, à ce
stade précoce, un vin de pur plaisir. Certains le qualifieraient de
fermé. Je l'ignore car je ne sais pas ce que le vin aura l'air dans
quelques années. Toutefois, pour moi, il est clair que c'est un vin
qui détonne de la norme actuelle au Chili. La vendange hâtive
semble marquer le style, il n'y a pas de verdeur, contrairement à ce
qu'on aurait pu craindre, mais le vin n'a pas beaucoup de gras et de
volume, le fruit est en retrait et la texture tannique manque de
douceur. Somme toute un vin austère qui semble en ligne avec
l'influence bordelaise de ce domaine. Ceci dit, ce vin montre toute
l'influence des décisions humaines en relation avec le résultat
final en bouteille. Quoi que dans ce cas-ci, c'est justement
l'évolution en bouteille qui pourrait avoir le dernier mot, mais
même si cela devait arriver et que le vin devait évoluer
favorablement, on serait clairement sur un cas de bonification en
bouteille, selon la tradition européenne. Je pense que c'est la
grande différence entre les vins issus de raisins moins matures et
ceux issus de raisins plus matures, sans être trop matures. Dans le
deuxième cas les vins peuvent être agréables dès la jeunesse, et
bien évoluer ensuite, alors que dans le premier cas il semble que la
garde soit nécessaire pour assagir le tout, mais cela reste à
confirmer. Il y a un mouvement au Chili actuellement pour vendanger
plus tôt et moins boiser les vins. Le but étant, en principe,
d'obtenir des vins plus frais et faciles à boire en jeunesse. Ici on a un vin
qui vise clairement cet objectif, toutefois, le résultat n'est
actuellement pas vraiment convaincant. Le vin n'est pas mauvais, mais
manque de charme et d'expressivité. Comme les qualités manquantes
sont celles qui m'attirent vers les rouges chiliens en jeunesse, un
vin comme celui-ci n'a donc pas beaucoup d'intérêt pour moi, si ce n'est peut-être comme pari et curiosité pour la garde. À noter que Vina Maquis produit une cuvée de Cabernet Franc haut de gamme, appelée Franco, qui est désignée par plusieurs comme le meilleur vin de Cabernet Franc du Chili. Un producteur de bonne réputation à qui je donnerai une deuxième chance si l'occasion se présente, mais je n'ai pas été convaincu sur cette bouteille.
jeudi 5 mars 2015
SAUVIGNON BLANC, BOYA, 2013, LEYDA, VINA GARCES SILVA
Boya est une nouvelle marque de Vina
Garces Silva qui produit aussi des vins sous la marque Amayna qu'on
connaît au Québec. Le vin dont il est question ici provient d'un
vignoble situé à 14 km de l'océan Pacifique, à 525 pieds
d'altitude. Les vignes ont sept ans d'âge, la vendange est manuelle
et la fermentation a lieu en inox. Le vin titre à 12.5% d'alcool
pour un vif pH de 3.10.
La robe est d'un léger verdâtre bien
clair. Le nez est modéré et dégage des arômes typiques de ce
cépage lorsque cultivé sous un climat frais, citron, fruits de la
passion et bord de ruisseau, complétés par une touche herbacée. La
bouche est plus démonstrative avec des saveurs nerveuses et intenses
où l'aspect citronné mène la charge. Le vin est de style élancé
et vif, mais avec de la densité de matière et une certaine
élégance. Le faible taux d'alcool se ressent par l'absence de ce
léger caractère onctueux qu'on retrouve dans d'autres vins de ce
cépage. Le milieu de bouche confirme l'aspect svelte et léger de ce
nectar au niveau tactile, mais cela ne se fait pas au détriment de
la concentration qui est bien focalisée. La résultante est un vin
facile à boire, mais qui a en même temps une belle présence en
bouche. La finale confirme le tout sur une allonge de très bon
niveau.
Je reviens souvent avec le mot
diversité pour parler du Chili vinicole actuel, et un vin comme
celui-ci valide ce discours. Il offre un style distinctif et tout en
fraîcheur avec son acidité soutenue, son faible taux d'alcool et
ses saveurs tout de même intenses. Le contraste avec un autre vin de
ce producteur, issu de la même région, est frappant. Ce vin est le
Sauvignon Blanc de Amayna qui titre à 14.5% et offre du volume et de
l'onctuosité dans un style à la limite de la lourdeur. Un vin que
j'ai cessé d'acheter car je le trouvais excessif. Le moins que je
puisse dire c'est que l'interprétation du terroir de Leyda qu'offre
ce Boya me plaît beaucoup plus. Autre avantage comparatif, le Boya
est vendu 14.95$ en Ontario, soit 3$ de moins la bouteille que
l'Amayna. Cela en fait une superbe aubaine au rayon des vins de
Sauvignon Blanc chiliens.
dimanche 22 février 2015
Prédisposition mentale et appréciation du vin
Ce blogue parle surtout de vins chiliens car mon expérience et mon approche face au vin m'ont mené vers ce pays et ses vins. Les deux sujets précédents l'illustrent bien. Au début j'achetais des vins d'un peu partout, sans préférence particulière, mon seul critère était de trouver des vins montrant un bon rapport qualité/prix. J'achetais des guides comme ceux de Phaneuf et Chartier pour m'aider dans ma quête. Plus tard, par le biais des forums internet sur le vin j'ai commencé à participer à des dégustations de groupe, très souvent à l'aveugle. Au cours de ces dégustations j'ai eu la chance de découvrir le monde du vin plus haut de gamme. J'y ai découvert deux choses fondamentales dans ma vision actuelle du monde du vin, soit l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin (effet Veblen, pouvoir de l'étiquette) et l'importance des fermentations secondaires (Brettanomyces, etc...) dans le profil de beaucoup de vins plus haut de gamme et mon peu d'affinité pour les vins de ce genre. Cette prise conscience m'a conforté dans mon refuge chilien car le pays offre beaucoup de vins propres montrant de très bons RQP. De plus, avec le temps, j'ai développé un préjugé favorable pour les vins de ce pays, alors ma prédisposition mentale positive envers ceux-ci me permet de les apprécier au mieux, même si cela peut parfois mener à une surévaluation de certains d'entre eux. Je n'ai pas la prétention d'être un dégustateur parfait et mon parti pris est clairement affiché, même si je tente de rester le plus honnête possible dans mes commentaires lorsque j'écris mes impressions à propos d'un vin.
Je pense qu'il est important pour un amateur d'être conscient de ses prédispositions mentales face aux vins qu'il déguste. Les travaux scientifiques de Frédéric Brochet ont clairement démontré l'existence et l'importance de ce phénomène. Ce qu'on pense par rapport au vin qu'on déguste est plus important que ce que l'on en perçoit, surtout lorsque la conviction sur sa nature est forte. J'ai déjà rapporté il y a quelques années une expérience personnelle qui m'avait convaincu à tout jamais de la réalité de ce processus mental. Toujours est-il que je suis tombé aujourd'hui sur une rubrique, sur le forum LPEL, qui implique ce phénomène. Lors d'une dégustation de groupe, un participant a joué un tour aux autres dégustateurs en leur passant un vin renommé à l'aveugle comme vin de bienvenue. Normalement, lors de ces occasions, le vin de bienvenue est un bon vin de prix abordable. Toujours est-il que plusieurs dégustateurs n'ont pas saisi à l'aveugle la grandeur présumée du vin renommé. S'en suit une discussion sur ce qu'est ou devrait être le grand vin, alors que l'expérience confirme plutôt une autre fois l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin. Après ça, de savoir si le vin est grand, chacun sait que c'est une notion bien relative. J'avais déjà répondu il y a bien des années sur le forum C&S à la question suivante: Qu'est-ce qu'un grand vin? Ma réponse avait été: C'est le vin qui renvoie au dégustateur l'idée qu'il s'en fait. C'était une boutade un peu provocatrice, bien sûr, mais elle contenait un fond de vérité dont je n'avais alors pas saisi toute la mesure.
Lorsqu'on commence à s'intéresser au vin, l'expérience nous fait défaut, mais on a l'avantage d'avoir très peu de parti-pris et d'idées toutes faites qui peuvent influer sur notre appréciation du vin. Il faut essayer de garder l'esprit le plus ouvert possible, mais malgré toute la bonne volonté du monde on développe des convictions par rapport au vin, c'est inévitable. La courte description que je fais de mon parcours en introduction le montre bien. Ceci dit, la conscience de l'influence notre prédisposition mentale est le meilleur moyen de s'en prémunir un peu. C'est important dans un monde du vin qui aime classer et hiérarchiser, noter et médailler. Dans un monde du vin de plus en plus idéologique où l'on aime parfois plus l'idée qu'on s'en fait que le vin lui-même. Dans un monde idéal on devrait ouvrir chaque vin en pure aveugle et le terminer à étiquette découverte. Chaque bouteille serait ainsi un rappel à l'ordre.
Je pense qu'il est important pour un amateur d'être conscient de ses prédispositions mentales face aux vins qu'il déguste. Les travaux scientifiques de Frédéric Brochet ont clairement démontré l'existence et l'importance de ce phénomène. Ce qu'on pense par rapport au vin qu'on déguste est plus important que ce que l'on en perçoit, surtout lorsque la conviction sur sa nature est forte. J'ai déjà rapporté il y a quelques années une expérience personnelle qui m'avait convaincu à tout jamais de la réalité de ce processus mental. Toujours est-il que je suis tombé aujourd'hui sur une rubrique, sur le forum LPEL, qui implique ce phénomène. Lors d'une dégustation de groupe, un participant a joué un tour aux autres dégustateurs en leur passant un vin renommé à l'aveugle comme vin de bienvenue. Normalement, lors de ces occasions, le vin de bienvenue est un bon vin de prix abordable. Toujours est-il que plusieurs dégustateurs n'ont pas saisi à l'aveugle la grandeur présumée du vin renommé. S'en suit une discussion sur ce qu'est ou devrait être le grand vin, alors que l'expérience confirme plutôt une autre fois l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin. Après ça, de savoir si le vin est grand, chacun sait que c'est une notion bien relative. J'avais déjà répondu il y a bien des années sur le forum C&S à la question suivante: Qu'est-ce qu'un grand vin? Ma réponse avait été: C'est le vin qui renvoie au dégustateur l'idée qu'il s'en fait. C'était une boutade un peu provocatrice, bien sûr, mais elle contenait un fond de vérité dont je n'avais alors pas saisi toute la mesure.
