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dimanche 28 août 2011

SYRAH, 20 BARRELS, 2008, LIMARI, VINA CONO SUR




Cono Sur est un de mes producteurs chiliens favoris lorsqu'il est question de vins blancs. Toutefois, à part ses vins de Pinot Noir haut de gamme (Occio et 20 Barrels), ses vins rouges ne me sont jamais apparus comme aussi convaincants. Comme si le style très fruité et éclatant de la maison se transposait mieux en blanc qu'en rouge. Ce producteur semble aussi plus à l'aise sur des terroirs plus frais, ce qui est le cas pour tous ses blancs, à l'exception du Viognier, alors que tous les rouges mis à part certains vins de Pinot Noir, viennent de la chaude vallée centrale. Toutefois, il y a maintenant un rouge supplémentaire dans la gamme Cono Sur à provenir d'un terroir frais, et c'est la Syrah, 20 Barrels qui est issue de la vallée de Limari. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné en vie de l'essayer. Ce vin contient aussi 7% de Cabernet Sauvignon. Il a été élevé 16 mois en barriques de chêne d'origine et d'âge indéterminés. Il titre à seulement 13.6% d'alcool, pour un pH de 3.5 et bien sec à 2.3 g/L de sucres résiduels.

La robe est de couleur rubis foncé, opaque. Le nez témoigne du cépage et du lieu d'où il provient. Quand je parle du lieu, je ne parle pas du Chili, mais bien précisément de la vallée de Limari. On y retrouve un mélange d'arômes de fruits noirs, de notes florales (lavande, violette), de poivre noir, de café, d'herbes aromatiques, ainsi qu'un caractère de viande crue qui se développe quelques heures après l'ouverture. En bouche, le vin joue la carte de la finesse et de la modération, sur une structure compacte et une belle expression fruitée. Des notes finement épicées viennent agrémenter ce fruit soutenu par un trait d'amertume. Le milieu de bouche continue sur le mode de la finesse. Il n'y a pas de creux, tout est là et il ne manque de rien, mais on est clairement pas sur un vin qui tente d'impressionner par la force. Cette finesse se retrouve aussi au niveau tannique où rien n'accroche, ce qui permet au vin de couler sans effort malgré sa jeunesse. La finale est toute en délicatesse pour un vin si jeune, et montre une bonne persistance.

Ce vin est très surprenant de la part d'un producteur comme Cono Sur. La preuve que les mentalités évoluent au Chili, en parallèle avec la géographie nouvelle du vignoble, et que certains producteurs sont maintenant prêts à élaborés des vins de catégorie supérieure sans tout miser sur la recherche de concentration et l'usage appuyé du bois de chêne. Ça demande plus de conviction qu'il n'y paraît quand on sait l'importance des grosses notes sur 100 pour ce pays qui ne peut jouer la carte du prestige pour justifier des prix plus élevés. Cette Syrah de Cono Sur ne cherche donc pas à impressionner par la densité de sa matière, et en dégustation comparative à l'aveugle, je soupçonne que des vins à la concentration et à l'extraction plus élevées lui damneraient le pion. Mais pris en isolé, c'est un vin fin et équilibré, qui se laisse facilement boire. Ce qui est encore assez rare au Chili pour un jeune vin de ce calibre. La souplesse étant déjà au rendez-vous, la garde de ce vin ne se justifierait que par un désir d'évolution aromatique. À 25$, il s'agit d'un bel achat qui procure de la variété stylistique et qui peut être bu en attendant des vins qui demandent plus de temps pour atteindre un certain niveau de sagesse.



mardi 16 août 2011

CHARDONNAY, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, MAYCAS DEL LIMARI




Après avoir beaucoup lu à propos de ce projet. J'ai finalement la chance de goûter mon premier vin de Maycas de Limari. Contrairement à bien des amateurs qui ne jurent que par les petits producteurs indépendants. Je suis aussi intéressé de voir comment de très gros joueurs peuvent arriver à réconcilier l'aspect purement commercial, à la quête de faire mieux en augmentant la diversité. Au Chili, où la scène vinicole est dominée par quelques joueurs importants, cette flexibilité et cette ouverture d'esprit de la part des géants est primordiale pour favoriser la progression du secteur dans son ensemble. À ce titre, Concha y Toro fait figure d'exemple à suivre. Il s'agit d'un des plus grands producteurs au monde, qui exploite avec succès des lignes de vins industriels de qualité, comme la gamme Casilliero del Diablo, mais qui en même temps permet au responsable de cette gamme de vins sans identité précise, Marcelo Papa, de lancer un projet axé sur l'identité et l'innovation. Ce projet c'est bien sûr Maycas Del Limari. Papa a réussi, en 2005, à convaincre les grands partons de Concha y Toro d'investir massivement dans cette nouvelle région avec la conviction qu'on pouvait y produire des vins distinctifs et de grande qualité. Il faut dire que Papa avait excellé non seulement à la tête de la vaste gamme Casilliero del Diablo, mais aussi à la tête de l'excellente gamme Marquès de Casa Concha. Il est clair que l'homme a du talent et qu'il avait accumulé le capital de crédibilité nécessaire pour convaincre ses patrons du bien fondé des ses convictions par rapport au potentiel du terroir de Limari. Mais c'est aussi la preuve qu'il est possible d'innover, même si on évolue au sein d'une très grande entreprise. Ce qui compte, ce n'est pas la taille, mais bien le désir d'exceller. Pour ce qui est de ce Chardonnay, Reserva Especial, 2008, il provient du lieu appelé Quebrada Seca, qui avec son climat frais et son sol riche en calcaire est considérée pour le moment comme le meilleur endroit de Limari pour produire des vins de Chardonnay. Le vin a été élevé en barriques de chêne français pendant 12 mois. Il titre à 14.2% d'alcool, et est bien sec avec 1.8 grammes de sucres résiduels.

