mardi 26 avril 2011
SYRAH, PANGEA, 2006, APALTA, COLCHAGUA, VINA VENTISQUERO
Ce vin est la cuvée haut de gamme de Ventisquero pour laquelle on a engagé comme consultant l’ex-winemaker du Grange de Penfolds, John Duval. Je ne doute pas de la contribution positive qu’a pu apporter M. Duval à l’élaboration de ce vin, mais l’embauche de ce type de conseiller renommé est aussi une façon d’apporter une certaine crédibilité à une maison émergente comme Ventisquero. Ceci dit, l’homme réellement en charge de ce vin est l’oenologue chilien Felipe Tosso. Le vin provient d’un vignoble au sol granitique et argileux situé sur les pentes de l’amphithéâtre d’Apalta dans la vallée de Colchagua. La vendange manuelle a eu lieu entre le 10 et le 20 avril pour un rendement limité à un kilo de raisin par plant de vigne. Malgré que le Grange soit élevé en chêne américain, M. Duval lui préfère le chêne français, si bien que c’est ce qui a été choisi pour ce Pangea. Le vin a été élevé en barriques, dont 60% étaient neuves, pour une période de 20 mois. Le vin titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.70. La note de dégustation qui suit reflète mes impressions deux jours après l’ouverture de la bouteille.
La robe est sombre et opaque. Le nez a évolué au cours de la dégustation. Les arômes de fruits noirs et rouges (bleuets, cerises) de belle qualité représentent la constante olfactive, complétée de manière variable par des notes florales et doucement épicées, ainsi par une touche de bacon assez intense à un certain moment et qui s’est atténuée par la suite. En bouche, l’attaque est à la fois ample et dense. Il est clair que l’on a affaire à un jeune vin avec beaucoup de matière. Les saveurs fruitées éclatantes dominent la palette gustative, complétées par un aspect boisé/épicé bien dosé, où il est difficile de distinguer clairement ce qui vient du bois et ce qui vient du cépage. En milieu de bouche on peut jauger le haut niveau de concentration du vin, qui heureusement évite l’écueil de la lourdeur et de la surextraction. En ce sens, bien que la présence tannique soit affirmée, elle demeure souple et ne donne pas l’impression d’être excessive. La finale est marquée au sceau de l’intensité, avec le caractère épicé qui gagne en importance sur une longueur de haut calibre.
Pour un retour au vin, après un mois de disette, je n’avais à l’évidence pas choisi la meilleure bouteille. Je ne sais pas si c’était le vin où mon palais, ou bien une combinaison des deux, mais la journée de l’ouverture, le vin n’est pas apparu sous un jour très agréable. Il me semblait tout d’un bloc et quelque peu agressif pour le palais. Si bien que je n’ai bu que le tiers de la bouteille cette journée là, le surlendemain toutefois, après avoir gardé le reste dans une bouteille de 500 ml pleine, le vin s’est présenté de façon beaucoup plus harmonieuse. Ça demeurait un vin trop jeune, par rapport à ce que je préfère, mais il était alors possible d’en tirer du plaisir, et surtout de comprendre pourquoi le producteur entrevoit un potentiel de garde de 15 à 20 ans pour celui-ci. C’est clairement un vin ambitieux, construit pour une bonne garde, même si les amateurs de sensations fortes pourront y trouver un certain plaisir dès maintenant après une longue aération. J’ai réussi à mettre la main sur ce vin pour 40$, mais le prix régulier en importation privée au Québec est de 60$. Je n’achète pas de vins au-dessus de 50$ pour ma propre consommation, et celui-ci ne m’inciterait pas à faire exception à ma règle. Ceci dit, il se compare sûrement à bien des vins de ce prix et même plus chers. À titre d’exemple, pour avoir déjà goûté la cuvée Folly de Vina Montes, une Syrah vendue 80$ et venant elle aussi des pentes d’Apalta, j’ai trouvé que la niveau qualitatif et le style de ce Pangea étaient similaires. Comme quoi en matière de vin, la notion d’aubaine est relative. Finalement, pour qui voudrait découvrir la maison Ventisquero sans attendre 10 ans, je conseillerais plutôt la cuvée Vertice, disponible à la SAQ et qui m’est apparue plus approchable. J’ai déjà commenté ce vin sur ce blogue il y a quelques mois. Les gammes Grey (25$) et Queulat (18$) de ce producteur offrent d’excellents vins. Certains de ces vins sont disponibles au Québec en I.P. chez Univin
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vendredi 22 avril 2011
Un mois sans vin
Vous avez sûrement remarqué que c’est plutôt tranquille ici depuis un mois, surtout en ce qui a trait aux notes de dégustation. La raison est simple. J’ai décidé il y a un mois de prendre une pause complète pour voir ma réaction et évaluer ma relation face au vin et à sa consommation très régulière. On dit souvent que trop c’est comme pas assez, et dans mon cas j’avais l’impression de trop boire et j’avais aussi l’impression d’avoir perdu une certaine fraîcheur dans le regard face au vin. Je voulais donc voir si premièrement je pouvais facilement me passer de ce liquide. La réponse est clairement positive. Autant j’aime le vin, autant je pourrais arrêter d’en boire à tout jamais si je le décidais. Pour moi ce fut un constat très rassurant, même si je n’ai jamais craint l’alcoolisme. Je déteste la sensation d’ivresse et j’ai toujours modulé ma consommation de vin en conséquence. Je ne me suis donc jamais saoulé au vin. Non. Ma crainte était d’avoir une certaine dépendance psychologique, de ressentir une sensation de vide si je n’ouvrais pas de bouteille. J’ai eu beaucoup plus de facilité à résister à l’envie que je ne le croyais, et avec le temps c’était de plus en plus facile. Par cet arrêt de consommation, je voulais aussi voir si cela n’aurait pas un impact positif sur ma forme physique générale. Je n’ai pas constaté de bénéfices clairs quant à mon bien-être physique, si ce n’est que les calories en moins permettent un contrôle plus facile du poids. Pour le reste, je ne me sens pas mieux qu’avant. Ceci dit, je suis conscient qu’un mois c’est quand même relativement court comme période d’abstinence pour pouvoir noter des changements positifs.
Finalement, j’en suis venu à la conclusion que c’est la passion du vin qui me poussait à boire, et non pas le vin lui-même. Je veux dire par là que c’est l’intérêt je portais à la chose qui faisait que je buvais autant. Dans cet état d’esprit on veut découvrir de nouvelles choses, expérimenter, comparer. Si je devais boire le même vin à chaque jour, il est clair que mon intérêt diminuerait tout comme ma consommation. Comme quoi l’intérêt n’est pas dans l’alcool ou dans le vin pour le vin, mais bien dans la diversité des expériences et des apprentissages qu’il peut procurer. On en vient à boire pour en connaître toujours plus, plutôt que simplement pour le plaisir. Le syndrôme de l'expert, du spécialiste, ou de l'amateur gonflable nous guette et il faut se rappeler qu'en matière de vin l'ego n'est jamais loin et que ça peut jouer de vilains tours. Dans ces conditions, le vin ne devient plus l'intérêt premier et c'est notre niveau de connaissance par rapport à celui-ci qui prend le dessus et qu'on cherche à nourir, bien plus face aux autres que pour nous-même.
Aujourd’hui je vais donc ouvrir ma première bouteille depuis un mois. Je ne sais pas encore ce que je vais choisir, mais j’ai bien hâte de voir ma réaction. J’ai hâte de voir si le vin me semblera moins familier. Une chose est sûre pour moi après cette pause, c’est que je boirai dorénavant du vin en sachant que c’est parce que je le décide vraiment, et j’ai l’intention de le décider moins souvent. En matière de vin, comme dans bien des choses, l’équilibre est un élément primordial. À trop boire, même par pure passion, on en vient à perdre de la perspective face au vin et face à notre relation avec celui-ci. Plus que jamais, je suis convaincu qu’en matière de vin, plus ne veut pas dire mieux.
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Finalement, j’en suis venu à la conclusion que c’est la passion du vin qui me poussait à boire, et non pas le vin lui-même. Je veux dire par là que c’est l’intérêt je portais à la chose qui faisait que je buvais autant. Dans cet état d’esprit on veut découvrir de nouvelles choses, expérimenter, comparer. Si je devais boire le même vin à chaque jour, il est clair que mon intérêt diminuerait tout comme ma consommation. Comme quoi l’intérêt n’est pas dans l’alcool ou dans le vin pour le vin, mais bien dans la diversité des expériences et des apprentissages qu’il peut procurer. On en vient à boire pour en connaître toujours plus, plutôt que simplement pour le plaisir. Le syndrôme de l'expert, du spécialiste, ou de l'amateur gonflable nous guette et il faut se rappeler qu'en matière de vin l'ego n'est jamais loin et que ça peut jouer de vilains tours. Dans ces conditions, le vin ne devient plus l'intérêt premier et c'est notre niveau de connaissance par rapport à celui-ci qui prend le dessus et qu'on cherche à nourir, bien plus face aux autres que pour nous-même.
Aujourd’hui je vais donc ouvrir ma première bouteille depuis un mois. Je ne sais pas encore ce que je vais choisir, mais j’ai bien hâte de voir ma réaction. J’ai hâte de voir si le vin me semblera moins familier. Une chose est sûre pour moi après cette pause, c’est que je boirai dorénavant du vin en sachant que c’est parce que je le décide vraiment, et j’ai l’intention de le décider moins souvent. En matière de vin, comme dans bien des choses, l’équilibre est un élément primordial. À trop boire, même par pure passion, on en vient à perdre de la perspective face au vin et face à notre relation avec celui-ci. Plus que jamais, je suis convaincu qu’en matière de vin, plus ne veut pas dire mieux.
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samedi 16 avril 2011
Pour amateurs de hors piste
Bill Zacharkiw de The Gazette revient de l'Afrique du Sud et y va cette semaine d'un article intéressant sur le dilemme des pays du Nouveau-Monde face aux distinctions régionales qui les caractérisent (voir le lien). Trop souvent on parle de ces pays comme d'entités homogènes, alors que de plus en plus la notion de terroir s'implante dans le développement des vignobles de ces pays. Le mouvement vers des terroirs plus frais est généralisé, et de plus en plus, les producteurs de ces pays ayant de hautes visées qualitatives tiennent compte des caractéristiques du lieu pour choisir les cépages à planter. Il est révolu le temps où l'on plantait du Cabernet Sauvignon et du Chardonnay au même endroit. Cela se reflète dans la montée en qualité des vins produits, mais la connaissance des diverses régions de ces pays demeure très limitée chez l'amateur moyen. L'attrait de la dénomination par cépage demeure très fort. Pour les producteurs, il est pratiquement incontournable d'inscrire de façon claire sur l'étiquette le cépage utilisé pour les vins monocépages. La seule exception à cette règle concerne les assemblages rouges où de plus en plus les cépages se retrouvent sur la contre-étiquette et dans certains cas ne sont pas mentionnés du tout. La plupart du temps, il s'agit de vins haut de gamme où le prix et l'image de qualité supérieure sont les arguments principaux pour attirer l'acheteur. Pour le reste, le client veut encore se référer au cépage, car la plupart du temps il n'a aucune idée de ce qui peut distinguer une région particulière. C'est pourquoi ces pays sont encore loin du jour où ils pourront imiter les européens en se contentant d'apposer sur l'étiquette un nom d'appellation.
De toute façon, dans le système européen, la plupart des amateurs sérieux connaissent les cépages impliqués dans une appellation, et ce qui compte vraiment c'est l'identité du producteur et la confiance que l'on porte à celui-ci. Comme je le mentionnais dans un texte récent sur le rapport qualité/prix. Ce qui compte c'est de connaître ce que l'on achète et pourquoi on l'achète. S'intéresser aux vins du Nouveau-Monde en augmentant les chances d'y trouver son compte est plus exigeant, de manière générale, que de s'intéresser aux vins européens. Le terrain est moins balisé ce qui demande plus d'efforts de la part de l'acheteur potentiel qui veut maximiser ses chances de faire de bons choix. Malheureusement, l'information pertinente est souvent limitée, ce qui implique que l'expérience personnelle est souvent nécessaire pour avoir une réelle compréhension des choses. Toutefois, même l'exercice d'expérimentation est difficile, car le choix de vins disponibles est souvent très limité. Néanmoins, l'aspect découverte apporte à mon sens une valeur ajoutée à l'expérience. Le jugement personnel de l'amateur est plus sollicité car c'est un monde moins codifié qui est en évolution constante. Un monde moins fréquenté, et donc moins régenté, où la valeur supposée des choses est moins définie. Un monde pour l'amateur de vin qui préfère le hors piste aux sentiers battus.
