jeudi 14 mars 2013

Appel aux importateurs québécois

Mon titre peut sembler bizarre, mais je tente ma chance. Si vous connaissez des importateurs de vins québécois, transférez leur le lien de ce message. Il y a deux producteurs chiliens qui produisent des vins extraordinaires de prix très abordables et j'aimerais bien que ces vins soient disponibles au Québec. Il s'agit de Vina Leyda et de Vina Falernia. Les quelques vins de ces producteurs que j'ai pu déguster sont simplement formidables et sont de véritables aubaines. Des vins chiliens de climat frais comme il y en a encore trop peu à la SAQ, ou en importation privée. Imaginez une Syrah de moins de 20$ qui rappelle une Côte-Rôtie, et un Pinot Noir et un Sauvignon Blanc, toujours à moins de 20$ mais qui pourraient facilement se vendre le double tellement la qualité est élevée. Si ma parole ne vous suffit pas, voici le lien vers un article récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.

Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!ticle récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.

Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!


vendredi 8 mars 2013

CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2009, COLCHAGUA, VINA TERRANOBLE




J'ai acheté ce vin un peu par hasard lors de la dernière promo. Je dis un peu par hasard car le fait que je visite la section Chili lorsque j'entre dans une SAQ n'est pas vraiment un hasard... Toujours est-il que je ne connaissais rien de ce producteur, à part le nom, et que ça semblait une bonne occasion de le découvrir. Terranoble a des vignobles aux deux extrémités de Colchagua, soit à Los Lingues au pied des Andes à l'est, et à Marchigue, près de la cordillère côtière à l'ouest. Ce vin contient 10% de Carmenère, et 15% des raisins proviennent de la vallée de Maule, plus au sud. Le rendement des vignes n'est pas faible à environ 50 hl/ha. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne français et américain et il titre à 14% d'alcool. Comme je le mentionnais dans un texte précédant, un commentaire de Bill Zachakiw a piqué ma curiosité à propos de ce vin. Il disait que celui-ci était à essayer pour ce qu'il appelle les "Chile bashers".

La robe est sombre et opaque. Le nez déploie un mélange d'arômes de fruits rouges (cerise, fraise) et d'épices douces (vanille, clou de girofle), complété par un léger aspect végétal de poivron vert et de menthol, ainsi qu'une touche chocolatée. Beau nez fruité agréable où le Carmenère est facile à détecté, malgré sa faible proportion dans l'assemblage. En bouche, le fruité juteux et intense domine, complété par de douces notes épicées et un soupçon de poivron vert. Il y a peu d'amertume, ce qui contribue à faire paraître l'ensemble très fruité. Le milieu de bouche permet de constater que la concentration est de bon niveau, sur un volume restreint. Cela créer un certain contraste, car habituellement, les vins aussi fruités ont plus de volume et de gras. Les tanins sont lisses et le vin glisse vers une finale intense et très fruitée, montrant une bonne persistance.

Peut-être ce vin est-il à essayer pour ceux qui n'aiment généralement pas les vins du Chili, mais il laisse perplexe un "Chile lover" comme moi. Grâce au Carmenère qu'il contient, ce vin conserve un certain caractère chilien, autrement, on est loin du prototype du Cab chilien que j'aime tant. En d'autres mots, on est loin d'un bon Cab de l'Alto Maipo avec ses fruits noirs, son cassis frais, le côté terreux et l'aspect mentholé intense. Ici on a un vin beaucoup moins typé. Un vin cadrant assez bien avec l'archétype du Cab de style international très axé sur le fruit et l'aspect doucement épicé/vanillé. C'est un bon vin. Mais dans sa livrée actuelle, c'est un vin pour amateur de petite bombe doucement fruitée. Ceci dit, il a la matière pour évoluer. Le producteur parle d'une garde de 6 à 8 ans pour celui-ci, et je serais curieux de le goûter de nouveau après ce laps de temps en bouteille. Il donnerait sûrement un profil bien différent. Le prix régulier demandé pour ce vin à la SAQ est de 18.20$. Compte tenu de la qualité d'ensemble, pour un vin de ce style, ça me semble tout à fait justifié. Toutefois, si le but est d'acheter le meilleur Cab chilien dans cette gamme de prix, il y a selon moi de meilleures options.

dimanche 3 mars 2013

CARIGNAN, TERROIR HUNTER, 2010, MAULE, VINA UNDURRAGA




Je parlais récemment d'un vin de Vina Koyle, le nouveau projet de la famille Undurraga suite à la vente en 2006 de ses intérêts, pour 35M$ dans la société qui porte toujours le nom de la famille. L'acheteur est un riche entrepreneur chilien du nom de José Yuraszeck, et son arrivée a marqué un tournant qualitatif pour Undurraga. Il a d'abord engagé un des plus brillants jeunes oenologues du Chili en Rafael Urrejola, qui oeuvrait auparavant chez Vina Leyda, ainsi que Pedro Parra comme consultant en terroir. Ensuite un nouveau vignoble a été créé dans la région côtière de Leyda, et un autre dans l'Alto Maipo. Pour marquer ce virage qualitatif, la gamme Terroir Hunter fut créée, avec comme but de refléter la diversité chilienne avec des vins de haut niveau. Comme le Carignan et la viticulture sans irrigation sont des éléments importants de cette diversité, il était normal qu'un vin de ce type se retrouve dans cette gamme. Ce vin de Carignan est issu de vieilles vignes taillées en gobelet (40-50 ans), non irriguées, réparties dans deux vignobles situés à Cauquenes et Loconmilla. C'est un vin de production limitée avec environ un millier de caisses produites à chaque année.



La robe est à la fois sombre et éclatante. Le nez est frais et agréable avec des arômes fruités de cerise, de framboise et de mûre, amalgamés à un aspect doucement épicé évoquant les fines herbes. Un côté terreux est aussi notable et avec le temps des notes viandées se développent pour ajouter de la complexité à l'ensemble. En bouche, on remarque d'entrée une acidité qui apporte de la fraîcheur et du nerf à la structure du vin. Les saveurs sont intenses et de qualité, supportées par un léger trait d'amertume. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration tout en préservant une sensation de légèreté. Ce n'est donc pas un vin massif ou lourd. Comme le pays d'où il est issu son profil est plutôt longiligne, combinant le charme rustique à un côté aérien. La trame tannique est fine, ce qui contribue à l'agréabilité de l'ensemble et à la facilité avec laquelle le vin se laisse boire. La finale confirme, avec intensité et longueur, sur des tanins qui révèlent un léger grain jusque là retenu.

Alors que certaines personnes, probablement par ignorance, parlent du Chili comme d'une entité uniforme. Moi j'en suis à percevoir les différentes nuances des terroirs variés de ce pays. C'est là quelque chose qui est très difficile à mettre en mots. Toujours est-il que dès le premier abord de ce vin il m'a fait penser à un vin de la même région que je connais très bien pour en avoir dégusté de nombreuses bouteilles, soit la Syrah/Malbec, 2007, Maule, Lomas de Cauquenes. Les deux vins viennent de la même région (Maule Secano), c'est-à-dire la portion sud-ouest de la vallée de Maule où les vignes sont cultivées sans irrigation. Je peux vous garantir que l'origine et le mode du culture transparaissent dans ces deux vins en imprimant un caractère commun, même si les cépages entrant dans l'élaboration des deux vins sont différents. Pour moi, le terroir transcende les cépages dans ces vins, même si cela ne veux pas dire qu'ils sont identiques et que les cépages n'ont aucune influence sur le résultat final. Le Carignan présente une matière plus riche, même si on est très loin du caractère volumineux et gras qu'on peut rencontrer ailleurs au Chili dans des rouges très jeunes. Dans cette section non irriguée de Maule, les vins se rapprochent du profil européen classique, avec une structure plus ferme et élancée. La concentration se transposant en densité, plutôt qu'en volume. Ceci dit, il y a des vins chiliens qui offrent autant de qualité intrinsèque pour passablement moins cher, mais l'originalité de ce vin et son caractère distinct par rapport au stéréotype chilien usuel, en font un achat totalement justifié au prix demandé de 29.70$. On a affaire ici à un vin produit à très faible volume, loin des économies d'échelle. Je conçois donc qu'il y a une prime qui s'y rattache. J'ai acheté trois bouteilles et je ne regrette pas mon achat. Les deux restantes serviront à évaluer son potentiel de garde.



mercredi 27 février 2013

Verticale du Château Clarke

J'ai eu la chance samedi dernier d'être invité à participer à une dégustation de 11 millésimes du cru bourgeois de très bonne réputation, le Château Clarke. J'aime bien ce genre d'exercice. Ça me permet de vérifier mes repères de dégustateur et de mettre à l'épreuve certaines idées personnelles à propos du vin et de sa garde. Comme de plus en plus je suis un amateur de vin modérés, relativement faciles à boire, j'ai bien aimé le profil général des vins. Des vins qui évitent l'excès, mais qui ne manquent de rien, tout en ayant une belle capacité d'évolution.



Les millésimes 90, 95 et 97 montraient des profils évolués similaires avec encore un beau fruité. Ils étaient faciles à boire, tout en finesse. Très agréables, mais sans la profondeur de vins plus ambitieux. Le millésime 1999 était de profil plus jeune et détonnait du reste des vins par son profil aromatique. Il y avait dans ce vin un arôme particulier que je ne peux nommer. C'est un arôme que je croise parfois dans les vins européens, mais jamais dans le Nouveau-Monde. J'aimerais bien en connaître l'origine. Toujours est-il qu'au delà de son côté intrigant, ce 1999 était de belle qualité. Malheureusement, le vin du millésime 2000 était bouchonné. Dans les vins plus jeunes, le 2001 fut mon préféré, mais le niveau qualitatif des 2003, 2204 et 2005 était similaire. Ces vins étaient plus robustes, avec des tanins et un aspect boisé qui demandaient encore du temps pour se fondre. Ceci dit, le potentiel était là, le reste est affaire de patience.