La robe est d'une belle teinte dorée bien soutenue. Le nez est très typique du cépage avec des arômes de pêche, d'abricot et de poire, soutenus par un léger trait citronné et complétés par de fines notes de fumée et d'épices douces. En bouche, l'attaque est d'un bel équilibre, ample et souple, et déployant un généreux fruité mâtiné de légères notes caramélisées. Au niveau tactile, le vin montre un bon gras, ce qui le rend presque onctueux, même si une douce acidité est bien présente pour préserver l'équilibre d'ensemble. Le vin est concentré, et de bon volume, ce qui lui donne une bonne présence en milieu de bouche. La finale est harmonieuse et longue.

Ce Reserva Especial de Maycas de Limari est assurément parmi les meilleurs exemples chiliens de ce cépage qu'il m'ait été donné de déguster. À titre d'exemple, et pour demeurer dans le Nouveau-Monde, c'est un vin qui en terme de style et de niveau qualitatif se compare à des vins comme le Chardonnay, Estate, de Kumeu River, ou encore la cuvée Five Soldiers de Rustenberg. Dans ces circonstances, le prix demandé à la SAQ de 25.25$ m'apparaît comme parfaitement justifié. Pour être plus juste, je dirais qu'à ce prix ce vin constitue une aubaine. Mais au-delà du prix, ce vin est un bon exemple pour illustrer les progrès qui découlent du développement du nouveau Chili vinicole. Une autre preuve que la révolution terroir menée dans ce pays porte ses fruits. Et ce n'est que le début de cette aventure. En terminant, le producteur indique un potentiel de garde allant jusqu'à 2017 pour ce vin. Voilà qui m'incite à poursuivre mes expériences de garde avec les blancs chiliens de climat frais. Étant donné la courte histoire de la région, 2017 est seulement une estimation. Mais c'est quand même ironique de voir le producteur d'un vin d'une toute nouvelle région être plus confiant dans le potentiel de garde de son vin qu'on ne l'est parfois avec de grands vins venant du berceau de ce cépage...

lundi 23 mai 2011

SYRAH, RESERVA, 2008, LIMARI, VINA TABALI



L’amateur de vin est généralement amateur de découvertes, à un point où on peut se demander si son but premier est de boire du vin qu’il aime vraiment, ou bien de gonfler le plus possible son bagage d’expériences. Le vin que l’on ne connaît pas encore, mais à propos duquel on a lu, semble toujours plus attirant que la valeur sûre qui était pourtant une de nos découvertes il n’y a pas si longtemps. En ce qui me concerne, cette Syrah, Reserva, 2008 de Tabali est un bon exemple de ce phénomène. Je me souviens d’avoir découvert ce producteur et la nouvelle région de Limari par le biais du millésime 2002 de ce vin. Puis j’ai acheté tous les millésimes suivants jusqu’au 2007. Toutefois, cette année, malgré trois arrivages distincts du 2008 à la SAQ, je n’avais pas encore acheté ce vin malgré que les stocks du troisième arrivage soient presque complètement écoulés. Finalement, ce week-end, en allant acheter quelques bouteilles du Viognier de Cono Sur, j’ai aperçu ce vin et j’ai décidé d’en acheter trois bouteilles, un peu à reculons. Pas parce que je doutais de sa qualité, non, simplement parce que pour moi il n’y avait plus d’effet de nouveauté. Il faut dire aussi que j’ai plusieurs bouteilles des millésimes précédents au cellier. N’empêche, ma réaction face à ce vin m’a bien montré que je suis atteint du syndrome de la nouveauté qui touche beaucoup d’amateurs. Mon intérêt pour le vin tomberait si mon but se limitait à bien boire. Une partie importante de l’intérêt particulier que je porte au vin repose sur l’aspect découverte. Et comme je m’intéresse plus particulièrement au Chili, c’est l’aspect pionnier et innovateur qui pique le plus ma curiosité. Par exemple, pour rester sur le cas de Tabali. Ce producteur vient de lancer une nouvelle gamme de vins issus d’un vignoble appelé Talinay. Ce vignoble aux sols calcaires est situé beaucoup plus près de la côte que les vignobles plus anciens de Tabali. Le climat y est donc encore plus frais et les premiers vins qui en sont issus sont paraît-il d’un calibre étonnant et très prometteurs. Si ces vins étaient disponibles au Québec, il est clair que j’aurais été le premier à vouloir en acheter, pour le vin bien sûr, mais surtout car l’aspect découverte intéressante aurait été présent. Ceci dit, offrir avec constance un style et un niveau de qualité est une chose très importante pour un producteur qui cherche à établir sa réputation chez le consommateur moyen qui recherche d’abord et avant tout un vin qu’il aimera. C’est là une chose que Tabali a réussi à faire avec cette cuvée de base de Syrah. Je doute fort que le millésime 2008 ne poursuive pas sur cette lancée, mais voyons quand même de quoi il en retourne.

