jeudi 8 novembre 2012

CABERNET SAUVIGNON, ÉLÉGANCE, 2000, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE



Non. Ce n'est pas un doublon de la même note de dégustation. Suite au millésime 2007 dont je vantais le potentiel de garde dans mon précédant message. J'étais curieux de voir où en était rendu la version 2000 de ce vin qui en était le millésime inaugural. En passant, j'ai écrit cette note de dégustation en oubliant totalement que le nom de cette cuvée était Élégance. Je n'ai donc pas modifié les deux fois où j'ai spontanément utilisé ce mot.

La robe est de teinte encore bien soutenue, mais de légers signes d'évolution sont perceptibles au pourtour du disque. Le nez est très beau avec un profil élégant et complexe de cab mi-évolué. On peut y percevoir une agréable combinaison d'arômes portant légèrement la patine du temps passé en bouteille. On y retrouve le cassis, la cerise, le bois de cèdre, l'humus, le menthol et le café. En bouche, le vin présente un aspect intégré et suave, même si la matière est encore bien présente. Les saveurs de superbe qualité sont intenses et se marient admirablement avec le côté soyeux des tanins. Ça permet à l'ensemble de glisser sans effort et de révéler un milieu de bouche avec encore tout ce qu'il faut de concentration, mais où on peut percevoir une indéniable élégance. Cela se répercute dans la finale longue et harmonieuse.

En parlant de lui avec ironie Brel chantait qu'il faut bien être lorsque l'on a été. Dans le cas de certains vins, je dirais plutôt qu'ils ne peuvent être que parce qu'ils ont été. Je veux dire par là qu'un vin comme ce Cabernet de Haras de Pirque ne peut offrir un profil fidèle à son nom que parce qu'il a été autre chose avant. Dans le cas des vins ambitieux à dominante Cabernet, la puissance et l'apparence d'excès précèdent bien souvent l'élégance. Si vous n'aimez dans le vin que l'élégance associée au raffinement, et que vous achetez ce type de vins en jeunesse, vous feriez mieux d'avoir de la patience et de la prévoyance. Dans ce cas, inutile d'ouvrir ce type de vin avant dix ans d'âge. Celui-ci en a douze et il ne fait qu'entrer dans sa fenêtre, pour ainsi dire, civilisée. Je dirais même que selon mes préférences, je l'ai ouvert un peu trop tôt. Ceci dit, c'est vraiment un très beau vin qui met à mal le préjugé voulant que les vins issus de jeunes vignes ne sont pas de bons candidats pour la garde. Le vignoble d'où provient ce vin a été planté en 1993 et 1994. Les vignes étaient donc très jeunes en 2000 et pourtant le vin montre un potentiel de garde certain. Il est encore loin de son déclin et je pense qu'il a le potentiel pour bien évoluer pendant au moins dix autres années. Si vous avez un cellier. Je ne saurais donc trop vous recommander l'achat du 2007 actuellement toujours disponible à la SAQ



CABERNET SAUVIGNON, ÉLÉGANCE, 2007, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE





J'ai déjà parlé de ce producteur à propos de sa cuvée Albis, 2005, veuillez vous y référer pour une courte introduction à propos de Haras de Pirque. Ce vin est en réalité un assemblage à forte dominante de Cabernet Sauvignon, auquel s'ajoutent 12% de Syrah et 3% de Cabernet Franc. L'élaboration de ce vin inclut la vendange manuelle, un rendement faible à environ 30 hl/ha, une fermentation alcoolique avec levures indigènes et un élevage en barrique de chêne français pendant 16 mois. Le vin titre à 14.5% d'alcool pour un pH vigoureux de 3.44. Il est aussi très sec avec seulement 2.1 grammes/litre de sucres résiduels.

La robe opaque et sombre montre un bel éclat. Le nez est pur Alto Maipo avec des arômes de cassis et de cerise, ainsi qu'un aspect terreux typique, le tout agrémenté d'une touche mentholée et doucement épicée, ainsi que d'un caractère viandé qui se développe longtemps après l'ouverture, pour ensuite disparaître avec encore plus de temps. En bouche, le vin est la fois souple et ferme, avec une palette de saveurs qui reflète bien ce qui était perçu au nez et qui offre ce qu'on attend d'un jeune Cab de Maipo. Le milieu de bouche permet de confirmer le bel équilibre d'ensemble et la qualité de la matière. Le niveau de concentration est assez élevé, mais ne montre pas l'effet saturant qu'on retrouve dans certains vins très ambitieux en jeunesse. La trame tannique est ferme et soyeuse, ce qui ajoute à l'impression de classe qui se dégage de ce très jeune nectar. La finale condense l'essence de ce vin en un sursaut d'intensité, avant un long déclin des saveurs où l'amertume et la poigne des tanins gagnent progressivement en importance.

Cette cuvée Élégance est un bel exemple de vin chilien de haut niveau qui sait éviter les excès, que ce soit dans ses caractéristiques, ou bien au niveau du prix demandé. Ici on ne tente pas d'impressionner par une concentration extrême de matière, on se concentre plutôt sur l'équilibre et sur les qualités aromatiques du vin. Celui-ci est encore très jeune et sans traces d'évolution, mais à cause des qualités déjà évoquées, il est déjà abordable sur un beau profil de jeunesse marqué par son lieu d'origine. Ceci dit, il est clair qu'il possède un superbe potentiel d'évolution en bouteille. J'ai plusieurs bouteilles du millésime 2000 et 2003 de ce vin en cave, et celles déjà ouvertes m'ont confirmé les qualités de garde de ce vin. Je ne suis d'ailleurs pas pressé de les ouvrir mes 2003 car selon moi ce vin peut facilement être gardé un vingtaine d'années. Je répète que l'Alto Maipo est un des meilleurs terroirs à Cabernet Sauvignon au monde et sûrement le moins reconnu, compte tenu de la qualité et du caractère unique des vins qui y sont produits. Au prix demandé par la SAQ (35$), il s'agit d'une belle occasion de mettre en cave un rouge chilien de fort calibre. 



Le prix du vin à la SAQ


Marc-André Gagnon de Vin Québec y va d'une charge contre la SAQ et les rabais des succursales SAQ-Dépôt. Je ne pense pas que la SAQ-Dépôt se démarque des autres promotions de la SAQ du style "Obtenez 10% de rabais avec un achat d'au moins 100$". Tout le monde sait que le prix régulier des vins à la SAQ est trop élevé et que le consommateur averti doit faire ses achats lors de promos du genre moins 10%. Acheter du vin à un autre moment c'est payer trop cher. Personnellement, j'achète 90% de mes vins à la SAQ lors de promos. Dans ces circonstances, les prix sont généralement corrects face à ce qu'on peut retrouver ailleurs au Canada. On pourrait aussi questionner le choix de la SAQ d'offrir des prix plus compétitifs dans le haut de gamme, par rapport aux vins plus près de l'entrée de gamme. Avec la vente du vin en épicerie, on dirait que tout au Québec est conçu pour profiter de ceux qui ne sont pas des amateurs et pour qui le vin est une marchandise courante.

Pour revenir au système de promotions à la SAQ. Il est clair que ce système est contraignant pour l'amateur qui ne veut pas payer le prix régulier, mais selon moi, ce n'est pas le principal problème de la vente au détail du vin au Québec. Le problème le plus important semble être celui du mode de sélection arbitraire des vins et la façon dont la SAQ les achète par l'intermédiaire d'agents et d'appels d'offres. À mon avis c'est un système opaque où la SAQ ne se sert pas se son pouvoir pour négocier directement les meilleurs prix auprès des producteurs. À l'heure de la commission Charbonneau où l'on entend beaucoup parler d'appels d'offres truqués, de corruption de fonctionnaires, et de services qui ne sont pas obtenus aux meilleurs prix possibles par les gouvernements. Je pense que le cas de la SAQ pourrait être scruté. Je n'accuse personne car je ne suis pas un professionnel du vin proche du système. Mais vu de l'extérieur, comme simple amateur, je me pose des questions. Il me semble qu'en procédant autrement, de manière plus transparente, la SAQ pourrait payer le même dividende au gouvernement, et les consommateurs pourraient payer globalement moins cher pour le vin.

Le vin rouge chilien peut-il bien vieiilir?

Je me suis rendu compte que mon titre précédant sur ce sujet récurrent était inadéquat car il y a une différence entre vieillir et bien vieillir. Voici un autre exemple rapporté dans cet article attestant de la capacité à bien vieillir des rouges chiliens de bonne qualité. Cette fois ce n'est pas du Medalla Real de Santa Rita dont il est question, mais bien de son grand frère le Casa Real, 1997. Si vous lisez ce blogue avec régularité, vous savez que beaucoup de rouges chiliens ont ce potentiel. J'ai fait un test similaire dernièrement avec deux millésimes du Cabernet Sauvignon, Élégance, de Haras de Pirque. Je reviendrai bientôt avec des notes de dégustation à propos de ces deux vins.

Surprise de taille à l'aveugle, encore...


Voici un article intéressant qui relate une partie des résultats d'une dégustation comparative à l'aveugle de vins de Syrah. Malgré le fait que l'on dit que le palais québécois préfère l'archétype Ancien-Monde, ce sont deux vins du Nouveau-Monde (Okanagan et Paso Robles) qui ont remporté les deux premières places, alors qu'une Syrah du pays d'Oc de prix très modique (16.95$) a terminé au cinquième rang sur quarante vins engagés.

L'aveugle a encore une fois triomphé des préjugés sur l'origine et le prix. Pas nécessaire de payer une fortune pour bien boire, et on peut le faire hors des régions traditionnelles. Il suffit de penser autrement et de faire confiance à ses sensations et à son goût. Ce sont là des choses que j'ai souvent répétées sur ce blogue et qui sont réelles. Hors de l'aveugle, vous goûtez en bonne partie ce en quoi vous croyez.

