mardi 6 septembre 2011

Repas-dégustaion: La Syrah au Chili


J'ai commencé à m'intéresser aux vins rouges du Chili à la fin des années 90. J'avais été séduit par les vins de Cabernet Sauvignon de ce pays, mais à la même époque le premier vin chilien de Syrah faisait son apparition. Il s'agissait de la Syrah, Reserva de Vina Errazuriz. Je me souviens avoir acheté cinq bouteilles du deuxième millésime de ce vin, le 1997, que j'avais alors beaucoup apprécié. La dernière bouteille fut ouverte une dizaine d'années plus tard, lors d'une dégustation à l'aveugle entre amateurs, et le vin y avait fait très belle figure et aurait pu être gardé plus longtemps encore. Après l'impulsion première donnée par Errazuriz, il a fallu attendre le milieu des années 2000 pour voir apparaître sur le marché une certaine variété en ce qui concerne les vins chiliens de ce cépage. Depuis ce temps cette variété ne ne cesse de croître, tant au niveau des producteurs, que des terroirs utilisés pour sa culture. Il y a plusieurs années maintenant que j'écris que la Syrah est l'étoile montante de la viticulture chilienne et qu'un jour elle rejoindra le Cabernet Sauvignon au sommet. Aujourd'hui, je serais tenté de dire qu'un jour la Syrah sera le meilleur cépage noir cultivé au Chili. Je ne dis pas cela parce que je pense que les Syrahs chiliennes donneront nécessairement de meilleurs vins que ceux de Cabernet Sauvignon, ou bien parce que je pense que la Syrah deviendra le cépage le plus planté du pays. Non. Je dis cela parce que la Syrah est déjà le cépage le plus versatile. Elle est déjà plantée dans plus de régions que le Cabernet Sauvignon, ou tout autre cépage noir. La Syrah a d'abord été plantée dans la partie la plus chaude de la vallée d'Aconcagua, puis par la suite dans la chaude vallée centrale. Mais depuis elle a migré vers des terroirs de plus en plus frais au pourtour de la vallée centrale, et dans les nouvelles régions côtières de Limari, Elqui, Casablanca et San Antonio/Leyda. La Syrah s'accommode donc des mêmes terroirs que le Cabernet Sauvignon, mais elle peut aussi donner d'excellents résultats sur des terroirs trop frais pour celui-ci. Cette fenêtre climatique très large où la Syrah peut évoluer a pour résultat de donner une palette de styles possibles plus variée. Il y a même des assemblages entre terroirs chauds et frais qui sont maintenant possibles. En ce sens, Errazuriz fait encore figure de pionnier. Sa grande cuvée de Syrah, « La Cumbre » intègre, pour la première fois en 2008, 15% de fruits venant du nouveau vignoble côtier de Manzanar. C'est très révélateur quand on pense que ces vignes sont très jeunes, ayant été plantées en 2005. Selon moi cette Syrah de climat frais gagnera en importance dans l'assemblage des futurs millésimes. Une grande cuvée de climat frais est aussi à prévoir pour Errazuriz. Je donne cet exemple juste pour montrer toutes les possibilités futures de la Syrah au Chili dans les années à venir. Un autre élément important à retenir à propos de la Syrah au Chili, c'est son rôle grandissant dans les vins d'assemblage du pays. Finalement, la variable encore mal connue de l'équation Syrah au Chili est le potentiel de garde des vins qui en sont issus. Mais selon l'expérience que j'ai pu accumuler jusqu'à maintenant, je suis très optimiste à ce sujet. L'offre stylistique chilienne en matière de Syrah est déjà très large, mais la garde de ces vins apportera un élément de profondeur qui devrait enrichir substantiellement le nombre de déclinaisons possibles pour ceux-ci.

C'est donc avec ce portrait en tête que je me suis présenté au restaurant Le Local pour un repas-dégustation, à l'invitation de « Vins du Chili », visant à faire découvrir les vins chiliens de ce cépage. La réputée sommelière Élyse Lambert était en charge du choix des vins et de l'accord de ceux-ci avec les trois plats qui furent servis. Elle a aussi fait une bonne présentation, avec une grande carte du pays à l'appui, montrant l'emplacement des différentes régions viticoles chiliennes et leur lien avec la culture de la Syrah. Elle a aussi bien noté la prédominance de l'axe est-ouest sur l'axe nord-sud pour bien comprendre la dynamique des terroirs de ce longiligne pays. Au total, 12 vins nous furent servis en comparaison directe. Comme toujours lors de ce type d'exercice, j'ai trouvé la prise de notes détaillées très difficile, si bien que je me contenterai de donner mes impressions succinctes à propos de chaque vin. D'abord les trois plats avec lesquels les vins furent servis

                             Brick d'agneau façon Empenadas


                             Demi-côtes levées glacées BBQ

                            Fondant au bleu sur cake aux épices


Maintenant les vins sont dans l'ordre de service :



SYRAH, RESERVA, 2009, LIMARI, VINA TABALI  (18.45$ SAQ): Belle expression fruitée, de la fraîcheur et un corps moins volumineux que sur les millésimes précédents. J'ai traité en détail du millésime 2008 de ce vin ici.

SYRAH, 20 BARRELS, 2008, LIMARI, VINA CONO SUR  (26.95$ non dispo.): J'ai déjà commenté ce vin en détail ici. En comparaison directe avec d'autres vins, sa finesse ressort avec encore plus d'acuité.

SYRAH, TERROIR HUNTER, 2009, LIMARI, VINA UNDURRAGA (25$ non dispo.): La déception de la dégustation pour moi avec un fruité bonbon me rappelant certains Beaujolais et certains Malbecs argentins très jeunes. Toutefois, selon mon expérience, ce type de fruité primaire peut disparaître avec quelques années en bouteille. Difficile donc de porter un jugement définitif sur ce vin. 

SYRAH, 2009, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA (19.95$ disp. 2012 SAQ): Ce vin, à ce stade précoce est très marqué par un boisé d'encens typique de cette maison, peu importe le cépage du vin. Au-delà de cela, le vin montre une belle structure et un bon potentiel d'évolution. J'ai traité en détail du millésime 2007 de ce vin ici.

SYRAH, MAX RESERVA, 2009, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ (18.95$ SAQ): On reste dans la même famille que le vin précédant en ce qui a trait au producteur, et là aussi le caractère boisé domine, mais là aussi il y a un potentiel évident pour une bonne évolution. Dans ce cas-ci je le sais d'expérience, le millésime 1997 de ce vin ayant été mon premier contact avec la Syrah chilienne, et le premier vin sur lequel j'ai testé le potentiel de garde, comme je le mentionnais en introduction.

SYRAH, BAYO OSCURO, 2008, CASABLANCA, KINGSTON FAMILY VINEYARDS(33$ SAQ): Il a eu besoin d'un peu d'aération pour se présenter au mieux, mais c'était le meilleur vin du lot à ce stade. C'est aussi, je pense, le vin provenant du terroir le plus frais parmi les 12 vins en dégustation. J'ai traité en détail du millésime 2007 de ce vin ici.

SYRAH, RESERVA, 2009, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN (16.95$ SAQ): Malheureusement, les trois bouteilles étaient très légèrement bouchonnées, mais Élyse a décidé de le servir quand même. J'ai traité en détail du millésime 2007 de ce vin ici.

SYRAH, COASTAL HILLS, 2008, MAIPO COSTA, VINA SANTA CAROLINA (25$ non dispo.): Tout comme le Chocalan, ce vin provient de la partie ouest de la vallée de Maipo, près de la partie intérieure de cordillère côtière. Ce vin m'est apparu bien équilibré et de belle qualité, mais sans rien qui le détachait des autres. C'est le piège de ce type de dégustation comparative, on cherche l'élément distinctif, et on a tendance à sous évaluer les vins qui sont juste bons, sans être particulièrement distinctifs.

SYRAH, MARQUES DE CONCHA, 2009, BUIN, ALTO MAIPO, VINA CONCHA Y TORO (19.95$ non dispo.): Très bon vin qui est à la hauteur de la qualité de cette gamme. Provient du même vignoble que la nouvelle grande cuvée de Syrah de Concha y Toro, le Gravas del Maipo. Je reviendrai plus tard cet automne sur le millésime 2008 de ce vin que j'ai en cave.

SYRAH, ALPHA, 2008, COLCHAGUA, VINA MONTES (23.30$ SAQ): Ma première réaction face à ce vin a été de me dire que Montes avait mis la pédale douce sur l'usage du bois de chêne. Ça le rend plus abordable à ce stade de prime jeunesse. La qualité de ce vin m'est apparue évidente, et le potentiel de garde certain. Avec le Max Reserva de Errazuriz et le Reserva de Tabali, c'est une des Syrahs chiliennes qui commence à avoir une feuille de route bien établie.

SYRAH/ CARMENÈRE, RESERVE, CURICO, VINA JUNTA (15$ non dispo.): Ce vin a été servi en apéro à cause de son corps léger, mais il était dominé par le caractère végétal des 30% de Carmenère qui entrent dans son assemblage. La Syrah qui compte pourtant pour les deux tiers dans ce vin n'était pas vraiment reconnaissable.

SYRAH/VIOGNIER, GRAN DEVOCCION, 2009, MAULE, VINA MAIPO (19.95$ non dispo.): Le nom du producteur est trompeur car ce vin provient non pas de Maipo, mais bien de Maule, à l'extrême sud de la vallée centrale. Ce vin fut pour moi une belle découverte alliant fraicheur, intensité et belle qualité aromatique. Avec le Tabali, c'était le 2009 le plus accessible en ce moment.



Le constat évident qui peut être tiré de cette dégustation, selon moi, est que les vins étaient de belle qualité, mais très jeunes, et cela transparaissait dans les profils qu'ils offraient. Ce sont des vins à la matière dense, intense et fruitée qui ont beaucoup de présence en bouche. À part pour le Errazuriz et le Arboleda, la présence du bois de chêne n'était pas marquée. Le Bayo Oscuro se démarquait avec son profil de climat frais, même si à mon sens aucun vin ne tombait dans l'archétype Shiraz aux fruits confits. Parmi les douze vins offerts, il n'y en a que deux que je n'achèterais pas, le Junta trop marqué à mon goût par du Carmenère en sous maturité, mais des collègues de dégustation l'ont bien aimé, et le Undurraga, à 25$ je ne prendrais pas de risque sur une possible évolution positive de ce vin. Mes trois vins favoris furent dans l'ordre le Bayo Oscuro, le 20 Barrels et le Vina Maipo, mais pour la troisième place c'était très serré entre plusieurs vins. À noter que mes deux vins favoris sont des 2008, un an de plus en bouteille à ce stade précoce, ça compte.

