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vendredi 20 février 2015

MALBEC, 1997, MENDOZA, CATENA



Il fut un temps où l'Argentine présentait pour moi autant d'intérêt que le Chili. À la fin des années 90, c'était un pays qui offrait des rouges généreux et concentrés offrant des RQP très favorables. Toutefois, avec le temps et l'expérience, ma perception des deux pays a changé. Alors que le Chili a progressé à une vitesse foudroyante vers plus de qualité et de diversité, l'Argentine est toujours un pays basé essentiellement sur une grande région, Mendoza, qui offre toujours le même type de rouges bien concentrés, aux fruités très matures. Bien sûr, c'est là une simplification, il y a bien le Torrontès en blanc, quelques Chardonnay de haut niveau venant de vignobles en altitude, puis le Patagonie pour offrir quelques vins de styles plus frais, n'empêche que dans mon esprit l'Argentine demeure un pays qui tire de l'arrière en terme de diversité. Ceci dit, au-delà de tout cela, ce qui m'éloigne le plus de l'Argentine, c'est le potentiel de garde décevant pour moi de ses vins rouges de prix abordables. Les vins tiennent la route, pour ça aucun problème, mais ne se transforment pas vraiment. Après 10 ans de garde on retrouve souvent des vins montrant un profil aromatique peu altéré, et à la structure à peine assouplie. Les vins semblent presque inoxydables. L'intérêt de garder du vin n'est pas qu'il dure le plus longtemps possible, mais bien qu'il se transforme en bouteille pour offrir autre chose avec le temps. Les rouges chiliens, de manière générale, atteignent très bien cet objectif, et ce n'est malheureusement pas le cas de la plupart des argentins avec lesquels j'ai tenté l'expérience. Ceci dit, mon expérience est sur des vins de 10 ans ou plus, car j'ai cessé d'acheter des vins argentins pour la garde depuis le millésime 2005. Ceci dit, le producteur avec lequel j'ai obtenu les meilleurs résultats est Catena. Voyons donc ce que donne ce Malbec de type Reserva après presque 20 ans.

La robe arbore une teinte grenat légèrement translucide. Le nez est superbe avec ses arômes évolués de cerise, d'épices douces, de bois de cèdre, complétés par un soupçon de thé, de terre humide et de feuilles mortes. La bouche révèle un vin svelte où le fruit intense mène encore la danse, avec l'aspect boisé et évolué qui s'amalgame à merveille pour produire l'effet gustatif recherché dans les vins de cet âge. Le milieu de bouche permet de constater que ce nectar a encore une belle présence, des tanins fondus et un niveau de concentration bien ajusté au style du vin. La finale confirme l'harmonie d'ensemble sur une très bonne persistance des saveurs et une très légère pointe d'amertume chocolatée à la toute fin.

Catena demeure pour moi le leader de la viticulture argentine. Bien sûr, ce vin est un exemple illustrant ce qu'un vin datant de 1997 peut donner aujourd'hui. Je ne saurais dire avec certitude ce qu'il en est du potentiel des vins d'aujourd'hui. Le vin était vraiment agréable et montrait une belle évolution, ceci dit, on était loin de la métamorphose que certains vins chiliens de la même catégorie peuvent afficher. Le vin était une déclinaison plus âgée de ce qu'il montrait en jeunesse. Le but ici n'est pas de déprécier les vins d'Argentine. Ce pays demeure une destination de premier choix pour qui recherche des vins à la matière généreuse et au fruité mature. Ce vin montre aussi que le Malbec peut bien vieillir. Toutefois, il faut se rappeler que c'est un vin de type Reserva, et en ce sens il ressemble en terme de proportions à ses contreparties chiliennes. La matière et la concentration sont de très bon niveau, mais c'est clairement en deçà de ce qu'offre les cuvées de luxe, Alta et surtout, Zapata. Alors si l'évolution d'un vin comme celui-ci est lente, je n'ose imaginer le temps nécessaire pour assouplir et transformer significativement les cuvées plus ambitieuses. Ceci dit, ce constat ne s'applique pas qu'à l'Argentine. Rendu à un certain âge il faut se demander si il vaut la peine d'acheter des vins qui auraient besoin d'une garde de 25 ans et plus pour commencer à livrer une version différente d'eux-même. J'ai ouvert d'autres rouges argentins au cours des quelques derniers mois, Norton, Privada, 1999 et 2002, Quimera 2002 et 2004, Malbec Fabre Montmayou, 2001, et le constat sur ces vins concorde avec celui que je fais ici pour ce Malbec de Catena.


samedi 19 octobre 2013

MALBEC, TRIBUTO, 2011, COLCHAGUA, VINA CALITERRA




Vina Caliterra appartient au groupe Chadwick qui est aussi derrière Errazuriz, Arboleda, Sena et Vinedo Chadwick. Les autres projets sont situés dans Aconcagua et Maipo. Dans le cas de Caliterra on est plus au sud, dans la vallée de Colchagua. Ce Malbec est issu de vignes de 15 ans d'âge d'une parcelle unique appelée Quillay Espino. Le vin contient 5% de Syrah et a été élevé un an en barriques de chêne français dont 10% étaient neuves. Il titre à 14% d'alcool et le producteur évoque un potentiel de de garde allant jusqu'à la fin de 2020.

La robe est opaque et foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhale de doux et intenses arômes de cerise, de mûre et d'épices évoquant par certains aspects la muscade et l'anis étoilée. En mode plus mineur à ce stade précoce on peut aussi percevoir des notes de violette, de bois de cèdre et de viande crue. Cet arôme est typique pour moi dans les très jeunes vins de Malbec sud-américains. Somme toute un nez expressif et très séducteur qui a l'éclat de la jeunesse. Ce caractère démonstratif se répercute en bouche où l'attaque est souple et ample et les saveurs enveloppantes et très intenses. Le fruité est doux, mais bien équilibré par une bonne dose d'amertume. Ce fruit se mêle ainsi à un joyeux caractère épicé et chocolaté, ce qui donne à ce vin des airs de généreuse friandise. Cela se confirme en milieu de bouche où le vin déploie toute sa séduisante substance avec du gras sur un généreux volume et des tanins veloutés. La finale conclue logiquement avec un sursaut d'intensité, et une très bonne allonge aux relents de chocolat noir qui permet de deviner le potentiel de vin sérieux qui se cache dans ce juvénile nectar.