SAUVIGNON BLANC, WAIRAU RESERVE, 2011, MARLBOROUGH, SAINT CLAIR FAMILY ESTATE





Sur ce blogue je parle surtout de vin chiliens car ce sont les vins que j'achète et déguste le plus souvent. Toutefois, plusieurs de ces vins ne se retrouvent jamais sur ce blogue parce que je ne parle ici que des vins que j'ai suffisamment aimé pour que j'aie envie de prendre le temps d'écrire à leur sujet. Ce qui est vrai pour les vins chiliens est aussi vrai pour les vins d'ailleurs dans l'hémisphère sud que je déguste. La seule exception à cette règle est lorsqu'un vin pique mon intérêt pour une raison autre que sa qualité ou son RQP favorable. C'est le cas de ce Wairau Reserve du réputé producteur néo-zélandais Saint Clair. J'ai décidé de m'offrir ce vin car selon mes lectures c'est un bon exemple de ce que la Nouvelle-Zélande peut faire de mieux, à prix assez raisonnable (27.65$), en terme de Sauvignon Blanc non boisé. J'ai dégusté pas mal de Sauvignon Blanc chiliens cet été, dont plusieurs vins qui me sont apparus des RQP de fort calibre. Alors j'avais envie de goûter à une référence crédible venant d'ailleurs pour ce style de vin. Cette cuvée Wairau Reserve est le haut de gamme chez Saint Clair pour les vins de Sauvignon Blanc. Les raisins proviennent des parcelles les plus proches de l'océan. Le vin est élaboré totalement en inox, avec pressage rapide pour minimiser le contact avec les peaux. Le jus clarifié est fermenté à basse température en utilisant plusieurs types de levures sélectionnées. Le vin titre à un très raisonnable 13% d'alcool pour un pH de 3.39, ce qui est plutôt élevé pour un blanc de ce genre. Voyons ce que ça donne dans le verre.

La robe verdâtre surprend par sa pâleur. Le nez aussi surprend par son aspect modéré. Ceci dit il est facile d'y détecter des arômes de fruits de la passion, de zeste de pamplemousse, complétés par un léger trait citronné et une touche végétale évoquant le poivron vert. En bouche, le vin se montre sous un jour généreux et gras pour un vin de ce cépage. Cela est en accord avec une acidité très modérée et des saveurs fruitées matures tirant sur l'aspect tropical. Le milieu de bouche permet de constater le bon niveau de concentration et le volume assez généreux du vin. Une impression d'onctuosité se dégage de l'ensemble, cela permet au vin de glisser sans effort vers une finale harmonieuse et de bonne persistance.

En matière de vin il est important de juger honnêtement la qualité au-delà du style. En ce sens, la qualité de ce vin est indéniable, mais personnellement ce n'est pas mon style favori. Comprenez-moi bien. C'est un très bon vin et je ne dédaigne pas ce style mature et rond une fois de temps en temps, mais je préfère le côté nerveux et ferme que peut offrir le Sauvignon Blanc. Ce vin plaira aux amateurs qui n'aiment pas le Sauvignon Blanc frais et vif, au fruité citrique marqué et à l'aspect végétal plus prononcé. Pour ce qui est du RQP du vin, dans un contexte de marché global, son prix de 27.65$ me semble justifié. Ceci dit, je ne peux m'empêcher de comparer avec mes joyaux chiliens de même niveau qualitatif vendus entre 14 et 20$. Dans ce contexte le vin m'apparaît assez cher. Ceci dit, je ne suis pas sûr d'être tombé sur le vin idéal pour mon exercice de comparaison.

SYRAH, RESERVA, 2009, ELQUI, VINA FALERNIA

 


Je vous ai déjà parlé de cette Syrah de Falernia dans sa version 2007. Je vous réfère donc à ce texte pour en connaître un peu plus sur Vina Falernia. J'ai bu ce vin sur quatre jours et il était meilleur le quatrième jour. Dans son ensemble je l'ai trouvé similaire à l'excellent 2007, cela se reflète dans ma note de dégustation. J'ai relu ce que j'avais écrit sur le 2007 après avoir rédigé ce qui suit sur le 2009. Pour en connaître un peu plus sur Vina Falernia et le caractère distinctif de la vallée d'Elqui voyez ce lien.

La robe est intense et opaque avec de légers reflets violets. Le nez dévoile sans retenue l'identité du cépage dans une livrée de climat frais. En humant ce vin, il est impossible de ne pas penser à un lien entre les vallées de Elqui et du Rhône tellement la modulation du cépage est similaire. Vous m'excuserez cette description qui semble tirée d'un livre de référence, mais ça sent le fruit noir, la fumée, le poivre noir, la violette, la vanille et le chocolat noir. Je reconnais clairement dans ce vin le 4-ethyl gaiacol avec son aspect évoquant à la fois le bois brûlé et la vanille. L'ensemble montre de la complexité et une belle fraîcheur. Très agréable. La bouche n'est pas en reste et reflète bien dans sa palette de saveurs ce qui était perçu au niveau olfactif. Le vin est équilibré dès l'attaque, ample et généreux, avec un fruité intense supporté par une juste dose d'amertume. Le milieu de bouche révèle un vin bien concentré, au volume contenu, et à la finesse tannique évidente malgré sa prime jeunesse. La finale est sans faiblesse, rendant harmonieusement l'essence de ce vin en un sursaut d'intensité, avant un long déclin des saveurs.

Que dire de ce vin qui ne semblerait pas excessif pour un vin de 17$? Si je vous dit que ça goûte la Côte-Rôtie vous me croirez fou. Alors à quoi bon? Une chose est sûre dans mon esprit, Vina Falernia est un producteur à part dans le paysage chilien. Ses vins, et ceux de sa compagnie sœur Vina Mayu, sont vraiment distinctifs et empreints de la marque du terroir comme peu d'autres au Chili. Le parallèle avec les rouges du Rhône nord est incontournable, même si on est pas du tout dans la même gamme de prix. La partie côtière de la vallée d'Elqui semble vraiment une région particulière qui laisse sa trace de façon marquée sur les vins qu'elle engendre. Dans mon texte précédant je disais que si j'étais en charge de la sélection de vins chiliens offerts à la SAQ, il y aurait bien des changements. Je peux vous dire que le premier de ces changements serait d'amener les vins de Falernia/Mayu sur les tablettes du monopole. Ce sont des vins de prix très abordables et tellement distinctifs, sans compter le RQP qui est de très haut niveau. De plus, je suis convaincu du potentiel de garde des vins rouges de ce producteur. J'aimerais pouvoir me projeter dans le temps pour goûter ce vin après dix ans passés en bouteille. Je suis convaincu que ce sera très particulier.


Repas-Dégustation : Vins chiliens de climat frais

 

Pour la deuxième année consécutive j'ai été invité à un repas-dégustation par l'organisme promotionnel Vins du Chili. L'an passé le thème était les vins de Syrah, cette année c'était sur les vins de climat frais. Dans les deux cas c'était un bel événement bien organisé, bien mené et agréable, dans le magnifique cadre des terrasses Bonsecours. Après Élyse Lambert l'an passé, c'était au tour de Jessica Harnois d'être en charge de la mise en contexte des vins.

Encore une fois j'ai pu me rendre compte du fossé qui existe entre l'intérêt que je porte aux vins du Chili et le niveau atteint par ceux-ci dans le marché québécois. Comme l'événement était destiné au marché québécois, Jessica Harnois s'en est tenu aux notions de base et je me sentais un peu comme le petit premier de classe qui connaît d'avance toutes les réponses. De plus, les vins présentés n'excédaient pas la barre des 20$ à la SAQ. Je suis un défenseur des vins de prix abordables. Il est possible de trouver des perles chiliennes sous la barre des 20$, mais en même temps, avec une telle limite on se prive de très bons vins offerts à la SAQ. Ceci dit, onze vins furent dégustés et servis sur un menu élaboré et préparé par le chef Martin Juneau:



SAUVIGNON BLANC

  1. Arboleda, 2010, Aconcagua Costa : Un vin décevant pour moi car il était affecté par un défaut. Il sentait l'acide isovalérique. Ce produit est un métabolite des levures Brettanomyces et d'infimes traces de celui-ci gâchent pour moi les vins blancs.
  1. Santa Rita, Reserva, 2011, Casablanca : J'ai déjà traité de ce vin ici. Cette fois-ci il m'a semblé un cran en-dessous.
  1. Concha y Toro, TRIO, 2011, Casablanca/Rapel/Limari : Assemblage de terroirs. Le vin le moins généreux du lot, le plus discret au nez et le plus acide et fluide en bouche.
  1. Amaral, 2011, Leyda : Mon vin favori du lot. Il arbore la robe la plus pâle. Le vin est expressif au nez, riche et gras en bouche avec un bel équilibre entre le fruité et le végétal.
  1. Carmen, Gran Reserva, Fumé Blanc, 2011, Leyda : Mon deuxième favori, pas loin derrière l'Amaral. Lui aussi issu de la région côtière de Leyda. Le vin est appelé Fumé Blanc et une légère influence boisée est perceptible. Le vin est rond, peu acide pour un Sauvignon, le fruité tire sur le tropical, mais l'ensemble est séduisant et a la vertu de présenter le Sauvignon sous un jour quelque peu différent. Pas encore disponible à la SAQ, mais devrait l'être un peu plus tard.

Les deux vins disponibles à la SAQ que j'aurais mis dans cette sélection pour montrer le meilleur du Chili, tout en respectant la limite de 20$ la bouteille :

Casas del Bosque, Reserva, 2011, Casablanca
Chocalan, Malvilla, 2010, San Antonio





PINOT NOIR

  1. Concha y Toro, Casilliero del Diablo, 2011, Casablanca : Un vin conçu pour plaire au plus grand nombre et qui en ce sens atteint sa cible. Tout en en cerise, en rondeur et en douceur, avec des notes épicées pour agrémenter le tout.
  1. Cono Sur, Reserva, 2010, Casablanca : J'avais bu ce vin à la maison cet été et j'avais été très impressionné, compte tenu du prix très modeste demandé. C'est donc deux en deux, car ce fut mon favori de la vague. On demeure dans le registre du Pinot charmeur au doux profil fruité/épicé, mais l'ensemble montre quand même plus de tonus et de sérieux. Je ne connais pas de vin de Pinot Noir qui offre ce niveau de qualité et de matière pour seulement 15.95$.
  1. Montes, Sélection Limitée, 2010, Casablanca : Une vraie découverte pour moi aurait été de déguster le nouveau Pinot Noir de Montes de la gamme appelée "Outer Limits", issu de la région côtière de Zapallar, située directement sur la côte du Pacifique, au nord de Valparaiso. Ceci dit, ce Pinot de Casablanca m'a bien plu. Il montre la robe la plus claire du lot. C'est aussi le plus élancé et le plus élégant du groupe, même s'il ne manque pas de matière et d'intensité.
  1. Errazuriz, Max Reserva, 2010, Casablanca : Fidèle à la marque de commerce de cette gamme, en rouge, avec ses arômes de pâtisserie qui s'entremêlent au doux côté fruité. Le vin est rond et charmeur, mais compte tenu de son prix, et comparé au Cono Sur, il s'est avéré un peu décevant. J'aimerais goûter ce vin après quelques années pour voir s'il a le même potentiel de garde que les autres rouges de cette gamme. Ceci dit, je fais cette expérience, mais avec le Pinot de la gamme « Wild Ferment » du même producteur.

