jeudi 16 août 2012
Sauvignon Blanc: Le Chili pourrait déloger la Nouvelle-Zélande en pole position
Rassurez-vous, le titre de ce court article n'est pas un autre de mes élans d'enthousiasme pour se qui se passe actuellement dans le Chili vinicole. Non. C'est le constat qui sert d'introduction à un article intéressant du New Zeland Herald à propos de l'émergence du Chili en tant que producteur de Sauvignon Blanc de qualité. L'article n'est pas condescendant. Il est plutôt réaliste et illustre le fait que le Chili joue maintenant sur le même terrain que les Kiwis. On y mentionne même qu'il y a plus de variété stylistique au Chili pour les vins de Sauvignon Blanc de qualité. On y rapporte les propos de Felipe Marin qui est maintenant en charge de l'élaboration des vins chez Casa Marin à Lo Abarca, et ceux de l'expatrié néo-zélandais Grant Phelps qui œuvre avec brio comme œnologue en chef chez Casas del Bosque dans Casablanca, un des meilleurs producteur de Sauvignon Blanc du Chili. Un élément négligé par l'article est que le Chili, en plus d'offrir de la haute qualité et des variantes stylistiques, offre ses vins de Sauvignon à des prix imbattables.
mercredi 15 août 2012
CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2003, MAIPO, VINA DE MARTINO
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Avec les références que j'ai données
dernièrement sur les belles performances de rouges chiliens de haut
niveau dans des dégustations à l'aveugle j'ai pu donner
l'impression qu'il faut payer relativement cher pour toucher aux
vertus du bon vin rouge chilien de garde. Ce n'est bien sûr pas le
cas. Rien de mieux qu'un Cab de Maipo, élaboré par un producteur
fiable, pour confirmer encore une fois qu'au Chili il n'est pas
nécessaire de payer une fortune pour de réels vins de garde.
La robe est de teinte encore bien
soutenue, même si légèrement translucide. Le nez est un pur
ravissement et montre un profil de Cab mi-évolué tout en finesse.
On y retrouve d'agréables arômes de cassis, de cerise, de bois de
cèdre, de terre humide, complétés par de fines notes vanillées,
ainsi qu'un très léger aspect évoquant le bois brûlé et le
chocolat noir. Difficile de rendre fidèlement en mots le profil
aromatique de ce vin, si ce n'est que de rappeler que ces arômes
portent la marque caractéristique que seul le temps en bouteille
peut procurer. Le plaisir se poursuit en bouche avec un vin à la
fois svelte et assez ferme. L'ensemble est sérieux, mais sans
lourdeur. C'est un régal pour l'amateur de Cabernet avec une belle
palette de saveurs juste assez patinées par le temps. Le fruit tient
encore le premier rôle, mâtiné de notes terreuses et doucement
épicées et soutenue par une fine dose d'amertume rappelant le
chocolat noir de qualité. Le milieu de bouche révèle un vin
équilibré et modéré comme je les aime. Les tanins sont fondus,
mais montrent ce qui leur reste de poigne dans une fin de bouche
rendant hommage aux attributs du bon Cabernet, en intensité, fermeté
et longueur.
Que dire sur ce vin qui n'aurait pas
l'air d'une redite de ma part sur le potentiel de garde incroyable
des rouges chiliens de type "Reserva"? Je pense que je
ne peux faire autrement que me taire ou frapper sur le même clou.
Souvent je me tais, car ma cave arrive dans une phase où ces
expériences sont de plus en plus fréquentes. Jouer toujours le même
disque est redondant, je le sais, mais parfois je me dis qui si par
une redite je pouvais convaincre ne serait-ce qu'un seul amateur. Ça
vaudrait la peine. Pour revenir à ce Legado, celui-ci n'est pas
proche de son déclin. Il est plutôt à un beau stade de son
évolution. Je pense qu'en pure aveugle il pourrait se mesurer à des
vins bien plus renommés et beaucoup plus chers. Il est rendu à
cette étape de son parcours où le caractère typique de son origine
cède le pas au caractère universel du cépage. Pour les
chiliophobes ça devrait être un argument positif, mais
malheureusement, peu importe l'âge, ce sera toujours écrit Chili
sur l'étiquette, et même si De Martino est un producteur élite de
ce pays, ça ne résonnera pas très fort chez les amateurs de
prestige. Pourtant, la vallée de Maipo est un des meilleurs terroirs
à Cabernet au monde. Certains en parlent comme du Médoc chilien,
mais même les comparaisons françaises ne peuvent abattre le déficit
de prestige pour certains qui ne jurent que par les châteaux
bordelais ou le culte de Napa. C'est pourquoi le Chili demeure le
pays qui en matière de vins de garde en offre le plus pour chaque
dollar investi. Pas besoin de dépenser dans les super-vins chiliens
qui tentent de gagner en prestige en attirant les victimes de l'effet
Veblen. Ce pays a tant à offrir qu'il y a plein d'excellents vins
offerts à prix ridicules, et ce Legado en est un superbe exemple.
J'ai payé ce vin autour de 17$ dans le temps, et en terminant la
bouteille je ne peux m'empêcher de penser que ce prix est
ridiculement bas. Ce n'est pas moi qui fait le marché, et j'ai la
patience de mettre ces vins de côté, alors aussi bien en profiter.
P.S.: Parlant de taper sur le même clou. Je viens de m'apercevoir qu'il y a un an presque jour pour jour j'avais commenté le millésime 2002 de cette cuvée. À quelques différences près, mes commentaires se rejoignent.
P.S.: Parlant de taper sur le même clou. Je viens de m'apercevoir qu'il y a un an presque jour pour jour j'avais commenté le millésime 2002 de cette cuvée. À quelques différences près, mes commentaires se rejoignent.
samedi 11 août 2012
SUR LE VIF
Peu de vin cet été pour moi et peu de temps et d'envie pour écrire à son propos. Je continue toutefois de lire, c'est moins exigeant.. Rien de mieux qu'une de mes marottes, le potentiel de garde des rouges chiliens, pour écrire un petit mot. Voyez cet article de Wine Spectator où un Don Melchor, 1999, de Concha y Toro a remporté la faveur d'un groupe de dégustation à l'aveugle. Dommage que l'on ne nomme que trois vins sur les sept impliqués. Ce ne semble pas être un groupe de buveurs de piquette. La conclusion de Thomas Mathews, l'expert en vins espagnols du WS, va dans le sens des résultats des dégustations d'Eduardo Chadwick et d'Aurelio Montes que je rapportais il n'y a pas longtemps ici et ici: "It testified that Chile has earned its standing in the world of wine."
samedi 28 juillet 2012
Les buveurs d'idées
Comme amateur de vin on aime penser que ce qui nous intéresse vraiment c'est le vin. Le liquide qui se retrouve dans notre verre sous différents aspects. Pourtant, plus un amateur devient intéressé et plus le vin en lui-même perd de l'importance. Je lisais l'autre jour un article où le représentant commercial d'un producteur chilien disait qu'il fallait apporter des nouveautés régulièrement (nouveaux cépages, nouvelles régions), car sans éléments distinctifs pour susciter l'intérêt, le vin devient une simple marchandise. Je me suis reconnu un peu dans ce propos. Je suis le type d'amateur intéressé par la nouveauté. J'aime les producteurs qui développent de nouvelles choses. J'aime l'idée qu'en buvant les vins de ces producteurs je participe à la création de quelque chose qui n'existait pas avant. D'autres amateurs, au contraire, s'intéressent au vin pour communier avec l'histoire. Au-delà du vin, ils aiment l'idée du lien avec le passé. L'idée qu'en buvant ces vins à la longue histoire ils perpétuent quelque chose qui les dépasse. D'autres ont une approche socio-économique. Ils s'intéressent aux vins d'artisans, aux vins biologiques car ça correspond à leurs valeurs de développement durable. D'autres encore aiment boire prestigieux et rare, ce qui veut aussi dire cher. De cette façon ils ont l'impression de toucher au meilleur de ce que le monde du vin a à offrir. Il y a aussi ceux qui boivent aux notes et à la réputation. Je suppose que cette caution externe les sécurise face à leurs perceptions.
J'aurais pu continuer d'énumérer des
catégories de buveurs qui au-delà du vin sont motivés par des
idées. Je lis déjà dans les pensées de certains lecteurs qui se
sentiront visés et qui se diront que le vin, le liquide, est leur
priorité, et que le reste est secondaire. Bien sûr, tout passionné
que l'on puisse être, il est clair notre intérêt premier est le
vin. Ceci dit, je pense que les idées occupent une place beaucoup
plus importante que ce qu'on veut bien s'avouer. Si à partir de
demain le vin devenait anonyme. Si les vins étaient identifiés par
un simple code nous empêchant de les relier à leur origine. Je
pense que l'intérêt d'une grande majorité de passionnés
diminuerait de façon marquée. J'adore déguster à l'aveugle car il
y a à la fin le dévoilement des identités. Cela me permet de me
confronter aux fameuses idées qui soutiennent mon intérêt pour le
monde du vin. Je ne voudrais pas d'un monde où la dégustation du
vin serait toujours à l'aveugle, mais sans jamais qu'il n'y ait de
dévoilement.
Il est clair pour moi qu'une bonne
partie du plaisir relié au vin tient dans la confrontation entre le
simple liquide offert dans un verre et la construction mentale qu'on
s'est bâtie pour appréhender celui-ci. Sans repères pour ancrer
notre jugement, le monde du vin serait bien moins intéressant. Ce
produit de civilisation deviendrait un simple objet de consommation.
Toutefois, je pense qu'en évoluant dans le monde du vin, il est
important de garder à l'esprit que notre jugement est influencé par
les idées qui nous intéressent et auxquelles on adhère. Je
persiste à croire fermement qu'une bonne partie de l'appréciation
du vin relève du monde des idées, de la conviction mentale. Garder
ce fait à l'esprit est une façon de prémunir notre jugement de
l'influence de ce qu'on pense lorsqu'on ne déguste pas à l'aveugle.
Si on peut boire des idées, comme pour le vin il faut essayer d'éviter qu'elles nous
saoulent.
vendredi 6 juillet 2012
Le Chili est un producteur de classe mondiale (Prise 2)
Je suis tombé sur un article intéressant dans le San Francisco Chronicle, et au risque d'en agacer certains encore plus, le mouvement initié par Eduardo Chadwick prend de l'ampleur. Un autre producteur chilien de renom s'est lancé dernièrement dans l'aventure de faire goûter ses vins à l'aveugle en parallèle avec certains des plus grands noms de la planète vin. Cette fois-ci c'est Aurelio Montes qui a eu l'audace de soumettre ses vins haut de gamme à la comparaison directe avec des noms mythiques et très onéreux. Comme dans le cas des dégustations de M. Chadwick, le but déclaré n'est pas de prouver une quelconque supériorité de ses vins, mais plutôt de démontrer qu'ils sont légitimement à leur place à côté de ces noms prestigieux. Dans le cas de la dégustation axée sur la cuvée Sena, dont je parlais le dernière fois, un intervenant avait dit en réaction que les dés étaient pipés en faveur du Sena, étant donné qu'il y avait autant de millésimes de Sena que de vins renommés. Dans le cas de la dégustation de Montes, cet argument est à balayer totalement du revers de la main, car il y avait trois vins différents de Montes pour neuf vin renommés, tous du millésime 2004, sauf pour le Carmenère, Purple Angel, de Montes qui était un 2007. Il n'y avait qu'un millésime de chaque vin impliqué. Il y avait une vague de huit vins de type bordelais où le Cabernet Sauvignon, "M", de Montes a terminé deuxième, et le Carmenère, Purple Angel, quatrième. Il y avait aussi une vague de vins de Syrah/Shiraz où la cuvée Folly de Montes a pris le premier rang, presqu'à égalité avec le Grange de Penfolds.