Je ne connais pas assez les rouges bordelais pour placer ces vins de Clarke dans le contexte de la région. Mais pour moi, le caractère bordelais des vins était clair, et j'ai perçu un fil conducteur au niveau du style général des vins. Le terroir semblait une constante, alors que la variable principale était le temps passé en bouteille. Merci à Patrick pour l'invitation et l'accueil. Ce fut une soirée très agréable passée en bonne compagnie

lundi 25 février 2013

Surprise: Le Chili pour parler de terroir

Après avoir lu de bien vilaines généralisations la semaine passée à propos des vins chiliens sur un site québécois bien connu. Cette semaine j'ai eu une agréable surprise en lisant la dernière chronique de Bill Zacharkiw sur le site du journal The Gazette. De mémoire d'homme, c'est la première fois au Québec, dans un grand média, qu'on se sert du Chili à titre d'exemple pour parler de la notion de terroir. Juste ça c'est assez renversant! Imaginez, parler du Chili avec nuance et ne pas parler de plants de tomates... On croirait rêver!

Pour ce qui est des commentaires de M. Zacharkiw à propos du Cabernet chilien, ils sont dans l'ensemble assez justes. J'ajouterais que la notion de terroir au Chili peut se faire sentir juste avec quelques kilomètres de distances. Par exemple, dans l'Alto Maipo, du nord au sud, vous avez Penalonen (Macul), Puente Alto et Pirque. Si vous comparez trois vins de Cabernet issus de ces trois terroirs, la différence sera notable, avec un caractère propre à chaque lieu révélé sur une base commune. Par exemple, l'alignement suivant serait intéressant: Domus Aurea (Penalonen), Marques de Casa Concha ou Don Melchor (Puente Alto) et Haras de Pirque, Elégance (Pirque).

Un point où je diffère d'avec M. Zacharkiw, c'est au niveau de ce qu'on qualifie de vert. Pour moi, le poivron vert, les asperges, l'herbe coupée et les pois verts sont des arômes végétaux verts, reliés à une famille de molécules appelées pyrazines. Alors que le menthol, l'eucalyptus et un aspect du cassis, sont des arômes végétaux que je qualifie de frais. Ces arômes ne sont pas reliés aux pyrazines. Je sais, c'est un peu technique. Mais pour moi c'est très différent. J'aime bien la fraîcheur végétal dans le vin rouge, alors que c'est moins le cas pour la verdeur. Il faut aussi le redire, l'aspect de cassis fraîchement cueilli est pour moi la caractéristique principale distinguant une bonne partie des Cabs du Chili. Je n'ai jamais rencontré de Cabernets d'autres origines montrant un aspect de cassis frais aussi pur et intense.

Finalement, trois autres aspects déterminants au Chili du profil terroir. D'abord il y a la différence de température entre le jour et la nuit. Cette différence est plus grande dans les zones périphériques qu'au milieu des vallées. Puis il y a l'irrigation, la façon de la pratiquer par rapport à la nature du sol (drainage), ou l'absence totale d'irrigation comme dans une partie de la vallée de Maule. Finalement, il y a la question de la nature des racines des vignes. Cette question est presque exclusive au Chili où il est possible de planter franc de pied. Donc, le producteur doit se demander si il doit utiliser un porte-greffe mieux adapté au sol de son vignoble, ou si les racines d'origine de la plante feront un meilleur travail. Ce choix aura un impact sur la nature finale des raisins produits, donc des vins. En ce sens, le Chili est le pays offrant le plus d'options aux vignerons. Celui où on peut se rapprocher le plus du concept de "vin naturel" au vignoble.

En terminant, M. Zacharkiw recommande un vin pour ce qu'il appelle les "Chile bashers"! Ça existe ça?! Coincidence, j'ai acheté ce vin lors de la promo de la fin de semaine à la SAQ. Disons que ça adonne bien et ça pique ma curiosité. Je reviendrai bientôt avec mes impressions à son propos.

samedi 23 février 2013

Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir? (suite)


Petite suite à un texte de ma part datant de plus de deux ans. Dans ce texte je citais Jean-Louis Chave à propos de la légitimité des arômes générés par les levures Brettanomyces dans les rouges du Rhône Nord. Celui-ci ne voulait pas que ses vins sentent la Syrah, parlait de terroir et, de façon surprenante, ne se formalisait pas que ceux-ci soient sous l'influence des Bretts. Toujours est-il qu'au fil de mes lectures récentes je suis tombé sur un texte intéressant sur le blogue de Nicolas de Rouyn qui porte sur les commentaires de Jancis Robinson à propos de l'hermitage la-chapelle de Paul Jaboulet Aîné. Ce qui m'a le plus intéressé, ce n'est pas les commentaires de Madame Robinson. C'est plutôt la réponse de Caroline Frey, oenologue de la maison et qui œuvre aussi au Château La Lagune dans le Haut-Médoc. En voici l'extrait qui a retenu mon attention:

"Pour les blancs, j’ai pris une orientation qui s’éloigne du lourd et du riche, du miel et du nougat. Je cherche des vins cristallins, aériens, plus sur la réduction que sur l’oxydatif. Quand on évite la surmaturité et l’oxydation, on trouve plus de complexité et une meilleure expression. Pour les rouges, l’approche est la même. Je suis contre tous les faux goûts, les bretts en particulier. J’aime les vins purs, équilibrés. Je n’aime pas le côté théâtral de l’excès d’alcool. C’est ça, la garde. Rendez-vous dans trente ans. J’y serai."

C'est à mon sens révélateur que Madame Frey parle spontanément de son refus des Bretts (et autres faux goûts) lorsque vient le temps de parler du style de ses vins rouges. C'est peut-être l'élément manquant qui fait que son vin n'a pas trouvé grâce au yeux de Madame Robinson. D'ailleurs, ce qui m'apparaît tout aussi révélateur, c'est le fait que Robinson ne parle pas de Bretts dans son texte à propos des vins de cette région, même si on voit qu'il y a des positions bien différentes chez les producteurs à ce sujet. La présence d'arômes "brettés", ou non, me semble être un élément essentiel d'appréciation, en ce sens, le commentaire de Caroline Frey brisant l'omerta à ce sujet ne me semble pas innocent, surtout de la part d'une jeune femme aimant les vins purs et équilibrés....


vendredi 22 février 2013

QUINTA GENERACION, 2004, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA



J'ai déjà commenté la version 2007 de cette cuvée en rouge. Toutefois, de ce temps-ci, un peu à contre-saison, je continue d'ouvrir des blancs chiliens de qualité que j'avais mis de côté pour évaluer leur potentiel de garde. Cette fois-ci il s'agit d'un assemblage particulier et original comprenant 20% de Chardonnay, 40% de Viognier et 40% de Sauvignon Gris. Donc, les cépages blancs emblématiques de Bourgogne et du Rhône, auxquels s'ajoute un autre rescapé un peu obscur de Bordeaux (avec le Carmenère en rouge). Pour ce vin, ces trois cépages ont été cultivés dans la chaude vallée Colchagua. Cela représente bien l'Ancien-Chili. Celui où on cultivait tout au même endroit, ou presque. Aujourd'hui, le Viognier est le seul cépage qu'on plante encore dans le chaude vallée centrale. Le Chardonnay, et le Sauvignon Gris (qui gagne en popularité), ont migré vers les nouvelles régions plus fraîches. Casa Marin et Vina Leyda font des cuvées de Sauvignon Gris (Estero Vineyard et Kadun), dans la très fraîche région de San Antonio, près de la côte du Pacifique, à propos desquelles j'ai lu le plus grand bien. Toujours est-il que ce vin est pour moi bien intriguant et j'ai hâte de voir comment il a évolué. Fait à noter, il ne titre qu'à 13.5% d'alcool. Ce qui est peu pour un vin de la chaude vallée de Colchagua.

La robe est éclatante, arborant une superbe teinte dorée. Le nez se montre relativement discret et exhale des arômes de pêche, d'orange, et d'épices douces, complétés par de fines notes florales. Bien agréable comme nez, mais rien de spectaculaire. La carte de la subtilité est jouée sans traces d'oxydation pour venir teinter l'ensemble. En bouche, le vin se montre plus démonstratif, même si on demeure dans le registre de la subtilité, de l'équilibre et de la modération. Ici aussi l'effet négatif de l'oxygène ne se fait pas sentir. Les saveurs combinent richesse et finesse. Le vin est rond et caressant, harmonieux et délicat. Le niveau de concentration est bon et convient parfaitement au style préconisé. Le vin coule donc sans effort. Il est facile à boire et très agréable par la qualité de ses saveurs et ses justes proportions. Cela ne se dément pas en finale, où l'harmonie prévaut, sur une bonne longueur.

