samedi 28 août 2010
CABERNET SAUVIGNON, 2001, MAIPO, ARBOLEDA
Petit vendredi soir tranquille après une grosse semaine au travail. Je décide de m’ouvrir un Cabernet de Maipo avec un peu d’âge. Je n’ai pas encore assez de ces vins pour en ouvrir aussi souvent que je le voudrais. Toutefois, ces dernières années j’ai acheté en grandes quantités ce type de vins, dans le but justement de pouvoir un jour en ouvrir plus fréquemment, sans arrière-pensées. Il faut dire que pour moi les Cabernets de Maipo de ce genre on fait leurs preuves pour la moyenne garde. Je ne compte plus les beaux moments que m’ont donné des vins comme le “Medalla Real” de Santa Rita, l’”Antiguas Reservas” de Cousino Macul, le “Reserva de Familia” de Santa Carolina, ou encore la cuvée “Gran Reserva” de Tarapaca. Dans ce cas-ci, contrairement aux exemples ci-haut mentionnés, il s’agit d’un vin sans tradition. Une cuvée des premières années de Arboleda qui n’avait alors pas ses propres vignobles. Pour compenser, on pigeait ici et là dans les vignobles du groupe Errazuriz/Chadwick. Aujourd’hui, ce vin est élaboré à partir des nouveaux vignobles de cette “boutique winery” situés au coeur de la vallée d’Aconcagua. Il ne faut donc pas confondre le vin de Maipo dont il est question ici avec celui du même nom actuellement offert à la SAQ. Ils proviennent de deux terroirs différents.
La robe est encore foncée, bien que légèrement translucide. Elle ne montre pas de signe évident d’évolution. Le nez quant à lui révèle un très beau profil de Cab saisit à un moment très heureux de son évolution. C’est vraiment très beau, à la fois délicat et complexe, avec un profil où le fruit domine encore, mais où tous les éléments ont été altérés au fil du temps. En ce sens, c’est un profil que je qualifierais de “évolué-jeune”, bien que de façon plus classique certains diraient plutôt un profil secondaire. Comme je le disais, c’est encore le fruit qui tient l’avant-scène, mais ce n’est plus le fruité de jeunesse, même chose pour les subtiles notes boisées. Malheureusement, il est impossible pour moi de mettre cette différence clairement en mots. Par exemple, le nez montre du fruit rouge se rapprochant pour moi de la cerise, mais je ne peux verbaliser la différence entre cerise jeune et cerise évoluée. Toujours est-il qu’en plus de la cerise, on retrouve aussi des notes de bois de cèdre, de terre humide, de menthol, de vanille, ainsi qu’un léger aspect torréfié. En bouche, on retrouve un vin où le caractère fondu se révèle dès le départ. C’est souple, soyeux et délicat. Tout se passe en douceur. La palette de saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez, avec toujours ce caractère “évolué-jeune” évoqué plus tôt. Le milieu de bouche montre un bel équilibre, avec des proportions bien ajustées. Le vin a encore du corps et un bon tonus, mais rien ne semble excessif. Les angles sont arrondis et le tout coule facilement avec beaucoup de plaisir. La finale poursuit dans la veine de la finesse et de l’harmonie, avec une bonne longueur aux rémanences finement amères de chocolat noir.
L’ouverture d’une bouteille de ce genre me réconforte dans la validité de ma démarche en matière de garde. Une démarche que je pourrais qualifier d’inorthodoxe, même si certains pourraient plutôt y voir une forme obstinée de snobisme inversé. Sincèrement, j’ai trouvé ce vin excellent, fidèle à l’idée que je me fait d’un bon Cab de Maipo d’une dizaine d’année. Un vin ayant perdu une bonne partie de sa “typicité” chilienne de prime jeunesse, pour laisser la place aux vertus de ce cépage lorsque le temps a pu y appliquer modérément sa patine. Un vin entre deux âges donc, dont le caractère particulier est très difficile à mettre en mots. Un vin encore en parfaite forme, qui n’a pas entrepris un quelconque déclin, mais montrant un profil que seul le temps en bouteille peut procurer. Quand je pense que j’ai payé ce vin 17.95$ il y a 5 ans. La beauté de la chose, c’est que les prix des Cabs de Maipo de ce niveau sont stables. Pas d’inflation démesurée à la bordelaise, ni de prix gonflés aux gros scores des critiques américains. En fait, depuis 12 ans que je m’intéresse plus sérieusement au vin, le prix de ce type de cuvées chiliennes n’a pas bougé. L’acheteur avisé peut se procurer de réels bijoux dans la gamme 15-20$. Des vins étonnamment civilisés, propres, sans excès d’extraction, de concentration ou de boisé. Des vins où on ne cherche pas à en faire beaucoup dans le but d’impressionner. Ironiquement, c’est ce manque de grandes ambitions qui semble jouer en leur faveur. Le genre de vin pour qui veut être charmé, plutôt qu’impressionné.
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mercredi 25 août 2010
Le goût québécois et l'approche européenne
Je continue ma lecture des différents numéros du magazine chilien “Vitis”, et chemin faisant je suis tombé sur un article dédié aux fameuses levures Brettanomyces. À la lecture de cet article, je n’ai pu m’empêcher de sourire tellement c’était réconfortant pour un palais perdu comme le mien dans ce Québec où règne en maître la culture européenne du vin. Ça me ramenait directement au texte récent que j’ai écrit et que j’avais ironiquement intitulé “L’approche européenne”.
Le texte de “Vitis” sur les Bretts commence par une anecdote de l’auteur qui raconte comment un juge canadien, qui est en fait Québécois, avait donné, lors d'un concours, une note de 90 à un Carmenère chilien clairement bretté, alors que des collègues chiliens avaient noté le même vin 70 et moins à cause de ce “défaut”. Pour expliquer une telle différence d’appréciation, l’auteur fait valoir que le juge québécois avait été formé à l’école française du vin et que ces arômes étaient donc normaux pour celui-ci.
Il semble clair que dans le cas de ces arômes, au-delà des très fortes différences de sensibilité entre individus, il existe un phénomène de goût acquis. Il me semble impossible d’être amateur de vins européens haut de gamme et en même temps de ne pouvoir tolérer ces arômes. On peut aimer ceux-ci d’emblée, ou y être relativement insensible. Sinon il est nécessaire de s’y faire s’y on veut embrasser pleinement la culture européenne du vin. C’est une condition obligatoire, autrement les déceptions seraient beaucoup trop nombreuses. Dans ces conditions, il est facile de comprendre pourquoi il n’y a au Québec aucune personnalité connue écrivant sur le vin qui nomme clairement ces arômes. Pour ceux qui peuvent les détecter, ils sont considérés comme normaux. Alors que pour bien d’autres, dans la majorité des cas, ils ne sont simplement pas perçus.
Je sais que j’ai l’air de cogner sur le même clou, mais mon but n’est pas de m’acharner. J’essaie seulement de souligner que la perception et l’appréciation du vin est aussi une question d’éducation. Et lorsque presque tout le monde subit la même influence, on appelle ça la culture. La culture du vin au Québec est européenne, et surtout française. Il y a une sorte de conformisme plus ou moins volontaire de relié à cela. À force de se faire dire qu’une chose est bonne, ou à tout le moins normale, on y adhère, ou on s’y habitue. Si le discours ambiant était autre. Il est clair que le goût québécois et les habitudes de consommation en matière de vin serait différents. Je sais bien que la réalité n’est pas près de changer, mais comme amateur passionné par ce liquide, peu importe nos préférences, je pense qu’il est important et intéressant d’avoir conscience de la situation. Ça peut aider à mettre les choses dans une perspective plus complète.
http://www.vitismagazine.cl/pdf/rev_28.pdf
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Le texte de “Vitis” sur les Bretts commence par une anecdote de l’auteur qui raconte comment un juge canadien, qui est en fait Québécois, avait donné, lors d'un concours, une note de 90 à un Carmenère chilien clairement bretté, alors que des collègues chiliens avaient noté le même vin 70 et moins à cause de ce “défaut”. Pour expliquer une telle différence d’appréciation, l’auteur fait valoir que le juge québécois avait été formé à l’école française du vin et que ces arômes étaient donc normaux pour celui-ci.
Il semble clair que dans le cas de ces arômes, au-delà des très fortes différences de sensibilité entre individus, il existe un phénomène de goût acquis. Il me semble impossible d’être amateur de vins européens haut de gamme et en même temps de ne pouvoir tolérer ces arômes. On peut aimer ceux-ci d’emblée, ou y être relativement insensible. Sinon il est nécessaire de s’y faire s’y on veut embrasser pleinement la culture européenne du vin. C’est une condition obligatoire, autrement les déceptions seraient beaucoup trop nombreuses. Dans ces conditions, il est facile de comprendre pourquoi il n’y a au Québec aucune personnalité connue écrivant sur le vin qui nomme clairement ces arômes. Pour ceux qui peuvent les détecter, ils sont considérés comme normaux. Alors que pour bien d’autres, dans la majorité des cas, ils ne sont simplement pas perçus.
Je sais que j’ai l’air de cogner sur le même clou, mais mon but n’est pas de m’acharner. J’essaie seulement de souligner que la perception et l’appréciation du vin est aussi une question d’éducation. Et lorsque presque tout le monde subit la même influence, on appelle ça la culture. La culture du vin au Québec est européenne, et surtout française. Il y a une sorte de conformisme plus ou moins volontaire de relié à cela. À force de se faire dire qu’une chose est bonne, ou à tout le moins normale, on y adhère, ou on s’y habitue. Si le discours ambiant était autre. Il est clair que le goût québécois et les habitudes de consommation en matière de vin serait différents. Je sais bien que la réalité n’est pas près de changer, mais comme amateur passionné par ce liquide, peu importe nos préférences, je pense qu’il est important et intéressant d’avoir conscience de la situation. Ça peut aider à mettre les choses dans une perspective plus complète.
http://www.vitismagazine.cl/pdf/rev_28.pdf
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samedi 21 août 2010
LA LAGUNA DEL INCA, IN SITU, 2007, ACONCAGUA, VINA SAN ESTEBAN
Vina San Esteban est situé dans ce qui pourrait être appelé “Alto Aconcagua”, c’est-à-dire l’extrême est de la vallée, à 870 m d’altitude, aux pieds des Andes. Les vignobles du domaine sont plantés en partie sur le plancher de la vallée, et à flancs de montagne. Selon le producteur, les profils des vins obtenus entre les deux endroits sont bien différents. Il faut acidifier les vins provenant de la vallée, alors que ceux issus de la montagne n’en ont pas besoin. C’est le cas de cette cuvée “La Laguna del Inca”, un assemblage composé de Syrah (40%), Cabernet Sauvignon (35%), Carmenère (21%) et Sangiovese (4%). Les vendanges sont manuelles, avec fermentation en inox et élevage de 14 mois en barriques de chêne français et américain. Le vin titre à 14.6% d’alcool pour un pH de 3.65.
La robe est très sombre et d’une totale opacité. Le nez est modéré dans son niveau d’expression et exhale des arômes de fruits rouges (cerise) et de fruits noirs, complétés par une touche mentholée, un peu d’épices douces et un léger aspect torréfié. Belle qualité d’arômes, même si l’ensemble est un peu simple pour le moment. En bouche, on a droit à un vin bien concentré aux saveurs fruitées intenses, à la structure compacte et montrant à ce stade un niveau d’amertume assez élevé qui lui donne un aspect sévère. Un caractère épicé vient enrichir le fruit, et bien que les tanins semblent contribuer à l’amertume, ils sont tout de même d’une belle finesse de texture. La finale est solide et l’allonge de fort calibre.
Ce vin m’a laissé un peu perplexe. Moi qui ne connaissait de la vallée d’Aconcagua que les vins généralement charmeurs en jeunesse de la maison Errazuriz. Avec ce vin de San Esteban ont est clairement dans un autre registre. Le vin et bon et la qualité me semble évidente, mais pour le moment celui-ci semble un peu replié sur lui-même. Ce qui est rare au Chili, où les vins sont généralement abordables dès leur prime jeunesse. Si on aime les rouges montrant un profil sévère, ça va, mais pour le moment on est vraiment pas dans le registre de la séduction. Voilà un vin viril qui ne se fera pas accuser d’être racoleur! Quoi qu’il en soit, il me reste trois bouteilles de ce nectar pour voir de quoi il en retourne. La prochaine ne sera pas ouverte avant un bon 5 ans. J’ai confiance pour la suite, mais rien n’est garanti. Le producteur lui parle d’un potentiel de garde de 10 ans pour ce vin.
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jeudi 19 août 2010
Vins issus de vignes greffées et non-greffées: Une comparaison intéressante
Ceux qui me lisent avec une certaine régularité, que ce soit ici sur ce blogue, ou auparavant sur FDV, savent que j’attribue une bonne partie du caractère distinctifs de plusieurs vins chiliens au fait qu’il s’agit du seul pays au monde où la très grande majorité des vignes sont plantées franches de pied, plutôt que greffées sur des portes-greffes hybrides. Changer les racines d’une plante n’est pas un acte anodin. Il m’a toujours semblé évident que cela devait entraîner des changements dans la nature des fruits pouvant être produits, et partant, dans celle des vins qu’on pouvait espérer en tirer. J’ai lu de nombreuses références par le passé indiquant que la nature du porte-greffe avait une influence importante sur la vigueur de la vigne. Ainsi donc, dépendant de la fertilité du sol et de la nature du cépage, et même du clone de ce cépage, le vigneron peut choisir un porte-greffe qui atténuera la vigueur de la vigne. Cela représente un avantage très important dans l’élaboration d’un vignoble visant à produire des vins de grande qualité. Une vigne moins vigoureuse concentre plus de ressources sur ses fruits, et moins sur le développement du bois et du feuillage. Cela a donc un impact important sur la qualité des fruits pouvant être obtenus. La crise du phylloxéra, il y a plus d’un siècle, a donc modifié la viticulture mondiale en y apportant un élément nouveau et déterminant. Un élément qui s’est raffiné au fil des décennies avec le développement de toute une panoplie de porte-greffes pouvant s’adapter aux différents types de sols et aux différents cépages qu’on veut y greffer. Si on pense aussi aux divers clones disponibles pour un même cépage, la vigne d’aujourd’hui est donc une entité adaptable qui est bien différente de la vigne “tout en un” et non sélectionnée du 19ième siècle. Encore une fois, le seul endroit où les choses ont peu changé depuis ce temps, c’est au Chili. Un endroit à la viticulture unique, vestige d'une autre époque. Je dis que les choses ont peu changé au Chili, car encore plus de 90% du vignoble chilien est planté sans porte-greffe. Toutefois, cela commence à changer. De plus en plus de producteurs introduisent le greffage et les porte-greffes dans leur arsenal. Aussi, chose pratiquement unique au Chili, on greffe de plus en plus de cépages Vitis vinifera sur des racines Vitis vinifera d’un autre cépage. Comme en greffant de très vieilles vignes de Païs avec des cépages plus réputés.
