Non, ce n'est pas la réaction du pape en prenant connaissance d'un des secrets de Fatima! C'est plutôt ma réaction un lisant aujourd'hui un article de Karyne Duplessis Piché dans La Presse. Le Chili n'est vraiment pas sorti de l'auberge pour arriver à faire comprendre ses vins. Madame Duplessis nous parle d'un vin de Pinot Noir de la maison Errazuriz où le producteur a pris soin de mettre le nom de la région dans le nom du vin: ACONCAGUA COSTA. Malgré cela, la journaliste nous dit dans son article que le vin vient de la région de Casablanca. A-t-elle vraiment goûté le vin et lu l'étiquette, ou bien si elle s'est juste fait prendre par le site de la SAQ qui commet aussi l'énorme boulette de référencer ce vin comme venant de Casablanca? C'est vraiment désespérant. Imaginez un acheteur potentiel se pointant dans une succursale. Quelle chance a-t-il de se faire parler de la nouvelle et fraîche région côtière d'Aconcagua Costa? Le producteur fait tout pour mettre l'accent sur un nouveau terroir prometteur dans lequel il a beaucoup investi et il se retrouve avec ce genre d'article. Que peut-il faire de plus?
Loin d'aider son cas à mes yeux, madame Duplessis y va du même souffle d'un petit plaidoyer sur le "naturel" dans le vin et sa propagation aux géants du Chili. Ah les vilains géants... Je n'ai rien contre l'utilisation de levures indigènes, si le vin est quand même bien fait, stable et bon. Quand c'est bien fait ça fonctionne très bien. Ceci dit, comme à chaque fois que je lis ce genre de choses à l'encontre des levures sélectionnées, j'ai envie de dire à ceux qui se laissent séduire par ces balivernes qu'ils devraient aussi éviter les vins issus de vignes sélectionnées, taillées et cultivées et ne boire que du vin issu de vignes sauvages. Ils ne devraient pas non plus boire de vins issus de vignes greffées, car il y a de méchants êtres humains qui ont aussi sélectionné un porte-greffe et qui ont procédé au greffage. Ce n'est vraiment pas naturel ça le greffage.
Tout ça pour dire que je n'en peux plus de lire et d'entendre ces conneries "naturalisantes". Le phylloxera est tout ce qu'il y a de naturel et il a détruit le vignoble mondial il y a un siècle, sauf celui du Chili. La bonne nature a donc forcé le mauvais homme à intervenir... Il faudrait arrêter avec la nature bienveillante et toute cette idéologie ignorante de conte de fée. Faire du bon vin sans excès ça demande du savoir-faire, du jugement et du goût. Rien de plus. Pour écrire un bon article sur le vin, il faut faire un minimum de recherche et savoir lire une carte géographique... Misère....
vendredi 17 juillet 2015
dimanche 5 juillet 2015
SYRAH, RESERVA, 2010, ELQUI, VINA FALERNIA
Après la Syrah de Vina Mayu, je me suis dit pourquoi ne pas goûter de suite la Syrah de la compagnie sœur, Vina Falernia, achetée récemment en Ontario au prix de 18.95$, soit sensiblement le même prix que la Syrah, Mayu. achetée lors d'une promotion moins 10% à la SAQ. J'ai déjà commenté les millésimes 2007 et 2009 de cette cuvée sur ce blogue. Honnêtement, il est difficile de percevoir de mémoire des différences précises entre les millésimes de Falernia ou le vin de Mayu. Pour moi tous ces vins offrent un style très similaire et en même temps très distinctif par rapport au reste de l'offre chilienne de Syrah. Les bons vins de Syrah de la région de Casablanca, ou de San Antonio offrent des profils de climats frais, mais ce n'est pas aussi exacerbé que dans les vins de Falernia/Mayu de Giorgio Flessati.
Cette version 2010 du vin combine une certaine légèreté de structure avec une forte intensité des saveurs. Le vin a beaucoup de présence en bouche et une texture soyeuse. Le côté floral est très présent (violette, lavande), tellement qu'on pourrait presque faire une analogie en disant que c'est une sorte de Gewurztraminer rouge. Je ne dis pas ça pour l'identité des arômes, mais pour le côté exacerbé de l'aromatique, en particulier la composante florale. Pour certains ce vin serait probablement trop démonstratif à ce stade encore précoce de son évolution. Ceci dit, la qualité d'ensemble est indéniable et cette exubérance ne pourra qu'être apprivoisée par le temps en bouteille. Au-delà des préférences possibles sur l'intensité de la modulation aromatique, ce vin est une autre preuve que la zone côtière de Elqui est un match parfait avec la Syrah. Que des vins de ce style et de cette qualité puissent être achetés pour moins de 20$ la bouteille montre comment cette région demeure méconnue. C'est un peu normal quand on sait que Falernia/Mayu est le seul producteur qui a une production importante dans cette région. Si vous aimez les vins du Rhône nord vous devez au moins essayer ces vins en tentant d'oublier qu'ils viennent du Chili. De toute façon, ces vins n'ont rien à voir avec les vins d'inspiration bordelaise issus de la vallée centrale. Il faut cesser de voir le Chili comme un tout uniforme. La variété de terroir est très grande dans ce pays, et Elqui est sûrement le terroir qui selon mon expérience se distingue le plus du reste du pays. Cela se goûte, dans le verre, pas dans la tête.
samedi 20 juin 2015
SYRAH, RESERVA, 2011, ELQUI, VINA MAYU
À quelques reprises sur ce blogue j'ai réclamé l'arrivée sur les tablettes de la SAQ de la Syrah, Reserva de Vina Falernia. Voilà que mon vœux est finalement exaucé, en quelque sorte, car à défaut d'un vin étiqueté Falernia, voilà que la Syrah, Reserva, de Vina Mayu vient de faire son apparition sur les tablettes de notre monopole. Pour comprendre ma satisfaction il faut savoir que Vina Mayu est la compagnie sœur de Vina Falernia et que les deux compagnies partagent les mêmes installations, le même terroir et le même savoir-faire car l'œnologue italien Giorgio Flessati supervise les deux opérations. Le cousin chilien de Flessati, Mauro Olivier est propriétaire de Mayu et de Falernia. J'ignore pourquoi on a créé deux compagnies distinctes, car finalement il y a peu de différences entre les deux, question de commercialisation peut-être? Petit vidéo intéressant pour découvrir un peu Mayu et Elqui. Pour ce qui est du vin, il est issu de raisins venant de deux vignobles, un de climat frais situé à 17 km de la côte, et d'un autre plus tempéré, situé plus à l'intérieur des terres. J'ignore les proportions de chacun. J'ai trouvé peu de détails sur l'élaboration, sinon que 45% du vin a été élevé en barriques neuves de chêne français. Le vin titre à 14% d'alcool selon l'étiquette et le site de la SAQ, le site du monopole spécifie aussi que le taux de sucres résiduels est de 3.7 g/L. Détail anodin, j'aime bien l'étiquette de ce vin. La sobriété Nouveau-Monde ça ressemble à ça. Qu'en est-il du vin?
La robe est sombre et parfaitement opaque. Dès le premier abord l'empreinte olfactive typique de la Syrah de Falernia se révèle avec intensité et délice. La parenté avec le profil Rhône nord propre est toujours aussi évidente. Ça sent bon la cerise, la mûre, la fumée de bois brûlé, la violette, le poivre noir, l'olive noire et le chocolat noir. Une série noire à laquelle s'ajoute une touche vanillée qui se confond avec l'aspect bois brûlé. Un nez vraiment intense, complexe et enchanteur avec une qualité d'arômes incroyable. Le contentement se poursuit une bouche où le vin se montre intense et simplement délicieux. Pour un jeune vin démonstratif l'équilibre est excellent, ça en met plein les papilles, mais sans impression de lourdeur ni grand volume. Ceci dit, ce jus fermenté est très intense. Le vin est sur l'exubérance de la jeunesse, mais les saveurs sont d'une telle qualité et si bien agencées que cela ajoute au plaisir juvénile qu'offre cet exotique extrait de Syrah. Les tanins sont soyeux, le vin glisse bien, dangereusement même, il faut se retenir pour éviter les premiers symptômes de l'ivresse, même si le vin procure une autre forme d'ivresse tellement il est délicieux. La finale est à la hauteur de l'appel, très intense, harmonieuse et très longue.
Il y a longtemps que je n'ai pas été aussi enthousiaste à propos d'un vin. Il faut dire que j'adore le profil aromatique que peu donner la Syrah dans le Rhône nord, lorsqu'il n'y a pas d'interférences microbiologiques pour voiler le vin. Avec cette Syrah de Vina Mayu on retrouve cette parenté aromatique, mais avec une intensité que je n'ai jamais rencontrée dans le haut-lieu français du cépage. Certains diraient que le vin est sur les stéroïdes, je ne dirais pas ça, mais une choses est claire, il n'est clairement pas sur la retenue. Au-delà de ça, je vois dans ce vin un protentiel de garde extraordinaire. Le genre de vin qui en jettera plusieurs sur le cul dans 10-15 ans par le niveau de raffinement qu'il aura su atteindre. Avec la promotion à moins 10 % de la fin de semaine, j'en ai profité pour en en acheter 15 bouteilles à 19$ l'unité. Le RQP de ce vin est tout simplement hors norme. J'en boirais tous les jours tellement c'est bon et tellement la qualité est incroyable au vu du prix. Si vous aimez la Syrah et n'avez pas peur des jeunes vins intenses, ou si vous avez la patience et la foi nécessaires pour mettre des bouteilles de ce vin de côté, vous ne pouvez simplement pas le laisser passer. Peut-être qu'après cela votre vision du Chili ne sera plus la même.
Finalement, j'en profite pour réclamer à la SAQ les vins de Vina Leyda, et d'offrir au moins un Riesling chilien. Ma suggestion? La cuvée Neblina de Vina Leyda, ou bien la cuvée "Single Vineyard" de Vina Cono Sur. Deux vins qui devraient se vendre autour de 20$ selon les normes de la SAQ et qui seraient de superbes RQP.
samedi 13 juin 2015
STELLA AUREA, 2001, MAIPO ALTO, CLOS QUEBRADA DE MACUL
Clos Quebrada de Macul est un de mes producteurs chiliens favoris. Sa cuvée Domus Aurea est un des meilleurs vins de ce pays qu'il m'ait été donné de goûter. Ici nous avons sa petite sœur, je dis petite sœur car le producteur dit qu'il s'agit d'une version plus féminine du Domus. Toujours est-il que les deux vins viennent du même vignoble de la région de Macul, au nord de Santiago, aux pieds des Andes. Ce vignoble en pente a été planté au début des années 70. Je n'ai pu retrouver d'informations sur l'élaboration de ce vin, mais il est fortement composé de Cabernet Sauvignon et normalement complété par un peu de Merlot et de Cabernet Franc. Selon l'étiquette, il titre à 14% d'alcool.
La robe montre de clairs signes d'évolution par son aspect translucide et sa teinte légèrement orangée au pourtour du disque. Le nez enchaîne en dévoilant lui aussi un aspect évolué qui teinte l'ensemble de la palette aromatique marquée par des arômes de petits fruits, noirs et rouges, de camphre, de terre humide, de bois brûlé, d'épices douces et de fines herbes. Superbe nez, fin et très complexe, un peu difficile à décrire avec un quelconque sentiment de justesse car on semble y découvrir un nouvel arôme presqu'à chaque abord. Le ravissement se poursuit en bouche on l'on retrouve un vin raffiné et admirablement équilibré. Rien n'accroche, tous les angles sont arrondis et le vin glisse sans effort avec son cortège de saveurs, à la fois délicates et intenses. En milieu de bouche c'est encore l'impression d'équilibre et de finesse qui s'impose. Le vin est facile à boire, mais tellement bon qu'on veut prendre son temps pour bien l'apprécier. La finale confirme, harmonieuse, soyeuse et longue.
