mercredi 16 février 2011

SAQ et promo vins 90+ de James Suckling

J’ai reçu un courriel de la SAQ cette semaine pour annoncer une promotion où l’ancien critique du Wine Spectator est en vedette. Malgré que les deux seuls vins chiliens, parmi un lot de 55 vins offerts, soient cotés parmi les meilleurs RQP de la sélection de M. Suckling. Je trouve regrettable de voir la SAQ se lancer dans ce genre de promo, car cela donne de la crédibilité au système de notation précis sur 100, alors que ce système n’est pas crédible. Aussi, cela donne de la légitimité au phénomène du gourou qui pourrait du haut de sa science infuse dire à l’ensemble des consommateurs ce qui est bon à l’aide d’un simple chiffre dépassant la limite arbitraire de 89 sur une échelle floue. J’aimerais savoir ce qui distingue un vin coté 90 d’un vin récoltant un vulgaire 89. Cette promo laisse à penser au consommateur québécois que ce système de catégorisation précis des vins est valide, alors que dans la réalité il n’en est rien. Ce qui m’inquiète le plus dans ce type d’exercice, c’est que la SAQ en viennent de plus en plus à n’offrir que des vins bien cotés par les gourous du genre de M. Suckling. Surtout pour des vins de pays moins renommés où la note compense souvent pour le manque de prestige de l’étiquette. Il serait très déplorable que d’excellents vins n’ayant pas reçu la fameuse note de 90+, par un pseudo-omniscient quelconque, ne puissent trouver pour cette raison le chemin des tablettes de la SAQ, et que l’on développe chez les consommateurs plus crédules ou moins avisés, l’idée que ces vins sans cotes reluisantes n’en valent nécéssairement pas la peine. Si tel était le cas, on passerait à côté de nombreux vins de grande qualité et éminemment dignes d’intérêt.

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=29&t=17601

http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/promotion+misses+home+grown+expertise/4341143/story.html


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mardi 15 février 2011

CABERNET SAUVIGNON, LAS MERCEDES, RESERVA ESPECIAL, 2007, MAULE, VINA J. BOUCHON




On pourrait comparer la vallée de Maule au Chili à la région du Languedoc en France. C’est une région où on a longtemps fait pisser la vigne pour produire du vin de table bas de gamme. Les deux régions partagent un cépage commun, le Carignan, qui a longtemps eu très mauvaise réputation, mais qu’on redécouvre aujourd’hui et dont on tire des vins originaux d’une qualité étonnante. Les deux régions se situent au bas de l’échelle du prestige dans leurs pays respectifs, l’échelle chilienne étant beaucoup plus restreinte à cet égard. Néanmoins, cette situation fait de Maule une des régions à privilégier pour qui recherche originalité et qualité à bon prix. Les deux points distinctifs principaux de cette région sont le vaste patrimoine de très vieilles vignes, et le fait qu’une partie de la vallée reçoit suffisamment de précipitations pour éviter le recours à l’irrigation. Vina J. Bouchon est un autre producteur chilien ayant des connexions avec la France. L’ancêtre de la famille a immigré du bordelais vers le Chili à la fin de 19 ième siècle à cause de la crise du phylloxéra, et l’oenologue conseil de la maison est un autre immigré français d’origine bordelaise, Patrick Vallette, dont la famille était jadis propriétaire du Château Pavie. M. Valette est aujourd’hui un consultant renommé au Chili. Il travaille, entre autres, pour le Clos Quebrada de Macul dans Maipo et Neyen de Apalta dans Colchagua. Pour ce qui est de cette cuvée spéciale Las Mercedes, il s’agit d’un vin issu à 100% du cépage Cabernet Sauvignon récolté manuellement dans deux vignobles distincts. Le vin est élevé pendant un an en barriques de chêne français de premier et deuxième usage. Il titre à 14% d’alcool pour un pH de 3.59 et 2.43 g/L de sucres résiduels.

La robe exhibe une couleur foncée très intense et pratiquement opaque. Le nez montre un heureux mélange d’arômes de fruits noirs, de terre humide, de café et d’herbes aromatiques, complétés par un brin d’épices douces et de légères notes florales. Beau nez complexe et au profil particulier qui le distingue de ses contreparties du nord de la vallée centrale. On sent dans ce vin de Cabernet un terroir différent, même si le cépage est le même. En bouche, l’attaque est bien ferme et le vin tendu par une acidité vivifiante qui donne du nerf à l’ensemble, tout en rehaussant l’intensité des saveurs fruitées. En milieu de bouche, le vin est à la fois compact et concentré. Les saveurs semblent focalisées, alliant un très beau fruit noir à une amertume marquée de chocolat noir. Ces différents aspects, combinés à une texture tannique fine et resserrée, donnent au vin un caractère passablement sérieux. La finale est percutante, avec les saveurs qui gagnent encore en intensité, et une persistance de très bon niveau.

Pour aimer ce vin, il faut apprécier les rouges avec une bonne dose d’acidité. C’est une caractéristique assez rare chez les vins rouges de la vallée centrale chilienne. Il faut dire que dans ce cas-ci, on se situe proche de l’extrémité côtière sud-ouest de cette vaste vallée. Une zone avec de la pluie plus fréquente où les conditions de culture sont assez différentes, avec très peu ou pas du tout d’irrigation, et cela transparaît dans les caractéristiques structurelle et aromatique du vin. En ce sens, ce Las Mercedes me semble un réel vin de terroir. Mais le plus important, c’est que c’est un très bon vin. Compte tenu de sa qualité, il est difficile de croire qu’il se vend pour seulement 15$. Selon moi, ce vin rivalise avec de bons exemples de Cabernets chiliens vendus entre 20$ et 25$, et je vous passe les comparaisons avec des régions plus réputées du reste du monde. Si on ajoute à cela son caractère distinctif comme une valeur supplémentaire, il est clair qu’il s’agit d’une aubaine. Une preuve de plus que le Chili peut maintenant créer de la diversité avec des vins d’un même cépage, en se basant sur sa variété de terroirs différents. La Syrah est le meilleur exemple à cet égard, avec des styles bien différenciés selon les terroirs. Le Cabernet Sauvignon n’est pas aussi versatile à cause qu’il s’accommode plus mal des terroirs plus frais. Mais dans ce cas-ci, on semble être avec succès autour de la limite inférieur où maturité du fruit et fraîcheur se conjuguent avec bonheur. Probablement que l’absence ou le très faible niveau d’irrigation a aussi un rôle à jouer dans le caractère distinctif du vin. Le vin phare de la maison, la cuvée Mingre disponible en I.P. au Québec (36$), a obtenu le titre de meilleur assemblage rouge lors des derniers “Wines of Chile Awards” devant des vins de cette catégorie bien plus réputés et beaucoup plus chers, tels Clos Apalta de Casa Lapostolle ou encore Triple C de Santa Rita.


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vendredi 11 février 2011

RIESLING, VISION, 2010, BIO BIO, VINA CONO SUR


L’histoire de ce vin est intéressante, et par plusieurs aspects indicative de la mentalité de ce que j’appelle l’ancien Chili. Une mentalité qui a longtemps ralenti la progression de ce pays vers des vins de haut niveau qualitatif. Ce vin est issu du vignoble Quitralman planté en 1986 par la famille Guilisasti, actionnaire principal du géant Concha y Toro, près de la ville de Mulchen sur les rives de la rivière Bio Bio, dans une des régions les plus méridionales et fraîches du Chili. Ces vignes de Riesling avaient alors été plantées dans le but d’en tirer de hauts rendements pour produire du vin mousseux. Ce n’est qu’en 2002, que Adolfo Huratado, oenologue en chef chez Cono Sur, une filiale de Concha y Toro, a décidé de réaliser le plein potentiel de ces vignes pour produire du vin tranquille de haute qualité. Pour ce faire il a coupé les rendements des deux tiers, de 75 hl/ha pour les ramener à 25 hl/ha. Cela a permis dès le départ de produire des vins d’une qualité étonnante. Depuis, l’expérience aidant, Hurtado a raffiné son approche. Ce qui permet d’être optimiste pour cette cuvée 2009. Le vin est issu de raisins vendangés manuellement et élaboré entièrement en inox. Le style est demi-sec avec 9.8 grammes par litre de sucres résiduels, pour un vif pH de 3.12 et un titre alcoolique de 13.4%.

La robe est de teinte jaune aux légers reflets verdâtres. Le nez est d’intensité modérée et dégage des arômes fruités de lime et de poire, complétés par des notes florales et miellées et par quelque chose rappelant les aiguilles de conifère. Un nez bien agréable, typique du cépage, avec une belle qualité d’arômes, même s’il n’est pas le plus complexe. En bouche, d’entrée la richesse de la matière donne à penser qu’on a affaire à un vin beaucoup plus cher. C’est équilibré, alliant acidité vive, douceur, gras et intensité des saveurs. L’aspect gustatif est un juste reflet de ce qui était perçu du côté olfactif. Le milieu de bouche permet de s’étonner encore de la qualité de la matière et de son fort niveau de concentration. Le vin a du volume et remplit bien la bouche, avec une acidité qui est toujours bien présente pour maintenir l’équilibre, en apportant ce qu’il faut de tension à l’ensemble, ce qui permet d'éviter toute impression de lourdeur, même lorsque le vin se réchauffe dans le verre. La finale ne déçoit pas sous le signe de l’harmonie et de la longueur avec une très légère pointe d'amertume.

J’ai fait du Chili mon pays vinicole de prédilection d’abord et avant tout pour les vins de très forts RQP qu’on peut facilement y trouver quand on sait choisir. Et bien malgré cela, sur cet aspect, ce pays arrive encore à me surprendre. Ce Riesling de Cono Sur est carrément renversant de qualité pour le prix qu’on en demande. Il s’agit sans l’ombre d’un doute d’un candidat de premier ordre au titre de meilleur vin blanc de 15$ au monde. En dégustant ce vin, je comprenais parfaitement pourquoi la revue Decanter a décerné au millésime 2009 de ce vin le titre de meilleur Riesling sous la barre des 10 livres. Je comprenais aussi pourquoi un chroniqueur crédible comme Tim Atkins classait le Riesling, Reserva, 2010, d'une gamme inférieure, parmi les meilleurs blancs qu’il avait goûtés lors de son récent voyage dans ce pays. Bien sûr, pour aimer ce vin il faut aimer le Riesling, et il faut l’aimer avec un peu de sucres résiduels. Mais dans le cas de ce vin l’acidité vive du vin contribue à garder cet aspect légèrement sucré sous contrôle. Mais au-delà des préférences stylistiques possibles, la qualité du vin est manifeste. Ce vin pourrait facilement se vendre pour le double du prix s’il était embouteillé sous une étiquette plus prestigieuse. Je sais que je suis redondant avec ce genre d’affirmation, mais j’en suis totalement convaincu et c’est pourquoi le Chili représente un pays vinicole si spécial à mes yeux, ou à mes papilles devrais-je dire. Une façon de bien boire à une fraction du prix pour peu qu’on soit prêt à laisser l’aspect prestige de côté. C’est vrai, le mot Chili sur une étiquette n’est pas prestigieux. Dans le cas de ce Riesling, la majorité des acheteurs potentiels n’auront aucune idée de ce qu’est la région de Bio Bio. Mais le contenu de la bouteille est à mon sens au-dessus de ces considérations. Le vin parle pour lui-même en autant qu’on lui prête une oreille neutre et attentive. En terminant la bouteille de cet excellent vin, une chose m’apparaît clairement, c’est que ce pays possède un potentiel incroyable de qualité et de diversité, et qu’il est sur la voie rapide vers le statut de grand pays vinicole. Ce vin issu d’un vignoble anachronique porte bien son nom, et permet de voir où le Chili pourra être dans 10 ans, pour peu qu’on lui en donne la chance en achetant de telles aubaines aujourd’hui. Le potentiel pour le vin blanc de haute qualité est énorme au Chili, car les terroirs frais aux sols variés sont là. Ce potentiel ne fait que commencé à se révéler, toutefois pour que ce potentiel se réalise pleinement, le marché devra suivre. Ce vin n'est malheureusement pas offert à la SAQ, mais on y offre le Viognier de la même gamme qui vaut aussi le détour. J'en parlerai bientôt sur ce blogue.



