Après la lecture des forums de vins québécois aujourd'hui, j'ai vu qu'on s'interrogeait sur l'efficacité des sous noirs pour éliminer des arômes dits de réduction dans certains vins. D'abord il faut des sous noirs un peu rouillés, car c'est le cuivre sous une de ses formes oxydées qui peut agir. Selon mon expérience, ça fonctionne. Il y a un problème toutefois, si le vin traité contient des molécules aromatiques qui peuvent être désactivées par l'oxydation, la cure pour le défaut peut tuer le reste du vin. Selon mon expérience, c'est le cas des vins de Sauvignon Blanc qui expriment des arômes modulés par des molécules thiolées (soufrées). Deux ou trois sous noirs rouillés et désinfectés au préalable à l'alcool à fricton (isopropanol), placés dans un verre de SB pendant 15 à 30 minutes, et un verre sans sous noirs et on peut facilement noter la différence. Le SB très expressif le sera beaucoup moins au niveau des arômes comme le pamplemousse, le buis, les fruits de la passion, le cassis et le bourgeon de cassis. Ça marche aussi pour des rouges comme les jeunes Cabs chiliens très portés sur le cassis, voire pour certains le plant de tomate.
Donc, la cure pour vins dits réduits peut parfois tuer le patient. À noter que le cuivre oxydé ne peut rien contre les disulfures. Finalement, il faut que le problème perçu soit vraiment dû à des sulfures ou des thiols. Si le problème vient de déviations bactériologiques et levuriennes comme les Brettanomyces, le cuivre oxydé n'aura pas d'effet sur ces arômes souvent confondus avec ce qu'on appelle de la réduction, mais qui pour moi est plutôt de la sous-oxydation.
jeudi 29 août 2013
lundi 19 août 2013
CARMENÈRE, GRAN RESERVA, 2008, LOS LINGUES, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA
Quoi de mieux qu'une rare journée de congé et une bouteille de bon vin pour redonner un peu de vie à ce blogue qui arborait de plus en plus des airs de moribond. Casa Silva est un cas exemplaire pour illustrer le virage terroir pris non seulement par de nouveaux producteurs, mais aussi par des producteurs traditionnels qui étaient il n'y a pas si longtemps encarcanés dans de vieilles et faciles façons de faire. Avant, chez Casa Silva, tous les cépages étaient plantés dans la vallée Colchagua. Depuis ils ont développé le premier vignoble dans la partie côtière de Colchagua, d'où ils produisent des vins de Sauvignon Blanc et de Pinot Noir sous le nom de "Cool Coast". Ils ont aussi un vignoble expérimental dans un micro-climat près des rives du Lac Ranco dans la Patagonie chilienne. Des mousseux pourraient être produits à partir des raisins produits dans cette zone extrême. Le virage terroir chez Casa Silva ne s'est pas traduit seulement par une diversification territoriale. On a aussi entrepris de comprendre le lien entre les cépages et les différents terroirs qui existent dans la vallée de Colchagua. À ce titre, le Carmenère est le cépage sur lequel le plus de travail a été fait. On a d'abord étudié les vignobles existants pour déceler les parcelles les plus qualitatives et comprendre pourquoi elles le sont. Cela a mené à la notion de micro-terroir qui a donné son nom au vin haut de gamme de la maison issu de ce cépage. La meilleure compréhension du terroir idéal pour le Carmenère a guidé le choix de sites pour de nouvelles plantations, et maintenant on s'attarde à l'étude des différents clones du cépage pour encore affiner le mariage entre le Carmenère et les terroirs où on le plante. Ce vin provient de la sous-région de Los Lingues, située à l'extrémité est de la vallée de Colchagua, au pied des Andes.
La robe est sombre et opaque. Le nez est très beau et typique des bons vins de ce cépage déployant un heureux mélange d'arômes fruités, épicés et végétaux, incluant la cerise, la mûre, les poivrons rouges et verts, le menthol, la terre noire, le café, le chocolat noir et la vanille. Ce nez est très complexe et varié en terme de types d'arômes. Il est difficile à décrire pleinement, mais l'impression générale en est une de fraîcheur et de plaisir. Ce plaisir se transmet en bouche où le vin apparaît sous un jour charmeur, alliant intensité des saveurs et une certaine impression de légèreté, aidé en cela par l'imparable fraîcheur aromatique de l'ensemble. La complexité aromatique perçue au nez se reflète bien en bouche et le mariage de ces différentes saveurs est très réussi. Le fruit côtoie la fraîcheur mentholée, le végé pyrazinique contrôlé, le vanillé doucement épicé et le choco/moka finement torréfié. Le milieu de bouche permet de jauger un niveau élevé de concentration sur un volume contenu et une trame tannique veloutée. La finale condense l'essence du vin et montre une très longue persistance aromatique.
Avec la cuvée "Single Vineyard" de Errazuriz, ce Gran Reserva de Casa Silva est probablement le meilleur vin de Carmenère de prix abordable (19$) qu'il m'ait donné de déguster. Je dirais même qu'en terme de concentration et de longueur en bouche il n'est pas loin derrière les cuvées de luxe que j'ai déjà pu goûter (Purple Angel, Kai, Puhen, Casa Silva Micro-terroir). C'est donc un vin qui offre une belle matière généreuse, ainsi que de très belles qualités aromatiques. C'est aussi un vin qui goûte le Carmenère, avec un côté végétal bien maîtrisé et un caractère épicé très attrayant. La SAQ offre le Carmenère, Reserva, 2010, de Casa Silva. J'ai ouvert une bouteille de la version 2008 de ce vin le printemps dernier et j'avais beaucoup aimé. C'est un vin qui ressemble au Gran Reserva au niveau aromatique, mais en version moins concentrée, ce que je préfère parfois car c'est plus facile à boire. Casa Silva est donc un producteur de choix pour profiter du Carmenère sous son meilleur jour.
jeudi 6 juin 2013
CHARDONNAY, 2011, STELLENBOSCH, RUSTENBERG WINES
Ce vin est un assemblage de raisins
provenant de différents vignobles de la région de Stellenbosch.
Les vignes ont entre 10 et 26 ans d'âge, et dépendant du site,
elles sont séparées de l'océan de 8 à 26 km. Le vin est fermenté
en barriques par les levures indigènes et élevé pendant un an dans
ces mêmes barriques de chêne français pendant un an (40% neuves et
60% second usage). Le vin titre à 14% d'alcool, pour un pH
relativement élevé, pour un vin blanc, de 3.45 et 3 g/L de sucres
résiduels.
La robe montre une teinte légèrement
dorée. Le nez est très Chardo avec des arômes citronnés de pêche,
de beurre, de noisette et de caramel, complétés par un léger trait
fumé. La bouche poursuit en droite ligne, reflétant au niveau des
saveurs ce qui était perçu au nez. Toutefois, l'aspect gustatif est
plus riche et intense que le côté olfactif. C'est donc un vin bien
équilibré, avec une belle matière, de la présence et un bon
volume. Il possède ce côté légèrement onctueux des bons vins de
ce cépage de climat plus modérés, élevés en barriques. La finale
est harmonieuse, ronde, avec une bonne persistance des saveurs.
Je ne bois pas assez de vins
sud-africains pour dire que je connais bien les vins de ce pays, mais
dans l'expérience restreinte que j'en ai, il me semble que les vins
de Chardonnay sont ceux qui touchent la cible avec le plus de
régularité. J'ai déjà goûté le cuvée de Chardonnay haut de
gamme, « Five Soldiers », de ce producteur. Un vin que
j'avais beaucoup apprécié. Je dois dire que cette cuvée moins
chère, mais que le producteur présente comme son vaisseau amiral en
blanc, est un vin que j'ai aussi bien apprécié. Il offre tout ce
qu'on peut espérer d'un vin de Chardonnay de ce prix (25$). Il offre
une version classique du cépage, avec une certaine élégance et de
la modération dans le style. Ce n'est bien sûr pas le vin le plus
concentré ou le plus opulent, mais il ne manque de rien et possède
tout ce qu'il faut de présence pour offrir une expérience de niveau
supérieur.
vendredi 24 mai 2013
La phobie des sulfites affectent maintenant le potentiel de garde des vins rouges
Désolé pour ceux qui ont visité ce blogue en vain au cours du dernier mois. J'avais des choses plus vitales à faire qu'écrire sur le vin. Toutefois, je suis tombé sur un article de Decanter, par le biais de FDV, qui révèle que certains vins rouges commenceraient eux aussi à montrer des signes d'oxydation prématurée. Comme l'explique bien Denis Dubourdieu, la recherche de maturité qui mène à des vendanges plus tardives est un problème. Plus la maturité du raisin est grande, plus son acidité naturelle est faible. Si vous alliez à cela une idéologie non interventionniste, vous ouvrez la porte aux problèmes d'oxydation hâtive car les non interventionnistes sont réticents à acidifier, et à sulfiter. Un vin peu acide demande plus de sulfitage pour que celui-ci soit efficace. À l'inverse, si on veut moins sulfiter, il faudrait acidifier pour rendre les sulfites plus efficaces. Si on récolte des raisins très matures en refusant ou en minimisant l'acidification et le sulfitage, on obtiendra un vin plus vulnérable à l'action de l'oxygène. Comme on le dit dans l'article, l'usage du bois neuf va aussi dans ce sens, car le bois neuf permet une micro-oxygénation du vin en cours d'élevage. Pour un vin qui montre une faible résistance à l'oxygène, ce n'est pas une bonne idée.
Si vous êtes un fervent de la tendance minimaliste et dite "naturelle" dans l'élaboration du vin, et qu'en même temps vous êtes amateur de vins bien évolués. Vous risquez d'avoir des problèmes et des mauvaises surprises dans quelques années, et je n'aborde même pas l'aspect de l'instabilité microbiologique qui peut s'ajouter aux problèmes d'oxydation. Tim Atkin, un chroniqueur vin britannique bien connu a déjà soulevé un tollé au Chili en comparant les vins de ce pays aux automobiles de marque Volvo. Il voulait dire par là que les vins de ce pays étaient de bonne qualité, fiables et sans surprises. C'était une image, bien sûr, mais plus j'évolue dans le monde du vin plus je m'aperçois qu'elle était bonne, et que ça explique en partie mon intérêt pour les vins chiliens. Les vins du Chili sont généralement des vins très stables et suffisamment sulfités. Cela explique en partie, selon moi, le très bon potentiel de garde des vins de ce pays. Pas de déviations microbiologiques, pas d'oxydation prématurée, et cela n'empêche pas ces vins, au contraire, de refléter avec éclat, en jeunesse, le terroir d'où ils proviennent, et d'évoluer admirablement avec le temps. Je le répète, même si c'est une simplification, mais si vous avez peur des sulfites et aimez les vins de garde, vous avez un problème.
