dimanche 2 mai 2010

CARMENÈRE, SINGLE VINEYARD, 2008, ACONCAGUA, ERRAZURIZ



Errazuriz est probablement le producteur chilien le mieux représenté au Québec et en Ontario. Plusieurs de ses vins sont aux répertoires réguliers des deux monopoles provinciaux, et sur une base régulière on peut se procurer, en spécialité, des vins issus des gammes supérieures de ce producteur élite du Chili. Personnellement, je trouve le haut de gamme de la maison trop cher, autour de 70-80$. Ensuite, il y a un énorme trou dans la gamme au niveau des prix, et on tombe sur des vins vendus trois fois moins chers, mais qui ne sont pas si loin derrière les gros canons en terme de qualité. On passe donc de vins vendus trop chers, à des vins offrant de superbes RQP. Ce Carmenère de la gamme “Single Vineyard tombe dans cette catégorie. Il s’agit en fait d’un assemblage à très forte dominante de Carmenère (89%), complété par de la Syrah (6%), et du Cabernet Sauvignon (5%). Ce vin est issu du vignoble Max V, un vignoble en pente situé à l’est de la vallée, dans la partie la plus chaude. Ce qui est idéal pour ce cépage à maturation tardive. Toutefois, 2008 fût une année relativement fraîche dans la région et les vendanges ont été décalées de deux semaines par rapport à l’année précédente, soit du 9 au 16 mai. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne (français 80%, américain 20%, bois neuf 60%). Le titre alcoolique est de 14.5%, pour un vigoureux pH de 3.42. Le vin a été dégusté sur deux jours et a très bien tenu en demi-bouteille.

La robe est d’une parfaite opacité, bien sombre. Moins sombre est le nez, plutôt réjouissant en fait, avec une belle qualité d’arômes. La cerise et le chocolat noir dominent l’ensemble qui est complété par des notes de pâtisserie et un soupçon de poivron rouge. Je ne percevais plus le poivron le deuxième jour et tout était axé sur un fruité riche et doucement épicé. En bouche, le vin est très intense d’entrée, avec un fruité de cerise éclatant, relevé par une bonne acidité et soutenu par un peu d’amertume. Des notes d’épices douces et un brin de poivron rouge viennent agrémenter l’ensemble. Le milieu de bouche dévoile un vin à la matière dense, aux saveurs bien concentrées et à la texture tannique veloutée. La finale est réussie, avec cet agréable mélange de saveurs qui gagne un cran en intensité, sur un persistance de niveau supérieur.

Malgré mes affinités chiliennes, les vins mono-cépage issus du Carmenère ne sont généralement pas mes favoris, même lorsque l’écueil pyrazinique est évité, comme c’est le cas ici avec ce bel exemple d’Errazuriz . Je dis qu’ils ne sont pas mes favoris, mais cela ne veut pas dire que je n’aime pas. Ça veut seulement dire que je préfère un bon Cab ou une belle Syrah. Ceci dit, ce vin est assurément un des meilleurs exemples de vin de ce cépage qu’il m’ait été donné de déguster jusqu’à maintenant. Le vin est simplement impeccable, avec un très beau fruit rouge, et juste un léger caractère végétal qui heureusement sait éviter la verdeur. Bien sûr, ce vin est encore beaucoup trop jeune, et le caractère boisé y est encore primaire et bien présent. Toutefois, pour avoir récemment dégusté un Carmenère, Estate, 2003, de ce même producteur. Un vin qui était incroyablement bon, et très surprenant pour un vin d’entrée de gamme. Je n’ai donc pas de doute sur le fort potentiel de garde de cette cuvée “Single Vineyard”. Mes trois bouteilles restantes vont dormir au moins cinq ans avant l’ouverture de la prochaine. Très bel achat à 18.95$. Je sais que j’ai la mauvaise habitude de dire que les bons RQP chiliens de cette gamme de prix pourraient se vendre deux à trois fois plus chers s’ils étaient issus de régions plus renommées. Je joins, pour le plaisir, la critique du blogueur américain Tom Hyland à propos de ce vin. Celui-ci est un fana de vins italiens, et s’intéresse aussi au Chili comme force vinicole émergente (voir lien).

"For me, the Errazuriz is the most pleasant surprise; this is a dynamic wine - big and bold with great spice. What a powerful wine that offers superb balance! This should peak in another 7-10 years and it is an amazing value for $20. You'd have to spend two to three times that for simiilar quality from a Napa or Bordeaux red"

http://thylandviews.blogspot.com/


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samedi 1 mai 2010

L'importance de la dégustation à l’aveugle

Depuis près de 15 ans maintenant que je m’intéresse plus sérieusement au vin et à ce qui le concerne, ma perception des choses a évolué sur plusieurs aspects. Je dirais que le plus gros changement est la conviction que j’ai maintenant de l’invalidité des systèmes précis de notation, et au premier chef, celui sur 100 qui est aujourd’hui la norme. Toutefois, s’il y a un point où je suis resté sur mes positions depuis le début, c’est sur la validité de la dégustation à l’aveugle. Cette pratique souvent décriée par les buveurs d’étiquette me semble absolument essentielle pour pouvoir parler de vin dans une plus juste perspective. Le conditionnement psychologique dans l’appréciation du vin est une réalité scientifique, les études de Frédéric Brochet l’ont bien démontré (voir lien). C’est une réalité que j’ai moi-même expérimenté à plusieurs reprises. Lorsqu’on est convaincu de savoir ce que l’on boit, et que l’on a une idée préconçue de ce que ça devrait être en termes qualitatifs, notre perception et notre appréciation sera modifiée par nos attentes. La réalité, si elle est différente, sera déformée dans notre cerveau pour correspondre à notre idée préconçue. Bien sûr, plus forte est l’idée préconçue, et plus forte est la conviction de sa validité, et plus le phénomène de déformation opérera s’il y a une différence entre la réalité et cette idée toute faite.

Malheureusement, autant je crois en la dégustation à l’aveugle, autant je trouve difficile de la pratiquer de façon neutre et décontractée. En tant qu’amateur, dès que l’on est soumis à cet exercice, qui se fait généralement en groupe, on devient très suspicieux, on a peur d’avoir l’air fou, notre ego se sent menacé et notre cerveau part un peu dans toutes les directions. L’idéal est de le faire simplement, pour soi-même, en toute tranquillité, avec juste une bouteille ou deux. Bien sûr, c’est un exercice à faire de temps en temps, car il serait insensé et difficilement praticable de boire tous ses vins en pure aveugle. L’utilité de la dégustation à l’aveugle est de changer notre perspective et notre approche face au vin. De nous aider à demeurer ouvert et humble, en étant conscient de notre propension à être influencé par l’identité des vins que l’on boit. Je pense que cela peut nous aider à être de meilleurs dégustateurs à étiquette découverte. Ceci dit, je comprends que plusieurs amateurs qui dépensent de fortes sommes pour des bouteilles renommées ne soit pas enclins à reconnaître les vertus de l’aveugle. Si je payais de telles sommes pour des bouteilles, moi non plus je n’aimerais pas me faire dire qu’un vin à 25$ peut être aussi bon, sinon meilleur, que certains vins à 75$, ou qu’un vin d’une région émergente du Nouveau-Monde peut valoir un classique européen. La corrélation qualité/prix est très imparfaite en matière de vin, et la dégustation à l’aveugle n’est qu’un révélateur de cet état de fait. De boire en isolé la bouteille de 25$, à étiquette découverte, en se disant que le résultat à l’aveugle est invalide ne changera rien à la réalité.

Ceci dit, la dégustation à l’aveugle, comme toute dégustation, demeure un moment dans le temps, une rencontre unique entre un vin et un dégustateur. Les deux pourront évoluer dans le temps, pour le meilleur ou pour le pire... Il n’y a rien de définitif en matière de vin, comme il n’y a pas de certitude. Je pense que c’est là le plus bel enseignement qu’on puisse tirer de la dégustation à l’aveugle, celui de rester ouvert à tout, ou du moins, d’essayer.

 http://www.academie-amorim.com/documents/brochet.pdf


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mardi 27 avril 2010

SHIRAZ, 2006, WESTERN CAPE, LA MOTTE

Ce vin sud-africain a été élaboré selon une pratique d’assemblage de terroirs. Cette pratique est assez courante dans les pays du Nouveau-Monde. Il est issu de plusieurs vignobles de la grande région du Cap aux caractéristiques de sol et de climat différents. En fait, 40% des fruits proviennent de la sous-région de Walker Bay, 22% de Franschoek, 19% de Darling, 12% de Paarl et 7% de Wellington. En plus, différents clones du cépage sont plantés dans cette variété de vignobles. L’idée derrière une telle pratique est d’obtenir le meilleur vin possible à chaque année, et non pas d’être l’interprétation du cépage à un endroit précis. La complexité au vignoble trouve sa contrepartie dans l’usage de la barrique, avec un élevage de 16 mois en barrique de chêne où 10% de celle-ci étaient neuves, la moitié de second usage, et le reste de troisième usage. Ces barriques étaient aussi d’origines diverses, françaises à 85%, américaines 10% et hongroises pour 5%. Le vin montre un titre alcoolique modéré de 13.85%, pour un pH inquiétant de 3.87. La deuxième demie de la bouteille a été bue trois jours après l'ouverture, et la vin a parfaitement tenu la route.

La robe est très sombre et d’une opacité sans faille. Le nez est d’expression modérée, avec une touche d’acidité volatile au départ, qui se dissipe un peu par la suite pour laisser la place à des arômes de fruits noirs et rouges, complétés par des notes de champignons, de fumée, de bacon, et d’épices douces. Ce nez me paraît assez sévère et réservé pour l’instant, mais semble assez profond pour pouvoir bien évoluer. En bouche, l’attaque est franche, équilibrée et ample, déployant un fruité noir dense et de belle qualité, soutenu par une bonne dose d’amertume, et amalgamé à des notes finement épicées. Le niveau de concentration est très bon, sur une structure solide et assez compacte. Les tanins sont bien présents, mais d’une belle texture veloutée. La finale est intense, avec un beau fondu de saveurs où l’amertume gagne un peu en importance, sur une bonne persistance aromatique.

J’ai bien apprécié ce vin. La qualité est sans reproche, et contrairement à ce que le pH élevé pouvait laisser présager, le vin ne montre pas de mollesse ou de déviance aromatique post F-A. Le vin est bon et bien équilibré, avec une richesse de matière fidèle au prix demandé (25$). Au niveau stylistique, il se situe quelque part entre la Syrah et le Shiraz. Ce n’est pas une grosse bombe de fruits confits et vanillés, mais d’un autre côté, il ne correspond pas non plus au profil général d’une Syrah du Rhône Nord. Je suppose que la philosophie derrière l’élaboration du vin explique le résultat, c’est-à-dire un vin de belle qualité, mais sans identité claire. Un vin intéressant pour qui veut déguster un rouge de belle qualité, mais qui ne comblera pas celui qui recherche en plus un vin correspondant à un archétype de ce que peut donner ce versatile cépage. À noter aussi que ce vin me semble avoir un bon potentiel de garde (5 à 10 ans). Ce n'est toutefois que mon impression, je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges sud-africains pour être certain de cela, si tant est qu'on puisse être certains de quoi que ce soit lorsqu'il est question de la garde du vin.