    Les quatre vins de Pinot Noir sont issus de Casablanca et sous la barre des 20$. Ce n'est évidemment pas la meilleure façon de rendre compte d'où en est ce cépage dans l'ensemble des régions fraîches du Chili. Ceci dit, Casablanca fait de belles choses, mais il y a autre chose aussi. Pour qui veut payer un peu plus cher voici trois suggestions( difficile d'échapper à Casablanca en matière de Pinot chilien offerts à la SAQ):

    Veranda, Oda, 2009, Bio Bio (ne vous fiez pas au site de la SAQ, ce vin n'est pas de Casablanca)
    Errazuriz, Wild Ferment, 2010, Casablanca
    Cono Sur, 20 Barrels, 2008, Casablanca



SYRAH

  1. Arboleda, 2009, Aconcagua : Le problème avec ce vin ce n'est pas sa qualité, c'est qu'il est hors thème, n'étant pas vraiment issu d'un climat frais. Le groupe Errazuriz/Arboleda produit maintenant de la Syrah de climat frais, issue de ses vignobles côtiers de Manzanar et de Chilué, mais cette Syrah de Arboleda ne contient que 15% de fruits provenant de Chilué, la grande majorité des fruits (85%) provient du vignoble Las Vertientes, situé au milieu de la vallée d'Aconcagua, à 40 km de l'océan. Le vin n'a donc pas un profil de climat frais, mais se montre plutôt robuste et généreux, avec un mélange de fruits noirs, de fumée, de poivron vert et d'épices douces. Il est encore très marqué par le boisé et aurait besoin de quelques années de garde pour se présenter au mieux.




ASSEMBLAGE BLANC

  1. Emiliana, Signos de Origen, 2010, Casablanca : Un blanc très généreux et exotique, de belle qualité, qui même s'il est issu de Casablanca ne représente pas vraiment le style associé aux blancs de climats frais que le Chili peut produire. Je reviendrai bientôt sur ce vin dont j'avais déjà dégusté une bouteille.


Ce fut un très bel événement. Pour un novice en matière de vins chiliens il s'agissait d'une belle introduction menée dans un cadre agréable. Pour un amateur averti de la scène chilienne comme moi, avide de découvertes, la grande dégustation annuelle de Vins du Chili est plus intéressante. Elle aura lieu cette année le 26 septembre aux Entrepôts Dominion. Pour ce qui est du développement des vignobles de climat frais au Chili. Sachez que le mouvement se poursuit. J'ai appris récemment que Vina Undurraga allait planter du Pinot Noir, à une échelle commerciale, à 46 degrés de latitude, très loin au sud du Chili. Ce vignoble sera situé bien plus près du Cap Horn que de Santiago et je pense que ce sera le plus méridional de l'hémisphère sud. Il sera situé à rien de moins que 700 km au sud de Malleco qui est actuellement l'appellation la plus méridionale du Chili. Ce n'est là qu'un exemple montrant que le Chili vinicole est loin d'avoir terminé sa migration hors de sa zone de confort traditionnelle. Ça montre aussi qu'il y a encore beaucoup de possibilités inexplorées dans ce pays. Le Chili n'a donc pas fini de captiver l'amateur en moi qui aime suivre et goûter la redéfinition de ce pays vinicole à l'offre de plus en plus variée.


Plaidoyer pour plus d'ouverture et de neutralité chez les chroniqueurs vin professionnels


Je suis tombé récemment sur un texte très intéressant du vigneron Hervé Bizeul, sur le forum "La Passion du Vin", où il explique les raisons l'ayant poussé à demander au guide d'achat de la Revue du Vin de France de ne pas commenter ses vins dans son édition 2012. Je ne suis pas vigneron, néanmoins, comme amateur privilégiant un pays peu prestigieux. Je me suis reconnu dans les propos de Hervé Bizeul. En plus, comme lui je suis convaincu des vertus incontournables de la dégustation à l'aveugle et je suis aussi sceptique que lui face aux dérives idéologiques prônant la supériorité des vins biologiques, biodynamiques ou dits naturels, avec le parti pris stylistique qui vient avec...

Les producteurs axés sur la qualité, mais venant de régions moins renommées, et n'adhérant pas aux modes du moment, que ce soit le style prôné par les revues américaines, ou bien celui des cercles branchés français, font face à un dilemme. Comment peut-on promouvoir ses vins en misant sur ce qu'ils sont? Sans une note de 90 et plus, ou un commentaire positif dans une revue branchée, il est difficile de se démarquer aux yeux de l'amateur. Sans cela, comment peut-on convaincre le consommateur d'acheter son vin et de l'apprécier pour ce qu'il est, sans à priori? Le problème actuel du monde du vin, c'est qu'il est de plus en plus idéologique, ce qui veut dire que les consommateurs ont de plus en plus besoin d'une caution extérieure pour les guider dans leurs achats. Si l'amateur peut être un buveur d'idées, le journaliste qui traite de vin devrait être impartial, ce qui implique de déguster en pure aveugle et de mettre ses impressions en contexte hors de ses préférences personnelles. Malheureusement, la dégustation en pure aveugle n'existe pas dans la presse vinicole. Si c'était le cas, les hiérarchies, anciennes et nouvelles, auraient tôt fait de voler en éclats, et ce ne sont pas vraiment les vins qui seraient mis en cause, mais la fiabilité des dégustateurs. On comprend donc pourquoi les chroniqueurs vin ne dégustent pas en pure aveugle. Au mieux on se risque pour de petite vague bien délimitée, en semi-aveugle. Quand on connaît le type de terrain visité, il y a moins de risque d'avoir l'air fou. Je dis cela en assumant qu'on édite pas les commentaires après dévoilement des identités, ce qui est loin d'être certain. Qui veut avoir l'air fou et mettre sa crédibilité en jeu?

Le monde du vin est beaucoup plus riche et vaste que ce que les professionnels qui écrivent à son sujet veulent bien nous faire croire. La variété de terroirs et de styles légitimes est bien plus grande que ce que l'on en dit généralement. Je comprends la frustration de quelqu'un comme Hervé Bizeul qui voudrait que ses vins soient jugés de manière impartiale et qui pense que sa région du Roussillon peut produire des vins aussi bons qu'ailleurs, mais avec un style marqué par ce terroir et par la vision personnelle de celui qui les élabore. Je pense qu'il est temps dans le monde du vin de sortir des clichés traditionnels et des idéologies. Le nombre d'endroits où des vins de grande qualité sont produits est plus grand que jamais auparavant, de même que la variété stylistique globale. J'écris ces mots en dégustant une excellente Syrah sud-africaine du Swartland. Un vin qui a son style bien à lui et qui n'a rien à envier en terme de qualité à des vins reconnus de régions plus traditionnelles. Même si mon blogue se concentre sur les vins de l'hémisphère sud, en particulier ceux du Chili. De manière globale, je demeure un partisan des vins venant de régions non prestigieuses de partout dans le monde. Je suis aussi un amateur de vins qui ne sont pas à la mode et qui ne misent pas sur l'effet Veblen. J'avoue qu'en réaction à une situation que je considère injuste, ma position peut sembler idéologique, mais elle a selon moi le mérite de ne pas être à la mode. Je ne dis pas qu'il ne faut boire que des vins de régions peu reconnues et sans prestige. Il existe aussi des trésors cachés dans les régions traditionnelles. Je dis qu'il faut donner plus de chances à ces vins négligés en les abordant de la façon la plus neutre possible. Il faut juger les vins, peu importe l'origine, pour ce qu'ils sont plutôt que pour ce qu'ils ne sont pas. Trop de professionnels du vin ont le mot terroir à la bouche, mais ne cesse de tout ramener à quelques terroirs traditionnels. Le terroir dans ces circonstances devient un facteur d'exclusion plutôt qu'être ce qu'il est vraiment, c'est-à-dire l'élément de diversité le plus intéressant qui soit.

Réaction de Hervé Bizeul



mercredi 22 août 2012

SAUVIGNON BLANC, LAUREL VINEYARD, 2009, LO ABARCA, SAN ANTONIO, VINA CASA MARIN




Après le controversé 2005 qui évolue très bien, voici que j'ai pu mettre la patte sur un autre millésime de cette cuvée parcellaire. Avec la cuvée « Cipreses », ce vin a contribué à faire la réputation de Casa Marin depuis le premier millésime en 2003. Les premiers millésimes de ces vins pouvaient être déroutants pour l'amateur habitué à une esthétique européenne, mais depuis 2007 un tournant stylistique donne à ces vins un aspect plus civilisé. Les fruits entrant dans l'élaboration de ce vin sont vendangés manuellement. Le jus reste en contact avec les peaux pour une journée avant une fermentation à 14° C. Le vin est entièrement élaboré en inox. Il titre à 15% d'alcool pour un pH de 3.25.

La robe est de teinte légèrement verdâtre. Le nez est quelque peu retenu mais il est possible d'y détecter des arômes de lime et de fruits de la passion, complétés par un une légère touche végétale et un aspect évoquant pour moi la roche mouillée des ruisseaux à truite de mon enfance. En bouche, le vin montre un bel équilibre entre la fraîcheur et la rondeur. L'acidité y est bien présente, mais modérée par le gras et la matière généreuse du vin. C'est un vin consistant, avec du volume, qui déploie des saveurs fruitées de grande intensité mélangeant, comme au nez, citron, lime et fruits de la passion. Le milieu de bouche confirme la pleine présence de ce vin au niveau de concentration supérieur. La finale conclut en beauté et avec générosité sur une bonne persistance des saveurs.