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jeudi 14 avril 2011
Le ciment haut de gamme
Le monde du vin en est un rempli de préjugés et d’ignorance... Pour moi jusqu’à tout récemment, cuve en ciment rimait avec producteur bas de gamme qui n’avait pas les moyens de se payer des cuves en inox. La lecture de l’article de Peter Richards, référencé dans mon message précédant, où il parlait de l’arrivée au Chili des cuves de ciment en forme d’oeuf a piqué ma curiosité. Ça m’a poussé à faire des recherches sur le sujet pour me rendre compte que depuis quelques années les cuves de ciment sont la nouvelles choses à la mode chez les producteurs haut de gamme. Les cuves en forme d’oeuf sont plus populaires chez les adeptes de la biodynamie, mais plusieurs autres formes existent. Il semble que l’avantage du ciment, de par sa porosité, soit de permettre d’élaborer des vins sans apport boisé mais qui bénéficient des vertus d’une oxygénation lente similaire à ce que permet la barrique de chêne. L’inertie thermique est une autre qualité attrayante de ce matériau. L’utilisation du ciment n’exclut pas l’usage de la barrique de chêne. Pour la plupart, le ciment semble être un outil de plus permettant d’obtenir de meilleurs vins. Le nombre de domaines haut de gamme utilisant ou expérimentant ce type de cuve est impressionnant. Voici les noms que j’ai rencontré au fil de mes lectures, mais il y en a sûrement plus:
Petrus, Cheval Blanc, Pontet Canet, Harlan, Viader, Sine Qua Non, Chapoutier, Méo-Canuzet, Quintessa, Screaming Eagle, Rudd, Cayuse, Antyial, Matetic, Undurraga, Grgich, Araujo, Pax, Continuum, Caymus, Lafite-Rothschild, Domaine de la Romannée Conti, Clos de Vougeot, Pingus.
Bien sûr, on ne parle pas de cuves de ciment quelconque. Le leader dans la production de ce type de cuve est la société française Nomblot. Je joins le lien vers leur site internet. On y référence de très nombreux articles de presse sur le sujet pour qui veut en connaître plus sur ces cuves alliant matériau ancien et technologie moderne de fabrication.
http://www.cuves-a-vin.com/extraits-presse.html
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vendredi 8 avril 2011
Qualité et Prix: l'exemple chilien
Le Chili est un des pays où le lien entre concentration, boisé, extraction et prix est le plus direct. Comme ce pays vinicole n'est pas à la mode dans le petit monde des amateurs et des critiques, et comme il ne peut pas non plus jouer la carte du prestige, c'est un des pays où les prix sont fixés le plus directement selon les critères évoqués plus haut. Les top cuvées très chères de ce pays suivent presque toutes le modèle du plus c'est mieux. Le reste de la gamme des producteurs est souvent décliné selon le même principe. Les prix baissent en même temps que la concentration et l'apport boisé. C'est un peu normal, la concentration élevée s'obtient par de faibles rendements au vignoble, et l'usage de bois neuf de qualité coûte cher. Toutefois, comme je l'évoquais dans mon texte précédant, pour qui veut des vins pour consommation à court et moyen terme, ces grosses cuvées sont de très mauvais achats. Les vins moins chers sont souvent plus faciles à boire et reflètent mieux leur cépage(s) et leur lieu d'origine.
Ce constat sur les vins du Chili peut sembler négatif, mais pour moi il ne l'est pas. Pour bien boire, peu importe l'origine des vins, il faut connaître ce qu'on achète et agir en conséquence. Personnellement, je suis rendu à un point avec les vins chiliens où j'achète certains vins que je connais bien sans en ouvrir une seule bouteille en prime jeunesse. Ils passent directement au cellier en attente du moment propice pour les ouvrir. Ceci dit, j'ouvre encore des bouteilles que je sais trop jeunes, mais la plupart du temps c'est pour satisfaire ma soif de découverte, pour apprendre à connaître des producteurs et des cuvées qui jusque là m'étaient inconnus.
Donc, pour tirer le meilleur parti d'un pays ou d'une région vinicole il faut bien la connaître pour s'y adapter au mieux. Ça aide à éviter les déceptions et à porter de mauvais jugements. Mais pour continuer sur le cas que je connais le mieux, celui du Chili. Il est intéressant de constater que les mentalités changent. Que certains producteurs tentent de sortir du moule évoqué plus haut, après l'avoir expérimenté. C'est le cas de De Martino et de son maître à penser, l'oenologue en chef Marcelo Retamal. Celui-ci est un des leaders de sa profession au Chili, le genre de personnalité qui de par son influence peut initier de nouveaux courants. Je suis tomber sur un article récent du spécialiste britannique de la scène vinicole chilienne, Peter Richards, et dans cet article Retamal y décrit son parcours. Un parcours qui l'a amené, après avoir tout essayé, à privilégier dorénavant dans ses vins des qualités comme la buvabilité, la complexité et la typicité. Des qualités qui selon lui sont plus fréquentes dans les vins moins chers à cause d'un usage plus modéré du bois de chêne. Il a d'ailleurs récemment renoncé aux barriques de chêne pour passer aux foudres de 5000 litres. Les vignobles de DeMartino étaient déjà passés au biologique en 1998, mais dorénavant même les fruits achetés de producteurs indépendants devront l'être, et ceux-ci seront aussi cueillis plus tôt pour limiter les taux d'alcool. Ce sera aussi la fin de la micro-oxygénation, des levures sélectionnées et des enzymes ajoutées, qui selon Retamal sont des éléments uniformisants. L'article de Peter Richards donne aussi d'autres exemples d'oenologues au Chili qui introduisent des techniques nouvelles dans l'élaboration de leur vins. Des techniques allant à l'encontre du bois de chêne, comme les réservoirs de ciment en forme d'œuf, ou bien des réservoirs en verre pour l'élaboration de vins de Chardonnay.
Il y aura sûrement une courbe d'apprentissage comportant des déceptions avec toutes ces nouvelles techniques et cette volonté de faire les choses différemment. Toutefois, pour moi, il est clair que la diversité des approches est une chose positive, même si l'idée de bannir le bois neuf et les levures sélectionnées pour les vins de garde me semble extrême. Mais d'un autre côté, il est rafraîchissant de voir que la qualité du vin puisse être définie autrement que par l'axiome voulant que plus égale nécessairement mieux.
http://winchesterwineschool.com/winds-of-change-in-chilean-wine/
http://winchesterwineschool.com/winds-of-change-in-chilean-wine/
samedi 2 avril 2011
Qualité et Prix
Marc-André Gagnon de Vin Québec relatait hier sur son site un article de Matt Kramer publié dans l’édition d’avril du Wine Spectator, où celui-ci dit que l’idée voulant qu’en matière de vin on obtienne ce pour quoi on a payé est un mythe, et qu’au dessus de 20$ c’est bien souvent une question de marketing de la part du producteur et de convoitise de la part de l’acheteur. Ce n’est pas moi qui va contredire M. Kramer. Comme le montre bien mes écrits sur ce blogue, le rapport qualité/prix est pour moi une obsession en matière de vin. Je suis convaincu qu’il est possible de très bien boire à une fraction du prix. Pour ce faire, il faut prendre le temps de bien choisir ses vins. Ce qui passe par l’expérimentation personnelle. Il faut aussi éviter de se laisser influencer par le prestige de l’étiquette et les grosses notes sur 100. Finalement, il faut se rappeler que le prix de plusieurs vins est gonflé pour tenter de leur donner de la crédibilité en jouant sur l’effet Veblen. Un élément important pour qui veut bien boire à bon prix est d’avoir un état d’esprit allant à l’encontre de ce fameux effet Veblen. Au lieu de penser que si c’est cher c’est forcément bon ou meilleur. Il faut être convaincu que même si c’est de prix abordable, la qualité peut quand même être au rendez-vous. La disposition mentale est très importante dans l’appréciation du vin. L’idée n’est pas de se convaincre qu’un vin ordinaire est nécessairement excellent juste parce que son prix est modéré. Non. Il faut tenter de demeurer le plus objectif possible, mais en étant convaincu qu’un vin bien choisi peut allier prix abordable et haute qualité.
Un autre aspect important repose sur les éléments qui déterminent la qualité d’un vin. Quels sont-ils? Pour moi ces critères ont évolués au fil du temps et plus j’avance au niveau de l’expérience et plus je trouve que l’importance donnée à la concentration, à l’extraction, au boisé et à la longueur est démesurée. Je ne nie pas que ces éléments puissent être importants pour des vins destinés à une longue garde. Toutefois, dans des vins jeunes ces éléments vont trop souvent à l’encontre de la buvabilité. Ces vins très concentrés, très boisés et très longs arrivent souvent à se fondre harmonieusement après une longue garde, gagnant ainsi en buvabilité, mais la réalité c’est que la plupart seront ouverts bien trop tôt. Qu’on le veuille ou non, les amateurs qui gardent du vin sont encore une faible minorité, et pourtant on achète à forts prix des vins nécessitant un temps en bouteille qu’on ne pourra pas leur donner.
Je ne dis pas qu’il est impossible de trouver du plaisir dans des vins jeunes et très concentrés, mais pour moi c’est un plaisir particulier que je préfère à petites doses. Quand j’ai vraiment envie de boire du vin, je préfère ceux de profils modérés, qui coulent facilement en jouant la carte de l’équilibre et de la qualité aromatique. Les vins jeunes montrant ces qualités sont souvent sous-évalués, car ils offrent un plaisir immédiat. Le plaisir immédiat est souvent mal vu dans le petit monde du vin, où les vrais bons vins sont ceux avec un potentiel de garde, mais qu’on aura la plupart du temps pas la patience d’attendre. On oublie trop souvent que garder du vin demande cette difficile patience et représente aussi un coût supplémentaire important. En ce sens, dénicher des perles de prix abordables pour la garde représente un autre avantage qui vient accentuer l’écart de RQP par rapport aux vins de prix élevés.
Au final ce qui compte c’est d’expérimenter, de découvrir ce qu’on aime de la manière la plus indépendante possible. Oubliez les étiquettes, le prestige, les notes, les prix élevés et tentez de juger par vous-même, pour vous-même. C’est un cliché de le dire, c’en est moins un de le faire.
http://www.vinquebec.com/node/8333
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Un autre aspect important repose sur les éléments qui déterminent la qualité d’un vin. Quels sont-ils? Pour moi ces critères ont évolués au fil du temps et plus j’avance au niveau de l’expérience et plus je trouve que l’importance donnée à la concentration, à l’extraction, au boisé et à la longueur est démesurée. Je ne nie pas que ces éléments puissent être importants pour des vins destinés à une longue garde. Toutefois, dans des vins jeunes ces éléments vont trop souvent à l’encontre de la buvabilité. Ces vins très concentrés, très boisés et très longs arrivent souvent à se fondre harmonieusement après une longue garde, gagnant ainsi en buvabilité, mais la réalité c’est que la plupart seront ouverts bien trop tôt. Qu’on le veuille ou non, les amateurs qui gardent du vin sont encore une faible minorité, et pourtant on achète à forts prix des vins nécessitant un temps en bouteille qu’on ne pourra pas leur donner.
Je ne dis pas qu’il est impossible de trouver du plaisir dans des vins jeunes et très concentrés, mais pour moi c’est un plaisir particulier que je préfère à petites doses. Quand j’ai vraiment envie de boire du vin, je préfère ceux de profils modérés, qui coulent facilement en jouant la carte de l’équilibre et de la qualité aromatique. Les vins jeunes montrant ces qualités sont souvent sous-évalués, car ils offrent un plaisir immédiat. Le plaisir immédiat est souvent mal vu dans le petit monde du vin, où les vrais bons vins sont ceux avec un potentiel de garde, mais qu’on aura la plupart du temps pas la patience d’attendre. On oublie trop souvent que garder du vin demande cette difficile patience et représente aussi un coût supplémentaire important. En ce sens, dénicher des perles de prix abordables pour la garde représente un autre avantage qui vient accentuer l’écart de RQP par rapport aux vins de prix élevés.
Au final ce qui compte c’est d’expérimenter, de découvrir ce qu’on aime de la manière la plus indépendante possible. Oubliez les étiquettes, le prestige, les notes, les prix élevés et tentez de juger par vous-même, pour vous-même. C’est un cliché de le dire, c’en est moins un de le faire.
http://www.vinquebec.com/node/8333
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samedi 26 mars 2011
Et si l'amateur était la meilleure référence pour l'amateur...