Un des producteurs chiliens qui depuis plusieurs années expérimente avec les porte-greffes, est le groupe Santa Rita, qui inclut aussi Vina Carmen. Cette semaine, j’ai eu la chance de tomber sur un article très intéressant du magazine chilien “Vitis”, et qui montre une comparaison de trois paires de vins issus de vignes greffées et non greffées. Les résultats sont très intéressants et montrent bien que le greffage a un effet direct sur la nature des vins obtenus. Dans les trois cas, les vignes sont issues du même vignoble, même de rangées de vignes voisines ayant des sols identiques. Dans aucun cas la comparaison n’est parfaite, car certains éléments sont différents (clones, année de plantation), mais tout de même, les comparaisons sont assez proches et les différences de profil des vins assez claires pour voir que le greffage a une influence indéniable sur les vins obtenus. D’ailleurs, dans les trois cas, on parle de vignes dont les raisins servent à produire des vins que je connais, soit la Sauvignon Blanc “120" de Santa Rita, le Cabernet Sauvignon “Medalla Real” de Santa Rita, et le Merlot, “Reserve” de Vina Carmen, issu de la vallée de Casablanca. Il est à noter que dans le cas du Cabernet Sauvignon, on dit clairement que le greffage a été utilisé pour atténuer la vigueur de la vigne non-greffée. En ce sens, il est intéressant de noter que la vigne greffée moins vigoureuse produit deux fois plus de fruits que la vigne non-greffée, et que la qualité du vin produit est au moins aussi bonne, même si les profils des vins sont différents. De plus, dans le cas des deux paires de vins rouges, il est intéressant de noter que les versions issus de vignes non-greffées sont toutes deux qualifiées de “herbal”, contrairement à leurs contreparties issues de vignes greffées. Cela est intéressant quand on sait que les rouges chiliens sont souvent décriés par certains pour leur caractère végétal. Et si la viticulture pré-phylloxéra donnait des vins au caractère végétal plus affirmé à cause, entre autre, d’une plus grande vigueur des vignes non-greffées? La réponse à cette interrogation n’est pas définitive, et c’est sûr que les Chiliens vont continuer de se pencher sur la question. Une chose est sûre toutefois, ce type d'expérience apporte un éclairage intéressant sur la viticulture particulière de ce pays, et offre des pistes pour mieux comprendre ses vins. Ça peut aussi permettre de se demander à quoi ressemblerait les vins européens si le phylloxéra n'avait pas complètement changer la donne.
Si la lecture de cet article vous intéresse, je joins le lien vers l’édition pdf du magazine le contenant. L’article commence à la page 13 et est disponible en espagnol et en anglais. D’ailleurs, une bonne vingtaine de numéros de cette revue, remontant jusqu’à 2007, sont disponibles gratuitement en version pdf. Beaucoup de lecture en perspective pour moi qui vient juste de découvrir cette petite mine d'information. Dans le même numéro, il y a d'ailleurs un article intéressant sur le marché du vin canadien observé du point de vue des Chiliens. Ils ne semblent pas très entichés de nos monopoles étatiques.
http://www.vitismagazine.cl/pdf/rev_31.pdf
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Un des producteurs chiliens qui depuis plusieurs années expérimente avec les porte-greffes, est le groupe Santa Rita, qui inclut aussi Vina Carmen. Cette semaine, j’ai eu la chance de tomber sur un article très intéressant du magazine chilien “Vitis”, et qui montre une comparaison de trois paires de vins issus de vignes greffées et non greffées. Les résultats sont très intéressants et montrent bien que le greffage a un effet direct sur la nature des vins obtenus. Dans les trois cas, les vignes sont issues du même vignoble, même de rangées de vignes voisines ayant des sols identiques. Dans aucun cas la comparaison n’est parfaite, car certains éléments sont différents (clones, année de plantation), mais tout de même, les comparaisons sont assez proches et les différences de profil des vins assez claires pour voir que le greffage a une influence indéniable sur les vins obtenus. D’ailleurs, dans les trois cas, on parle de vignes dont les raisins servent à produire des vins que je connais, soit la Sauvignon Blanc “120" de Santa Rita, le Cabernet Sauvignon “Medalla Real” de Santa Rita, et le Merlot, “Reserve” de Vina Carmen, issu de la vallée de Casablanca. Il est à noter que dans le cas du Cabernet Sauvignon, on dit clairement que le greffage a été utilisé pour atténuer la vigueur de la vigne non-greffée. En ce sens, il est intéressant de noter que la vigne greffée moins vigoureuse produit deux fois plus de fruits que la vigne non-greffée, et que la qualité du vin produit est au moins aussi bonne, même si les profils des vins sont différents. De plus, dans le cas des deux paires de vins rouges, il est intéressant de noter que les versions issus de vignes non-greffées sont toutes deux qualifiées de “herbal”, contrairement à leurs contreparties issues de vignes greffées. Cela est intéressant quand on sait que les rouges chiliens sont souvent décriés par certains pour leur caractère végétal. Et si la viticulture pré-phylloxéra donnait des vins au caractère végétal plus affirmé à cause, entre autre, d’une plus grande vigueur des vignes non-greffées? La réponse à cette interrogation n’est pas définitive, et c’est sûr que les Chiliens vont continuer de se pencher sur la question. Une chose est sûre toutefois, ce type d'expérience apporte un éclairage intéressant sur la viticulture particulière de ce pays, et offre des pistes pour mieux comprendre ses vins. Ça peut aussi permettre de se demander à quoi ressemblerait les vins européens si le phylloxéra n'avait pas complètement changer la donne.
Si la lecture de cet article vous intéresse, je joins le lien vers l’édition pdf du magazine le contenant. L’article commence à la page 13 et est disponible en espagnol et en anglais. D’ailleurs, une bonne vingtaine de numéros de cette revue, remontant jusqu’à 2007, sont disponibles gratuitement en version pdf. Beaucoup de lecture en perspective pour moi qui vient juste de découvrir cette petite mine d'information. Dans le même numéro, il y a d'ailleurs un article intéressant sur le marché du vin canadien observé du point de vue des Chiliens. Ils ne semblent pas très entichés de nos monopoles étatiques.
http://www.vitismagazine.cl/pdf/rev_31.pdf
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mardi 17 août 2010
Notes et grands millésimes
J’écris un peu sur le vin sur ce blogue, mais je suis d’abord et avant tout un lecteur. Je lis toute sorte de choses sur le vin, et parfois il m’arrive de faire des liens entre certaines d’entre elles. Comme ce week-end par exemple. Je lisais la chronique de Jacques Benoît sur Cyberpresse dont le sujet était les grands millésimes. Un passage a particulièrement retenu mon attention:
“Les conditions qui donnent naissance aux grands millésimes sont bien connues des amateurs. Peu de pluie, beaucoup de soleil, des nuits fraîches qui préserveront la qualité des arômes et, enfin, du beau temps constant pendant toute la période de croissance, sans à-coups, ce qui assure une maturation harmonieuse de toutes les composantes du raisin.”
En lisant cela, spontanément je me suis dit qu’il décrivait des conditions très communes au Chili année après année. Ensuite, en y pensant un peu plus, je me suis rappelé une autre citation, celle-là venant José Manuel Ortega, du groupe O. Fournier, produisant du vin en Ribera del Duero dans son Espagne natale, ainsi que dans la vallée de Uco en Argentine, et récemment dans la vallée de Maule au Chili. M. Ortega est très enthousiaste à propos de cette région chilienne et voici ma traduction libre de ce qu’il en disait dans un article récent:
“Maule est une des meilleures régions au monde pour la production de vin de haute qualité. Je définis toujours Maule comme Bordeaux dans une année exceptionnelle. On veut toujours faire des vins avec de la personnalité et du caractère, et on sent que Maule est la région pour ce faire. On ne suit pas les modes, mais le potentiel, et nous sommes toujours étonnés de la qualité qu’on trouve dans cette région...”
Bien sûr, ce n’est l’opinion que d’un seul homme, mais les conditions des bons terroirs chiliens correspondent à la description de M. Benoît, ce qui corrobore l’opinion de M. Ortega. Ensuite, j’ai fait un autre lien avec un sujet qui m’intéresse. Celui des fameuses notes sur 100 points. Bien sûr, on note les vins selon ce système, mais on note aussi les millésimes. Je lisais aussi cette semaine une discussion sur le forum de discussion LPEL, où l’on disait que tous ces systèmes sur 100 étaient relatifs. Qu’une note de 95, par exemple, donnée à un vin renommé, n’équivalait pas à la même note donnée à un vin plus obscur ou provenant d'une région moins réputée. Puis, en faisant le lien avec la notation des millésimes, je dois avouer avoir été très confus. Depuis que je lis ce type de notes attribuées aux millésimes, la plus haute note que j’ai vu attribuée au Chili ou à une de ses régions est 93. Ensuite j’ai repensé aux commentaires de M. Ortega, et à ceux de M. Benoît qui selon moi cadrent bien avec le Chili. Aucune note n’excédant 93!!! Je me suis alors demandé ce qu’il manquait au Chili pour se mériter des notes plus hautes. Je me suis aussi demandé où était le fameux relativisme du système. S’il est vrai qu’il faut juger des vins d’une région de façon isolée. S’il est vrai qu’une note de 100 devrait représenter la perfection selon le potentiel d’une région donnée. Alors cela devrait s’appliquer aussi aux millésimes. Avec ce que j’ai cité plus haut, les millésimes s’approchant de la perfection doivent bien exister aussi au Chili. Non?
Encore une fois, face à tant d'incohérence, ma conclusion a été que ce système de notation, qu’on l’applique aux vins ou aux millésimes de différents pays ou régions, n’est rien d’autre qu’un marécage attirant les préjugés.
http://www.cyberpresse.ca/vivre/vins/201008/13/01-4306323-sept-vins-de-grandes-annees.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B20_vivre-vins-manchette-b20_455009_section_POS1
http://www.thedrinksbusiness.com/index.php?option=com_content&task=view&id=11284&Itemid=66
http://www.lapaulee-enligne.com/autour-du-vin-f1/domaine-gauby-vieilles-vignes-blanc-2007-t711.htm
“Les conditions qui donnent naissance aux grands millésimes sont bien connues des amateurs. Peu de pluie, beaucoup de soleil, des nuits fraîches qui préserveront la qualité des arômes et, enfin, du beau temps constant pendant toute la période de croissance, sans à-coups, ce qui assure une maturation harmonieuse de toutes les composantes du raisin.”
En lisant cela, spontanément je me suis dit qu’il décrivait des conditions très communes au Chili année après année. Ensuite, en y pensant un peu plus, je me suis rappelé une autre citation, celle-là venant José Manuel Ortega, du groupe O. Fournier, produisant du vin en Ribera del Duero dans son Espagne natale, ainsi que dans la vallée de Uco en Argentine, et récemment dans la vallée de Maule au Chili. M. Ortega est très enthousiaste à propos de cette région chilienne et voici ma traduction libre de ce qu’il en disait dans un article récent:
“Maule est une des meilleures régions au monde pour la production de vin de haute qualité. Je définis toujours Maule comme Bordeaux dans une année exceptionnelle. On veut toujours faire des vins avec de la personnalité et du caractère, et on sent que Maule est la région pour ce faire. On ne suit pas les modes, mais le potentiel, et nous sommes toujours étonnés de la qualité qu’on trouve dans cette région...”
Bien sûr, ce n’est l’opinion que d’un seul homme, mais les conditions des bons terroirs chiliens correspondent à la description de M. Benoît, ce qui corrobore l’opinion de M. Ortega. Ensuite, j’ai fait un autre lien avec un sujet qui m’intéresse. Celui des fameuses notes sur 100 points. Bien sûr, on note les vins selon ce système, mais on note aussi les millésimes. Je lisais aussi cette semaine une discussion sur le forum de discussion LPEL, où l’on disait que tous ces systèmes sur 100 étaient relatifs. Qu’une note de 95, par exemple, donnée à un vin renommé, n’équivalait pas à la même note donnée à un vin plus obscur ou provenant d'une région moins réputée. Puis, en faisant le lien avec la notation des millésimes, je dois avouer avoir été très confus. Depuis que je lis ce type de notes attribuées aux millésimes, la plus haute note que j’ai vu attribuée au Chili ou à une de ses régions est 93. Ensuite j’ai repensé aux commentaires de M. Ortega, et à ceux de M. Benoît qui selon moi cadrent bien avec le Chili. Aucune note n’excédant 93!!! Je me suis alors demandé ce qu’il manquait au Chili pour se mériter des notes plus hautes. Je me suis aussi demandé où était le fameux relativisme du système. S’il est vrai qu’il faut juger des vins d’une région de façon isolée. S’il est vrai qu’une note de 100 devrait représenter la perfection selon le potentiel d’une région donnée. Alors cela devrait s’appliquer aussi aux millésimes. Avec ce que j’ai cité plus haut, les millésimes s’approchant de la perfection doivent bien exister aussi au Chili. Non?
Encore une fois, face à tant d'incohérence, ma conclusion a été que ce système de notation, qu’on l’applique aux vins ou aux millésimes de différents pays ou régions, n’est rien d’autre qu’un marécage attirant les préjugés.
http://www.cyberpresse.ca/vivre/vins/201008/13/01-4306323-sept-vins-de-grandes-annees.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B20_vivre-vins-manchette-b20_455009_section_POS1
http://www.thedrinksbusiness.com/index.php?option=com_content&task=view&id=11284&Itemid=66
http://www.lapaulee-enligne.com/autour-du-vin-f1/domaine-gauby-vieilles-vignes-blanc-2007-t711.htm
samedi 14 août 2010
MALBEC, SINGLE VINEYARD, 2008, RAPEL, ANAKENA
Pour faire changement, je vous parle aujourd'hui d'un autre vin d'approche chilienne... Anakena est un relatif nouveau venu sur la scène vinicole chilienne. Ses premiers vignobles furent plantés dans l’Alto Cachapoal en 1999. Depuis, des vignobles ont aussi été plantés plus à l’ouest dans Cachapoal, ainsi que plus au sud sur la montagne de Ninquén dans la vallée de Colchagua et finalement dans la fraîche région côtière de Leyda pour la production de vins blancs et de Pinot Noir. Anakena est un exemple de maison qui ne tente pas de brûler les étapes en matière de prix. Pour le moment, cette maison semble se concentrer à offrir des vins abordables de forts RQP. Il faut donc oublier les vins super-premiums très chers et très ambitieux. La gamme supérieure de la maison, appelée Ona, se vend autour 20-25$ la bouteille. Pour ce qui est de ce Malbec de vignoble unique, il fait partie de la gamme suivante. J’ai peu de détails sur son élaboration, si ce n’est que 70% du vin a été élevé en barriques de chêne français et américain d’âge indéterminé. Selon ce que j’ai pu percevoir à la dégustation, le pourcentage de barriques neuves doit être faible.
La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez est frais et exhale un mélange d’arômes de fruits rouges et noirs, complété par une touche florale et un caractère épicé de muscade et de poivre noir. Un très léger aspect terreux et une touche de torréfaction complètent l’ensemble. Belle qualité d’arôme pour ce nez présentement un peu sur la retenue. En bouche, l’attaque se montre à la fois ample et fraîche, bien équilibrée, et déploie des saveurs fruitées de belle qualité, soutenues par un trait d’amertume et alliées à d’agréables notes épicées. Le vin est de corps moyen, avec une belle droiture, un volume assez restreint et un bon niveau de concentration. Ces éléments, combinés à une fine présence tannique, le rende agréable et facile à boire. La finale poursuit dans la voie déjà tracée, sur une persistance plus qu’honnête aux relents de chocolat noir.
En dégustant ce vin, je ne pouvais m’empêcher de penser aux vins de Catena, de l’autre côté des Andes. À cause bien sûr de la qualité des arômes et des saveurs qu’aucun artifice ne masque. À cause aussi de l’équilibre, de la fraîcheur, ainsi que l’absence d’esbroufe. Ce vin mise d’abord et avant tout sur la qualité de son fruit, avec une influence boisée à peine perceptible, et avec juste ce qu’il faut de concentration. Le titre alcoolique est aussi très bien contenu à 13.3%. Un vin sans lourdeur donc, sans excès, et aux proportions bien ajustées par rapport au style qu’il préconise. J’ai payé ce vin 13.95$, et à ce prix c’est une formidable aubaine. Il n’est pas tout à fait au niveau du Malbec de Catena, un bel achat vendu 50% plus cher, mais pas loin. Le Chili a longtemps été timide avec le Malbec, probablement à cause qu’il s’agit du cépage emblématique de son voisin l’Argentine. Mais depuis quelques années, de plus en plus de producteurs se lancent avec ce cépage, et souvent avec de très bons résultats offerts à des prix alléchants. Parmi les vins que j’ai pu goûter, les meilleurs sont le Loma Larga, le Chocalan, Gran Reserva, le Côt de Perez Cruz et le Viu 1 de Viu Manent, mais celui-ci est très cher.