Finalement, j'aime toujours voir les notes sur 100 dans ce type de dégustations à l'aveugle. Sans la présence d'étiquettes, on ne note pas haut, ce qui montre bien que les très hautes notes ne viennent pas seulement des impressions de dégustation, mais bien aussi du statut du vin impliqué. Les juges étaient des journalistes spécialisés, somelliers et professionnels du vin. Encore une fois, la conclusion n'en est pas une de supériorité, mais bien de légitimité des vins chiliens. Les meilleurs de ces vins sont à leur place avec ce qui se fait de mieux au monde. Le Chili peut produire des vins de classe mondiale et même si les grandes cuvées de Montes sont des aubaines par rapport aux autres vins de cette dégustation. Il est possible de trouver des aubaines encore plus formidables venant du Chili. Ceci dit, un des vins de Montes est presque une aubaine. Si acheté lors d'une promo -10% à la SAQ, le Purple Angel se qualifie pour ma limite de 50$!!!
Finalement, j'aime toujours voir les notes sur 100 dans ce type de dégustations à l'aveugle. Sans la présence d'étiquettes, on ne note pas haut, ce qui montre bien que les très hautes notes ne viennent pas seulement des impressions de dégustation, mais bien aussi du statut du vin impliqué. Les juges étaient des journalistes spécialisés, somelliers et professionnels du vin. Encore une fois, la conclusion n'en est pas une de supériorité, mais bien de légitimité des vins chiliens. Les meilleurs de ces vins sont à leur place avec ce qui se fait de mieux au monde. Le Chili peut produire des vins de classe mondiale et même si les grandes cuvées de Montes sont des aubaines par rapport aux autres vins de cette dégustation. Il est possible de trouver des aubaines encore plus formidables venant du Chili. Ceci dit, un des vins de Montes est presque une aubaine. Si acheté lors d'une promo -10% à la SAQ, le Purple Angel se qualifie pour ma limite de 50$!!!
mardi 3 juillet 2012
SUR LE VIF
Article intéressant avec Frédéric Brochet à propos de la construction mentale impliquée dans la dégustation du vin. Ce scientifique confirme que la disposition mentale, la conviction par rapport à un vin influent significativement sur le niveau d'appréciation de celui-ci. J'étais déjà au courant des travaux de Brochet à ce sujet et mon expérience personnelle m'a souvent confirmé la justesse des ses constats. Disons que ça me conforte dans mon approche face au vin.
samedi 30 juin 2012
SYRAH, CHONO, 2009, ELQUI, GEO WINES
Geo Wines est un projet mené par le
réputé œnologue et biodynamiste chilien Alvaro Espinoza. Les vins
sont élaborés à partir des régions les plus appropriées pour les
cépages impliqués et dans le cas de la Syrah, la vallée d'Elqui
est un choix très avisé. Après l'excellent millésime 2007 de ce
vin, je remet ça avec ce 2009 qui m'avait favorablement impressionné
lors du dernier salon de Vins du Chili tenu à Montréal en septembre
dernier. J'y avais alors perçu un vin similaire au 2007, avec ce
côté aromatique évoquant de bons vins du Rhône nord. Pourtant, il
y a un monde de différence entre la Côte-Rôtie et la partie côtière
de la vallée d'Elqui, mais ces deux endroits modulent des arômes
similaires avec la Syrah. Il faut dire que pour ce 2009, 10% des
fruits viennent d'un vignoble bio de la vallée de Limari, située un
peu plus au sud. Le vin a été élaboré en inox et seulement un
quart du volume est passé par des barriques de chêne neuves
(français et américain) pour environ six mois. Le vin n'a pas été
filtré et titre à 14% d'alcool.
La robe est de teinte rubis de moyenne
intensité. Le nez montre des éléments ayant une ressemblance
frappante avec le classique du Rhône nord. On y dénote des arômes
de fruits noirs, de poivre noir, de violette et de lavande. Une
légère touche goudronnée vient compléter le tableau. Un nez
propre, frais et séduisant qui donne beaucoup de plaisir. Ce plaisir
se poursuit en bouche où le vin se déploie sur le mode de la
fraîcheur, avec une certaine fermeté. L'agréable palette
aromatique se reflète bien au niveau des saveurs avec l'aspect
fruité qui tient le premier rôle. C'est un vin de corps moyen qui
possède une belle concentration et un volume contenu. Les tanins
sont discrets avant la finale où ils montrent un peu de poigne.
C'est donc un vin qui coule sans effort et qui brille par sa qualité
aromatique. Ce caractère aromatique culmine dans une finale intense,
de belle allonge, aux légers relents de chocolat noir.
Dans mon billet précédant j'évoquais
les vertus de la modération et des qualités aromatiques dans le
vin, et bien cette Syrah du bout du monde en est un bel exemple. Rien
n'est trop appuyé dans ce vin où on ne tente pas d'impressionner
par la force. Le vin ne manque de rien et il a toute la présence
nécessaire en bouche pour soutenir l'intérêt et offrir un plaisir
palpable. Pour les amateurs de Syrah rhodanienne, ce vin est une
alternative très intéressante, offerte à une fraction du coût. À
mon avis c'est un vin qui devrait faire courir les amateurs de vins
distinctifs, mais j'ai peur qu'il ait deux gros défauts pour la
clientèle branchée adepte d'importations privées. Il est chilien,
donc sans pedigree, sans prestige, et il est de prix très abordable
(17$), malgré qu'il soit vendu en I.P. chez Trialto. C'est difficile
de ne pas avoir de préjugés face à un vin de 17$, chilien en plus.
Oubliez l'effet Veblen et l'image négative que vous pourriez avoir
du Chili. Ce vin est une belle façon de découvrir une facette du
Nouveau-Chili et ça pourrait changer votre perception du potentiel
de ce pays. La SAQ offre la Cabernet Sauvignon, Reserva, de la gamme
Chono. C'est un bon vin, mais pas très différent de bien d'autres
Cabs chiliens de Maipo, alors je ne comprends pas pourquoi on n'a pas
plutôt décidé d'offrir cette Syrah qui se démarque clairement par
son profil aromatique des autres vins de Syrah chiliens de cette
gamme de prix. Le seul qui s'en rapproche au point de vue aromatique,
c'est la Syrah, Bayo Oscuro, de Kingston Family pour laquelle il faut
débourser le double (33$). Si cette Syrah était offerte à la SAQ
au prix du Cab et qu'elle était bien promue par les conseillers,
elle ferait un malheur car je ne connais pas de vin de Syrah de ce
type offert à un si bon prix. Rien ne s'en approche en terme de rapport QD/P (Qualité, Distinction/ Prix).
vendredi 29 juin 2012
Jour sombre
La revue Decanter vient de décidé de se convertir au système de notation sur 100. Le dernier bastion significatif du monde anglo-saxon vient de tomber face à ce système ridicule. Les amateurs de précision saugrenue seront comblés et les vins qui n'obtiendront pas le fameux 90 continueront de pâtir et les producteurs continueront de faire des vins ayant comme but d'atteindre ce risible 90. Chez Decanter on déguste vraiment à l'aveugle, mais auparavant, lors des panels de dégustation, on faisait des moyennes et malgré cela il y avait beaucoup de résultats surprenants. Maintenant les notes individuelles des dégustateurs seront publiées. J'ai bien peur qu'il y ait de l'édition pour éviter d'avoir l'air fou sur certains vins, ou bien on va faire de petites vagues bien ciblées pour bien guider les dégustateurs et éviter les inmanquables récifs de l'aveugle pure. Une chose est sûre, on ne laissera pas le ridicule de la notation sur 100 être révélé par la dégustation en pure aveugle. On va suivre l'exemple américain. Misère!
mardi 26 juin 2012
La modération négligée
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Très récemment j'ai dégusté deux
vins qui ont ramené à mon esprit une réflexion que je me fais de
plus en plus au fur et à mesure que je progresse dans le monde du
vin. Ces deux vins sont des rouges bien différents, mais qui m'ont
également impressionné malgré leur dissemblance. Un de ces vin est
la cuvée LFE 900, 2008, de Luis Felipe Edwards dont j'ai traité
dans l'entrée précédant celle-ci sur le blogue, mais il y a aussi
le Cabernet Sauvignon, Gran Reserva, 1999, Maipo, de Vina Tarapaca
que j'avais dégusté le jour avant au resto avec un ami passionné
de vin. Le vin de Tarapaca n'avait pas la richesse, la puissance ni
la longueur en bouche du LFE 900. C'était un vin de corps moyen
montrant ce profil mi-évolué que seul le temps en
bouteille peut procurer. Ceci dit c'était un vin complexe et exquis,
à la fois sérieux et facile à boire, et qui m'a procuré beaucoup de plaisir. Le LFE 900
aussi m'a procuré du plaisir, mais un plaisir bien différent. Je
suis sûr que s'il était possible de comparer les deux vins au même
âge, le LFE 900 l'aurait emporté par KO au premier round. Il a
tellement plus de matière que le Tarapaca pouvait en avoir en
jeunesse, alors imaginez aujourd'hui avec les 12 ans de bouteille de
celui-ci. Il est clair que si ces deux vins avaient pu être soumis
au même âge à un "donneux" de notes sur 100, le LFE
l'aurait emporté haut la main. Il aurait déclassé l'autre par au
moins 10 points. Malheureusement, ce résultat aurait, selon moi, été
totalement erroné.
Comme je l'ai dit en introduction, les
plaisirs distincts que ces deux vins m'ont donné m'ont amené à
réfléchir sur les critères qui permettent d'établir le niveau de
qualité d'un vin. De plus en plus, je trouve que les éléments
utilisés pour établir le niveau qualitatif du vin sont trop axés
sur des choses comme la concentration, la puissance et la longueur en
bouche, alors que la qualité et la distinction aromatique, de
même que la finesse et la facilité à boire sont des éléments
trop souvent négligés car plus subjectifs et moins impressionnants.
Les facteurs évoquant la force dans un vin sont difficiles à
manquer et ce faisant plus objectifs, alors que les éléments de
subtilité et de détails sont plus subjectifs et moins
universellement facile à percevoir. Il y a aussi le goût personnel
qui peut entrer en ligne de compte, et la disposition pour un style
de vin en particulier au moment de la dégustation. Les comparaisons
entre le vin et les œuvres d'art sont toujours un peu boiteuses car
les sens de l’ouïe et de la vue sont des sens beaucoup plus précis
que ceux de l'odorat et du goût. Néanmoins, aimant la musique,
j'aime bien comparer le vin à une chanson. Par exemple, la même pièce peut être
interprétée avec un orchestre symphonique, ou de façon intimiste
en mode piano/voix. Il est clair que la version avec grand orchestre
sera plus impressionnante pour l'auditeur, qu'elle marquera plus ses
sens, mais est-ce que ça veut dire qu'elle sera forcément meilleure
que la version plus tranquille où seul un piano et une voix font le
travail? Selon moi les deux peuvent avoir leurs mérites selon ce que
recherche l'auditeur, selon sa disposition du moment. De la même
façon que les deux vins que j'ai évoqué plus haut offraient
quelque chose de différent, sans que l'un soit nécessairement
meilleur que l'autre. L'un est plus impressionnant, alors que l'autre
est plus délicat. Le premier s'impose à notre attention, alors que
le deuxième a besoin de notre attention.