Article intéressant ce week-end de Bill Zacharkiw dans The Gazette. Ça rejoint des sujets que j'ai abordés récemment comme la promo Suckling, les grandes différences de perception entre dégustateurs et la capacité très limitée de ceux-ci à nommer les choses avec précision et exactitude. Ces deux derniers éléments étant de forts arguments contre le système trop précis de notation sur 100. En lisant le texte de M. Zacharkiw, je me disais qu'au fond, la meilleure source est encore quelqu'un qu'on suit avec régularité et en qui on a confiance comme dégustateur, et qui commente un vin qu'il a pris le temps de goûter sur une longue période en sachant le mettre dans son contexte. Ce n'est bien entendu pas une approche infaillible, loin de là, et comme je l'ai dit, il faut bien connaître celui qui commente, savoir quels sont nos points de convergence avec celui-ci. Cette personne peut aussi bien être un professionnel, qu'un amateur. Mais les professionnels prennent rarement le temps de suivre sur de longues périodes les vins qu'ils commentent. Ils ont trop de vins à commenter en trop peu de temps. Bien sûr, avec ce commentaire je prêche pour ma paroisse, celle de l'amateur, qu'il soit blogueur ou participant à un forum de discussion. Mais c'est ce type d'amateurs qui le plus souvent parlent de réelles expériences de dégustation, et non pas de rapport de dégustation ou de très nombreux vins sont dégustés les uns à la suite des autres. Bien entendu, cette approche cadre au mieux pour l'amateur moyen. Celui qui boit le plus souvent des vins accessibles au commun des mortels. Des vins auxquels n'est pas attachée une préconception trop forte. Pour le reste il y a toujours MasterCard et les grosses notes précises de Parker et Suckling.
http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/Wine+Critiquing+critic/4506052/story.html
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http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/Wine+Critiquing+critic/4506052/story.html
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mardi 22 mars 2011
GEWURZTRAMINER, VISION, 2010, CASABLANCA, VINA CONO SUR
Cono Sur est une filiale autonome du géant Concha y Toro fondée en 1993 et qui depuis joue la carte de l’innovation et du modernisme par rapport aux producteurs chiliens plus anciens qui aiment cultiver une image qui parle de généalogie et de tradition. Cet aspect innovateur de Cono Sur se reflète dans la variété des cépages et des terroirs utilisés pour produire sa vaste gamme de vins. La gamme Vision se situe au milieu de la hiérarchie Cono Sur et offre pas moins de 12 vins en monocépage, issus de vignobles uniques. Ce Gewurztraminer provient de la parcelle Las Colmenas, en français “Les Ruches”, du domaine El Marco dans la fraîche vallée de Casablanca. Le vendange est manuelle et les rendement sont relativement faibles à environ 40 hl/ha. Le vin est élaboré en inox et y demeure pendant 5 mois avant l’embouteillage. Il titre à 13.3% d’alcool, pour un pH de 3.34, et 8.2 grammes de sucres résiduels.
La robe est de couleur jaune aux reflets verdâtres. Le nez est très expressif à l’ouverture et se calme tranquillement au fil du temps. Il exhale un cocktail complexe d’arômes où le côté floral domine, complété par une bonne dose de fruits exotiques et d’agrumes. Le profil aromatique de belle qualité est très fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage. En bouche, le vin montre une acidité permettant de bien intégrer les sucres résiduels. Le fruit se révèle tout de même en douceur, avec beaucoup d’intensité et avec l’aspect floral qui vient bonifier l’ensemble. En milieu de bouche, le vin est de bon volume, sur une texture légèrement onctueuse et une concentration de saveurs de bon niveau. La finale harmonieuse laisse poindre une légère touche d’amertume sur une persistance de bon niveau.
Le Gewurztraminer est un cépage particulier qui a tendance à donner des vins très extrovertis, voire envahissants. Cette cuvée “Vision” n’y échappe pas totalement, et en ce sens, me semble typique de son cépage. Le vin est de très belle qualité et une véritable aubaine pour son prix de seulement 15$. Toutefois, ça demeure un vin de Gewurz très aromatique, qui peu après l’ouverture ne fait pas dans la discrétion. Personnellement, c’est un genre de blanc que j’aime bien, mais à dose modérée. Le type de vin dont on boira un verre avec plaisir, mais qui aura tendance à provoquer une sensation de saturation si on va au-delà. À moins d’être vraiment dans un état favorable pour ce type de vin. Cependant, cet effet n’est pas l’apanage de ce vin de Cono Sur. C’est quelque chose de très courant avec les vins de ce cépage. Certains vins de Torrontès ou de Viognier ont aussi tendance à produire cet effet. Ce sont donc des vins à ouvrir lorsqu’il y a plusieurs convives pour se partager la bouteille, ou bien à boire sur quelques jours. Ce fut mon cas avec ce vin, et sur trois jours il très bien tenu, sans protection spéciale contre l'oxydation. Je dirais même que le troisième jour j’aurais pu en boire plus, car il montrait alors un profil passablement moins exubérant.
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samedi 19 mars 2011
Dégustation et précision
Je faisais aujourd’hui la revue des sites, blogues et forums sur le vin que j’aime bien, et en lisant des notes de dégustation je suis tombé à plusieurs reprises sur des commentaires vantant la précision des vins dégustés. Ce n’était bien sûr pas la première fois que je lisais cela, ce qualificatif est assez commun chez les amateurs de vins qui se veulent pointus dans leurs évaluations. Mais à chaque fois que je lis cela je tique. Je trouve que le concept de précision du vin en matière de dégustation est une notion vide de sens. La précision en matière analytique relève de la capacité d’un instrument de mesure à donner des résultats très similaires d’une fois à l’autre. L’objet à analyser n’est pas en cause. En dégustation, l’instrument de mesure c’est le dégustateur, et donc, la précision, si elle existe, devrait venir de celui-ci et non pas du vin dégusté. Comme on le voit, il n’y a aucun sens à dire qu’un vin est précis. Pour ce qui est du dégustateur, de savoir qu’il est précis est sans intérêt pour le lecteur de la note de dégustation, car précision ne veut pas dire exactitude. Un dégustateur précis est celui qui sentira un arôme particulier de la même manière à chaque fois et lui attribuera le même qualificatif restrictif, que celui-ci soit exact ou non. Voici quelques exemples pour illustrer la chose:
Dégustateur inexact et imprécis: Perçois l’arôme de fraise comme étant du fruit noir.
Dégustateur inexact et précis: Perçois l’arôme de fraise comme étant de la mûre.
Dégustateur exact et imprécis: Perçois l’arôme de fraise comme étant du fruit rouge.
Dégustateur exact et précis: Perçois l’arôme de fraise comme étant de la fraise.
Bien sûr, sans la capacité du dégustateur à reproduire ses résultats, il n’y a ni précision ni exactitude possibles. Au-delà de cela, en connaissant la large variété biologique des dégustateurs en terme de perception des arômes, les notions de précision et d’exactitude sont sans intérêt dans une note de dégustation. C’est d’ailleurs pourquoi je m’en tient la plupart du temps à des description assez imprécises. Bien sûr, quand un arôme semble m’apparaître clairement, je le nomme, mais il ne faudrait en aucun cas prendre ça pour une vérité absolue. Mes notes de dégustation sont des impressions personnelles d’un vin à un moment précis et partagées peu après. Il appartient au lecteur de déterminer si il y a concordance entre ses impression et les miennes, sans oublier que ce qui compte à la fin c’est l’appréciation globale du vin, pas de savoir si on y a perçu les mêmes arômes précis et si ceux-ci sont exacts.
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Dégustateur inexact et imprécis: Perçois l’arôme de fraise comme étant du fruit noir.
Dégustateur inexact et précis: Perçois l’arôme de fraise comme étant de la mûre.
Dégustateur exact et imprécis: Perçois l’arôme de fraise comme étant du fruit rouge.
Dégustateur exact et précis: Perçois l’arôme de fraise comme étant de la fraise.
Bien sûr, sans la capacité du dégustateur à reproduire ses résultats, il n’y a ni précision ni exactitude possibles. Au-delà de cela, en connaissant la large variété biologique des dégustateurs en terme de perception des arômes, les notions de précision et d’exactitude sont sans intérêt dans une note de dégustation. C’est d’ailleurs pourquoi je m’en tient la plupart du temps à des description assez imprécises. Bien sûr, quand un arôme semble m’apparaître clairement, je le nomme, mais il ne faudrait en aucun cas prendre ça pour une vérité absolue. Mes notes de dégustation sont des impressions personnelles d’un vin à un moment précis et partagées peu après. Il appartient au lecteur de déterminer si il y a concordance entre ses impression et les miennes, sans oublier que ce qui compte à la fin c’est l’appréciation globale du vin, pas de savoir si on y a perçu les mêmes arômes précis et si ceux-ci sont exacts.
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vendredi 18 mars 2011
Dégustation Hémisphère Sud
J’ai participé il y a une semaine à une dégustation organisée sur le forum Fou du Vin et ayant pour thème les vins de l’hémisphère sud. Disons que ça cadre bien avec le sujet principal de ce blogue, et en même temps c’était une bonne occasion de déguster à l’aveugle sur un thème assez large. Je préfère les dégustations à l’aveugle où le thème n’est pas trop restrictif, car quand le terrain est trop balisé et les préjugés jouent en bonne partie leur rôle d’influence sur la perception. J’aurais d’ailleurs aimé goûter certains des vins de la dégustation sans avoir la moindre idée de leur provenance. Voici une brève revue des vins dégustés.
Gewurztraminer, 2008, Malborough, Seresin: Le côté parfumé évoquant pour moi le savon m’a fait bien identifier le cépage, mais j’ai aussi pensé au Torrontès et au Viognier. Le vin est floral, avec un fruit de pêche et de mangue, balancé par une légère amertume. Seresin est un producteur réputé de Nouvelle-Zélande, et je me serais attendu à un peu mieux compte tenu de sa réputation.
PREMIÈRE VAGUE
Pinot Noir, 2008, Elgin, Paul Cluver Estate: Ce vin était bien typique de son cépage, avec des arômes de fraises et une touche végétale souvent rencontrée dans les vins de Pinot. En bouche le vin est équilibré, avec un doux fruité intense et une bonne longueur. Bon vin de base.
Première Sélection, 2001, Stellenbosch, Morgenhof Estate: Cet assemblage de cépages bordelais m’a bien eu, puisque je pensais avoir affaire à un Cabernet de Maipo d’une dizaine d’années. Comme quoi le Chili n’a pas le monopole du cassis et du menthol. Bonne intensité en bouche, avec un fruité un peu sur la douceur et une bonne longueur. Beau vin.
Cabernet Sauvignon, Cuvée Alexandre, 2008, Colchagua, Casa Lapostolle: L’exemple parfait du vin trop jeune où la barrique vient masquer la typicité. Je n’ai pas reconnu le cépage dans ce vin et par défaut, à cause de la maturité du fruit et de sa richesse j’ai dit Shiraz. Arômes de caramel et de pâtisserie qui couvrent le fruit noir mature. Le vin est très concentré et très long. Belle qualité qui se révélera vraiment dans 10 ans.
Clos de los Siete, 2003, Mendoza, Michel Rolland: Autre confirmation que ce vin n’est pas dans ma palette de goût. Il est encore marqué par le bois avec des arômes de bran de scie. C’est très concentré et très long, mais pour l’équilibre on repassera. Une autre preuve pour moi que concentration et longueur faussent parfois les données, et sont souvent les critères utilisés pour décerner de grosses notes.
DEUXIÈME VAGUE
Cabernet Sauvignon, Reserva, 1996, Aconcagua, Errazuriz: Un des deux vins que j’avais apporté dans l’espoir de démontrer à mes collègues de dégustation les vertus de la garde de vins sud-américains abordables et bien choisis. Ce Reserva, 1996, ne m’a pas déçu, au contraire. J’ai été surpris par l’équilibre en bouche et le vivacité du fruit encore bien présent. Pour ce qui est du nez, il fallait aimer les arômes d’évolution, de sous-bois et d’humus qui dominaient la palette aromatique. J’ai hâte que la profondeur de ma cave me permette d’ouvrir ce type de bouteille sur une base très régulière.
Pinot noir, 2006, Central Otago, Prophet’s Rock Vineyard: J’ai perçu un côté Pinot dans ce vin de par son fruit rouge, mais ce n’était pas le vin de ce cépage le plus typique, si bien que certains commentaires évoquant autre chose m’on fait douter. J’ai peu de notes sur ce vin, et cela montre bien qu’il ne dégageait rien de particulier. Pas mauvais, mais est passé facilement sous le radar.
Pinot noir, 2007, Central Otago, Amisfield: Deuxième Pinot de suite de Central Otago, mais fort contraste de personnalité. Autant le Prophet’s Rock était effacé, autant le Amisfield m’a semblé démonstratif et presqu’une caricature en terme de typicité. Le vin fait très Pinot, mais n’est pas le plus subtil, avec beaucoup de fruits rouges, de la cannelle et cette touche végétale présente dans tellement de vins de ce cépage. Le vin est concentré et long, avec un bon équilibre global.
TROISIÈME VAGUE
Shiraz Blueprint, 2008, Stellenbosch, De Trafford: J’ai commenté ce vin sur ce blogue en janvier dernier. Malgré cela je ne l’ai pas reconnu et n'ai pas identifié le cépage. L’aspect boisé m’est apparu plus présent que lorsque dégusté en solo, peut-être est-ce dû au fait que les deux autres vins de cette vague montraient des profils évolués bien différents. Néanmoins je ne change pas d’idée à son sujet. Il s’agit d’un vin de belle qualité qui s’améliorera avec quelques années de plus en bouteille.
Cabernet Sauvignon, Estate, 1999, Aconcagua, Errazuriz: En voyant un vin d’entrée de gamme de cet âge encore en bouteille on pourrait penser qu’il était farfelu de le garder si longtemps. Pourtant, je connais bien des dégustateurs qui auraient levé le nez sur ce vin en jeunesse et qui en pure aveugle se seraient fait avoir par le profil que montrait celui-ci après presque 12 ans passés en bouteille. Ce n’était pas un grand vin, mais il était impeccable et montrait un beau profil évolué qui ne s’obtient que par une garde patiente. Un vin renversant compte tenu de son prix d’origine et de son rang dans la gamme Errazuriz.
