mardi 13 septembre 2011

SUR LE VIF

Après deux années de blogue j'en suis venu à trouver que ce média manquait de flexibilité et de spontanéité. La plupart du temps pour y écrire, j'attendais d'avoir le temps de pondre un article assez structuré, ce qui fait qu'il y a bien des choses intéressantes que je laissais passer, comme des liens utiles ou de courts commentaires sur le vif lorsqu'un sujet m'interpellait. J'ai donc décidé de créer une rubrique que je garderai en début de blogue et que j'archiverai périodiquement sur une page unique.


17h45  Par le biais de Vin Québec, encore de l'eau à mon moulin concernant l'inutilité de la notation précise des vins. Je serais curieux de voir les résultats si l'exercice était refait dans un mois, avec les mêmes vins et les mêmes dégustateurs, en trouvant une façon pour que ceux-ci soient convaincus qu'ils ne goûtent pas de nouveau les même vins.

17h27  En vérifiant la source du traffic sur mon blogue je suis tombé sur un nouveau blogue vin récemment apparu sur le site de Radio-Canada. Il s'agit du Blogue Vin de Radio-Canada animé par Ronald Georges. À suivre...


30 Novembre


16h30  Je suis tombé sur ce texte du blogue de Marc Chapleau par le biais d'un lien donné sur le forum Fouduvin. J'ai été surpris d'y lire que le père des matchs comparatifs du magazine Cellier de la SAQ considère que donner une note à un vin qu'on recommande, c'est l'équivalent de mettre ses culottes. Façon détournée de dire que les gens comme moi ne les mettent pas. Pourtant, je pensais que les différents matchs comparatifs de Cellier avaient plutôt démontré l'invalidité de ce système. Ces dégustations thématiques à l'aveugle, qui ne sont pas purement à l'aveugle car le thème de celles-ci est connu des dégustateurs, ont néanmoins produits leur lot de surprises au fil des ans. La notation y est toujours très resserrée, sans notes extrêmes, preuve que les juges qui y participent, s'ils ont mis leurs culottes, n'ont pas oublié de bien attacher leurs bretelles!...   


17 Novembre


21h35  Grâce à un lien sur le site Vin Québec, je suis tombé sur un article où Michel Bettane qualifie d'idiots les producteurs qui paient pour qu'un critique réputé juge leurs vins. C'est facile de jeter la pierre aux producteurs, mais à mon avis c'est un effet pervers de la notation des vins. Étant un observateur assidu de la scène vinicole chilienne, je peux régulièrement constater l'effet de la dictature des notes et des médailles pour ces producteurs venant d'un pays en déficit de prestige et d'image de marque. Comment peuvent-ils attirer rapidement l'attention du consommateur moyen qui ne sait pas lui-même où aller et qui aime se faire rassurer par les notes? Dans un monde où l'offre en vins de qualité n'a jamais été si grande, il est difficile d'émerger du lot, et l'attrait de la grosse note est tellement grand et peut avoir un tel impact économique, qu'il est facile de comprendre pourquoi certains succombent à la tentation, même si au fond c'est une loterie et que le résultat est loin d'être assuré. Finalement, l'indépendance entière est très rare dans le monde du journalisme vinicole. Il existe une hiérarchie et un certain code de conduite à suivre pour qui veut faire carrière dans ce milieu. Si quelqu'un décide de trop s'éloigner du discours généralement accepté, on le lui fera payer d'une manière ou d'une autre, et c'est sa crédibilité qui en sera affecté. De toute façon, pourquoi croyez-vous que les critiques réputés ne se soumettent jamais à l'épreuve de la notation des vins en pure aveugle? Bien sûr parce c'en serait rapidement fait de leur crédibilité, et si tous les critiques se soumettaient à un tel test périodique, ce serait aussi la fin des systèmes précis de notation. On arrêterait de prétendre qu'on peut résumer un vin de façon absolue et définitive dans un chiffre. Alors les producteurs ne se sentiraient plus forcés de payer en espérant obtenir ce fameux chiffre, passeport vers la légitimité et la prospérité et les consommateurs seraient forcés de lire les textes et surtout, ils devraient explorer par eux même en se fiant enfin à leur jugement.


16h25 Pour revenir sur le sujet des notes, une des meilleures façons de juger de son invalidité, à mon avis, est de très bien connaître les vins d'un pays ou d'une région. Je pense assez bien connaître les vins du Chili, et à chaque année je m'amuse à regarder la compilation des notes attribuées par Wine Spectator aux vins de ce pays, et à chaque année je n'en reviens pas de l'incohérence de cette liste par rapport à mon expérience avec ces vins. Je persiste à croire qu'il est impossible de bien juger chaque vin lors de large dégustations comparatives. À l'aveugle, le même dégustateur dégusterait de nouveau les mêmes vins le lendemain et les résultats seraient souvent très différents. Imaginez pour une dégustation un an plus tard, ou plus. Une vraie farce!  En plus de cela, il y a l'influence du goût personnel d'un dégustateur sur la note attribuée. Voici un exemple frappant de cette possible différence. D'abord, voici la note de dégustation de l'amant de la nature Jamie Goode pour le Chardonnay, Lot 5, Leyda, Vina Leyda:

Viña Leyda Lot 5 Chardonnay 2009 Leyda Valley
Southwest facing vineyard, made in an oxidative style without clearing the juice. No malolactic. Sophisticated with fine toast and nut notes on the nose, leading to a palate showing broad, nutty, spicy, toasty flavours. Rich but fresh. Rounded and harmonious, with some peach and pear notes and mineral finish. 94/100


Maintenant, quelle note pensez vous a été accordée par Wine Spectator à ce vin au style "oxydatif"? Un fabuleux 55!!!!

39 points de différence, rien que ça! Je n'ai pas goûté ce vin, mais la description de Jamie Goode, utilisant l'euphémisme "oxydatif", me laisse croire que WS a plutôt trouvé ce vin oxydé. C'est un exemple extrême, je l'avoue. Mais je suis sûr que bien des différence de 10 à 15 points s'expliquent simplement par le goût personnel, ou la façon dont le vin se présentait sur une bouteille un jour donné.


12h25  Plus de détails ici et ici sur la dernière dégustation organisée au Chili par Edurdo Chadwick et appelée "The aging potential challenge". Je suis content de voir qu'un des leaders de ce pays se réveille et commence à miser sur cet atout fortement sous-exploité. Pour ce qui est de la dégustation, le panel était composé de 16 "Masters of Wine". On ne donne les résultats que pour les 5 premiers vins du classement, on mentionne toutefois que même un Cabernet Sauvignon, Don Maximiano, 1983, a été apprécié. Ce qui concorde avec mon expérience voulant que même les rouges chiliens de prix abordable peuvent bien vieillir. Plus de 25 ans en bouteille pour un vin de moins de 20$, élaboré avant l'éveil qualitatif de ce pays. C'est un assez bon point de départ.


15 Novembre


Je n'ai pas l'esprit militant, probablement à cause d'un mélange de paresse et de cynisme. Je vais voter, c'est déjà ça. J'écris sur ce blogue par plaisir, non pas en pensant que ça pourra changer la moindre chose dans le monde du vin. Ceci dit, j'ai tellement répété ici que le système précis de notation du vin était invalide, que j'ai pris le temps de signer une pétition contre celui-ci, même si le résultat de cette action ne sera que symbolique. Il y a trop d'amateurs qui réclament des notes, et qui veulent acheter des vins bien notés, pour que ce système puisse être largement abandonné, sans compter les multiples gourous qui en tirent profit. Une grosse note c'est rassurant, même si ça ne veut rien dire tellement le vin n'est pas quelque chose de figé et définitif, et tellement la perception est variable entre individus. Ajoutez à cela les variations possibles entre les bouteilles d'un même vin et le compte est bon! Je sais que je me répète, mais il faut oublier les notes, oublier l'étiquette et aborder le vin qui est dans notre verre pour ce qu'il nous donne au moment de le boire. C'est la meilleure façon de lui rendre justice en évitant les préjugés, qu'ils soient positifs ou négatifs. C'est difficile, je le sais, mais selon moi il faut être dans cet état d'esprit. C'est une question de mentalité. Mais même si comme moi vous tentez d'ignorer ces fameuses notes, le problème le plus grave avec celles-ci, c'est le tort que ça cause aux bons vins mal notés, et bien sûr aux producteurs derrière ces vins. Si au contraire vous vous faites prendre avec un mauvais vin bien noté, j'ai un peu envie de dire tant mieux pour vous. Tant mieux pour la leçon qui pourra peut-être en être tirée. Finalement, l'appel à ne pas tenir compte des notes est positif, car c'est un appel à l'indépendance d'esprit et au plaisir de la découverte.


12 Novembre


01h24 Les arômes déviants reliés aux levures Brettanomyces sont une de mes marottes et aujourd'hui, par hasard, au fil de mes lectures sur la toile je suis tombé sur un article intéressant du Los Angeles Times à propos du cépage Mourvèdre. Un paragraphe a particulièrement retenu mon attention tellement il va à l'encontre de l'idée souvent entendue voulant que le Mourvèdre soit normalement marqué par des notes similaires aux arômes de Bretts, sans que ce ne soit dû à ces levures. Le commentaire à ce sujet vient de Justin Smith le winemaker de Saxum Vineyards, un producteur californien réputé. Je cite dans le texte:

"Mourvèdre has a really bad reputation in the States because so many Mediterranean wines have brett that people think they're synonymous," Smith says. "I don't know why it's so prone to brett, but whenever I leave a barrel of pure Mourvèdre, those are the only barrels that ever get brett. For so long, people thought that is the nature of Mourvèdre, it just has that animal stinkiness. I've never tasted a clean Mourvèdre that has that.""
Il est à noter que Saxum a une approche minimaliste de la vinification et ne colle ni ne filtre ses vins. C'est donc intéressant d'entendre une voix crédible allez à l'encontre du discours habituel sur ce sujet.