Lorsqu'on commence à s'intéresser au vin, l'expérience nous fait défaut, mais on a l'avantage d'avoir très peu de parti-pris et d'idées toutes faites qui peuvent influer sur notre appréciation du vin. Il faut essayer de garder l'esprit le plus ouvert possible, mais malgré toute la bonne volonté du monde on développe des convictions par rapport au vin, c'est inévitable. La courte description que je fais de mon parcours en introduction le montre bien. Ceci dit, la conscience de l'influence notre prédisposition mentale est le meilleur moyen de s'en prémunir un peu. C'est important dans un monde du vin qui aime classer et hiérarchiser, noter et médailler. Dans un monde du vin de plus en plus idéologique où l'on aime parfois plus l'idée qu'on s'en fait que le vin lui-même. Dans un monde idéal on devrait ouvrir chaque vin en pure aveugle et le terminer à étiquette découverte. Chaque bouteille serait ainsi un rappel à l'ordre.
vendredi 20 février 2015
MALBEC, 1997, MENDOZA, CATENA
Il fut un temps où l'Argentine
présentait pour moi autant d'intérêt que le Chili. À la fin des
années 90, c'était un pays qui offrait des rouges généreux et
concentrés offrant des RQP très favorables. Toutefois, avec le
temps et l'expérience, ma perception des deux pays a changé. Alors
que le Chili a progressé à une vitesse foudroyante vers plus de
qualité et de diversité, l'Argentine est toujours un pays basé
essentiellement sur une grande région, Mendoza, qui offre toujours
le même type de rouges bien concentrés, aux fruités très matures.
Bien sûr, c'est là une simplification, il y a bien le Torrontès en
blanc, quelques Chardonnay de haut niveau venant de vignobles en
altitude, puis le Patagonie pour offrir quelques vins de styles plus
frais, n'empêche que dans mon esprit l'Argentine demeure un pays qui
tire de l'arrière en terme de diversité. Ceci dit, au-delà de tout
cela, ce qui m'éloigne le plus de l'Argentine, c'est le potentiel de
garde décevant pour moi de ses vins rouges de prix abordables. Les
vins tiennent la route, pour ça aucun problème, mais ne se transforment pas vraiment. Après 10 ans de garde on retrouve souvent
des vins montrant un profil aromatique peu altéré, et à la
structure à peine assouplie. Les vins semblent presque inoxydables.
L'intérêt de garder du vin n'est pas qu'il dure le plus longtemps
possible, mais bien qu'il se transforme en bouteille pour offrir
autre chose avec le temps. Les rouges chiliens, de manière générale, atteignent très bien cet objectif, et ce n'est malheureusement pas
le cas de la plupart des argentins avec lesquels j'ai tenté
l'expérience. Ceci dit, mon expérience est sur des vins de 10 ans ou plus, car j'ai cessé d'acheter des vins argentins pour la garde depuis le millésime 2005. Ceci dit, le producteur avec lequel j'ai obtenu les meilleurs
résultats est Catena. Voyons donc ce que donne ce Malbec de type
Reserva après presque 20 ans.
La robe arbore une teinte grenat
légèrement translucide. Le nez est superbe avec ses arômes évolués
de cerise, d'épices douces, de bois de cèdre, complétés par un
soupçon de thé, de terre humide et de feuilles mortes. La bouche
révèle un vin svelte où le fruit intense mène encore la danse,
avec l'aspect boisé et évolué qui s'amalgame à merveille pour
produire l'effet gustatif recherché dans les vins de cet âge. Le milieu de bouche
permet de constater que ce nectar a encore une belle présence, des
tanins fondus et un niveau de concentration bien ajusté au style du vin. La finale confirme l'harmonie d'ensemble sur une très
bonne persistance des saveurs et une très légère pointe d'amertume
chocolatée à la toute fin.
Catena demeure pour moi le leader de la
viticulture argentine. Bien sûr, ce vin est un exemple illustrant ce
qu'un vin datant de 1997 peut donner aujourd'hui. Je ne saurais dire avec
certitude ce qu'il en est du potentiel des vins d'aujourd'hui. Le vin était vraiment
agréable et montrait une belle évolution, ceci dit, on était loin
de la métamorphose que certains vins chiliens de la même catégorie
peuvent afficher. Le vin était une déclinaison plus âgée de ce
qu'il montrait en jeunesse. Le but ici n'est pas de déprécier les
vins d'Argentine. Ce pays demeure une destination de premier choix pour qui recherche
des vins à la matière généreuse et au fruité mature. Ce vin
montre aussi que le Malbec peut bien vieillir. Toutefois, il faut se
rappeler que c'est un vin de type Reserva, et en ce sens il ressemble
en terme de proportions à ses contreparties chiliennes. La matière
et la concentration sont de très bon niveau, mais c'est clairement
en deçà de ce qu'offre les cuvées de luxe, Alta et surtout, Zapata. Alors
si l'évolution d'un vin comme celui-ci est lente, je n'ose imaginer
le temps nécessaire pour assouplir et transformer significativement
les cuvées plus ambitieuses. Ceci dit, ce constat ne s'applique pas
qu'à l'Argentine. Rendu à un certain âge il faut se demander si il
vaut la peine d'acheter des vins qui auraient besoin d'une garde de
25 ans et plus pour commencer à livrer une version différente
d'eux-même. J'ai ouvert d'autres rouges argentins au cours des quelques derniers mois, Norton, Privada, 1999 et 2002, Quimera 2002 et 2004,
Malbec Fabre Montmayou, 2001, et le constat sur ces vins concorde
avec celui que je fais ici pour ce Malbec de Catena.
dimanche 15 février 2015
Les bretts et l'uniformisation
J'ouvre en ce dimanche un Faugères, Château des Estanilles, 1998. Un vin qui date du temps où j'achetais régulièrement du vin français... Toujours est-il que ce vin était très tannique en jeunesse et sans charme particulier, mais il montrait un profil aromatique intègre. Le vin ne m'avait donc pas vraiment plu, et cette deuxième bouteille a survécu une quinzaine d'années en cave passive. Ayant envie de faire changement, et curieux de voir ce que ce vin de prix abordable pourrait donner après tout ce temps, je me suis enfin décidé à l'ouvrir. Comme je le craignais, dès la première effluve la brett a montré son hideux visage phénolé. Je dis hideux, mais le vin dans ce cas-ci n'est pas ruiné totalement. Derrière le phénol on peut entre percevoir un beau vin évolué, aux tanins assagis, et avec encore une belle matière. Malheureusement il y a ce masque phénolé, cette épice ubiquitaire du monde du vin pour venir uniformiser le tout.
Je n'ai pu retrouver l'encépagement de ce vin, mais c'est probablement composé de Syrah, Grenache et Mourvèdre. Malheureusement, avec le phénol présent, il est très difficile de jouir de l'identité propre de ce vin. Avec son côté bretté il m'a plutôt rappelé le dernier vin de ce type que j'ai frappé, soit le Sena, 1997, Aconcagua, même si l'aspect phénolé est plus marqué dans le Château des Estanilles. C'est quand même fort, le Sena est un assemblage de type bordelais du Chili, mais avec ce qu'ajoute cette foutue levure, un assemblage méditerranéen d'à peu près le même âge lui ressemble. Vous avez dit uniformisation? Comme pour le Sena, on peut percevoir un très bon vin derrière ce masque phénolé, mais même si ça ne détruit pas entièrement le vin, ça demeure pour moi très agaçant. Les deux vins auraient été tellement meilleurs et typiques sans ça. Très dommage.
mardi 3 février 2015
Brettanomyces: Le caractère non assumé (part II)
J'avais déjà écrit un texte sur le sujet suite à un article de Vin Québec. Voilà qu'on remet ça. C'est bien. Trop peu de gens dans le monde du vin parlent franchement de ce sujet. Combien de descriptions de vins alambiquées où on parle de cuir, d'iode, d'encre, d'écurie, de selle de cheval, de fumier, de crottin de cheval, de poulailler, de ferme, de vin fermier, de caractère animal, de réduction, tout cela, sans jamais vraiment nommer la chose. Tout pour ne pas nommer la chose et beaucoup d'ignorance à ce sujet, beaucoup d'incapacité à reconnaître les arômes de bretts avec certitude et toujours ce caractère qui nie la véritable expression du terroir. Ironique car la plupart de ceux qui aiment ces arômes sont convaincus de boire des vins de terroir. Pourtant, toujours la même épice dans des vins de cépages variés venant du monde entier, surtout dans le haut de gamme où on veut imiter les grands classiques français. Après ça on dit que c'est l’œnologie moderne qui uniformise le goût du vin. Ajouter à cela tous les amateurs peu sensibles ou insensibles à ces arômes, plus ceux pour qui c'est devenu un goût acquis. Impossible d'embrasser l'ensemble du monde du vin si on refuse d'accepter ces arômes. Je souhaite que plus de producteurs fassent comme ce M. Howell et en parlent ouvertement. Ceux vraiment honnêtes pourraient écrire sur leurs bouteilles ou sur la fiche technique des vins: Vin élaboré avec l'usage de levures Brettanomyces. Comme ça on pourrait éviter ces vins uniformisés et puants assaisonnés aux arômes de fermentations secondaires. J'ai souvent parlé de vins-fromages, de vins-Roquefort, ce M. Howell va dans le même sens pour ce qui est de nommer la chose. Pour ce qui est de l'apprécier....
dimanche 25 janvier 2015
PINOT NOIR, ESTATE, 2013, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ
J'ai parlé en septembre dernier du
Pinot Noir, 2012 de la gamme Max Reserva de Errazuriz. Je remet ça
cette fois avec le Pinot d'entrée de gamme de la maison sur le
millésime 2013. Celui-ci provient du même vignoble de Manzanar
situé à 12 km de la côte du Pacifique. Comme le Pinot de Vina Leyda dont je traitais dans le texte précédent, ce vin fait partie
de cette nouvelle vague de vins d'entrée de gamme maintenant issus de vignobles de climat frais. L'élaboration de ce vin comprend la
vendange manuelle, l'égrappage et la macération pré-fermentaire à
froid en cuves ouvertes d'inox. Après la fermentation alcoolique, 50% du vin est placé en barriques de chêne français usagées où
il effectue une FML et où il est élevé pendant 8 mois. Le vin
titre à 13.5% d'alcool pour un vif pH de 3.46 et 2.26 g/L de sucres
résiduels.
La robe est d'un rubis translucide et
éclatant. Le nez est très agréable dès le premier abord et très
typique du cépage avec ses arômes de fraises, de fleurs et de
fumée, agrémentés d'une touche doucement épicée et torréfiée.
Beau nez montrant une belle complexité et une qualité d'arôme
irréprochable. La bouche est tout aussi charmante. Le vin y déploie
une élégance difficilement concevable pour un vin de ce cépage à
ce prix. Le vin allie légèreté de structure et bonne
concentration, avec des saveurs combinant intensité et qualité. Le
milieu de bouche confirme le côté aérien de ce vin qui sait
montrer une bonne présence en bouche, mais sans pesanteur. Les
tanins sont fins et le vin coule sans effort vers une belle finale
longue et harmonieuse, avec les tanins qui montrent un peu de poigne
à la toute fin.