Si vous êtes un fervent de la tendance minimaliste et dite "naturelle" dans l'élaboration du vin, et qu'en même temps vous êtes amateur de vins bien évolués. Vous risquez d'avoir des problèmes et des mauvaises surprises dans quelques années, et je n'aborde même pas l'aspect de l'instabilité microbiologique qui peut s'ajouter aux problèmes d'oxydation. Tim Atkin, un chroniqueur vin britannique bien connu a déjà soulevé un tollé au Chili en comparant les vins de ce pays aux automobiles de marque Volvo. Il voulait dire par là que les vins de ce pays étaient de bonne qualité, fiables et sans surprises. C'était une image, bien sûr, mais plus j'évolue dans le monde du vin plus je m'aperçois qu'elle était bonne, et que ça explique en partie mon intérêt pour les vins chiliens. Les vins du Chili sont généralement des vins très stables et suffisamment sulfités. Cela explique en partie, selon moi, le très bon potentiel de garde des vins de ce pays. Pas de déviations microbiologiques, pas d'oxydation prématurée, et cela n'empêche pas ces vins, au contraire, de refléter avec éclat, en jeunesse, le terroir d'où ils proviennent, et d'évoluer admirablement avec le temps. Je le répète, même si c'est une simplification, mais si vous avez peur des sulfites et aimez les vins de garde, vous avez un problème.
dimanche 21 avril 2013
CABERNET SAUVIGNON, INTRIGA, 2010, MAIPO, MONTGRAS PROPERTIES
Montgras Properties est un groupe
comprenant les marques Montgras, Ninquén, Amaral et Intriga. Chaque
marque est associée à un terroir particulier. Pour Montgras c'est
la vallée de Colchagua, dans le cas de Ninquén, c'est un lieu
précis dans Colchagua, soit la montagne Ninquén avec un plateau au
sommet de celle-ci. Pour Amaral il s'agit de la fraîche région
côtière de Leyda, alors que dans le cas de Intriga, il s'agit d'un
seul vin, composé d'un cépage unique, le Cabernet Sauvignon, issu
du meilleur terroir pour celui-ci, la vallée de Maipo. Dans ce
cas-ci, ce n'est pas l'Alto Maipo, mais plutôt de la partie médiane
de la vallée, au sud-ouest de celle-ci près de la ville de Paine.
Les vignes produisant les raisins pour ce vin ont entre 10 et 50 ans
d'âge et certaines sont conduites en pergola et d'autres en Lyre. La
vendange est manuelle et tardive pour la région et le millésime (7
au 17 mai). À titre d'exemple, Vinedo Chadwick, qui est situé à
Puente Alto dans l'Alto Maipo, a commencé à cueillir le 23 avril en
2010. La fermentation utilise les levures indigènes. L'élevage en
barrique de chêne français dure 24 mois avec un tiers de premier
usage et le reste de second usage. Le vin titre à 14.5% d'alcool
pour un pH de 3.59 et est bien sec avec 2.68 g/L de sucres résiduels.
Le producteur évoque un potentiel de garde de 15 ans pour ce vin.
La robe est ténébreuse et
impénétrable. Le nez révèle l'identité de ce vin. C'est du beau
Cab chilien, mais on perçoit une différence par rapport au profil
que donne généralement ce cépage dans l'Alto Maipo. Le cassis et
le menthol qui dominent habituellement les Cabs de l'Alto Maipo sont
présents ici, mais en mode mineur. La palette fruitée est plutôt
marquée par de beaux arômes de cerise, mâtinés de notes de bois
de cèdre, de terre humide et de sous-bois, le tout complété par un
très léger aspect boisé rappelant les épices douces. Superbe nez
de très jeune Cab, complexe et exhalant des arômes de grande
qualité. La bouche est un ravissement pour un amateur de Cabernet
comme moi. L'attaque est de velours et révèle un vin à la matière
dense et raffinée. Les saveurs sont intenses et de haute qualité.
Le fruité est balancé par une juste dose d'amertume qui donne un
cachet sérieux à l'ensemble. En milieu de bouche le vin s'exprime
avec justesse, sans lourdeur, mais avec toute la concentration
nécessaire à un vin de niveau supérieur. Les tanins sont soyeux ce
qui ajoute à l'impression de raffinement qui se dégage de ce
nectar. La finale est harmonieuse et très longue avec un sursaut
dans l'intensité des saveurs. Des notes de chocolat noir et de
caramel encadrent le fruit lors du déclin des saveurs.
Depuis le temps que je m'intéresse aux vins du Chili, je suis devenu plus difficile à impressionner et je
m'emporte moins dans mes commentaires. Je connais le RQP généralement
favorable des vins de ce pays, et je tente de les juger dans leur
contexte. Toutefois, il m'arrive encore de tomber sur des vins
spéciaux qui se démarquent d'une manière ou d'une autre. Ces vins
arrivent encore à me surprendre et c'est le cas de cet Intriga. Quel
vin! Et lorsque je pense à son prix je suis totalement renversé.
Qu'un vin de ce haut niveau qualitatif puisse être acheté pour
seulement 20$ la bouteille est absolument renversant. Ce vin n'a rien
à envier à des vins vendus beaucoup plus chers, peu importe le
pays. On a affaire ici à un vin de niveau Grand Cru. Bien sûr cette
terminologie n'existe pas au Chili, mais si c'était le cas, ce vin
pourrait être là sans rougir d'aucune comparaison par rapport à
des vins semblables aux prix hypertrophiés. Il n'aurait pas à rougir
non plus, au strict plan qualitatif, face à de la compétition
étrangère de haut niveau. Qu'il s'agisse de Bordeaux ou de Napa. Ce
vin n'est rien de moins qu'un Cab de classe mondiale qui montre un
énorme potentiel de garde. C'est absolument incroyable qu'il soit
possible de l'acheter ici au Québec à un prix aussi dérisoire. Je
reproche parfois à certains producteurs chiliens de mettre la
charrue avant les bœufs au niveau du prix en jouant sur l'effet
Veblen. C'est tout le contraire dans le cas de ce vin, mais j'ai peur
qu'un effet anti-Veblen joue contre lui. J'ai peur que plusieurs ne
le prennent pas au sérieux à cause de son prix. Ce serait dommage,
car avec sa politique de prix, c'est comme si le producteur avait
décidé de faire découvrir son vin par le plus grand nombre. De
grâce, si vous achetez ce vin, tentez de le juger de la façon la
plus neutre. En ce qui me concerne, ce vin m'a tellement convaincu
que j'ai décidé de profiter de la promo du week-end pour en acheter
six bouteilles dans une belle caisse en bois digne de son niveau
qualitatif. 120$ pour six bouteilles d'un vin aussi bon que certains
vendus le même prix pour une seule bouteille. Avec cet Intriga et
le Ninquén, Montgras Properties offre deux vins de garde chiliens de
grande classe à des prix simplement incroyables. Dans un monde où
l'inflation est la norme, je pense que ça mérite d'être souligné
et encouragé.
mardi 9 avril 2013
CABERNET SAUVIGNON, 2010, ALTO CACHAPOAL, CLOS DES FOUS
Quand pour la première fois j'ai entendu parler du projet Clos des Fous, je me suis dit que c'était un nom qui cadrait bien avec la perception que certaines personnes peuvent avoir de moi et de mon obsession pour les vin du Chili : "Claude est fou"! Plus sérieusement, si vous voulez mieux connaître la démarche, je vous invite à lire ce court texte de Pedro Parra, l'expert chilien de la notion de terroir, formé en France. Sinon, on pourrait résumer la philosophie du Clos des Fous en disant que le focus est mis sur les zones périphériques du vignoble chilien, avec comme idée que les meilleurs vins sont issus des terroirs limites pour la culture d'un cépage donné. Donc, dans le projet du Clos des Fous, il y a l'idée d'une recherche de fraîcheur. Fraîcheur dans le climat pour un cépage donné qui se transposera dans le vin qui en sera issu. En ce sens, l'Alto Cachapoal est un climat frais pour la culture du Cabernet Sauvignon. Le Clos des Fous c'est aussi François Massoc, un français éduqué en Bourgogne, homme à tout faire de la vigne, qui en plus du Clos des Fous est impliqué dans plusieurs projets novateurs au Chili (Aristos, Calyptra). Pour ce qui est de ce vin, il y a peu d'informations disponibles à son sujet, sinon qu'il provient d'un vignoble unique appelé "Cabeza de loco" (tête folle en français), situé dans les hauteurs de la vallée de Cachapoal, qu'il est élaboré en cuve inox avec élevage sure lies de neuf mois. Le vin titre à 13.5% d'alcool, ce qui est rare aujourd'hui au Chili pour un vin de Cabernet, mais il y a un mouvement qui est amorcé pour abaisser les taux d'alcool. C'est à mon avis une bien bonne chose.
La robe est sombre avec des reflets
violacés. Le nez est frais et exhale des arômes de petits fruits
rouges, avec quand même une touche du proverbial cassis chilien. Le
tout est complété par un peu de menthol, une touche de terre noire
et un léger aspect évoquant le sous bois. Nez bien agréable avec
le fruit qui mène la marche. Cela se transpose en bouche où le
fruité pur et intense domine l'action. Le vin montre une belle
fraîcheur grâce à une acidité bien marquée qui contribue aussi à
la fermeté de l'ensemble. Le milieu de bouche poursuit dans la même
veine, avec un fruité intense et tendu imbriqué dans une matière
compacte et sans lourdeur. Les tanins montrent une légère
granulation qui apporte une texture agréable. Cela sied bien au style
de ce vin qui coule sans effort. La finale garde le cap sur
l'intensité fruitée avec une bonne persistance des saveurs.