Plus j'évolue dans le monde du vin
et plus je me rend compte que comme pour la musique il est important
pour moi de pouvoir choisir le volume. Parfois j'ai le goût que ça
frappe fort, mais parfois j'aime aussi jouir d'un plaisir plus reposant. Un
plaisir plus facile au sens où les sens sont sollicités de façon
plus douce, mais un plaisir plus exigeant car c'est le dégustateur
qui doit aller vers le vin et non l'inverse. Bien sûr, il y a un
danger avec ma définition des choses. Ce danger s'est de tout confondre
et de mélanger concentration modérée et finesse. L'équilibre, et la qualité
aromatique sont pour moi les éléments primordiaux pour juger du
niveau qualitatif d'un vin. La complexité peut aussi être un
élément à considérer. Je pense que ces qualités peuvent se
retrouver dans des vins très concentrés, longs et puissants, mais
elles peuvent aussi se retrouver dans des vins plus modérés et ce
sont ces vins qui, trop souvent selon moi, sont injustement
déconsidérés. Je n'ai rien contre les vins qui en donnent beaucoup,
cela fait son effet, mais ce petit texte est un appel à découvrir,
ou redécouvrir, les vertus du vin modéré. Pour moi la modération
en matière de vin n'a pas nécessairement meilleur goût, mais de
plus en plus les vins de cette catégorie me sont nécessaires et il
n'y a rien de mieux que la garde prolongée pour en produire de beaux
exemples.
dimanche 24 juin 2012
LFE 900, 2008, COLCHAGUA, LUIS FELIPE EDWARDS
Luis Felipe Edwards est un producteur
que j'apprécie par le biais de sa grande cuvée Dona Bernarda. Un
vin qui se compare en termes qualitatif à bien des vins chiliens
vendus plus du double de son prix. C'est donc avec intérêt que je goûte
pour la première fois la cuvée LFE 900 de ce producteur. Si le nom
Dona Bernarda évoque un certain classicisme, LFE 900 ressemble plus
à un nom de code et suggère quelque chose de plus moderne. Une
chose est sûre, le vignoble d'où est issu ce vin est jeune, les
vignes avaient cinq ans d'âge en 2008. Il s'agit aussi d'un projet
aux visées qualitatives ambitieuses et qui pour moi se situe dans la
mouvance que j'appelle le Nouveau-Chili. Les vignes de ce vignoble
sont plantées à flanc de montagne, parfois en terrasses, et même
au sommet à 900 mètres d'altitude, d'où le nom de la
cuvée. Je joins un lien qui vaut vraiment la peine d'être consulté
pour saisir l'essence de ce projet. On y voit des photos
spectaculaires qui montrent bien l'ampleur et la beauté du projet.
Pour ce qui est du vin à proprement parler, il s'agit d'un
assemblage on ne peut plus original comprenant 36% de Petite Syrah
(Durif), 30% de Cabernet Sauvignon, 24% de Syrah, 7% de Carmenère et
3% de Malbec. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne
français neuves. Il a aussi été filtré et il titre à 14.5%
d'alcool pour un pH de 3.60.
Sans surprise la robe est d'encre,
impénétrable. Le nez lui, dès le premier abord, transpire la
qualité et l'ambition. Il s'en dégage des arômes intenses et
profonds de cerises et de groseille amalgamés à un aspect
boisé/épicé bien présent et complétés par une touche
chocolatée. C'est nez très riche, dominé pour le moment par les
arômes que je viens de décrire, mais des notes fugaces se détachent
ici et là en cours de dégustation et on sent qu'il y a un potentiel
supplémentaire à révéler avec le temps. En bouche, c'est un vin
avec beaucoup de matière qui se révèle. Cette matière généreuse
est de très grande qualité, le vin est très concentré avec des
saveurs très intenses qui sont un reflet fidèle des arômes perçus
au nez. La relative douceur du fruit et de l'apport boisé est équilibré par une juste dose d'amertume. En milieu de bouche, encore une fois la
richesse de la matière et le très haut niveau de concentration
impressionnent. Le vin a du volume et de la rondeur, ainsi qu'une
souplesse salvatrice qui lui permet de bien couler malgré la densité
de sa matière. Les tanins sont bien présents avec une texture
veloutée qui contribue à la souplesse déjà évoquée. En toute
justesse, et pour rester dans l'esprit de ce vin, je dirais sans
exagérer que la finale permet d'atteindre un sommet dans l'intensité
gustative. Heureusement, l'harmonie est préservée avec beaucoup de
longueur.
Moi qui aime dire mon admiration pour
les vins de profils modérés, je dois l'avouer, j'ai été
impressionné par la puissance maîtrisée de ce très jeune vin.
C'est un nectar concentré qui en met plein les papilles à ce stade
très précoce de son espérance de vie. En l'ouvrant je savais ce
que je faisais. Je savais à quoi m'attendre, mais j'en ai eu plus
qu'anticipé. Je l'ai ouvert par curiosité, pour apprendre, mais
j'ai quand même obtenu ce plaisir spectaculaire que peuvent offrir
les jeunes vins bien nés et ambitieux. Sur un aspect plus technique, ce vin est intéressant car il a été filtré tangentiellement sur membrane 0.65 microns. S'il est vrai que la filtration enlève de la matière essentielle au vin, je n'ose imaginer ce qu'une version non filtrée de ce vin aurait donné. Pour moi ce vin démontre plutôt qu'une filtration bien menée est bénéfique. J'ai eu la chance déjà de goûter
plusieurs "grosses" cuvées chiliennes très chères,
et je peux vous dire que ce LFE 900 n'a rien à leur envier. Ce vin
tombe clairement dans la catégorie des super-cuvées très
concentrées au boisé luxueux et qui en jeunesse ne font pas dans
la dentelle. Je ne boirais pas ce type de jeunot ambitieux sur une
base régulière car c'est un vin qui par sa nature est très
demandant pour le dégustateur. Ce n'est pas le genre de vin qui se
laisse boire tranquillement. Il a tellement de matière qu'il vous
rappelle sa présence à chaque gorgée, mais en faisant cela, il
vous rappelle aussi à chaque fois son haut niveau qualitatif et les
promesses qu'il offre pour le futur. Certains producteurs chiliens
commencent à s'éveiller au potentiel de garde de leurs vins. Sur la
contre-étiquette de celui-ci, on parle d'une apogée dans quatre à
six ans et un plateau optimal qui durera jusqu'en 2025.
Personnellement, je doublerais ces chiffres sans aucune crainte. Si
ce vin venait d'une appellation prestigieuse, je n'ose imaginer son
prix. Toutefois, même dans le contexte chilien il s'agit d'une
aubaine formidable. Il est du même niveau et style que des cuvées
vendues deux ou trois fois son prix. Au lieu d'acheter un Clos Apalta
à 111$, obtenez presque quatre bouteilles du même niveau à 30$
chacune. Si vous aimez les sensations fortes vous pouvez ouvrir dès
maintenant, sinon c'est un vin de grande garde à un prix
pratiquement imbattable. Les stocks de ce vin sont déjà très bas à
la SAQ, ce n'est pas pour rien.
jeudi 14 juin 2012
La passion du vin, la raison, son prix et le respect
Si vous lisez ce blogue, même de temps en temps, vous savez que pour moi le rapport qualité/prix est l'élément le plus important me guidant dans mes achats. Au-delà du RQP j'ai aussi une limite quant au prix maximal que je suis prêt à débourser pour une bouteille. Celui-ci est de 50$. J'ai très rarement payé plus pour une bouteille de vin, et la plupart du temps où je l'ai fait, c'était une bouteille achetée spécialement pour participer à une dégustation entre amateurs. Ce type de dégustations avec des passionnés de vin m'a permis de déguster beaucoup de vins franchissant allègrement la limite de prix que je m'impose pour ma consommation personnelle. Cela m'a quand même permis de tester mes convictions par rapport au prix maximum que je suis prêt à payer pour un vin, et même si j'ai eu de très belles expériences, cela ne m'a pas amené à changer d'idée sur le sujet. Je continue de penser qu'une limite de 50$ permet de très bien boire et de goûter à une très grande variété de vins. Ceci dit, qui dit limite, dit nécessairement contrainte, restriction. C'est quelque chose que j'accepte et assume.
Si je parle de ce sujet aujourd'hui,
c'est que je suis tombé sur un fil de discussion sur le forum Fouduvin à propos d'un "tweet" du conseiller en vin Nick
Hamilton. Fouduvin est un lieu virtuel où j'ai passablement écrit
avant de démarrer mon blogue, et la lecture de ce fil m'a rappelé
pourquoi j'ai arrêté d'y écrire à un moment donné. Il est
très difficile dans le monde des passionnés du vin de tenir un
discours comme le mien ou de faire une affirmation comme celle de M.
Hamilton sans devenir une cible. C'est rapidement perçu comme un
manque de respect. Plusieurs qui ne partagent pas ce point de vue et
qui paient cher pour certaines bouteilles en viennent rapidement à
la conclusion qu'on les prend pour des imbéciles. Ce qui ne saurait
être plus faux. Diverger sur un point de vue ne remet pas en cause
l'intégrité des personnes qui ne partagent pas la même opinion.
Mais le monde du vin demeure un milieu particulier ou l'ego est
souvent mis à l'avant-plan. J'ai eu la chance d'y connaître plein
de gens formidables qui ne partagent pas mon point de vue sur la
question et jamais il ne m'est venu à l'esprit que c'étaient des
imbéciles. Généralement c'étaient des gens plus passionnés que
moi et plus généreux aussi. Dans des dégustations en pure aveugle,
sans contrainte de prix, on peut argumenter et s'amuser, mais il est
vrai que le contact humain, intime et direct est bien différent du
monde virtuel, impersonnel et ouvert au regard de tous.
Une chose est sûre dans mon esprit.
Peu importe notre approche personnelle face au monde du vin, si
celle-ci est authentique, une approche divergente prônée par
quelqu'un d'autre ne devrait pas être perçue comme une attaque
personnelle. Le vin est quelque chose de trop changeant et
difficilement saisissable par nos sens pour y lier notre ego. Il faut
juste s'assumer, ce qui n'empêche pas de discuter, idéalement
devant quelques bonnes bouteilles. J'ai eu la chance de déguster et discuter une fois avec Nick Hamilton et il m'a alors semblé être très ouvert d'esprit et connaître très bien son sujet.
dimanche 10 juin 2012
Le Chili est un producteur de classe mondiale
Eduardo Chadwick est un des plus grands leaders du monde vinicole chilien. Il mène plusieurs projets de front, d'abord Errazuriz, mais aussi Vinedo Chadwick, Sena, Arboleda et Caliterra. Frustré par le manque de reconnaissance rencontré selon lui par les vins chiliens dans la presse spécialisée mondiale, Chadwick s'est lancé depuis 2004 dans une série de grandes dégustations à l'aveugle où ses vins sont servis en parallèle avec certains des vins les plus réputés et les plus chers du monde. Le 18 mai 2012 il a remis ça à Londres lors d'une dégustation où le focus était mis sur la cuvée Sena. Peter Richards, le spécialiste des vins chiliens pour la revue Decanter rend compte sur son blogue de cette dégustation qu'il a co-présidée. Son texte est très intéressant. D'abord, M. Chadwick y explique pourquoi il persiste à tenir ce genre d'événements. Je le cite en traduction libre :
"La raison pour laquelle j'ai
commencé à tenir ces dégustations était que je suspectais que nos
meilleurs vins étaient sous-évalués au niveau des scores
simplement parce qu'ils étaient du Chili. C'est pourquoi j'ai voulu
une « justice aveugle ». Mon but avec ces dégustations
n'est pas de prouver que nos vins sont meilleurs que d'autres. Le but
est de prouver qu'ils sont de classe mondiale"
Prouver la classe mondiale des
meilleurs vins chiliens inclut aussi de démontrer leur potentiel de
garde. Une chose que les dernières dégustations organisée par M.