Il faut lire ma note de dégustation en
sachant que ce vin est vendu 13.95$ en Ontario. Dans ce contexte
c'est un vin qui offre un formidable niveau de qualité. Ce n'est pas
du grand Pinot, il n'en a pas la profondeur, ni la prétention, mais
compte tenu du prix et de la nature capricieuse de ce cépage, c'est
probablement un des meilleurs vins de ce cépage qu'on puisse trouver
dans cette gamme de prix. Il y a vraiment de la finesse et de
l'élégance dans ce nectar aux prétentions modestes. Le vin est
frais, léger et gouleyant, mais en même temps avec de la matière
et de la présence. Il ne faut pas confondre ici aérien et dilué.
De plus, contrairement au Pinot de Vina Leyda dont je traitais juste
avant, il y a dans ce vin de Errazuriz un rapprochement à faire avec
le style bourguignon en général, sans que ça ne soit une copie.
L'usage de barriques usagées pour l'élevage du vin fut un choix
avisé, car comme pour la Syrah dont je traitais récemment, cela
permet de mettre l'accent sur la fraîcheur du fruit, sans interférence. Je mentionnais
dans mon texte précédant qu'un vin de Pinot Noir d'entrée de gamme
est parfois un bon indice de la qualité globale d'un producteur, et
bien ce vin confirme le rôle de leader de Errazuriz dans le paysage
vinicole chilien. Mettez quelques bouteilles de Max Reserva de côté
pour quelques années, et buvez cette cuvée "Estate" entre temps sans vous casser la tête. La quintessence de ce qu'on
pourrait appeler le "Pinot de semaine".
mercredi 21 janvier 2015
PINOT NOIR, RESERVA, 2012, LEYDA, VINA LEYDA
Vina Leyda est un de mes producteurs
chiliens favoris, même si je n'avais eu la chance d'acheter que quatre de
leurs vins. Trois de ceux-ci était des cuvées parcellaires :
Sauvignon Blanc, Garuma, 2006 et 2011 et Pinot Noir Las Brisas, 2009, alors que le quatrième était le Chardonnay, Reserva, 2008, un vin de la même gamme que le Pinot dont il est ici question. J'ai lu tout ce que j'ai pu sur ce producteur et par extrapolation je ne peux que rêver de goûter aux autres vins offerts, les cuvées parcellaires de Riesling, Sauvignon Gris, Syrah et Chardonnay, de même que les cuvées haut de gamme de Sauvignon, de Pinot et de Chardo, de même qu'un nouveau mousseux, méthode traditionnelle. Dans un texte récent je disais que pour moi ce qui compte le plus c'est la réputation d'un producteur, et bien celle de Vina Leyda est excellente, et malgré cela le prix des vins est encore très raisonnable. Une bonne façon de tester un producteur est de goûter son vin de Pinot Noir d'entrée de gamme. Celui-ci, sur le millésime 2011, s'était classé de manière très étonnante parmi les meilleurs lors d'une dégustation à l'aveugle sur ce thème tenue par le magazine Decanter. Qu'en est-il de ce 2012? Je dois avouer que son titre alcoolique de 14.5% m'effraie un peu, surtout pour un vin d'entrée de gamme.
La robe est d'un rubis légèrement
translucide. Le nez s'exprime avec modération et exhale des arômes
de cerise, de fraise et de muscade, complétés par un léger aspect
terreux. Un nez plutôt simple, mais avec une belle qualité
d'arômes. En bouche on retrouve un vin qui surprend par la richesse
de sa matière. Les saveurs sont intenses et de belle qualité sur
une trame tannique soyeuse. Une juste dose d'amertume vient balancer
la légère douceur du fruit. Ça coule très bien en milieu de
bouche avec un niveau de concentration incroyable pour un vin de ce
prix et de ce cépage. Le vin a de la chair, un peu de rondeur et une
belle présence généreuse. La finale montre une longueur de très
bon calibre sur des relents d'amertume à la toute fin.
Ce Pinot Noir de Vina Leyda offre une
qualité incroyable pour le prix demandé (12.50$ LCBO). Quand on
connaît le caractère capricieux de ce cépage et la difficulté que
cela entraîne pour tenter de produire des vins à bon prix à partir
de celui-ci, l'exploit est encore plus méritoire. Le vin n'est pas
le plus complexe au niveau aromatique, le style est généreux et
direct, mais avec quand même ce qu'il faut de fraîcheur pour
préserver un bon équilibre. L'alcool est présent, mais bien
intégré et cadre avec le style du vin. Ceci dit, le vin gagne à
être dégusté légèrement rafraîchi. Ce vin est un nouvel ajout à
l'offre de produits réguliers de la LCBO. On peut juste rêver
d'avoir un Pinot de cette qualité offert à prix similaire à la
SAQ. Ce vin montre aussi que la révolution des vignobles côtiers
chiliens commence à atteindre la catégorie des vins d'entrée de
gamme, avec le bond qualitatif et de diversité que ça suppose. Ce
vin me rappelle aussi comment je souhaiterais voir les vins de Vina
Leyda offerts au Québec. Un des meilleurs producteurs chiliens
offrant diversité, fraîcheur et RQP de haut niveau.
dimanche 18 janvier 2015
SYRAH, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ
Un autre vin issu des nouveaux
vignobles côtiers d'Eduardo Chadwick qui y élabore aussi des vins
sous l'étiquette de sa "boutique winery", Arboleda. Ce
vin provient spécifiquement du vignoble Manzanar, situé à 12 km de
l'océan Pacifique. C'est un lieu très frais avec une sommation
annuelle moyenne de 1250 degré/jours. Il a été planté de trois
clones de Syrah, en 2005 et 2009, sans greffage, avec une exposition
au nord pour favoriser la pleine maturation des raisins.
L'élaboration inclut la vendange manuelle et le vin a été élevé
pendant 14 mois en barriques de chêne français de deuxième et
troisième usage. Il titre à 13.5% d'alcool, pour un frais pH de
3.45 et est très sec à 2.13 g/L de sucres résiduels.
La robe avec ses reflets violacés
trahit la jeunesse de ce vin, alors que son nez révèle sans plus de
questions que l'on a ici affaire à une Syrah de climat frais. On y
retrouve avec modération des arômes de fruits rouges et noirs, de
fumée, de lavande, de poivre noir et de viande crue. Beau nez quoi
que un peu sur la retenue à ce stade. Le bouche elle est plus
bavarde et le vin s'y déploie sans entrave. L'attaque a du nerf et
cette acidité marque le style du vin en donnant de l'éclat au
fruité et du tonus à la structure. Le vin montre une belle présence
en milieu de bouche, les saveurs y sont vives et bien concentrées
sur une trame tannique soyeuse. La finale est harmonieuse et très
persistante.
J'avais essayé il y a quelques mois
une bouteille du millésime 2011 de ce vin, toujours offerte à la
SAQ, et j'avais été déçu. Le vin manquait d'harmonie et le boisé
vanillé typique des rouges d'Errazuriz en jeunesse masquait en
partie la véritable profil aromatique du vin. À 25$ la bouteille,
j'avais décidé d'investir mon argent ailleurs. Quand j'achète un
vin de climat frais et que je paye une prime pour ce profil
aromatique, je veux pouvoir en profiter dès la jeunesse du vin. J'ai
décidé de tenter de nouveau ma chance avec ce 2012 quand j'ai vu
qu'on avait abandonné l'usage du bois neuf pour son élevage. À mon
avis, le bois neuf sied mal aux vins de climat frais où la
délicatesse aromatique du fruit est de mise. Finalement, mon
raisonnement était valide car ce 2012 montre le profil aromatique
que je recherche dans ce type de vin. En prime, le vin déploie une
belle structure, à la fois solide et légère, avec beaucoup de
vivacité. Tout ce qu'on attend en fait d'un vin de climat frais. Je
pense que le groupe Errazuriz/Arboleda est encore en processus
d'apprentissage avec les raisins qu'ils tirent de leurs jeunes
vignobles côtiers. Ce qui fonctionnait pour leur vins de Syrah de
l'intérieur de la vallée ne sied pas vraiment à la Syrah côtière.
Il faut dire que la Syrah à cause de son adaptabilité à des
climats très différents est un cas particulier qui ouvre la porte à
ce type d'erreur d'apprentissage. La qualité de la plupart des vins
chiliens issus de la côte fait parfois oublier que nous en somme
encore aux premiers pas pour ces vignobles et qu'avec l'expérience
et l'âge croissant des vignes, le progrès est loin d'être terminé.
lundi 12 janvier 2015
REVUE DE PRESSE
Je suis tombé sur quelques articles intéressants dernièrement. D'abord un autre chroniqueur vin du Canada anglophone, John Szabo, y va d'un texte de fond sur le Nouveau-Chili. Cette fois, pas de conseils sur ce que devrait faire ce pays pour obtenir une meilleure reconnaissance. Juste un constat clair sur la montée en force de ce pays mal aimé. Aussi, je reprochais à Bill Zacharkiw de The Gazette d'avoir négligé de mentionner le potentiel de garde des rouges chiliens de prix abordables dans un texte récent qu'il a écrit sur ce pays. Il se reprend en incluant un excellent vin chilien dans une courte liste de suggestions de vins de prix abordables pour la garde. J'ajouterais toutefois que 2020 devrait être le début de la fenêtre de garde pour l'Intriga, 2011, pas la fin. En 2020, ce vin ne fera que commencer à offrir le profil qu'on recherche dans un Cabernet avec de l'âge. C'est en fait un vin qui pourrait être gardé au moins 25 ans. Ceci dit, c'est quand même bien de voir un chilien dans une telle liste. Les mentalités évoluent lentement, dommage que ce ne soit que du côté anglophone. La résistance au Chili du côté de la presse francophone est encore totale.
Cette fois, du côté du Royaume-Uni, un article qui montre toute la difficulté pour le Chili vinicole d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses vins. Concha y Toro en collaboration avec le magazine Drink Business a organisé une dégustation à l'aveugle avec certains des acheteurs les plus respectés du pays. Quatre vins de la gamme Marques de Casa Concha (Sauvignon Blanc, Chardonnay, Pinot Noir et Cabernet Sauvignon) ont été servis à l'aveugle face à des vins français issus des même cépages et considérés comme des références dans leur gamme de prix sur le marché britannique. Le but étant de démontrer la qualité des vins chiliens pour briser le prix de 10 livres sterling (18$ CAN) qui représente la limite psychologique de la très grande majorité des consommateurs dans ce marché. Les quatre vins chiliens ont été les favoris de ces acheteurs à l'aveugle, mais malgré cela, ces acheteurs avaient des doutes sur la possibilité de vendre facilement ces vins à ce prix à cause du manque de reconnaissance des vins chiliens auprès de la clientèle prête à payer plus cher pour une bonne bouteille. Le Carmenère, Marques de Casa Concha et le Don Melchor furent aussi servis et appréciés des acheteurs, mais le Don Melchor, était considéré comme difficile à vendre à 80$, non pas à cause de sa qualité, mais lui aussi à cause de son origine. Ça revient toujours à ça. Le problème des vins chiliens c'est de venir du Chili...