Je suis un amateur des vins de Casa Marin. C'est à mon sens une maison admirable par son esprit pionnier et la qualité générale de ses vins. Mais je dois avouer que j'étais très dubitatif à propos de ce vin lorsqu'après l'achat j'ai constaté que son titre alcoolique affiché sur l'étiquette était de 15%. Sur le site web du producteur on mentionne plutôt 14%. Je redoutais donc un vin lourd et alcooleux à l'équilibre déficient. Heureusement, et à ma grande surprise, il n'en est rien. Ni au nez, ni en bouche l'alcool ne se fait sentir de façon négative. Toutefois, je pense que le haut taux d'alcool contribue à la rondeur quasi onctueuse de celui-ci et cela fonctionne admirablement en donnant un vin de Sauvignon au style distinctif. En terme qualitatif, ce vin est clairement d'un niveau supérieur qui justifie amplement son prix de 25$. Si on ajoute son style distinctif à l'équation, ce prix est encore plus justifié. Ceci dit, certaines maisons chiliennes qui n'ont pas encore la réputation de Casa Marin offrent des vins de Sauvignon Blanc de même niveau qualitatif à bien meilleur prix. Toutefois, ces vins montrent un style plus habituel pour ce cépage, plus nerveux et moins opulent que cette cuvée Laurel. C'est ce style plus nerveux que je préfère, mais un vin comme ce Laurel a sa place pour moi sur une base moins régulière.

vendredi 17 août 2012

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2011, CASABLANCA, VINA SANTA RITA





Ceux qui me lisent avec une certaine régularité savent l'importance que j'accorde aux prédispositions mentales dans l'appréciation du vin. Ce Sauvignon Blanc de Santa Rita me semble un bon vin pour mettre au défi la capacité d'un dégustateur à rester indépendant d'esprit dans son jugement. D'abord, c'est un vin chilien de prix modeste (15.45$ au Québec et 13.95$ en Ontario). C'est aussi un vin de milieu de gamme chez un très gros producteur. Déjà il partirait avec trois prises contre lui pour plusieurs snobinards de la bouteille (origine, prix, taille du producteur). Mais la beauté de l'histoire, c'est que ce vin de pedigree somme toute modeste a récemment obtenu une ronflante note de 95+ de la revue britannique Decanter, tout en terminant premier d'une dégustation à l'aveugle de vins de Sauvignon Blanc chiliens menée par l'expert britannique en vins chiliens Peter Richards, battant au passage de nombreux vins plus chers et plus réputés. Ce résultat est rien de moins que surprenant et ne peut faire autrement que piquer la curiosité, à moins que ce ne soit soulever le scepticisme. Toujours est-il que la dégustation à étiquette découverte sera exigeante car si on se fie à Decanter ce vin n'est rien de moins qu'exceptionnel.

La robe arbore une teinte pâle et verdâtre typique des jeunes vins de ce cépage. Le nez évite l'exubérance et la retenue en exhalant franchement des arômes de fruits de la passion, de citron et de cassis auxquels s'entremêlent de légères notes végétales de feuillage et de poivron vert. Le profil me semble typique des bons vins de Sauvignon de Casablanca, avec ce côté citronné élégant. En bouche, le vin se démarque dès le départ par un très bel équilibre intégrant acidité et rondeur sur une matière aux saveurs éclatantes et intenses. Le milieu de bouche révèle un niveau élevé de concentration qui donne beaucoup de présence à l'ensemble. Une amertume évoquant le zeste d'agrume supporte très bien l'aspect fruité, alors qu'une juste dose de gras absorbe l'acidité pour produire une agréable sensation tactile qui permet au vin de couler sans effort. La finale condense l'essence de ce vin avec un sursaut d'intensité et une longueur de calibre supérieur.

Ma conclusion sur ce vin en décevra peut-être certains car elle n'est pas tranchée. J'ignore ce qu'est un vin se méritant une note de 95+, alors ne me demandez pas si Decanter a péché par excès d'enthousiasme. Ceci dit, les experts de la revue britannique sont loins d'avoir erré en donnant un classement favorable a ce vin, car celui-ci en donne clairement beaucoup plus que le prix qu'on en demande. Il a un équilibre, un niveau de concentration et une persistance qu'on associe généralement à des vins de catégories supérieures. Ce vin est donc une formidable aubaine. Pour ceux qui aiment détester par avance les vins à forts volumes et issus de grosses compagnies, ce vin est la preuve qu'il faut éviter les généralisations. Aussi, pour ceux qui aiment remettre en cause la valeur incontournable de la dégustation en pure aveugle, un vin comme celui-ci a la vertu de poser la question à l'envers. Franchement, j'ai dégusté plusieurs bouteilles de ce vin en toute connaissance de cause, mon appréciation de celui-ci fut assez similaire de fois en fois, mais au final je ne pourrais jurer que mon jugement n'a pas été altéré par l'éloge enthousiaste qu'a reçu ce vin de prix modeste. Je persiste à croire que seul un contexte favorable de dégustation en pure aveugle pourrait me donner l'heure juste. C'est vrai pour ce vin et c'est vrai pour tous les autres. À étiquette découverte, il faut rester très prudent et humble face à soi-même. Ce qu'on sait d'un vin, et la relation de ce savoir avec nos convictions personnelles, influence immanquablement notre jugement et il est impossible de départager tout ça soi-même par la suite. C'est pourquoi je ne note pas les vins que je déguste et c'est aussi ce pourquoi je demeure un partisan inébranlable de la dégustation à l'aveugle comme outil de contrôle.



jeudi 16 août 2012

Sauvignon Blanc: Le Chili pourrait déloger la Nouvelle-Zélande en pole position

Rassurez-vous, le titre de ce court article n'est pas un autre de mes élans d'enthousiasme pour se qui se passe actuellement dans le Chili vinicole. Non. C'est le constat qui sert d'introduction à un article intéressant du New Zeland Herald à propos de l'émergence du Chili en tant que producteur de Sauvignon Blanc de qualité. L'article n'est pas condescendant. Il est plutôt réaliste et illustre le fait que le Chili joue maintenant sur le même terrain que les Kiwis. On y mentionne même qu'il y a plus de variété stylistique au Chili pour les vins de Sauvignon Blanc de qualité. On y rapporte les propos de Felipe Marin qui est maintenant en charge de l'élaboration des vins chez Casa Marin à Lo Abarca, et ceux de l'expatrié néo-zélandais Grant Phelps qui œuvre avec brio comme œnologue en chef chez Casas del Bosque dans Casablanca, un des meilleurs producteur de Sauvignon Blanc du Chili. Un élément négligé par l'article est que le Chili, en plus d'offrir de la haute qualité et des variantes stylistiques, offre ses vins de Sauvignon à des prix imbattables.

mercredi 15 août 2012

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2003, MAIPO, VINA DE MARTINO


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Avec les références que j'ai données dernièrement sur les belles performances de rouges chiliens de haut niveau dans des dégustations à l'aveugle j'ai pu donner l'impression qu'il faut payer relativement cher pour toucher aux vertus du bon vin rouge chilien de garde. Ce n'est bien sûr pas le cas. Rien de mieux qu'un Cab de Maipo, élaboré par un producteur fiable, pour confirmer encore une fois qu'au Chili il n'est pas nécessaire de payer une fortune pour de réels vins de garde.

La robe est de teinte encore bien soutenue, même si légèrement translucide. Le nez est un pur ravissement et montre un profil de Cab mi-évolué tout en finesse. On y retrouve d'agréables arômes de cassis, de cerise, de bois de cèdre, de terre humide, complétés par de fines notes vanillées, ainsi qu'un très léger aspect évoquant le bois brûlé et le chocolat noir. Difficile de rendre fidèlement en mots le profil aromatique de ce vin, si ce n'est que de rappeler que ces arômes portent la marque caractéristique que seul le temps en bouteille peut procurer. Le plaisir se poursuit en bouche avec un vin à la fois svelte et assez ferme. L'ensemble est sérieux, mais sans lourdeur. C'est un régal pour l'amateur de Cabernet avec une belle palette de saveurs juste assez patinées par le temps. Le fruit tient encore le premier rôle, mâtiné de notes terreuses et doucement épicées et soutenue par une fine dose d'amertume rappelant le chocolat noir de qualité. Le milieu de bouche révèle un vin équilibré et modéré comme je les aime. Les tanins sont fondus, mais montrent ce qui leur reste de poigne dans une fin de bouche rendant hommage aux attributs du bon Cabernet, en intensité, fermeté et longueur.

Que dire sur ce vin qui n'aurait pas l'air d'une redite de ma part sur le potentiel de garde incroyable des rouges chiliens de type "Reserva"? Je pense que je ne peux faire autrement que me taire ou frapper sur le même clou. Souvent je me tais, car ma cave arrive dans une phase où ces expériences sont de plus en plus fréquentes. Jouer toujours le même disque est redondant, je le sais, mais parfois je me dis qui si par une redite je pouvais convaincre ne serait-ce qu'un seul amateur. Ça vaudrait la peine. Pour revenir à ce Legado, celui-ci n'est pas proche de son déclin. Il est plutôt à un beau stade de son évolution. Je pense qu'en pure aveugle il pourrait se mesurer à des vins bien plus renommés et beaucoup plus chers. Il est rendu à cette étape de son parcours où le caractère typique de son origine cède le pas au caractère universel du cépage. Pour les chiliophobes ça devrait être un argument positif, mais malheureusement, peu importe l'âge, ce sera toujours écrit Chili sur l'étiquette, et même si De Martino est un producteur élite de ce pays, ça ne résonnera pas très fort chez les amateurs de prestige. Pourtant, la vallée de Maipo est un des meilleurs terroirs à Cabernet au monde. Certains en parlent comme du Médoc chilien, mais même les comparaisons françaises ne peuvent abattre le déficit de prestige pour certains qui ne jurent que par les châteaux bordelais ou le culte de Napa. C'est pourquoi le Chili demeure le pays qui en matière de vins de garde en offre le plus pour chaque dollar investi. Pas besoin de dépenser dans les super-vins chiliens qui tentent de gagner en prestige en attirant les victimes de l'effet Veblen. Ce pays a tant à offrir qu'il y a plein d'excellents vins offerts à prix ridicules, et ce Legado en est un superbe exemple. J'ai payé ce vin autour de 17$ dans le temps, et en terminant la bouteille je ne peux m'empêcher de penser que ce prix est ridiculement bas. Ce n'est pas moi qui fait le marché, et j'ai la patience de mettre ces vins de côté, alors aussi bien en profiter.