Chadwick ont bien démontré. Il est aussi intéressant dans le
texte de Richards de comparer ses propres choix avec ceux du groupe
d'une cinquantaine de dégustateurs, incluant des acheteurs
britanniques et un bon nombre de représentants chinois. Le groupe a
préféré des vins plus jeunes, Sena 2008, Sena 2010, alors que
Richards, un « Master of Wine » a préféré un vin plus
âgé, le Sena, 1997, classé huitième sur 10 par le groupe. Lors
d'une autre dégustation avec douze « Masters of Wine »
tenue en octobre 2011 à Santiago, le même Sena, 1997, avait terminé
premier et le 1995 deuxième. J'ai trouvé cette différence
intéressante car elle concorde avec mon expérience de dégustation
avec des passionnés et connaisseurs. J'ai toujours remarqué qu'à
l'aveugle le connaisseur aura tendance à choisir les vins de profils
plus évolués par rapport aux vins à la jeunesse évidente. Parfois
je me demande si ce choix est vraiment une question de goût ou bien
si c'est pour se conformer à l'idée de ce que devrait être un vrai
connaisseur. Il faut aussi noter que l'âge atténue les
caractéristiques d'origine des vins. Ce qui fait que les vins
chiliens âgés ont toujours beaucoup plus de succès à l'aveugle au
près des connaisseurs, car l'origine est plus difficilement
détectable. La justice aveugle réclamée par M. Chadwick est ainsi
plus facilement rendue.
Toute la démarche d'Edurado Chadwick
est une quête de reconnaissance. On pourrait aussi dire que c'est
une quête de justice, mais je pense que l'homme est trop lucide pour
croire que le monde du produit de luxe auquel il s'attaque a quelque
chose à voir avec ce grand principe. Les prix demandés par Chadwick
pour ses vins sont parmi les plus élevés du Chili, preuve qu'il a
compris le mécanisme de l'effet Veblen. Toutefois, il faut mettre
les choses en contexte. Ces prix élevés, dans le contexte chilien,
demeurent très bas face aux vins prestigieux consacrés. Toutefois,
la quête de prestige associée aux prix élevés font des vins de
Chadwick de mauvais achats dans le contexte chilien, pour qui
s'intéresse strictement au vin et n'est pas à la recherche d'un
produit de luxe. De la même façon que les premiers grand crus de
Bordeaux sont de mauvais achats sur une stricte base de rapport
qualité/prix. Je demeure admiratif de la démarche d'Eduardo
Chadwick car elle comporte une bonne dose de courage et de
persévérance. Je pense aussi que pour un pays vinicole en déficit
de prestige comme le Chili, cette démarche est nécessaire. Dans le
monde du vin, le respect s'acquière avec la qualité, bien sûr,
mais aussi avec le prix affiché sur la bouteille sur une longue
période. Mettre un prix élevé sur une bouteille est une chose,
mais arriver à vendre ce vin année après année en est une autre.
C'est un pari entrepris il y a plus de dix ans par Chadwick et qu'il
est en train de gagner. Cette victoire est bien sûr symbolique, mais
il ne faut pas sous-estimer la valeur des symboles. De plus, au-delà
des symboles et du prestige, pour qui n'est préoccupé que par le
vin, le Chili est clairement un producteur de classe mondiale. Il
continue d'offrir de formidables vins, de styles de plus en plus
variés, à des prix défiant toute compétition. Le Nouveau-Monde
dans le meilleur sens du terme.
Lien vers un portrait d'Eduardo Chadwick et de sa stratégie pour son groupe et pour l'ensemble du Chili vinicole
Lien vers un portrait d'Eduardo Chadwick et de sa stratégie pour son groupe et pour l'ensemble du Chili vinicole
jeudi 7 juin 2012
SAUVIGNON BLANC, CIPRESES VINEYARD, 2007, LO ABARCA, SAN ANTONIO, CASA MARIN
La cuvée Ciprese Vineyard, 2005, fut
un de mes premiers contacts avec ce que j'appelle le nouveau Chili.
Ce vin avait été une révélation pour moi et j'en avais acheté
pas moins de 18 bouteilles, dont une douzaine pour en suivre l'évolution et le potentiel de garde. Il m'en reste aujourd'hui huit. C'est
donc un vin dont j'ai suivi l'évolution de près. Il tient encore
très bien la route et a évolué de belle façon tout en conservant
avec l'âge son caractère baroque. Je n'aurai pas la chance de faire
de même avec ce 2007, car je n'avais pu mettre la main que sur deux
bouteilles. Celle-ci est la première que j'ouvre. J'ai bien hâte de
voir ce que ça donne.
La robe est encore de teinte vert pâle,
sans signe apparent d'évolution. Le nez est modéré et étonnant
dans son expression. À l'aveugle j'aurais probablement misé sur un
vin de Riesling plus que sur un Sauvignon Blanc. On y retrouve des
notes légèrement citronnées et miellées, ainsi qu'un très bel
aspect floral. Le point le plus surprenant est l'absence de notes
végétales vertes typiques de ce cépage et surtout de cette cuvée.
Beau nez agréable, mais quand même déroutant pour quelqu'un qui
connaît très bien le millésime 2005 et qui s'attendait à
retrouver un lien de parenté dans ce 2007. En bouche le vin montre
un bel équilibre qui s'appuie sur un aspect citronné plus marqué
qu'au niveau olfactif. L'acidité est bien présente, mais le temps
semble en avoir un peu émoussé le tranchant, ce qui donne un vin
plus facile à boire par lui-même. En milieu de bouche le vin est
intense et bien concentré. Il affirme bien sa présence et l'aspect
floral se marie bien au fruit pour donner une agréable sensation
gustative. La finale montre un beau mariage des saveurs, avec une
certaine rondeur et une allonge de haut calibre.
Pour parler un langage de chimiste, je
dirais que cette cuvée est passée du mode pyrazinique en 2005 au
mode terpénique en 2007. J'ai dégusté ce vin en relative jeunesse
lors d'une dégustation thématique sur le Chili il y a deux ans et
il m'avait alors semblé plus près du profil standard pour un
Sauvignon Blanc de climat frais. Deux jours après la dégustation du
2007 j'ai ouvert une bouteille de 2005 pour comparer. Le contraste
était frappant. Je sais qu'il y a deux ans de différence entre les
deux vins, mais la robe du 2005 était beaucoup plus foncée. Il faut
dire que le 2005 est embouteillé sous liège, alors que le 2007 est
sous capsule à vis. Je ne sais pas si cette différence explique en
partie le profil atypique du 2007. Je complète la rédaction de ce
texte en terminant la bouteille de 2005, et je dois avouer que je
suis un peu triste. Ce n'est pas que je préfère le 2005 au 2007 en
terme de qualité, à ce niveau ils sont comparables, mais le 2005
est un vin tellement original que ça m'attriste de penser que ce
style a été abandonné. C'est comme boire une espèce en voie de
disparition. Bien sûr, on pourrait penser que cette différence
n'est due qu'à une question de millésime, mais selon ce récent texte de Petrer Richards à propos de Casa Marin, un changement
stylistique a été opéré à partir de 2007. Maria Luz Marin attribue ce changement à l'âge des vignes, mais je ne suis pas totalement convaincu par cette explication. Le changement est trop marqué pour s'expliquer par cet unique facteur. Je pense qu'il s'agit surtout d'une décision commerciale. En un sens cette
décision de changer le style de ce vin est un peu compréhensible
car le style sauvage du 2005 était loin de faire l'unanimité. On se
souvient que la SAQ avait retiré ce vin de la vente, alléguant que
celui-ci était défectueux, avant de changer d'idée plus tard, non
sans avoir créer un froid durable avec le producteur. Ce fut
d'ailleurs la première et dernière apparition des vins de Casa
Marin sur les tablettes de la SAQ. C'est bien dommage. Malgré cela,
j'avais réussi à me procurer deux bouteilles de ce 2007 et il est
clair que si la qualité est toujours au rendez-vous, le style est
plus rassembleur, même si moins original. Casa Marin est un
producteur qui continue de m' intéresser et dont je vais continuer
de rechercher les vins, en espérant les revoir un jour à la SAQ. La
SAQ offre de plus en plus de vins chiliens intéressants, des vins
venant de certains des meilleurs producteurs du pays. Ceci dit, il y
encore bien des absences regrettables et Casa Marin est assurément
une de celles-ci.
dimanche 3 juin 2012
ALBIS, 2005, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE
-->
La famille chilienne Matte a acquis les
terres qui forment le vignoble de Haras de Pirque en 1991 et les
premières vignes y furent plantées en 1992 et 1993. Pirque est la
région de l'Alto Maipo située à la plus haute altitude. Les
raisins ayant servis à l'élaboration de ce vin proviennent de
parcelles situées à flancs de montagne. C'est un assemblage composé
de 80% de Cabernet Sauvignon, le cépage emblématique de la région,
et de 20% de Carménère, le cépage oublié de Bordeaux qui est
maintenant devenu une spécialité chilienne et qui convient bien aux
assemblages. Le vin a été fermenté en petits lots dans des cuves
de chêne français Taransaud. Il a ensuite été élevé pendant 18
mois en barriques de chêne français neuves. Il titre à 14.8%
d'alcool. Cette cuvée a été crée en 2002 pour marquer l'association de la famille Matte avec la réputée famille italienne
Antinori. L'oenologue d'Antinori, Renzo Cotarella, collabore à
l'élaboration de ce vin avec sa collègue chilienne Cecilia Guzman.
La robe est sombre. Le nez est très typique des bons vins
de Cabernet de l'Alto Maipo, avec des arômes de cassis, de cerise,
de menthol, d'herbes aromatiques, de bois de cèdre, de terre,
d'épices douces et de chocolat noir. Superbe, riche et profond, bien
ouvert et toujours dans sa phase de jeunesse. Le ravissement se
poursuit en bouche où le vin se montre équilibré sur le mode dense
et concentré, avec beaucoup d'intensité aromatique. Le profil
complexe de saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez. Le
fruité domine, mais les aspects mineurs contribuent à créer ce
mélange unique qui caractérisent les bons rouges de cette région
trop peu reconnue. Le milieu de bouche persiste dans la veine dense
et concentrée, avec du sérieux et une belle présence. La finesse
des tanins est digne de la grande classe qu'affiche ce vin, alors que
la finale est harmonieuse et d'une très grande longueur.
