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samedi 17 octobre 2015

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2000, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ




Retour sur un vin que j'ai déjà commenté sur ce blogue en février 2012. Je n'ai relu ce que j'en disais alors qu'après avoir écrit ce qui suit ci-bas. Il n'y a pas à dire, ce vin touche ma fibre existentielle. Drôle de coïncidence...

La robe est légèrement tuilée et translucide. Le nez est simplement superbe avec un équilibre impeccable entre fruit (cerise) et épices douces d'aspect évolué, complétés par des notes de bois de cèdre, de camphre et de torréfaction. Ce nez est tellement agréable et juste dans son niveau d'expression qu'on a l'envie constante d'y revenir en cours de dégustation. Le charme ne se brise pas en bouche ou l'équilibre est aussi réussi. L'aspect tactile est caressant avec une trame tannique soyeuse qui sert d'écrin à un fruit évolué d'une très belle qualité et admirablement marié à des notes doucement épicées qui elles aussi montrent la signature d'une heureuse évolution en bouteille. Le milieu de bouche révèle un vin harmonieux aux proportions d'une grande justesse. Rien ne dépasse dans ce vin, pas d'excès de quelconque nature, ça coule de source sans effort pour offrir un délice raffiné. La finale ne trahit rien et se montre à la hauteur de l'amorce, avec grâce et harmonie sur une longueur de très bon calibre.

Dire que j'ai aimé ce vin est un euphémisme. La quintessence du Cab chilien de type Reserva ressemble à ça. On peut préférer le style Maipo à ce vin très marqué Errazuriz/Aconcagua, mais c'est comme devoir choisir entre deux très belles choses. Vous penserez peut-être que mon enthousiasme pour ce vin est exagéré. Qu'un vin de 18$ ne peut pas être aussi bon, surtout après 15 ans. Il faut le goûter pour le croire. Ce vin a maintenant une texture qui se rapproche de celle d'un vin de Pinot Noir, mais avec un profil aromatique de Cabernet évolué au boisé bien fondu. Selon moi ce vin est actuellement à son meilleur et devrait y rester pour encore quelques années, ce qui concorde avec l'idée voulant que la fenêtre de garde pour les rouges chiliens de type Reserva bien choisis est de de 10 à 20 ans après le millésime, ce qui veut dire environ 7 à 17 ans de garde. Dans le cas de ce vin, je l'ai gardé 12 ans en cave. Ça n'a l'air de rien, mais il faut avoir de la patience, alors imaginez la patience qu'il faut pour les vins plus concentrés, extraits et boisés. Qui va garder ça 25 ans avant de l'ouvrir? Vous vous montez une cave avec ce genre de bêtes? Préparez-vous à être très patients ou à être déçus quand vous les ouvrirez trop tôt. C'est pourquoi je vante tant les rouges chiliens de type Reserva. Ils ont une courbe d'évolution plus accessible pour en profiter sans trop de risque de mourir avant que le vin ne soit prêt. Plus on avance en âge et plus cet argument prend de poids. À part ça, il y a toujours le prix qui est formidable au vu de la qualité.  On peut l'acheter à la caisse en tout temps dans une SAQ Dépôt pour un peu plus de 16$ la bouteille.

dimanche 30 août 2015

NINQUÉN, 2002, COLCHAGUA, MONTGRAS



Ma cave a atteint un âge où je peux maintenant ouvrir sans regrets des vins de 10 ans ou plus sur une base très régulière. J'entre dans la phase où je récolte le fruit d'un investissement qui nécessitait foi et patience. Je dis foi car se monter une cave fortement composée de rouges chiliens nécessitait d'avoir la conviction ne pas se tromper sur le potentiel de garde réel de ces vins, lorsque bien choisis. C'est plaisant d'avoir accès sans contraintes à ce type de vins évolués car ils sont rares sur le marché. Le vin âgé coûte cher et en ce sens monter sa propre cave est non seulement un investissement au strict plan du vin, mais aussi en termes économiques. Je n'ai pas seulement une cave qui prend de l'âge. J'ai aussi un blogue qui dure depuis bientôt 6 ans. Je suis donc rendu au point point où il vaut la peine de revenir sur un vin dont j'ai déjà traité il y a plusieurs années. Je reviens donc, 5 ans plus tard sur le Ninquén, 2002. Un vin qui avec le temps est devenu un classique abordable du rayon des spécialités de la SAQ.. L'archétype en jeunesse du vin chilien que certains aiment mépriser. Un vin riche au fruité mature et copieusement boisé. Qu'est-ce que ça donne après 12 ans en bouteille? J'ai écrit cette note de dégustation sans relire ce que j'avais écrit à son sujet il y a 5 ans.

La robe est toujours bien soutenue, bien que légèrement translucide et orangée au pourtour du disque. Le nez exhale avec modération de beaux arômes fruités, rouges et noirs, avec la cerise au marasquin qui se démarque clairement, le tout marié à des notes de bois de cèdre, d'épices douces évoluées et de torréfaction. La bouche est à la fois raffinée, généreuse et ample. Le vin possède encore un bon volume et le fruit montre un aspect sérieux à cause d'une solide dose d'amertume qui absorbe bien la douceur du fruit. Le boisé est fondu et ajoute un aspect épicé lui aussi dépourvu de douceur. Le milieu de bouche confirme cette impression de généreuse austérité. Il y a de la matière et de la concentration, les tanins sont soyeux et abondants et l'amertume marque l'impression d'ensemble sans engloutir le fruit. Heureusement. La finale est très persistante sur un mélange de cerises, de kirsch et de chocolat noir..

Je vante souvent les rouges chiliens de type Reserva pour leur équilibre modéré qui sait éviter l'excès. Ici on est clairement dans une autre catégorie, une catégorie plus ambitieuse en terme de matière et de concentration. Peut-être à cause de cela le vin est relativement peu évolué compte tenu de son âge. Ce n'est plus une jeunesse, mais il en a encore beaucoup sous la pédale. C'est donc un vin plus puissant et imposant que les vins que je bois normalement. Comme mentionné précédemment, le vin est aussi dénué de douceur et l'amertume y joue un rôle important. C'est très bon, mais moins facile à boire, comme s'il y avait plus de vin à chaque gorgée. C'est donc une bouteille sérieuse que j'ai bue très lentement et que j'ai bien appréciée. Le vin a gagné en harmonie après plusieurs heures d'aération, l'amertume étant moins notable. Il me reste deux bouteilles pour continuer de le suivre.





samedi 13 juin 2015

STELLA AUREA, 2001, MAIPO ALTO, CLOS QUEBRADA DE MACUL



Clos Quebrada de Macul est un de mes producteurs chiliens favoris. Sa cuvée Domus Aurea est un des meilleurs vins de ce pays qu'il m'ait été donné de goûter. Ici nous avons sa petite sœur, je dis petite sœur car le producteur dit qu'il s'agit d'une version plus féminine du Domus. Toujours est-il que les deux vins viennent du même vignoble de la région de Macul, au nord de Santiago, aux pieds des Andes. Ce vignoble en pente a été planté au début des années 70. Je n'ai pu retrouver d'informations sur l'élaboration de ce vin, mais il est fortement composé de Cabernet Sauvignon et normalement complété par un peu de Merlot et de Cabernet Franc. Selon l'étiquette, il titre à 14% d'alcool.

La robe montre de clairs signes d'évolution par son aspect translucide et sa teinte légèrement orangée au pourtour du disque. Le nez enchaîne en dévoilant lui aussi un aspect évolué qui teinte l'ensemble de la palette aromatique marquée par des arômes de petits fruits, noirs et rouges, de camphre, de terre humide, de bois brûlé, d'épices douces et de fines herbes. Superbe nez, fin et très complexe, un peu difficile à décrire avec un quelconque sentiment de justesse car on semble y découvrir un nouvel arôme presqu'à chaque abord. Le ravissement se poursuit en bouche on l'on retrouve un vin raffiné et admirablement équilibré. Rien n'accroche, tous les angles sont arrondis et le vin glisse sans effort avec son cortège de saveurs, à la fois délicates et intenses. En milieu de bouche c'est encore l'impression d'équilibre et de finesse qui s'impose. Le vin est facile à boire, mais tellement bon qu'on veut prendre son temps pour bien l'apprécier. La finale confirme, harmonieuse, soyeuse et longue.

Que puis-je ajouter, sinon que la patience paie? J'ai acheté ce vin il y 10 ou 11 ans et il donne clairement aujourd'hui un résultat bien différent de ce qu'il offrait en jeunesse. Ce qu'il a perdu en puissance, en intensité, en solidité et en volume, il l'a récupéré en finesse, en souplesse, en impression d'équilibre et en complexité aromatique. Le monde du vin en est un où on aime bien la distinction et la rareté. Le Chili est rarement associé au mot distinction, mais en pure aveugle ce vin changerait bien des perceptions. Pour ce qui est de la rareté, et bien pour avoir des vins chiliens de ce type et de cet âge il faut les acheter jeunes, être convaincu de leur potentiel et avoir la patience de les garder. Rares sont ces vins aujourd'hui car rares sont les convaincus. Pas besoin d'aller faire la file à la Signature et payer de fortes sommes pour avoir des vins rares et distinctifs. Ce Stella Aurea en est la preuve, payé 20$ dans le temps, il ne déparerait pas une vague de vins de type bordelais de très bon niveau, et quand je dis très bon niveau, je veux vraiment dire très bon niveau...

samedi 14 mars 2015

CABERNET SAUVIGNON, 2011, COLCHAGUA, VINA MAQUIS



Vina Maquis est un producteur chilien intrigant situé au cœur de la chaude vallée de Colchagua, mais qui se distingue de ses voisins en produisant des vins aux taux d'alcool modérés, issus de vendanges hâtives. Tout est relatif, bien sûr, mais chez Maquis on cueille le raisin environ un mois plus tôt qu'ailleurs aux alentours. L'explication de cette façon de faire semble découler du fait que le producteur est conseillé depuis 2004 par un consultant réputé, soit le français Xavier Choné, qui a comme clients des noms très réputés (DRC, Cheval Blanc, Yquem, Opus One, etc.), et qui prône cette approche. Vina Maquis est son seul client sud-américain. Pour ce qui est du vin dont il est question ici, il contient 10% de Petit Verdot et est issu d'un vignoble situé entre deux cours d'eau, soit la rivière Tinguiririca et le ruisseau Chimbarongo. L'élaboration du vin inclut la vendange manuelle, une macération pré-fermentaire à froid, des fermentations alcoolique et malo-lactique consécutives en inox. Ensuite 50% du vin est élevé pendant 10 mois en inox et l'autre moitié en barriques de chêne de deuxième et troisième usage. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH surprenamment élevé de 3.83 et est très sec avec 2.6 g/L de sucres résiduels.