Ceci dit, un autre article du même magazine rapporte que les choses vont bien pour Eduardo Chadwick et ses vins très chers. Toutefois, il note que le marché britannique est difficile à percer à cause de l'habitude des amateurs de ce pays avec les classiques européens et que le gros des ventes pour ses vins de luxe se fait en Asie. La reconnaissance pour le Chili passera peut-être par ce continent en émergence. À noter que M. Chadwick a tenu une dégustation à Montréal cet automne pour célébrer le dixième anniversaire du "Berlin tasting" où il a commencé à opposer ses vins de luxe en semi-aveugle à des grands noms européens. Je n'ai rien trouvé dans la presse québécoise à ce sujet, si ce n'est sur des blogues ici, ici et ici.
Cette fois, du côté du Royaume-Uni, un article qui montre toute la difficulté pour le Chili vinicole d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses vins. Concha y Toro en collaboration avec le magazine Drink Business a organisé une dégustation à l'aveugle avec certains des acheteurs les plus respectés du pays. Quatre vins de la gamme Marques de Casa Concha (Sauvignon Blanc, Chardonnay, Pinot Noir et Cabernet Sauvignon) ont été servis à l'aveugle face à des vins français issus des même cépages et considérés comme des références dans leur gamme de prix sur le marché britannique. Le but étant de démontrer la qualité des vins chiliens pour briser le prix de 10 livres sterling (18$ CAN) qui représente la limite psychologique de la très grande majorité des consommateurs dans ce marché. Les quatre vins chiliens ont été les favoris de ces acheteurs à l'aveugle, mais malgré cela, ces acheteurs avaient des doutes sur la possibilité de vendre facilement ces vins à ce prix à cause du manque de reconnaissance des vins chiliens auprès de la clientèle prête à payer plus cher pour une bonne bouteille. Le Carmenère, Marques de Casa Concha et le Don Melchor furent aussi servis et appréciés des acheteurs, mais le Don Melchor, était considéré comme difficile à vendre à 80$, non pas à cause de sa qualité, mais lui aussi à cause de son origine. Ça revient toujours à ça. Le problème des vins chiliens c'est de venir du Chili...
Ceci dit, un autre article du même magazine rapporte que les choses vont bien pour Eduardo Chadwick et ses vins très chers. Toutefois, il note que le marché britannique est difficile à percer à cause de l'habitude des amateurs de ce pays avec les classiques européens et que le gros des ventes pour ses vins de luxe se fait en Asie. La reconnaissance pour le Chili passera peut-être par ce continent en émergence. À noter que M. Chadwick a tenu une dégustation à Montréal cet automne pour célébrer le dixième anniversaire du "Berlin tasting" où il a commencé à opposer ses vins de luxe en semi-aveugle à des grands noms européens. Je n'ai rien trouvé dans la presse québécoise à ce sujet, si ce n'est sur des blogues ici, ici et ici.
vendredi 2 janvier 2015
CABERNET SAUVIGNON, RESERVA, 2012, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ
Dans un pays comme le Chili à qui l'on
reproche souvent la grosseur de ses producteurs qui font de tout et
qui sont un peu partout dans le pays, il existe aussi des
contre-exemples. Un de ceux-ci, est Vina Perez Cruz. Voici un
producteur de petite taille qui ne produit que des vins rouges issus
d'un domaine unique appelé Liguai. Celui-ci est situé à
l'extrémité sud l'Alto Maipo à une altitude variant entre 1450 et
1700 pieds. Trois types distincts de sols composent le vignoble et
les parcelles sont vendangées et vinifiées séparément avant
l'assemblage final qui comprend 4% de Syrah et 1% de Cot (Malbec). Le
vin est élevé 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à
13.5% d'alcool, et montre un vif pH de 3.52 sans correction exogène
de l'acidité.
La robe est d'une teinte rubis foncé
légèrement translucide. Le nez déclare son origine avec franchise,
et quand je parle d'origine, je ne parle pas du Chili, mais bien de
l'Alto Maipo et la limite du vignoble de Liguai tellement les vins de
ce producteur ont une identité spécifique. Ça embaume la cerise,
le groseille et le cassis, les fines herbes et le menthol. Un nez
tout en fraîcheur où on peut aussi percevoir à l'arrière-plan une
touche doucement épicée, un peu de bois de cèdre et un soupçon de
poivron vert. Un superbe nez d'une très grande complexité qui allie
des types d'arômes très variés. Le ravissement se transpose en
bouche où l'on retrouve un vin à la structure compacte, supporté
par une bonne acidité qui énergise une palette de saveurs fraîches
et intenses. Le milieu de bouche confirme l'équilibre et le bon
niveau de concentration du vin, de même que la finesse des tanins,
mais ce qui marque vraiment c'est la qualité des saveurs qui rendent
ce vin simplement délicieux et facile à boire. La finale coule de
source avec ce vigoureux flot de saveurs qui s'échoue et persiste
ensuite un bon moment.
Ce vin est un de mes favoris depuis de
nombreuses années. J'ai encore une bouteille du millésime 2003 en
cave. C'est vraiment un vin incroyable, un vin qu'il est facile de
sous-estimer à cause de son faible prix (15.95$ LCBO). Il faut alors
se méfier de l'effet Veblen inversé où l'on a tendance à se dire
que si le prix est si bas, ça ne peut pas être aussi bon. Ceci dit,
comprenez-moi bien, ce qui m'a toujours ravi dans ce vin, c'est son
équilibre d'ensemble, allié à la qualité de ses arômes et de ses
saveurs. La qualité et la complexité sont incroyables pour le prix,
mais le vin n'a pas le niveau de concentration et la longueur en
bouche des cuvées de luxe. Il joue dans un autre registre et c'est
ce qui fait son charme. C'est un vin qui représente pour moi la
quintessence du Cabernet chilien de type Reserva, il en a les
proportions et l'équilibre et en prime c'est un vin de terroir
exemplaire car il montre un profil aromatique unique qui reflète le
lieu d'où il provient. En ce sens, il me fait penser à l'Antiguas
Reservas de Cousino Macul du siècle passé, lorsqu'il provenait du
vieux vignoble de Macul. C'était aussi un vin au profil aromatique
unique que je pouvais facilement identifier à l'aveugle tellement il
était typique. À sa manière, ce Cab, Reserva, de Perez Cruz
réussit le même exploit et ce n'est pas peu dire. Ce vin a aussi un
bon potentiel de garde, chose que je sais d'expérience car j'ai de
nombreux millésimes en cave et ça évolue très bien. Il est à
noter que ce 2012 est obturé avec une capsule à vis en polymère
Saranex. J'avais des doutes à ce sujet quant à l'impact sur le
potentiel de garde du vin. J'ai donc contacté le producteur et
l’œnologue en chef, German Lyon, m'a répondu que ça fait
maintenant quatre ans qu'il bouche des bouteilles avec ce type
d'obturateur et qu'après quatre ans les premiers vins évoluent très
bien, sans TCA, bien sûr, mais aussi sans différences notables
entre les bouteilles d'un même millésime. En conclusion, si vous aimez
les vins de terroir vifs et faciles à boire où la qualité
aromatique prime sur la concentration et l'extraction, ce Cabernet,
Reserva de Perez Cruz est exemplaire. Une véritable aubaine qui
permet de découvrir l'essence du Cab de l'Alto Maipo.
mercredi 31 décembre 2014
Note ou réputation?
Ceux qui me lisent avec un peu de régularité savent le peu d'estime que j'ai pour le système de notation sur 100. N'empêche, malgré mon désaccord avec ce système, ces chiffres arrivent tout de même à retenir mon attention, surtout qu'au Chili on les affiche souvent sur les bouteilles quand ils paraissent favorables au contenu de de celles-ci. Je ne base donc pas mes achats sur ces chiffres, mais en même temps, il est difficile de les ignorer, surtout quand on fait des recherches sur les vins comme c'est mon cas. Ceci dit, ces recherches me portent aussi à lire beaucoup à propos des vins auxquels je m'intéresse. Toutes ces lectures m'ont amené, dans le cas du Chili, à avoir une assez bonne idée des producteurs et des vins qui sont considérés parmi les meilleurs du pays. Ce consensus informel non chiffré est ce qu'on appelle la réputation. Toujours est-il que quelques dégustations récentes m'ont amené à comparer les notes de vins que j'ai dégustés et leurs réputations. Il y avait d'abord le Sol de Sol, 2008, Malleco, Vina Aquitania et le Quebrada Seca, 2011, Limari, Maycas de Limari, deux vins de Chardonnay qui ont la réputation d'être, parmi les vins de ce cépage, au sommet de la hiérarchie chilienne. Ensuite, il y avait des vins moins reconnus, soit le Chardonnay, 2013, Aconcagua Costa, Vina Arboleda et le Montes Alpha, 2013, Casablanca, Vina Montes. Ces quatre vins ont obtenus des notes, de divers critiques, se situant entre 90 et 92. Ainsi, si on se fie au système sur 100, on pourrait penser avoir affaire à des vins d'un niveau qualitatif similaire. Toutefois, à la dégustation, les deux derniers n'étaient juste pas dans la même classe que les deux premiers, même pas proches. Les deux premiers donnaient vraiment l'impression d'être des vins de haut niveau, alors que les deux seconds étaient vraiment ordinaires et décevants. Si j'avais eu à mettre des chiffres sur mon appréciation de ces vins, il y aurait facilement eu 10 points d'écart à l'avantage des deux premiers. Les vins furent dégustés séparément et à étiquettes découvertes, mais je ne pense pas que cela ait eu une influence déterminante. Je souhaitais que les quatre vins soient bons et avec des vins situés dans l'intervalle (20$ - 30$), on demeure assez loin d'un possible effet Veblen.