Que puis-je ajouter, sinon que la patience paie? J'ai acheté ce vin il y 10 ou 11 ans et il donne clairement aujourd'hui un résultat bien différent de ce qu'il offrait en jeunesse. Ce qu'il a perdu en puissance, en intensité, en solidité et en volume, il l'a récupéré en finesse, en souplesse, en impression d'équilibre et en complexité aromatique. Le monde du vin en est un où on aime bien la distinction et la rareté. Le Chili est rarement associé au mot distinction, mais en pure aveugle ce vin changerait bien des perceptions. Pour ce qui est de la rareté, et bien pour avoir des vins chiliens de ce type et de cet âge il faut les acheter jeunes, être convaincu de leur potentiel et avoir la patience de les garder. Rares sont ces vins aujourd'hui car rares sont les convaincus. Pas besoin d'aller faire la file à la Signature et payer de fortes sommes pour avoir des vins rares et distinctifs. Ce Stella Aurea en est la preuve, payé 20$ dans le temps, il ne déparerait pas une vague de vins de type bordelais de très bon niveau, et quand je dis très bon niveau, je veux vraiment dire très bon niveau...
samedi 23 mai 2015
SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2013, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE
Après la Syrah de Casas del Bosque, pourquoi ne pas continuer avec leur Sauvignon Blanc Reserva? Ce vin est pour moi un classique
chilien et un de mes vins favoris de consommation courante. Casas del
Bosque est situé dans la partie ouest de la vallée de Casablanca.
C'est la partie la plus proche de l'océan et donc, la plus fraîche.
Ce vin est issu de trois clones du cépage et de deux types de sols.
La vendange est mécanique et a lieu la nuit à des températures
très basses ( entre 3 et 7° C), entre le 8 et le 22 avril. Le
vinification inclut l'égrappage complet, le pressurage suivi d'une
macération à froid pré-fermentaire de 64 heures en cuves d'inox,
transfert du jus surnageant par gravité, pressurage de la suspension
de peaux et de jus restante et séparation des fractions de basses et
de hautes pressions. Tous les jus ainsi obtenus sont laissés au
repos pour quatre jours à 10° C et ensuite inoculés avec des
levures sélectionnées pour une fermentation alcoolique à très
basses températures (aussi bas que 6.5° C au pic de fermentation).
93% du jus est fermenté en inox et 7% en barriques de chêne
français de quatrième et cinquième usages. La fermentation en
barriques atteint des températures beaucoup plus élevées (22° C).
Après deux mois d'élevage sur lies, le vin en barriques est
assemblé au gros du vin en inox et ensuite stabilisé à froid et
embouteillé. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH très modéré
de 3.37 et est bien sec à 2 g/L de sucres résiduels.
La robe est jaune pâle avec des
reflets verdâtres. Le nez à l'ouverture est exubérant avec de
forts arômes de pamplemousse et de zeste de pamplemousse. Le tout se
calme par la suite pour livrer un profil où le cassis, les fruits de
la passion et le citron gagnent en importance. Il y a aussi un aspect
floral très agréable qui vient agrémenter l'ensemble qui est
complété par un léger trait végétal évoquant le bourgeon de
cassis et le poivron vert. Beau nez de jeune Sauvignon, complexe et
élégant, où l'aspect thiolé marque fortement le profil. En bouche
on retrouve un vin équilibré et simplement délicieux. Les saveurs
sont intenses et offrent un heureux mélange dominé par le fruité
et complété par le végétal. L'acidité offre un bon tonus à
l'ensemble, sans être tranchante, et le vin possède une touche de
gras qui ajoute un aspect tactile bienvenu. Le niveau de
concentration est bon et bien ajusté au style du vin qui ne
vise pas à impressionner par l'excès. La finale conclut en beauté
le parcours, toute en harmonie et avec une très bonne longueur.
Ce Sauvignon cadre parfaitement avec
l'idée que je me fais du vin chilien de type Reserva, soit un vin
axé sur l'aromatique, montrant une belle présence, un bon
équilibre, mais qui évite toute forme d'excès. En fait, le seul
excès de ce vin se présente dès l'ouverture alors qu'il offre un
court festival du pamplemousse. Le caractère éphémère de la chose
fait en sorte que ce n'est pas un problème, au contraire. Au-delà
ce ça, le vin est un cas de figure pour qui veut comprendre le
potentiel aromatique du Sauvignon Blanc. On a les thiols qui nous
offrent les arômes de pamplemousse, de cassis, de bourgeon de cassis
et de fruits de la passion. On a des terpènes qui apportent le
caractère citronné et floral, puis des pyrazine pour le caractère
végétal évoquant le poivron vert. Dans ce vin, ce cocktail est
bien dosé, avec le fruité en mode majeur, alors que le floral et le
végétal jouent les seconds violons. C'est très bien ainsi. Cette
cuvée de Casas del Bosque est une de mes favorites pour les vins
chiliens de ce cépage car elle offre le compromis idéal. Ainsi ce
vin offre tout ce qu'on peut attendre d'un bon jeune vin de SB, sans chercher à en mettre plein la vue, et le tout
pour un prix incroyablement abordable (13.95$ en Ontario). Le
2012 est toujours disponible au Québec à un prix plus élevé
(17.60$), mais comme toujours à la SAQ il faut acheter lors des
promos moins 10%, cela ramène le prix à 15.85$. L'écart demeure
significatif, mais même à ce prix le vin demeure une véritable
aubaine. J'écris cette note de dégustation après ma sixième de
huit bouteilles. À boire jeune pour en tirer le maximum de plaisir.
En espérant que ce vin apparaisse sur les tablettes de la SAQ, il
n'a pas traîné sur celles de la LCBO. L'aubaine était telle que
c'est facilement compréhensible.
samedi 9 mai 2015
SYRAH, GRAN RESERVA, 2012, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE
Casas del Bosque est une "boutique winery" chilienne située dans la partie la plus fraîche de la vallée Casablanca, à l'ouest de la vallée. Le Sauvignon Blanc, Reserva, de la maison est un de mes vins chiliens de consommation courante préféré. Cette fois j'ai eu la chance de mettre la main sur un rouge de gamme plus élevée. Il s'agit d'une Syrah issue de vignes de 8 à 13 ans d'âge plantées à flanc de colline sur un terroir granitique. Les raisins ont été vendangés il y a trois ans à cette période de l'année, soit du 9 au 18 mai 2012. La vinification comprend l'égrappage, une macération à froid pré-fermentaire de 7 jours. Une inoculation avec des souches de levures sélectionnées pour une fermentation alcoolique de 6 jours, avec deux pigeages manuels par jour. Une macération de trois jours a suivi la fin de la FA. Après le pressurage le vin fut élevé pendant 18 mois en barriques de chêne français, 55% neuves et 45% de second usage. En début d'élevage le vin a complété une fermentation malo-lactique. Il titre à 14.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.54 et 4.4 g/L de sucres résiduels.
La robe est sombre avec des reflets
violacés et parfaitement opaque. Le nez révèle avec verve un
superbe profil de Syrah de climat frais avec des arômes de fruits
noirs, de poivre noir, de fumée, de goudron, d'épices douces,
d'olives noires et de chocolat noir. Cette description peut paraître
sombre avec tout ce noir, mais au contraire on est face à un vin
lumineux de par l'éclat de ses arômes de très belle qualité. La
bouche n'est pas en reste et la palette de saveurs intenses reflète
très bien l'image olfactive de ce vin. L'attaque est ample, le vin
est souple et une juste dose d'amertume contribue à l'équilibre
d'ensemble. Le milieu de bouche confirme le plaisir intense qu'offre
ce nectar qui possède une très bonne concentration, mais sans
lourdeur et avec un bon volume. Le boisé semble contribuer à la
présence tannique du vin qui gagne en importance et se resserre dans
une finale solide et très longue.
Le vin peut souvent nous surprendre. On
se fait des idées à son sujet et il y a toujours une cuvée quelque
part qui trouve le moyen de nous faire mentir. Dans mon commentaire à
propos d'une Syrah de climat frais d'Errazuriz, j'avais émis
l'opinion que le bois neuf ne convenait pas vraiment à la Syrah de
climat frais, qu'il était plus approprié pour les vins de Syrah issus de
climats plus chauds. En règle générale cela demeure vrai, il me semble,
mais cette cuvée Gran Reserva de Casas del Bosque montre bien
qu'il ne faut pas en faire un dogme. L'usage du bois neuf ici se
marie très bien avec le profil aromatique du vin. Bien sûr,
celui-ci est très jeune, et ce bois est facilement perceptible,
surtout en bouche, mais ça ne pose pas de problème à ce stade si on accepte ce style, et
il est clair que le temps en bouteille va permettre d'encore mieux
intégrer cet aspect boisé. Ici le bois ne masque rien et il vient
plutôt supporter le beauté et la richesse de l'ensemble. Cette
Syrah de Casas del Bosque est vraiment un vin de haut calibre. Une de
mes belles découvertes en rouge depuis un bon bout de temps. On
flirte ici avec ce que le Chili fait de mieux avec ce cépage. Le vin
n'a pas la puissance et la concentration exacerbées de certaines
cuvées de luxe très coûteuses, mais il montre un très bel
équilibre et ne manque absolument pas de matière et de présence.
Il porte bien son nom de Gran Reserva car il tombe justement, en
termes de proportions, entre ce que donne un bon Reserva et une super
cuvée très concentrée et extraite. Ici on est clairement dans ce
que j'appellerais le haut de gamme modéré. Un créneau où le Chili
fait des merveilles en terme de RQP. Le vin est qualitativement très
ambitieux, mais il ne franchit pas la marche de la bombe hyper
concentrée qui peut attirer des très gros scores de critiques
américains. Ceci dit, ce vin a été choisi comme le meilleur de tous les vins en compétition, "Best in Show", lors des "Wines of Chile Awards 2014". À 22.95$ à la LCBO c'est une très belle façon de goûter une des meilleures Syrah de climat frais du Chili et de découvrir le haut niveau qualitatif dont est capable ce producteur. De plus, avec sa matière substantielle et son aspect boisé bien affirmé, ça me semble un excellent candidat pour une garde de 10 à 15 ans.
vendredi 1 mai 2015
4-Ethylphénol, 99%, Aldrich
Ne vous en faites pas, je n'écrirai pas de note de dégustation pour le contenu de cette bouteille, même si bien des vins contiennent la même molécule. Parce que la production de 4-Ethylphénol par les Bretts est naturelle, c'est accepté par plusieurs. Désolé de revenir encore sur ce sujet mais l'ignorance et le tabou qui l'entoure m'y ramènent périodiquement. Voilà que ce matin je tombe sur un nouvel article Marc-André Gagnon de Vin Québec où on jette de la confusion sur la culpabilité de cette levure pour expliquer les arômes phénolés (cuir, écurie, encre, iode, etc..). Le méconnaissance de l'arôme produit par le 4-Ethylphénol dans le vin en est le principal responsable. Le 4-Ethylphénol est un métabolite produit seulement par les levures Brettanomyces, par aucun autre micro-organisme. Donc, quand on est sensible au 4-Ethylphénol et qu'on sait en reconnaître l'arôme dans le vin, il n'y a pas de doute ensuite à savoir si le profil aromatique d'un vin est entaché par l'action des Bretts. Le problème, c'est que plusieurs dégustateurs aiment ça, que ce soit naturellement ou par obligation, par goût acquis, car il est très difficile d'être amateur de vins haut de gamme et de détester cet arôme, car il est très prévalent dans ce type de vins. Je suggère à tout dégustateur professionnel de déterminer sa sensibilité à cette molécule et à apprendre à la reconnaître. Comme ça il pourrait écrire en sachant vraiment de quoi il s'agit. Personnellement je l'ai fait. J'ai le produit pur je sais que j'y suis sensible et je sais ce que ça sent dans le vin. Ça ne peut pas être confondu avec autre chose, croyez-moi
Pour revenir à l'article de M. Gagnon, pour ce qui est du vin de M. Valette, il a beau n'avoir fait qu'une mise, ça ne garantit rien. Les levures sont en suspension dans le vin et avec le temps elles sédimentent au fond de la cuve. Alors il est bien possible qu'une partie du vin, celui du dessus de la cuve, ne contiennent pas de brett, ou très peu, alors que celui du fond en contiennent. Aussi, les Bretts se reproduisent en bouteille lorsque les conditions sont propices (pas assez de SO2 libre, pH trop élevé, sucres résiduels, température d'entreposage du vin à 20 dégrés Celsius ou plus.). Ainsi, il est possible d'embouteiller un vin ne contenant que quelques levures, mais qu'une fois en bouteille celles-ci se multiplient et se mettent à produire du 4-ethyl phénol et autres molécules aromatiques désagréables. J'ai vécu cette expérience plusieurs fois. Des vins jeunes ne montraient aucun signe de Brett, et après quelques années de cave passive, ces arômes phénolés apparaissaient. Vive les vins adéquatement sulfités et filtrés au besoin. Trop de bons vins sont gâchés par cette phobie des sulfites et de la filtration.