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dimanche 25 avril 2010

SAUVIGNON BLANC, EQ, 2007, SAN ANTONIO, MATETIC VINEYARDS


Matetic est une des vedettes de ce que j’appelle le Nouveau Chili. Un producteur totalement axé sur la qualité, qui cultive ses vignes en biodynamie dans la fraîche région côtière de San Antonio. J’ai parlé plus tôt cette année sur ce blogue d’une très belle Syrah de ce producteur. Cette fois-ci, il s’agit d’un Sauvignon Blanc. J’ai profité de la promo du week-end à la SAQ sur les vins bios pour faire le plein de ce vin au prix fantastique de 17.95$.

La robe est d’une teinte verdâtre assez pâle. Le nez est d’intensité moyenne et dégage un beau mélange d’arômes citronnés et tropicaux, auquel s’ajoute une légère touche végétale et un caractère de miel surprenant pour un vin de ce cépage. Un nez original, mêlant des caractéristiques classiques du cépage à des aspects plus inédits. En bouche, l’attaque est fraîche et vive, avec une bonne amplitude et une palette de saveurs reflétant bien ce qui était perçu au nez. Le vin montre une belle tenue en milieu de bouche, avec un peu de gras et un bon volume, sur des saveurs concentrées. L’ensemble atteint un bel équilibre entre générosité de la matière et fraîcheur, de même qu’entre le fruité qui tient le rôle principal et l’aspect végétal qui vient en complément. La finale est harmonieuse sur une longueur digne d’un vin de catégorie supérieure.

Quel superbe vin de Sauvignon Blanc. Un vin qui montre bien tout le sérieux du Chili avec ce cépage. Au-delà de sa qualité évidente, c’est un vin qui de par la taille, la philosophie et le sérieux de son producteur aurait dû attirer l’attention des amateurs pointus recherchant les vins de producteurs de ce genre. Malheureusement, il est passé sous le radar, soit par ignorance ou par indifférence. Pourtant, c’est un vin qui à l’aveugle rivaliserait facilement avec des Sancerres vendus bien plus chers. Une haute qualité offerte à un prix incroyable, ce qui illustre bien le dilemme des producteurs chiliens. Heureusement, il y a de plus en plus de producteurs comme Matetic au Chili qui ont décidé d’aller de l’avant avec le pari de la qualité pour tenter de changer la perception des vins de ce pays. Le Québec est sûrement un des marchés où ils ont le plus de préjugés à combattre.


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dimanche 18 avril 2010

Vin et économie (suite)

Par l'intermédiaire de Vin Québec, je suis tombé sur le site français du webzine Slate, où il y a un article que j'ai trouvé très en lien avec mon texte précédant sur le rôle prépondérant de l'économie dans le monde vinicole. Cet article de Mike Steinberger dépeint parfaitement le goût du rêve de certains amateurs et leur dégoût face à la maximisation des profits par les producteurs, même s'ils sont tout de même prêts à allonger de fortes sommes pour s'offrir les bouteilles dont ils rêvent. Il y a là un paradoxe. On dénonce un état de fait, mais en même temps, on en est en partie la cause en continuant d’acheter à des prix qu’on trouve prohibitifs. Bien sûr, dans cet article on a encore droit aux clichés habituels sur les vilains et cupides bordelais, et les bons et presque désintéressés bourguignons. Moi je ne blâme ni les uns ni les autres de jouer la carte de l'offre et de la demande. Ils possèdent une image de marque très forte, et si un jour ils doivent baisser leurs prix, la plupart de ceux qui les auront délaissés reviendront au bercail. Bien sûr, comme amateur passionné, on peut déplorer que la demande soit si forte pour les meilleurs vins de ces régions, mais sans cette image de marque, et sans ce côté exclusif, je ne suis pas sûr que l'aura qui entoure ces vins tiendrait si bien. Ils perdraient peut-être une partie du cachet particulier qui les rend si attrayants aux yeux de plusieurs, même ceux qui se disent intéressés seulement par le contenu de la bouteille. Ici, nous ne sommes plus sur le terrain strictement vinicole, mais sur le terrain du produit de luxe où l'image offerte compte tout autant que la qualité intrinsèque du produit offert.

http://www.slate.fr/story/20009/bourgogne-bordeaux-la-grande-guerre-du-vin-francais


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samedi 17 avril 2010

Vin et économie

Le monde du vin en est un où on aime vendre du rêve. On aime l’image idyllique du vigneron qui travaille ses vignes et élabore ses vins avec respect et amour. On aime se faire parler de terroir, d’appellation prestigieuse, de tradition, de noblesse. On aime penser que la seule motivation du vigneron est de produire le meilleur vin possible. Tellement, que plusieurs amateurs rêvent de se lancer eux-mêmes, sur un bon terroir, pour produire du vin et vivre cette vie merveilleuse.

Bien sûr, derrière cette part de rêve, on oublie trop souvent que la production de vin est d’abord et avant tout une affaire économique. On oublie trop souvent que pour la majorité des petits producteurs, surtout les nouveaux qui ont dû s’endetter pour partir leur entreprise, la pression est énorme pour joindre les deux bouts. Je lisais hier un article très intéressant sur le blogue américain “Vinography” (voir lien), à propos d’une crise majeure dans le monde vinicole de la Californie et qui entraînerait la faillite d’un très grand nombre de petits et moyens producteurs très endettés, touchés par la chute des prix.

http://www.vinography.com/archives/2010/04/the_coming_carnage_in_the_cali.html


La lecture de cet article permet de constater que le vin est d’abord et avant tout une question de marché et de gros sous. On comprend aussi toute la pression à laquelle sont soumis beaucoup de producteurs. On comprend facilement pourquoi la plupart des vins, même les plus ambitieux, sont mis en marché dès que possible. Bordeaux, avec son système de primeurs, est la quintessence de ce principe... Le producteur doit récupérer l’argent qu’il a investi le plus tôt possible pour se maintenir à flot. Par extension, il est aussi facile de comprendre l’importance de produire des vins pouvant obtenir de gros scores dès leur mise en marché. L’impact sur le prix de vente possible est direct. Bien sûr, le cas de la Californie est un cas particulier. La majorité des vins qui y sont produits sont vendus dans le pays même. Sans diversification importante des marchés, l’impact d’une crise est plus important. Les producteurs sont captifs du marché domestique.

Au-delà de cette crise californienne, cet article m’a rappelé avec acuité que la production de vin est d’abord et avant tout une activité économique, qui doit répondre aux obligations de profit de toute entreprise. La vision idyllique évoquée en introduction est un outil de marketing sûrement efficace auprès d’une certaine clientèle. Il y aussi certainement des producteurs indépendants de fortune, ou qui peuvent vendre leurs vins à des prix tels, qu’ils n’ont pas trop à se préoccuper des contingences économiques. Mais pour la grande majorité, faire du vin est d’abord et avant tout un business qu’il faut arriver à rentabiliser. Pour ce faire, il y a deux voies possibles, réduire les coûts de production, ou obtenir un prix de vente plus élevé. Ces deux voies sont remplies de pièges, et c’est au consommateur à la fin de choisir. Soit la réduction de coûts a compromis la qualité, ou bien le prix a été trop gonflé en regard de la qualité offerte. Pour moi on en revient toujours au fameux rapport qualité/prix. Aussi, il faut se souvenir qu'à cause des obligations économiques, beaucoup de vins sont mis en marché bien trop jeunes. Un amateur averti devrait toujours garder cela en tête, et surtout, trouver un moyen de garder du vin.


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mardi 13 avril 2010

CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2006, ALTO MAIPO, NATIVA


Ce vin est un bel exemple du caractère dynamique de la scène vinicole du Chili. Il a été élaboré en 2006 par Vina Carmen, qui possédait alors une gamme de vins biologiques appelée Nativa. Cette gamme de vins bios , la première du Chili, avait été créée en 1995 par un Alvaro Espinoza alors à l’emploi de Vina Carmen. Toutefois, avant la mise en marché de ce 2006, Nativa est devenue une compagnie autonome qui fait maintenant partie du groupe Santa Rita, comme c’est le cas aussi de Vina Carmen. Réorganisation corporative donc, mais qui montre bien l’intérêt croissant pour le bio. Pour ce qui est du vin, ce qui est amusant, c’est qu’il n’y a aucune mention de Carmen sur l’étiquette, mais le bouchon, lui, est bien identifié à ce producteur. Nativa dans sa nouvelle mouture a étendu son offre de vins, et le gamme Gran Reserva est située au haut de la hiérarchie. Il a été élevé en barriques de chêne français pendant 14 à 18 mois, selon les lots. Le vin titre à 14% d’alcool pour un pH de 3.5.

La robe est très sombre, impénétrable. Le nez est bien calibré au niveau de l’intensité et exhale un beau mélange d’arômes, avec le fruit noir à l’avant-plan, mais bien accompagné par des arômes de goudron, de bois de cèdre, de terre humide, de menthol, d’épices douces, ainsi qu’une fugitive touche de noix de coco et un brin de torréfaction. Bien sûr, tous ces arômes ne se présentaient pas en même temps dans ce nez changeant qui a très bien évolué sur une période de 12 heures. En bouche, on retrouve un vin montrant un bel équilibre. La matière est ample, riche et veloutée, et met parfaitement en valeur de belles saveurs de fruits noirs matinées de notes cacaotées et épicées. Le niveau de concentration est clairement supérieur, ce qui donne une belle présence en milieu de bouche, sur un bon volume. Toutefois, même si c’est un vin avec de la matière, celui-ci coule aisément, sans impression de lourdeur. La finale voit l’amertume cacaotée gagner un peu en importance, mais le généreux fruit l’absorbe bien, et ces saveurs fusionnées persistent un très long moment avant de s’éteindre complètement.

Je pense depuis un bon moment déjà que la région du Haut Maipo est la meilleure au monde pour produire des vins de Cabernet Sauvignon de très grande qualité, à prix imbattables, et ce Gran Reserva de Nativa en est une autre preuve éloquente. Ce vin est encore bien jeune, et l’empreinte boisée est encore assez marquée, mais la qualité supérieure est évidente. Personnellement, j’aime bien les jeunes Cabs de ce genre, même si je sais que selon mes goûts, le meilleur reste encore à venir. C’est la beauté des Cabernets de cette région. Ils sont de prix si abordables (19.95$), qu’on peut les suivre sans remords à tous les stades de leur évolution. En prime, avec ce vin, il y a le fait qu’il est élaboré avec des raisins de culture biologique. Je ne suis pas de ceux qui pensent que les vins bios sont nécessairement meilleurs, mais je suis pour ce type de culture quand les conditions le permettent. Le Chili, a la chance d’être une des régions où les conditions sont les plus favorables pour la culture biologique de la vigne. Il devrait continuer de miser sur cet avantage, autant pour les vertus intrinsèques de l’agriculture biologique, que pour améliorer l’image globale de ses vins.