23 octobre


Il y a une promotion - 10% aujourd'hui à la SAQ sur tous les vins chiliens offerts par notre monopole. Deux vins qui étaient déjà l'objet d'une promotion en circulaire peuvent être achetés pour environ 15$, soit la Syrah, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz et la Cabernet Sauvignon, 2009, Aconcagua, Vina Arboleda. Ce sont deux vins trop jeunes et trop boisés à mon goût actuellement, mais ce sont deux vins à l'excellent potentiel de garde. Rares sont les vins de 15$ ayant un potentiel de garde de 15 ans. Selon moi, aujourd'hui, ces deux vins font partie de ce club très sélect où le Chili excelle.


1h04 Pour répondre à la question que se pose ici Marc-André Gagnon de Vin Québec à propos de la toxicité des sulfites pour l'humain, voici une référence intéressante sur le sujet. On y indique que cette toxicité est comparable à celle du sel de cuisine (chlorure de sodium) et du bicarbonate de sodium (ce qu'on appelle communément "la petite vache" ici au Québec). Voici un extrait:

"Les sulfites sont utilisés dans de nombreux aliments – et certains médicaments- pour prévenir altérations microbiennes et/ou oxydations ; le vin constitue la principale source de SO2 dans l'alimentation « moyenne ».La toxicité aigüe définie par une DL.50 de 1,5 g/kg est à peu près identique à celle du sel de cuisine ou du bicarbonate de sodium, soit la catégorie des produits « dangereux – peu dangereux » selon la classification de l'OMS. La toxicité chronique est définie par la DJA de 0,35 mg/kg/jour, soit 24,5 mg/jour pour une personne de 70 kg, à partir d'un coefficient de sécurité de 100 qui, appliqué au sel de cuisine consommé sur la la base moyenne de 1-2 g/jour devrait montrer une inocuité totale à la dose de 70-140 g/jour ! 

Les effets physiologiques du SO2 se manifestent par la destruction de la thiamine vers pH 6,0 mais nulle au pH –2-3 de l'estomac, un effet mutagène à très forte concentration (64 g/L) seulement in vitro. Il n'a été observé aucun effet tératogène ou cancérigène et il y a diminution de l'activité allergisante de l'histamine. Le SO2 est rapidement détoxifié par transformation en sulfates. L'organisme métabolise chaque jour l'ensemble des composés soufrés (acides aminés…) pour une quantité équivalente à 1,5-2 g de SO2 /jour, sauf pour une personne sur 100000 carencée en sulfite-oxydases (Enquête Australie-Nouvelle Zélande). Le « mal de tête » souvent signalé n'est pas mis en évidence de façon significative par les enquêtes épidémiologiques (USA, Australie, Nouvelle Zélande)."
 

16 octobre


19h31 Article intéressant de François Chartier aujourd'hui sur Cyberpresse où il relate son expérience lors d'une dégustation de vins de Pinot Noir organisée par un regroupement d'importateurs québécois. Il est intéressant de voir comment le classement des vins différait entre dégustateurs. Ça explique probablement pourquoi les notes octroyées par les juges à ces vins étaient relativement basses. À chaque fois que je lis sur des expériences du genre, et ici ce n'était que du semi-aveugle, ça me conforte dans ma conviction voulant que la notation précise du vin est un exercice prétentieux et invalide. Je serais curieux de réunir les mêmes dégustateurs et de leur servir les mêmes vins une deuxième fois en leur demandant à nouveau de les classer et de les noter. Je suis sûr que les résultats seraient sensiblement différents, que ce soit pour un dégustateur en particulier, ou pour l'ensemble du jury.


15 octobre 


19h31   Article intéressant de Jancis Robinson sur la garde, le style et le prix des GCC de Bordeaux. Quand on dit qu'on vendange aujourd'hui des raisins plus matures, comment le nier quand on lit que la majorité des producteurs chaptalisaient au milieu des années 90 pour atteindre 12.5% d'alcool..


26 Septembre 2001


00h44 Sans faire insulte à mes lecteurs réguliers, je peux dire que j'ai parfois l'impression de prêcher dans le désert avec mon modeste blogue. Alors quand je tombe sur une opinion convergente, c'est un peu comme un oasis. Au fil de mes navigations sur la toile, en passant sur le site de Sammy Rabbat, je suis tombé sur une petite entrevue avec le chroniqueur vins de l'hebdomadaire Voir, Nick Hamilton. J'ai déjà eu la chance de rencontrer M. Hamilton, il y a un peu plus de deux ans, lors d'une dégustation Chili-Californie organisée par Bill Zacharkiw de The Gazette. J'avais fort apprécié ses propos ce soir-là, lors de discussions très intéressantes sur le monde du vin. Toujours est-il que dans cette entrevue M. Hamilton y va de propos très positifs sur le Chili et la Nouvelle-Zélande. Des propos qui se rapprochent de ceux que je tiens sur ce blogue.


RH. Quels sont les pays producteurs qui vous ont le plus impressionné?

NH. – C’est difficile parce qu’il y en a plusieurs. J’ai eu l’occasion dans les dernières années de voyager dans plusieurs pays producteurs tels que l’Afrique du Sud, le Chili, la Nouvelle Zélande, évidemment les vieux pays comme l’Italie, la France et l’Espagne aussi. Je dirai que ce sont les petits pays qui m’impressionnent surtout, parce qu’ils ont moins d’histoire, moins d’expérience mais on voit des produits qui sont vraiment impressionnants. Je pense entre autres au Chili, où j’étais allé l’année passée, où j’ai vu des choses que je ne m’attendais pas, des types de vins qu’on n’avait pas encore vu ici au Québec mais qui arrivent heureusement. Des vins qui viennent complètement du nord ou bien très au sud et non de cette bande centrale de vignobles autour de Santiago, qu’on connaît bien. En découvrant des vins des régions qui sont beaucoup plus au nord comme Elqui et Limari ou tout à fait dans le sud, comme Bio-bio ou Itata, j’ai été vraiment surpris de voir la diversité qu’il y avait et évidemment la qualité toujours à la hausse des vins dans ce pays. Même chose la Nouvelle Zélande où j’étais, il y a quelques années. Là aussi une grande diversité de produits, des vins de très bonne qualité. Un style qui plaît d’après-moi, et qui est à l’avantage du consommateur québécois. Le climat y est assez frais et puisque la Nouvelle Zélande est composée de deux îles, l’influence maritime est importante. On y trouve des vins qui sont assez frais, avec une bonne acidité, des vins fort agréables. Donc le Chili et la Nouvelle-Zélande sont peut-être les deux pays qui m’ont le plus impressionné dans les dernières années.


Des propos du genre sont malheureusement très rares dans la presse vinicole québécoise. C'est pourquoi je pensais qu'étant donné le centre d'intérêt de mon blogue, ça valait la peine de les rapporter sur celui-ci. C'est vraiment impressionnant et réconfortant pour moi de voir un chroniqueur vins généraliste comme M. Hamilton être capable de nommer du même souffle les régions de Elqui, Limari, Bio Bio et Itata avec leur bonne position géographique. La preuve qu'il y a des chroniqueurs ayant une large compétence dans notre belle province. Bravo!


24 Septembre


12h10 Article intéressant de Marc-André Gagnon sur Vin Québec. On se rejoint sur le fait que les notes sur 100 sont directement liées à la concentration et à la puissance, mais M. Gagnon néglige l'aspect identité, origine et renommée du producteur. À ce sujet, tous les résultats de dégustation à l'aveugle, mêlant des vins de renommée et prix variables, concordent. Dans ce type de dégustation on note bas pour éviter d'avoir l'air fou, et les surprises sont nombreuses. Il n'y a pas de critiques individuels qui dégustent en pure aveugle, car ils auraient tôt fait de perdre toute crédibilité. Aussi, il est impossible de bien juger un vin en dégustation rapide et comparative, comme les professionnels le font souvent. Je prêche peut-être pour ma paroisse, mais l'idéal demeure le commentaire étoffé issu d'une dégustation en isolé, sur une longue période, où on peut revenir souvent sur le vin et en suivre l'évolution dans le temps. Cette méthode n'est pas parfaite. Elle demande de l'honnêteté de la part de l'auteur, et comporte aussi sa part de subjectivité. Mais elle a le mérite de respecter le vin, en lui donnant l'attention qu'il mérite, et en ne le résumant pas à un chiffre. Il faut aussi de l'humilité chez l'auteur, car il me semble bien prétentieux de figer la valeur d'un vin dans un chiffre qui occultera tout ce qu'on aura pu en dire par ailleurs. Le chiffre ou les étoiles effacent les mots.


19 Septembre


14h10 Un article amusant de Jancis Robinson à propos de la montée du vin en Chine et de l'attrait des nouveaux riches chinois pour les noms prestigieux. Je dis amusant car je n'achête que très rarement ce type de vins. Mais pour les amateurs sérieux, cette situation est plutôt déprimante et choquante à la fois. Je compatis sincèrement, mais c'est l'effet pervers de la migration du vin vers la niche de produit de luxe.


15 Septembre


20h58  Suite aux commentaires de Paul dans cette rubrique . Je joins les liens de deux articles précédants sur le sujet de la garde des rouges chiliens tirés de ce blogue (lien 1 et lien 2) et le lien vers un article externe sur le sujet que j'avais déjà donné.


20h43  Pour débuter, je joins deux liens intéressants. Le premier à propos d'un producteur dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Il s'agit de Vina Leyda. Le leader du Chili pour les vins de climat frais de haute qualité vendus à prix abordables.

L'autre lien porte sur un article intéressant sur le Nouveau Chili.