jeudi 23 avril 2015
CAUQUENINA, 2012, MAULE, CLOS DES FOUS
Les producteurs de la nouvelle vague chilienne sont encore peu présents à la SAQ, mais l'exception qui confirme la règle est Clos des Fous qui compte maintenant quatre vins offerts par notre monopole. Cette cuvé baptisée Cauquenina est la dernière arrivée sur les tablettes. Si le nom du vin est un indice présageant du contenu de la bouteille, on peut s'attendre à un vin féminin car Caquenina veut dire "Fille de Cauquenes" en espgnol, Cauquenes étant une rivière, une ville et une province du sud de la vaste vallée de Maule. Ce vin est un assemblage particulier. Le site de la SAQ mentionne 36% Carignan, 23% Cinsault, 23% Syrah et 18% Malbec. D'autres sources mentionnent 36% Carignan, 18% Malbec, 15% Syrah, 15% Pais, 9% Cinsault et 7% Carmenère. Le Pais et le Cinsault viendraient de la région de Itata, située juste au sud de Maule. Qui dit vrai? La SAQ est peu fiable dans l'information qu'elle donne sur les vins chiliens. Pour ce qui est de l'élaboration du vin issu de raisins cultivés sans irrigation, chaque cépage a été vinifié séparément en cuve de béton. 15 % de l'assemblage a été élevé en barriques de chêne français neuf, le reste en barriques de second usage. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un très vif pH de 3.22 (un pH de vin blanc) et est très sec avec seulement 2.2 g/L de sucres résiduels.
La robe est d'un rubis légèrement translucide. Le nez est dominé par de frais arômes de cerises et de fraises et par un aspect terreux bien présent. À cela s'ajoutent des notes doucement épicées (vanille, cannelle, muscade), ainsi qu'une fraîche touche camphrée. Beau nez complexe d'où se dégage une impression de fraîcheur. En bouche le vin se présente avec légèreté et fraîcheur, tout en déployant d'intenses saveurs de très belle qualité. Le milieu de bouche confirme l'aspect aérien de cet élégant nectar. Je le qualifie d'élégant, mais d'une élégance rustique. Il y a un côté campagnard dans ce vin, voire naturel, mais dans le meilleur sens du terme avec le caractère tout en fraîcheur du fruit et le côté terreux. Toujours est-il que le vin est délicieux, facile à boire, avec des tanins discrets, et se donne par certains aspects des airs bourguignons. La finale est conséquente, harmonieuse et de bonne longueur.
Si le vin dit naturel ressemblait à ça, vous auriez en moi un converti. Le problème c'est que ce vin ne tombe pas dans cette catégorie. Il est sulfité, l'étiquette l'indique bien, mais en même temps le groupe du Clos des Fous prône l'élaboration avec intervention humaine minimale. Il faut croire qu'ils ont bien délimité la frontière, car avec ce jeune vin ils touchent la cible en plein cœur. Comme je l'ai écrit, il y a une impression de proximité avec la nature qui se dégage à la dégustation de ce vin. Ceci dit, je n'y ai détecté aucun arôme déviant. Le vin est aromatiquement intègre et offre un style qui enrichit l'offre chilienne. Je considère que c'est un très bon vin, vraiment délicieux à ce stade de prime jeunesse. Toutefois, compte tenu de l'aspect terreux qu'il présente, un aspect qui se rapproche de certaines notes d'évolution rencontrées dans des vins plus âgés, je suis loin d'être convaincu de son potentiel de garde. En matière de garde il est très difficile de prévoir l'avenir, mais ce côté terreux précoce et la légèreté tannique du vin me laissent dubitatif sur le potentiel de garde. Seul celui qui tentera l'expérience de mettre ce vin à l'ombre pour une décennie pourra obtenir une réponse définitive à cette question. Au-delà de ce questionnement, une chose est sûre, à 23.00$ à la SAQ, ce vin représente un très bel achat. Un vin qui selon moi pourra plaire à un europhile capable de ranger ses préjugés au placard. J'irais même plus loin, c'est un vin qui pourrait plaire à un amateur de bourgognes ouvert d'esprit. Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que ce vin est une copie de bourgogne. Il n'y a pas de Pinot dans son assemblage. Mais pour moi il y a une parenté avec l'esprit bourguignon dans ce vin. Aussi, c'est un vin intéressant de par la nature disparate de son assemblage et du résultat obtenu. Ce qui marque son profil et le distingue, c'est le fait que les raisins proviennent de terroirs non irrigués, et la volonté du producteur d'obtenir un vin à l'extraction délicate. À découvrir.
mercredi 15 avril 2015
Le biologique, un problème, vraiment?
Ceux qui lisent ce blogue avec régularité savent que je suis aux antipodes du courant actuellement à la mode du vin dit naturel. J'ai aussi de grosses réserves à propos du côté ésotérique de ce qu'on appelle la biodynamie. Vin "naturel" et biodynamie vont souvent de pair. J'ai aussi toujours été contre le vin élaboré avec un souci d'intervention minimale. J'ai toujours été pour le vin élaboré de façon raisonnable, biologique si c'est possible, mais pas nécessairement biologique. En résumé, j'ai toujours été contre le vin idéologique. Contre le vin où l'on tente de nous faire croire que l'intervention humaine est nécessairement mauvaise. Contre le vin où l'on compromet la qualité pour rester fidèle à des idéaux creux.
Voilà. telle est ma position sur le sujet, et j'en ai toujours eu contre les défauts issus de cette idéologie d'intervention minimale et de bienveillance de la nature. J'en ai toujours eu contre les vins brettés, oxydés et instables dès qu'ils sont exposés à des températures excédant 12 degrés Celcius. Voilà donc que je tombe aujourd'hui sur un texte de Marc-André Gagnon sur Vin Québec qui rapporte ses déboires avec des vins biologiques. J'aimerais dire à M. Gagnon que ce n'est pas le concept de vin biologique qui est en cause pour expliquer la faiblesse générale des vins de cette catégorie. Quand je parle de faiblesse, je parle du manque de résistance de plusieurs de ces vins hors des conditions idéales de garde. Le concept de vin biologique n'exclut pas de sulfiter le vin de manière suffisante. Il n'exclut pas non plus de filtrer le vin avant la mise en bouteille. Si vous sulfitez peu, et ne filtrez pas non plus, alors vous ouvrez la porte à toutes sortes de problèmes par la suite. Si vous élaborez un vin de la sorte, vous devriez vous assurer qu'il soit ensuite traité comme un produit périssable. Le problème c'est que plusieurs tenants du bio font dans la pensée magique et font fi de principes scientifiques de base. La diabolisation des sulfites est une aberration. Les sulfites sont un produit naturel. La fermentation alcoolique en produit une bonne dose. De plus, les sulfites disparaissent du vin avec une période de garde de 7 à 10 ans. Une cave à vin remplie de vins d'un certain âge est encore le meilleur moyen de boire du vin sans sulfites, mais du vin qui en a contenu auparavant et qui a permis une saine constitution de celui-ci au moment de le déguster.
Je sais que ce petit blogue n'a aucune influence et que je prêche dans le désert, mais il faut arrêter avec le délire de la non intervention et de la nature bienveillante. Je sais qu'on vit dans un monde où plein de produits alimentaires sont traficotés. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans la paranoïa. Il existe une multitude de vins élaborés en toute intégrité par des producteurs consciencieux dont le seul but est d'offrir un produit de haute qualité, sans "manipulations". La majorité des producteurs de bonne réputation élaborent leurs vins de manière raisonnable. Viticulture raisonnée et même approche au chai. On ne fait que ce qui est nécessaire. La qualité du vin repose dans l'équilibre, c'est vrai pour le goût du vin, mais c'est vrai aussi pour la manière dont il est élaboré. Oui il y a des producteurs qui fabriquent des vins purement industriels, mais ils sont assez faciles à identifier et à éviter. Cependant, il y a aussi nombre de producteurs qui tentent de surfer sur la vague de la pseudo vertu naturelle en omettant de faire ce qu'il faut pour élaborer du vin stable et de qualité. Ceux-ci abusent autant des consommateurs que les fabricants de vins "manipulés". Comme on dit, trop c'est comme pas assez, et ce qui s'éloigne de la juste mesure, d'un côté ou de l'autre, finit par se rejoindre et être, en un sens, du pareil au même, soit du mauvais vin.
P.S.: Félicitations à Marc-André Gagnon d'avoir écrit un texte qui expose les faiblesses d'une catégorie de vins qu'il affectionne. Ceci dit, je le répète, ce n'est pas le concept de vins biologiques qui est en cause. Le vin bio bien élaboré, assez sulfité et filtré de manière adéquate, au besoin, sera tout aussi stable qu'un vin conventionnel.
Voilà. telle est ma position sur le sujet, et j'en ai toujours eu contre les défauts issus de cette idéologie d'intervention minimale et de bienveillance de la nature. J'en ai toujours eu contre les vins brettés, oxydés et instables dès qu'ils sont exposés à des températures excédant 12 degrés Celcius. Voilà donc que je tombe aujourd'hui sur un texte de Marc-André Gagnon sur Vin Québec qui rapporte ses déboires avec des vins biologiques. J'aimerais dire à M. Gagnon que ce n'est pas le concept de vin biologique qui est en cause pour expliquer la faiblesse générale des vins de cette catégorie. Quand je parle de faiblesse, je parle du manque de résistance de plusieurs de ces vins hors des conditions idéales de garde. Le concept de vin biologique n'exclut pas de sulfiter le vin de manière suffisante. Il n'exclut pas non plus de filtrer le vin avant la mise en bouteille. Si vous sulfitez peu, et ne filtrez pas non plus, alors vous ouvrez la porte à toutes sortes de problèmes par la suite. Si vous élaborez un vin de la sorte, vous devriez vous assurer qu'il soit ensuite traité comme un produit périssable. Le problème c'est que plusieurs tenants du bio font dans la pensée magique et font fi de principes scientifiques de base. La diabolisation des sulfites est une aberration. Les sulfites sont un produit naturel. La fermentation alcoolique en produit une bonne dose. De plus, les sulfites disparaissent du vin avec une période de garde de 7 à 10 ans. Une cave à vin remplie de vins d'un certain âge est encore le meilleur moyen de boire du vin sans sulfites, mais du vin qui en a contenu auparavant et qui a permis une saine constitution de celui-ci au moment de le déguster.