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jeudi 8 avril 2010

SYRAH, CHONO, RESERVA, 2007, ELQUI, GEO WINES


La vallée d’Elqui est la région vinicole la plus septentrionale du Chili. C’est une région qui semble à première vue inusitée pour cultiver la vigne, puisque située aux limites du désert d’Atacama, le plus sec au monde. C’est aussi une des régions au monde possédant le ciel le plus clair, ce qui y a entraîné l’implantation de huit observatoires astronomiques importants. Heureusement, même à cette latitude, la fonte des glaciers des Andes fournit l’eau nécessaire à l’irrigation, et le courant froid Humbolt remontant le Pacifique apporte la fraîcheur. Donc, dans Elqui, comme dans les autres régions côtières du Chili, la proximité des vignobles par rapport au Pacifique influe grandement sur la fraîcheur du climat. Le vignoble d’où est issu ce vin est situé sur les rives de la rivière Elqui, à 30 kms de la côte, ce qui est idéal pour l’obtention d’une Syrah avec un profil de climat frais. Les vendanges sont manuelles, avec des rendements limités à environ 50 hl/ha. Les macérations sont suivies de près pour modérer l’extraction, et seulement 10% du vin est élevé en barriques de chêne, français et américain, pour une courte période 6 mois. Le réputé oenologue Alvaro Espinoza supervise l’élaboration des vins de marque Chono.

La robe est assez foncée et légèrement translucide. Le nez est superbe, exprimant avec intensité un heureux mélange d’arômes de fruits rouges, de poivre noir, de fumée, de violette et d’épices, avec quelque chose évoquant le clou de girofle. Je me répète, superbe nez, parfaitement dosé, montrant une qualité d’arômes impeccable et une bonne complexité. Le plaisir se poursuit en bouche, avec une attaque suave, modèle d’équilibre pour un jeune vin, où tous les éléments sont assortis dans les bonnes proportions. Le fruité est éclatant, aidé en cela par une bonne acidité qui en plus contribue à la ferme tenue du vin. Une fine touche d’amertume vient balancer la relative douceur du fruit, avec en plus le caractère épicé/fumé qui s’intègre à l’ensemble de belle façon. Le milieu de bouche montre un vin de corps moyen aux saveurs intenses et concentrées, mais sans lourdeur aucune. La trame tannique est légère et fine. La combinaison de ces divers éléments donne un vin des plus agréables, et qui coule sans efforts pour mener vers une finale forcément heureuse, où l’équilibre se maintient, sur des saveurs qui se fondent et une bonne allonge.

Cette bouteille fait la démonstration parfaite qu’en matière de vin l’équilibre est le maître-mot. Ce vin n’a rien en commun avec les vins surfaits qui en mettent plein la gueule. C’est un vin qui me semble conçu pour être apprécié jeune et qui livre la marchandise d’emblée. Tout est axé sur l’expression aromatique du cépage et du terroir surprenant de la vallée d’Elqui. Qui aurait pu croire qu’aux frontières du désert d’Atacama on pourrait produire un vin rendant le caractère de ce cépage avec autant d’acuité? Un vin à peine boisé, peu extrait, où toute la place est laissée à la Syrah. J’avais commandé une caisse de douze bouteilles de ce vin à la fin de l’été passé, il ne m’en reste maintenant que trois. Heureusement, l’importateur de ce nectar (Altovin), qui a totalement vendu le premier arrivage, a reçu une nouvelle commande. J’aime tellement ce vin que j’ ai décidé d’en commander une deuxième caisse. Bouteille après bouteille, c’est un pur ravissement. Un vin de plaisir dans le meilleur sens du terme et dont je ne me lasse pas. Pour les quelques 18 $ qu’on en demande, ça demeure une formidable aubaine. Vivement que la SAQ offre des vins de la vallée d’Elqui.


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vendredi 2 avril 2010

MERLOT, 2007, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA


Dans un précédant message sur le Merlot, 2006, de Tabali. J’avais discuté des raisons expliquant les résultats relativement décevants du Merlot au Chili. Une des raisons invoquées, était la faiblesse du système racinaire du Merlot, lorsqu’il n’est pas greffé, comme c’est la norme au Chili, alors que c’est l’exception ailleurs dans le monde. J’ai été attiré par ce vin d’Arboleda lorsque j’ai lu sur le site du producteur qu’il était élaboré avec du Merlot planté sur porte-greffe, en 1999, dans un nouveau vignoble du nom de Las Vertientes. Ce vignoble est situé à 40 km du Pacifique et planté à flanc de colline. C’est d’ailleurs cet emplacement plus proche du Pacifique, et donc plus frais, qui distingue les rouges d’Arboleda, de ceux d’Errazuriz, qui est en quelque sorte la maison-mère. Toutes deux appartiennent à Eduardo Chadwick et semblent collaborer étroitement. Il est aussi intéressant de noter que ce vin a été choisi meilleur Merlot du Chili par Patricio Tapia dans son guide “Descorchados 2010". Il fut aussi très bien classé par le panel de dégustateurs canadiens lors des septièmes “Wines of Chile Awards” tenus en Janvier dernier au Chili.

La robe est très foncée et parfaitement opaque. Le nez est quelque peu retenu, mais on peut quand même y apprécier un beau mélange d’arômes de fruits rouges et noirs, avec la cerise qui se détache clairement. À cet aspect fruité dominant, s’ajoutent des notes évoquant l’encens et la sauge moulue, le caramel et la vanille, ainsi qu’une légère touche torréfiée. Le lendemain, un aspect viandé s’était ajouté à la palette aromatique. Somme toute, un beau nez de très jeune vin. Toutefois à ce stade précoce, c’est en bouche que l’on peut au mieux apprécier la très belle qualité de ce vin, et tout son potentiel. Celui-ci est étonnamment ferme et droit, avec une bonne acidité et une trame tannique bien serrée. Son fruité de cerise se montre sous un jour éclatant, bien amalgamé aux notes épicées et boisées déjà perçues au nez. Le milieu de bouche permet de confirmer la solidité et la densité de la matière, et d’apprécier la concentration de très bon niveau. La finale est harmonieuse et intense, sur une longueur de très bon calibre.

Les mentions honorables obtenues par ce vin me semble pleinement méritées. C’est un vin sérieux, encore très jeune, et bien différent du stéréotype rattaché aux vins de ce cépage issus de ce pays. C’est le premier vin chilien que je bois en sachant qu’il est issu de vignes greffées. C’est peut-être pour cette raison, mais je l’ai trouvé assez proche d’un vin européen. J’aimerais bien le déguster en pure aveugle pour m’assurer que je n'ai pas été influencé par ce que je savais à son propos. J’aimerais aussi goûter d’autres vins chiliens issus de vignes greffées. J’ai toujours pensé qu’une partie de caractère spécifique des vins chiliens de la vallée centrale pouvait être liée au fait qu’ils sont issus de vignes non greffées. Je ne peux pas dire en me basant sur ce seul vin, bu en toute connaissance de cause, que ça confirme cette hypothèse, mais une chose est sûre, il est loin de l’infirmer. Toujours est-il que pour les 18.95$ demandés, ce vin constitue une véritable aubaine. De plus, il me semble posséder un très bon potentiel de garde.


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samedi 27 mars 2010

CHARDONNAY, ADAMS ROAD, 2006, MARGARET RIVER, VASSE FELIX


La région de Margaret River est située sur la pointe sud-ouest de l’Australie. Le climat y est sec et relativement frais. Selon mes lectures, au niveau de la chaleur, c’est comparable à Bordeaux. Bien sûr, là comme ailleurs, la location exacte et l’exposition des vignobles sont importantes. Vasse Felix furent les premiers en 1967 à s’installer dans cette région pour y produire du vin. Concernant cette cuvée Adams Road, elle n’est pas référencée sur le site du producteur. J’ignore pourquoi et je n’ai donc pas de détails à propos de son élaboration.

Belle robe à la teinte dorée bien soutenue. À l’olfactif, l’intensité est modérée, avec un beau profil aromatique incluant la pêche, le citron, la poire, la noisette et la fumée. Beau nez intriguant, difficile à bien décrire, où le fruit est bien présent, sans être dominant. Au plan gustatif, on remarque d’entrée un bel équilibre. Le vin est ample et souple, avec des saveurs fruitées bien affirmées, mais bien complétées par de fines notes de noix et de caramel. L’impression d’équilibre se poursuit en milieu de bouche. Rien n’est excessif dans ce vin qui coule sans efforts sur une texture légèrement onctueuse. La finale montre un beau fondu de saveurs, avec le petit côté caramelisé qui ressort un peu plus, le tout sur une allonge très respectable.

Beau vin de Chardonnay, à la fois fidèle au cépage, mais en même temps qui évite le piège de la standardisation. J’ai particulièrement aimé l’heureux mélange entre le fruité et les autres types d’arômes. Ce vin n’est actuellement plus disponible à la SAQ, mais à un peu moins de 25$, c’était un bon achat, même si on ne peut pas, dans l’absolu, le qualifier de grand RQP. Tout de même, ça demeure une façon abordable de découvrir le côté plus frais de l’Australie.


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lundi 22 mars 2010

CABERNET SAUVIGNON/MERLOT, NOVAS, 2007, VALLÉE CENTRALE, VINEDOS EMILIANA


Vinedos Emiliana est une maison qui appartient à famille Guilisati. Cette famille est aussi l’actionnaire principal de Concha y Toro, le géant vinicole du Chili. Ce qui distingue Vinedos Emiliana, c’est son approche biologique, voire biodynamique, voie empruntée il y a une dizaine d’années, après l’embauche d’Alvaro Espinoza, le précurseur et le leader de ce mouvement au Chili. Les deux vins au sommet de la hiérarchie de la maison, les cuvées “G” et “Coyam”, sont les deux premiers vins certifiés biodynamiques du Chili. Les vins des autres gammes, sont issus de raisins certifiés de culture biologique. C’est le cas de ce Cabernet/Merlot de la gamme Novas. Il est composé de Cabernet Sauvignon à 62% et de Merlot pour les 38% restants. 70% de l’assemblage a été élevé en barriques de chêne pendant 12 mois, le reste étant garder sous inox. Le vin titre à 14.5% d’alcool et montre un très faible taux de souffre libre à 17 mg/L, ce qui est en ligne avec la philosophie biodynamiste de la maison.

La robe est sombre et opaque. Le nez est frais et assez intense, avec un mélange d’arômes de fruits rouges et noirs, auxquels s’entremêlent des notes d’épices douces, de menthol, ainsi qu’un léger trait torréfié. En bouche, l’attaque est équilibrée, pleine et ample. Le doux fruité montre un bel éclat et une bonne intensité, et est heureusement supporté par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche révèle un vin de corps moyen, avec une belle richesse de matière. La concentration est de très bon niveau et la texture tannique toute en finesse. Le finale voit les saveurs gagner encore en intensité, sur une allonge de fort calibre aux relents de chocolat noir.