Je vante souvent les mérites des vins qui ont atteint un certain âge et qui du coup gagnent en finesse et en subtilité. Toutefois, cela ne m'empêche pas de pouvoir succomber aux charmes et aux rondeurs d'un jeune vin dont le profil a pour but de plaire dès la prime jeunesse. C'est le cas de ce Malbec de Caliterra qui en met actuellement plein la bouche. Ceci dit, je connais maintenant ce genre de petites bêtes. Je sais que derrière les artifices de séduction primaire de la jeunesse, il y a un vin au potentiel plus sérieux qui se cache. J'ai ouvert dans la dernière année un autre millésime de ce vin, je pense qu'il s'agissait du 2009. Je n'avais pas fait de compte rendu car celui-ci était renfrogné et austère, tellement différent de ce qu'offre actuellement ce 2011. Je pense donc que ce type de vin est conçu pour en offrir beaucoup lors de la mise en marché hâtive, mais ensuite l'évolution en bouteille commence, avec ses phases difficiles à prédire. Je ne jouerai donc pas les devins à propos du parcours évolutif que suivra ce vin, mais pour en avoir vu d'autres, je suis pas mal certain de sa destination et de la métamorphose que le temps provoquera en lui. Tout cela pour dire que j'ai adoré ce vin dans la phase de plaisir juteux et gourmand qu'il offre actuellement, et que je suis prêt à parier que dans une décennie il offrira du plaisir dans un tout autre registre. Ma recommandation serait donc, achetez et ouvrez tout de suite, ou mettez à l'ombre pour 10 ans et préparez-vous pour la surprise. Entretemps, j'ai payé ce vin le week-end dernier en double promo pour la ridicule somme de 14.25$. J'ai même lu sur FDV qu'il pouvait être obtenu en triple promo (rabais au col) pour 12.25$. La réalité, c'est qu'au prix courant de 18.95$ ce vin est un superbe achat. Toutes ces promos semblent destinées à le faire connaître pour qu'il puisse garder sa place comme produit régulier à la SAQ. En ce qui me concerne, c'est un bel ajout augmentant la diversité de l'offre chilienne de la SAQ. J'attends toujours que notre monopole daigne nous offrir au moins un Reisling chilien. Il y en a d'excellents à des prix défiant toute compétition (Cono Sur, Vina Leyda)


samedi 19 mai 2012

MALBEC, GRAN RESERVA, 2008, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


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Vina Chocalan est un autre de mes producteurs chiliens favori. Un producteur axé totalement sur la qualité et qui comprend l'importance du terroir dans la qualité et l'identité du vin. La série Gran Reserva comprend trois vins rouges et constitue le haut de gamme de la maison. Depuis quelques années déjà la SAQ offre la cuvée d'assemblage, Gran Reserva, Blend. Ce Malbec vient donc s'ajouter à celle-ci et le Pinot Noir, Gran Reserva complétera l'offre à partir du 24 mai dans la deuxième vague de l'offre CELLIER actuelle. Il ne faut pas oublier les deux excellents vins blancs de Chocalan qui sont aussi offerts à la SAQ. Ces vins de la gamme Malvilla, un Sauvignon Blanc et un Chardonnay, viennent d'un vignoble côtier très frais situé à seulement 4 km de l'océan Pacifique, alors que les rouges, dont le Malbec dont il est question ici, viennent d'un vignoble situé de l'autre côté de la cordillère côtière dans la partie ouest de la vallée de Maipo. L'appellation est donc Maipo, mais c'est très différent de la partie est de la vallée, le Maipo Alto, d'où proviennent plusieurs nom chiliens plus connus (Don Melchor, Casa Real, Cousino Macul, Almaviva, Domus Aurea). Pour voir la fiche technique de ce 100% Malbec, issu de vignes de 12 ans d'âge, cliquez sur ce lien.

La robe est foncée, violacée et parfaitement opaque. Le nez est bien dégourdi et exhale de superbes arômes fruités de cassis, de cerise et de groseille, agrémentés d'un jeune aspect boisé de belle qualité qui évoque les épices douces, entre autres la vanille. Pour compléter l'ensemble olfactif, on retrouve aussi des notes florales, du bois de cèdre et de légères notes fumées. La qualité des arômes de ce très jeune vin est vraiment impressionnant. Moi qui apprécie généralement plus d'évolution, j'ai beaucoup apprécié la palette aromatique de ce vin. J'avais tendance à y revenir très fréquemment, ce qui est toujours un signe révélateur. Au niveau gustatif le vin est encore plus impressionnant avec un jeune fruit à la fois riche, frais et intense, supporté et balancé par une juste dose d'amertume. L'aspect boisé est encore très jeune et manque un peu d'intégration à ce stade précoce. En milieu de bouche le vin se montre concentré et dense avec une présence tannique affirmée. La finale est longue avec un cran de plus dans l'intensité du fruit, des relents chocolatés, et une poigne tannique qui se ressert quelque peu à la toute fin.

J'ai ouvert cette bouteille juste pour me faire une idée précise de ce vin, en sachant qu'il serait trop jeune par rapport à l'idéal que je privilégie. Ce que j'y ai découvert m'a favorablement impressionné. Sur la contre-étiquette le producteur vante le grand potentiel de garde et d'évolution de ce vin. Rares sont les producteurs chiliens qui mettent de l'avant cet atout méconnu de leurs vins. Après avoir dégusté ce vin, je suis convaincu que Chocalan met dans le mille avec une telle affirmation. Le vin est déjà agréable dans son style très intense de jeunesse, mais pour moi il a encore besoin d'arrondir ses angles et de mieux intégrer sa généreuse matière pour se présenter dans la livrée que je préfère. Aussi, ce vin montre que le Chili n'a rien à envier à son voisin transandin quand il est question du cépage Malbec. En plus de ce vin de Chocalan, j'ai pu goûter à des exemples chiliens très convaincants de la part de Loma Larga, Perez Cruz et Viu Manent. Dans le cas de ce Gran Reserva, je pense qu'en terme de qualité il se situe au niveau d'un vin comme le Malbec, Alta de Catena vendu deux fois plus cher. Donc, à seulement 24.75$, je le considère comme un RQP de très haut niveau. Un superbe vin de garde offert à un prix difficile à battre.