Je sais que ce petit blogue n'a aucune influence et que je prêche dans le désert, mais il faut arrêter avec le délire de la non intervention et de la nature bienveillante. Je sais qu'on vit dans un monde où plein de produits alimentaires sont traficotés. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans la paranoïa. Il existe une multitude de vins élaborés en toute intégrité par des producteurs consciencieux dont le seul but est d'offrir un produit de haute qualité, sans "manipulations". La majorité des producteurs de bonne réputation élaborent leurs vins de manière raisonnable. Viticulture raisonnée et même approche au chai. On ne fait que ce qui est nécessaire. La qualité du vin repose dans l'équilibre, c'est vrai pour le goût du vin, mais c'est vrai aussi pour la manière dont il est élaboré. Oui il y a des producteurs qui fabriquent des vins purement industriels, mais ils sont assez faciles à identifier et à éviter. Cependant, il y a aussi nombre de producteurs qui tentent de surfer sur la vague de la pseudo vertu naturelle en omettant de faire ce qu'il faut pour élaborer du vin stable et de qualité. Ceux-ci abusent autant des consommateurs que les fabricants de vins "manipulés". Comme on dit, trop c'est comme pas assez, et ce qui s'éloigne de la juste mesure, d'un côté ou de l'autre, finit par se rejoindre et être, en un sens, du pareil au même, soit du mauvais vin.
P.S.: Félicitations à Marc-André Gagnon d'avoir écrit un texte qui expose les faiblesses d'une catégorie de vins qu'il affectionne. Ceci dit, je le répète, ce n'est pas le concept de vins biologiques qui est en cause. Le vin bio bien élaboré, assez sulfité et filtré de manière adéquate, au besoin, sera tout aussi stable qu'un vin conventionnel.
jeudi 2 avril 2015
SAUVIGNON BLANC, OUTER LIMITS, 2013, ZAPALLAR, ACONCAGUA COSTA, VINA MONTES
Je poursuis, quand je le peux, mon exploration des nouveaux terroirs chiliens. Cette fois c'est avec un vin de la région de Zapallar située sur la côte du Pacifique, dans la région de l'Aconcagua Costa, quelques dizaines de kilomètres au nord des vignobles du pionnier de cette région, Errazuriz. Le vignoble de Montes est aussi plus proche de l'océan, à seulement 7 km de la côte. Le vin a été élaboré en inox avec élevage sur lies et est issu d'un millésime particulièrement frais. Le résultat est un vin qui titre à seulement 12.5% d'alcool, pour un pH de 3.22 et est bien sec à 2.54 g/L de sucres résiduels.
La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez est modéré tout en montrant un profil aromatique particulier qui évoque pour moi un assemblage improbable de Sauvignon Blanc et de Riesling. On détecte des arômes de citron, de fruits de la passion, de conifère, de roche mouillée et de poivron vert. Un beau nez difficile à bien décrire et qui se démarque des différents styles SB chiliens que je connais. La bouche montre aussi un profil particulier pour un vin de climat si frais. L'acidité n'y est pas aussi marquée que ce que l'on rencontre habituellement dans ce genre de vin. Le tout demeure bien vif, mais pas tranchant. Le vin montre aussi une certaine rondeur avec un léger gras qui contribue probablement à adoucir la perception de l'acidité. Le saveurs sont dominées par l'aspect citronné. L'ensemble est intense et avec un bon niveau de concentration. La finale est à l'avenant avec une très bonne persistance.
Vin irréprochable de Vina Montes qui offre aussi sa part d'originalité. Ceci dit, pour moi il lui manquait quelque chose pour être un vin impressionnant. Vous me direz que j'en demandais beaucoup à un vin payé 19.95$. C'est vrai, mais quand explore et qu'on touche à un vin d'un lieu inédit, il y a une part de soi qui demande à être impressionnée. Ce ne fût pas le cas ici, mais le vin n'en demeure pas moins à la hauteur au plan qualitatif, et il exprime clairement la fraîcheur du climat d'où il est issu. Au prix payé il constitue un bon achat, mais le Chili offre certains vins de ce cépage, du même niveau, pouvant être achetés pour quelques dollars de moins.
samedi 28 mars 2015
CARMENÈRE, RESERVA, 2012, ELQUI, VINA FALERNIA
Falernia est un de mes producteurs
chiliens favoris. Avec Vina Leyda c'est celui que je voudrais voir
sur les tablettes de la SAQ. La maison offre des vins de très haute
qualité à des prix très abordables. Dans le cas présent nous
avons droit à un vin de Carmenère élaboré en utilisant la méthode
vénitienne de l'appassimento qui consiste à partiellement sécher
les raisins avant la vinification. L’œnologue en chef de Falernia,
Giorgio Flessati, est italien, cela explique donc l'influence qui
préside à l'élaboration de ce vin. Les raisins pour ce vin proviennent d'un vignoble situé dans la partie
intérieure et plus chaude de la vallée de Elqui. Les vignes ont 10 ans d'âge
et sont plantées à 2100 pieds d'altitude sur le lit desséché
d'une rivière. La vendange est très tardive, soit au début juin,
l'équivalent de début décembre pour l'hémisphère nord. La
fermentation alcoolique a lieu en inox et l'élevage en barriques de
chêne américain de haute qualité, fabriquées par un tonnelier
français, pendant 6 à 8 mois. Le vin titre à 15% d'alcool, pour un
pH de 3.73 et demeure sec à 3.9 g/L de sucres résiduels.
La robe bien colorée, mais légèrement
translucide. Le nez est bien dégourdi et dégage des arômes de
cerises, de figues et de raisins séchés, ainsi que de camphre et de
chocolat noir. À cela s'ajoute un léger aspect évoquant la viande
crue. L'aspect végétal généralement associé à ce cépage est
totalement absent ce qui laisse présager un vin au fruité mature.
Cela se confirme dès le premier abord en bouche où on retrouve un
vin ample et velouté déployant un doux fruité très agréable qui
se mêle à une belle amertume. Cerise et chocolat noir se marient
pour produire une très bel effet gustatif. Le niveau de
concentration est très bon, mais sans lourdeur où impression de
puissance. C'est un vin de pur plaisir, gourmand, qui dégage une
impression de douceur et qui glisse sans effort. L'alcool est
perceptible mais bien absorbé par la richesse de la matière et il
n'y a pas de côté brûlant, même à température plus élevée. La
finale est riche, longue et harmonieuse, avec l'aspect amer de
chocolat noir qui y gagne un peu en importance.
Le vin rouge montrant des accents de
douceur a mauvaise réputation au Québec. Du moins, dans la presse spécialisée, et s'il ne provient
pas de la Vénitie. Ici on a un œnologue italien qui a décidé
d'amener avec lui au Chili son héritage italien et de l'adapter à
un cépage bordelais tardif et au terroir particulier de la vallée
d'Elqui. Le résultat est un vin particulier axé sur la maturité et
la douceur du fruit, le tout avec des tanins veloutés et un taux
d'alcool conséquent. À 3.9 g/L de sucres résiduels le vin est
théoriquement sec, mais la maturité du fruit, l'alcool, le
glycérol, la faible acidité et le chêne américain se combinent
pour donner une impression lisse de douceur à l'ensemble. C'est un
vin de plaisir dans un style riche et bien poli. Il n'y a rien qui
accroche et les douces saveurs sont très séduisantes. J'ai toujours
perçu ce style de "vin friandise" comme légitime,
voire même essentiel. De temps en temps j'aime ouvrir une bouteille
de ce genre qui me fait penser à un Porto sec et moins alcoolisé.
Comme quoi en matière d'alcool tout est relatif. Je sais que je suis
redondant avec mes commentaires sur la diversité chilienne, mais un
vin comme celui-ci est une autre pierre à incorporer à cet édifice.
Les vins de Falernia comptent parmi les plus distinctifs du Chili. La
vallée d'Elqui permet d'élaborer des vins très différents selon
la distance qui sépare les vignobles de la côte. La Syrah de ce
producteur, de style Rhône nord, est fabuleuse et un Pinot Noir,
qu'on dit de style bourguignon, issu de très jeunes vignes, et récemment mis en marché dans sa
version 2013 s'attire des éloges nombreux. Ceci dit, l'élément le plus incroyable avec les vins
de Falernia c'est leurs prix. J'ai acheté ce Carmenère en Ontario
pour le prix ridicule de 17.95$ la bouteille. Croyez-moi, s'il venait
d'une région réputée il se vendrait beaucoup plus cher.
mercredi 25 mars 2015
Quel est le mandat de la SAQ?
Il y a depuis longtemps au Québec un mouvement qui en a contre la SAQ et son statut de monopole. Je pense que du point de vue d'un amateur de vin la SAQ est critiquable à plusieurs égards, mais ce qu'on oublie trop souvent c'est que le mandat premier de cet organisme d'état n'est pas de servir au mieux le consommateur, mais bien de chercher le meilleur compromis permettant de servir le consommateur adéquatement tout en rapportant le plus possible dans les caisses du gouvernement du Québec. Le but premier de la SAQ est donc de vendre de l'alcool, surtout du vin, en rapportant le plus d'argent possible au gouvernement, et ce, en soulevant le moins de grogne possible pour que le système puisse continuer d'opérer de la même façon.
La solution qui a été adoptée par la SAQ pour remplir son mandat est de faire le plus d'argent possible avec le buveur de vin occasionnel, celui qui ne s'intéresse pas vraiment à ce liquide, et de servir de façon correcte l'amateur avisé en prenant une marge de profit plus faible sur les vins plus haut de gamme et en offrant des rabais de 10% de façon occasionnelle. Comme ça la majorité des amateurs de vin plus sérieux peuvent trouver leur compte avec la SAQ, et ce faisant ne rechignent pas trop, alors que les buveurs de vins bas de gamme, eux, paient la note sans mot dire car pour eux le vin est un produit de consommation comme un autre. Ainsi la SAQ fait un maximum de profit en vendant des vins de dépanneurs, des vins en vrac embouteillés ici, et autres vins bas de gamme. La SAQ semble se dire que ceux qui achètent ces vins ne savent pas juger du niveau de qualité de toute façon, alors aussi bien profiter de ces victimes semi-consentantes. Si tous les acheteurs de vins connaissaient vraiment le sujet, les vins de dépanneurs et autres piquettes disparaîtraient car personne n'en achèterait. Il y a donc une prime à l'ignorance et au manque de goût qui est imposée à l'acheteur de vin au Québec. Une prime aussi au manque de moyens financiers. Ceci dit, il y a moyen de bien boire à prix abordable, mais pour ce faire le consommateur doit connaître son sujet et être prévoyant, en profitant des promotions périodiques pour faire le gros de ses achats.
Tout cela nous ramène à la case de départ, est-ce que l'on doit blâmer la SAQ ou le gouvernement? En poussant le raisonnement encore plus loin on pourrait se demander si il y a vraiment quelqu'un à blâmer. Boire du vin demeure un luxe. Ce n'est pas un produit essentiel. Comme je l'ai mentionné, la SAQ offre la possibilité de bien boire à bon prix, mais pour cela le consommateur doit être bien avisé et tirer profit des échappatoires qu'offre le système. Nous sommes donc dans un système où le consommateur doit faire un effort pour s'en tirer au mieux. Ceux qui ne le font pas sont des victimes presque consentantes. L'offre de la SAQ est clairement à deux niveaux. Un niveau correct pour ceux que le vin intéresse, et un niveau clairement déficient pour ceux qui sont prêts à l'accepter, parfois sans le savoir, mais ignorance rime ici avec acceptation.