P.S.: Parlant de taper sur le même clou. Je viens de m'apercevoir qu'il y a un an presque jour pour jour j'avais commenté le millésime 2002 de cette cuvée. À quelques différences près, mes commentaires se rejoignent.





samedi 11 août 2012

SUR LE VIF

Peu de vin cet été pour moi et peu de temps et d'envie pour écrire à son propos. Je continue toutefois de lire, c'est moins exigeant.. Rien de mieux qu'une de mes marottes, le potentiel de garde des rouges chiliens, pour écrire un petit mot. Voyez cet article de Wine Spectator où un Don Melchor, 1999, de Concha y Toro a remporté la faveur d'un groupe de dégustation à l'aveugle. Dommage que l'on ne nomme que trois vins sur les sept impliqués. Ce ne semble pas être un groupe de buveurs de piquette. La conclusion de Thomas Mathews, l'expert en vins espagnols du WS, va dans le sens des résultats des dégustations d'Eduardo Chadwick et d'Aurelio Montes que je rapportais il n'y a pas longtemps ici et ici: "It testified that Chile has earned its standing in the world of wine."

samedi 28 juillet 2012

Les buveurs d'idées


Comme amateur de vin on aime penser que ce qui nous intéresse vraiment c'est le vin. Le liquide qui se retrouve dans notre verre sous différents aspects. Pourtant, plus un amateur devient intéressé et plus le vin en lui-même perd de l'importance. Je lisais l'autre jour un article où le représentant commercial d'un producteur chilien disait qu'il fallait apporter des nouveautés régulièrement (nouveaux cépages, nouvelles régions), car sans éléments distinctifs pour susciter l'intérêt, le vin devient une simple marchandise. Je me suis reconnu un peu dans ce propos. Je suis le type d'amateur intéressé par la nouveauté. J'aime les producteurs qui développent de nouvelles choses. J'aime l'idée qu'en buvant les vins de ces producteurs je participe à la création de quelque chose qui n'existait pas avant. D'autres amateurs, au contraire, s'intéressent au vin pour communier avec l'histoire. Au-delà du vin, ils aiment l'idée du lien avec le passé. L'idée qu'en buvant ces vins à la longue histoire ils perpétuent quelque chose qui les dépasse. D'autres ont une approche socio-économique. Ils s'intéressent aux vins d'artisans, aux vins biologiques car ça correspond à leurs valeurs de développement durable. D'autres encore aiment boire prestigieux et rare, ce qui veut aussi dire cher. De cette façon ils ont l'impression de toucher au meilleur de ce que le monde du vin a à offrir. Il y a aussi ceux qui boivent aux notes et à la réputation. Je suppose que cette caution externe les sécurise face à leurs perceptions.

J'aurais pu continuer d'énumérer des catégories de buveurs qui au-delà du vin sont motivés par des idées. Je lis déjà dans les pensées de certains lecteurs qui se sentiront visés et qui se diront que le vin, le liquide, est leur priorité, et que le reste est secondaire. Bien sûr, tout passionné que l'on puisse être, il est clair notre intérêt premier est le vin. Ceci dit, je pense que les idées occupent une place beaucoup plus importante que ce qu'on veut bien s'avouer. Si à partir de demain le vin devenait anonyme. Si les vins étaient identifiés par un simple code nous empêchant de les relier à leur origine. Je pense que l'intérêt d'une grande majorité de passionnés diminuerait de façon marquée. J'adore déguster à l'aveugle car il y a à la fin le dévoilement des identités. Cela me permet de me confronter aux fameuses idées qui soutiennent mon intérêt pour le monde du vin. Je ne voudrais pas d'un monde où la dégustation du vin serait toujours à l'aveugle, mais sans jamais qu'il n'y ait de dévoilement.

Il est clair pour moi qu'une bonne partie du plaisir relié au vin tient dans la confrontation entre le simple liquide offert dans un verre et la construction mentale qu'on s'est bâtie pour appréhender celui-ci. Sans repères pour ancrer notre jugement, le monde du vin serait bien moins intéressant. Ce produit de civilisation deviendrait un simple objet de consommation. Toutefois, je pense qu'en évoluant dans le monde du vin, il est important de garder à l'esprit que notre jugement est influencé par les idées qui nous intéressent et auxquelles on adhère. Je persiste à croire fermement qu'une bonne partie de l'appréciation du vin relève du monde des idées, de la conviction mentale. Garder ce fait à l'esprit est une façon de prémunir notre jugement de l'influence de ce qu'on pense lorsqu'on ne déguste pas à l'aveugle. Si on peut boire des idées, comme pour le vin il faut essayer d'éviter qu'elles nous saoulent.

vendredi 6 juillet 2012

Le Chili est un producteur de classe mondiale (Prise 2)

Je suis tombé sur un article intéressant dans le San Francisco Chronicle, et au risque d'en agacer certains encore plus, le mouvement initié par Eduardo Chadwick prend de l'ampleur. Un autre producteur chilien de renom s'est lancé dernièrement dans l'aventure de faire goûter ses vins à l'aveugle en parallèle avec certains des plus grands noms de la planète vin. Cette fois-ci c'est Aurelio Montes qui a eu l'audace de soumettre ses vins haut de gamme à la comparaison directe avec des noms mythiques et très onéreux. Comme dans le cas des dégustations de M. Chadwick, le but déclaré n'est pas de prouver une quelconque supériorité de ses vins, mais plutôt de démontrer qu'ils sont légitimement à leur place à côté de ces noms prestigieux. Dans le cas de la dégustation axée sur la cuvée Sena, dont je parlais le dernière fois, un intervenant avait dit en réaction que les dés étaient pipés en faveur du Sena, étant donné qu'il y avait autant de millésimes de Sena que de vins renommés. Dans le cas de la dégustation de Montes, cet argument est à balayer totalement du revers de la main, car il y avait trois vins différents de Montes pour neuf vin renommés, tous du millésime 2004, sauf pour le Carmenère, Purple Angel, de Montes qui était un 2007. Il n'y avait qu'un millésime de chaque vin impliqué. Il y avait une vague de huit vins de type bordelais où le Cabernet Sauvignon, "M", de Montes a terminé deuxième, et le Carmenère, Purple Angel, quatrième. Il y avait aussi une vague de vins de Syrah/Shiraz où la cuvée Folly de Montes a pris le premier rang, presqu'à égalité avec le Grange de Penfolds.

Finalement, j'aime toujours voir les notes sur 100 dans ce type de dégustations à l'aveugle. Sans la présence d'étiquettes, on ne note pas haut, ce qui montre bien que les très hautes notes ne viennent pas seulement des impressions de dégustation, mais bien aussi du statut du vin impliqué. Les juges étaient des journalistes spécialisés, somelliers et professionnels du vin. Encore une fois, la conclusion n'en est pas une de supériorité, mais bien de légitimité des vins chiliens. Les meilleurs de ces vins sont à leur place avec ce qui se fait de mieux au monde. Le Chili peut produire des vins de classe mondiale et même si les grandes cuvées de Montes sont des aubaines par rapport aux autres vins de cette dégustation. Il est possible de trouver des aubaines encore plus formidables venant du Chili. Ceci dit, un des vins de Montes est presque une aubaine. Si acheté lors d'une promo -10% à la SAQ, le Purple Angel se qualifie pour ma limite de 50$!!!

mardi 3 juillet 2012

SUR LE VIF

Article intéressant avec Frédéric Brochet à propos de la construction mentale impliquée dans la dégustation du vin. Ce scientifique confirme que la disposition mentale, la conviction par rapport à un vin influent significativement sur le niveau d'appréciation de celui-ci. J'étais déjà au courant des travaux de Brochet à ce sujet et mon expérience personnelle m'a souvent confirmé la justesse des ses constats. Disons que ça me conforte dans mon approche face au vin.

samedi 30 juin 2012

SYRAH, CHONO, 2009, ELQUI, GEO WINES




Geo Wines est un projet mené par le réputé œnologue et biodynamiste chilien Alvaro Espinoza. Les vins sont élaborés à partir des régions les plus appropriées pour les cépages impliqués et dans le cas de la Syrah, la vallée d'Elqui est un choix très avisé. Après l'excellent millésime 2007 de ce vin, je remet ça avec ce 2009 qui m'avait favorablement impressionné lors du dernier salon de Vins du Chili tenu à Montréal en septembre dernier. J'y avais alors perçu un vin similaire au 2007, avec ce côté aromatique évoquant de bons vins du Rhône nord. Pourtant, il y a un monde de différence entre la Côte-Rôtie et la partie côtière de la vallée d'Elqui, mais ces deux endroits modulent des arômes similaires avec la Syrah. Il faut dire que pour ce 2009, 10% des fruits viennent d'un vignoble bio de la vallée de Limari, située un peu plus au sud. Le vin a été élaboré en inox et seulement un quart du volume est passé par des barriques de chêne neuves (français et américain) pour environ six mois. Le vin n'a pas été filtré et titre à 14% d'alcool.

La robe est de teinte rubis de moyenne intensité. Le nez montre des éléments ayant une ressemblance frappante avec le classique du Rhône nord. On y dénote des arômes de fruits noirs, de poivre noir, de violette et de lavande. Une légère touche goudronnée vient compléter le tableau. Un nez propre, frais et séduisant qui donne beaucoup de plaisir. Ce plaisir se poursuit en bouche où le vin se déploie sur le mode de la fraîcheur, avec une certaine fermeté. L'agréable palette aromatique se reflète bien au niveau des saveurs avec l'aspect fruité qui tient le premier rôle. C'est un vin de corps moyen qui possède une belle concentration et un volume contenu. Les tanins sont discrets avant la finale où ils montrent un peu de poigne. C'est donc un vin qui coule sans effort et qui brille par sa qualité aromatique. Ce caractère aromatique culmine dans une finale intense, de belle allonge, aux légers relents de chocolat noir.