J'ai bien aimé ce vin pour ce qu'il
est, c'est-à-dire une interprétation originale du Cabernet
Sauvignon chilien. L'aspect non boisé de ce nectar est bien entendu
une de ses caractéristiques principales, l'autre étant son haut
niveau d'acidité. Ce vin pourrait être résumé en disant c'est le
plus proche qu'un vin de Cabernet peut se rapprocher d'un Beaujolais,
le tout avec la touche particulière du terroir chilien. Je dis donc
bravo pour l'originalité dans la qualité, mais je pense qu'il faut
savoir de quelle qualité on parle. Je ne pense pas que ce vin soit
un vin de garde. Je pense plutôt que c'est un superbe vin de soif
fait pour être bu jeune. Ceux qui pensent que ça va vieillir comme
un bon Cab Reserva chilien élevé en barriques de chêne risquent
d'être déçus. Ce vin me fait penser au Merlot, 2007, de Loma
Larga, un autre rouge non boisé issu d'un cépage bordelais. J'avais
bien aimé ce vin en jeunesse, mais une bouteille ouverte le mois
passé m'a convaincu d'ouvrir celles que j'ai encore au cellier dans
la prochaine année. Le vin était encore bon, mais sans la cohésion
de sa prime jeunesse. L'aspect boisé dans le rouge de garde m'est
toujours apparu comme un élément intégrateur, un élément qui
permettait de lier les différents aspects d'un vin pour que le tout
se fonde avec le temps dans l'harmonie. Ceci dit, comme 99.9% des
vins de moins 20$ sont bus très rapidement après l'achat, ce Clos
des Fous atteint parfaitement la cible. C'est une façon de boire un
vin de Cabernet Sauvignon, sans l'artifice que peut représenter le
boisé en jeunesse. En ce sens c'est très intéressant car ça
ramène à l'essence du cépage et du terroir. Aussi, de manière un
peu paradoxale, par effet de soustraction, l'absence du boisé aide à
mieux en saisir la nature dans les vins de Cabernet chilien en
général. Finalement, ce vin est une autre preuve qu'il est
maintenant ridicule de réduire les rouges du Chili à un stéréotype.
samedi 6 avril 2013
CABERNET SAUVIGNON, 2010, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA
Après mon texte précédant sur Neil Martin et sa vision alambiquée du Chili. J'ai eu le goût de déguster un vin qu'il avait bien noté par rapport à ses pairs et par rapport à des vins plus réputés et beaucoup plus chers pour voir si ce vin se démarquait. Pour voir si il justifiait une note exemplaire de 90. Ce Cabernet de Arboleda est un vin que j'apprécie depuis plusieurs millésimes dont j'ai de nombreux exemplaires en cave. C'est à mon avis un bel exemple de Cab chilen de type Reserva, vendu autour de 20$ la bouteille. Sur ce blogue j'ai déjà commenté le millésime 2008 de ce vin. Dans le cas de ce 2010, il s'agit d'un assemblage comprenant 7% de Cabernet Franc et 3% de Petit Verdot. Il titre à 14% d'alcool, pour un pH de 3.61 et est bien sec avec 2.70 g/L de sucres résiduels.
La robe est sombre et opaque. Le nez est beau et typique, avec des arômes de cassis frais et de cerise, amalgamés à des notes de bois de cèdre, de menthol, de vanille, de terre noire, de poivron vert et de chocolat noir. Belle expression chilienne du Cabernet Sauvignon en prime jeunesse, avec un apport boisé bien dosé. En bouche, on retrouve un vin modelé sur la tradition des rouges chiliens de type Reserva. Il offre de belles proportions, une bonne matière, de la concentration, mais en évitant la lourdeur et l'excès. Il montre aussi une belle finesse tannique qui contribue à le rendre facile à boire. La finale est harmonieuse et intense, avec une longueur de très bon calibre.
Que dire de plus à propos de ce vin
sinon qu'il est bel et bien exemplaire. C'est un vin qui pour moi représente
l'essence du Cab chilien de type Reserva. C'est à dire un Cabernet
de milieu de gamme, de prix abordable, influencé par l'élevage en
barriques de chêne, mais dans lequel on ne pousse pas les choses
dans le but d'impressionner. Le résultat c'est un vin qui révèle
très bien le terroir d'où il est issu et qui est facile à boire en
jeunesse, tout en ayant un fort potentiel de garde et d'évolution en
bouteille. Un vin mesuré qui n'a pas besoin d'artifices pour être
agréable et intéressant. La SAQ demande 19.95$ pour une bouteille
de ce vin, mais comme tous les vins chiliens, il peut facilement être
acheté en promotion à 17.95$. J'ai souvent pu acheter ce vin en
double promotion pour environ 16$ la bouteille. Peu importe, même au
prix régulier, c'est un achat très avisé. Un vin que je n'aurais
pas peur de mettre dans un alignement de bordeaux vendus au moins
deux fois son prix, maintenant ou dans dix ans. Aujourd'hui ce qui le
distingue transparaîtrait, alors que dans dix ans ce qui ressemble
confondrait.
Cela dit, je ne comprends toujours pas ce qui justifie la note de 90 obtenue par ce vin par rapport à d'autres vins tout aussi bons, sinon meilleurs qui ont été notés bien plus bas. Comment ce vin peut valoir un 90 et le Cabernet Sauvignon, Marques de Casa Concha, 2010, valoir 82 points? Ça dépasse mon entendement. Les exemples de comparaisons qui ne tiennent pas la route sont tellement nombreux que ça ne sert à rien d'en faire la liste. Mon but n'est pas de dire que ce vin ne mérite pas une note de 90. Je ne vois juste pas la cohérence avec plein d'autres vins tout aussi bons et moins bien notés. Il y a aussi des vins plus concentrés et plus longs qui ont besoin de temps en bouteille et qui sont plus mal notés. Il donc difficile de comprendre les critères objectifs derrières les notes. Si c'est juste une question de goût personnel, ou d'impression du moment dans une dégustation marathon, alors ce système est encore plus ridicule. Tout cela pour dire que le 90 donné à ce vin ne vient rien dire car il n'est pas fixé dans un cadre cohérent et qu'à mon avis cette cohérence est inatteignable par les seuls sens de l'odorat et du goût. Dans le cadre européen les notes semblent parfois moins aléatoires car il existe une forte hiérarchisation et que beaucoup de critiques donnent des notes. Toutefois, dans un pays méconnu comme le Chili, un dégustateur étranger qui débarque expose encore plus l'invalidité du système car il a peu de repères. Je pense que c'est ce que Neil Martin a démontré avec sa monstrueuse séries de notes. Je lisais un article dernièrement où même Parker, le concepteur de ce système farfelu de notation, ne pouvait s'y retrouver en semi-aveugle sur un terrain qu'il fréquente assidument depuis 40 ans. Alors imaginez ce pauvre Neil Martin qui débarque pour la première fois au Chili en devant donner des notes intensivement à plus de 1000 vins. Une triste farce.
Cela dit, je ne comprends toujours pas ce qui justifie la note de 90 obtenue par ce vin par rapport à d'autres vins tout aussi bons, sinon meilleurs qui ont été notés bien plus bas. Comment ce vin peut valoir un 90 et le Cabernet Sauvignon, Marques de Casa Concha, 2010, valoir 82 points? Ça dépasse mon entendement. Les exemples de comparaisons qui ne tiennent pas la route sont tellement nombreux que ça ne sert à rien d'en faire la liste. Mon but n'est pas de dire que ce vin ne mérite pas une note de 90. Je ne vois juste pas la cohérence avec plein d'autres vins tout aussi bons et moins bien notés. Il y a aussi des vins plus concentrés et plus longs qui ont besoin de temps en bouteille et qui sont plus mal notés. Il donc difficile de comprendre les critères objectifs derrières les notes. Si c'est juste une question de goût personnel, ou d'impression du moment dans une dégustation marathon, alors ce système est encore plus ridicule. Tout cela pour dire que le 90 donné à ce vin ne vient rien dire car il n'est pas fixé dans un cadre cohérent et qu'à mon avis cette cohérence est inatteignable par les seuls sens de l'odorat et du goût. Dans le cadre européen les notes semblent parfois moins aléatoires car il existe une forte hiérarchisation et que beaucoup de critiques donnent des notes. Toutefois, dans un pays méconnu comme le Chili, un dégustateur étranger qui débarque expose encore plus l'invalidité du système car il a peu de repères. Je pense que c'est ce que Neil Martin a démontré avec sa monstrueuse séries de notes. Je lisais un article dernièrement où même Parker, le concepteur de ce système farfelu de notation, ne pouvait s'y retrouver en semi-aveugle sur un terrain qu'il fréquente assidument depuis 40 ans. Alors imaginez ce pauvre Neil Martin qui débarque pour la première fois au Chili en devant donner des notes intensivement à plus de 1000 vins. Une triste farce.
dimanche 24 mars 2013
Frustration chilienne
Le système de notation sur 100 est la
chose la plus ridicule qui existe dans le monde du vin et j'en ai eu
une autre preuve récemment en prenant connaissance des notes octroyées à plus de 700 vins du Chili par Neil Martin, nouvellement
en charge de couvrir ce pays pour un Wine Advocate en mutation. Je
pense assez bien connaître les vins de ce pays, et les notes de M.
Martin sont d'une incohérence totale. Il faut dire que le titre du
rapport de M. Martin est "Chile : Seeking out the X
factor". Cela donne le ton, car ce qu'on appelle le facteur X
est quelque chose de bien subjectif. Toujours est-il que le rapport
de M. Martin a créé une onde de choc dans le milieu vinicole
chilien. N'étant pas abonné au Wine Advocate, je n'ai pas pu lire
en entier le texte de M. Martin, mais un article sur le sujet du site
Planetavino en cite des extraits et rend compte que le rapport de Neil
Martin, au-delà des notes octroyées, est négatif et blâme la
structure de l'industrie chilienne axée selon lui sur les grosses
compagnies et la production de vins pour les masses. Son rapport est
même divisé en deux, une partie pour l' "industrie",
et l'autre portant sur le groupe de petits producteurs MOVI et les
vins d'appellation VIGNO. Avec un tel biais idéologique, il est
facile de comprendre certaines incohérences dans les notes.
D'ailleurs, en passant en revue les notes de M. Martin, il est facile
de détecter que certains plus petits producteurs sont favorisés, de
même que les régions de climat frais au dépend de ce qui vient de
la vallée centrale. Comme si un critique était plus dur avec les
vins du sud de la France et de Bordeaux car le climat y est moins
frais que celui de la Loire, de l'Alsace et de la Bourgogne. La
réalité c'est qu'on y fait des vins différents qui ont leurs
qualités distinctives. C'est ce qui fait la richesse de la France
vinicole, et le Chili tend de plus en plus vers ce type de diversité.
Neil Martin à l'oeuvre lors d'une dégustation qu'on pourrait qualifier d'industrielle. Noter des vins sur 100 est déjà farfelu, mais le faire de façon aussi intensive, à étiquette découverte, avec les vins d'un pays qu'on connaît mal, est carrément ridicule.
L'autre élément qui semble avoir
heurté les chiliens avec ce rapport, c'est que le même Neil Martin
a été plutôt élogieux dans ses rapports récents sur l'Argentine
et l'Afrique du Sud. Deux pays qui sont des concurrents directs du
Chili et qui ont une structure de production similaire, même si ces
pays ne possèdent pas une locomotive de la qualité de Concha y
Toro, une compagnie reconnue par plusieurs pour être la meilleure compagnie vinicole au monde. Une compagnie qui
sait allier volume, qualité et diversité. Bien sûr c'est une
compagnie énorme, surtout si on ajoute toutes ses filiales, mais en
même temps c'est une compagnie qui réussit un tour de force
incomparable dans le monde du vin. Pour un pays totalement axé sur
l'exportation c'est un atout incroyable. Ceci dit, ce qui est encore
plus incroyable, c'est que l'existence d'une telle compagnie soit mis
au passif d'un pays lorsque vient le temps de rendre compte de sa
réalité. Il n'y a que des préjugés idéologiques qui peuvent
guider un tel jugement et c'est d'autant plus surprenant de la part
d'un critique dont l'intérêt principal a toujours été les vins de
Bordeaux. C'est donc bizarre de le voir débarquer au Chili en
prônant que "small is beautiful", en vantant
l'approche naturelle dans l'élaboration du vin, tout en disant que
le Chili devrait se concentrer sur un cépage comme le Carignan,
plutôt que sur le Cabernet Sauvignon.