La petite expérience que je rapporte ici est plutôt anecdotique et je ne me permettrais pas d'en tirer une règle absolue. Toutefois, une chose est sûre pour moi, c'est que je me fie plus à la réputation d'un producteur on d'une cuvée donnée, qu'aux notes précises du système sur 100. Mon expérience assez poussée des vins chiliens m'a montré que dans ce contexte la notation sur 100 ne tient pas la route. En fait il n'y a pas de système infaillible, mais selon mon expérience, au-delà de l'expérience personnelle qui demeure le meilleur guide, les lectures à propos des producteurs et des vins conduisent à de meilleurs choix que les fameux chiffres du système Parker. Bien sûr, dans un pays en évolution rapide comme le Chili les surprises, bonnes et mauvaises, peuvent être nombreuses, par exemple, le Arboleda, 2013, m'a beaucoup déçu, moi qui avait adoré le 2011, mais je pense qu'en général, malgré de possibles erreurs de parcours, un fil conducteur est maintenu chez un bon producteur. La réputation se bâtit dans la constance et sur la durée et les mots permettent de comprendre tout le contexte entourant un producteur et ses vins, chose que les chiffres ne pourront jamais faire. Les mots ne font pas juste les réputations, ils les définissent. Pour moi ça demeure encore le meilleur guide pour m'aider à faire mes propres expériences et trouver des vins qui me plaisent.
La petite expérience que je rapporte ici est plutôt anecdotique et je ne me permettrais pas d'en tirer une règle absolue. Toutefois, une chose est sûre pour moi, c'est que je me fie plus à la réputation d'un producteur on d'une cuvée donnée, qu'aux notes précises du système sur 100. Mon expérience assez poussée des vins chiliens m'a montré que dans ce contexte la notation sur 100 ne tient pas la route. En fait il n'y a pas de système infaillible, mais selon mon expérience, au-delà de l'expérience personnelle qui demeure le meilleur guide, les lectures à propos des producteurs et des vins conduisent à de meilleurs choix que les fameux chiffres du système Parker. Bien sûr, dans un pays en évolution rapide comme le Chili les surprises, bonnes et mauvaises, peuvent être nombreuses, par exemple, le Arboleda, 2013, m'a beaucoup déçu, moi qui avait adoré le 2011, mais je pense qu'en général, malgré de possibles erreurs de parcours, un fil conducteur est maintenu chez un bon producteur. La réputation se bâtit dans la constance et sur la durée et les mots permettent de comprendre tout le contexte entourant un producteur et ses vins, chose que les chiffres ne pourront jamais faire. Les mots ne font pas juste les réputations, ils les définissent. Pour moi ça demeure encore le meilleur guide pour m'aider à faire mes propres expériences et trouver des vins qui me plaisent.
jeudi 25 décembre 2014
SERENIDAD, 2012, PUENTE ALTO, MAIPO, CASA MAGREZ
J'ai acheté ce vin pour deux raisons.
La première, il vient de la réputée sous-région de Puente Alto,
lieu d'où originent plusieurs vins chiliens réputés à base de
Cabernet Sauvignon (Don Melchor, Vinedo Chadwick, Almaviva). La
deuxième, le vin porte la marque de Bernard Magrez, un français
très actif et réputé pour avoir augmenté la qualité de certains
vins bordelais (Pape Clément, La Tour Carnet). J'étais donc curieux
de voir ce que cette combinaison pouvait donner comme résultat. Ceci
dit, après l'achat du vin, je me suis aperçu en lisant la
contre-étiquette, collée sur l'originale, que le réel producteur
de ce vin est Vina La Rosa, un producteur implanté au royaume du
Carmenère, à Peumo dans Cachapoal. Je suppose que le vin a été
élaboré selon les spécifications du groupe Magrez. Aussi, sur le
site de Magrez, il y a de la confusion sur le lieu d'origine de ce
vin. Sur la fiche technique du millésime 2011, on parle en
introduction de Puente Alto, mais plus loin on dit que le lieu
d'origine du vin est San Bernardo, un endroit plus chaud situé
directement à l'ouest de Puente Alto, à l'intérieur de la vallée
de Maipo. Pour rajouter à la confusion, on dit que le millésime
2011 est issu d'un vignoble d'un hectare dont l'encépagement est
100% Cabernet Sauvignon, alors que le site de la SAQ dit que ce 2012
est un assemblage à parts égales de Cab et de Syrah issu du même
vignoble de un hectare. Ça ne colle pas. Tout ça pour dire que
l'information sur ce vin semble très confuse. L'étiquette nous
trompe sur le réel producteur et il est difficile d'être certain de
l'origine exacte et des cépages qui composent ce vin. Autre élément
surprenant, pour jeter encore plus de confusion, le site de la SAQ
classe ce vin comme vin nature... Voilà qui est très surprenant...
Je pense que la dégustation sera plus instructive que ce qu'on peut
lire au sujet de ce vin.
La robe est sombre et bien opaque. Le
nez libère des arômes de cerises, de prunes, de bois de cèdre, de
vanille et de camphre, complétés par de très subtiles notes
évoluées de type thé et feuilles mortes. La bouche dévoile un vin
velouté et rond, encore bien marqué par le côté épicé du bois
de chêne, mais avec un doux fruité intense balancé par une touche
d'amertume. Le milieu de bouche montre une matière riche et
concentrée où la douceur boisée se fait toujours sentir. La finale
ne renie rien et monte même d'un ton sur une bonne persistance aux
relents chocolatés.
Avec toute la confusion entourant
l'élaboration et l'origine de ce vin, c'était un peu comme le
déguster en semi-aveugle. J'étais sûr qu'il était chilien et
élaboré par Vina La Rosa, mais pour le reste je devais me fier à
mes sens et à mon expérience pour tenter d'y voir plus clair. C'est
bien sûr un exercice périlleux aux réponses incertaines. Ce qui
ressort le plus pour moi de la dégustation de ce vin, c'est sa
jeunesse et son profil de vin-friandise où le boisé de
jeunesse joue un grand rôle avec sa douceur épicée et son côté
chocolaté, tout ça allié à un fruité de cerise au marasquin. À
part les notes de bois de cèdre et de camphre, difficile pour moi
d'y percevoir des caractéristiques typiques des rouges de l'Alto
Maipo. Pas de cassis frais, pas de menthol, pas de poivron vert, rien
de végétal, rien non plus qui pourrait évoquer la Syrah. Un vin au
fruité mature qui a vu une bonne dose de bois neuf. Deux éléments
qui amenuisent la typicité. L'usage du bois est cohérent avec ce
que je connais du style de Vina La Rosa, mais c'est facile à dire
quand on connaît le producteur. Tout cela étant dit, j'ai bien aimé
ce jeune vin. De temps en temps je ne boude pas mon plaisir avec des
vins de ce style. Aussi, par expérience, je sais que ce type de vin
peut se métamorphoser avec le temps pour atteindre un profil
beaucoup plus sérieux. Un profil que sa rondeur et sa douceur de
jeunesse ne laissent pas soupçonner aujourd'hui. Pour qui n'a jamais
fait cette expérience, ça demande un réel acte de foi pour mettre
ce genre de vin en cave. Au final, on a un vin de belle qualité,
offert à un bon prix, mais à choisir, je préfère les vins venant
directement du producteur. Si je veux un Cab de Puente Alto de grande
qualité et offert à bon prix, et dont je suis sûr de l'origine, je
vais acheter le Cab, Marques de Casa Concha de Concha y Toro. Encore
une fois, le vin est de belle qualité, c'est ce qui l'entoure qui
m'embête. Ici on a Magrez qui met son nom sur l'étiquette en
prétendant être le producteur, alors qu'il joue plutôt les
revendeurs en fournissant une information nébuleuse sur le contenu de la bouteille. Je ne sais pas pourquoi la SAQ s'entête à offrir
ces vins chiliens de filière française en manque d'identité,
penser à l'Escudo Rojo, alors qu'il y a tant de bons producteurs
chiliens axés sur l'identité et le terroir qui sont absents des
tablettes de notre monopole, par exemple, Vina Leyda ou Vina Falernia. Le moins que je puisse dire c'est que ce qui entoure ce vin manque de sérénité.
samedi 20 décembre 2014
CHARDONNAY, QUEBRADA SECA, 2011, LIMARI, MAYCAS DEL LIMARI
Je parlais dans un texte précédant de
l'aversion qu'ont certains amateurs et professionnels pour les vins
venant de gros producteurs, simplement parce qu'ils viennent de gros
producteurs. Comme si un gros producteur ne pouvait faire que du vin
industriel. Cette position est bien sûr idéologique et ne reflète
pas dans bien des cas la réalité et Maycas de Limari est un bel
exemple pour le démontrer. Maycas de Limari est la propriété de
Concha y Toro, le géant vinicole chilien. Pourtant, sa création est
le fruit de l'initiative d'un des plus brillants employés de la
compagnie, Marcelo Papa, œnologue en charge, entre autres, de la
gamme Marques de Casa Concha. Une des gamme de vins offrant le
meilleur RQP sur la planète avec des vins de haut calibre offerts à
des prix très abordables. C'est donc Papa qui a convaincu ses
patrons d'investir dans la région de Limari il y a une dizaine
d'années en rachetant le producteur Francisco de Aguirre et en se
lançant dans la plantation de nouveaux vignobles basée sur une
cartographie minutieuse des types de sols. Ce Chardonnay provient du
vignoble Quebrada Seca situé à 180 mètres d'altitude, au nord de
la région, à 22 km du Pacifique. Cette partie de la vallée de Limari n'est pas à proprement parler une région de climat frais,
mais la nature acide du sol, riche en carbonate de calcium, permet le
production de vins montrant une bonne fraîcheur. L'élaboration de
ce vin se fait avec la pressurage de grappes entières. La
fermentation alcoolique a lieu en barriques de chêne français (36%
neuves, 52% deuxième usage, 12% troisième usage), Une fermentation
malolactique a lieu sur 14% du vin et l'élevage en barrique dure 14
mois avec bâtonnage hebdomadaire. Le vin titre à 14.1% d'alcool
pour un frais pH de 3.19 et est bien sec à 1.8 g/L de sucres
résiduels. Voir ce lien (p. 66-70) pour plus de détails sur ce vin
et son lieu d'origine
La robe est de teinte légèrement
dorée. Le nez s'exprime avec modération sur des arômes de tarte au
citron et d'abricots auxquels s'entremêlent de fines notes de fumée,
de noisette et de beurre, ainsi qu'une touche florale. En bouche le
vin est d'un superbe équilibre avec une acidité et un gras
justement dosés qui supportent et enveloppent des saveurs de haute
qualité. Ce qui est remarquable en milieu de bouche c'est la
combinaison de concentration et de légèreté de ce vin. Un pur
délice qui semble voler sur un nuage tout en ayant une très belle
présence. La finale ne brise pas le charme, au contraire, le vin y
gagne un cran en intensité sur une longueur de haut calibre et des
relents caramélisés à la toute fin.