La robe est foncée et opaque. Le nez est discret avec des arômes de fruits noirs et de graphite, complétés par une touche doucement épicée et une pointe torréfiée. Plutôt simple comme nez à ce stade et vraiment peu démonstratif. En bouche, l'attaque est ferme, la matière dense et le fruité sévère, aidé en cela par une bonne dose d'amertume. Le milieu de bouche confirme un bon niveau de concentration et la structure compacte de l'ensemble. Les tanins sont solides et légèrement texturés. La finale confirme l'austérité de ce nectar, sur une bonne longueur et des tanins qui se resserrent.

Ce vin n'est clairement pas, à ce stade précoce, un vin de pur plaisir. Certains le qualifieraient de fermé. Je l'ignore car je ne sais pas ce que le vin aura l'air dans quelques années. Toutefois, pour moi, il est clair que c'est un vin qui détonne de la norme actuelle au Chili. La vendange hâtive semble marquer le style, il n'y a pas de verdeur, contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, mais le vin n'a pas beaucoup de gras et de volume, le fruit est en retrait et la texture tannique manque de douceur. Somme toute un vin austère qui semble en ligne avec l'influence bordelaise de ce domaine. Ceci dit, ce vin montre toute l'influence des décisions humaines en relation avec le résultat final en bouteille. Quoi que dans ce cas-ci, c'est justement l'évolution en bouteille qui pourrait avoir le dernier mot, mais même si cela devait arriver et que le vin devait évoluer favorablement, on serait clairement sur un cas de bonification en bouteille, selon la tradition européenne. Je pense que c'est la grande différence entre les vins issus de raisins moins matures et ceux issus de raisins plus matures, sans être trop matures. Dans le deuxième cas les vins peuvent être agréables dès la jeunesse, et bien évoluer ensuite, alors que dans le premier cas il semble que la garde soit nécessaire pour assagir le tout, mais cela reste à confirmer. Il y a un mouvement au Chili actuellement pour vendanger plus tôt et moins boiser les vins. Le but étant, en principe, d'obtenir des vins plus frais et faciles à boire en jeunesse. Ici on a un vin qui vise clairement cet objectif, toutefois, le résultat n'est actuellement pas vraiment convaincant. Le vin n'est pas mauvais, mais manque de charme et d'expressivité. Comme les qualités manquantes sont celles qui m'attirent vers les rouges chiliens en jeunesse, un vin comme celui-ci n'a donc pas beaucoup d'intérêt pour moi, si ce n'est peut-être comme pari et curiosité pour la garde. À noter que Vina Maquis produit une cuvée de Cabernet Franc haut de gamme, appelée Franco, qui est désignée par plusieurs comme le meilleur vin de Cabernet Franc du Chili. Un producteur de bonne réputation à qui je donnerai une deuxième chance si l'occasion se présente, mais je n'ai pas été convaincu sur cette bouteille.


vendredi 2 janvier 2015

CABERNET SAUVIGNON, RESERVA, 2012, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



Dans un pays comme le Chili à qui l'on reproche souvent la grosseur de ses producteurs qui font de tout et qui sont un peu partout dans le pays, il existe aussi des contre-exemples. Un de ceux-ci, est Vina Perez Cruz. Voici un producteur de petite taille qui ne produit que des vins rouges issus d'un domaine unique appelé Liguai. Celui-ci est situé à l'extrémité sud l'Alto Maipo à une altitude variant entre 1450 et 1700 pieds. Trois types distincts de sols composent le vignoble et les parcelles sont vendangées et vinifiées séparément avant l'assemblage final qui comprend 4% de Syrah et 1% de Cot (Malbec). Le vin est élevé 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à 13.5% d'alcool, et montre un vif pH de 3.52 sans correction exogène de l'acidité.

La robe est d'une teinte rubis foncé légèrement translucide. Le nez déclare son origine avec franchise, et quand je parle d'origine, je ne parle pas du Chili, mais bien de l'Alto Maipo et la limite du vignoble de Liguai tellement les vins de ce producteur ont une identité spécifique. Ça embaume la cerise, le groseille et le cassis, les fines herbes et le menthol. Un nez tout en fraîcheur où on peut aussi percevoir à l'arrière-plan une touche doucement épicée, un peu de bois de cèdre et un soupçon de poivron vert. Un superbe nez d'une très grande complexité qui allie des types d'arômes très variés. Le ravissement se transpose en bouche où l'on retrouve un vin à la structure compacte, supporté par une bonne acidité qui énergise une palette de saveurs fraîches et intenses. Le milieu de bouche confirme l'équilibre et le bon niveau de concentration du vin, de même que la finesse des tanins, mais ce qui marque vraiment c'est la qualité des saveurs qui rendent ce vin simplement délicieux et facile à boire. La finale coule de source avec ce vigoureux flot de saveurs qui s'échoue et persiste ensuite un bon moment.

Ce vin est un de mes favoris depuis de nombreuses années. J'ai encore une bouteille du millésime 2003 en cave. C'est vraiment un vin incroyable, un vin qu'il est facile de sous-estimer à cause de son faible prix (15.95$ LCBO). Il faut alors se méfier de l'effet Veblen inversé où l'on a tendance à se dire que si le prix est si bas, ça ne peut pas être aussi bon. Ceci dit, comprenez-moi bien, ce qui m'a toujours ravi dans ce vin, c'est son équilibre d'ensemble, allié à la qualité de ses arômes et de ses saveurs. La qualité et la complexité sont incroyables pour le prix, mais le vin n'a pas le niveau de concentration et la longueur en bouche des cuvées de luxe. Il joue dans un autre registre et c'est ce qui fait son charme. C'est un vin qui représente pour moi la quintessence du Cabernet chilien de type Reserva, il en a les proportions et l'équilibre et en prime c'est un vin de terroir exemplaire car il montre un profil aromatique unique qui reflète le lieu d'où il provient. En ce sens, il me fait penser à l'Antiguas Reservas de Cousino Macul du siècle passé, lorsqu'il provenait du vieux vignoble de Macul. C'était aussi un vin au profil aromatique unique que je pouvais facilement identifier à l'aveugle tellement il était typique. À sa manière, ce Cab, Reserva, de Perez Cruz réussit le même exploit et ce n'est pas peu dire. Ce vin a aussi un bon potentiel de garde, chose que je sais d'expérience car j'ai de nombreux millésimes en cave et ça évolue très bien. Il est à noter que ce 2012 est obturé avec une capsule à vis en polymère Saranex. J'avais des doutes à ce sujet quant à l'impact sur le potentiel de garde du vin. J'ai donc contacté le producteur et l’œnologue en chef, German Lyon, m'a répondu que ça fait maintenant quatre ans qu'il bouche des bouteilles avec ce type d'obturateur et qu'après quatre ans les premiers vins évoluent très bien, sans TCA, bien sûr, mais aussi sans différences notables entre les bouteilles d'un même millésime. En conclusion, si vous aimez les vins de terroir vifs et faciles à boire où la qualité aromatique prime sur la concentration et l'extraction, ce Cabernet, Reserva de Perez Cruz est exemplaire. Une véritable aubaine qui permet de découvrir l'essence du Cab de l'Alto Maipo.


jeudi 25 décembre 2014

SERENIDAD, 2012, PUENTE ALTO, MAIPO, CASA MAGREZ



J'ai acheté ce vin pour deux raisons. La première, il vient de la réputée sous-région de Puente Alto, lieu d'où originent plusieurs vins chiliens réputés à base de Cabernet Sauvignon (Don Melchor, Vinedo Chadwick, Almaviva). La deuxième, le vin porte la marque de Bernard Magrez, un français très actif et réputé pour avoir augmenté la qualité de certains vins bordelais (Pape Clément, La Tour Carnet). J'étais donc curieux de voir ce que cette combinaison pouvait donner comme résultat. Ceci dit, après l'achat du vin, je me suis aperçu en lisant la contre-étiquette, collée sur l'originale, que le réel producteur de ce vin est Vina La Rosa, un producteur implanté au royaume du Carmenère, à Peumo dans Cachapoal. Je suppose que le vin a été élaboré selon les spécifications du groupe Magrez. Aussi, sur le site de Magrez, il y a de la confusion sur le lieu d'origine de ce vin. Sur la fiche technique du millésime 2011, on parle en introduction de Puente Alto, mais plus loin on dit que le lieu d'origine du vin est San Bernardo, un endroit plus chaud situé directement à l'ouest de Puente Alto, à l'intérieur de la vallée de Maipo. Pour rajouter à la confusion, on dit que le millésime 2011 est issu d'un vignoble d'un hectare dont l'encépagement est 100% Cabernet Sauvignon, alors que le site de la SAQ dit que ce 2012 est un assemblage à parts égales de Cab et de Syrah issu du même vignoble de un hectare. Ça ne colle pas. Tout ça pour dire que l'information sur ce vin semble très confuse. L'étiquette nous trompe sur le réel producteur et il est difficile d'être certain de l'origine exacte et des cépages qui composent ce vin. Autre élément surprenant, pour jeter encore plus de confusion, le site de la SAQ classe ce vin comme vin nature... Voilà qui est très surprenant... Je pense que la dégustation sera plus instructive que ce qu'on peut lire au sujet de ce vin.

La robe est sombre et bien opaque. Le nez libère des arômes de cerises, de prunes, de bois de cèdre, de vanille et de camphre, complétés par de très subtiles notes évoluées de type thé et feuilles mortes. La bouche dévoile un vin velouté et rond, encore bien marqué par le côté épicé du bois de chêne, mais avec un doux fruité intense balancé par une touche d'amertume. Le milieu de bouche montre une matière riche et concentrée où la douceur boisée se fait toujours sentir. La finale ne renie rien et monte même d'un ton sur une bonne persistance aux relents chocolatés.