J'ai beaucoup apprécié ce vin. C'est l'exemple parfait du vin qui évite le piège de l'excès visant à impressionner. En dégustation comparative il serait assurément écrasé face à des bêtes de concentration. Mais pris isolément, par quelqu'un en quête d'équilibre et de finesse, ce vin touche la cible avec humilité. Je dis humilité car ce vin n'a clairement pas des visées de grandeur. C'est un vin somme toute modeste, bien qu'original, qui a admirablement bien vieilli. Pour moi c'est l'équivalent en blanc du Cab Reserva chilien de 10 ans d'âge qui donne un résultat d'une harmonie et d'une finesse qu'on aurait pas pu soupçonner en se fiant à son profil de prime jeunesse. Pour un vin que j'ai payé autour de 17$, il en donne beaucoup plus que le prix payé. Comme je bois de plus en plus de vins blancs, il est clair que ce type de bouteilles ira en augmentant dans la composition de ma cave. Casa Silva est définitivement un producteur élite du Chili. Un producteur avec une approche terroir qui s'est affirmée depuis 2004, l'année de l'élaboration de ce vin. Un seul vin de ce producteur est disponible à la SAQ, et il s'agit de l'excellent Carmenère Reserva. Il y a aussi la cuvée de Sauvignon Blanc "Cool Coast", issue de l'extension côtière de la vallée de Colchagua, à seulement 9 km de l'océan Pacifique. Ce vin est disponible au Québec en importation privée. Tout cela sans compter leur projet fou de Lago Ranco, dans l'extrême sud du pays, aux frontières de la Patagonie, où ils ont planté Chardonnay, Pinot Noir, et Sauvignon Blanc sur les rives du lac Ranco. Casa Silva est définitivement un producteur à rechercher.

mercredi 20 février 2013

CHARDONNAY, MARQUES DE CASA CONCHA, 2005, PIRQUE, ALTO MAIPO, CONCHA Y TORO



C'est l'hiver, mais ma consommation de blancs est plus forte que jamais. Je suppose qu'il y a un parallèle à faire avec l'augmentation graduelle du niveau qualitatif des blancs chiliens. En ce sens, j'ai initié, il y a quelques années, des expériences de garde avec certains bons blancs de mon pays de prédilection. Le vin dont il est question aujourd'hui était une de ces expériences. J'ai déjà parlé, peu après la création de ce blogue en 2009, du millésime 2007 de ce vin, qui était le dernier de cette cuvée à être élaboré à partir du vignoble Santa Isabel, situé à Pirque dans les hauteurs de la vallée de Maipo. Un peu plus de trois ans plus tard j'ouvre donc une bouteille de 2005 qui provient du même vignoble. C'est donc un Chardonnay qui aura passé cinq ans de plus en bouteille avant l'ouverture. Cette expérience est un peu un coup d'épée dans l'eau, car cette cuvée n'existe plus dans sa mouture de Pirque. Les fruits servant à son élaboration viennent aujourd'hui de la région de Limari, un terroir bien différent.  

La robe brille d'une belle teinte dorée assez soutenue. Le nez exhale des arômes de pêche, de liqueur d'orange et d'ananas, le tout complété par un léger aspect beurré et des relents vanillés et caramélisés évoquant le boisé d'origine. Il n'y a aucun signe clair d'évolution ou d'oxydation. Cela se confirme en bouche avec une attaque ample et souple qui a du gras et des saveurs intenses où l'aspect évoquant la liqueur d'orange domine. Le milieu de bouche montre une belle matière ronde et concentrée qui glisse sans effort vers une finale harmonieuse et longue aux légers relents amers.

Belle surprise que ce Chardonnay de Maipo. Je dis surprise à cause de son âge et de l'absence de traces d'oxydation. Ce vin est dans une belle phase de son évolution. L'aspect boisé est encore présent, mais d'une manière plus subtile, altérée par le temps. Ce boisé maintenant délicat complète bien l'aspect fruité encore généreux. Au final, ça donne un beau Chardo, à la fois riche et fin. Comme c'est souvent la cas avec les vins de la gamme Marques de Casa Concha, la qualité dépasse de beaucoup ce qu'on retrouve normalement à ce niveau de prix (18$). Il me reste une bouteille de ce vin pour poursuivre l'expérience quelques années de plus. Disons que le résultat obtenu avec ce vin de climat assez tempéré me donne confiance pour mes Chardos chiliens de régions plus fraîches que j'ai mis en cave.


dimanche 10 février 2013

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2011, CASAS DEL BOSQUE



Ce vin est pour moi un incontournable. J'ai déjà commenté les millésimes 2008 et 2009 sur ce blogue. Avec le Garuma Vineyard de Vina Leyda, c'est mon Sauvignon Blanc favori en terme de RQP. Casa del Bosque est installé dans la partie la plus fraîche de Casablanca, à l'ouest de la vallée, voisin de Loma Larga, un autre de mes producteurs chiliens favoris. Ce vin est élaboré sous la gouverne de Grant Phelps, un néo-zélandais installé en permanence au Chili. Celui-ci œuvrait auparavant chez Viu Manent dans la chaude vallée de Colchagua, mais il a décidé de prendre le virage fraîcheur et minceur en déménageant chez Casas del Bosque. Je dis minceur car Casas del Bosque est ce qu'on appelle une "boutique winery" où l'accent est mis sur la qualité et non sur le volume, bien que les deux ne soient pas nécessairement incompatibles. Si vous voulez les détails de l'élaboration minutieuse de ce vin, référez-vous ici. Un élément de l'élaboration du vin a retenu mon attention, soit la vendange mécanisée de nuit à une température ambiante très basse, variant entre 4 et 8ºC. Comme la vinification débute par une macération à froid de 48 heures à 5ºC, le temps de refroidissement de la matière doit être raccourci de beaucoup. Normalement on associe la vendange mécanisée à des vins de qualité inférieure, mais dans un cas comme celui-ci, la rapidité et la basse température du procédé sont probablement des éléments plus importants. Surtout que le Sauvignon Blanc, de par son style fruité/végétal, est le cépage qui supporte le mieux la maturité hétérogène des raisins. Trêve de technicités, voyons ce que ça donne dans le verre.

La robe montre une pâle teinte verdâtre. Le nez est un peu discret, mais tout de même très agréable avec ses arômes de citron, de zeste pamplemousse, de melon et de fruit de la passion, complétés par de fraîches notes de bourgeon de cassis. Le fruité domine et l'aspect végétal vert que l'on retrouve dans beaucoup de vins de ce cépage est ici en mode très mineur. En bouche, le vin est plus dégourdi, et ce faisant, plus impressionnant. L'attaque est pleine et équilibrée et le vin déborde de riches saveurs fruitées auxquelles s'amalgame une amertume évoquant le zeste de pamplemousse. Le niveau de concentration est très bon, sur un bon volume, ce qui procure au vin une belle présence en bouche. La finale est harmonieuse, intense et d'une longueur de fort calibre.
Inutile de dire que j'ai beaucoup apprécié ce vin qui confirme tout le bien que je pensais déjà de cette cuvée. Celui-ci est à la fois rafraîchissant et consistant, mais par dessus tout il est simplement délicieux. C'est donc un vin qui donne beaucoup de plaisir en offrant une interprétation du Sauvignon axée d'abord et avant tout sur le fruit. Le millésime 2012 vient d'arriver en tablettes à la SAQ. Je ne lui ai pas encore goûté, mais il reste des bouteilles de ce 2011 dans le réseau. Casas del Bosque est un des producteurs élites du Chili et cette cuvée est sa carte de visite privilégiée, en ce sens que c'est le vin le plus largement distribué de ce producteur. C'est un vin de prix très abordable, fait sans artifices, et issu du cépage roi de Casablanca. Si vous voulez découvrir le Sauvignon Blanc du Chili, ce vin est un très bon point de départ. Il y a des vins plus chers et plus ambitieux, mais cette cuvée mise dans le mille en offrant l'essence du cépage et du lieu pour un prix formidable.

samedi 26 janvier 2013

Brettanomyces: Le caractère non assumé

Retour sur l'article de Vin Québec qui relate une nouvelle étude de UC Davis qui permettrait de jeter un nouveau regard sur le rôle controversé des levures Brettanomyces dans le profil aromatique d'un grand nombre de vins. J'ai pris le temps de lire tous les documents référencés dans l'article de Vin Québec, et selon moi la méthodologie utilisée ne tient pas la route et les conclusions avancées sont simplement invalides. De plus, dans les documents mêmes des chercheurs il y a trois éléments qui discréditent la méthodologie utilisée. Le premier, et le plus important, étant que les souches de Brettanomyces sont imprévisibles du point de vue métabolique. Les métabolites qu'elles peuvent produire peuvent changer dramatiquement dans le temps pour des raisons inexpliquées, comme si certaines voies métaboliques s'activaient et se désactivaient sans raisons apparentes. Dans ces conditions, il est très difficile de parler des caractéristiques métaboliques des différentes souches répertoriées. À ce sujet, il y a une grosse erreur dans le texte de Vin Québec. L'étude a dénombré 83 souches différentes de Brettanomyces, et non pas 83 arômes produits par ce type de levures. Le deuxième élément contradictoire étant qu'en conditions réelles de vinification, il y a la plupart du temps plusieurs souches différentes de Brettanomyces dans le même vin. Ce qui a pour effet d'atténuer la singularité d'une souche particulière, à un moment donné dans le temps, et de produire un profil "brettien" plus général. Le troisième élément mentionné par les chercheurs et remettant en cause leur méthodologie est le fait qu'un grand nombre de vin "brettés" contiennent aussi des bactéries lactiques vivantes. Ces micro-organismes peuvent aussi être la source d'arômes déviants. Les conditions ouvrant la porte à l'action des Bretts, l'ouvre aussi à d'autres micro-organismes secondaires nuisibles.