Je déteste les comparaisons où on
utilise des exemples classiques pour dire ce qu'un vin n'est pas. Ce
superbe Albis n'est pas un bordeaux. Non. Mais il y a un air de
parenté indéniable quelque part dans ce vin. Le croisement des
cépages bordelais (même délaissé) avec un grand terroir étranger
donne ici une sorte de bordeaux exotique de grand calibre. Un vin qui
à la fois fait dire c'est ça et c'est pas ça! Comme un enfant issu
d'un même père, mais d'une mère différente. Ici la mère, la
terre nourricière, c'est l'Alto Maipo. Même que plus précisément
c'est Pirque car même au Chili on commence à définir des terroirs
plus limités, là où l'expérience le justifie. Ne me demandez pas
pourquoi, mais certains comparent Pirque et son voisin Puente Alto à
Pauillac. C'est bien sûr une analogie, car les deux endroits on peu
en commun, sinon de faire des merveilles distinctes avec le Cabernet
Sauvignon. Cette cuvée Albis en est un exemple probant. C'est un vin
encore bien jeune, mais qui a de la classe. C'est aussi un vin
élaboré dans la mentalité classique du grand vin, avec le surplus
de concentration et de longueur généralement associé à ce concept
aristocratique où généralement plus égale mieux. Je ne partage
pas entièrement cette conception, mais quand le vin est bon, quand
l'équilibre est présent, inutile de s’embarrasser avec des idées.
Le vin suffit pour couper court au superflu et nous ramène
immanquablement vers l'essentiel. Le plaisir que procure le liquide
présent dans le verre. J'ai acheté ce vin car j'avais déjà bien
apprécier la version 2003, et qu'il est bon de fréquenter, de temps
en temps, certains des vins les plus ambitieux d'un pays ou d'une
région. Ça donne de la perspective. La beauté avec cet Albis,
2005, c'est qu'il est offert à un prix stable et somme toute
raisonnable (50$). Compte tenu qu'il a déjà un peu d'âge et qu'il
est facile de l'obtenir à 10% de rabais à la SAQ, pour les 45$
payés, je considère que c'est un superbe achat. Ceci dit, ce vin
est encore en phase de jeunesse et il lui faudra au minimum cinq
autres années en bouteille pour commencer à montrer des signes
d'évolution. Dans dix à quinze ans il aura perdu son côté
exotique et pourra se comparer directement avec des bordeaux beaucoup
plus chers. Un vin qui vous donne le choix entre l'exotisme et le
classicisme en autant que vous ayez la patience requise.
samedi 26 mai 2012
La perversion de la pensée
Je parlais dans mon article précédant du décalage entre les ténors de la critique québécoise en matière de vin et le consommateur moyen. Voilà que ce matin Jacques Benoît du journal La Presse y va d'un texte intitulé "La perversion du goût" qui va entièrement dans ce sens. M. Benoît rabat les oreilles de ses lecteurs avec sa notion très limitée de "grands vins". Mais le plus troublant à mon sens est de voir M. Benoît tourner en ridicule l'idée qu'on puisse se monter une excellente cave à vin à peu de frais avec des vins de 20-25$. C'est certain qu'avec la mentalité très restreinte du "grand vin" que prône M. Benoît, un tel exploit est impossible. Il faut se rappeler que si on fait abstraction de l'étiquette, et que notre palais est ouvert, l'idée de grand vin devient bien différente de ce que prône dédaigneusement ce cher M. Benoît.
On se plaint souvent que le monde du
vin est trop élitiste. C'est malheureusement vrai. C'est un monde où
le gonflage des ego est souvent plus important que l'appréciation du
vin lui-même. Une chose est sûre, un texte comme celui que nous a
pondu M. Benoît est de nature à attirer des gens qui veulent se
démarquer par l'exclusivité de ce qu'ils boivent, plutôt de futurs
passionnés du vin et de sa diversité. Je l'ai souvent écrit sur ce
blogue, et je le répète, l'appréciation du vin est d'abord et
avant tout une affaire de prédisposition mentale. Si on est
convaincu qu'un vin de 25$ ne peut pas être un grand vin, il ne le
sera pas si on connaît son prix au moment de le déguster. La même chose s'applique à nos
convictions par rapport aux informations données par l'étiquette ou
bien avec les scores donnés par des critiques.
Selon moi, le chroniqueur vin avisé
devrait prôner le détachement face aux idées préconçues en ce
qui concerne l'appréciation du vin, que ce soit une note de 90 et
plus, l'origine du vin, l'identité du producteur, le millésime, ou
bien l'idée que la grandeur d'un vin est attachée à un seuil
minimum de prix. Le chroniqueur vin avisé devrait inciter ses
lecteurs à avoir l'esprit ouvert et à juger le vin par eux-mêmes,
pour eux-mêmes, sans volonté de concordance avec des critères
externes préétablis. L'idée classique de grand vin est une idée
conformiste qui se nourrit de son caractère restrictif. Il suffit de
briser ce carcan mental pour changer la donne et ouvrir le champ des
possibilités. Oubliez la maladie du grand vin et son symptôme
principal, la note de 90 et plus. Faites plutôt confiance à vos
perceptions sensorielles et voguez librement dans ce monde du vin qui
peut être merveilleux.
lundi 21 mai 2012
Les critiques de vins québécois sont-ils en phase avec le consommateur moyen?
Je lisais récemment sur Vin Québec un article où on déplorait le fait que la SAQ préfère référer des critiques étrangers pour promouvoir ses vins plutôt que des critiques locaux. Cette lecture m'a rappelé deux de mes textes (ici et ici) où je dénonçais le francocentrisme prévalant dans le milieu québécois du vin, et en particulier chez les critiques qui traitent de ce sujet. 18 mois plus tard, après l'affaire Suckling, je pense que mon constat d'alors tient toujours. Pour les critiques québécois, il y a la France, ensuite le reste de l'Europe, la Californie, parce que c'est glamour, et finalement le reste du Nouveau-Monde. J'ai lu ce qui s'est écrit dernièrement à propos de l'offre australienne du Courrier Vinicole, ainsi que l'offre axée sur l'hémisphère sud du magazine CELLIER de la SAQ. Force m'est de constater qu'on ne parle pas de ces vins de la même façon qu'à propos de leurs contreparties européennes. Les comparaisons avec la France sont très fréquentes et rarement avantageuses, des traits de terroirs (eucalyptus) sont décrits comme des défauts, et tout à coup le rapport qualité/prix devient important, seulement pour être dénoncé comme désavantageux...
Pour quelqu'un comme moi qui a choisi
d'aborder le monde du vin à partir d'un pôle différent, la lecture de
propos du genre est déprimante. La méconnaissance des vins du
Nouveau-Monde de la part de plusieurs critiques québécois, et
surtout l'incapacité d'en traiter comme des entités valides et
autonomes, contrastent avec ce qu'on retrouve dans le monde
anglo-saxon. Cela explique peut-être en partie ce pourquoi la SAQ
préfère référer à des critiques de ces pays, même pour des vins
italiens. Je déteste le système de notation sur 100 issu des
États-Unis, mais d'un autre côté, lorsque je lis les commentaires
de ces critiques, j'ai l'impression de façon générale que pour eux
le monde du vin n'est pas centré en un endroit particulier. Il y a
une reconnaissance du rôle fondateur de l'Europe, mais tout ne se
décode pas à partir de ce point de vue et les particularités du
Nouveau-Monde sont perçues comme légitimes.
Quand je lisais l'article de Vin Québec
où on s'insurgeait contre l'absence de références à des critiques
québécois, en arguant que ceux-ci préfèrent les vins plus acides
et moins sucrés, contrairement, supposément, aux critiques
américains. J'avoue que j'ai été estomaqué. Si le palais des
critiques d'un pays devait être fidèle à celui de sa population, alors le palais des critiques québécois devrait aimer
les vins peu acides et sucrés. Il ne faut pas oublier que le
meilleur vendeur de la SAQ est un vin rouge demi-doux, le Ménage à Trois, et que des vins de Vénétie avec un bon taux de sucres
résiduels y connaissent aussi beaucoup de succès. J'ai beau
analyser la liste de 25 meilleurs vendeurs à la SAQ, mais j'ai de la difficulté à y retrouver des exemples évidents de vins européens très
secs. Il ne faut pas oublier que les Québécois sont des
nord-américains d'abord et avant tout. Alors s'il est vrai que notre
continent a le goût sucré, alors nous devrions être du nombre. Et
s'il est vrai que la critique québécoise déteste ce genre de vin,
alors c'est que son influence est limitée à un cercle d'initiés.
Mon but avec ce texte n'est pas de
faire l'apologie du vin sucré et peu acide, qu'il soit du monde
nouveau ou de l'ancien. Ceci dit je pense que la douceur et la faible
acidité sont des éléments légitimes dans certains types de vins.
C'est une question de choix stylistique et pas un élément
déterminant du niveau qualitatif. Je pense aussi qu'au lieu
d'accuser les critiques anglo-saxons, d'avoir le palais sucré, il
faudrait peut-être se demander s'ils n'ont pas plutôt un palais
plus complet. Un palais ouvert à une palette stylistique plus large.
Bien sûr il y a des raisons culturelles et historiques pour
expliquer cette situation, mais le Québec n'est pas la France.
L'offre de vins du monde entier est beaucoup plus grande au Québec
et il serait temps que la critique s'y adapte. Je sais qu'il est
difficile de changer les goûts longuement acquis et les convictions
qui viennent avec. Mais à mon avis il y a un réel décalage au
Québec francophone entre ceux qui ont une tribune importante pour traiter de vin
et la majorité de ceux qui le boivent.
samedi 19 mai 2012
MALBEC, GRAN RESERVA, 2008, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN
-->
Vina Chocalan est un autre de mes
producteurs chiliens favori. Un producteur axé totalement sur la
qualité et qui comprend l'importance du terroir dans la qualité et
l'identité du vin. La série Gran Reserva comprend trois vins rouges
et constitue le haut de gamme de la maison. Depuis quelques années
déjà la SAQ offre la cuvée d'assemblage, Gran Reserva, Blend. Ce
Malbec vient donc s'ajouter à celle-ci et le Pinot Noir, Gran
Reserva complétera l'offre à partir du 24 mai dans la deuxième
vague de l'offre CELLIER actuelle. Il ne faut pas oublier les deux
excellents vins blancs de Chocalan qui sont aussi offerts à la SAQ.
Ces vins de la gamme Malvilla, un Sauvignon Blanc et un Chardonnay,
viennent d'un vignoble côtier très frais situé à seulement 4 km
de l'océan Pacifique, alors que les rouges, dont le Malbec dont il
est question ici, viennent d'un vignoble situé de l'autre côté de
la cordillère côtière dans la partie ouest de la vallée de Maipo.
L'appellation est donc Maipo, mais c'est très différent de la
partie est de la vallée, le Maipo Alto, d'où proviennent plusieurs
nom chiliens plus connus (Don Melchor, Casa Real, Cousino Macul,
Almaviva, Domus Aurea). Pour voir la fiche technique de ce 100% Malbec, issu de vignes de 12 ans d'âge, cliquez sur ce lien.
La robe est foncée, violacée et
parfaitement opaque. Le nez est bien dégourdi et exhale de superbes
arômes fruités de cassis, de cerise et de groseille, agrémentés
d'un jeune aspect boisé de belle qualité qui évoque les épices
douces, entre autres la vanille. Pour compléter l'ensemble olfactif,
on retrouve aussi des notes florales, du bois de cèdre et de légères
notes fumées. La qualité des arômes de ce très jeune vin est
vraiment impressionnant. Moi qui apprécie généralement plus
d'évolution, j'ai beaucoup apprécié la palette aromatique de ce
vin. J'avais tendance à y revenir très fréquemment, ce qui est
toujours un signe révélateur. Au niveau gustatif le vin est encore
plus impressionnant avec un jeune fruit à la fois riche, frais et
intense, supporté et balancé par une juste dose d'amertume.