Avec toute la confusion entourant l'élaboration et l'origine de ce vin, c'était un peu comme le déguster en semi-aveugle. J'étais sûr qu'il était chilien et élaboré par Vina La Rosa, mais pour le reste je devais me fier à mes sens et à mon expérience pour tenter d'y voir plus clair. C'est bien sûr un exercice périlleux aux réponses incertaines. Ce qui ressort le plus pour moi de la dégustation de ce vin, c'est sa jeunesse et son profil de vin-friandise où le boisé de jeunesse joue un grand rôle avec sa douceur épicée et son côté chocolaté, tout ça allié à un fruité de cerise au marasquin. À part les notes de bois de cèdre et de camphre, difficile pour moi d'y percevoir des caractéristiques typiques des rouges de l'Alto Maipo. Pas de cassis frais, pas de menthol, pas de poivron vert, rien de végétal, rien non plus qui pourrait évoquer la Syrah. Un vin au fruité mature qui a vu une bonne dose de bois neuf. Deux éléments qui amenuisent la typicité. L'usage du bois est cohérent avec ce que je connais du style de Vina La Rosa, mais c'est facile à dire quand on connaît le producteur. Tout cela étant dit, j'ai bien aimé ce jeune vin. De temps en temps je ne boude pas mon plaisir avec des vins de ce style. Aussi, par expérience, je sais que ce type de vin peut se métamorphoser avec le temps pour atteindre un profil beaucoup plus sérieux. Un profil que sa rondeur et sa douceur de jeunesse ne laissent pas soupçonner aujourd'hui. Pour qui n'a jamais fait cette expérience, ça demande un réel acte de foi pour mettre ce genre de vin en cave. Au final, on a un vin de belle qualité, offert à un bon prix, mais à choisir, je préfère les vins venant directement du producteur. Si je veux un Cab de Puente Alto de grande qualité et offert à bon prix, et dont je suis sûr de l'origine, je vais acheter le Cab, Marques de Casa Concha de Concha y Toro. Encore une fois, le vin est de belle qualité, c'est ce qui l'entoure qui m'embête. Ici on a Magrez qui met son nom sur l'étiquette en prétendant être le producteur, alors qu'il joue plutôt les revendeurs en fournissant une information nébuleuse sur le contenu de la bouteille. Je ne sais pas pourquoi la SAQ s'entête à offrir ces vins chiliens de filière française en manque d'identité, penser à l'Escudo Rojo, alors qu'il y a tant de bons producteurs chiliens axés sur l'identité et le terroir qui sont absents des tablettes de notre monopole, par exemple, Vina Leyda ou Vina Falernia. Le moins que  je puisse dire c'est que ce qui entoure ce vin manque de sérénité.


mercredi 10 décembre 2014

CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2011, SAN BERNARDO, MAIPO, VINA MORANDÉ



Vina Morandé est un producteur chilien dont j'ai peu fréquenté les vins, faute de disponibilité, mais à propos duquel j'ai lu beaucoup de bons commentaires. J'avais eu la chance il y a quelques années, lors d'une dégustation annuelle de Vins du Chili, d'avoir une discussion très intéressante avec l'œnologue en chef de la maison, Ricardo Baettig, le frère de Francisco qui occupe le même poste chez Errazuriz/Chadwick. L'œnologue en chef des vins de spécialité est Pablo Morandé, le fondateur de la maison en 1996, un ancien de Concha y Toro lors des années 80 et pionnier de la viticulture dans la région de Casablanca. Vina Morandé appartient aujourd'hui à Grupo Belen, un holding possédant d'autres "wineries" au Chili et en Argentine, et oeuvrant aussi dans le secteur du tourisme et de l'huile d'olive. Pour en revenir à Vina Morandé, c'est un producteur axé sur les vins de terroir et qui de ce fait produit des vins issus de plusieurs régions du Chili, là où le climat et le sol conviennent aux cépages cultivés. Vina Morandé est aussi un pionnier de la la plantation de vignobles à haute densité au Chili. Cette philosophie encore rare dans le pays a été adoptée en 2005 et on a planté des vignobles avec des densités allant de 7000 à 10000 plants à l'hectare, alors que la norme chilienne est plutôt de 3500 plant à l'hectare. Ce Cabernet Sauvignon est issu du vignoble San Bernardo, un vignoble plus ancien d'où est aussi issu le grand vin de type bordelais de la maison, le House of Morandé. Le vin est élevé pendant 14 mois en foudres de chêne de 2000 et 4000 litres, et en partie en barriques de 225 L. Il titre à 14.5% d'alcool, avec un vif pH de 3.44, tout en étant très sec à 2.54 g/L de sucres résiduels.

La robe est d'une sombre opacité. Le nez exhale des arômes de cerises et de mûres, complétés par une touche doucement épicée, du bois de cèdre et un léger aspect terreux. En bouche la matière est dense avec un fruité intense, équilibré par une saine dose d'amertume. Le milieu de bouche révèle un vin aux saveurs concentrées et aux tanins biens polis. Le vin montre un profil sérieux de Cab de climat chaud où la maturité du fruit marque le style. Pas de poivron vert, pas de cassis frais, pas d'aspect végétal, mais pas de surmaturité non plus, que du fruit bien mûr, de qualité, amalgamé à une agréable touche épicée et terreuse. Un vin pour qui déteste l'aspect végétal du Cab de climat plus frais, mais ça demeure un vin droit, loin du préjugé bedonnant qu'on associe souvent aux vins de climats chauds. La finale est longue et très intense, avec la chaleur de l'alcool qui enveloppe l'ensemble mais qui demeure agréable avec son côté vin d'hiver réconfortant.

La maturité du fruit efface en partie la typicité du cépage et du lieu. C'est vrai. Ce vin en est un bel exemple, mais en même temps ça demeure un vin de terroir car c'est justement son origine précise, à l'intérieur de la vallée de Maipo, qui permet ce résultat. Le vignoble de San Bernardo d'où ce vin est issu est situé en banlieue de Santiago, au sud de la capitale à la même latitude que Puente Alto, mais à l'ouest de cette zone réputée de l'Alto Maipo. C'est donc un vin de l'intérieur de la vallée, issu d'un terroir plus chaud qui subit moins l'influence rafraîchissante des Andes. C'est un vin qui me semble moins posséder cette typicité chilienne que l'on retrouve exacerbée là où l'écart entre les températures du jour et de la nuit est très important. Ceci dit, ce n'est pas pour moi un aspect négatif, c'est plutôt un atout au niveau de la diversité de styles que peut offrir le pays car le vin est de belle qualité. En réalité, ce vin n'a rien d'une bombe de fruit, il est de profil sérieux, droit et ferme. C'est au niveau de la faiblesse, voire de l'absence d'arômes végétaux, et de la nature du fruit que la maturité se fait sentir. À 17$ en Ontario c'est assurément un très bel achat et le potentiel de garde me semble évident. J'ai bu ce vin sur trois jours et il était meilleur le troisième jour, plus souple, mieux intégré.


samedi 25 octobre 2014

CABERNET SAUVIGNON, RESERVE, 1999, MAIPO, VINA CARMEN



Je ne parle plus de chaque rouge chilien d'un certain âge que j'ouvre et qui me ravit. Il y a des limites à taper sur le même clou, mais parfois je ne peux résister tellement le vin dans mon verre est incroyable. C'est le cas de ce vin de Vina Carmen, un autre de ces producteurs traditionnels chiliens qu'on a tendance à ne plus remarquer car il n'a pas cette image de nouveauté. Je n'ai pas de détails sur l'élaboration de ce vin. L'étiquette indique un titre alcoolique de 14%.

La robe est d'une teinte grenat encore bien soutenue. Le nez est très expressif pour un vin de cet âge et embaume la cerise, le cassis, le bois de cèdre, la terre noire et le camphre, le tout complété en mode mineur par des relents vanillés d'épices douces, de bois brûlé et de chocolat noir. Superbe nez de Cabernet Sauvignon à un moment de grâce de son parcours évolutif. Difficile d'imaginer qu'il aurait pu être plus complexe et agréable à un un autre moment de son évolution. La bouche impressionne tout autant et surprend par la vivacité et la douceur de son fruit. Un fruit marqué par le temps, certes, mais qui domine encore l'action, appuyé sur une bonne dose d'amertume qui apporte équilibre et sérieux à l'ensemble. Le milieu de bouche confirme que la matière de ce nectar est encore bien généreuse, avec très bon niveau de concentration et un volume contenu qui donne au vin une impression de densité. Les tanins sont veloutés et font surtout sentir leur présence dans une finale intense aux saveurs très persistantes.

Que dire de plus à propos de ce vin sans avoir l'air de me répéter? Par la nature de ses arômes et de ses saveurs ce nectar montre les traces de l'évolution en bouteille, mais en même temps, l'intensité du fruit et la richesse de la matière sont simplement renversants pour un vin de ce prix (17$ lors de l'achat il y a 12 ans, le 2011, maintenant appelé Gran Reserva, est actuellement offert à 18.75$). Si ce vin était de Napa, au lieu de Maipo, son prix aurait été beaucoup plus élevé. Je sais, je me répète, mais quand on est face à un tel vin on est immanquablement frappé par la dichotomie entre le niveau qualitatif, le potentiel de garde et le ridicule du prix. Ce vin a maintenant 15 ans d'âge, et il est clair qu'il aurait pu continuer son évolution pour au moins 15 autres années, et probablement plus. Une autre preuve, si besoin est, du trésor négligé que représente le Cab chilien de type Reserva. En plein le type de vin qui représente bien le "Bordeaux chilien" dont je traitais dans mon texte précédant. Les "winemakers" derrière ce type de vin n'apparaîtront jamais dans les listes à la mode de journalistes pour la simple et bonne raison que pour constater le plein potentiel de ce type de vin il faut avoir la patience de les garder plus d'une décennie. Comme mode et patience sont des termes irréconciliables l'amateur doit tenter de voir au-delà.


dimanche 19 octobre 2014

Le modèle français s'implante au Chili

Je suis tombé récemment, sur le site internet de la revue britannique "Drink Business", sur un Top-20 des winemakers chiliens (20-11) (10-1). Moi qui croyait bien connaître la scène vinicole chilienne, j'y ai découvert des noms qui m'étaient inconnus, mais ce qui m'a le plus frappé dans ce classement c'est la quasi absence de "winemakers" venant de producteurs traditionnels de la vallée centrale qui font surtout des rouges issus de cépages bordelais. Le seul "winemaker" sélectionné venant de ce qu'on pourrait appeler le Chili traditionnel d'héritage bordelais, le "Chili-Cabernet Sauvignon", c'est Enrique Tirado qui est en charge chez Concha y Toro de l'élaboration du grand Cab de la maison, le Don Melchor. À part ça, il n'y a rien de traditionnel et de Cabernet, il n'y en a que pour la nouveauté et l'originalité. En lisant cela, je ne pouvais m'empêcher de faire un parallèle avec le traitement réservé à Bordeaux dans le paysage vinicole français. Bordeaux, pour moi, est la plus grande région vinicole française. Une région qui allie qualité, quantité et diversité. Une région qui a servi de modèle au reste du monde. Une région qui produit des vins de garde extraordinaires, mais une région que plusieurs amateurs aiment rabaisser en décriant son côté supposément trop affairiste. Aux classiques bordelais, de prix toujours abordables, plusieurs vont maintenant préférer les petits producteurs d'autres régions, ceux qui font dans la biodynamie ou le nature, ou bien encore ceux qui produisent des vins de cépages moins reconnus. Comme si la réussite et l'influence mondiale du bordelais était quelque chose de répréhensible. Allez comprendre...