La robe est sombre et opaque. Le nez montre que malgré sa courte existence, cette cuvée a déjà une signature stylistique qui lui est propre. Ça sent la Syrah de Tabali, et ça sent bon. Il est bien sûr impossible de faire partager cette impression de typicité avec des mots. Si je vous dit que ça sent les fruits rouges et noirs, le poivre noir, la violette, la fumée, les herbes aromatiques et le chocolat noir. Vous me direz que je ne fais qu’aligner des descripteurs classiques des vins de ce cépage, et vous aurez raison. Eh oui, ce vin est typique de son cépage, mais la signature dont je parle se trouve dans les proportions et les nuances aromatiques, et dans une spécificité que je n’arrive pas à nommer. Ce qui fait que pour moi ce vin est à la fois clairement Syrah et clairement Tabali. Cette impression se poursuit en bouche où l’on retrouve un vin de corps moyen au bel équilibre, déployant une palette de saveurs intenses mariant admirablement l’aspect fruité et le côté épicé. La structure du vin est assez compacte, la concentration est de bon niveau et la trame tannique est délicate et soyeuse. C’est un vin goûteux qui évite les excès et qui coule facilement. La finale est à la hauteur, harmonieuse et intense, avec une longueur surprenante aux relents de chocolat noir.

Ceux qui me lisent avec régularité sur ce blogue connaissent mon amour pour les bons Cabernets chiliens de type Reserva. La mention Reserva au Chili n’a rien de contraignant, mais malgré tout, par la force des choses je dirais, elle réfère à un certain type de vin. Des vins qui ne manquent de rien, mais qui savent éviter les excès. Concentrés mais pas trop, juste assez extraits et sachant généralement éviter l’écueil du boisé trop appuyé. Des vins de compromis entre les impératifs économiques et le nécessaire souci qualitatif. Mais pour moi qui à force d’expériences est de plus en plus convaincu qu’en matière de vin, plus n’égale pas toujours mieux. Ces vins de profils modérés offrent le double avantage de mieux correspondre à mes goûts, tout en présentant un prix des plus avantageux. Ceci dit, même pour ce type de vin, selon les préférences, il faut souvent que jeunesse se passe. N’empêche que ça représente à mon sens une catégorie de vins très attrayante, même si on la regarde souvent de haut à cause de ses prix très abordables, voire top abordables pour certains. Ce type de vins génèrent souvent un effet Veblen inversé... Toujours est-il que si j’y suis allé de ce long préambule, c’est pour en venir à dire que ce vin de Tabali est l’équivalent pour moi, en terme de Syrah, de ce que sont depuis longtemps les bons Cabernets chiliens de type Reserva. Des vins abordables en jeunesse, mais avec un bon potentiel pour la moyenne garde. Des vins plus faciles à boire que les grosses bombes ambitieuses et souvent très coûteuses, et qu’il ne sera pas nécessaire de garder 30 ans sans savoir si finesse et équilibre pourront un jour être réunis. Dans le cas de cette Syrah, le vin n’est pas encore totalement sur la finesse, mais l’équilibre lui est déjà là. Ce vin, malgré mon préjugé favorable à son égard, a tout de même su me surprendre par son niveau qualitatif d’ensemble. C’est vraiment très bon, surtout si on a envie d’un vin sur un généreux profil de jeunesse. Désolé d’en rendre compte si tardivement, le troisième arrivage de celui-ci à la SAQ étant presque complètement écoulé. Ça m’apprendra à ignorer les valeurs sûres.

http://www.wineanorak.com/wineblog/videos/video-another-remarkable-chilean-vineyard-tabalis-talinay-in-limari




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jeudi 30 décembre 2010

PINOT NOIR, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, VINA TABALI


Un autre vin de la vallée de Limari. Cette fois le Pinot Noir d’un producteur qu’on connaît ici au Québec pour son Chardonnay de la même gamme, et pour sa Syrah Reserva. Ce Pinot provient de trois parcelles sélectionnées d’un vignoble aux sols calcaires situé à 29 km de l’océan Pacifique. Dans un message précédant, je joignais un lien vers un vidéo montrant le nouveau vignoble Talinay de Vina Tabali. Celui-ci est plus frais car situé à seulement 12 km de la côte du Pacifique. Les premiers résultats en Pinot issus de ce vignoble seraient des plus prometteurs selon l’expert britannique en vins chiliens Peter Richards. Pour revenir au Reserva Especial dont il est question ici. Le vin a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à 13.5% d’alcool pour un pH de 3.51 et 3.1 g/L de sucres résiduels.