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dimanche 11 septembre 2011

SHIRAZ, MAX RESERVA, 2001, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



Dans mon texte récent relatant une dégustation de jeunes Syrahs chiliennes, j'y étais allé d'un plaidoyer incitant les producteurs chiliens à démontrer l'excellent potentiel de garde de leurs vins rouges, et dans ce cas précis, de leurs vins de Syrah. Avec l'expérience que j'ai des vins de ce pays, je suis convaincu du potentiel de garde de la nouvelle génération de Syrahs chiliennes. Mais quand on prend position de manière aussi affirmée, il y a toujours une petite arrière-pensée qui nous revient à l'esprit par la suite. En ai-je trop mis? Est-ce que mon enthousiasme a dépassé la réalité? C'est avec ce léger questionnement en tête que j'ai décidé d'ouvrir une des plus vieilles Syrahs chiliennes que j'ai au cellier. Juste pour me rassurer. Juste pour voir si je n'avais pas beurré trop épais. Ce vin a huit ans de plus par rapport à la Syrah, Max Reserva, 2009, de la dégustation, et qui est actuellement disponible sur les tablettes de la SAQ. Ça me semble donc un bel exemple de moyenne garde. Ce vin provient des premières vignes de Syrah plantées au Chili en 1992 et 1993. C'est donc un des meilleurs exemples de vin de Syrah que l'on puisse trouver à ce stade pour évaluer le potentiel de garde des vins de ce cépage au Chili. Bien sûr, ce n'est qu'une cuvée, venant d'une région précise et d'un producteur reconnu. On ne pourra pas extrapoler à tout le pays sur cette seule base, mais ça me semble un bon point de départ pour suivre le parcours de ce cépage au Chili. À noter qu'à partir du milésime 2000, et pour quelques années par la suite, Errazuriz a identifié cette cuvée par le terme Shiraz, probablement pour des raisons commerciales, pour finalement revenir à la dénomination Syrah des premières années. Ce choix est cohérent avec ce que fait l'ensemble du pays qui a choisi le terme Syrah pour promouvoir les vins de ce cépage. Ça me semble un bon choix, car les vins chiliens de Syrah, même ceux de régions plus chaudes, se rapprochent plus du modèle français que de l'australien, sans être véritablement un calque de l'un ou de l'autre. De plus, des clones français sont utilisés. Ce vin a été élevé un an en barriques de chêne (un tiers françaises et deux tiers américaines, 43% neuves). Il a été légèrement filtré et titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.65 et 2.25 g/L de sucres résiduels. Le producteur disait lors de son lancement qu'il devrait être à son mieux cinq ans après le millésime et bien vieillir par la suite pour plusieurs autres années. Bien sûr, en matière de vin le niveau d'évolution idéal est une question de goût. Mais en ouvrant cette bouteille en 2011, je suis clairement dans les années supplémentaires où selon le producteur ce vin continuera de bien vieilir.

La robe est d'une teinte grenat encore bien soutenue, mais néanmoins légèrement translucide et avec des reflets orangés au pourtour du disque. Le nez est envoûtant, rien de moins, vraiment superbe, à la fois complexe et raffiné. Comme c'est toujours le cas pour moi avec ce genre de vin, le nez agit comme un aimant par lequel je me sens attiré. Ce type de vin révèle aussi avec une acuité accrue les limitations du vocablaire quand il est question de décrire un vin. Les tentatives de descriptions sont toujours hautement imparfaites, mais dans le cas des vins ayant développé un caractère évolué, l'exercice me semble encore plus difficile et le résultat infidèle à ce qui est perçu. Comme pour un vin jeune, ce vin possède des arômes fruités et boisés, mais écrire fruits rouges ou épices douces, par exemple, n'a pas la même signification que pour un jeune vin. Ces éléments bien que toujours présents, sont différents de ce qu'ils étaient en prime jeunesse. L'analogie avec la patine des meubles anciens, sans être parfaite, est ce qui rend le mieux ce phénomène. Finalement, tout ce que je peux dire pour décrire le nez de ce vin, c'est qu'il y a encore un beau fruité rouge associé à un aspect doucement épicé, ainsi que de fines notes terreuses et de bois fin. Un léger aspect de chocolat noir complète le tableau. En bouche, le charme se poursuit avec une matière encore riche, mais souple et superbement fondue. Les divers éléments du vin sont bien intégrés et une sensation d'équilibre et d'harmonie se dégage de l'ensemble. Comme je l'expliquais pour le nez, les diverses saveurs du vin portent la marque du temps, avec un très beau fruit mâtiné de fines notes épicées et appuyé sur juste ce qu'il faut d'amertume. Le vin possède encore un bon volume et une belle présence en milieu de bouche. L'ensemble est caressant avec une trame tannique soyeuse. Le vin coule sans effort et est vraiment délicieux. La finale ne rompt pas le charme, au contraire, les qualités du vin y sont magnifiées en un sursaut d'intensité, suivi d'un long déclin des saveurs.

Quel beau vin! Vous aurez compris que pour moi il a facilement passé le test. Il en a donné beaucoup plus que ce qu'on peut normalement attendre d'un vin vendu sous la barre des 20$. C'est un vin qui selon moi est encore loin du terminus. J'y ai vu un vin à mi-parcours de son évolution possible. Un vin comme je les préfère, c'est à dire avec ce caractère évolué qui marque chacun de ses arômes et de ses saveurs, mais sans que rien n'ait disparu, avec encore beaucoup de fruit et de matière. Le bouchon était impeccable et ce vin aurait pu continuer son évolution pour une autre dizaine d'années, sans problème. Mon seul regret à propos de celui-ci est de l'avoir ouvert en solitaire. Je pense que c'est le genre de vin que j'aurais dû partager avec d'autres amateurs. La plupart des gens à qui j'ai fait vivre des expériences surprenantes avec des vins chiliens d'un certain âge et de prix très abordables s'en souviennent et m'en reparle lorsque je les croise de nouveau par la suite. Ce vin aurait pu se retrouver dans plus de mémoires que la mienne seule. Mais bon, j'avais le goût de répondre à mes légers doutes, et la réponse est celle que j'espérais. Pour quelqu'un comme moi qui accumule les rouges chiliens dans le but de pouvoir vivre de telles expériences de manière très régulière, un tel résultat est bien sûr très réconfortant. Si vous me prêtez deux onces de crédibilité, je ne saurais trop vous inciter à mettre quelques bouteilles de ce genre à l'ombre pour plusieurs années. Le retour sur investissement est vraiment extraordinaire. Aussi, si quelqu'un qui a une quelconque influence dans le milieu vinicole chilien venait à lire ce texte. Je vous enjoins à faire passer ce message à ceux qui décident de la stratégie commerciale du Chili. Un vin de ce genre et de cet âge devrait être commercialisé actuellement, et à un prix autour de 30$ ça constituerait un superbe achat qui contribuerait fortement à changer l'image des vins chiliens. Je sais que je me répète, mais je termine cette bouteille en écrivant ces lignes, et chaque nouvelle gorgée me convainc encore plus de la validité de mon affirmation. Une affirmation encore plus valable pour un marché comme le marché québécois, où l'aspect dit moderne des très jeunes vins est souvent décrié, alors que la finesse des vins d'un certain âge est généralement célébrée. Le problème c'est qu'il faut parfois être l'un pour devenir l'autre. Soyez certains que ce 2001 n'a rien à voir avec ce que donne actuellement le millésime 2009 de cette cuvée. Huit années de garde ont métamorphosé ce nectar et je ne doute pas que le 2009 suivra le même chemin pour donner à terme un résultat similaire. C'est ce potentiel que le Chili doit faire connaître. Le statut de leurs jeunes vins en sera changé par la suite, car il est impossible pour quelqu'un sans expérience de penser que le 2009 actuel goûtera ce que goûte le 2001 aujourd'hui. Je sais qu'il y a actuellement des Don Melchor et du Montes Alpha M des années 90 en vente à la SAQ, mais ces vins sont vendus à des prix exorbitants qui les rendent peu attrayants. La force inexploitée du Chili en terme de potentiel de garde réside dans ses vins de prix abordables.


mercredi 7 septembre 2011

Le vin aux antipodes: Deuxième anniversaire


Deux ans à écrire, le plus souvent à contre-courant, sincèrement, pas pour faire différent. Je ne suis pas sûr que ce soit un bon signe d'avoir duré aussi longtemps. Est-ce le signe d'une certaine forme de passion, ou plutôt le reflet de mon caractère têtu? Probablement un peu des deux. Le monde virtuel du vin au Québec me semble de plus en plus un monde de lecteurs silencieux. Écrire est donc un acte solitaire, où, heureusement, il y a Google Analytics pour nous rassurer en nous montrant que l'on écrit pas totalement dans le vide. Me rendrai-je au troisième anniversaire? J'en sais rien. Chaque fois que j'ai le goût d'écrire quelque chose ça continue.

Claude


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mardi 6 septembre 2011

Repas-dégustaion: La Syrah au Chili


J'ai commencé à m'intéresser aux vins rouges du Chili à la fin des années 90. J'avais été séduit par les vins de Cabernet Sauvignon de ce pays, mais à la même époque le premier vin chilien de Syrah faisait son apparition. Il s'agissait de la Syrah, Reserva de Vina Errazuriz. Je me souviens avoir acheté cinq bouteilles du deuxième millésime de ce vin, le 1997, que j'avais alors beaucoup apprécié. La dernière bouteille fut ouverte une dizaine d'années plus tard, lors d'une dégustation à l'aveugle entre amateurs, et le vin y avait fait très belle figure et aurait pu être gardé plus longtemps encore. Après l'impulsion première donnée par Errazuriz, il a fallu attendre le milieu des années 2000 pour voir apparaître sur le marché une certaine variété en ce qui concerne les vins chiliens de ce cépage. Depuis ce temps cette variété ne ne cesse de croître, tant au niveau des producteurs, que des terroirs utilisés pour sa culture. Il y a plusieurs années maintenant que j'écris que la Syrah est l'étoile montante de la viticulture chilienne et qu'un jour elle rejoindra le Cabernet Sauvignon au sommet. Aujourd'hui, je serais tenté de dire qu'un jour la Syrah sera le meilleur cépage noir cultivé au Chili. Je ne dis pas cela parce que je pense que les Syrahs chiliennes donneront nécessairement de meilleurs vins que ceux de Cabernet Sauvignon, ou bien parce que je pense que la Syrah deviendra le cépage le plus planté du pays. Non. Je dis cela parce que la Syrah est déjà le cépage le plus versatile. Elle est déjà plantée dans plus de régions que le Cabernet Sauvignon, ou tout autre cépage noir. La Syrah a d'abord été plantée dans la partie la plus chaude de la vallée d'Aconcagua, puis par la suite dans la chaude vallée centrale. Mais depuis elle a migré vers des terroirs de plus en plus frais au pourtour de la vallée centrale, et dans les nouvelles régions côtières de Limari, Elqui, Casablanca et San Antonio/Leyda. La Syrah s'accommode donc des mêmes terroirs que le Cabernet Sauvignon, mais elle peut aussi donner d'excellents résultats sur des terroirs trop frais pour celui-ci. Cette fenêtre climatique très large où la Syrah peut évoluer a pour résultat de donner une palette de styles possibles plus variée. Il y a même des assemblages entre terroirs chauds et frais qui sont maintenant possibles. En ce sens, Errazuriz fait encore figure de pionnier. Sa grande cuvée de Syrah, « La Cumbre » intègre, pour la première fois en 2008, 15% de fruits venant du nouveau vignoble côtier de Manzanar. C'est très révélateur quand on pense que ces vignes sont très jeunes, ayant été plantées en 2005. Selon moi cette Syrah de climat frais gagnera en importance dans l'assemblage des futurs millésimes. Une grande cuvée de climat frais est aussi à prévoir pour Errazuriz. Je donne cet exemple juste pour montrer toutes les possibilités futures de la Syrah au Chili dans les années à venir. Un autre élément important à retenir à propos de la Syrah au Chili, c'est son rôle grandissant dans les vins d'assemblage du pays. Finalement, la variable encore mal connue de l'équation Syrah au Chili est le potentiel de garde des vins qui en sont issus. Mais selon l'expérience que j'ai pu accumuler jusqu'à maintenant, je suis très optimiste à ce sujet. L'offre stylistique chilienne en matière de Syrah est déjà très large, mais la garde de ces vins apportera un élément de profondeur qui devrait enrichir substantiellement le nombre de déclinaisons possibles pour ceux-ci.