Finesse, élégance, équilibre, voilà
les mots qui me viennent face à ce vin de haut calibre où rien ne
semble forcé, où tout semble couler de source. Si ce vin laisse
entrevoir ce que le futur réserve aux vins blancs issus des nouveaux
terroirs chiliens, il est clair que ce futur est brillant. Je ne
donne pas de notes aux vins car j'ignore ce qu'est un vin parfait.
Ceci dit, quand je déguste un vin et que je n'arrive pas à lui trouver de
faiblesses et que j'y perçois de nombreuses qualités, je me dis
alors qu'il se rapproche du haut calibre. C'est le cas de cette cuvée Quebrada Seca. Ce vin est actuellement
disponible en Ontario, sur Vintages Shop Online, pour seulement 30$
la bouteille. C'est cher pour un blanc chilien, mais compte tenu du
haut niveau qualitatif ce vin offre un superbe RQP. Servi à
l'aveugle récemment à des connaisseurs, certains évoquaient la
Bourgogne. Pour ma part je trouve qu'en terme de qualité ça n'a
rien à envier aux cuvées supérieures de Kumeu River en
Nouvelle-Zélande et je l'ai préféré au Hamilton-Russell d'Afrique
du Sud. Bien sûr, seule une dégustation en pure aveugle dans une
série de bons vins du genre pourrait permettre de préciser où il
se situe, mais pour moi il est clair que le niveau est très bon.
Comme il est maintenant légal de ramener au Québec une caisse de
vin achetée en Ontario, je ne saurais trop vous recommander
d'acheter ce très beau vin. Il est encore bien jeune et a ce qu'il
faut pour bien évoluer en bouteille au cours de la prochaine
décennie. Avec le Sol de Sol de Aquitania, ce Quebrada Seca
représente ce que j'ai goûté de mieux à date en vins de
Chardonnay d'origine chilienne. Les nouveaux vignobles récemment
plantés de meilleure façon devraient permettre de faire encore
mieux d'ici quelques années.
mercredi 17 décembre 2014
SYRAH, CORRALILLO, 2010, SAN ANTONIO, VINA MATETIC
L'origine des vins chiliens devient de
plus en plus précise. Il est révolu le temps où l'on pouvait
parler de vin chilien de façon indifférenciée. C'est là une
résultante du virage terroir entrepris sérieusement dans ce pays il
y a une quinzaine d'année. Par exemple, l'appellation d'origine de
ce vin est San Antonio, une appellation qui couvre toute l'extension
maritime de la vallée de Maipo, au-delà de la chaîne de montagnes
côtières. Ceci dit, dans la région de San Antonio, il y a la sous
région de de Leyda au sud, près de l'embouchure du Maipo, il y a
aussi Lo Abarca plus au nord, là où s'est installé le pionnier
Casa Marin, et il y a Rosario, situé à l'extrémité nord-est de la
région, à la frontière de la région voisine de Casablanca. Ce vin
est issu de deux clones de Syrah cultivés en biodynamie sur
différentes parcelles en pentes aux expositions variées. La
vinification est effectuée en plusieurs lots utilisant des
techniques variées, dont une partie de grappes entières, suivi d'un
élevage d'un an en barriques de chêne français, incluant une
malolactique, et de l'assemblage final. Le vin titre à 14% d'alcool
pour un vif pH de 3.44 et est bien sec avec 1.8 g/L de sucres
rédiduels.
La robe est foncée, opaque et
éclatante. Le nez révèle un généreux profil de climat frais,
avec des arômes carnés (viande fumée, rôti de bœuf) très
marqués à l'ouverture. Cela s'atténue progressivement avec une
longue aération pour laisser plus de place aux effluves de fruits,
noirs et rouges, de poivre noir, de chocolat noir, d'olives noires et
d'épices douces. Après une couple d'heures d'aération ce jeune vin
déploie un beau nez bien équilibré. En bouche, on retrouve un vin
qui allie fraîcheur et intensité en montrant une très belle
qualité de saveurs sur une trame tannique ferme et lisse. Le milieu
de bouche confirme l'équilibre d'ensemble de ce vin compact au bon
niveau de concentration, mais sans tomber dans l'excès. En finale
les saveurs montent d'un bon cran au niveau de l'intensité pour
magnifier l'essence de ce nectar sur une longueur de très bon
calibre.
Superbe Syrah de climat frais que cette
cuvée Corralillo avec un profil qui évoque par certains aspects
l'archétype Rhône nord, mais qui en même temps montre cette
intensité particulière qui caractérise souvent les jeunes vins du
Chili. Une intensité qui s'atténue avec l'âge et qui permet à ces
vins de se rapprocher encore plus du de l'esthétique des vins
européens avec le temps. Ceci dit, ce vin est dans la veine des
rouges chiliens de type Reserva en terme d'équilibre, c'est-à-dire
sans excès de concentration, d'extraction ou de boisé. C'est donc
un vin qui malgré sa jeunesse se laisse boire sans effort pour peu
que l'on aime les jeunes vins sur leur éclat de jeunesse. Le
potentiel de garde me semble clair et à 25$ il s'agit d'un bon achat
pour une Syrah de climat frais.
samedi 13 décembre 2014
Paradoxe chilien (suite)
Pour faire suite à un premier article sur le sujet, je suis tombé sur un autre texte d'un chroniqueur-vin canadien anglais à propos du Nouveau-Chili, du Chili 2.0.. Un autre texte qui tente de trouver un remède à ce que j'appelle le paradoxe chilien. Cette fois ça vient de la Colombie-Britannique sous la plume de Anthony Gismondi. Son texte m'a laissé perplexe car sa solution consisterait à augmenter les prix des vins pour mieux refléter leur qualité. Je comprend mal comment on peut reprocher à un pays d'offrir des vins de qualité à des prix trop abordables. Je sais que l'effet Veblen existe et que l'image de prestige compte pour beaucoup dans le monde du vin, mais il me semble que vendre le vin plus cher n'est pas la solution pour ce pays. Ceux que le Chili rebute de façon irrationnelle. Ceux qui ne s'intéressent pas aux vins chiliens juste parce qu'ils viennent du Chili n'en achèteront pas plus si le prix de ces vins augmente. La seule façon de voir les prix de ces vins augmenter sainement serait que les leaders d'opinion en parlent et en reconnaissent la qualité et le RQP très favorable d'une bonne partie de ceux-ci. Malheureusement, il semble y avoir un mur psychologique infranchissable pour les vins chiliens. Pour quelqu'un comme moi qui en a fait son pays de prédilection, justement à cause du RQP général incroyable qu'offre ces vins, ce phénomène dépasse l'entendement. Il y a des vins mauvais et ordinaires au Chili comme ailleurs, mais pour peu qu'on s'y intéressent, les aubaines sont tellement nombreuses et ce jusqu'à des niveaux qualitatifs très élevés qu'il est difficile de comprendre qu'ils ne soient pas plus reconnus.
Je lisais hier un fil de discussion sur le forum LPEL où l'on parle du phénomène de la mode branchée dans le monde du vin et comment un certain type d'amateurs et de professionnels n'aiment que ce qui est petit et à la marge et rejettent tout ce qui est établi ou peut sembler mercantile. La manière de penser de ce milieu à la mode défie la raison. On rejette de grandes régions et de grands vins pour des raisons purement idéologiques, des raisons qui sont étrangères au vin lui-même. Dans le cas du Chili, il me semble qu'un phénomène analogue opère. Les vins de ce pays sont rejetés par les amateurs se voulant sérieux simplement à cause de leur origine et de l'idée qu'on y associe. En ce sens, le Chili est rejeté à gauche comme à droite. Le Chili est un pays où les gros producteurs contrôlent la majorité de la production, alors c'est un péché mortel à gauche, alors qu'à droite on ne s'intéresse pas à des vins de grands groupes qui peuvent vendre à la fois du Casillero del Diablo et du Don Melchor. Il y a clairement condamnation par association et on se dit qu'un vin à 20$ ne peut pas vraiment être un vin sérieux. Mais même si on vendait ce vin deux fois plus cher, il n'intéresserait pas plus ce type d'amateurs pour qui prix et prestige vont de pair. Dans le monde du vin, l'aspect commercial est très mal vu. À gauche on rejette toute image référant au commerce ou à une industrie, alors qu'à droite on accepte l'importance de l'argent, mais il vaut mieux posséder un château et avoir des airs d'aristocrate pour oser demander un prix élevé pour une bouteille de vin. Dans ces circonstances, il est pratiquement inutile d'essayer d'expliquer qu'une compagnie importante, comme on en retrouve plusieurs au Chili, puisse aussi faire du vin de haute qualité. Inutile d'essayer d'expliquer que ces compagnies importantes ont la masse critique pour développer une large expertise. On veut soit un pseudo baron dans son château, ou un petit artisan et ses micro-cuvées qui se feraient presque seules par la l'action magique de la nature. La grande majorité de la production chilienne tombe entre ces deux pôles caricaturaux.
Comme on peut le voir, quoi qu'il fasse, à moins de se métamorphoser, le Chili semble pris de tous les côtés. Augmenter les prix pour se donner des airs plus sérieux ne réglera rien et la structure de son industrie ne changera pas de manière drastique. Cependant, là où une amélioration pourrait être apportée, c'est au niveau de l'image de marque. Le meilleur exemple pour moi c'est une gamme de vins qui est depuis longtemps sur les tablettes de la SAQ, soit la gamme Max Reserva de Errazuriz. Cette gamme a connu un développement important ces dernières années avec le développement des vignobles de l'Aconcagua Costa. Ces vignobles côtiers permettent maintenant de produire des vins de climat frais, mais ceux-ci ont été noyés en terme d'image dans la gamme Max Reserva issue des vignobles plus anciens du groupe situés dans la partie chaude de la vallée. Cette idée de gamme très large est un obstacle majeur à la différentiation des produits et à la découverte de la diversité du vignoble chilien. Malheureusement, les gros joueurs chiliens qui savent faire des vins de très belle qualité autour des 20$ banalisent ces vins en les rangeant dans de larges gammes comme Max Reserva, Marques de Casa Concha, Medalla Real, 1865, EQ, Cuvée Alexandre, etc... Pourtant, il existe des producteur qui ont compris comment démarquer leurs vins. Vina Leyda en est un bon exemple avec le nom de la parcelle d'origine accolée à chaque vin de niveau supérieur, Sauvignon Blanc (Garuma), Pinot Noir (Las Brisas) (Cahuil), Sauvignon Gris (Kadun), Chardonnay (Falaris Hill), Riesling (Neblina), Syrah (Canelo), et quand on va sur leur site web on peut visualiser le vignoble et les différentes parcelles. Casa Marin est un autre producteur chilien qui suit cette voie. C'est là un exemple qui devrait être suivi de manière générale au Chili pour les vins de milieu et de haut de gamme. Ça me semble la seule façon pour de grosses corporations de donner une histoire et d'ainsi différencier leurs vins de haute qualité. On devrait aussi mettre les winemakers et viticulteurs de l'avant car même dans de grosses corporations, le vin ne se fait pas tout seul. Il y a des gens qui procèdent à son élaboration. Bien sûr, ça n'aura jamais le bucolique du stéréotype du petit paysan amoureux de son terroir qui préserve un mode de vie ancestral, mais ça montrerait qu'il y a des gens vivent pour et par ces vins.