mardi 8 février 2011

MALBEC, ESTATE, 2008, CALCHAQUI, BODEGA COLOMÉ



Petit retour vers un pays que j’ai quelque peu délaissé au cours des deux dernières années. La raison pour laquelle je m’intéresse moins aux vins de ce pays, c’est qu’en général, malgré une qualité certaine, je trouve qu’ils manquent d’identité. La production argentine est trop centrée sur Mendoza, le Malbec et le Torrontès. Un peu comme si le Chili se résumait à Maipo, Carmenère et Sauvignon Blanc. Je sais que ce que j’évoque est une caricature, mais il reste que la diversité de l’offre argentine, tant au niveau des cépages que de l’origine est trop concentrée. Un peu comme ses vins qui font rarement dans la dentelle. Ceci dit, si vous êtes intéressés par des vins qui ont une identité, une origine particulière, et qui en plus cadrent avec la courant que j’appelle le “vin idéologique”. Ce Malbec de Bodegas Colomé semble le candidat tout trouvé. Il est issu pour 20% de raisins venant de vignes de 60 à 150 ans d’âge, cultivées selon les préceptes de la biodynamie dans les vignobles les plus élevés du monde, plantés à des altitudes variant de 5,500 à 8,500 pieds. Personnellement, malgré que ce soit un autre Malbec argentin, c’est ce profil particulier qui m’a donné l’envie de l’essayer. Toutefois, il y a un problème pour les mondovinistes de ce monde qui auraient pu être attirés par ce vin. C’est que voyez-vous, le propriétaire des lieux est le milliardaire suisse Donald Hess qui possède aussi The Hess Collection, Sequana et Artezin en Californie, Brancaia en Toscane, Peter Lehman en Australie et Glen Carlou en Afrique du Sud. Nous somme donc loin du vin d’artisan local, mais plutôt proche d’un vin mondialisé. Un vin intégrant des principes en apparence opposés pour les idéologues de la bouteille. Ceci dit, est-il pour autant moins bon ou moins intéressant pour autant? Pardonnez-moi d’être politiquement incorrect, mais j’aurais tendance à croire qu’il a des chances d’être meilleur. Il est clair que M. Hess avec toutes ses propriétés possède une masse critique et le savoir-faire qui vient avec et que ce savoir-faire peut se transmettre. Pour preuve, l’oenologue en chef chez Colomé est Randle Johnson qui travaille aussi pour Artezin et The Hess Collection en Californie. Mais au-delà du savoir-faire, il y a l’intention. La devise des vins Hess Family est; “Terroir Wines Crafted On 4 Continents”. Finalement, la question est de savoir si un tel producteur mondialisé peut refléter le terroir dans les vins qu’il produit? Le terroir de Calchaqui est si unique, que les points de références sont quasi inexistants pour répondre à cette question. À tout le moins, voyons voir si le vin est bon.

La robe est de teinte sombre aux reflets violacés. Le nez est étonnamment mesuré, et dégage avec justesse des arômes de bleuets et de mûres, auxquels s’ajoutent des notes florales rappelant la lavande, de la muscade, ainsi qu’un léger aspect torréfié. Complexité limitée à ce stade, mais qualité et plaisir indéniables. En bouche, l’attaque est pleine et juteuse, avec une bonne acidité et un doux fruité éclatant, mâtiné de notes boisées bien dosées. L’ensemble est à la fois ferme et souple, soutenu par un trait d’amertume. Le milieu de bouche réitère la bonne présence du vin, sans que celui-ci ne semble pour autant s’imposer. La trame tannique est veloutée, sans aspérités aucunes. Un vin consistant qui glisse sans efforts vers une finale qui confirme, sous le signe de l’intensité, sur une persistance de bon niveau.

On peut bien aimer les principes plus que le vin, mais quand on s’en tient au vin dans le verre et qu’au surplus on a décidé de ne pas bouder son plaisir inutilement. On ne peut qu’être ravi par ce Malbec de Colomé. C’est un vin de très belle qualité, qui a tout pour plaire. Le vin est généreux mais équilibré, les 15% d’alcool passent sans problèmes, et sa jeunesse n’est pas un obstacle puisqu’il se livre déjà sous un jour très séduisant. C’est pour moi un vin du Nouveau-Monde dans le meilleur sens du terme, et offert à un prix très raisonnable (25$), compte tenu de son niveau qualitatif. Il m’est aussi apparu très fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage en territoire argentin. L’origine argentine m’est donc apparue limpide. Toutefois, je n’y ai pas noté de particularité pouvant le démarquer clairement d’un Malbec de Mendoza du même niveau et du même style. Peut-être que dans une dégustation comparative directe, un caractère particulier pourrait se révéler plus facilement. Une chose est sûre toutefois, c’est un beau vin et un bon achat.

 
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jeudi 13 janvier 2011

MALBEC, 2002, MENDOZA, CATENA



Je suis toujours sceptique quand j’entends des amateurs raconter qu’il ont passé un vin en carafe une couple d’heures, et que cela a permis à celui-ci de se transformer en profondeur. Personnellement, j’utilise rarement la carafe, mais je bois fréquemment des bouteilles sur de longues périodes durant la même journée. Dans ces circonstances, il m’arrive assez souvent de noter une certaine transformation entre le premier et le dernier verre. Dans des cas beaucoup plus rares, la transformation me semble vraiment marquée, mais à chaque fois je m’interroge à savoir si ce n’est pas ma perception du vin qui a changé dans le temps. Ceci dit, je suis convaincu que l’aération transforme le vin avec le temps, mais ordinairement ça prend pas mal plus qu’une heure ou deux pour que l’effet soit clairement notable. Ceci sans compter que la dite transformation n’est pas toujours positive.

Mes cas les plus spectaculaires de transformations positives sont survenus lorsque j’ai gardé des vins en demi-bouteilles pleines pendant quelques jours. Dans certains cas, comme dans le cas de ce Malbec, 2002, de Catena, la différence a vraiment été spectaculaire. Ce vin, la journée de l’ouverture, a été une totale déception. Il était sans vie, avec très peu de fruit, marqué par les notes tertiaires de feuilles mortes et avec une forte amertume en bouche. L’aération d’environ huit heures ce jour-là, avant le transvidage en demi-bouteille, n’a rien changé. Le profil peu invitant du vin était stable. Trois jours plus tard, j’ouvre la demi-bouteille bien remplie dans laquelle j’avais transvidé ce qui restait du contenu original. Le vin s’est alors présenté sous un jour totalement différent. L’équilibre était finalement au rendez-vous, avec un beau fruité rouge de cerises, une amertume modérée, des notes doucement épicées, et juste un peu de caractère évolué évoquant les feuilles mortes. En fait, il s’est présenté sous le jour que j’espérais au départ, celui que je connais et qui justifie pour moi la garde des rouges de Catena de ce niveau.