C'est donc avec ce portrait en tête que je me suis présenté au restaurant Le Local pour un repas-dégustation, à l'invitation de « Vins du Chili », visant à faire découvrir les vins chiliens de ce cépage. La réputée sommelière Élyse Lambert était en charge du choix des vins et de l'accord de ceux-ci avec les trois plats qui furent servis. Elle a aussi fait une bonne présentation, avec une grande carte du pays à l'appui, montrant l'emplacement des différentes régions viticoles chiliennes et leur lien avec la culture de la Syrah. Elle a aussi bien noté la prédominance de l'axe est-ouest sur l'axe nord-sud pour bien comprendre la dynamique des terroirs de ce longiligne pays. Au total, 12 vins nous furent servis en comparaison directe. Comme toujours lors de ce type d'exercice, j'ai trouvé la prise de notes détaillées très difficile, si bien que je me contenterai de donner mes impressions succinctes à propos de chaque vin. D'abord les trois plats avec lesquels les vins furent servis

                             Brick d'agneau façon Empenadas


                             Demi-côtes levées glacées BBQ

                            Fondant au bleu sur cake aux épices


Maintenant les vins sont dans l'ordre de service :



SYRAH, RESERVA, 2009, LIMARI, VINA TABALI  (18.45$ SAQ): Belle expression fruitée, de la fraîcheur et un corps moins volumineux que sur les millésimes précédents. J'ai traité en détail du millésime 2008 de ce vin ici.

SYRAH, 20 BARRELS, 2008, LIMARI, VINA CONO SUR  (26.95$ non dispo.): J'ai déjà commenté ce vin en détail ici. En comparaison directe avec d'autres vins, sa finesse ressort avec encore plus d'acuité.

SYRAH, TERROIR HUNTER, 2009, LIMARI, VINA UNDURRAGA (25$ non dispo.): La déception de la dégustation pour moi avec un fruité bonbon me rappelant certains Beaujolais et certains Malbecs argentins très jeunes. Toutefois, selon mon expérience, ce type de fruité primaire peut disparaître avec quelques années en bouteille. Difficile donc de porter un jugement définitif sur ce vin. 

SYRAH, 2009, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA (19.95$ disp. 2012 SAQ): Ce vin, à ce stade précoce est très marqué par un boisé d'encens typique de cette maison, peu importe le cépage du vin. Au-delà de cela, le vin montre une belle structure et un bon potentiel d'évolution. J'ai traité en détail du millésime 2007 de ce vin ici.

SYRAH, MAX RESERVA, 2009, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ (18.95$ SAQ): On reste dans la même famille que le vin précédant en ce qui a trait au producteur, et là aussi le caractère boisé domine, mais là aussi il y a un potentiel évident pour une bonne évolution. Dans ce cas-ci je le sais d'expérience, le millésime 1997 de ce vin ayant été mon premier contact avec la Syrah chilienne, et le premier vin sur lequel j'ai testé le potentiel de garde, comme je le mentionnais en introduction.

SYRAH, BAYO OSCURO, 2008, CASABLANCA, KINGSTON FAMILY VINEYARDS(33$ SAQ): Il a eu besoin d'un peu d'aération pour se présenter au mieux, mais c'était le meilleur vin du lot à ce stade. C'est aussi, je pense, le vin provenant du terroir le plus frais parmi les 12 vins en dégustation. J'ai traité en détail du millésime 2007 de ce vin ici.

SYRAH, RESERVA, 2009, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN (16.95$ SAQ): Malheureusement, les trois bouteilles étaient très légèrement bouchonnées, mais Élyse a décidé de le servir quand même. J'ai traité en détail du millésime 2007 de ce vin ici.

SYRAH, COASTAL HILLS, 2008, MAIPO COSTA, VINA SANTA CAROLINA (25$ non dispo.): Tout comme le Chocalan, ce vin provient de la partie ouest de la vallée de Maipo, près de la partie intérieure de cordillère côtière. Ce vin m'est apparu bien équilibré et de belle qualité, mais sans rien qui le détachait des autres. C'est le piège de ce type de dégustation comparative, on cherche l'élément distinctif, et on a tendance à sous évaluer les vins qui sont juste bons, sans être particulièrement distinctifs.

SYRAH, MARQUES DE CONCHA, 2009, BUIN, ALTO MAIPO, VINA CONCHA Y TORO (19.95$ non dispo.): Très bon vin qui est à la hauteur de la qualité de cette gamme. Provient du même vignoble que la nouvelle grande cuvée de Syrah de Concha y Toro, le Gravas del Maipo. Je reviendrai plus tard cet automne sur le millésime 2008 de ce vin que j'ai en cave.

SYRAH, ALPHA, 2008, COLCHAGUA, VINA MONTES (23.30$ SAQ): Ma première réaction face à ce vin a été de me dire que Montes avait mis la pédale douce sur l'usage du bois de chêne. Ça le rend plus abordable à ce stade de prime jeunesse. La qualité de ce vin m'est apparue évidente, et le potentiel de garde certain. Avec le Max Reserva de Errazuriz et le Reserva de Tabali, c'est une des Syrahs chiliennes qui commence à avoir une feuille de route bien établie.

SYRAH/ CARMENÈRE, RESERVE, CURICO, VINA JUNTA (15$ non dispo.): Ce vin a été servi en apéro à cause de son corps léger, mais il était dominé par le caractère végétal des 30% de Carmenère qui entrent dans son assemblage. La Syrah qui compte pourtant pour les deux tiers dans ce vin n'était pas vraiment reconnaissable.

SYRAH/VIOGNIER, GRAN DEVOCCION, 2009, MAULE, VINA MAIPO (19.95$ non dispo.): Le nom du producteur est trompeur car ce vin provient non pas de Maipo, mais bien de Maule, à l'extrême sud de la vallée centrale. Ce vin fut pour moi une belle découverte alliant fraicheur, intensité et belle qualité aromatique. Avec le Tabali, c'était le 2009 le plus accessible en ce moment.



Le constat évident qui peut être tiré de cette dégustation, selon moi, est que les vins étaient de belle qualité, mais très jeunes, et cela transparaissait dans les profils qu'ils offraient. Ce sont des vins à la matière dense, intense et fruitée qui ont beaucoup de présence en bouche. À part pour le Errazuriz et le Arboleda, la présence du bois de chêne n'était pas marquée. Le Bayo Oscuro se démarquait avec son profil de climat frais, même si à mon sens aucun vin ne tombait dans l'archétype Shiraz aux fruits confits. Parmi les douze vins offerts, il n'y en a que deux que je n'achèterais pas, le Junta trop marqué à mon goût par du Carmenère en sous maturité, mais des collègues de dégustation l'ont bien aimé, et le Undurraga, à 25$ je ne prendrais pas de risque sur une possible évolution positive de ce vin. Mes trois vins favoris furent dans l'ordre le Bayo Oscuro, le 20 Barrels et le Vina Maipo, mais pour la troisième place c'était très serré entre plusieurs vins. À noter que mes deux vins favoris sont des 2008, un an de plus en bouteille à ce stade précoce, ça compte.