Donc, au final, on peut bien taper sur la SAQ, mais celle-ci suit le mandat donné par le gouvernement. À ce propos, soyez assurés qu'aux prochaines élections aucun parti n'aura comme élément de programme une réforme de la SAQ axée sur le mieux boire à meilleur prix pour tous. Ce qui veut dire qu'avec les problèmes budgétaires le mandat du gouvernement à la SAQ n'est pas à la veille de changer. Du vin-arnaque continuera d'être offert à profusion sur le marché québécois et la responsabilité de l'éviter continuera d'incomber aux consommateurs. De plus, il y a une bonne proportion de la population pour qui le vin sera toujours un produit générique interchangeable et pour lequel on doit payer peu. Donc, il y aura toujours un bassin de consommateurs pour perpétuer le système actuel. En ce sens, je ne comprends pas les chroniqueurs-vin sérieux qui font des vins très bas de gamme leur cheval de bataille et leur arme pour attaquer la SAQ. Quand j'ai commencé à m'intéresser plus sérieusement au vin, il y a une quinzaine d'années, 12$ la bouteille était déjà le seuil séparant les vins très ordinaires des vins de meilleure tenue. Il y a toujours des exceptions à cette règle, bien sûr, mais de se battre aujourd'hui pour plus de vins de ce prix n'a simplement pas de sens. Le nouveau seuil de respectabilité est maintenant autour de 15$ la bouteille au Québec, dépendant du type de vin. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais il me semble que le combat devrait être d'exiger plus de vins de haute qualité entre 15$ et 20$ et moins de vins génériques vendus à prime car ils ont une appellation reconnue sur l'étiquette.
La solution qui a été adoptée par la SAQ pour remplir son mandat est de faire le plus d'argent possible avec le buveur de vin occasionnel, celui qui ne s'intéresse pas vraiment à ce liquide, et de servir de façon correcte l'amateur avisé en prenant une marge de profit plus faible sur les vins plus haut de gamme et en offrant des rabais de 10% de façon occasionnelle. Comme ça la majorité des amateurs de vin plus sérieux peuvent trouver leur compte avec la SAQ, et ce faisant ne rechignent pas trop, alors que les buveurs de vins bas de gamme, eux, paient la note sans mot dire car pour eux le vin est un produit de consommation comme un autre. Ainsi la SAQ fait un maximum de profit en vendant des vins de dépanneurs, des vins en vrac embouteillés ici, et autres vins bas de gamme. La SAQ semble se dire que ceux qui achètent ces vins ne savent pas juger du niveau de qualité de toute façon, alors aussi bien profiter de ces victimes semi-consentantes. Si tous les acheteurs de vins connaissaient vraiment le sujet, les vins de dépanneurs et autres piquettes disparaîtraient car personne n'en achèterait. Il y a donc une prime à l'ignorance et au manque de goût qui est imposée à l'acheteur de vin au Québec. Une prime aussi au manque de moyens financiers. Ceci dit, il y a moyen de bien boire à prix abordable, mais pour ce faire le consommateur doit connaître son sujet et être prévoyant, en profitant des promotions périodiques pour faire le gros de ses achats.
Tout cela nous ramène à la case de départ, est-ce que l'on doit blâmer la SAQ ou le gouvernement? En poussant le raisonnement encore plus loin on pourrait se demander si il y a vraiment quelqu'un à blâmer. Boire du vin demeure un luxe. Ce n'est pas un produit essentiel. Comme je l'ai mentionné, la SAQ offre la possibilité de bien boire à bon prix, mais pour cela le consommateur doit être bien avisé et tirer profit des échappatoires qu'offre le système. Nous sommes donc dans un système où le consommateur doit faire un effort pour s'en tirer au mieux. Ceux qui ne le font pas sont des victimes presque consentantes. L'offre de la SAQ est clairement à deux niveaux. Un niveau correct pour ceux que le vin intéresse, et un niveau clairement déficient pour ceux qui sont prêts à l'accepter, parfois sans le savoir, mais ignorance rime ici avec acceptation.
Donc, au final, on peut bien taper sur la SAQ, mais celle-ci suit le mandat donné par le gouvernement. À ce propos, soyez assurés qu'aux prochaines élections aucun parti n'aura comme élément de programme une réforme de la SAQ axée sur le mieux boire à meilleur prix pour tous. Ce qui veut dire qu'avec les problèmes budgétaires le mandat du gouvernement à la SAQ n'est pas à la veille de changer. Du vin-arnaque continuera d'être offert à profusion sur le marché québécois et la responsabilité de l'éviter continuera d'incomber aux consommateurs. De plus, il y a une bonne proportion de la population pour qui le vin sera toujours un produit générique interchangeable et pour lequel on doit payer peu. Donc, il y aura toujours un bassin de consommateurs pour perpétuer le système actuel. En ce sens, je ne comprends pas les chroniqueurs-vin sérieux qui font des vins très bas de gamme leur cheval de bataille et leur arme pour attaquer la SAQ. Quand j'ai commencé à m'intéresser plus sérieusement au vin, il y a une quinzaine d'années, 12$ la bouteille était déjà le seuil séparant les vins très ordinaires des vins de meilleure tenue. Il y a toujours des exceptions à cette règle, bien sûr, mais de se battre aujourd'hui pour plus de vins de ce prix n'a simplement pas de sens. Le nouveau seuil de respectabilité est maintenant autour de 15$ la bouteille au Québec, dépendant du type de vin. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais il me semble que le combat devrait être d'exiger plus de vins de haute qualité entre 15$ et 20$ et moins de vins génériques vendus à prime car ils ont une appellation reconnue sur l'étiquette.
mercredi 18 mars 2015
CHARDONNAY, MEDALLA REAL, 2013, LEYDA, VINA SANTA RITA
Ce vin est un monocépage, mais en même
temps un vin d'assemblage. Il combine des raisins issus de deux
terroirs bien distincts, Leyda et Limari. 80% des raisins viennent
d'un vignoble côtier très frais de la région de Leyda, aux sols
granitiques et argileux, qui n'accumule que 1120 degrés/jour, le 20%
restant provient d'un vignoble plus tempéré de la région de Limari
qui accumule un total de 1540 dégrés/jour et qui possède un sol
sablonneux contenant du calcaire. Le clone Mendoza est utilisé à
Leyda et le clone français 242 est utilisé à Limari. Donc, ce vin
est issu du mariage de deux entités très différentes, où le
terroir de Leyda est très majoritaire et devrait marquer le style.
La fermentation alcoolique est débutée en cuves d'inox avec des
levures indigènes (45%) et sélectionnées (55%), et se poursuit
ensuite en barriques de chêne français, 25% neuves, le reste étant
des barriques de deuxième, troisième et quatrième usage. 25% du
vin effectue une fermentation malo-lactique. Le vin est élevé 9
mois sur lies, en barriques, avec bâttonage hebdomadaires. Le titre
alcoolique est de 13.5%, pour un pH de 3.2, et un taux de sucres
résiduels de 1.5 g/L, ce qui en fait un vin très sec.
La robe est de teinte légèrement
dorée. Le nez est modéré dans son expression et exhale des arômes
de pomme et de poire, avec juste une touche de pêche. À cela
s'ajoute un léger trait citronné, une note de fumée, un peu de
caramel et un aspect évoquant le bord de ruisseau. En bouche on
retrouve un vin de corps moyen, bien équilibré, avec une palette de
saveurs qui reflète bien ce qui est perçu au nez. Une impression de
retenue, de délicatesse et de souplesse se dégage de l'ensemble. Le
niveau de concentration est bon, mais les saveurs n'ont pas
l'intensité qu'on retrouve dans beaucoup de vins chiliens. La finale
est harmonieuse et longue, avec un aspect boisé/épicé, jusque là
peu perceptible, qui fait un peu sentir sa présence.
Ce vin est un bel exemple de la
diversité stylistique croissante au Chili et du niveau de confiance
à la hausse chez les producteurs qui se permettent maintenant des
vins de ce genre. Celui-ci montre un profil aromatique de climat très
frais, mais avec une acidité bien intégrée qui permet d'obtenir
une impression tactile de souplesse et de délicatesse. Il n'y a rien
d'agressif ou de flamboyant dans ce nectar marqué au sceau de la
modération et de l'élégance. Je me disais que c'est le genre de
vin qui risquerait de mal sortir en dégustation à l'aveugle
tellement il n'est pas spectaculaire. Ceci dit, il a été très bien
paru dans ces circonstances aux derniers « Wines of Chile
Awards », s'en tirant avec une médaille d'or. James Suckling
lui a aussi attribué une note de 92. Je ne suis prête pas trop foi
aux médailles et aux notes, mais ça montre quand même que ce vin
peut tirer son épingle du jeu malgré son style réservé.
Personnellement, je ne donne pas de notes, mais je placerais ce vin
un cran en dessous des meilleures cuvées de Chardonnay du Chili,
mais pour le prix demandé en Ontario de 17.95$, il s'agit d'un très
bon RQP. Il me reste une bouteille de millésime 2008 en cave et ce
vin a très bien évolué, c'était toutefois un vin 100% Limari et assez différent de ce 80% Leyda. Dans une récente dégustation comparative du magazine Decanter, le Chili est ressorti comme une destination de
choix pour l'amateur recherchant des vin de ce cépage offrant un RQP
supérieur. En combinant le Chili et l'Afrique du Sud, l'amateur
avisé peut se monter cave variée, intéressante et abordable de vins de ce
cépage, des vins de très belle qualité offerts à des prix
imbattable et qui peuvent vieillir sans problèmes d'oxydation prématurée.
samedi 14 mars 2015
CABERNET SAUVIGNON, 2011, COLCHAGUA, VINA MAQUIS
Vina Maquis est un producteur chilien
intrigant situé au cœur de la chaude vallée de Colchagua, mais qui
se distingue de ses voisins en produisant des vins aux taux d'alcool
modérés, issus de vendanges hâtives.
Tout est relatif, bien sûr, mais chez Maquis on cueille le raisin
environ un mois plus tôt qu'ailleurs aux alentours. L'explication de
cette façon de faire semble découler du fait que le producteur est
conseillé depuis 2004 par un consultant réputé, soit le français
Xavier Choné, qui a comme clients des noms très réputés (DRC,
Cheval Blanc, Yquem, Opus One, etc.), et qui prône cette approche. Vina Maquis est son seul client
sud-américain. Pour ce qui est du vin dont il est question ici, il
contient 10% de Petit Verdot et est issu d'un vignoble situé entre
deux cours d'eau, soit la rivière Tinguiririca et le ruisseau
Chimbarongo. L'élaboration du vin inclut la vendange manuelle, une
macération pré-fermentaire à froid, des fermentations alcoolique
et malo-lactique consécutives en inox. Ensuite 50% du vin est élevé
pendant 10 mois en inox et l'autre moitié en barriques de chêne de deuxième et troisième usage. Le vin titre à 13.5%
d'alcool, pour un pH surprenamment élevé de 3.83 et est très sec avec 2.6 g/L de
sucres résiduels.
La robe est foncée et opaque. Le nez
est discret avec des arômes de fruits noirs et de graphite,
complétés par une touche doucement épicée et une pointe
torréfiée. Plutôt simple comme nez à ce stade et vraiment peu
démonstratif. En bouche, l'attaque est ferme, la matière dense et
le fruité sévère, aidé en cela par une bonne dose d'amertume. Le
milieu de bouche confirme un bon niveau de concentration et la
structure compacte de l'ensemble. Les tanins sont solides et
légèrement texturés. La finale confirme l'austérité de ce
nectar, sur une bonne longueur et des tanins qui se resserrent.