Ce repas-dégustation fut très intéressant, même si un pour quelqu'un comme moi qui s'intéresse de près aux vins de ce pays, il n'y a pas eu de révélation. Je sais aussi qu'il y avait des contraintes pour le choix des vins. Mais dans un monde idéal, pour rendre au mieux le portrait actuel de la Syrah chilienne, il aurait fallu plus de vins de climats très frais. Des vins de San Antonio/Leyda, et des vignobles côtiers de la vallée de Elqui (Falernia, Mayu, San Pedro). Un ou deux super-premiums du genre La Cumbre, Pangea, Folly, Casa Marin, Matetic EQ ou Gravas del Maipo auraient aussi été intéressants pour donner de la perspective. Finalement, le point le plus important et la plus grande carence du Chili vinicole en général. Il aurait fallu, malgré le court historique de ce cépage en terre chilienne, un ou deux vins d'une dizaine d'années pour montrer le potentiel de garde de ces vins. Le Chili travail très fort pour développer de nouvelles régions, dans le but d'offrir une gamme de styles plus large, mais en même temps il ignore une de ses forces, soit le très bon potentiel de garde de ses vins de type Reserva, soit le genre de vins se vendant autour de 20$ qui nous ont été servis. Je sais d'expérience que le profil de ces vins se métamorphose avec avec une dizaine d'années de garde, et qu'on obtient alors des vins totalement différents. Une Syrah, Max Reserva, 2009, d'Errazuriz, ne ressemble en rien à une Syrah de cette gamme du millésime 1999. Moi je peux faire cette comparaison car j'ai encore le 1999 en cave, mais les producteurs chiliens, surtout lors d'événements comme ce repas-dégustation, devraient être capables de fournir quelques bouteilles plus âgées. En ne le faisant pas, il laisse de côté une chose facile à faire, peu dispendieuse, et qui contribuerait fortement à changer l'image de leurs vins dans la perception de ceux qui auraient la chance de vivre cette expérience. En pouvant constater l'effet de la garde, le regard porté sur les vins en prime jeunesse changerait. Pour gagner du terrain dans un marché europhile comme celui du Québec, un marché qui a une culture grandissante de la garde et du vin évolué, faire connaître ce potentiel des vins rouges chiliens, dont ceux de Syrah, serait un élément très important. Surtout que garder du vin est tellement plus facile et moins coûteux que développer de nouvelles régions pour la viticulture. Le Chili a juste besoin d'une prise conscience à cet égard. Personnellement, il y a déjà longtemps que j'ai réalisé le potentiel de garde des rouges chiliens de type Reserva. Ma cave en est remplie, et avec de plus en plus de vins de Syrah. Mon propos à ce sujet se veut juste un appel aux chiliens pour qu'ils exploitent une de leur force qu'ils semblent ignorer. Il faut parfois être de l'extérieur pour voir certaines choses.



vendredi 2 septembre 2011

SYRAH, POLKURA, 2008, MARCHIGUE, COLCHAGUA, VINA LA AGRICOLA




Lors d'une note de dégustation récente, j'évoquais les amateurs qui ne jurent que par les petits producteurs. Voici donc un vin qui devrait piquer leur curiosité. Surtout que ces petits producteurs indépendants sont assez rares au Chili, et il est encore plus rare qu'un de leurs vins se rende jusque sur les tablettes de la SAQ. Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque j'ai constaté que cette Syrah, Polkura, avait réussi à traverser le parcours à obstacles menant jusqu'aux tablettes de notre monopole d'état. Ceci dit, au Chili on passe souvent par les gros producteurs pour se préparer à partir sa propre petite affaire. Sven Bruchfeld était oenologue en chef chez Santa Carolina lorsqu'il a initié, en 2002, le projet Polkura avec un ami, Gonzalo Munoz. Plusieurs années plus tard, Bruchfeld a quitté Santa Carolina pour se consacrer totalement à son projet personnel. Il y a d'ailleurs de plus en plus de « winemakers » au Chili, œuvrant chez de grands producteurs, qui démarrent des projets personnels (Alvaro Espinoza, Ed Flaherty, Rafael Tirado, Felipe Garcia et Constanza Schwaderer). Certains, dont Polkura, se sont regroupés dans une association appelée «Movimiento de Vinateros Independientes » mieux connue sous l'acronyme MOVI.  Pour ce qui est de Polkura, il sont implantés dans la région côtière de la vallée de Colchagua, plus spécifiquement dans la sous région de Marchigue, qui est située à 30 km du Pacifique. À cette distance de la côte, et avec la protection de la cordillère côtière, la région n'est pas vraiment de climat frais, mais est tout de même plus fraîche que ce qu'on retrouve au cœur de Colchagua. Le vignoble de Plolkura est planté à flancs de collines avec différentes expositions et quatre types de sols montrant des proportions variables de granit, de calcaire et d'argile. La Syrah compte pour environ 90% des vignes plantées, le reste étant composé de Malbec, de Viognier, de Tempranillo, de Mourvèdre et de Grenache Noir. Le vin dont il est question ici est composé à 92% de Syrah, complété par 4% de Malbec, 1% de Tempranillo, 1% de Mourvèdre, 1% de Grenache Noir et 1% de Viognier, vendangés manuellement. Un lot a été fermenté avec des levures sauvages, les autres lots avec des levures sélectionnées. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne venant de pas moins de douze producteurs différents (83% français et 17% américain, 21% neuves, 20% second usage, 59% plus vieilles). Le vin n'a pas été stabilisé, ni collé, ni filtré. Le titre alcoolique est de 14.6% pour un pH de 3.59 et 2.1g de sucres résiduels.

Une robe d'encre pour un vin où dominent le fruit, la terre, le poivre et le chocolat noirs. Le ton est donné. Ce sérieux gaillard n'entend pas à rire, même si quelques effluves doucement épicés parviennent à quelque peu alléger l'atmosphère. Toutefois, malgré son profil sombre, on peut dire que ce ténébreux a du charme. Il montre un bel équilibre entre fruit et amertume, avec une matière dense et veloutée, et toujours cet aspect terreux qui ajoute un cachet particulier à l'ensemble. La finale conclut avec persistance et cohérence dans la veine obscure. Désolé pour les amateurs de fin joyeuse...

Cette Syrah de Polkura est un vin d'une très belle qualité qui fera sourire les amateurs de vins consistants et sérieux. À n'en point douter il possède une très belle matière, mais comme ma note de dégustation tente de l'imager, on est ici sur un vin dense aux accents sombres, qui est sauvé de la sévérité par son aspect tactile caressant. On est loin du vin léger et gouleyant, mais en même temps le piège de la lourdeur est évité. Il faut aussi se rappeler qu'il s'agit d'un vin encore très jeune qui semble posséder un bon potentiel de garde. Au niveau stylistique, ce vin m'a fait penser aux vins de Loma Larga issus de Casablanca. Les quantités de ce vin étaient limitées et il s'envole rapidement des tablettes. Un bel achat pour la promo – 10% actuellement en cours à la SAQ. Finalement, ce fut une semaine sous le signe de la Syrah chilienne pour moi, puisque j'ai été invité à participer mercredi passé à une dégustation de "Vins du Chili" portant sur ce thème au restaurant Le Local et animée par la sommelière Élyse Lambert. Je reviendrai bientôt avec mes commentaires sur cette dégustation.

dimanche 28 août 2011

SYRAH, 20 BARRELS, 2008, LIMARI, VINA CONO SUR




Cono Sur est un de mes producteurs chiliens favoris lorsqu'il est question de vins blancs. Toutefois, à part ses vins de Pinot Noir haut de gamme (Occio et 20 Barrels), ses vins rouges ne me sont jamais apparus comme aussi convaincants. Comme si le style très fruité et éclatant de la maison se transposait mieux en blanc qu'en rouge. Ce producteur semble aussi plus à l'aise sur des terroirs plus frais, ce qui est le cas pour tous ses blancs, à l'exception du Viognier, alors que tous les rouges mis à part certains vins de Pinot Noir, viennent de la chaude vallée centrale. Toutefois, il y a maintenant un rouge supplémentaire dans la gamme Cono Sur à provenir d'un terroir frais, et c'est la Syrah, 20 Barrels qui est issue de la vallée de Limari. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné en vie de l'essayer. Ce vin contient aussi 7% de Cabernet Sauvignon. Il a été élevé 16 mois en barriques de chêne d'origine et d'âge indéterminés. Il titre à seulement 13.6% d'alcool, pour un pH de 3.5 et bien sec à 2.3 g/L de sucres résiduels.

La robe est de couleur rubis foncé, opaque. Le nez témoigne du cépage et du lieu d'où il provient. Quand je parle du lieu, je ne parle pas du Chili, mais bien précisément de la vallée de Limari. On y retrouve un mélange d'arômes de fruits noirs, de notes florales (lavande, violette), de poivre noir, de café, d'herbes aromatiques, ainsi qu'un caractère de viande crue qui se développe quelques heures après l'ouverture. En bouche, le vin joue la carte de la finesse et de la modération, sur une structure compacte et une belle expression fruitée. Des notes finement épicées viennent agrémenter ce fruit soutenu par un trait d'amertume. Le milieu de bouche continue sur le mode de la finesse. Il n'y a pas de creux, tout est là et il ne manque de rien, mais on est clairement pas sur un vin qui tente d'impressionner par la force. Cette finesse se retrouve aussi au niveau tannique où rien n'accroche, ce qui permet au vin de couler sans effort malgré sa jeunesse. La finale est toute en délicatesse pour un vin si jeune, et montre une bonne persistance.

Ce vin est très surprenant de la part d'un producteur comme Cono Sur. La preuve que les mentalités évoluent au Chili, en parallèle avec la géographie nouvelle du vignoble, et que certains producteurs sont maintenant prêts à élaborés des vins de catégorie supérieure sans tout miser sur la recherche de concentration et l'usage appuyé du bois de chêne. Ça demande plus de conviction qu'il n'y paraît quand on sait l'importance des grosses notes sur 100 pour ce pays qui ne peut jouer la carte du prestige pour justifier des prix plus élevés. Cette Syrah de Cono Sur ne cherche donc pas à impressionner par la densité de sa matière, et en dégustation comparative à l'aveugle, je soupçonne que des vins à la concentration et à l'extraction plus élevées lui damneraient le pion. Mais pris en isolé, c'est un vin fin et équilibré, qui se laisse facilement boire. Ce qui est encore assez rare au Chili pour un jeune vin de ce calibre. La souplesse étant déjà au rendez-vous, la garde de ce vin ne se justifierait que par un désir d'évolution aromatique. À 25$, il s'agit d'un bel achat qui procure de la variété stylistique et qui peut être bu en attendant des vins qui demandent plus de temps pour atteindre un certain niveau de sagesse.



vendredi 26 août 2011

Le Chili surprend encore à l'aveugle


Ceux qui lisent ce blogue avec régularité savent que j'ai la fâcheuse manie d'écrire, lorsqu'un vin chilien de prix abordable m'enthousiasme, que celui-ci pourrait facilement se vendre le double ou le triple du prix qu'on en demande s'il était embouteillé sous une étiquette plus prestigieuse ou renommée. Je répète aussi souvent que la révolution viticole chilienne ne fait que commencer à porter ses fruits, mais que la qualité et la diversité sont croissantes, et qu'il faut revoir les vieux préjugés à propos des vins de ce pays car la nouvelle vague est en train de changer la donne. Souvent, j'ai l'impression de prêcher dans le désert, mais chaque belle découverte me conforte dans mes convictions. Une de ces découvertes fut le Pinot Noir, Las Brisas, 2009, de Vina Leyda. Hier en cherchant des références à propos de ce vin, je suis tombé sur un article du magazine Imbibe, relatant une dégustation à l'aveugle de Riesling venant d'un peu partout à travers le monde. Les vins choisis devaient contenir moins de 10g/L de sucres résiduels et se vendre entre 7.50 et 30 livres anglaises, soit environ 13 et 50 dollars canadiens. Imbibe est un magazine destiné aux restaurateurs et sommeliers britanniques. D'ailleurs, le panel de dégustation était surtout composé de sommeliers venant de divers restaurants anglais réputés.