Ce repas-dégustation fut très intéressant, même si un pour quelqu'un comme moi qui s'intéresse de près aux vins de ce pays, il n'y a pas eu de révélation. Je sais aussi qu'il y avait des contraintes pour le choix des vins. Mais dans un monde idéal, pour rendre au mieux le portrait actuel de la Syrah chilienne, il aurait fallu plus de vins de climats très frais. Des vins de San Antonio/Leyda, et des vignobles côtiers de la vallée de Elqui (Falernia, Mayu, San Pedro). Un ou deux super-premiums du genre La Cumbre, Pangea, Folly, Casa Marin, Matetic EQ ou Gravas del Maipo auraient aussi été intéressants pour donner de la perspective. Finalement, le point le plus important et la plus grande carence du Chili vinicole en général. Il aurait fallu, malgré le court historique de ce cépage en terre chilienne, un ou deux vins d'une dizaine d'années pour montrer le potentiel de garde de ces vins. Le Chili travail très fort pour développer de nouvelles régions, dans le but d'offrir une gamme de styles plus large, mais en même temps il ignore une de ses forces, soit le très bon potentiel de garde de ses vins de type Reserva, soit le genre de vins se vendant autour de 20$ qui nous ont été servis. Je sais d'expérience que le profil de ces vins se métamorphose avec avec une dizaine d'années de garde, et qu'on obtient alors des vins totalement différents. Une Syrah, Max Reserva, 2009, d'Errazuriz, ne ressemble en rien à une Syrah de cette gamme du millésime 1999. Moi je peux faire cette comparaison car j'ai encore le 1999 en cave, mais les producteurs chiliens, surtout lors d'événements comme ce repas-dégustation, devraient être capables de fournir quelques bouteilles plus âgées. En ne le faisant pas, il laisse de côté une chose facile à faire, peu dispendieuse, et qui contribuerait fortement à changer l'image de leurs vins dans la perception de ceux qui auraient la chance de vivre cette expérience. En pouvant constater l'effet de la garde, le regard porté sur les vins en prime jeunesse changerait. Pour gagner du terrain dans un marché europhile comme celui du Québec, un marché qui a une culture grandissante de la garde et du vin évolué, faire connaître ce potentiel des vins rouges chiliens, dont ceux de Syrah, serait un élément très important. Surtout que garder du vin est tellement plus facile et moins coûteux que développer de nouvelles régions pour la viticulture. Le Chili a juste besoin d'une prise conscience à cet égard. Personnellement, il y a déjà longtemps que j'ai réalisé le potentiel de garde des rouges chiliens de type Reserva. Ma cave en est remplie, et avec de plus en plus de vins de Syrah. Mon propos à ce sujet se veut juste un appel aux chiliens pour qu'ils exploitent une de leur force qu'ils semblent ignorer. Il faut parfois être de l'extérieur pour voir certaines choses.



vendredi 2 septembre 2011

SYRAH, POLKURA, 2008, MARCHIGUE, COLCHAGUA, VINA LA AGRICOLA




Lors d'une note de dégustation récente, j'évoquais les amateurs qui ne jurent que par les petits producteurs. Voici donc un vin qui devrait piquer leur curiosité. Surtout que ces petits producteurs indépendants sont assez rares au Chili, et il est encore plus rare qu'un de leurs vins se rende jusque sur les tablettes de la SAQ. Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque j'ai constaté que cette Syrah, Polkura, avait réussi à traverser le parcours à obstacles menant jusqu'aux tablettes de notre monopole d'état. Ceci dit, au Chili on passe souvent par les gros producteurs pour se préparer à partir sa propre petite affaire. Sven Bruchfeld était oenologue en chef chez Santa Carolina lorsqu'il a initié, en 2002, le projet Polkura avec un ami, Gonzalo Munoz. Plusieurs années plus tard, Bruchfeld a quitté Santa Carolina pour se consacrer totalement à son projet personnel. Il y a d'ailleurs de plus en plus de « winemakers » au Chili, œuvrant chez de grands producteurs, qui démarrent des projets personnels (Alvaro Espinoza, Ed Flaherty, Rafael Tirado, Felipe Garcia et Constanza Schwaderer). Certains, dont Polkura, se sont regroupés dans une association appelée «Movimiento de Vinateros Independientes » mieux connue sous l'acronyme MOVI.  Pour ce qui est de Polkura, il sont implantés dans la région côtière de la vallée de Colchagua, plus spécifiquement dans la sous région de Marchigue, qui est située à 30 km du Pacifique. À cette distance de la côte, et avec la protection de la cordillère côtière, la région n'est pas vraiment de climat frais, mais est tout de même plus fraîche que ce qu'on retrouve au cœur de Colchagua. Le vignoble de Plolkura est planté à flancs de collines avec différentes expositions et quatre types de sols montrant des proportions variables de granit, de calcaire et d'argile. La Syrah compte pour environ 90% des vignes plantées, le reste étant composé de Malbec, de Viognier, de Tempranillo, de Mourvèdre et de Grenache Noir. Le vin dont il est question ici est composé à 92% de Syrah, complété par 4% de Malbec, 1% de Tempranillo, 1% de Mourvèdre, 1% de Grenache Noir et 1% de Viognier, vendangés manuellement. Un lot a été fermenté avec des levures sauvages, les autres lots avec des levures sélectionnées. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne venant de pas moins de douze producteurs différents (83% français et 17% américain, 21% neuves, 20% second usage, 59% plus vieilles). Le vin n'a pas été stabilisé, ni collé, ni filtré. Le titre alcoolique est de 14.6% pour un pH de 3.59 et 2.1g de sucres résiduels.

Une robe d'encre pour un vin où dominent le fruit, la terre, le poivre et le chocolat noirs. Le ton est donné. Ce sérieux gaillard n'entend pas à rire, même si quelques effluves doucement épicés parviennent à quelque peu alléger l'atmosphère. Toutefois, malgré son profil sombre, on peut dire que ce ténébreux a du charme. Il montre un bel équilibre entre fruit et amertume, avec une matière dense et veloutée, et toujours cet aspect terreux qui ajoute un cachet particulier à l'ensemble. La finale conclut avec persistance et cohérence dans la veine obscure. Désolé pour les amateurs de fin joyeuse...

Cette Syrah de Polkura est un vin d'une très belle qualité qui fera sourire les amateurs de vins consistants et sérieux. À n'en point douter il possède une très belle matière, mais comme ma note de dégustation tente de l'imager, on est ici sur un vin dense aux accents sombres, qui est sauvé de la sévérité par son aspect tactile caressant. On est loin du vin léger et gouleyant, mais en même temps le piège de la lourdeur est évité. Il faut aussi se rappeler qu'il s'agit d'un vin encore très jeune qui semble posséder un bon potentiel de garde. Au niveau stylistique, ce vin m'a fait penser aux vins de Loma Larga issus de Casablanca. Les quantités de ce vin étaient limitées et il s'envole rapidement des tablettes. Un bel achat pour la promo – 10% actuellement en cours à la SAQ. Finalement, ce fut une semaine sous le signe de la Syrah chilienne pour moi, puisque j'ai été invité à participer mercredi passé à une dégustation de "Vins du Chili" portant sur ce thème au restaurant Le Local et animée par la sommelière Élyse Lambert. Je reviendrai bientôt avec mes commentaires sur cette dégustation.

dimanche 28 août 2011

SYRAH, 20 BARRELS, 2008, LIMARI, VINA CONO SUR




Cono Sur est un de mes producteurs chiliens favoris lorsqu'il est question de vins blancs. Toutefois, à part ses vins de Pinot Noir haut de gamme (Occio et 20 Barrels), ses vins rouges ne me sont jamais apparus comme aussi convaincants. Comme si le style très fruité et éclatant de la maison se transposait mieux en blanc qu'en rouge. Ce producteur semble aussi plus à l'aise sur des terroirs plus frais, ce qui est le cas pour tous ses blancs, à l'exception du Viognier, alors que tous les rouges mis à part certains vins de Pinot Noir, viennent de la chaude vallée centrale. Toutefois, il y a maintenant un rouge supplémentaire dans la gamme Cono Sur à provenir d'un terroir frais, et c'est la Syrah, 20 Barrels qui est issue de la vallée de Limari. C'est d'ailleurs ce qui m'a donné en vie de l'essayer. Ce vin contient aussi 7% de Cabernet Sauvignon. Il a été élevé 16 mois en barriques de chêne d'origine et d'âge indéterminés. Il titre à seulement 13.6% d'alcool, pour un pH de 3.5 et bien sec à 2.3 g/L de sucres résiduels.

La robe est de couleur rubis foncé, opaque. Le nez témoigne du cépage et du lieu d'où il provient. Quand je parle du lieu, je ne parle pas du Chili, mais bien précisément de la vallée de Limari. On y retrouve un mélange d'arômes de fruits noirs, de notes florales (lavande, violette), de poivre noir, de café, d'herbes aromatiques, ainsi qu'un caractère de viande crue qui se développe quelques heures après l'ouverture. En bouche, le vin joue la carte de la finesse et de la modération, sur une structure compacte et une belle expression fruitée. Des notes finement épicées viennent agrémenter ce fruit soutenu par un trait d'amertume. Le milieu de bouche continue sur le mode de la finesse. Il n'y a pas de creux, tout est là et il ne manque de rien, mais on est clairement pas sur un vin qui tente d'impressionner par la force. Cette finesse se retrouve aussi au niveau tannique où rien n'accroche, ce qui permet au vin de couler sans effort malgré sa jeunesse. La finale est toute en délicatesse pour un vin si jeune, et montre une bonne persistance.

Ce vin est très surprenant de la part d'un producteur comme Cono Sur. La preuve que les mentalités évoluent au Chili, en parallèle avec la géographie nouvelle du vignoble, et que certains producteurs sont maintenant prêts à élaborés des vins de catégorie supérieure sans tout miser sur la recherche de concentration et l'usage appuyé du bois de chêne. Ça demande plus de conviction qu'il n'y paraît quand on sait l'importance des grosses notes sur 100 pour ce pays qui ne peut jouer la carte du prestige pour justifier des prix plus élevés. Cette Syrah de Cono Sur ne cherche donc pas à impressionner par la densité de sa matière, et en dégustation comparative à l'aveugle, je soupçonne que des vins à la concentration et à l'extraction plus élevées lui damneraient le pion. Mais pris en isolé, c'est un vin fin et équilibré, qui se laisse facilement boire. Ce qui est encore assez rare au Chili pour un jeune vin de ce calibre. La souplesse étant déjà au rendez-vous, la garde de ce vin ne se justifierait que par un désir d'évolution aromatique. À 25$, il s'agit d'un bel achat qui procure de la variété stylistique et qui peut être bu en attendant des vins qui demandent plus de temps pour atteindre un certain niveau de sagesse.



vendredi 26 août 2011

Le Chili surprend encore à l'aveugle


Ceux qui lisent ce blogue avec régularité savent que j'ai la fâcheuse manie d'écrire, lorsqu'un vin chilien de prix abordable m'enthousiasme, que celui-ci pourrait facilement se vendre le double ou le triple du prix qu'on en demande s'il était embouteillé sous une étiquette plus prestigieuse ou renommée. Je répète aussi souvent que la révolution viticole chilienne ne fait que commencer à porter ses fruits, mais que la qualité et la diversité sont croissantes, et qu'il faut revoir les vieux préjugés à propos des vins de ce pays car la nouvelle vague est en train de changer la donne. Souvent, j'ai l'impression de prêcher dans le désert, mais chaque belle découverte me conforte dans mes convictions. Une de ces découvertes fut le Pinot Noir, Las Brisas, 2009, de Vina Leyda. Hier en cherchant des références à propos de ce vin, je suis tombé sur un article du magazine Imbibe, relatant une dégustation à l'aveugle de Riesling venant d'un peu partout à travers le monde. Les vins choisis devaient contenir moins de 10g/L de sucres résiduels et se vendre entre 7.50 et 30 livres anglaises, soit environ 13 et 50 dollars canadiens. Imbibe est un magazine destiné aux restaurateurs et sommeliers britanniques. D'ailleurs, le panel de dégustation était surtout composé de sommeliers venant de divers restaurants anglais réputés.