Cabernet Sauvignon, 1999, Lujan de Cuyo, Mendoza, Weinert: Ce vin était ma deuxième offrande de la soirée, et comme dans le cas des vins de Errazuriz, montrait bien qu’en Amérique du Sud comme ailleurs, l’identité du producteur est primordiale. Ce vin fut le favori de la soirée pour plusieurs et montrait un profil caractéristique des vins de Weinert qui ont une dizaine d’années dans le corps. Beau nez de vin mi-évolué, avec encore un beau fruit et complété par de subtiles notes de thé, d’humus et de feuilles mortes. En bouche, le profil est plus jeune, avec une structure raffinée évoquant des vins bien plus chers. J’avais acheté une caisse de ce vin à 15$ la bouteille!!! M’en reste huit ou neuf. Bien du plaisir à venir encore.
LIQUOREUX
Gewurztraminer, Vendanges tardives, 2008, Curico, Vina Montes: J’ai commenté ce vin sur le blogue en début d’année. Fidèle à mes perceptions d’alors, mais à l’aveugle le côté botrytis évoque le Sauternes, alors que le côté floral du cépage contredit cette impression. Beau vin.
Torrontes, Vendanges tardives, 2009, Cafayate, Boegas Etchart: Autre vin dont j’ai déjà parlé sur ce blogue, en novembre 2009, mais dans le millésime 2007. Ce 2009 m’est apparu fidèle au souvenir que j’avais de ce vin au fort RQP.
http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=21&t=17633&start=15
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2011/01/shiraz-blueprint-2008-stellenbosch-de.html
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2011/01/gewurztraminer-vendanges-tardives-2008.html
http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/11/torrontes-vendanges-tardives-2007.html
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mardi 15 mars 2011
LE DIX DE LOS VASCOS, 2008, COLCHAGUA, VINA LOS VASCOS
Le groupe Domaines Barons de Rothschild, propriétaire, entre autre, du Château Lafite-Rothschild, a acheté une participation majoritaire dans Los Vascos en 1988, et depuis 1996, son partenaire chilien est le groupe Claro. Un holding qui est aussi propriétaire de Santa Rita et de Vina Carmen au Chili. Los Vascos, c’est d’abord un très grand vignoble de 540 hectares, situé à l’ouest de la vallée de Colchagua, à 40 km du Pacifique. Il est planté à 95% de Cabernet Sauvignon. Le Dix de Los Vascos fut créé en 1998, à partir des meilleures lots de Cabernet du millésime 1996, pour commémorer les dix ans d’implication de Rothschild dans Los Vascos. Ce vin est élaboré en grande majorité avec du Cabernet Sauvignon provenant d’une parcelle appelée “Los Frailes”, dont les vignes ont 50 ans d’âge. Un peu de Carmenère vient compléter l’assemblage. L’élevage se fait pour environ 18 mois en barriques neuves de chêne français provenant en partie de la tonnellerie de Rothschild à Pauillac. Selon l’auteur britannique Peter Richards, grand connaisseur du Chili et de ses vins, “Le Dix” a pris un tournant qualitatif marqué en 2001 sous l’impulsion du vinificateur chilien Marco Puyo, qui a oeuvré pour le groupe de 2001 à 2006. Selon l’expression de Richards, “Le Dix” est alors passé de “wannabe claret”, à un vin de Cabernet chilien complexe, raffiné et soyeux, dont le but ultime, selon Puyo, est l’élégance. Peter Richards affirme même que Puyo est arrivé à ses fins en défiant l’attitude un peu hautaine de ses patrons français qui croyaient alors que le vin avait plafonné qualitativement à cause des limites du terroir. Le 2004 m’avait déjà montré le caractère franco-chilien de cette cuvée et son très bon niveau qualitatif. Voyons ce qui en est avec ce 2008.
La robe est sombre et opaque. Au nez, le profil confirme d’entrée que l’on est face à un vin très jeune et ambitieux auquel on a appliqué une recette à la bordelaise. On y dénote de riches arômes de fruits noirs amalgamés à de jeunes arômes de barriques de chêne de grande qualité. Seul un très léger aspect mentholé, qui disparaît avec le temps, vient quelque peu trahir l’origine chilienne du vin. La classe et la profondeur sont indéniables, mais le plein potentiel reste à être révélé par du temps en bouteille. En bouche, c’est autre chose, et c’est là que l’on peut saisir pleinement la nature de la bête, si je puis dire. Dès la première gorgée on se rend compte pleinement que l’on a affaire à un vin de garde haut de gamme montrant un fruité éclatant et très concentré, allié à un boisé trop jeune mais de grande qualité. La matière est très dense et la structure compacte, avec une solide base d’amertume. La texture tannique est raffinée, alors que la finale montre une longueur de catégorie nettement supérieure.
Ce vin garde l’influence bordelaise qu’on pouvait noter dans le 2004, mais il est passablement plus puissant et concentré. En fait, le seul véritable reproche que je puisse lui faire c’est d’avoir été mis en marché beaucoup trop tôt. C’est bien dommage, car il est probable qu’une majorité d’acheteurs ne garderont pas ce vin bien longtemps. Ceci dit, je conçois que certains amateurs aiment les sensations fortes, mais ce vin ne me semble clairement pas conçu pour une consommation hâtive. Selon moi il devrait être gardé au moins cinq ans pour être le moindrement approchable, et possède un potentiel indéniable pour la longue garde. À titre de comparaison, j’ai dégusté un Cabernet Sauvignon, Reserva, 1996 de Errazuriz, vendredi soir passé, et celui-ci était encore dans une belle forme, avec un beau fruit et un profil raffiné. Ce n’était qu’une autre de mes heureuses expériences de garde avec des rouges chiliens de type “Reserva”, c’est-à-dire des vins de milieu de gamme, de prix abordables et aux ambitions modérées. Dans ce contexte, je ne doute pas que cette cuvée haut de gamme “Le Dix” puisse évoluer harmonieusement sur une trentaine d’années. C’est vraiment un vin de grande qualité et au fort potentiel, offert à un prix qui me semble très avantageux (39.75$) si on compare avec ce qu’il faudrait débourser pour un vin de qualité similaire venant de Californie ou de Bordeaux. Cette comparaison s’applique aussi au Chili, car selon moi, ce vin n’a rien à envier en terme de qualité et de potentiel à des vins franco-chiliens à grosses notes vendus plus de deux fois plus chers, comme le Almaviva de Mouton Rotschild ou bien le Clos Apalta de Marnier Lapostolle. En plus, ce “Dix” ne laissera pas les amateurs d’étiquettes et de prestige à eux-mêmes. Ceux-ci pourront quand même faire bon effet en disant à leurs convives qu’il s’agit du grand vin chilien des propriétaires du Château Lafite Rothschild! Trêve de plaisanteries, car ce vin est vraiment sérieux, et mérite d’être abordé comme tel. Si vous avez une cave et croyez au potentiel des rouges chiliens en matière de garde, ce vin me semble un achat incontournable. C’est un vin de garde haut de gamme de prix abordable et un digne représentant du style franco-chilien.
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samedi 12 mars 2011
SAUVIGNON BLANC, SÉLECTION LIMITÉE, 2010, LEYDA, VINA MONTES
Il faut parfois s’intéresser de près à une région pour connaître la petite histoire qui se cache derrière un vin. Ce Sauvignon Blanc de Vina Montes en est un bel exemple. L’étiquette nous dit qu’il s’agit d’un vin de Sauvignon Blanc originaire de la région de Leyda, produit par Vina Montes. C’est vrai, mais pas totalement. Il est intéressant de savoir que les raisins de Leyda entrant dans ce vin proviennent des vignobles de Vina Garces Silva, que l’on connaît ici au Québec pour ses vins vendus sous la marque Amayna. Mais il y autre chose à propos de ce vin que l’étiquette ne révèle pas, c’est qu’une partie des raisins entrant dans ce vin ne viennent pas de Leyda, mais plutôt du troisième millésime d’un très jeune vignoble planté par Vina Montes près du village de Zapallar, situé directement sur la côte du Pacifique. La fraîche côte du Chili continue de se développer. À partir de Leyda, et en remontant vers le nord, on a maintenant Lo Abarca à l’autre extrémité de San Antonio, puis la vallée Casablanca plus à l’intérieur des terres. Ensuite, au nord de Valparaiso, près de Concon, il y a la région de l’Aconcagua Costa avec les nouveaux vignobles côtiers de Errazuriz, puis environ 50 km encore plus au nord, il y a maintenant le vignoble de Vina Montes à Zapallar. Ce vin est donc une première occasion de goûter, du moins en partie, ce que peut déjà donner ce vignoble. À noter que Vina Montes devrait commencer à embouteiller des vins issus à 100% de Zapallar avec le millésime 2011. En plus du Sauvignon Blanc, on y cultive aussi du Chardonnay et du Pinot Noir. Pour ce qui de ce Sauvignon Blanc, Sélection Limitée, il est issu de fruits dont le rendement était limité à environ 35 hl/ha, vinifiés en inox seulement, sans fermentation malolactique. Le vin titre à 13.5% d’alcool.
La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez est frais et bien dégourdi, dominé par un arôme de zeste de pamplemousse, complété par l’aspect fruité du pamplemousse, ainsi que par des notes de citron, d’ananas, de poivron vert et d’herbe fraîchement coupée. En bouche, le vin se montre bien équilibré, avec une vive acidité bien absorbée par la matière généreuse qui enrobe un fruité d’agrume concentré et intense. Cela produit un vin qui a beaucoup de présence en milieu de bouche et une longueur de fort calibre en finale.
Mes attentes étaient modérées face à ce vin et il m’a surpris en les surpassant allégrement. Il combine très bien les caractéristiques du Sauvignon plus mature, à celles plus végétales du fruit montrant moins de maturité, le tout soutenu par une superbe acidité. La concentration de ce vin et sa longueur sont dignes de vins vendus beaucoup plus chers, ce qui en fait à l’évidence un RQP de haut niveau pour les 16.85$ qu’en demande la SAQ. À titre de comparaison, et pour rester dans le même vignoble, je l’ai préféré au Sauvignon Blanc, Amayna, 2008, pour lequel notre monopole exige 25.00$. Le Montes est plus équilibré, plus complet et plus facile à boire. Vraiment c’est un très beau vin qui a fait un heureux mariage avec une salade de pâtes al limone incorporant du poivron vert. Je ne suis pas très fort en accord mets et vins, mais celui-ci est un de mes favoris où le perception du vin n’est pas altérée par la nourriture.
http://maps.google.ca/maps?hl=fr&xhr=t&q=zapallar+chile&cp=5&wrapid=tljp129988844326508&um=1&ie=UTF-8&hq=&hnear=Zapallar,+Chile&gl=ca&ei=yAt8Tfe5BITGlQeJ26XvBQ&sa=X&oi=geocode_result&ct=image&resnum=1&sqi=2&ved=0CB4Q8gEwAA
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La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez est frais et bien dégourdi, dominé par un arôme de zeste de pamplemousse, complété par l’aspect fruité du pamplemousse, ainsi que par des notes de citron, d’ananas, de poivron vert et d’herbe fraîchement coupée. En bouche, le vin se montre bien équilibré, avec une vive acidité bien absorbée par la matière généreuse qui enrobe un fruité d’agrume concentré et intense. Cela produit un vin qui a beaucoup de présence en milieu de bouche et une longueur de fort calibre en finale.
Mes attentes étaient modérées face à ce vin et il m’a surpris en les surpassant allégrement. Il combine très bien les caractéristiques du Sauvignon plus mature, à celles plus végétales du fruit montrant moins de maturité, le tout soutenu par une superbe acidité. La concentration de ce vin et sa longueur sont dignes de vins vendus beaucoup plus chers, ce qui en fait à l’évidence un RQP de haut niveau pour les 16.85$ qu’en demande la SAQ. À titre de comparaison, et pour rester dans le même vignoble, je l’ai préféré au Sauvignon Blanc, Amayna, 2008, pour lequel notre monopole exige 25.00$. Le Montes est plus équilibré, plus complet et plus facile à boire. Vraiment c’est un très beau vin qui a fait un heureux mariage avec une salade de pâtes al limone incorporant du poivron vert. Je ne suis pas très fort en accord mets et vins, mais celui-ci est un de mes favoris où le perception du vin n’est pas altérée par la nourriture.
http://maps.google.ca/maps?hl=fr&xhr=t&q=zapallar+chile&cp=5&wrapid=tljp129988844326508&um=1&ie=UTF-8&hq=&hnear=Zapallar,+Chile&gl=ca&ei=yAt8Tfe5BITGlQeJ26XvBQ&sa=X&oi=geocode_result&ct=image&resnum=1&sqi=2&ved=0CB4Q8gEwAA
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lundi 7 mars 2011
La vérité n'est pas dans le vin
Très bon article aujourd'hui de la part de Marc-André Gagnon du site Vin Québec. Depuis que je participe à des dégustations collectives à l'aveugle, la différence de perception et d'appréciation des arômes entre dégustateurs est ce qui m'a le plus marqué. Si on ajoute aux différences biologiques les différences psychologiques qui peuvent aussi très fortement altérer la perception et l'appréciation du vin. C'est à se demander pourquoi on perd son temps à écrire des commentaires de dégustation. Ça montre aussi toute l'inutilité des notes très précises sur 100 points. Ça explique aussi pourquoi le vin est si intimidant pour les non initiés, et pourquoi on peut percevoir du snobisme chez ceux qui pensent s'y connaître et croient pouvoir y trouver une vérité absolue. On dit souvent que le vin est rassembleur et qu'il favorise le partage. C'est peut-être vrai à cause du rôle de lubrifiant social de l'alcool, losque consommé à dose modérée. Mais il semblerait que le vin exerce aussi la retenue et la politesse, car bien souvent on partagera sans mot dire un liquide qui sera perçu bien différemment entre les convives.