La robe est d’une belle teinte rubis passablement translucide. Le nez est bien calibré et dégage de jolis arômes de fraise et de cerise, complétés par une touche épicée évoquant la muscade et la cannelle, ainsi que par une légère touche torréfiée. Assez simple comme nez, mais propre, et fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage dans une bonne version Nouveau-Monde. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne souplesse et de l’amplitude. Les saveurs sont franches et intenses, mais sans excès, ce qui donne un vin facile à boire. Le milieu de bouche montre une bonne concentration, sur une texture tannique raffinée. La finale est fondue et persistante avec des notes épicées qui ressortent à la toute fin.

C’est le troisième millésime de ce vin que j’essaie, et ma persévérance est finalement récompensée. Les millésimes 2006 et 2007 de ce vin ne m’avaient pas convaincus. Les vins n’étaient pas mauvais, mais n’avaient rien pour séduire non plus. Ce 2008 marque donc un clair pas en avant. Une preuve que les producteurs chiliens sont toujours en processus d’apprentissage avec ce cépage exigeant. Avec ce vin on obtient un Pinot de profil Nouveau-Monde, dans le meilleur sens du terme. Selon mon expérience, c’est un vin qui peut se comparer à de bons exemples de Californie ou de Nouvelle-Zélande dans l’intervalle de prix 30-40$. Donc, pour les 19.95$ payés, il s’agit d’un excellent RQP. Selon mes lectures, le 2009 serait encore meilleur. C’est donc une histoire à suivre.

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mercredi 22 décembre 2010

CHARDONNAY, MEDALLA REAL, 2008, LIMARI, VINA SANTA RITA


Pour rester dans le thème du message précédant. Après le Tabali, Reserva Especial, et le Marques de Casa Concha, j’ai pu mettre la patte sur un troisième Chardonnay, 2008, de la région de Limari. Comme dans le cas du Marques de Casa qui était auparavant originaire de Maipo, Santa Rita a aussi fait migrer sa production pour cette cuvée, dans ce cas de Casablanca vers Limari. Cette région semble vraiment être tenue en haute estime pour la production de vins de ce cépage. En fait, dans le cas de ce Medalla Real, 85% des raisins entrant dans sa composition proviennent de Limari, le reste venant de Leyda, une autre nouvelle région fraîche du Chili. Le vin a été fermenté et élevé sur lies en barriques de chêne français (20% neuves) pendant huit mois. Il titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.30, et est bien sec avec 1.77g/L de sucres résiduels.

La robe montre une teinte légèrement dorée. Le nez est discret, mais on peut quand même y percevoir des arômes de citron, de pêche, d’orange, et de noix, complétés par une légère touche beurrée. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne amplitude et une texture légèrement onctueuse. Contrairement à la retenue olfactive, les saveurs s’expriment avec vigueur et intensité. Le vin est d’une bonne densité, mais évite de tomber dans l’excès. Cela lui permet de montrer une certaine élégance généreuse. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration sur un volume bien ajusté. La finale est harmonieuse, avec une bonne persistance des saveurs sur de très légers relents d’amertume.

Ce troisième Chardonnay de Limari en assez peu de temps semble me confirmer une certaine “typicité” propre à la région, avec des profils se rapprochant plus de l’expression bourguignonne du cépage. C’est moins tropical, plus élégant, et on ne retrouve pas les arômes de maïs en grains qui sont assez fréquents dans les vins de ce cépage issus de Casablanca. Pour ce qui est de la fameuse “minéralité” qu’on dit propre aux vins de cette région. Ça demeure une notion vague et difficilement saisissable pour moi. Un espèce de qualificatif que personne ne comprend exactement de la même façon. D’ailleurs, je serais curieux de voir les résultats en pure aveugle d’une dégustation où les participants devraient juger les vins seulement sur l’aspect possiblement minéral de ceux-ci. Je pense que les résultats pointeraient dans toutes les directions. Pour en revenir à ce Medalla Real, minéral ou pas, il s’agit d’un beau vin offrant un RQP avantageux au prix demandé (17.95$).