Finalement, comme vous vous en doutez probablement, c'est un Riesling chilien qui fut nommé "Top wine" de la dégustation. Ce vin est le Riesling, Neblina Vineyard, 2008, Leyda, de Vina Leyda. C'était le vin le moins cher de la dégustation à environ 15$ la bouteille. Son plus proche rival, qui a obtenu la même note, est un vin autrichien vendu trois fois plus cher. Bien sûr une dégustation comparative de ce genre comporte ses aléas, et mon but n'est pas de dire que les meilleurs vins de Riesling proviennent du Chili. Mais je pense qu'un résultat comme celui-là valide ma conviction voulant que le Chili, de plus en plus, est une destination de choix pour veut de la variété et de la qualité à prix imbattable. Il faut connaître le pays et bien choisir ses vins. J'espère que mon modeste blogue peut être une contribution positive en ce sens. La sélection de vins chiliens de la SAQ s'améliore au fil du temps, mais il y a encore un bon écart entre ce qui est offert et la réalité actuelle de ce pays.



jeudi 25 août 2011

LE RÊVE DU MILLIARDAIRE SE POURSUIT


Il y a un peu plus d'un an j'avais écrit un article sur un projet vinicole fascinant qui est en cours de développement au Chili. Je suis tombé aujourd'hui sur un article sur le blogue "Eat Wine" de Liz Caskey, une américaine établie au Chili. Cet article m'a amené à lire ce qui s'est écrit depuis un an sur ce projet que je trouve toujours aussi intéressant. Certains commentateurs émettent des doutes sur la possibilité de faire rapidement émerger un terroir comme Vina Vik tente de le faire à Millahue, mais tous ne peuvent que reconnaître la qualité du millésime 2009 de ce vin, le premier, issu de vignes plantées en 2006! Ce vin est déjà "sold out", même s'il ne sera livré qu'en 2012 et qu'il se vendait 100$ la bouteille. Les notes de dégustations sur les différents lots pré-assemblage du millésime 2010 sont aussi très positives.

Ce projet m'intéresse non pas à cause du prix élevé du vin, mais plutôt à cause du fait qu'il est basé sur la science et l'expertise en viticulture. On y a mis tout ce qu'on pensait être le meilleur après avoir bien étudié la diversité du lieu. Ce qui me semble le plus intéressant, c'est la plantation à haute densité visant le meilleur mariage possible entre le clone du cépage, le porte-greffe et la nature du sol. La clé du grand vin est là selon moi. Meilleur ce mariage sera, et meilleur sera le vin. Toutefois, comme le seul vin de la maison est un assemblage, il y a de la place pour l'optimisation et la correction éventuelle de mariages moins réussis. Aussi, ce qui m'apparaît comme très révélateur dans ce projet sans restrictions financières, c'est l'utilisation de porte-greffes. J'aimerais bien discuter avec l'architecte de ce projet, Patrick Valette, pour connaître les raisons précises de son choix, et ce faisant, savoir ce qu'il pense de la plantation sans greffage qui est la norme au Chili, même si les porte-greffes sont de plus en plus utilisés.

Pour lire plusieurs articles récents sur Vina Vik, il est intéressant de visiter la section "Press" du site web du producteur.




dimanche 21 août 2011

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2002, MAIPO, VINA DE MARTINO



Je n'ai aucune donnée technique sur l'élaboration de ce vin. Toutefois, De Martino est un des producteurs les plus axés sur la diversité du terroir chilien. Son slogan " Réinventer le Chili " décrit bien cet état d'esprit. Cette cuvée Legado a donc pour but de refléter l'expression du Cabernet Sauvignon dans la région de Maipo.

La robe est bien foncée et ne montre pas de traces évidentes d'évolution. Le nez est très beau, montrant des notes d'évolution, reflétant bien le cépage et avec encore des relents du lieu d'où le vin est issu. On y retrouve de frais arômes de cassis, de cerise et de menthol, amalgamés à un aspect torréfié, ainsi qu'à des notes d'épices douces et de sous-bois. Ce nez est séduisant et plutôt délicat, mais en bouche c'est une autre histoire. Le vin s'y révèle sous un jour viril, avec beaucoup de présence, des saveurs intenses, une matière tannique bien affirmée, et une bonne dose d'acidité. Le fruité est très présent, mais ce n'est plus un fruité de jeunesse et on peut y sentir des nuances d'évolution. Ce fruité est aussi appuyé sur une solide base d'amertume qui marque le style du vin et contribue au caractère viril déjà évoqué. Le milieu de bouche confirme la solidité de la matière, le très bon niveau de concentration et la poigne tannique du vin. La finale est intense et joue ce fruité légèrement évolué et amer en mode majeur, sur une bonne persistance et où à la toute fin l'amertume triomphe sur le fruit.

Moi qui avait ouvert cette bouteille en pensant y retrouver un vin de profil adouci et fondu. J'ai dû m'adapter car j'ai été très surpris par la vivacité de ce vin. En fait, le nez m'a donné pas mal ce que j'en attendais à ce stade, mais en bouche ce fut autre chose. Ce vin a évolué plus lentement qu'anticipé, et il aura besoin d'encore plusieurs année pour offrir une bouche moins costaude et plus raffinée. Ceci dit, en matière de vin tout est question de style et de niveau d'évolution, et une fois la surprise passée, je dois dire que je l'ai bien apprécié. Surtout qu'avec une longue aération, la bouche a quelque peu gagné en souplesse, à moins que ce ne soit mon palais qui se soit acclimaté au style masculin de ce nectar. Toujours est-il que force est de constater que ce vin en donne beaucoup pour son prix des plus abordables. Le prix de ce 2002 était de 17.40$, ce qui est ridicule au vu de la qualité et du potentiel de garde d'une vingtaine d'années. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que la version 2009 de ce vin est actuellement offerte à la SAQ pour seulement 16.55$. Contrairement à de nombreux vins médiatiques dont les prix explosent. Le prix et la qualité des Cabernets chiliens de type Reserva est stable depuis que j'ai commencé à m'y intéressé il y a une douzaine d'années. Je ne saurais donc recommander assez de mettre ces vins sous-estimés de côté pour la moyenne garde. Je ne sais si j'ai convaincu un seul lecteur de suivre cette recommandation si souvent réitérée. Mais pour moi, une chose est sûre, chaque nouvelle bouteille me conforte dans la validité de mon constat.



mardi 16 août 2011

CHARDONNAY, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, MAYCAS DEL LIMARI




Après avoir beaucoup lu à propos de ce projet. J'ai finalement la chance de goûter mon premier vin de Maycas de Limari. Contrairement à bien des amateurs qui ne jurent que par les petits producteurs indépendants. Je suis aussi intéressé de voir comment de très gros joueurs peuvent arriver à réconcilier l'aspect purement commercial, à la quête de faire mieux en augmentant la diversité. Au Chili, où la scène vinicole est dominée par quelques joueurs importants, cette flexibilité et cette ouverture d'esprit de la part des géants est primordiale pour favoriser la progression du secteur dans son ensemble. À ce titre, Concha y Toro fait figure d'exemple à suivre. Il s'agit d'un des plus grands producteurs au monde, qui exploite avec succès des lignes de vins industriels de qualité, comme la gamme Casilliero del Diablo, mais qui en même temps permet au responsable de cette gamme de vins sans identité précise, Marcelo Papa, de lancer un projet axé sur l'identité et l'innovation. Ce projet c'est bien sûr Maycas Del Limari. Papa a réussi, en 2005, à convaincre les grands partons de Concha y Toro d'investir massivement dans cette nouvelle région avec la conviction qu'on pouvait y produire des vins distinctifs et de grande qualité. Il faut dire que Papa avait excellé non seulement à la tête de la vaste gamme Casilliero del Diablo, mais aussi à la tête de l'excellente gamme Marquès de Casa Concha. Il est clair que l'homme a du talent et qu'il avait accumulé le capital de crédibilité nécessaire pour convaincre ses patrons du bien fondé des ses convictions par rapport au potentiel du terroir de Limari. Mais c'est aussi la preuve qu'il est possible d'innover, même si on évolue au sein d'une très grande entreprise. Ce qui compte, ce n'est pas la taille, mais bien le désir d'exceller. Pour ce qui est de ce Chardonnay, Reserva Especial, 2008, il provient du lieu appelé Quebrada Seca, qui avec son climat frais et son sol riche en calcaire est considérée pour le moment comme le meilleur endroit de Limari pour produire des vins de Chardonnay. Le vin a été élevé en barriques de chêne français pendant 12 mois. Il titre à 14.2% d'alcool, et est bien sec avec 1.8 grammes de sucres résiduels.

La robe est d'une belle teinte dorée bien soutenue. Le nez est très typique du cépage avec des arômes de pêche, d'abricot et de poire, soutenus par un léger trait citronné et complétés par de fines notes de fumée et d'épices douces. En bouche, l'attaque est d'un bel équilibre, ample et souple, et déployant un généreux fruité mâtiné de légères notes caramélisées. Au niveau tactile, le vin montre un bon gras, ce qui le rend presque onctueux, même si une douce acidité est bien présente pour préserver l'équilibre d'ensemble. Le vin est concentré, et de bon volume, ce qui lui donne une bonne présence en milieu de bouche. La finale est harmonieuse et longue.