Ce vin n'est clairement pas, à ce
stade précoce, un vin de pur plaisir. Certains le qualifieraient de
fermé. Je l'ignore car je ne sais pas ce que le vin aura l'air dans
quelques années. Toutefois, pour moi, il est clair que c'est un vin
qui détonne de la norme actuelle au Chili. La vendange hâtive
semble marquer le style, il n'y a pas de verdeur, contrairement à ce
qu'on aurait pu craindre, mais le vin n'a pas beaucoup de gras et de
volume, le fruit est en retrait et la texture tannique manque de
douceur. Somme toute un vin austère qui semble en ligne avec
l'influence bordelaise de ce domaine. Ceci dit, ce vin montre toute
l'influence des décisions humaines en relation avec le résultat
final en bouteille. Quoi que dans ce cas-ci, c'est justement
l'évolution en bouteille qui pourrait avoir le dernier mot, mais
même si cela devait arriver et que le vin devait évoluer
favorablement, on serait clairement sur un cas de bonification en
bouteille, selon la tradition européenne. Je pense que c'est la
grande différence entre les vins issus de raisins moins matures et
ceux issus de raisins plus matures, sans être trop matures. Dans le
deuxième cas les vins peuvent être agréables dès la jeunesse, et
bien évoluer ensuite, alors que dans le premier cas il semble que la
garde soit nécessaire pour assagir le tout, mais cela reste à
confirmer. Il y a un mouvement au Chili actuellement pour vendanger
plus tôt et moins boiser les vins. Le but étant, en principe,
d'obtenir des vins plus frais et faciles à boire en jeunesse. Ici on a un vin
qui vise clairement cet objectif, toutefois, le résultat n'est
actuellement pas vraiment convaincant. Le vin n'est pas mauvais, mais
manque de charme et d'expressivité. Comme les qualités manquantes
sont celles qui m'attirent vers les rouges chiliens en jeunesse, un
vin comme celui-ci n'a donc pas beaucoup d'intérêt pour moi, si ce n'est peut-être comme pari et curiosité pour la garde. À noter que Vina Maquis produit une cuvée de Cabernet Franc haut de gamme, appelée Franco, qui est désignée par plusieurs comme le meilleur vin de Cabernet Franc du Chili. Un producteur de bonne réputation à qui je donnerai une deuxième chance si l'occasion se présente, mais je n'ai pas été convaincu sur cette bouteille.
jeudi 5 mars 2015
SAUVIGNON BLANC, BOYA, 2013, LEYDA, VINA GARCES SILVA
Boya est une nouvelle marque de Vina
Garces Silva qui produit aussi des vins sous la marque Amayna qu'on
connaît au Québec. Le vin dont il est question ici provient d'un
vignoble situé à 14 km de l'océan Pacifique, à 525 pieds
d'altitude. Les vignes ont sept ans d'âge, la vendange est manuelle
et la fermentation a lieu en inox. Le vin titre à 12.5% d'alcool
pour un vif pH de 3.10.
La robe est d'un léger verdâtre bien
clair. Le nez est modéré et dégage des arômes typiques de ce
cépage lorsque cultivé sous un climat frais, citron, fruits de la
passion et bord de ruisseau, complétés par une touche herbacée. La
bouche est plus démonstrative avec des saveurs nerveuses et intenses
où l'aspect citronné mène la charge. Le vin est de style élancé
et vif, mais avec de la densité de matière et une certaine
élégance. Le faible taux d'alcool se ressent par l'absence de ce
léger caractère onctueux qu'on retrouve dans d'autres vins de ce
cépage. Le milieu de bouche confirme l'aspect svelte et léger de ce
nectar au niveau tactile, mais cela ne se fait pas au détriment de
la concentration qui est bien focalisée. La résultante est un vin
facile à boire, mais qui a en même temps une belle présence en
bouche. La finale confirme le tout sur une allonge de très bon
niveau.
Je reviens souvent avec le mot
diversité pour parler du Chili vinicole actuel, et un vin comme
celui-ci valide ce discours. Il offre un style distinctif et tout en
fraîcheur avec son acidité soutenue, son faible taux d'alcool et
ses saveurs tout de même intenses. Le contraste avec un autre vin de
ce producteur, issu de la même région, est frappant. Ce vin est le
Sauvignon Blanc de Amayna qui titre à 14.5% et offre du volume et de
l'onctuosité dans un style à la limite de la lourdeur. Un vin que
j'ai cessé d'acheter car je le trouvais excessif. Le moins que je
puisse dire c'est que l'interprétation du terroir de Leyda qu'offre
ce Boya me plaît beaucoup plus. Autre avantage comparatif, le Boya
est vendu 14.95$ en Ontario, soit 3$ de moins la bouteille que
l'Amayna. Cela en fait une superbe aubaine au rayon des vins de
Sauvignon Blanc chiliens.
dimanche 22 février 2015
Prédisposition mentale et appréciation du vin
Ce blogue parle surtout de vins chiliens car mon expérience et mon approche face au vin m'ont mené vers ce pays et ses vins. Les deux sujets précédents l'illustrent bien. Au début j'achetais des vins d'un peu partout, sans préférence particulière, mon seul critère était de trouver des vins montrant un bon rapport qualité/prix. J'achetais des guides comme ceux de Phaneuf et Chartier pour m'aider dans ma quête. Plus tard, par le biais des forums internet sur le vin j'ai commencé à participer à des dégustations de groupe, très souvent à l'aveugle. Au cours de ces dégustations j'ai eu la chance de découvrir le monde du vin plus haut de gamme. J'y ai découvert deux choses fondamentales dans ma vision actuelle du monde du vin, soit l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin (effet Veblen, pouvoir de l'étiquette) et l'importance des fermentations secondaires (Brettanomyces, etc...) dans le profil de beaucoup de vins plus haut de gamme et mon peu d'affinité pour les vins de ce genre. Cette prise conscience m'a conforté dans mon refuge chilien car le pays offre beaucoup de vins propres montrant de très bons RQP. De plus, avec le temps, j'ai développé un préjugé favorable pour les vins de ce pays, alors ma prédisposition mentale positive envers ceux-ci me permet de les apprécier au mieux, même si cela peut parfois mener à une surévaluation de certains d'entre eux. Je n'ai pas la prétention d'être un dégustateur parfait et mon parti pris est clairement affiché, même si je tente de rester le plus honnête possible dans mes commentaires lorsque j'écris mes impressions à propos d'un vin.
Je pense qu'il est important pour un amateur d'être conscient de ses prédispositions mentales face aux vins qu'il déguste. Les travaux scientifiques de Frédéric Brochet ont clairement démontré l'existence et l'importance de ce phénomène. Ce qu'on pense par rapport au vin qu'on déguste est plus important que ce que l'on en perçoit, surtout lorsque la conviction sur sa nature est forte. J'ai déjà rapporté il y a quelques années une expérience personnelle qui m'avait convaincu à tout jamais de la réalité de ce processus mental. Toujours est-il que je suis tombé aujourd'hui sur une rubrique, sur le forum LPEL, qui implique ce phénomène. Lors d'une dégustation de groupe, un participant a joué un tour aux autres dégustateurs en leur passant un vin renommé à l'aveugle comme vin de bienvenue. Normalement, lors de ces occasions, le vin de bienvenue est un bon vin de prix abordable. Toujours est-il que plusieurs dégustateurs n'ont pas saisi à l'aveugle la grandeur présumée du vin renommé. S'en suit une discussion sur ce qu'est ou devrait être le grand vin, alors que l'expérience confirme plutôt une autre fois l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin. Après ça, de savoir si le vin est grand, chacun sait que c'est une notion bien relative. J'avais déjà répondu il y a bien des années sur le forum C&S à la question suivante: Qu'est-ce qu'un grand vin? Ma réponse avait été: C'est le vin qui renvoie au dégustateur l'idée qu'il s'en fait. C'était une boutade un peu provocatrice, bien sûr, mais elle contenait un fond de vérité dont je n'avais alors pas saisi toute la mesure.
Lorsqu'on commence à s'intéresser au vin, l'expérience nous fait défaut, mais on a l'avantage d'avoir très peu de parti-pris et d'idées toutes faites qui peuvent influer sur notre appréciation du vin. Il faut essayer de garder l'esprit le plus ouvert possible, mais malgré toute la bonne volonté du monde on développe des convictions par rapport au vin, c'est inévitable. La courte description que je fais de mon parcours en introduction le montre bien. Ceci dit, la conscience de l'influence notre prédisposition mentale est le meilleur moyen de s'en prémunir un peu. C'est important dans un monde du vin qui aime classer et hiérarchiser, noter et médailler. Dans un monde du vin de plus en plus idéologique où l'on aime parfois plus l'idée qu'on s'en fait que le vin lui-même. Dans un monde idéal on devrait ouvrir chaque vin en pure aveugle et le terminer à étiquette découverte. Chaque bouteille serait ainsi un rappel à l'ordre.
Je pense qu'il est important pour un amateur d'être conscient de ses prédispositions mentales face aux vins qu'il déguste. Les travaux scientifiques de Frédéric Brochet ont clairement démontré l'existence et l'importance de ce phénomène. Ce qu'on pense par rapport au vin qu'on déguste est plus important que ce que l'on en perçoit, surtout lorsque la conviction sur sa nature est forte. J'ai déjà rapporté il y a quelques années une expérience personnelle qui m'avait convaincu à tout jamais de la réalité de ce processus mental. Toujours est-il que je suis tombé aujourd'hui sur une rubrique, sur le forum LPEL, qui implique ce phénomène. Lors d'une dégustation de groupe, un participant a joué un tour aux autres dégustateurs en leur passant un vin renommé à l'aveugle comme vin de bienvenue. Normalement, lors de ces occasions, le vin de bienvenue est un bon vin de prix abordable. Toujours est-il que plusieurs dégustateurs n'ont pas saisi à l'aveugle la grandeur présumée du vin renommé. S'en suit une discussion sur ce qu'est ou devrait être le grand vin, alors que l'expérience confirme plutôt une autre fois l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin. Après ça, de savoir si le vin est grand, chacun sait que c'est une notion bien relative. J'avais déjà répondu il y a bien des années sur le forum C&S à la question suivante: Qu'est-ce qu'un grand vin? Ma réponse avait été: C'est le vin qui renvoie au dégustateur l'idée qu'il s'en fait. C'était une boutade un peu provocatrice, bien sûr, mais elle contenait un fond de vérité dont je n'avais alors pas saisi toute la mesure.
Lorsqu'on commence à s'intéresser au vin, l'expérience nous fait défaut, mais on a l'avantage d'avoir très peu de parti-pris et d'idées toutes faites qui peuvent influer sur notre appréciation du vin. Il faut essayer de garder l'esprit le plus ouvert possible, mais malgré toute la bonne volonté du monde on développe des convictions par rapport au vin, c'est inévitable. La courte description que je fais de mon parcours en introduction le montre bien. Ceci dit, la conscience de l'influence notre prédisposition mentale est le meilleur moyen de s'en prémunir un peu. C'est important dans un monde du vin qui aime classer et hiérarchiser, noter et médailler. Dans un monde du vin de plus en plus idéologique où l'on aime parfois plus l'idée qu'on s'en fait que le vin lui-même. Dans un monde idéal on devrait ouvrir chaque vin en pure aveugle et le terminer à étiquette découverte. Chaque bouteille serait ainsi un rappel à l'ordre.
vendredi 20 février 2015
MALBEC, 1997, MENDOZA, CATENA
Il fut un temps où l'Argentine
présentait pour moi autant d'intérêt que le Chili. À la fin des
années 90, c'était un pays qui offrait des rouges généreux et
concentrés offrant des RQP très favorables. Toutefois, avec le
temps et l'expérience, ma perception des deux pays a changé. Alors
que le Chili a progressé à une vitesse foudroyante vers plus de
qualité et de diversité, l'Argentine est toujours un pays basé
essentiellement sur une grande région, Mendoza, qui offre toujours
le même type de rouges bien concentrés, aux fruités très matures.
