Ce matin j’ai reçu une question me demandant combien de temps il fallait pour devenir spécialiste en matière de vin. Je n’ai pas répondu à la question, ignorant la réponse, mais j’y ai tout de même réfléchi. Disons que la première chose qui me soit venu à l’esprit, c’est que l’expertise est une notion très relative. Ensuite, je me suis dit que le monde du vin est un champ très vaste à explorer, et ce, sous plusieurs angles. Finalement, je me suis dit que le temps nécessaire pour acquérir le statut de spécialiste en vin devait dépendre de l’intensité qu’on mettait dans l’apprentissage, et aussi de nos connaissances préalables.
On peut se demander pourquoi un simple amateur de vin pourrait bien vouloir devenir expert en la matière. Pour des professionnels, on peut comprendre la motivation. Mais pour un amateur, je n’en vois pas l’utilité. Je ne dis pas qu’il faille renoncer à apprendre. Je dis juste que le plaisir et la curiosité devraient être les moteurs de la démarche, pas le désir d’atteindre un statut d’expert. Aussi, il ne faut oublier l'aspect monétaire de l'équation. Cet élément, dépendant des moyens ou des valeurs, peut être limitatif. En plus, et c'est là où tout se mêle un peu, il faut dire que le petit monde du vin est un qui peut paraître intimidant pour le néophyte. C’est un monde où une certaine catégorie d’amateurs aime bien étaler son expérience et ses connaissances, en espérant se donner de la crédibilité et de l’importance. Je peux donc comprendre qu’un nouveau venu dans le domaine puisse vouloir gagner en expertise assez rapidement. Malheureusement, vin et ego sont souvent liés, le premier servant alors d’outil pour élever le deuxième. Personnellement, je n’ai jamais eu le désir de devenir un spécialiste en matière de vin. Si j’avais eu ce désir, il y a longtemps j’aurais réorienté mon intérêt vers des contrées plus prestigieuses. Certains, pensant peut-être me consoler, me diraient que je suis un expert en vins chiliens. Ne vous en faites pas, en connaître un peu sur un sujet n’intéressant presque personne ne fait pas de soi un expert. Simple effet de contraste.
Comme je le disais au début, la notion d’expert en est une très relative. Je pense que l’amateur de vin ne devrait pas se préoccuper de devenir un expert. Encore une fois, il devrait se laisser guider par le plaisir et par sa curiosité. Bien sûr, au passage, il accumulera des connaissances. Ces connaissances nouvelles pourront en cours de route l’aider à orienter son parcours. Mais la quête de connaissances ne devrait pas être le but de l’exercice. Peut-être que vers la fin de son périple, l’amateur ayant été motivé d’abord et avant tout par le plaisir pourra être considéré par certains comme un expert. Si c’est le cas, celui-ci sera alors le meilleur des experts qu’on puisse imaginer, car il le sera devenu malgré lui, et ne se considérera pas lui-même comme tel.
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mardi 22 juin 2010
vendredi 18 juin 2010
SAUVIGNON BLANC, AMAYNA, 2008, LEYDA, VINA GARCES SILVA
C’est une période tranquille en ce qui me concerne côté vin. Je pense que tout amateur, même le plus passionné, devrait s’allouer des périodes de faible consommation. Je trouve que ça aide à rétablir la perspective. Quand on déguste beaucoup, pendant longtemps, on perd une certaine fraîcheur dans le regard. Un effet de saturation se développe. C’est donc un peu rafraîchi, du moins je l’espère, que j’ai abordé cette bouteille de Sauvignon Blanc de l’excellent producteur Garces Silva, qui est à mon avis un des meilleurs du Chili. J’avais adoré leur Sauvignon Blanc, du même millésime, élevé en barriques. Celui-ci ne voit pas le bois et est élevé sur lies en inox pendant deux mois. Le titre alcoolique déclaré par le producteur est 14.5%, mais selon la SAQ, ce titre serait plutôt de 15.6%. Ce qui me semble très élevé, encore plus pour un vin blanc. Ce vin a reçu les éloges de la critique américaine (IWC, WA, WS). Fait intéressant, Josh Raynolds de IWC a même conclu sa note de dégustation par cette phrase que je traduis librement: “Je placerais ce vin aux côtés de plusieurs des meilleurs Sauvignon Blanc de la Loire dégustés dans la dernière année.” Je me sens un peu moins seul tout à coup!... Voyons si l’enthousiasme de M. Raynolds est justifié.
La robe est d’une teinte jaune plutôt pâle aux reflets verdâtres. Le nez s’exprime avec modération, déployant un profil typique du cépage avec des arômes de citron, de fruits de la passion, de melon, de poivron vert et d’herbe coupée. Une légère et surprenante touche florale ajoute un brin de charme à l’ensemble. En bouche, l’attaque est pleine et équilibrée, avec un heureux mélange d’acidité et de rondeur. Le vin a du gras, presque de l’onctuosité, et remplit très bien la bouche de sa généreuse matière. Le profil gustatif est fidèle à ce qui était perçu au nez, avec le citron qui domine, bien complété par l’aspect végétal. Le milieu de bouche confirme le niveau de concentration supérieur et l’aspect volumineux du vin. La finale est riche et intense, avec une longueur de haut calibre aux légères rémanences amères. L’alcool se fait légèrement sentir si le vin n’est pas assez frais.
Mon verdict? Un vin clairement de haut calibre, avec plusieurs attributs de très bon vin, mais à l’équilibre quelque peu précaire. Un vin qui marche sur un fil de fer, même s’il n’a rien d’aérien. Ce qui fait qu’on peut s’interroger presqu’à chaque gorgée sur son équilibre. C’est ma troisième bouteille de ce vin, et c’est la troisième fois qu’il suscite en moi l’ambivalence. La fraîcheur de mon regard, espérée en introduction, n’y a rien changé. La matière de ce vin est impressionnante, mais je ne peux m’empêcher de me demander si ce n’est pas trop. Le style est clairement limite, et le 15.6% d’alcool de la SAQ me trotte dans la tête, mais en même temps les qualités du vin sont indéniables. Une chose est sûre toutefois, la température de service est critique. Celle-ci ne devrait pas excéder 12° C, et devrait idéalement être à 8-10° C. Ce vin est offert à 24.75$ à la SAQ, mais sera offert dès le 26 juin à la LCBO pour aussi peu que 17.95$. Au prix de la SAQ c’est un bon achat, mais au prix de la LCBO, c’est une formidable aubaine. En résumé, je dirais qu’on a affaire à un Sauvignon Blanc de fort calibre, mais situé à la limite en terme de style.
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mercredi 9 juin 2010
CABERNET SAUVIGNON, FELINO, 2007, MENDOZA, VINA COBOS
Si mon intérêt pour les vins du Chili ne se dément pas, probablement à cause du progrès en cours dans ce pays, allié à la diversification croissante de l’offre en terme de cépages et de terroirs. Mon intérêt pour l’Argentine décroît. Quand j’ai le goût d’un bon rouge généreux, offert à prix avantageux, je considère que c’est encore une adresse fiable. Mais je trouve que les vins rouges issus de ce pays se ressemblent trop, peu importe le cépage. Pour ce qui est des blancs, j’adore le Torrontès qui produit de beaux vins floraux à prix très abordables. Sinon, l’offre en blanc demeure très limitée. Un autre point qui justifie ma relative perte d’intérêt pour les vins rouges argentins, est le fait que j’ai eu autant d’expériences heureuses que malheureuses avec la garde de ces vins. J’ai ma courte liste de producteurs fiables pour la garde, avec en tête de liste Catena, Weinert et Zuccardi, mais pour les producteurs que je ne connais pas ou mal, c’est un peu pile ou face. Ayant le goût pour un jeune rouge généreux, comme ce pays sait si bien en produire. J’ai donc décidé d’y aller pour un vin de Vina Cobos, l’opération du californien Paul Hobbs en Argentine. Ce vin est en réalité un assemblage comprenant 86% de Cabernet Sauvignon, complété pour le reste par un mélange de Merlot, Malbec, Petit Verdot et Syrah.
La robe est sombre et opaque. Dès le premier contact, le ne révèle son origine “mendozienne” par un aspect que je n’arrive pas à nommer clairement, mais qui pour moi correspond à un rouge de Mendoza. Au-delà de ce caractère, on retrouve un profil au fruité mature et au boisé bien présent, avec des arômes de cerises et de fruits noirs, de chocolat noir, de vanille et autres épices douces. En bouche, le vin se montre sous un jour ample et souple, avec un doux fruité bien mûr, allié à des arômes doucement épicés, auxquels un trait d’amertume s’ajoute pour venir un peu équilibrer cette douceur. En milieu de bouche, la douceur et la souplesse de l’ensemble persistent, ce qui n’est pas un mal, sur un bon niveau de concentration et avec une présence tannique assez légère. On retrouve donc un vin qui coule facilement malgré la bonne densité de sa matière. La finale poursuit en droite ligne de ce qui était déjà entamé, avec une touche de chocolat au lait qui s’ajoute sur une persistance de bon niveau.
Un vin que j’ai bien aimé, malgré le fait qu’il ferait hurler les puristes qui ont le néologisme “sucrosité” aux lèvres dès qu’ils détectent un vin montrant ce profil. La réalité est que ce vin est très bien fait dans son style. On peut décider de ne pas aimer ce style. Ce n’est d’ailleurs pas mon style de vin favori, mais il m’arrive d’avoir le goût pour ce genre de vin, et je serais alors bien fou de bouder mon plaisir pour une stupide question de principe. Pour ajouter une raison de l’éviter à ceux qui aiment haïr ce genre de vin. L’éminent Jay Miller lui a octroyé un ronflant 91. Les notes précises demeurent pour moi absurdes, mais celle-ci montre une certaine cohérence avec la philosophie générale de Parker, qui privilégie la maturité du fruit, et ne rechigne pas sur les arômes boisés. Pour ce qui est de la garde de ce vin, c’est un pari que je n’oserais pas prendre, ce qui ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas être gagné.
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dimanche 6 juin 2010
Quelle est la plus pure expression du terroir?
Depuis que je m’intéresse au vin, j’ai toujours été un peu mal à l’aise avec un certain langage, qui si il était utilisé à propos d’autre chose pourrait donner froid dans le dos. On aime y parler de classe, de race, de pureté, de supériorité innée, de grandeur, d'ordre, de naturel. On aime aussi y parler d'authenticité. On aime y distinguer le vrai du faux. Pour plusieurs amateurs enflammés, le “vrai” vin est un don de la nature où l’intervention humaine est la plus restreinte possible. La nature, dans son expression supérieure, serait pure et vraie, et l’action humaine altérerait, cette vérité, cette pureté. Donc, selon les tenants de cette vision, il faudrait le plus possible éviter de changer ce qui est naturel pour atteindre les meilleurs résultats possibles. La sélection clonale de la vigne serait à proscrire, tout comme les pesticides et herbicides dans la culture de celle-ci. Au chai, il faudrait fermenter seulement avec des levures indigènes, en utilisant peu ou pas de sulfites. Il faudrait manipuler le vin le moins possible en utilisant que des techniques traditionnelles. Il faudrait éviter l’ajout de tout produit exogène, et ne pas coller ni filtrer le produit final. Tous ces éléments favoriseraient, selon les tenants de cette approche, l’obtention de vins authentiques, de vrais vins de terroir.
Étant biochimiste de formation, j’ai beaucoup de difficulté avec cette vision idyllique des choses. N’empêche. Chaque fois que je lis de pareilles affirmations, je me sens un peu comme un amateur de “sous-vins”, de “faux vins”. Peut-on s’intéresser aux vins du Nouveau-Monde et s’intéresser au “vrai vin”? Pour aggraver mon cas, je m’intéresse en particulier aux vins du Chili. Un pays dont la production est axée très majoritairement sur l’exportation, et contrôlée surtout par des entreprises de bonnes tailles. Ces entreprises ont tendance à adapter leurs vins aux demandes du marché. Il n’y a pas de vision singulière, de désir d’authenticité, derrière la plupart des vins qu’elles produisent. Même la redécouverte et le développement d’un cépage comme le Carmenère ne vient pas d’un désir d’originalité. C’est le résultat d’une certaine incompétence historique. Comme vous pouvez le voir, avec mon intérêt pour le Chili et ses vins, ma place semble loin d’être assurée au rayon des amateurs de “vrais” vins. Le syndrome de l’imposteur me guette!!!
Vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec ce préambule un peu convenu sur l'approche naturelle et minimaliste qui confine au vrai et au faux? Voici. Dans mes lectures vinicoles récentes, je suis tombé sur deux passages entre lesquels j’ai fait un lien, et qui m’ont amené à la réflexion que j’expose ici. Le premier est tiré d’un texte français traitant du cépage Syrah dans le Rhône septentrional. Ça va comme suit:
La syrah présente une fertilité modérée ce qui joue positivement sur l’aspect qualitatif du vin produit ; de plus, le porte-greffe SO4 a été abandonné dans cette région, car il entraînait une baisse du potentiel aromatique et une dilution de tous les caractères (couleur, sucre, tanin) du fait de plus gros rendements. Les porte-greffes les plus couramment utilisés sont le Couderc 3309 sur schistes et granite et le 164R sur argilo-calcaires
Le deuxième est une traduction libre de ma part, tirée d’un texte du britannique Tom Cannavan du site “Wine-Pages”:
Toutes les vignes de De Martino sont plantées sur leurs propres racines. “Si vous changez les racines, vous changez le lieu” dit Eduardo. “Si vous plantez du Cabernet au même endroit, sur trois différents porte-greffes, tous auront un goût différent, donc évidemment les porte-greffes ne permettent pas la plus pure expression du terroir”
Le lien que j’ai fait entre ceux deux extraits m’a remonté un peu le moral... Bien sûr, je n’ai jamais vraiment pensé être amateur de “faux vins”. Je ne crois pas à ce type de catégorisation méprisante. Mais quand même, je me disais qu’à ce jeu alambiqué du vrai et du faux, les vins chiliens avaient au moins un argument de poids en leur faveur. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’une partie du caractère distinctif général de ces vins venait du fait que la très grande majorité des vignes de ce pays poussent sur leur propres racines, contrairement à ailleurs au monde, et que la nature des racines a une influence sur le profil général des vins. Bien sûr, le lien avec la pureté et l’approche minimaliste m’a été inspiré par la citation d’Eduardo Jordan, oenologue et découvreur de nouveaux terroirs chez De Martino, au Chili. Il est quand même ironique de penser que tous ses tenants du naturalisme posent un geste fondamentalement contraire à ce qu'ils prônent, et ce, dès la plantation de leurs vignobles. Il me semble y avoir là une contradiction troublante. Pour rester dans le ton, j’oserais dire un péché originel. Il faudrait préserver des levures indigènes, essentielles à l’authenticité et à la qualité des vins, mais dès le départ on peut changer les racines pour celles venant d’autres espèces de vignes, et souvent croisées entre elles par l'action humaine. En ce sens, l’affirmation d’Eduardo Jordan me semble jeter un sérieux pavé dans la mare des amants de l’idée d’authenticité naturelle.
Personnellement, je ne crois pas que les vins chiliens soit les plus purs, ou les plus athentiques, car issus de vignes non-greffées. Toutefois, je pense que cette particularité doit être tenue en compte lorsqu’on aborde ces vins. Je pense qu’étant conscient de cette particularité, on peut regarder le Chili et ses vins d’un autre oeil. Qu’on le veuille ou non, ce pays, de par la nature même de sa viticulture, produit à la base les vins les plus naturels au monde. Si on ajoute à cela le fait qu’il s’agit du pays présentant les conditions les plus favorables à l’agriculture biologique. Je pense qu’il faudrait aborder ce pays vinicole de façon différente, car c’est un endroit vraiment particulier pour produire du vin, et ce faisant, ceux-ci ne peuvent qu’être distinctifs, car différents à la base de 99% de ce qui est produit ailleurs dans le monde. Ajoutez à cela une mosaïque grandissante de terroirs et de cépages, et le tableau est encore plus riche.
Finalement. Pour répondre à la question de départ. Je ne crois pas à la pureté naturelle, même si les excès humains existent. J’ai toujours prôné que le vin n’était pas un produit naturel, mais une création humaine découlant d’un contrôle éclairé de la nature. Je pense aussi qu’il faut faire attention avec les catégorisations manichéennes. Le vin est un liquide issu de processus biochimiques complexes, mais il devrait être abordé simplement, en évitant d’y projeter des valeurs qui lui sont étrangères.
http://www.1001vins.net/1001_VINS/la_syrah.html
http://www.wine-pages.com/organise/de-martino.htm
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Étant biochimiste de formation, j’ai beaucoup de difficulté avec cette vision idyllique des choses. N’empêche. Chaque fois que je lis de pareilles affirmations, je me sens un peu comme un amateur de “sous-vins”, de “faux vins”. Peut-on s’intéresser aux vins du Nouveau-Monde et s’intéresser au “vrai vin”? Pour aggraver mon cas, je m’intéresse en particulier aux vins du Chili. Un pays dont la production est axée très majoritairement sur l’exportation, et contrôlée surtout par des entreprises de bonnes tailles. Ces entreprises ont tendance à adapter leurs vins aux demandes du marché. Il n’y a pas de vision singulière, de désir d’authenticité, derrière la plupart des vins qu’elles produisent. Même la redécouverte et le développement d’un cépage comme le Carmenère ne vient pas d’un désir d’originalité. C’est le résultat d’une certaine incompétence historique. Comme vous pouvez le voir, avec mon intérêt pour le Chili et ses vins, ma place semble loin d’être assurée au rayon des amateurs de “vrais” vins. Le syndrome de l’imposteur me guette!!!
Vous vous demandez peut-être où je veux en venir avec ce préambule un peu convenu sur l'approche naturelle et minimaliste qui confine au vrai et au faux? Voici. Dans mes lectures vinicoles récentes, je suis tombé sur deux passages entre lesquels j’ai fait un lien, et qui m’ont amené à la réflexion que j’expose ici. Le premier est tiré d’un texte français traitant du cépage Syrah dans le Rhône septentrional. Ça va comme suit:
La syrah présente une fertilité modérée ce qui joue positivement sur l’aspect qualitatif du vin produit ; de plus, le porte-greffe SO4 a été abandonné dans cette région, car il entraînait une baisse du potentiel aromatique et une dilution de tous les caractères (couleur, sucre, tanin) du fait de plus gros rendements. Les porte-greffes les plus couramment utilisés sont le Couderc 3309 sur schistes et granite et le 164R sur argilo-calcaires
Le deuxième est une traduction libre de ma part, tirée d’un texte du britannique Tom Cannavan du site “Wine-Pages”:
Toutes les vignes de De Martino sont plantées sur leurs propres racines. “Si vous changez les racines, vous changez le lieu” dit Eduardo. “Si vous plantez du Cabernet au même endroit, sur trois différents porte-greffes, tous auront un goût différent, donc évidemment les porte-greffes ne permettent pas la plus pure expression du terroir”
Le lien que j’ai fait entre ceux deux extraits m’a remonté un peu le moral... Bien sûr, je n’ai jamais vraiment pensé être amateur de “faux vins”. Je ne crois pas à ce type de catégorisation méprisante. Mais quand même, je me disais qu’à ce jeu alambiqué du vrai et du faux, les vins chiliens avaient au moins un argument de poids en leur faveur. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’une partie du caractère distinctif général de ces vins venait du fait que la très grande majorité des vignes de ce pays poussent sur leur propres racines, contrairement à ailleurs au monde, et que la nature des racines a une influence sur le profil général des vins. Bien sûr, le lien avec la pureté et l’approche minimaliste m’a été inspiré par la citation d’Eduardo Jordan, oenologue et découvreur de nouveaux terroirs chez De Martino, au Chili. Il est quand même ironique de penser que tous ses tenants du naturalisme posent un geste fondamentalement contraire à ce qu'ils prônent, et ce, dès la plantation de leurs vignobles. Il me semble y avoir là une contradiction troublante. Pour rester dans le ton, j’oserais dire un péché originel. Il faudrait préserver des levures indigènes, essentielles à l’authenticité et à la qualité des vins, mais dès le départ on peut changer les racines pour celles venant d’autres espèces de vignes, et souvent croisées entre elles par l'action humaine. En ce sens, l’affirmation d’Eduardo Jordan me semble jeter un sérieux pavé dans la mare des amants de l’idée d’authenticité naturelle.
Personnellement, je ne crois pas que les vins chiliens soit les plus purs, ou les plus athentiques, car issus de vignes non-greffées. Toutefois, je pense que cette particularité doit être tenue en compte lorsqu’on aborde ces vins. Je pense qu’étant conscient de cette particularité, on peut regarder le Chili et ses vins d’un autre oeil. Qu’on le veuille ou non, ce pays, de par la nature même de sa viticulture, produit à la base les vins les plus naturels au monde. Si on ajoute à cela le fait qu’il s’agit du pays présentant les conditions les plus favorables à l’agriculture biologique. Je pense qu’il faudrait aborder ce pays vinicole de façon différente, car c’est un endroit vraiment particulier pour produire du vin, et ce faisant, ceux-ci ne peuvent qu’être distinctifs, car différents à la base de 99% de ce qui est produit ailleurs dans le monde. Ajoutez à cela une mosaïque grandissante de terroirs et de cépages, et le tableau est encore plus riche.
Finalement. Pour répondre à la question de départ. Je ne crois pas à la pureté naturelle, même si les excès humains existent. J’ai toujours prôné que le vin n’était pas un produit naturel, mais une création humaine découlant d’un contrôle éclairé de la nature. Je pense aussi qu’il faut faire attention avec les catégorisations manichéennes. Le vin est un liquide issu de processus biochimiques complexes, mais il devrait être abordé simplement, en évitant d’y projeter des valeurs qui lui sont étrangères.
http://www.1001vins.net/1001_VINS/la_syrah.html
http://www.wine-pages.com/organise/de-martino.htm
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mardi 1 juin 2010
Malbec: Quand l'Argentine influence Cahors
Qui a parlé de monde à l'envers?... Voici un lien vers un article de la revue "World of Fine Wine", à propos d'une dégustation de vins de Malbec, argentins et cadurciens (Merci à Vin Québec pour le lien). La conclusion est qu'il n'est pas si facile de distinguer l'origine des vins, principalement à cause du fait que de nombreux Cahors montrent aujourd'hui un profil plus mature que par le passé. Ce serait là un signe de l'influence du modèle argentin. Pour moi, la relative surprise de la dégustation est la performance du Malbec, 2007, d'entrée de gamme d'Achaval-Ferrer. Ce vin est classé parmi les meilleurs par les trois dégustateurs, et bien devant la très dispendieuse cuvée "Vignoble Unique" Mirador du même producteur, et devant beaucoup d'autres vins de plusieurs fois son prix. J'ai commenté sur ce blogue la très belle qualité de la version 2008 de ce vin qui est toujours disponible à la SAQ. Voilà un autre élément venant soutenir ma conviction maintes fois répetée, voulant qu'il est possible de trouver en Amérique du Sud des vins formidables à des prix très abordables. Nul besoin de se ruiner pour bien boire, et pour le même montant investi, on peut suivre de multiples bouteilles du même vin dans le temps. Ce qui ajoute au plaisir et enrichi l'expérience globale.
http://www.finewinemag.com/docs/Malbec%20Argentina%20&%20Cahors%20.pdf
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/03/malbec-2008-mendoza-achaval-ferrer.html
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http://www.finewinemag.com/docs/Malbec%20Argentina%20&%20Cahors%20.pdf
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/03/malbec-2008-mendoza-achaval-ferrer.html
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dimanche 30 mai 2010
SYRAH, LEGADO, RESERVA, 2006, CHOAPA, VINA DE MARTINO
De Martino est un des producteurs chiliens ayant joué un rôle de pionnier dans la révolution terroir prise par l’industrie vinicole de ce pays, d’ailleurs, cela se reflète dans sa devise qui est: “Réinventer le Chili”. Dans le cas de cette Syrah, qui est le premier et toujours unique vin du pays portant l’appellation “Vallée de Choapa”, on peut dire que la devise a été mise en action. Cette nouvelle région est située dans la partie la plus étroite du Chili, au nord de la région d’Aconcagua, et au sud de Limari, à 45 km du Pacifique, dans le piedmont des Andes, à 825 m d’altitude. La vin a été élevé un an en barrique de chêne français et titre à 14.5% d’alcool.
La robe est très sombre et parfaitement opaque. Le nez est d’une intensité bien calibrée et dégage des arômes fruités de belle qualité, avec la cerise qui ressort clairement. À l’ouverture, on retrouvait un caractère de viande fumée bien présent, mais celui-ci a diminué graduellement par la suite, pour laisser la place à des notes de vanille, de girofle, de lavande, et une très légère touche goudronnée. Superbe nez qui montre un vin sorti de sa prime jeunesse, dégagé de l’empreinte boisée qui marque les vins encore trop jeunes, mais avec encore toute la fraîcheur juvénile de son fruit qui peut maintenant s’exprimer librement. En bouche, le ravissement se poursuit avec un vin à la fois ample et frais, déployant une riche matière dominée par un fruité vibrant, où la cerise tient toujours le premier rôle. La structure est assez volumineuse, mais une saine dose d’acidité apporte du tonus à l’ensemble. Le milieu de bouche révèle un niveau de concentration supérieur, et permet de s’étonner encore un peu plus face à la qualité de matière de ce vin. La trame tannique est généreuse, mais bien intégrée, veloutée. La finale apporte une conclusion logique, avec un sursaut d’intensité qui marque un mariage des saveurs très réussi et une longueur simplement impressionnante, digne d’un très bon vin.