L’évolution du vin en bouteille est vraiment quelque chose d’intrigant et de difficilement prévisible avec précision. Cela est en totale contradiction avec la mode actuelle des notes, où les experts promettent de nous dire avec précision le niveau qualitatif d’un vin. C’est normal, l’amateur moyen est en quête de vérité. Il ne veut rien savoir de l’adage voulant qu’il n’y ait pas de grands vins, mais que de grandes bouteilles. Pourtant, la réalité est pire encore pour les vins de garde, car il y a des bouteilles qui ne seront grandes qu’à certains moments de leur existence, ou lorsque traitées d’une certaine façon avant le service. Le problème avec cette situation, c’est qu’il est très difficile de connaître le moment et les conditions idéales de service à l’avance. Si j’avais servi ce Malbec de Catena à quelques convives lors d’un repas. Le vin aurait été bu en trente minutes, et le constat aurait été celui d’un vin décevant ouvert trop tard. Un vin inapte à la garde. D’un autre côté, on ne peut pas ouvrir des bouteilles trois jours à l’avance en pensant que c’est qu’il faut toujours faire pour goûter le vin sous son meilleur jour. Avec un vin d’une vingtaine de dollars comme ce Catena, c’est de l’expérience intéressante acquise à peu de frais. Mais j’imagine la frustration potentielle pour l’amateur de fioles renommées et très coûteuses. À moins que dans ces cas-là le pouvoir de l’étiquette arrive quand même à bien faire paraître le vin...


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samedi 4 décembre 2010

CÔT, RESERVA, LIMITED EDITION, 2008, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



German Lyon



Le Malbec est la carte cachée de l’offre chilienne en rouge. Un cépage que le pays semble mal à l’aise de mettre de l’avant, tellement celui-ci semble identifié à son voisin et rival argentin. D’ailleurs, lors de la dernière dégustation “Vin du Chili”, j’ai eu la chance de discuter avec German Lyon, l’oenologue en chef de la maison Perez Cruz, qui s’exprime parfaitement en français. Nous avons discuté de plusieurs sujets, mais celui-ci a insisté sur sa volonté de refléter dans ses vins le terroir de l’Alto Maipo. Il a d’ailleurs spécifié que l’appellation Côt choisie pour ce vin, malgré le fait qu’elle réfère à l’origine française du cépage, était motivée par une volonté claire de se démarquer de ses contreparties argentines. C’est quand même un peu ironique quand on pense que certains producteurs de Cahors apposent maintenant le mot Malbec sur leurs étiquettes, pour tenter de profiter de la vague positive entourant ce cépage. Pour ce qui est de ce Côt, 2008, tout ce que je sais sur son élaboration, c’est qu’il est assemblé avec de petites quantités de Carmenère et de Petit Verdot.

La robe est bien foncée et opaque. Le nez est d’une expression bien dosée et exhale d’invitants arômes de fruits noirs qui pour moi sont typiques de ce cépage, complétés par des notes terreuses et doucement épicées, ainsi que par un léger aspect de fleurs fanées. Beau nez de jeune vin avec une bonne profondeur. Cela se poursuit en bouche de très belle façon, avec un vin équilibré d’entrée. C’est intense, sans être exubérant, avec des saveurs de grande qualité, bien soutenues par ce qu’il faut d’acidité et d’amertume. La palette de saveurs montre bien qu’on a affaire à un Malbec sud-américain. Le milieu de bouche est concentré et permet de mieux apprécier l’aspect épicé bien mesuré qui complète admirablement le fruit. Les proportions sont bien ajustées, ce qui donne un vin assez compact, mais avec quand même du volume, et une structure tannique raffinée. Un vin qui évite les excès donc, ce qui le rend facile et agréable à boire. La finale se déploie sous le signe de l’harmonie, avec un beau fondu de saveurs sur une allonge de bon niveau.

J’ai été ravi par ce vin. En même temps, j’ai été surpris qu’il soit aussi abordable à un si jeune âge. Rien n’accroche, et ça coule sans efforts. Malgré la décision de Perez Cruz de le nommer Côt, au lieu de Malbec, ce vin m’est apparu fidèle à ce qu’on peut attendre d’un très bon vin sud-américain de ce cépage. En le dégustant, je ne pouvais m’empêcher de penser que son niveau qualitatif rejoignait celui d’un Catena, Alta, du double du prix. Vous aurez donc compris qu’il s’agit pour moi d’un fort RQP. Même s’il est déjà très agréable dans sa livrée de jeunesse, ce vin possède à mon avis un bon potentiel d’évolution. Le Chili doit continuer de diversifier son offre et le Côt/Malbec me semble un atout incontournable de la nouvelle donne chilienne. Ce pays doit éviter d’être identifié à un seul cépage, comme c’est un peu le cas avec le Malbec en Argentine. Il doit plutôt être synonyme de diversité, comme c’est le cas de tous les grands pays vinicoles, et à n’en pas douter, le Chili est en train de se transformer en grand pays vinicole. C’est un “work in progress” intéressant à suivre, tout en étant abordable et agréable à goûter. La SAQ offrira bientôt le Cabernet Sauvignon, Reserva de cette maison, ainsi que les deux cuvées de luxe de la maison, le Liguai (50$) et le Quelen (65$). J’ai eu la chance de goûter ces deux vins et ils sont très bons. Le Quelen m’est apparu comme très original, probablement à cause de sa très forte proportion de Petit Verdot (45%). À suivre.



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vendredi 19 novembre 2010

MALBEC/SYRAH, LAS LOMAS, 2007, CAUQUENES, MAULE, VINA LOMAS DE CAUQUENES



Lomas de Cauquenes est un producteur qui opère selon un modèle rare au Chili, soit celui de la coopérative. Il s’agit donc d’un regroupement de 246 petits vignerons qui n’ont généralement pas que la viticulture comme activité agricole. La région de Cauquenes est située au sud-ouest de la large vallée de Maule, à 35 km de l’océan Pacifique dont elle est séparée par la cordillère côtière. Les précipitations annuelles dans cette région sont suffisantes pour éviter l’irrigation. Les raisins ayant servis à l’élaboration de ce vin sont certifiés comme issus de l’agriculture biologique et proviennent de vignes de 5 à 20 ans d’âges. Le vin est aussi certifié comme conforme aux pratiques du commerce équitable. Il s’agit d’un assemblage à parts égales de Syrah et de Malbec. Le titre alcoolique est modéré à 13.5%.