Bien sûr, c'est là une simplification, il y a bien le Torrontès en
blanc, quelques Chardonnay de haut niveau venant de vignobles en
altitude, puis le Patagonie pour offrir quelques vins de styles plus
frais, n'empêche que dans mon esprit l'Argentine demeure un pays qui
tire de l'arrière en terme de diversité. Ceci dit, au-delà de tout
cela, ce qui m'éloigne le plus de l'Argentine, c'est le potentiel de
garde décevant pour moi de ses vins rouges de prix abordables. Les
vins tiennent la route, pour ça aucun problème, mais ne se transforment pas vraiment. Après 10 ans de garde on retrouve souvent
des vins montrant un profil aromatique peu altéré, et à la
structure à peine assouplie. Les vins semblent presque inoxydables.
L'intérêt de garder du vin n'est pas qu'il dure le plus longtemps
possible, mais bien qu'il se transforme en bouteille pour offrir
autre chose avec le temps. Les rouges chiliens, de manière générale, atteignent très bien cet objectif, et ce n'est malheureusement pas
le cas de la plupart des argentins avec lesquels j'ai tenté
l'expérience. Ceci dit, mon expérience est sur des vins de 10 ans ou plus, car j'ai cessé d'acheter des vins argentins pour la garde depuis le millésime 2005. Ceci dit, le producteur avec lequel j'ai obtenu les meilleurs
résultats est Catena. Voyons donc ce que donne ce Malbec de type
Reserva après presque 20 ans.
La robe arbore une teinte grenat
légèrement translucide. Le nez est superbe avec ses arômes évolués
de cerise, d'épices douces, de bois de cèdre, complétés par un
soupçon de thé, de terre humide et de feuilles mortes. La bouche
révèle un vin svelte où le fruit intense mène encore la danse,
avec l'aspect boisé et évolué qui s'amalgame à merveille pour
produire l'effet gustatif recherché dans les vins de cet âge. Le milieu de bouche
permet de constater que ce nectar a encore une belle présence, des
tanins fondus et un niveau de concentration bien ajusté au style du vin. La finale confirme l'harmonie d'ensemble sur une très
bonne persistance des saveurs et une très légère pointe d'amertume
chocolatée à la toute fin.
Catena demeure pour moi le leader de la
viticulture argentine. Bien sûr, ce vin est un exemple illustrant ce
qu'un vin datant de 1997 peut donner aujourd'hui. Je ne saurais dire avec
certitude ce qu'il en est du potentiel des vins d'aujourd'hui. Le vin était vraiment
agréable et montrait une belle évolution, ceci dit, on était loin
de la métamorphose que certains vins chiliens de la même catégorie
peuvent afficher. Le vin était une déclinaison plus âgée de ce
qu'il montrait en jeunesse. Le but ici n'est pas de déprécier les
vins d'Argentine. Ce pays demeure une destination de premier choix pour qui recherche
des vins à la matière généreuse et au fruité mature. Ce vin
montre aussi que le Malbec peut bien vieillir. Toutefois, il faut se
rappeler que c'est un vin de type Reserva, et en ce sens il ressemble
en terme de proportions à ses contreparties chiliennes. La matière
et la concentration sont de très bon niveau, mais c'est clairement
en deçà de ce qu'offre les cuvées de luxe, Alta et surtout, Zapata. Alors
si l'évolution d'un vin comme celui-ci est lente, je n'ose imaginer
le temps nécessaire pour assouplir et transformer significativement
les cuvées plus ambitieuses. Ceci dit, ce constat ne s'applique pas
qu'à l'Argentine. Rendu à un certain âge il faut se demander si il
vaut la peine d'acheter des vins qui auraient besoin d'une garde de
25 ans et plus pour commencer à livrer une version différente
d'eux-même. J'ai ouvert d'autres rouges argentins au cours des quelques derniers mois, Norton, Privada, 1999 et 2002, Quimera 2002 et 2004,
Malbec Fabre Montmayou, 2001, et le constat sur ces vins concorde
avec celui que je fais ici pour ce Malbec de Catena.
dimanche 15 février 2015
Les bretts et l'uniformisation
J'ouvre en ce dimanche un Faugères, Château des Estanilles, 1998. Un vin qui date du temps où j'achetais régulièrement du vin français... Toujours est-il que ce vin était très tannique en jeunesse et sans charme particulier, mais il montrait un profil aromatique intègre. Le vin ne m'avait donc pas vraiment plu, et cette deuxième bouteille a survécu une quinzaine d'années en cave passive. Ayant envie de faire changement, et curieux de voir ce que ce vin de prix abordable pourrait donner après tout ce temps, je me suis enfin décidé à l'ouvrir. Comme je le craignais, dès la première effluve la brett a montré son hideux visage phénolé. Je dis hideux, mais le vin dans ce cas-ci n'est pas ruiné totalement. Derrière le phénol on peut entre percevoir un beau vin évolué, aux tanins assagis, et avec encore une belle matière. Malheureusement il y a ce masque phénolé, cette épice ubiquitaire du monde du vin pour venir uniformiser le tout.
Je n'ai pu retrouver l'encépagement de ce vin, mais c'est probablement composé de Syrah, Grenache et Mourvèdre. Malheureusement, avec le phénol présent, il est très difficile de jouir de l'identité propre de ce vin. Avec son côté bretté il m'a plutôt rappelé le dernier vin de ce type que j'ai frappé, soit le Sena, 1997, Aconcagua, même si l'aspect phénolé est plus marqué dans le Château des Estanilles. C'est quand même fort, le Sena est un assemblage de type bordelais du Chili, mais avec ce qu'ajoute cette foutue levure, un assemblage méditerranéen d'à peu près le même âge lui ressemble. Vous avez dit uniformisation? Comme pour le Sena, on peut percevoir un très bon vin derrière ce masque phénolé, mais même si ça ne détruit pas entièrement le vin, ça demeure pour moi très agaçant. Les deux vins auraient été tellement meilleurs et typiques sans ça. Très dommage.
mardi 3 février 2015
Brettanomyces: Le caractère non assumé (part II)
J'avais déjà écrit un texte sur le sujet suite à un article de Vin Québec. Voilà qu'on remet ça. C'est bien. Trop peu de gens dans le monde du vin parlent franchement de ce sujet. Combien de descriptions de vins alambiquées où on parle de cuir, d'iode, d'encre, d'écurie, de selle de cheval, de fumier, de crottin de cheval, de poulailler, de ferme, de vin fermier, de caractère animal, de réduction, tout cela, sans jamais vraiment nommer la chose. Tout pour ne pas nommer la chose et beaucoup d'ignorance à ce sujet, beaucoup d'incapacité à reconnaître les arômes de bretts avec certitude et toujours ce caractère qui nie la véritable expression du terroir. Ironique car la plupart de ceux qui aiment ces arômes sont convaincus de boire des vins de terroir. Pourtant, toujours la même épice dans des vins de cépages variés venant du monde entier, surtout dans le haut de gamme où on veut imiter les grands classiques français. Après ça on dit que c'est l’œnologie moderne qui uniformise le goût du vin. Ajouter à cela tous les amateurs peu sensibles ou insensibles à ces arômes, plus ceux pour qui c'est devenu un goût acquis. Impossible d'embrasser l'ensemble du monde du vin si on refuse d'accepter ces arômes. Je souhaite que plus de producteurs fassent comme ce M. Howell et en parlent ouvertement. Ceux vraiment honnêtes pourraient écrire sur leurs bouteilles ou sur la fiche technique des vins: Vin élaboré avec l'usage de levures Brettanomyces. Comme ça on pourrait éviter ces vins uniformisés et puants assaisonnés aux arômes de fermentations secondaires. J'ai souvent parlé de vins-fromages, de vins-Roquefort, ce M. Howell va dans le même sens pour ce qui est de nommer la chose. Pour ce qui est de l'apprécier....
dimanche 25 janvier 2015
PINOT NOIR, ESTATE, 2013, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ
J'ai parlé en septembre dernier du
Pinot Noir, 2012 de la gamme Max Reserva de Errazuriz. Je remet ça
cette fois avec le Pinot d'entrée de gamme de la maison sur le
millésime 2013. Celui-ci provient du même vignoble de Manzanar
situé à 12 km de la côte du Pacifique. Comme le Pinot de Vina Leyda dont je traitais dans le texte précédent, ce vin fait partie
de cette nouvelle vague de vins d'entrée de gamme maintenant issus de vignobles de climat frais. L'élaboration de ce vin comprend la
vendange manuelle, l'égrappage et la macération pré-fermentaire à
froid en cuves ouvertes d'inox. Après la fermentation alcoolique, 50% du vin est placé en barriques de chêne français usagées où
il effectue une FML et où il est élevé pendant 8 mois. Le vin
titre à 13.5% d'alcool pour un vif pH de 3.46 et 2.26 g/L de sucres
résiduels.
La robe est d'un rubis translucide et
éclatant. Le nez est très agréable dès le premier abord et très
typique du cépage avec ses arômes de fraises, de fleurs et de
fumée, agrémentés d'une touche doucement épicée et torréfiée.
Beau nez montrant une belle complexité et une qualité d'arôme
irréprochable. La bouche est tout aussi charmante. Le vin y déploie
une élégance difficilement concevable pour un vin de ce cépage à
ce prix. Le vin allie légèreté de structure et bonne
concentration, avec des saveurs combinant intensité et qualité. Le
milieu de bouche confirme le côté aérien de ce vin qui sait
montrer une bonne présence en bouche, mais sans pesanteur. Les
tanins sont fins et le vin coule sans effort vers une belle finale
longue et harmonieuse, avec les tanins qui montrent un peu de poigne
à la toute fin.
Il faut lire ma note de dégustation en
sachant que ce vin est vendu 13.95$ en Ontario. Dans ce contexte
c'est un vin qui offre un formidable niveau de qualité. Ce n'est pas
du grand Pinot, il n'en a pas la profondeur, ni la prétention, mais
compte tenu du prix et de la nature capricieuse de ce cépage, c'est
probablement un des meilleurs vins de ce cépage qu'on puisse trouver
dans cette gamme de prix. Il y a vraiment de la finesse et de
l'élégance dans ce nectar aux prétentions modestes. Le vin est
frais, léger et gouleyant, mais en même temps avec de la matière
et de la présence. Il ne faut pas confondre ici aérien et dilué.
De plus, contrairement au Pinot de Vina Leyda dont je traitais juste
avant, il y a dans ce vin de Errazuriz un rapprochement à faire avec
le style bourguignon en général, sans que ça ne soit une copie.
L'usage de barriques usagées pour l'élevage du vin fut un choix
avisé, car comme pour la Syrah dont je traitais récemment, cela
permet de mettre l'accent sur la fraîcheur du fruit, sans interférence. Je mentionnais
dans mon texte précédant qu'un vin de Pinot Noir d'entrée de gamme
est parfois un bon indice de la qualité globale d'un producteur, et
bien ce vin confirme le rôle de leader de Errazuriz dans le paysage
vinicole chilien. Mettez quelques bouteilles de Max Reserva de côté
pour quelques années, et buvez cette cuvée "Estate" entre temps sans vous casser la tête. La quintessence de ce qu'on
pourrait appeler le "Pinot de semaine".
mercredi 21 janvier 2015
PINOT NOIR, RESERVA, 2012, LEYDA, VINA LEYDA
Vina Leyda est un de mes producteurs
chiliens favoris, même si je n'avais eu la chance d'acheter que quatre de
leurs vins. Trois de ceux-ci était des cuvées parcellaires :
Sauvignon Blanc, Garuma, 2006 et 2011 et Pinot Noir Las Brisas, 2009, alors que le quatrième était le Chardonnay, Reserva, 2008, un vin de la même gamme que le Pinot dont il est ici question. J'ai lu tout ce que j'ai pu sur ce producteur et par extrapolation je ne peux que rêver de goûter aux autres vins offerts, les cuvées parcellaires de Riesling, Sauvignon Gris, Syrah et Chardonnay, de même que les cuvées haut de gamme de Sauvignon, de Pinot et de Chardo, de même qu'un nouveau mousseux, méthode traditionnelle. Dans un texte récent je disais que pour moi ce qui compte le plus c'est la réputation d'un producteur, et bien celle de Vina Leyda est excellente, et malgré cela le prix des vins est encore très raisonnable. Une bonne façon de tester un producteur est de goûter son vin de Pinot Noir d'entrée de gamme. Celui-ci, sur le millésime 2011, s'était classé de manière très étonnante parmi les meilleurs lors d'une dégustation à l'aveugle sur ce thème tenue par le magazine Decanter. Qu'en est-il de ce 2012? Je dois avouer que son titre alcoolique de 14.5% m'effraie un peu, surtout pour un vin d'entrée de gamme.