Le vin est un liquide intriguant, souvent rempli de surprises, avec lequel il faut se méfier des constats définitifs, et avec lequel il faut parfois avoir la foi. Dans un élan d'enthousiasme, j’avais acheté une caisse de ce vin en Août 2009, et la première bouteille ne m’avait pas convaincu. On pouvait constater la générosité de la matière, mais le profil aromatique n’était pas le même qu’aujourd’hui, beaucoup moins séduisant, et en bouche, le vin semblait manquer d’équilibre. Je ne sais pas si c’est une de ces fameuses variations entre bouteilles, ou encore une meilleur disposition du dégustateur aujourd'hui, ou bien le repos tranquille du vin au cellier pendant dix mois. Toujours est-il que ce vin que j’ai failli retourner au détaillant, se révèle aujourd’hui d’une superbe façon. La patience, et la confiance que j’avais en De Martino, auront porté de généreux fruits. Aujourd’hui, je me retrouve avec un vin que je considère comme un de mes meilleurs achats de la dernière année en terme de RQP. À 16.95$ la bouteille, la qualité est simplement renversante, et avec les nombreuses bouteilles qui dorment toujours, je pourrai le suivre tranquillement dans les années à venir. D'ailleurs, sur la caisse de ce vin, il écrit: De Martino, surprising hand crafted wines from Chile. Celui qui a pondu cette phrase ne croyait pas si bien dire, car ce vin m'a réellement surpris. Finalement, de la façon dont il se présente aujourd'hui, on obtient un vin qui est encore du côté Syrah des choses, avec de la fraîcheur, même si le profil fruité est plus mature et généreux que ce que le Chili peut produire dans les régions plus fraîches, plus rapprochées de la côte. C'est un bel exemple pour illustrer la palette de styles maintenant possibles avec ce cépage dans ce pays qui décidément se réinvente chaque année un peu plus.
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samedi 29 mai 2010
CABERNET SAUVIGNON, CASTILLO DE MOLINA, 2003, CURICO, VINA SAN PEDRO
J’ai appelé ce blogue “Le vin aux antipodes”, car je voulais y traiter principalement des vins de l’hémisphère sud. Mais le titre avait un autre sens, et voulait mettre en relief ma propension à aborder les choses du vin souvent à rebours des idées reçues dans ce petit monde qui en compte beaucoup. Une des choses que j’ai faite à l’inverse dès le départ a été de garder des vins rouges sud-américains de prix très abordables. J’adorais ces vins en jeunesse, je trouvais qu’ils valaient pas mal plus que le modique prix qu’on en demandait, et intuitivement j’ai pensé qu’ils étaient de bons candidats pour la garde. Jusqu’à maintenant, les rouges argentins m’ont donné des résultats partagés, alors que les rouges chiliens ne cessent de me surprendre. Le vin dont je traite ici, dans sa gamme de prix, ne figurait pas parmi mes Cabs chiliens favoris, en jeunesse. Je préfère de loin les Cabs de Maipo. Néanmoins, les résultats obtenus sont surprenants.
La robe demeure bien foncée, même si légèrement translucide. Le nez révèle un vin moyennement évolué, qui n’est clairement plus sur son profil de prime jeunesse. Cela se reflète dans un mélange d’arômes de fruits noirs, amalgamé à des notes de terre humide, de feuilles mortes, de thé. En mode mineur on retrouve aussi du menthol, du bois de cèdre, des épices douces et de la torréfaction. Pas très profond comme nez, mais complexe et bien agréable. En bouche, le vin montre une belle fraîcheur, un certain équilibre sur une structure bien compacte. Le fruit tient encore le premier rôle, bien appuyé sur une bonne base d’amertume, et amalgamé aux notes d’évolution déjà perçues au nez. Les saveurs sont bien intenses et d’un bon niveau de concentration, sur une fine texture tannique. La finale est de bonne longueur, avec un côté thé amer qui gagne en importance à la toute fin.
Ce vin m’a offert ce que j’en attendais, c’est-à-dire un profil de Cabernet évolué, avec encore ce qu’il faut de fruit pour obtenir un vin assez équilibré, mais sans le raffinement et la richesse de matière d’un très bon vin. C’est un type de vin qui n’existe pas sur le marché, c’est à dire, Cab évolué sous la barre des 20$, et c’est le genre de vin que pratiquement personne ne se donnera la peine de garder. C’est à mon avis une erreur. J’ai payé ce vin 13.50$ il y a cinq ans, et aujourd’hui il me donne un vin bien typé Cabernet, au profil fondu et évolué, tout à fait agréable. Encore une fois, ce n’est pas un grand vin, mais c’est une façon abordable de boire un bon vin de profil modérément évolué, sans se casser la tête, un soir de semaine. L’amateur moyen ne garde que des vins assez chers qu’il n’ouvre que pour des occasions spéciales. Un vin comme celui-ci permet de briser ce patron de consommation. Étant donné son prix plus qu’abordable, on peut l’ouvrir en toutes occasions, sans arrières-pensées, et sans attentes démesurées. De plus, ça fait tellement changement de la grande majorité de vins trop jeunes qu’on retrouve en tablettes et que l’on est forcés de boire si on a pas eu la prévoyance de mettre des vins “ordinaires” de côté.
Pour terminer, mon candidat idéal actuellent pour ce genre d'exercice, est le Cabernet Sauvignon, Reserva, de Perez Cruz. J'ai ouvert une autre bouteille de 2007 cette semaine, et ce Cab de l'Alto Maipo est simplement formidable pour les 14.95$ qu'en demande le monopole ontarien. Il est aussi assez souvent en promo à 13.95$, le 2008 est actuellement disponible. Une caisse de ce vin pourra vous donner un plaisir évolutif sur au moins 15 ans.
Toujours à propos du Perez Cruz, je joins le lien d'un article récent relatant une verticale des 7 premiers millésimes de ce vin. Comme quoi je ne suis pas le seul à croire au potentiel de garde de ce vin. C'est en espagnol, mais un traducteur en ligne permet de bien comprendre le contenu de l'article si comme moi vous ne maîtrisez pas la langue de Cervantes.
http://www.planetavino.com/descorchados/reportaje.asp?id=266
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jeudi 20 mai 2010
CABERNET SAUVIGNON, CHONO, RESERVA, 2007, MAIPO, GEO WINES
Ceux qui lisent régulièrement ce blogue savent comment j’ai aimé la Syrah de ce producteur, avec deux caisses achetées en importation privée. Cette fois, la SAQ offre directement un vin de la gamme Chono, soit le Cabernet Sauvignon. Reserva, provenant du terroir de prédilection pour ce cépage au Chili, soit la vallée de Maipo. Le réputé oenologue et apôtre de la biodynamie, Alvaro Espinoza supervise l’élaboration de ce vin.
La robe est foncée, bien que très légèrement translucide. Le nez est relativement discret pour un jeune Cab de cette origine. Il donne une impression de délicatesse avec des arômes de fruits noirs et rouges, de bois de cèdre, de menthol, de fumée et de terre humide. Le tout est complété par un subtil apport boisé évoquant les épices douces et le chocolat noir. En bouche, on retrouve un vin de corps moyen, déployant une belle matière ample et équilibrée, avec à l’avant-plan un fruité vibrant et intense, balancé par un trait d’amertume. De fines et agréables notes de bois de cèdre, d’épices douces et de fumée viennent compléter l’ensemble de belle façon. Le milieu de bouche met en évidence un équilibre impeccable, avec des proportions bien ajustées entres les divers éléments. La structure est somme toute assez compacte, sur une texture tannique sans aspérités. C’est un vin savoureux qui coule facilement et se laisse boire. La finale est harmonieuse, avec un sursaut d’intensité, sur une longueur de bon calibre.
Deux en deux en ce qui me concerne avec les vins de Chono. Celui-ci est très bon, et fait particulier, il m’a rappelé les bons vieux “Antiguas Reservas” de Cousino Macul, des années 90, alors que je découvrais ce qui était alors l’unique force du Chili, soit les Cabs de Maipo. Un vin tout en finesse, qui joue à fond la carte aromatique, mais qui possède suffisamment de matière pour être pleinement satisfaisant. Comme dans le cas de la Syrah du même producteur, l’extraction et l’influence boisée sont modérées. Il semble que l’idée derrière cette gamme est de rendre compte de cépage et du terroir dont il est issu, avec juste une touche de bois pour compléter l’ensemble. Par rapport à d’autres Cabs de Maipo, comme le Marques de Casa Concha, ou le Medalla Real, qui sont plus massifs en prime jeunesse, ce vin me semble une belle alternative pour qui recherche plus de “buvabilité” dans un jeune Cabernet Reserva de cette région.
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samedi 15 mai 2010
Le vin sans identité
J’ai écrit un petit texte récemment à propos de l’importance de la dégustation à l’aveugle. J’avais toujours ce sujet en tête lorsque je suis tombé, sur le forum “La Paulée en Ligne”, sur une proposition de dégustation poussant à l’extrême le concept de l’aveugle. La proposition consiste à tenir une dégustation où les dégustateurs ignoreront l’identité des vins servis, en sachant que cette identité ne leur sera jamais révélée. J’ai été interpellé par cette idée, inspirée d’une anecdote racontée par le vigneron/blogueur Hervé Bizeul qui était dernièrement en visite au Québec. Il avait fait le coup à des amis, sans les prévenir de l’absence de dévoilement final. La suite des choses fut houleuse semble-t-il. Pourquoi donc?
Mon intérêt pour la dégustation à l’aveugle a toujours résidé dans la confrontation possible entre les perceptions sensorielles, en l’absence d’influence, et la réalité révélée à la fin de l’exercice. Mais qu’en serait-il de mon intérêt si l’identité des vins n’était jamais révélée? C’est là une bonne question à laquelle j’ai passablement réfléchi. Depuis que je m’intéresse au vin, j’aime à penser que ce qui compte, c’est ce qui est dans le verre et le plaisir qu’on peut en tirer. Je continue de le penser, mais dans la réalité, au bout du compte, il y a toujours l’identité du vin pour venir sceller l’expérience. Cette identité, qu’elle soit connue dès le départ où à la fin de la dégustation, viendra toujours teinter le jugement final, et ce que l’on retiendra d’un vin. Une partie de l’intérêt pour le vin tient au fait qu’on peut, grâce à cette identité, analyser les choses, et parfois projeter ses idées et ses convictions dans l’appréciation d’un vin. Alors, on s’éloigne passablement de la stricte notion de plaisir. Mais qu’en serait-il de notre intérêt pour le vin, si l’identité de toutes les bouteilles offertes sur le marché était strictement gardée secrète? Bien sûr, une pareille chose serait impossible dans la réalité. Mais si c’était possible. Est-ce que les amateurs passionnés de vin s’intéresseraient toujours autant à ce liquide, si bon puisse-t-il être? Pour la plupart, moi y compris, je n’en suis pas certain.
Chez l’amateur de vin passionné, la passion pour le vin dépasse de loin le strict plaisir que ce liquide peut offrir. Le plaisir potentiel demeure la base de l’intérêt, mais une grande partie de cet intérêt dépasse ce simple aspect. L’amateur passionné a une soif de connaître, d’analyser, et plus il en connaît, plus il aime le fait d’en connaître. Ça devient une spirale ascendante qui se nourrit d’elle même. C’est ce phénomène qui créé les connaisseurs, et le connaisseur n’existe que si le contenu des bouteilles est identifiable. Sans cela, à cause de l’imprécision des sens olfactif et gustatif, l’édifice mental longuement érigé s’écroulerait. Bien sûr, malgré tout, dans un hypothétique monde de vins anonymes, il resterait des vestiges du connaisseur. En dégustation, il croirait reconnaître un Pinot Noir bourguignon ici, un Cabernet californien là, mais jamais la confirmation, la vérité définitive ne viendrait. Le connaisseur progresserait alors à tâtons, totalement laissé à ses sens.
Comme je le disais plus tôt, un tel monde de bouteilles anonymes est impossible, car il n’y a pas que la notion de connaisseur qui s’écroulerait, mais aussi un très gros business. Ce serait un non-sens commercial. Sans étiquettes et appellations prestigieuses, sans grands producteurs, sans l’image de marque et parfois la mystique qu’on projette dans certaines bouteilles, comment les prix pourraient-ils être justifiés. Bien sûr, les grands vins demeureraient de grands vins, mais dans une telle utopie, les sens seraient juges de tout. Si ce "cauchemar" impossible pouvait devenir réalité, je pense que peu de connaisseurs déchus seraient prêts à allonger les mêmes sommes, en se basant uniquement sur leurs sens. Quant à moi, libéré de mes préjugés, sans le savoir, je me mettrais probablement à boire du vin européen!!!
http://www.lapaulee-enligne.com/evenements-degustations-rencontres-f2/se-liberer-du-connu-t585.htm
http://closdesfees.com/blog2/index.php/post/2007/04/27/348-se-liberer-du-connu
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Mon intérêt pour la dégustation à l’aveugle a toujours résidé dans la confrontation possible entre les perceptions sensorielles, en l’absence d’influence, et la réalité révélée à la fin de l’exercice. Mais qu’en serait-il de mon intérêt si l’identité des vins n’était jamais révélée? C’est là une bonne question à laquelle j’ai passablement réfléchi. Depuis que je m’intéresse au vin, j’aime à penser que ce qui compte, c’est ce qui est dans le verre et le plaisir qu’on peut en tirer. Je continue de le penser, mais dans la réalité, au bout du compte, il y a toujours l’identité du vin pour venir sceller l’expérience. Cette identité, qu’elle soit connue dès le départ où à la fin de la dégustation, viendra toujours teinter le jugement final, et ce que l’on retiendra d’un vin. Une partie de l’intérêt pour le vin tient au fait qu’on peut, grâce à cette identité, analyser les choses, et parfois projeter ses idées et ses convictions dans l’appréciation d’un vin. Alors, on s’éloigne passablement de la stricte notion de plaisir. Mais qu’en serait-il de notre intérêt pour le vin, si l’identité de toutes les bouteilles offertes sur le marché était strictement gardée secrète? Bien sûr, une pareille chose serait impossible dans la réalité. Mais si c’était possible. Est-ce que les amateurs passionnés de vin s’intéresseraient toujours autant à ce liquide, si bon puisse-t-il être? Pour la plupart, moi y compris, je n’en suis pas certain.