2010 Cono Sur Reserva Riesling, Bio Bio
There’s a lot of fuss (some of it justified) about the Pinot Noirs from this large Chilean winery, but its cool climate Rieslings are just as exciting in my view. This is just off dry and tastes like a cross between Rieslings from Alsace and Austria, with a hint of bitter “phenolics” and lemon and lime fruit.
91 points

http://blog.timatkin.com/towards-a-new-chile-part-two/

http://www.decanter.com/dwwa/2010/dwwa_search.php?qsearch=aiaw


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mardi 8 février 2011

MALBEC, ESTATE, 2008, CALCHAQUI, BODEGA COLOMÉ



Petit retour vers un pays que j’ai quelque peu délaissé au cours des deux dernières années. La raison pour laquelle je m’intéresse moins aux vins de ce pays, c’est qu’en général, malgré une qualité certaine, je trouve qu’ils manquent d’identité. La production argentine est trop centrée sur Mendoza, le Malbec et le Torrontès. Un peu comme si le Chili se résumait à Maipo, Carmenère et Sauvignon Blanc. Je sais que ce que j’évoque est une caricature, mais il reste que la diversité de l’offre argentine, tant au niveau des cépages que de l’origine est trop concentrée. Un peu comme ses vins qui font rarement dans la dentelle. Ceci dit, si vous êtes intéressés par des vins qui ont une identité, une origine particulière, et qui en plus cadrent avec la courant que j’appelle le “vin idéologique”. Ce Malbec de Bodegas Colomé semble le candidat tout trouvé. Il est issu pour 20% de raisins venant de vignes de 60 à 150 ans d’âge, cultivées selon les préceptes de la biodynamie dans les vignobles les plus élevés du monde, plantés à des altitudes variant de 5,500 à 8,500 pieds. Personnellement, malgré que ce soit un autre Malbec argentin, c’est ce profil particulier qui m’a donné l’envie de l’essayer. Toutefois, il y a un problème pour les mondovinistes de ce monde qui auraient pu être attirés par ce vin. C’est que voyez-vous, le propriétaire des lieux est le milliardaire suisse Donald Hess qui possède aussi The Hess Collection, Sequana et Artezin en Californie, Brancaia en Toscane, Peter Lehman en Australie et Glen Carlou en Afrique du Sud. Nous somme donc loin du vin d’artisan local, mais plutôt proche d’un vin mondialisé. Un vin intégrant des principes en apparence opposés pour les idéologues de la bouteille. Ceci dit, est-il pour autant moins bon ou moins intéressant pour autant? Pardonnez-moi d’être politiquement incorrect, mais j’aurais tendance à croire qu’il a des chances d’être meilleur. Il est clair que M. Hess avec toutes ses propriétés possède une masse critique et le savoir-faire qui vient avec et que ce savoir-faire peut se transmettre. Pour preuve, l’oenologue en chef chez Colomé est Randle Johnson qui travaille aussi pour Artezin et The Hess Collection en Californie. Mais au-delà du savoir-faire, il y a l’intention. La devise des vins Hess Family est; “Terroir Wines Crafted On 4 Continents”. Finalement, la question est de savoir si un tel producteur mondialisé peut refléter le terroir dans les vins qu’il produit? Le terroir de Calchaqui est si unique, que les points de références sont quasi inexistants pour répondre à cette question. À tout le moins, voyons voir si le vin est bon.

La robe est de teinte sombre aux reflets violacés. Le nez est étonnamment mesuré, et dégage avec justesse des arômes de bleuets et de mûres, auxquels s’ajoutent des notes florales rappelant la lavande, de la muscade, ainsi qu’un léger aspect torréfié. Complexité limitée à ce stade, mais qualité et plaisir indéniables. En bouche, l’attaque est pleine et juteuse, avec une bonne acidité et un doux fruité éclatant, mâtiné de notes boisées bien dosées. L’ensemble est à la fois ferme et souple, soutenu par un trait d’amertume. Le milieu de bouche réitère la bonne présence du vin, sans que celui-ci ne semble pour autant s’imposer. La trame tannique est veloutée, sans aspérités aucunes. Un vin consistant qui glisse sans efforts vers une finale qui confirme, sous le signe de l’intensité, sur une persistance de bon niveau.

On peut bien aimer les principes plus que le vin, mais quand on s’en tient au vin dans le verre et qu’au surplus on a décidé de ne pas bouder son plaisir inutilement. On ne peut qu’être ravi par ce Malbec de Colomé. C’est un vin de très belle qualité, qui a tout pour plaire. Le vin est généreux mais équilibré, les 15% d’alcool passent sans problèmes, et sa jeunesse n’est pas un obstacle puisqu’il se livre déjà sous un jour très séduisant. C’est pour moi un vin du Nouveau-Monde dans le meilleur sens du terme, et offert à un prix très raisonnable (25$), compte tenu de son niveau qualitatif. Il m’est aussi apparu très fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage en territoire argentin. L’origine argentine m’est donc apparue limpide. Toutefois, je n’y ai pas noté de particularité pouvant le démarquer clairement d’un Malbec de Mendoza du même niveau et du même style. Peut-être que dans une dégustation comparative directe, un caractère particulier pourrait se révéler plus facilement. Une chose est sûre toutefois, c’est un beau vin et un bon achat.

 
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jeudi 3 février 2011

SYRAH, BAYO OSCURO, 2007, CASABLANCA, KINGSTON FAMILY VINEYARDS


L’histoire de la famille Kingston au Chili est fascinante. Elle remonte au début du vingtième siècle alors que le premier des Kingston, venu du Michigan, s’y est rendu à la recherche de cuivre et d’or. Les rêves miniers ne se sont pas réalisés, mais plusieurs générations de la famille ont été élevées sur la ferme familiale de 7,500 hectares située dans la région de Casablanca. Malgré ce fait, le lien américain n’a jamais été rompu et ils ont pu préserver leur langue et leur culture, plusieurs membres de la famille ayant complété leur éducation dans de grandes universités américaines. C’est en 1994 qu’a germé l’idée de planter un vignoble sur les terres de la ferme familiale et il a fallu attendre le millésime 2003 pour voir embouteillés les premiers vins du domaine élaborés sous la gouverne du “winemaker” californien et partenaire du projet Byron Kosuge, un spécialiste du Pinot Noir. Il faut dire qu’une faible partie des récoltes est vinifiée par Kingston, le gros de la production de raisins est vendue. En 2006, les vins de Kingston ont été produits pour la première fois dans les installations nouvellement construites du domaine. Cette Syrah, Bayo Oscuro, représente le haut de gamme de la maison et seulement 245 caisses ont été produites. Les vignes du domaine sont plantées franches de pied et Byron Kosuge dit qu’avec ce 2007 il a tenté de réduire l’extraction car les millésimes précédents lui semblaient trop concentrés. Il a aussi prolongé de trois mois l’élevage en barriques pour le porter à 15 mois, dans le but de faire évoluer le vin un peu plus rapidement pour le rendre plus approchable en prime jeunesse. Le vin n’est pas filtré ni collé et titre à 14.5% d’alcool.

La robe est sombre bien que très légèrement translucide. Le nez est superbe et typique des bons vins de ce cépage issus de climats frais. Les similarités avec le Rhône nord sont évidentes. La palette olfactive déploie de beaux arômes de fruits rouges et noirs et de poivre noir, auxquels s’ajoutent des notes florales et d’épices douces un peu exotiques. Un léger aspect boisé vient compléter cet ensemble séduisant. En bouche, le vin montre un très bel équilibre, alliant structure ferme, acidité bien dosée et fine texture tannique. Il affiche un spectre de saveurs très intenses d’une superbe qualité, soutenues par une amertume bien calibrée. Le milieu de bouche révèle une jeune Syrah sérieuse, droite et vive, avec une matière dense et concentrée évitant toute lourdeur. Pour conclure, les saveurs gagnent un cran en intensité sur une très bonne allonge aux relents amers de chocolat noir.

À mon avis, et selon ce que j’ai pu goûter à date venant du Chili. Ce Bayo Oscuro est à compter parmi les meilleures rouges de ce pays. Ce vin offre une Syrah à la fois fraîche et sérieuse, concentrée et équilibrée. Bien sûr, le vin ne fait que débuter sa vie, mais celui-ci est déjà très agréable et la matière est là pour laisser entrevoir une évolution harmonieuse sur de nombreuses années. Je grogne souvent contre l’offre très perfectible de vins chiliens de la SAQ, mais cette fois-ci je dis félicitations. C’est avec des vins comme celui-ci que le Chili vinicole arrivera à convaincre ceux qui doutent ou ignorent son potentiel. Si plus d’amateurs goûtent à un vin chilien de cette qualité et de ce style, plus grande sera la demande pour ce type de vins et plus ce pays pourra poursuivre sa progression rapide. De plus, au prix demandé de 35$, compte tenu du haut niveau qualitatif et du style offert. Je considère ce vin comme une véritable aubaine. Il y a peu d’endroits dans le monde qui peuvent produire des vins de Syrah de ce style, encore moins à ce prix. Ici, on est vraiment du côté Syrah des choses. Pour mes lecteurs auxquels j’ai fait goûter la Syrah, Chono, 2007 de la vallée de Elqui, un vin auquel certains ont trouvé des airs de Côte-Rôtie, et bien cette cuvée Bayo Oscuro est dans un style très similaire au plan aromatique, sauf que le vin est plus dense et concentré, avec un apport boisé plus important, même si loin d’être excessif. Si vous avez le goût de découvrir un vin élite du Chili offert à un prix plus que raisonnable. Je ne saurais trop vous recommander d’essayer ce très beau jeune vin. Il y de bonnes chances pour qu’ensuite vous y reveniez.

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=15&t=17575&hilit=bayo


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lundi 31 janvier 2011

Chardonnay: Ignorer la Bourgogne pour y aller avec l'Australie

Les mots du titre ne sont pas les miens, mais les premiers mots d'un autre article de Decanter vantant les mérites du Chardo australien issu de régions fraîches. Cette fois, cet enthousiasme pour l'élite des Chardonnays australiens ne vient pas d'un seul homme, Andrew Jefford, comme je l'avais relaté sur ce blogue il y a quelques mois (voir lien), mais d'un panel d'experts réuni par Decanter.