Il doit être très difficile pour les
producteurs chiliens de voir quelqu'un comme Neil Martin débarquer
pour la première fois dans leur pays, sans connaissance approfondie
des vins qui y sont produits, pétri de préjugés, pour finalement
leur donner une leçon de morale idéologique. En même temps, je
pense que l'influence de Neil Martin est très limitée car de toute façon les abonnés du Wine Advocate ont très peu d'intérêt
pour les vins sans prestige du Chili. N'empêche que les producteurs
chiliens sont très sensibles aux notes et aux médailles, et
j'espère que le rapport de Neil Martin les incitera à y porter moins attention et à faire les
vins qu'ils veulent vraiment. J'espère
qu'ils prendront conscience que le système de notation sur 100 est
un leurre, et qu'ils s'émanciperont du syndrome du colonisé où un
critique étranger peut venir leur dire avec condescendance ce qui devrait être le mieux
pour eux. N'empêche que le Chili, malgré les grandes avancés des quinze dernières années, ne l'a jamais facile et semble
prisonnier de son problème d'image.
dimanche 17 mars 2013
CABERNET SAUVIGNON, ESPINO, GRAN CUVÉE, LAS MAJADAS, 2010, PIRQUE, ALTO MAIPO, VINA WILLIAM FÈVRE
Il y a un peu plus d'un an, j'avais parlé sur ce blogue du Pinot Noir, Gran Cuvée, 2010, du même producteur, et ce en termes peu élogieux. Ce qui est rare dans mon cas, car j'ai rarement l'envie de prendre du temps pour écrire sur un vin que j'ai peu apprécié. J'avais alors parlé de ce Pinot Noir car je trouvais que c'était un beau cas illustrant la facilité qui prévalait souvent dans ce que j'appelle l'Ancien-Chili, où on plantait souvent n'importe quoi, n'importe où. J'avais alors souhaité pouvoir déguster le Cabernet Sauvignon de ce producteur, car ce cépage me semblait mieux adapté au lieu. Dans ce cas-ci, ce Cabernet Sauvignon provient du vignoble Las Majadas, situé dans la région de Pirque (altitude 774m), qui n'est pas le même vignoble que pour le Pinot Noir qui venait du vignoble San Juan (altitude 920m). Néanmoins, la région de Pirque, située juste au sud de la rivière Maipo, au pied des Andes, est une région de l'Alto Maipo reconnue pour être un des meilleurs terroirs à Cabernet Sauvignon du Chili. Donc, dans ce cas-ci, le mariage terroir/cépage n'est pas à remettre en question. Ce vin sera donc une meilleure occasion de juger ce producteur aux hautes visées qualitatives. D'ailleurs, les deux cuvées de luxe de ce producteur seront disponibles à la SAQ dans les mois à venir. Il s'agit de la cuvée Antis (94.25$) et de la cuvée Chacai (autour de 50$). Le Chacai vient du vignoble San Juan que j'évoquais plus tôt et est qualifié par le producteur de Cabernet de montagne.
Donc, cette cuvée Espino est le
Cabernet d'entrée de gamme du producteur. À 27.20$ le plancher est
élevé, surtout pour un Cab chilien. J'ai donc de bonnes attentes.
Le vin, comme beaucoup de Cabs chiliens, est en fait un assemblage
contenant 15% de Cabernet Franc. La vendange est manuelle, avec un
rendement de 2 kg de raisins par plant de vigne (environ 45 hl/ha).
Un quart du volume de vin a été élevé en barriques neuves de
chêne français (Sylvain & Vicard Prestige) pour une période de
11 à 13 mois. 16,000 bouteilles ont été produites. Le vin titre à
14% d'alcool, avec 3.5g/L de sucres résiduels et un frais pH de
3.54.
La robe est de teinte foncée très
légèrement translucide. Le nez transmet l'origine du vin et de son
cépage principal. Il y a cette fraîcheur mentholée si typique des
rouges de l'Alto Maipo qui s'allie admirablement aux arômes de
cassis et de cerise. À cela s'ajoute un côté terreux et des fines
notes de bois de cèdre, ainsi qu'un très légère touche vanillée
d'épices douces. Une pointe de torréfaction cacaotée vient
compléter le tableau. Très beau nez raffiné de Cab chilien où le
terroir domine avec un aspect boisé discret. En bouche, on retrouve
un vin sérieux qui est à la fois fin, ferme, frais et assez
puissant. Le fruit noir mène le bal supporté par une solide dose
d'amertume qui donne un peu d'austérité à l'ensemble. Le milieu de
bouche confirme la bonne concentration et la densité de la matière,
sur une trame tannique fine, mais solide. C'est un vin aux saveurs
intenses, plus pénétrantes qu'explosives. Cela se confirme en
finale, avec un cran de plus dans l'intensité et une très bonne
persistance des saveurs.
Ce vin est un Cab de Maipo sérieux,
presque austère, avec de l'acidité, de l'amertume et du fruit noir
compact. Le vin est raffiné, mais sur le mode de la densité, dans
un style épuré loin de la douceur et du moelleux qu'on associe
parfois aux vins du Nouveau-Monde. En ce sens il a des airs de
bordelais de bon niveau. Je dis bien des airs, car à un aussi jeune
âge, surtout au nez, son origine réelle est bien perceptible. C'est
un vin qui démontre bien que la région de Pirque est un des lieux importants de ce Médoc chilien qu'est l'Alto Maipo. J'ai dit Médoc,
mais j'aurais pu tout aussi bien pu dire Napa, en ce sens que l'Alto
Maipo est un des meilleurs terroirs à Cabernet Sauvignon au monde. À
27.20$, le prix de cette bouteille est plus que justifié. C'est un
vin fin de haute qualité, encore très jeune, mais qui offre un fort
potentiel de garde. C'est aussi un vin qui montre l'importance de
planter le bon cépage au bon endroit. William Fèvre aurait vraiment
dû regarder ailleurs pour faire des vins d'inspiration bourguignonne
au Chili. Qui penserait planter du Pinot Noir à Pauillac?
jeudi 14 mars 2013
Appel aux importateurs québécois
Mon titre peut sembler bizarre, mais je tente ma chance. Si vous connaissez des importateurs de vins québécois, transférez leur le lien de ce message. Il y a deux producteurs chiliens qui produisent des vins extraordinaires de prix très abordables et j'aimerais bien que ces vins soient disponibles au Québec. Il s'agit de Vina Leyda et de Vina Falernia. Les quelques vins de ces producteurs que j'ai pu déguster sont simplement formidables et sont de véritables aubaines. Des vins chiliens de climat frais comme il y en a encore trop peu à la SAQ, ou en importation privée. Imaginez une Syrah de moins de 20$ qui rappelle une Côte-Rôtie, et un Pinot Noir et un Sauvignon Blanc, toujours à moins de 20$ mais qui pourraient facilement se vendre le double tellement la qualité est élevée. Si ma parole ne vous suffit pas, voici le lien vers un article récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.
Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!ticle récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.
Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!
Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!ticle récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.
Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!
vendredi 8 mars 2013
CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2009, COLCHAGUA, VINA TERRANOBLE
J'ai acheté ce vin un peu par hasard
lors de la dernière promo. Je dis un peu par hasard car le fait que
je visite la section Chili lorsque j'entre dans une SAQ n'est pas
vraiment un hasard... Toujours est-il que je ne connaissais rien de ce
producteur, à part le nom, et que ça semblait une bonne occasion de le découvrir.
Terranoble a des vignobles aux deux extrémités de Colchagua, soit à
Los Lingues au pied des Andes à l'est, et à Marchigue, près de la
cordillère côtière à l'ouest. Ce vin contient 10% de Carmenère,
et 15% des raisins proviennent de la vallée de Maule, plus au sud.
Le rendement des vignes n'est pas faible à environ 50 hl/ha. Le vin
a été élevé un an en barriques de chêne français et américain et il titre à 14% d'alcool. Comme je le mentionnais dans un texte précédant, un commentaire de Bill Zachakiw a piqué ma curiosité à
propos de ce vin. Il disait que celui-ci était à essayer pour ce
qu'il appelle les "Chile bashers".
La robe est sombre et opaque. Le nez
déploie un mélange d'arômes de fruits rouges (cerise, fraise) et
d'épices douces (vanille, clou de girofle), complété par un léger
aspect végétal de poivron vert et de menthol, ainsi qu'une touche
chocolatée. Beau nez fruité agréable où le Carmenère est facile
à détecté, malgré sa faible proportion dans l'assemblage. En
bouche, le fruité juteux et intense domine, complété par de douces
notes épicées et un soupçon de poivron vert. Il y a peu
d'amertume, ce qui contribue à faire paraître l'ensemble très
fruité. Le milieu de bouche permet de constater que la concentration
est de bon niveau, sur un volume restreint. Cela créer un certain
contraste, car habituellement, les vins aussi fruités ont plus de
volume et de gras. Les tanins sont lisses et le vin glisse vers une
finale intense et très fruitée, montrant une bonne persistance.