Chez l’amateur de vin passionné, la passion pour le vin dépasse de loin le strict plaisir que ce liquide peut offrir. Le plaisir potentiel demeure la base de l’intérêt, mais une grande partie de cet intérêt dépasse ce simple aspect. L’amateur passionné a une soif de connaître, d’analyser, et plus il en connaît, plus il aime le fait d’en connaître. Ça devient une spirale ascendante qui se nourrit d’elle même. C’est ce phénomène qui créé les connaisseurs, et le connaisseur n’existe que si le contenu des bouteilles est identifiable. Sans cela, à cause de l’imprécision des sens olfactif et gustatif, l’édifice mental longuement érigé s’écroulerait. Bien sûr, malgré tout, dans un hypothétique monde de vins anonymes, il resterait des vestiges du connaisseur. En dégustation, il croirait reconnaître un Pinot Noir bourguignon ici, un Cabernet californien là, mais jamais la confirmation, la vérité définitive ne viendrait. Le connaisseur progresserait alors à tâtons, totalement laissé à ses sens.
Comme je le disais plus tôt, un tel monde de bouteilles anonymes est impossible, car il n’y a pas que la notion de connaisseur qui s’écroulerait, mais aussi un très gros business. Ce serait un non-sens commercial. Sans étiquettes et appellations prestigieuses, sans grands producteurs, sans l’image de marque et parfois la mystique qu’on projette dans certaines bouteilles, comment les prix pourraient-ils être justifiés. Bien sûr, les grands vins demeureraient de grands vins, mais dans une telle utopie, les sens seraient juges de tout. Si ce "cauchemar" impossible pouvait devenir réalité, je pense que peu de connaisseurs déchus seraient prêts à allonger les mêmes sommes, en se basant uniquement sur leurs sens. Quant à moi, libéré de mes préjugés, sans le savoir, je me mettrais probablement à boire du vin européen!!!
http://www.lapaulee-enligne.com/evenements-degustations-rencontres-f2/se-liberer-du-connu-t585.htm
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vendredi 7 mai 2010
CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2007, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA
Le Cabernet Medalla Real est un de mes classiques chiliens, un des vins qui, il y a une dizaine d’années, a retenu mon attention et m’a incité à vouloir mieux connaître les vins de ce pays. C’est pour moi l’archétype de Cabernet Reserva de l’Alto Maipo. Un vin juste un peu moins concentré que les super-premiums de cette région, incluant son grand frère, le Casa Real, mais en possédant toutes les qualités aromatiques, et surtout, qui est vendu pour une fraction du prix. Un vin démonstratif en jeunesse, marqué par le bois, et possédant une vive typicité Maipo, mais un vin qui se transforme de façon étonnante avec l’âge pour se rapprocher du profil bordelais classique. J’ai vu nombre de bordeauphiles confondus par une bouteille de ce vin montrant 8 à 10 ans d’âge. Voici donc mes impressions à propos de ce très jeune 2007.
La robe est sombre et opaque. Le nez d’intensité modérée est typique d’un jeune Cabernet de cette région avec ses arômes de cassis et de mûre, complétés par des notes de terre humide, de bois de cèdre et de menthol. L’élevage en barrique se manifeste par une touche de caramel et un très léger aspect torréfié. En bouche, l’attaque est pleine, ample et bien équilibrée. Le fruité noir intense montre un bel éclat, bien appuyé sur une solide base d’amertume. Le vin a de la présence et un bon niveau de concentration, sur un volume contenu. Les tanins sont bien présents, avec une belle texture velouté. Toutefois, en finale, ils montrent un peu plus de poigne, avec des saveurs qui gagnent en intensité. La longueur est de bon calibre, avec un retour des notes de caramel et de chocolat à la toute fin.
Ce vin ne fut pas une surprise pour moi, car je savais à quoi m’attendre, et je n’ai pas été déçu. Le niveau de qualité est toujours élevé, avec le même style en prime jeunesse. Il est quand même incroyable de penser que le prix de ce vin est demeuré à peu près le même depuis mes premiers achats il y a 10 ans. Quand on pense à l’inflation du prix des vins de Bordeaux dans la dernière décennie. Je ne saurais trop recommander l’achat de ce vin. C’est un RQP incroyable à moins de 20$, et c’est un vin à l’historique de garde établi. Le genre de vin de moyenne garde, de prix abordable, dont on peut facilement acheter une caisse et qui donnera un beau vin de Cabernet au profil évolué, à boire à chaque année entre environ 7 et 15 ans d’âge.
jeudi 6 mai 2010
Pour mieux connaître le Chili vinicole
Déjà en lisant ce blogue, j'espère que vous le connaissez un peu mieux. Toutefois, pour ceux qui voudraient approfondir le sujet un peu plus. Je joins le lien vers un document assez étoffé sur le sujet. Il contient beaucoup de notes de dégustation sur des vin vendus au-dessus de 15$ US. J'aime la sélection des vins, beaucoup des meilleurs producteurs, des meilleurs vins, et des meilleures aubaines s'y trouvent. Toutefois, j'y ai trouvé une autre preuve du ridicule des notes sur 100. Quelle est la différence entre un vin qui obtient une note de 90, et un autre de 92??? Le vin ayant obtenu 92 est-il vraiment supérieur? Un conseil. Prenez ces notes et dites-vous que ça pourrait être +/- 3 points. Ce sera encore inadéquat comme système, mais quand même un peu moins ridicule. Ceci dit, au-delà de ce passage quasi obligé par la note sur 100, c'est un solide document contenant beaucoup d'informations pertinentes.
http://www.winesofchile.org/wp/wp-content/uploads/2010/04/i-winereview-21.pdf
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http://www.winesofchile.org/wp/wp-content/uploads/2010/04/i-winereview-21.pdf
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lundi 3 mai 2010
Brettanomyces: Un défaut?
Article intéressant sur Vin Québec (voir lien), à propos du pourcentage de vins jeunes qui sont défectueux. Le pourcentage de 6% ne m'a pas surpris. Ce qui m'a surpris par contre est la catégorisation des arômes provoqués par les levures brettanomyces comme un défaut. Ce "défaut" est si prévalent dans le monde européen du vin, surtout dans les vins plus chers, que c'est surprenant qu'on parle de défaut. Surtout que plusieurs amateurs de vins classiques sont rompus à ces arômes de "terroir"!!! Pour eux, il s'agit d'une valeur ajoutée, la fameuse complexité des bretts... Très peu pour moi, mais c'est la réalité. Pour ce qui est des vins plus abordables, ils sont généralement filtrés et on prend moins de risques dans leur élaboration. Donc, je suis sûr que les chiffres seraient bien plus élevés si on s'en tenait au haut de gamme. Je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré un vin "bretté" de moins de 20$. Moi je suis bien d'accord pour qualifier les arômes de bretts de défaut, mais plusieurs ne seraient pas d'accord. Si tel est le cas, il y a un grand nombre de bouteilles bien cotées qui devraient être retirées des tablettes. Je me souviens d'une conseillère dans une SAQ Sélection qui ne voulait pas reprendre un vin que je jugeais bouchonné, sous pretexte que selon elle, ce vin n'était pas bouchonné ou défectueux, il était simplement "bretté"!!!! Anecdote savoureuse qui montre bien le flou artistique qui existe sur le statut des vins influencés par ces fameuse levures.
http://www.vinquebec.com/node/6958
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http://www.vinquebec.com/node/6958
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dimanche 2 mai 2010
CARMENÈRE, SINGLE VINEYARD, 2008, ACONCAGUA, ERRAZURIZ
Errazuriz est probablement le producteur chilien le mieux représenté au Québec et en Ontario. Plusieurs de ses vins sont aux répertoires réguliers des deux monopoles provinciaux, et sur une base régulière on peut se procurer, en spécialité, des vins issus des gammes supérieures de ce producteur élite du Chili. Personnellement, je trouve le haut de gamme de la maison trop cher, autour de 70-80$. Ensuite, il y a un énorme trou dans la gamme au niveau des prix, et on tombe sur des vins vendus trois fois moins chers, mais qui ne sont pas si loin derrière les gros canons en terme de qualité. On passe donc de vins vendus trop chers, à des vins offrant de superbes RQP. Ce Carmenère de la gamme “Single Vineyard tombe dans cette catégorie. Il s’agit en fait d’un assemblage à très forte dominante de Carmenère (89%), complété par de la Syrah (6%), et du Cabernet Sauvignon (5%). Ce vin est issu du vignoble Max V, un vignoble en pente situé à l’est de la vallée, dans la partie la plus chaude. Ce qui est idéal pour ce cépage à maturation tardive. Toutefois, 2008 fût une année relativement fraîche dans la région et les vendanges ont été décalées de deux semaines par rapport à l’année précédente, soit du 9 au 16 mai. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne (français 80%, américain 20%, bois neuf 60%). Le titre alcoolique est de 14.5%, pour un vigoureux pH de 3.42. Le vin a été dégusté sur deux jours et a très bien tenu en demi-bouteille.
La robe est d’une parfaite opacité, bien sombre. Moins sombre est le nez, plutôt réjouissant en fait, avec une belle qualité d’arômes. La cerise et le chocolat noir dominent l’ensemble qui est complété par des notes de pâtisserie et un soupçon de poivron rouge. Je ne percevais plus le poivron le deuxième jour et tout était axé sur un fruité riche et doucement épicé. En bouche, le vin est très intense d’entrée, avec un fruité de cerise éclatant, relevé par une bonne acidité et soutenu par un peu d’amertume. Des notes d’épices douces et un brin de poivron rouge viennent agrémenter l’ensemble. Le milieu de bouche dévoile un vin à la matière dense, aux saveurs bien concentrées et à la texture tannique veloutée. La finale est réussie, avec cet agréable mélange de saveurs qui gagne un cran en intensité, sur un persistance de niveau supérieur.
Malgré mes affinités chiliennes, les vins mono-cépage issus du Carmenère ne sont généralement pas mes favoris, même lorsque l’écueil pyrazinique est évité, comme c’est le cas ici avec ce bel exemple d’Errazuriz . Je dis qu’ils ne sont pas mes favoris, mais cela ne veut pas dire que je n’aime pas. Ça veut seulement dire que je préfère un bon Cab ou une belle Syrah. Ceci dit, ce vin est assurément un des meilleurs exemples de vin de ce cépage qu’il m’ait été donné de déguster jusqu’à maintenant. Le vin est simplement impeccable, avec un très beau fruit rouge, et juste un léger caractère végétal qui heureusement sait éviter la verdeur. Bien sûr, ce vin est encore beaucoup trop jeune, et le caractère boisé y est encore primaire et bien présent. Toutefois, pour avoir récemment dégusté un Carmenère, Estate, 2003, de ce même producteur. Un vin qui était incroyablement bon, et très surprenant pour un vin d’entrée de gamme. Je n’ai donc pas de doute sur le fort potentiel de garde de cette cuvée “Single Vineyard”. Mes trois bouteilles restantes vont dormir au moins cinq ans avant l’ouverture de la prochaine. Très bel achat à 18.95$. Je sais que j’ai la mauvaise habitude de dire que les bons RQP chiliens de cette gamme de prix pourraient se vendre deux à trois fois plus chers s’ils étaient issus de régions plus renommées. Je joins, pour le plaisir, la critique du blogueur américain Tom Hyland à propos de ce vin. Celui-ci est un fana de vins italiens, et s’intéresse aussi au Chili comme force vinicole émergente (voir lien).
"For me, the Errazuriz is the most pleasant surprise; this is a dynamic wine - big and bold with great spice. What a powerful wine that offers superb balance! This should peak in another 7-10 years and it is an amazing value for $20. You'd have to spend two to three times that for simiilar quality from a Napa or Bordeaux red"
http://thylandviews.blogspot.com/
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samedi 1 mai 2010
L'importance de la dégustation à l’aveugle
Depuis près de 15 ans maintenant que je m’intéresse plus sérieusement au vin et à ce qui le concerne, ma perception des choses a évolué sur plusieurs aspects. Je dirais que le plus gros changement est la conviction que j’ai maintenant de l’invalidité des systèmes précis de notation, et au premier chef, celui sur 100 qui est aujourd’hui la norme. Toutefois, s’il y a un point où je suis resté sur mes positions depuis le début, c’est sur la validité de la dégustation à l’aveugle. Cette pratique souvent décriée par les buveurs d’étiquette me semble absolument essentielle pour pouvoir parler de vin dans une plus juste perspective. Le conditionnement psychologique dans l’appréciation du vin est une réalité scientifique, les études de Frédéric Brochet l’ont bien démontré (voir lien). C’est une réalité que j’ai moi-même expérimenté à plusieurs reprises. Lorsqu’on est convaincu de savoir ce que l’on boit, et que l’on a une idée préconçue de ce que ça devrait être en termes qualitatifs, notre perception et notre appréciation sera modifiée par nos attentes. La réalité, si elle est différente, sera déformée dans notre cerveau pour correspondre à notre idée préconçue. Bien sûr, plus forte est l’idée préconçue, et plus forte est la conviction de sa validité, et plus le phénomène de déformation opérera s’il y a une différence entre la réalité et cette idée toute faite.