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vendredi 13 août 2010
L’approche européenne
J’ai lu un très court article cette semaine sur le site de la revue britannique Decanter (voir le lien). Un article si court que j'aurais pu passer outre sans y porter trop attention, mais en même temps, dans sa concision il m’a semblé d’une honnêteté brutale. Une honnêteté qu’on retrouve malheureusement trop rarement dans le monde européen du vin. Depuis que je m’intéresse à ce liquide, ma plus grande déception a été de découvrir la forte prévalence des déviations microbiologiques, dans les vins européens plus haut de gamme. Des déviations qui à mon avis entachent tellement de vins qui autrement auraient été superbes. C’est une des raisons faisant que je me retrouve à boire des vins du Nouveau-Monde, où ces problèmes sont beaucoup plus rares, à part chez ceux qui veulent insuffler un peu de "terroir" européen dans leurs vins!..
Ce fut donc avec des sentiments partagés que j’ai lu les propos de Jacques Lardière, oenologue en chef sur le départ de la maison Louis Jadot. D’un côté, cette mentalité me désole, mais d'un autre côté, j’apprécie sa franchise. Si plus d’intervenants du monde du vin parlaient publiquement de façon aussi claire, on pourrait finalement avoir un meilleur portrait de la situation. Les mentalités pourraient évoluer. On pourrait arrêter de parler d’arômes de terroir, de complexité du terroir, et parler d’arômes microbiologiques secondaires. On pourrait connaître les producteurs qui laissent leurs vins être “complexifiés” par des microorganismes en cours d’élevage, et même en bouteille. On pourrait même créer un label “Vin vivant” pour qualifier les nombreux vins très prisés issus de cette approche. Cette appellation serait plus positive que “Vin malpropre” ou “Vin défectueux non préjudiciable”... À moins que la meilleure appellation pour ces vins ne soit “Vin d'approche européenne”. De cette façon, on saurait à quoi s’en tenir, même si ce serait injuste pour les tenants européens de l'approche australienne.... La clarté, c’est d’ailleurs pourquoi j’apprécie les producteurs qui se réclament d'un mouvement actuellement à la mode, et décrit par l’oxymoron “vin naturel”. Avec eux on sait plus à quoi s'en tenir. J’aimerais que la langue de bois cesse, et que cette franchise s’étende. Ceux qui aiment les vins "post-fermentés" pourraient continuer de le faire, et le “vin fin” européen ne serait plus un champ miné pour les amateurs comme moi. Enfin je pourrais acheter en toute connaissance de cause, sans risque, de vrais vins de terroirs européens car ceux-ci ne seraient pas masqués par des arômes issus de fermentations secondaires gommant leur vraie typicité.
M. Lardière dit qu’il ne faut pas enlever les fautes à moins qu’elles ne soient “vraiment” préjudiciables au vin. Mais qui peut juger du caractère “vraiment” préjudiciable d’une faute? Moi je ne veux pas que quelqu’un d’autre juge à l’avance pour moi si une faute est préjudiciable ou pas. J’aimerais connaître la philosophie d’élaboration avant d’acheter. Une bouteille de vin pour moi ne devrait pas être un jeu de hasard.
http://www.decanter.com/news/news.php?id=300830
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Ce fut donc avec des sentiments partagés que j’ai lu les propos de Jacques Lardière, oenologue en chef sur le départ de la maison Louis Jadot. D’un côté, cette mentalité me désole, mais d'un autre côté, j’apprécie sa franchise. Si plus d’intervenants du monde du vin parlaient publiquement de façon aussi claire, on pourrait finalement avoir un meilleur portrait de la situation. Les mentalités pourraient évoluer. On pourrait arrêter de parler d’arômes de terroir, de complexité du terroir, et parler d’arômes microbiologiques secondaires. On pourrait connaître les producteurs qui laissent leurs vins être “complexifiés” par des microorganismes en cours d’élevage, et même en bouteille. On pourrait même créer un label “Vin vivant” pour qualifier les nombreux vins très prisés issus de cette approche. Cette appellation serait plus positive que “Vin malpropre” ou “Vin défectueux non préjudiciable”... À moins que la meilleure appellation pour ces vins ne soit “Vin d'approche européenne”. De cette façon, on saurait à quoi s’en tenir, même si ce serait injuste pour les tenants européens de l'approche australienne.... La clarté, c’est d’ailleurs pourquoi j’apprécie les producteurs qui se réclament d'un mouvement actuellement à la mode, et décrit par l’oxymoron “vin naturel”. Avec eux on sait plus à quoi s'en tenir. J’aimerais que la langue de bois cesse, et que cette franchise s’étende. Ceux qui aiment les vins "post-fermentés" pourraient continuer de le faire, et le “vin fin” européen ne serait plus un champ miné pour les amateurs comme moi. Enfin je pourrais acheter en toute connaissance de cause, sans risque, de vrais vins de terroirs européens car ceux-ci ne seraient pas masqués par des arômes issus de fermentations secondaires gommant leur vraie typicité.
M. Lardière dit qu’il ne faut pas enlever les fautes à moins qu’elles ne soient “vraiment” préjudiciables au vin. Mais qui peut juger du caractère “vraiment” préjudiciable d’une faute? Moi je ne veux pas que quelqu’un d’autre juge à l’avance pour moi si une faute est préjudiciable ou pas. J’aimerais connaître la philosophie d’élaboration avant d’acheter. Une bouteille de vin pour moi ne devrait pas être un jeu de hasard.
http://www.decanter.com/news/news.php?id=300830
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mercredi 11 août 2010
SYRAH, 2007, ACONCAGUA, ARBOLEDA
Arboleda est une “boutique winery” créée par Eduardo Chadwick, l’homme derrière, entre autres, Errazuriz. Tout comme Errazuriz, Arboleda est situé dans la vallée d’Aconcagua, mais sur un terroir différent situé plus près de la côte. Selon le site du producteur, les raisins ayant servis a élaborer ce vin ont été cueillis dans la dernière semaine d’avril, avec un délai de 10-14 jours, pour assurer une pleine maturité phénolique, l’obtention de saveurs riches, des tanins doux et une excellente acidité. Le vin a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne neuves pour 82%, 60 % américain, 40% français. Ces choix oenologiques, à mon sens, se reflètent dans le style du vin obtenu.
La robe est très sombre et parfaitement opaque. Le nez est de bonne intensité et dégage un très agréable mélange d’arômes. La fraise et la cerise bien mûres sont entremêlées à un aspect fumé et légèrement goudronné auquel s’ajoutent des notes de réglisse, de muscade et de vanille. Dans le style jeune vin au fruité mûr et à l’influence boisée assumée, c’est une très belle réussite. Cela se poursuit en bouche avec une entrée en matière toute en douceur. Je parle habituellement d’attaque pour évoquer le début de bouche, mais dans ce cas-ci, j’ai dû y renoncer tellement ce vin est doux, rond, et sans aspérités. Dès le départ ça remplit très bien la bouche, en déployant un fruité à la fois intense et très doux, amalgamé à des saveurs fumées et doucement épicées. En milieu de bouche, le vin est vraiment délicieux, avec des saveurs intenses et concentrées, mais sans impression de densité ou de lourdeur. C’est un vin en largeur, à la fine trame tannique, qui glisse sur la vague plutôt que de la fendre, si vous voyez ce que je veux dire. Cette vague de plaisir vient se rompre élégamment en finale, laissant des bouillons de saveurs intenses qui prennent un très long moment avant de se retirer et disparaître complètement.
Ce vin est l’illustration même de la versatilité stylistique incroyable du Chili avec la Syrah. Dans ce cas-ci, malgré ce qui est écrit sur l’étiquette, et même si c’est grossière simplification, on est plutôt du côté Shiraz du spectre stylistique. Honnêtement, si j’avais pu lire ma note de dégustation ci-haut avant d’avoir acheté ce vin, probablement que j’aurais passé mon tour. Mes préjugés l’auraient probablement emporté. Pourtant, j’aurais fait là une grossière erreur, car en matière de vin, le style est une chose, et il est normal d’avoir des préférences. Toutefois, ce qui compte dans un vin, au-delà du style, c’est la qualité des divers éléments et l’équilibre. Et bien ce vin possède tout ça, et l’exercice de style est parfaitement réussi. Le vin est très bon. En fait il est délicieux, et une fois en bouche, les préjugés prennent le bord. C’est vrai que ce vin est, d’une certaine façon, l’antithèse du vin qu’on aime considérer comme sérieux. Surtout si on veut soi-même être pris au sérieux comme amateur. Mais moi il y a longtemps que j’y ai renoncé, alors je peux me laisser aller... Et puis, vous savez, j’ai évoqué le stéréotype Shiraz pour situer ce vin, à cause bien sûr du cépage dont il est issu. Mais en fait, celui-ci, avec son fruité de fraises mûres et sa rondeur, m’a plutôt rappelé mes quelques expériences avec des Châteuneuf-du-Pape modernes. Étant très loin d’être un connaisseur en vins de Châteuneuf, ce n’est là qu’une impression. N’empêche que je serais curieux de faire une comparaison directe à l’aveugle pour voir si j’erre totalement avec une telle affirmation. De toute façon, peu importe. Ce que je retiens de ce vin c’est son fort niveau qualitatif offert à un prix plus qu’avantageux de 18.95$ en Ontario. Le producteur parle d’un excellent potentiel de garde pour ce vin, affirmation avec laquelle je ne peux qu’être d’accord.
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dimanche 8 août 2010
La garde du vin: Entre bonification et possible mythification
Petit retour sur le sujet de la garde du vin. Quand on aborde ce sujet, c’est souvent sous l’angle de la bonification. Pour plusieurs, un vin de garde est un vin qui nécessairement s’améliorera avec le temps. Je trouve ce point de vue restrictif. Pour moi un vin de garde ne se détermine pas du point de vue de l’amélioration, mais du point de vue de l’évolution et de la transformation. Comme je le disais dans mon texte précédant, ce qui est intéressant dans la garde du vin, c’est de suivre une transformation graduelle. C’est de voir un vin changer de profil pour en devenir un autre avec le temps. Bien sûr, dans bien des cas la transformation peut être clairement négative, quand un vin n’est pas apte à la garde. Toutefois, en dehors de ces cas clairs, l’appréciation du résultat sera affaire de goût. On peut aimer les jeunes vins tout autant que les plus vieux, mais pour des raisons différentes. De la même façon qu’on peut aimer à la fois les vins de Bordeaux ou de Bourgogne. Bien sûr, il est rare qu’on aime des choses différentes de manière parfaitement égale. Les préférences sont une chose naturelle dans ce monde de relativité qui est le nôtre. C’est en ce sens que je dis qu’on ne doit pas voir la garde sous l’angle de la bonification, mais sous celui de la transformation. Car au bout du compte les préférences personnelles feront que, d’un dégustateur à l’autre, un vin pourra être aimé tout autant pour ce qu’il était au point de départ, que pour ce qu’il sera devenu à l’arrivée.
Ceci dit, autant j’aime garder du vin et autant j’aime boire des vins à divers stades d’évolution. Et bien, autant je trouve qu’en général l’amateur passionné magnifie trop les vins âgés. Même si cela est bien compréhensible. Une bouteille gardée pendant de longues années suscitera immanquablement des attentes élevées chez celui qui aura eu la patience de le faire. Et puis, même si on a pas gardé soi-même la bouteille, les vieux vins sont rares et la plupart du temps plus chers que les millésimes plus jeunes du même vin. De plus, l’année inscrite sur l’étiquette d’une bouteille peut posséder un pouvoir de fascination semblable à celui des noms de domaines prestigieux. Plus elle date, plus ça impressionne, et si on combine nom prestigieux et année ancienne, l’effet de fascination est augmenté. C’est normal. Une vieille bouteille de vin, pour plusieurs, c’est une façon symbolique de retourner dans le passé. Comme si un moment d’histoire avait pu y être capté pour pouvoir être rendu à l’heureux propriétaire plusieurs années plus tard. Bien sûr, quand un vieux vin a gardé des airs de jeunesse et qu’il est très bon, on aimerait y croire. La réalité toutefois, c’est que le vin a vu le jour en cette année inscrite sur l’étiquette, et que par la suite il a vieilli, évolué, est peut-être même mort caché dans sa bouteille. Comprenez-moi bien. Je ne tente pas de dévaluer les vieux vins. Je ne dis pas non plus qu’il n’y a pas de vieux vins fantastiques. Au contraire. Je souligne seulement qu’on a tendance à ne pas les évaluer avec la même rigueur qu’on applique aux vins plus jeunes. Par une sorte d’effet anthropomorphique, on a tendance à leur montrer plus de respect. Encore une fois, c’est une réaction normale que je ne méprise pas. Ouvrir un vieux vin est un des grands plaisirs associé à cette passion. Je dis seulement qu’on devrait être conscient de la situation dans nos commentaires subséquents. Ce qui n’empêche pas de vivre l’instant pleinement lorsqu’on ouvre une de ces bouteilles.
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Ceci dit, autant j’aime garder du vin et autant j’aime boire des vins à divers stades d’évolution. Et bien, autant je trouve qu’en général l’amateur passionné magnifie trop les vins âgés. Même si cela est bien compréhensible. Une bouteille gardée pendant de longues années suscitera immanquablement des attentes élevées chez celui qui aura eu la patience de le faire. Et puis, même si on a pas gardé soi-même la bouteille, les vieux vins sont rares et la plupart du temps plus chers que les millésimes plus jeunes du même vin. De plus, l’année inscrite sur l’étiquette d’une bouteille peut posséder un pouvoir de fascination semblable à celui des noms de domaines prestigieux. Plus elle date, plus ça impressionne, et si on combine nom prestigieux et année ancienne, l’effet de fascination est augmenté. C’est normal. Une vieille bouteille de vin, pour plusieurs, c’est une façon symbolique de retourner dans le passé. Comme si un moment d’histoire avait pu y être capté pour pouvoir être rendu à l’heureux propriétaire plusieurs années plus tard. Bien sûr, quand un vieux vin a gardé des airs de jeunesse et qu’il est très bon, on aimerait y croire. La réalité toutefois, c’est que le vin a vu le jour en cette année inscrite sur l’étiquette, et que par la suite il a vieilli, évolué, est peut-être même mort caché dans sa bouteille. Comprenez-moi bien. Je ne tente pas de dévaluer les vieux vins. Je ne dis pas non plus qu’il n’y a pas de vieux vins fantastiques. Au contraire. Je souligne seulement qu’on a tendance à ne pas les évaluer avec la même rigueur qu’on applique aux vins plus jeunes. Par une sorte d’effet anthropomorphique, on a tendance à leur montrer plus de respect. Encore une fois, c’est une réaction normale que je ne méprise pas. Ouvrir un vieux vin est un des grands plaisirs associé à cette passion. Je dis seulement qu’on devrait être conscient de la situation dans nos commentaires subséquents. Ce qui n’empêche pas de vivre l’instant pleinement lorsqu’on ouvre une de ces bouteilles.
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jeudi 5 août 2010
Qu’est-ce qu’un vin de garde?