À la lumière de tout cela, devrait-on cesser de parler de vin et d'écrire à son sujet? Je ne pense pas. Car au-delà des divergences, il existe aussi des convergences entre certains dégustateurs. Je pense aussi qu'être conscient des différences possibles entre individus consitue une façon d'être moins tranché dans nos commentaires. C'est une chose que j'ai apprise en me confrontant à des dégustateurs qui n'avaient pas la même perception, ni la même détestation que moi pour les arômes phénolés de Brettanomyces. La vérité n'est pas dans le vin, car elle peut changer selon les individus. Il faut juste apprendre à se connaître comme dégustateur, en tentant de rester ouvert et humble, nos sens olfactif et gustatif étant tellement imprécis et psychologiquement influencables.
http://vinquebec.com/node/8200
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À la lumière de tout cela, devrait-on cesser de parler de vin et d'écrire à son sujet? Je ne pense pas. Car au-delà des divergences, il existe aussi des convergences entre certains dégustateurs. Je pense aussi qu'être conscient des différences possibles entre individus consitue une façon d'être moins tranché dans nos commentaires. C'est une chose que j'ai apprise en me confrontant à des dégustateurs qui n'avaient pas la même perception, ni la même détestation que moi pour les arômes phénolés de Brettanomyces. La vérité n'est pas dans le vin, car elle peut changer selon les individus. Il faut juste apprendre à se connaître comme dégustateur, en tentant de rester ouvert et humble, nos sens olfactif et gustatif étant tellement imprécis et psychologiquement influencables.
http://vinquebec.com/node/8200
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samedi 5 mars 2011
PINOT NOIR, RESERVA, 2008, CASABLANCA, VINA MORANDÉ
Je continue de passer en revue les quelques vins de Pinot Noir chiliens sur lesquels j’ai pu récemment mettre la patte. Cette fois-ci on continue avec un autre vin venant de la vallée de Casablanca, et produit par Pablo Morandé, une figure de proue de l’oenologie chilienne, et l’homme à l’origine du développement de la vallée de Casablanca y ayant planté les premières vignes en 1982 à titre personnel, car son employeur du temps, Concha y Toro, ne croyait dans le potentiel de la vallée. Les choses ont bien changé depuis, n’empêche que cette décision de Morandé marquait le premier pas du Chili vinicole hors du confort de la chaude vallée centrale. Bien d’autres pas allaient suivre par la suite, pour amplifier le mouvement vers des régions plus fraîches, ce qui permet aujourd’hui au Chili d’être un pays à l’offre beaucoup plus diversifiée et à la qualité croissante. Après avoir quitté Concha y Toro, Pablo Morandé a fondé Vina Morandé en 1996 avec l’aide de partenaires financiers. Il y a eu des hauts et des bas lors des premières années, mais c’est aujourd’hui une maison qui produit une gamme variée de vins provenant de plusieurs régions du pays. C’est aussi un producteur qui sous l’impulsion de son fondateur continue d’innover, le meilleur exemple étant la plantation en 2004 et 2005 de deux nouveaux vignobles qui fonderont l’assise de la maison pour les années à venir. Ces deux vignobles, dont l’un est situé dans Casablanca, et l’autre dans l’alto Maipo, sont caractérisés par une très forte densité de 10,000 plants à l’hectare, alors que la norme chilienne se situe autour de 4,000. La densification de la plantation, tout comme la plantation à flanc de montagne et l’usage de porte-greffes sont des pratiques qui gagnent de plus en plus d’adeptes au Chili chez les producteurs ayant de hautes ambitions qualitatives. Bien sûr, cet abordable Pinot Noir, Reserva, n’a pas cette ambition. Il ne vient d’ailleurs pas du nouveau vignoble à haute densité, mais d’un vignoble voisin plus ancien. Il est élaboré par Macarena Morandé, la fille de Pablo qui suit les traces de son père. Les vendanges sont manuelles, suivies par une longue macération à froid, et d’une fermentation à basse température ayant pour but de générer des arômes plus délicats. Le vin est ensuite élevé pendant 10 mois en tonneaux de chêne français. Il titre à 14.6% d’alcool pour un pH de 3.38 et 2.5 grammes par litre de sucres résiduels.
La robe est d’un beau rubis éclatant et translucide, Le nez est séduisant et dégage un heureux mélange d’arômes de fruits rouges (cerise, fraise), de réglisse et de pâtisserie, complétés par une note terreuse et très léger aspect végétal frais. En bouche, le vin est d’une belle fraîcheur, avec un fruité vif et intense et une faible extraction tannique. Cette très faible présence tannique fait qu’on se retrouve avec un rouge qui donne une impression tactile en bouche le rapprochant d’un vin blanc. La bonne concentration de saveurs donne une belle présence au vin en milieu de bouche. La finale est harmonieuse, avec une persistance de bon niveau.
Ce vin se vend pour environ la moitié du prix du Tobiano de Kingston ou du 20 Barrels de Cono Sur, mais pour employer un cliché, je dirais il est bien loin d’être la moitié moins bon. En fait, je dirais qu’il se situe pas très loin derrière les deux autres en terme de qualité, et que certains dégustateurs pourraient même le préférer à cause de son aspect tannique très léger. Une chose est sûre, à seulement 15$ il s’agit d’un super RQP et assurément le meilleur vin de Pinot Noir de ce prix que j’ai eu la chance de goûter. Qu’un vin de ce prix puisse offrir un tel niveau de qualité me semble un signe très positif en ce qui a trait au potentiel de ce cépage au Chili. Pour ce qui est de Vina Morandé, la cuvée House of Morandé, 2001, m’a déjà prouvé le haut niveau qualitatif que ce producteur peut atteindre. Il faut savoir que Pablo Morandé est celui qui a créé le fameux Don Melchor de Concha y Toro. Toutefois, j’aimerais bien découvrir d’autres vins de ce producteur dans le futur, dont un Carignan de Maule qui est semble-t-il très bon. J’aimerais aussi pouvoir goûter les résultats issus de ces deux jeunes vignobles plantés à haute densité. Le Chili continue d’évoluer rapidement, et Vina Morandé est assurément un des producteurs à suivre dans ce contexte.
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lundi 28 février 2011
PINOT NOIR, 20 BARRELS, 2008, CASABLANCA, VINA CONO SUR
Voici le deuxième vin de mon petit spécial Pinots chiliens. Vina Cono Sur, une filiale de Concha y Toro, a été un pionnier au Chili dans la culture de ce cépage, mais malheureusement, pendant longtemps sur des terroirs totalement inapropriés, comme la chaude vallée Colchagua où sont situés le siège social et les chais de vinification de la maison. En ce sens, le parcours de ce producteur est le reflet de celui de l’industrie vinicole chilienne dans son ensemble qui a pris du temps à réaliser l’importance d’un bon couplage cépage-terroir pour l’obtention de vins de qualité. Et dans le cas du Pinot Noir, ce mariage est d’autant plus important, le cépage étant sensible à l’excès de chaleur. Cono Sur produit beaucoup de vins de Pinot Noir bas de gamme dont les fruits viennent encore de la chaude vallée centrale. C’est un des plus grands producteurs de vins de ce cépage au monde en terme de volume. Heureusement, les cuvées supérieures de la maison, comme ce 20 Barrels et la cuvée phare de la maison, appelée “Occio”, proviennent de vignobles plantés dans la fraîche vallée de Casablanca. Les raisins pour ce vin viennent à 80% du vignoble El Triangulo appartenant à Concha y Toro qui y produit son Sauvignon Blanc de la gamme Terrunyo et sa top cuvée de Chardonnay, appelée Amelia.
La robe est d’une belle teinte rubis passablement translucide. Le nez est volubile et exprime des arômes variés de fruits rouges typiques du cépage, auxquels s’intègrent de fines notes d’herbes aromatiques et d’épices douces, ainsi qu’un léger aspect terreux et une subtile touche florale. Beau nez de Pinot montrant une bonne complexité, et où le fruit tient le premier rôle, avec un aspect boisé très discret. En bouche, on retrouve un vin équilibré, souple et tendu comme la corde d’un arc, propulsant un fruité doux et intense. La qualité de la matière est palpable en milieu de bouche, avec ce mélange de concentration et de légèreté qui fait la marque des bons vins de ce cépage. La texture est lisse et satinée ce qui contribue au charme de l’ensemble. La finale garde la cap, avec toujours ce fruit acidulé intense agrémenté de fines notes épicées se déployant sur une très bonne longueur.
Avec ce vin, on a clairement affaire à un Pinot de grande qualité, avec une belle matière concentrée, une fine texture et une très bonne persistance. Il est toutefois à noter que c’est un autre rouge chilien de climat frais dans lequel l’acidité joue un rôle prépondérant qui marque le style du vin, en donnant au fruité un aspect très vif. Personnellement, j’apprécie cet aspect, mais il pourrait ne pas plaire à tous. Toutefois, comme le vin est encore très jeune, je suis convaincu que ce caractère s’adoucira avec quelques années de garde pour lui permettre de se montrer sous un aspect plus fondu et abordable. Le producteur dit de ce vin qu’il est issu de fruits du Nouveau-Monde vinifiés selon la tradition bourguignonne. Je crois que cette affirmation résume bien l’impression qui se dégage de celui-ci. Il m’est apparu très typique du cépage, et par certains aspects il rappelle la Bourgogne, mais d’un autre côté, la nature un peu douce du fruit, surtout dans sa prime jeunesse actuelle, indique bien son origine Nouveau-Monde. Bien sûr, les puristes pourraient n’y voir que l’aspect Nouveau-Monde, mais moi je pense vraiment que c’est un vin au style hybride qui tient des deux mondes. Je pense aussi que c’est un vin qui sera apprivoisé par plus de temps en bouteille, même s’il s’agit déjà d’une expérience intéressante pour qui n’est pas intégriste dans ses préférences stylistiques. Ce vin a été choisi en janvier 2010 comme gagnant dans la catégorie Pinot Noir par un jury canadien, lors des “Wines of Chile Awards”, jury qui comptait dans ses rangs les québécois Bill Zacharkiw et Nick Hamilton. Les résultats de ce type de concours sont toujours un peu aléatoires, même avec de très bons dégustateurs, mais un an plus tard, en dégustant ce vin, je me disais que nos experts n’avaient assurément pas fait un mauvais choix. On dit souvent que l’échelle RQP pour le Pinot Noir est différente, qu’il faut débourser plus pour obtenir le même niveau de qualité. En ce sens, pour les 28$ demandés par la SAQ, ce vin représente à mon avis un très bon RQP.
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samedi 26 février 2011
La levure génétiquement modifiée canadienne
Un sujet qui a fait parler cette semaine sur la petite planète-vin, alors qu’on apprenait qu’une levure OGM canadienne, appelée ML-01, tentait de percer le marché européen, alors qu’elle est déjà autorisée aux États-Unis depuis 2003, et depuis 2006 au Canada. Ma première réaction à la lecture de cette nouvelle a été de me dire que ça ne servait à rien de se rendre jusqu’à l’utilisation d’une levure OGM, car il existe déjà une solution naturelle si on veut éviter le risque des amines biogènes, soit la co-inoculation avec levures et bactéries lactiques sélectionnées. Bien sûr, certains sont même contre l’usage de micro-organismes sélectionnés, mais là on tombe carrément dans l’idéologie. Ceux qui rejettent cette approche de sélection devraient s’assurer de ne pas boire de vins issus de clones de cépages ou de vignes greffées sur des portes greffes sélectionnés.
Qu’on le veuille ou non, l’élaboration du vin est basée sur la maîtrise d’organismes vivants par l’homme, que ce soit au vignoble ou au chai. Le bon vigneron ne laissera pas ses vignes pousser au gré de la nature. La plantation même d’un vignoble est le premier acte de contrôle humain. Ensuite, on parle de conduite de la vigne. Ce qui évoque clairement le contrôle humain sur la croissance de celle-ci. Alors il faut arrêter de percevoir le vin comme un produit naturel. Le vin est issu du génie humain par le contrôle de matériel végétal et microbiologique. Le vin est en quelque sorte la première manifestation de ce qu’on appelle aujourd’hui la biotechnologie. Ceci dit, ça ne veut pas dire que tout devrait être permis lors de son élaboration. Il y a selon moi des limites à ne pas franchir, et l’utilisation de levures OGM en est clairement une. Pas parce que le vin issu de l’usage d’une telle levure pourrait être dangereux. Non, simplement parce modifier le vivant n’est pas un acte anodin, surtout quand ce n’est pas nécessaire.