La robe est foncée et très légèrement translucide. Le nez est bien dégourdi et exhale un heureux mélange d’arômes, avec les fruits rouges à l’avant-plan, complétés par des notes de poivre noir d’anis étoilée, d’épices douces et d’herbes aromatique. Le caractère épicé est vraiment complexe et agréable et se marie très bien au fruit. En bouche, l’attaque est fraîche, la structure assez ferme, et le fruité d’un bel éclat. C’est un vin de corps moyen, montrant un bon niveau de concentration, et des tanins fins, biens présents. Le mariage entre le fruité et l’aspect épicé est une réelle réussite et le vin est facile à boire. La finale est harmonieuse, avec le côté épicé qui gagne du terrain et qui s’allie à un léger trait d’amertume chocolatée. Bonne longueur.

Ce vin est vraiment de très belle qualité, mais en le dégustant, l’adjectif qui me venait en tête était vertueux. Vertueux à cause bien sûr qu’il s’agit d’un vin biologique et de commerce équitable, mais je le trouvais aussi vertueux du strict point de vue vinicole, car il est vraiment très différent du rouge chilien moyen dans cette gamme de prix. Et pour moi, l’originalité, lorsqu’alliée à la qualité, est une vertu. En pure aveugle, j’aurais assurément opté pour un vin du sud de l’Europe à dominante Syrah. Le caractère Syrah du vin domine vraiment le côté Malbec, ce qui me semble logique, car la Syrah de climat frais m’est toujours apparue comme plus démonstrative au niveau aromatique que le Malbec. Pour moi, ce vin est une autre preuve de la diversité grandissante de l’offre chilienne. Je donne d’ailleurs crédit à la SAQ d’offrir un tel vin à si bon prix (15.50$), ce qui en fait une réelle aubaine et fait penser qu’en un sens il n’est pas si équitable car le consommateur me semble sortir gagnant de la transaction. Ceci dit, un si beau vin est un rappel de l’absence déplorable sur les tablettes de la SAQ de certains des meilleurs vins de la vallée de Maule. Il existe un réel renouveau dans cette région où l’on redécouvre un riche patrimoine de vieilles vignes de Carignan, de Malbec, de Carmenère et de Païs. J’ai pu goûter certains de ces vins lors de la dégustation “Vins du Chili” à la fin septembre, en particulier ceux de De Martino, et ces vins étaient vraiment distinctifs et de très belle qualité. Pour ce qui est du Las Lomas, tant au point de vue des valeurs que de la valeur, c’est un vin que je recommande fortement. Une façon abordable de découvrir un autre visage du Chili.


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mardi 16 novembre 2010

MALBEC, ÉDITION LIMITÉE, 2007, COLCHAGUA, VINA KANKURA


Vina Kankura est un domaine situé près de Palmilla au coeur de la vallée de Colchagua. Le vignoble compte pour le moment 73 hectares, comprenant du Chardonnay, du Cabernet Sauvignon, de la Syrah et seulement 4.5 hectares du Malbec qui entre dans la composition du vin dont il est question ici. Kankura dit être le premier producteur à avoir planté de la Syrah au Chili, en 1990. Jusqu’à maintenant, j’avais toujours pensé que Errazuriz avait été les premiers à planter ce cépage en 1993. J’ai peu d’information sur le Malbec dont il est question ici, sinon que la gamme “Édition Limitée”, selon le producteur, est conçue pour la garde. Les moyens mis en oeuvre semblent confirmer cette ambition, puisque le rendement des vignes pour cette cuvée est minuscule, à seulement 15 hl/ha, et que le vin est élevé 10 mois en barriques de chêne français neuves, avant un embouteillage sans filtration. La production est limitée à seulement 9000 bouteilles. Le faible rendement des vignes pour ce vin est comparable à certaines des plus grandes cuvées de Malbec au monde comme celles de vignobles uniques d’Achaval Ferrer à Mendoza, ou de la cuvée “Le Pigeonnier” du Château Lagrezette à Cahors. L’ambition semble être au rendez-vous, voyons ce que ça donne à ce stade au niveau du résultat.

La robe est d’une teinte violacée très intense et parfaitement opaque. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu un vin d’une teinte aussi dense et violacée. Ça tache le verre. Au nez, on se croirait devant un Malbec argentin de très fort calibre. C’est profond et riche, avec des arômes de cerises, de figues séchées, de muscade et de terre humide, complétés par un aspect floral et une très légère touche torréfiée. Superbe nez de très jeune vin où la qualité supérieure est évidente. En bouche, le vin est ferme et droit au niveau de la structure, alors que la texture tannique est imposante, mais à la fois fine et serrée. Le fruit noir très intense domine la palette des saveurs, bien appuyé sur une solide base d’amertume. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce vin est austère, mais il montre assurément un profil sérieux et viril. Le niveau de concentration est digne d’un grand vin, tout comme la persistance en finale.

Je disais en introduction qu’on semblait avoir affaire à un vin ambitieux conçu pour la garde, et bien je confirme que c’est bel et bien la cas. Je pense connaître assez bien les vins chiliens, mais ce pays arrive encore à me surprendre. En pure aveugle avec ce vin, je n’aurais jamais misé sur le Chili, et encore moins sur le coeur de la vallée de Colchagua. J’aurais plutôt penser à un vin argentin très sérieux et ambitieux. Je savais déjà que le Malbec pouvait donner de très beaux vins au Chili, avec des producteurs comme Loma Larga, Chocalan, Perez Cruz et Viu Manent. Je savais aussi que c’est un cépage qui y est sous-exploité. Mais avec un vin comme celui-ci, je me dis que le Chili devrait oublier sa rivalité trans-andine et adopter de manière plus large le Malbec. Il faut dire que le cas de cette cuvée, avec les conditions d’élaboration décrites en introduction, on a affaire à quelque chose de vraiment très ambitieux. J’ai payé ce vin 25.95$, et à ce prix c’est un RQP tout simplement formidable, voire incroyable. Je l’ai dit, et je le répète, le Chili compte beaucoup de nouveaux producteurs vraiment dédiés à la qualité, mais qui sont encore mal connus, tout comme leurs vins. Des vins qui n’ont pas encore reçu de très grosses notes des magazines américains, et que l’on peut encore se procurer à des prix défiant toute compétition. Franchement, je ne vois pas ce que ce vin a à envier aux top cuvées argentines vendues trois à quatre fois son prix. Ceci dit, il est clair que ce vin n’est absolument pas prêt à boire. Le seul intérêt à ouvrir une bouteille maintenant est de satisfaire sa curiosité et de voir à quoi ressemble le point de départ. Quand même, pour un tant soit peu apprécier ce vin en ce moment, un très long passage en carafe est recommandé. Il était à son meilleur 12 heures après l’ouverture de la bouteille. C’est donc un vin très jeune, trop jeune, mais avec un très fort potentiel de garde et offert à un prix ridiculement bas.