Bien sûr mon titre est provocateur, et je ne pense pas que d'ignorer une région soit une bonne idée, surtout quand il s'agit de la référence en la matière. D'un autre côté, il est clair que le virage vers les climats plus frais entrepris par plusieurs pays de Nouveau-Monde n'est pas reconnu à sa juste valeur. On continue d'y aller de clichés à propos des vins de ces pays, comme si tout y était encore homogène. Malheureusement, ici au Québec, quand on parle des meilleurs vins de Chardonnay australiens, on parle de quelque chose que l'on connaît très peu. La SAQ n'offre que quatre vins de Chardonnay australiens au-dessus de la barre des 31$, alors qu'au dessus de ce prix on y retrouve 235 bourgognes blancs. Comme on peut le voir, la région qui est ignorée ici, c'est l'Australie. D'ailleurs, en lisant l'article de Decanter, on constate dans les propos d'un propriétaire de restaurant combien il est difficile de changer les perceptions. Les producteurs du Nouveau-Monde soucieux de la qualité, qui passe par le choix d’un terroir approprié, sont fortement pénalisés par les généralistions négatives. En France on décortique le territoire en micro-appellations, dont plusieurs sont très reconnues, alors que dans le Nouveau-Monde, la plupart des amateurs ne peuvent distinguer les régions plus fraîches des région plus chaudes. On se contente souvent de parler de vins australiens, chiliens, sud-africains, etc... Il faut donc de la volonté dans ces contrées pour y aller des efforts nécessaires pour se distinguer. Pour viser la meilleure qualité possible en investissant ce qui est nécessaire pour y arriver. Vous me direz que s'il y avait moins de Yellow Tail et autres Fuzion qui prennent le devant de la scène, l'image des vins de ces pays serait meilleure. Sûrement, mais le vin de masse bon marché est produit dans tous les pays vinicoles. Ce n'est pas une raison pour tout amalgamer.

Je continue de penser que pour s'ouvrir aux bons vins de ces pays, il faut une bonne disposition d'esprit préalable. Il faut les aborder positivement. Sinon ils ne seront appréciés à leur vraie valeur que comme surprises dans des dégustations à l'aveugle. Mais bien sûr, pour découvrir le meilleur visage que peuvent offrir les vins de ces pays, il faut y avoir accès. Malheureusement, l'offre n'est pas bonne au Québec parce que la demande n'est pas forte. Mais comment créer une demande pour quelque chose qui est très peu disponible et méconnu? C'est l'oeuf ou la poule, et on revient toujours au même problême de base de promotion. Qui au Québec pourrait se faire le promoteur de ces vins sur la place publique? Quel expert en la matière, possèdant la crédibilité nécessaire, pourrait jouer ce rôle? Pour le moment je ne vois personne, et c’est bien dommage.

http://www.decanter.com/news/wine-news/514019/chardonnay-choose-australia-decanter-readers-urged

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/10/lexemple-britannique.html


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samedi 29 janvier 2011

Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne...

Je lisais aujourd’hui un article du magazine français Le Point à propos d’une autre de ces dégustations comparatives de vins de Bordeaux organisées par le Grand Jury européen. Cette fois on se limitait aux premiers et deuxièmes grands crus classés du millésime 2005, et encore une fois certains trouvent des excuses. On explique les résultats par le Merlot, l’oenologie moderne et bien sûr, le sempiternel bouc-émissaire des bien-pensants de la bouteille, Michel Rolland. Après m’être pas mal intéressé à ce type de dégustation à mes débuts comme amateur un peu plus sérieux, je portais moins d’attention à ce genre de résultats ces dernières années. Toutefois, la dégustation de bordeaux, 2000, à laquelle j’ai participé la semaine passé, m’a amené à y prêter plus d’attention cette fois-ci. Lors de cette dégustation, un des sujets de discussion entre les participants portait sur la difficulté qu’il y a à reconnaître les caractéristiques du Merlot dans des vins servis à l’aveugle. C’est un cépage élusif qui pour moi demeure une énigme. C’est aussi un cépage qui a le dos large pour expliquer les résultats surprenants obtenus lors des dégustation à l’aveugle, ou même en semi-aveugle. Lors de la dégustation la semaine passée, mon vin favori a été le Saint-Emilion, Château La Gaffelière, et pourtant, avant le dévoilement des étiquettes, j’étais convaincu d’avoir choisi comme premier le vin le plus sérieux du lot, un vin avec un profil rive gauche bien typé. Si plusieurs, dont moi-même avaient bien identifié le Château Latour à Pomerol, comme provenant de la rive droite, en autant que je me souvienne, personne n’a fait cette prédiction avant le dévoilement pour le Gaffelière. Je ne suis pas le dégustateur le plus expérimenté avec ce type de vin, mais ce n’est pas la première fois où je suis témoin de choses semblables lors de dégustations comparatives où l’on ignore l’identité exacte des vins. Ce qui me porte à penser que le pauvre Merlot est souvent le coupable de service lors de ces circonstances. Le vilain a qui on attribue la faute de briser l’ordre établi. L’autre excuse courante est bien entendu l’âge des vins dégustés. Dans l’exemple du GJE on nous rabat les oreilles que les 1GCC, 2005, sont bien trop jeunes, comme si les seconds ne l’étaient pas eux aussi. Tous ces vins sont des vins très ambitieux, mais malgré cela on nous sert encore cette excuse commode. J’ai vraiment de la difficulté avec l’idée de cette hiérarchie immuable aux vertus presque magiques. Dans notre cas la semaine passée on dégustait des vins du millésime 2000, et là aussi l’excuse de l’âge des vins est revenue pour défendre Cos d’Estournel. Cela, même si les vins avaient cinq ans de plus que ceux du GJE.

L’autre élément qui revient souvent pour expliquer les incongruités de résultats lors de ce type de dégustations, c’est que les vins finissant avec surprise dans le haut du classement sont des vins fabriqués grâce à l’aide de l’oenologie moderne, avec comme tête de turc principale le consultant Michel Rolland. Autant je ne suis pas vraiment convaincu par les vins du Nouveau-Monde de celui-ci que j’ai pu goûter. Des vins qui à mon sens ont souvent trop de tout. Autant je trouve qu’à Bordeaux sa manière de faire donne de bons résultats. Comme si dans les climats souvent chauds du Nouveau-Monde, son obsession de la maturité donnait souvent des vins trop lourds, alors qu’à Bordeaux, où la maturité est moins facile à obtenir, l’équilibre pouvait être conservé car il est plus difficile de dépasser les limites. Bien sûr, on pourra m’objecter que certains dégustateurs n’aiment pas les vins issus de raisins vendangés à pleine maturité, et préfèrent les vins plus légers avec des touches de verdure. C’est bien possible, et parfaitement respectable, mais la réalité est que la majorité des dégustateurs préfèrent la maturité aux notes végétales vertes, comme celles de poivron vert qu’on retrouve souvent dans un vin comme le Sociando Mallet. Par exemple, vendredi soir passé, un seul dégustateur sur huit a bien coté le Sociando, 2000, qui se démarquait du lot par cet aspect de poivron vert. Ceci dit, ce n’était pas un mauvais vin pour autant, mais la réalité c’est qu’une grande majorité de dégustateurs préféreront l’absence de ce type d’arômes en mode comparatif. Pour ce qui est de l’oenologie moderne qui expliquerait la bonne performance en jeunesse de certains vins, pour moi c’est une pure bêtise. Un des reflets du courant que j’aime bien appeler le “vin idéologique”. J’avais d’ailleurs choisi d’apporter une bouteille du Château Kirwan, pour voir comment allait paraître ce vin souvent décrié comme une victime du modernisme qui afflige maintenant Bordeaux. La réalité c’est que Kirwan s’en est très bien tiré, et qu’il avait toutes les allures d’un très bon bordeau classique issu d’un bon millésime. Il n’y avait là aucune trace du Pomerol de la rive gauche suggéré par le patriarche britannique Micheal Broadbent dans le film Mondovino. Un film qui pour moi illustre bien le courant du vin idéologique. Ce courant où l’on boit des idées toutes faites, correspondants à certaines valeurs, au lieu de goûter les vins pour ce qu’il sont vraiment. Une chose est sûre, si les vins de Bordeaux étaient moins chers et que j’en devenais un amateur assidu. Mes achats se feraient hors de cette hiérarchie établie il y a trop longtemps. Ceci dit, je comprends les bordelais de le conserver, car celle-ci a été et demeure un formidable outil pour établir l’image de marque de la région. Mais en même temps, elle a transformé beaucoup de ses meilleurs vins en produits de luxe à la valeur codifiée d’avance.

http://www.lepoint.fr/vin/margaux-ou-morgon-21-01-2011-130867_46.php


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jeudi 27 janvier 2011

SHIRAZ, BLUEPRINT, 2008, STELLENBOSCH, DE TRAFFORD WINES


De Trafford Wines est une “boutique winery” sud-africaine qui ne produit que 3500 caisses de vin par année. Après plusieurs années de tests à très petite échelle, le vignoble principal a été planté en 1994 et 1995 après une sélection minutieuse des porte-greffes et des clones les mieux adaptés aux sols et au microclimat du mont Fleur qui surplombe la région de Stellenbosch. Les raisins entrant dans cette cuvée sont en majorité issus du vignoble Keermont, où les vignes ont 10 ans d’âge, le tout complété par des raisins de vignes de trois ans d’âge, d’un clone différent, plantées dans deux autres vignoble. Finalement, et de manière surprenante, 8% de Petit Verdot complète l’assemblage de ce Shiraz. L’élaboration du vin inclut la vendange manuelle, l’égrappage, et la fermentation en cuves ouvertes à l’aide de levures indigènes. Le moût est ensuite pressé, puis le jus est transféré en barriques de chêne français (20% neuves), où a lieu une fermentation malolactique, suivie d’un élevage de 21 mois. Le vin est embouteillé sans collage ni filtration et avec un usage modéré de sulfites. Il titre à 15.15% d’alcool, pour un pH de 3.76.

La robe est très foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhibe un agréable profil aromatique montrant un mélange de fruits rouges et noirs de très belle qualité, bien complété par des notes florales et un aspect doucement épicé. La bouche se déploie sur une attaque pleine, à la fois ferme et ample, qui déploie des saveurs fruitées/épicées savamment mariées et bien supportées par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche confirme la qualité de la matière, le vin montre une bonne concentration de saveurs, sans lourdeur, tout en conservant un profil sérieux, sans être austère. La trame tannique est tissée bien serré, mais montre quand même de la finesse. La finale maintient le bon niveau, avec des notes de chocolat noir qui gagnent du terrain, le tout sur une bonne persistance.