Je suis tombé aujourd’hui sur un texte du blogueur américain Alder Yarrow qui réagissait à un autre texte de Matt Kramer du Wine Spectator à propos de ce qui fait qu’un vin vaut la peine d’être gardé (voir les liens). Autant la réponse de Yarrow m’a plu par son côté terre à terre basé sur une expérience de première main. Autant le texte de Kramer, comme c’est souvent le cas lorsqu’il est question de ce qui fait un vin de garde, m’a semblé faire dans le flou artistique, assaisonné d’un brin de prétention et d’ignorance. Je dis ignorance, car il semble que M. Kramer ne met pas souvent de vins peu réputés de côté. Je ne mets pas en doute son expertise pour la garde des vins de renom, mais pour les vins qui tentent de se faire un nom, ou même pour ceux qui n’ont pas cette prétention, son expérience me semble très limitée, et partant, son analyse hasardeuse.
À mon avis, il n’y a rien de plus difficile que de prédire le potentiel de garde d’un vin lorsqu’on en ignore l’identité. Au contraire, lorsqu’on en connaît l’identité, celle-ci prend le dessus sur le vin lui-même pour déterminer son potentiel de garde. Malheureusement, avec les nombreux changements techniques qui ont été introduits ces dernières années dans l’élaboration des vins, même l’historique des noms renommés ne peut plus servir de guide infaillible. Les problèmes d’oxydation prématurée des bourgognes blancs en sont un bon exemple. Aussi, toute l’argumentation de M. Kramer concernant le potentiel de transformation, par rapport à la capacité d’endurance, me semble relever de la pensée toute faite, du cliché. Contrairement à ce qu’il affirme, tous les vins se transforment avec l’âge. Ce qui varie, c’est la durée de la transformation et la qualité du résultat. Des vins qui ne changent pas au niveau aromatique et structurel, puis qui meurent spontanément. Ça n’existe pas. Ce qui existe toutefois, ce sont des vins qui se transforment pour le pire, plus ou moins rapidement.
Ceci dit, la meilleure façon de connaître le potentiel de garde des vins qui suscitent notre intérêt, c’est encore de prendre le risque de les garder. Il n’y a pas de substitut pour ça. Toutefois, il ne faut pas garder du vin en pensant qu’au bout du processus il y aura nécessairement une révélation extraordinaire. Ce qui est intéressant dans la garde du vin, c’est le processus, incluant la variabilité des résultats dans le temps. Ce qui est intéressant, comme le mentionne Alder Yarrow, c’est de suivre le vin dans le temps. Personnellement, ce que j’aime faire, c’est acheter plusieurs bouteilles d’un même vin, au minimum quatre bouteilles, et parfois même une caisse complète pour les vins qui me semblent les meilleurs achats. Ensuite, le plaisir c’est d’ouvrir des bouteilles à intervalles plus ou moins longs, selon la qualité des résultats obtenus en cours de route, de la vitesse d’évolution, et du nombre de bouteilles achetées. Cette façon de faire ajoute un plaisir intellectuel au plaisir sensuel, en plus de donner des vins avec des profils que seule la garde peut procurer. Dans mon cas, étant donné mon intérêt pour les vins abordables, de pays peu renommés, et que je considère de forts RQP. Un autre plaisir s’ajoute dans le processus de garde, soit celui de faire des trouvailles en allant là où peu d’amateurs vont. Choisir un vin renommé pour la garde va de soi. Il n’y a pas de mérite particulier à le faire, sauf peut-être celui d’avoir le goût et la patience de le faire. Mais de miser pour la garde sur un vin non reconnu pour une telle application, cela apporte une réelle satisfaction lorsque le pari osé est heureux. On développe un sentiment personnel par rapport aux vins de ce type qu’on a choisis. Ceux-ci deviennent en quelque sorte notre création. Car sans l’audace de les avoir mis de côté, ces vins improbables n'auraient jamais pu se faire. Ils n’auraient jamais existé. Ils auraient été bus avant.
En conclusion, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur de garder des bouteilles de prix abordables. Il faut toutefois bien sélectionner les candidats. Il y a plus de vins de prix abordables valant la peine d’être gardés que ne le disent les experts comme Matt Kramer. Faites l’exercice. Vous verrez bien que j’ai raison.
http://www.vinography.com/archives/2010/08/the_mysteries_of_time_and_wine.html
http://www.winespectator.com/webfeature/show?id=43281
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À mon avis, il n’y a rien de plus difficile que de prédire le potentiel de garde d’un vin lorsqu’on en ignore l’identité. Au contraire, lorsqu’on en connaît l’identité, celle-ci prend le dessus sur le vin lui-même pour déterminer son potentiel de garde. Malheureusement, avec les nombreux changements techniques qui ont été introduits ces dernières années dans l’élaboration des vins, même l’historique des noms renommés ne peut plus servir de guide infaillible. Les problèmes d’oxydation prématurée des bourgognes blancs en sont un bon exemple. Aussi, toute l’argumentation de M. Kramer concernant le potentiel de transformation, par rapport à la capacité d’endurance, me semble relever de la pensée toute faite, du cliché. Contrairement à ce qu’il affirme, tous les vins se transforment avec l’âge. Ce qui varie, c’est la durée de la transformation et la qualité du résultat. Des vins qui ne changent pas au niveau aromatique et structurel, puis qui meurent spontanément. Ça n’existe pas. Ce qui existe toutefois, ce sont des vins qui se transforment pour le pire, plus ou moins rapidement.
Ceci dit, la meilleure façon de connaître le potentiel de garde des vins qui suscitent notre intérêt, c’est encore de prendre le risque de les garder. Il n’y a pas de substitut pour ça. Toutefois, il ne faut pas garder du vin en pensant qu’au bout du processus il y aura nécessairement une révélation extraordinaire. Ce qui est intéressant dans la garde du vin, c’est le processus, incluant la variabilité des résultats dans le temps. Ce qui est intéressant, comme le mentionne Alder Yarrow, c’est de suivre le vin dans le temps. Personnellement, ce que j’aime faire, c’est acheter plusieurs bouteilles d’un même vin, au minimum quatre bouteilles, et parfois même une caisse complète pour les vins qui me semblent les meilleurs achats. Ensuite, le plaisir c’est d’ouvrir des bouteilles à intervalles plus ou moins longs, selon la qualité des résultats obtenus en cours de route, de la vitesse d’évolution, et du nombre de bouteilles achetées. Cette façon de faire ajoute un plaisir intellectuel au plaisir sensuel, en plus de donner des vins avec des profils que seule la garde peut procurer. Dans mon cas, étant donné mon intérêt pour les vins abordables, de pays peu renommés, et que je considère de forts RQP. Un autre plaisir s’ajoute dans le processus de garde, soit celui de faire des trouvailles en allant là où peu d’amateurs vont. Choisir un vin renommé pour la garde va de soi. Il n’y a pas de mérite particulier à le faire, sauf peut-être celui d’avoir le goût et la patience de le faire. Mais de miser pour la garde sur un vin non reconnu pour une telle application, cela apporte une réelle satisfaction lorsque le pari osé est heureux. On développe un sentiment personnel par rapport aux vins de ce type qu’on a choisis. Ceux-ci deviennent en quelque sorte notre création. Car sans l’audace de les avoir mis de côté, ces vins improbables n'auraient jamais pu se faire. Ils n’auraient jamais existé. Ils auraient été bus avant.
En conclusion, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur de garder des bouteilles de prix abordables. Il faut toutefois bien sélectionner les candidats. Il y a plus de vins de prix abordables valant la peine d’être gardés que ne le disent les experts comme Matt Kramer. Faites l’exercice. Vous verrez bien que j’ai raison.
http://www.vinography.com/archives/2010/08/the_mysteries_of_time_and_wine.html
http://www.winespectator.com/webfeature/show?id=43281
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samedi 31 juillet 2010
SYRAH, 2007, CASABLANCA, LOMA LARGA VINEYARDS
Après le Malbec, le Cabernet Franc et la grande cuvée Rapsodia, voici sur ce blogue un quatrième vin du millésime 2007 de l’excellent producteur Loma Larga. Un cinquième suivra bientôt avec le Merlot du même millésime. Avec autant de vins du même producteur, et si vous avez lu mes impressions sur les trois premiers vins, vous savez tout le bien que je pense de ce producteur élite qui a la particularité de se spécialiser dans les vins de cépages rouges, dans une région fraîche se concentrant surtout sur les blancs. Loma Larga s’est un domaine de 700 hectares dans Casablanca sur lequel 147 hectares sont plantés de vignes depuis 1999. Environ le trois quart des raisins sont vendus à d’autres producteurs, alors que le meilleur est retenu pour les cuvées de la maison. Cette Syrah provient de parcelles à flanc de montagne où les rendements très faibles sont d’environ 25 hl/ha.
La robe est d’encre, totalement impénétrable. Le nez est assez démonstratif, exhalant de frais arômes de cerise, de mûres et de cassis, complétés par des notes poivre noir, d’herbes aromatiques, de vanille et de torréfaction. Beau nez agréable, déjà complexe, où le fruit frais tient pour le moment le premier rôle. Si le nez donnait déjà une bonne indication du niveau qualitatif élevé de ce vin, la bouche permet d’en prendre toute la mesure. L’attaque est équilibrée, à la fois fraîche et intense, avec un fruit dense et très concentré et une acidité marquée. Le milieu de bouche montre un vin à la structure compacte et tendue, avec une touche d’amertume qui s’ajoute à l’ensemble, et toujours cette impression de grande concentration et de densité, sans lourdeur. La trame tannique soyeuse est tissée bien serré, ce qui contribue à la ferme tenue du vin. La finale complète la démonstration en beauté, en gagnant encore un cran dans l’intensité fruitée, avant d’entamer un long déclin sur des rémanences de chocolat noir. Longueur de très haut calibre.
Goûter ce vin, c’est voir le Chili autrement. Goûter ce vin, c’est annihiler tous les préjugés possibles sur le potentiel qualitatif de ce pays. Goûter ce vin, c’est se projeter dans l’avenir en ayant les deux pieds bien ancrés dans le présent. Ce vin ne renie pas ses origines et son cépage. Il les transcende. Il se distingue des archétypes, des versions connues. C’est un amalgame différent. Un vin à la matière riche et généreuse, mais alliée à une fraîcheur et une droiture renversante. Un vin de funambule, toujours à la limite, mais qui jamais ne perd pied. Pas étonnant que le critique chilien le plus renommé, Patricio Tapia, ait nommé ce vin meilleure Syrah du Chili. Il aime les vins de caractère. Les vins qui font avancer le Chili. Par exemple, c’est le plus grand défenseur du Sauvignon Blanc, “Cipreses Vineyard” de Casa Marin, et en un sens, cette Syrah de Loma Larga est dans la même lignée, avec sa franche acidité, son caractère exacerbé, presque sauvage, et son niveau de concentration supérieur. Il est vrai qu’en ce moment ce vin n’est pas pour les coeurs sensibles, ni pour ceux qui vouent une stricte adhérence à l’esthétique rhodanienne. Pour aimer ce vin, il faut avoir le goût de l’aventure, le goût de la découverte. Le goût du nouveau monde dans le meilleur sens de l’expression. Un nouveau monde qui sait ce qu’il doit à l’ancien, mais qui n’essaie pas d’en être une pâle copie. Tout cela sans oublier qu’il s’agit d’un vin très jeune possédant un fort potentiel de garde. Le producteur parle d’au moins 10 ans, mais à mon avis, il est clair qu’il a tout ce qu’il faut pour évoluer sur une plus longue période. C’est le genre de vin qui pourrait se métamorphoser avec l’âge pour donner quelque chose de fascinant.
En terminant. Je joins le lien d’un article récent de mai 2010 du magazine Decanter sur la Syrah au Chili. C’est écrit par Peter Richards, le britannique qui connaît le mieux les vins de ce pays, et qui en est un ardent défenseur. Si je n’ai pas encore réussi à vous convaincre de vous intéresser aux Syrahs chiliennes. Cet article pourrait vous faire changer d’avis.
http://winchesterwineschool.com/wp-content/uploads/2010/05/Decanter-Chile-Syrah-PJR-June-10.pdf
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dimanche 25 juillet 2010
SYRAH/MALBEC, EL DELIRIO, 2007, MAULE, VINA BOTALCURA
La vallée de Maule vit actuellement une renaissance. Cette région qui a longtemps été reléguée à la production de vin bas de gamme est maintenant redécouverte pour son vaste patrimoine de très vieilles vignes de Carignan et de Paîs qu’on greffe avec d’autres cépages. De plus, on plante maintenant dans la périphérie de la région à la recherche de températures plus fraîches. En ce sens, une partie de la vallée possède un climat ne nécessitant pas d’irrigation. Botalcura est né de la rencontre en 2000 du Chilien Juan Fernando Waidele et du Français Philippe Debrus. Debrus originaire d’une famille de vignerons du Languedoc était déjà installé au Chili depuis 1996, où il oeuvrait déjà comme vinificateur pour la maison Valdivieso. Bien sûr, il est maintenant en charge de l’élaboration des vins de Botalcura dont le premier millésime de production fut 2002. Le nouveau producteur s’est établi près du village de Botalcura dans la vallée de Maule où Waidele possède des vignobles, mais la majorité des vins sont produits à partir de fruits achetés de producteurs sélectionnés, et venant de différentes régions du Chili. La gamme El Delirio représente l’entrée de gamme du producteur, mais c’est une gamme dite “Réserve” avec élevage sous bois. Cet assemblage inorthodoxe de Syrah à 70%, completée par du Malbec titre à 14% d’alcool, pour un pH de 3.48.
La robe est bien foncée et opaque. Le nez se déploie avec intensité sur des arômes de cerises, de fraise et d’épices douces (muscade, vanille), complété par une touche de menthol et un léger aspect floral. Beau nez fruité de jeune vin où l’aspect boisé demeure discret. En bouche, l’attaque est pleine et équilibrée, avec une acidité bien marquée qui donne beaucoup de nerf à l’ensemble. Cette acidité n’est sans doute pas étrangère à l’aspect vibrant et intense du fruité. Le milieu de bouche montre un vin à la structure bien ferme, avec un niveau de concentration surprenant, du volume, et aucune lourdeur. Cela permet au vin de couler facilement vers une finale énergique où l’acidité ressort encore un peu plus pour vivifier le saveurs. Longueur de fort bon calibre et vraiment étonnante pour un vin de ce prix, Un léger trait d’amertume fait son apparition en toute fin de bouche.