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mercredi 3 novembre 2010

CHARDONNAY, MARQUES DE CASA CONCHA, 2008, LIMARI, CONCHA Y TORO



Concha y Toro est un géant. C’est de très loin le plus important producteur de vin au Chili, et un des plus importants producteurs et exportateurs de vin au monde. Dans le petit monde des amateurs passionnés de vin, un tel statut est souvent perçu négativement d’emblée. Tout de suite on pense vin industriel, vin sans identité, vin désincarné. Bien sûr, une telle façon de penser manque de nuance et relève plus de l’idéologie plus que de n’importe quoi d’autre. Concha y Toro produit sans l’ombre d’un doute des vins que l’on peut qualifier d’industriels, mais en même temps, c’est une compagnie hautement innovatrice et une réelle locomotive pour le secteur vinicole chilien. C’est une compagnie qui possède une masse critique incomparable, ce qui permet d’accumuler et de transmettre le savoir-faire d’une façon inaccessible aux petits opérateurs. C’est aussi une compagnie qui de par ses nombreuses gammes de produits, multipliés par un nombre considérable de filiales produit une très grande diversité de vins. Le vin dont il est question ici est à mon sens un bon exemple du souci d’innovation et de la constante quête qualitative de ce géant, et du rôle important qui est laissé aux employés sur le terrain pour être les moteurs de cette quête qualitative.

Marcelo Papa, l’oenologue en charge de la gamme “Marques de Casa Concha” est celui qui au début des années 2000, a poussé très fort au sein de la compagnie pour qu’elle s’intéresse au potentiel de la vallée de Limari. Il a su être convaincant car il y a quatre ans, Concha yToro a décidé de créer une filiale à part entière appelée “Maycas de Limari”, totalement dédiée aux vins de cette région. Ce Marcelo Papa doit être très persuasif, car il a ensuite réussi à faire changer l’origine des raisins pour cette cuvée “Marques de Casa Concha”, de Maipo à Limari. Ce n’est pas rien, car cette cuvée, lorsqu’issue de raisins de Maipo se méritait années après années des gros scores des revues américaines, ce qui en faisait un très bon vendeur. Mais Papa est convaincu de la supériorité de la fraîche Limari pour les vins de Chardonnay, et malgré le succès de l’ancienne cuvée, il a réussi à faire accepter le changement à ses patrons. Ce n’est là qu’un exemple, mais à mon avis, cela montre bien qu’une grosse compagnie ne pense pas nécessairement qu’au profit facile. Les employés passionnés, innovateurs, convaincus et convaincants peuvent y faire entendre leur voix. Tout cela est bien beau, mais qu’en est-il du vin?

La robe est d’une belle teinte dorée. Le nez est assez réservé, mais tout de même assez dégourdi pour qu’on puisse y humer des arômes fruités de citron, de pêche, et de poire, complétés par de fines notes de noix et de fumée. Très beau nez tout en subtilité, où la qualité des arômes est évidente. La bouche pour sa part est plus loquace, et simplement superbe. On y retrouve un vin ample et caressant, alliant élégance et intensité des saveurs fruitées, bien supportées par un apport boisé modéré et de belle qualité. Le vin est bien équilibré et possède un niveau de concentration rare pour un vin de ce prix. Heureusement, cette concentration élevée ne se paie jamais au prix de la lourdeur, comme c’est le cas des vins bien constitués. Le milieu de bouche permet aussi d'apprécier une légère onctuosité, alliée à un bon volume. Cela ajoute à la présence du vin, et lui permet de bien couler vers une finale intense et harmonieuse d'une très bonne longueur.

J’ai écrit cette note de dégustation après ma quatrième bouteille de ce vin. Après deux superbes bouteilles, j’avais décidé d’inclure une bouteille de ce vin dans une dégustation de vins du Chili qu’on m’a demandé d’organiser la semaine passée. À ma grande surprise, ce vin a très mal paru lors de cette dégustation, finissant bon dernier de la soirée. Cela m’avait laissé très perplexe, car j’avais été très impressionné par les deux premières bouteilles qui m’avaient semblé bien meilleures. Et bien cette quatrième bouteille me confirme la grande qualité de ce vin, et il est clair dans mon esprit que la bouteille que j’avais apporté à la dégustation était différente, et passablement en retrait par rapport aux trois autres. Lors de la dégustation des deux premières bouteilles, je trouvais une ressemblance à ce vin avec la cuvée de base de Kumeu River de Nouvelle-Zélande. Je me disais que le niveau qualitatif était similaire, et que cela faisait de ce “Marquès de Casa Concha”, acheté pour 18$, un RQP de haut vol, car le Kumeu représentait déjà pour moi un bon achat à un peu plus de 30$. Je ne tente pas de justifier un vin qui a moins bien performé lors de cette dégustation. J’ai rapidement ouvert une autre bouteille pour vérifier, et si le vin n’avait pas été bon, je n’en aurais simplement pas parlé, comme c’est la cas des mauvais vins qu’il m’arrive de goûter.