J’ai bien apprécié ce vin qui est d’une qualité irréprochable pour le prix demandé (32$). Il s’agit de mon cinquième vin de Shiraz sud-africaine dans la dernière année, et il me semble commencer à reconnaître un style général. Un profil particulier qui n’a rien à voir avec le style classique français du Rhône nord, ou bien avec l’archétype du Shiraz australien, ou encore avec les différents styles chiliens que je connais bien. Ce cépage semble pouvoir donner des vins de profils assez sérieux en Afrique du Sud, même si je regrette un peu de ne pas y retrouver les aspects classique de la Syrah de climat frais. Peut-être le climat n’est-il justement pas assez frais pour pouvoir obtenir ce type de profil. Le 15% d’alcool de ce vin est peut-être un indice révélateur en ce sens, même si dans le cas de ce Blueprint, cet élément est très bien intégré et ne nuit pas à l’équilibre du vin. Bien entendu, celui-ci est encore très jeune, et quelques années de garde pourraient lui être bénéfique, même s’il est déjà agréable à boire.



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dimanche 23 janvier 2011

Sortir de mes sentiers battus

Sortir de mon ordinaire, de ce que je connais bien, c’est ce que j’ai fait vendredi soir passé. Moi le buveur un peu obsédé par le fameux rapport qualité/prix, l’amateur de vins chiliens, je me retrouvais à participer à une dégustation de bordeaux 2000 de bonne réputation. Il y avait longtemps que j’avais participé à un tel exercice. C’est donc avec un regard frais que je me proposais d’aborder ces vins. Le thème de la soirée me plaisait, car nous avions affaire avec des vins d’un âge qui m’est familier, d’un millésime réputé, et qui, de réputation du moins, font partie de l’élite de la région. Moi qui, depuis un certain temps déjà, navigue à vue sur mon esquif chilien. Je me disais que cette dégustation pourrait renouveler mes points de repère. M’aider à remettre en contexte mes impressions lorsque je déguste des vins de cépages bordelais.

Je pense avoir atteint le but que je visais, tout en ayant le plaisir de partager en personne avec des passionnés. Mon premier constat, sans surprise aucune, c’est que j’aime le bon vin français. D’ailleurs, en goûtant ces vins, je me disais que le mépris que cette région s’attire auprès de certains amateurs idéologiques n’avait rien à voir avec le vin lui-même. Ces vilains gros domaines capitalistes, où règne apparemment l’oenologie moderne, savent quand même faire du bon vin. Du vin avec de la classe et une identité bordelaise évidente, surtout au stade actuel d’évolution de ces vins du millésime 2000. D’ailleurs, le podium de la soirée comprenait les deux seuls rive droite de la sélection, ainsi que mon offrande, le Château Kirwan, déjà qualifié de Pomerol de la rive gauche, élaboré alors sous les conseils du vilain Michel Rolland... Mondovino démonté, et qui a dit que les Québécois avaient un palais européen classique? Pour ma part ces résultats me rassurent plus qu’autre chose. Personnellement, c’est Cos d’Estournel que j’ai pris pour un vin de la rive droite. Insaisissable Merlot... Voici d’ailleurs mon ordre de préférence pour les vins de cette soirée:

1- Château La Gaffelière, Saint-Emilion
2- Château Haut-Bages Libéral, Pauillac
3- Château Kirwan, Margaux
4- Château Brane Cantenac, Margaux
5- Château Latour à Pomerol, Pomerol
6- Château Cos d’Estournel, Saint-Estèphe
7- Château Lagrange, Saint-Julien
8- Château Sociando-Mallet, Haut-Médoc

Les six premiers vins étaient très proches en terme de qualité, donc difficiles à départager. Aussi, j’ai trouvé que les vins, de manière générale, étaient à un beau moment de leur évolution, mais celle-ci est très loin d’être terminée. Les amateurs de notes tertiaires peuvent laisser dormir leurs bouteilles encore longtemps. Comme vous pouvez le voir, j’ai apprécié ma soirée et la majorité des vins, même si dans ce type d’exercice, la notion de RQP qui me préoccupe tant était évacuée. Cette dégustation n’a pas changé mes convictions en la matière. D’ailleurs, je pense que ce type de vins se situe hors d’une démarche RQP, et que la plupart de ceux qui s’y intéressent en sont conscients. Les grands crus classés de Bordeaux sont la plupart du temps des vins de très belle qualité, mais en même temps, ce sont des produits de luxe. Bien sûr cela est déplorable pour l’amateur pas très fortuné, mais c’est la réalité. Je lisais d’ailleurs un texte intéressant de Jancis Robinson cette semaine qui abordait ce sujet (voir lien). Mme Robinson fait partie de ces critiques britanniques au palais européen, et pourtant, elle dit que l’écart entre le meilleur de la France et le meilleur d’ailleurs, en particulier du Nouveau-Monde, continue de s’amoindrir. Toutefois, selon elle, cela ne menace en rien l’élite du vin français, car celle-ci véhicule une image de marque recherchée, et que ce faisant, les vins français prestigieux ne sont pas en compétition directe avec le reste de l’offre mondiale. Je suis parfaitement en accord avec elle. Pour moi, la France et ses meilleurs vins sont une référence qu’il est périodiquement agréable de visiter. Agréable pour la qualité incontestable des vins, mais agréable aussi parce que cela me confirme la validité de ma démarche. Sortir de mes sentiers battus, donc... pour mieux y revenir.

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=21&t=17409

http://www.ft.com/cms/s/2/c3acd786-1df0-11e0-badd-00144feab49a.html#axzz1Ba2swhkE



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jeudi 13 janvier 2011

MALBEC, 2002, MENDOZA, CATENA



Je suis toujours sceptique quand j’entends des amateurs raconter qu’il ont passé un vin en carafe une couple d’heures, et que cela a permis à celui-ci de se transformer en profondeur. Personnellement, j’utilise rarement la carafe, mais je bois fréquemment des bouteilles sur de longues périodes durant la même journée. Dans ces circonstances, il m’arrive assez souvent de noter une certaine transformation entre le premier et le dernier verre. Dans des cas beaucoup plus rares, la transformation me semble vraiment marquée, mais à chaque fois je m’interroge à savoir si ce n’est pas ma perception du vin qui a changé dans le temps. Ceci dit, je suis convaincu que l’aération transforme le vin avec le temps, mais ordinairement ça prend pas mal plus qu’une heure ou deux pour que l’effet soit clairement notable. Ceci sans compter que la dite transformation n’est pas toujours positive.

Mes cas les plus spectaculaires de transformations positives sont survenus lorsque j’ai gardé des vins en demi-bouteilles pleines pendant quelques jours. Dans certains cas, comme dans le cas de ce Malbec, 2002, de Catena, la différence a vraiment été spectaculaire. Ce vin, la journée de l’ouverture, a été une totale déception. Il était sans vie, avec très peu de fruit, marqué par les notes tertiaires de feuilles mortes et avec une forte amertume en bouche. L’aération d’environ huit heures ce jour-là, avant le transvidage en demi-bouteille, n’a rien changé. Le profil peu invitant du vin était stable. Trois jours plus tard, j’ouvre la demi-bouteille bien remplie dans laquelle j’avais transvidé ce qui restait du contenu original. Le vin s’est alors présenté sous un jour totalement différent. L’équilibre était finalement au rendez-vous, avec un beau fruité rouge de cerises, une amertume modérée, des notes doucement épicées, et juste un peu de caractère évolué évoquant les feuilles mortes. En fait, il s’est présenté sous le jour que j’espérais au départ, celui que je connais et qui justifie pour moi la garde des rouges de Catena de ce niveau.

L’évolution du vin en bouteille est vraiment quelque chose d’intrigant et de difficilement prévisible avec précision. Cela est en totale contradiction avec la mode actuelle des notes, où les experts promettent de nous dire avec précision le niveau qualitatif d’un vin. C’est normal, l’amateur moyen est en quête de vérité. Il ne veut rien savoir de l’adage voulant qu’il n’y ait pas de grands vins, mais que de grandes bouteilles. Pourtant, la réalité est pire encore pour les vins de garde, car il y a des bouteilles qui ne seront grandes qu’à certains moments de leur existence, ou lorsque traitées d’une certaine façon avant le service. Le problème avec cette situation, c’est qu’il est très difficile de connaître le moment et les conditions idéales de service à l’avance. Si j’avais servi ce Malbec de Catena à quelques convives lors d’un repas. Le vin aurait été bu en trente minutes, et le constat aurait été celui d’un vin décevant ouvert trop tard. Un vin inapte à la garde. D’un autre côté, on ne peut pas ouvrir des bouteilles trois jours à l’avance en pensant que c’est qu’il faut toujours faire pour goûter le vin sous son meilleur jour. Avec un vin d’une vingtaine de dollars comme ce Catena, c’est de l’expérience intéressante acquise à peu de frais. Mais j’imagine la frustration potentielle pour l’amateur de fioles renommées et très coûteuses. À moins que dans ces cas-là le pouvoir de l’étiquette arrive quand même à bien faire paraître le vin...


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lundi 10 janvier 2011

La spécificité canadienne en matière de commerce du vin

J’ai déjà écrit sur ce blogue à propos de la difficulté pour un pays comme le Chili de promouvoir ses vins dans un pays comme le Canada où règnent les monopoles provinciaux d’état en matière de commerce du vin. À ce sujet, je suis tombé récemment sur une information intéressante qui reflète bien le caractère distinct du Canada en la matière. L’organisme “Vins du Chili” a annoncé la composition du panel de juges pour l’édition 2011 des “Wines of Chile Awards” qui aura lieu cette semaine à Santiago. Depuis le début de cet événement, qui en sera à sa huitième édition, l’industrie vinicole chilienne invite des critiques et chroniqueurs vin à juger la qualité d’une large sélection de vins à moins de 25$. Lors des six premières années, il y a eu alternance entre des panels britanniques et américains. Ce qui est logique, puisqu’il s’agit des deux plus gros marchés d’exportation pour le pays. Aussi, la presse vinicole de langue anglaise, que ça plaise ou non, demeure la plus influente à l’échelle mondiale. L’an passé, probablement pour faire changement, le panel de critiques invité était canadien. Il faut croire que les chiliens n’ont pas été très satisfaits des résultats commerciaux sur notre marché, puisque cette année le panel est composé de critiques américains (3), britanniques (2), suédois (1), japonais (1), brésilien (1), coréen (1), chinois (1) et chilien (1). Pas de canadiens? Rassurez-vous. Le Canada sera représenté sur le panel de juges, mais pas par des critiques reconnus, mais bien par des représentants de nos deux plus grands monopoles provinciaux: François Primeau responsable des communications à la SAQ et Shari Mogk-Edwards vice-présidente “merchandising” à la LCBO.