Malheureusement, autant je crois en la dégustation à l’aveugle, autant je trouve difficile de la pratiquer de façon neutre et décontractée. En tant qu’amateur, dès que l’on est soumis à cet exercice, qui se fait généralement en groupe, on devient très suspicieux, on a peur d’avoir l’air fou, notre ego se sent menacé et notre cerveau part un peu dans toutes les directions. L’idéal est de le faire simplement, pour soi-même, en toute tranquillité, avec juste une bouteille ou deux. Bien sûr, c’est un exercice à faire de temps en temps, car il serait insensé et difficilement praticable de boire tous ses vins en pure aveugle. L’utilité de la dégustation à l’aveugle est de changer notre perspective et notre approche face au vin. De nous aider à demeurer ouvert et humble, en étant conscient de notre propension à être influencé par l’identité des vins que l’on boit. Je pense que cela peut nous aider à être de meilleurs dégustateurs à étiquette découverte. Ceci dit, je comprends que plusieurs amateurs qui dépensent de fortes sommes pour des bouteilles renommées ne soit pas enclins à reconnaître les vertus de l’aveugle. Si je payais de telles sommes pour des bouteilles, moi non plus je n’aimerais pas me faire dire qu’un vin à 25$ peut être aussi bon, sinon meilleur, que certains vins à 75$, ou qu’un vin d’une région émergente du Nouveau-Monde peut valoir un classique européen. La corrélation qualité/prix est très imparfaite en matière de vin, et la dégustation à l’aveugle n’est qu’un révélateur de cet état de fait. De boire en isolé la bouteille de 25$, à étiquette découverte, en se disant que le résultat à l’aveugle est invalide ne changera rien à la réalité.
Ceci dit, la dégustation à l’aveugle, comme toute dégustation, demeure un moment dans le temps, une rencontre unique entre un vin et un dégustateur. Les deux pourront évoluer dans le temps, pour le meilleur ou pour le pire... Il n’y a rien de définitif en matière de vin, comme il n’y a pas de certitude. Je pense que c’est là le plus bel enseignement qu’on puisse tirer de la dégustation à l’aveugle, celui de rester ouvert à tout, ou du moins, d’essayer.
http://www.academie-amorim.com/documents/brochet.pdf
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Malheureusement, autant je crois en la dégustation à l’aveugle, autant je trouve difficile de la pratiquer de façon neutre et décontractée. En tant qu’amateur, dès que l’on est soumis à cet exercice, qui se fait généralement en groupe, on devient très suspicieux, on a peur d’avoir l’air fou, notre ego se sent menacé et notre cerveau part un peu dans toutes les directions. L’idéal est de le faire simplement, pour soi-même, en toute tranquillité, avec juste une bouteille ou deux. Bien sûr, c’est un exercice à faire de temps en temps, car il serait insensé et difficilement praticable de boire tous ses vins en pure aveugle. L’utilité de la dégustation à l’aveugle est de changer notre perspective et notre approche face au vin. De nous aider à demeurer ouvert et humble, en étant conscient de notre propension à être influencé par l’identité des vins que l’on boit. Je pense que cela peut nous aider à être de meilleurs dégustateurs à étiquette découverte. Ceci dit, je comprends que plusieurs amateurs qui dépensent de fortes sommes pour des bouteilles renommées ne soit pas enclins à reconnaître les vertus de l’aveugle. Si je payais de telles sommes pour des bouteilles, moi non plus je n’aimerais pas me faire dire qu’un vin à 25$ peut être aussi bon, sinon meilleur, que certains vins à 75$, ou qu’un vin d’une région émergente du Nouveau-Monde peut valoir un classique européen. La corrélation qualité/prix est très imparfaite en matière de vin, et la dégustation à l’aveugle n’est qu’un révélateur de cet état de fait. De boire en isolé la bouteille de 25$, à étiquette découverte, en se disant que le résultat à l’aveugle est invalide ne changera rien à la réalité.
Ceci dit, la dégustation à l’aveugle, comme toute dégustation, demeure un moment dans le temps, une rencontre unique entre un vin et un dégustateur. Les deux pourront évoluer dans le temps, pour le meilleur ou pour le pire... Il n’y a rien de définitif en matière de vin, comme il n’y a pas de certitude. Je pense que c’est là le plus bel enseignement qu’on puisse tirer de la dégustation à l’aveugle, celui de rester ouvert à tout, ou du moins, d’essayer.
http://www.academie-amorim.com/documents/brochet.pdf
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mardi 27 avril 2010
SHIRAZ, 2006, WESTERN CAPE, LA MOTTE
Ce vin sud-africain a été élaboré selon une pratique d’assemblage de terroirs. Cette pratique est assez courante dans les pays du Nouveau-Monde. Il est issu de plusieurs vignobles de la grande région du Cap aux caractéristiques de sol et de climat différents. En fait, 40% des fruits proviennent de la sous-région de Walker Bay, 22% de Franschoek, 19% de Darling, 12% de Paarl et 7% de Wellington. En plus, différents clones du cépage sont plantés dans cette variété de vignobles. L’idée derrière une telle pratique est d’obtenir le meilleur vin possible à chaque année, et non pas d’être l’interprétation du cépage à un endroit précis. La complexité au vignoble trouve sa contrepartie dans l’usage de la barrique, avec un élevage de 16 mois en barrique de chêne où 10% de celle-ci étaient neuves, la moitié de second usage, et le reste de troisième usage. Ces barriques étaient aussi d’origines diverses, françaises à 85%, américaines 10% et hongroises pour 5%. Le vin montre un titre alcoolique modéré de 13.85%, pour un pH inquiétant de 3.87. La deuxième demie de la bouteille a été bue trois jours après l'ouverture, et la vin a parfaitement tenu la route.
La robe est très sombre et d’une opacité sans faille. Le nez est d’expression modérée, avec une touche d’acidité volatile au départ, qui se dissipe un peu par la suite pour laisser la place à des arômes de fruits noirs et rouges, complétés par des notes de champignons, de fumée, de bacon, et d’épices douces. Ce nez me paraît assez sévère et réservé pour l’instant, mais semble assez profond pour pouvoir bien évoluer. En bouche, l’attaque est franche, équilibrée et ample, déployant un fruité noir dense et de belle qualité, soutenu par une bonne dose d’amertume, et amalgamé à des notes finement épicées. Le niveau de concentration est très bon, sur une structure solide et assez compacte. Les tanins sont bien présents, mais d’une belle texture veloutée. La finale est intense, avec un beau fondu de saveurs où l’amertume gagne un peu en importance, sur une bonne persistance aromatique.
J’ai bien apprécié ce vin. La qualité est sans reproche, et contrairement à ce que le pH élevé pouvait laisser présager, le vin ne montre pas de mollesse ou de déviance aromatique post F-A. Le vin est bon et bien équilibré, avec une richesse de matière fidèle au prix demandé (25$). Au niveau stylistique, il se situe quelque part entre la Syrah et le Shiraz. Ce n’est pas une grosse bombe de fruits confits et vanillés, mais d’un autre côté, il ne correspond pas non plus au profil général d’une Syrah du Rhône Nord. Je suppose que la philosophie derrière l’élaboration du vin explique le résultat, c’est-à-dire un vin de belle qualité, mais sans identité claire. Un vin intéressant pour qui veut déguster un rouge de belle qualité, mais qui ne comblera pas celui qui recherche en plus un vin correspondant à un archétype de ce que peut donner ce versatile cépage. À noter aussi que ce vin me semble avoir un bon potentiel de garde (5 à 10 ans). Ce n'est toutefois que mon impression, je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges sud-africains pour être certain de cela, si tant est qu'on puisse être certains de quoi que ce soit lorsqu'il est question de la garde du vin.
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La robe est très sombre et d’une opacité sans faille. Le nez est d’expression modérée, avec une touche d’acidité volatile au départ, qui se dissipe un peu par la suite pour laisser la place à des arômes de fruits noirs et rouges, complétés par des notes de champignons, de fumée, de bacon, et d’épices douces. Ce nez me paraît assez sévère et réservé pour l’instant, mais semble assez profond pour pouvoir bien évoluer. En bouche, l’attaque est franche, équilibrée et ample, déployant un fruité noir dense et de belle qualité, soutenu par une bonne dose d’amertume, et amalgamé à des notes finement épicées. Le niveau de concentration est très bon, sur une structure solide et assez compacte. Les tanins sont bien présents, mais d’une belle texture veloutée. La finale est intense, avec un beau fondu de saveurs où l’amertume gagne un peu en importance, sur une bonne persistance aromatique.
J’ai bien apprécié ce vin. La qualité est sans reproche, et contrairement à ce que le pH élevé pouvait laisser présager, le vin ne montre pas de mollesse ou de déviance aromatique post F-A. Le vin est bon et bien équilibré, avec une richesse de matière fidèle au prix demandé (25$). Au niveau stylistique, il se situe quelque part entre la Syrah et le Shiraz. Ce n’est pas une grosse bombe de fruits confits et vanillés, mais d’un autre côté, il ne correspond pas non plus au profil général d’une Syrah du Rhône Nord. Je suppose que la philosophie derrière l’élaboration du vin explique le résultat, c’est-à-dire un vin de belle qualité, mais sans identité claire. Un vin intéressant pour qui veut déguster un rouge de belle qualité, mais qui ne comblera pas celui qui recherche en plus un vin correspondant à un archétype de ce que peut donner ce versatile cépage. À noter aussi que ce vin me semble avoir un bon potentiel de garde (5 à 10 ans). Ce n'est toutefois que mon impression, je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges sud-africains pour être certain de cela, si tant est qu'on puisse être certains de quoi que ce soit lorsqu'il est question de la garde du vin.
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dimanche 25 avril 2010
SAUVIGNON BLANC, EQ, 2007, SAN ANTONIO, MATETIC VINEYARDS
Matetic est une des vedettes de ce que j’appelle le Nouveau Chili. Un producteur totalement axé sur la qualité, qui cultive ses vignes en biodynamie dans la fraîche région côtière de San Antonio. J’ai parlé plus tôt cette année sur ce blogue d’une très belle Syrah de ce producteur. Cette fois-ci, il s’agit d’un Sauvignon Blanc. J’ai profité de la promo du week-end à la SAQ sur les vins bios pour faire le plein de ce vin au prix fantastique de 17.95$.
La robe est d’une teinte verdâtre assez pâle. Le nez est d’intensité moyenne et dégage un beau mélange d’arômes citronnés et tropicaux, auquel s’ajoute une légère touche végétale et un caractère de miel surprenant pour un vin de ce cépage. Un nez original, mêlant des caractéristiques classiques du cépage à des aspects plus inédits. En bouche, l’attaque est fraîche et vive, avec une bonne amplitude et une palette de saveurs reflétant bien ce qui était perçu au nez. Le vin montre une belle tenue en milieu de bouche, avec un peu de gras et un bon volume, sur des saveurs concentrées. L’ensemble atteint un bel équilibre entre générosité de la matière et fraîcheur, de même qu’entre le fruité qui tient le rôle principal et l’aspect végétal qui vient en complément. La finale est harmonieuse sur une longueur digne d’un vin de catégorie supérieure.
Quel superbe vin de Sauvignon Blanc. Un vin qui montre bien tout le sérieux du Chili avec ce cépage. Au-delà de sa qualité évidente, c’est un vin qui de par la taille, la philosophie et le sérieux de son producteur aurait dû attirer l’attention des amateurs pointus recherchant les vins de producteurs de ce genre. Malheureusement, il est passé sous le radar, soit par ignorance ou par indifférence. Pourtant, c’est un vin qui à l’aveugle rivaliserait facilement avec des Sancerres vendus bien plus chers. Une haute qualité offerte à un prix incroyable, ce qui illustre bien le dilemme des producteurs chiliens. Heureusement, il y a de plus en plus de producteurs comme Matetic au Chili qui ont décidé d’aller de l’avant avec le pari de la qualité pour tenter de changer la perception des vins de ce pays. Le Québec est sûrement un des marchés où ils ont le plus de préjugés à combattre.
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dimanche 18 avril 2010
Vin et économie (suite)
Par l'intermédiaire de Vin Québec, je suis tombé sur le site français du webzine Slate, où il y a un article que j'ai trouvé très en lien avec mon texte précédant sur le rôle prépondérant de l'économie dans le monde vinicole. Cet article de Mike Steinberger dépeint parfaitement le goût du rêve de certains amateurs et leur dégoût face à la maximisation des profits par les producteurs, même s'ils sont tout de même prêts à allonger de fortes sommes pour s'offrir les bouteilles dont ils rêvent. Il y a là un paradoxe. On dénonce un état de fait, mais en même temps, on en est en partie la cause en continuant d’acheter à des prix qu’on trouve prohibitifs. Bien sûr, dans cet article on a encore droit aux clichés habituels sur les vilains et cupides bordelais, et les bons et presque désintéressés bourguignons. Moi je ne blâme ni les uns ni les autres de jouer la carte de l'offre et de la demande. Ils possèdent une image de marque très forte, et si un jour ils doivent baisser leurs prix, la plupart de ceux qui les auront délaissés reviendront au bercail. Bien sûr, comme amateur passionné, on peut déplorer que la demande soit si forte pour les meilleurs vins de ces régions, mais sans cette image de marque, et sans ce côté exclusif, je ne suis pas sûr que l'aura qui entoure ces vins tiendrait si bien. Ils perdraient peut-être une partie du cachet particulier qui les rend si attrayants aux yeux de plusieurs, même ceux qui se disent intéressés seulement par le contenu de la bouteille. Ici, nous ne sommes plus sur le terrain strictement vinicole, mais sur le terrain du produit de luxe où l'image offerte compte tout autant que la qualité intrinsèque du produit offert.
http://www.slate.fr/story/20009/bourgogne-bordeaux-la-grande-guerre-du-vin-francais
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http://www.slate.fr/story/20009/bourgogne-bordeaux-la-grande-guerre-du-vin-francais
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samedi 17 avril 2010
Vin et économie
Le monde du vin en est un où on aime vendre du rêve. On aime l’image idyllique du vigneron qui travaille ses vignes et élabore ses vins avec respect et amour. On aime se faire parler de terroir, d’appellation prestigieuse, de tradition, de noblesse. On aime penser que la seule motivation du vigneron est de produire le meilleur vin possible. Tellement, que plusieurs amateurs rêvent de se lancer eux-mêmes, sur un bon terroir, pour produire du vin et vivre cette vie merveilleuse.