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samedi 14 août 2010

MALBEC, SINGLE VINEYARD, 2008, RAPEL, ANAKENA


Pour faire changement, je vous parle aujourd'hui d'un autre vin d'approche chilienne... Anakena est un relatif nouveau venu sur la scène vinicole chilienne. Ses premiers vignobles furent plantés dans l’Alto Cachapoal en 1999. Depuis, des vignobles ont aussi été plantés plus à l’ouest dans Cachapoal, ainsi que plus au sud sur la montagne de Ninquén dans la vallée de Colchagua et finalement dans la fraîche région côtière de Leyda pour la production de vins blancs et de Pinot Noir. Anakena est un exemple de maison qui ne tente pas de brûler les étapes en matière de prix. Pour le moment, cette maison semble se concentrer à offrir des vins abordables de forts RQP. Il faut donc oublier les vins super-premiums très chers et très ambitieux. La gamme supérieure de la maison, appelée Ona, se vend autour 20-25$ la bouteille. Pour ce qui est de ce Malbec de vignoble unique, il fait partie de la gamme suivante. J’ai peu de détails sur son élaboration, si ce n’est que 70% du vin a été élevé en barriques de chêne français et américain d’âge indéterminé. Selon ce que j’ai pu percevoir à la dégustation, le pourcentage de barriques neuves doit être faible.

La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez est frais et exhale un mélange d’arômes de fruits rouges et noirs, complété par une touche florale et un caractère épicé de muscade et de poivre noir. Un très léger aspect terreux et une touche de torréfaction complètent l’ensemble. Belle qualité d’arôme pour ce nez présentement un peu sur la retenue. En bouche, l’attaque se montre à la fois ample et fraîche, bien équilibrée, et déploie des saveurs fruitées de belle qualité, soutenues par un trait d’amertume et alliées à d’agréables notes épicées. Le vin est de corps moyen, avec une belle droiture, un volume assez restreint et un bon niveau de concentration. Ces éléments, combinés à une fine présence tannique, le rende agréable et facile à boire. La finale poursuit dans la voie déjà tracée, sur une persistance plus qu’honnête aux relents de chocolat noir.

En dégustant ce vin, je ne pouvais m’empêcher de penser aux vins de Catena, de l’autre côté des Andes. À cause bien sûr de la qualité des arômes et des saveurs qu’aucun artifice ne masque. À cause aussi de l’équilibre, de la fraîcheur, ainsi que l’absence d’esbroufe. Ce vin mise d’abord et avant tout sur la qualité de son fruit, avec une influence boisée à peine perceptible, et avec juste ce qu’il faut de concentration. Le titre alcoolique est aussi très bien contenu à 13.3%. Un vin sans lourdeur donc, sans excès, et aux proportions bien ajustées par rapport au style qu’il préconise. J’ai payé ce vin 13.95$, et à ce prix c’est une formidable aubaine. Il n’est pas tout à fait au niveau du Malbec de Catena, un bel achat vendu 50% plus cher, mais pas loin. Le Chili a longtemps été timide avec le Malbec, probablement à cause qu’il s’agit du cépage emblématique de son voisin l’Argentine. Mais depuis quelques années, de plus en plus de producteurs se lancent avec ce cépage, et souvent avec de très bons résultats offerts à des prix alléchants. Parmi les vins que j’ai pu goûter, les meilleurs sont le Loma Larga, le Chocalan, Gran Reserva, le Côt de Perez Cruz et le Viu 1 de Viu Manent, mais celui-ci est très cher.



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dimanche 25 juillet 2010

SYRAH/MALBEC, EL DELIRIO, 2007, MAULE, VINA BOTALCURA


La vallée de Maule vit actuellement une renaissance. Cette région qui a longtemps été reléguée à la production de vin bas de gamme est maintenant redécouverte pour son vaste patrimoine de très vieilles vignes de Carignan et de Paîs qu’on greffe avec d’autres cépages. De plus, on plante maintenant dans la périphérie de la région à la recherche de températures plus fraîches. En ce sens, une partie de la vallée possède un climat ne nécessitant pas d’irrigation. Botalcura est né de la rencontre en 2000 du Chilien Juan Fernando Waidele et du Français Philippe Debrus. Debrus originaire d’une famille de vignerons du Languedoc était déjà installé au Chili depuis 1996, où il oeuvrait déjà comme vinificateur pour la maison Valdivieso. Bien sûr, il est maintenant en charge de l’élaboration des vins de Botalcura dont le premier millésime de production fut 2002. Le nouveau producteur s’est établi près du village de Botalcura dans la vallée de Maule où Waidele possède des vignobles, mais la majorité des vins sont produits à partir de fruits achetés de producteurs sélectionnés, et venant de différentes régions du Chili. La gamme El Delirio représente l’entrée de gamme du producteur, mais c’est une gamme dite “Réserve” avec élevage sous bois. Cet assemblage inorthodoxe de Syrah à 70%, completée par du Malbec titre à 14% d’alcool, pour un pH de 3.48.

La robe est bien foncée et opaque. Le nez se déploie avec intensité sur des arômes de cerises, de fraise et d’épices douces (muscade, vanille), complété par une touche de menthol et un léger aspect floral. Beau nez fruité de jeune vin où l’aspect boisé demeure discret. En bouche, l’attaque est pleine et équilibrée, avec une acidité bien marquée qui donne beaucoup de nerf à l’ensemble. Cette acidité n’est sans doute pas étrangère à l’aspect vibrant et intense du fruité. Le milieu de bouche montre un vin à la structure bien ferme, avec un niveau de concentration surprenant, du volume, et aucune lourdeur. Cela permet au vin de couler facilement vers une finale énergique où l’acidité ressort encore un peu plus pour vivifier le saveurs. Longueur de fort bon calibre et vraiment étonnante pour un vin de ce prix, Un léger trait d’amertume fait son apparition en toute fin de bouche.