Finalement, comme vous vous en doutez probablement, c'est un Riesling chilien qui fut nommé "Top wine" de la dégustation. Ce vin est le Riesling, Neblina Vineyard, 2008, Leyda, de Vina Leyda. C'était le vin le moins cher de la dégustation à environ 15$ la bouteille. Son plus proche rival, qui a obtenu la même note, est un vin autrichien vendu trois fois plus cher. Bien sûr une dégustation comparative de ce genre comporte ses aléas, et mon but n'est pas de dire que les meilleurs vins de Riesling proviennent du Chili. Mais je pense qu'un résultat comme celui-là valide ma conviction voulant que le Chili, de plus en plus, est une destination de choix pour veut de la variété et de la qualité à prix imbattable. Il faut connaître le pays et bien choisir ses vins. J'espère que mon modeste blogue peut être une contribution positive en ce sens. La sélection de vins chiliens de la SAQ s'améliore au fil du temps, mais il y a encore un bon écart entre ce qui est offert et la réalité actuelle de ce pays.



jeudi 25 août 2011

LE RÊVE DU MILLIARDAIRE SE POURSUIT


Il y a un peu plus d'un an j'avais écrit un article sur un projet vinicole fascinant qui est en cours de développement au Chili. Je suis tombé aujourd'hui sur un article sur le blogue "Eat Wine" de Liz Caskey, une américaine établie au Chili. Cet article m'a amené à lire ce qui s'est écrit depuis un an sur ce projet que je trouve toujours aussi intéressant. Certains commentateurs émettent des doutes sur la possibilité de faire rapidement émerger un terroir comme Vina Vik tente de le faire à Millahue, mais tous ne peuvent que reconnaître la qualité du millésime 2009 de ce vin, le premier, issu de vignes plantées en 2006! Ce vin est déjà "sold out", même s'il ne sera livré qu'en 2012 et qu'il se vendait 100$ la bouteille. Les notes de dégustations sur les différents lots pré-assemblage du millésime 2010 sont aussi très positives.

Ce projet m'intéresse non pas à cause du prix élevé du vin, mais plutôt à cause du fait qu'il est basé sur la science et l'expertise en viticulture. On y a mis tout ce qu'on pensait être le meilleur après avoir bien étudié la diversité du lieu. Ce qui me semble le plus intéressant, c'est la plantation à haute densité visant le meilleur mariage possible entre le clone du cépage, le porte-greffe et la nature du sol. La clé du grand vin est là selon moi. Meilleur ce mariage sera, et meilleur sera le vin. Toutefois, comme le seul vin de la maison est un assemblage, il y a de la place pour l'optimisation et la correction éventuelle de mariages moins réussis. Aussi, ce qui m'apparaît comme très révélateur dans ce projet sans restrictions financières, c'est l'utilisation de porte-greffes. J'aimerais bien discuter avec l'architecte de ce projet, Patrick Valette, pour connaître les raisons précises de son choix, et ce faisant, savoir ce qu'il pense de la plantation sans greffage qui est la norme au Chili, même si les porte-greffes sont de plus en plus utilisés.

Pour lire plusieurs articles récents sur Vina Vik, il est intéressant de visiter la section "Press" du site web du producteur.




dimanche 21 août 2011

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2002, MAIPO, VINA DE MARTINO



Je n'ai aucune donnée technique sur l'élaboration de ce vin. Toutefois, De Martino est un des producteurs les plus axés sur la diversité du terroir chilien. Son slogan " Réinventer le Chili " décrit bien cet état d'esprit. Cette cuvée Legado a donc pour but de refléter l'expression du Cabernet Sauvignon dans la région de Maipo.

La robe est bien foncée et ne montre pas de traces évidentes d'évolution. Le nez est très beau, montrant des notes d'évolution, reflétant bien le cépage et avec encore des relents du lieu d'où le vin est issu. On y retrouve de frais arômes de cassis, de cerise et de menthol, amalgamés à un aspect torréfié, ainsi qu'à des notes d'épices douces et de sous-bois. Ce nez est séduisant et plutôt délicat, mais en bouche c'est une autre histoire. Le vin s'y révèle sous un jour viril, avec beaucoup de présence, des saveurs intenses, une matière tannique bien affirmée, et une bonne dose d'acidité. Le fruité est très présent, mais ce n'est plus un fruité de jeunesse et on peut y sentir des nuances d'évolution. Ce fruité est aussi appuyé sur une solide base d'amertume qui marque le style du vin et contribue au caractère viril déjà évoqué. Le milieu de bouche confirme la solidité de la matière, le très bon niveau de concentration et la poigne tannique du vin. La finale est intense et joue ce fruité légèrement évolué et amer en mode majeur, sur une bonne persistance et où à la toute fin l'amertume triomphe sur le fruit.

Moi qui avait ouvert cette bouteille en pensant y retrouver un vin de profil adouci et fondu. J'ai dû m'adapter car j'ai été très surpris par la vivacité de ce vin. En fait, le nez m'a donné pas mal ce que j'en attendais à ce stade, mais en bouche ce fut autre chose. Ce vin a évolué plus lentement qu'anticipé, et il aura besoin d'encore plusieurs année pour offrir une bouche moins costaude et plus raffinée. Ceci dit, en matière de vin tout est question de style et de niveau d'évolution, et une fois la surprise passée, je dois dire que je l'ai bien apprécié. Surtout qu'avec une longue aération, la bouche a quelque peu gagné en souplesse, à moins que ce ne soit mon palais qui se soit acclimaté au style masculin de ce nectar. Toujours est-il que force est de constater que ce vin en donne beaucoup pour son prix des plus abordables. Le prix de ce 2002 était de 17.40$, ce qui est ridicule au vu de la qualité et du potentiel de garde d'une vingtaine d'années. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que la version 2009 de ce vin est actuellement offerte à la SAQ pour seulement 16.55$. Contrairement à de nombreux vins médiatiques dont les prix explosent. Le prix et la qualité des Cabernets chiliens de type Reserva est stable depuis que j'ai commencé à m'y intéressé il y a une douzaine d'années. Je ne saurais donc recommander assez de mettre ces vins sous-estimés de côté pour la moyenne garde. Je ne sais si j'ai convaincu un seul lecteur de suivre cette recommandation si souvent réitérée. Mais pour moi, une chose est sûre, chaque nouvelle bouteille me conforte dans la validité de mon constat.



mardi 16 août 2011

CHARDONNAY, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, MAYCAS DEL LIMARI




Après avoir beaucoup lu à propos de ce projet. J'ai finalement la chance de goûter mon premier vin de Maycas de Limari. Contrairement à bien des amateurs qui ne jurent que par les petits producteurs indépendants. Je suis aussi intéressé de voir comment de très gros joueurs peuvent arriver à réconcilier l'aspect purement commercial, à la quête de faire mieux en augmentant la diversité. Au Chili, où la scène vinicole est dominée par quelques joueurs importants, cette flexibilité et cette ouverture d'esprit de la part des géants est primordiale pour favoriser la progression du secteur dans son ensemble. À ce titre, Concha y Toro fait figure d'exemple à suivre. Il s'agit d'un des plus grands producteurs au monde, qui exploite avec succès des lignes de vins industriels de qualité, comme la gamme Casilliero del Diablo, mais qui en même temps permet au responsable de cette gamme de vins sans identité précise, Marcelo Papa, de lancer un projet axé sur l'identité et l'innovation. Ce projet c'est bien sûr Maycas Del Limari. Papa a réussi, en 2005, à convaincre les grands partons de Concha y Toro d'investir massivement dans cette nouvelle région avec la conviction qu'on pouvait y produire des vins distinctifs et de grande qualité. Il faut dire que Papa avait excellé non seulement à la tête de la vaste gamme Casilliero del Diablo, mais aussi à la tête de l'excellente gamme Marquès de Casa Concha. Il est clair que l'homme a du talent et qu'il avait accumulé le capital de crédibilité nécessaire pour convaincre ses patrons du bien fondé des ses convictions par rapport au potentiel du terroir de Limari. Mais c'est aussi la preuve qu'il est possible d'innover, même si on évolue au sein d'une très grande entreprise. Ce qui compte, ce n'est pas la taille, mais bien le désir d'exceller. Pour ce qui est de ce Chardonnay, Reserva Especial, 2008, il provient du lieu appelé Quebrada Seca, qui avec son climat frais et son sol riche en calcaire est considérée pour le moment comme le meilleur endroit de Limari pour produire des vins de Chardonnay. Le vin a été élevé en barriques de chêne français pendant 12 mois. Il titre à 14.2% d'alcool, et est bien sec avec 1.8 grammes de sucres résiduels.

La robe est d'une belle teinte dorée bien soutenue. Le nez est très typique du cépage avec des arômes de pêche, d'abricot et de poire, soutenus par un léger trait citronné et complétés par de fines notes de fumée et d'épices douces. En bouche, l'attaque est d'un bel équilibre, ample et souple, et déployant un généreux fruité mâtiné de légères notes caramélisées. Au niveau tactile, le vin montre un bon gras, ce qui le rend presque onctueux, même si une douce acidité est bien présente pour préserver l'équilibre d'ensemble. Le vin est concentré, et de bon volume, ce qui lui donne une bonne présence en milieu de bouche. La finale est harmonieuse et longue.

Ce Reserva Especial de Maycas de Limari est assurément parmi les meilleurs exemples chiliens de ce cépage qu'il m'ait été donné de déguster. À titre d'exemple, et pour demeurer dans le Nouveau-Monde, c'est un vin qui en terme de style et de niveau qualitatif se compare à des vins comme le Chardonnay, Estate, de Kumeu River, ou encore la cuvée Five Soldiers de Rustenberg. Dans ces circonstances, le prix demandé à la SAQ de 25.25$ m'apparaît comme parfaitement justifié. Pour être plus juste, je dirais qu'à ce prix ce vin constitue une aubaine. Mais au-delà du prix, ce vin est un bon exemple pour illustrer les progrès qui découlent du développement du nouveau Chili vinicole. Une autre preuve que la révolution terroir menée dans ce pays porte ses fruits. Et ce n'est que le début de cette aventure. En terminant, le producteur indique un potentiel de garde allant jusqu'à 2017 pour ce vin. Voilà qui m'incite à poursuivre mes expériences de garde avec les blancs chiliens de climat frais. Étant donné la courte histoire de la région, 2017 est seulement une estimation. Mais c'est quand même ironique de voir le producteur d'un vin d'une toute nouvelle région être plus confiant dans le potentiel de garde de son vin qu'on ne l'est parfois avec de grands vins venant du berceau de ce cépage...

mercredi 10 août 2011

La fatalité des Bretts...