Ce Reserva Especial de Maycas de Limari est assurément parmi les meilleurs exemples chiliens de ce cépage qu'il m'ait été donné de déguster. À titre d'exemple, et pour demeurer dans le Nouveau-Monde, c'est un vin qui en terme de style et de niveau qualitatif se compare à des vins comme le Chardonnay, Estate, de Kumeu River, ou encore la cuvée Five Soldiers de Rustenberg. Dans ces circonstances, le prix demandé à la SAQ de 25.25$ m'apparaît comme parfaitement justifié. Pour être plus juste, je dirais qu'à ce prix ce vin constitue une aubaine. Mais au-delà du prix, ce vin est un bon exemple pour illustrer les progrès qui découlent du développement du nouveau Chili vinicole. Une autre preuve que la révolution terroir menée dans ce pays porte ses fruits. Et ce n'est que le début de cette aventure. En terminant, le producteur indique un potentiel de garde allant jusqu'à 2017 pour ce vin. Voilà qui m'incite à poursuivre mes expériences de garde avec les blancs chiliens de climat frais. Étant donné la courte histoire de la région, 2017 est seulement une estimation. Mais c'est quand même ironique de voir le producteur d'un vin d'une toute nouvelle région être plus confiant dans le potentiel de garde de son vin qu'on ne l'est parfois avec de grands vins venant du berceau de ce cépage...

mercredi 10 août 2011

La fatalité des Bretts...


En faisant des recherches à propos d'un vin sud-africain, je suis tombé sur un blogue anglo-québécois intitulé « Brett Happens ». Je n'ai pas trouvé de traduction qui rende avec justesse en français le titre de ce blogue, mais bien sûr, un tel titre a piqué ma curiosité, même si c'est un sujet que j'ai déjà abordé sous de nombreux angles. L'auteur de « Brett Happens » aime les arômes « brettés », mais j'ai aimé sa lucidité et son honnêteté sur le sujet. Un paragraphe en particulier rejoint ce que je pense sur le sujet, et résume la situation dans laquelle je me retrouve face à ce que certains appellent le vin fin. Voici ma traduction libre de ce paragraphe où l'auteur y va de recommandations visant à éviter les vins « brettés » :

«  De manière générale, les nouveaux producteurs, et les anciens avec de nouveaux chais de vinification, tendent à avoir une meilleure hygiène. Ceci est aussi vrai pour les plus gros producteurs « industriels ». Donc, une tactique perverse serait d'éviter les vins artisanaux; malheureusement, cette façon de faire veut aussi dire se priver de certains des vins les plus intéressants élaborés actuellement »

L'auteur poursuit ensuite en disant qu'il n'y a pas de manière infaillible d'éviter les Bretts, et qu'au fond, c'est une fatalité. Je pense qu'il a raison, mais de mon point de vue, c'est là un bien triste constat, surtout que le problème de l'esthétique du défaut œnologique ne se limite pas aux Bretts. Il y a bien d'autres microorganismes qui peuvent altérer le profil aromatique du vin en cours d'élevage et en bouteille, sans compter les problèmes d'oxydation prématurée des vins de garde insuffisamment sulfités. Ceci dit, et pour s'en tenir aux Bretts, le blogue « Brett Happens » découle d'un fil de discussion sur le forum Chowhoud, où quelqu'un demandait comment éviter les vins présentant un bouquet d'écurie. Les réponses à la question contiennent bien des clichés, et surtout reflètent bien le relativisme généralement accepté sur le sujet et le caractère pratiquement inévitable de la chose. On se fait servir des noms bien connus quand on parle de ce sujet : Beaucastel, Musar, Rayas, Torbreck, Almaviva, Tempier, Mondavi, etc..., mais au bout du compte, ce qui ressort, c'est qu'il s'agit bel et bien d'une question touchant surtout le haut de la pyramide vinicole. Le vin du commun des mortels est « clean », c'est plus haut que ça se passe.

À chaque fois que je fais incursion dans le monde du vin fin européen, j'en ressort en me disant qu'il s'agit d'un terrain d'une grande richesse, mais miné pour qui est rebuté par ces arômes. Je me dis aussi que c'est un goût qu'il faut absolument acquérir, ou bien renoncer si ce n'est pas possible, car les déceptions seront trop nombreuses. Finalement, au-delà du goût et des préférences, je persiste à penser que ces arômes non reliés au lieu d'origine vont à l'encontre du vin de terroir et en cache la vraie nature.


dimanche 7 août 2011

SAUVIGNON BLANC, RESREVA, 2009, CASABLANCA, CASAS DEL BOSQUE




Après un mois sans vin au printemps, et une résolution de boire moins à l'avenir. C'est un été très tranquille en ce qui me concerne côté vin. Il faut dire que la chaleur ne m'incite pas tellement à boire. En ce sens, une des rares bouteilles ouvertes fut ce Sauvignon Blanc de Casas del Bosque. J'avais fort apprécié le millésime 2008 de ce vin. Casas del Bosque est situé dans la partie ouest de la vallée de Casablanca. Cette zone est plus fraîche car plus proche de l'océan Pacifique. Ce monocépage est un assemblage composé de trois clones (78% clone 1, 16% clone 107 et 6% clone 242) provenant de trois types de sols différents (82% argileux, 15% sablonneux et 3% volcanique). Le rendement des vignes est très modéré pour un vin de ce prix à environ 35 hl/ha. Le vin est vinifié en inox avec des températures de fermentation basses. Il titre à 12.4% d'alcool pour un pH de 3.24 et 2.8 g de sucres résiduels.

Le nez est plutôt intense à l'ouverture avec des arômes de pamplemousse à l'avant-plan. Le tout se calme par la suite et c'est alors le citron qui occupe le premier rôle, complété par des notes de zeste d'agrumes, d'herbe coupée et de bord de rivière à truite. En bouche, l'attaque est vive et déploie un fruité citronné intense mâtiné de légères notes végétales. Le milieu de bouche se révèle sous le signe de la fraîcheur et de l'équilibre, avec une matière concentrée et de bon volume. La finale garde le cap sur l'intensité des saveurs et montre une superbe persistance.

Ce millésime 2009 confirme avec brio la qualité de cette cuvée. Après seulement deux millésimes goûtés, je me rend compte que l'excellente réputation de ce Reserva de Casas del Bosque n'est pas surfaite. Il se classe assurément parmi mes vins de Sauvignon Blanc chiliens préférés et représente probablement le meilleur RQP parmi ceux que j'ai pu goûter. Il faut ce rappeler que ce vin constitue l'entrée de gamme de ce producteur, qui produit aussi un Gran Reserva et une cuvée supérieure en faibles volumes appelée « Pequenas Producciones ». Le millésime 2010 de la cuvée Reserva vient d'arriver sur les tablettes de la SAQ. J'ai d'ailleurs profité de la récente promo pour m'en procurer quelques bouteilles à 10% de rabais. Ça me permettra de voir si l'adage « jamais deux sans trois » se confirme.


samedi 30 juillet 2011

Quand la technologie et la nature se rejoignent

J'ai recommencé depuis un certain temps à participer à des dégustations de groupe où je peux goûter à des vins européens de bon niveau. C'était le cas hier lors d'une très agréable soirée organisée par le biais du forum Fouduvin. J'y avais apporté les deux seuls vins du Nouveau-Monde, les autres vins venaient de le vieille Europe. Les discussions furent très intéressantes et ça m'a permis de comparer mes perceptions à celles de mes compagnons de dégustation. Mon but dans ce type d'exercice, au-delà du plaisir, est de rafraîchir mes repères pour mieux me situer face au vin en général. Comme c'est presque toujours le cas après ce type d'exercice, je suis décontenancé. D'un côté, il y a le niveau de qualité des vins qui est généralement élevé, ce qui est normal pour des vins de ce prix. Mais de l'autre il y a cette esthétique européenne du défaut œnologique qui pour moi gâche trop de vins qui autrement auraient été superbes. Je dis pour moi, car ma perception à ce sujet est rarement partagée par les autres dégustateurs. Comme si mon palais rompu aux vins œnologiquement stables n'était pas entraîné pour ce genre de vins. À chaque fois c'est un choc et je suis frappé par l'incompréhension. À chaque fois je me demande pourquoi ces vins avaient besoin de ça, alors que la plupart du temps, sans ça, ils auraient été excellents. À chaque fois, ça me conforte dans l'idée que le vin authentique s'obtient par une fermentation alcoolique bien menée, et une malo dans certains cas, suivie ensuite d'une stabilisation efficace du vin. Pas de traficotage micro-biologique par la suite.

C'est avec ces réflexions en tête que je suis tombé dans ma petite revue de presse du samedi sur le plus récent article de Bill Zacharkiw dans The Gazette. Dans ce papier Bill traite à sa façon des vins « fabriqués » du genre « Ménage à Trois » et « Apothic Red ». Bien que je sois moi aussi opposé à ce type de vins confectionnés, je ne peux m'empêcher de les relier aux vins micro-biologiquement manipulés du paragraphe précédant. Lorsque qu'on ferme une boucle, les extrémités se rejoignent et c'est tout ce qu'il y a à faire pour s'apercevoir de la proximité de ces deux genres de vins qui peuvent apparaître à première vue comme diamétralement opposés. Le vin technologique utilisera des levures sélectionnées pour favoriser un arôme particulier, ou ajoutera des enzymes pour permettre une réaction chimique particulière, autrement impossible. Mais laisser des levures et des bactéries agir par le biais de leurs enzymes sur un vin dont la fermentation est complétée, c'est aussi une façon de modifier le vin en créant des arômes qui autrement ne s'y seraient pas retrouvés. Des arômes qui interféreront avec la véritable identité du vin. Pour moi, c'est deux façons de jouer avec le profil d'un vin. Deux façons de l'éloigner de sa véritable identité. Ce qui est malheureux toutefois, c'est que contrairement aux vins technologiques qu'on retrouvent surtout dans le bas de gamme, c'est le moyen et haut de gamme qui est touché par les problèmes d'instabilité micro-biologique. Je sais que mon point de vue sur le sujet demeure très minoraitaire, et je l'assume. N'empêche que je pense qu'il faut se méfier des extrêmes. Je n'ai pas envie de vins artificiels, mais pas plus de vins naturels dont l'exemple ultime s'appelle vinaigre.