Ce ne sont donc pas les propriétés de cette levure qui m’embêtent. La modification de celle-ci est mineure. On lui a juste ajouté un gène codant pour l’expression d’une enzyme permettant de dégrader l’acide malique en acide lactique. Il n’y aura pas de poison produit par cette levure à cause de cela, et de l’autre côté, il est bien possible que la bio-synthèse de produits dangereux soit évitée par son usage. Mais encore une fois, il existe des alternatives naturelles atteignant le même but. Alors pourquoi modifier des organismes vivants si cela n’est pas absolument nécessaire? Dans ce contexte, mon opposition aux OGM va bien au-delà de cette simple levure et relève plutôt d’un sage principe de précaution. D’un autre côté, il est clair que l’action des bactéries lactiques post-FA a pour effet d’augmenter la concentration de plusieurs molécules, dont certaines comme les amines biogènes sont non désirables, autant pour des question de santé que pour des questions organoleptiques. Avez-vous vraiment le goût d’avoir de la cadavérine et de la putrescine dans votre verre de vin? Juste les noms vous donnent une idée de l’arôme. Bien sûr, pour ce qui est de l’impact aromatique ou de la toxicité, tout est une question de concentration. Sinon le contenu d’un verre de vin pourrait être comparé à un magasin de chimie, tellement le vin contient de produits toxiques si ingérés à fortes doses. Il est donc très facile de faire de la démagogie en nommant des molécules simplement présentes dans le vin, mais à de très faibles concentrations. Il faut donc faire attention à la façon dont on présente les choses. Pour moi, il est clair que l’opposition aux OGM devrait être motivée par un souci de protection des écosystèmes à long terme, bien plus que pour des raisons de sécurité alimentaire à court terme. En cette matière, la nature laissée à elle-même est à mon sens plus dangereuse que la fameuse levure ML-01.
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Qu’on le veuille ou non, l’élaboration du vin est basée sur la maîtrise d’organismes vivants par l’homme, que ce soit au vignoble ou au chai. Le bon vigneron ne laissera pas ses vignes pousser au gré de la nature. La plantation même d’un vignoble est le premier acte de contrôle humain. Ensuite, on parle de conduite de la vigne. Ce qui évoque clairement le contrôle humain sur la croissance de celle-ci. Alors il faut arrêter de percevoir le vin comme un produit naturel. Le vin est issu du génie humain par le contrôle de matériel végétal et microbiologique. Le vin est en quelque sorte la première manifestation de ce qu’on appelle aujourd’hui la biotechnologie. Ceci dit, ça ne veut pas dire que tout devrait être permis lors de son élaboration. Il y a selon moi des limites à ne pas franchir, et l’utilisation de levures OGM en est clairement une. Pas parce que le vin issu de l’usage d’une telle levure pourrait être dangereux. Non, simplement parce modifier le vivant n’est pas un acte anodin, surtout quand ce n’est pas nécessaire.
Ce ne sont donc pas les propriétés de cette levure qui m’embêtent. La modification de celle-ci est mineure. On lui a juste ajouté un gène codant pour l’expression d’une enzyme permettant de dégrader l’acide malique en acide lactique. Il n’y aura pas de poison produit par cette levure à cause de cela, et de l’autre côté, il est bien possible que la bio-synthèse de produits dangereux soit évitée par son usage. Mais encore une fois, il existe des alternatives naturelles atteignant le même but. Alors pourquoi modifier des organismes vivants si cela n’est pas absolument nécessaire? Dans ce contexte, mon opposition aux OGM va bien au-delà de cette simple levure et relève plutôt d’un sage principe de précaution. D’un autre côté, il est clair que l’action des bactéries lactiques post-FA a pour effet d’augmenter la concentration de plusieurs molécules, dont certaines comme les amines biogènes sont non désirables, autant pour des question de santé que pour des questions organoleptiques. Avez-vous vraiment le goût d’avoir de la cadavérine et de la putrescine dans votre verre de vin? Juste les noms vous donnent une idée de l’arôme. Bien sûr, pour ce qui est de l’impact aromatique ou de la toxicité, tout est une question de concentration. Sinon le contenu d’un verre de vin pourrait être comparé à un magasin de chimie, tellement le vin contient de produits toxiques si ingérés à fortes doses. Il est donc très facile de faire de la démagogie en nommant des molécules simplement présentes dans le vin, mais à de très faibles concentrations. Il faut donc faire attention à la façon dont on présente les choses. Pour moi, il est clair que l’opposition aux OGM devrait être motivée par un souci de protection des écosystèmes à long terme, bien plus que pour des raisons de sécurité alimentaire à court terme. En cette matière, la nature laissée à elle-même est à mon sens plus dangereuse que la fameuse levure ML-01.
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vendredi 25 février 2011
PINOT NOIR, TOBIANO, 2008, CASABLANCA, KINGSTON FAMILY VINEYARD
L’offre de bons vins chiliens, lentement mais sûrement, va en s’améliorant à la SAQ et en importation privée. Des vins de nouvelles régions et de cépages différents sont maintenant disponibles. Le Chili ne se résume plus aux vins de cépages bordelais issus de la vallée centrale. Ainsi donc, j’entame avec ce Tobiano de Kingnston Family un petit spécial sur le Pinot Noir chilien. Un cépage particulier, difficile à maîtriser, qu’un nombre croissant de producteurs chiliens installés sur des terroirs frais tentent d’apprivoiser. Pour ce faire on engage parfois des consultants étrangers, comme le californien Byron Kosuge dans le cas de Kingston, ou bien des bourguignons comme Pascal Marchand chez Veranda, ou bien Martin Prieur chez Cono Sur. Ceci sans compter les spécialistes étrangers du Pinot qui se lancent directement, comme Nicolas Potel, ou bien Kevin Harvey de Rhys Vineyards, ou encore Louis-Michel Ligier Belair qui tous développent actuellement de nouveaux projet dans la fraîche vallée de Bio Bio. Bien sûr, le Pinot Noir est un cépage qui est encore très loin d’avoir atteint son plein potentiel au Chili, mais de plus en plus de vins intéressants, souvent issus de très jeunes vignes, font leur apparition à chaque année sur le marché. Selon ce que j’ai pu goûté jusqu’à maintenant, j’ai confiance que le Pinot Noir pourra suivre les traces déjà remarquables de la Syrah au Chili. Toutefois, le processus sera plus lent, car le Pinot n’a pas la versatilité de la Syrah. La courbe d’apprentissage sera moins marquée, mais pourrait atteindre le même niveau de qualité, à terme. Donc, pour entamer cette petite revue, je commence avec un deuxième vin de Kingston Family. Deuxième parce qu’il suit sur ce blogue la superbe Syrah, Bayo Oscuro, du même producteur, et deuxième car c’est le rang qu’il occupe dans la hiérarchie des Pinots de Kingston Family derrière la top cuvée appelée Alazan.
La robe est d’une jolie teinte rubis assez translucide. Le nez est très discret à l’ouverture, et gagne un peu en expressivité quelques heures plus tard. À ce moment on peut y distinguer des arômes de fruits rouges, particulièrement la fraise, auxquels s’entremêlent des notes épicées rappelant un peu la cannelle, ainsi qu’un aspect terreux particulier. Heureusement, la bouche se montre plus volubile, et ce dès le départ, bien qu’elle gagne quelque peu en harmonie avec les heures d’exposition à l’air. Ce qui frappe dès le départ avec ce vin c’est la présence soyeuse et lisse, qui avec le gras sous-jacent, donne presqu’une impression d’onctuosité à l’ensemble. De manière un peu paradoxale, cet aspect tactile aguichant sert de support pour révéler un vin beaucoup plus sérieux au niveau des saveurs. Celles-ci reflètent bien les arômes perçus au nez, mais en terme gustatif, malgré une bonne intensité, il se dégage une impression de quasi austérité. Je dis quasi, car austérité est un mot trop fort, mais disons qu’on est loin du Pinot Noir du Nouveau-Monde au profil doux et très exubérant. Ce Tobiano est à la fois caressant et réservé. La combinaison de ces deux caractères procure un effet de contraste intéressant qui demande à être apprivoisé au fil de la dégustation. La finale poursuit dans l’effet de contraste que je viens d’évoquer, offrant du même coup une bonne persistance des saveurs.
Ce Pinot Noir a laissé un peu perplexe le dégustateur que je suis. Un vin comme assis entre deux chaises, qui s’offre et se refuse un peu dans le même mouvement. Un vin ambivalent qui m’est apparu à la fois sensuel et cérébral. Quand même, si je dois porter un verdict, je ne peux que reconnaître la qualité d’ensemble, et laisser la porte ouverte pour le futur, chose qu’on refuse trop souvent à des vins de ce prix et de cette origine. Dans son état actuel, à 27.40$, le vin n’est pas une grande aubaine, compte tenu de son origine. Il existe des Pinots chiliens de qualité similaire offert à un meilleur prix. Toutefois, dans le contexte de l’offre mondiale en vins de Pinot Noir, ce vin me semble tout à fait compétitif. C’est un vin à essayer si on veut mieux connaître ce que j’appelle le Nouveau-Chili. C’est aussi une façon de se familiariser avec un producteur élite comme Kingston Family. Aussi, je pense qu’il y a de bonne chance pour que ce vin se présente mieux après deux ou trois ans de garde. J’avais vécu cette expérience avec le Pinot Noir, Oda, 2005, Bio Bio de Veranda. J’avais obtenu deux bouteilles de ce vin par le courrier vinicole. La première m’avait laissé un peu sur ma soif, même si la qualité était évidente, alors que la deuxième, ouverte deux ans plus tard, ne laissait pas de doute et faisait regretter que ce soit la dernière. Je vais donner cette chance à ce très jeune Tobiano.
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mardi 22 février 2011
DONA BERNARDA, 2002, COLCHAGUA, LUIS FELIPE EDWARDS
Je poursuis mon léger coup de sonde dans mes réserves de rouges chiliens ayant maintenant quelques années de garde dans le corps. Je reste dans la vallée de Colchagua, mais cette fois avec un vin d’assemblage de Cabernet Sauvignon (65%), Petit Verdot (30%) et Cabernet Franc (5%)
La robe ne montre aucune trace d’évolution, sombre et impénétrable. Le nez emboîte le pas du refus des signes de l’âge, en exhibant de doux arômes de fruits noirs intenses et profonds, amalgamés à des notes de réglisse et de pâtisserie, complétés par une touche d’herbes aromatique et un très léger caractère de poivron rouge. La bouche est elle aussi marqué au sceau de la jouvence, avec une attaque vigoureuse qui déploie un fruité riche et vif, bien supporté par une solide base d’amertume, et auquel s’entremêlent des notes doucement épicées. Aucune saveur du profil gustatif ne peut être associée à un signe d’évolution. Le vin se montre sous un jour de jeunesse apparemment inoxydable. Cela se confirme en milieu de bouche où la matière fruitée est dense et intense, avec un fort niveau de concentration et un volume contenu. La présence tannique est solide, avec un léger grain qui apporte un aspect de virilité qui contraste avec la relative douceur du fruit. La finale est très intense, tout d’un bloc et manquant pour le moment d’harmonie, mais montre une longueur franchement impressionnante.
Ce vin donne raison à tous ceux qui pensent que le vin chilien ne peut pas vieillir! Car c’est bien ce que ce vin démontre à ce stade, soit un refus apparent de vieillir, tellement son profil de jeunesse semble inaltéré. En ce sens, le vin m’est apparu encore très fougueux et assez loin d’un équilibre idéal, toutefois, j’ai été impressionné par sa concentration et sa très bonne persistance en bouche. J’ai relu mes notes de dégustation de 2006 sur ce vin, et celui-ci m’est apparu pas mal plus sauvage et viril qu’alors, avec un profil un peu baroque. Un vin impressionnant en un sens, à cause de l’intensité, de la concentration et de la persistance en finale, mais manquant pour le moment de fini. Il faut dire qu’au mieux on voit les rouges chiliens de bon niveau, comme des vins de moyenne garde. Toutefois, depuis une dizaine d’années, les cuvées plus ambitieuses se sont multipliées. Il y aura sûrement des succès et des déceptions parmi ces vins. Mais à goûter un vin comme ce Dona Bernarda, il me semble que la fenêtre de garde de ces vins sera beaucoup plus étendue et que parler de 25 ans n’aura dans bien des cas rien de farfelu. Il me semble que ce Dona Bernarda a ce qu’il faut pour bien évoluer jusque vers les 2025. Non! Je ne suis pas Jay Miller!!!! Quoi qu’il en soit, il m’en reste trois bouteilles et je n’ouvrirai pas la prochaine avant de nombreuses années. Le millésime 2007 est actuellement offert à la SAQ. Je n'ai pas encore goûté le vin, mais le producteur a amélioré le contraste de l'étiquette, ce qui donne à la fameuse Dona Bernarda un air moins fantomatique.