Il s’agit de ma deuxième rencontre avec un vin de Botalcura, la première ayant été avec le Cabernet Franc, Grande Réserve, La Porfia, 2005, et déjà il me semble clair que l’acidité élevée est une caractéristique fondamentale du style de la maison. Cela détonne un peu dans le paysage chilien qui nous habitue généralement à des profils plus doux. Quoi qu’avec des cépages rouges cultivés dans des régions de plus en plus fraîches, cette norme est en évolution. Toujours est-il que j’apprécie ce style de rouge plus acide. Cela donne de la vie au fruité, et apporte un heureux contrepoids à l’alcool. Pour ce qui est de la qualité générale du vin, franchement, je l’ai trouvé renversante pour le prix demandé de 13.95$ au monopole ontarien. Ce vin montre des qualités de fruit, de concentration et de longueur, que l’on retrouve généralement dans des vins vendus facilement le double de son prix. Je le sais, je radote, mais à chaque fois que je tombe sur un bijou à prix très doux, comme dans ce cas-ci. Je ne peux m’empêcher de le mentionner. Tout cela sans compter que ce vin semble posséder tout ce qu’il faut pour la moyenne garde. Le producteur, à mon sens de façon conservatrice, parle de 4 à 5 ans de garde. Mais selon mon expérience, et pour qui aime les notes d’évolution, ce vin pourra facilement faire le double. Botalcura produit un Nebbiolo surprenant et de très bon calibre, à ce que j’ai pu lire. Pour ajouter à l’exotisme, ce vin est assemblé à un peu de Carignan. J’aimerais bien pouvoir goûter à cette création hors du commun, tout comme j’aimerais que la SAQ nous offre quelque-uns des vins de Maule issus de très vieux ceps de Carignan. En terminant, pour en savoir plus sur la redéfinition de la vallée de Maule,. Je joins un lien intéressant sur le sujet.
http://www.thedrinksbusiness.com/index.php?option=com_content&task=view&id=11284&Itemid=66
vendredi 23 juillet 2010
Château Musar rejeté par la SAQ: Petite réflexion
Peu de temps pour écrire dernièrement, mais une nouvelle lue sur Vin Québec, à propos du rejet par la SAQ du Château Musar, pour cause de taux de carbamate d’éthyle trop élevé a retenu mon attention. Personnellement, je boirais ce Musar sans crainte pour ma santé, tout comme je n’ai pas peur des sulfites ou des traces de pesticides pouvant se retrouver dans un vin. Ce n’est pas une question de toxicité, c’est une question de dose. Toutefois, pour moi, cette anecdote montre bien qu’au nom du naturalisme, les standards changent, comme le démontre la justification de Gaston Hochar de Château Musar, dans l'article de Vin Québec.. Malheureusement, la nature n’est pas toujours bonne. Laissée à elle-même, elle peut produire les poisons les plus virulents, et les composés les plus nauséabonds. Je sais que c’est une idée fixe de ma part, mais le monde du vin fin se gargarise trop avec la pseudo bonté de la nature. La nature n’est totalement bonne que lorsque l’homme sait la contrôler avec clairvoyance. Laisser son vin en cours d’élevage, et même en bouteille, aux aléas des bactéries et des levures n’est pas pour moi un acte de clairvoyance. Je suis toujours étonné de constater comment dans le monde du vin fin on a recours aux fermentations post-FA et malo pour “complexifier” des vins. D’un côté certains dénoncent l’usage de levures naturelles sélectionnées, ou bien d’enzymes, mais de l’autre, on tolère, peut-être par angélisme ou par ignorance, l’usage de micro-organismes qui utilisent leurs propres enzymes pour modifier le profil aromatique d’un vin, et ce de manière parfois hasardeuse. Si Musar est vraiment un grand vin, comme certains le prétendent, il ne devrait pas avoir besoin de recourir aux bactéries lactiques et aux levures brettanomyces pour l’être. En ce sens, j’ai lu dernièrement un article très éclairant du professeur Denis Dubourdieu sur l’influence des facteurs naturels et humains dans le Bordelais. J’en ai plus appris en quelque pages sur Bordeaux et sa viticulture, que dans tout ce que j’avais pu lire à ce sujet auparavant. J’en conseille la lecture, même si c’est parfois un peu technique. En conclusion de son article, Denis Dubourdieu y va de cette phrase qui à mon sens est pleine de vérité.
“L’ambition humaine d’élaborer un produit d’exception est à l’origine des grands vins. Pour réaliser ce projet esthétique, l’homme par son savoir faire combine, dans les conditions climatiques de sa région, différentes variables : les sols, les cépages, les porte-greffes et tout l’arsenal des pratiques viticoles et oenologiques”
À noter que Dubourdieu parle d'abord de savoir faire, et dans l’énumération qui suit, il parle quatre fois de ce qui se passe au vignoble, et seulement à la fin, il évoque l’oenologie. Venant d’un oenologue aussi réputé, c’est pleine de sagesse, et ça veut tout dire. Le vin de grande qualité ne se fait pas au chai de vinification, mais il peut s’y défaire. Les apôtres du naturalisme devrait méditer là-dessus!
En terminant, et pour revenir à ma marotte chilienne, il est intéressant de noter l'importance qu'accorde Dubourdieu aux porte-greffes dans son équation globale. Tant que le vignoble chilien sera très fortement planté franc de pied, il sera très difficile de le comparer à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Et si le phylloxéra avait été un mal pour un bien en permettant le développement des porte-greffes, et de l'adaptabilité qu'ils procurent? C'est là un autre exemple montrant que le bien et le mal ne sont pas toujours là où on pense dans cette nature, et que c'est le bon jugement humain qui peut permettre d'orienter les choses vers le meilleur. Voilà une autre matière à réflexion pour les amants de la nature pure et innocente qui devrait être laissée à elle-même.
http://www.vinquebec.com/node/7223
http://www.unige.ch/sochimge/Dubourdieu.pdf
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“L’ambition humaine d’élaborer un produit d’exception est à l’origine des grands vins. Pour réaliser ce projet esthétique, l’homme par son savoir faire combine, dans les conditions climatiques de sa région, différentes variables : les sols, les cépages, les porte-greffes et tout l’arsenal des pratiques viticoles et oenologiques”
À noter que Dubourdieu parle d'abord de savoir faire, et dans l’énumération qui suit, il parle quatre fois de ce qui se passe au vignoble, et seulement à la fin, il évoque l’oenologie. Venant d’un oenologue aussi réputé, c’est pleine de sagesse, et ça veut tout dire. Le vin de grande qualité ne se fait pas au chai de vinification, mais il peut s’y défaire. Les apôtres du naturalisme devrait méditer là-dessus!
En terminant, et pour revenir à ma marotte chilienne, il est intéressant de noter l'importance qu'accorde Dubourdieu aux porte-greffes dans son équation globale. Tant que le vignoble chilien sera très fortement planté franc de pied, il sera très difficile de le comparer à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Et si le phylloxéra avait été un mal pour un bien en permettant le développement des porte-greffes, et de l'adaptabilité qu'ils procurent? C'est là un autre exemple montrant que le bien et le mal ne sont pas toujours là où on pense dans cette nature, et que c'est le bon jugement humain qui peut permettre d'orienter les choses vers le meilleur. Voilà une autre matière à réflexion pour les amants de la nature pure et innocente qui devrait être laissée à elle-même.
http://www.vinquebec.com/node/7223
http://www.unige.ch/sochimge/Dubourdieu.pdf
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samedi 17 juillet 2010
Un rêve de milliardaire
Vous est-il déjà arrivé de rêver de démarrer votre propre vignoble quelque part dans le monde? Un vignoble et des installations nouvelles de A à Z. Vous est-il déjà arrivé de faire le même rêve, mais en vous disant qu’en plus vous n’auriez pratiquement pas de contraintes financières? Que vous seriez libre de choisir ce qui vous semblait être le meilleur, avec pour but de produire un vin pouvant à terme rivaliser avec l’élite mondiale? Si c’est le cas, quel endroit dans le monde auriez vous choisi? Ceux qui me connaisse, ou me lise régulièrement, penseront que j’aurais assurément choisi un endroit quelque part au Chili. Pas si sûr. Mon intérêt pour ce pays relevant d’abord et avant tout de l’excellent RQP général offert par les vins de ce pays, et non pas du meilleur niveau qualitatif possible. Je ne suis pas sûr que j’aurais choisi le Chili dans le cadre pratiquement sans limites que je viens d’évoquer. J’aurais eu besoin de données comparatives solides et de conseils fiables pour faire mon choix final.
Malheureusement, mes moyens plutôt modestes ne me permettront jamais de me lancer dans une telle entreprise, et de faire un tel choix. Peu de personnes en ce bas monde peuvent se permettre une telle chose. Toutefois, il existe des gens qui sont à la fois assez riches et assez passionnés par le vin pour pouvoir se lancer dans une telle aventure et faire un tel choix. C’est le cas de l’entrepreneur milliardaire norvégien Alexander Vik. Cet entrepreneur et investisseur avisé a toutefois la particularité de penser que le futur du vin est en Amérique du sud. J’ignore comment il en est arrivé à cette conclusion, mais toujours est-il qu’avec cette prémisse en tête, il a chargé Patrick Valette, un consultant français établi au Chili, d’étudier toutes les options possibles sur ce continent pour réaliser son rêve. Au final, il a choisi une forêt chilienne récemment ravagée par le feu pour réaliser son ambitieux projet. Le terme ambitieux dans ce cas-ci n’est vraiment pas un mot trop fort pour qualifier cette entreprise. M. Vik a jusqu’ici investi plus de 20 millions de dollars américains pour jeter les bases de son projet, et au moins 20 autres millions suivront pour compléter le tout dans les années à venir. L’endroit précis choisi pour réaliser ce rêve est la vallée de Millahue, une sous-région de la plus vaste région de Cachapoal, à la frontière de la vallée de Colchagua. En fait, Millahue est située sur le versant nord des montagnes ceinturant la renommée région d’Apalta, sise dans Colchagua.
Donc, à prime abord, l’endroit choisi pour développer un vignoble qui se voudra de classe mondiale a de quoi surprendre, mais les moyens mis en oeuvre sont vraiment à la hauteur des ambitions. Il s’agit vraiment d’une première au Chili à cette échelle. D’abord, avant même l’achat des terres en 2006, une étude détaillée du sol et du climat a été réalisée. Une étude qui fut déterminante dans la sélection du site. Ensuite, sur la base des études de sols, six différents porte-greffes ont été sélectionnés pour obtenir la meilleure adaptation entre les vignes et le sol. C’est là une manière de faire inhabituelle au Chili où on peut planter franc de pied pour pas mal moins cher. Autre particularité pour le Chili, la densité de plantation choisie est très élevée à 7500 plants/hectare sur le plat et 8300 plants/hectare sur les pentes, soit environ le double de la norme dans ce pays. Les différents cépages (Cabernet Sauvignon, Carmenère, Cabernet Franc, Merlot, Syrah) ont été plantés en fonction des conditions particulières de chaque parcelles. En tout, sur les 4325 hectares composant le domaine, 303 hectares de vignes ont été plantés à partir de 2006, avec le gros de la plantation ayant eu lieu en 2007, et s’étant ensuite poursuivie jusqu’en 2010. J’ignore si on continuera de planter dans les années à venir, mais en principe, il y a encore de la place. Mais déjà, c’est un vignoble très imposant et diversifié en terme de sols et d’expositions. Il est à noter que plus de 250 personnes sont actuellement à l’emploi de ce domaine. Sur le site de Vina Vik, il est d’ailleurs intéressant de voir une vidéo des vendanges de nuit qui sont réalisées pour conserver la meilleure qualité de raisins possible, le tout est suivi d’un méticuleux tri manuel.
Pour le moment, un seul vin est élaboré depuis le millésime 2009, le reste des raisins étant vendus à d’autres producteurs, soit 60 tonnes de raisins en 2009, et on prévoit en vendre dix fois plus en 2010, à partir du gros des vignes plantées en 2007. Malgré le très jeune âge des vignes, ce sont parmi les raisins les plus chers du Chili, à un dollar le kilo. Les installations de vinification sont pour le moment minimales, mais un chai ultra-moderne, à l’architecture recherchée, et utilisant les énergies solaire et géothermique sera bientôt construit. Je suppose qu’alors, la gamme de vins produits ira en s’élargissant, car pour le premier vin issu de vignes de trois ans d’âge, on demande déjà 100$ US la bouteille, en primeur, puisque le vin ne sera relâché qu’en 2011. On dit que la qualité a un prix. M. Vik semble avoir très bien compris ce principe. À ma connaissance, il s’agit du premier vin chilien a être vendu à la mode bordelaise des primeurs. De plus, on peut aussi dès maintenant devenir membre d’un club qui permet d’être inscrit sur une liste de clients privilégiés pour les vins à venir dans les prochains millésimes.
Honnêtement. Je ne sais trop quoi penser de ce projet. Je trouve qu’on y va rapidement avec le prix demandé. Mais s’il y a des acheteurs, qui peut se plaindre? En même temps, je suppose que quand on investit autant d’argent, une partie de l’investissement doit revenir assez rapidement. Aussi, quand on déploie tous les moyens nécessaires pour obtenir la meilleure qualité possible. Je suppose qu’on veut se situer dès le départ sur le plan qualitatif. Mais au-delà des considérations financières et des motivations profondes derrière l’entreprise, ça me semble tout de même un projet fascinant. Pouvoir élaborer un tel vignoble à partir de zéro, sans réelles contraintes, pour ensuite l’opérer en disposant des meilleurs moyens disponibles, semble vraiment tenir du rêve. Les résultats qui seront obtenus seront intéressants à suivre, car bien qu’on ait choisi le Chili pour ce projet, on a aussi décidé d’y aller à l’européenne, avec les porte-greffes et la forte densité de plantation. Il sera donc intéressant de voir si les vins de ce domaine se distingueront du stéréotype chilien. Le Chili vinicole a beaucoup changé et évolué au cours de la dernière décennie, et la prochaine promet d’en offrir tout autant, sinon plus. Je joins le lien du site de Vina Vik. Il contient beaucoup d’informations techniques très intéressantes et de superbes images de l’endroit. Une histoire à suivre, et à goûter éventuellement.
http://www.vik.cl/
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Malheureusement, mes moyens plutôt modestes ne me permettront jamais de me lancer dans une telle entreprise, et de faire un tel choix. Peu de personnes en ce bas monde peuvent se permettre une telle chose. Toutefois, il existe des gens qui sont à la fois assez riches et assez passionnés par le vin pour pouvoir se lancer dans une telle aventure et faire un tel choix. C’est le cas de l’entrepreneur milliardaire norvégien Alexander Vik. Cet entrepreneur et investisseur avisé a toutefois la particularité de penser que le futur du vin est en Amérique du sud. J’ignore comment il en est arrivé à cette conclusion, mais toujours est-il qu’avec cette prémisse en tête, il a chargé Patrick Valette, un consultant français établi au Chili, d’étudier toutes les options possibles sur ce continent pour réaliser son rêve. Au final, il a choisi une forêt chilienne récemment ravagée par le feu pour réaliser son ambitieux projet. Le terme ambitieux dans ce cas-ci n’est vraiment pas un mot trop fort pour qualifier cette entreprise. M. Vik a jusqu’ici investi plus de 20 millions de dollars américains pour jeter les bases de son projet, et au moins 20 autres millions suivront pour compléter le tout dans les années à venir. L’endroit précis choisi pour réaliser ce rêve est la vallée de Millahue, une sous-région de la plus vaste région de Cachapoal, à la frontière de la vallée de Colchagua. En fait, Millahue est située sur le versant nord des montagnes ceinturant la renommée région d’Apalta, sise dans Colchagua.
Donc, à prime abord, l’endroit choisi pour développer un vignoble qui se voudra de classe mondiale a de quoi surprendre, mais les moyens mis en oeuvre sont vraiment à la hauteur des ambitions. Il s’agit vraiment d’une première au Chili à cette échelle. D’abord, avant même l’achat des terres en 2006, une étude détaillée du sol et du climat a été réalisée. Une étude qui fut déterminante dans la sélection du site. Ensuite, sur la base des études de sols, six différents porte-greffes ont été sélectionnés pour obtenir la meilleure adaptation entre les vignes et le sol. C’est là une manière de faire inhabituelle au Chili où on peut planter franc de pied pour pas mal moins cher. Autre particularité pour le Chili, la densité de plantation choisie est très élevée à 7500 plants/hectare sur le plat et 8300 plants/hectare sur les pentes, soit environ le double de la norme dans ce pays. Les différents cépages (Cabernet Sauvignon, Carmenère, Cabernet Franc, Merlot, Syrah) ont été plantés en fonction des conditions particulières de chaque parcelles. En tout, sur les 4325 hectares composant le domaine, 303 hectares de vignes ont été plantés à partir de 2006, avec le gros de la plantation ayant eu lieu en 2007, et s’étant ensuite poursuivie jusqu’en 2010. J’ignore si on continuera de planter dans les années à venir, mais en principe, il y a encore de la place. Mais déjà, c’est un vignoble très imposant et diversifié en terme de sols et d’expositions. Il est à noter que plus de 250 personnes sont actuellement à l’emploi de ce domaine. Sur le site de Vina Vik, il est d’ailleurs intéressant de voir une vidéo des vendanges de nuit qui sont réalisées pour conserver la meilleure qualité de raisins possible, le tout est suivi d’un méticuleux tri manuel.