Un vin de très belle qualité, immanquablement chilien, car typique de ce que l’on peut attendre de ces deux cépages lorsque cultivés sur le plancher de la chaude vallée centrale chilienne. Avec des saveurs mûres et intenses, enrobées d’une agréable fraîcheur mentholée, et complétées par un apport boisé bien mesuré. Ce vin ne réinvente rien, mais il livre la marchandise à la perfection. Je ne sais pas si la culture biologique y est pour quelque chose, mais le fruit montre un éclat et une intensité que l’on rencontre rarement, surtout dans un vin de 15$. À ce prix, c’est sans l’ombre d’un doute un excellent RQP.


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vendredi 19 mars 2010

MALBEC, 2008, MENDOZA, ACHAVAL FERRER


Achaval Ferrer est un producteur argentin qui en moins d’une décennie a su se tailler une réputation fort enviable sur la scène mondiale, en restaurant et exploitant de vieux vignobles dans la région de Mendoza. Les rendements sont sévèrement contrôlés, à peine 33 hl/ha pour ce Malbec de base, avec une philosophie d’intervention minimale en cours d’élaboration et un usage modéré de la barrique. Ce vin est non collé ni filtré et titre à 14% d’alcool pour un pH de 14%.

La robe est bien colorée, sombre, avec des reflets violacés et parfaitement opaque. Le nez, dès le premier abord, déclare son origine “mendozienne’ et possède cette signature propre à ce que je connais de ce producteur de par sa cuvée Quimera. Ces impressions sont impossibles pour moi à mettre clairement en mots. Tout ce que je peux en dire, c’est que l’expression est d’intensité moyenne, avec des arômes évoquant les bleuets et les mûres, le thé, la muscade et autres épices douces. Un aspect floral bien présent apporte une belle touche de charme à l’ensemble. Très agréable. En bouche, le vin montre de l’équilibre et une belle vivacité. Le fruité doux et intense domine la palette des saveurs, bien complété par les notes épicées et florales déjà évoquées. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration, avec une matière de bonne densité, sur une structure assez compacte, et une texture tannique fine et bien serrée. La finale est sans faille, avec des saveurs qui se fondent bien et une bonne longueur.

J’ai bien aimé ce vin. La qualité est évidente pour ce jeune vin qui mise d’abord et avant tout sur la qualité de son fruit. L’apport boisé est très peu perceptible. J’ai aussi apprécié sa vivacité qui fait vraiment contraste avec le millésime 2006. Ce 2008 montre un pH de 3.5, alors que le 2006 montrait un ronflant 3.9!!! C’est une différence énorme d’acidité. Je ne sais pas si on a compris que dans Mendoza il valait mieux corriger l’acidité. Achaval Ferrer fait partie de ses producteurs à la philosophie non interventionniste. Pourtant, il n’y a pas de mal à s’adapter aux caractéristiques de son terroir. Quoi qu’il en soit, pour moi, le 2008 montre un bien meilleur équilibre d’ensemble. Une meilleure tenue en bouche, avec des saveurs éclatantes. Je pense que ce vin est une belle introduction au Malbec argentin. La quasi imperceptibilité du bois permet de prendre la mesure réelle du cépage, sans interférences. De plus, je trouve que ce vin porte la marque de son producteur. Pour moi, ça goûte le Malbec, bien sûr, ça goûte aussi Mendoza, mais ça goûte aussi le Achaval Ferrer, ce qui pour moi est une qualité. Pour toutes ces raisons, même s’il est maintenant vendu presque 25$ à la SAQ, ce vin demeure un bon achat. Même si à mon sens, il y a de meilleurs achats, si on s’en tient strictement au RQP, en terme de Malbec argentins (Catena, Zuccardi, Q). Mais pour goûter un vin avec une identité particulière, comme dans ce cas-ci, ça vaut la peine de payer un peu plus.


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dimanche 14 mars 2010

PINOT NOIR, AMAYNA, 2007, LEYDA, VINA GARCES SILVA


Petite semaine tranquille pour moi côté vin. Désolé pour le manque de nouveauté sur ce blogue, mais il faut parfois se priver volontairement d’une chose pour pouvoir mieux l’apprécier lorsqu’on y revient.

Je continue ma revue de la gamme de vins Amayna de l’excellent producteur Vina Garces Silva. La région de Leyda est une région côtière relativement fraîche, par rapport aux standards de la vallée centrale chilienne. Toutefois, là comme ailleurs, la location précise des vignobles et leur exposition sont importantes. Ceux de Garces Silva sont situés à environ 14 km de la côte, ce qui est relativement éloigné par rapport à d’autres producteurs implantés dans cette région, comme, par exemple, Chocalan qui ont planté à seulement 4 km de la côte. Cet éloignement relatif de la côte, et de son effet rafraîchissant, se reflète dans le style des vins produits par Garces Silva, ceux-ci présentant généralement un profil généreux au fruité bien mature. Il peut d’ailleurs sembler étonnant que du Pinot Noir et de la Syrah puissent être produits sur des parcelles géographiquement très rapprochées. Il faut comprendre qu’il y a presque deux mois d’écart entre la date de vendange du Pinot Noir et de la Syrah. La clef réside dans la longue saison végétative, et à la quasi absence de pluie qui permet de laisser les raisins sur les vignes très tard en saison. Aussi la Syrah a été plantée avec une exposition au nord, ce qui apporte plus de chaleur dans l’hémisphère sud. Il est intéressant de savoir que dans cette région, le cycle végétatif du Pinot démarre un mois avant celui de la Syrah. Le cycle du Pinot dure environ 200 jours, avec la vendange qui a lieu autour du 20 mars, alors que le cycle de la Syrah, dure environ 230 jours, avec la vendange autour de la mi-mai. C’est donc l’absence de pluie qui permet de garder les raisins de Syrah sur les vignes jusqu’en mai où les températures baissent sensiblement. Ainsi, il est plus facile de comprendre comment Pinot Noir et Syrah peuvent cohabiter et donner de bons résultats. Pour ce qui est de ce Pinot Noir, 2007, seulement mentionner qu’il a été élevé pendant un an en barriques de chêne Taransaud dont 30% étaient neuves, le reste étant de deuxième et troisième usages. Le vin titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.65.

La robe est d’une belle teinte rubis légèrement translucide. Le nez s’exprime avec justesse sur des arômes fruités de cerises et de fraises, auxquels s’entremêlent des notes épicées évoquant, entre autres, la cannelle, ainsi qu’une très légère pointe fumée. Relativement simple à ce stade, mais éclatant et de belle qualité. En bouche, l’attaque est ample et soyeuse, avec une légère onctuosité sous-jacente, et une belle présence fruitée vive et lustrée. C’est bien équilibré et ce qui était perçu au nez se reflète bien en bouche, mais avec plus d’intensité. L’aspect soyeux et le léger gras de ce vin marquent sa présence en bouche. Il n’y a vraiment aucune aspérité, et le vin coule sans effort sur une douce impression caressante. La finale voit les saveurs se fondre harmonieusement sur une allonge de très bon calibre.

Ce vin est une autre belle réussite pour Vina Garces Silva. Son profil général est bien typique du cépage. Il se distingue toutefois par la douceur de sa texture en bouche. Sur cet aspect, il se rapproche beaucoup des vins blancs de la maison, les tanins sont pratiquement imperceptibles, si ce n’est en toute fin de bouche, et il possède un gras qui lui donne un aspect tactile presque onctueux. Comme je l’ai mentionné, ce n’est pas le plus complexe des vins à ce stade précoce, mais l’éclat de ses saveurs, combiné à sa douce texture en font actuellement un vin très séduisant. Un vin de pur plaisir et de grande qualité. Comme on le sait, le Pinot Noir est un cépage capricieux, et pour avoir un bon niveau de qualité, il faut être prêt à débourser plus. À 32$ à la SAQ, ce vin de par sa qualité est très bien positionné face la compétition mondiale. Un bel exemple de ce que le Chili peut maintenant faire avec le Pinot Noir.

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dimanche 7 mars 2010

MERLOT, RESERVA, 2006, LIMARI, VINA TABALI


Le Merlot est un cépage qui a rarement fait bonne figure au Chili. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce phénomène. D’abord, il a longtemps été confondu avec le Carmenère, qu’on appelait alors Merlot Chileno. Certains producteurs faisait la distinction entre les deux, étant donné que le Carmenère est un cépage de maturité beaucoup plus tardive, mais ce n’était pas le cas de tous, surtout que les deux cépages étaient souvent plantés ensemble. Ce qui fait que le Carmenère cueilli trop tôt donnait un aspect vert à l’assemblage involontaire final. Un autre problème du véritable Merlot, c’est qu’il était planté dans la chaude vallée centrale, ce qui entraînait une maturation trop rapide pour ce cépage relativement hâtif qui préfère un peu de fraîcheur. Finalement, le dernier problème du Merlot au Chili est relié à la faiblesse de son système racinaire. Il faut se rappeler qu’au Chili, 95% du vignoble est non greffé. On plante les cépages sur leurs propres racines, et celles du Merlot sont très capricieuses et se développent mal dans certains types de sol. Cela contribue à la tendance qu’a ce cépage, dans des conditions chaudes, à la déshydratation. Pour obtenir de meilleurs résultats avec le Merlot au Chili, des producteurs ont entrepris de planter ce cépage dans des terroirs plus frais, avec de meilleurs clones qu’ils plantent sur des porte-greffes, c’est-à-dire des racines de vignes autres que celle du Merlot, comme c’est la pratique courante en Europe depuis plus d’un siècle, à cause du phylloxera. Le porte-greffe est choisi pour mieux s’adapter au type de sol, ce qui donne un meilleur système racinaire. Lorsque combiné à un climat plus frais, il n’y a plus de problème de déshydratation, et la maturation des fruits est plus lente, ce qui permet de préserver une meilleure qualité d’arômes.

J’ignore si les vignes de Merlot à l’origine de ce vin sont plantées sur porte-greffes, mais le vignoble a été planté au tournant du siècle, après la clarification de l’imbroglio avec le Carmenère. Il s’agit donc assurément d’un pur Merlot. Autre atout qualitatif, il provient de la vallée de Limari, une région relativement fraîche qui permet une lente maturation. À preuve, ce Merlot a été vendangé manuellement à la fin du mois de mai. Ce qui est la limite pour les vendanges au Chili. C’est le climat très sec, sans risques de pluie qui permet de laisser les raisins si longtemps sur les plants de vignes. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne, 70% français et 30% américain. Il titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.50.