Donc, le seul pays qui ne sera pas représenté par un “winewriter” est la Canada, même si la Suède est aussi régie par un monopole étatique en matière de boissons alcoolisées. Selon moi, cette décision en dit beaucoup sur la particularité du marché canadien. Ici, ce qui compte pour espérer progresser dans le marché ce n’est pas de convaincre les journalistes, les sommeliers ou autres experts en la matière qui écrivent dans les médias et pourraient influencer les consommateurs. Non. Au Canada, il faut avoir de l’influence au coeur même des monopoles. J’espère donc que nos représentants commerciaux seront favorablement impressionnés par leur voyage et par les vins qu’ils goûteront, et que cela pourra se traduire par une amélioration de l’offre de vins chiliens dans leur province respective.

http://www.winesofchile.org/news-press/events/awoca-8-meet-our-judges/


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jeudi 6 janvier 2011

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2008, CASABLANCA, VINA CASAS DEL BOSQUE


Casas del Bosque est une “boutique winery” qui a été fondée en 1993 par un fils d’immigrant italien, Juan Cunero Solari, qui a fait fortune dans la vente au détail. Celui-ci a choisi de s’installer dans la région de Casablanca non pas à cause qu’il était un précurseur qui avait reconnu les qualités de ce terroir frais, mais bien à cause de la proximité de l’endroit par rapport à la capitale Santiago. L’idée de base était d’y avoir sa maison de campagne. Comme quoi dans la vie, pour certaines décisions, il vaut parfois mieux être chanceux que bon. Car chanceux M. Cuneo Solari l’a été, puisqu’en plus de choisir la région de Casablanca, il s’est installé dans sa partie ouest, la plus proche de l’océan et la plus fraîche. Si les débuts relèvent un peu de la chance, il a vite réalisé ce qu’il avait entre les mains et a pris de bonnes décisions par la suite pour en exploiter le potentiel. Ce qui fait qu’aujourd’hui, Casas del Bosque est reconnu comme un des meilleurs producteurs de Casablanca, en particulier pour ses vins de Sauvignon Blanc. Cette cuvée Reserva est le cheval de bataille de la maison. C’est le vin qui a fait sa réputation grâce à un RQP exceptionnel. À chaque millésime, la composition du vin change, bien sûr le vin demeure un 100% Sauvignon Blanc, mais on change les proportions de différents clones du cépage, ainsi que la nature des sols sur lesquels ils ont été cultivés. Pour ce 2008, la moitié de l’assemblage provenait du clone 1, 40% du clone 242 et 10% du clone 107. Le vin est élaboré totalement en inox et élevé sur lies pendant trois mois. Il titre à 13.3% d’alcool, pour un pH de 3.25 et est bien sec avec 2.07g/L de sucres résiduels.

La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez s’exprime avec modération sur des arômes dominants de citron, complétés par un léger aspect végétal et une subtile touche florale. C’est en bouche que le vin montre tout son éclat avec une attaque vive et un fruité citrique intense. Le côté végétal est vraiment mineur dans le profil gustatif de ce vin totalement axé sur le fruité intense et l’acidité tranchante. Le milieu de bouche permet d’apprécier le très bon niveau de concentration, avec une profondeur des plus surprenantes pour un vin de ce prix. Si je savais vraiment détecter ce qu’on appelle le caractère minéral dans un vin, je pense que je crierais à la fameuse “minéralité” dans ce cas-ci, mais comme ce concept flou m’échappe encore, je m’abstiendrai. Une chose est sûre toutefois, les acides organiques naturels de ce vin lui donnent un caractère qui me fait penser que c’est ce que plusieurs qualifient de minéral, même si du point de vue chimique il n’en est rien. Trêve de digression, simplement pour dire que la finale complète à merveille ce superbe vin, gardant le cap et montrant une belle persistance.

Ceux qui suivent ce blogue depuis sa création se souviendront peut-être qu’un Sauvignon Blanc de Casablanca a été à l’origine de sa création, soit le Alto Vuelo, 2008, de William Cole Vineyards. J’avais alors osé comparer ce vin de 15$ à un Sancerre de belle qualité, et bien 16 mois plus tard, avec ce Casas del Bosque, Reserva, du même millésime et de prix comparables, j’ai eu la même impression. Les deux vins partagent un terroir similaire situé à l’ouest dans la partie la plus fraîche de la vallée de Casablanca, et leurs profils gustatifs axés sur un fort caractère citronné se ressemblent. Depuis les débuts de ce blogue, j’ai parlé pas mal de Sauvignon Blanc. Pour ceux qui ont suivi mes divers commentaires sur le sujet, je dirais que ce Casas del Bosque est axé sur le côté terpène citronné, et non pas sur l’aspect thiolé de pamplemousse, fruit de la passion, buis, feuille de tomate, cassis. Le côté pyrazine d’herbe coupée, de poivron vert ou de d’asperge est aussi très faible. Cette partie très fraîche de Casablanca semble vraiment donner un style distinctif, même si les choix de culture et de vinification jouent assurément un rôle dans le résultat final. Pour apprécier ce vin, il ne faut pas avoir peur de l’acidité. Il montre vraiment un style épuré que j’apprécie. C’est mon premier contact avec un vin de cette maison, et maintenant je comprends pourquoi elle a si bonne réputation. Pour environ 15$, ce vin est un superbe RQP. Un vin qui pourrait se vendre facilement le double s’il venait de la Loire. Je ne tente pas d’”agacer” qui que ce soit par ce commentaire. Je ne fais qu’exprimer ce que je pense sincèrement. L'inventaire de ce vin est maintenant très bas à la SAQ. Désolé d'en rendre compte un peu trop tard. J'espère que le 2009 suivra sur les tablettes. J'aimerais aussi goûter les vins de Syrah de ce producteur qui selon mes lectures sont aussi de très belle qualité, ceci sans compter les deux cuvées supérieures de Sauvignon Blanc du producteur (Gran Reserva et Pequenas Produccion). Casas del Bosque: un nom à retenir.


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lundi 3 janvier 2011

GEWURZTRAMINER, VENDANGES TARDIVES, 2008, CURICO, VINA MONTES



Ce vin est issu de raisins atteints à 70% par le botrytis, vendangés à la mi-juin à partir de vignes dont le rendement était maintenu au faible niveau de 25 hl/ha. Ces vignes sont situées dans la vallée de Curico, juste au sud de Colchagua, où Vina Montes possède ses vignobles. Pendant son élaboration, le vin ne voit que l’inox, ce qui est un peu surprenant quand on connaît le penchant boisé des rouges de la maison. Les liquoreux chiliens sont assez rares, et ceux qui se rendent au Canada encore plus. Je suis donc curieux de goûter celui-ci.

Le robe est d’une belle teinte dorée. Le nez est de bonne intensité et exprime des arômes d’orange, de pêche, de botrytis, de miel, le tout complété par de fines notes florales. Très beau nez montrant une belle qualité d’arômes. En bouche, le vin se montre souple et ample d’entrée, avec un bel équilibre entre l’acidité et le gras. Les saveurs sont nettement de qualité supérieure et irradient le palais d’une onde de plaisir intense. En milieu de bouche, le plaisir demeure le maître-mot, et on peut noter le bon niveau de concentration du vin. La finale est harmonieuse, à la fois longue et soyeuse.

Voilà un beau vin! Équilibré et intense, avec une belle matière et une certaine complexité. Manque un peu de profondeur pour être vraiment complet, mais une longue période d’oxygénation lui a fait le plus grand bien à cet égard. Ce qui me porte à croire qu’il possède un très bon potentiel d’évolution où il pourrait aussi gagner en complexité. J’aimerais déguster ce vin à l’aveugle, en compagnie d’une série de liquoreux de niveau intermédiaire, pour voir comment il s’en tirerait. Une chose est sûre toutefois, un vin de ce genre montre encore une fois tout le potentiel de diversité et de qualité du Chili. J’ai payé celui-ci 16.95$ pour une demi-bouteille. À ce prix, c’est certainement un bon achat. Bien sûr, le RQP n’est pas aussi bon que dans le cas du Concha y Toro offert à la SAQ, et qu’on peut facilement se procurer à seulement 11.20$ lors d’une promo 10%. Mais le Montes me semble être un cran au-dessus en terme de qualité, même si cela aussi mériterait d’être valider par une comparaison directe. Micheal Schachner du magazine américain “Wine Enthusiast” dit de ce vin qu’il s’agit du meilleur vin de dessert chilien. C’est peut-être vrai, mais j’aimerais bien goûter des vins comme le “El Noble” de Vina Villard, ou la cuvée de vendanges tardives de Vina Morandé. Ces deux vins de Casablanca sont issus de raisins de Sauvignon Blanc botrytisés. Pour compléter, j’aimerais bien goûter le nouveau Torontel, Erasmo, de Vina La Reserva de Caliboro. Ce vin, inspiré du Vino Santo italien, est élaboré par des toscans à partir de vignes de 60 ans d’âge non irriguées qui avaient été oubliées quelque part dans la vaste vallée de Maule. La Reserva de Caliboro est le projet chilien du comte Francesco Marone Cinzano, propriétaire en Tosacane du domaine Col d’Orcia. Le premier millésime de ce vin particulier ne date que de 2006, mais déjà, certains y voient le meilleur vin liquoreux chilien. Celui-ci est élaboré en suspendant pendant trois mois pour séchage des grappes de vendanges tardives, avant le pressage et la fermentation en barriques (voir le lien et la photo). Le potentiel pour ce type de vins issus de vieilles vignes de Torontel, un cépage s’apparentant au Muscat, semble immense dans la vallée de Maule. Le vin liquoreux est donc une autre facette à suivre de la diversification qualitative chilienne en cours.

http://www.mosto.cl/2010/07/15/oro-para-un-oro-del-maule/


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jeudi 30 décembre 2010

PINOT NOIR, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, VINA TABALI


Un autre vin de la vallée de Limari. Cette fois le Pinot Noir d’un producteur qu’on connaît ici au Québec pour son Chardonnay de la même gamme, et pour sa Syrah Reserva. Ce Pinot provient de trois parcelles sélectionnées d’un vignoble aux sols calcaires situé à 29 km de l’océan Pacifique. Dans un message précédant, je joignais un lien vers un vidéo montrant le nouveau vignoble Talinay de Vina Tabali. Celui-ci est plus frais car situé à seulement 12 km de la côte du Pacifique. Les premiers résultats en Pinot issus de ce vignoble seraient des plus prometteurs selon l’expert britannique en vins chiliens Peter Richards. Pour revenir au Reserva Especial dont il est question ici. Le vin a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à 13.5% d’alcool pour un pH de 3.51 et 3.1 g/L de sucres résiduels.

La robe est d’une belle teinte rubis passablement translucide. Le nez est bien calibré et dégage de jolis arômes de fraise et de cerise, complétés par une touche épicée évoquant la muscade et la cannelle, ainsi que par une légère touche torréfiée. Assez simple comme nez, mais propre, et fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage dans une bonne version Nouveau-Monde. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne souplesse et de l’amplitude. Les saveurs sont franches et intenses, mais sans excès, ce qui donne un vin facile à boire. Le milieu de bouche montre une bonne concentration, sur une texture tannique raffinée. La finale est fondue et persistante avec des notes épicées qui ressortent à la toute fin.

C’est le troisième millésime de ce vin que j’essaie, et ma persévérance est finalement récompensée. Les millésimes 2006 et 2007 de ce vin ne m’avaient pas convaincus. Les vins n’étaient pas mauvais, mais n’avaient rien pour séduire non plus. Ce 2008 marque donc un clair pas en avant. Une preuve que les producteurs chiliens sont toujours en processus d’apprentissage avec ce cépage exigeant. Avec ce vin on obtient un Pinot de profil Nouveau-Monde, dans le meilleur sens du terme. Selon mon expérience, c’est un vin qui peut se comparer à de bons exemples de Californie ou de Nouvelle-Zélande dans l’intervalle de prix 30-40$. Donc, pour les 19.95$ payés, il s’agit d’un excellent RQP. Selon mes lectures, le 2009 serait encore meilleur. C’est donc une histoire à suivre.