Bien sûr, derrière cette part de rêve, on oublie trop souvent que la production de vin est d’abord et avant tout une affaire économique. On oublie trop souvent que pour la majorité des petits producteurs, surtout les nouveaux qui ont dû s’endetter pour partir leur entreprise, la pression est énorme pour joindre les deux bouts. Je lisais hier un article très intéressant sur le blogue américain “Vinography” (voir lien), à propos d’une crise majeure dans le monde vinicole de la Californie et qui entraînerait la faillite d’un très grand nombre de petits et moyens producteurs très endettés, touchés par la chute des prix.
http://www.vinography.com/archives/2010/04/the_coming_carnage_in_the_cali.html
La lecture de cet article permet de constater que le vin est d’abord et avant tout une question de marché et de gros sous. On comprend aussi toute la pression à laquelle sont soumis beaucoup de producteurs. On comprend facilement pourquoi la plupart des vins, même les plus ambitieux, sont mis en marché dès que possible. Bordeaux, avec son système de primeurs, est la quintessence de ce principe... Le producteur doit récupérer l’argent qu’il a investi le plus tôt possible pour se maintenir à flot. Par extension, il est aussi facile de comprendre l’importance de produire des vins pouvant obtenir de gros scores dès leur mise en marché. L’impact sur le prix de vente possible est direct. Bien sûr, le cas de la Californie est un cas particulier. La majorité des vins qui y sont produits sont vendus dans le pays même. Sans diversification importante des marchés, l’impact d’une crise est plus important. Les producteurs sont captifs du marché domestique.
Au-delà de cette crise californienne, cet article m’a rappelé avec acuité que la production de vin est d’abord et avant tout une activité économique, qui doit répondre aux obligations de profit de toute entreprise. La vision idyllique évoquée en introduction est un outil de marketing sûrement efficace auprès d’une certaine clientèle. Il y aussi certainement des producteurs indépendants de fortune, ou qui peuvent vendre leurs vins à des prix tels, qu’ils n’ont pas trop à se préoccuper des contingences économiques. Mais pour la grande majorité, faire du vin est d’abord et avant tout un business qu’il faut arriver à rentabiliser. Pour ce faire, il y a deux voies possibles, réduire les coûts de production, ou obtenir un prix de vente plus élevé. Ces deux voies sont remplies de pièges, et c’est au consommateur à la fin de choisir. Soit la réduction de coûts a compromis la qualité, ou bien le prix a été trop gonflé en regard de la qualité offerte. Pour moi on en revient toujours au fameux rapport qualité/prix. Aussi, il faut se souvenir qu'à cause des obligations économiques, beaucoup de vins sont mis en marché bien trop jeunes. Un amateur averti devrait toujours garder cela en tête, et surtout, trouver un moyen de garder du vin.
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Bien sûr, derrière cette part de rêve, on oublie trop souvent que la production de vin est d’abord et avant tout une affaire économique. On oublie trop souvent que pour la majorité des petits producteurs, surtout les nouveaux qui ont dû s’endetter pour partir leur entreprise, la pression est énorme pour joindre les deux bouts. Je lisais hier un article très intéressant sur le blogue américain “Vinography” (voir lien), à propos d’une crise majeure dans le monde vinicole de la Californie et qui entraînerait la faillite d’un très grand nombre de petits et moyens producteurs très endettés, touchés par la chute des prix.
http://www.vinography.com/archives/2010/04/the_coming_carnage_in_the_cali.html
La lecture de cet article permet de constater que le vin est d’abord et avant tout une question de marché et de gros sous. On comprend aussi toute la pression à laquelle sont soumis beaucoup de producteurs. On comprend facilement pourquoi la plupart des vins, même les plus ambitieux, sont mis en marché dès que possible. Bordeaux, avec son système de primeurs, est la quintessence de ce principe... Le producteur doit récupérer l’argent qu’il a investi le plus tôt possible pour se maintenir à flot. Par extension, il est aussi facile de comprendre l’importance de produire des vins pouvant obtenir de gros scores dès leur mise en marché. L’impact sur le prix de vente possible est direct. Bien sûr, le cas de la Californie est un cas particulier. La majorité des vins qui y sont produits sont vendus dans le pays même. Sans diversification importante des marchés, l’impact d’une crise est plus important. Les producteurs sont captifs du marché domestique.
Au-delà de cette crise californienne, cet article m’a rappelé avec acuité que la production de vin est d’abord et avant tout une activité économique, qui doit répondre aux obligations de profit de toute entreprise. La vision idyllique évoquée en introduction est un outil de marketing sûrement efficace auprès d’une certaine clientèle. Il y aussi certainement des producteurs indépendants de fortune, ou qui peuvent vendre leurs vins à des prix tels, qu’ils n’ont pas trop à se préoccuper des contingences économiques. Mais pour la grande majorité, faire du vin est d’abord et avant tout un business qu’il faut arriver à rentabiliser. Pour ce faire, il y a deux voies possibles, réduire les coûts de production, ou obtenir un prix de vente plus élevé. Ces deux voies sont remplies de pièges, et c’est au consommateur à la fin de choisir. Soit la réduction de coûts a compromis la qualité, ou bien le prix a été trop gonflé en regard de la qualité offerte. Pour moi on en revient toujours au fameux rapport qualité/prix. Aussi, il faut se souvenir qu'à cause des obligations économiques, beaucoup de vins sont mis en marché bien trop jeunes. Un amateur averti devrait toujours garder cela en tête, et surtout, trouver un moyen de garder du vin.
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mardi 13 avril 2010
CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2006, ALTO MAIPO, NATIVA
Ce vin est un bel exemple du caractère dynamique de la scène vinicole du Chili. Il a été élaboré en 2006 par Vina Carmen, qui possédait alors une gamme de vins biologiques appelée Nativa. Cette gamme de vins bios , la première du Chili, avait été créée en 1995 par un Alvaro Espinoza alors à l’emploi de Vina Carmen. Toutefois, avant la mise en marché de ce 2006, Nativa est devenue une compagnie autonome qui fait maintenant partie du groupe Santa Rita, comme c’est le cas aussi de Vina Carmen. Réorganisation corporative donc, mais qui montre bien l’intérêt croissant pour le bio. Pour ce qui est du vin, ce qui est amusant, c’est qu’il n’y a aucune mention de Carmen sur l’étiquette, mais le bouchon, lui, est bien identifié à ce producteur. Nativa dans sa nouvelle mouture a étendu son offre de vins, et le gamme Gran Reserva est située au haut de la hiérarchie. Il a été élevé en barriques de chêne français pendant 14 à 18 mois, selon les lots. Le vin titre à 14% d’alcool pour un pH de 3.5.
La robe est très sombre, impénétrable. Le nez est bien calibré au niveau de l’intensité et exhale un beau mélange d’arômes, avec le fruit noir à l’avant-plan, mais bien accompagné par des arômes de goudron, de bois de cèdre, de terre humide, de menthol, d’épices douces, ainsi qu’une fugitive touche de noix de coco et un brin de torréfaction. Bien sûr, tous ces arômes ne se présentaient pas en même temps dans ce nez changeant qui a très bien évolué sur une période de 12 heures. En bouche, on retrouve un vin montrant un bel équilibre. La matière est ample, riche et veloutée, et met parfaitement en valeur de belles saveurs de fruits noirs matinées de notes cacaotées et épicées. Le niveau de concentration est clairement supérieur, ce qui donne une belle présence en milieu de bouche, sur un bon volume. Toutefois, même si c’est un vin avec de la matière, celui-ci coule aisément, sans impression de lourdeur. La finale voit l’amertume cacaotée gagner un peu en importance, mais le généreux fruit l’absorbe bien, et ces saveurs fusionnées persistent un très long moment avant de s’éteindre complètement.
Je pense depuis un bon moment déjà que la région du Haut Maipo est la meilleure au monde pour produire des vins de Cabernet Sauvignon de très grande qualité, à prix imbattables, et ce Gran Reserva de Nativa en est une autre preuve éloquente. Ce vin est encore bien jeune, et l’empreinte boisée est encore assez marquée, mais la qualité supérieure est évidente. Personnellement, j’aime bien les jeunes Cabs de ce genre, même si je sais que selon mes goûts, le meilleur reste encore à venir. C’est la beauté des Cabernets de cette région. Ils sont de prix si abordables (19.95$), qu’on peut les suivre sans remords à tous les stades de leur évolution. En prime, avec ce vin, il y a le fait qu’il est élaboré avec des raisins de culture biologique. Je ne suis pas de ceux qui pensent que les vins bios sont nécessairement meilleurs, mais je suis pour ce type de culture quand les conditions le permettent. Le Chili, a la chance d’être une des régions où les conditions sont les plus favorables pour la culture biologique de la vigne. Il devrait continuer de miser sur cet avantage, autant pour les vertus intrinsèques de l’agriculture biologique, que pour améliorer l’image globale de ses vins.
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jeudi 8 avril 2010
SYRAH, CHONO, RESERVA, 2007, ELQUI, GEO WINES
La vallée d’Elqui est la région vinicole la plus septentrionale du Chili. C’est une région qui semble à première vue inusitée pour cultiver la vigne, puisque située aux limites du désert d’Atacama, le plus sec au monde. C’est aussi une des régions au monde possédant le ciel le plus clair, ce qui y a entraîné l’implantation de huit observatoires astronomiques importants. Heureusement, même à cette latitude, la fonte des glaciers des Andes fournit l’eau nécessaire à l’irrigation, et le courant froid Humbolt remontant le Pacifique apporte la fraîcheur. Donc, dans Elqui, comme dans les autres régions côtières du Chili, la proximité des vignobles par rapport au Pacifique influe grandement sur la fraîcheur du climat. Le vignoble d’où est issu ce vin est situé sur les rives de la rivière Elqui, à 30 kms de la côte, ce qui est idéal pour l’obtention d’une Syrah avec un profil de climat frais. Les vendanges sont manuelles, avec des rendements limités à environ 50 hl/ha. Les macérations sont suivies de près pour modérer l’extraction, et seulement 10% du vin est élevé en barriques de chêne, français et américain, pour une courte période 6 mois. Le réputé oenologue Alvaro Espinoza supervise l’élaboration des vins de marque Chono.
La robe est assez foncée et légèrement translucide. Le nez est superbe, exprimant avec intensité un heureux mélange d’arômes de fruits rouges, de poivre noir, de fumée, de violette et d’épices, avec quelque chose évoquant le clou de girofle. Je me répète, superbe nez, parfaitement dosé, montrant une qualité d’arômes impeccable et une bonne complexité. Le plaisir se poursuit en bouche, avec une attaque suave, modèle d’équilibre pour un jeune vin, où tous les éléments sont assortis dans les bonnes proportions. Le fruité est éclatant, aidé en cela par une bonne acidité qui en plus contribue à la ferme tenue du vin. Une fine touche d’amertume vient balancer la relative douceur du fruit, avec en plus le caractère épicé/fumé qui s’intègre à l’ensemble de belle façon. Le milieu de bouche montre un vin de corps moyen aux saveurs intenses et concentrées, mais sans lourdeur aucune. La trame tannique est légère et fine. La combinaison de ces divers éléments donne un vin des plus agréables, et qui coule sans efforts pour mener vers une finale forcément heureuse, où l’équilibre se maintient, sur des saveurs qui se fondent et une bonne allonge.
Cette bouteille fait la démonstration parfaite qu’en matière de vin l’équilibre est le maître-mot. Ce vin n’a rien en commun avec les vins surfaits qui en mettent plein la gueule. C’est un vin qui me semble conçu pour être apprécié jeune et qui livre la marchandise d’emblée. Tout est axé sur l’expression aromatique du cépage et du terroir surprenant de la vallée d’Elqui. Qui aurait pu croire qu’aux frontières du désert d’Atacama on pourrait produire un vin rendant le caractère de ce cépage avec autant d’acuité? Un vin à peine boisé, peu extrait, où toute la place est laissée à la Syrah. J’avais commandé une caisse de douze bouteilles de ce vin à la fin de l’été passé, il ne m’en reste maintenant que trois. Heureusement, l’importateur de ce nectar (Altovin), qui a totalement vendu le premier arrivage, a reçu une nouvelle commande. J’aime tellement ce vin que j’ ai décidé d’en commander une deuxième caisse. Bouteille après bouteille, c’est un pur ravissement. Un vin de plaisir dans le meilleur sens du terme et dont je ne me lasse pas. Pour les quelques 18 $ qu’on en demande, ça demeure une formidable aubaine. Vivement que la SAQ offre des vins de la vallée d’Elqui.