À la lumière de tous ces éléments, on peut donc voir que l'idée d'ensemencer un vin de Cabernet Sauvignon avec des souches uniques de Brettanomyces, cultivées en laboratoire, ne tient pas la route. Il manque des détails de procédure, mais ma compréhension est à l'effet que le vin de Cabernet Sauvignon ensemencé était un vin fini. Cette façon de faire ne reflète en rien la réalité où les Bretts ne sont pas ensemencées en souches uniques dans des vins dont l'élaboration est complétée. Dans la réalité il y a une variété génétique, et ce sont les conditions d'élaboration qui ouvrent la porte à la propagation, et donc, à l'action de ces levures. Tout cela en se rappelant le caractère variable et imprévisible de l'action métabolique des levures Brettanomyces, et en se rappelant aussi que l'action des Bretts est dépendante du contenu d'un vin en précurseurs aromatiques (acide coumarique, acide ferrulique, etc..). Dans ces conditions, il est impossible de prétendre qu'il y aurait des vins qui ne subiraient que l'influence de "bonnes" Bretts. Il est aussi intéressant de se rappeler que les chercheurs mentionnent que les 83 souches de Brettanomyces répertoriées produisent toutes du 4-Ethyl Phénol (4-EP) et du 4-Ethyl Gaiacol (4-EG), qui sont les molécules les plus associées au caractère négatif des Bretts. Cet autre élément montre bien que l'idée de "bonnes" Bretts est une création de l'esprit, et non une réalité. Autre point intéressant à noter, c'est que les chercheurs nomment les molécules négatives produites par les Bretts (4-EP, 4-EG, 4-EC, acide isovalérique, tetrahydropyridine, acide acétique), mais on ne mentionne pas de molécules positives pour expliquer un impact potentiellement favorable de certaines souches de Brettanomyces. Finalement, on mentionne aussi un point très important quand il est question du débat autour de ces levures, soit le fait qu'un certain nombre de dégustateurs sont insensibles, ou peu sensibles, aux molécules négatives produites par les Bretts. Dans ce cas ce serait comme demander à un daltonien d'être critique d'art visuel. Selon mon expérience de dégustation en groupe, il y a effectivement des dégustateurs insensibles au 4-EP, qui pour moi est l'élément caractéristique d'un vin « bretté ». Il y a aussi des dégustateurs qui ne savent pas c'est quoi. Ils n'ont aucune idée de ce qu'est un arôme phénolé dans le vin. Il y a aussi ceux qui savent reconnaître ces arômes, qui y sont sensibles et qui aiment ça. Ça sent le fumier, mais c'est bon! Tous les goûts sont dans la nature et je respecte ça lorsque c'est assumé. Ceci dit, je ne peux m'empêcher de penser que c'est un goût acquis, mais j'avoue que c'est là un préjugé de ma part.

Un autre élément très important dans ce débat, et c'est un élément qui va au delà des sensibilités et des goûts personnels, c'est celui du caractère uniformisateur des Bretts sur les vins qui en portent la marque. Un vin "bretté", c'est l'antithèse d'un vin de terroir car il y a un élément commun qu'on peut retrouver partout dans le monde vinicole. Le 4-Ethyl Phénol sent la même chose peu importe l'origine du vin. Seul le reste du profil aromatique du vin peut en altérer légèrement la perception. Alors il est totalement ridicule de parler de vins de terroir dans le cas des vins "brettés". Ceci dit, je conçois que certaines personnes aiment les vins de ce genre. Ce qui m'embête, c'est le caractère caché de la chose pour l'acheteur potentiel. Comment savoir si j'achète un vin donné, si celui-ci est marqué par l'action des Bretts? Ça demeure un petit secret de fabrique, ou bien c'est simplement l'ignorance du producteur qui est en cause. Peu importe, il est impossible de savoir avant l'achat à quoi on aura affaire, et parfois le vin ne montre pas de caractère "bretté" à l'achat, mais ça se développera avec le temps en bouteille, surtout si la bouteille passe du temps à des températures plus élevées que la température de garde traditionnelle. Cette température traditionnelle (12°C), établie en Europe, ayant probablement un lien avec l'instabilité microbiologique d'un bon nombre de vins de garde de ce continent. Certains aiment le caractère "bretté", mais pas trop quand même!...

Finalement, ma réflexion sur le sujet m'a amené à faire un parallèle entre les vins "brettés" et les fromages bleus. Dans les deux cas il y a un caractère aromatique marqué qui va au-delà du profil de base du produit. Le vin sans Brettanomyces bruxellensis, et le fromage sans Penicilium roqueforti goûtent totalement autre chose. Le goût distinctif vient de l'action métabolique du microrganisme sur le produit de base. Pour le cas du fromage, la donne est claire. Quand on achète un fromage bleu, on sait ce qu'on achète. Si on aime pas ou si on a jamais voulu acquérir ce goût, on peut facilement passer outre. Si la même chose pouvait exister avec les vins "brettés", il n'y aurait pas de problèmes. L'ennui, c'est que le monde du vin qu'on dits fins n'assume pas son usage des Bretts. Soit on nie le phénomène, soit on dit que les Bretts sont un composant naturel entrant dans l'élaboration du vin. Le style n'est pas assumé car il y a une connotation négative associée aux Bretts. Je pense bien que cette situation n'est pas à la veille de changer. L'idée de vin de terroir est plus charmante et vendeuse que celle d'un vin marqué par l'action particulière d'un micro-organisme.



mardi 22 janvier 2013

SUR LE VIF

Autre article sur Vin Québec où on rapporte un virage de UC Davis à propos des fameuses levures Brettanomyces et leur supposée légitimité dans le vin. Je suis heureux de voir qu'on confirme ce que j'ai longtemps dit à leur propos, c'est-à-dire qu'elles sont un élément fondamental d'un très grand nombre de vins européens et français, surtout dans le haut de gamme. On m'a tellement contredit sur ce sujet que c'est plaisant à lire. Ceci dit, à mon avis, on mélange tout et ça manque beaucoup de rigueur scientifique. Une tentative de réhabilitation menée par une chercheuse qui avoue aimer les vins "brettés". C'est partial en partant et ça va dans le sens du courant "naturel" actuellement à la mode. Ça pue, mais c'est bon! Faut se méfier de l'idéologie, ça se marie mal avec la science. Je n'ai pas le temps actuellement d'écrire une critique précise de cette "recherche", mais dès que j'en aurai, je publierai quelque chose de plus substantiel sur le sujet. Au propre comme au figuré, les "Bretts" sont pas tuables, enfin presque...

lundi 14 janvier 2013

SAUVIGNON BLANC, GARUMA VINEYARD, 2011, LEYDA, VINA LEYDA



S'il y a un producteur chilien dont j'aimerais mieux connaître les vins, c'est sûrement Vina Leyda car les trois vins de cette maison que j'ai eu la chance de goûter jusqu'ici m'ont beaucoup plu. Il s'agit d'un simple Chardonnay d'entrée de gamme non boisé, du délicieux Pinot Noir, Las Brisas, et du millésime 2006 de cette cuvée Garuma dont je vous parle aujourd'hui. J'aime cette page sur le site du producteur qui illustre joliment ses différents vignobles en coteaux avec les cépages qui y sont associés pour les cuvée "vignoble unique". Ça permet de voir les différentes expositions et inclinaisons de ces vignobles, ainsi que leur proximité par rapport à l'océan. Parmi ces vignobles, celui d'où est issu ce Sauvignon, est le plus proche et le plus exposé à l'influence de l'océan Pacifique. Ce qui en fait le plus frais de tous. Les raisins pour ce vin ont été vendangés manuellement, 30% dans le deuxième semaine de Mars, et le reste 12 jours plus tard. Le but étant de complexifier le vin par l'utilisation de raisins de maturité différentes. Le vin a été élaboré en inox à l'abri de l'oxygène, sauf pour 6% de la vendange qui a été fermentée en barriques usagées. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH de 3.16, avec 1.5 gramme de sucres résiduels, ce qui en fait un vin très sec.

La robe est d'une pâle teinte verdâtre. Le nez est bien dégourdi et exhale des arômes de citron, de fruits de la passion et de zeste de pamplemousse, complétés par un léger trait végétal évoquant l'herbe fraîchement coupée. Très beau nez, frais et agréable, qui transpire la qualité. Cette impression se répercute en bouche où le vin se montre d'un équilibre impeccable, à la fois frais, dense et intense. Le vin a de la présence, une légère rondeur et un niveau de concentration appréciable. La finale conclut en beauté, avec un sursaut d'intensité et beaucoup de persistance.

Ce vin est un pur ravissement. Un modèle d'équilibre et de justesse qui en donne beaucoup, sans tomber dans l'excès. Ainsi, le vin demeure facile à boire et rafraîchissant, tout en donnant au dégustateur l'impression d'être dans un registre qualitatif supérieur. C'est une très belle expression de Sauvignon Blanc de climat frais axée sur les caractéristiques intrinsèque du cépage, sans influence boisée notable et sans effet oxydatif ayant pour effet d'atténuer les arômes variétaux. Ce vin, malgré son prix très abordable (17$), est régulièrement classé parmi les meilleures cuvée de Sauvignon Blanc du Chili. Pour en avoir goûter un grand nombre, je confirme le statut enviable de ce vin dans la hiérachie naissante des vins de Sauvignon Blanc chiliens. Un modèle d'équilibre. Vina Leyda, voilà un producteur qu'on devrait retrouver sur les tablettes de la SAQ. Un des meilleurs producteurs chiliens de vins de climat frais, et un producteur qui offre parmi les meilleurs RQP du pays sur l'ensemble de sa gamme de vins. Le Nouveau Chili à son meilleur.


mardi 8 janvier 2013

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



J'ai déjà commenté ce vin il y a un peu plus de deux ans. J'ai ouvert une autre bouteille aujourd'hui et il m'a tellement charmé que j'ai eu envie de le ramener en tête de liste. C'est un vin extraordinaire presque 10 ans après la récolte qui a mené à son élaboration. Mes commentaires d'il y a deux ans et ceux d'aujourd'hui sont sur l'entrée initiale ici.