La robe est d'un rubis légèrement
translucide. Le nez s'exprime avec modération et exhale des arômes
de cerise, de fraise et de muscade, complétés par un léger aspect
terreux. Un nez plutôt simple, mais avec une belle qualité
d'arômes. En bouche on retrouve un vin qui surprend par la richesse
de sa matière. Les saveurs sont intenses et de belle qualité sur
une trame tannique soyeuse. Une juste dose d'amertume vient balancer
la légère douceur du fruit. Ça coule très bien en milieu de
bouche avec un niveau de concentration incroyable pour un vin de ce
prix et de ce cépage. Le vin a de la chair, un peu de rondeur et une
belle présence généreuse. La finale montre une longueur de très
bon calibre sur des relents d'amertume à la toute fin.
Ce Pinot Noir de Vina Leyda offre une
qualité incroyable pour le prix demandé (12.50$ LCBO). Quand on
connaît le caractère capricieux de ce cépage et la difficulté que
cela entraîne pour tenter de produire des vins à bon prix à partir
de celui-ci, l'exploit est encore plus méritoire. Le vin n'est pas
le plus complexe au niveau aromatique, le style est généreux et
direct, mais avec quand même ce qu'il faut de fraîcheur pour
préserver un bon équilibre. L'alcool est présent, mais bien
intégré et cadre avec le style du vin. Ceci dit, le vin gagne à
être dégusté légèrement rafraîchi. Ce vin est un nouvel ajout à
l'offre de produits réguliers de la LCBO. On peut juste rêver
d'avoir un Pinot de cette qualité offert à prix similaire à la
SAQ. Ce vin montre aussi que la révolution des vignobles côtiers
chiliens commence à atteindre la catégorie des vins d'entrée de
gamme, avec le bond qualitatif et de diversité que ça suppose. Ce
vin me rappelle aussi comment je souhaiterais voir les vins de Vina
Leyda offerts au Québec. Un des meilleurs producteurs chiliens
offrant diversité, fraîcheur et RQP de haut niveau.
dimanche 18 janvier 2015
SYRAH, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ
Un autre vin issu des nouveaux
vignobles côtiers d'Eduardo Chadwick qui y élabore aussi des vins
sous l'étiquette de sa "boutique winery", Arboleda. Ce
vin provient spécifiquement du vignoble Manzanar, situé à 12 km de
l'océan Pacifique. C'est un lieu très frais avec une sommation
annuelle moyenne de 1250 degré/jours. Il a été planté de trois
clones de Syrah, en 2005 et 2009, sans greffage, avec une exposition
au nord pour favoriser la pleine maturation des raisins.
L'élaboration inclut la vendange manuelle et le vin a été élevé
pendant 14 mois en barriques de chêne français de deuxième et
troisième usage. Il titre à 13.5% d'alcool, pour un frais pH de
3.45 et est très sec à 2.13 g/L de sucres résiduels.
La robe avec ses reflets violacés
trahit la jeunesse de ce vin, alors que son nez révèle sans plus de
questions que l'on a ici affaire à une Syrah de climat frais. On y
retrouve avec modération des arômes de fruits rouges et noirs, de
fumée, de lavande, de poivre noir et de viande crue. Beau nez quoi
que un peu sur la retenue à ce stade. Le bouche elle est plus
bavarde et le vin s'y déploie sans entrave. L'attaque a du nerf et
cette acidité marque le style du vin en donnant de l'éclat au
fruité et du tonus à la structure. Le vin montre une belle présence
en milieu de bouche, les saveurs y sont vives et bien concentrées
sur une trame tannique soyeuse. La finale est harmonieuse et très
persistante.
J'avais essayé il y a quelques mois
une bouteille du millésime 2011 de ce vin, toujours offerte à la
SAQ, et j'avais été déçu. Le vin manquait d'harmonie et le boisé
vanillé typique des rouges d'Errazuriz en jeunesse masquait en
partie la véritable profil aromatique du vin. À 25$ la bouteille,
j'avais décidé d'investir mon argent ailleurs. Quand j'achète un
vin de climat frais et que je paye une prime pour ce profil
aromatique, je veux pouvoir en profiter dès la jeunesse du vin. J'ai
décidé de tenter de nouveau ma chance avec ce 2012 quand j'ai vu
qu'on avait abandonné l'usage du bois neuf pour son élevage. À mon
avis, le bois neuf sied mal aux vins de climat frais où la
délicatesse aromatique du fruit est de mise. Finalement, mon
raisonnement était valide car ce 2012 montre le profil aromatique
que je recherche dans ce type de vin. En prime, le vin déploie une
belle structure, à la fois solide et légère, avec beaucoup de
vivacité. Tout ce qu'on attend en fait d'un vin de climat frais. Je
pense que le groupe Errazuriz/Arboleda est encore en processus
d'apprentissage avec les raisins qu'ils tirent de leurs jeunes
vignobles côtiers. Ce qui fonctionnait pour leur vins de Syrah de
l'intérieur de la vallée ne sied pas vraiment à la Syrah côtière.
Il faut dire que la Syrah à cause de son adaptabilité à des
climats très différents est un cas particulier qui ouvre la porte à
ce type d'erreur d'apprentissage. La qualité de la plupart des vins
chiliens issus de la côte fait parfois oublier que nous en somme
encore aux premiers pas pour ces vignobles et qu'avec l'expérience
et l'âge croissant des vignes, le progrès est loin d'être terminé.
lundi 12 janvier 2015
REVUE DE PRESSE
Je suis tombé sur quelques articles intéressants dernièrement. D'abord un autre chroniqueur vin du Canada anglophone, John Szabo, y va d'un texte de fond sur le Nouveau-Chili. Cette fois, pas de conseils sur ce que devrait faire ce pays pour obtenir une meilleure reconnaissance. Juste un constat clair sur la montée en force de ce pays mal aimé. Aussi, je reprochais à Bill Zacharkiw de The Gazette d'avoir négligé de mentionner le potentiel de garde des rouges chiliens de prix abordables dans un texte récent qu'il a écrit sur ce pays. Il se reprend en incluant un excellent vin chilien dans une courte liste de suggestions de vins de prix abordables pour la garde. J'ajouterais toutefois que 2020 devrait être le début de la fenêtre de garde pour l'Intriga, 2011, pas la fin. En 2020, ce vin ne fera que commencer à offrir le profil qu'on recherche dans un Cabernet avec de l'âge. C'est en fait un vin qui pourrait être gardé au moins 25 ans. Ceci dit, c'est quand même bien de voir un chilien dans une telle liste. Les mentalités évoluent lentement, dommage que ce ne soit que du côté anglophone. La résistance au Chili du côté de la presse francophone est encore totale.
Cette fois, du côté du Royaume-Uni, un article qui montre toute la difficulté pour le Chili vinicole d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses vins. Concha y Toro en collaboration avec le magazine Drink Business a organisé une dégustation à l'aveugle avec certains des acheteurs les plus respectés du pays. Quatre vins de la gamme Marques de Casa Concha (Sauvignon Blanc, Chardonnay, Pinot Noir et Cabernet Sauvignon) ont été servis à l'aveugle face à des vins français issus des même cépages et considérés comme des références dans leur gamme de prix sur le marché britannique. Le but étant de démontrer la qualité des vins chiliens pour briser le prix de 10 livres sterling (18$ CAN) qui représente la limite psychologique de la très grande majorité des consommateurs dans ce marché. Les quatre vins chiliens ont été les favoris de ces acheteurs à l'aveugle, mais malgré cela, ces acheteurs avaient des doutes sur la possibilité de vendre facilement ces vins à ce prix à cause du manque de reconnaissance des vins chiliens auprès de la clientèle prête à payer plus cher pour une bonne bouteille. Le Carmenère, Marques de Casa Concha et le Don Melchor furent aussi servis et appréciés des acheteurs, mais le Don Melchor, était considéré comme difficile à vendre à 80$, non pas à cause de sa qualité, mais lui aussi à cause de son origine. Ça revient toujours à ça. Le problème des vins chiliens c'est de venir du Chili...
Ceci dit, un autre article du même magazine rapporte que les choses vont bien pour Eduardo Chadwick et ses vins très chers. Toutefois, il note que le marché britannique est difficile à percer à cause de l'habitude des amateurs de ce pays avec les classiques européens et que le gros des ventes pour ses vins de luxe se fait en Asie. La reconnaissance pour le Chili passera peut-être par ce continent en émergence. À noter que M. Chadwick a tenu une dégustation à Montréal cet automne pour célébrer le dixième anniversaire du "Berlin tasting" où il a commencé à opposer ses vins de luxe en semi-aveugle à des grands noms européens. Je n'ai rien trouvé dans la presse québécoise à ce sujet, si ce n'est sur des blogues ici, ici et ici.
Cette fois, du côté du Royaume-Uni, un article qui montre toute la difficulté pour le Chili vinicole d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses vins. Concha y Toro en collaboration avec le magazine Drink Business a organisé une dégustation à l'aveugle avec certains des acheteurs les plus respectés du pays. Quatre vins de la gamme Marques de Casa Concha (Sauvignon Blanc, Chardonnay, Pinot Noir et Cabernet Sauvignon) ont été servis à l'aveugle face à des vins français issus des même cépages et considérés comme des références dans leur gamme de prix sur le marché britannique. Le but étant de démontrer la qualité des vins chiliens pour briser le prix de 10 livres sterling (18$ CAN) qui représente la limite psychologique de la très grande majorité des consommateurs dans ce marché. Les quatre vins chiliens ont été les favoris de ces acheteurs à l'aveugle, mais malgré cela, ces acheteurs avaient des doutes sur la possibilité de vendre facilement ces vins à ce prix à cause du manque de reconnaissance des vins chiliens auprès de la clientèle prête à payer plus cher pour une bonne bouteille. Le Carmenère, Marques de Casa Concha et le Don Melchor furent aussi servis et appréciés des acheteurs, mais le Don Melchor, était considéré comme difficile à vendre à 80$, non pas à cause de sa qualité, mais lui aussi à cause de son origine. Ça revient toujours à ça. Le problème des vins chiliens c'est de venir du Chili...
Ceci dit, un autre article du même magazine rapporte que les choses vont bien pour Eduardo Chadwick et ses vins très chers. Toutefois, il note que le marché britannique est difficile à percer à cause de l'habitude des amateurs de ce pays avec les classiques européens et que le gros des ventes pour ses vins de luxe se fait en Asie. La reconnaissance pour le Chili passera peut-être par ce continent en émergence. À noter que M. Chadwick a tenu une dégustation à Montréal cet automne pour célébrer le dixième anniversaire du "Berlin tasting" où il a commencé à opposer ses vins de luxe en semi-aveugle à des grands noms européens. Je n'ai rien trouvé dans la presse québécoise à ce sujet, si ce n'est sur des blogues ici, ici et ici.
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