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vendredi 2 avril 2010
MERLOT, 2007, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA
Dans un précédant message sur le Merlot, 2006, de Tabali. J’avais discuté des raisons expliquant les résultats relativement décevants du Merlot au Chili. Une des raisons invoquées, était la faiblesse du système racinaire du Merlot, lorsqu’il n’est pas greffé, comme c’est la norme au Chili, alors que c’est l’exception ailleurs dans le monde. J’ai été attiré par ce vin d’Arboleda lorsque j’ai lu sur le site du producteur qu’il était élaboré avec du Merlot planté sur porte-greffe, en 1999, dans un nouveau vignoble du nom de Las Vertientes. Ce vignoble est situé à 40 km du Pacifique et planté à flanc de colline. C’est d’ailleurs cet emplacement plus proche du Pacifique, et donc plus frais, qui distingue les rouges d’Arboleda, de ceux d’Errazuriz, qui est en quelque sorte la maison-mère. Toutes deux appartiennent à Eduardo Chadwick et semblent collaborer étroitement. Il est aussi intéressant de noter que ce vin a été choisi meilleur Merlot du Chili par Patricio Tapia dans son guide “Descorchados 2010". Il fut aussi très bien classé par le panel de dégustateurs canadiens lors des septièmes “Wines of Chile Awards” tenus en Janvier dernier au Chili.
La robe est très foncée et parfaitement opaque. Le nez est quelque peu retenu, mais on peut quand même y apprécier un beau mélange d’arômes de fruits rouges et noirs, avec la cerise qui se détache clairement. À cet aspect fruité dominant, s’ajoutent des notes évoquant l’encens et la sauge moulue, le caramel et la vanille, ainsi qu’une légère touche torréfiée. Le lendemain, un aspect viandé s’était ajouté à la palette aromatique. Somme toute, un beau nez de très jeune vin. Toutefois à ce stade précoce, c’est en bouche que l’on peut au mieux apprécier la très belle qualité de ce vin, et tout son potentiel. Celui-ci est étonnamment ferme et droit, avec une bonne acidité et une trame tannique bien serrée. Son fruité de cerise se montre sous un jour éclatant, bien amalgamé aux notes épicées et boisées déjà perçues au nez. Le milieu de bouche permet de confirmer la solidité et la densité de la matière, et d’apprécier la concentration de très bon niveau. La finale est harmonieuse et intense, sur une longueur de très bon calibre.
Les mentions honorables obtenues par ce vin me semble pleinement méritées. C’est un vin sérieux, encore très jeune, et bien différent du stéréotype rattaché aux vins de ce cépage issus de ce pays. C’est le premier vin chilien que je bois en sachant qu’il est issu de vignes greffées. C’est peut-être pour cette raison, mais je l’ai trouvé assez proche d’un vin européen. J’aimerais bien le déguster en pure aveugle pour m’assurer que je n'ai pas été influencé par ce que je savais à son propos. J’aimerais aussi goûter d’autres vins chiliens issus de vignes greffées. J’ai toujours pensé qu’une partie de caractère spécifique des vins chiliens de la vallée centrale pouvait être liée au fait qu’ils sont issus de vignes non greffées. Je ne peux pas dire en me basant sur ce seul vin, bu en toute connaissance de cause, que ça confirme cette hypothèse, mais une chose est sûre, il est loin de l’infirmer. Toujours est-il que pour les 18.95$ demandés, ce vin constitue une véritable aubaine. De plus, il me semble posséder un très bon potentiel de garde.
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samedi 27 mars 2010
CHARDONNAY, ADAMS ROAD, 2006, MARGARET RIVER, VASSE FELIX
La région de Margaret River est située sur la pointe sud-ouest de l’Australie. Le climat y est sec et relativement frais. Selon mes lectures, au niveau de la chaleur, c’est comparable à Bordeaux. Bien sûr, là comme ailleurs, la location exacte et l’exposition des vignobles sont importantes. Vasse Felix furent les premiers en 1967 à s’installer dans cette région pour y produire du vin. Concernant cette cuvée Adams Road, elle n’est pas référencée sur le site du producteur. J’ignore pourquoi et je n’ai donc pas de détails à propos de son élaboration.
Belle robe à la teinte dorée bien soutenue. À l’olfactif, l’intensité est modérée, avec un beau profil aromatique incluant la pêche, le citron, la poire, la noisette et la fumée. Beau nez intriguant, difficile à bien décrire, où le fruit est bien présent, sans être dominant. Au plan gustatif, on remarque d’entrée un bel équilibre. Le vin est ample et souple, avec des saveurs fruitées bien affirmées, mais bien complétées par de fines notes de noix et de caramel. L’impression d’équilibre se poursuit en milieu de bouche. Rien n’est excessif dans ce vin qui coule sans efforts sur une texture légèrement onctueuse. La finale montre un beau fondu de saveurs, avec le petit côté caramelisé qui ressort un peu plus, le tout sur une allonge très respectable.
Beau vin de Chardonnay, à la fois fidèle au cépage, mais en même temps qui évite le piège de la standardisation. J’ai particulièrement aimé l’heureux mélange entre le fruité et les autres types d’arômes. Ce vin n’est actuellement plus disponible à la SAQ, mais à un peu moins de 25$, c’était un bon achat, même si on ne peut pas, dans l’absolu, le qualifier de grand RQP. Tout de même, ça demeure une façon abordable de découvrir le côté plus frais de l’Australie.
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lundi 22 mars 2010
CABERNET SAUVIGNON/MERLOT, NOVAS, 2007, VALLÉE CENTRALE, VINEDOS EMILIANA
Vinedos Emiliana est une maison qui appartient à famille Guilisati. Cette famille est aussi l’actionnaire principal de Concha y Toro, le géant vinicole du Chili. Ce qui distingue Vinedos Emiliana, c’est son approche biologique, voire biodynamique, voie empruntée il y a une dizaine d’années, après l’embauche d’Alvaro Espinoza, le précurseur et le leader de ce mouvement au Chili. Les deux vins au sommet de la hiérarchie de la maison, les cuvées “G” et “Coyam”, sont les deux premiers vins certifiés biodynamiques du Chili. Les vins des autres gammes, sont issus de raisins certifiés de culture biologique. C’est le cas de ce Cabernet/Merlot de la gamme Novas. Il est composé de Cabernet Sauvignon à 62% et de Merlot pour les 38% restants. 70% de l’assemblage a été élevé en barriques de chêne pendant 12 mois, le reste étant garder sous inox. Le vin titre à 14.5% d’alcool et montre un très faible taux de souffre libre à 17 mg/L, ce qui est en ligne avec la philosophie biodynamiste de la maison.
La robe est sombre et opaque. Le nez est frais et assez intense, avec un mélange d’arômes de fruits rouges et noirs, auxquels s’entremêlent des notes d’épices douces, de menthol, ainsi qu’un léger trait torréfié. En bouche, l’attaque est équilibrée, pleine et ample. Le doux fruité montre un bel éclat et une bonne intensité, et est heureusement supporté par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche révèle un vin de corps moyen, avec une belle richesse de matière. La concentration est de très bon niveau et la texture tannique toute en finesse. Le finale voit les saveurs gagner encore en intensité, sur une allonge de fort calibre aux relents de chocolat noir.
Un vin de très belle qualité, immanquablement chilien, car typique de ce que l’on peut attendre de ces deux cépages lorsque cultivés sur le plancher de la chaude vallée centrale chilienne. Avec des saveurs mûres et intenses, enrobées d’une agréable fraîcheur mentholée, et complétées par un apport boisé bien mesuré. Ce vin ne réinvente rien, mais il livre la marchandise à la perfection. Je ne sais pas si la culture biologique y est pour quelque chose, mais le fruit montre un éclat et une intensité que l’on rencontre rarement, surtout dans un vin de 15$. À ce prix, c’est sans l’ombre d’un doute un excellent RQP.
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vendredi 19 mars 2010
MALBEC, 2008, MENDOZA, ACHAVAL FERRER
Achaval Ferrer est un producteur argentin qui en moins d’une décennie a su se tailler une réputation fort enviable sur la scène mondiale, en restaurant et exploitant de vieux vignobles dans la région de Mendoza. Les rendements sont sévèrement contrôlés, à peine 33 hl/ha pour ce Malbec de base, avec une philosophie d’intervention minimale en cours d’élaboration et un usage modéré de la barrique. Ce vin est non collé ni filtré et titre à 14% d’alcool pour un pH de 14%.
La robe est bien colorée, sombre, avec des reflets violacés et parfaitement opaque. Le nez, dès le premier abord, déclare son origine “mendozienne’ et possède cette signature propre à ce que je connais de ce producteur de par sa cuvée Quimera. Ces impressions sont impossibles pour moi à mettre clairement en mots. Tout ce que je peux en dire, c’est que l’expression est d’intensité moyenne, avec des arômes évoquant les bleuets et les mûres, le thé, la muscade et autres épices douces. Un aspect floral bien présent apporte une belle touche de charme à l’ensemble. Très agréable. En bouche, le vin montre de l’équilibre et une belle vivacité. Le fruité doux et intense domine la palette des saveurs, bien complété par les notes épicées et florales déjà évoquées. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration, avec une matière de bonne densité, sur une structure assez compacte, et une texture tannique fine et bien serrée. La finale est sans faille, avec des saveurs qui se fondent bien et une bonne longueur.
J’ai bien aimé ce vin. La qualité est évidente pour ce jeune vin qui mise d’abord et avant tout sur la qualité de son fruit. L’apport boisé est très peu perceptible. J’ai aussi apprécié sa vivacité qui fait vraiment contraste avec le millésime 2006. Ce 2008 montre un pH de 3.5, alors que le 2006 montrait un ronflant 3.9!!! C’est une différence énorme d’acidité. Je ne sais pas si on a compris que dans Mendoza il valait mieux corriger l’acidité. Achaval Ferrer fait partie de ses producteurs à la philosophie non interventionniste. Pourtant, il n’y a pas de mal à s’adapter aux caractéristiques de son terroir. Quoi qu’il en soit, pour moi, le 2008 montre un bien meilleur équilibre d’ensemble. Une meilleure tenue en bouche, avec des saveurs éclatantes. Je pense que ce vin est une belle introduction au Malbec argentin. La quasi imperceptibilité du bois permet de prendre la mesure réelle du cépage, sans interférences. De plus, je trouve que ce vin porte la marque de son producteur. Pour moi, ça goûte le Malbec, bien sûr, ça goûte aussi Mendoza, mais ça goûte aussi le Achaval Ferrer, ce qui pour moi est une qualité. Pour toutes ces raisons, même s’il est maintenant vendu presque 25$ à la SAQ, ce vin demeure un bon achat. Même si à mon sens, il y a de meilleurs achats, si on s’en tient strictement au RQP, en terme de Malbec argentins (Catena, Zuccardi, Q). Mais pour goûter un vin avec une identité particulière, comme dans ce cas-ci, ça vaut la peine de payer un peu plus.
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dimanche 14 mars 2010
PINOT NOIR, AMAYNA, 2007, LEYDA, VINA GARCES SILVA
Petite semaine tranquille pour moi côté vin. Désolé pour le manque de nouveauté sur ce blogue, mais il faut parfois se priver volontairement d’une chose pour pouvoir mieux l’apprécier lorsqu’on y revient.
Je continue ma revue de la gamme de vins Amayna de l’excellent producteur Vina Garces Silva. La région de Leyda est une région côtière relativement fraîche, par rapport aux standards de la vallée centrale chilienne. Toutefois, là comme ailleurs, la location précise des vignobles et leur exposition sont importantes. Ceux de Garces Silva sont situés à environ 14 km de la côte, ce qui est relativement éloigné par rapport à d’autres producteurs implantés dans cette région, comme, par exemple, Chocalan qui ont planté à seulement 4 km de la côte. Cet éloignement relatif de la côte, et de son effet rafraîchissant, se reflète dans le style des vins produits par Garces Silva, ceux-ci présentant généralement un profil généreux au fruité bien mature. Il peut d’ailleurs sembler étonnant que du Pinot Noir et de la Syrah puissent être produits sur des parcelles géographiquement très rapprochées. Il faut comprendre qu’il y a presque deux mois d’écart entre la date de vendange du Pinot Noir et de la Syrah. La clef réside dans la longue saison végétative, et à la quasi absence de pluie qui permet de laisser les raisins sur les vignes très tard en saison. Aussi la Syrah a été plantée avec une exposition au nord, ce qui apporte plus de chaleur dans l’hémisphère sud. Il est intéressant de savoir que dans cette région, le cycle végétatif du Pinot démarre un mois avant celui de la Syrah. Le cycle du Pinot dure environ 200 jours, avec la vendange qui a lieu autour du 20 mars, alors que le cycle de la Syrah, dure environ 230 jours, avec la vendange autour de la mi-mai. C’est donc l’absence de pluie qui permet de garder les raisins de Syrah sur les vignes jusqu’en mai où les températures baissent sensiblement. Ainsi, il est plus facile de comprendre comment Pinot Noir et Syrah peuvent cohabiter et donner de bons résultats. Pour ce qui est de ce Pinot Noir, 2007, seulement mentionner qu’il a été élevé pendant un an en barriques de chêne Taransaud dont 30% étaient neuves, le reste étant de deuxième et troisième usages. Le vin titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.65.