samedi 29 décembre 2012

CABERNET SAUVIGNON, ROYALE, 2008, COLCHAGUA, VINA KOYLE



Au-delà de la qualité des vins et du prix favorable de la grande majorité d'entre eux, ce qui maintient mon intérêt pour le Chili c'est la diversité croissante qu'offre ce pays. Une part de cette diversité est due à l'émergence constante de petits producteurs totalement axés sur la qualité et l'approche terroir. Dans le cas du vin que je vous présente aujourd'hui, on est en face d'un bel exemple de la régénération vinicole qui a actuellement cours dans ce longiligne pays. Vina Undurraga est une des plus vieilles maisons traditionnelles du Chili. En 2006 la famille Undurraga a vendu sa participation dans la compagnie. Peu après, cette famille toujours passionnée par le vin s'est lancée dans un nouveau projet vinicole appelé Vina Koyle (prononcer koy-lé). Un projet de taille beaucoup plus réduite, mais axé sur la notion de terroir et avec de hautes visées qualitatives. Après avoir évalué plusieurs sites dans le pays, la région de Los Lingues, au pied des Andes, dans l'Alto Colchagua, fut choisie. Avec l'aide du spécialiste chilien de la notion de terroir, Pedro Parra, des analyses de sols ont été effectuées pour planter les cépages choisis sur les sols les plus appropriés (Cabernet Sauvignon, Syrah, Malbec, Tempranillo, Petit Verdot, Carmenère et Mourvèdre). Vina Koyle élabore un seul vin blanc, il s'agit d'un Sauvignon Blanc de climat frais venant de Paredones, à quelques kilomètres du la côte pacifique. Je soupçonne que les fruits pour ce vin proviennent du vignoble côtier de Vina Casa Silva, qui est le voisin de Koyle à Los Lingues. Vina Koyle cultive ses vignes selon les préceptes de la biodynamie, c'est-à-dire une culture biologique mâtinée d'ésotérisme. Pour goûter un des premiers vins du nouveau vignoble de l'Alto Colchagua, je vous conseille d'essayer la Syrah, Reserva,2010, qui est actuellement offerte à la SAQ. J'ai essayé le premier millésime de ce vin, soit le 2009, et je l'ai bien aimé. Karyne Duplessis Piché parle favorablement du 2010 ici.

Pour ce qui est de la cuvée Royale de Cabernet Sauvignon, 2008, elle a été élaborée à partir de fruits achetés, car en 2008 les vignes du nouveau vignoble n'avaient été plantées que depuis deux ans. Il s'agit en fait d'un assemblage comprenant aussi 13% de Malbec et 2% de Carmenère. Le rendement des vignes est faible à 1 kg par plant, ce qui permet de produire une bouteille par plant de vigne. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français. Il titre à 14.5% d'alcool et n'a pas été filtré. Le producteur parle d'une garde d'une dizaine d'année pour cette cuvée.

La robe est foncée et opaque avec des reflets violacés. Le nez est riche sans être trop expressif et on peut y dénoter des arômes de fruits noirs avec le cassis qui tient le premier rôle. Cet aspect fruité prédominant est complété par des notes de menthol, de bois de cèdre, de vanille/bois brûlé et de caramel. En bouche, le vin se montre très intense dès l'attaque et on peut sentir qu'il s'agit d'un vin ambitieux. Il y a beaucoup de matière et de présence, avec beaucoup de fruit, mais aussi une présence boisée bien marquée. Le milieu de bouche permet de confirmer la forte concentration de ce nectar, ainsi que la densité de l'ensemble. Les tanins apparaissent soyeux jusqu'à mi-parcours, mais montrent une bonne poigne par la suite avec une amertume qui gagne en importance. Cela marque la finale qui est puissante et très persistante.

En tant que pays vinicole en développement rapide, le Chili a cette faculté de surprendre car le caractère hiérarchique des vins de ce pays n'est pas clairement établi. On retrouve parfois de nouvelles cuvées de luxe dont le prix sert surtout à refléter les ambitions élevées du producteur. Puis il y a des vins comme cette cuvée Royale de Vina Koyle qui se contente d'un nom évocateur pour souligner le caractère ambitieux du vin, laissant la surprise du contenu de la bouteille au consommateur. Avec cette cuvée, il semble que ce nouveau producteur ait misé sur le prix accessible de son vin (20$) pour faire connaître le niveau qualitatif qu'il peut atteindre. À mon sens, ce vin se compare, en terme de style et de niveau qualitatif, à bien des vins chiliens vendus beaucoup plus chers. On joue dans la cour des super premiums à une fraction du prix. C'est du vin très sérieux, mais actuellement beaucoup trop jeune pour pouvoir se présenter sous son meilleur jour. Le producteur parle d'un potentiel de garde de 10 ans, mais moi je pense que dans 10 ans ce vin ne fera qu'entrer dans se fenêtre la plus favorable, selon mes préférences. Au stade actuel c'est un vin impressionnant, mais difficile à boire pour moi car il a beaucoup de tout. C'est pourquoi je l'ai bu sur quatre jours, et le vin n'a pas bronché pendant cette période. Vin de garde sérieux donc, et en ce sens, mes cinq autres bouteilles vont reposer plusieurs années avant que j'ouvre la prochaine. Vina Koyle, un autre nom à ajouter à la nouvelle vague chilienne.




lundi 17 décembre 2012

Notes sud-américaines

Pour ceux qui partagent ne serait-ce qu'un peu mon goût des vins chiliens. Je vous présente un lien qui montre le classement des meilleurs vins de ce pays selon deux guides d'achat spécialisés dans les vins chiliens. Vous verrez qu'il y a peu de vins de ces listes qui sont disponibles au Québec. Mais il y a bien des producteurs dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. Je suis content de voir que deux vins dont j'ai vanté très fortement les mérites, dans des millésimes antérieurs, sont nommés comme meilleurs vins en rouge et en blanc. Il s'agit du Cabernet Sauvignon, Domus Aurea de Clos Quebrada de Macul et le Sauvignon Blanc, Cipreses Vineyard, de Casa Marin.

C'est la saison des Top 100 dans les magazines américains. Je suis tombé sur celui particulier du chroniqueur vin du Vancouver Sun, Anthony Gismondi ici. Il est intéressant de voir les choix de M. Gismondi, avec 20 vins argentins dans le 50 premiers, et 31 sur 100. Il y a aussi 52 vins du Nouveau-Monde dans ce classement, dont le numéro 1, le Grange, 2006, de Penfolds. Toutefois, l'Europe monopolise le reste du Top 10. Ce n'est pas au Québec qu'on retrouverait un journaliste y allant d'un classement aussi équilibré entre le nouveau et l'ancien monde. Bien sûr, ce type d'exercice n'a pas vraiment de valeur dans l'absolu, il devrait y avoir plus que trois chiliens! Sérieusement, quand quelqu'un se commet dans ce type d'exercice ça reflète son goût, bien sûr, mais aussi sa mentalité. Dans le cas de M. Gismondi, il est clair que pour lui l'Argentine est un pays qui peut prétendre au meilleur. Personnellement, j'ai délaissé l'Argentine au profit du Chili, question de goût personnel et de diversité stylistique. Ceci dit, je ne renie pas la qualité des vins de ce pays. J'en ai encore pas mal en cave, et j'aime voir un professionnel comme Anthony Gismondi se commettre pour un genre de vin qu'il aime, au-delà des hiérarchies traditionnelles.

mercredi 12 décembre 2012

PINOT NOIR, LOMAS DEL VALLE, 2010, CASABLANCA, LOMA LARGA



Dans un texte récent je disais que je demeurais un amateur de vins de prix abordables qui goûtent simplement le vin tout en reflétant bien cépages et terroir d'origine, sans artifices. Voilà donc que peu après j'ai ouvert ce vin qui cadre parfaitement avec cette définition. Un vin de Pinot Noir non boisé qui rend admirablement l'essence de ce cépage et de la région fraîche de Casablanca d'où il est issu. Lomas del Valle est la nouvelle étiquette créée par Loma Larga, un producteur dont j'ai déjà commenté plusieurs vins sur ce blogue, ici, ici, ici et ici . Loma Larga vendait auparavant une bonne partie de ses raisins à d'autres producteurs, mais a maintenant décidé de les vinifier pour créer une gamme de vins élaborés sans usage de bois de chêne. Il est intéressant de goûter des vins de haute qualité élaborés sans usage de bois. Ça ramène à l'essentiel, le simple jus de raisin fermenté. Boire ce type de vin de façon régulière permet aussi de mieux distinguer par la suite ce qui peut venir du raisin en terme d'arômes et de saveurs. Regardez ce lien pour en connaître plus sur ce projet très intéressant d'un des meilleurs producteurs du Chili.

La robe est d'un rubis éclatant et bien soutenu, mais son aspect translucide trahit un peu l'identité du cépage. Il en va de même du nez qui est tout en fruits rouges, avec de la cerise et de la fraise. Ce beau fruit est complété par des notes doucement épicées évoquant quelque peu la cannelle et la muscade, ainsi que par une légère touche fumée. En bouche, l'attaque est juteuse et ample avec une matière généreuse pour un vin de ce cépage, mais sans compromis sur la fraîcheur. Le fruité est éclatant, la palette de saveurs étant fidèle aux arômes déjà perçus. Le milieu de bouche révèle un vin qui sait allier concentration et "gouleyance", aidé en cela par des tanins légers et soyeux. La finale est logique et harmonieuse avec une très bonne longueur.