En conclusion, comme voie vers le salut, M. Gismondi fait la même recommandation aux producteurs chiliens que Bill Zacharkiw,
"Oh and be Chile, because no other country can replicate that."
Mais plus tôt dans son article il écrivait ceci:
"In my opinion, and for too many years now, Chile’s best wines have been suppressed by wholesale buyers, distributors, monopolies and supermarkets content to sell expensive French, Italian or American wine while convincing the Chileans they need to attack the market from the bottom end up, because, well they were Chilean and well, the wine was from South America"
Ça illustre bien qu'il est facile de dire aux chiliens de refléter le Chili dans leurs vins, mais au fond le problème de perception demeure. L'origine du vin en elle même est considérée comme une tare, pas sa qualité, pas sa typicité. Juste son origine. Il y a là un problème qui semble vraiment insoluble. C'est le fameux paradoxe chilien.
Je lisais hier un fil de discussion sur le forum LPEL où l'on parle du phénomène de la mode branchée dans le monde du vin et comment un certain type d'amateurs et de professionnels n'aiment que ce qui est petit et à la marge et rejettent tout ce qui est établi ou peut sembler mercantile. La manière de penser de ce milieu à la mode défie la raison. On rejette de grandes régions et de grands vins pour des raisons purement idéologiques, des raisons qui sont étrangères au vin lui-même. Dans le cas du Chili, il me semble qu'un phénomène analogue opère. Les vins de ce pays sont rejetés par les amateurs se voulant sérieux simplement à cause de leur origine et de l'idée qu'on y associe. En ce sens, le Chili est rejeté à gauche comme à droite. Le Chili est un pays où les gros producteurs contrôlent la majorité de la production, alors c'est un péché mortel à gauche, alors qu'à droite on ne s'intéresse pas à des vins de grands groupes qui peuvent vendre à la fois du Casillero del Diablo et du Don Melchor. Il y a clairement condamnation par association et on se dit qu'un vin à 20$ ne peut pas vraiment être un vin sérieux. Mais même si on vendait ce vin deux fois plus cher, il n'intéresserait pas plus ce type d'amateurs pour qui prix et prestige vont de pair. Dans le monde du vin, l'aspect commercial est très mal vu. À gauche on rejette toute image référant au commerce ou à une industrie, alors qu'à droite on accepte l'importance de l'argent, mais il vaut mieux posséder un château et avoir des airs d'aristocrate pour oser demander un prix élevé pour une bouteille de vin. Dans ces circonstances, il est pratiquement inutile d'essayer d'expliquer qu'une compagnie importante, comme on en retrouve plusieurs au Chili, puisse aussi faire du vin de haute qualité. Inutile d'essayer d'expliquer que ces compagnies importantes ont la masse critique pour développer une large expertise. On veut soit un pseudo baron dans son château, ou un petit artisan et ses micro-cuvées qui se feraient presque seules par la l'action magique de la nature. La grande majorité de la production chilienne tombe entre ces deux pôles caricaturaux.
Comme on peut le voir, quoi qu'il fasse, à moins de se métamorphoser, le Chili semble pris de tous les côtés. Augmenter les prix pour se donner des airs plus sérieux ne réglera rien et la structure de son industrie ne changera pas de manière drastique. Cependant, là où une amélioration pourrait être apportée, c'est au niveau de l'image de marque. Le meilleur exemple pour moi c'est une gamme de vins qui est depuis longtemps sur les tablettes de la SAQ, soit la gamme Max Reserva de Errazuriz. Cette gamme a connu un développement important ces dernières années avec le développement des vignobles de l'Aconcagua Costa. Ces vignobles côtiers permettent maintenant de produire des vins de climat frais, mais ceux-ci ont été noyés en terme d'image dans la gamme Max Reserva issue des vignobles plus anciens du groupe situés dans la partie chaude de la vallée. Cette idée de gamme très large est un obstacle majeur à la différentiation des produits et à la découverte de la diversité du vignoble chilien. Malheureusement, les gros joueurs chiliens qui savent faire des vins de très belle qualité autour des 20$ banalisent ces vins en les rangeant dans de larges gammes comme Max Reserva, Marques de Casa Concha, Medalla Real, 1865, EQ, Cuvée Alexandre, etc... Pourtant, il existe des producteur qui ont compris comment démarquer leurs vins. Vina Leyda en est un bon exemple avec le nom de la parcelle d'origine accolée à chaque vin de niveau supérieur, Sauvignon Blanc (Garuma), Pinot Noir (Las Brisas) (Cahuil), Sauvignon Gris (Kadun), Chardonnay (Falaris Hill), Riesling (Neblina), Syrah (Canelo), et quand on va sur leur site web on peut visualiser le vignoble et les différentes parcelles. Casa Marin est un autre producteur chilien qui suit cette voie. C'est là un exemple qui devrait être suivi de manière générale au Chili pour les vins de milieu et de haut de gamme. Ça me semble la seule façon pour de grosses corporations de donner une histoire et d'ainsi différencier leurs vins de haute qualité. On devrait aussi mettre les winemakers et viticulteurs de l'avant car même dans de grosses corporations, le vin ne se fait pas tout seul. Il y a des gens qui procèdent à son élaboration. Bien sûr, ça n'aura jamais le bucolique du stéréotype du petit paysan amoureux de son terroir qui préserve un mode de vie ancestral, mais ça montrerait qu'il y a des gens vivent pour et par ces vins.
En conclusion, comme voie vers le salut, M. Gismondi fait la même recommandation aux producteurs chiliens que Bill Zacharkiw,
"Oh and be Chile, because no other country can replicate that."
Mais plus tôt dans son article il écrivait ceci:
"In my opinion, and for too many years now, Chile’s best wines have been suppressed by wholesale buyers, distributors, monopolies and supermarkets content to sell expensive French, Italian or American wine while convincing the Chileans they need to attack the market from the bottom end up, because, well they were Chilean and well, the wine was from South America"
Ça illustre bien qu'il est facile de dire aux chiliens de refléter le Chili dans leurs vins, mais au fond le problème de perception demeure. L'origine du vin en elle même est considérée comme une tare, pas sa qualité, pas sa typicité. Juste son origine. Il y a là un problème qui semble vraiment insoluble. C'est le fameux paradoxe chilien.
mercredi 10 décembre 2014
CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2011, SAN BERNARDO, MAIPO, VINA MORANDÉ
Vina Morandé est un producteur chilien
dont j'ai peu fréquenté les vins, faute de disponibilité, mais à
propos duquel j'ai lu beaucoup de bons commentaires. J'avais eu la
chance il y a quelques années, lors d'une dégustation annuelle de
Vins du Chili, d'avoir une discussion très intéressante avec l'œnologue
en chef de la maison, Ricardo Baettig, le frère de Francisco qui
occupe le même poste chez Errazuriz/Chadwick. L'œnologue en chef
des vins de spécialité est Pablo Morandé, le fondateur de la
maison en 1996, un ancien de Concha y Toro lors des années 80 et
pionnier de la viticulture dans la région de Casablanca. Vina
Morandé appartient aujourd'hui à Grupo Belen, un holding possédant
d'autres "wineries" au Chili et en Argentine, et
oeuvrant aussi dans le secteur du tourisme et de l'huile d'olive.
Pour en revenir à Vina Morandé, c'est un producteur axé sur les
vins de terroir et qui de ce fait produit des vins issus de plusieurs
régions du Chili, là où le climat et le sol conviennent aux
cépages cultivés. Vina Morandé est aussi un pionnier de la la
plantation de vignobles à haute densité au Chili. Cette philosophie
encore rare dans le pays a été adoptée en 2005 et on a planté des
vignobles avec des densités allant de 7000 à 10000 plants à
l'hectare, alors que la norme chilienne est plutôt de 3500 plant à
l'hectare. Ce Cabernet Sauvignon est issu du vignoble San
Bernardo, un vignoble plus ancien d'où est aussi issu le grand vin
de type bordelais de la maison, le House of Morandé. Le vin est
élevé pendant 14 mois en foudres de chêne de 2000 et 4000 litres,
et en partie en barriques de 225 L. Il titre à 14.5% d'alcool, avec
un vif pH de 3.44, tout en étant très sec à 2.54 g/L de sucres
résiduels.
La robe est d'une sombre opacité. Le
nez exhale des arômes de cerises et de mûres, complétés par une
touche doucement épicée, du bois de cèdre et un léger aspect
terreux. En bouche la matière est dense avec un fruité intense,
équilibré par une saine dose d'amertume. Le milieu de bouche révèle
un vin aux saveurs concentrées et aux tanins biens polis. Le vin
montre un profil sérieux de Cab de climat chaud où la maturité du
fruit marque le style. Pas de poivron vert, pas de cassis frais, pas
d'aspect végétal, mais pas de surmaturité non plus, que du fruit
bien mûr, de qualité, amalgamé à une agréable touche épicée et
terreuse. Un vin pour qui déteste l'aspect végétal du Cab de
climat plus frais, mais ça demeure un vin droit, loin du préjugé
bedonnant qu'on associe souvent aux vins de climats chauds. La finale
est longue et très intense, avec la chaleur de l'alcool qui
enveloppe l'ensemble mais qui demeure agréable avec son côté vin
d'hiver réconfortant.