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mardi 28 décembre 2010

Le bon goût peut-il être subjectif?

Je suis tombé sur un petit texte intéressant aujourd’hui sur le blogue de Jaimie Goode (voir lien), à propos du caractère subjectif ou objectif de la dégustation de vin. Quand on débute dans le monde du vin, le conseil donné par à peu près tous les experts est de faire confiance à son goût. Qu’il n’y a pas de vérité absolue en matière de vin. Que notre palais est le seul qui compte vraiment. Mais au fur et à mesure que l’on progresse dans le domaine, on se rend bien compte que ce discours est d’une grande hypocrisie. Les amateurs passionnés autant que les critiques renommés ne croient pas un instant à ce concept de goût personnel. Au contraire, ils adhèrent à des canons esthétiques traditionnels, à ce que de manière générale on appelle le bon goût, et que personnellement j’aime bien appeler le “vrai goût”. Car hors de ce “vrai goût” il n’y a pas de crédibilité possible. Bien sûr, à l’intérieur de ce goût légitime, chacun pourra avoir ses préférences, mais pour conserver sa crédibilité, il vaudra mieux ne pas rejeter certaines choses. Vous n’aimez pas les vins qui sentent l’écurie, le poulailler, la sueur, le crottin de cheval et autres odeurs ordinairement désobligeantes, lorsque rencontrées ailleurs que dans un verre de vin? Ne le dite pas trop fort. C’est que vous n’avez pas encore apprivoisé une partie du “vrai goût”. Même chose pour les vins blancs tirant sur l’oxydation, ce n’est pas un défaut, non. Ça fait partie du style du producteur.

Donc, la prochaine fois que vous lirez un expert qui dira qu’il faut découvrir son palais, et que celui-ci ne peut pas se tromper. N’en croyez rien. En matière de vin, il y a des goûts acceptables et reconnus par les gens sérieux et expérimentés. Des goûts qu’il faut apprivoiser si on veut être pris au sérieux comme amateur, et il y a les goûts déviants, comme aimer les vins rouges sur la douceur. Je lisais mes amis de FDV cette semaine à propos d’un vin rouge californien très populaire à la SAQ, et apparemment d’une douceur intolérable. La condescendance de plusieurs illustrait bien mon propos sur l’existence d’un “vrai goût” (voir lien). D’ailleurs, l’utilisation courante au Québec du terme “guidoune” (fille facile, prostituée) pour décrire ce type de vin est assez révélateur. Notre vieux fond catholique ressort alors, avec le goût respectable d’un côté, qu’on pourrait associer à l’épouse légitime, et le goût pervers et inacceptable de l’autre, associé à l’image de la fille de joie.

On entend souvent dire que la dégustation est un processus qui inclut une part d’apprentissage. C’est vrai. Il est aussi vrai que l’on peut développer des goûts à l’usage. Mais il est aussi vrai, je pense, que l’apprentissage inclut souvent un processus de correction, où l’on enseigne ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Cela n’a rien à voir avec les sensations réelles et leur appréciation. Dans ces conditions, on ne développe pas le goût, mais plutôt l’idée de ce qu’il devrait être.

http://www.wineanorak.com/wineblog/uncategorized/so-is-wine-tasting-subjective-or-objective

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=2&t=17187

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samedi 25 décembre 2010

NINQUÉN, 2002, COLCHAGUA, VINA MONTGRAS



Je profite de ce message pour souhaiter un Joyeux Noël à tous. Merci de me suivre. Après avoir goûté la très jeune cuvée 2007 de ce vin, à dominante Syrah. J’ai eu envie d’ouvrir une bouteille de la cuvée 2002 pour voir comment ce vin évolue après cinq ans de garde. Ce 2002 est à forte dominante de Cabernet Sauvignon, complété par un faible 5% de Malbec. La Syrah ne faisait alors pas partie de l’assemblage et n’est apparue dans celui-ci qu’avec le millésime 2006. Ce Ninquén, 2002 a été produit à partir de vignes qui n’avaient que cinq ans d’âge à l’époque, et comme pour les versions subséquentes, l’élevage en barriques est ambitieux, avec 18 mois passés en barriques neuves de chêne français. J’ai décidé d’ouvrir cette bouteille pour voir comment s’intègre le boisé dans ce vin avec le temps.

La robe est toujours assez foncée, même si légèrement translucide. Le nez est simplement superbe, d’une juste intensité, et exhale d’envoûtants parfums de fruits noirs et rouges (cerises), d’épices douces exquises, de bois de cèdre et d’encens, complétés par un soupçon de terre humide et une très légère touche chocolatée. L’apport boisé est encore présent, mais heureusement, le temps a commencé à faire son oeuvre. Le type de nez auquel on revient sans cesse et qui vaut le coup presqu’à lui seul. La bouche est toute en délicatesse, caressante, avec une trame tannique veloutée qui sert d’écrin à des saveurs de grande qualité reflétant fidèlement le profil olfactif. Le milieu de bouche permet de constater que le vin a encore beaucoup de matière et que c’est l’équilibre des divers composants de celle-ci qui procure la sensation de raffinement qui se dégage de l’ensemble. Le vin est un pur délice qui remplit bien la bouche, et qui coule sans efforts. La finale poursuit en droite ligne, sous le signe de l’harmonie, avec des saveurs qui se fondent à merveille et persistent un très long moment sur de fines rémanences de chocolat noir.

L’année s’achève. Une année au cours de laquelle j’ai eu la chance de goûter plusieurs très bons vins. Mais ce Ninquén, 2002, fait assurément partie des quelques meilleurs. Ces cinq années de garde ont su l’assagir et lui donner cet équilibre si particulier que seul le temps passé en bouteille peut donner. Ce n’est pas un vin au profil très évolué. Il est juste au début de son processus de transformation. Mais ces quelques années passées à l'ombre transparaissent déjà dans ce qu’il donne. J’accumule présentement les bouteilles de cuvées chiliennes supérieures toujours offertes à des prix abordables, et un vin comme ce Ninquén me réconforte dans ma conviction de faire la bonne chose. Ce vin peut rivaliser avec des Cabernets de classe mondiale vendus bien plus chers. En fait, il est tellement bon, que j’en viens à penser qu’il est regrettable qu’il n’existe désormais plus sous cette forme presque purement Cabernet. La Syrah donne de si bon résultats au Chili, que je n’ai pas de doute que la nouvelle mouture, qui a pris le relais avec le millésime 2006, sera aussi de haut niveau après quelques années passées en bouteille. Mais quand même, la qualité de ce vin aurait justifié qu’il survive dans sa forme Cabernet, car à mon avis il aurait pu rivaliser avec les meilleurs du pays. Il faut se rappeler, comme je le mentionne en introduction, que ce vin est issu de vignes qui n’avaient que cinq ans d’âge. L’autre constat que je tire de la dégustation de ce vin, c’est que des vins chiliens peuvent être élaborés avec un usage ambitieux du bois de chêne. Il faut juste les boire quand c’est le temps. Si on aime le boisé de jeunesse très appuyé, pas nécessaire d’attendre, mais j’ai l’impression que pour une majorité de dégustateurs, la garde de ce type de vins est essentielle pour en tirer le plein potentiel. Le problème de cette cuvée Ninquén, c’est qu’on associe souvent chez les amateurs garde et prix élevé. Au prix d’aubaine demandé pour ce vin (26$), combien d'acheteurs auront le réflexe de le mettre à l’ombre pour au moins cinq ans? Vous connaissez la réponse à cette question aussi bien que moi. Ceci sans compter la grande majorité d’acheteurs qui ne gardent jamais de bouteilles. Ils achètent et consomment dans les jours qui suivent. Cela nous ramène à un des problèmes non résolus du Chili, soit celui de la mise en marché trop hâtive de vins qui mériteraient mieux qu’une ouverture nettement trop précoce. Ce problème n’est pas l’apanage des producteurs chiliens, ailleurs aussi on met beaucoup de vins en marché bien trop tôt. Mais comme les vins chiliens ne sont pas encore reconnus à leur juste valeur pour la garde, et qu’ils se vendent généralement à des prix d'aubaine, le phénomène d’ouverture prématurée est sûrement massif. C’est bien dommage. Pour ma part, il me reste trois autres fioles de ce délicieux nectar. Il serait tentant de les ouvrir dans l'année qui vient, tellement le vin est bon. Mais je vais me montrer patient et continuer d'enrichir mon expérience dans la garde de ces bijoux négilgés.


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vendredi 24 décembre 2010

L'Angleterre: Le tremplin du Chili vers la reconnaissance

Dernièrement sur ce blogue je me suis montré optimiste sur le futur du Chili vinicole. J'ai vraiment l'impression que ce pays est à un tournant de son histoire en la matière, et que ce moment charnière de son évolution se joue en Angleterre. Les Chiliens investissent beaucoup dans ce pays très ouvert en matière de vin, et où plusieurs voix différentes forgent l'opinion. La stratégie est à mon sens brillante car ce pays a beaucoup d'influence dans le monde du vin. C'est un carrefour où les vins du monde se rencontrent, dans un pays qui a une tradition de consommation de vins étrangers. Donc, percer sur ce marché, c'est percer sur un terrain relativement neutre, mais qui est en mesure d'établir des comparaisons. Si le Chili change de statut sur ce marché, il y aura propagation du phénomène. La première cible qui est visée pour conquérir ce marché ouvert est bien sûr la presse. Les producteurs chiliens investissent beaucoup pour faire venir au pays des journalistes britanniques influents, avec pour but de leurs montrer les derniers développements qui ont lieu dans le pays.

J'ai relaté ici dernièrement les commentaires très positifs de "winewriters" britanniques. Et bien une autre voix s'ajoute, celle de Tim Atkins, un "Master of Wine" qui collabore à de nombreuses publications britanniques, dont la revue Decanter. Il revient lui aussi d'un voyage au Chili, et ses commentaires sont des plus positifs sur l'évolution du pays, même s'il prétend que le pays n'a pour le moment atteint que 30% de son vrai potentiel. Nul besoin de dire qu'il entrevoit l'avenir de ce pays avec enthousiasme. D'ailleurs, un des textes de M. Atkins s'intitule "Vers un nouveau Chili". Pour ma part, il y a déjà quelques années que je parle du "Nouveau Chili". Faut croire que j'étais en avance sur mon temps. Même aujourd'hui, surtout ici au Québec, j'ai l'impression d'être un prophète qui prêche dans le désert!!! J'ai écrit ici récemment que le Chili était en train de se transformer en un grand pays vinicole. Plus je lis sur le sujet, et surtout, plus je goûte les nouveaux vins de ce pays, du moins ceux que j'arrive à trouver, et bien, plus je suis convaincu de la justesse de ma prédiction.

http://blog.timatkin.com/


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mercredi 22 décembre 2010

CHARDONNAY, MEDALLA REAL, 2008, LIMARI, VINA SANTA RITA


Pour rester dans le thème du message précédant. Après le Tabali, Reserva Especial, et le Marques de Casa Concha, j’ai pu mettre la patte sur un troisième Chardonnay, 2008, de la région de Limari. Comme dans le cas du Marques de Casa qui était auparavant originaire de Maipo, Santa Rita a aussi fait migrer sa production pour cette cuvée, dans ce cas de Casablanca vers Limari. Cette région semble vraiment être tenue en haute estime pour la production de vins de ce cépage. En fait, dans le cas de ce Medalla Real, 85% des raisins entrant dans sa composition proviennent de Limari, le reste venant de Leyda, une autre nouvelle région fraîche du Chili. Le vin a été fermenté et élevé sur lies en barriques de chêne français (20% neuves) pendant huit mois. Il titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.30, et est bien sec avec 1.77g/L de sucres résiduels.