L'aspect boisé est encore très jeune et manque un peu d'intégration
à ce stade précoce. En milieu de bouche le vin se montre concentré
et dense avec une présence tannique affirmée. La finale est longue
avec un cran de plus dans l'intensité du fruit, des relents
chocolatés, et une poigne tannique qui se ressert quelque peu à la
toute fin.
J'ai ouvert cette bouteille juste pour
me faire une idée précise de ce vin, en sachant qu'il serait trop
jeune par rapport à l'idéal que je privilégie. Ce que j'y ai
découvert m'a favorablement impressionné. Sur la contre-étiquette
le producteur vante le grand potentiel de garde et d'évolution de ce
vin. Rares sont les producteurs chiliens qui mettent de l'avant cet
atout méconnu de leurs vins. Après avoir dégusté ce vin, je suis
convaincu que Chocalan met dans le mille avec une telle affirmation.
Le vin est déjà agréable dans son style très intense de jeunesse,
mais pour moi il a encore besoin d'arrondir ses angles et de mieux
intégrer sa généreuse matière pour se présenter dans la livrée
que je préfère. Aussi, ce vin montre que le Chili n'a rien à
envier à son voisin transandin quand il est question du cépage
Malbec. En plus de ce vin de Chocalan, j'ai pu goûter à des
exemples chiliens très convaincants de la part de Loma Larga, Perez
Cruz et Viu Manent. Dans le cas de ce Gran Reserva, je pense qu'en
terme de qualité il se situe au niveau d'un vin comme le Malbec,
Alta de Catena vendu deux fois plus cher. Donc, à seulement 24.75$,
je le considère comme un RQP de très haut niveau. Un superbe vin de
garde offert à un prix difficile à battre.
samedi 12 mai 2012
CHARDONNAY, SOL DE SOL, 2008, TRAIGUEN, MALLECO, VINA AQUITANIA
Le nom de ce producteur réfère
directement aux origines françaises de ses propriétaires, mais en
ce qui concerne cette cuvée de Chardonnay Sol de Sol, le nom de Vina
Araucania aurait été plus approprié, car ce Chardonnay est le
premier vin issu de la méridionale et fraîche région chilienne
d'Araucanie. Cette vaste région du sud du Chili comprend la vallée
de Malleco et plus spécifiquement le village de Traiguen où est
situé le vignoble ayant produit les fruits qui ont permis d'élaborer
ce vin. Quand on parle de Vina Aquitania, on réfère souvent à ses
trois propriétaires français bien connus dans le monde du vin, Paul
Pontallier (directeur du Château Margaux), Bruno Prats (ex proprio
du Château Cos d'Estournel) et Ghislain de Montgolfier (ex président
des champagnes Bollinger), mais le membre le plus important du
quatuor de propriétaires est l'oenologue Felipe de Solminihac. C'est
ce chilien de descendance bretonne qui a décidé en 1995 de planter
des vignes de Chardonnay sur les terres familiales près du village
de Traiguen. Ses partenaires français n'étaient pas convaincus au
départ par ce projet, si bien que les premiers raisins produits
furent vendus. Cela allait toutefois rapidement changer et le premier
millésime du Sol de Sol fut produit en l'an 2000. Le vin fut bien
reçu et avec les millésimes
subséquents il fut considéré par
plusieurs comme le meilleur vin blanc du Chili. Avec les avancées
rapides du pays en matière de vin blanc, il y a aujourd'hui de la
compétition pour ce titre, mais le Sol de Sol est toujours considéré
comme un des meilleurs blancs du pays. Un vin caractérisé par une
acidité naturelle élevé, combinée à une bonne richesse de
structure. Voir ce lien pour la fiche technique du vin. Suite au
succès du Chardonnay, de Solminihac a planté du Pinot Noir en 2004
et le premier millésime a été produit en 2008 à partir de vignes
de seulement quatre ans. Ce qui est bien avec le Chardonnay, c'est
que les vignes ont déjà 13 ans et de Solminihac a maintenant de
l'expérience sur ce terroir. Voyons ce que ça donne.
La robe est d'une belle teinte dorée
assez soutenue. Le profil olfactif se déploie avec retenue en
présentant des arômes de poire et de pêche complétés par une
fine touche boisée, un brin de noisette et une très légère pointe
fumée. Un nez frais et subtil fidèle au climat et au cépage ayant
permis d'élaborer ce vin. Ce constat ne se dément pas en bouche où
l'on retrouve un vin marqué par une très belle acidité et une
matière concentrée et intense. Une bonne dose de gras apporte de la
rondeur à l'ensemble, ce qui permet l'obtention d'un bel équilibre.
Avec tous ces attributs, le vin ne peut faire autrement qu'offrir une
belle présence en milieu de bouche, avec un nerf bien enrobé et
aucune lourdeur. La finale est logique, marquée par la fraîcheur et
l'intensité, sur une persistance de fort calibre.
Pour un pays vinicole en évolution
rapide comme le Chili, il y a des vins qui marquent, des vins qui
comptent, des vins qui ouvrent de nouvelles frontières. Les
Sauvignons de Casa Marin ont été des vins qui ont marqué le début
d'un vaste mouvement vers la fraîcheur de la côte pacifique. Pour
ce qui est du Chardonnay, Sol de Sol, il ouvre lui aussi de nouvelles
possibilités pour le Chili en démontrant la qualité et la
distinction des vins qu'il est possible d'élaborer sur le terroir
d'Araucanie. Toutefois, il n'y a pas eu de ruée vers ces nouveaux
horizons, probablement à cause de la grande distance (650 km) qui
sépare cette région de la capitale Santiago. Il faut dire que le
marché pour des vins chiliens de terroirs particuliers est encore
très restreint. L'amateur moyen achète encore du vin chilien et non
pas du vin venant d'un lieu particulier au Chili. N'empêche, il y a
de plus en plus de petits producteurs indépendants qui démarrent de
nouveaux projets au Chili, axés sur la distinction du lieu où
poussent les vignes, et certains de ceux-ci ont choisi de suivre les
traces de Vina Aquitania et de s'établir dans la région de Malleco.
Parmi ceux-ci, il y a un autre projet mêlant Chiliens et Français,
soit le Clos des Fous, ainsi que Altos Las Gredas, dont le Chardonnay
est déjà classé parmi les meilleurs vins blancs du Chili. Le
Chardonnay Sol de Sol sera offert à la SAQ dans la deuxième vague
de l'offre courante du magazine CELLIER, au prix de 30.50$. Bien sûr à ce prix c'est plus
cher que ce qu'on est habitué de voir pour un vin blanc chilien,
mais je pense que ce vin est le vaut amplement.
samedi 5 mai 2012
CABERNET SAUVIGNON, 1997, AGRELO, MENDOZA, BODEGA CATENA ZAPATA
La maison Catena n'a pas besoin de
présentation. Il s'agit à mon avis du plus grand producteur
argentin. Un producteur totalement axé sur la qualité et qui
maintient depuis longtemps cet engagement. Ce vin est un des premiers
ce cette maison que j'ai eu le plaisir d'acheter. Il provient
d'un vignoble unique situé à 940 m d'altitude et dont le rendement
était assez élevé à environ 65 hl/ha. Les versions actuelles de
ce vin sont des assemblages incluant des fruits venant de vignobles
situés à plus haute altitude. Le but étant d'ajouter de la
complexité par le mariage de fruits aux caractéristiques
différentes. Pour revenir à ce 1997, il a été élevé 19 mois en
barriques de chêne français (82%), dont 28% bois neuf et 18% de
barriques neuves de chêne américain. Le vin titre à 14% d'alcool
pour un pH de 3.76. Le producteur sur son site internet dit que ce
vin s'améliorera au cours des 7 à 10 prochaines années. Je suppose
que cette recommandation est valable à partir de l'année de la mise
en marché du vin, ce qui veut dire aux alentours de l'an 2000.
Alors, il est clair que ma patience a été plus grande que la
fenêtre suggérée par le producteur. Voyons néanmoins ce que ça
donne comme résultat.
La robe montre une teinte grenat encore
bien soutenue. Le nez est un ravissement pour un amateur de vin
mi-évolué comme moi. On y retrouve cette marque inimitable du temps
en bouteille sur l'empreinte aromatique globale. Comme toujours avec
ce genre de vin, il est difficile de mettre des mots appropriés pour
décrire les arômes. Il y a encore une bonne présence fruitée dans
ce vin, mais ce n'est pas le même fruit qu'en jeunesse. Alors je
peux bien dire qu'il y a là des arômes évolués de cerises, ça
demeure très inadéquat comme descripteur. Toujours est-il que ce
fruit évolué est amalgamé à des arômes de bois de cèdre, de
terre humide et de thé. On y retrouve aussi un léger aspect
évoquant le camphre et la térébenthine, ainsi qu'une pointe
torréfiée. Un nez très agréable auquel je revenais très souvent.
En bouche le vin est simplement suave. Apparemment léger de corps et
délicat à l'attaque, il rapplique de suite avec tout ce qu'il faut
de matière et d'intensité gustative pour offrir une bonne présence.
Le milieu de bouche permet de tirer un grand plaisir de cet amalgame
fruité-épicé marqué par le passage du temps. Les tanins sont
totalement fondus, ce qui ajoute au caractère gracieux du vin. La
finale confirme, avec toujours cet heureux mariage des saveurs, sur
un sursaut d'intensité et une belle longueur aux relents de chocolat
noir.
Ce vin n'est pas encore sur son déclin
et pour moi il est dans la phase que je préfère. Un stade où
l'effet du temps marque le vin, sans lui enlever l'essentiel, le
fruit. Il s'agit d'un vin bien différent de ce qu'il était en
jeunesse, mais en même temps il est reconnaissable. Le lien entre
les deux existe. Quand je lis les innombrables conneries qui
s'écrivent sur les jeunes vins du Nouveau-Monde, j'aimerais que ceux
qui écrivent ces sornettes puissent être mis devant un vin comme ce
Cabernet, 1997, de Catena, en pure aveugle. Les plus honnêtes d'entre eux
changeraient ensuite leur discours, ou à tout le moins apporteraient
des nuances. Déguster un vin comme
celui-ci donne beaucoup de plaisir, car c'est simplement un très bon
vin, mais c'est aussi une façon de voir le monde du vin autrement.
Pas juste parce que ça montre la capacité de transformation de
certains vins de prix modiques venant du Nouveau-Monde. Non. Un vin
comme cette bouteille de Catena chante les vertus du vin modéré,
sans excès, du vin facile à boire tout en étant complexe et
sérieux. Un vin qui n'est pas dans la logique du "plus c'est
mieux" et qui avec de l'âge brise le stéréotype de ce que
devrait être un vin du Nouveau-Monde de ce prix. À un moment où,
ici au Québec, plusieurs s'inquiètent des campagnes publicitaires
destinées à vendre du vin de qualité douteuse aux consommateurs
non passionnés. Je trouve qu'ils sont rares ceux qui s'inquiètent
du fait qu'on fait croire à l'amateur qu'il n'y a qu'une voie
générale qui mène au bonheur vinique et que celle-ci passe
obligatoirement par l'Europe et par l'argent. Les voies alternatives
existent, mais elles passent d'abord et avant tout par une mentalité
différente. Il faut se rappeler que la disposition mentale est
l'élément le plus important dans l'appréciation du vin. Dernier
élément intéressant qui démarque un vin comme ce Cabernet
Sauvignon de Catena, c'est la stabilité de son prix. Le 2008
actuellement en tablettes est offert au même prix que celui payé pour ce 1997. Voilà
qui fait changement de l'inflation ridicule vue ailleurs et qui
assure qu'on pourra toujours se l'offrir.
mardi 1 mai 2012
SYRAH, POLKURA, 2009, MARCHIGUE, COLCHAGUA, VINA LA AGRICOLA
Pour la deuxième année consécutive
la SAQ a la bonne idée d'offrir cette très belle cuvée de Syrah.