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samedi 19 février 2011
MERLOT, CUVÉE ALEXANDRE, 2001, APALTA COLCHAGUA, CASA LAPOSTOLLE
La garde du vin comporte plusieurs plaisirs distincts. Le premier étant le moment de sélectionner et d’acheter des vins dans ce but précis. Le vin ainsi choisi devient alors un peu le nôtre, surtout pour des vins sans grande réputation à cet égard. Ce type de choix sortant un peu des sentiers battus implique une certaine dose de confiance, confiance dans le vin bien sûr, mais surtout, confiance en soi en tant qu’amateur. Ainsi donc, plusieurs années plus tard, lorsqu’on décide enfin d’ouvrir un de nos poulains, il y a une légère fébrilité. On se demande si on aura eu tort ou raison, si notre confiance d’alors était justifiée, ou si au fond ce n’était là que de la prétention de notre part. Bien sûr, cette évaluation de soi-même comme sélectionneur ne se joue pas sur une seule bouteille, car on sait que certains de nos choix étaient plus audacieux avec certains vins. Des vins que l’on a décidé de garder simplement pour l’expérience, en se croisant un peu les doigts. Ce faisant, on sait donc d’avance que certains de nos choix vont nous décevoir. Mais quand même, à chaque bouteille qu’on ouvre on espère quand même avoir bien misé. On espère aussi que notre patience aura été récompensée. Quand tel est le cas, le plaisir est double, avec, bien sûr, le plaisir sensuel du vin lui-même, auquel s’ajoute un léger sentiment de réussite. Comme chaque amateur le moindrement sérieux le sait, l’ego est omniprésent dans le domaine du vin. Tellement que parfois c’est à se demander si le vin ne sert pas d’abord à flatter celui-ci, avant de flatter le palais.
Personnellement, je suis très loin d’avoir une cave complète et à maturité. Celle-ci est très orientée sur les rouges sud-américains, et je commence à avoir un certain choix dans le vins de cépages bordelais ayant environ 10 ans d’âge. C’est d’ailleurs en partie ce qui a motivé ma participation récente à une dégustation de bordeaux réputés du millésime 2000. Je voulais renouveler mes repères face à des vins de référence en la matière, d’un âge similaire. L’Amérique du Sud n’est pas Bordeaux, bien sûr, mais pour ne pas rompre totalement le fil, j’ai décidé d’ouvrir un Merlot chilien élaboré sous les conseils de Michel Rolland. Compte tenu de la différence d’hémisphères, ce vin du millésime 2001 n’est que six mois plus jeune par rapport à ses contreparties bordelaises du réputé millésime 2000.
La robe est d’une teinte grenat encore bien soutenue qui ne se laisse que très faiblement traverser par la lumière. Le nez ne montre pas d’arômes tertiaires, mais plutôt un profil que je qualifierais de secondaire où on retrouve des arômes fruités et boisés/épicés encore bien vigoureux, mais dont le caractère a été altéré par le temps passé en bouteille. À cela s’ajoute un léger aspect terreux, ainsi que de fines notes évoquant les feuilles de laurier et une pointe de torréfaction. La bouche pour sa part est d’un très bel équilibre, ample et souple, mais avec ce qu’il faut d’acidité pour maintenir un bon tonus. Les saveurs sont généreuses et intenses, reflétant bien ce qui était perçu au nez, et supportées par bonne base d’amertume. Le vin a beaucoup de présence en milieu de bouche, et révèle toute la richesse de sa matière. La trame tannique est encore bien présente, mais de texture veloutée. Pour conclure, les saveurs se fondent sur un sursaut d’intensité et persistent un bon moment avant de s’éteindre sur des rémanences de chocolat noir.
Ce vin n’est plus jeune, mais il ne montre pas encore de réels signes de vieillesse. On pourrait dire qu’il est actuellement dans la force de l’âge, à la fois vigoureux et affiné par le temps. Le millésime 1997 de ce vin était sorti gagnant d’une confrontation à l’aveugle Bordeaux-Chili à laquelle j’avais participé il y a quelques années. Je n’ai donc pas beaucoup de mérite à avoir mis des bouteilles de ce 2001 de côté. J’avais déjà de bons indices sur l’excellent potentiel de garde de ce vin. Heureusement, cette bouteille confirme la qualité de cette cuvée qui avec l’âge perd de sa typicité chilienne pour se recentrer sur un profil général proche de ce que donne des Bordeaux du même âge. La seule chose qui m’embête avec ce vin, est que son prix au Canada (35$) est environ deux fois plus élevé qu’aux États-Unis. Ce qui est excessif si on compare avec d’autres cuvées chilienne de ce niveau. Ceci dit, quand je goûte ce qu’il donne après sept ans de garde, il est clair que même à 35$ ça demeure un superbe achat. C’est juste que le Chili peut offrir encore mieux en terme de RQP pour ce niveau de qualité. C’est dire comment ce pays peut offrir de la valeur à l’amateur, et dix ans plus tard, le Chili est à mon sens encore plus une destination de choix pour qui veut se partir une cave remplie de vins de prix abordables, ou pour qui veut donner de la profondeur, sans se ruiner, à une cave plus variée et prestigieuse.
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vendredi 18 février 2011
Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne... (Part II)
C'est très drôle ces temps-ci de lire ici et là sur la toile les échanges enflammés et les accusations à peine voilées de fraude contre la Grand Jury Européen et particulièrement sa dégustation de GCC du millésime 2005 ayant eu comme gagnant et commanditaire le Château Lascombes.
Ce résultat n'est pas le plus surprenant livré par le GJE, dans ce cas, seulement les 1er et 2ième s'affrontaient, et malgré tout certains rechignent. D'habitude on nous sert l'excuse facile du Merlot, mais cette fois ce ne sont que des rives gauche. Comme porte de sortie on n'a trouvé rien de mieux que de remettre en doute la probité du GJE. C'est incroyable jusqu'où certains peuvent aller pour protéger l'intégrité d'une hiérarchie obsolète. Le GJE n'est pas parfait, et ce genre de dégustations comparatives à l'aveugle amenera toujours son lot de surprises. Il semble si difficile de reconnaître l'imprécision et la variabilité des sens olfactif et gustatif. De plus, aujourd'hui à Bordeaux, quand on y met les moyens sur de bons terroirs, on fait du bon vin. Néanmoins, ce pauvre Rolland sert encore de bouc-émissaire facile pour une clique d'idéologues ne voulant pas reconnaître l'évidence. À ce niveau, en l'absence des étiquettes, il n'y a plus de hiérarchie qui tienne. Ce classement figé dans le temps n'est aujourd'hui rien d'autre qu'un très utile outil de marketing. Un outil génial inventé un peu par inadvertance il y a maintenant plus de 155 ans. Si des gens veulent payer la forte prime au prestige demandée par les 1er GCC, tant mieux pour eux. Ils obtiendront ce qu'ils cherchent, du prestige d'abord et du bon vin ensuite.
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Ce résultat n'est pas le plus surprenant livré par le GJE, dans ce cas, seulement les 1er et 2ième s'affrontaient, et malgré tout certains rechignent. D'habitude on nous sert l'excuse facile du Merlot, mais cette fois ce ne sont que des rives gauche. Comme porte de sortie on n'a trouvé rien de mieux que de remettre en doute la probité du GJE. C'est incroyable jusqu'où certains peuvent aller pour protéger l'intégrité d'une hiérarchie obsolète. Le GJE n'est pas parfait, et ce genre de dégustations comparatives à l'aveugle amenera toujours son lot de surprises. Il semble si difficile de reconnaître l'imprécision et la variabilité des sens olfactif et gustatif. De plus, aujourd'hui à Bordeaux, quand on y met les moyens sur de bons terroirs, on fait du bon vin. Néanmoins, ce pauvre Rolland sert encore de bouc-émissaire facile pour une clique d'idéologues ne voulant pas reconnaître l'évidence. À ce niveau, en l'absence des étiquettes, il n'y a plus de hiérarchie qui tienne. Ce classement figé dans le temps n'est aujourd'hui rien d'autre qu'un très utile outil de marketing. Un outil génial inventé un peu par inadvertance il y a maintenant plus de 155 ans. Si des gens veulent payer la forte prime au prestige demandée par les 1er GCC, tant mieux pour eux. Ils obtiendront ce qu'ils cherchent, du prestige d'abord et du bon vin ensuite.
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mercredi 16 février 2011
SAQ et promo vins 90+ de James Suckling
J’ai reçu un courriel de la SAQ cette semaine pour annoncer une promotion où l’ancien critique du Wine Spectator est en vedette. Malgré que les deux seuls vins chiliens, parmi un lot de 55 vins offerts, soient cotés parmi les meilleurs RQP de la sélection de M. Suckling. Je trouve regrettable de voir la SAQ se lancer dans ce genre de promo, car cela donne de la crédibilité au système de notation précis sur 100, alors que ce système n’est pas crédible. Aussi, cela donne de la légitimité au phénomène du gourou qui pourrait du haut de sa science infuse dire à l’ensemble des consommateurs ce qui est bon à l’aide d’un simple chiffre dépassant la limite arbitraire de 89 sur une échelle floue. J’aimerais savoir ce qui distingue un vin coté 90 d’un vin récoltant un vulgaire 89. Cette promo laisse à penser au consommateur québécois que ce système de catégorisation précis des vins est valide, alors que dans la réalité il n’en est rien. Ce qui m’inquiète le plus dans ce type d’exercice, c’est que la SAQ en viennent de plus en plus à n’offrir que des vins bien cotés par les gourous du genre de M. Suckling. Surtout pour des vins de pays moins renommés où la note compense souvent pour le manque de prestige de l’étiquette. Il serait très déplorable que d’excellents vins n’ayant pas reçu la fameuse note de 90+, par un pseudo-omniscient quelconque, ne puissent trouver pour cette raison le chemin des tablettes de la SAQ, et que l’on développe chez les consommateurs plus crédules ou moins avisés, l’idée que ces vins sans cotes reluisantes n’en valent nécéssairement pas la peine. Si tel était le cas, on passerait à côté de nombreux vins de grande qualité et éminemment dignes d’intérêt.
http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=29&t=17601
http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/promotion+misses+home+grown+expertise/4341143/story.html
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http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=29&t=17601
http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/promotion+misses+home+grown+expertise/4341143/story.html
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mardi 15 février 2011
CABERNET SAUVIGNON, LAS MERCEDES, RESERVA ESPECIAL, 2007, MAULE, VINA J. BOUCHON
On pourrait comparer la vallée de Maule au Chili à la région du Languedoc en France. C’est une région où on a longtemps fait pisser la vigne pour produire du vin de table bas de gamme. Les deux régions partagent un cépage commun, le Carignan, qui a longtemps eu très mauvaise réputation, mais qu’on redécouvre aujourd’hui et dont on tire des vins originaux d’une qualité étonnante. Les deux régions se situent au bas de l’échelle du prestige dans leurs pays respectifs, l’échelle chilienne étant beaucoup plus restreinte à cet égard. Néanmoins, cette situation fait de Maule une des régions à privilégier pour qui recherche originalité et qualité à bon prix. Les deux points distinctifs principaux de cette région sont le vaste patrimoine de très vieilles vignes, et le fait qu’une partie de la vallée reçoit suffisamment de précipitations pour éviter le recours à l’irrigation. Vina J. Bouchon est un autre producteur chilien ayant des connexions avec la France. L’ancêtre de la famille a immigré du bordelais vers le Chili à la fin de 19 ième siècle à cause de la crise du phylloxéra, et l’oenologue conseil de la maison est un autre immigré français d’origine bordelaise, Patrick Vallette, dont la famille était jadis propriétaire du Château Pavie. M. Valette est aujourd’hui un consultant renommé au Chili. Il travaille, entre autres, pour le Clos Quebrada de Macul dans Maipo et Neyen de Apalta dans Colchagua. Pour ce qui est de cette cuvée spéciale Las Mercedes, il s’agit d’un vin issu à 100% du cépage Cabernet Sauvignon récolté manuellement dans deux vignobles distincts. Le vin est élevé pendant un an en barriques de chêne français de premier et deuxième usage. Il titre à 14% d’alcool pour un pH de 3.59 et 2.43 g/L de sucres résiduels.
La robe exhibe une couleur foncée très intense et pratiquement opaque. Le nez montre un heureux mélange d’arômes de fruits noirs, de terre humide, de café et d’herbes aromatiques, complétés par un brin d’épices douces et de légères notes florales. Beau nez complexe et au profil particulier qui le distingue de ses contreparties du nord de la vallée centrale. On sent dans ce vin de Cabernet un terroir différent, même si le cépage est le même. En bouche, l’attaque est bien ferme et le vin tendu par une acidité vivifiante qui donne du nerf à l’ensemble, tout en rehaussant l’intensité des saveurs fruitées. En milieu de bouche, le vin est à la fois compact et concentré. Les saveurs semblent focalisées, alliant un très beau fruit noir à une amertume marquée de chocolat noir. Ces différents aspects, combinés à une texture tannique fine et resserrée, donnent au vin un caractère passablement sérieux. La finale est percutante, avec les saveurs qui gagnent encore en intensité, et une persistance de très bon niveau.