Signe que le Chili progresse, ce phénomène français est en train de s'y implanter. Le "Chili-Cabernet" de la vallée centrale est en train de recevoir la même médecine que la région de Bordeaux en France. Le Cabernet chilien est un trésor sous-estimé, mais il est là depuis longtemps et certains préfèrent le déprécier, ou à tout le moins le négliger, pour rehausser autre chose de plus nouveau. Ceux qui me lisent avec régularité savent que je suis très enthousiaste face à l'émergence de ce que j'appelle le Nouveau-Chili. Toutefois, le Chili traditionnel, le Bordeaux chilien, peut coexister avec les nouvelles régions qui émergent. Aussi, les pratiques œnologiques conventionnelles demeureront la base d'une industrie très axée sur l'exportation, ce qui n'empêche pas l'existence de voies alternatives pour des marchés de niche. Ceci dit, cette situation n'est possible qu'à cause de la diversité croissante qui existe au Chili et des possibilités encore plus diverses toujours inexploitées. Que l'on puisse négliger, et dans certains cas mépriser, ce qui représente le cœur d'un domaine d'activité important du pays montre à mon sens que le Chili est en bonne voie dans son processus de maturation. Le Chili gagne en confiance et s'éloigne de plus en plus du consensus. Il y a des approches discordantes et un éclatement de la carte du vignoble national. Des rivalités entre régions et approches ne pourront qu'éclore. Toutefois, ceux qui connaissent bien les vins de ce pays et n'ont pas une approche dogmatique savent que le "Chili-Cabernet" reste un atout fondamental et essentiel de l'offre de ce pays. Le Chili traditionnel et Bordeaux ont un problème d'image auprès d'une certaine catégorie d'amateurs et de journalistes. On les perçoit comme trop gros, trop axés sur les affaires, et trop œnologiques. La grande différence entre les deux est que le Chili ne peut que rêver des prix auxquels se vendent certains vins de Bordeaux, mais tous les deux produisent de grands vins de Cabernet, de grands vins de garde. Le style de vins qui selon moi devrait être la base pour un amateur sérieux. Difficile donc de comprendre qu'on puisse rejeter cela du revers de la main ou y accoler une étiquette péjorative. On néglige souvent ce qu'on prend pour acquis et on en vient à ne plus pouvoir en reconnaître la réelle valeur.


lundi 13 octobre 2014

Cabernet et originalité chilienne

Partie I
Partie II
Partie III

Quatrième partie de ma petite série initiée par l'obsession québécoise de la feuille de tomate. Comme je le mentionnais dans la première partie, le problème des arômes végétaux verts en est un de cépages bordelais. Il ne faut donc pas s'étonner qu'une Syrah ou un Pinot Noir ne sente pas le poivron vert, le cassis frais ou la feuille de tomate. Ceci dit, le résultat obtenu dans une dégustation à l'aveugle par le Casa Real, 1999, de Santa Rita, que j'évoquais dans mon texte précédant, m'a amené à faire des recherches impliquant Santa Rita. Au travers de ces recherches je suis tombé sur une présentation de Bian Croser, un oenologue et terroiriste australien réputé (Petaluma, Tapanappa) qui est consultant depuis 2009 chez Santa Rita au Chili. Cette présentation s'intitule "The Noble House of Carmenet" et explique le rôle fondamental du Carmenet, ancien nom du Cabernet Franc, dans l'essence végétale des principaux cépages bordelais, ainsi que celui du Sauvignon Blanc dans le double caractère végétal du Cabernet Sauvignon. On y comprend ce que Croser appelle le "gène vert" pour parler de la nature pyrazinique du Cabernet Franc et du Sauvignon Blanc et de leurs descendants (Cabernet Sauvignon, Carmenère et Merlot).

Pour revenir aux rouges chiliens et de l'obsession de Jacques Benoît pour la feuille de tomate à chaque fois qu'il en parle. La grande majorité de ceux offerts à la SAQ contiennent un des quatre cépages bordelais possédant le gène vert, et de ceux-ci, le Cabernet Sauvignon le possède en double et le Carmenère le possède une fois et demi, car le Cabernet Franc est à la fois le père et le grand-père du Carmenère, qui de ce fait est donc un cépage incestueux... et on comprend mieux pourquoi on le confond parfois avec le Cabernet Franc en Italie. Donc, pour quelqu'un qui fréquente rarement les rouges chiliens, il y a de fortes chances que l'idée qu'il s'en fait soit reliée à des vins contenant un des quatre cépages sus-mentionnés. Toutefois, avec la diversification croissante de l'offre chilienne, il faut cesser de voir les vins de ce pays comme un tout homogène. Noter l'absence d'arôme de feuille de tomate dans un Pinot Noir de Casablanca, serait comme noter l'absence d'arôme de poivron vert dans un bourgogne rouge.

Il peut donc y avoir un caractère végétal dans les vins de cépages bordelais chiliens, comme il peut y en avoir à Bordeaux, ou ailleurs. Ceci dit, la spécificité des terroirs chiliens en cette matière est réelle. Ce caractère végétal s'y exprime de manière particulière. Pourquoi cet arôme de cassis si puissant? Quelle en est l'explication? M. Benoît nous bassine avec des explications d'un autre temps, comme les rendements trop élevés où l'irrigation trop généreuse. Il y a longtemps que les chiliens ne commettent plus d'erreurs aussi basiques quand il est question de la production de vins se voulant qualitatifs. Les rendements sont contrôlés, l'irrigation se fait au goutte à goutte et la densité du feuillage est contrôlée. Alors qu'est-ce qui distingue le Chili du reste du monde? Il y a bien sûr la végétation environnante (eucalyptus, boldo) qui peut transmettre des arômes végétaux aux vins, mais ceux-ci sont plus en fraîcheur qu'en verdeur. Donc, qu'est-ce qui distingue le Chili? Évidemment, il y a le fait que le Chili soit le seul pays au monde où la viticulture se fait très majoritairement avec des vignes non greffées. En ce sens, le Chili est le lieu privilégié pour produire des vins vraiment naturels. Depuis que je m'intéresse au Chili, j'ai beaucoup lu à propos de cette particularité fondamentale du pays de pouvoir produire des vins à partir de vignes sans porte-greffes. On parle toujours du cataclysme qu'a supposément été l'arrivée du phylloxéra en Europe à la fin du 19ième siècle. Mais ce présumé cataclysme n'aurait-il pas plutôt été un pas en avant pour la viticulture mondiale? Le choix d'un porte-greffe bien adapté au lieu et au cépage est fondamental pour tirer le meilleur de la vigne et du terroir. En ce sens, le greffage apporte une adaptabilité que ne présentent pas les vignes non greffées. Sans greffage on plante une vigne où tout vient d'un bloc, les racines et le cépage, avec une seule génétique. L'avantage du greffage, c'est de faire pousser des vignes avec deux génétiques, une pour les racines, et une autre pour le reste, le cépage. Cela permet une bien plus grande adaptabilité. On peut choisir un cépage adapté au climat, et un porte-greffe (des racines) adapté au type de sol. En outre, le choix du porte-greffe permet aussi de contrôler la vigueur de la vigne en fonction du sol, ce que ne permet pas la plantation sans greffage. Dans ce cas, si les racines d'un cépage donné sont mal adaptées à un type de sol, il faut faire avec ou planter un autre cépage à cet endroit. Donc, dans un cas de figure idéal ou les racines d'un cépage sont bien adaptées au type de sol, et ce sous un climat qui sied bien au cépage, le Chili possède un avantage en ayant la possibilité de planter sans greffage. Mais hors de ce cadre idéal, il est désavantagé, surtout que le pays s'est concentré longtemps sur les cépages bordelais, ce qui enlève aussi de la capacité d'adaptation. Heureusement, on plante maintenant une bien plus grande variété de cépages au Chili, ce qui permettra de meilleurs mariages cépage/terroir dans des climats et des sols moins adaptés aux cépages bordelais. Pour l'instant toutefois, l'absence de greffage des vignes me semble un des facteurs pouvant expliquer la typicité chilienne.

Il y a aussi un autre facteur qui distingue beaucoup de terroirs chiliens, soit l'amplitude thermique très grande entre le jour et la nuit. Ce phénomène est surtout présent à proximité des Andes et sur le versant intérieur de la chaîne de montagnes côtières. Il peut y avoir des amplitudes thermiques allant jusqu'à 20 degrés Celcius entre le maximum le jour et le minimum la nuit. Cette particularité climatique a un impact important sur la physiologie des vignes et par conséquences sur la nature des raisins qui en sont issus. Cette présentation vidéo de Brian Croser explique très bien le phénomène et devrait être regardée par tout amateur de Cabernet Sauvignon. C'est vraiment très instructif. Dans une autre présentation vidéo M. Croser décrit le Cabernet chilien cultivé sur ses propres racines comme quelque chose d'unique qui peut rivaliser avec ce qui se fait de mieux ailleurs au monde. Il note aussi que l'arôme de cassis est un trait important qui définit ces vins. Finalement, il décrie aussi la matrice complexe de climats et de sols qu'offre le Chili et les nombreuses possibilités que cela permet.