En faisant des recherches à propos d'un vin sud-africain, je suis tombé sur un blogue anglo-québécois intitulé « Brett Happens ». Je n'ai pas trouvé de traduction qui rende avec justesse en français le titre de ce blogue, mais bien sûr, un tel titre a piqué ma curiosité, même si c'est un sujet que j'ai déjà abordé sous de nombreux angles. L'auteur de « Brett Happens » aime les arômes « brettés », mais j'ai aimé sa lucidité et son honnêteté sur le sujet. Un paragraphe en particulier rejoint ce que je pense sur le sujet, et résume la situation dans laquelle je me retrouve face à ce que certains appellent le vin fin. Voici ma traduction libre de ce paragraphe où l'auteur y va de recommandations visant à éviter les vins « brettés » :

«  De manière générale, les nouveaux producteurs, et les anciens avec de nouveaux chais de vinification, tendent à avoir une meilleure hygiène. Ceci est aussi vrai pour les plus gros producteurs « industriels ». Donc, une tactique perverse serait d'éviter les vins artisanaux; malheureusement, cette façon de faire veut aussi dire se priver de certains des vins les plus intéressants élaborés actuellement »

L'auteur poursuit ensuite en disant qu'il n'y a pas de manière infaillible d'éviter les Bretts, et qu'au fond, c'est une fatalité. Je pense qu'il a raison, mais de mon point de vue, c'est là un bien triste constat, surtout que le problème de l'esthétique du défaut œnologique ne se limite pas aux Bretts. Il y a bien d'autres microorganismes qui peuvent altérer le profil aromatique du vin en cours d'élevage et en bouteille, sans compter les problèmes d'oxydation prématurée des vins de garde insuffisamment sulfités. Ceci dit, et pour s'en tenir aux Bretts, le blogue « Brett Happens » découle d'un fil de discussion sur le forum Chowhoud, où quelqu'un demandait comment éviter les vins présentant un bouquet d'écurie. Les réponses à la question contiennent bien des clichés, et surtout reflètent bien le relativisme généralement accepté sur le sujet et le caractère pratiquement inévitable de la chose. On se fait servir des noms bien connus quand on parle de ce sujet : Beaucastel, Musar, Rayas, Torbreck, Almaviva, Tempier, Mondavi, etc..., mais au bout du compte, ce qui ressort, c'est qu'il s'agit bel et bien d'une question touchant surtout le haut de la pyramide vinicole. Le vin du commun des mortels est « clean », c'est plus haut que ça se passe.

À chaque fois que je fais incursion dans le monde du vin fin européen, j'en ressort en me disant qu'il s'agit d'un terrain d'une grande richesse, mais miné pour qui est rebuté par ces arômes. Je me dis aussi que c'est un goût qu'il faut absolument acquérir, ou bien renoncer si ce n'est pas possible, car les déceptions seront trop nombreuses. Finalement, au-delà du goût et des préférences, je persiste à penser que ces arômes non reliés au lieu d'origine vont à l'encontre du vin de terroir et en cache la vraie nature.


dimanche 7 août 2011

SAUVIGNON BLANC, RESREVA, 2009, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE




Après un mois sans vin au printemps, et une résolution de boire moins à l'avenir. C'est un été très tranquille en ce qui me concerne côté vin. Il faut dire que la chaleur ne m'incite pas tellement à boire. En ce sens, une des rares bouteilles ouvertes fut ce Sauvignon Blanc de Casas del Bosque. J'avais fort apprécié le millésime 2008 de ce vin. Casas del Bosque est situé dans la partie ouest de la vallée de Casablanca. Cette zone est plus fraîche car plus proche de l'océan Pacifique. Ce monocépage est un assemblage composé de trois clones (78% clone 1, 16% clone 107 et 6% clone 242) provenant de trois types de sols différents (82% argileux, 15% sablonneux et 3% volcanique). Le rendement des vignes est très modéré pour un vin de ce prix à environ 35 hl/ha. Le vin est vinifié en inox avec des températures de fermentation basses. Il titre à 12.4% d'alcool pour un pH de 3.24 et 2.8 g de sucres résiduels.

Le nez est plutôt intense à l'ouverture avec des arômes de pamplemousse à l'avant-plan. Le tout se calme par la suite et c'est alors le citron qui occupe le premier rôle, complété par des notes de zeste d'agrumes, d'herbe coupée et de bord de rivière à truite. En bouche, l'attaque est vive et déploie un fruité citronné intense mâtiné de légères notes végétales. Le milieu de bouche se révèle sous le signe de la fraîcheur et de l'équilibre, avec une matière concentrée et de bon volume. La finale garde le cap sur l'intensité des saveurs et montre une superbe persistance.

Ce millésime 2009 confirme avec brio la qualité de cette cuvée. Après seulement deux millésimes goûtés, je me rend compte que l'excellente réputation de ce Reserva de Casas del Bosque n'est pas surfaite. Il se classe assurément parmi mes vins de Sauvignon Blanc chiliens préférés et représente probablement le meilleur RQP parmi ceux que j'ai pu goûter. Il faut ce rappeler que ce vin constitue l'entrée de gamme de ce producteur, qui produit aussi un Gran Reserva et une cuvée supérieure en faibles volumes appelée « Pequenas Producciones ». Le millésime 2010 de la cuvée Reserva vient d'arriver sur les tablettes de la SAQ. J'ai d'ailleurs profité de la récente promo pour m'en procurer quelques bouteilles à 10% de rabais. Ça me permettra de voir si l'adage « jamais deux sans trois » se confirme.


samedi 30 juillet 2011

Quand la technologie et la nature se rejoignent

J'ai recommencé depuis un certain temps à participer à des dégustations de groupe où je peux goûter à des vins européens de bon niveau. C'était le cas hier lors d'une très agréable soirée organisée par le biais du forum Fouduvin. J'y avais apporté les deux seuls vins du Nouveau-Monde, les autres vins venaient de le vieille Europe. Les discussions furent très intéressantes et ça m'a permis de comparer mes perceptions à celles de mes compagnons de dégustation. Mon but dans ce type d'exercice, au-delà du plaisir, est de rafraîchir mes repères pour mieux me situer face au vin en général. Comme c'est presque toujours le cas après ce type d'exercice, je suis décontenancé. D'un côté, il y a le niveau de qualité des vins qui est généralement élevé, ce qui est normal pour des vins de ce prix. Mais de l'autre il y a cette esthétique européenne du défaut œnologique qui pour moi gâche trop de vins qui autrement auraient été superbes. Je dis pour moi, car ma perception à ce sujet est rarement partagée par les autres dégustateurs. Comme si mon palais rompu aux vins œnologiquement stables n'était pas entraîné pour ce genre de vins. À chaque fois c'est un choc et je suis frappé par l'incompréhension. À chaque fois je me demande pourquoi ces vins avaient besoin de ça, alors que la plupart du temps, sans ça, ils auraient été excellents. À chaque fois, ça me conforte dans l'idée que le vin authentique s'obtient par une fermentation alcoolique bien menée, et une malo dans certains cas, suivie ensuite d'une stabilisation efficace du vin. Pas de traficotage micro-biologique par la suite.

C'est avec ces réflexions en tête que je suis tombé dans ma petite revue de presse du samedi sur le plus récent article de Bill Zacharkiw dans The Gazette. Dans ce papier Bill traite à sa façon des vins « fabriqués » du genre « Ménage à Trois » et « Apothic Red ». Bien que je sois moi aussi opposé à ce type de vins confectionnés, je ne peux m'empêcher de les relier aux vins micro-biologiquement manipulés du paragraphe précédant. Lorsque qu'on ferme une boucle, les extrémités se rejoignent et c'est tout ce qu'il y a à faire pour s'apercevoir de la proximité de ces deux genres de vins qui peuvent apparaître à première vue comme diamétralement opposés. Le vin technologique utilisera des levures sélectionnées pour favoriser un arôme particulier, ou ajoutera des enzymes pour permettre une réaction chimique particulière, autrement impossible. Mais laisser des levures et des bactéries agir par le biais de leurs enzymes sur un vin dont la fermentation est complétée, c'est aussi une façon de modifier le vin en créant des arômes qui autrement ne s'y seraient pas retrouvés. Des arômes qui interféreront avec la véritable identité du vin. Pour moi, c'est deux façons de jouer avec le profil d'un vin. Deux façons de l'éloigner de sa véritable identité. Ce qui est malheureux toutefois, c'est que contrairement aux vins technologiques qu'on retrouvent surtout dans le bas de gamme, c'est le moyen et haut de gamme qui est touché par les problèmes d'instabilité micro-biologique. Je sais que mon point de vue sur le sujet demeure très minoraitaire, et je l'assume. N'empêche que je pense qu'il faut se méfier des extrêmes. Je n'ai pas envie de vins artificiels, mais pas plus de vins naturels dont l'exemple ultime s'appelle vinaigre.

jeudi 21 juillet 2011

Trouver l'Eldorado

Le titre n'est pas de moi, c'est plutôt celui d'un article de Steven Spurrier dans le dernier numéro de la revue britannique Decanter à propos du Chili et de l'Argentine. Je trouve que cet article résume bien pourquoi le Chili et l'Argentine sont mes deux pays de prédilection dans le monde du vin. Je dirais même que la lecture de l'article permet d'assez bien comprendre pourquoi je préfère le Chili à son voisin transandin. Personnellement je résumerais ça à deux mots: diversité et fraîcheur. Aussi, dès le deuxième paragraphe de son article, M. Spurrier y va d'un commentaire qui rejoint ce que j'écrivais dernièrement dans un texte intitulé « Aborder le vin autrement ». Je traduis librement  ses propos sur le Chili et l'Argentine: « Ils semblent pour moi les Eldorados du monde du vin, très différents, mais tous deux des Eldorados. J'ai passé cinq décennies à encaver presque exclusivement des vins venant d'Europe, et si un être supérieur quelconque (mais plus probablement inférieur) en venait à me dire que mes années avec l'Ancien-Monde devaient se terminer, ce serait vers l'Amérique du Sud que je me tournerais pour y trouver consolation. Une consolation mêlée d'enthousiasme. » Bien sûr, à lire ces propos, on peut se dire que le rôle du prix de consolation enthousiasmant n'est pas vraiment ce qu'il y a de mieux, mais tout est question de point de vue. M. Spurrier a été élevé au vin européen, il est donc bien normal que ce continent demeure son premier choix. De toute façon, l'Amérique du Sud ne prétend pas faire jeu égal avec la profondeur de l'offre européenne. Mais pour quelqu'un qui en est encore à ses débuts dans le monde du vin, ou qui a gardé encore assez d'ouverture d'esprit, il s'agit d'une formidable alternative, ou encore un complément très abordable.