Il s’agit de ma deuxième rencontre avec un vin de Botalcura, la première ayant été avec le Cabernet Franc, Grande Réserve, La Porfia, 2005, et déjà il me semble clair que l’acidité élevée est une caractéristique fondamentale du style de la maison. Cela détonne un peu dans le paysage chilien qui nous habitue généralement à des profils plus doux. Quoi qu’avec des cépages rouges cultivés dans des régions de plus en plus fraîches, cette norme est en évolution. Toujours est-il que j’apprécie ce style de rouge plus acide. Cela donne de la vie au fruité, et apporte un heureux contrepoids à l’alcool. Pour ce qui est de la qualité générale du vin, franchement, je l’ai trouvé renversante pour le prix demandé de 13.95$ au monopole ontarien. Ce vin montre des qualités de fruit, de concentration et de longueur, que l’on retrouve généralement dans des vins vendus facilement le double de son prix. Je le sais, je radote, mais à chaque fois que je tombe sur un bijou à prix très doux, comme dans ce cas-ci. Je ne peux m’empêcher de le mentionner. Tout cela sans compter que ce vin semble posséder tout ce qu’il faut pour la moyenne garde. Le producteur, à mon sens de façon conservatrice, parle de 4 à 5 ans de garde. Mais selon mon expérience, et pour qui aime les notes d’évolution, ce vin pourra facilement faire le double. Botalcura produit un Nebbiolo surprenant et de très bon calibre, à ce que j’ai pu lire. Pour ajouter à l’exotisme, ce vin est assemblé à un peu de Carignan. J’aimerais bien pouvoir goûter à cette création hors du commun, tout comme j’aimerais que la SAQ nous offre quelque-uns des vins de Maule issus de très vieux ceps de Carignan. En terminant, pour en savoir plus sur la redéfinition de la vallée de Maule,. Je joins un lien intéressant sur le sujet.


http://www.thedrinksbusiness.com/index.php?option=com_content&task=view&id=11284&Itemid=66

mardi 1 juin 2010

Malbec: Quand l'Argentine influence Cahors

Qui a parlé de monde à l'envers?... Voici un lien vers un article de la revue "World of Fine Wine", à propos d'une dégustation de vins de Malbec, argentins et cadurciens (Merci à Vin Québec pour le lien). La conclusion est qu'il n'est pas si facile de distinguer l'origine des vins, principalement à cause du fait que de nombreux Cahors montrent aujourd'hui un profil plus mature que par le passé. Ce serait là un signe de l'influence du modèle argentin. Pour moi, la relative surprise de la dégustation est la performance du Malbec, 2007, d'entrée de gamme d'Achaval-Ferrer. Ce vin est classé parmi les meilleurs par les trois dégustateurs, et bien devant la très dispendieuse cuvée "Vignoble Unique" Mirador du même producteur, et devant beaucoup d'autres vins de plusieurs fois son prix. J'ai commenté sur ce blogue la très belle qualité de la version 2008 de ce vin qui est toujours disponible à la SAQ. Voilà un autre élément venant soutenir ma conviction maintes fois répetée, voulant qu'il est possible de trouver en Amérique du Sud des vins formidables à des prix très abordables. Nul besoin de se ruiner pour bien boire, et pour le même montant investi, on peut suivre de multiples bouteilles du même vin dans le temps. Ce qui ajoute au plaisir et enrichi l'expérience globale.

http://www.finewinemag.com/docs/Malbec%20Argentina%20&%20Cahors%20.pdf

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/03/malbec-2008-mendoza-achaval-ferrer.html


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vendredi 19 mars 2010

MALBEC, 2008, MENDOZA, ACHAVAL FERRER


Achaval Ferrer est un producteur argentin qui en moins d’une décennie a su se tailler une réputation fort enviable sur la scène mondiale, en restaurant et exploitant de vieux vignobles dans la région de Mendoza. Les rendements sont sévèrement contrôlés, à peine 33 hl/ha pour ce Malbec de base, avec une philosophie d’intervention minimale en cours d’élaboration et un usage modéré de la barrique. Ce vin est non collé ni filtré et titre à 14% d’alcool pour un pH de 14%.

La robe est bien colorée, sombre, avec des reflets violacés et parfaitement opaque. Le nez, dès le premier abord, déclare son origine “mendozienne’ et possède cette signature propre à ce que je connais de ce producteur de par sa cuvée Quimera. Ces impressions sont impossibles pour moi à mettre clairement en mots. Tout ce que je peux en dire, c’est que l’expression est d’intensité moyenne, avec des arômes évoquant les bleuets et les mûres, le thé, la muscade et autres épices douces. Un aspect floral bien présent apporte une belle touche de charme à l’ensemble. Très agréable. En bouche, le vin montre de l’équilibre et une belle vivacité. Le fruité doux et intense domine la palette des saveurs, bien complété par les notes épicées et florales déjà évoquées. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration, avec une matière de bonne densité, sur une structure assez compacte, et une texture tannique fine et bien serrée. La finale est sans faille, avec des saveurs qui se fondent bien et une bonne longueur.

J’ai bien aimé ce vin. La qualité est évidente pour ce jeune vin qui mise d’abord et avant tout sur la qualité de son fruit. L’apport boisé est très peu perceptible. J’ai aussi apprécié sa vivacité qui fait vraiment contraste avec le millésime 2006. Ce 2008 montre un pH de 3.5, alors que le 2006 montrait un ronflant 3.9!!! C’est une différence énorme d’acidité. Je ne sais pas si on a compris que dans Mendoza il valait mieux corriger l’acidité. Achaval Ferrer fait partie de ses producteurs à la philosophie non interventionniste. Pourtant, il n’y a pas de mal à s’adapter aux caractéristiques de son terroir. Quoi qu’il en soit, pour moi, le 2008 montre un bien meilleur équilibre d’ensemble. Une meilleure tenue en bouche, avec des saveurs éclatantes. Je pense que ce vin est une belle introduction au Malbec argentin. La quasi imperceptibilité du bois permet de prendre la mesure réelle du cépage, sans interférences. De plus, je trouve que ce vin porte la marque de son producteur. Pour moi, ça goûte le Malbec, bien sûr, ça goûte aussi Mendoza, mais ça goûte aussi le Achaval Ferrer, ce qui pour moi est une qualité. Pour toutes ces raisons, même s’il est maintenant vendu presque 25$ à la SAQ, ce vin demeure un bon achat. Même si à mon sens, il y a de meilleurs achats, si on s’en tient strictement au RQP, en terme de Malbec argentins (Catena, Zuccardi, Q). Mais pour goûter un vin avec une identité particulière, comme dans ce cas-ci, ça vaut la peine de payer un peu plus.