Pour aimer ce vin, il faut apprécier les rouges avec une bonne dose d’acidité. C’est une caractéristique assez rare chez les vins rouges de la vallée centrale chilienne. Il faut dire que dans ce cas-ci, on se situe proche de l’extrémité côtière sud-ouest de cette vaste vallée. Une zone avec de la pluie plus fréquente où les conditions de culture sont assez différentes, avec très peu ou pas du tout d’irrigation, et cela transparaît dans les caractéristiques structurelle et aromatique du vin. En ce sens, ce Las Mercedes me semble un réel vin de terroir. Mais le plus important, c’est que c’est un très bon vin. Compte tenu de sa qualité, il est difficile de croire qu’il se vend pour seulement 15$. Selon moi, ce vin rivalise avec de bons exemples de Cabernets chiliens vendus entre 20$ et 25$, et je vous passe les comparaisons avec des régions plus réputées du reste du monde. Si on ajoute à cela son caractère distinctif comme une valeur supplémentaire, il est clair qu’il s’agit d’une aubaine. Une preuve de plus que le Chili peut maintenant créer de la diversité avec des vins d’un même cépage, en se basant sur sa variété de terroirs différents. La Syrah est le meilleur exemple à cet égard, avec des styles bien différenciés selon les terroirs. Le Cabernet Sauvignon n’est pas aussi versatile à cause qu’il s’accommode plus mal des terroirs plus frais. Mais dans ce cas-ci, on semble être avec succès autour de la limite inférieur où maturité du fruit et fraîcheur se conjuguent avec bonheur. Probablement que l’absence ou le très faible niveau d’irrigation a aussi un rôle à jouer dans le caractère distinctif du vin. Le vin phare de la maison, la cuvée Mingre disponible en I.P. au Québec (36$), a obtenu le titre de meilleur assemblage rouge lors des derniers “Wines of Chile Awards” devant des vins de cette catégorie bien plus réputés et beaucoup plus chers, tels Clos Apalta de Casa Lapostolle ou encore Triple C de Santa Rita.
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vendredi 11 février 2011
RIESLING, VISION, 2010, BIO BIO, VINA CONO SUR
L’histoire de ce vin est intéressante, et par plusieurs aspects indicative de la mentalité de ce que j’appelle l’ancien Chili. Une mentalité qui a longtemps ralenti la progression de ce pays vers des vins de haut niveau qualitatif. Ce vin est issu du vignoble Quitralman planté en 1986 par la famille Guilisasti, actionnaire principal du géant Concha y Toro, près de la ville de Mulchen sur les rives de la rivière Bio Bio, dans une des régions les plus méridionales et fraîches du Chili. Ces vignes de Riesling avaient alors été plantées dans le but d’en tirer de hauts rendements pour produire du vin mousseux. Ce n’est qu’en 2002, que Adolfo Huratado, oenologue en chef chez Cono Sur, une filiale de Concha y Toro, a décidé de réaliser le plein potentiel de ces vignes pour produire du vin tranquille de haute qualité. Pour ce faire il a coupé les rendements des deux tiers, de 75 hl/ha pour les ramener à 25 hl/ha. Cela a permis dès le départ de produire des vins d’une qualité étonnante. Depuis, l’expérience aidant, Hurtado a raffiné son approche. Ce qui permet d’être optimiste pour cette cuvée 2009. Le vin est issu de raisins vendangés manuellement et élaboré entièrement en inox. Le style est demi-sec avec 9.8 grammes par litre de sucres résiduels, pour un vif pH de 3.12 et un titre alcoolique de 13.4%.
La robe est de teinte jaune aux légers reflets verdâtres. Le nez est d’intensité modérée et dégage des arômes fruités de lime et de poire, complétés par des notes florales et miellées et par quelque chose rappelant les aiguilles de conifère. Un nez bien agréable, typique du cépage, avec une belle qualité d’arômes, même s’il n’est pas le plus complexe. En bouche, d’entrée la richesse de la matière donne à penser qu’on a affaire à un vin beaucoup plus cher. C’est équilibré, alliant acidité vive, douceur, gras et intensité des saveurs. L’aspect gustatif est un juste reflet de ce qui était perçu du côté olfactif. Le milieu de bouche permet de s’étonner encore de la qualité de la matière et de son fort niveau de concentration. Le vin a du volume et remplit bien la bouche, avec une acidité qui est toujours bien présente pour maintenir l’équilibre, en apportant ce qu’il faut de tension à l’ensemble, ce qui permet d'éviter toute impression de lourdeur, même lorsque le vin se réchauffe dans le verre. La finale ne déçoit pas sous le signe de l’harmonie et de la longueur avec une très légère pointe d'amertume.
J’ai fait du Chili mon pays vinicole de prédilection d’abord et avant tout pour les vins de très forts RQP qu’on peut facilement y trouver quand on sait choisir. Et bien malgré cela, sur cet aspect, ce pays arrive encore à me surprendre. Ce Riesling de Cono Sur est carrément renversant de qualité pour le prix qu’on en demande. Il s’agit sans l’ombre d’un doute d’un candidat de premier ordre au titre de meilleur vin blanc de 15$ au monde. En dégustant ce vin, je comprenais parfaitement pourquoi la revue Decanter a décerné au millésime 2009 de ce vin le titre de meilleur Riesling sous la barre des 10 livres. Je comprenais aussi pourquoi un chroniqueur crédible comme Tim Atkins classait le Riesling, Reserva, 2010, d'une gamme inférieure, parmi les meilleurs blancs qu’il avait goûtés lors de son récent voyage dans ce pays. Bien sûr, pour aimer ce vin il faut aimer le Riesling, et il faut l’aimer avec un peu de sucres résiduels. Mais dans le cas de ce vin l’acidité vive du vin contribue à garder cet aspect légèrement sucré sous contrôle. Mais au-delà des préférences stylistiques possibles, la qualité du vin est manifeste. Ce vin pourrait facilement se vendre pour le double du prix s’il était embouteillé sous une étiquette plus prestigieuse. Je sais que je suis redondant avec ce genre d’affirmation, mais j’en suis totalement convaincu et c’est pourquoi le Chili représente un pays vinicole si spécial à mes yeux, ou à mes papilles devrais-je dire. Une façon de bien boire à une fraction du prix pour peu qu’on soit prêt à laisser l’aspect prestige de côté. C’est vrai, le mot Chili sur une étiquette n’est pas prestigieux. Dans le cas de ce Riesling, la majorité des acheteurs potentiels n’auront aucune idée de ce qu’est la région de Bio Bio. Mais le contenu de la bouteille est à mon sens au-dessus de ces considérations. Le vin parle pour lui-même en autant qu’on lui prête une oreille neutre et attentive. En terminant la bouteille de cet excellent vin, une chose m’apparaît clairement, c’est que ce pays possède un potentiel incroyable de qualité et de diversité, et qu’il est sur la voie rapide vers le statut de grand pays vinicole. Ce vin issu d’un vignoble anachronique porte bien son nom, et permet de voir où le Chili pourra être dans 10 ans, pour peu qu’on lui en donne la chance en achetant de telles aubaines aujourd’hui. Le potentiel pour le vin blanc de haute qualité est énorme au Chili, car les terroirs frais aux sols variés sont là. Ce potentiel ne fait que commencé à se révéler, toutefois pour que ce potentiel se réalise pleinement, le marché devra suivre. Ce vin n'est malheureusement pas offert à la SAQ, mais on y offre le Viognier de la même gamme qui vaut aussi le détour. J'en parlerai bientôt sur ce blogue.
2010 Cono Sur Reserva Riesling, Bio Bio
There’s a lot of fuss (some of it justified) about the Pinot Noirs from this large Chilean winery, but its cool climate Rieslings are just as exciting in my view. This is just off dry and tastes like a cross between Rieslings from Alsace and Austria, with a hint of bitter “phenolics” and lemon and lime fruit.
91 points
http://blog.timatkin.com/towards-a-new-chile-part-two/
http://www.decanter.com/dwwa/2010/dwwa_search.php?qsearch=aiaw
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mardi 8 février 2011
MALBEC, ESTATE, 2008, CALCHAQUI, BODEGA COLOMÉ
Petit retour vers un pays que j’ai quelque peu délaissé au cours des deux dernières années. La raison pour laquelle je m’intéresse moins aux vins de ce pays, c’est qu’en général, malgré une qualité certaine, je trouve qu’ils manquent d’identité. La production argentine est trop centrée sur Mendoza, le Malbec et le Torrontès. Un peu comme si le Chili se résumait à Maipo, Carmenère et Sauvignon Blanc. Je sais que ce que j’évoque est une caricature, mais il reste que la diversité de l’offre argentine, tant au niveau des cépages que de l’origine est trop concentrée. Un peu comme ses vins qui font rarement dans la dentelle. Ceci dit, si vous êtes intéressés par des vins qui ont une identité, une origine particulière, et qui en plus cadrent avec la courant que j’appelle le “vin idéologique”. Ce Malbec de Bodegas Colomé semble le candidat tout trouvé. Il est issu pour 20% de raisins venant de vignes de 60 à 150 ans d’âge, cultivées selon les préceptes de la biodynamie dans les vignobles les plus élevés du monde, plantés à des altitudes variant de 5,500 à 8,500 pieds. Personnellement, malgré que ce soit un autre Malbec argentin, c’est ce profil particulier qui m’a donné l’envie de l’essayer. Toutefois, il y a un problème pour les mondovinistes de ce monde qui auraient pu être attirés par ce vin. C’est que voyez-vous, le propriétaire des lieux est le milliardaire suisse Donald Hess qui possède aussi The Hess Collection, Sequana et Artezin en Californie, Brancaia en Toscane, Peter Lehman en Australie et Glen Carlou en Afrique du Sud. Nous somme donc loin du vin d’artisan local, mais plutôt proche d’un vin mondialisé. Un vin intégrant des principes en apparence opposés pour les idéologues de la bouteille. Ceci dit, est-il pour autant moins bon ou moins intéressant pour autant? Pardonnez-moi d’être politiquement incorrect, mais j’aurais tendance à croire qu’il a des chances d’être meilleur. Il est clair que M. Hess avec toutes ses propriétés possède une masse critique et le savoir-faire qui vient avec et que ce savoir-faire peut se transmettre. Pour preuve, l’oenologue en chef chez Colomé est Randle Johnson qui travaille aussi pour Artezin et The Hess Collection en Californie. Mais au-delà du savoir-faire, il y a l’intention. La devise des vins Hess Family est; “Terroir Wines Crafted On 4 Continents”. Finalement, la question est de savoir si un tel producteur mondialisé peut refléter le terroir dans les vins qu’il produit? Le terroir de Calchaqui est si unique, que les points de références sont quasi inexistants pour répondre à cette question. À tout le moins, voyons voir si le vin est bon.
La robe est de teinte sombre aux reflets violacés. Le nez est étonnamment mesuré, et dégage avec justesse des arômes de bleuets et de mûres, auxquels s’ajoutent des notes florales rappelant la lavande, de la muscade, ainsi qu’un léger aspect torréfié. Complexité limitée à ce stade, mais qualité et plaisir indéniables. En bouche, l’attaque est pleine et juteuse, avec une bonne acidité et un doux fruité éclatant, mâtiné de notes boisées bien dosées. L’ensemble est à la fois ferme et souple, soutenu par un trait d’amertume. Le milieu de bouche réitère la bonne présence du vin, sans que celui-ci ne semble pour autant s’imposer. La trame tannique est veloutée, sans aspérités aucunes. Un vin consistant qui glisse sans efforts vers une finale qui confirme, sous le signe de l’intensité, sur une persistance de bon niveau.
On peut bien aimer les principes plus que le vin, mais quand on s’en tient au vin dans le verre et qu’au surplus on a décidé de ne pas bouder son plaisir inutilement. On ne peut qu’être ravi par ce Malbec de Colomé. C’est un vin de très belle qualité, qui a tout pour plaire. Le vin est généreux mais équilibré, les 15% d’alcool passent sans problèmes, et sa jeunesse n’est pas un obstacle puisqu’il se livre déjà sous un jour très séduisant. C’est pour moi un vin du Nouveau-Monde dans le meilleur sens du terme, et offert à un prix très raisonnable (25$), compte tenu de son niveau qualitatif. Il m’est aussi apparu très fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage en territoire argentin. L’origine argentine m’est donc apparue limpide. Toutefois, je n’y ai pas noté de particularité pouvant le démarquer clairement d’un Malbec de Mendoza du même niveau et du même style. Peut-être que dans une dégustation comparative directe, un caractère particulier pourrait se révéler plus facilement. Une chose est sûre toutefois, c’est un beau vin et un bon achat.
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