La robe montre une teinte légèrement dorée. Le nez est discret, mais on peut quand même y percevoir des arômes de citron, de pêche, d’orange, et de noix, complétés par une légère touche beurrée. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne amplitude et une texture légèrement onctueuse. Contrairement à la retenue olfactive, les saveurs s’expriment avec vigueur et intensité. Le vin est d’une bonne densité, mais évite de tomber dans l’excès. Cela lui permet de montrer une certaine élégance généreuse. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration sur un volume bien ajusté. La finale est harmonieuse, avec une bonne persistance des saveurs sur de très légers relents d’amertume.

Ce troisième Chardonnay de Limari en assez peu de temps semble me confirmer une certaine “typicité” propre à la région, avec des profils se rapprochant plus de l’expression bourguignonne du cépage. C’est moins tropical, plus élégant, et on ne retrouve pas les arômes de maïs en grains qui sont assez fréquents dans les vins de ce cépage issus de Casablanca. Pour ce qui est de la fameuse “minéralité” qu’on dit propre aux vins de cette région. Ça demeure une notion vague et difficilement saisissable pour moi. Un espèce de qualificatif que personne ne comprend exactement de la même façon. D’ailleurs, je serais curieux de voir les résultats en pure aveugle d’une dégustation où les participants devraient juger les vins seulement sur l’aspect possiblement minéral de ceux-ci. Je pense que les résultats pointeraient dans toutes les directions. Pour en revenir à ce Medalla Real, minéral ou pas, il s’agit d’un beau vin offrant un RQP avantageux au prix demandé (17.95$).


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lundi 20 décembre 2010

Cap au nord: Limari et Elqui

Peter Richards est un grand connaisseur du Chili et de ses vins. Son livre publié en 2006, "The wines of Chile", m'a permis d'en apprendre beaucoup sur les vins de ce pays. Celui-ci continue de s'intéresser au sujet comme le montre cet intéressant article de Decanter où il décrit les développements récents dans les vallées de Elqui et de Limari. Les Chiliens ne font que commencer à se rendre compte du potentiel de leur pays en matière de vins fins.

http://www.winesofchile.org/wp/wp-content/uploads/2010/12/chile-hot-spots-elqui-limari-p-richards-decanter-jan2011.pdf

Le même Peter Richards revient lui aussi d'un voyage au Chili où il accompagnait Jaimie Goode et Chris Losh auxquels je référais dans des messages précédants. Richards y va à son tour de ses impressions sur ce qu'il a pu voir et goûter au cours de ce voyage l'ayant mené de Bio Bio à Elqui. Je joins aussi un lien vers un vidéo tourné par Jaimie Goode montrant le nouveau vignoble Talinay de Vina Tabali, dans Limari, planté sur un sol calcaire à seulement 12 km de la côte.

http://winchesterwineschool.com/on-the-road-chile-2010/

http://www.youtube.com/watch?v=gpsvTtWnEvI


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samedi 18 décembre 2010

NINQUÉN, 2007, COLCHAGUA, MONTGRAS PROPERTIES



Après le Quinta Generacion de Casa Silva, je continue avec un autre assemblage de Colchagua qui a maintenant bien installé sa réputation au Québec. Le Ninquén est lui aussi un vin avec de hautes ambitions qualitatives, mais qui heureusement est toujours offert à prix plus que raisonnable. Le 2007 continue le virage entrepris avec le 2006, qui a vu la Syrah prendre le dessus à hauteur des deux tiers dans l’assemblage de ce vin, complété par du Cabernet Sauvignon. Comme toujours avec ce vin, élaboré sous l’influence du consultant Paul Hobbs, l’élevage sous bois est substantiel, avec 19 mois passés en barriques de chêne (85% français, 15% américain, 80% neuves, 20% deuxième usage). Même si c’est beaucoup, c’est quand même moins que pour le 2004 où on était allé jusqu’à 24 mois. Le vin titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.40, ce qui indique une acidité élevée pour ce type de vin.

La robe est parfaitement opaque et très foncée. Le nez exhale avec modération des arômes de fruits rouges et noirs, de bois de cèdre, de vanille, de pâtisserie, de poivron rouge et de torréfaction. Un nez dense et profond où la qualité est évidente, tout comme l’empreinte boisée. En bouche, on peut aussi parler de densité, de profondeur et de boisé. C’est un vin avec beaucoup de matière, un fruité riche, une amertume solide et des tanins serrés et fins. La finale est intense et généreuse, avec les tanins du bois qui montrent leur poigne, le tout sur une bonne persistance.

Il a été intéressant pour moi de goûter ce vin après le Quinta Generacion de Casa Silva. Je disais de celui-ci qu’il évitait les écueils de la très forte concentration, de l’extraction indue et du boisé très appuyé. Et bien c’est en plein les pièges dans lesquels tombe ce Ninquén. Je ne dis pas pour autant que c’est un mauvais vin, mais une chose est sûre, à cause de ces choix d’élaboration, il n’est pas aussi abordable à ce stade précoce. Peut-être que sur une plus longue période il trouvera l’harmonie, mais ce n’est pas le cas présentement. En un sens le vin est impressionnant, car il a beaucoup de tout et il en met plein la gueule, comme on dit. Mais en ce moment, cela nuit à l’équilibre général. Un autre point qui me laisse perplexe, et cela concorde probablement avec le reste, c’est que je n’ai pas reconnu les cépages dans ce vin, en particulier la Syrah. En pure aveugle, j’aurais été bien embêté de dire avec quel(s) cépage(s) ce vin avait été élaboré. Peut-être cela ressortira-t-il dans quelques années, si le boisé arrive à s’intégrer. Je l’espère, car j’ai six autres bouteilles bien emballées dans une belle caisse en bois. Il n’y a pas à dire, avec cette cuvée, Montgras cherche vraiment à créer un super-premium et suit la recette pour y arriver. Tout ce qui manque, ce sont les très grosses notes (95+) des revues américaines. Pour le moment, il n’ont pu dépasser le 92, ce qui explique le prix toujours abordable de ce vin. C’est donc une façon de goûter ce genre de vin sans ce ruiner. Aussi, ça permet de constater que lorsqu’on achète des vins élaborés de cette façon, il faut avoir la foi et de la patience. À 26.45$, je suis prêt à exercer ces vertus, ne serait-ce que pour apprendre. Pour ce qui est du plaisir harmonieux et immédiat, vaut mieux se tourner vers autre chose. Cela me fait penser que j’ai quelques bouteilles de 2002 qui dorment au cellier. Je pense que je suis dû pour vérifier ce que ça donne.


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mercredi 15 décembre 2010

L'exemple britannique, encore.

Pour me consoler des inepties qu'on peut parfois lire ici au Québec sur le Chili et ses vins. Quoi de mieux que de retourner vers un pays plus ouvert, dans tous les sens, le Royaume-Uni. Je joins le lien vers un article de Chris Losh qui revient juste d'un voyage au Chili qu'il a parcouru de Bio Bio au sud, jusqu'à Elqui au nord. Son constat est bien différent de celui de M. Langlois. C'est normal, M. Losh sait de quoi il parle... Il voit le Chili comme le pays vinicole le plus excitant sur la planète en ce moment. Un pays en évolution rapide qui est en train de se redéfinir totalement. À lire.

http://imbibe.com/blogs/imbibe-editor/2010-12/where-condors-dare


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lundi 13 décembre 2010

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste? (Part II)

Dans mon premier texte sur ce sujet, publié en novembre dernier, j’y étais allé de cette affirmation:

“Cette offre de produits totalement débalancée est en lien direct avec le discours et la mentalité francocentristes des professionnels du vin au Québec, que ce soit les journalistes, les sommeliers, ou les conseillers de la SAQ. Pour eux, de façon générale, la France est le centre du monde vinicole, le point de vue à partir duquel tout est analysé. Cela ne veut pas dire que l’on ne boira que du vin français, mais même lorsque l’on boit autre chose, on l’analyse par rapport aux références françaises.”

Certains ont pu penser que j’y allais fort dans mes propos, et pourtant... Cette semaine, avec pas mal de retard, j’ai commencé à lire la dernière édition de la revue CELLIER de la SAQ. Dans celle-ci, il y a y une entrevue avec le chroniqueur vin Claude Langlois du Journal de Montréal. J’étais curieux de lire ce qu’il avait à dire sur son métier et le monde du vin en général. Ce que j’ai pu lire m’a totalement consterné. Si quelqu’un doutait de mes propos ci-haut, il n’a qu’à lire ça. Il y a peu de choses ne venant pas de l’Hexagone, en matière de vin, qui trouvent grâce aux yeux de M. Langlois. Pour l’avoir lu jadis, je le savais très axé sur la France, mais à ce point. J’avoue avoir été surpris. Toutefois, là où le gars s’est totalement discrédité, c’est dans ses propos sur les arômes de Brettanomyces et sur le Chili. Il dit détester les “bretts”, sauf dans le bourgogne. Plus tard en réponse à savoir quel pays l’avait le plus déçu, il y va d’une diatribe surréaliste contre le Chili. Je cite:

“Le Chili, parti en peur au début des années 90. Je trouve ça plate à dire, mais 9 fois sur 10, ça sent la sueur et la selle de cheval, la brett- même qu’ils font de moins bons vins aujourd’hui qu’à l’époque- je dis une énormité, je sais. C’est probablement juste mon goût qui a changé.”

Assurément que M. Langlois dit non pas une, mais des énormités. Cette déclaration est d’une ignorance crasse. Je suis d’ailleurs très déçu que l’intervieweur et éditeur de la revue, Marc Chapleau ait publié cela. Ceux qui me connaissent savent comment j’ai en horreur les arômes de Brettanomyces dans le vin. Croyez-moi, si 90% des vins chiliens étaient “brettés”, je ne tiendrais pas un blogue pour tenter de les faire mieux connaître. Pour reprendre l’expression de ce cher M. Langlois, “c’est plate à dire”, mais je pense que celui-ci ne sait pas reconnaître un vin “bretté” tellement son propos est loin de la vérité. Aussi loin de la vérité que de dire que les vins chiliens étaient meilleurs il y a 20 ans. Du pur délire.