Dans mon billet précédant j'évoquais les vertus de la modération et des qualités aromatiques dans le vin, et bien cette Syrah du bout du monde en est un bel exemple. Rien n'est trop appuyé dans ce vin où on ne tente pas d'impressionner par la force. Le vin ne manque de rien et il a toute la présence nécessaire en bouche pour soutenir l'intérêt et offrir un plaisir palpable. Pour les amateurs de Syrah rhodanienne, ce vin est une alternative très intéressante, offerte à une fraction du coût. À mon avis c'est un vin qui devrait faire courir les amateurs de vins distinctifs, mais j'ai peur qu'il ait deux gros défauts pour la clientèle branchée adepte d'importations privées. Il est chilien, donc sans pedigree, sans prestige, et il est de prix très abordable (17$), malgré qu'il soit vendu en I.P. chez Trialto. C'est difficile de ne pas avoir de préjugés face à un vin de 17$, chilien en plus. Oubliez l'effet Veblen et l'image négative que vous pourriez avoir du Chili. Ce vin est une belle façon de découvrir une facette du Nouveau-Chili et ça pourrait changer votre perception du potentiel de ce pays. La SAQ offre la Cabernet Sauvignon, Reserva, de la gamme Chono. C'est un bon vin, mais pas très différent de bien d'autres Cabs chiliens de Maipo, alors je ne comprends pas pourquoi on n'a pas plutôt décidé d'offrir cette Syrah qui se démarque clairement par son profil aromatique des autres vins de Syrah chiliens de cette gamme de prix. Le seul qui s'en rapproche au point de vue aromatique, c'est la Syrah, Bayo Oscuro, de Kingston Family pour laquelle il faut débourser le double (33$). Si cette Syrah était offerte à la SAQ au prix du Cab et qu'elle était bien promue par les conseillers, elle ferait un malheur car je ne connais pas de vin de Syrah de ce type offert à un si bon prix. Rien ne s'en approche en terme de rapport QD/P (Qualité, Distinction/ Prix).


vendredi 29 juin 2012

Jour sombre

La revue Decanter vient de décidé de se convertir au système de notation sur 100. Le dernier bastion significatif du monde anglo-saxon vient de tomber face à ce système ridicule. Les amateurs de précision saugrenue seront comblés et les vins qui n'obtiendront pas le fameux 90 continueront de pâtir et les producteurs continueront de faire des vins ayant comme but d'atteindre ce risible 90. Chez Decanter on déguste vraiment à l'aveugle, mais auparavant, lors des panels de dégustation, on faisait des moyennes et malgré cela il y avait beaucoup de résultats surprenants. Maintenant les notes individuelles des dégustateurs seront publiées. J'ai bien peur qu'il y ait de l'édition pour éviter d'avoir l'air fou sur certains vins, ou bien on va faire de petites vagues bien ciblées pour bien guider les dégustateurs et éviter les inmanquables récifs de l'aveugle pure. Une chose est sûre, on ne laissera pas le ridicule de la notation sur 100 être révélé par la dégustation en pure aveugle. On va suivre l'exemple américain. Misère!

mardi 26 juin 2012

La modération négligée

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Très récemment j'ai dégusté deux vins qui ont ramené à mon esprit une réflexion que je me fais de plus en plus au fur et à mesure que je progresse dans le monde du vin. Ces deux vins sont des rouges bien différents, mais qui m'ont également impressionné malgré leur dissemblance. Un de ces vin est la cuvée LFE 900, 2008, de Luis Felipe Edwards dont j'ai traité dans l'entrée précédant celle-ci sur le blogue, mais il y a aussi le Cabernet Sauvignon, Gran Reserva, 1999, Maipo, de Vina Tarapaca que j'avais dégusté le jour avant au resto avec un ami passionné de vin. Le vin de Tarapaca n'avait pas la richesse, la puissance ni la longueur en bouche du LFE 900. C'était un vin de corps moyen montrant ce profil mi-évolué que seul le temps en bouteille peut procurer. Ceci dit c'était un vin complexe et exquis, à la fois sérieux et facile à boire, et qui m'a procuré beaucoup de plaisir. Le LFE 900 aussi m'a procuré du plaisir, mais un plaisir bien différent. Je suis sûr que s'il était possible de comparer les deux vins au même âge, le LFE 900 l'aurait emporté par KO au premier round. Il a tellement plus de matière que le Tarapaca pouvait en avoir en jeunesse, alors imaginez aujourd'hui avec les 12 ans de bouteille de celui-ci. Il est clair que si ces deux vins avaient pu être soumis au même âge à un "donneux" de notes sur 100, le LFE l'aurait emporté haut la main. Il aurait déclassé l'autre par au moins 10 points. Malheureusement, ce résultat aurait, selon moi, été totalement erroné.

Comme je l'ai dit en introduction, les plaisirs distincts que ces deux vins m'ont donné m'ont amené à réfléchir sur les critères qui permettent d'établir le niveau de qualité d'un vin. De plus en plus, je trouve que les éléments utilisés pour établir le niveau qualitatif du vin sont trop axés sur des choses comme la concentration, la puissance et la longueur en bouche, alors que la qualité et la distinction aromatique, de même que la finesse et la facilité à boire sont des éléments trop souvent négligés car plus subjectifs et moins impressionnants. Les facteurs évoquant la force dans un vin sont difficiles à manquer et ce faisant plus objectifs, alors que les éléments de subtilité et de détails sont plus subjectifs et moins universellement facile à percevoir. Il y a aussi le goût personnel qui peut entrer en ligne de compte, et la disposition pour un style de vin en particulier au moment de la dégustation. Les comparaisons entre le vin et les œuvres d'art sont toujours un peu boiteuses car les sens de l’ouïe et de la vue sont des sens beaucoup plus précis que ceux de l'odorat et du goût. Néanmoins, aimant la musique, j'aime bien comparer le vin à une chanson. Par exemple, la même pièce peut être interprétée avec un orchestre symphonique, ou de façon intimiste en mode piano/voix. Il est clair que la version avec grand orchestre sera plus impressionnante pour l'auditeur, qu'elle marquera plus ses sens, mais est-ce que ça veut dire qu'elle sera forcément meilleure que la version plus tranquille où seul un piano et une voix font le travail? Selon moi les deux peuvent avoir leurs mérites selon ce que recherche l'auditeur, selon sa disposition du moment. De la même façon que les deux vins que j'ai évoqué plus haut offraient quelque chose de différent, sans que l'un soit nécessairement meilleur que l'autre. L'un est plus impressionnant, alors que l'autre est plus délicat. Le premier s'impose à notre attention, alors que le deuxième a besoin de notre attention.

Plus j'évolue dans le monde du vin et plus je me rend compte que comme pour la musique il est important pour moi de pouvoir choisir le volume. Parfois j'ai le goût que ça frappe fort, mais parfois j'aime aussi jouir d'un plaisir plus reposant. Un plaisir plus facile au sens où les sens sont sollicités de façon plus douce, mais un plaisir plus exigeant car c'est le dégustateur qui doit aller vers le vin et non l'inverse. Bien sûr, il y a un danger avec ma définition des choses. Ce danger s'est de tout confondre et de mélanger concentration modérée et finesse. L'équilibre, et la qualité aromatique sont pour moi les éléments primordiaux pour juger du niveau qualitatif d'un vin. La complexité peut aussi être un élément à considérer. Je pense que ces qualités peuvent se retrouver dans des vins très concentrés, longs et puissants, mais elles peuvent aussi se retrouver dans des vins plus modérés et ce sont ces vins qui, trop souvent selon moi, sont injustement déconsidérés. Je n'ai rien contre les vins qui en donnent beaucoup, cela fait son effet, mais ce petit texte est un appel à découvrir, ou redécouvrir, les vertus du vin modéré. Pour moi la modération en matière de vin n'a pas nécessairement meilleur goût, mais de plus en plus les vins de cette catégorie me sont nécessaires et il n'y a rien de mieux que la garde prolongée pour en produire de beaux exemples.


dimanche 24 juin 2012

LFE 900, 2008, COLCHAGUA, LUIS FELIPE EDWARDS




Luis Felipe Edwards est un producteur que j'apprécie par le biais de sa grande cuvée Dona Bernarda. Un vin qui se compare en termes qualitatif à bien des vins chiliens vendus plus du double de son prix. C'est donc avec intérêt que je goûte pour la première fois la cuvée LFE 900 de ce producteur. Si le nom Dona Bernarda évoque un certain classicisme, LFE 900 ressemble plus à un nom de code et suggère quelque chose de plus moderne. Une chose est sûre, le vignoble d'où est issu ce vin est jeune, les vignes avaient cinq ans d'âge en 2008. Il s'agit aussi d'un projet aux visées qualitatives ambitieuses et qui pour moi se situe dans la mouvance que j'appelle le Nouveau-Chili. Les vignes de ce vignoble sont plantées à flanc de montagne, parfois en terrasses, et même au sommet à 900 mètres d'altitude, d'où le nom de la cuvée. Je joins un lien qui vaut vraiment la peine d'être consulté pour saisir l'essence de ce projet. On y voit des photos spectaculaires qui montrent bien l'ampleur et la beauté du projet. Pour ce qui est du vin à proprement parler, il s'agit d'un assemblage on ne peut plus original comprenant 36% de Petite Syrah (Durif), 30% de Cabernet Sauvignon, 24% de Syrah, 7% de Carmenère et 3% de Malbec. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français neuves. Il a aussi été filtré et il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.60.