Pour le moment, un seul vin est élaboré depuis le millésime 2009, le reste des raisins étant vendus à d’autres producteurs, soit 60 tonnes de raisins en 2009, et on prévoit en vendre dix fois plus en 2010, à partir du gros des vignes plantées en 2007. Malgré le très jeune âge des vignes, ce sont parmi les raisins les plus chers du Chili, à un dollar le kilo. Les installations de vinification sont pour le moment minimales, mais un chai ultra-moderne, à l’architecture recherchée, et utilisant les énergies solaire et géothermique sera bientôt construit. Je suppose qu’alors, la gamme de vins produits ira en s’élargissant, car pour le premier vin issu de vignes de trois ans d’âge, on demande déjà 100$ US la bouteille, en primeur, puisque le vin ne sera relâché qu’en 2011. On dit que la qualité a un prix. M. Vik semble avoir très bien compris ce principe. À ma connaissance, il s’agit du premier vin chilien a être vendu à la mode bordelaise des primeurs. De plus, on peut aussi dès maintenant devenir membre d’un club qui permet d’être inscrit sur une liste de clients privilégiés pour les vins à venir dans les prochains millésimes.
Honnêtement. Je ne sais trop quoi penser de ce projet. Je trouve qu’on y va rapidement avec le prix demandé. Mais s’il y a des acheteurs, qui peut se plaindre? En même temps, je suppose que quand on investit autant d’argent, une partie de l’investissement doit revenir assez rapidement. Aussi, quand on déploie tous les moyens nécessaires pour obtenir la meilleure qualité possible. Je suppose qu’on veut se situer dès le départ sur le plan qualitatif. Mais au-delà des considérations financières et des motivations profondes derrière l’entreprise, ça me semble tout de même un projet fascinant. Pouvoir élaborer un tel vignoble à partir de zéro, sans réelles contraintes, pour ensuite l’opérer en disposant des meilleurs moyens disponibles, semble vraiment tenir du rêve. Les résultats qui seront obtenus seront intéressants à suivre, car bien qu’on ait choisi le Chili pour ce projet, on a aussi décidé d’y aller à l’européenne, avec les porte-greffes et la forte densité de plantation. Il sera donc intéressant de voir si les vins de ce domaine se distingueront du stéréotype chilien. Le Chili vinicole a beaucoup changé et évolué au cours de la dernière décennie, et la prochaine promet d’en offrir tout autant, sinon plus. Je joins le lien du site de Vina Vik. Il contient beaucoup d’informations techniques très intéressantes et de superbes images de l’endroit. Une histoire à suivre, et à goûter éventuellement.
http://www.vik.cl/
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vendredi 2 juillet 2010
PINOT NOIR, ODA, 2007, BIO BIO, VERANDA
Retour sur ce vin de Pinot Noir, qui fut une de mes plus belles découvertes de l’année dernière, question de voir comment il se comporte. Veranda est une des quatre étiquettes du groupe Corpora, avec Vina Porta et Agustinos au Chili et Universo Austral en Argentine. C’est un groupe aux ambitions qualitatives élevées, qui se concentre surtout sur le développement de nouveaux terroirs de climats frais dans le sud du continent, dans la région de Bio Bio au Chili, et en Patagonie en Argentine. La vallée de Bio Bio est la deuxième région vinicole la plus méridionale du Chili et son développement pour la viticulture est très récent. Cette vallée est située à environ 600 km au sud Santiago et offre un climat frais propice à la culture des cépages blancs tels les Chardonnay, Riesling, Gewurztraminer et Sauvignon Blanc, ainsi que du capricieux Pinot Noir en rouge. Cette cuvée Oda, élaborée sous la supervision du consultant bourguignon d’origine québécoise Pascal Marchand, est issue de raisins de culture biologique provenant d’un vignoble unique appelé Miraflores. L’égrappage est pratiqué sur 80% de la vendange, aucun ajout d’acide n’est pratiqué, la fermentation est effectuée avec des levures sauvages et l’élevage a lieu pour 14 mois en barriques de chêne français, neuves pour un quart. Le vin est embouteillé sans filtration. M. Marchand décrit son approche de la vinification comme non interventionniste.
La robe translucide exhibe une belle teinte rubis bien soutenue. Le nez a de quoi surprendre et faire tomber tous les préjugés possibles sur le Chili. Il est aussi une indication claire du potentiel de ce cépage dans Bio Bio. On croirait être en face d’un vin bourguignon de bon niveau, avec des arômes séduisants de cerise, de fraise, de cannelle et de muscade, complétés par un aspect que je ne peux nommer, mais qui pour moi évoque la Bourgogne. En bouche, le vin montre un très bel équilibre, alliant intensité, fraîcheur et délicatesse. Les saveurs sont de grande qualité, sans lourdeur aucune, sur une trame tannique soyeuse. En milieu de bouche, l’impression d’équilibre persiste, avec un vin qui correspond à l’idée que je me fais d’un bon vin de ce cépage. Ça coule sans effort et avec plaisir. La finale garde le cap sur l’harmonie sans dévier d’un seul degré. L’essence de ce vin s’y retrouve avec un superbe fondu de saveurs où le caractère épicé gagne en importance, le tout sur une persistance de très bon calibre.
Il y a des vins qui de temps en temps nous impressionnent par leur qualité, et qui en même temps nous amènent à nous interroger sur certaines conceptions des choses. Ce vin tombe clairement dans cette catégorie. Qu’il soit bon, ça je m’en doutais. J’en avais chanté les mérites avec enthousiasme l’été passé sur le forum Fou du Vin, où j’écrivais avant de démarrer ce blogue. Un an après, il m’apparaît encore meilleur. Mais probablement à cause que j’ai dégusté peu de vins européens dans la dernière année, le caractère européen de ce vin m’est apparu de façon très claire. Une bouteille de Chardonnay du même producteur dégustée dernièrement m’avait fait le même effet. Si j’avais dégusté ces vins en pure aveugle, je n’aurais jamais pensé Chili, mais plutôt Bourgogne. On parle souvent de terroir dans le monde du vin, particulièrement en Bourgogne. C’est une sorte de mot magique pour expliquer des choses qui souvent n’ont rien à voir. Mais pour moi, dans ce cas-ci, il me semble clair que c’est l’aspect humain qui est en cause. Je veux dire par là que ce sont les manières de faire apportées par M. Marchand qui semblent faire la différence. Bien sûr, sans de bons fruits issus d’un lieu approprié, rien ne serait possible. Mais cette signature qui pour moi évoque la Bourgogne ne peut à mon avis venir que des façons utilisées pour élaborer le vin. Ça m’intrigue vraiment. J’aimerais comprendre les éléments qui dans le cours de l’élaboration, tant au vignoble qu’au chai, permettent d’obtenir un tel résultat. Une chose est sûre toutefois, un vin comme celui-ci ne fait que renforcer ma conviction voulant que le vin soit d’abord et avant tout une création humaine. C’est l’homme qui fait le vin. C’est lui qui choisit comment et où planter les vignes. C’est lui qui décide des méthodes de culture, du moment de la vendange, et finalement, c’est lui qui manipule les fruits issus de ces vignes pour arriver en bout de course au liquide qu’on retrouve dans la bouteille. Loin de moi l’idée de nier l’importance des facteurs naturels dans le niveau qualitatif qui peut être espéré en matière de vin. Mais les décisions humaines demeurent la base de tout, pour le meilleur, comme pour le pire.
En terminant, j’ignore si la SAQ offrira le millésime 2008 de ce vin, mais selon le journaliste britannique Tom Cannavan, celui-ci se comparerait avantageusement au 2007 (voir le lien).
http://www.wine-pages.com/organise/corpora.htm
http://www.planetavino.com/reportajes/detalle.asp?id=441
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mercredi 30 juin 2010
Le Chili impressionne au premier concours mondial du Sauvignon
Le premier concours mondial dédié aux vins issus du cépage Sauvignon Blanc a été tenu dernièrement à Bordeaux. Ceux qui me lisent savent que je suis un grand promoteur des vins de Sauvignon Blanc issus des nouvelles régions fraîches du Chili. J'ai souvent écrit que ces vins étaient les meilleures aubaines au monde pour les vins de ce cépage non boisés. J'ai souvent écrit que les bons exemples de ces vins pouvaient se comparer à de bons exemples de la Loire, vendus passablement plus chers. Cette prise de position m'a valu quelques bosses, mais n'empêche. J'ai persisté et signé, et ça continue. Tant pis pour ceux qui ne peuvent reconnaître ce fait. Toujours est-il, que j'ai souris quand j'ai pris connaissance des résultats de ce concours. Le Chili y a fait très bonne figure, et mon vin fétiche pour ce cépage au Chili, le Sauvignon Blanc, "Cipreses Vineyard" de Casa Marin, du millésime 2009, a remporté le prix du meilleur Sauvignon Blanc non boisé de la compétition. Bien sûr, tous les meilleurs vins n'étaient pas là, et un concours demeure un concours, avec ses aléas, mais en bout de ligne, un des meilleurs chiliens y était, en sol français, et il a fini premier.
http://www.bordeauxpresse.com/upload/article/CMSauv_Palmares2010_FR.pdf
Voici un extrait évocateur d'un court article sur ce concours:
The highlight of the day was an incredibly elegant flight of Chilean (I'm told) Sauvignon Blancs that are far from the woody, over-the-top, pungent examples that one sometimes associates with new or inexperienced producers chasing a market fad. In fact, the Sauvignons were delicate and fruity, with some wines having persistent minerality and even smoky, flinty characters.
http://www.sommelierindia.com/blog/2010/06/concours_mondial_du_sauvignon.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+SommelierIndia+%28Sommelier+India%2C+The+Wine+Magazine%29
http://www.decanter.com/news/299653.html
http://www.youtube.com/watch?v=T1kG_KDtxUk
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http://www.bordeauxpresse.com/upload/article/CMSauv_Palmares2010_FR.pdf
Voici un extrait évocateur d'un court article sur ce concours:
The highlight of the day was an incredibly elegant flight of Chilean (I'm told) Sauvignon Blancs that are far from the woody, over-the-top, pungent examples that one sometimes associates with new or inexperienced producers chasing a market fad. In fact, the Sauvignons were delicate and fruity, with some wines having persistent minerality and even smoky, flinty characters.
http://www.sommelierindia.com/blog/2010/06/concours_mondial_du_sauvignon.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+SommelierIndia+%28Sommelier+India%2C+The+Wine+Magazine%29
http://www.decanter.com/news/299653.html
http://www.youtube.com/watch?v=T1kG_KDtxUk
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samedi 26 juin 2010
CABERNET SAUVIGNON, MARQUES DE CASA CONCHA, 2003, ALTO MAIPO, CONCHA Y TORO
Les bons vins de Cabernet Sauvignon de l’Alto Maipo, de type Reserva, sont à mon avis des vins de garde sous-estimés. Ils montrent dans leur jeunesse cette fameuse “typicité” qui en fait de réels vins de terroir, exprimant clairement le lieu d’où ils proviennent. Alors qu’avec l’âge, ils perdent graduellement cette “typicité” du lieu, pour se recentrer sur un profil classique de Cabernet évolué, ce qui en fait alors des alternatives très abordables à des bordeaux de la rive gauche ou des CaliCabs de bon niveau, vendus beaucoup plus chers. Pour ce qui du vin dont il est question ici, il provient du même vignoble que le réputé Don Melchor. En ce sens, on pourrait le qualifier de second vin. Il est moins concentré et moins boisé que son grand frère, mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Ce vin m’avait beaucoup impressionné en jeunesse, tellement que j’en avais alors acheté une caisse pour évaluer son potentiel de garde. Cette bouteille est la deuxième de douze. Le vin a été dégusté sur trois jours, la seconde moitié ayant été conservée deux jours en demi-bouteille pleine. Le vin a très bien tenu, et m’a même semblé un peu mieux équilibré en seconde moitié.
La robe est toujours bien foncée et opaque. Superbe nez de Cabernet en début d’évolution, complexe, avec des arômes de cassis, de cerises, de terre humide, de menthol, de bois de cèdre, de thé, d’épices douces et de chocolat noir. En bouche, le vin est encore plein de vivacité, avec un fruité noir très intense, amalgamé à de subtiles notes terreuses d’évolution, et appuyé sur une solide base d’amertume. Un brin d’épices douces du boisé de prime jeunesse persiste et vient enrichir le mélange de saveurs. Le milieu de bouche montre un vin qui a commencé à s’affiner en perdant un peu de sa rondeur et de son gras de jeunesse, et montrant maintenant un profil plus dense et compact. Le corps est moyen, avec un bon niveau de concentration et une trame tannique à la fois souple et affirmée. La finale voit l’intensité monter d’un cran sur un heureux mariage des saveurs et une persistance de très bon calibre.
Je ne peux pas dire que ce vin m’a surpris, car j’avais des attentes assez élevées. En fait, il m’a donné en plein ce que j’en attendais à ce stade, c’est–dire un vin qui a conservé une bonne partie de sa vigueur de jeunesse, mais qui commence lentement à s’affiner, et à développer des arômes d’évolution. À mon goût, le point idéal d’évolution n’est pas encore atteint. Il lui faudra facilement cinq autres années de garde pour l’atteindre. Avec mes dix bouteilles restantes, j’aurai tout le loisir de vérifier cela. C’est d’ailleurs la beauté de ce genre de vin de garde au RQP exceptionnel. On peut renouveler l’expérience plusieurs fois dans le temps, et vraiment suivre le vin dans sa transformation.
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mardi 22 juin 2010
Vin et expertise
Ce matin j’ai reçu une question me demandant combien de temps il fallait pour devenir spécialiste en matière de vin. Je n’ai pas répondu à la question, ignorant la réponse, mais j’y ai tout de même réfléchi. Disons que la première chose qui me soit venu à l’esprit, c’est que l’expertise est une notion très relative. Ensuite, je me suis dit que le monde du vin est un champ très vaste à explorer, et ce, sous plusieurs angles. Finalement, je me suis dit que le temps nécessaire pour acquérir le statut de spécialiste en vin devait dépendre de l’intensité qu’on mettait dans l’apprentissage, et aussi de nos connaissances préalables.
On peut se demander pourquoi un simple amateur de vin pourrait bien vouloir devenir expert en la matière. Pour des professionnels, on peut comprendre la motivation. Mais pour un amateur, je n’en vois pas l’utilité. Je ne dis pas qu’il faille renoncer à apprendre. Je dis juste que le plaisir et la curiosité devraient être les moteurs de la démarche, pas le désir d’atteindre un statut d’expert. Aussi, il ne faut oublier l'aspect monétaire de l'équation. Cet élément, dépendant des moyens ou des valeurs, peut être limitatif. En plus, et c'est là où tout se mêle un peu, il faut dire que le petit monde du vin est un qui peut paraître intimidant pour le néophyte. C’est un monde où une certaine catégorie d’amateurs aime bien étaler son expérience et ses connaissances, en espérant se donner de la crédibilité et de l’importance. Je peux donc comprendre qu’un nouveau venu dans le domaine puisse vouloir gagner en expertise assez rapidement. Malheureusement, vin et ego sont souvent liés, le premier servant alors d’outil pour élever le deuxième. Personnellement, je n’ai jamais eu le désir de devenir un spécialiste en matière de vin. Si j’avais eu ce désir, il y a longtemps j’aurais réorienté mon intérêt vers des contrées plus prestigieuses. Certains, pensant peut-être me consoler, me diraient que je suis un expert en vins chiliens. Ne vous en faites pas, en connaître un peu sur un sujet n’intéressant presque personne ne fait pas de soi un expert. Simple effet de contraste.