Le reste de l'article porte sur le choix des 15 meilleurs producteurs du Chili, et des 10 meilleurs d'Argentine de la part de deux « Master of Wine » spécialisés. On y retrouve encore le toujours pertinent Peter Richards à propos du Chili, alors que Marina Gayan, qui traite de l'Argentine, y va d'une grossière erreur dès le premier producteur dont elle traite, en écrivant que la cuvée « Quimera » de Achaval Ferrer est un pur Malbec venant de trois terroirs différents, alors qu'en réalité la cuvée Quimera est un assemblage bordelais. Disons que comme premier contact avec un auteur, ça donne un coup à la crédibilité. Ceci dit, ses choix de producteurs argentins sont bons, même si Weinert est une maison qui aurait mérité une place dans ce Top 10. Pour ce qui est du Chili, je sais que Calyptra/Aristos font beaucoup jaser dans le petit cercle des connaisseurs de vins chiliens, mais je ne peux juger, n'ayant jamais pu goûter leurs vins. Comme les deux étiquettes sont liées par des vignobles et un winemaker communs, une seule mention aurait été suffisante, surtout que c'est un producteur qui ne fait que commencer. Il y a aussi une certaine forme de redondance avec Cono Sur fait partie du géant Concha y Toro, même si c'est une entité autonome, même chose pour Altair, Vina Leyda et Tabali qui sont des unités autonomes appartenant en tout ou en partie au géant San Pedro. Ça montre la force de ces deux grands groupes, mais on aurait pu favoriser des producteurs indépendants à la place. Je n'ai pas encore pu goûter les vins de O. Fournier au Chili, mais c'est un excellent producteur en Argentine et je ne doute pas de la qualité de ses vins au Chili. Je ne connais pas encore les vins de Polkura, mais à ma grande surprise la Syrah, 2008, dont il est question dans l'article, apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. C'est donc à surveiller. Ceux qui me lisent avec régularité savent tout le bien que je pense de pionniers comme Errazuriz, De Martino, Casa Marin et Falernia. Pour ce qui est de Montes, même si c'est un bon producteur, il n'aurait pas fait mon Top 15. L'absent de marque est Casa Lapostolle. La qualité des vins n'est pas en cause, cette absence me semble plutôt justifiée par le prix trop élevé de ses vins. En terminant, les producteurs dont j'ai goûté certains vins et qui auraient pu faire partie de ce Top 15 : Matetic, Loma Larga, Amayna, Kingston, Casas del Bosque, Perez Cruz, Clos Quebrada de Macul, Chocalan, Casa Silva, Ventisquero, Undurraga, Dos Andes (Veranda).


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dimanche 17 juillet 2011

Le vin chilien peut-il vieillir? (suite)

Dans un article précédant je posais cette question à propos du potentiel de garde des rouges chiliens. Dernièrement je suis tombé sur une  référence intéressante à ce propos. Peter Richards, un spécialiste du Chili vinicole pour la revue Decanter, y relate la dégustation d'un Cabernet Sauvignon, Medalla Real, 1987 de Santa Rita. Il est très élogieux à son sujet. Il est intéressant de noter que c'est l'importateur danois de Santa Rita qui avait décidé de garder des bouteilles de ce vin, et non le producteur lui-même, ce qui montre encore une fois la lacune des chiliens face au potentiel de garde de leurs propres vins. N'empêche que les propos de Andres Ilabaca, le winemaker actuel de cette cuvée sont intéressants lorsqu'il dit que les vignobles qui ont produits ce vin étaient mal tenus, trop irrigués, trop productifs et trop vigoureux. Malgré cela, on a obtenu un vin qui titre à seulement 12% d'alcool et qui a bien évolué sur plus de 20 ans. Les Cabs à 12% d'alcool au Chili, ça n'existe plus aujourd'hui. Comme partout ailleurs sur la planète, on récolte plus tardivement à la recherche de la fameuse maturité phénolique. Ce qui fait que les vins d'aujourd'hui sont différents, pas juste plus alcooliques, mais avec des tanins différents et généralement plus de concentration et des saveurs plus matures. Ceci dit, un exemple comme celui de ce Medalla Real me conforte dans ma préférence pour les vins plus modérés de type Reservas. Des vins qui évitent les excès d'ambition, plus abordables en jeunesse, et qui avec le temps me semblent avoir plus de chances de demeurer équilibrés. Même si ce 1987 a bien évolué, je ne suis pas de ceux qui pensent que cette façon de faire est nécessairement la meilleure, même si aujourd'hui on semble souvent rechercher la maturité à tout prix, parfois au détriment de l'équilibre général.

Que ce soit au Chili, ou ailleurs dans le monde, l'évolution des méthodes d'élaboration rend la garde du vin plus incertaine. Toutefois, pour avoir des réponses, il faut mettre des bouteilles de côté. En ce sens, les rouges chiliens demeurent une option de choix, car leurs prix demeurent très modiques, ce qui permet d'acheter plusieurs exemplaires du même vin et de suivre son évolution. De plus, si un vin de 20$ se montre décevant, c'est moins frustrant qu'avec une bouteille de 100$. Personnellement, j'ai ouvert pas mal de rouges chiliens ces dernières années qui avaient entre 10 et 15 ans d'âge, et je suis plus que satisfait des résultats.


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dimanche 10 juillet 2011

CABERNET SAUVIGNON, FINISIMO, GRAN RESERVA, 2007, MARCHIGUE, COLCHAGUA, CANEPA




Canepa a été fondé en 1930 par José Canepa, un immigrant italien, et la cuvée Finisimo a été élaborée pour la première fois en 1960. Ce qui en fait une des premières cuvées premiums du Chili. Ce n'est toutefois pas un vin de domaine à la française, ce qui fait que la cuvée d'aujourd'hui n'a que très peu en commun avec ce qu'on faisait il y a 50 ans. Ceci dit, quel vin d'aujourd'hui peut prétendre être semblable à ce qui était fait il y a un demi-siècle? Toujours est-il que la version moderne de cette cuvée Finisimo provient maintenant de Marchigue. Le millésime 2007 est le premier à provenir de cet endroit. En plus du Cabernet Sauvignon, il est complété par 15% de Syrah. Le vin est élevé pendant 16 mois en barriques de chêne français d'âge indéterminé. Il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.55.

La robe est sombre et opaque. Le nez est de bonne intensité et est marqué par ce que j'appelle le végétal frais, par rapport au végétal vert. Il exhale des arômes de groseille, de cassis, de menthol, de camphre et d'herbes aromatiques évoquant le thym et le romarin. Le tout est complété par des notes vanillées et torréfiées venant vraisemblablement de l'élevage en barriques. Un beau nez frais au caractère un peu sauvage. En bouche, on retrouve un vin solide et compact, à la fois généreux et retenu. L'acidité est bien présente et contribue à l'intensité et à la fraicheur du fruité de belle qualité, alors qu'un juste trait d'amertume est bénéfique à l'équilibre d'ensemble. Le milieu de bouche révèle un vin mi-corsé et bien concentré, assez facile à boire malgré son jeune âge. Les tanins sont bien présents, mais sans aspérités. La finale est harmonieuse et le fruité y garde le premier rôle, sur une persistance de bon niveau.

J'ai acheté ce vin car il vient de la région de Marchigue, une nouvelle sous-région de la vallée de Colchagua où les températures sont un peu plus fraîches car située plus près de la côte du Pacifique. Je ne connais pas encore assez cette région pour pouvoir y dénoter une quelconque typicité, mais j'ai bien aimé ce vin marqué par la fraîcheur de ses arômes. Une fraîcheur qu'on retrouve aussi en bouche grâce à une bonne acidité. C'est un vin modéré et équilibré qui ne manque de rien tout en sachant éviter les excès d'exemples plus ambitieux. Il se contente d'afficher le profil général de ces fameux Reservas chiliens que j'aime tant. Le résultat est donc facile à boire dès maintenant, même si un potentiel de garde me semble bien présent. Au prix payé de 17.95$, ce vin est un autre exemple montrant la grande force de ce pays dans cette catégorie de prix.

lundi 4 juillet 2011

SAUVIGNON BLANC, 2010, LEYDA, AMARAL




Si vous connaissez et aimez des rouges chiliens comme Ninquén, Intriga ou Quattro de MontGras, et bien Amaral fait partie de la même famille de vins regroupés sous le chapeau de MontGras Properties. Il est fini le temps au Chili où l'on cultivait tous les cépages, blancs ou rouges, au même endroit. Le virage terroir est bien enclenché et la création d'une unité de terroir frais comme Amaral est un geste logique dans cette direction pour les producteurs comme MontGras qui étaient déjà basés dans la chaude vallée centrale. Ce vin est issu de vignes de 5 ans d'âge, plantées sur un sol granitique et alluvial, à seulement 12 km du Pacifique. Les raisins ont été vendangés manuellement à différents moments entre le 11 et 25 mars. L'élaboration a eu lieu entièrement en cuves d'inox. Le titre alcoolique est de 14.5% pour un pH de 3.15.

La robe est de teinte vert pâle. Le nez est modéré et exhale des arômes de citron, de melon et de bord de rivière (roche mouillée), ainsi qu'un très léger caractère végétal et de fines notes florales. Beau nez civilisé montrant une belle variété d'arômes. La bouche est plutôt ronde pour un vin de ce cépage, avec des saveurs riches qui tapissent bien le palais. Une bonne dose d'acidité est présente, mais peut-être à cause de la rondeur déjà évoquée, elle n'a pas le caractère tranchant que l'on rencontre parfois avec le Sauvignon Blanc de climat frais. Le milieu de bouche permet de confirmer la qualité de la matière offerte, bien équilibrée, avec du volume et un bon niveau de concentration. La finale est harmonieuse, avec une pointe d'amertume qui fait son apparition et une persistance de bon calibre.