Sans surprise la robe est d'encre, impénétrable. Le nez lui, dès le premier abord, transpire la qualité et l'ambition. Il s'en dégage des arômes intenses et profonds de cerises et de groseille amalgamés à un aspect boisé/épicé bien présent et complétés par une touche chocolatée. C'est nez très riche, dominé pour le moment par les arômes que je viens de décrire, mais des notes fugaces se détachent ici et là en cours de dégustation et on sent qu'il y a un potentiel supplémentaire à révéler avec le temps. En bouche, c'est un vin avec beaucoup de matière qui se révèle. Cette matière généreuse est de très grande qualité, le vin est très concentré avec des saveurs très intenses qui sont un reflet fidèle des arômes perçus au nez. La relative douceur du fruit et de l'apport boisé est équilibré par une juste dose d'amertume. En milieu de bouche, encore une fois la richesse de la matière et le très haut niveau de concentration impressionnent. Le vin a du volume et de la rondeur, ainsi qu'une souplesse salvatrice qui lui permet de bien couler malgré la densité de sa matière. Les tanins sont bien présents avec une texture veloutée qui contribue à la souplesse déjà évoquée. En toute justesse, et pour rester dans l'esprit de ce vin, je dirais sans exagérer que la finale permet d'atteindre un sommet dans l'intensité gustative. Heureusement, l'harmonie est préservée avec beaucoup de longueur.

Moi qui aime dire mon admiration pour les vins de profils modérés, je dois l'avouer, j'ai été impressionné par la puissance maîtrisée de ce très jeune vin. C'est un nectar concentré qui en met plein les papilles à ce stade très précoce de son espérance de vie. En l'ouvrant je savais ce que je faisais. Je savais à quoi m'attendre, mais j'en ai eu plus qu'anticipé. Je l'ai ouvert par curiosité, pour apprendre, mais j'ai quand même obtenu ce plaisir spectaculaire que peuvent offrir les jeunes vins bien nés et ambitieux. Sur un aspect plus technique, ce vin est intéressant car il a été filtré tangentiellement sur membrane 0.65 microns. S'il est vrai que la filtration enlève de la matière essentielle au vin, je n'ose imaginer ce qu'une version non filtrée de ce vin aurait donné. Pour moi ce vin démontre plutôt qu'une filtration bien menée est bénéfique. J'ai eu la chance déjà de goûter plusieurs "grosses" cuvées chiliennes très chères, et je peux vous dire que ce LFE 900 n'a rien à leur envier. Ce vin tombe clairement dans la catégorie des super-cuvées très concentrées au boisé luxueux et qui en jeunesse ne font pas dans la dentelle. Je ne boirais pas ce type de jeunot ambitieux sur une base régulière car c'est un vin qui par sa nature est très demandant pour le dégustateur. Ce n'est pas le genre de vin qui se laisse boire tranquillement. Il a tellement de matière qu'il vous rappelle sa présence à chaque gorgée, mais en faisant cela, il vous rappelle aussi à chaque fois son haut niveau qualitatif et les promesses qu'il offre pour le futur. Certains producteurs chiliens commencent à s'éveiller au potentiel de garde de leurs vins. Sur la contre-étiquette de celui-ci, on parle d'une apogée dans quatre à six ans et un plateau optimal qui durera jusqu'en 2025. Personnellement, je doublerais ces chiffres sans aucune crainte. Si ce vin venait d'une appellation prestigieuse, je n'ose imaginer son prix. Toutefois, même dans le contexte chilien il s'agit d'une aubaine formidable. Il est du même niveau et style que des cuvées vendues deux ou trois fois son prix. Au lieu d'acheter un Clos Apalta à 111$, obtenez presque quatre bouteilles du même niveau à 30$ chacune. Si vous aimez les sensations fortes vous pouvez ouvrir dès maintenant, sinon c'est un vin de grande garde à un prix pratiquement imbattable. Les stocks de ce vin sont déjà très bas à la SAQ, ce n'est pas pour rien.

jeudi 14 juin 2012

La passion du vin, la raison, son prix et le respect


Si vous lisez ce blogue, même de temps en temps, vous savez que pour moi le rapport qualité/prix est l'élément le plus important me guidant dans mes achats. Au-delà du RQP j'ai aussi une limite quant au prix maximal que je suis prêt à débourser pour une bouteille. Celui-ci est de 50$. J'ai très rarement payé plus pour une bouteille de vin, et la plupart du temps où je l'ai fait, c'était une bouteille achetée spécialement pour participer à une dégustation entre amateurs. Ce type de dégustations avec des passionnés de vin m'a permis de déguster beaucoup de vins franchissant allègrement la limite de prix que je m'impose pour ma consommation personnelle. Cela m'a quand même permis de tester mes convictions par rapport au prix maximum que je suis prêt à payer pour un vin, et même si j'ai eu de très belles expériences, cela ne m'a pas amené à changer d'idée sur le sujet. Je continue de penser qu'une limite de 50$ permet de très bien boire et de goûter à une très grande variété de vins. Ceci dit, qui dit limite, dit nécessairement contrainte, restriction. C'est quelque chose que j'accepte et assume.

Si je parle de ce sujet aujourd'hui, c'est que je suis tombé sur un fil de discussion sur le forum Fouduvin à propos d'un "tweet" du conseiller en vin Nick Hamilton. Fouduvin est un lieu virtuel où j'ai passablement écrit avant de démarrer mon blogue, et la lecture de ce fil m'a rappelé pourquoi j'ai arrêté d'y écrire à un moment donné. Il est très difficile dans le monde des passionnés du vin de tenir un discours comme le mien ou de faire une affirmation comme celle de M. Hamilton sans devenir une cible. C'est rapidement perçu comme un manque de respect. Plusieurs qui ne partagent pas ce point de vue et qui paient cher pour certaines bouteilles en viennent rapidement à la conclusion qu'on les prend pour des imbéciles. Ce qui ne saurait être plus faux. Diverger sur un point de vue ne remet pas en cause l'intégrité des personnes qui ne partagent pas la même opinion. Mais le monde du vin demeure un milieu particulier ou l'ego est souvent mis à l'avant-plan. J'ai eu la chance d'y connaître plein de gens formidables qui ne partagent pas mon point de vue sur la question et jamais il ne m'est venu à l'esprit que c'étaient des imbéciles. Généralement c'étaient des gens plus passionnés que moi et plus généreux aussi. Dans des dégustations en pure aveugle, sans contrainte de prix, on peut argumenter et s'amuser, mais il est vrai que le contact humain, intime et direct est bien différent du monde virtuel, impersonnel et ouvert au regard de tous.

Une chose est sûre dans mon esprit. Peu importe notre approche personnelle face au monde du vin, si celle-ci est authentique, une approche divergente prônée par quelqu'un d'autre ne devrait pas être perçue comme une attaque personnelle. Le vin est quelque chose de trop changeant et difficilement saisissable par nos sens pour y lier notre ego. Il faut juste s'assumer, ce qui n'empêche pas de discuter, idéalement devant quelques bonnes bouteilles. J'ai eu la chance de déguster et discuter une fois avec Nick Hamilton et il m'a alors semblé être très ouvert d'esprit et connaître très bien son sujet.


dimanche 10 juin 2012

Le Chili est un producteur de classe mondiale


Eduardo Chadwick est un des plus grands leaders du monde vinicole chilien. Il mène plusieurs projets de front, d'abord Errazuriz, mais aussi Vinedo Chadwick, Sena, Arboleda et Caliterra. Frustré par le manque de reconnaissance rencontré selon lui par les vins chiliens dans la presse spécialisée mondiale, Chadwick s'est lancé depuis 2004 dans une série de grandes dégustations à l'aveugle où ses vins sont servis en parallèle avec certains des vins les plus réputés et les plus chers du monde. Le 18 mai 2012 il a remis ça à Londres lors d'une dégustation où le focus était mis sur la cuvée Sena. Peter Richards, le spécialiste des vins chiliens pour la revue Decanter rend compte sur son blogue de cette dégustation qu'il a co-présidée. Son texte est très intéressant. D'abord, M. Chadwick y explique pourquoi il persiste à tenir ce genre d'événements. Je le cite en traduction libre :

"La raison pour laquelle j'ai commencé à tenir ces dégustations était que je suspectais que nos meilleurs vins étaient sous-évalués au niveau des scores simplement parce qu'ils étaient du Chili. C'est pourquoi j'ai voulu une « justice aveugle ». Mon but avec ces dégustations n'est pas de prouver que nos vins sont meilleurs que d'autres. Le but est de prouver qu'ils sont de classe mondiale"

Prouver la classe mondiale des meilleurs vins chiliens inclut aussi de démontrer leur potentiel de garde. Une chose que les dernières dégustations organisée par M. Chadwick ont bien démontré. Il est aussi intéressant dans le texte de Richards de comparer ses propres choix avec ceux du groupe d'une cinquantaine de dégustateurs, incluant des acheteurs britanniques et un bon nombre de représentants chinois. Le groupe a préféré des vins plus jeunes, Sena 2008, Sena 2010, alors que Richards, un « Master of Wine » a préféré un vin plus âgé, le Sena, 1997, classé huitième sur 10 par le groupe. Lors d'une autre dégustation avec douze « Masters of Wine » tenue en octobre 2011 à Santiago, le même Sena, 1997, avait terminé premier et le 1995 deuxième. J'ai trouvé cette différence intéressante car elle concorde avec mon expérience de dégustation avec des passionnés et connaisseurs. J'ai toujours remarqué qu'à l'aveugle le connaisseur aura tendance à choisir les vins de profils plus évolués par rapport aux vins à la jeunesse évidente. Parfois je me demande si ce choix est vraiment une question de goût ou bien si c'est pour se conformer à l'idée de ce que devrait être un vrai connaisseur. Il faut aussi noter que l'âge atténue les caractéristiques d'origine des vins. Ce qui fait que les vins chiliens âgés ont toujours beaucoup plus de succès à l'aveugle au près des connaisseurs, car l'origine est plus difficilement détectable. La justice aveugle réclamée par M. Chadwick est ainsi plus facilement rendue.