J'avais déjà favorablement commenté le millésime 2008 dans un
texte précédant, tout en faisant une courte présentation de ce
petit producteur indépendant. Pour ce qui est de ce 2009, voici un lien vers la fiche technique du vin. Le winemaker, Sven Bruchfeld y décrit ce 2009 sauvé du tremblement de terre de 2010, lorsque le vin était encore en barriques, comme le meilleur Polkura à date.
La robe est sombre, opaque et légèrement violacée. Le nez est éloquent avec ses superbes arômes de mûre, de cerise et de framboise, auxquels s'ajoutent des notes florales exquises, ainsi que des effluves de poivre noir, d'épices douces et de chocolat noir. Très belle qualité d'arômes sur un profil se rapprochant d'une Syrah de climat frais, sans y être totalement. Ça se poursuit en bouche où le vin se révèle d'une délicatesse surprenante, à la fois équilibré et intense. La qualité aromatique déjà perçue au nez se transpose fidèlement en bouche avec une palette de saveurs des plus séduisantes. Un doux fruité domine l'action, admirablement appuyé par les aspects épicé et floral déjà évoqués. Le milieu de bouche permet de confirmer l'étonnante impression de délicatesse qui se dégage de ce jeune vin même si celui-ci possède aussi beaucoup de matière, avec un bon volume et un niveau de concentration supérieur. Tout cela sans compter une présence tannique raffinée qui sans aucun doute contribue à l'impression de délicatesse. Il est rare qu'un si jeune vin puisse combiner du même souffle toutes ces qualités. La finale est intense et harmonieuse, avec une très bonne longueur.
La robe est sombre, opaque et légèrement violacée. Le nez est éloquent avec ses superbes arômes de mûre, de cerise et de framboise, auxquels s'ajoutent des notes florales exquises, ainsi que des effluves de poivre noir, d'épices douces et de chocolat noir. Très belle qualité d'arômes sur un profil se rapprochant d'une Syrah de climat frais, sans y être totalement. Ça se poursuit en bouche où le vin se révèle d'une délicatesse surprenante, à la fois équilibré et intense. La qualité aromatique déjà perçue au nez se transpose fidèlement en bouche avec une palette de saveurs des plus séduisantes. Un doux fruité domine l'action, admirablement appuyé par les aspects épicé et floral déjà évoqués. Le milieu de bouche permet de confirmer l'étonnante impression de délicatesse qui se dégage de ce jeune vin même si celui-ci possède aussi beaucoup de matière, avec un bon volume et un niveau de concentration supérieur. Tout cela sans compter une présence tannique raffinée qui sans aucun doute contribue à l'impression de délicatesse. Il est rare qu'un si jeune vin puisse combiner du même souffle toutes ces qualités. La finale est intense et harmonieuse, avec une très bonne longueur.
J'ai adoré ce vin. Il est vraiment
excellent et l'exemple parfait d'un jeune vin de haut niveau agréable
dès sa prime jeunesse. Au niveau de l'impression tactile en bouche,
ce vin m'a fait penser à un Pinot Noir du Nouveau-Monde qui aurait
juste un peu plus de présence tannique. Au niveau aromatique
toutefois, il n'y a pas de doute sur l'identité du cépage, alors
que ce 2009 se rapproche plus d'une Syrah de climat frais que la
version 2008. Bien que le vin soit déjà très approchable dans sa
livrée de jeunesse, le potentiel de garde de celui-ci me semble
indéniable. Le genre de vin à garder pour obtenir plus tard un plaisir différent
de celui qu'il donne aujourd'hui. Comme pour la version 2008, ce
millésime 2009 ne traîne pas sur les tablettes. Il facile de
comprendre pourquoi car à 23.30$ il s'agit d'un excellent RQP. Cette Syrah, Polkura, est aussi
une façon de découvrir un Chili méconnu, soit celui des petits
producteurs indépendants. C'est un mouvement naissant dans ce pays,
mais qui se développe rapidement. Une autre façon pour le Chili de
varier son offre.
samedi 21 avril 2012
James Suckling et SAQ: Où est le scandale?
J'ai déjà abordé le sujet de la collaboration entre la SAQ et James Suckling dans un précédant texte. Voilà que cette histoire rebondit avec la révélation que M. Suckling a touché 24,000$ de la SAQ. Pour moi que l'argent ait été versé au départ de la collaboration ou plus tard est sans importance. Je dirais même que ça ne me dérange pas que cette somme ait été versée car ce qui me dérange vraiment c'est le principe même de cette promotion. La SAQ devrait ne rien avoir à faire avec les notes de critiques, que ce soit pour la promotion ou pour la sélection des vins qu'elle offre. Car en plus de la promo Suckling, je me suis laissé dire par des agents en vin que les notes de gourous américains sont un des critères dont la SAQ se sert pour sélectionner les vins qu'elle mettra ensuite en marché. Cela est à mon sens inacceptable, mais en retenant les services de M. Suckling, la SAQ est cohérente dans sa dérive. Je n'en démord pas, miser sur les notes, surtout celles sur 100, comme argument de vente, c'est une façon d'abêtir la clientèle, et cela va contre le mandat et la raison d'être de ce monopole. Le vrai scandale il est là. Une fois qu'on accepte cet état de fait, je dirais que 24,000$ pour les services de James Suckling, c'est plutôt une aubaine.
CHARDONNAY, 2009, WESTERN CAPE, ATARAXIA
Ataraxia est un terme grec, utilisé,
entre autres, par Épicure, et qui veut dire état d'esprit serein,
libre d'inquiétude et de préoccupations. Voici ce qui est écrit
sur la contre-étiquette: « Ce vin élaboré à la main à
partir de fruit choisis personnellement venant de parcelles extrêmes,
radicales et individuelles dispersées sur l'ensemble de la région
du Cap. » L'homme derrière Ataraxia est Kevin Grant, il se
définit comme « winemaker » et viticulteur. Son approche
est minimaliste et non-interventionniste. Les vignes sont situées
dans le climat frais des vallée de Hemel-en-Aarde et Elgin. La
vendange a eu lieu tôt le matin lors de la dernière semaine de
février et la première de mars. Le vin a été fermenté et élevé
pendant 10 mois en petite barriques de chêne venant de tonnelier
bourguignons (34% neuves, 66% deuxième usage), avec de fréquent
bâtonnage. Le vin titre à 213.9% d'alcool, pour un pH de 3.32 et
2,9 grammes-litre de sucres résiduels. M. Grant déclare ouvertement
qu'il aspire à produire un vin de style bourgignon issu de raisin du
Nouveau-Monde.
La robe est d'une belle teinte or
foncé. Le nez révèle une expression classique et mature du cépage.
Il s'en dégage des arômes de pêche, d'abricots, de noisette et de
fumée, complétés par une légère touche vanillée. Beau nez très
agréable qui offre ce qu'on attend d'un bon vin de ce cépage. En
bouche, l'attaque est ronde et intense, déployant un fruité d'une
qualité exemplaire auquel s'ajoute un léger caractère boisé
justement dosé. Le milieu de bouche montre un vin à la fois
concentré et facile à boire. C'est rond, quasi onctueux et avec un
certain volume qui contribue à une bonne présence. La finale ne
dépare pas l'ensemble, au contraire, les saveurs s'y marient de
façon harmonieuse, avec un peu plus d'intensité et une persistance
de bon niveau. Une pointe évoquant le caramel se montre le nez la
toute fin.
Très bel exemple de la force de
l'Afrique du Sud avec ce cépage et mission accomplie en ce qui me
concerne pour Kevin Grant. Il y a vraiment quelque chose rappelant la
Bourgogne dans ce vin, du moins pour un non expert en vins
bourguignons comme moi. Je ne sais pourquoi, mais selon mon
expérience, le Chardonnay est le cépage qui offre les résultats
les plus consistants en terre sud-africaine. J'ai rarement été déçu
par un vin de ce cépage issu de ce pays et généralement le RQP de
ces vins est très favorable. Ce Kevin Grant semble vraiment
quelqu'un de particulier. Il produit une cuvée rouge, appelée
Serenity, où il refuse d'identifier les cépages utilisés. Un
anti-vin de cépage pour ainsi dire. C'est là une fantaisie qui
paradoxalement n'est possible que dans les pays du Nouveau-Monde, à
moins de renoncer totalement aux appellations d'origine européennes.
Toujours est-il que j'ai bien apprécier ce vin et pour les 23.95$
payés, c'est un très bel achat. Ataraxia est un producteur à
surveiller.
samedi 14 avril 2012
Nouveau monde
J'ai participé hier à un dîner dégustation à Granby avec des gens du forum Fouduvin, forum où j'ai déjà sévi... J'y ai revu avec plaisir de vieilles connaissances, mais aussi du nouveau monde. Mais ce n'est pas à ce genre de nouveau monde auquel réfère mon titre. En revenant tranquillement vers Montréal, après la dégustation, en réfléchissant sur les vins que je venais de goûter, je me suis dit qu'au fond la notion de nouveauté en matière de vin était toute relative si on s'en tenait au vin et qu'on mettait de côté l'histoire et la géographie. Il s'agit bien sûr d'une perception toute personnelle, étant donné les vins que j'ai l'habitude de fréquenter. En ce sens, chaque fois que je retourne faire une incursion dans le monde du vin fin venant de régions renommées et prestigieuses, par le biais d'une dégustation comme celle d'hier, j'ai l'impression d'aborder un autre monde. Un monde nouveau qui bien sûr possède de nombreux points de concordance avec celui auquel je suis habitué, mais un monde qui a aussi des particularités qui paraissent plus évidentes aux sens de celui qui fréquentent sporadiquement ce type de terrain.
Ce genre d'expérience me rappelle à chaque fois qu'au fond la nouveauté en matière de vin ne se situe pas strictement dans la géographie ou dans l'histoire, mais bien dans le point de vue principal que l'on a choisi de prendre en cette matière. Quand on goûte un très vieux vin pour la première fois, comme ce fut mon cas hier avec un Château Filhot, 1935, qu'on le veuille ou non, ça ouvre une porte sur un nouveau monde. L'ancien devient nouveau à cause de celui qui l'aborde et de l'effet transformateur du temps en matière de vin. Au-delà de la chronologie, dans un monde du vin de qualité en constante expansion, le classicisme sera de plus en plus une question de convention. D'ailleurs, l'influence n'est déjà plus à sens unique. Si l'Europe a longtemps été seule à tracer la voie, elle est aujourd'hui influencée par ce qui se fait ailleurs dans le monde et ce phénomène de rétroaction n'est pas près de s'arrêter.