Souvent les vins non boisés, issus de cépages qui voient normalement le bois, sont pris moins au sérieux. Je dirais même qu'on a tendance à penser qu'il s'agit de vins de moindre qualité. On dit parfois que ce sont des vins inaptes à supporter le bois. Dans ce cas-ci, je n'ai pas eu cette impression. La qualité du vin est élevée, et il semble que l'absence de bois soit un choix purement stylistique. En ce sens, j'ai trouvé l'exercice intéressant et réussi. Pour le prix payé de 17$, il s'agit bien sûr d'un très bon RQP. Un vin fidèle au standard élevé que j'ai toujours retrouvé dans les vins de Loma Larga que j'ai eu la chance de déguster. Un vin propre, frais et éclatant qui donne beaucoup de plaisir.



lundi 10 décembre 2012

Stabilité des prix

Pendant qu'on s'enthousiasme sur Vin Québec et Fouduvin à propos de la baisse de prix du Cabernet Sauvignon toscan Farnito, qui était l'objet d'une promotion à moins 25% samedi dernier à La SAQ. Je rappelle que le prix des cabs chiliens de type Reserva est stable depuis que j'ai commencé à m'y intéressé il y a 15 ans. Les vins qui suivent montrent des prix qui n'ont presque pas varié:

Max Reserva, Errazuriz
Antiguas Reservas, Cousino Macul
Medalla Real, Santa Rita
Marques de Casa Concha, Concha y Toro
Gran Reserva, Tarapaca
Gran Reserva, Carmen

Du côté argentin on pourrait nommer les Cabs de Catena et Weinert qui sont de très bons achats et dont le prix a peu bougé depuis 15 ans. Les joies de l'Amérique du Sud.

jeudi 6 décembre 2012

La théorie du 10% (suite)

J'aime écrire et le choix des mots pour moi est important pour exprimer ma pensée clairement. Malheureusement, je suis conscient qu'au delà des mots, un texte peut parfois laisser une impression qui diffère de son contenu réel. Comme si le texte, de par son sujet et son ton, atteignait plus facilement l'émotion que la raison chez certaines personnes.

Dans mon texte initial, j'ai tenté d'exprimer la lassitude de quelqu'un qui a une conception marginale du monde du vin face à une conception totalement opposée. Je ne crois pas à l'élitisme et aux hiérarchies, je pense qu'il est possible de très bien boire, à prix raisonnable, si on s'en tient strictement au vin et si on élimine les facteurs pouvant influencer l'approche mentale face à celui-ci (prix, prestige, note, réputation, mode, etc...). Je ne pense donc pas qu'il n'y ait que 10% des vins produits dans le monde qui soient dignes d'intérêt. Je ne vois pas le parcours d'un amateur comme une ascension graduelle vers un hypothétique sommet. Je pense aussi que la sensibilité de chacun face au vin est très variable et qu'il n'y a donc pas de vérité absolue en cette matière.

J'ai nommé mon blogue « Le vin aux antipodes », entre autre, parce que je pense que ma conception du vin est opposée à celle qui est généralement acceptée dans ce milieu. Ceci dit, je sais aussi que diverger peut sembler méprisant face à ceux qui ont une approche plus classique. C'est la raison pour laquelle je n'écris plus sur les forums et que j'ai créé ce blogue. J'en avais assez de m'imposer et de paraître offensant, alors que je ne suis que divergeant. Ce blogue n'a donc pas pour objectif de changer quoi que ce soit dans le monde du vin, ce serait bien prétentieux de ma part. Je ne mène donc pas de combat. Je suis juste une voix, à diffusion très restreinte, tenant un discours plutôt différent, parce que c'est ce que je pense vraiment. Si ça peut apporter quelque chose à quelqu'un, tant mieux, mais mon texte précédant était celui de quelqu'un qui en doute fort.

Je continue d'en douter, mais je continue de lire à propos du vin, et parfois ça me donne le goût de réagir. Je lis actuellement la dernière édition du magazine CELLIER de la SAQ. Ce numéro dédié aux femmes dans le monde du vin contient un article intitulé « Les copines du vins ». Dans cet article, quatre sommelières québécoises parlent de leur métier et en particulier du rôle pédagogique du sommelier pour faire avancer la compréhension du vin dans la population. Je vous laisse lire l'article en entier si ça vous intéresse, mais la conclusion intitulée "Bémol à la démocratisation" m'est apparue particulièrement intéressante et en lien avec mon premier texte. Je cite le dernier paragraphe :

« Mais la priorité demeure d'aider les gens à atteindre ce frisson incroyable quand on arrive à apprécier un vin complexe et raffiné, croit Jessica Harnois. Favoriser l'accessibilité au vin, c'est outiller ceux qui le désirent pour les amener à vivre ce genre d'excitation. « Sinon, on nivelle par le bas et on se prive d'un pan essentiel de la culture oenophile. » Pas question, donc, pour ces sommelières influentes de démocratiser le vin en négligeant les flacons de qualité supérieure. Ni d'encourager le plus grand nombre à ne défendre que des bouteilles à 20 $. Et surtout pas d'ignorer qu'entre les deux il existe tout un monde à découvrir. »

Je pense que ce paragraphe représente très bien ma divergence. C'est beaucoup plus nuancé que le texte outrancier de Jamie Goode dont je parlais dans mon premier article, mais sur le fond ça se recoupe pas mal. Je persiste à penser que la vision exprimée dans ce paragraphe est une vision largement partagée dans le monde du vin. Certains y apporteraient sûrement des modifications, mais sur l'essentiel, je pense qu'il y a consensus. Je me trompe peut-être, mais en me basant sur mon expérience c'est mon impression. Pour ma part je continue de penser que l'essentiel du vin est ailleurs et qu'il n'y a pas d'échelle montrant clairement le chemin, et menant ultimement vers le nirvana vinique. Ce faisant je continuerai de niveler par le bas avec mes bouteilles à 20$, mais n'ayez crainte, je n'en prend pas ombrage. Le frisson est une question de perception, alors je m'arrange assez bien avec ça.



mercredi 5 décembre 2012

Deux chiliens et un français

Petit dîner ce midi avec l'ami Patrick qui partage mes affinités chiliennes, mais qui ne s'y confine pas comme moi. J'apprécie donc son ouverture d'esprit, tout en me sentant un peu mal à l'aise dans mon obstination géographique. On a donc partagé quelques bouteilles, sans les vider, bien sûr.

D'abord j'avais amené une bouteille de Syrah, Chono, 2009, Elqui, entamée légèrement la veille. La ressemblance de ce vin avec une Côte-Rôtie m'est encore apparue frappante. J'adore ce vin. Ensuite, à ma demande, Patrick m'a servi son vin à l'aveugle dans un bon vieux sac en papier brun que j'avais apporté. J'ai facilement reconnu l'Europe, mais rien de plus. Je n'ai pas vu la Syrah, dans ce Croze-Hermitage, 2006, d'Alain Graillot. Un vin que j'ai trouvé bien mince et qui m'a rappelé ce qui m'a poussé vers mon quasi monolithisme chilien. Ensuite, j'avais apporté un Cab de Maipo avec de l'âge en me disant que ça pourrait aider Patrick à être patient avec les vins de ce genre qu'il a en cave. Je sais, je vais encore paraître en beurrer épais avec mon foutu Chili, mais ce Cabernet Sauvignon, 1997, de Vina Carmen était simplement superbe, avec un profil mi-évolué et encore tout ce qu'il faut de fruit pour offrir un bon équilibre d'ensemble. Même si je suis un ardent défenseur du potentiel de garde des rouges chiliens, ce vin m'a surpris par son niveau de qualité. C'était une coche au-dessus de certains autres vins du genre que j'ai déjà eu la chance de déguster. Qu'un vin payé environ 16$ il y a 13 ans puisse donner un résultat d'un si haut calibre aujourd'hui est simplement stupéfiant. Je sais, je me répète, c'est pourquoi parfois je me tais... N'empêche, le potentiel de garde incroyable des rouges chiliens de type Reserva est le secret le mieux gardé du monde du vin. Par la suite je me suis rappelé que c'est Alvaro Espinoza qui était en charge à cette époque chez Carmen, et que c'est aussi ce même Espinoza qui a élaboré la Syrah, Chono, dont je parlais au début. En art on dit que l'homme passe, mais l’œuvre demeure. Le problème avec le vin, c'est que comme l'homme il est périssable et de longévité variable, mais le bon vin permet parfois de faire des liens avec le passé. À mon sens, ces deux vins de M. Espinoza, issus de cépages, de régions et de décennies différentes offraient une belle démonstration sur le thème de l'homme, de l'espace et du temps.



vendredi 30 novembre 2012

La théorie du 10%


J'écris de moins en moins sur le vin car j'en ai de moins en moins le goût. Pourtant j'aime encore autant le vin et j'en bois encore de façon régulière. Mais je continue de boire des vins sans prestige et de prix abordables et plus je regarde ce qui se passe dans le monde du vin, plus je me dis que c'est une perte de temps que d'écrire à leur sujet. Disons que je l'ai toujours su, mais dernièrement ce constat s'est imposé à moi avec plus d'acuité. Les lecteurs qui lisent à propos du vin sur internet s'intéressent surtout à des vins renommés et assez chers. Lire sur un vin à 20$ ça ne fait pas rêver la plupart des gens, si bon le vin puisse-t-il être. Comme il est impossible à l'écrit de vraiment transmettre la réalité d'un vin, et comme il est aussi impossible de faire abstraction de son origine, écrire au sujet d'un vin pas cher et sans pedigree attrayant semble être un exercice futile.

Vous me direz que beaucoup de professionnels écrivent à propos de vins de prix abordables. C'est vrai. Mais je pense qu'ils le font par devoir, rarement par envie. Je regardais récemment la liste des vins mis à l'enchère par Monsieur "Papilles et molécules", François Chartier. Une liste qui comportait surtout des vins renommés issus de sa cave. Au vu du contenu de cette liste, il m'était difficile de croire à son enthousiasme pour les vins de 20$ et moins dont il traite pourtant abondamment dans ses guides d'achat. Je ne blâme par vraiment M. Chartier pour cela. Pour tenter de vivre au Québec en écrivant sur le vin, il faut ratisser très large. De plus, la démarche de François Chartier, comme amateur, n'est pas différente de celle de plusieurs passionnés que j'ai eu l'occasion de rencontrer au fil de mes pérégrinations dans le monde du vin. Sauf que ceux-ci prétendaient rarement être enthousiasmés par des vins pas chers.