Comme je le disais au début, la notion d’expert en est une très relative. Je pense que l’amateur de vin ne devrait pas se préoccuper de devenir un expert. Encore une fois, il devrait se laisser guider par le plaisir et par sa curiosité. Bien sûr, au passage, il accumulera des connaissances. Ces connaissances nouvelles pourront en cours de route l’aider à orienter son parcours. Mais la quête de connaissances ne devrait pas être le but de l’exercice. Peut-être que vers la fin de son périple, l’amateur ayant été motivé d’abord et avant tout par le plaisir pourra être considéré par certains comme un expert. Si c’est le cas, celui-ci sera alors le meilleur des experts qu’on puisse imaginer, car il le sera devenu malgré lui, et ne se considérera pas lui-même comme tel.
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On peut se demander pourquoi un simple amateur de vin pourrait bien vouloir devenir expert en la matière. Pour des professionnels, on peut comprendre la motivation. Mais pour un amateur, je n’en vois pas l’utilité. Je ne dis pas qu’il faille renoncer à apprendre. Je dis juste que le plaisir et la curiosité devraient être les moteurs de la démarche, pas le désir d’atteindre un statut d’expert. Aussi, il ne faut oublier l'aspect monétaire de l'équation. Cet élément, dépendant des moyens ou des valeurs, peut être limitatif. En plus, et c'est là où tout se mêle un peu, il faut dire que le petit monde du vin est un qui peut paraître intimidant pour le néophyte. C’est un monde où une certaine catégorie d’amateurs aime bien étaler son expérience et ses connaissances, en espérant se donner de la crédibilité et de l’importance. Je peux donc comprendre qu’un nouveau venu dans le domaine puisse vouloir gagner en expertise assez rapidement. Malheureusement, vin et ego sont souvent liés, le premier servant alors d’outil pour élever le deuxième. Personnellement, je n’ai jamais eu le désir de devenir un spécialiste en matière de vin. Si j’avais eu ce désir, il y a longtemps j’aurais réorienté mon intérêt vers des contrées plus prestigieuses. Certains, pensant peut-être me consoler, me diraient que je suis un expert en vins chiliens. Ne vous en faites pas, en connaître un peu sur un sujet n’intéressant presque personne ne fait pas de soi un expert. Simple effet de contraste.
Comme je le disais au début, la notion d’expert en est une très relative. Je pense que l’amateur de vin ne devrait pas se préoccuper de devenir un expert. Encore une fois, il devrait se laisser guider par le plaisir et par sa curiosité. Bien sûr, au passage, il accumulera des connaissances. Ces connaissances nouvelles pourront en cours de route l’aider à orienter son parcours. Mais la quête de connaissances ne devrait pas être le but de l’exercice. Peut-être que vers la fin de son périple, l’amateur ayant été motivé d’abord et avant tout par le plaisir pourra être considéré par certains comme un expert. Si c’est le cas, celui-ci sera alors le meilleur des experts qu’on puisse imaginer, car il le sera devenu malgré lui, et ne se considérera pas lui-même comme tel.
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vendredi 18 juin 2010
SAUVIGNON BLANC, AMAYNA, 2008, LEYDA, VINA GARCES SILVA
C’est une période tranquille en ce qui me concerne côté vin. Je pense que tout amateur, même le plus passionné, devrait s’allouer des périodes de faible consommation. Je trouve que ça aide à rétablir la perspective. Quand on déguste beaucoup, pendant longtemps, on perd une certaine fraîcheur dans le regard. Un effet de saturation se développe. C’est donc un peu rafraîchi, du moins je l’espère, que j’ai abordé cette bouteille de Sauvignon Blanc de l’excellent producteur Garces Silva, qui est à mon avis un des meilleurs du Chili. J’avais adoré leur Sauvignon Blanc, du même millésime, élevé en barriques. Celui-ci ne voit pas le bois et est élevé sur lies en inox pendant deux mois. Le titre alcoolique déclaré par le producteur est 14.5%, mais selon la SAQ, ce titre serait plutôt de 15.6%. Ce qui me semble très élevé, encore plus pour un vin blanc. Ce vin a reçu les éloges de la critique américaine (IWC, WA, WS). Fait intéressant, Josh Raynolds de IWC a même conclu sa note de dégustation par cette phrase que je traduis librement: “Je placerais ce vin aux côtés de plusieurs des meilleurs Sauvignon Blanc de la Loire dégustés dans la dernière année.” Je me sens un peu moins seul tout à coup!... Voyons si l’enthousiasme de M. Raynolds est justifié.
La robe est d’une teinte jaune plutôt pâle aux reflets verdâtres. Le nez s’exprime avec modération, déployant un profil typique du cépage avec des arômes de citron, de fruits de la passion, de melon, de poivron vert et d’herbe coupée. Une légère et surprenante touche florale ajoute un brin de charme à l’ensemble. En bouche, l’attaque est pleine et équilibrée, avec un heureux mélange d’acidité et de rondeur. Le vin a du gras, presque de l’onctuosité, et remplit très bien la bouche de sa généreuse matière. Le profil gustatif est fidèle à ce qui était perçu au nez, avec le citron qui domine, bien complété par l’aspect végétal. Le milieu de bouche confirme le niveau de concentration supérieur et l’aspect volumineux du vin. La finale est riche et intense, avec une longueur de haut calibre aux légères rémanences amères. L’alcool se fait légèrement sentir si le vin n’est pas assez frais.
Mon verdict? Un vin clairement de haut calibre, avec plusieurs attributs de très bon vin, mais à l’équilibre quelque peu précaire. Un vin qui marche sur un fil de fer, même s’il n’a rien d’aérien. Ce qui fait qu’on peut s’interroger presqu’à chaque gorgée sur son équilibre. C’est ma troisième bouteille de ce vin, et c’est la troisième fois qu’il suscite en moi l’ambivalence. La fraîcheur de mon regard, espérée en introduction, n’y a rien changé. La matière de ce vin est impressionnante, mais je ne peux m’empêcher de me demander si ce n’est pas trop. Le style est clairement limite, et le 15.6% d’alcool de la SAQ me trotte dans la tête, mais en même temps les qualités du vin sont indéniables. Une chose est sûre toutefois, la température de service est critique. Celle-ci ne devrait pas excéder 12° C, et devrait idéalement être à 8-10° C. Ce vin est offert à 24.75$ à la SAQ, mais sera offert dès le 26 juin à la LCBO pour aussi peu que 17.95$. Au prix de la SAQ c’est un bon achat, mais au prix de la LCBO, c’est une formidable aubaine. En résumé, je dirais qu’on a affaire à un Sauvignon Blanc de fort calibre, mais situé à la limite en terme de style.
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mercredi 9 juin 2010
CABERNET SAUVIGNON, FELINO, 2007, MENDOZA, VINA COBOS
Si mon intérêt pour les vins du Chili ne se dément pas, probablement à cause du progrès en cours dans ce pays, allié à la diversification croissante de l’offre en terme de cépages et de terroirs. Mon intérêt pour l’Argentine décroît. Quand j’ai le goût d’un bon rouge généreux, offert à prix avantageux, je considère que c’est encore une adresse fiable. Mais je trouve que les vins rouges issus de ce pays se ressemblent trop, peu importe le cépage. Pour ce qui est des blancs, j’adore le Torrontès qui produit de beaux vins floraux à prix très abordables. Sinon, l’offre en blanc demeure très limitée. Un autre point qui justifie ma relative perte d’intérêt pour les vins rouges argentins, est le fait que j’ai eu autant d’expériences heureuses que malheureuses avec la garde de ces vins. J’ai ma courte liste de producteurs fiables pour la garde, avec en tête de liste Catena, Weinert et Zuccardi, mais pour les producteurs que je ne connais pas ou mal, c’est un peu pile ou face. Ayant le goût pour un jeune rouge généreux, comme ce pays sait si bien en produire. J’ai donc décidé d’y aller pour un vin de Vina Cobos, l’opération du californien Paul Hobbs en Argentine. Ce vin est en réalité un assemblage comprenant 86% de Cabernet Sauvignon, complété pour le reste par un mélange de Merlot, Malbec, Petit Verdot et Syrah.
La robe est sombre et opaque. Dès le premier contact, le ne révèle son origine “mendozienne” par un aspect que je n’arrive pas à nommer clairement, mais qui pour moi correspond à un rouge de Mendoza. Au-delà de ce caractère, on retrouve un profil au fruité mature et au boisé bien présent, avec des arômes de cerises et de fruits noirs, de chocolat noir, de vanille et autres épices douces. En bouche, le vin se montre sous un jour ample et souple, avec un doux fruité bien mûr, allié à des arômes doucement épicés, auxquels un trait d’amertume s’ajoute pour venir un peu équilibrer cette douceur. En milieu de bouche, la douceur et la souplesse de l’ensemble persistent, ce qui n’est pas un mal, sur un bon niveau de concentration et avec une présence tannique assez légère. On retrouve donc un vin qui coule facilement malgré la bonne densité de sa matière. La finale poursuit en droite ligne de ce qui était déjà entamé, avec une touche de chocolat au lait qui s’ajoute sur une persistance de bon niveau.
Un vin que j’ai bien aimé, malgré le fait qu’il ferait hurler les puristes qui ont le néologisme “sucrosité” aux lèvres dès qu’ils détectent un vin montrant ce profil. La réalité est que ce vin est très bien fait dans son style. On peut décider de ne pas aimer ce style. Ce n’est d’ailleurs pas mon style de vin favori, mais il m’arrive d’avoir le goût pour ce genre de vin, et je serais alors bien fou de bouder mon plaisir pour une stupide question de principe. Pour ajouter une raison de l’éviter à ceux qui aiment haïr ce genre de vin. L’éminent Jay Miller lui a octroyé un ronflant 91. Les notes précises demeurent pour moi absurdes, mais celle-ci montre une certaine cohérence avec la philosophie générale de Parker, qui privilégie la maturité du fruit, et ne rechigne pas sur les arômes boisés. Pour ce qui est de la garde de ce vin, c’est un pari que je n’oserais pas prendre, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas être gagné.
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dimanche 6 juin 2010
Quelle est la plus pure expression du terroir?
Depuis que je m’intéresse au vin, j’ai toujours été un peu mal à l’aise avec un certain langage, qui si il était utilisé à propos d’autre chose pourrait donner froid dans le dos. On aime y parler de classe, de race, de pureté, de supériorité innée, de grandeur, d'ordre, de naturel. On aime aussi y parler d'authenticité. On aime y distinguer le vrai du faux. Pour plusieurs amateurs enflammés, le “vrai” vin est un don de la nature où l’intervention humaine est la plus restreinte possible. La nature, dans son expression supérieure, serait pure et vraie, et l’action humaine altérerait, cette vérité, cette pureté. Donc, selon les tenants de cette vision, il faudrait le plus possible éviter de changer ce qui est naturel pour atteindre les meilleurs résultats possibles. La sélection clonale de la vigne serait à proscrire, tout comme les pesticides et herbicides dans la culture de celle-ci. Au chai, il faudrait fermenter seulement avec des levures indigènes, en utilisant peu ou pas de sulfites. Il faudrait manipuler le vin le moins possible en utilisant que des techniques traditionnelles. Il faudrait éviter l’ajout de tout produit exogène, et ne pas coller ni filtrer le produit final. Tous ces éléments favoriseraient, selon les tenants de cette approche, l’obtention de vins authentiques, de vrais vins de terroir.
Étant biochimiste de formation, j’ai beaucoup de difficulté avec cette vision idyllique des choses. N’empêche. Chaque fois que je lis de pareilles affirmations, je me sens un peu comme un amateur de “sous-vins”, de “faux vins”. Peut-on s’intéresser aux vins du Nouveau-Monde et s’intéresser au “vrai vin”? Pour aggraver mon cas, je m’intéresse en particulier aux vins du Chili. Un pays dont la production est axée très majoritairement sur l’exportation, et contrôlée surtout par des entreprises de bonnes tailles. Ces entreprises ont tendance à adapter leurs vins aux demandes du marché. Il n’y a pas de vision singulière, de désir d’authenticité, derrière la plupart des vins qu’elles produisent. Même la redécouverte et le développement d’un cépage comme le Carmenère ne vient pas d’un désir d’originalité. C’est le résultat d’une certaine incompétence historique. Comme vous pouvez le voir, avec mon intérêt pour le Chili et ses vins, ma place semble loin d’être assurée au rayon des amateurs de “vrais” vins. Le syndrome de l’imposteur me guette!!!
Vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec ce préambule un peu convenu sur l'approche naturelle et minimaliste qui confine au vrai et au faux? Voici. Dans mes lectures vinicoles récentes, je suis tombé sur deux passages entre lesquels j’ai fait un lien, et qui m’ont amené à la réflexion que j’expose ici. Le premier est tiré d’un texte français traitant du cépage Syrah dans le Rhône septentrional. Ça va comme suit:
La syrah présente une fertilité modérée ce qui joue positivement sur l’aspect qualitatif du vin produit ; de plus, le porte-greffe SO4 a été abandonné dans cette région, car il entraînait une baisse du potentiel aromatique et une dilution de tous les caractères (couleur, sucre, tanin) du fait de plus gros rendements. Les porte-greffes les plus couramment utilisés sont le Couderc 3309 sur schistes et granite et le 164R sur argilo-calcaires
Le deuxième est une traduction libre de ma part, tirée d’un texte du britannique Tom Cannavan du site “Wine-Pages”:
Toutes les vignes de De Martino sont plantées sur leurs propres racines. “Si vous changez les racines, vous changez le lieu” dit Eduardo. “Si vous plantez du Cabernet au même endroit, sur trois différents porte-greffes, tous auront un goût différent, donc évidemment les porte-greffes ne permettent pas la plus pure expression du terroir”
Le lien que j’ai fait entre ceux deux extraits m’a remonté un peu le moral... Bien sûr, je n’ai jamais vraiment pensé être amateur de “faux vins”. Je ne crois pas à ce type de catégorisation méprisante. Mais quand même, je me disais qu’à ce jeu alambiqué du vrai et du faux, les vins chiliens avaient au moins un argument de poids en leur faveur. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’une partie du caractère distinctif général de ces vins venait du fait que la très grande majorité des vignes de ce pays poussent sur leur propres racines, contrairement à ailleurs au monde, et que la nature des racines a une influence sur le profil général des vins. Bien sûr, le lien avec la pureté et l’approche minimaliste m’a été inspiré par la citation d’Eduardo Jordan, oenologue et découvreur de nouveaux terroirs chez De Martino, au Chili. Il est quand même ironique de penser que tous ses tenants du naturalisme posent un geste fondamentalement contraire à ce qu'ils prônent, et ce, dès la plantation de leurs vignobles. Il me semble y avoir là une contradiction troublante. Pour rester dans le ton, j’oserais dire un péché originel. Il faudrait préserver des levures indigènes, essentielles à l’authenticité et à la qualité des vins, mais dès le départ on peut changer les racines pour celles venant d’autres espèces de vignes, et souvent croisées entre elles par l'action humaine. En ce sens, l’affirmation d’Eduardo Jordan me semble jeter un sérieux pavé dans la mare des amants de l’idée d’authenticité naturelle.
Personnellement, je ne crois pas que les vins chiliens soit les plus purs, ou les plus athentiques, car issus de vignes non-greffées. Toutefois, je pense que cette particularité doit être tenue en compte lorsqu’on aborde ces vins. Je pense qu’étant conscient de cette particularité, on peut regarder le Chili et ses vins d’un autre oeil. Qu’on le veuille ou non, ce pays, de par la nature même de sa viticulture, produit à la base les vins les plus naturels au monde. Si on ajoute à cela le fait qu’il s’agit du pays présentant les conditions les plus favorables à l’agriculture biologique. Je pense qu’il faudrait aborder ce pays vinicole de façon différente, car c’est un endroit vraiment particulier pour produire du vin, et ce faisant, ceux-ci ne peuvent qu’être distinctifs, car différents à la base de 99% de ce qui est produit ailleurs dans le monde. Ajoutez à cela une mosaïque grandissante de terroirs et de cépages, et le tableau est encore plus riche.