Un des plaisirs de bien connaître les vins d'une région est de pouvoir y distinguer les styles possibles. Bien sûr le terroir est un élément incontournable de la donne, mais les décisions humaines contribuent aussi fortement à déterminer le style. Dans ce cas-ci, il est clair que l'on a pris le parti d'un style au fruité plus mature, ce qui implique acidité et caractère végétal moins marqués, ainsi que plus de gras et de volume en bouche. En ce sens, ce Sauvignon Blanc, Amaral, rejoint le style préconisé dans la même région de Leyda par Amayna. Toutefois, au contraire d'Amayna, du moins dans le millésime 2008 disponible à la SAQ, qui dépasse un peu la limite, pour cet Amaral on su ne pas pousser trop loin la recherche de maturité et ainsi préserver fraîcheur et équilibre. Au final on obtient un vin réussi, offrant un profil distinctif, et dont le prix (16.95$) est très attrayant en regard de la haute qualité offerte. Un bel ajout à la gamme de vins chiliens de la SAQ.


jeudi 30 juin 2011

CARIGNAN, DRY FARMING, 2008, CAUQUENES, MAULE, SANTA CAROLINA

En 2009, lors de la dégustation annuelle de Vin du Chili tenue à Montréal, j'avais eu la chance de rapidement goûter ce vin qui m'avait alors impressionné par son caractère distinctif. Voilà que deux ans plus tard j'ai réussi à mettre la main sur quelques bouteilles de ce nectar issu de vieilles vignes de Carignan (80 ans et plus). Comme c'est la norme au Chili, ces vignes ne sont pas greffées, et contrairement à la norme, elles ne sont pas irriguées, grâce à leur système racinaire très développé. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne et montre un titre alcoolique de 14.5%. Ce vin provient d'un vignoble situé près de la ville Cauquenes dans ce que les chiliens appellent la Secano Costero, c'est-à-dire une région côtière sans irrigation. Voici ce que Andres Sanches, œnologue en chef chez Gillmore, dit de cette région et de ses vins : « Les vignes comme les hommes doivent travailler. Dans la Secano Costero, elles sont forcées vers une expression intime de survie. Le résultat donne des vins de caractère distinctifs, avec de faibles pH, une concentration élégante et une réelle capacité de vieillissement. Les vins de cette région sont la preuve vivante que le Chili peut faire des vins de classe mondiale exprimant un caractère local. »

La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez s'exprime avec mesure sur des arômes de fruits rouges acidulés, complétés par un peu de fruits noirs, du poivre noir, des épices douces et de légères notes florales. Très beau nez déjà assez complexe et qui surprend par un certain raffinement. En bouche, ce qu'on remarque d'entrée c'est l'acidité et la fraîcheur qu'elle procure à l'ensemble, tout en contribuant à l'intensité du très beau fruité que déploie ce vin. Le milieu de bouche révèle un vin élancé, à la structure ferme et compacte, aux tanins fins et au fort niveau de concentration. Cette forte concentration passe par l'intensité bien focalisée des saveurs, et non pas par une impression de grand volume et de pesanteur. La finale continue sur la voie de l'intensité, avec cette acidité qui marque toujours le profil du vin, le tout sur une très bonne persistance des saveurs. Ce vin a été bu sur quatre jours et il était encore impeccable la dernière journée. Aucune trace d'oxydation et intégrité aromatique.

Qui a dit que le Carignan était un cépage rustique et peu qualitatif? Cette interprétation chilienne montre tout le contraire. Il s'agit vraiment d'un superbe jeune vin, tout en fraîcheur et en intensité, avec des arômes qui n'ont rien de rustique. Ce vin servi en pure aveugle en déculotterait plusieurs, moi le premier. D'abord je suis sûr que personne ne le placerait dans la modique catégorie de prix où il est vendu (16.95$). Ensuite, ceux ayant des préjugés envers les vins de Carignan ou ont une idée bien définie des vins chiliens devraient revoir leur copie. De plus, bien qu'il soit déjà excellent pour qui affectionne les rouges à l'acidité marquée, ce qui est mon cas. Ce vin me semble posséder un très bon potentiel de garde. J'ai l'impression que dans dix ans ce vin sera encore plus surprenant. Le temps aura sûrement su calmer ses ardeurs, mais la qualité de sa matière de jeunesse laisse déjà entrevoir ce qu'il pourrait devenir. Après avoir beaucoup lu sur la nouvelle vague des vins de Carignan de Maule issus de vieilles vignes, je suis heureux d'avoir finalement pu en déguster un, tranquillement. Il s'agit clairement d'un atout de plus pour le Chili car la qualité est au rendez-vous, mais le style obtenu constitue aussi un élément supplémentaire dans la diversité croissante qu'offre aujourd'hui ce pays. Pour qui voudrait en connaître plus sur le renouveau des vieilles vignes de Carignan de Maule, suivre ce lien vers un article du Wine Enthusiast.



mercredi 29 juin 2011

Aborder le vin autrement


Si vous lisez ce blogue avec régularité, vous le savez déjà, je bois surtout des vins du Chili, mais je lis et m'intéresse au monde du vin dans son ensemble. Avec ce que j'ai pu lire ces derniers temps sur divers blogues et forums, disons que je ne suis pas prêt de devenir un buveur plus traditionnel. De manière générale j'ai pu constater un écœurement avec l'annonce des prix des bordeaux primeurs 2010. Certains encaissaient les hausses depuis longtemps sans trop broncher, mais là il semble que pour plusieurs ce soit la goutte qui fasse déborder le vase. Ce que je trouve dommage toutefois, c'est de voir certains amateurs contempler l'idée d'arrêter de s'intéresser au vin à cause de l'inaccessibilité croissante des vins prestigieux. C'est à se demander si ce qui compte le plus c'est le nom sur l'étiquette, et tout ce qui vient avec, plutôt que le vin lui-même. Depuis que je m'intéresse au vin, j'ai toujours été sceptique face à la hiérarchisation à la française et à son aspect définitif. Je ne dis pas qu'il n'y a pas des terroirs plus propices que d'autres à produire des vins de haute qualité, mais ce système est érigé de telle façon qu'il semble affirmer une vérité absolue et permanente. Le problème, c'est que plusieurs croient qu'il s'agit d'une vérité absolue et permanente. Le résultat de la glorification de ce qui se situe au haut de cette pyramide, c'est une dévalorisation de ce qui est plus bas, ou hors de cet édifice immuable. Certains en viennent à penser que pour être un réel amateur, il faut pouvoir accéder au haut de cette pyramide. Sans cela point de salut. Bien sûr, dans un monde idéal il serait intéressant de pouvoir accéder facilement à ces vins, ne serait-ce que pour constater que même si ça peut être très bon, le vin de grande qualité existe aussi ailleurs. Ceci sans compter que le plaisir que le vin peut offrir est multiforme. Il y a beaucoup de très bons vins dans le monde qui sont totalement hors de la pyramide hiérarchique officielle, ou hors de celle parallèle des vins médiatiques à grosses notes. C'est vers ces vins qu'il faut se tourner.

Bien sûr, il est plus difficile de trouver des vins dont presque personne ne parle. Il faut aussi renoncer au pouvoir de l'étiquette, ce qui implique qu'il faut juger par soi-même. En fait, une des conditions de base pour sortir du schéma traditionnel, c'est d'être convaincu qu'il y a autre chose de très bon ailleurs. Si l'amateur qui avait mis son bonheur vinique dans les mains des hiérarchies que je viens d'évoquer, pouvait avec autant de conviction penser que son bonheur peut-être ailleurs. Le pas le plus important serait franchi, car il ne faut pas oublier que l'aspect mental est primordial dans l'appréciation du vin. Votre conviction de départ aura une influence déterminante sur votre appréciation des choses. La dégustation à l'aveugle le démontre très bien. Bien sûr, la conviction n'est pas quelque choses de volontaire et les préjugés sont tenaces. Si on a cru en quelque chose pendant de nombreuses années, qu'on s'y est investi à fond, il n'y a pas d'interrupteur pour renverser les choses. Si, par exemple, vous êtes convaincu que la quintessence de l'assemblage bordelais ne peut s'obtenir que dans sa région d'origine, car c'est de là que ça vient, alors il sera très difficile de vous faire acheter un assemblage de ce type venant de Hawkes Bay, du Languedoc, de Maule, de Mendoza ou de Margaret River. Surtout que ces vins auront leurs particularités, surtout en jeunesse. Si au contraire vous êtes convaincu que Bordeaux n'a pas le monopole de la qualité, et que vous êtes ouvert à apprivoiser les particularités venant avec des terroirs différents, alors là l'histoire change. Bordeaux restera Bordeaux, une référence incontournable à laquelle il fera toujours bon de revenir, mais l'horizon lui se sera passablement élargi.

Bien sûr, je vous entend déjà vous dire que je peux bien parler d'horizons élargis, moi qui se concentre fortement sur le Chili, et vous avez bien raison. Tout ce que je peux dire pour ma défense, c'est qu'au Chili je ne suis pas frustré par les prix. En fait, je demeure convaincu que le Chili est le meilleur pays au monde en terme de RQP, que la variété y est grandissante et que c'est actuellement le pays le plus intéressant à suivre à cause de son évolution rapide. Ceci dit, je suis le premier à reconnaître que mon champ d'action est très limité et que c'est loin d'être l'idéal pour un véritable amateur. Toutefois, il ne faut pas confondre champ d'action et champ d'intérêt. D'ailleurs, je devrais participer plus souvent à des dégustations organisées comprenant des vins d'origines variées. C'est une bonne façon de goûter à beaucoup de choses différentes, et une bonne façon aussi de goûter à certains de ces vins faisant partie de ces pyramides de moins en moins accessibles. Je l'ai fait plusieurs fois dans le passé, et pour moi ça avait l'effet de renforcer mes convictions, tout en balisant le terrain. Comme quoi une fois que quelqu'un est convaincu de quelque chose, il est difficile de lui faire changer d'idée. D'ailleurs, la base du problème demeure les idées que l'on inculque aux gens qui commencent à s'intéresser au vin. On nous rabat toujours les oreilles avec les mêmes lieux communs. Encore hier je suis tombé sur un bel exemple de ce discours convenu qui contribue à convaincre l'amateur qu'il n'y qu'une voie vers le bonheur en matière de vin. C'est un article du site Cyberpresse (voir le lien) où l'on demande à la sommelière Jessica Harnois quels vins des parents devraient mettre de côté aujourd'hui pour fêter les 20 ans de leur enfant. Les réponses de Mme Harnois sont d'un conformisme déplorable. Elle y ressort la hiérarchie traditionnelle avec ses vins aux prix exorbitants. Ce n'est qu'un exemple, bien sûr, mais pour moi il est représentatif de la culture dominante dans le monde du vin. Aucune originalité, aucune audace, toujours la même vision sclérosée des choses, déconnectée de la réalité économique de la vaste majorité des amateurs. Sans compter que ça contribue à légitimer quelque chose qui ne devrait plus l'être. Il y a plein de vins de prix abordables et de très belle qualité qui peuvent être achetés aujourd'hui et qui seront excellents pour le vingtième anniversaire de votre rejeton. Le vin c'est tellement plus que tous ces produits de luxe aux prix gonflés qui n'ont de sens justement que dans une logique de luxe. C'est dommage de constater qu'une partie du patrimoine vinicole mondial est maintenant passé dans cette catégorie, mais le vin à échelle humaine et de grande qualité existe encore. Il me semble que si on aime vraiment le vin on devrait le favoriser et oublier les produits de luxe, même si de l'excellent vin en est souvent l'ingrédient de base.




lundi 27 juin 2011

PINOT NOIR, LAS BRISAS, 2009, LEYDA, VINA LEYDA




Vina Leyda est un producteur exemplaire dans le paysage vinicole chilien actuel. Un producteur indépendant qui a été un des pionniers du mouvement vers la côte au Chili, puis qui fut racheté plus tard par le géant Vina San Pedro. Ce qui est intéressant toutefois, c'est que malgré ce rachat par un gros joueur de l'industrie, Vina Leyda continue de fonctionner comme une unité autonome. San Pedro a d'ailleurs fait la même chose avec un autre excellent petit producteur, Vina Tabali. Ainsi, ces deux producteurs peuvent continuer leur démarche axée sur un terroir particulier, et en même temps ils ont accès à la masse critique d'un gros joueur comme San Pedro. Tabali est déjà un de mes producteurs chiliens favoris, offrant des vins distinctifs et de RQP imbattables. Pour ce qui est de Vina Leyda, les deux blancs côtiers de ce producteur que j'ai pu me procurer dans le passé m'ont favorablement impressionné (voir liens). Ce Pinot Noir est donc ma première expérience avec ce producteur pour un rouge de la région de Leyda. Ce vin provient du vignoble « Las Brisas » planté en 1998 sur une pente orientée au sud-ouest, ce qui réduit l'exposition au soleil et augmente celle aux vents frais du Pacifique. Les rendements sont faibles à environ 30 hl/ha. Une macération à froid de six jours a lieu, avec 30% de raisins entiers, suivi de la fermentation avec levures sélectionnées. Le vin est élevé pendant 10 mois en barriques de chêne français de second usage. Le titre alcoolique est de 14%.