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vendredi 11 décembre 2009

MALBEC, 2007, CASABLANCA, LOMA LARGA


La région de Casablanca a été la première région dite de climat frais développée au Chili, sous l’impulsion de Pablo Morandé à la fin des années 80. Depuis ce temps, plusieurs producteurs s’y sont installés pour y produire leurs vins blancs, et parfois du Pinot Noir. C’est donc une région reconnue pour ses vins blancs. En fait, tous les producteurs de la région produisent en majorité des vins blancs, sauf un Loma Larga, dont la production de vins rouges est majoritaire. Bien sûr ils ont planté du Pinot, mais aussi du Merlot et un tout petit peu de Cabernet Sauvignon. Mais fait notable, ils furent les premiers à planter dans Casablanca les cépages Cabernet Franc, Malbec, et Syrah. Cinq années d’analyses climatologiques et de sol ont précédé les premières plantations, en 1999, pour bien déterminer les parcelles les mieux adaptées à chaque cépage. Un chai de vinification spectaculaire, à la fine pointe de la technologie, utilisant l’écoulement par gravité, a été construit. Toutefois, la philosophie de vinification de la maison, menée par l’oenologue français, Emeric Genevière-Montignac, en est une alliant hygiène stricte et intervention minimale, ainsi qu’un usage modéré du bois neuf.

Pour ce qui est de cette cuvée de Malbec, c’est en fait un assemblage de 95% de Malbec, complété par de la Syrah. Le vin est élevé un an en barriques de chêne français, dont seulement 10% sont neuves, le reste étant de deuxième et troisième usages. De façon très étonnante pour un rouge venant d’une région dite fraîche, le vin titre à 14.8% d’alcool. Il faut croire que les analyses climatiques ont porté fruit, et qu’il existe des micro-climats dans cette partie spécifique de la région. Voyons maintenant ce que ça donne une fois dans le verre.

La robe est dense, sombre et opaque. Le nez s’exprime avec une certaine retenue sur de très beaux arômes de fruits noirs, complétés par des notes d’humus, de bois de cèdre, d’épices douces, ainsi qu’un léger aspect floral. Beau nez, pas le plus complexe pour le moment, mais il possède une belle qualité d’arômes. En bouche, le vin se montre intense et compact, ferme, mais en même temps riche, avec un fruité noir très dense et de superbe qualité. Une fine amertume bien marquée donne un aspect un peu viril et permet l’obtention d’un bel équilibre d’ensemble. En milieu de bouche le vin fait montre de son fort niveau de concentration, tout en sachant éviter la lourdeur. Le vin est à la fois svelte et puissant, sur une trame tannique serrée et satinée. La finale continue dans la même veine, avec un sursaut d’intensité, une très bonne allonge qui voit l’amertume prendre graduellement le dessus.

Je pense connaître assez bien le vin chilien, mais au gré de mes explorations, il arrive encore à me surprendre et à me montrer un visage inédit. Dans le cas de ce Malbec, je n’avais jusqu’à présent rien rencontré de tel au Chili. Ce vin transcende l’idée que j’avais du cépage, qu’il soit d’origine argentine, cadurcienne ou même chilienne. Dès le premier abord, ce vin m’a fait penser à des vins espagnols modernes, à la fois fermes, riches et intenses, comme ceux du Priorat. J’ai vraiment beaucoup aimé ce vin. Il est encore très jeune, et le temps ne pourra que lui être bénéfique. Au prix demandé (19$) sur la boutique en ligne de la LCBO, c’est vraiment un excellent achat. La qualité est indéniable, et pour moi il était intéressant de découvrir un autre visage maintenant possible du vin chilien.

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vendredi 6 novembre 2009

MALBEC, SELECCION, ALAMOS, 2007, MENDOZA, CATENA


J’ai acheté ce vin un peu par hasard, intrigué de voir ce que ce “super” Alamos pouvait donner en terme qualitatif par rapport au Malbec Catena que je connais bien. Son prix (17.40$) est situé à peu près entre celui du Alamos régulier et celui du Catena. Pour le reste, je n’ai pas trouvé d’informations sur ce qui distingue ce vin, sinon qu’il vient de la sous-région de La Consulta, plus fraîche car située à une altitude plus élevée. J’ai bu ce vin sur trois jours, et il a fort bien tenu.

La robe est bien colorée et presque opaque. Le nez est bien démonstratif et exhale des arômes de cerises et de mûres, d’épices douces comme la vanille, de goudron et de torréfaction. Beau nez bien agréable et assez complexe, avec de l’éclat, mais sachant éviter l’excès boisé. La bouche est équilibrée dès l’attaque et déploie d’intenses arômes fruités bien complétés par un aspect épicé/boisé bien dosé. Le milieu de bouche montre un vin de corps moyen, juste assez concentré, à la structure compacte et à la fine texture tannique. Le caractère épicé et goudronné s’impose un peu plus en finale sur une longueur de bon calibre.

J’ai vraiment bien apprécié ce vin. Son profil m’a semblé assez différent de celui du Catena, moins rond, moins typé Malbec argentin. En fait, ce vin me faisait plutôt penser à un bon Cab californien de milieu de gamme, du genre Beringer “Knight’s Valley”. Ce n’est qu’une impression, mais omme on peut le voir sur la photo, ce vin s’est mérité un 90 du Wine Spectator. Je ne crois pas aux notes, mais si on peut traduire ce chiffre par très bon vin, alors je suis bien d’accord. Bien sûr, un très bon vin offert au prix de 17.40$ représente une formidable aubaine. Malheureusement, Catena a décidé de boucher la bouteille avec un liège aggloméré. Ce n’est donc pas un vin à garder très longtemps, mais je pense quand même qu’il pourrait être intéressant à suivre au cours des trois à cinq prochaines années. La SAQ annonce le 2008, mais il sûrement de ce 2007 en tablettes.