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vendredi 8 octobre 2010

CHARDONNAY, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, VINA TABALI


Quand j’ai commencé à m’intéresser aux vins chiliens, vers la fin des années 90, la plupart des vins de Chardonnay chiliens venaient de la chaude vallée centrale où on plantait à proximité du Cabernet Sauvignon et du Chardonnay. Ce terroir, de manière générale, convenait assez bien au Cabernet, mais pour le Chardonnay il était clairement inapproprié. On a ensuite vu apparaître graduellement les premiers vins de Chardonnay issu de Casablanca, la première région plus fraîche développée au Chili. Le mouvement se continue aujourd’hui avec les premiers vins de Chardonnay issus de nouvelles régions encore plus fraîches, comme San Antonio, Bio Bio, Malleco et Limari. Pour avoir goûter quelques Chardos de Limari la semaine passée, lors de la dernière dégustation de “Vins du Chili”. Cette région produit avec ce cépage un style de vin se rapprochant de la référence bourguignonne. Malheureusement, je n’ai pas encore pu goûter les quelques “top cuvées” issues de cette région, mais les vins de niveau intermédiaire sont vraiment très prometteurs. Voyons de quoi il en retourne avec ce “Reserva Especial”.

La robe est d’une teinte jaune pâle. Le nez est réservé et fin. Il dégage des arômes de citron, de pêche, de noix, et de miel. Le profil olfactif est assez simple et plutôt réservé à ce stade, mais la qualité aromatique est au rendez-vous. En bouche, le vin montre un bel équilibre entre l’acidité et le gras. C’est à la fois frais et légèrement onctueux. L’expression des saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez, mais avec pas mal plus d’intensité. Belle tenue en milieu de bouche d’où se dégage une certaine élégance. L’acidité joue toujours un rôle central dans le profil frais de ce vin qui sans être rond montre tout de même un peu de volume. La finale est réussie, avec un sursaut dans l’intensité des saveurs auxquelles s’ajoute un léger trait d’amertume. La persistance est de bon niveau.

Très beau vin de Chardonnay, fin et élégant, à défaut d’être complexe et très concentré. Avec un vin de ce style, il est clair que le Chili poursuit sa progression vers la diversité stylistique. C’est l’antithèse du vin fait pour impressionner. En ce qui me concerne, c’est le signe d’un début de maturité du petit monde vinicole chilien. Ce pays travaille d’arrache-pied pour corriger son image, et un vin comme celui-ci est un signe clair de progression. Comprenez-moi bien, ce n’est pas un grand vin, mais c’est un très bon vin qui de par son style nuancé s’adresse à un public d’amateurs qui négligent généralement les vins de ce pays. De plus, comme c’est souvent le cas avec les vins chiliens, le consommateur y trouvera facilement son compte au prix demandé de 19.95$ à la SAQ.


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dimanche 7 mars 2010

MERLOT, RESERVA, 2006, LIMARI, VINA TABALI


Le Merlot est un cépage qui a rarement fait bonne figure au Chili. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce phénomène. D’abord, il a longtemps été confondu avec le Carmenère, qu’on appelait alors Merlot Chileno. Certains producteurs faisait la distinction entre les deux, étant donné que le Carmenère est un cépage de maturité beaucoup plus tardive, mais ce n’était pas le cas de tous, surtout que les deux cépages étaient souvent plantés ensemble. Ce qui fait que le Carmenère cueilli trop tôt donnait un aspect vert à l’assemblage involontaire final. Un autre problème du véritable Merlot, c’est qu’il était planté dans la chaude vallée centrale, ce qui entraînait une maturation trop rapide pour ce cépage relativement hâtif qui préfère un peu de fraîcheur. Finalement, le dernier problème du Merlot au Chili est relié à la faiblesse de son système racinaire. Il faut se rappeler qu’au Chili, 95% du vignoble est non greffé. On plante les cépages sur leurs propres racines, et celles du Merlot sont très capricieuses et se développent mal dans certains types de sol. Cela contribue à la tendance qu’a ce cépage, dans des conditions chaudes, à la déshydratation. Pour obtenir de meilleurs résultats avec le Merlot au Chili, des producteurs ont entrepris de planter ce cépage dans des terroirs plus frais, avec de meilleurs clones qu’ils plantent sur des porte-greffes, c’est-à-dire des racines de vignes autres que celle du Merlot, comme c’est la pratique courante en Europe depuis plus d’un siècle, à cause du phylloxera. Le porte-greffe est choisi pour mieux s’adapter au type de sol, ce qui donne un meilleur système racinaire. Lorsque combiné à un climat plus frais, il n’y a plus de problème de déshydratation, et la maturation des fruits est plus lente, ce qui permet de préserver une meilleure qualité d’arômes.

J’ignore si les vignes de Merlot à l’origine de ce vin sont plantées sur porte-greffes, mais le vignoble a été planté au tournant du siècle, après la clarification de l’imbroglio avec le Carmenère. Il s’agit donc assurément d’un pur Merlot. Autre atout qualitatif, il provient de la vallée de Limari, une région relativement fraîche qui permet une lente maturation. À preuve, ce Merlot a été vendangé manuellement à la fin du mois de mai. Ce qui est la limite pour les vendanges au Chili. C’est le climat très sec, sans risques de pluie qui permet de laisser les raisins si longtemps sur les plants de vignes. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne, 70% français et 30% américain. Il titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.50.