Finalement. Pour répondre à la question de départ. Je ne crois pas à la pureté naturelle, même si les excès humains existent. J’ai toujours prôné que le vin n’était pas un produit naturel, mais une création humaine découlant d’un contrôle éclairé de la nature. Je pense aussi qu’il faut faire attention avec les catégorisations manichéennes. Le vin est un liquide issu de processus biochimiques complexes, mais il devrait être abordé simplement, en évitant d’y projeter des valeurs qui lui sont étrangères.
http://www.1001vins.net/1001_VINS/la_syrah.html
http://www.wine-pages.com/organise/de-martino.htm
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Étant biochimiste de formation, j’ai beaucoup de difficulté avec cette vision idyllique des choses. N’empêche. Chaque fois que je lis de pareilles affirmations, je me sens un peu comme un amateur de “sous-vins”, de “faux vins”. Peut-on s’intéresser aux vins du Nouveau-Monde et s’intéresser au “vrai vin”? Pour aggraver mon cas, je m’intéresse en particulier aux vins du Chili. Un pays dont la production est axée très majoritairement sur l’exportation, et contrôlée surtout par des entreprises de bonnes tailles. Ces entreprises ont tendance à adapter leurs vins aux demandes du marché. Il n’y a pas de vision singulière, de désir d’authenticité, derrière la plupart des vins qu’elles produisent. Même la redécouverte et le développement d’un cépage comme le Carmenère ne vient pas d’un désir d’originalité. C’est le résultat d’une certaine incompétence historique. Comme vous pouvez le voir, avec mon intérêt pour le Chili et ses vins, ma place semble loin d’être assurée au rayon des amateurs de “vrais” vins. Le syndrome de l’imposteur me guette!!!
Vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec ce préambule un peu convenu sur l'approche naturelle et minimaliste qui confine au vrai et au faux? Voici. Dans mes lectures vinicoles récentes, je suis tombé sur deux passages entre lesquels j’ai fait un lien, et qui m’ont amené à la réflexion que j’expose ici. Le premier est tiré d’un texte français traitant du cépage Syrah dans le Rhône septentrional. Ça va comme suit:
La syrah présente une fertilité modérée ce qui joue positivement sur l’aspect qualitatif du vin produit ; de plus, le porte-greffe SO4 a été abandonné dans cette région, car il entraînait une baisse du potentiel aromatique et une dilution de tous les caractères (couleur, sucre, tanin) du fait de plus gros rendements. Les porte-greffes les plus couramment utilisés sont le Couderc 3309 sur schistes et granite et le 164R sur argilo-calcaires
Le deuxième est une traduction libre de ma part, tirée d’un texte du britannique Tom Cannavan du site “Wine-Pages”:
Toutes les vignes de De Martino sont plantées sur leurs propres racines. “Si vous changez les racines, vous changez le lieu” dit Eduardo. “Si vous plantez du Cabernet au même endroit, sur trois différents porte-greffes, tous auront un goût différent, donc évidemment les porte-greffes ne permettent pas la plus pure expression du terroir”
Le lien que j’ai fait entre ceux deux extraits m’a remonté un peu le moral... Bien sûr, je n’ai jamais vraiment pensé être amateur de “faux vins”. Je ne crois pas à ce type de catégorisation méprisante. Mais quand même, je me disais qu’à ce jeu alambiqué du vrai et du faux, les vins chiliens avaient au moins un argument de poids en leur faveur. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’une partie du caractère distinctif général de ces vins venait du fait que la très grande majorité des vignes de ce pays poussent sur leur propres racines, contrairement à ailleurs au monde, et que la nature des racines a une influence sur le profil général des vins. Bien sûr, le lien avec la pureté et l’approche minimaliste m’a été inspiré par la citation d’Eduardo Jordan, oenologue et découvreur de nouveaux terroirs chez De Martino, au Chili. Il est quand même ironique de penser que tous ses tenants du naturalisme posent un geste fondamentalement contraire à ce qu'ils prônent, et ce, dès la plantation de leurs vignobles. Il me semble y avoir là une contradiction troublante. Pour rester dans le ton, j’oserais dire un péché originel. Il faudrait préserver des levures indigènes, essentielles à l’authenticité et à la qualité des vins, mais dès le départ on peut changer les racines pour celles venant d’autres espèces de vignes, et souvent croisées entre elles par l'action humaine. En ce sens, l’affirmation d’Eduardo Jordan me semble jeter un sérieux pavé dans la mare des amants de l’idée d’authenticité naturelle.
Personnellement, je ne crois pas que les vins chiliens soit les plus purs, ou les plus athentiques, car issus de vignes non-greffées. Toutefois, je pense que cette particularité doit être tenue en compte lorsqu’on aborde ces vins. Je pense qu’étant conscient de cette particularité, on peut regarder le Chili et ses vins d’un autre oeil. Qu’on le veuille ou non, ce pays, de par la nature même de sa viticulture, produit à la base les vins les plus naturels au monde. Si on ajoute à cela le fait qu’il s’agit du pays présentant les conditions les plus favorables à l’agriculture biologique. Je pense qu’il faudrait aborder ce pays vinicole de façon différente, car c’est un endroit vraiment particulier pour produire du vin, et ce faisant, ceux-ci ne peuvent qu’être distinctifs, car différents à la base de 99% de ce qui est produit ailleurs dans le monde. Ajoutez à cela une mosaïque grandissante de terroirs et de cépages, et le tableau est encore plus riche.
Finalement. Pour répondre à la question de départ. Je ne crois pas à la pureté naturelle, même si les excès humains existent. J’ai toujours prôné que le vin n’était pas un produit naturel, mais une création humaine découlant d’un contrôle éclairé de la nature. Je pense aussi qu’il faut faire attention avec les catégorisations manichéennes. Le vin est un liquide issu de processus biochimiques complexes, mais il devrait être abordé simplement, en évitant d’y projeter des valeurs qui lui sont étrangères.
http://www.1001vins.net/1001_VINS/la_syrah.html
http://www.wine-pages.com/organise/de-martino.htm
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mardi 1 juin 2010
Malbec: Quand l'Argentine influence Cahors
Qui a parlé de monde à l'envers?... Voici un lien vers un article de la revue "World of Fine Wine", à propos d'une dégustation de vins de Malbec, argentins et cadurciens (Merci à Vin Québec pour le lien). La conclusion est qu'il n'est pas si facile de distinguer l'origine des vins, principalement à cause du fait que de nombreux Cahors montrent aujourd'hui un profil plus mature que par le passé. Ce serait là un signe de l'influence du modèle argentin. Pour moi, la relative surprise de la dégustation est la performance du Malbec, 2007, d'entrée de gamme d'Achaval-Ferrer. Ce vin est classé parmi les meilleurs par les trois dégustateurs, et bien devant la très dispendieuse cuvée "Vignoble Unique" Mirador du même producteur, et devant beaucoup d'autres vins de plusieurs fois son prix. J'ai commenté sur ce blogue la très belle qualité de la version 2008 de ce vin qui est toujours disponible à la SAQ. Voilà un autre élément venant soutenir ma conviction maintes fois répetée, voulant qu'il est possible de trouver en Amérique du Sud des vins formidables à des prix très abordables. Nul besoin de se ruiner pour bien boire, et pour le même montant investi, on peut suivre de multiples bouteilles du même vin dans le temps. Ce qui ajoute au plaisir et enrichi l'expérience globale.
http://www.finewinemag.com/docs/Malbec%20Argentina%20&%20Cahors%20.pdf
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/03/malbec-2008-mendoza-achaval-ferrer.html
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http://www.finewinemag.com/docs/Malbec%20Argentina%20&%20Cahors%20.pdf
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/03/malbec-2008-mendoza-achaval-ferrer.html
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dimanche 30 mai 2010
SYRAH, LEGADO, RESERVA, 2006, CHOAPA, VINA DE MARTINO
De Martino est un des producteurs chiliens ayant joué un rôle de pionnier dans la révolution terroir prise par l’industrie vinicole de ce pays, d’ailleurs, cela se reflète dans sa devise qui est: “Réinventer le Chili”. Dans le cas de cette Syrah, qui est le premier et toujours unique vin du pays portant l’appellation “Vallée de Choapa”, on peut dire que la devise a été mise en action. Cette nouvelle région est située dans la partie la plus étroite du Chili, au nord de la région d’Aconcagua, et au sud de Limari, à 45 km du Pacifique, dans le piedmont des Andes, à 825 m d’altitude. La vin a été élevé un an en barrique de chêne français et titre à 14.5% d’alcool.
La robe est très sombre et parfaitement opaque. Le nez est d’une intensité bien calibrée et dégage des arômes fruités de belle qualité, avec la cerise qui ressort clairement. À l’ouverture, on retrouvait un caractère de viande fumée bien présent, mais celui-ci a diminué graduellement par la suite, pour laisser la place à des notes de vanille, de girofle, de lavande, et une très légère touche goudronnée. Superbe nez qui montre un vin sorti de sa prime jeunesse, dégagé de l’empreinte boisée qui marque les vins encore trop jeunes, mais avec encore toute la fraîcheur juvénile de son fruit qui peut maintenant s’exprimer librement. En bouche, le ravissement se poursuit avec un vin à la fois ample et frais, déployant une riche matière dominée par un fruité vibrant, où la cerise tient toujours le premier rôle. La structure est assez volumineuse, mais une saine dose d’acidité apporte du tonus à l’ensemble. Le milieu de bouche révèle un niveau de concentration supérieur, et permet de s’étonner encore un peu plus face à la qualité de matière de ce vin. La trame tannique est généreuse, mais bien intégrée, veloutée. La finale apporte une conclusion logique, avec un sursaut d’intensité qui marque un mariage des saveurs très réussi et une longueur simplement impressionnante, digne d’un très bon vin.
Le vin est un liquide intriguant, souvent rempli de surprises, avec lequel il faut se méfier des constats définitifs, et avec lequel il faut parfois avoir la foi. Dans un élan d'enthousiasme, j’avais acheté une caisse de ce vin en Août 2009, et la première bouteille ne m’avait pas convaincu. On pouvait constater la générosité de la matière, mais le profil aromatique n’était pas le même qu’aujourd’hui, beaucoup moins séduisant, et en bouche, le vin semblait manquer d’équilibre. Je ne sais pas si c’est une de ces fameuses variations entre bouteilles, ou encore une meilleur disposition du dégustateur aujourd'hui, ou bien le repos tranquille du vin au cellier pendant dix mois. Toujours est-il que ce vin que j’ai failli retourner au détaillant, se révèle aujourd’hui d’une superbe façon. La patience, et la confiance que j’avais en De Martino, auront porté de généreux fruits. Aujourd’hui, je me retrouve avec un vin que je considère comme un de mes meilleurs achats de la dernière année en terme de RQP. À 16.95$ la bouteille, la qualité est simplement renversante, et avec les nombreuses bouteilles qui dorment toujours, je pourrai le suivre tranquillement dans les années à venir. D'ailleurs, sur la caisse de ce vin, il écrit: De Martino, surprising hand crafted wines from Chile. Celui qui a pondu cette phrase ne croyait pas si bien dire, car ce vin m'a réellement surpris. Finalement, de la façon dont il se présente aujourd'hui, on obtient un vin qui est encore du côté Syrah des choses, avec de la fraîcheur, même si le profil fruité est plus mature et généreux que ce que le Chili peut produire dans les régions plus fraîches, plus rapprochées de la côte. C'est un bel exemple pour illustrer la palette de styles maintenant possibles avec ce cépage dans ce pays qui décidément se réinvente chaque année un peu plus.
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samedi 29 mai 2010
CABERNET SAUVIGNON, CASTILLO DE MOLINA, 2003, CURICO, VINA SAN PEDRO
J’ai appelé ce blogue “Le vin aux antipodes”, car je voulais y traiter principalement des vins de l’hémisphère sud. Mais le titre avait un autre sens, et voulait mettre en relief ma propension à aborder les choses du vin souvent à rebours des idées reçues dans ce petit monde qui en compte beaucoup. Une des choses que j’ai faite à l’inverse dès le départ a été de garder des vins rouges sud-américains de prix très abordables. J’adorais ces vins en jeunesse, je trouvais qu’ils valaient pas mal plus que le modique prix qu’on en demandait, et intuitivement j’ai pensé qu’ils étaient de bons candidats pour la garde. Jusqu’à maintenant, les rouges argentins m’ont donné des résultats partagés, alors que les rouges chiliens ne cessent de me surprendre. Le vin dont je traite ici, dans sa gamme de prix, ne figurait pas parmi mes Cabs chiliens favoris, en jeunesse. Je préfère de loin les Cabs de Maipo. Néanmoins, les résultats obtenus sont surprenants.
La robe demeure bien foncée, même si légèrement translucide. Le nez révèle un vin moyennement évolué, qui n’est clairement plus sur son profil de prime jeunesse. Cela se reflète dans un mélange d’arômes de fruits noirs, amalgamé à des notes de terre humide, de feuilles mortes, de thé. En mode mineur on retrouve aussi du menthol, du bois de cèdre, des épices douces et de la torréfaction. Pas très profond comme nez, mais complexe et bien agréable. En bouche, le vin montre une belle fraîcheur, un certain équilibre sur une structure bien compacte. Le fruit tient encore le premier rôle, bien appuyé sur une bonne base d’amertume, et amalgamé aux notes d’évolution déjà perçues au nez. Les saveurs sont bien intenses et d’un bon niveau de concentration, sur une fine texture tannique. La finale est de bonne longueur, avec un côté thé amer qui gagne en importance à la toute fin.
Ce vin m’a offert ce que j’en attendais, c’est-à-dire un profil de Cabernet évolué, avec encore ce qu’il faut de fruit pour obtenir un vin assez équilibré, mais sans le raffinement et la richesse de matière d’un très bon vin. C’est un type de vin qui n’existe pas sur le marché, c’est à dire, Cab évolué sous la barre des 20$, et c’est le genre de vin que pratiquement personne ne se donnera la peine de garder. C’est à mon avis une erreur. J’ai payé ce vin 13.50$ il y a cinq ans, et aujourd’hui il me donne un vin bien typé Cabernet, au profil fondu et évolué, tout à fait agréable. Encore une fois, ce n’est pas un grand vin, mais c’est une façon abordable de boire un bon vin de profil modérément évolué, sans se casser la tête, un soir de semaine. L’amateur moyen ne garde que des vins assez chers qu’il n’ouvre que pour des occasions spéciales. Un vin comme celui-ci permet de briser ce patron de consommation. Étant donné son prix plus qu’abordable, on peut l’ouvrir en toutes occasions, sans arrières-pensées, et sans attentes démesurées. De plus, ça fait tellement changement de la grande majorité de vins trop jeunes qu’on retrouve en tablettes et que l’on est forcés de boire si on a pas eu la prévoyance de mettre des vins “ordinaires” de côté.
Pour terminer, mon candidat idéal actuellent pour ce genre d'exercice, est le Cabernet Sauvignon, Reserva, de Perez Cruz. J'ai ouvert une autre bouteille de 2007 cette semaine, et ce Cab de l'Alto Maipo est simplement formidable pour les 14.95$ qu'en demande le monopole ontarien. Il est aussi assez souvent en promo à 13.95$, le 2008 est actuellement disponible. Une caisse de ce vin pourra vous donner un plaisir évolutif sur au moins 15 ans.
Toujours à propos du Perez Cruz, je joins le lien d'un article récent relatant une verticale des 7 premiers millésimes de ce vin. Comme quoi je ne suis pas le seul à croire au potentiel de garde de ce vin. C'est en espagnol, mais un traducteur en ligne permet de bien comprendre le contenu de l'article si comme moi vous ne maîtrisez pas la langue de Cervantes.
http://www.planetavino.com/descorchados/reportaje.asp?id=266
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