lundi 23 mai 2011

SYRAH, RESERVA, 2008, LIMARI, VINA TABALI



L’amateur de vin est généralement amateur de découvertes, à un point où on peut se demander si son but premier est de boire du vin qu’il aime vraiment, ou bien de gonfler le plus possible son bagage d’expériences. Le vin que l’on ne connaît pas encore, mais à propos duquel on a lu, semble toujours plus attirant que la valeur sûre qui était pourtant une de nos découvertes il n’y a pas si longtemps. En ce qui me concerne, cette Syrah, Reserva, 2008 de Tabali est un bon exemple de ce phénomène. Je me souviens d’avoir découvert ce producteur et la nouvelle région de Limari par le biais du millésime 2002 de ce vin. Puis j’ai acheté tous les millésimes suivants jusqu’au 2007. Toutefois, cette année, malgré trois arrivages distincts du 2008 à la SAQ, je n’avais pas encore acheté ce vin malgré que les stocks du troisième arrivage soient presque complètement écoulés. Finalement, ce week-end, en allant acheter quelques bouteilles du Viognier de Cono Sur, j’ai aperçu ce vin et j’ai décidé d’en acheter trois bouteilles, un peu à reculons. Pas parce que je doutais de sa qualité, non, simplement parce que pour moi il n’y avait plus d’effet de nouveauté. Il faut dire aussi que j’ai plusieurs bouteilles des millésimes précédents au cellier. N’empêche, ma réaction face à ce vin m’a bien montré que je suis atteint du syndrome de la nouveauté qui touche beaucoup d’amateurs. Mon intérêt pour le vin tomberait si mon but se limitait à bien boire. Une partie importante de l’intérêt particulier que je porte au vin repose sur l’aspect découverte. Et comme je m’intéresse plus particulièrement au Chili, c’est l’aspect pionnier et innovateur qui pique le plus ma curiosité. Par exemple, pour rester sur le cas de Tabali. Ce producteur vient de lancer une nouvelle gamme de vins issus d’un vignoble appelé Talinay. Ce vignoble aux sols calcaires est situé beaucoup plus près de la côte que les vignobles plus anciens de Tabali. Le climat y est donc encore plus frais et les premiers vins qui en sont issus sont paraît-il d’un calibre étonnant et très prometteurs. Si ces vins étaient disponibles au Québec, il est clair que j’aurais été le premier à vouloir en acheter, pour le vin bien sûr, mais surtout car l’aspect découverte intéressante aurait été présent. Ceci dit, offrir avec constance un style et un niveau de qualité est une chose très importante pour un producteur qui cherche à établir sa réputation chez le consommateur moyen qui recherche d’abord et avant tout un vin qu’il aimera. C’est là une chose que Tabali a réussi à faire avec cette cuvée de base de Syrah. Je doute fort que le millésime 2008 ne poursuive pas sur cette lancée, mais voyons quand même de quoi il en retourne.

La robe est sombre et opaque. Le nez montre que malgré sa courte existence, cette cuvée a déjà une signature stylistique qui lui est propre. Ça sent la Syrah de Tabali, et ça sent bon. Il est bien sûr impossible de faire partager cette impression de typicité avec des mots. Si je vous dit que ça sent les fruits rouges et noirs, le poivre noir, la violette, la fumée, les herbes aromatiques et le chocolat noir. Vous me direz que je ne fais qu’aligner des descripteurs classiques des vins de ce cépage, et vous aurez raison. Eh oui, ce vin est typique de son cépage, mais la signature dont je parle se trouve dans les proportions et les nuances aromatiques, et dans une spécificité que je n’arrive pas à nommer. Ce qui fait que pour moi ce vin est à la fois clairement Syrah et clairement Tabali. Cette impression se poursuit en bouche où l’on retrouve un vin de corps moyen au bel équilibre, déployant une palette de saveurs intenses mariant admirablement l’aspect fruité et le côté épicé. La structure du vin est assez compacte, la concentration est de bon niveau et la trame tannique est délicate et soyeuse. C’est un vin goûteux qui évite les excès et qui coule facilement. La finale est à la hauteur, harmonieuse et intense, avec une longueur surprenante aux relents de chocolat noir.

Ceux qui me lisent avec régularité sur ce blogue connaissent mon amour pour les bons Cabernets chiliens de type Reserva. La mention Reserva au Chili n’a rien de contraignant, mais malgré tout, par la force des choses je dirais, elle réfère à un certain type de vin. Des vins qui ne manque de rien, mais qui savent éviter les excès. Concentrés mais pas trop, juste assez extraits et sachant généralement éviter l’écueil du boisé trop appuyé. Des vins de compromis entre les impératifs économiques et le nécessaire souci qualitatif. Mais pour moi qui à force d’expériences est de plus en plus convaincu qu’en matière de vin, plus n’égale pas toujours mieux. Ces vins de profils modérés offrent le double avantage de mieux correspondre à mes goûts, tout en présentant un prix des plus avantageux. Ceci dit, même pour ce type de vin, selon les préférences, il faut souvent que jeunesse se passe. N’empêche que ça représente à mon sens une catégorie de vins très attrayante, même si on la regarde souvent de haut à cause de ses prix très abordables, voire top abordables pour certains. Ce type de vins génèrent souvent un effet Veblen inversé... Toujours est-il que si j’y suis allé de ce long préambule, c’est pour en venir à dire que ce vin de Tabali est l’équivalent pour moi, en terme de Syrah, de ce que sont depuis longtemps les bons Cabernets chiliens de type Reserva. Des vins abordables en jeunesse, mais avec un bon potentiel pour la moyenne garde. Des vins plus faciles à boire que les grosses bombes ambitieuses et souvent très coûteuses, et qu’il ne sera pas nécessaire de garder 30 ans sans savoir si finesse et équilibre pourront un jour être réunis. Dans le cas de cette Syrah, le vin n’est pas encore totalement sur la finesse, mais l’équilibre lui est déjà là. Ce vin, malgré mon préjugé favorable à son égard, a tout de même su me surprendre par son niveau qualitatif d’ensemble. C’est vraiment très bon, surtout si on a envie d’un vin sur un généreux profil de jeunesse. Désolé d’en rendre compte si tardivement, le troisième arrivage de celui-ci à la SAQ étant presque complètement écoulé. Ça m’apprendra à ignorer les valeurs sûres.

http://www.wineanorak.com/wineblog/videos/video-another-remarkable-chilean-vineyard-tabalis-talinay-in-limari




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