La maturité du fruit efface en partie
la typicité du cépage et du lieu. C'est vrai. Ce vin en est un bel
exemple, mais en même temps ça demeure un vin de terroir car c'est
justement son origine précise, à l'intérieur de la vallée de
Maipo, qui permet ce résultat. Le vignoble de San Bernardo d'où ce
vin est issu est situé en banlieue de Santiago, au sud de la
capitale à la même latitude que Puente Alto, mais à l'ouest de
cette zone réputée de l'Alto Maipo. C'est donc un vin de
l'intérieur de la vallée, issu d'un terroir plus chaud qui subit
moins l'influence rafraîchissante des Andes. C'est un vin qui me
semble moins posséder cette typicité chilienne que l'on retrouve
exacerbée là où l'écart entre les températures du jour et de la
nuit est très important. Ceci dit, ce n'est pas pour moi un aspect
négatif, c'est plutôt un atout au niveau de la diversité de styles
que peut offrir le pays car le vin est de belle qualité. En réalité,
ce vin n'a rien d'une bombe de fruit, il est de profil sérieux,
droit et ferme. C'est au niveau de la faiblesse, voire de l'absence
d'arômes végétaux, et de la nature du fruit que la maturité se
fait sentir. À 17$ en Ontario c'est assurément un très bel achat
et le potentiel de garde me semble évident. J'ai bu ce vin sur trois
jours et il était meilleur le troisième jour, plus souple, mieux
intégré.
dimanche 30 novembre 2014
CHARDONNAY, GRANDE RESERVE, 2009, CASABLANCA, VINA CATRALA
Vina Catrala est un producteur chilien
que je ne connaissais pas avant de faire quelques recherches qui
m'ont amené à acheter ce vin. C'est une « boutique winery »
située à Lo Orozco, dans la partie nord-ouest de la vallée de
Casablanca, près de la ville côtière de Valparaiso. L'élaboration
de ce vin inclut la vendange manuelle, le pressurage des grappes
entières, aucune correction du moût, fermentations alcoolique et
malolactique en barriques de chêne français et élevage en
barriques d'une durée de 10 mois. La fermentation alcoolique utilise
des levures sélectionnées et la malolactique n'est effectuée que
sur une partie du vin. Le vin titre à 14.2% d'alcool, pour un pH
très vif de 2.97 et est bien sec avec ses 2.27 g/L de sucres
résiduels.
La robe exhibe une légère teinte
dorée. Le nez exhale avec modération des arômes de pêche, de
poire et d'ananas, complétés par des notes de beurre, d'épices
douces, ainsi qu'un très léger aspect rappelant le bord de
ruisseau. Si le nez est un peu discret, la bouche elle révèle un
vin démonstratif qui déploie une concentration de saveurs
remarquable. C'est riche et intense, sans lourdeur, avec un bon
volume et un bel équilibre. Il y a juste ce qu'il faut de gras pour
absorber un peu l'intensité des saveurs de grande qualité. La
finale est percutante, toute en intensité, et d'une très grande
persistance.
Ce Chardonnay de Catrala est une
superbe découverte pour moi. Un vin à mi-chemin entre un style de
climat frais et un chardo de terroir plus tempéré. Il n'est pas le
plus complexe, mais la qualité et la concentration des saveurs
fruitées est impressionnante, sans compter une longueur en bouche
digne d'un grand vin. La concentration et la longueur sont carrément
renversantes pour un vin de ce prix (18.95$). Ça se compare
facilement à ce qu'on retrouve dans des vins deux à trois fois plus
chers, d'appellation plus prestigieuses. Ce qui est aussi
impressionnant, c'est que malgré 5 ans en bouteille le vin est
toujours d'une fraîcheur exemplaire. Il est clair que ce vin a le
potentiel pour évoluer en bouteille pendant au moins 10 autres
années. Ce n'est pas rien pour un vin blanc de prix aussi abordable.
Un autre formidable RQP issu d'un de ses petits producteurs chiliens
moins connus, mais dont le nombre augmente d'année en année. Un vin
qui a aussi une origine précise, et j'aime voir le producteur
l'écrire sur l'étiquette. Ce vin ne vient pas simplement de la
région de Casablanca. Il vient de Lo Orozco. C'est de cette façon
que le Chili va finir par être reconnu pour la diversité de ses
terroirs.
samedi 22 novembre 2014
Le paradoxe chilien du Québec: pourquoi seulement 5% de parts de marché?
Dans l'entrée précédente je vantais les mérites de la presse et du marché britanniques en matière de vins. On y retrouve de l'ouverture et beaucoup moins de dogmatisme qu'ici au Québec où on nous rejoue le même vieux disque de grands classiques depuis des lunes. Heureusement, il y a une exception à cette règle et c'est Bill Zacharkiw, l'ancien blogueur, en charge depuis plusieurs années maintenant de la section vin au quotidien anglophone The Gazette. C'est lui, et de loin, qui offre ici une vision diversifiée du monde du vin. Je ne sais pas si c'est parce qu'il ne s'adresse pas premièrement à un lectorat francophone qu'il peut ou doit ainsi être moins franco-français et eurocentriste que ses collègues des médias francophones, mais toujours est-il qu'il est celui qui explique le mieux la globalité du monde du vin à ses lecteurs dans le microcosme québécois de la chose vinique. Ceci dit, il a ses goûts et ses idées, et ça transparaît dans ses textes, mais quand on les connaît on peut très bien décoder son discours et l'adapter par rapport à notre propre sensibilité.
L'idée de parler de l'apport de Bill Zacharkiw au monde du vin québécois m'est venue ce matin quand je suis tombé sur son texte hebdomadaire qui cette semaine traite du Chili, ou devrais-je dire du Nouveau-Chili... On peut juste rêver d'un tel texte dans un des trois quotidiens montréalais de langue française. Ceux qui me lisent avec régularité n'y apprendront pas grand chose, mais l'amateur moyen qui ne fréquente pas les blogues confidentiels comme le mien pourra un peu mieux comprendre le Chili vinicole actuel. Bien sûr le texte est teinté de la sensibilité de son auteur qui privilégie les petits producteurs au dépend des gros et la fraîcheur dans le vin comme vertu fondamentale. Mais à la fin on comprend que le Chili fait maintenant légitimement partie de l'offre mondiale de vins fins. On comprend aussi que le pays offre maintenant un choix bien plus diversifié qu'il y a 15 ans, qu'il peut être distinctif, et que ça demeure une destination privilégiée en terme de rapport qualité/prix. Seul oubli, le potentiel de garde des rouges chiliens de prix abordables. Pourtant, M. Zacharkiw en a déjà fait l'expérience.
Finalement, une phrase de la conclusion du texte montre bien la situation dans laquelle se retrouve toujours le Chili en terme de perception et le dilemme auquel il fait face:
"Once they stop trying to please export markets and simply make the wine that is best expression of what they have, those markets will come to them".
Cette phrase se situe quelque part entre le sophisme et la prophétie auto-réalisatrice. Si plus de leaders d'opinion dans le monde du vin écrivaient des textes comme celui de M. Zacharkiw et répétaient sincèrement cette phrase, on serait en face d'une prophétie auto-réalisatrice, mais dans un marché comme celui du Québec, elle relève plus pour le moment du sophisme. Tout ça pour dire que tant que certains préjugés sur le Chili ne tomberont pas. Que les textes rendant vraiment compte de la réalité des vins de ce pays ne seront pas plus fréquents, c'est la perception négative incrustée qui triomphera. Produire des vins distinctifs et de grande qualité ne suffit pas, malheureusement. Le vin demeure un produit où l'idée qu'on s'en fait est primordiale à son appréciation. Tant que l'idée qu'on s'en fait ne changera pas, le paradoxe chilien persistera.
L'idée de parler de l'apport de Bill Zacharkiw au monde du vin québécois m'est venue ce matin quand je suis tombé sur son texte hebdomadaire qui cette semaine traite du Chili, ou devrais-je dire du Nouveau-Chili... On peut juste rêver d'un tel texte dans un des trois quotidiens montréalais de langue française. Ceux qui me lisent avec régularité n'y apprendront pas grand chose, mais l'amateur moyen qui ne fréquente pas les blogues confidentiels comme le mien pourra un peu mieux comprendre le Chili vinicole actuel. Bien sûr le texte est teinté de la sensibilité de son auteur qui privilégie les petits producteurs au dépend des gros et la fraîcheur dans le vin comme vertu fondamentale. Mais à la fin on comprend que le Chili fait maintenant légitimement partie de l'offre mondiale de vins fins. On comprend aussi que le pays offre maintenant un choix bien plus diversifié qu'il y a 15 ans, qu'il peut être distinctif, et que ça demeure une destination privilégiée en terme de rapport qualité/prix. Seul oubli, le potentiel de garde des rouges chiliens de prix abordables. Pourtant, M. Zacharkiw en a déjà fait l'expérience.
Finalement, une phrase de la conclusion du texte montre bien la situation dans laquelle se retrouve toujours le Chili en terme de perception et le dilemme auquel il fait face:
"Once they stop trying to please export markets and simply make the wine that is best expression of what they have, those markets will come to them".
Cette phrase se situe quelque part entre le sophisme et la prophétie auto-réalisatrice. Si plus de leaders d'opinion dans le monde du vin écrivaient des textes comme celui de M. Zacharkiw et répétaient sincèrement cette phrase, on serait en face d'une prophétie auto-réalisatrice, mais dans un marché comme celui du Québec, elle relève plus pour le moment du sophisme. Tout ça pour dire que tant que certains préjugés sur le Chili ne tomberont pas. Que les textes rendant vraiment compte de la réalité des vins de ce pays ne seront pas plus fréquents, c'est la perception négative incrustée qui triomphera. Produire des vins distinctifs et de grande qualité ne suffit pas, malheureusement. Le vin demeure un produit où l'idée qu'on s'en fait est primordiale à son appréciation. Tant que l'idée qu'on s'en fait ne changera pas, le paradoxe chilien persistera.
mardi 18 novembre 2014
REVUE DE PRESSE
Petite revue de quelques éléments qui ont retenu mon attention lors de mes lectures sur la toile.
D'abord un petit article de Vin Québec où l'on peut voir c'est au Québec, et de loin, que le Chili a la plus faible part de marché parmi les monopoles canadiens. Je persiste à penser que ce n'est pas une question de palais spécifique à une province, mais bien une question de mentalité générale dans un marché donné. Si demain matin vous me mettiez en charge de faire la sélection des vins chiliens offerts à la SAQ, une sélection qui devrait être élargie, et que les conseillers sur le plancher en faisait la promotion convenablement, la part de marché du Chili ferait un bond majeur au Québec. Il n'y a pas de palais québécois. C'est un mythe.
Voici une sélection de vins de Pinot Noir publiée dans le magazine britannique Decanter. L'aspect intéressant, c'est qu'on a demandé à un chilien de faire cette sélection. Cet homme, c'est Patricio Tapia. Le Michel Phaneuf du Chili auteur du guide d'achat réputé, Descorchados. J'aime l'ouverture du Royaume-Uni en matière de vin. Un pays qui n'est centré sur aucun pays producteur ou continent. On ne peut que rêver de cela au Québec. Des 11 vins recommandés par M. Tapia, seulement deux sont offerts au Québec, soit le Montsecano, Refugio et le Cono Sur, 20 Barrels (à la SAQ c'est le 2012 qui est offert).
Finalement, voici une série de petits textes publiés sur le site de la revue Drink Business et qui fait une liste des 10 tendances actuelles sur la scène vinicole chilienne. Une autre preuve de la richesse de la presse britannique en matière de vin.
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