Quand on voit quelqu'un de sérieux comme Brian Croser s'intéresser au Chili, quand on voit les efforts déployés pas une maison comme Santa Rita pour aller de l'avant et toujours mieux comprendre le potentiel vinicole de ce pays, il est frustrant de lire un texte empreint d'ignorance du sujet, comme celui de M. Benoît, qui a initié ma réaction. L'exemple de Brian Croser et Santa Rita est loin d'être unique. Les experts étrangers sont nombreux à être attirés par le Chili et il s'y fait un travail de développement très sérieux à l'instigation de producteurs qui refusent de s'asseoir sur leurs acquis. Le Chili avec sa matrice complexe de sols et de climats, ainsi que sa flexibilité unique quant au mode de plantation des vignes est un cas unique dans la viticulture mondiale. Il n'est donc pas surprenant que ses vins puissent être originaux, de grande qualité, et de plus en plus diversifiés.

jeudi 2 octobre 2014

Oubliez l'arôme de feuille de tomate et découvrez celui de cassis frais!

Désolé de revenir encore une fois sur ce sujet, mais j'ai finalement trouvé une référence importante qui permet de jeter une lumière nouvelle sur cette question d'arôme de feuille de tomate. Combien de fois, lors de dégustations de groupe où l'on discutait entre amateurs et qu'on me ramenait cette histoire d'arôme de plant ou de feuille de tomate à propos des rouges chiliens, je répliquais qu'il y avait méprise et que l'on confondait avec l'arôme du cassis frais. J'avais beau répéter que les rouges chiliens, en particulier ceux de Cabernet Sauvignon, étaient ceux qui de par le monde exprimaient l'arôme de cassis avec le plus d'intensité, je n'arrivais jamais à convaincre. J'étais pourtant convaincu que mon nez ne me trompait pas.

Des lectures récentes m'ont finalement permis de comprendre que j'avais raison, et que tout ce débat en est un de perception face au caractère de cassis très puissant de plusieurs rouges chiliens. Comme je l'ai déjà mentionné, l'arôme de cassis est généré dans le vin par une famille de molécules soufrées comprenant un groupement chimique appelé thiol (SH). Le thiol est l'analogue soufré de l'alcool (OH), où un atome de soufre remplace un atome d'oxygène. Toujours est-il que ces molécules soufrées sont bien connues pour être des arômes importants du cépage Sauvignon Blanc. Toutefois, leur rôle dans le vin rouge n'avait pas été expliqué jusqu'à très récemment. Le Sauvignon Blanc étant un des parents du Cabernet Sauvignon, il était fort probable que les mêmes molécules se retrouvent dans les vins qui en sont issus.

D'abord, la littérature abondante à propos des arômes variétaux du Sauvignon Blanc m'a permis d'apprendre que deux des molécules thiolées qui y sont associées peuvent être associées à l'arôme de feuille de tomate. La perception varie selon la concentration de la molécule et la palette aromatique spécifique d'un vin donné. Une étude sud-africaine très poussée sur le sujet s'est même servie de dégustateurs entraînés pour reconnaître des arômes en utilisant des vins aromatiquement neutres dans lequel on a fait macérer la source d'un arôme d'intérêt, comme la feuille et la tige de plant de tomate. Cette étude avec ces dégustateurs entraînés à détecter ces arômes a permis d'associer 3-Mercaptohexanol (3-MH) avec l'arôme de feuille et de tige de tomate (voir à la page 73 de ce livre très intéressant sur le Sauvignon Blanc). Il est toutefois intéressant de noter que le 3-MH est aussi responsable, selon la même étude, des arômes associés au pamplemousse, aux fruits de la passion, à la goyave mûre et verte. Il est aussi à noter que la feuille de tomate elle-même contient du 3-MH (page 22).

Le Sauvignon Blanc contient une autre molécule thiolée dont l'arôme peut être associé à la feuille de tomate selon le contexte et les concentrations. Il s'agit du 4-mercapto-4-methyl-2-pentanone (4-MMP). Vin Québec avait déjà référencé un article du magazine suisse Vitis qui indiquait que le 4-MMP pouvait être perçu selon les circonstances comme un arôme de feuille de tomate. Je n'ai pas retrouvé l'article original, mais ce lien confirme la chose, de même que cette autre référence. Toutefois, l'arôme avec lequel on associe le plus le 4-MMP dans le Sauvignon Blanc est celui du buis ou de l'urine de chat. Encore une fois, la perception de ces arômes est une question de concentration, de palette aromatique du vin, et bien sûr, de sensibilité du dégustateur aux différents arômes de la palette. Une sensibilité plus ou moins grande à certains arômes pourra altérer la nature des arômes perçus. La littérature en cette matière montre bien qu'il peut y avoir des effets synergiques entre certains arômes, et qu'au contraire, certains arômes peuvent en masquer d'autres. Cela permet de comprendre que le profil de sensibilité d'un dégustateur n'a pas qu'une application directe, par exemple, une insensibilité à un arôme donné pourra peut-être permettre d'en percevoir un autre qui aurait été masqué si le dégustateur avait été sensible au premier arôme.

Comme je l'ai déjà mentionné, la littérature sur les molécules aromatiques du Sauvignon Blanc est abondante et les premiers résultats de ces recherches remontent à une quinzaine d'années. J'avais déjà pas mal lu sur le sujet, mais il m'était difficile d'appliquer directement ces résultats obtenus sur des vins d'un cépage blanc à mon questionnement sur les rouges chiliens. Finalement, au-delà de mes perceptions sensorielles, cette question c'est éclaircie pour moi lorsque je suis tombé sur le résumé d'un article récent, publié en janvier 2014 par des chercheurs français et qui explique l'origine de l'arôme de cassis dans le vin rouge. Devinez quoi? La molécule responsable de l'arôme de cassis dans le vin rouge est le 4-MMP, supporté par le 3-MH, soit les deux molécules pouvant être associées à l'arôme de feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc! Donc, mon nez ne m'avait pas trompé lorsque je disais à mes amis dégustateurs que cette histoire d'arôme de feuille de tomate était une confusion avec un arôme très puissant de cassis frais. Bien sûr, il peut y avoir des différences de perception entre dégustateurs, et il est vrai qu'il y a un profil aromatique propre à beaucoup de rouges chiliens issus de la vallée centrale et de cépages bordelais, mais n'en demeure pas moins que cette histoire québécoise de feuille de tomate associée systématiquement aux rouges du Chili est d'abord et avant tout une histoire de suggestion mentale. C'est un phénomène courant en dégustation de groupe et que j'ai souvent constaté. Il s'agit qu'un dégustateur nomme un arôme qu'il dit percevoir dans un vin donné pour que plusieurs autres dégustateurs du groupe se mettent à dire la même chose. Il semble qu'ici au Québec, Jacques Benoît, avec sa tribune privilégiée, a nommé une perception personnelle et que celle-ci ait été adoptée par plusieurs et que ce soit devenu une étiquette pour plusieurs à apposer aux rouges chiliens fortement marqués par l'arôme de cassis.

Il faut dire que le cassis frais est un fruit très difficile à trouver au Québec. Je lisais même un article, dernièrement, qui disait que la culture du cassis fut interdite aux États-Unis du début du XXe siècle jusqu'à tout récemment car cette plante pouvait transmettre des maladies mortelles pour le pin blanc. Dans le même article on a fait une dégustation comparative de Cabs en les notant sur 10 pour la puissance de l'arôme de cassis. Sans surprise c'est un Cab chilien de la vallée centrale, le "Casillero del Diablo" qui a terminé premier, avec la mention "blackcurrants on steroids". On y apprend aussi qu'à haute concentration, les molécules thiolées responsables de l'arôme de cassis peuvent être perçues par certains comme du caoutchouc brûlé. Il faut se rappeler que l'expression aromatique de ces molécules est reliée à leur concentration et à leur interaction avec d'autres molécules comme les pyrazines. Il faut aussi savoir que ces molécules thiolées, comme le 4-MMP, sont parmi les plus odoriférantes qui existent. Pour illustrer ce fait, sachez que 1 mg de 4-MMP est suffisant pour aromatiser 1 million de litre de vin. Donc, quand on parle de haute concentration aromatique pour ces molécules, on parle en même temps de concentrations infimes dans le vin. C'est d'ailleurs pourquoi elles ont été si difficiles à identifier dans le mélange moléculaire complexe qu'est le vin.

En conclusion, je dirais que l'arôme de cassis frais est assez méconnu au Québec, tout comme celui de bourgeon de cassis, car le fruit est difficile à trouver. Pour ma part j'ai grandi en sentant et en mangeant du cassis à différents stade de maturité. Mon père en avait planté à côté de la maison familiale. L'arôme de cassis frais est différent de celui des liqueurs et crèmes de cassis. Il y a bien sûr une similitude, mais l'arôme frais est inimitable. Finalement, il est à noter que l'oxydation du fameux groupement thiol des molécules comme le 3-MH, le 4-MMP, et d'autres, a pour effet d'annuler leur pouvoir aromatique. Elles deviennent, pour ainsi dire, aromatiquement muettes. C'est pourquoi tant de rouges chiliens âgés déculottent des amateurs de bordeaux à l'aveugle. L'âge, et l'oxydation qui vient avec, neutralisent graduellement le pouvoir aromatique des molécules thiolées qui donnent aux rouges chiliens ce caractère si puissant de cassis en jeunesse. Ainsi, avec le temps en bouteille, ces vins se rapprochent du profil de leurs contreparties bordelaises. Ça explique donc pourquoi les amateurs de bordeaux rouges passent à côté d'un trésor très abordable en ne mettant pas de rouges chiliens en cave. Le Chili est un pays d'extrêmes, et cela se reflète assez souvent dans ses vins.

lundi 29 septembre 2014

L'obssession de la feuille de tomate (2ième partie)


Petit retour sur un texte récent où je déplorais l'obsession québécoise d'associer l'arôme de feuille de tomate et les vins rouges chiliens. Une personnalité québécoise bien connue l'a sorti lors de la dégustation Cousino Macul dont j'ai traité dans mon article précédant. Toujours est-il qu'au fil de mes lectures sur les vins chiliens je cherche toujours une source hors du Québec qui associerait l'arôme de feuille de tomate avec un rouge du Chili. Manque de pot, je suis encore tombé sur une référence qui associe l'arôme de feuille de tomate à un vin de Sauvignon Blanc chilien de climat très frais. Il s'agit du Sauvignon Blanc, Outer limits, 2013, Zapallar, Aconcagua Costa, Vina Montes. Il est intéressant de comparer deux description de la palette aromatique de ce vin:


"It’s a powerful wine, with pungent aromas extracted from the skin for some seven months contact, with a mineral feeling, akin to a Sancerre, serious and austere, with gooseberries, tomato leaves, ending again mineral and saline. This is a superb Sauvignon Blanc."
MAGAZINE : WINE ADVOCATE