La robe est de teinte rubis et passablement translucide. Le nez est simplement superbe combinant les arômes de cerises et de fraises à de belles notes épicées évoquant la muscade la cannelle et la réglisse. Comme toujours il est difficile de rendre en mots des impressions olfactives, mais une chose est sûre, dès le premier abord, je me suis dit que ce nez faisait très Pinot, mais le Pinot comme je l'aime, avec des arômes francs et nets de qualité supérieure. Le bonheur se poursuit en bouche où l'attaque est vive et déploie un fruit rouge frais et intense amalgamé à d'agréables notes épicées. Le milieu de bouche étonne par sa matière à la fois bien concentrée et légère. Ce vin compact montre une belle fluidité et coule sans effort avec toujours ces saveurs intenses qui irradient. En finale, le mariage entre les caractères fruité et épicé gagne un cran dans l'harmonie et l'intensité, sur une persistance de fort calibre.

Sur ce blogue je ne parle que des vins que j'ai aimé, ou qui selon moi présentent un certain intérêt. Alors je sais que certains lecteurs doivent se dire que j'aime tous les vins, surtout chiliens, que je goûte, sans discernement. Rassurez-vous. Ce n'est pas le cas. Toutefois, avec la bonne connaissance que j'ai de ce pays, je ne choisi pas mes vins au hasard et cela m'aide à minimiser les déceptions. Et quand un vin me déçoit, je n'ai pas l'envie de prendre du temps pour écrire une note de dégustation à son sujet. J'explique tout ça pour faire comprendre le processus qui me fait paraître comme étant toujours positif. Ce qui m'a donné l'envie de cette clarification, c'est que ce Pinot Noir de Vina Leyda m'a vraiment charmé, voire enthousiasmé, et qu'encore une fois mon constat est très positif. Donc, encore une fois j'aurai l'air de jouer le même air. C'est vrai. Difficile d'y échapper. Mais au-delà de la découverte d'un bon vin, ce qui m'enthousiasme c'est quand un vin arrive à symboliser le progrès réalisé avec un cépage encore mal établi. C'est ce que ce Pinot de Vina Leyda arrive à faire selon moi. Du moins, c'est ce qu'il m'a inspiré. J'ai été séduit par son équilibre alliant intensité, fraicheur et fidélité au cépage. C'est un vin prêt à boire, qui coule sans effort, léger dans le sens positif du terme. Un vin où on a pas tenté de trop en faire, de trop en mettre, dans l'unique but d'impressionner, et à la fin, cette retenue qui impressionne. Ce Las Brisas est un autre de ces vins issus de la nouvelle mentalité terroir qui émerge actuellement au Chili . Je reviendrai d'ailleurs bientôt sur ce courant, sur cette nouvelle vague qui conçoit le vin et son élaboration autrement.




jeudi 23 juin 2011

CHARDONNAY, QUILLAY, 2009, BIO BIO, VERANDA




Le Chardonnay, Oda, 2007, de Veranda est un des meilleurs vins chiliens de ce cépage qu'il m'ait été donné de déguster. D'ailleurs, quelques bouteilles oubliées sont encore disponibles sur les tablettes de la SAQ. Cette fois, j'y vais avec la cuvée Quillay Single Vineyard, qui représente l'entrée de gamme de ce producteur. Ce vin est signé Pascal Marchand, c'est le cas de le dire, sa signature étant apposée au bas de l'étiquette. Un autre Québécois aux accointances bourguignonnes, Patrick Piuze qui produit du vin à Chablis, agit comme consultant pour Veranda. Malheureusement, je n'ai pu trouver aucun détail concernant l'élaboration de ce vin qui titre à 14% d'alcool.

La robe est de teinte or pâle. Le nez est plutôt discret, mais on peut quand même y percevoir de frais arômes de pomme et de poire, auxquels s'ajoutent un peu de pêche et de beurre, ainsi que de très légères notes de noix et de caramel. En bouche, le vin est beaucoup plus démonstratif, avec des saveurs intenses qui reflètent bien l'olfactif. L'acidité marque le profil de se vin, ce qui lui donne de la droiture et contribue à l'intensité des saveurs. Le milieu de bouche confirme cette droiture déjà évoquée, en plus de révéler un bon niveau de concentration axé sur la densité de la matière. Quelques degrés Celcius de plus permettent toutefois d'apprécier le vin avec plus de volume et un peu de gras. La finale est harmonieuse, avec une touche d'amertume qui se pointe et une bonne longueur.

Avec ses nouveaux terroirs frais, le Chili est en train de développer un style de Chardonnay qui était totalement absent de son répertoire il n'y a pas si longtemps. C'est-à-dire des vins très frais, à l'acidité presque tranchante qui ne sont pas sans évoquer en bouche, au niveau tactile, les vins de Sauvignon Blanc. L'identité du cépage demeure présente toutefois, au niveau des arômes et des saveurs, mais avec moins de maturité du fruit et moins de volume. L'apport boisé dans ces vins est aussi beaucoup plus discret. En fait, le Chardonnay, avec cette versatilité stylistique, me fait penser à ce que la Syrah peut donner en rouge. Des cépages pouvant donner de bons résultats sous un large intervalle de climats, mais où les différences de style liées au terroir peuvent être très marquées. Il s'agit sans contredit d'un ajout des plus positifs dans l'arsenal chilien. Surtout lorsqu'on tient en compte que ces vin proviennent tous de très jeunes vignes. Ce n'est donc qu'un début. Pour qui voudrait découvrir ce style, et comme ce vin de Veranda n'est pas disponible à la SAQ, je recommanderais deux autres vins qui cadrent avec ce type de profil et dont j'ai déjà parler sur ce blogue, soit le Chardonnay, 20 Barrels, 2007, Casablanca, Cono Sur, ou le Chardonnay, Malvilla, 2008, San Antonio, Vina Chocalan.

mercredi 22 juin 2011

SYRAH, WINEMAKER'S SELECTION, 2009, CASABLANCA, EMILIANA




Une autre Syrah chilienne de climat frais, et un autre vin de Emiliana, leader chilien de la culture biologique et biodynamique. Ce vin est issu du vignoble « La Quebrada », « Le Ruisseau » en français, situé dans la vallée de Casablanca. Il s'agit en fait d'un assemblage qui contient aussi 7% de Merlot et 5% de Viognier, qui a été élevé un an en barriques de chêne d'âge indéterminé (80% françcais et 20% américain). Le vin titre à 14.8% d'alcool et ne contient que 18 mg/L de soufre libre. Avec un tel titre alcoolique, on peut se demander si ce vin provient vraiment d'un climat frais, mais il faut comprendre que la rareté des précipitations dans cette région permet de laisser murir le raisin très longtemps avant la vendange. Certains producteurs peuvent attendre jusqu'à la fin de mai pour cueillir, ce qui est l'équivalent de la fin novembre dans l'hémisphère nord.

La robe est d'une teinte violacée opaque et très intense. Le est d'intensité modérée et exhale de doux arômes de fruits rouges (cerise) et de fruits noirs, auxquels s'ajoute un peu de poivre noir et de feuilles de laurier, un soupçon de vanille, ainsi qu'un léger trait mentholé. Une trace de fumée est aussi présente dans ce nez juvénile où fruité et caractère épicé forment un heureux mariage. En bouche, l'équilibre est surprenant pour un vin si jeune, rien n'accroche, c'est velouté et généreux, avec du fruit doucement épicé à revendre. À ce stade précoce, le vin est juteux et très intense, et montre en milieu de bouche un fort niveau de concentration et un bon volume. Le vin remplit la bouche et les saveurs s'éclatent avec toujours ces tanins de velours et un léger trait d'amertume chocolatée qui fait son apparition. La finale garde le cap de l'équilibre et de l'intensité, sur une bonne longueur et des rémanences de chocolat noir à la toute fin.

Je pensais ce vin trop jeune, et c'est simplement ma curiosité qui m'a poussé à en ouvrir une bouteille. Pour être jeune, il est jeune, mais c'est un de ces cas où prime jeunesse et plaisir coexistent, si tant est que l'on soit réceptif à ce genre de profil. C'est un vin modéré au nez, mais bien démonstratif en bouche, mais qui heureusement ne tombe pas dans l'outrance et dont l'aspect boisé est retenu. Ce qui fait que l'ensemble demeure sous contrôle avec du fruit épicé intense sur une trame soyeuse. J'ai trouvé que ce vin se situait entre deux chaises en terme de style. Il n'a pas la fraîcheur d'arôme d'une Syrah comme celle de Falernia, dont je traitais la semaine dernière, mais en même temps on ne tombe pas dans le profil Shiraz de climat vraiment chaud. Toujours est-il que quelqu'un qui achèterais ce vin en s'attendant un style « climat frais » pourrait être déçu. Mais en terme de qualité ce vin donne entière satisfaction, surtout si on tient compte de son prix de 18.95$. Beau vin avec un bon potentiel de garde, qui en plus a la vertu d'être biologique.




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mardi 14 juin 2011

SYRAH, RESERVA, 2007, ELQUI, VINA FALERNIA




Vina Falernia, un producteur à propos duquel j'ai lu beaucoup de très belles choses. J'avais donc très hâte de pouvoir enfin goûter un de ses vins. Surtout cette Syrah qui s'est attirée son lot d'éloges ces dernières années, en particulier de la part de la presse britannique. C'est pour ce type de vin que mon intérêt pour le Chili se maintient depuis quelques années. Ce pays permet actuellement de découvrir des vins de pionniers issus de nouvelles régions jusque là inexploitées ou mal exploitées. C'est le cas de la vallée de Elqui, située à la frontière du désert de l'Atacama, au nord du pays. La vigne pousse dans cette région depuis longtemps, mais les Moscatel, Torontel et Pedro Ximenez servaient uniquement, jusqu'à récemment, à la production de pisco. Finalement, en 1998, Aldo Olivier, un producteur de pisco d'origine italienne a décidé de se lancer dans la production de vin sous les conseils de Giorgio Flessati, son cousin et oenologue du Trentin en Italie. Celui-ci lors d'une visite en 1995 avait vu le potentiel de la vallée de Elqui ce qui a mené au développement du projet trois ans plus tard. Pour ce qui est de cette Syrah, Reserva, les raisins la composant proviennent principalement du vignoble Titon, situé à 350 m d'altitude et à 18km de l'océan. C'est un lieu frais et assez humide, marqué par de fréquents brouillards matinaux, où les températures atteignent un maximum de 25ºC le jour et baissent jusqu'à 10ºC la nuit. Une partie minoritaire des fruits provient du vignoble Huanta, situé totalement à l'opposé, à l'extrémité est de la vallée, à une altitude de 2000 m dans le contrefort des Andes. C'est un lieu vraiment spectaculaire (voir lien). Une proportion de 60% du vin a été élevé pendant 6 mois en barriques de chêne d'âge et d'origine indéterminées. Le vin titre à 14% d'alcool et je l'ai dégusté sur une période de deux jours.