J'ai toujours été conscient que le point de vue que j'ai choisi d'adopter en matière de vin était inorthodoxe et limitatif. C'est pourquoi j'aime mes incursions dans le monde mieux reconnu du vin. Au-delà du plaisir que ça me procure, ça me permet une meilleure compréhension globale des choses. Ça me donne de la perspective et en même temps, ça me confirme que mon choix originel, bien qu'original, n'était pas farfelu. Le Chili, c'est mon ancien monde, même s'il est multiforme et en évolution rapide. Des expériences comme celle d'hier, avec de très bons vins venant d'appellations prestigieuses, ne font que me confirmer son caractère à la fois distinctif et qualitatif.
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J'ai toujours été conscient que le point de vue que j'ai choisi d'adopter en matière de vin était inorthodoxe et limitatif. C'est pourquoi j'aime mes incursions dans le monde mieux reconnu du vin. Au-delà du plaisir que ça me procure, ça me permet une meilleure compréhension globale des choses. Ça me donne de la perspective et en même temps, ça me confirme que mon choix originel, bien qu'original, n'était pas farfelu. Le Chili, c'est mon ancien monde, même s'il est multiforme et en évolution rapide. Des expériences comme celle d'hier, avec de très bons vins venant d'appellations prestigieuses, ne font que me confirmer son caractère à la fois distinctif et qualitatif.
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jeudi 5 avril 2012
SAUVIGNON BLANC, 2008, MARLBOROUGH, SERESIN ESTATE
Après le Sauvignon Blanc de Matetic et la Syrah de Casa Lapostolle, voici un autre vin élaboré par un producteur suivant les préceptes de la biodynamie. Ça peut sembler paradoxal pour moi de boire ce type de vin car je ne suis pas un adepte du culte. Ceci dit, je pense aussi que certains producteurs épris de qualité et qui sont déjà en culture biologique, même s'ils ne sont pas totalement convaincu par la chose, en particulier par ses éléments les plus ésotériques, décident de se convertir en biodynamie un peu par superstition. Ça me fait penser à ma mère qui cachait des médailles religieuses dans mon portefeuille et mes valises pour me protéger, en me disant pour se justifier, une fois découverte, que même si je n'y croyais pas, ça ne pouvait pas me faire de tort. La plupart des vignerons qui font le pas vers la biodynamie sont très méticuleux et pour moi c'est ce qui explique la qualité de plusieurs vins élaborés par ceux-ci. Seresin Estate est un domaine qui a été fondé au début des années 90 par Micheal Seresin, un neo-zélandais œuvrant en Europe comme directeur photo dans le monde du cinéma. Le premier millésime du domaine est 1996. Le domaine de 45 hectares est situé dans la vallée de Wairau, une sous-région de l'appellation Marlborough. Les raisins entrant dans l'élaboration de ce vin proviennent de trois vignobles différents et de six clones du cépage. Le vin contient aussi 6% de Sémillon. Le vinification a été effectuée en petits lots et 29 de ceux-ci se retrouvent dans l'assemblage final. Des levures indigènes ont été utilisées pour fermenter 40% de se qui se retrouve dans la bouteille, alors que 15% de l'ensemble a été élevé en barrique de chêne français. Le vin a été embouteillé sous capsule à vis et titre à 13.5% d'alcool.
La robe est de teinte jaune aux reflets verdâtres. Le nez s'ouvre sur un trait de zeste de pamplemousse qui se dissipe assez rapidement pour laisser la place à des notes fruitées d'agrumes et de melon, auxquelles s'entremêle un léger caractère végétal d'herbe coupée et de poivron vert, ainsi qu'une subtile touche florale. Beau nez qui évite l'écueil de la surexpressivité, probablement aidé en cela par le temps passé en bouteille. La bouche confirme avec assurance. Le vin s'y montre intense et concentré, toujours sans excès, et avec une belle présence en milieu de bouche et un bon volume pour un vin de ce cépage. La finale n'est pas en reste, avec un beau fondu de saveurs et une allonge de niveau supérieur.
Ce vin ne m'aura pas convaincu des effets magiques de la biodynamie, sceptique je suis et je reste, mais au moins il m'aura convaincu que Seresin est un producteur à surveiller. Ce vin est très bon et se démarque du prototype néo-zélandais marqué par des arômes insistants de pamplemousse. Au prix payé de 21.95$, il s'agit d'un bon RQP. J'avais déjà goûté un Gewurztraminer de ce producteur que j'avais trouvé un peu moins convaincant que ce Sauvignon Blanc. Je poursuivrai mon exploration bientôt avec un Chardonnay de ce producteur que j'ai en réserve. À suivre.
lundi 2 avril 2012
SUR LE VIF
La mode est au dénigrement des vins de bas de gamme. Mais bas de gamme pour certains producteurs ne veut pas dire mauvais. Un des meilleurs exemples que je connaisse est Cono Sur et ses blancs de bas de gamme. Je devrais plutôt dire entrée de gamme, c'est moins péjoratif, même si au fond ça veut dire la même chose. Le blogueur Jaimie Goode, un amant du vin dit naturel et authentique, quelqu'un qu'on ne peut pas soupconner d'encourager les vins industriels et traffiqués est très élogieux dans ce court texte pour le Riesling le moins cher de la gamme Cono Sur. Ce vin se vend pour 9.95$ en Ontario. C'est sûrement le meilleur vin de ce cépage offert à ce prix. Le Viognier du même producteur, offert au même prix est aussi de qualité très surprenante. Du vin à 10$ de belle qualité ça existe encore, même si c'est plutôt rare. Je ne vous dirai pas que ce Riesling vaut bien des vins de ce cépage vendus deux fois son prix, mais je le pense...
dimanche 1 avril 2012
Croisade contre le vin bas de gamme: Un peu de rigueur SVP
Le combat de Don Quichotte contre les mauvais vins se poursuit. Oh la la!!!! Par le biais de Vin Québec je suis tombé sur ce lien. Comme enfoncement de portes ouvertes et comme malhonnêteté intellectuelle c'est difficile à battre. On nous dit qu'on a trouvé un paquet de choses dans ces vins par analyses de laboratoire, mais quand on regarde les résultats on ne voit rien de particulier. Des taux d'alcool, des pH, des acidités, des sucres résiduels, mais aucun résultats sur des molécules particulières. De plus, rien pouvant relier ces molécules imaginaires à des maux de tête. Surtout qu'on nous dit qu'un des problèmes de ces vins est un niveau de sulfites trop bas. Voilà qui va à l'encontre d'une croyance tenace à propos de ce type de vins.
Dès le premier paragraphe on se discrédite totalement en avançant sans gêne que ces vins sont élaborés avec des "levures chimiques"!!! La réalité c'est qu'une levure chimique ça n'existe pas. C'est du grand n'importe quoi. Une levure sélectionnée n'est pas une levure chimique. C'est la même chose qu'un clone de cépage en viticulture, c'est-à-dire, un organisme naturel sélectionné pour certaines de ses caractéristiques génétiques. On avance aussi que ces vins contiennent des amines biogènes, mais sans résultats de laboratoire pour étayer cette affirmation qui me semble farfelue. Il existe justement des levures sélectionnées et des additifs nutritifs pour levures pour éviter de générer ce type de sous-produits potentiellement nocifs.
Comprenez-moi bien. Je suis le premier à penser que les vins industriels existent, et que certains, surtout les moins chers, ne sont pas élaborés sans interventions discutables. Mais en matière de vin il y a plein de choses qui sont discutables et pas seulement en ce qui concerne les vins de faible prix. Personnellement, j'aurais bien plus peur de retrouver des amines biogènes dans des vins instables microbiologiquement, comme c'est le cas des vins dits naturels. Pour ce qui est des produits de synthèse potentiellement toxiques, il faut savoir que ces vins sont testés pour ceux-ci et qu'il existe des normes. Si vous avez peur des traces de produits douteux que vous pouvez peut-être retrouver dans un verre de vin. Je vous recommanderais de ne plus acheter d'aliments transformés. Le secteur de l'alimentation est beaucoup plus touché que celui du vin et la quantité d'aliments qu'on absorbe est beaucoup plus grande que la quantité de vin.
Finalement, saviez-vous qu'un individu occidental moyen ingère 1.5 grammes de pestscides par jour, mais que seulement 0.01 gramme est un pesticide synthétique? La lecture de cet article vaut vraiment la peine si on veut arrêter de diaboliser les molécules synthétiques par rapport à celles d'origine naturelle. Ça permet aussi de comprendre que la toxicité potentielle d'un composé est une chose, mais que le risque d'effets toxiques de celui-ci est affaire d'exposition, que celui-ci soit artificiel ou naturel. Alors avant d'angoisser en buvant votre prochaine bouteille de vin, vous auriez avantage à penser d'abord à ce que vous mettez dans votre assiette. Pour ce qui est du vin, le goût de celui-ci devrait être votre unique guide. Il n'y a pas de bouteille de poison sur les tablettes de la SAQ, même si l'alcool est un produit potentiellement très toxique.
Dès le premier paragraphe on se discrédite totalement en avançant sans gêne que ces vins sont élaborés avec des "levures chimiques"!!! La réalité c'est qu'une levure chimique ça n'existe pas. C'est du grand n'importe quoi. Une levure sélectionnée n'est pas une levure chimique. C'est la même chose qu'un clone de cépage en viticulture, c'est-à-dire, un organisme naturel sélectionné pour certaines de ses caractéristiques génétiques. On avance aussi que ces vins contiennent des amines biogènes, mais sans résultats de laboratoire pour étayer cette affirmation qui me semble farfelue. Il existe justement des levures sélectionnées et des additifs nutritifs pour levures pour éviter de générer ce type de sous-produits potentiellement nocifs.
Comprenez-moi bien. Je suis le premier à penser que les vins industriels existent, et que certains, surtout les moins chers, ne sont pas élaborés sans interventions discutables. Mais en matière de vin il y a plein de choses qui sont discutables et pas seulement en ce qui concerne les vins de faible prix. Personnellement, j'aurais bien plus peur de retrouver des amines biogènes dans des vins instables microbiologiquement, comme c'est le cas des vins dits naturels. Pour ce qui est des produits de synthèse potentiellement toxiques, il faut savoir que ces vins sont testés pour ceux-ci et qu'il existe des normes. Si vous avez peur des traces de produits douteux que vous pouvez peut-être retrouver dans un verre de vin. Je vous recommanderais de ne plus acheter d'aliments transformés. Le secteur de l'alimentation est beaucoup plus touché que celui du vin et la quantité d'aliments qu'on absorbe est beaucoup plus grande que la quantité de vin.
Finalement, saviez-vous qu'un individu occidental moyen ingère 1.5 grammes de pestscides par jour, mais que seulement 0.01 gramme est un pesticide synthétique? La lecture de cet article vaut vraiment la peine si on veut arrêter de diaboliser les molécules synthétiques par rapport à celles d'origine naturelle. Ça permet aussi de comprendre que la toxicité potentielle d'un composé est une chose, mais que le risque d'effets toxiques de celui-ci est affaire d'exposition, que celui-ci soit artificiel ou naturel. Alors avant d'angoisser en buvant votre prochaine bouteille de vin, vous auriez avantage à penser d'abord à ce que vous mettez dans votre assiette. Pour ce qui est du vin, le goût de celui-ci devrait être votre unique guide. Il n'y a pas de bouteille de poison sur les tablettes de la SAQ, même si l'alcool est un produit potentiellement très toxique.
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