jeudi 21 juillet 2011

Trouver l'Eldorado

Le titre n'est pas de moi, c'est plutôt celui d'un article de Steven Spurrier dans le dernier numéro de la revue britannique Decanter à propos du Chili et de l'Argentine. Je trouve que cet article résume bien pourquoi le Chili et l'Argentine sont mes deux pays de prédilection dans le monde du vin. Je dirais même que la lecture de l'article permet d'assez bien comprendre pourquoi je préfère le Chili à son voisin transandin. Personnellement je résumerais ça à deux mots: diversité et fraîcheur. Aussi, dès le deuxième paragraphe de son article, M. Spurrier y va d'un commentaire qui rejoint ce que j'écrivais dernièrement dans un texte intitulé « Aborder le vin autrement ». Je traduis librement  ses propos sur le Chili et l'Argentine: « Ils semblent pour moi les Eldorados du monde du vin, très différents, mais tous deux des Eldorados. J'ai passé cinq décennies à encaver presque exclusivement des vins venant d'Europe, et si un être supérieur quelconque (mais plus probablement inférieur) en venait à me dire que mes années avec l'Ancien-Monde devaient se terminer, ce serait vers l'Amérique du Sud que je me tournerais pour y trouver consolation. Une consolation mêlée d'enthousiasme. » Bien sûr, à lire ces propos, on peut se dire que le rôle du prix de consolation enthousiasmant n'est pas vraiment ce qu'il y a de mieux, mais tout est question de point de vue. M. Spurrier a été élevé au vin européen, il est donc bien normal que ce continent demeure son premier choix. De toute façon, l'Amérique du Sud ne prétend pas faire jeu égal avec la profondeur de l'offre européenne. Mais pour quelqu'un qui en est encore à ses débuts dans le monde du vin, ou qui a gardé encore assez d'ouverture d'esprit, il s'agit d'une formidable alternative, ou encore un complément très abordable.

Le reste de l'article porte sur le choix des 15 meilleurs producteurs du Chili, et des 10 meilleurs d'Argentine de la part de deux « Master of Wine » spécialisés. On y retrouve encore le toujours pertinent Peter Richards à propos du Chili, alors que Marina Gayan, qui traite de l'Argentine, y va d'une grossière erreur dès le premier producteur dont elle traite, en écrivant que la cuvée « Quimera » de Achaval Ferrer est un pur Malbec venant de trois terroirs différents, alors qu'en réalité la cuvée Quimera est un assemblage bordelais. Disons que comme premier contact avec un auteur, ça donne un coup à la crédibilité. Ceci dit, ses choix de producteurs argentins sont bons, même si Weinert est une maison qui aurait mérité une place dans ce Top 10. Pour ce qui est du Chili, je sais que Calyptra/Aristos font beaucoup jaser dans le petit cercle des connaisseurs de vins chiliens, mais je ne peux juger, n'ayant jamais pu goûter leurs vins. Comme les deux étiquettes sont liées par des vignobles et un winemaker communs, une seule mention aurait été suffisante, surtout que c'est un producteur qui ne fait que commencer. Il y a aussi une certaine forme de redondance avec Cono Sur fait partie du géant Concha y Toro, même si c'est une entité autonome, même chose pour Altair, Vina Leyda et Tabali qui sont des unités autonomes appartenant en tout ou en partie au géant San Pedro. Ça montre la force de ces deux grands groupes, mais on aurait pu favoriser des producteurs indépendants à la place. Je n'ai pas encore pu goûter les vins de O. Fournier au Chili, mais c'est un excellent producteur en Argentine et je ne doute pas de la qualité de ses vins au Chili. Je ne connais pas encore les vins de Polkura, mais à ma grande surprise la Syrah, 2008, dont il est question dans l'article, apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. C'est donc à surveiller. Ceux qui me lisent avec régularité savent tout le bien que je pense de pionniers comme Errazuriz, De Martino, Casa Marin et Falernia. Pour ce qui est de Montes, même si c'est un bon producteur, il n'aurait pas fait mon Top 15. L'absent de marque est Casa Lapostolle. La qualité des vins n'est pas en cause, cette absence me semble plutôt justifiée par le prix trop élevé de ses vins. En terminant, les producteurs dont j'ai goûté certains vins et qui auraient pu faire partie de ce Top 15 : Matetic, Loma Larga, Amayna, Kingston, Casas del Bosque, Perez Cruz, Clos Quebrada de Macul, Chocalan, Casa Silva, Ventisquero, Undurraga, Dos Andes (Veranda).


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dimanche 17 juillet 2011

Le vin chilien peut-il vieillir? (suite)

Dans un article précédant je posais cette question à propos du potentiel de garde des rouges chiliens. Dernièrement je suis tombé sur une  référence intéressante à ce propos. Peter Richards, un spécialiste du Chili vinicole pour la revue Decanter, y relate la dégustation d'un Cabernet Sauvignon, Medalla Real, 1987 de Santa Rita. Il est très élogieux à son sujet. Il est intéressant de noter que c'est l'importateur danois de Santa Rita qui avait décidé de garder des bouteilles de ce vin, et non le producteur lui-même, ce qui montre encore une fois la lacune des chiliens face au potentiel de garde de leurs propres vins. N'empêche que les propos de Andres Ilabaca, le winemaker actuel de cette cuvée sont intéressants lorsqu'il dit que les vignobles qui ont produits ce vin étaient mal tenus, trop irrigués, trop productifs et trop vigoureux. Malgré cela, on a obtenu un vin qui titre à seulement 12% d'alcool et qui a bien évolué sur plus de 20 ans. Les Cabs à 12% d'alcool au Chili, ça n'existe plus aujourd'hui. Comme partout ailleurs sur la planète, on récolte plus tardivement à la recherche de la fameuse maturité phénolique. Ce qui fait que les vins d'aujourd'hui sont différents, pas juste plus alcooliques, mais avec des tanins différents et généralement plus de concentration et des saveurs plus matures. Ceci dit, un exemple comme celui de ce Medalla Real me conforte dans ma préférence pour les vins plus modérés de type Reservas. Des vins qui évitent les excès d'ambition, plus abordables en jeunesse, et qui avec le temps me semblent avoir plus de chances de demeurer équilibrés. Même si ce 1987 a bien évolué, je ne suis pas de ceux qui pensent que cette façon de faire est nécessairement la meilleure, même si aujourd'hui on semble souvent rechercher la maturité à tout prix, parfois au détriment de l'équilibre général.

Que ce soit au Chili, ou ailleurs dans le monde, l'évolution des méthodes d'élaboration rend la garde du vin plus incertaine. Toutefois, pour avoir des réponses, il faut mettre des bouteilles de côté. En ce sens, les rouges chiliens demeurent une option de choix, car leurs prix demeurent très modiques, ce qui permet d'acheter plusieurs exemplaires du même vin et de suivre son évolution. De plus, si un vin de 20$ se montre décevant, c'est moins frustrant qu'avec une bouteille de 100$. Personnellement, j'ai ouvert pas mal de rouges chiliens ces dernières années qui avaient entre 10 et 15 ans d'âge, et je suis plus que satisfait des résultats.


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dimanche 10 juillet 2011

CABERNET SAUVIGNON, FINISIMO, GRAN RESERVA, 2007, MARCHIGUE, COLCHAGUA, CANEPA




Canepa a été fondé en 1930 par José Canepa, un immigrant italien, et la cuvée Finisimo a été élaborée pour la première fois en 1960. Ce qui en fait une des premières cuvées premiums du Chili. Ce n'est toutefois pas un vin de domaine à la française, ce qui fait que la cuvée d'aujourd'hui n'a que très peu en commun avec ce qu'on faisait il y a 50 ans. Ceci dit, quel vin d'aujourd'hui peut prétendre être semblable à ce qui était fait il y a un demi-siècle? Toujours est-il que la version moderne de cette cuvée Finisimo provient maintenant de Marchigue. Le millésime 2007 est le premier à provenir de cet endroit. En plus du Cabernet Sauvignon, il est complété par 15% de Syrah. Le vin est élevé pendant 16 mois en barriques de chêne français d'âge indéterminé. Il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.55.

La robe est sombre et opaque. Le nez est de bonne intensité et est marqué par ce que j'appelle le végétal frais, par rapport au végétal vert. Il exhale des arômes de groseille, de cassis, de menthol, de camphre et d'herbes aromatiques évoquant le thym et le romarin. Le tout est complété par des notes vanillées et torréfiées venant vraisemblablement de l'élevage en barriques. Un beau nez frais au caractère un peu sauvage. En bouche, on retrouve un vin solide et compact, à la fois généreux et retenu. L'acidité est bien présente et contribue à l'intensité et à la fraicheur du fruité de belle qualité, alors qu'un juste trait d'amertume est bénéfique à l'équilibre d'ensemble. Le milieu de bouche révèle un vin mi-corsé et bien concentré, assez facile à boire malgré son jeune âge. Les tanins sont bien présents, mais sans aspérités. La finale est harmonieuse et le fruité y garde le premier rôle, sur une persistance de bon niveau.

J'ai acheté ce vin car il vient de la région de Marchigue, une nouvelle sous-région de la vallée de Colchagua où les températures sont un peu plus fraîches car située plus près de la côte du Pacifique. Je ne connais pas encore assez cette région pour pouvoir y dénoter une quelconque typicité, mais j'ai bien aimé ce vin marqué par la fraîcheur de ses arômes. Une fraîcheur qu'on retrouve aussi en bouche grâce à une bonne acidité. C'est un vin modéré et équilibré qui ne manque de rien tout en sachant éviter les excès d'exemples plus ambitieux. Il se contente d'afficher le profil général de ces fameux Reservas chiliens que j'aime tant. Le résultat est donc facile à boire dès maintenant, même si un potentiel de garde me semble bien présent. Au prix payé de 17.95$, ce vin est un autre exemple montrant la grande force de ce pays dans cette catégorie de prix.