Peut-être ce vin est-il à essayer
pour ceux qui n'aiment généralement pas les vins du Chili, mais il
laisse perplexe un "Chile lover" comme moi. Grâce au
Carmenère qu'il contient, ce vin conserve un certain caractère
chilien, autrement, on est loin du prototype du Cab chilien que
j'aime tant. En d'autres mots, on est loin d'un bon Cab de l'Alto
Maipo avec ses fruits noirs, son cassis frais, le côté terreux et
l'aspect mentholé intense. Ici on a un vin beaucoup moins typé. Un
vin cadrant assez bien avec l'archétype du Cab de style
international très axé sur le fruit et l'aspect doucement
épicé/vanillé. C'est un bon vin. Mais dans sa livrée actuelle,
c'est un vin pour amateur de petite bombe doucement fruitée. Ceci
dit, il a la matière pour évoluer. Le producteur parle d'une garde
de 6 à 8 ans pour celui-ci, et je serais curieux de le goûter de
nouveau après ce laps de temps en bouteille. Il donnerait sûrement
un profil bien différent. Le prix régulier demandé pour ce vin à
la SAQ est de 18.20$. Compte tenu de la qualité d'ensemble, pour un
vin de ce style, ça me semble tout à fait justifié. Toutefois, si le but est
d'acheter le meilleur Cab chilien dans cette gamme de prix, il y a
selon moi de meilleures options.
dimanche 3 mars 2013
CARIGNAN, TERROIR HUNTER, 2010, MAULE, VINA UNDURRAGA
Je parlais
récemment d'un vin de Vina Koyle, le nouveau projet de la famille
Undurraga suite à la vente en 2006 de ses intérêts, pour 35M$ dans
la société qui porte toujours le nom de la famille. L'acheteur est
un riche entrepreneur chilien du nom de José Yuraszeck,
et son arrivée a marqué un tournant qualitatif pour Undurraga. Il a
d'abord engagé un des plus brillants jeunes oenologues du Chili en
Rafael Urrejola, qui oeuvrait auparavant chez Vina Leyda, ainsi que Pedro Parra comme consultant en terroir. Ensuite un
nouveau vignoble a été créé dans la région côtière de Leyda,
et un autre dans l'Alto Maipo. Pour marquer ce virage qualitatif, la
gamme Terroir Hunter fut créée, avec comme but de refléter la
diversité chilienne avec des vins de haut niveau. Comme le Carignan et la viticulture sans irrigation sont des éléments importants de cette diversité, il était normal qu'un vin de ce type se retrouve dans cette gamme. Ce vin de Carignan est issu de vieilles vignes taillées en
gobelet (40-50 ans), non irriguées, réparties dans deux vignobles
situés à Cauquenes et Loconmilla. C'est un vin de production
limitée avec environ un millier de caisses produites à chaque
année.
La robe est à la fois sombre et
éclatante. Le nez est frais et agréable avec des arômes fruités
de cerise, de framboise et de mûre, amalgamés à un aspect
doucement épicé évoquant les fines herbes. Un côté terreux est
aussi notable et avec le temps des notes viandées se développent
pour ajouter de la complexité à l'ensemble. En bouche, on remarque
d'entrée une acidité qui apporte de la fraîcheur et du nerf à la
structure du vin. Les saveurs sont intenses et de qualité,
supportées par un léger trait d'amertume. Le milieu de bouche
montre un bon niveau de concentration tout en préservant une
sensation de légèreté. Ce n'est donc pas un vin massif ou lourd.
Comme le pays d'où il est issu son profil est plutôt longiligne,
combinant le charme rustique à un côté aérien. La trame tannique
est fine, ce qui contribue à l'agréabilité de l'ensemble et à la
facilité avec laquelle le vin se laisse boire. La finale confirme,
avec intensité et longueur, sur des tanins qui révèlent un léger
grain jusque là retenu.
Alors que certaines personnes,
probablement par ignorance, parlent du Chili comme d'une entité
uniforme. Moi j'en suis à percevoir les différentes nuances des
terroirs variés de ce pays. C'est là quelque chose qui est très
difficile à mettre en mots. Toujours est-il que dès le premier
abord de ce vin il m'a fait penser à un vin de la même région que
je connais très bien pour en avoir dégusté de nombreuses
bouteilles, soit la Syrah/Malbec, 2007, Maule, Lomas de Cauquenes.
Les deux vins viennent de la même région (Maule Secano),
c'est-à-dire la portion sud-ouest de la vallée de Maule où les
vignes sont cultivées sans irrigation. Je peux vous garantir que
l'origine et le mode du culture transparaissent dans ces deux vins en
imprimant un caractère commun, même si les cépages entrant dans
l'élaboration des deux vins sont différents. Pour moi, le terroir
transcende les cépages dans ces vins, même si cela ne veux pas dire
qu'ils sont identiques et que les cépages n'ont aucune influence sur
le résultat final. Le Carignan présente une matière plus riche,
même si on est très loin du caractère volumineux et gras qu'on
peut rencontrer ailleurs au Chili dans des rouges très jeunes. Dans
cette section non irriguée de Maule, les vins se rapprochent du
profil européen classique, avec une structure plus ferme et élancée.
La concentration se transposant en densité, plutôt qu'en volume.
Ceci dit, il y a des vins chiliens qui offrent autant de qualité
intrinsèque pour passablement moins cher, mais l'originalité de ce
vin et son caractère distinct par rapport au stéréotype chilien
usuel, en font un achat totalement justifié au prix demandé de
29.70$. On a affaire ici à un vin produit à très faible volume,
loin des économies d'échelle. Je conçois donc qu'il y a une prime
qui s'y rattache. J'ai acheté trois bouteilles et je ne regrette pas
mon achat. Les deux restantes serviront à évaluer son potentiel de
garde.
mercredi 27 février 2013
Verticale du Château Clarke
J'ai eu la chance samedi dernier d'être
invité à participer à une dégustation de 11 millésimes du cru
bourgeois de très bonne réputation, le Château Clarke. J'aime bien
ce genre d'exercice. Ça me permet de vérifier mes repères de
dégustateur et de mettre à l'épreuve certaines idées personnelles
à propos du vin et de sa garde. Comme de plus en plus je suis un
amateur de vin modérés, relativement faciles à boire, j'ai bien
aimé le profil général des vins. Des vins qui évitent l'excès,
mais qui ne manquent de rien, tout en ayant une belle capacité
d'évolution.
Les millésimes 90, 95 et 97 montraient
des profils évolués similaires avec encore un beau fruité. Ils
étaient faciles à boire, tout en finesse. Très agréables, mais
sans la profondeur de vins plus ambitieux. Le millésime 1999 était
de profil plus jeune et détonnait du reste des vins par son profil
aromatique. Il y avait dans ce vin un arôme particulier que je ne
peux nommer. C'est un arôme que je croise parfois dans les vins
européens, mais jamais dans le Nouveau-Monde. J'aimerais bien en
connaître l'origine. Toujours est-il qu'au delà de son côté
intrigant, ce 1999 était de belle qualité. Malheureusement, le vin
du millésime 2000 était bouchonné. Dans les vins plus jeunes, le
2001 fut mon préféré, mais le niveau qualitatif des 2003, 2204 et
2005 était similaire. Ces vins étaient plus robustes, avec des
tanins et un aspect boisé qui demandaient encore du temps pour se
fondre. Ceci dit, le potentiel était là, le reste est affaire de
patience.
Je ne connais pas assez les rouges bordelais pour placer ces vins de Clarke dans le contexte de la région. Mais pour moi, le caractère bordelais des vins était clair, et j'ai perçu un fil conducteur au niveau du style général des vins. Le terroir semblait une constante, alors que la variable principale était le temps passé en bouteille. Merci à Patrick pour l'invitation et l'accueil. Ce fut une soirée très agréable passée en bonne compagnie
Je ne connais pas assez les rouges bordelais pour placer ces vins de Clarke dans le contexte de la région. Mais pour moi, le caractère bordelais des vins était clair, et j'ai perçu un fil conducteur au niveau du style général des vins. Le terroir semblait une constante, alors que la variable principale était le temps passé en bouteille. Merci à Patrick pour l'invitation et l'accueil. Ce fut une soirée très agréable passée en bonne compagnie
lundi 25 février 2013
Surprise: Le Chili pour parler de terroir
Après avoir lu de bien vilaines généralisations la semaine passée à
propos des vins chiliens sur un site québécois bien connu. Cette semaine
j'ai eu une agréable surprise en lisant la dernière chronique
de Bill Zacharkiw sur le site du journal The Gazette. De mémoire
d'homme, c'est la première fois au Québec, dans un grand média, qu'on se
sert du Chili à titre d'exemple pour parler de la notion de terroir.
Juste ça c'est assez renversant! Imaginez, parler du Chili avec nuance
et ne pas parler de plants de tomates... On croirait rêver!
Pour ce qui est des commentaires de M. Zacharkiw à propos du Cabernet chilien, ils sont dans l'ensemble assez justes. J'ajouterais que la notion de terroir au Chili peut se faire sentir juste avec quelques kilomètres de distances. Par exemple, dans l'Alto Maipo, du nord au sud, vous avez Penalonen (Macul), Puente Alto et Pirque. Si vous comparez trois vins de Cabernet issus de ces trois terroirs, la différence sera notable, avec un caractère propre à chaque lieu révélé sur une base commune. Par exemple, l'alignement suivant serait intéressant: Domus Aurea (Penalonen), Marques de Casa Concha ou Don Melchor (Puente Alto) et Haras de Pirque, Elégance (Pirque).
Un point où je diffère d'avec M. Zacharkiw, c'est au niveau de ce qu'on qualifie de vert. Pour moi, le poivron vert, les asperges, l'herbe coupée et les pois verts sont des arômes végétaux verts, reliés à une famille de molécules appelées pyrazines. Alors que le menthol, l'eucalyptus et un aspect du cassis, sont des arômes végétaux que je qualifie de frais. Ces arômes ne sont pas reliés aux pyrazines. Je sais, c'est un peu technique. Mais pour moi c'est très différent. J'aime bien la fraîcheur végétal dans le vin rouge, alors que c'est moins le cas pour la verdeur. Il faut aussi le redire, l'aspect de cassis fraîchement cueilli est pour moi la caractéristique principale distinguant une bonne partie des Cabs du Chili. Je n'ai jamais rencontré de Cabernets d'autres origines montrant un aspect de cassis frais aussi pur et intense.
Finalement, trois autres aspects déterminants au Chili du profil terroir. D'abord il y a la différence de température entre le jour et la nuit. Cette différence est plus grande dans les zones périphériques qu'au milieu des vallées. Puis il y a l'irrigation, la façon de la pratiquer par rapport à la nature du sol (drainage), ou l'absence totale d'irrigation comme dans une partie de la vallée de Maule. Finalement, il y a la question de la nature des racines des vignes. Cette question est presque exclusive au Chili où il est possible de planter franc de pied. Donc, le producteur doit se demander si il doit utiliser un porte-greffe mieux adapté au sol de son vignoble, ou si les racines d'origine de la plante feront un meilleur travail. Ce choix aura un impact sur la nature finale des raisins produits, donc des vins. En ce sens, le Chili est le pays offrant le plus d'options aux vignerons. Celui où on peut se rapprocher le plus du concept de "vin naturel" au vignoble.
En terminant, M. Zacharkiw recommande un vin pour ce qu'il appelle les "Chile bashers"! Ça existe ça?! Coincidence, j'ai acheté ce vin lors de la promo de la fin de semaine à la SAQ. Disons que ça adonne bien et ça pique ma curiosité. Je reviendrai bientôt avec mes impressions à son propos.
Pour ce qui est des commentaires de M. Zacharkiw à propos du Cabernet chilien, ils sont dans l'ensemble assez justes. J'ajouterais que la notion de terroir au Chili peut se faire sentir juste avec quelques kilomètres de distances. Par exemple, dans l'Alto Maipo, du nord au sud, vous avez Penalonen (Macul), Puente Alto et Pirque. Si vous comparez trois vins de Cabernet issus de ces trois terroirs, la différence sera notable, avec un caractère propre à chaque lieu révélé sur une base commune. Par exemple, l'alignement suivant serait intéressant: Domus Aurea (Penalonen), Marques de Casa Concha ou Don Melchor (Puente Alto) et Haras de Pirque, Elégance (Pirque).