Au Québec il est donc difficile pour quelqu'un qui écrit à propos du vin, et qui espère en vivre, d'être totalement honnête à propos de ce qu'il aime vraiment en cette matière. On ne peut pas repousser du revers de la main la grande majorité des vins qui sont vendus à notre monopole étatique et consommés par la population en général. Heureusement, il existe des marchés plus larges et plus ouverts où les "winewriters" peuvent vraiment exprimer le fond de leur pensée. Ce fut le cas récemment pour le blogueur britannique Jamie Goode qui concluait un texte incisif en disant que 90% de tous les vins produits dans le monde étaient de la merde et qu'il fallait être honnête à ce propos, avec soi-même, et avec les lecteurs. J'apprécie l'honnêteté de M. Goode. Il exprime clairement ce qu'il pense et c'est très bien ainsi. Son 90% me rappelle un peu le 47% de Mitt Romney lors des dernières présidentielles américaines, sauf que M. Goode n'a pas été piégé à son insu. Il l'a fait candidement et volontairement, ce qui est à mon sens symptomatique. Je pense que son avis est partagé par pas mal de professionnels et d'amateurs passionnés dans le monde du vin, mais ce point de vue dérangeant est rarement exprimé publiquement. En privé, cette expression est souvent faite avec plus de nuances, mais le fond demeure sensiblement le même. Il y a les vins pour la masse, et les vins pour les initiés, les connaisseurs.

Bien sûr, je suis en total désaccord avec ce point de vue. Surtout que les vins qui peuvent être associés au mot merde, ceux qui sentent le fumier, le crottin de cheval, je les ai toujours rencontrés dans le 10% de la production que M. Goode vénère. À ce sujet, il était intéressant de lire ses commentaires récents à propos du Château Musar, 2004. Je traduis librement :

"Musar 2004 – le millésime courant d'un vin qui divise l'opinion. J'aime. Même si Musar n'est pas considéré comme un vin naturel, il est pas mal naturel. Il possède de folles saveurs inhabituelles. Pour les puristes, c'est un vin défectueux, avec de l'acidité volatile et de la brett en abondance et un peu d'oxydation. Mais allié à un doux fruité, toutes ces saveurs se combinent harmonieusement, il est délicieux et peut vieillir. Tout le monde a aimé"

Cet exemple boucle la boucle pour moi à propos de mon désaccord avec la théorie du 10% qui symboliserait le monde du vin qu'on dit fin. Musar est un vin fort apprécié par ceux qui adhèrent à cette théorie du 10%, même s'il est réputé pour ses défauts œnologiques. Pour moi ce vin est le symbole d'un discours défaillant même s'il est souvent exprimé avec honnêteté. Dans un monde où bien des amateurs qui se pensent éclairés nous assomment à coup de terroir, un vin emblème comme Musar invalide ce propos. Ce que Musar symbolise, c'est l'antithèse du vin de terroir. L'acidité volatile, les arômes de bretts et l'oxydation, n'ont rien à voir avec le terroir de la vallée de la Bekka. Au contraire. Ce sont des caractéristiques qu'on peut obtenir partout dans le monde et qui s'acquièrent après l'élaboration de base du vin. Ce type de profil s'obtient à cause de choix humains qui interviennent après la fermentation alcoolique, non pas à cause de la nature du lieu où les raisins ont été cultivés.

J'apprécie donc l'honnêteté de quelqu'un comme Jamie Goode qui dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Cependant, je trouve son raisonnement invalide et très condescendant, en plus d'être déprimant. Pour moi il exprime un dédain pour le vin en général que j'ai de la difficulté à accepter venant de gens qui se disent passionnés par ce liquide. Je trouve qu'on confond tout, mauvais vins et vins propres. Ces vins non altérés reflètent bien mieux leur terroir que ne le font ce que j'appelle les vins-fromages, les vins-Roquefort. Ces vins qui tirent plus leur caractère de l'action de micro-organismes à l'action secondaire que du lieu d'où ils proviennent. Il me semble qu'il y a souvent chez les gens qui dégustent beaucoup, professionnels et amateurs passionnés, une lassitude, un ennui, face au jeune vin qui ne fait que goûter ce qu'un bon jeune vin doit goûter. Cela expliquerait pourquoi on a plus de respect pour les vins qui se démarquent au plan aromatique, que ce soit dû aux caractéristiques apportées par l'âge ou par l'action secondaire de microorganismes.

Désolé d'écrire si peu souvent et d'y aller d'un texte qui peut sembler bien négatif. Ce n'est pas une expression de mépris envers quiconque, mais plutôt le reflet d'une lassitude, quoique si vous lisez bien, vous y verrez quelqu'un qui persiste à aimer ce jus de raisin simplement fermenté qu'on appelle le vin.


vendredi 9 novembre 2012

Éloge de Concha y Toro

Un article de la revue britannique Drink Business recense les 10 plus gros producteurs de vins en volume au monde. Oui il y a Mondavi et Berringer dans cette liste qui font de bons vins. Oui je suis un ardent défenseur du Chili vinicole, mais quand on regarde les profils de chacun, pour moi il est clair que Concha y Toro se démarque. On dira ce qu'on veut de la gamme Casilliero de Diablo, oui c'est du vin qu'on peut qualifier d'industriel, sans appellation d'origine précise, mais c'est du foutu bon vin industriel.  Plus haut dans la hiérarchie vous avez des vins de terroir, que ce soit les gammes, Riberas, Marques de Casa Concha et Terrunyo, ou bien les cuvées Don Melchor, Gravas del Maipo, Carmin de Peumo, Amelia et Almaviva. Tout cela sans compter tous les autres projets et filiales: Cono Sur, Maycas del Limari, Canepa, Vina Maipo, Vina Palo Alto. En plus il y a Trivento en Argentine et maintenant Fetzer aux États-Unis. De plus, la famille Guilisasti, principal actionnaire de Concha y Toro, est propriétaire de Vina Emiliana, le leader du biologique et du biodynamique au Chili. Selon moi Concha y Toro se démarque clairement des Yellow Tail et Gallo de ce monde. Il s'agit d'un exemple de grosse compagnie qui sait allier qualité et volume. Vin de terroir et vin plus industriel. Le tout pour des prix imbattables. Décidément une locomotive pour le Chili.

jeudi 8 novembre 2012

CABERNET SAUVIGNON, ÉLÉGANCE, 2000, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE



Non. Ce n'est pas un doublon de la même note de dégustation. Suite au millésime 2007 dont je vantais le potentiel de garde dans mon précédant message. J'étais curieux de voir où en était rendu la version 2000 de ce vin qui en était le millésime inaugural. En passant, j'ai écrit cette note de dégustation en oubliant totalement que le nom de cette cuvée était Élégance. Je n'ai donc pas modifié les deux fois où j'ai spontanément utilisé ce mot.

La robe est de teinte encore bien soutenue, mais de légers signes d'évolution sont perceptibles au pourtour du disque. Le nez est très beau avec un profil élégant et complexe de cab mi-évolué. On peut y percevoir une agréable combinaison d'arômes portant légèrement la patine du temps passé en bouteille. On y retrouve le cassis, la cerise, le bois de cèdre, l'humus, le menthol et le café. En bouche, le vin présente un aspect intégré et suave, même si la matière est encore bien présente. Les saveurs de superbe qualité sont intenses et se marient admirablement avec le côté soyeux des tanins. Ça permet à l'ensemble de glisser sans effort et de révéler un milieu de bouche avec encore tout ce qu'il faut de concentration, mais où on peut percevoir une indéniable élégance. Cela se répercute dans la finale longue et harmonieuse.

En parlant de lui avec ironie Brel chantait qu'il faut bien être lorsque l'on a été. Dans le cas de certains vins, je dirais plutôt qu'ils ne peuvent être que parce qu'ils ont été. Je veux dire par là qu'un vin comme ce Cabernet de Haras de Pirque ne peut offrir un profil fidèle à son nom que parce qu'il a été autre chose avant. Dans le cas des vins ambitieux à dominante Cabernet, la puissance et l'apparence d'excès précèdent bien souvent l'élégance. Si vous n'aimez dans le vin que l'élégance associée au raffinement, et que vous achetez ce type de vins en jeunesse, vous feriez mieux d'avoir de la patience et de la prévoyance. Dans ce cas, inutile d'ouvrir ce type de vin avant dix ans d'âge. Celui-ci en a douze et il ne fait qu'entrer dans sa fenêtre, pour ainsi dire, civilisée. Je dirais même que selon mes préférences, je l'ai ouvert un peu trop tôt. Ceci dit, c'est vraiment un très beau vin qui met à mal le préjugé voulant que les vins issus de jeunes vignes ne sont pas de bons candidats pour la garde. Le vignoble d'où provient ce vin a été planté en 1993 et 1994. Les vignes étaient donc très jeunes en 2000 et pourtant le vin montre un potentiel de garde certain. Il est encore loin de son déclin et je pense qu'il a le potentiel pour bien évoluer pendant au moins dix autres années. Si vous avez un cellier. Je ne saurais donc trop vous recommander l'achat du 2007 actuellement toujours disponible à la SAQ



CABERNET SAUVIGNON, ÉLÉGANCE, 2007, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE





J'ai déjà parlé de ce producteur à propos de sa cuvée Albis, 2005, veuillez vous y référer pour une courte introduction à propos de Haras de Pirque. Ce vin est en réalité un assemblage à forte dominante de Cabernet Sauvignon, auquel s'ajoutent 12% de Syrah et 3% de Cabernet Franc. L'élaboration de ce vin inclut la vendange manuelle, un rendement faible à environ 30 hl/ha, une fermentation alcoolique avec levures indigènes et un élevage en barrique de chêne français pendant 16 mois. Le vin titre à 14.5% d'alcool pour un pH vigoureux de 3.44. Il est aussi très sec avec seulement 2.1 grammes/litre de sucres résiduels.