"Green pepper in a glass, joined by passion fruit, green tea, blackcurrant and camomile."
INTERNATIONAL WINE CHALLENGE


Là où un dégustateur perçoit des arômes de groseilles à maquereau et de feuilles de tomate, un autre y perçoit plutôt du poivron vert, du fruit de la passion, du thé vert, du cassis et de la camomille. Pour moi qui me tue à répéter que plusieurs au Québec confondent la combinaison cassis frais et poivron vert avec la feuille de tomate, disons que cet exemple est assez révélateur. Mais encore là, à l'étranger, l'arôme de feuille de tomate n'est perçu comme tel que dans des vins de Sauvignon Blanc. Pas dans des vins rouges. À noter que les arômes de cassis, de feuille de tomate, de fruits de la passion et de groseilles à maquereau sont tous issus de molécules comprenant un groupement soufré appelé thiol. Je reviendrai bientôt avec une troisième partie sur ce sujet.
















lundi 5 mai 2014

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2011, MAIPO, VINA DE MARTINO




Vous savez comment je vante les mérites des rouges chiliens de type Reserva sur ce blogue. Toutefois, autant j'aime cette catégorie de vins, autant ils sont parfois difficiles à suivre dans le temps. Je ne parle pas de l'évolution du vin en bouteille, je parle plutôt des changements qui peuvent survenir dans l'élaboration de ceux-ci avec le temps. Pour illustrer ce phénomène, cette cuvée Legado est un beau cas de figure. J'ai acheté ce vin une première fois dans le millésime 1997, alors qu'il était nommé "Prima". Au début des années 2000 on l'a rebaptisé "Legado". Le Legado de ces années-là venait de la sous-région de Isla de Maipo, au cœur de la vallée et était issu de vieilles vignes. C'était aussi un vin qui voyait pas mal de bois neuf, au fruité bien mature et qui titrait à 14.5% d'alcool. Les millésimes 2001 et 2002, que j'ai encore en cave, ont bien évolué. Mais voilà, quelqu'un qui achète le 2011 aujourd'hui, achète un tout autre vin. L’œnologue en chef de la maison, Marcelo Retamal, une étoile du virage terroir chilien, a décidé dernièrement de revoir complètement son approche en matière de vinification. Pour ce Cabernet, il est un peu dur à suivre, car ce vin origine maintenant de deux terroirs bien distincts. Une partie des fruits provient toujours de Isla de Maipo, mais le vin contient aussi des fruits d'un vignoble plus récent situé près de Melpilla, dans la partie ouest de la vallée, près de la chaîne de montagnes côtières (même région que Vina Chocalan). Donc, un mélange de vielles vignes et de vignes plus jeunes, et de climat chaud et de climat moins chaud, tout cela avec une vendange plus hâtive qu'auparavant, ce qui se reflète dans un taux d'alcool abaissé à 13.5%. Ajoutez à cela l'abandon du bois neuf pour 12 mois au profit de barriques usagées, dites neutres, et d'un élevage dans celles-ci prolongé à 16 mois. Comme on peut le voir, ça fait beaucoup de changements pour un vin portant le même nom et arborant la même appellation d'origine. Malgré tous ces changements, le producteur évoque un potentiel de garde de 10 ans.

La robe et de teinte rubis plutôt translucide pour un jeune vin de ce cépage. Le nez montre une belle fraîcheur, avec la typicité qu'on attend d'un Cab de cette vallée. On y retrouve un mélange mentholé de cerises et de cassis, complété par du bois de cèdre, des notes terreuse et une touche de poivron vert. Le fruit montre vraiment un bel éclat, et sans apport boisé apparent, il a tout l'espace nécessaire pour se déployer. En bouche, c'est aussi la fraîcheur de l'ensemble qui impressionne. On retrouve un vin aux saveurs de Cabernet, mais avec une structure qui se rapproche d'un vin de Pinot Noir. Les tanins sont fins et discrets, l'acidité vivifiante, ce qui donne à ce nectar, qui ne manque pas de concentration au niveau des saveurs, une belle légèreté et une finale d'une longueur renversante. Je dis renversante, car le côté aérien du vin n'annonce pas une telle longueur. Comme si la concentration du vin n'était située qu'au niveau des saveurs, et qu'il était délesté de tout le reste de la matière non aromatique qu'on retrouve normalement dans un jeune Cab de ce calibre.

Il y a actuellement un mouvement au Chili pour revenir à moins de maturité du fruit, et conséquemment, à des titres alcooliques plus faibles, ainsi qu'à un usage plus modéré du bois de chêne neuf. Je ne renierai pas mon goût pour les Cabs denses, boisés et bien matures, car après 10 ans ils rejoignent une structure plus élancée qui n'est pas si loin de celle qu'arbore ce Legado dès sa prime jeunesse. Ceci dit, de retrouver cette structure affinée avec un profil aromatique montrant la fraîcheur de la jeunesse et une maturité modérée du fruit, c'est très agréable et j'en redemande. Ce vin montre un éclat, une fraîcheur et une longueur remarquables. C'est l'exemple parfait démontrant l'importance de l'homme dans l'élaboration du vin. Marcelo Retamal a décidé d'élaborer un style différent de Cabernet et il a très bien réussi. Pour moi la réussite de ce vin n'est pas un désaveu du style plus costaud et mature. C'est juste un enrichissement de la diversité. Ça montre qu'il n'y a pas de vérité absolue en matière de vin et que l'homme peut décliner les choses de différentes façons, toutes aussi valables les unes que les autres. C'est un peu comme ceux qui veulent absolument diviser la planète-vin en deux, entre des mondes ancien et nouveau. Ça ne tient pas la route, car on oublie la variable essentielle, la variable humaine. Comme je le disais, Marcelo Retamal n'est pas le seul à élaborer des cuvées axées sur plus de fraîcheur au Chili. L'autre Marcelo chilien, Marcelo Papa, une des forces vives du géant Concha y Toro a élaboré une cuvée spéciale du Cabernet, Marques de Casa Concha, dans le millésime 2010. Ce vin issu du même vignoble de Puente Alto d'où sont issus le Don Melchor et la cuvée régulière du Marques de Casa Concha, a été nommé meilleur rouge chilien par le guide Descorchados, 2014, avec une note de 96. Cette cuvée spéciale et limitée à seulement 1800 bouteilles a été élaborée en utilisant les techniques des rouges chiliens des années 70. La vendange a été effectuée un mois avant celle du Marques de Casa Concha régulier qui titre à 14.5% d'alcool, alors que la cuvée spéciale titre à seulement 12.5%. J'aimerais bien goûté ce vin. Il y a un réveil actuellement à propos des qualités des rouges de jadis où la maturité phénolique n'était pas une obsession. Je donnais récemment un exemple d'un de ces vieux rouges chiliens qui ont superbement évolué sur une très longue période, un Cab, 1967 de Santa Carolina qui titre à 13.2% d'alcool.

Finalement, j'ai un aveu à faire. J'ai acheté cette bouteille de Cabernet, Legado, 2011, car dans l'édition du Wine Spectator dont je parlais dans mon texte précédant, on avait octroyé 92 points à ce vin de 17$. Ça m'a fortement intrigué. J'étais curieux de voir en quoi ce vin pouvait se distinguer des autres Cabs de cette catégorie pour mériter un tel score, surtout que l'archétype du Cab de Maipo moderne de cette catégorie, le Marques de Casa Concha, 2011, c'est lui mérité 93 points. Ce n'était donc pas pour une question de style, mais bien de qualité intrinsèque du vin. Au final, je suis totalement confus. J'ai adoré le vin de De Martino. Sa note me semble justifiée, pour ce que ça veut dire, mais si tel est le cas, il y a une flopée de rouges chiliens qui devraient aussi obtenir un score similaire. L'offre chilienne de rouges de ce niveau qualitatif sous la barre des 25$ est immense et à 17$ ce Legado est un superbe achat qui se démarque par son profil original.



samedi 22 mars 2014

CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2001, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA




Une bouteille de ce classique chilien qui commence à avoir un peu d'âge. En tout cas, trop vieux pour trouver de l'information précise au sujet de ce millésime sur le web. L'étiquette dit qu'il titre à 13.5% d'alcool. C'est le petit frère du Casa Real, le Cab haut de gamme de Santa Rita, et il provient du même vignoble de Alto Jahuel dans le haut Maipo. Sur le site de Santa Rita on évoque un potentiel de garde de 8 à 10 ans pour ce vin. Ça me semble très conservateur selon mon expérience avec cette cuvée.

La robe est encore bien colorée, mais on peut dénoter des traces d'évolution par l'aspect orangé et légèrement translucide du pourtour du disque. Le caractère olfactif du vin est très typique du cépage avec des arômes de cassis, de cerise et de tabac. Cette base est complétée par de subtiles notes terreuses, ainsi que de bois brûlé/vanille, de poivron vert et de camphre. Un nez complexe, axé sur la finesse, clairement en cours d'évolution, mais sans notes de feuilles mortes et de thé souvent associées aux vins qui prennent de l'âge. En bouche, on retrouve un vin encore bien en chair qui montre une belle densité de matière. Les saveurs sont intenses, avec un mariage très réussi entre le fruit, l'amertume et l'aspect épicé. Le milieu de bouche confirme le caractère sérieux de ce nectar qui combine juste concentration et volume contenu. Le style est classique, les lignes épurées et la trame tannique à la fois fine et ferme. Le plaisir est donc un peu austère, mais cela n'empêche pas le vin de couler facilement pour qui, comme moi, aime le Cabernet Sauvignon qui s'assume. Cette identité forte ne pâlit pas en finale, au contraire, le caractère du vin y est affirmé avec plus d'emphase sur une persistance de très bon calibre.