Toute la démarche d'Edurado Chadwick est une quête de reconnaissance. On pourrait aussi dire que c'est une quête de justice, mais je pense que l'homme est trop lucide pour croire que le monde du produit de luxe auquel il s'attaque a quelque chose à voir avec ce grand principe. Les prix demandés par Chadwick pour ses vins sont parmi les plus élevés du Chili, preuve qu'il a compris le mécanisme de l'effet Veblen. Toutefois, il faut mettre les choses en contexte. Ces prix élevés, dans le contexte chilien, demeurent très bas face aux vins prestigieux consacrés. Toutefois, la quête de prestige associée aux prix élevés font des vins de Chadwick de mauvais achats dans le contexte chilien, pour qui s'intéresse strictement au vin et n'est pas à la recherche d'un produit de luxe. De la même façon que les premiers grand crus de Bordeaux sont de mauvais achats sur une stricte base de rapport qualité/prix. Je demeure admiratif de la démarche d'Eduardo Chadwick car elle comporte une bonne dose de courage et de persévérance. Je pense aussi que pour un pays vinicole en déficit de prestige comme le Chili, cette démarche est nécessaire. Dans le monde du vin, le respect s'acquière avec la qualité, bien sûr, mais aussi avec le prix affiché sur la bouteille sur une longue période. Mettre un prix élevé sur une bouteille est une chose, mais arriver à vendre ce vin année après année en est une autre. C'est un pari entrepris il y a plus de dix ans par Chadwick et qu'il est en train de gagner. Cette victoire est bien sûr symbolique, mais il ne faut pas sous-estimer la valeur des symboles. De plus, au-delà des symboles et du prestige, pour qui n'est préoccupé que par le vin, le Chili est clairement un producteur de classe mondiale. Il continue d'offrir de formidables vins, de styles de plus en plus variés, à des prix défiant toute compétition. Le Nouveau-Monde dans le meilleur sens du terme.

Lien vers un portrait d'Eduardo Chadwick et de sa stratégie pour son groupe et pour l'ensemble du Chili vinicole

jeudi 7 juin 2012

SAUVIGNON BLANC, CIPRESES VINEYARD, 2007, LO ABARCA, SAN ANTONIO, CASA MARIN


 


La cuvée Ciprese Vineyard, 2005, fut un de mes premiers contacts avec ce que j'appelle le nouveau Chili. Ce vin avait été une révélation pour moi et j'en avais acheté pas moins de 18 bouteilles, dont une douzaine pour en suivre l'évolution et le potentiel de garde. Il m'en reste aujourd'hui huit. C'est donc un vin dont j'ai suivi l'évolution de près. Il tient encore très bien la route et a évolué de belle façon tout en conservant avec l'âge son caractère baroque. Je n'aurai pas la chance de faire de même avec ce 2007, car je n'avais pu mettre la main que sur deux bouteilles. Celle-ci est la première que j'ouvre. J'ai bien hâte de voir ce que ça donne.

La robe est encore de teinte vert pâle, sans signe apparent d'évolution. Le nez est modéré et étonnant dans son expression. À l'aveugle j'aurais probablement misé sur un vin de Riesling plus que sur un Sauvignon Blanc. On y retrouve des notes légèrement citronnées et miellées, ainsi qu'un très bel aspect floral. Le point le plus surprenant est l'absence de notes végétales vertes typiques de ce cépage et surtout de cette cuvée. Beau nez agréable, mais quand même déroutant pour quelqu'un qui connaît très bien le millésime 2005 et qui s'attendait à retrouver un lien de parenté dans ce 2007. En bouche le vin montre un bel équilibre qui s'appuie sur un aspect citronné plus marqué qu'au niveau olfactif. L'acidité est bien présente, mais le temps semble en avoir un peu émoussé le tranchant, ce qui donne un vin plus facile à boire par lui-même. En milieu de bouche le vin est intense et bien concentré. Il affirme bien sa présence et l'aspect floral se marie bien au fruit pour donner une agréable sensation gustative. La finale montre un beau mariage des saveurs, avec une certaine rondeur et une allonge de haut calibre.

Pour parler un langage de chimiste, je dirais que cette cuvée est passée du mode pyrazinique en 2005 au mode terpénique en 2007. J'ai dégusté ce vin en relative jeunesse lors d'une dégustation thématique sur le Chili il y a deux ans et il m'avait alors semblé plus près du profil standard pour un Sauvignon Blanc de climat frais. Deux jours après la dégustation du 2007 j'ai ouvert une bouteille de 2005 pour comparer. Le contraste était frappant. Je sais qu'il y a deux ans de différence entre les deux vins, mais la robe du 2005 était beaucoup plus foncée. Il faut dire que le 2005 est embouteillé sous liège, alors que le 2007 est sous capsule à vis. Je ne sais pas si cette différence explique en partie le profil atypique du 2007. Je complète la rédaction de ce texte en terminant la bouteille de 2005, et je dois avouer que je suis un peu triste. Ce n'est pas que je préfère le 2005 au 2007 en terme de qualité, à ce niveau ils sont comparables, mais le 2005 est un vin tellement original que ça m'attriste de penser que ce style a été abandonné. C'est comme boire une espèce en voie de disparition. Bien sûr, on pourrait penser que cette différence n'est due qu'à une question de millésime, mais selon ce récent texte de Petrer Richards à propos de Casa Marin, un changement stylistique a été opéré à partir de 2007. Maria Luz Marin attribue ce changement à l'âge des vignes, mais je ne suis pas totalement convaincu par cette explication. Le changement est trop marqué pour s'expliquer par cet unique facteur. Je pense qu'il s'agit surtout d'une décision commerciale. En un sens cette décision de changer le style de ce vin est un peu compréhensible car le style sauvage du 2005 était loin de faire l'unanimité. On se souvient que la SAQ avait retiré ce vin de la vente, alléguant que celui-ci était défectueux, avant de changer d'idée plus tard, non sans avoir créer un froid durable avec le producteur. Ce fut d'ailleurs la première et dernière apparition des vins de Casa Marin sur les tablettes de la SAQ. C'est bien dommage. Malgré cela, j'avais réussi à me procurer deux bouteilles de ce 2007 et il est clair que si la qualité est toujours au rendez-vous, le style est plus rassembleur, même si moins original. Casa Marin est un producteur qui continue de m' intéresser et dont je vais continuer de rechercher les vins, en espérant les revoir un jour à la SAQ. La SAQ offre de plus en plus de vins chiliens intéressants, des vins venant de certains des meilleurs producteurs du pays. Ceci dit, il y encore bien des absences regrettables et Casa Marin est assurément une de celles-ci.


dimanche 3 juin 2012

ALBIS, 2005, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE


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La famille chilienne Matte a acquis les terres qui forment le vignoble de Haras de Pirque en 1991 et les premières vignes y furent plantées en 1992 et 1993. Pirque est la région de l'Alto Maipo située à la plus haute altitude. Les raisins ayant servis à l'élaboration de ce vin proviennent de parcelles situées à flancs de montagne. C'est un assemblage composé de 80% de Cabernet Sauvignon, le cépage emblématique de la région, et de 20% de Carménère, le cépage oublié de Bordeaux qui est maintenant devenu une spécialité chilienne et qui convient bien aux assemblages. Le vin a été fermenté en petits lots dans des cuves de chêne français Taransaud. Il a ensuite été élevé pendant 18 mois en barriques de chêne français neuves. Il titre à 14.8% d'alcool. Cette cuvée a été crée en 2002 pour marquer l'association de la famille Matte avec la réputée famille italienne Antinori. L'oenologue d'Antinori, Renzo Cotarella, collabore à l'élaboration de ce vin avec sa collègue chilienne Cecilia Guzman.

La robe est sombre. Le nez est très typique des bons vins de Cabernet de l'Alto Maipo, avec des arômes de cassis, de cerise, de menthol, d'herbes aromatiques, de bois de cèdre, de terre, d'épices douces et de chocolat noir. Superbe, riche et profond, bien ouvert et toujours dans sa phase de jeunesse. Le ravissement se poursuit en bouche où le vin se montre équilibré sur le mode dense et concentré, avec beaucoup d'intensité aromatique. Le profil complexe de saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez. Le fruité domine, mais les aspects mineurs contribuent à créer ce mélange unique qui caractérisent les bons rouges de cette région trop peu reconnue. Le milieu de bouche persiste dans la veine dense et concentrée, avec du sérieux et une belle présence. La finesse des tanins est digne de la grande classe qu'affiche ce vin, alors que la finale est harmonieuse et d'une très grande longueur.

Je déteste les comparaisons où on utilise des exemples classiques pour dire ce qu'un vin n'est pas. Ce superbe Albis n'est pas un bordeaux. Non. Mais il y a un air de parenté indéniable quelque part dans ce vin. Le croisement des cépages bordelais (même délaissé) avec un grand terroir étranger donne ici une sorte de bordeaux exotique de grand calibre. Un vin qui à la fois fait dire c'est ça et c'est pas ça! Comme un enfant issu d'un même père, mais d'une mère différente. Ici la mère, la terre nourricière, c'est l'Alto Maipo. Même que plus précisément c'est Pirque car même au Chili on commence à définir des terroirs plus limités, là où l'expérience le justifie. Ne me demandez pas pourquoi, mais certains comparent Pirque et son voisin Puente Alto à Pauillac. C'est bien sûr une analogie, car les deux endroits on peu en commun, sinon de faire des merveilles distinctes avec le Cabernet Sauvignon. Cette cuvée Albis en est un exemple probant. C'est un vin encore bien jeune, mais qui a de la classe. C'est aussi un vin élaboré dans la mentalité classique du grand vin, avec le surplus de concentration et de longueur généralement associé à ce concept aristocratique où généralement plus égale mieux. Je ne partage pas entièrement cette conception, mais quand le vin est bon, quand l'équilibre est présent, inutile de s’embarrasser avec des idées. Le vin suffit pour couper court au superflu et nous ramène immanquablement vers l'essentiel. Le plaisir que procure le liquide présent dans le verre. J'ai acheté ce vin car j'avais déjà bien apprécier la version 2003, et qu'il est bon de fréquenter, de temps en temps, certains des vins les plus ambitieux d'un pays ou d'une région. Ça donne de la perspective. La beauté avec cet Albis, 2005, c'est qu'il est offert à un prix stable et somme toute raisonnable (50$). Compte tenu qu'il a déjà un peu d'âge et qu'il est facile de l'obtenir à 10% de rabais à la SAQ, pour les 45$ payés, je considère que c'est un superbe achat. Ceci dit, ce vin est encore en phase de jeunesse et il lui faudra au minimum cinq autres années en bouteille pour commencer à montrer des signes d'évolution. Dans dix à quinze ans il aura perdu son côté exotique et pourra se comparer directement avec des bordeaux beaucoup plus chers. Un vin qui vous donne le choix entre l'exotisme et le classicisme en autant que vous ayez la patience requise.