La robe est foncée et opaque. Le nez est très expressif à l'ouverture, puis se calme par la suite, demeurant quand même de bonne intensité. Le profil aromatique évoque clairement la Syrah de climat frais, avec des arômes de fruits rouges et noirs, de poivre noir, de fumée, de violette, d'épices douces et d'herbes séchées. Ce nez est vraiment un régal et je ne peux m'empêcher d'y revenir très fréquemment. Un nez vraiment séduisant de par la nature, la fraîcheur et la qualité de ses arômes. La bouche suit et procure elle aussi beaucoup de plaisir, avec des saveurs fraîches et intenses qui reflètent bien ce qui était perçu au nez. L'acidité du vin contribue à l'éclat des saveurs et procure un bon tonus à cet ensemble élancé et compact. En milieu de bouche, on note une concentration de fort calibre, avec une matière bien dense, sur une bonne base d'amertume et une texture tannique raffinée. La finale est intense et très longue avec l'amertume chocolatée qui gagne en importance et les tanins qui montrent juste un peu de mordant.


Après tout ce que j'avais lu sur ce producteur, mes attentes étaient élevées, même si on parle ici d'un vin de prix très abordable. Et bien le moins que je puisse dire c'est qu'elles ont été comblées. Pour le prix payé de 15.95$, la qualité de ce vin est simplement renversante. C'est un jeune vin avec beaucoup de caractère, à l'acidité élevée, et qui est très intense en ce moment. Le profil aromatique évoque immanquablement une expression propre du Rhône nord. Je suis vraiment curieux de voir comment ce vin va pouvoir évoluer. Je pense qu'il possède un potentiel énorme. Le genre de vin qui pourrait en mystifier plusieurs en pure aveugle dans 10 à 15 ans. Bien sûr il s'agit d'un pari en ce moment, mais pour moi il s'agit d'un risque calculé. Un risque que je n'ai pas du tout peur de prendre. Ceux qui ont goûté et aimé la Syrah, 2007, Elqui de Chono devrait aimer ce vin, car son profil aromatique est très similaire. Toutefois, le Falernia est moins prêt à boire. Il est plus concentré, plus intense, plus puissant, avec aussi plus d'amertume. Un vin qui a encore besoin de temps pour trouver son équilibre optimal, même s'il est déjà très bon quand on a le goût d'un vin vibrant de jeunesse.

http://www.youtube.com/watch?v=fSFfiVYGxSo

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/04/syrah-chono-reserva-2007-elqui-geo.html

samedi 11 juin 2011

Le pouvoir de l'étiquette et des préjugés


Le site CyberPresse a initié une série de reportages vidéo portant sur la dégustation à l'aveugle d'un vin choisi par un professionnel. Jusqu'à maintenant, j'ai été impressionné par Guénael Revel qui a identifié un Pinot Noir suisse. Bravo! D'un autre côté, la dégustation du Cabernet Sauvignon, Legado, 2008, Maipo, De Martino par le sommelier Mathieu Guillemette, m'a rappelé avec acuité pourquoi il est si difficile pour les vins chiliens d'être reconnus à leur juste valeur au Québec chez les professionnels du vin. Il était intéressant de voir M. Guillemette aller, pas de mention de végétal ou de plan de tomate de sa part, tiens donc! La beauté de l'aveugle! Une présence de bois pas parfaitement intégré dans un vin si jeune est juste normale. Combien de rouges de cet âge, élevés en barriques, sont des modèles d'équilibre? Mais le clou c'est la réaction du sommelier lors de dévoilement de la bouteille, le pauvre, il faut voir son air penaud. Il est tellement mal à l'aise de ne pas avoir détesté le vin qu'il se sent obligé d'ajouter à la toute fin, dans une tentative de sauver sa crédibilité, qu'il n'est pas un fan!!! Pourtant un vrai professionnel connaissant les rouges chiliens de ce genre aurait dû ajouter que ce 2008 était encore bien jeune et que 5 à 10 ans supplémentaires en bouteille avaient de bonnes chances de donner un beau vin fondu et équilibré. Désespérant...


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jeudi 9 juin 2011

Vin en bouteille microbiologiquement actif et goût de bouchon: Un lien est-il possible?

À la suite de la discussion initiée sur le forum Fouduvin à propos des problèmes de bouchons, ce qui m’a amené à écrire un petit article sur le sujet sur ce blogue. J’ai continué à lire différents textes à ce propos. Cette mise à jour de mes connaissances sur le sujet, combinée à certaines de mes expériences personnelles à propos des vins dits bouchonnés, m’ont amené à me demander si les experts de la question n’étaient pas passés à côté d’un mécanisme possible pour expliquer une partie du problème des vins bouchonnés. Ce que je vais soumettre ici n’est rien d’autre qu’une hypothèse basée sur mes lectures et mon expérience empirique et n’a évidemment pas la prétention d’être un résultat scientifique.

Ce qui me lisent ici avec régularité le savent, je ne suis pas un buveur de vins très chers. Toutefois, au cours des dernières années, j’ai participé à de nombreuses dégustations de groupe où, contrairement à mes habitudes, je dégustais des vins d’une catégorie de prix passablement plus élevée. Je n’ai pas compilé de statistiques sur la question, mais il est clair dans mon esprit que le taux de vins bouchonnés dans ces dégustations était passablement plus élevé que ce que je rencontre dans ma consommation personnelle de vins de prix plus modestes. Cela m’a toujours étonné, car en principe, qui dit vins plus chers suppose que la qualité des bouchons devrait suivre. En parallèle, j’avais aussi noté le même phénomène pour les arômes phénolés associés à une contamination aux levures Brettanomyces. Donc, les vins plus haut de gamme semblaient présenter un taux de défectuosité pas mal plus élevé que les vins moins chers qui sont mon ordinaire. Dans le cas des arômes “brettés”, l’explication du phénomène m’apparaissait assez simple et relevait de conditions qui permettaient l’activité des levures Brettanomyces, tant en cours d’élaboration du vin, qu’une fois celui-ci mis en bouteille (taux de sulfites, filtration, etc..). Toutefois, ces conditions valables pour les “bretts” ne semblaient pas avoir de lien avec le problème de goûts de bouchon.

Suite à mes lectures récentes sur le problème des vins bouchonnés, j’en suis venu à émettre l’hypothèse que l’instabilité microbiologique pourrait aussi être en cause dans certains cas de vins bouchonnés. Je m’explique. D’abord, il est important de comprendre que le précurseur du 2,4,6-trichloroanisole (TCA), est principalement le 2,4,6-trichlorophénol (TCP). Or le TCP est une molécule hautement toxique, mais pratiquement inodore (1). Ce qui veut dire qu’un vin peut être contaminé par des traces de TCP mais celles-ci seront imperceptibles, même pour le nez le plus sensible. Toutefois, si seulement une partie de ce TCP était transformé en TCA, le même vin serait alors facilement déclaré bouchonné. La conversion de TCP en TCA est une réaction de détoxification qui peut être effectuée par plusieurs type de microorganismes, en particulier des champignons microscopiques (moisissures) (1), (2). Une autre chose que j’ai apprise et qui m’a beaucoup étonné, c’est que le liège est un capteur de TCA (2). Si on expose un bouchon de liège propre à un vin contaminé au TCA, la plupart du TCA en solution dans le vin sera absorbé par le liège. Donc, le liège agirait comme un concentrateur de TCA. Dans ces circonstances, il semble logique de penser qu’une des façons pouvant expliquer ce qu’on appelle le bouchonnage, serait par la présence simultanée dans une bouteille de TCP et d’un microorganisme pouvant convertir celui-ci en TCA. Le bouchon lui capterait une bonne partie du TCA ainsi formé, ce qui lui donnerait sa forte odeur de TCA et expliquerait pourquoi on le tient pour unique coupable du phénomène, au point de parler de vin bouchonné. Je le répète, ce n’est là qu’une hypothèse, et même si elle était juste, ce ne serait qu’une des façons pouvant mener à la contamination du vin au TCA.

Une chose est sûre, les sources potentielles pouvant mener à la contamination du vin par le TCP avant l’embouteillage sont multiples (1), (2). Dans ces circonstances, les vins plus chers, généralement élaborés en prenant plus de risques microbiologiques, semblent plus exposés à la conversion du TCP en TCA. Pour en revenir à mon expérience personnelle, je me dis que la plupart des vins de prix abordables que je bois sont suffisamment sulfités et filtrés. J’ignore s’ils sont généralement stériles, mais mon expérience m’a montré que les cas de bouchonnage sont très rares pour ce type de vins. Alors que dans les vins plus chers, où plusieurs aiment bien laisser faire la nature le plus possible, ça me semble le contraire. Dans le cas des levures Brettanomyces cette philosophie du laisser-aller explique la prévalence plus élevée du problème. Il me semble qu’il y a une possibilité qu’un phénomène semblable puisse expliquer pourquoi le taux de vins bouchonnés est plus élevé chez les vins plus chers. De plus, mon hypothèse semble cadrer avec le caractère apparemment aléatoire du bouchonnage. L’exemple des levures Brettanomyces le montre bien, toutes les bouteilles ne sont pas nécessairement touchées, car la contamination microbiologique des bouteilles par le vin à l’embouteillage est variable. On peut aussi imaginer des cas où le TCP proviendrait du vin, et la contamination microbiologique du bouchon. Aussi, j’ai déjà vu des bouchons provenant de bouteilles bouchonnées où on pouvait clairement voir des colonies de microorganismes ayant poussé sur des lenticelles présentes à la surface du miroir. Ce type de phénomène à la surface du bouchon était pour moi une preuve assez claire qu’une activité microbiologique avait eu lieu dans la bouteille.

Encore une fois, avec ce texte je ne prétend pas annoncer une grande découverte scientifique. Ce n’est qu’une hypothèse personnelle basée sur la littérature et sur mon expérience. Je suis peut-être passé à côté d’un élément qui invaliderait facilement mon hypothèse. Si c’est le cas, je serais heureux de l’apprendre. Aussi, je ne prétend pas que tous les cas de contamination du vin au TCA collent à mon hypothèse. C’est un problème complexe aux causes multiples. Mais la conversion en bouteille des phénols chlorés par des microorganismes qui peuvent y vivre me semble une option à considérer.


 (1)  Evaluation of Enology

(2)   Causes and origins of wine contamination with haloanisoles