J'écris moins sur ce blogue car les vins les plus intéressants que je bois actuellement sont des rouges chiliens avec un certain âge et si je commentais chacun d'eux, je tomberais totalement dans la redite. J'ai choisi de commenter ce Medalla Real car pour moi c'est l'archétype du Cab de Maipo de type Reserva. Aussi, il est disponible à la SAQ pour un prix relativement stable depuis les 15 dernières années. J'ai payé ce 2001, 19.45$, et le 2010 est actuellement offert à notre monopole pour 19.95$. À une époque où l'on se plaint du coût toujours à la hausse des classiques européens, ce Cab chilien est une des meilleures solution de rechange sur le marché. Ce 2001 est superbe à ce stade, mais il est très loin du déclin et a tout ce qu'il faut pour évoluer avec grâce pour au moins dix autres années. Excusez-moi de me répéter encore une fois, mais ce vin n'a rien à envier à des bordeaux ou des Cali-Cabs vendus plusieurs fois son prix. Plus ces Cabs chiliens prennent de l'âge et plus ils se recentrent sur les caractéristiques universelles du cépage. J'ai souvenir d'avoir confondu des experts en 2009, avec le millésime 2000 du Medalla Real, lors d'une dégustation comparative Chili-Californie organisée par Bill Zacharkiw du journal The Gazette. Ces experts pensaient alors avoir affaire à un bordeaux de haut niveau, et bien ce 2001 est au moins du même calibre et il est quatre ans plus vieux que ne l'était le 2000 en 2009. Il faut donc foi et patience pour commencer à mettre de côté ce type de bouteille. Il faut aussi renoncer à l'aspect prestige du vin et s'en tenir au contenu de la bouteille.

samedi 12 octobre 2013

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESRERVA, 2002, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



Ma cave a atteint une maturité qui me permet maintenant d'ouvrir sur une base régulière des rouges d'une dizaine d'années. Des vins chiliens du type de ce Cab de prix très abordable. La décision prise il y a huit ans de stocker massivement ce genre de vins fut la meilleure de mon parcours d'amateur. J'avais toutefois exploré les vins de cette gamme de prix d'un peu partout dans le monde et fait mes expériences au préalable. J'en étais alors venu à la conclusion que c'était ce genre de vins, propres et mi-évolués, que je préférais. Des vins de type Reserva qui ne sont pas des monstres de concentration et d'extraction, élaborés avec un usage somme toute modéré du bois de chêne. Ce qui fait qu'après une dizaine d'années en bouteille ils montrent un niveau d'évolution que j'apprécie, avec encore du fruit, mais ayant gagné en finesse et en subtilité tout en montrant autant de complexité, mais avec des arômes différents. Pour ceux qui me lisent avec régularité, il n'y a rien de nouveau dans mon propos. Ce n'est pas la première fois que je vante le potentiel de garde des rouges chiliens de type Reserva, ou Gran Reserva, issus de Cabernet Sauvignon, de Syrah, et les assemblages de type bordelais qui contiennent parfois aussi de la Syrah. Concernant la garde, pour le Pinot Noir, et la Syrah de climat frais je suis au stade de l'expérimentation, tout comme pour les blancs. Pour ce qui est de ce « Max Reserva », c'est le dernier millésime qui titrait à 14% d'alcool avant cinq millésimes sur six qui ont misés sur plus de maturité du fruit avec un titre alcoolique de 14.5%. Vous me direz que 0.5% ça demeure mineur comme changement, c'est vrai, mais plus le titre alcoolique est élevé, et plus l'impact d'un léger changement est notable. La bonne nouvelle, c'est que depuis le millésime 2009, Errazuriz est revenu à l'ancienne méthode et le titre alcoolique de cette cuvée est de retour à 14%. Il y a une tendance au Chili pour revenir à des vendanges un peu plus hâtives. C'est un des éléments que mettent de l'avant des gens comme François Massoc et Pedro Parra du Clos des Fous, et Parra agit maintenant comme consultant chez Errazuriz, tout comme le bourguignon Louis-Michel Ligier-Bélair qui est un ami des deux autres et impliqué avec eux dans le projet Aristos. Tout ça pour dire qu'il y a de l'osmose au Chili entre la nouvelle vague de petits producteurs et les gros joueurs traditionnels qui cherchent à s'améliorer. Errazuriz est un de ceux-ci. À ce sujet, je vous suggère ce récent article de Decanter.

La robe est encore intensément colorée, sans signes marqués d'évolution. Le nez est assez typique de ce que donne cette cuvée après 10 ans passés en bouteille. On y retrouve un caractère légèrement évolué qui marque un délicat fruité de cerise et de cassis, amalgamé à des notes de bois de cèdre, d'humus, d'épices douces, de menthol et de chocolat noir. Superbe nez de Cabernet qui commence sa phase de maturité. En bouche, le vin est caressant, fin et équilibré. Le profil des saveurs est légèrement évolué, avec une bonne dose de fruit, marié à des notes doucement épicées et appuyé sur une bonne base d'amertume qui contribue un brin de sévérité face à l'amabilité du fruit. Le milieu de bouche révèle un vin de corps moyen, avec un bon niveau de concentration qui convient bien au style modéré préconisé. La trame tannique est soyeuse et contribue à l'impression de finesse qui se dégage de l'ensemble. La finale reprend le thème de l'équilibre de l'harmonie et de la modération sur très bonne allonge.

Si j'avais un vin disponible à la SAQ à recommander pour la garde, à moins de 20$. Ce serait assurément ce Cab de Errazuriz. Un classique à prix modique qui année après année montre un potentiel de garde incroyable, compte tenu de son prix. Ce 2002 commence à peine sa phase de maturité, et évoluera avec grâce pour au moins les 10 prochaines années. C'est un vin qu'on peut facilement acheter en promo, moins 10%, ou à moins 15% dans les SAQ Dépôt. On peut l'acheter aujourd'hui en double promo à 15.25$ la bouteille. Ce qui est un prix totalement ridicule compte tenu de la qualité et du potentiel de garde éprouvé de ce vin année après année. Ceci dit, l'attrait de la nouveauté fait qu'on a parfois tendance à délaisser les valeurs sûres, mais cette cuvée est un des vins chiliens que j'ai toujours continué à acheter au cours des années car sa garde ne m'a jamais déçu. Ce vin pourrait facilement être placé dans un alignement de bordeaux ou de Calicabs du même âge, vendus deux à trois fois son prix, et il serait parfaitement à sa place. Oubliez son prix, ne cédez pas à l'effet Veblen inversé, et faites un superbe achat pour la cave, et n'oubliez pas que la patience n'a pas de prix!


dimanche 21 avril 2013

CABERNET SAUVIGNON, INTRIGA, 2010, MAIPO, MONTGRAS PROPERTIES




Montgras Properties est un groupe comprenant les marques Montgras, Ninquén, Amaral et Intriga. Chaque marque est associée à un terroir particulier. Pour Montgras c'est la vallée de Colchagua, dans le cas de Ninquén, c'est un lieu précis dans Colchagua, soit la montagne Ninquén avec un plateau au sommet de celle-ci. Pour Amaral il s'agit de la fraîche région côtière de Leyda, alors que dans le cas de Intriga, il s'agit d'un seul vin, composé d'un cépage unique, le Cabernet Sauvignon, issu du meilleur terroir pour celui-ci, la vallée de Maipo. Dans ce cas-ci, ce n'est pas l'Alto Maipo, mais plutôt de la partie médiane de la vallée, au sud-ouest de celle-ci près de la ville de Paine. Les vignes produisant les raisins pour ce vin ont entre 10 et 50 ans d'âge et certaines sont conduites en pergola et d'autres en Lyre. La vendange est manuelle et tardive pour la région et le millésime (7 au 17 mai). À titre d'exemple, Vinedo Chadwick, qui est situé à Puente Alto dans l'Alto Maipo, a commencé à cueillir le 23 avril en 2010. La fermentation utilise les levures indigènes. L'élevage en barrique de chêne français dure 24 mois avec un tiers de premier usage et le reste de second usage. Le vin titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.59 et est bien sec avec 2.68 g/L de sucres résiduels. Le producteur évoque un potentiel de garde de 15 ans pour ce vin.

La robe est ténébreuse et impénétrable. Le nez révèle l'identité de ce vin. C'est du beau Cab chilien, mais on perçoit une différence par rapport au profil que donne généralement ce cépage dans l'Alto Maipo. Le cassis et le menthol qui dominent habituellement les Cabs de l'Alto Maipo sont présents ici, mais en mode mineur. La palette fruitée est plutôt marquée par de beaux arômes de cerise, mâtinés de notes de bois de cèdre, de terre humide et de sous-bois, le tout complété par un très léger aspect boisé rappelant les épices douces. Superbe nez de très jeune Cab, complexe et exhalant des arômes de grande qualité. La bouche est un ravissement pour un amateur de Cabernet comme moi. L'attaque est de velours et révèle un vin à la matière dense et raffinée. Les saveurs sont intenses et de haute qualité. Le fruité est balancé par une juste dose d'amertume qui donne un cachet sérieux à l'ensemble. En milieu de bouche le vin s'exprime avec justesse, sans lourdeur, mais avec toute la concentration nécessaire à un vin de niveau supérieur. Les tanins sont soyeux ce qui ajoute à l'impression de raffinement qui se dégage de ce nectar. La finale est harmonieuse et très longue avec un sursaut dans l'intensité des saveurs. Des notes de chocolat noir et de caramel encadrent le fruit lors du déclin des saveurs.