La robe est très foncée et opaque. Le nez s’exprime avec modération et dégage de beaux arômes de fruits noirs, auxquels s’ajoutent de fines notes épicées, de l’humus, et un caractère légèrement torréfiées. Beau nez évoquant l’Ancien-Monde, avec déjà une légère touche terreuse qui laisse croire à un début d’évolution, mais avec encore un très beau potentiel, puisque le fruit de jeunesse est encore à l’avant-plan. En bouche, on retrouve un vin d’une élégance surprenante, avec une attaque bien équilibrée. Le vin montre un corps moyen, doublé d’une belle souplesse, sur une structure qui reste somme toute assez compacte. Une impression de sérieux se dégage. On est loin de la bombe fruitée et charnue, mais en même temps, les saveurs sont de très belle qualité, avec ce mélange de fruits noirs, d’épices douces, de notes terreuses et de légère torréfaction. Le milieu de bouche confirme cette impression, avec un bon niveau de matière, sans lourdeur, avec une concentration bien calibrée et un volume restreint. La trame tannique est fine, avec un léger grain qui donne une dimension tactile agréable. La finale conclut en beauté le parcours de ce vin marqué au signe du plaisir contenu, avec un beau fondu de saveurs et une persistance digne d’un très bon vin.

Deuxième bouteille de ce vin pour moi, 10 mois après la première, et le vin me semble encore meilleur. Ce vin offre un profil de vin européen propre et un peu moderne. À l’aveugle, je ne pense pas que je pourrais l’identifier comme chilien. Pour ce qui est de son identité de Merlot. Je dois avoué que je n’ai pas une idée très claire de ce que donne ce cépage. Une chose est sûre toutefois, ça se démarque clairement de la caricature du mauvais Merlot chilien. Ce vin vient de réapparaître sur les tablettes de la LCBO, dans le cadre d’un spécial sur les vins du Chili, et selon mes lectures, il est classé comme le meilleur RQP de l’offre. Pas étonnant quand on pense qu’on en demande seulement 14.95$. Un autre vin qui, s’il était d’une autre origine, plus reconnue et prestigieuse, pourrait se vendre au moins le double sans que personne ne trouve à redire. D’ailleurs, pour moi, Tabali est un des meilleurs producteurs chiliens en terme de RQP. Chez eux, pas de gros vins stéroïdés vendus à fort prix, plutôt des vins aux belles proportions et de qualité exceptionnelle pour les prix demandés. En espérant que la SAQ aille au delà de l’excellente Syrah de ce producteur qu’elle offre déjà, et ajoute au répertoire d’autres vins de Tabali.

vendredi 5 mars 2010

Du ridicule du système de notation sur 100

Texte intéressant aujourd'hui du journaliste et blogueur britannique Jaimie Goode, à propos du système de notation sur 100 (voir le lien). Comme il le mentionne, de plus en plus de gens, professionnels comme amateurs, qui écrivent sur le vin utilisent maintenant ce système initié il y a plus de 30 ans par Robert Parker. Comme il le mentionne, le culte de la note élevée a entraîné une compression de ce système qui se résume maintenant à une échelle de 11 points, avec grosso modo l'intervalle (90-94) pour les vins "ordinaires", et (95-100) pour les vins cultes, renommés, ou de prestige. Comme il le mentionne, dans l'esprit de ceux qui s'abreuvent aux notes, un vin coté 89 est un vin qui n'a pas reçu la note de passage. L'équivalent d'un vin de seconde catégorie. Toutefois, le texte de M. Goode est un peu paradoxal, car lui aussi a succombé à la pression, et utilise maintenant ce système de notation.

Personnellement, je persiste à croire que c'est le système en entier qui ne tient pas la route. Prétendre à une telle précision est une pure farce. Si au moins on utilisait des intervalles de notes, comme (88-92), (93-97), il me semble que déjà, ce serait moins ridicule. Au moins, avec un tel système, le dégustateur reconnaîterait jusqu'à un certain point ses propres limites, et l'aspect changeant du vin. Mais bien sûr, un tel système moins précis n'aurait aucune chance contre l'impression de vérité hiérarchique définitive que donne le système Parker. C'est la clef principale de son succès. Ce qui lui a permis de déclasser tous les autres systèmes.

http://www.wineanorak.com/wineblog/business-of-wine/scores-for-wines


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mercredi 3 mars 2010

GRAN RESERVA BLEND, 2006, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


Voici le troisième millésime de ce vin qui m’avait surpris et intrigué dans sa version 2004, et dont le millésime 2005 m’avait complètement charmé. J’ai pu rapidement goûter ce 2006 l’automne dernier lors d’une dégustation de “Vins du Chili” tenue à Montréal. J’avais alors bien apprécié ce vin, mais ce court exercice n’est pas comparable à la dégustation sur une longue période d’une bouteille entière. Dans sa version 2006, ce vin continue de pratiquer l’assemblage dans toute la force du terme. Il est constitué cette fois-ci de Cabernet Sauvignon (31%), de Carmenère (27%), de Syrah (18%), de Malbec, (12%), de Cabernet Franc (9%), et de Petit Verdot (3%). Un assemblage presque totalement bordelais, où on a décidé de remplacer un cépage relativement faible au Chili, le Merlot, par un cépage clairement fort, la Syrah, mais qui n’est pas bordelais. Le vin est issu de vignes qui avaient 9 ans d’âge, et dont le rendement était limité à environ 35 hl/ha. Vendange manuelle, égrappage complet et macération à froid pendant 5 jours précèdent la FA. Tous les mouvements de liquide se font par gravité, sans pompage. Le vin a été élevé 14 mois en barriques de chêne français, avant d’être légèrement collé et filtré. Titre alcoolique de 14.2% et pH de 3.60.

La robe est foncée et légèrement translucide. Le nez montre une intensité bien mesurée, et exhale des arômes fruités de très belle qualité, avec de la cerise et du cassis, complétés par des notes évoquant la réglisse et la terre humide. À cela s’ajoute une fine touche torréfiée de café. Beau nez de jeune vin, où la classe est facilement perceptible. En bouche, on retrouve un vin à la structure dense, doté d’une solide acidité, d’une fine trame tannique tissée bien serré et qui exprime ses saveurs avec beaucoup d’intensité. Le milieu de bouche permet de jauger le haut niveau de concentration et toute la richesse de la matière, avec un fruité vibrant, supporté par une fine dose d’amertume, et bien complété par un juste apport boisé. La finale est à la hauteur de la grande classe de ce vin, harmonieuse, même si un peu sévère pour le moment, et montrant une longueur de fort calibre.

L’adage dit jamais deux sans trois, et la cuvée 2006 de cet assemblage vient le confirmer. Ce vin est d’un très haut niveau. Il est aussi très jeune et possède un énorme potentiel de garde. Il peut rivaliser avec tous les Almaviva et Clos Apalta issus de ce pays, mais vendus pour quatre fois plus cher, et même plus. Je pense connaître un peu le vin chilien. J’ai déjà goûté les ténors sus-mentionnés, et bien d’autres vins très bien cotés de ce pays, et honnêtement, je ne peux m’expliquer que ce vin ne soit pas aussi bien coté que ceux-ci. Dire qu’on accuse Jay Miller de coté trop haut. Pas dans ce cas-ci avec son 90. Ce faisant, il place ce vin sur le même pied, par exemple, qu'un assemblage rouge TRIO de Concha y Toro. Une véritable farce, et une autre preuve, à mon avis, du ridicule du système des notes sur 100 points. Une autre preuve aussi, que même au Chili la réputation compte maintenant pour obtenir des gros scores. En un sens, je suis désolé pour Vina Chocalan pour ce manque de reconnaissance. C’est dans mon esprit une claire injustice, mais comme acheteur, je ne peux que me réjouir, car j’ai accès à un des meilleurs vins chiliens pour un prix d’aubaine (27$). Finalement, pour en revenir à ce qui compte, c’est-à-dire ce superbe vin. Oubliez les 18% de Syrah dans la composition, je ne l’ai pas perçu. Ce que l’on obtient, c’est un vin typique des jeunes assemblages de cépages bordelais issus du Chili. Le vin est déjà approchable, mais il gagnera en raffinement avec le temps et évoluera favorablement au cours des 20 prochaines années. Ce vin est passé en coup de vent cet hiver aux succursales Signature de la SAQ. Un vin digne du centième message que je publie sur ce blogue.

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samedi 27 février 2010

SYRAH, AMAYNA, 2008, LEYDA, VINA GARCES SILVA


Triste journée pour parler d’un vin du Chili avec le tremblement de terre de la nuit passée. Mais d’un autre côté, même si ça peut paraître futile, c’est une façon d’avoir une pensée spéciale pour les Chiliens et de leur souhaiter bon courage dans cette épreuve.

Le vin dont il est question, vient d’un producteur qui n’a plus besoin de présentation ici, tellement j’ai vanté ses mérites. Cette Syrah est un ajout récent à la gamme Amayna, ce 2008 n’étant que le deuxième millésime produit. Il fut élaboré à partir de 2.3 hectares de vignes plantées en 2003. Toutefois, les résultats ont été si impressionnants dès le premier millésime, qu’en 2008, 10 hectares supplémentaires on été plantés. Ce qui fait maintenant de la Syrah le cépage le plus planté de la propriété, juste devant le Sauvignon Blanc. Ces nouvelles vignes ne sont bien sûr pas encore en production, ce qui fait que la production demeure très limitée. À preuve, cette cuvée 2008 ne compte que 760 caisses. En plus de la faible superficie plantée, le rendement limité à 30 hl/ha contribue à la faiblesse actuelle de la production, mais aussi, du moins on le souhaite, à la qualité du vin. La vendange est effectuée manuellement, suivie d’un égrappage complet et d’une période de macération à froid de 10 jours, avant la FA. Le vin est ensuite élevé pendant un an en barriques de chêne français, neuves pour les deux tiers et de second usage pour le reste. Le vin titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.53.

La robe est d’encre, d’une opacité parfaite. Le nez est explosif, rien de moins, et exprime clairement l’identité du cépage, avec ses doux arômes de cerise, de poivre noir, de violette, de lavande, de bacon, de goudron et de fumée. À cela s’ajoute un aspect d’épices douces, comme la vanille, qui semble provenir de l’élevage en barrique. C’est le nez de rouge le plus séducteur qu’il m’ait été donné de croiser depuis un bon bout de temps. C’est à la fois très jeune et complexe, mais déjà abordable. Le caractère très expressif s’atténue graduellement dans l’heure suivant l’ouverture. Un passage en carafe pourra calmer l’exubérance si vous préférez cela. Le mieux étant de le suivre sur une longue période pour pouvoir apprécier l’évolution. Potentiel énorme. La bouche suit, avec la même verve. Le vin s’y montre éclatant, doux, intense, riche et complexe. C’est le type de vin qui va vers le dégustateur, mais sans agression, il se donne tout en douceur et en séduction. J’entends déjà le “G word” qui sortirait de la bouche de certains puritains québécois de la bouteille. Oubliez ce que pourraient en dire ces curés préférant le vin de messe!!! Le plaisir est là, à prendre, et ce n’est pas péché du tout, croyez-moi!!! Le milieu de bouche montre une matière vibrante et concentrée. Le volume demeure étonnamment modéré, compte tenu du style, et les tanins sont d’une finesse exquise. Ce vin coule facilement, trop facilement, compte tenu de son 14.5% d’alcool. Il faut se retenir pour éviter l’ivresse, même si le plaisir que donne ce vin en procure une d’un autre genre. La finale est harmonieuse, les saveurs s’y fondent admirablement, avec un sursaut d’intensité, avant un long déclin aux rémanences de chocolat noir.