Honnêtement, j’ose croire que Claude Langlois n’est pas totalement ce qu’il projette dans cette entrevue. D’ailleurs, Chapleau a pris l’axe fort en gueule pour ce portrait, et peut-être l’a-t-il poussé dans certains travers. Une chose est sûre pour moi toutefois, quelqu’un du statut de Claude Langlois devrait faire preuve de plus de rigueur dans ses propos, et une revue se voulant sérieuse comme CELLIER, et que j’apprécie beaucoup par ailleurs, ne devrait pas publier n’importe quoi. Pour ce qui est du francocentrisme québécois en matière de vin, comme disent les anglos: “I rest my case”.

pages 90-95 
http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_hiv_2010_fr/2010101401/

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/11/en-matiere-de-vin-le-quebec-est-il.html

 
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samedi 11 décembre 2010

QUINTA GENERACION, 2007, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA



Si Maipo est la région phare du Cabernet Sauvignon au Chili, Colchagua pour sa part est reconnue d’abord et avant tout pour ses vins d’assemblage où le Carmenère, le Cabernet Sauvignon et la Syrah jouent souvent des rôles importants. Parmi les plus connus on compte: Clos Apalta, Neyen, Ge, Coyam, Ninquén, Dona Bernarda, Vertice, A Crux, Clos de Lolol et depuis peu le Primus de Veramonte. À cette liste il faut ajouter le Altura et le Quinta Generacion de Vina Casa Silva. La coûteuse cuvée Altura n’est produite que dans les meilleures années, alors que le Quinta Generacion est l’assemblage de référence de la maison, produit à chaque année. Le but avec cette cuvée est de produire le meilleur vin possible selon les conditions du millésime. Ainsi, la composition des cépages, et les vignobles dont ils sont issus, varie à chaque année. Avec cette cuvée, Casa Silva se targue de produire un vin pouvant rivaliser avec les super premiums du pays, mais pour le tiers du prix. La version 2007 dont il est question ici est composée de raisins provenant de deux vignobles situés aux extrêmes de l’axe est-ouest de la vallée de Colchagua, avec les cépages Carmenère (45%), Cabernet Sauvignon (23%) et Petit Verdot (5%) qui proviennent du vignoble de Los Lingues situé au piedmont des Andes, et de la Syrah (27%) qui provient de la région de Lolol, située près du flanc intérieur de la chaîne côtière de montagnes. Le vin a été élevé pendant 13 mois en barriques neuves de chêne français et titre à 14.5% d’alcool.

La robe est sombre et bien opaque. Le nez s’exprime avec modération sur des arômes de fruits rouges et noirs, de bois de cèdre, de poivron rouge, de poivre noir et d’épices douces, le tout complété par un léger trait chocolaté. Beau nez de jeune vin avec une qualité d’arômes exemplaire. En bouche, le vin se montre équilibré et élégant, évitant les excès de puissance et d’extraction qu’on retrouve souvent dans les vins ambitieux. Dans ce cas-ci, on a plutôt misé sur le qualité des saveurs et la finesse de la texture. Ceci dit, il s’agit tout de même d’un vin d’une belle richesse de matière, avec de la présence, et qui ne manque en rien de concentration. On a juste évité de pousser les choses trop loin dans le strict but d’impressionner. Ce qui fait qu’on se retrouve avec un vin déjà facile à boire, malgré sa jeunesse. La finale est très agréable, avec des notes chocolatées amères qui s’accentuent, sur une longueur de bon niveau.

Comme je le mentionnais en intro, le producteur de ce vin dit que celui-ci peut rivaliser avec des super-premiums chiliens, mais à un tiers du prix. En terme de qualité et de plaisir que le vin peut donner, je pense que cette affirmation est vraie. Mais en mode comparatif direct, celui-ci serait désavantagé, car il n’a pas le niveau très élevé de concentration de ces super-vins conçus pour obtenir des grosses notes des magazines américains. Miser sur l’élégance et la finesse est rarement un pari payant dans ces circonstances. Toutefois, pour celui qui recherche ces qualités dans les vins qu’il consomme, ce Quinta Generacion représente une superbe occasion. Plus j’évolue dans le monde du vin, et plus je sais ce que je préfère. Heureusement pour moi, les vins que je favorise ne sont pas les vins très concentrés, boisés et extraits. J’aime les vins d’équilibre, qui ont assez de tout et ne manquent de rien. Et bien ce vin de Casa Silva cadre parfaitement avec cette description. C’est un vin qui pour moi est fidèle à sa vallée d'origine, et qui même s’il est déjà abordable, possède un très beau potentiel d’évolution pour au moins les 15 prochaines années. Un vin qui de par son prix raisonnable (24.95$), ne vise pas l’amateur qui associe nécessairement la grande qualité à un prix élevé. Dans ce cas-ci, le producteur a pris le pari que la qualité pouvait parler d’elle-même, au-delà du prix. C’est un pari plus audacieux qu’il n’y paraît à première vue, mais un pari qu’avec moi il a gagné.


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dimanche 5 décembre 2010

2010: Un point tournant pour le Chili vinicole?

Je ne sais pas si c’est une impression de blogueur monomaniaque, mais j’ai l’impression que 2010 aura été une année pivot pour le Chili en général et pour ses vins en particulier. Il semble qu’avec l’épisode très médiatisé du sauvetage des mineurs, ce pays ait enfin réussi à briser une image négative qui lui collait à la peau depuis les années de dictature de Pinochet. Comme si le monde venait de réaliser les changements profonds qui se sont opérés dans ce pays depuis la fin de cette période malheureuse. On réalise maintenant que le Chili est sorti de sa période de grande noirceur, et qu’il s’agit maintenant d’une démocratie moderne et en nette progression dans une foule de domaines.

Côté vinicole, comme je le mentionnais à la fin de mon CR du Côt, 2008, de Perez Cruz, ce pays est sur la voie rapide pour s’élever au rang des grands pays vinicoles. Il en possède tous les atouts, et commence juste à le réaliser. Cette prise de conscience amène une évolution des mentalités, qui alliée aux nombreux efforts et investissement consentis, ne pourront que donner des résultats de plus en plus probants. Le dynamisme, la diversification et la quête qualitative du Chili commencent à être reconnus dans la presse vinicole mondiale. Un changement de perception est en train de s’opérer, trop lentement à mon goût, mais sûrement. En ce sens, je lisais hier les prédictions vinicoles de James Molesworth du Wine Spectator. Celui-ci voit le Chili gagner du “momentum” en 2011 (voir lien). Aujourd’hui, c’est au tour du britannique Jaimie Goode de se montrer enthousiaste à propos des perspectives chiliennes, lui qui avait toujours été un des commentateurs britanniques les plus sceptiques sur le potentiel chilien. Dans son texte d’aujourd’hui, il fait même l’éloge d’une certaine verdeur dans les vins chiliens!!! Il n’y a pas à dire, le changement de tendance semble bien réel.

Bien sûr, on est encore loin d’un engouement général. Le Chili a encore du chemin à faire dans l'opinion pour être une origine recherchée par l’amateur passionné. À cet égard, son capital de prestige est encore proche de zéro. Toutefois, son image commence à changer chez les leaders d’opinion. De plus en plus, on y voit une histoire variée et intéressante à suivre, avec les bons vins qui viennent avec. C’est une histoire que je m’efforce de rendre ici au mieux, compte tenu du peu de moyens dont je dispose.
 
 
http://www.winesofchile.org/news-press/forecasting-2011-chile-gains-momentum/
 
http://www.wineanorak.com/wineblog/chile/some-thoughts-on-chile

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samedi 4 décembre 2010

CÔT, RESERVA, LIMITED EDITION, 2008, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



German Lyon



Le Malbec est la carte cachée de l’offre chilienne en rouge. Un cépage que le pays semble mal à l’aise de mettre de l’avant, tellement celui-ci semble identifié à son voisin et rival argentin. D’ailleurs, lors de la dernière dégustation “Vin du Chili”, j’ai eu la chance de discuter avec German Lyon, l’oenologue en chef de la maison Perez Cruz, qui s’exprime parfaitement en français. Nous avons discuté de plusieurs sujets, mais celui-ci a insisté sur sa volonté de refléter dans ses vins le terroir de l’Alto Maipo. Il a d’ailleurs spécifié que l’appellation Côt choisie pour ce vin, malgré le fait qu’elle réfère à l’origine française du cépage, était motivée par une volonté claire de se démarquer de ses contreparties argentines. C’est quand même un peu ironique quand on pense que certains producteurs de Cahors apposent maintenant le mot Malbec sur leurs étiquettes, pour tenter de profiter de la vague positive entourant ce cépage. Pour ce qui est de ce Côt, 2008, tout ce que je sais sur son élaboration, c’est qu’il est assemblé avec de petites quantités de Carmenère et de Petit Verdot.

La robe est bien foncée et opaque. Le nez est d’une expression bien dosée et exhale d’invitants arômes de fruits noirs qui pour moi sont typiques de ce cépage, complétés par des notes terreuses et doucement épicées, ainsi que par un léger aspect de fleurs fanées. Beau nez de jeune vin avec une bonne profondeur. Cela se poursuit en bouche de très belle façon, avec un vin équilibré d’entrée. C’est intense, sans être exubérant, avec des saveurs de grande qualité, bien soutenues par ce qu’il faut d’acidité et d’amertume. La palette de saveurs montre bien qu’on a affaire à un Malbec sud-américain. Le milieu de bouche est concentré et permet de mieux apprécier l’aspect épicé bien mesuré qui complète admirablement le fruit. Les proportions sont bien ajustées, ce qui donne un vin assez compact, mais avec quand même du volume, et une structure tannique raffinée. Un vin qui évite les excès donc, ce qui le rend facile et agréable à boire. La finale se déploie sous le signe de l’harmonie, avec un beau fondu de saveurs sur une allonge de bon niveau.

J’ai été ravi par ce vin. En même temps, j’ai été surpris qu’il soit aussi abordable à un si jeune âge. Rien n’accroche, et ça coule sans efforts. Malgré la décision de Perez Cruz de le nommer Côt, au lieu de Malbec, ce vin m’est apparu fidèle à ce qu’on peut attendre d’un très bon vin sud-américain de ce cépage. En le dégustant, je ne pouvais m’empêcher de penser que son niveau qualitatif rejoignait celui d’un Catena, Alta, du double du prix. Vous aurez donc compris qu’il s’agit pour moi d’un fort RQP. Même s’il est déjà très agréable dans sa livrée de jeunesse, ce vin possède à mon avis un bon potentiel d’évolution. Le Chili doit continuer de diversifier son offre et le Côt/Malbec me semble un atout incontournable de la nouvelle donne chilienne. Ce pays doit éviter d’être identifié à un seul cépage, comme c’est un peu le cas avec le Malbec en Argentine. Il doit plutôt être synonyme de diversité, comme c’est le cas de tous les grands pays vinicoles, et à n’en pas douter, le Chili est en train de se transformer en grand pays vinicole. C’est un “work in progress” intéressant à suivre, tout en étant abordable et agréable à goûter. La SAQ offrira bientôt le Cabernet Sauvignon, Reserva de cette maison, ainsi que les deux cuvées de luxe de la maison, le Liguai (50$) et le Quelen (65$). J’ai eu la chance de goûter ces deux vins et ils sont très bons. Le Quelen m’est apparu comme très original, probablement à cause de sa très forte proportion de Petit Verdot (45%). À suivre.



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