Un point où je diffère d'avec M. Zacharkiw, c'est au niveau de ce qu'on qualifie de vert. Pour moi, le poivron vert, les asperges, l'herbe coupée et les pois verts sont des arômes végétaux verts, reliés à une famille de molécules appelées pyrazines. Alors que le menthol, l'eucalyptus et un aspect du cassis, sont des arômes végétaux que je qualifie de frais. Ces arômes ne sont pas reliés aux pyrazines. Je sais, c'est un peu technique. Mais pour moi c'est très différent. J'aime bien la fraîcheur végétal dans le vin rouge, alors que c'est moins le cas pour la verdeur. Il faut aussi le redire, l'aspect de cassis fraîchement cueilli est pour moi la caractéristique principale distinguant une bonne partie des Cabs du Chili. Je n'ai jamais rencontré de Cabernets d'autres origines montrant un aspect de cassis frais aussi pur et intense.
Finalement, trois autres aspects déterminants au Chili du profil terroir. D'abord il y a la différence de température entre le jour et la nuit. Cette différence est plus grande dans les zones périphériques qu'au milieu des vallées. Puis il y a l'irrigation, la façon de la pratiquer par rapport à la nature du sol (drainage), ou l'absence totale d'irrigation comme dans une partie de la vallée de Maule. Finalement, il y a la question de la nature des racines des vignes. Cette question est presque exclusive au Chili où il est possible de planter franc de pied. Donc, le producteur doit se demander si il doit utiliser un porte-greffe mieux adapté au sol de son vignoble, ou si les racines d'origine de la plante feront un meilleur travail. Ce choix aura un impact sur la nature finale des raisins produits, donc des vins. En ce sens, le Chili est le pays offrant le plus d'options aux vignerons. Celui où on peut se rapprocher le plus du concept de "vin naturel" au vignoble.
En terminant, M. Zacharkiw recommande un vin pour ce qu'il appelle les "Chile bashers"! Ça existe ça?! Coincidence, j'ai acheté ce vin lors de la promo de la fin de semaine à la SAQ. Disons que ça adonne bien et ça pique ma curiosité. Je reviendrai bientôt avec mes impressions à son propos.
samedi 23 février 2013
Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir? (suite)
Petite suite à un texte de ma part datant de plus de deux ans. Dans ce texte je citais Jean-Louis Chave à propos de la légitimité des arômes générés par les levures Brettanomyces dans les rouges du Rhône Nord. Celui-ci ne voulait pas que ses vins sentent la Syrah, parlait de terroir et, de façon surprenante, ne se formalisait pas que ceux-ci soient sous l'influence des Bretts. Toujours est-il qu'au fil de mes lectures récentes je suis tombé sur un texte intéressant sur le blogue de Nicolas de Rouyn qui porte sur les commentaires de Jancis Robinson à propos de l'hermitage la-chapelle de Paul Jaboulet Aîné. Ce qui m'a le plus intéressé, ce n'est pas les commentaires de Madame Robinson. C'est plutôt la réponse de Caroline Frey, oenologue de la maison et qui œuvre aussi au Château La Lagune dans le Haut-Médoc. En voici l'extrait qui a retenu mon attention:
"Pour les blancs, j’ai pris une orientation qui s’éloigne du lourd et du riche, du miel et du nougat. Je cherche des vins cristallins, aériens, plus sur la réduction que sur l’oxydatif. Quand on évite la surmaturité et l’oxydation, on trouve plus de complexité et une meilleure expression. Pour les rouges, l’approche est la même. Je suis contre tous les faux goûts, les bretts en particulier. J’aime les vins purs, équilibrés. Je n’aime pas le côté théâtral de l’excès d’alcool. C’est ça, la garde. Rendez-vous dans trente ans. J’y serai."
C'est à mon sens révélateur que Madame Frey parle spontanément de son refus des Bretts (et autres faux goûts) lorsque vient le temps de parler du style de ses vins rouges. C'est peut-être l'élément manquant qui fait que son vin n'a pas trouvé grâce au yeux de Madame Robinson. D'ailleurs, ce qui m'apparaît tout aussi révélateur, c'est le fait que Robinson ne parle pas de Bretts dans son texte à propos des vins de cette région, même si on voit qu'il y a des positions bien différentes chez les producteurs à ce sujet. La présence d'arômes "brettés", ou non, me semble être un élément essentiel d'appréciation, en ce sens, le commentaire de Caroline Frey brisant l'omerta à ce sujet ne me semble pas innocent, surtout de la part d'une jeune femme aimant les vins purs et équilibrés....
vendredi 22 février 2013
QUINTA GENERACION, 2004, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA
J'ai déjà commenté la version 2007 de cette cuvée en rouge. Toutefois, de ce temps-ci, un peu à contre-saison, je continue d'ouvrir des blancs chiliens de qualité que j'avais mis de côté pour évaluer leur potentiel de garde. Cette fois-ci il s'agit d'un assemblage particulier et original comprenant 20% de Chardonnay, 40% de Viognier et 40% de Sauvignon Gris. Donc, les cépages blancs emblématiques de Bourgogne et du Rhône, auxquels s'ajoute un autre rescapé un peu obscur de Bordeaux (avec le Carmenère en rouge). Pour ce vin, ces trois cépages ont été cultivés dans la chaude vallée Colchagua. Cela représente bien l'Ancien-Chili. Celui où on cultivait tout au même endroit, ou presque. Aujourd'hui, le Viognier est le seul cépage qu'on plante encore dans le chaude vallée centrale. Le Chardonnay, et le Sauvignon Gris (qui gagne en popularité), ont migré vers les nouvelles régions plus fraîches. Casa Marin et Vina Leyda font des cuvées de Sauvignon Gris (Estero Vineyard et Kadun), dans la très fraîche région de San Antonio, près de la côte du Pacifique, à propos desquelles j'ai lu le plus grand bien. Toujours est-il que ce vin est pour moi bien intriguant et j'ai hâte de voir comment il a évolué. Fait à noter, il ne titre qu'à 13.5% d'alcool. Ce qui est peu pour un vin de la chaude vallée de Colchagua.
La robe est éclatante, arborant une
superbe teinte dorée. Le nez se montre relativement discret et
exhale des arômes de pêche, d'orange, et d'épices douces,
complétés par de fines notes florales. Bien agréable comme nez,
mais rien de spectaculaire. La carte de la subtilité est jouée sans
traces d'oxydation pour venir teinter l'ensemble. En bouche, le vin
se montre plus démonstratif, même si on demeure dans le registre de
la subtilité, de l'équilibre et de la modération. Ici aussi
l'effet négatif de l'oxygène ne se fait pas sentir. Les saveurs
combinent richesse et finesse. Le vin est rond et caressant,
harmonieux et délicat. Le niveau de concentration est bon et
convient parfaitement au style préconisé. Le vin coule donc sans effort. Il est facile à boire et très agréable par la qualité
de ses saveurs et ses justes proportions. Cela ne se dément pas en
finale, où l'harmonie prévaut, sur une bonne longueur.
J'ai beaucoup apprécié ce vin. C'est
l'exemple parfait du vin qui évite le piège de l'excès visant à
impressionner. En dégustation comparative il serait assurément
écrasé face à des bêtes de concentration. Mais pris isolément,
par quelqu'un en quête d'équilibre et de finesse, ce vin touche la
cible avec humilité. Je dis humilité car ce vin n'a clairement pas
des visées de grandeur. C'est un vin somme toute modeste, bien
qu'original, qui a admirablement bien vieilli. Pour moi c'est
l'équivalent en blanc du Cab Reserva chilien de 10 ans d'âge qui
donne un résultat d'une harmonie et d'une finesse qu'on aurait pas
pu soupçonner en se fiant à son profil de prime jeunesse. Pour un
vin que j'ai payé autour de 17$, il en donne beaucoup plus que le
prix payé. Comme je bois de plus en plus de vins blancs, il est
clair que ce type de bouteilles ira en augmentant dans la composition de ma cave. Casa Silva est définitivement un producteur élite du Chili. Un producteur avec une approche terroir qui s'est affirmée depuis 2004, l'année de l'élaboration de ce vin. Un seul vin de ce producteur est disponible à la SAQ, et il s'agit de l'excellent Carmenère Reserva. Il y a aussi la cuvée de Sauvignon Blanc "Cool Coast", issue de l'extension côtière de la vallée de Colchagua, à seulement 9 km de l'océan Pacifique. Ce vin est disponible au Québec en importation privée. Tout cela sans compter leur projet fou de Lago Ranco, dans l'extrême sud du pays, aux frontières de la Patagonie, où ils ont planté Chardonnay, Pinot Noir, et Sauvignon Blanc sur les rives du lac Ranco. Casa Silva est définitivement un producteur à rechercher.
mercredi 20 février 2013
CHARDONNAY, MARQUES DE CASA CONCHA, 2005, PIRQUE, ALTO MAIPO, CONCHA Y TORO
C'est l'hiver, mais ma consommation de blancs est plus forte que jamais. Je suppose qu'il y a un parallèle à faire avec l'augmentation graduelle du niveau qualitatif des blancs chiliens. En ce sens, j'ai initié, il y a quelques années, des expériences de garde avec certains bons blancs de mon pays de prédilection. Le vin dont il est question aujourd'hui était une de ces expériences. J'ai déjà parlé, peu après la
création de ce blogue en 2009, du millésime 2007 de ce vin, qui
était le dernier de cette cuvée à être élaboré à partir du
vignoble Santa Isabel, situé à Pirque dans les hauteurs de la
vallée de Maipo. Un peu plus de trois ans plus tard j'ouvre donc une
bouteille de 2005 qui provient du même vignoble. C'est donc un Chardonnay
qui aura passé cinq ans de plus en bouteille avant l'ouverture. Cette expérience est un peu un coup d'épée dans l'eau, car cette cuvée n'existe plus dans sa mouture de Pirque. Les fruits servant à son élaboration viennent aujourd'hui de la région de Limari, un terroir bien différent.
La robe brille d'une belle teinte dorée
assez soutenue. Le nez exhale des arômes de pêche, de liqueur
d'orange et d'ananas, le tout complété par un léger aspect beurré
et des relents vanillés et caramélisés évoquant le boisé
d'origine. Il n'y a aucun signe clair d'évolution ou d'oxydation.
Cela se confirme en bouche avec une attaque ample et souple qui a du
gras et des saveurs intenses où l'aspect évoquant la liqueur
d'orange domine. Le milieu de bouche montre une belle matière ronde
et concentrée qui glisse sans effort vers une finale harmonieuse et
longue aux légers relents amers.