La robe opaque et sombre montre un bel éclat. Le nez est pur Alto Maipo avec des arômes de cassis et de cerise, ainsi qu'un aspect terreux typique, le tout agrémenté d'une touche mentholée et doucement épicée, ainsi que d'un caractère viandé qui se développe longtemps après l'ouverture, pour ensuite disparaître avec encore plus de temps. En bouche, le vin est la fois souple et ferme, avec une palette de saveurs qui reflète bien ce qui était perçu au nez et qui offre ce qu'on attend d'un jeune Cab de Maipo. Le milieu de bouche permet de confirmer le bel équilibre d'ensemble et la qualité de la matière. Le niveau de concentration est assez élevé, mais ne montre pas l'effet saturant qu'on retrouve dans certains vins très ambitieux en jeunesse. La trame tannique est ferme et soyeuse, ce qui ajoute à l'impression de classe qui se dégage de ce très jeune nectar. La finale condense l'essence de ce vin en un sursaut d'intensité, avant un long déclin des saveurs où l'amertume et la poigne des tanins gagnent progressivement en importance.

Cette cuvée Élégance est un bel exemple de vin chilien de haut niveau qui sait éviter les excès, que ce soit dans ses caractéristiques, ou bien au niveau du prix demandé. Ici on ne tente pas d'impressionner par une concentration extrême de matière, on se concentre plutôt sur l'équilibre et sur les qualités aromatiques du vin. Celui-ci est encore très jeune et sans traces d'évolution, mais à cause des qualités déjà évoquées, il est déjà abordable sur un beau profil de jeunesse marqué par son lieu d'origine. Ceci dit, il est clair qu'il possède un superbe potentiel d'évolution en bouteille. J'ai plusieurs bouteilles du millésime 2000 et 2003 de ce vin en cave, et celles déjà ouvertes m'ont confirmé les qualités de garde de ce vin. Je ne suis d'ailleurs pas pressé de les ouvrir mes 2003 car selon moi ce vin peut facilement être gardé un vingtaine d'années. Je répète que l'Alto Maipo est un des meilleurs terroirs à Cabernet Sauvignon au monde et sûrement le moins reconnu, compte tenu de la qualité et du caractère unique des vins qui y sont produits. Au prix demandé par la SAQ (35$), il s'agit d'une belle occasion de mettre en cave un rouge chilien de fort calibre. 



Le prix du vin à la SAQ


Marc-André Gagnon de Vin Québec y va d'une charge contre la SAQ et les rabais des succursales SAQ-Dépôt. Je ne pense pas que la SAQ-Dépôt se démarque des autres promotions de la SAQ du style "Obtenez 10% de rabais avec un achat d'au moins 100$". Tout le monde sait que le prix régulier des vins à la SAQ est trop élevé et que le consommateur averti doit faire ses achats lors de promos du genre moins 10%. Acheter du vin à un autre moment c'est payer trop cher. Personnellement, j'achète 90% de mes vins à la SAQ lors de promos. Dans ces circonstances, les prix sont généralement corrects face à ce qu'on peut retrouver ailleurs au Canada. On pourrait aussi questionner le choix de la SAQ d'offrir des prix plus compétitifs dans le haut de gamme, par rapport aux vins plus près de l'entrée de gamme. Avec la vente du vin en épicerie, on dirait que tout au Québec est conçu pour profiter de ceux qui ne sont pas des amateurs et pour qui le vin est une marchandise courante.

Pour revenir au système de promotions à la SAQ. Il est clair que ce système est contraignant pour l'amateur qui ne veut pas payer le prix régulier, mais selon moi, ce n'est pas le principal problème de la vente au détail du vin au Québec. Le problème le plus important semble être celui du mode de sélection arbitraire des vins et la façon dont la SAQ les achète par l'intermédiaire d'agents et d'appels d'offres. À mon avis c'est un système opaque où la SAQ ne se sert pas se son pouvoir pour négocier directement les meilleurs prix auprès des producteurs. À l'heure de la commission Charbonneau où l'on entend beaucoup parler d'appels d'offres truqués, de corruption de fonctionnaires, et de services qui ne sont pas obtenus aux meilleurs prix possibles par les gouvernements. Je pense que le cas de la SAQ pourrait être scruté. Je n'accuse personne car je ne suis pas un professionnel du vin proche du système. Mais vu de l'extérieur, comme simple amateur, je me pose des questions. Il me semble qu'en procédant autrement, de manière plus transparente, la SAQ pourrait payer le même dividende au gouvernement, et les consommateurs pourraient payer globalement moins cher pour le vin.

Le vin rouge chilien peut-il bien vieiilir?

Je me suis rendu compte que mon titre précédant sur ce sujet récurrent était inadéquat car il y a une différence entre vieillir et bien vieillir. Voici un autre exemple rapporté dans cet article attestant de la capacité à bien vieillir des rouges chiliens de bonne qualité. Cette fois ce n'est pas du Medalla Real de Santa Rita dont il est question, mais bien de son grand frère le Casa Real, 1997. Si vous lisez ce blogue avec régularité, vous savez que beaucoup de rouges chiliens ont ce potentiel. J'ai fait un test similaire dernièrement avec deux millésimes du Cabernet Sauvignon, Élégance, de Haras de Pirque. Je reviendrai bientôt avec des notes de dégustation à propos de ces deux vins.

Surprise de taille à l'aveugle, encore...


Voici un article intéressant qui relate une partie des résultats d'une dégustation comparative à l'aveugle de vins de Syrah. Malgré le fait que l'on dit que le palais québécois préfère l'archétype Ancien-Monde, ce sont deux vins du Nouveau-Monde (Okanagan et Paso Robles) qui ont remporté les deux premières places, alors qu'une Syrah du pays d'Oc de prix très modique (16.95$) a terminé au cinquième rang sur quarante vins engagés.

L'aveugle a encore une fois triomphé des préjugés sur l'origine et le prix. Pas nécessaire de payer une fortune pour bien boire, et on peut le faire hors des régions traditionnelles. Il suffit de penser autrement et de faire confiance à ses sensations et à son goût. Ce sont là des choses que j'ai souvent répétées sur ce blogue et qui sont réelles. Hors de l'aveugle, vous goûtez en bonne partie ce en quoi vous croyez.

SAUVIGNON BLANC, WAIRAU RESERVE, 2011, MARLBOROUGH, SAINT CLAIR FAMILY ESTATE





Sur ce blogue je parle surtout de vin chiliens car ce sont les vins que j'achète et déguste le plus souvent. Toutefois, plusieurs de ces vins ne se retrouvent jamais sur ce blogue parce que je ne parle ici que des vins que j'ai suffisamment aimé pour que j'aie envie de prendre le temps d'écrire à leur sujet. Ce qui est vrai pour les vins chiliens est aussi vrai pour les vins d'ailleurs dans l'hémisphère sud que je déguste. La seule exception à cette règle est lorsqu'un vin pique mon intérêt pour une raison autre que sa qualité ou son RQP favorable. C'est le cas de ce Wairau Reserve du réputé producteur néo-zélandais Saint Clair. J'ai décidé de m'offrir ce vin car selon mes lectures c'est un bon exemple de ce que la Nouvelle-Zélande peut faire de mieux, à prix assez raisonnable (27.65$), en terme de Sauvignon Blanc non boisé. J'ai dégusté pas mal de Sauvignon Blanc chiliens cet été, dont plusieurs vins qui me sont apparus des RQP de fort calibre. Alors j'avais envie de goûter à une référence crédible venant d'ailleurs pour ce style de vin. Cette cuvée Wairau Reserve est le haut de gamme chez Saint Clair pour les vins de Sauvignon Blanc. Les raisins proviennent des parcelles les plus proches de l'océan. Le vin est élaboré totalement en inox, avec pressage rapide pour minimiser le contact avec les peaux. Le jus clarifié est fermenté à basse température en utilisant plusieurs types de levures sélectionnées. Le vin titre à un très raisonnable 13% d'alcool pour un pH de 3.39, ce qui est plutôt élevé pour un blanc de ce genre. Voyons ce que ça donne dans le verre.

La robe verdâtre surprend par sa pâleur. Le nez aussi surprend par son aspect modéré. Ceci dit il est facile d'y détecter des arômes de fruits de la passion, de zeste de pamplemousse, complétés par un léger trait citronné et une touche végétale évoquant le poivron vert. En bouche, le vin se montre sous un jour généreux et gras pour un vin de ce cépage. Cela est en accord avec une acidité très modérée et des saveurs fruitées matures tirant sur l'aspect tropical. Le milieu de bouche permet de constater le bon niveau de concentration et le volume assez généreux du vin. Une impression d'onctuosité se dégage de l'ensemble, cela permet au vin de glisser sans effort vers une finale harmonieuse et de bonne persistance.

En matière de vin il est important de juger honnêtement la qualité au-delà du style. En ce sens, la qualité de ce vin est indéniable, mais personnellement ce n'est pas mon style favori. Comprenez-moi bien. C'est un très bon vin et je ne dédaigne pas ce style mature et rond une fois de temps en temps, mais je préfère le côté nerveux et ferme que peut offrir le Sauvignon Blanc. Ce vin plaira aux amateurs qui n'aiment pas le Sauvignon Blanc frais et vif, au fruité citrique marqué et à l'aspect végétal plus prononcé. Pour ce qui est du RQP du vin, dans un contexte de marché global, son prix de 27.65$ me semble justifié. Ceci dit, je ne peux m'empêcher de comparer avec mes joyaux chiliens de même niveau qualitatif vendus entre 14 et 20$. Dans ce contexte le vin m'apparaît assez cher. Ceci dit, je ne suis pas sûr d'être tombé sur le vin idéal pour mon exercice de comparaison.