Quel superbe vin!!! Une Syrah de très fort calibre pouvant rivaliser avec ce que ce pays fait de mieux. J’ai eu la chance de me procurer ce vin pour 29$, et à ce prix c’est un RQP de haut niveau. La qualité du vin pourrait facilement justifier le double. C’est bien entendu très jeune, mais déjà abordable, avec un profil très démonstratif à l’ouverture, qui se calme par la suite, et qui en aucun moment ne verse dans la caricature. Il faut juger un vin pour ce qu’il est, en fonction de son âge, et comme je l’ai déjà écrit, à ce stade, pas besoin de se casser la tête, tout est là, offert au dégustateur. Le vin possède une telle richesse de matière, que je suis convaincu de son fort potentiel de garde. Une dizaine d'années de pourrait le transformer en quelque chose de tout aussi bon, mais à la fois de bien différent. Quand on pense que ce vin est issu de vignes qui n'avaient que 5 ans d’âge, ça en dit beaucoup sur le potentiel de la Syrah dans la région de Leyda. Une chose est sûre, la grande qualité de ce vin ne fait que renforcer dans mon esprit le statut élite de Garces Silva parmi les producteurs chiliens. Je rappelle pour ceux au Québec qui pourraient être intéressés par Garcès Silva, que trois vins de marque Amayna, le Chardonnay, 2007 (24.75$), le Sauvignon Blanc, 2008, non-boisé (24.25$), et le Pinot Noir 2007 (32$), sont disponibles actuellement à la SAQ. J'ai déjà parlé du Chardonnay 2007. Je parlerai des deux autres dans les semaines à venir.


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mardi 23 février 2010

CABERNET SAUVIGNON, CUVÉE ALEXANDRE, 1998, COLCHAGUA, CASA LAPOSTOLLE


Depuis quelques années, j’empile les bouteilles de rouges chiliens pour la garde. Mon expérience m’ayant clairement montré que ce sont de très bons vins de garde, à prix souvent imbattables. J’adore les rouges entre deux âges qui ont poli leurs angles, affiner leur profil, avec un fruit moins primaire, et ayant gagné des notes d’évolution. Je rêve du jour où je pourrai ouvrir ce genre de vin sur une base très régulière. Entre-temps, je dois me contenter d’une bouteille à l’occasion. Chaque fois, j’espère que la bouteille choisie validera ma démarche. Le cauchemar serait de me retrouver dans quelques années avec une cave remplie de vins décevants, n’ayant pas évolué comme je l’espérais. Donc, à chaque nouvelle bouteille, j’ai une légère angoisse. Cette fois, j’ai choisi un vin d’un producteur renommé, mais du pire millésime de l’histoire moderne du Chili. 1998, c’est l’année où le phénomène “El Niño” a frappé le plus fort au Chili. Une année très fraîche et pluvieuse, selon les standards chiliens. Toutefois, un peu de pluie, et un peu de fraîcheur dans la chaude vallée de Colchagua, ce n’est pas nécessairement un désastre. Là comme ailleurs, les décisions humaines peuvent faire la différence en bout de ligne. Ce vin est issu de vignes de 60 ans d’âge, non irriguées, et a été élevé pendant un an en barriques de chêne français. Il titre à un très raisonnable 13.8% d’alcool.

La robe est encore foncée au centre, mais passablement translucide, avec un pourtour orangé. Le nez module ses arômes avec modération, montrant un beau mélange de fruit évolué, de la cerise et des raisins secs, du bois de cèdre, du sous-bois, et des épices douces donnant une impression d’exotisme. Beau nez de vin à mi-course de son évolution, complexe et transformé par le temps. En bouche, le vin est d’une richesse surprenante. Il remplit la bouche dès l’attaque, avec un volume étonnant pour un vin de cet âge. Le mélange évolué perçu au nez se répercute en bouche, mais avec une intensité rehaussée, et encadré par une trame tannique à la fois bien solide et raffinée. Ce vin possède encore beaucoup de présence et toute la structure souhaitée. Le milieu de bouche permet de jouir de son très bel équilibre, avec encore un fort niveau de matière et de concentration de saveurs. La finale n’est pas en reste et conclue dans l’harmonie le parcours exquis de ce nectar, sur une persistance de bon calibre.

Comblé et rassuré. Voilà mes sentiments face à ce vin. Il est toujours plaisant, peu importe l’origine du vin, d’ouvrir une fiole que l’on a patiemment gardée, et qui répond en tout point à nos attentes. C’est ce que j’ai obtenu avec cet excellent vin. On goûte ce vin, et ne peut que rire des notes de 85 (WE) et 87 (WS) qu’il a obtenu à l’époque. Une autre preuve, s’il en fallait, de l’absurdité et de la courte vue de cet exercice. Les vins de Merlot et Cabernet de la gamme “Cuvée Alexandre” étaient parmi les premiers vins chiliens que j’ai mis en cave. Cette bouteille me prouve que c’était une bonne décision. Casa Lapostolle est, sans l’ombre d’un doute, un producteur de grande qualité. Toutefois, depuis le millésime 2002 j’ai cessé d’acheter ces vins. Le Chili a beaucoup évolué depuis, et j’ai depuis découvert des vins de producteurs chiliens moins connus et réputés, mais d’aussi bonne qualité, sinon meilleurs, et vendus ici au Canada pour bien moins cher. Il faut dire que les vins de la gamme “Cuvée Alexandre” sont vendus beaucoup trop chers au Canada, par rapport aux États-Unis. J’ignore pourquoi. Ce vin se vend autour de 20$ aux États-Unis, et ici on en exige 35$. Le vin vaut les 35$ demandés si on compare avec des vins de qualité similaires, d’autres origines. Cette bouteille de 1998 en est un bel exemple, mais c’est une question de compétition. Il est frustrant de devoir payer beaucoup plus cher qu’ailleurs, surtout lorsqu’il y a des producteurs chiliens qui ne prennent pas les Canadiens pour des valises. Continuez de me lire pour connaître les vins chiliens avantageux qu’il faut acheter aujourd’hui. Il faut se rappeler qu’en 1998, des régions comme Elqui, Limari, San Antonio/Leyda, Bio Bio, n’existaient même pas sur la carte vinicole du Chili, tout comme bon nombre de très bons nouveaux producteurs de la nouvelle vague. Ceci sans compter les anciens qui élevé leur niveau. Alors chapeau à Casa Lapostolle pour avoir tracé la voie de du vin de qualité au Chili, mais à moins d’une baisse de prix, je continuerai d’aller voir ailleurs.

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dimanche 21 février 2010

SAUVIGNON BLANC, AMAYNA, BARREL FERMENTED, 2007, LEYDA, VINA GARCES SILVA


Vina Garces Silva est à mon avis un des meilleurs producteurs du Chili. Un producteur emblématique de ce nouveau Chili vinicole axé sur la production de vins distinctifs et de grande qualité. J’étais donc très intéressé de découvrir ce que leur Sauvignon Blanc de Leyda pouvait donner lorsqu’élevé en barriques de chêne, une pratique encore très rare au Chili. On sait que la plupart des arômes variétaux de ce cépage sont dûs à des molécules soufrées, et que l’oxydation du soufre de ces molécules les rendent inodores. D’ailleurs, les Sauvignons non boisés sont souvent élaborés sous la protection d’un gaz inerte, justement pour préserver ces molécules aromatiques soufrées de l’oxydation. L’élevage en barrique de chêne produit l’effet inverse, par sa légère porosité qui permet une très lente oxydation du vin qu’elle contient. Je m’attends donc à retrouver un vin au profil passablement différent de celui de la version non boisée. Le vin est issus de vignes situées à une douzaine de kilomètres du Pacifique, et dont le rendement est faible, à seulement 30 hl/ha. Le vin est fermenté et élevé pendant un an en barriques neuves de chêne français. Le vin titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.25.

La robe est d’une jolie teinte dorée. Le nez est d’une intensité justement dosée et dégage un affriolant mélange d’arômes de fruits tropicaux et d’herbes doucement aromatiques, complété par des notes noix, de miel, de vanille et un aspect légèrement salin. En bouche, le vin est tellement voluptueux qu’il est impossible de parler d’attaque à propos de celui-ci. Le terme caresse est beaucoup plus approprié, et celle-ci est ample et langoureuse. La présence doucement fruitée de ce vin est simplement superbe, c’est riche, c’est rond, c’est gras, ça coule sans effort et c’est d’une superbe qualité. Comme au nez, le profil fruité est sur les fruits tropicaux intenses, aromatisés aux herbes douces, auquel un subtil aspect boisé vient s’ajouter. Le niveau de concentration est clairement supérieur, sur une texture quasi onctueuse. La finale fait penser à une grosse vague bien roulée qui viendrait s’échouer sur une plage de sable fin, et prenant un long moment pour se retirer.

Désolé pour le style métaphorique que ce vin m’a inspiré. Vous comprendrez que c’est sous l’inspiration du moment, et qu’en ce sens, ça demeure probablement très subjectif. Une chose est sûre toutefois, ce vin a solidement frappé une corde sensible chez moi. Je dirais qu’avec le Sauvignon Blanc, Cipreses Vineyard, 2005, de Casa Marin, mais dans un style diamétralement opposé, ce vin est le meilleur blanc du Chili qu’il m’ait été donné de goûter jusqu’à maintenant. Je ne suis pas un adepte du WOW!!! Peut-être parce que je bois trop de vins ordinaires!!... Mais dès le premier abord de ce vin, j’ai vraiment été impressionné. Impressionné par la qualité, bien sûr, mais aussi par le style, et par la nouveauté. Impressionné en tant qu’amateur de vin chilien en me disant: Le Chili est maintenant capable de faire ça! Impressionné par le progrès donc. Ce vin, pour moi, est clairement le symbole d’un pas en avant pour ce pays. Comme je l’ai dit plus tôt, il est tellement différent d’un Sauvignon non boisé et tranchant comme le Cipreses, mais en même temps, il est issu du même cépage et de la même région, et cette différence ne repose pas que sur l’usage de la barrique. C’est l’idée même derrière le vin qui est différente. Donc, pour moi, ça représente un pas en avant dans la qualité, mais aussi, et surtout, dans la diversification stylistique. Ce vin vaut amplement chacun des 29$ demandés, et conforte la haute opinion que j’ai de ce producteur élite. Après le Chardonnay, 2007, déjà disponible, leur Pinot Noir du même millésime fera bientôt sont apparition sur les tablettes de la SAQ.