Depuis le temps que je m'intéresse aux vins du Chili, je suis devenu plus difficile à impressionner et je m'emporte moins dans mes commentaires. Je connais le RQP généralement favorable des vins de ce pays, et je tente de les juger dans leur contexte. Toutefois, il m'arrive encore de tomber sur des vins spéciaux qui se démarquent d'une manière ou d'une autre. Ces vins arrivent encore à me surprendre et c'est le cas de cet Intriga. Quel vin! Et lorsque je pense à son prix je suis totalement renversé. Qu'un vin de ce haut niveau qualitatif puisse être acheté pour seulement 20$ la bouteille est absolument renversant. Ce vin n'a rien à envier à des vins vendus beaucoup plus chers, peu importe le pays. On a affaire ici à un vin de niveau Grand Cru. Bien sûr cette terminologie n'existe pas au Chili, mais si c'était le cas, ce vin pourrait être là sans rougir d'aucune comparaison par rapport à des vins semblables aux prix hypertrophiés. Il n'aurait pas à rougir non plus, au strict plan qualitatif, face à de la compétition étrangère de haut niveau. Qu'il s'agisse de Bordeaux ou de Napa. Ce vin n'est rien de moins qu'un Cab de classe mondiale qui montre un énorme potentiel de garde. C'est absolument incroyable qu'il soit possible de l'acheter ici au Québec à un prix aussi dérisoire. Je reproche parfois à certains producteurs chiliens de mettre la charrue avant les bœufs au niveau du prix en jouant sur l'effet Veblen. C'est tout le contraire dans le cas de ce vin, mais j'ai peur qu'un effet anti-Veblen joue contre lui. J'ai peur que plusieurs ne le prennent pas au sérieux à cause de son prix. Ce serait dommage, car avec sa politique de prix, c'est comme si le producteur avait décidé de faire découvrir son vin par le plus grand nombre. De grâce, si vous achetez ce vin, tentez de le juger de la façon la plus neutre. En ce qui me concerne, ce vin m'a tellement convaincu que j'ai décidé de profiter de la promo du week-end pour en acheter six bouteilles dans une belle caisse en bois digne de son niveau qualitatif. 120$ pour six bouteilles d'un vin aussi bon que certains vendus le même prix pour une seule bouteille. Avec cet Intriga et le Ninquén, Montgras Properties offre deux vins de garde chiliens de grande classe à des prix simplement incroyables. Dans un monde où l'inflation est la norme, je pense que ça mérite d'être souligné et encouragé.



mardi 9 avril 2013

CABERNET SAUVIGNON, 2010, ALTO CACHAPOAL, CLOS DES FOUS



Quand pour la première fois j'ai entendu parler du projet Clos des Fous, je me suis dit que c'était un nom qui cadrait bien avec la perception que certaines personnes peuvent avoir de moi et de mon obsession pour les vin du Chili : "Claude est fou"! Plus sérieusement, si vous voulez mieux connaître la démarche, je vous invite à lire ce court texte de Pedro Parra, l'expert chilien de la notion de terroir, formé en France. Sinon, on pourrait résumer la philosophie du Clos des Fous en disant que le focus est mis sur les zones périphériques du vignoble chilien, avec comme idée que les meilleurs vins sont issus des terroirs limites pour la culture d'un cépage donné. Donc, dans le projet du Clos des Fous, il y a l'idée d'une recherche de fraîcheur. Fraîcheur dans le climat pour un cépage donné qui se transposera dans le vin qui en sera issu. En ce sens, l'Alto Cachapoal est un climat frais pour la culture du Cabernet Sauvignon. Le Clos des Fous c'est aussi François Massoc, un français éduqué en Bourgogne, homme à tout faire de la vigne, qui en plus du Clos des Fous est impliqué dans plusieurs projets novateurs au Chili (Aristos, Calyptra). Pour ce qui est de ce vin, il y a peu d'informations disponibles à son sujet, sinon qu'il provient d'un vignoble unique appelé "Cabeza de loco" (tête folle en français), situé dans les hauteurs de la vallée de Cachapoal, qu'il est élaboré en cuve inox avec élevage sure lies de neuf mois. Le vin titre à 13.5% d'alcool, ce qui est rare aujourd'hui au Chili pour un vin de Cabernet, mais il y a un mouvement qui est amorcé pour abaisser les taux d'alcool. C'est à mon avis une bien bonne chose.

La robe est sombre avec des reflets violacés. Le nez est frais et exhale des arômes de petits fruits rouges, avec quand même une touche du proverbial cassis chilien. Le tout est complété par un peu de menthol, une touche de terre noire et un léger aspect évoquant le sous bois. Nez bien agréable avec le fruit qui mène la marche. Cela se transpose en bouche où le fruité pur et intense domine l'action. Le vin montre une belle fraîcheur grâce à une acidité bien marquée qui contribue aussi à la fermeté de l'ensemble. Le milieu de bouche poursuit dans la même veine, avec un fruité intense et tendu imbriqué dans une matière compacte et sans lourdeur. Les tanins montrent une légère granulation qui apporte une texture agréable. Cela sied bien au style de ce vin qui coule sans effort. La finale garde le cap sur l'intensité fruitée avec une bonne persistance des saveurs.

J'ai bien aimé ce vin pour ce qu'il est, c'est-à-dire une interprétation originale du Cabernet Sauvignon chilien. L'aspect non boisé de ce nectar est bien entendu une de ses caractéristiques principales, l'autre étant son haut niveau d'acidité. Ce vin pourrait être résumé en disant c'est le plus proche qu'un vin de Cabernet peut se rapprocher d'un Beaujolais, le tout avec la touche particulière du terroir chilien. Je dis donc bravo pour l'originalité dans la qualité, mais je pense qu'il faut savoir de quelle qualité on parle. Je ne pense pas que ce vin soit un vin de garde. Je pense plutôt que c'est un superbe vin de soif fait pour être bu jeune. Ceux qui pensent que ça va vieillir comme un bon Cab Reserva chilien élevé en barriques de chêne risquent d'être déçus. Ce vin me fait penser au Merlot, 2007, de Loma Larga, un autre rouge non boisé issu d'un cépage bordelais. J'avais bien aimé ce vin en jeunesse, mais une bouteille ouverte le mois passé m'a convaincu d'ouvrir celles que j'ai encore au cellier dans la prochaine année. Le vin était encore bon, mais sans la cohésion de sa prime jeunesse. L'aspect boisé dans le rouge de garde m'est toujours apparu comme un élément intégrateur, un élément qui permettait de lier les différents aspects d'un vin pour que le tout se fonde avec le temps dans l'harmonie. Ceci dit, comme 99.9% des vins de moins 20$ sont bus très rapidement après l'achat, ce Clos des Fous atteint parfaitement la cible. C'est une façon de boire un vin de Cabernet Sauvignon, sans l'artifice que peut représenter le boisé en jeunesse. En ce sens c'est très intéressant car ça ramène à l'essence du cépage et du terroir. Aussi, de manière un peu paradoxale, par effet de soustraction, l'absence du boisé aide à mieux en saisir la nature dans les vins de Cabernet chilien en général. Finalement, ce vin est une autre preuve qu'il est maintenant ridicule de réduire les rouges du Chili à un stéréotype.


samedi 6 avril 2013

CABERNET SAUVIGNON, 2010, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA




Après mon texte précédant sur Neil Martin et sa vision alambiquée du Chili. J'ai eu le goût de déguster un vin qu'il avait bien noté par rapport à ses pairs et par rapport à des vins plus réputés et beaucoup plus chers pour voir si ce vin se démarquait. Pour voir si il justifiait une note exemplaire de 90. Ce Cabernet de Arboleda est un vin que j'apprécie depuis plusieurs millésimes dont j'ai de nombreux exemplaires en cave. C'est à mon avis un bel exemple de Cab chilen de type Reserva, vendu autour de 20$ la bouteille. Sur ce blogue j'ai déjà commenté le millésime 2008 de ce vin. Dans le cas de ce 2010, il s'agit d'un assemblage comprenant 7% de Cabernet Franc et 3% de Petit Verdot. Il titre à 14% d'alcool, pour un pH de 3.61 et est bien sec avec 2.70 g/L de sucres résiduels.

La robe est sombre et opaque. Le nez est beau et typique, avec des arômes de cassis frais et de cerise, amalgamés à des notes de bois de cèdre, de menthol, de vanille, de terre noire, de poivron vert et de chocolat noir. Belle expression chilienne du Cabernet Sauvignon en prime jeunesse, avec un apport boisé bien dosé. En bouche, on retrouve un vin modelé sur la tradition des rouges chiliens de type Reserva. Il offre de belles proportions, une bonne matière, de la concentration, mais en évitant la lourdeur et l'excès. Il montre aussi une belle finesse tannique qui contribue à le rendre facile à boire. La finale est harmonieuse et intense, avec une longueur de très bon calibre.

Que dire de plus à propos de ce vin sinon qu'il est bel et bien exemplaire. C'est un vin qui pour moi représente l'essence du Cab chilien de type Reserva. C'est à dire un Cabernet de milieu de gamme, de prix abordable, influencé par l'élevage en barriques de chêne, mais dans lequel on ne pousse pas les choses dans le but d'impressionner. Le résultat c'est un vin qui révèle très bien le terroir d'où il est issu et qui est facile à boire en jeunesse, tout en ayant un fort potentiel de garde et d'évolution en bouteille. Un vin mesuré qui n'a pas besoin d'artifices pour être agréable et intéressant. La SAQ demande 19.95$ pour une bouteille de ce vin, mais comme tous les vins chiliens, il peut facilement être acheté en promotion à 17.95$. J'ai souvent pu acheter ce vin en double promotion pour environ 16$ la bouteille. Peu importe, même au prix régulier, c'est un achat très avisé. Un vin que je n'aurais pas peur de mettre dans un alignement de bordeaux vendus au moins deux fois son prix, maintenant ou dans dix ans. Aujourd'hui ce qui le distingue transparaîtrait, alors que dans dix ans ce qui ressemble confondrait.

Cela dit, je ne comprends toujours pas ce qui justifie la note de 90 obtenue par ce vin par rapport à d'autres vins tout aussi bons, sinon meilleurs qui ont été notés bien plus bas. Comment ce vin peut valoir un 90 et le Cabernet Sauvignon, Marques de Casa Concha, 2010, valoir 82 points? Ça dépasse mon entendement. Les exemples de comparaisons qui ne tiennent pas la route sont tellement nombreux que ça ne sert à rien d'en faire la liste. Mon but n'est pas de dire que ce vin ne mérite pas une note de 90. Je ne vois juste pas la cohérence avec plein d'autres vins tout aussi bons et moins bien notés. Il y a aussi des vins plus concentrés et plus longs qui ont besoin de temps en bouteille et qui sont plus mal notés. Il donc difficile de comprendre les critères objectifs derrières les notes. Si c'est juste une question de goût personnel, ou d'impression du moment dans une dégustation marathon, alors ce système est encore plus ridicule. Tout cela pour dire que le 90 donné à ce vin ne vient rien dire car il n'est pas fixé dans un cadre cohérent et qu'à mon avis cette cohérence est inatteignable par les seuls sens de l'odorat et du goût. Dans le cadre européen les notes semblent parfois moins aléatoires car il existe une forte hiérarchisation et que beaucoup de critiques donnent des notes. Toutefois, dans un pays méconnu comme le Chili, un dégustateur étranger qui débarque expose encore plus l'invalidité du système car il a peu de repères. Je pense que c'est ce que Neil Martin a démontré avec sa monstrueuse séries de notes. Je lisais un article dernièrement où même Parker, le concepteur de ce système farfelu de notation, ne pouvait s'y retrouver en semi-aveugle sur un terrain qu'il fréquente assidument depuis 40 ans. Alors imaginez ce pauvre Neil Martin qui débarque pour la première fois au Chili en devant donner des notes intensivement à plus de 1000 vins. Une triste farce.