La robe est très foncée et opaque. Le nez s’exprime avec modération et dégage de beaux arômes de fruits noirs, auxquels s’ajoutent de fines notes épicées, de l’humus, et un caractère légèrement torréfiées. Beau nez évoquant l’Ancien-Monde, avec déjà une légère touche terreuse qui laisse croire à un début d’évolution, mais avec encore un très beau potentiel, puisque le fruit de jeunesse est encore à l’avant-plan. En bouche, on retrouve un vin d’une élégance surprenante, avec une attaque bien équilibrée. Le vin montre un corps moyen, doublé d’une belle souplesse, sur une structure qui reste somme toute assez compacte. Une impression de sérieux se dégage. On est loin de la bombe fruitée et charnue, mais en même temps, les saveurs sont de très belle qualité, avec ce mélange de fruits noirs, d’épices douces, de notes terreuses et de légère torréfaction. Le milieu de bouche confirme cette impression, avec un bon niveau de matière, sans lourdeur, avec une concentration bien calibrée et un volume restreint. La trame tannique est fine, avec un léger grain qui donne une dimension tactile agréable. La finale conclut en beauté le parcours de ce vin marqué au signe du plaisir contenu, avec un beau fondu de saveurs et une persistance digne d’un très bon vin.

Deuxième bouteille de ce vin pour moi, 10 mois après la première, et le vin me semble encore meilleur. Ce vin offre un profil de vin européen propre et un peu moderne. À l’aveugle, je ne pense pas que je pourrais l’identifier comme chilien. Pour ce qui est de son identité de Merlot. Je dois avoué que je n’ai pas une idée très claire de ce que donne ce cépage. Une chose est sûre toutefois, ça se démarque clairement de la caricature du mauvais Merlot chilien. Ce vin vient de réapparaître sur les tablettes de la LCBO, dans le cadre d’un spécial sur les vins du Chili, et selon mes lectures, il est classé comme le meilleur RQP de l’offre. Pas étonnant quand on pense qu’on en demande seulement 14.95$. Un autre vin qui, s’il était d’une autre origine, plus reconnue et prestigieuse, pourrait se vendre au moins le double sans que personne ne trouve à redire. D’ailleurs, pour moi, Tabali est un des meilleurs producteurs chiliens en terme de RQP. Chez eux, pas de gros vins stéroïdés vendus à fort prix, plutôt des vins aux belles proportions et de qualité exceptionnelle pour les prix demandés. En espérant que la SAQ aille au delà de l’excellente Syrah de ce producteur qu’elle offre déjà, et ajoute au répertoire d’autres vins de Tabali.

dimanche 14 février 2010

SYRAH, RESERVA, 2008, LIMARI, VINA CASA TAMAYA


La vallée de Limari est une région fraîche paradoxalement située au nord du Chili. Cette fraîcheur provient de son exposition directe au Pacifique, en l’absence de cordillère côtière dans cette partie du pays. J’ai dit que Limari était une région fraîche, en fait, le degré de fraîcheur est dépendant de la distance qui sépare les vignobles de la côte. Très à l’intérieur des terres, le climat peut-être aussi chaud que celui de la vallée centrale. Donc, au Chili comme ailleurs, la spécificité géographique est importante. Dans le cas de Tamaya, les vignobles sont situés à environ 20 km de la côte, comparativement à environ 30 km pour Tabali, un autre producteur de Limari, dont la Syrah est offerte au Québec. Donc, Tamaya jouirait en principe de conditions plus fraîches que Tabali. Mais un autre facteur très important dans Limari est la nature du sol. Certaines parcelles peuvent contenir de fortes teneur en calcaire. Pour ce qui est du vin, c’est en fait un assemblage comprenant 5% de Viognier. Il est issu de vignes de 11 ans d’âge, dont le rendement est limité à environ 45 hl/ha. La vendange est manuelle et a lieu tard, selon les standards chiliens, soit lors des deuxième et troisième semaines de Mai. À titre de comparaison, dans la vallée centrale on récolte la Syrah vers la mi-Avril. Ce vin est élevé pendant 9 mois en barriques de chêne, pour la moitié. L’autre moitié est demeurée en inox jusqu’à l’assemblage final. Le vin titre à 13.5% d’alcool et a été collé et filtré.

La robe est bien foncée et très légèrement translucide. Le nez est dégourdi et dégage des arômes de fruits noirs et rouges, évoquant la mûre et la cerise. Cet aspect fruité est complété par des notes de poivre noir, d’épices douces dans le registre du clou de girofle et de lavande. La bouche est ronde, avec un fruité doux et très intense, qui comme au nez est amalgamé à un aspect épicé bien présent. Un trait d’amertume arrive à tempérer quelque peu l’intensité et la douceur du fruit. En milieu de bouche, l’explosion de saveurs fruitées et poivrées se poursuit, avec toute la concentration voulue et un bon volume. Le vin est relativement peu extrait au niveau tannique, et les tanins présents sont doux et veloutés. La finale poursuit dans la voie tracée, et en remet même une couche, avec encore plus d’intensité, et une très bonne allonge.