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samedi 20 février 2010

Début de hiérarchie en Nouvelle-Zélande

Deux journalistes, un britannique et un australien se sont lancés dans une classification des producteurs de Pinot Noir de Nouvelle-Zélande. Le titre évoquant des grands Pinots est toutefois trompeur, puisque que le classement est basé sur les "Estate Wine", les vins de domaine, et non pas les plus grandes cuvées. Toutefois, il est logique de penser que si les cuvées régulières sont bonnes, cela devrait se répercuter plus haut, alors que l'inverse est moins vrai. La tentation de produire un gros vin impressionnant est grande, mais les vrais bons producteurs sont ceux qui ont un souci de qualité à tous les niveaux. Bien sûr, ce n'est qu'un classement, mais il semble que classement et vin vont de pair. On aime les hiérarchies, les notes, on aime parler de petit, de grand, et de très grand. Les bordelais ont tracé la voie depuis longtemps, et cela les a bien servis. Parker a établi son succès sur le même principe. Il faut en prendre et en laisser, mais quand même, ça peut aider à guider les premiers pas de quelqu'un voulant mieux connaître les Pinots de ce pays.

http://www.decanter.com/news/news.php?id=295122



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jeudi 18 février 2010

Syrah, Montes Alpha, 2007 au banc d'essai du magazine CELLIER de la SAQ

C'est avec un sourire en coin que j'ai pris connaissance aujourd'hui, dans le magazine CELLIER de la SAQ (voir lien), des résultats d'un banc d'essai sur les Syrahs du monde. Une dégustation à l'aveugle de 30 vins de Syrah, dont la moitié étaient françaises, et de toutes les catégories de prix. C'est le genre de dégustation que j'adore, tous prix et origines confondus. Je félicite les dégustateurs qui ont eu l'humilité de se prêter à cet exercice. Le sourire en coin m'est bien sûr venu lorsque j'ai vu que la Syrah, Alpha, 2007, Colchagua, Vina Montes, avait obtenu le deuxième rang, face à plusieurs vins beaucoup plus renommés et souvent beaucoup plus chers. Ce résultat a été obtenu avec un panel de dégustateurs francophiles, ce qui ajoute au mérite.

Bien sûr, l'écart entre les vins de tête est faible, et personne ne devrait prendre ce classement comme une vérité absolue. Car contrairement à l'adage, la vérité n'est pas dans le vin. Toutefois, cela montre bien, à mon avis, et encore une fois, que lorsque l'étiquette est cahée, les idées reçues en prennent pour leur rhume. Ça me conforte aussi dans mon approche face au vin, où je tente de faire abstraction du prix et de la renommée des vins que j'achète. J'entends déjà les partisans d'une vision traditionnelle et hiérarchique du vin nous dire que "les grands" étaient défavorisés et que le temps leur rendera justice. Dans certains cas, peut-être, mais personnellement, j'ai souvenir d'une dégustation en pure aveugle où une Syrah chilienne, 1997, de prix modique, qui avait dix ans de bouteille au compteur, avait devancé une Côte-Rotie, 1999, vendue 5 fois plus cher. Tout cela pour dire que les bonnes Syrah chiliennes pourront elles aussi s'affiner avec l'âge et que cet argument n'est pas à sens unique. J'ai d'ailleurs de la Syrah, Alpha en cave, et je compte bien valider cela par l'expérience.

Pour avoir goûté beaucoup de vins de Syrah du Chili dernièrement. Je continue de croire que ce cépage possède un brillant avenir dans ce pays, où il peut être élaboré dans une grande variété de styles. Je parle du futur, mais le présent, malgré le jeune âge des vignes, peut déjà être renversant lorsqu'on arrive à mettre la main sur ce qui se fait de mieux. J'ai goûté une Syrah chilienne de climat frais dernièrement qui m'a fortement impressionné. J'attends d'en ouvrir une deuxième bouteille avant d'en parler ici. Juste pour être sûr que je n'ai pas rêvé tellement c'était bon. Du gros calibre à très bon prix.

Finalement. Je joins le lien vers le troisième et dernier article de Bill Zacharkiw du journal "The Gazette" sur le Chili et ses vins. Celui-ci s'interroge sur la place du Cabernet Sauvignon dans ce pays. Une place, à mon avis, trop grande actuellement, mais une place essentielle, car un bon Cab chilien, comme peuvent l'être ceux de l'Alto Maipo, c'est une véritable force pour l'offre de ce pays.

http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_printemps2010_fr/2010021501/

http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/Chile+cabernet+sauvignon+answer/2582076/story.html


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mercredi 17 février 2010

TORRONTES, 2008, PATAGONIE, INFINITUS


Je n’ai trouvé aucune information sur ce vin élaboré par le même groupe qui produit les vins Fabre Montmayou dans Mendoza. Celui provient de la région du Rio Negro en Patagonie.

La robe est d’une légère teinte or. Le nez est très expressif, exhalant un affriolant mélange d’arômes fruités et floraux, avec entre autres de l’orange, de l’ananas, de la pêche et de la rose. À cela s’ajoute une fine touche miellée et un caractère doucement épicé. Un nez très séduisant, et complexe, ce qui le rend assez difficile à rendre avec justesse en mots. En bouche, le vin montre sa souplesse dès l’attaque. Par la suite, c’est la richesse et la douceur des saveurs qui retiennent l’attention. Un trait d’amertume évoquant le zeste d’agrume tempère un brin les choses, mais le vin reste doux et gras, avec toujours le fruité intense qui domine. Le milieu de bouche continue sur la voie de la rondeur fruitée, avec une bonne concentration de saveurs et du volume. La finale est harmonieuse et d’une longueur très surprenante.

La Patagonie est supposée être une région argentine plus fraîche, mais ce vin prend le contre-pied de cette idée, avec un style riche, rond, aux saveurs fruitées mûres, intenses et douces. Je ne boirais pas ce style de blanc sur la douceur de façon régulière. Mais le premier verre est vraiment très agréable, une véritable friandise. Par la suite, à moins d’aimer la sensation sucrée, il y a un risque de saturation. Toutefois, au-delà du style, la qualité est indéniable, et au prix demandé de 15.75$, ça représente un bel achat. Recommandé si vous appréciez des vins comme les Gewurztraminer alsacien contenant une dose de sucres résiduels.

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dimanche 14 février 2010

SYRAH, RESERVA, 2008, LIMARI, VINA CASA TAMAYA


La vallée de Limari est une région fraîche paradoxalement située au nord du Chili. Cette fraîcheur provient de son exposition directe au Pacifique, en l’absence de cordillère côtière dans cette partie du pays. J’ai dit que Limari était une région fraîche, en fait, le degré de fraîcheur est dépendant de la distance qui sépare les vignobles de la côte. Très à l’intérieur des terres, le climat peut-être aussi chaud que celui de la vallée centrale. Donc, au Chili comme ailleurs, la spécificité géographique est importante. Dans le cas de Tamaya, les vignobles sont situés à environ 20 km de la côte, comparativement à environ 30 km pour Tabali, un autre producteur de Limari, dont la Syrah est offerte au Québec. Donc, Tamaya jouirait en principe de conditions plus fraîches que Tabali. Mais un autre facteur très important dans Limari est la nature du sol. Certaines parcelles peuvent contenir de fortes teneur en calcaire. Pour ce qui est du vin, c’est en fait un assemblage comprenant 5% de Viognier. Il est issu de vignes de 11 ans d’âge, dont le rendement est limité à environ 45 hl/ha. La vendange est manuelle et a lieu tard, selon les standards chiliens, soit lors des deuxième et troisième semaines de Mai. À titre de comparaison, dans la vallée centrale on récolte la Syrah vers la mi-Avril. Ce vin est élevé pendant 9 mois en barriques de chêne, pour la moitié. L’autre moitié est demeurée en inox jusqu’à l’assemblage final. Le vin titre à 13.5% d’alcool et a été collé et filtré.

La robe est bien foncée et très légèrement translucide. Le nez est dégourdi et dégage des arômes de fruits noirs et rouges, évoquant la mûre et la cerise. Cet aspect fruité est complété par des notes de poivre noir, d’épices douces dans le registre du clou de girofle et de lavande. La bouche est ronde, avec un fruité doux et très intense, qui comme au nez est amalgamé à un aspect épicé bien présent. Un trait d’amertume arrive à tempérer quelque peu l’intensité et la douceur du fruit. En milieu de bouche, l’explosion de saveurs fruitées et poivrées se poursuit, avec toute la concentration voulue et un bon volume. Le vin est relativement peu extrait au niveau tannique, et les tanins présents sont doux et veloutés. La finale poursuit dans la voie tracée, et en remet même une couche, avec encore plus d’intensité, et une très bonne allonge.

Voici une Syrah chilienne qui m’a fait penser à une argentine. Ce vin montre un profil général qui, tant au niveau aromatique, que de la structure, me rappelle la Syrah/Bonarda, Crios, de Susana Balbo, qui vient de la région de Mendoza en Argentine. Le style est plutôt du côté Nouveau Monde du spectre stylistique, surtout à cause de l’intensité du fruit, mais certaines caractéristiques du cépage sont bien présentes, comme le caractère poivré. C’est un vin qui offre beaucoup de matière et de concentration, ainsi qu’une longueur franchement renversante pour un vin de ce prix (13.95$). Bien sûr, c’est un vin encore très jeune, mais il possède une matière tellement généreuse, que je suis convaincu qu’il a ce qu’il faut pour une garde d’au moins cinq à sept ans. Une garde qui pourrait selon moi donner des résultats surprenants. J’ai souvent vu des petites bombes chiliennes du genre se métamorphoser avec quelques années en bouteille. Je pense que ce vin est un bon candidat pour réaliser ce type d’exploit. Dans un cas comme celui-ci, il faut simplement oublier le prix, car il est carrément trompeur. Je sais que j’ai l’air d’un vieux disque vinyle où l’aiguille est restée accrochée, mais si ce vin était d’une origine plus reconnue et prestigieuse, il pourrait facilement se vendre le double. Très bel achat.