Belle surprise que ce Chardonnay de
Maipo. Je dis surprise à cause de son âge et de l'absence de traces
d'oxydation. Ce vin est dans une belle phase de son évolution.
L'aspect boisé est encore présent, mais d'une manière plus
subtile, altérée par le temps. Ce boisé maintenant délicat
complète bien l'aspect fruité encore généreux. Au final, ça
donne un beau Chardo, à la fois riche et fin. Comme c'est souvent la
cas avec les vins de la gamme Marques de Casa Concha, la qualité
dépasse de beaucoup ce qu'on retrouve normalement à ce niveau de
prix (18$). Il me reste une bouteille de ce vin pour poursuivre l'expérience quelques années de plus. Disons que le résultat obtenu avec ce vin de climat assez tempéré me donne confiance pour mes Chardos chiliens de régions plus fraîches que j'ai mis en cave.
dimanche 10 février 2013
SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2011, CASAS DEL BOSQUE
Ce vin est pour moi un incontournable. J'ai déjà commenté les millésimes 2008 et 2009 sur ce blogue. Avec le Garuma Vineyard de Vina Leyda, c'est mon Sauvignon Blanc favori en terme de RQP. Casa del Bosque est installé dans la partie la plus fraîche de Casablanca, à l'ouest de la vallée, voisin de Loma Larga, un autre de mes producteurs chiliens favoris. Ce vin est élaboré sous la gouverne de Grant Phelps, un néo-zélandais installé en permanence au Chili. Celui-ci œuvrait auparavant chez Viu Manent dans la chaude vallée de Colchagua, mais il a décidé de prendre le virage fraîcheur et minceur en déménageant chez Casas del Bosque. Je dis minceur car Casas del Bosque est ce qu'on appelle une "boutique winery" où l'accent est mis sur la qualité et non sur le volume, bien que les deux ne soient pas nécessairement incompatibles. Si vous voulez les détails de l'élaboration minutieuse de ce vin, référez-vous ici. Un élément de l'élaboration du vin a retenu mon attention, soit la vendange mécanisée de nuit à une température ambiante très basse, variant entre 4 et 8ºC. Comme la vinification débute par une macération à froid de 48 heures à 5ºC, le temps de refroidissement de la matière doit être raccourci de beaucoup. Normalement on associe la vendange mécanisée à des vins de qualité inférieure, mais dans un cas comme celui-ci, la rapidité et la basse température du procédé sont probablement des éléments plus importants. Surtout que le Sauvignon Blanc, de par son style fruité/végétal, est le cépage qui supporte le mieux la maturité hétérogène des raisins. Trêve de technicités, voyons ce que ça donne dans le verre.
La
robe
montre une pâle teinte verdâtre. Le nez est un peu discret,
mais tout de même très agréable avec ses arômes de citron, de
zeste pamplemousse, de melon et de fruit de la passion, complétés par de
fraîches notes de bourgeon de cassis. Le fruité domine et
l'aspect végétal vert que l'on retrouve dans beaucoup de vins de ce
cépage est ici en mode très mineur. En bouche, le vin est plus
dégourdi, et ce faisant, plus impressionnant. L'attaque est pleine
et équilibrée et le vin déborde de riches saveurs fruitées
auxquelles s'amalgame une amertume évoquant le zeste de
pamplemousse. Le niveau de concentration est très bon, sur un bon
volume, ce qui procure au vin une belle présence en bouche. La
finale est harmonieuse, intense et d'une longueur de fort calibre.
Inutile
de dire que j'ai beaucoup apprécié ce vin qui confirme tout le bien
que je pensais déjà de cette cuvée. Celui-ci est à la fois
rafraîchissant et consistant, mais par dessus tout il est simplement
délicieux. C'est donc un vin qui donne beaucoup de plaisir en
offrant une interprétation du Sauvignon axée d'abord et avant tout
sur le fruit. Le millésime 2012 vient d'arriver en tablettes à la
SAQ. Je ne lui ai pas encore goûté, mais il reste des bouteilles de
ce 2011 dans le réseau. Casas del Bosque est un des producteurs
élites du Chili et cette cuvée est sa carte de visite privilégiée,
en ce sens que c'est le vin le plus largement distribué de ce
producteur. C'est un vin de prix très abordable, fait sans
artifices, et issu du cépage roi de Casablanca. Si vous voulez
découvrir le Sauvignon Blanc du Chili, ce vin est un très bon point
de départ. Il y a des vins plus chers et plus ambitieux, mais cette
cuvée mise dans le mille en offrant l'essence du cépage et du lieu
pour un prix formidable.
samedi 26 janvier 2013
Brettanomyces: Le caractère non assumé
Retour sur l'article de Vin Québec qui relate une nouvelle étude de UC Davis qui permettrait de jeter un nouveau regard sur le rôle controversé des levures Brettanomyces dans le profil aromatique d'un grand nombre de vins. J'ai pris le temps de lire tous les documents référencés dans l'article de Vin Québec, et selon moi la méthodologie utilisée ne tient pas la route et les conclusions avancées sont simplement invalides. De plus, dans les documents mêmes des chercheurs il y a trois éléments qui discréditent la méthodologie utilisée. Le premier, et le plus important, étant que les souches de Brettanomyces sont imprévisibles du point de vue métabolique. Les métabolites qu'elles peuvent produire peuvent changer dramatiquement dans le temps pour des raisons inexpliquées, comme si certaines voies métaboliques s'activaient et se désactivaient sans raisons apparentes. Dans ces conditions, il est très difficile de parler des caractéristiques métaboliques des différentes souches répertoriées. À ce sujet, il y a une grosse erreur dans le texte de Vin Québec. L'étude a dénombré 83 souches différentes de Brettanomyces, et non pas 83 arômes produits par ce type de levures. Le deuxième élément contradictoire étant qu'en conditions réelles de vinification, il y a la plupart du temps plusieurs souches différentes de Brettanomyces dans le même vin. Ce qui a pour effet d'atténuer la singularité d'une souche particulière, à un moment donné dans le temps, et de produire un profil "brettien" plus général. Le troisième élément mentionné par les chercheurs et remettant en cause leur méthodologie est le fait qu'un grand nombre de vin "brettés" contiennent aussi des bactéries lactiques vivantes. Ces micro-organismes peuvent aussi être la source d'arômes déviants. Les conditions ouvrant la porte à l'action des Bretts, l'ouvre aussi à d'autres micro-organismes secondaires nuisibles.
À la lumière de tous ces éléments, on peut donc voir que l'idée d'ensemencer un vin de Cabernet Sauvignon avec des souches uniques de Brettanomyces, cultivées en laboratoire, ne tient pas la route. Il manque des détails de procédure, mais ma compréhension est à l'effet que le vin de Cabernet Sauvignon ensemencé était un vin fini. Cette façon de faire ne reflète en rien la réalité où les Bretts ne sont pas ensemencées en souches uniques dans des vins dont l'élaboration est complétée. Dans la réalité il y a une variété génétique, et ce sont les conditions d'élaboration qui ouvrent la porte à la propagation, et donc, à l'action de ces levures. Tout cela en se rappelant le caractère variable et imprévisible de l'action métabolique des levures Brettanomyces, et en se rappelant aussi que l'action des Bretts est dépendante du contenu d'un vin en précurseurs aromatiques (acide coumarique, acide ferrulique, etc..). Dans ces conditions, il est impossible de prétendre qu'il y aurait des vins qui ne subiraient que l'influence de "bonnes" Bretts. Il est aussi intéressant de se rappeler que les chercheurs mentionnent que les 83 souches de Brettanomyces répertoriées produisent toutes du 4-Ethyl Phénol (4-EP) et du 4-Ethyl Gaiacol (4-EG), qui sont les molécules les plus associées au caractère négatif des Bretts. Cet autre élément montre bien que l'idée de "bonnes" Bretts est une création de l'esprit, et non une réalité. Autre point intéressant à noter, c'est que les chercheurs nomment les molécules négatives produites par les Bretts (4-EP, 4-EG, 4-EC, acide isovalérique, tetrahydropyridine, acide acétique), mais on ne mentionne pas de molécules positives pour expliquer un impact potentiellement favorable de certaines souches de Brettanomyces. Finalement, on mentionne aussi un point très important quand il est question du débat autour de ces levures, soit le fait qu'un certain nombre de dégustateurs sont insensibles, ou peu sensibles, aux molécules négatives produites par les Bretts. Dans ce cas ce serait comme demander à un daltonien d'être critique d'art visuel. Selon mon expérience de dégustation en groupe, il y a effectivement des dégustateurs insensibles au 4-EP, qui pour moi est l'élément caractéristique d'un vin « bretté ». Il y a aussi des dégustateurs qui ne savent pas c'est quoi. Ils n'ont aucune idée de ce qu'est un arôme phénolé dans le vin. Il y a aussi ceux qui savent reconnaître ces arômes, qui y sont sensibles et qui aiment ça. Ça sent le fumier, mais c'est bon! Tous les goûts sont dans la nature et je respecte ça lorsque c'est assumé. Ceci dit, je ne peux m'empêcher de penser que c'est un goût acquis, mais j'avoue que c'est là un préjugé de ma part.
Un autre élément très important dans ce débat, et c'est un élément qui va au delà des sensibilités et des goûts personnels, c'est celui du caractère uniformisateur des Bretts sur les vins qui en portent la marque. Un vin "bretté", c'est l'antithèse d'un vin de terroir car il y a un élément commun qu'on peut retrouver partout dans le monde vinicole. Le 4-Ethyl Phénol sent la même chose peu importe l'origine du vin. Seul le reste du profil aromatique du vin peut en altérer légèrement la perception. Alors il est totalement ridicule de parler de vins de terroir dans le cas des vins "brettés". Ceci dit, je conçois que certaines personnes aiment les vins de ce genre. Ce qui m'embête, c'est le caractère caché de la chose pour l'acheteur potentiel. Comment savoir si j'achète un vin donné, si celui-ci est marqué par l'action des Bretts? Ça demeure un petit secret de fabrique, ou bien c'est simplement l'ignorance du producteur qui est en cause. Peu importe, il est impossible de savoir avant l'achat à quoi on aura affaire, et parfois le vin ne montre pas de caractère "bretté" à l'achat, mais ça se développera avec le temps en bouteille, surtout si la bouteille passe du temps à des températures plus élevées que la température de garde traditionnelle. Cette température traditionnelle (12°C), établie en Europe, ayant probablement un lien avec l'instabilité microbiologique d'un bon nombre de vins de garde de ce continent. Certains aiment le caractère "bretté", mais pas trop quand même!...