Voici une Syrah chilienne qui m’a fait penser à une argentine. Ce vin montre un profil général qui, tant au niveau aromatique, que de la structure, me rappelle la Syrah/Bonarda, Crios, de Susana Balbo, qui vient de la région de Mendoza en Argentine. Le style est plutôt du côté Nouveau Monde du spectre stylistique, surtout à cause de l’intensité du fruit, mais certaines caractéristiques du cépage sont bien présentes, comme le caractère poivré. C’est un vin qui offre beaucoup de matière et de concentration, ainsi qu’une longueur franchement renversante pour un vin de ce prix (13.95$). Bien sûr, c’est un vin encore très jeune, mais il possède une matière tellement généreuse, que je suis convaincu qu’il a ce qu’il faut pour une garde d’au moins cinq à sept ans. Une garde qui pourrait selon moi donner des résultats surprenants. J’ai souvent vu des petites bombes chiliennes du genre se métamorphoser avec quelques années en bouteille. Je pense que ce vin est un bon candidat pour réaliser ce type d’exploit. Dans un cas comme celui-ci, il faut simplement oublier le prix, car il est carrément trompeur. Je sais que j’ai l’air d’un vieux disque vinyle où l’aiguille est restée accrochée, mais si ce vin était d’une origine plus reconnue et prestigieuse, il pourrait facilement se vendre le double. Très bel achat.

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mercredi 16 décembre 2009

CHARDONNAY, RESERVA ESPECIAL, 2007, LIMARI, VINA TABALI




La dernière année a marqué une évolution dans mon profil de consommateur de vin. Moi qui buvait surtout du rouge, j’augmente graduellement ma consommation de blanc. Une des raisons est que je préfère maintenant mes rouges avec un certain âge, ce qui leur procure plus de “buvabilité”. Toutefois, je n’ai pas encore la réserve requise de ce type de vin pour en boire régulièrement. Je stocke donc les jeunes rouges, et j’ouvre plus de jeunes blancs, qui eux se boivent très bien, malgré leur jeunesse. Une autre raison de ma dérive relative vers les blancs, étant donné mon intérêt pour les vins du Chili, est l’augmentation marquée du niveau qualitatif des blancs issus de ce pays, avec le développement de nouvelles régions plus fraîches et mieux adaptées à la culture des cépages blancs en général. En ce sens, je continue ma revue de quelques Chardonnays issus de ces nouvelles régions chiliennes, avec une offrande de Vina Tabali, issue de la vallée de Limari. Ce vin provient d’un vignoble aux sols à haute teneur en calcaire, sous influence directe du Pacifique, qui est situé à 25 km. Le fermentation a eu lieu en barriques de chêne français, suivie d’un élevage de 10 mois dans celles-ci.

La robe arbore une teinte dorée assez pâle. Le nez est quelque peu retenu, mais tout de même bien agréable, exhalant des arômes de pêche, de citron, de noix, et de miel. Beau nez fin et délicat. En bouche, le vin se montre pas mal plus démonstratif, avec une attaque superbement équilibrée, ronde et souple, presque onctueuse. Le vin est d’une texture caressante, et le fruité est d’une pureté exemplaire, amalgamé à de légères notes doucement épicées. Le milieu de bouche est lui aussi sous le signe de l’équilibre, la matière est bonne, sans excès d’aucune sorte. Les proportions sont idéales. Le vin coule sans effort et le niveau de la bouteille baisse trop rapidement. La finale garde le cap sans fléchir, avec toujours cette impression d’équilibre presque idéal, sur une allonge de bon niveau.

Si la “buvabilité” doit être un critère primordial dans l’évaluation d’un vin, et bien cette “Réserve Spéciale” de Vina Tabali marque un point indéniable. Ce vin est dangereusement bon. Pourtant, il n’a aucune particularité spectaculaire. Mais l’ensemble est une réussite totale. L’exemple parfait illustrant que parfois, la somme peut être supérieure à l’ensemble des parties. Ça coule sans effort en caressant le palais, sur un spectre gustatif irréprochable. Très beau vin de Chardonnay, subtil et élégant, à l’apport boisé finement dosé. Aucune lourdeur dans ce vin, que du plaisir. Franchement. J’adore. Et comme toujours avec moi, quand je pense au prix (18.95$), j’ai tendance à le trouver encore meilleur. Je ne suis pas le seul. Jay Miller de Wine Advocate a donné un 91 à ce vin, comparant son profil élégant à celui d’un Côte de Beaune. Vraiment superbe vin à l’excellent RQP, qui montre que le Chili fait de grands et rapides progrès avec le cépage Chardonnay, de Malleco au sud, jusqu'à Limari au nord.

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