La robe est d’une belle teinte rubis légèrement translucide. Le nez s’exprime avec justesse sur des arômes fruités de cerises et de fraises, auxquels s’entremêlent des notes épicées évoquant, entre autres, la cannelle, ainsi qu’une très légère pointe fumée. Relativement simple à ce stade, mais éclatant et de belle qualité. En bouche, l’attaque est ample et soyeuse, avec une légère onctuosité sous-jacente, et une belle présence fruitée vive et lustrée. C’est bien équilibré et ce qui était perçu au nez se reflète bien en bouche, mais avec plus d’intensité. L’aspect soyeux et le léger gras de ce vin marquent sa présence en bouche. Il n’y a vraiment aucune aspérité, et le vin coule sans effort sur une douce impression caressante. La finale voit les saveurs se fondre harmonieusement sur une allonge de très bon calibre.
Ce vin est une autre belle réussite pour Vina Garces Silva. Son profil général est bien typique du cépage. Il se distingue toutefois par la douceur de sa texture en bouche. Sur cet aspect, il se rapproche beaucoup des vins blancs de la maison, les tanins sont pratiquement imperceptibles, si ce n’est en toute fin de bouche, et il possède un gras qui lui donne un aspect tactile presque onctueux. Comme je l’ai mentionné, ce n’est pas le plus complexe des vins à ce stade précoce, mais l’éclat de ses saveurs, combiné à sa douce texture en font actuellement un vin très séduisant. Un vin de pur plaisir et de grande qualité. Comme on le sait, le Pinot Noir est un cépage capricieux, et pour avoir un bon niveau de qualité, il faut être prêt à débourser plus. À 32$ à la SAQ, ce vin de par sa qualité est très bien positionné face la compétition mondiale. Un bel exemple de ce que le Chili peut maintenant faire avec le Pinot Noir.
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dimanche 7 mars 2010
MERLOT, RESERVA, 2006, LIMARI, VINA TABALI
Le Merlot est un cépage qui a rarement fait bonne figure au Chili. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce phénomène. D’abord, il a longtemps été confondu avec le Carmenère, qu’on appelait alors Merlot Chileno. Certains producteurs faisait la distinction entre les deux, étant donné que le Carmenère est un cépage de maturité beaucoup plus tardive, mais ce n’était pas le cas de tous, surtout que les deux cépages étaient souvent plantés ensemble. Ce qui fait que le Carmenère cueilli trop tôt donnait un aspect vert à l’assemblage involontaire final. Un autre problème du véritable Merlot, c’est qu’il était planté dans la chaude vallée centrale, ce qui entraînait une maturation trop rapide pour ce cépage relativement hâtif qui préfère un peu de fraîcheur. Finalement, le dernier problème du Merlot au Chili est relié à la faiblesse de son système racinaire. Il faut se rappeler qu’au Chili, 95% du vignoble est non greffé. On plante les cépages sur leurs propres racines, et celles du Merlot sont très capricieuses et se développent mal dans certains types de sol. Cela contribue à la tendance qu’a ce cépage, dans des conditions chaudes, à la déshydratation. Pour obtenir de meilleurs résultats avec le Merlot au Chili, des producteurs ont entrepris de planter ce cépage dans des terroirs plus frais, avec de meilleurs clones qu’ils plantent sur des porte-greffes, c’est-à-dire des racines de vignes autres que celle du Merlot, comme c’est la pratique courante en Europe depuis plus d’un siècle, à cause du phylloxera. Le porte-greffe est choisi pour mieux s’adapter au type de sol, ce qui donne un meilleur système racinaire. Lorsque combiné à un climat plus frais, il n’y a plus de problème de déshydratation, et la maturation des fruits est plus lente, ce qui permet de préserver une meilleure qualité d’arômes.
J’ignore si les vignes de Merlot à l’origine de ce vin sont plantées sur porte-greffes, mais le vignoble a été planté au tournant du siècle, après la clarification de l’imbroglio avec le Carmenère. Il s’agit donc assurément d’un pur Merlot. Autre atout qualitatif, il provient de la vallée de Limari, une région relativement fraîche qui permet une lente maturation. À preuve, ce Merlot a été vendangé manuellement à la fin du mois de mai. Ce qui est la limite pour les vendanges au Chili. C’est le climat très sec, sans risques de pluie qui permet de laisser les raisins si longtemps sur les plants de vignes. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne, 70% français et 30% américain. Il titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.50.
La robe est très foncée et opaque. Le nez s’exprime avec modération et dégage de beaux arômes de fruits noirs, auxquels s’ajoutent de fines notes épicées, de l’humus, et un caractère légèrement torréfiées. Beau nez évoquant l’Ancien-Monde, avec déjà une légère touche terreuse qui laisse croire à un début d’évolution, mais avec encore un très beau potentiel, puisque le fruit de jeunesse est encore à l’avant-plan. En bouche, on retrouve un vin d’une élégance surprenante, avec une attaque bien équilibrée. Le vin montre un corps moyen, doublé d’une belle souplesse, sur une structure qui reste somme toute assez compacte. Une impression de sérieux se dégage. On est loin de la bombe fruitée et charnue, mais en même temps, les saveurs sont de très belle qualité, avec ce mélange de fruits noirs, d’épices douces, de notes terreuses et de légère torréfaction. Le milieu de bouche confirme cette impression, avec un bon niveau de matière, sans lourdeur, avec une concentration bien calibrée et un volume restreint. La trame tannique est fine, avec un léger grain qui donne une dimension tactile agréable. La finale conclut en beauté le parcours de ce vin marqué au signe du plaisir contenu, avec un beau fondu de saveurs et une persistance digne d’un très bon vin.
Deuxième bouteille de ce vin pour moi, 10 mois après la première, et le vin me semble encore meilleur. Ce vin offre un profil de vin européen propre et un peu moderne. À l’aveugle, je ne pense pas que je pourrais l’identifier comme chilien. Pour ce qui est de son identité de Merlot. Je dois avoué que je n’ai pas une idée très claire de ce que donne ce cépage. Une chose est sûre toutefois, ça se démarque clairement de la caricature du mauvais Merlot chilien. Ce vin vient de réapparaître sur les tablettes de la LCBO, dans le cadre d’un spécial sur les vins du Chili, et selon mes lectures, il est classé comme le meilleur RQP de l’offre. Pas étonnant quand on pense qu’on en demande seulement 14.95$. Un autre vin qui, s’il était d’une autre origine, plus reconnue et prestigieuse, pourrait se vendre au moins le double sans que personne ne trouve à redire. D’ailleurs, pour moi, Tabali est un des meilleurs producteurs chiliens en terme de RQP. Chez eux, pas de gros vins stéroïdés vendus à fort prix, plutôt des vins aux belles proportions et de qualité exceptionnelle pour les prix demandés. En espérant que la SAQ aille au delà de l’excellente Syrah de ce producteur qu’elle offre déjà, et ajoute au répertoire d’autres vins de Tabali.
vendredi 5 mars 2010
Du ridicule du système de notation sur 100
Texte intéressant aujourd'hui du journaliste et blogueur britannique Jaimie Goode, à propos du système de notation sur 100 (voir le lien). Comme il le mentionne, de plus en plus de gens, professionnels comme amateurs, qui écrivent sur le vin utilisent maintenant ce système initié il y a plus de 30 ans par Robert Parker. Comme il le mentionne, le culte de la note élevée a entraîné une compression de ce système qui se résume maintenant à une échelle de 11 points, avec grosso modo l'intervalle (90-94) pour les vins "ordinaires", et (95-100) pour les vins cultes, renommés, ou de prestige. Comme il le mentionne, dans l'esprit de ceux qui s'abreuvent aux notes, un vin coté 89 est un vin qui n'a pas reçu la note de passage. L'équivalent d'un vin de seconde catégorie. Toutefois, le texte de M. Goode est un peu paradoxal, car lui aussi a succombé à la pression, et utilise maintenant ce système de notation.
Personnellement, je persiste à croire que c'est le système en entier qui ne tient pas la route. Prétendre à une telle précision est une pure farce. Si au moins on utilisait des intervalles de notes, comme (88-92), (93-97), il me semble que déjà, ce serait moins ridicule. Au moins, avec un tel système, le dégustateur reconnaîterait jusqu'à un certain point ses propres limites, et l'aspect changeant du vin. Mais bien sûr, un tel système moins précis n'aurait aucune chance contre l'impression de vérité hiérarchique définitive que donne le système Parker. C'est la clef principale de son succès. Ce qui lui a permis de déclasser tous les autres systèmes.
http://www.wineanorak.com/wineblog/business-of-wine/scores-for-wines
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Personnellement, je persiste à croire que c'est le système en entier qui ne tient pas la route. Prétendre à une telle précision est une pure farce. Si au moins on utilisait des intervalles de notes, comme (88-92), (93-97), il me semble que déjà, ce serait moins ridicule. Au moins, avec un tel système, le dégustateur reconnaîterait jusqu'à un certain point ses propres limites, et l'aspect changeant du vin. Mais bien sûr, un tel système moins précis n'aurait aucune chance contre l'impression de vérité hiérarchique définitive que donne le système Parker. C'est la clef principale de son succès. Ce qui lui a permis de déclasser tous les autres systèmes.
http://www.wineanorak.com/wineblog/business-of-wine/scores-for-wines
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mercredi 3 mars 2010
GRAN RESERVA BLEND, 2006, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN
Voici le troisième millésime de ce vin qui m’avait surpris et intrigué dans sa version 2004, et dont le millésime 2005 m’avait complètement charmé. J’ai pu rapidement goûter ce 2006 l’automne dernier lors d’une dégustation de “Vins du Chili” tenue à Montréal. J’avais alors bien apprécié ce vin, mais ce court exercice n’est pas comparable à la dégustation sur une longue période d’une bouteille entière. Dans sa version 2006, ce vin continue de pratiquer l’assemblage dans toute la force du terme. Il est constitué cette fois-ci de Cabernet Sauvignon (31%), de Carmenère (27%), de Syrah (18%), de Malbec, (12%), de Cabernet Franc (9%), et de Petit Verdot (3%). Un assemblage presque totalement bordelais, où on a décidé de remplacer un cépage relativement faible au Chili, le Merlot, par un cépage clairement fort, la Syrah, mais qui n’est pas bordelais. Le vin est issu de vignes qui avaient 9 ans d’âge, et dont le rendement était limité à environ 35 hl/ha. Vendange manuelle, égrappage complet et macération à froid pendant 5 jours précèdent la FA. Tous les mouvements de liquide se font par gravité, sans pompage. Le vin a été élevé 14 mois en barriques de chêne français, avant d’être légèrement collé et filtré. Titre alcoolique de 14.2% et pH de 3.60.
La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez montre une intensité bien mesurée, et exhale des arômes fruités de très belle qualité, avec de la cerise et du cassis, complétés par des notes évoquant la réglisse et la terre humide. À cela s’ajoute une fine touche torréfiée de café. Beau nez de jeune vin, où la classe est facilement perceptible. En bouche, on retrouve un vin à la structure dense, doté d’une solide acidité, d’une fine trame tannique tissée bien serré et qui exprime ses saveurs avec beaucoup d’intensité. Le milieu de bouche permet de jauger le haut niveau de concentration et toute la richesse de la matière, avec un fruité vibrant, supporté par une fine dose d’amertume, et bien complété par un juste apport boisé. La finale est à la hauteur de la grande classe de ce vin, harmonieuse, même si un peu sévère pour le moment, et montrant une longueur de fort calibre.
L’adage dit jamais deux sans trois, et la cuvée 2006 de cet assemblage vient le confirmer. Ce vin est d’un très haut niveau. Il est aussi très jeune et possède un énorme potentiel de garde. Il peut rivaliser avec tous les Almaviva et Clos Apalta issus de ce pays, mais vendus pour quatre fois plus cher, et même plus. Je pense connaître un peu le vin chilien. J’ai déjà goûté les ténors sus-mentionnés, et bien d’autres vins très bien cotés de ce pays, et honnêtement, je ne peux m’expliquer que ce vin ne soit pas aussi bien coté que ceux-ci. Dire qu’on accuse Jay Miller de coté trop haut. Pas dans ce cas-ci avec son 90. Ce faisant, il place ce vin sur le même pied, par exemple, qu'un assemblage rouge TRIO de Concha y Toro. Une véritable farce, et une autre preuve, à mon avis, du ridicule du système des notes sur 100 points. Une autre preuve aussi, que même au Chili la réputation compte maintenant pour obtenir des gros scores. En un sens, je suis désolé pour Vina Chocalan pour ce manque de reconnaissance. C’est dans mon esprit une claire injustice, mais comme acheteur, je ne peux que me réjouir, car j’ai accès à un des meilleurs vins chiliens pour un prix d’aubaine (27$). Finalement, pour en revenir à ce qui compte, c’est-à-dire ce superbe vin. Oubliez les 18% de Syrah dans la composition, je ne l’ai pas perçu. Ce que l’on obtient, c’est un vin typique des jeunes assemblages de cépages bordelais issus du Chili. Le vin est déjà approchable, mais il gagnera en raffinement avec le temps et évoluera favorablement au cours des 20 prochaines années. Ce vin est passé en coup de vent cet hiver aux succursales Signature de la SAQ. Un vin digne du centième message que je publie sur ce blogue.
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