Finalement, ma réflexion sur le sujet m'a amené à faire un parallèle entre les vins "brettés" et les fromages bleus. Dans les deux cas il y a un caractère aromatique marqué qui va au-delà du profil de base du produit. Le vin sans Brettanomyces bruxellensis, et le fromage sans Penicilium roqueforti goûtent totalement autre chose. Le goût distinctif vient de l'action métabolique du microrganisme sur le produit de base. Pour le cas du fromage, la donne est claire. Quand on achète un fromage bleu, on sait ce qu'on achète. Si on aime pas ou si on a jamais voulu acquérir ce goût, on peut facilement passer outre. Si la même chose pouvait exister avec les vins "brettés", il n'y aurait pas de problèmes. L'ennui, c'est que le monde du vin qu'on dits fins n'assume pas son usage des Bretts. Soit on nie le phénomène, soit on dit que les Bretts sont un composant naturel entrant dans l'élaboration du vin. Le style n'est pas assumé car il y a une connotation négative associée aux Bretts. Je pense bien que cette situation n'est pas à la veille de changer. L'idée de vin de terroir est plus charmante et vendeuse que celle d'un vin marqué par l'action particulière d'un micro-organisme.
mardi 22 janvier 2013
SUR LE VIF
Autre article sur Vin Québec où on rapporte un virage de UC Davis à propos des fameuses levures Brettanomyces et leur supposée légitimité dans le vin. Je suis heureux de voir qu'on confirme ce que j'ai longtemps dit à leur propos, c'est-à-dire qu'elles sont un élément fondamental d'un très grand nombre de vins européens et français, surtout dans le haut de gamme. On m'a tellement contredit sur ce sujet que c'est plaisant à lire. Ceci dit, à mon avis, on mélange tout et ça manque beaucoup de rigueur scientifique. Une tentative de réhabilitation menée par une chercheuse qui avoue aimer les vins "brettés". C'est partial en partant et ça va dans le sens du courant "naturel" actuellement à la mode. Ça pue, mais c'est bon! Faut se méfier de l'idéologie, ça se marie mal avec la science. Je n'ai pas le temps actuellement d'écrire une critique précise de cette "recherche", mais dès que j'en aurai, je publierai quelque chose de plus substantiel sur le sujet. Au propre comme au figuré, les "Bretts" sont pas tuables, enfin presque...
lundi 14 janvier 2013
SAUVIGNON BLANC, GARUMA VINEYARD, 2011, LEYDA, VINA LEYDA
S'il y a un producteur chilien dont j'aimerais mieux connaître les vins, c'est sûrement Vina Leyda car les trois vins de cette maison que j'ai eu la chance de goûter jusqu'ici m'ont beaucoup plu. Il s'agit d'un simple Chardonnay d'entrée de gamme non boisé, du délicieux Pinot Noir, Las Brisas, et du millésime 2006 de cette cuvée Garuma dont je vous parle aujourd'hui. J'aime cette page sur le site du producteur qui illustre joliment ses différents vignobles en coteaux avec les cépages qui y sont associés pour les cuvée "vignoble unique". Ça permet de voir les différentes expositions et inclinaisons de ces vignobles, ainsi que leur proximité par rapport à l'océan. Parmi ces vignobles, celui d'où est issu ce Sauvignon, est le plus proche et le plus exposé à l'influence de l'océan Pacifique. Ce qui en fait le plus frais de tous. Les raisins pour ce vin ont été vendangés manuellement, 30% dans le deuxième semaine de Mars, et le reste 12 jours plus tard. Le but étant de complexifier le vin par l'utilisation de raisins de maturité différentes. Le vin a été élaboré en inox à l'abri de l'oxygène, sauf pour 6% de la vendange qui a été fermentée en barriques usagées. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH de 3.16, avec 1.5 gramme de sucres résiduels, ce qui en fait un vin très sec.
La robe est d'une pâle teinte verdâtre. Le nez est bien dégourdi et exhale des arômes de citron, de fruits de la passion et de zeste de pamplemousse, complétés par un léger trait végétal évoquant l'herbe fraîchement coupée. Très beau nez, frais et agréable, qui transpire la qualité. Cette impression se répercute en bouche où le vin se montre d'un équilibre impeccable, à la fois frais, dense et intense. Le vin a de la présence, une légère rondeur et un niveau de concentration appréciable. La finale conclut en beauté, avec un sursaut d'intensité et beaucoup de persistance.
Ce vin est un pur ravissement. Un modèle d'équilibre et de justesse qui en donne beaucoup, sans tomber dans l'excès. Ainsi, le vin demeure facile à boire et rafraîchissant, tout en donnant au dégustateur l'impression d'être dans un registre qualitatif supérieur. C'est une très belle expression de Sauvignon Blanc de climat frais axée sur les caractéristiques intrinsèque du cépage, sans influence boisée notable et sans effet oxydatif ayant pour effet d'atténuer les arômes variétaux. Ce vin, malgré son prix très abordable (17$), est régulièrement classé parmi les meilleures cuvée de Sauvignon Blanc du Chili. Pour en avoir goûter un grand nombre, je confirme le statut enviable de ce vin dans la hiérachie naissante des vins de Sauvignon Blanc chiliens. Un modèle d'équilibre. Vina Leyda, voilà un producteur qu'on devrait retrouver sur les tablettes de la SAQ. Un des meilleurs producteurs chiliens de vins de climat frais, et un producteur qui offre parmi les meilleurs RQP du pays sur l'ensemble de sa gamme de vins. Le Nouveau Chili à son meilleur.
mardi 8 janvier 2013
CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
J'ai déjà commenté ce vin il y a un peu plus de deux ans. J'ai ouvert une autre bouteille aujourd'hui et il m'a tellement charmé que j'ai eu envie de le ramener en tête de liste. C'est un vin extraordinaire presque 10 ans après la récolte qui a mené à son élaboration. Mes commentaires d'il y a deux ans et ceux d'aujourd'hui sont sur l'entrée initiale ici.
samedi 29 décembre 2012
CABERNET SAUVIGNON, ROYALE, 2008, COLCHAGUA, VINA KOYLE
Au-delà de la qualité des vins et du prix favorable de la grande majorité d'entre eux, ce qui maintient mon intérêt pour le Chili c'est la diversité croissante qu'offre ce pays. Une part de cette diversité est due à l'émergence constante de petits producteurs totalement axés sur la qualité et l'approche terroir. Dans le cas du vin que je vous présente aujourd'hui, on est en face d'un bel exemple de la régénération vinicole qui a actuellement cours dans ce longiligne pays. Vina Undurraga est une des plus vieilles maisons traditionnelles du Chili. En 2006 la famille Undurraga a vendu sa participation dans la compagnie. Peu après, cette famille toujours passionnée par le vin s'est lancée dans un nouveau projet vinicole appelé Vina Koyle (prononcer koy-lé). Un projet de taille beaucoup plus réduite, mais axé sur la notion de terroir et avec de hautes visées qualitatives. Après avoir évalué plusieurs sites dans le pays, la région de Los Lingues, au pied des Andes, dans l'Alto Colchagua, fut choisie. Avec l'aide du spécialiste chilien de la notion de terroir, Pedro Parra, des analyses de sols ont été effectuées pour planter les cépages choisis sur les sols les plus appropriés (Cabernet Sauvignon, Syrah, Malbec, Tempranillo, Petit Verdot, Carmenère et Mourvèdre). Vina Koyle élabore un seul vin blanc, il s'agit d'un Sauvignon Blanc de climat frais venant de Paredones, à quelques kilomètres du la côte pacifique. Je soupçonne que les fruits pour ce vin proviennent du vignoble côtier de Vina Casa Silva, qui est le voisin de Koyle à Los Lingues. Vina Koyle cultive ses vignes selon les préceptes de la biodynamie, c'est-à-dire une culture biologique mâtinée d'ésotérisme. Pour goûter un des premiers vins du nouveau vignoble de l'Alto Colchagua, je vous conseille d'essayer la Syrah, Reserva,2010, qui est actuellement offerte à la SAQ. J'ai essayé le premier millésime de ce vin, soit le 2009, et je l'ai bien aimé. Karyne Duplessis Piché parle favorablement du 2010 ici.
Pour ce qui est de la cuvée Royale de Cabernet Sauvignon, 2008, elle a été élaborée à partir de fruits achetés, car en 2008 les vignes du nouveau vignoble n'avaient été plantées que depuis deux ans. Il s'agit en fait d'un assemblage comprenant aussi 13% de Malbec et 2% de Carmenère. Le rendement des vignes est faible à 1 kg par plant, ce qui permet de produire une bouteille par plant de vigne. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français. Il titre à 14.5% d'alcool et n'a pas été filtré. Le producteur parle d'une garde d'une dizaine d'année pour cette cuvée.
La robe est foncée et opaque avec des reflets violacés. Le nez est riche sans être trop expressif et on peut y dénoter des arômes de fruits noirs avec le cassis qui tient le premier rôle. Cet aspect fruité prédominant est complété par des notes de menthol, de bois de cèdre, de vanille/bois brûlé et de caramel. En bouche, le vin se montre très intense dès l'attaque et on peut sentir qu'il s'agit d'un vin ambitieux. Il y a beaucoup de matière et de présence, avec beaucoup de fruit, mais aussi une présence boisée bien marquée. Le milieu de bouche permet de confirmer la forte concentration de ce nectar, ainsi que la densité de l'ensemble. Les tanins apparaissent soyeux jusqu'à mi-parcours, mais montrent une bonne poigne par la suite avec une amertume qui gagne en importance. Cela marque la finale qui est puissante et très persistante.
En tant que pays vinicole en développement rapide, le Chili a cette faculté de surprendre car le caractère hiérarchique des vins de ce pays n'est pas clairement établi. On retrouve parfois de nouvelles cuvées de luxe dont le prix sert surtout à refléter les ambitions élevées du producteur. Puis il y a des vins comme cette cuvée Royale de Vina Koyle qui se contente d'un nom évocateur pour souligner le caractère ambitieux du vin, laissant la surprise du contenu de la bouteille au consommateur. Avec cette cuvée, il semble que ce nouveau producteur ait misé sur le prix accessible de son vin (20$) pour faire connaître le niveau qualitatif qu'il peut atteindre. À mon sens, ce vin se compare, en terme de style et de niveau qualitatif, à bien des vins chiliens vendus beaucoup plus chers. On joue dans la cour des super premiums à une fraction du prix. C'est du vin très sérieux, mais actuellement beaucoup trop jeune pour pouvoir se présenter sous son meilleur jour. Le producteur parle d'un potentiel de garde de 10 ans, mais moi je pense que dans 10 ans ce vin ne fera qu'entrer dans se fenêtre la plus favorable, selon mes préférences. Au stade actuel c'est un vin impressionnant, mais difficile à boire pour moi car il a beaucoup de tout. C'est pourquoi je l'ai bu sur quatre jours, et le vin n'a pas bronché pendant cette période. Vin de garde sérieux donc, et en ce sens, mes cinq autres bouteilles vont reposer plusieurs années avant que j'ouvre la prochaine. Vina Koyle, un autre nom à ajouter à la nouvelle vague chilienne.
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