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vendredi 12 février 2010

Bill Zacharkiw sur le Chili: la suite + Chardonnay, 2007, Amayna


Je joins le lien vers la deuxième partie de la série de trois articles sur le vin au Chili, de la part de Bill Zacharkiw.

http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/Understanding+regions+Chile+choosing+right+wines/2556919/story.html


Bill continue de montrer qu'il est le meilleur chroniqueur-vin au Québec. Il aborde un large éventail de sujets, à propos desquels il sait bien vulgariser, tout en ne se contentant pas de rester strictement à la suface de la matière abordée. De plus, au travers de tout cela, il arrive à transmettre sa vision personnelle des choses. Il faut dire que pour moi,  lire un article dans un quotidien québécois qui parle du "Nouveau Chili", et de plusieurs de ces nouveaux producteurs, que je m'évertue à tenter de faire découvrir, fait chaud au coeur. Espérons que quelqu'un à la SAQ lira attentivement ces articles, et que la perception des vins de ce pays évoluera. C'est déjà commencé, la SAQ offre quelques perles, de temps en temps. À titre d'exemple, un des vins que cite Bill, le Chardonnay, Amayna, 2007, Leyda, Vina Garces Silva, est actuellement offert à la SAQ. Bill dit que c'est peut-être le meilleur Chardonnay chilien qu'il ait goûté lors de son voyage. J'ignore si c'est le meilleur Chardonnay du Chili, il y a trop de vins intéressants que je n'ai jamais pu goûter, mais c'est assurément un vin de haute qualité, au profil original, un vin de terroir en fait. Ce vin montre un profil distinctif, et un style propre à la maison. Ça goûte le Amayna. Pour qui n'y a jamais goûté, je sais que ça ne veux rien dire, mais il y dans ce vin quelque chose qui transcande le cépage, quelque chose qui reflète son origine, et la façon dont il a été élaboré. Cette combinaison donne quelque chose d'original. Je viens de boire une bouteille du 2007, et il est fidèle à l'idée que les millésimes 2004 et 2006 m'ont donné de ce vin. Je joins le lien vers mon compte rendu à propos du 2006. Si cela vous inspire, vous retrouverez sensiblement la même chose avec le 2007.

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/12/chardonnay-amayna-2006-leyda-san.html


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mercredi 10 février 2010

Bill Zacharkiw de retour du Chili

Voici le lien vers le premier article de Bill sur le Chili vinicole, la deuxième partie suivra. L'article est très intéressant et soulève un point majeur à propos du Chili, soit l'importance qu'accorde ce pays à la perception de ses vins dans ses marchés d'exportation. Cette préoccupation constante, étant donné que la grande majorité des vins produits sont exportés, peut être un frein à l'originalité et à la diversité. L'importance des gros scores et des médailles est décuplé, car il n'y a pas de prestige ou de grande tradition pour cautionner ce qui est offert. Si cetains producteurs de Bordeaux sentent le besoin de plaire à des critiques comme Robert Parker, alors imaginez le producteur chilien qui voudrait augmenter ses ventes et le prix de ses vins. La tentation de la recette est encore plus forte. Mais le Chili change, et il pourra changer d'autant plus si la perception à son égard change. Plus il y aura de reconnaissance pour les vins originaux de ce pays, plus les producteurs voudront en produire. Ce mouvement est déjà fermement engagé, et avec toutes ces nouvelles régions et ces très jeunes vignobles, le meilleur est encore à venir.

http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/Will+real+Chile+allowed+stand/2530676/story.html


En complément d'information, je joins aussi le lien vers une série de trois articles du britannique Tom Cannavan, abordant le Chili vinicole de Elqui au nord, jusqu'à Bio Bio au sud. Très informatif, avec beaucoup de notes de dégustion.

http://www.wine-pages.com/features/chile-north-to-south.htm


Finalement, un autre lien vers un article de Tony Aspler, un autre membre du jury canadien qui s'est rendu au Chili en janvier dernier. Beaucoup de notes de dégustation là aussi.

http://www.tonyaspler.com/pub/articleview.asp?id=2010&s=5


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mardi 9 février 2010

CABERNET SAUVIGNON, RESERVA, 2006, COLCHAGUA, VINA LAURA HARTWIG


Vina Laura Hartwig est une “boutique winery” familiale, établie au coeur de la vallée de Colchagua, dont la production se limite à 300,000 bouteilles par année. J’ai eu la chance de goûter des vins de ce producteur lors d’une dégustation Californie-Chili pour le journal “The Gazette”. J’avais alors bien apprécié les deux vins de ce producteur, à l’aveugle. Ce Cabernet Sauvignon est issu de vignes de 27 ans d’âge vendangées manuellement. Le vin est élevé pendant 14 mois en barriques de chêne, au trois quart français, le dernier quart étant américain. Le vin est légèrement collé et filtré. La production se limite à 5450 caisses.

La robe est d’une belle teinte rubis foncé, légèrement translucide. Le nez est expressif, dominé par de beaux arômes fruités, desquels la cerise émerge avec clarté. En support on retrouve du bois de cèdre, de l’humus, des épices douces, un soupçon de poivron rouge, et un léger aspect torréfié. Beau nez bien calibré, d’une complexité étonnante, et offrant beaucoup de plaisir. La bouche montre une attaque tout en équilibre, une impression suave se dégage. Le vin est à la fois ample et frais. Les saveurs fruitées, entremêlées d’épices, sont intenses et de très belle qualité, bien supportée par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche montre un surprenant mélange de concentration et de légèreté, le vin est facile à boire et coule sans efforts, aidé en cela par son aspect peu extrait. Les tanins sont discrets et fins. La finale quant à elle ne dévie pas du cap, et conclue de façon intense et harmonieuse, sur une bonne persistance des saveurs aux légers relents chocolatés.

Ce vin a été pour moi une superbe surprise. Le profil aromatique est d’une surprenante qualité, l’équilibre est très bon, et le style peu extrait offre une “buvabilité” de premier ordre. C’est un style de vin que je recherche de plus en plus, sans lourdeur, mais ne manquant de rien. Un vin aux justes proportions, qui se laisse boire. À 13.95$, il s’agissait d’un RQP de haut vol, l’un des meilleurs cabs chiliens que je connaisse à ce prix. Le genre de vin dont on regrette de ne pas avoir acheté une caisse, si ce n’est pas deux. De plus, même s’il est délectable dès maintenant, il possède tout ce qu’il faut pour une moyenne garde positive. Si jamais vous croisez ce vin, n’hésitez pas.

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dimanche 7 février 2010

SAUVIGNON BLANC, SÉLECTION LIMITÉE, 2008, LEYDA, VINA MONTES


Vina Montes est identifié de par ses vins rouges à la vallée Colchagua, mais comme beaucoup de producteurs de la vallée centrale, lorsqu’il est question de vins blanc, il faut migrer vers les nouvelles régions plus fraîches. En ce sens, ce Sauvignon Blanc provient de la fraîche région côtière de Leyda, mais pas d’un vignoble appartenant à Vina Montes. Les raisins sont plutôt achetés, et selon mes lectures, ils proviendraient probablement de Vina Garces Silva, que l’on connaît pour sa gamme d’excellents vins sous étiquette Amayna. Si ce vin est aussi bon qu’un Sauvignon de Amayna, il doit être très bon. Celui-ci est élaboré en inox, sans FML. Il titre à 13.5% d’alcool, sous capsule à vis.

La robes est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez module ses arômes avec une certaine retenue, mais on peu tout de même facilement dénoter du pamplemousse, et du zeste de pamplemousse, ainsi que de l’ananas et du fruit de la passion. Le tout est amalgamé à des notes végétales d’herbe coupée et de poivron vert. Une touche minérale saline complète l’ensemble. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec un léger gras qui surprend un peu, mais à la réflexion, cela concorde avec l’aspect exotique du caractère fruité. L’aspect végétal perçu au nez se reflète aussi en bouche et forme un mariage heureux avec le fruit. Le milieu de bouche offre une belle concentration, sur un bon volume, avec une saine acidité en accord avec le style préconisé. La finale est longue et harmonieuse, avec une légère pointe d’amertume zestée à la toute fin.

Voici un Sauvignon Blanc chilien qui se donne des petits airs de néo-zélandais, avec son caractère de pamplemousse bien affirmé. C’est peut-être pour cela que Wine Spectator lui a attribué une note de 90, eux qui encensent depuis des années un Sauvignon comme le Kim Crawford. Ce Montes ne tombe pas de ce que je considère comme un excès de la part du Crawford, mais c’est un vin clairement de ce côté au niveau stylistique, bien qu’il ait plus de retenue. Cela dit, au-delà du style, la qualité du vin est indéniable. C’est bon, avec une bonne matière, et ça coule avec plaisir, sans efforts. Ce vin est présentement offert à la SAQ pour seulement 16.70$ . À ce prix, je pense qu’il s’agit d’un très bon RQP dans le contexte de l’offre mondiale pour les vins de ce cépage.

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mercredi 3 février 2010

La maturité croissante du Chili

Avec ce blogue, j'entendais traiter des vins de tout l'hémisphère sud, mais il est clair que le Chili est de loin mon pays favori, et que c'est celui dont je traite le plus ici. Je joins le lien vers un récent article de Anthony Gismondi du Vancouver Sun, qui était un des membres du jury canadien invité au Chili en janvier dernier pour les septièmes "Wines of Chile Awards". Son constat sur la maturité croissante du Chili vinicole me semble très juste. La qualité et la variété sont en hausse, tout comme la conscience de l'importance du terroir, mais le pays ne devrait pas trop s'identifier au Carmenère. C'est un élément original et bienvenu dans l'offre du pays, c'est un bon cépage d'assemblage, mais ce n'est pas son meilleur cépage rouge pour tenir le rôle de soliste.

http://www.vancouversun.com/life/Chile+ripening+reputation/2503597/story.html


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mardi 2 février 2010

CABERNET SAUVIGNON, RESERVE, 2007, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


Après la Syrah, un autre vin de Vina Chocalan, avec cette fois le Cabernet Sauvignon. Ce vin est en fait un assemblage qui contient aussi 10% de Cabernet Franc. Il est issu de vignes de 10 ans d’âge, cultivées sur la pente d’une colline au sol granitique, et dont le rendement est limité à 45 hl/ha. La vendange est manuelle, et le vinification est effectué dans un chai à écoulement par gravité. FML et élevage d’un an en barriques de chêne français. Le vin est légèrement collé et filtré, et montre un titre alcoolique de 14.5% sur un pH de 3.62..

La robe est foncée et opaque. Au niveau olfactif, l’expression est modérée avec des arômes de fruits noirs de très belle qualité, une légère touche florale, un brin d’épices douces et un léger trait torréfié. Un nez au fruité de belle qualité, où l’influence boisée est minimale. En bouche, l’attaque est équilibrée, pleine et solide, avec une présence fruitée très intense et une base d’amertume solide. Bonne concentration en milieu de bouche, avec une bonne acidité et une matière dense. La structure structure est plutôt compacte et assez ferme, avec une poigne tannique qui se resserre en finale. Finale de bonne longueur avec une amertume chocolatée qui gagne en importance à la toute fin.

Un autre très beau et très jeune vin de Vina Chocalan. Il m’est apparu un peu plus abordable que la Syrah à ce stade précoce de son évolution, mais le meilleur est définitivement à venir. Son profil aromatique le distingue clairement de ses contreparties plus connues du reste de la grande région de Maipo. L’effet du terroir différent de Maipo Costa est palpable, en particulier avec l’absence d’arômes de cassis et de menthol que j’associe aux jeunes Cabs des zones plus traditionnelles de Maipo. Beau vin donc, plein de potentiel pour une garde d’au moins 5 à 7 ans, et un bon achat, même au prix IP de 19.30$.

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