mardi 31 mai 2011

CHARDONNAY, 20 BARRELS, 2007, CASABLANCA, VINA CONO SUR


Deuxième vin consécutif dont j'ai déjà traité auparavant sur lequel je reviens (voir le lien). Je suppose que c'est un des premiers signes montrant que ce blogue dure un peu. Ce 20 Barrels fut seulement le troisième vin à avoir fait l'objet d'un commentaire de ma part au tout début de ce blogue en septembre 2009. Si j'en reparle aujourd'hui, c'est que j'en ai ouvert une deuxième bouteille, et si j'en ai ouvert une deuxième bouteille, c'est que ce vin vient d'arriver à ma grande surprise sur les tablettes de la SAQ. Et pour une surprise, c'en est une belle. Il est intéressant de voir la SAQ offrir un Chardonnay chilien de haut niveau qui a déjà un peu de temps de fait en bouteille, et le prix auquel il est offert (22.15$) est vraiment formidable. La bouteille que j'ai ouverte ce week-end m'a confirmé la très belle qualité de ce vin de climat frais. Celui-ci porte l'appellation vallée de Casablanca, mais il provient du vignoble le plus frais de la région car celui-ci est situé à l'extrême ouest de la vallée, à seulement 8 km de la côte du Pacifique. À ce stade de son évolution, le vin se présente avec une structure et une fraîcheur rappelant un vin de Sauvignon Blanc, mais avec une palette d'arômes et de saveurs propres au Chardonnay de climat vraiment frais. Il m'a fait un peu penser au Chardonnay, Malvilla, 2008, Leyda, de Vina Chocalan, sauf que ce 20 Barrels est plus dense et plus concentré. Il faut dire qu'il provient de vignes plus âgées, plantées en 1998. Il sera possible d'acheter ce vin dans 10 jours pour moins de 20$. L'aubaine n'en sera alors que plus formidable. J'ai écrit la semaine passée que Cono Sur était globalement le meilleur producteur de vins blancs du Chili. Cette cuvée de Chardonnay de fort calibre, au prix imbattable, aide à comprendre pourquoi.

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/09/chardonnay-20-barrels-2007-casablanca.html

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/12/chardonnay-malvilla-2008-san-antonio.html


*

dimanche 29 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, CASTILLO DE MOLINA, 2003, CURICO, VINA SAN PEDRO



J’ai parlé de ce vin il y a un an sur ce blogue (voir le lien). Si j’y reviens aujourd’hui, c’est que j’en ai ouvert une autre bouteille qui dépasse facilement celle ouverte l’an passé, que j’avais par ailleurs bien aimée. Je n’aurais jamais osé amener ce vin, que j’ai payé 13.50$, à une dégustation à l’aveugle du genre “Cabernets du monde”, et pourtant, en y goûtant je me dis qu’il aurait pu en jeter plusieurs par terre.

La robe grenat est légèrement translucide. À l’ouverture, le nez montre de superbes arômes de fruits rouges, ainsi que d’intenses notes de café que je rencontre rarement dans des Cabs chiliens, mais que j’ai fréquemment croisées dans de bons bordeaux. Avec le temps, l’aspect café s’est graduellement atténué pour mieux laisser paraître le reste de la palette aromatique comprenant de subtils arômes de cassis, d’épices douces, de bois de cèdre, de poivron vert et de chocolat noir. Un nez complexe d’une qualité renversante et bien fidèle au cépage dont il est issu. Le ravissement se poursuit en bouche, où le vin se montre sous un jour des plus charmeurs. C’est suave et équilibré, avec des saveurs dont l’intensité est relevée par une bonne acidité, le tout soutenu par ce qu’il faut d’amertume. Le milieu de bouche surprend par sa concentration et montre un bon volume sur des tanins veloutés. La finale est intense et longue, avec l’amertume de chocolat noir qui gagne en importance à la toute fin.

J’avais bien aimé la bouteille précédente de ce vin bue il y a un an, mais celle-ci m’est apparue sensiblement supérieure. Il est difficile de comparer des perceptions espacées par autant de temps. Donc, peut-être que ma préférence peut s’expliquer par une disposition plus favorable de ma part aujourd’hui. Toujours est-il que cette bouteille m’est apparue comme moins évoluée, et avec plus de chair que la précédente. La bouteille dégustée il y a un an m’était apparue comme ayant livré ce que j’en attendais, alors que dans ce cas-ci, ce que j’ai trouvé a dépassé mes attentes. Je n’avais pas l’impression d’avoir affaire a un bon petit vin bien choisi ayant bien évolué, mais plutôt d’être face à un vin d’une catégorie supérieure. Je sais que je tape inlassablement sur le même clou, mais les Cabs chiliens de type Reserva (15-25$) sont à mon avis les meilleurs RQP qui soient pour la moyenne garde. Il faut les acheter jeunes et avoir la patience de les garder 5 à 15 ans. Vous n’impressionnerez peut-être jamais personne avec l’étiquette, mais si c’est le contenu de la bouteille qui vous intéresse, il n’y a pas de meilleur RQP. Et puis pour déculotter les amateurs d’étiquettes, il y a toujours le service à l’aveugle, ou s’il y a un petit fond de malice en vous, le service sous une étiquette plus prestigieuse. Toutefois, à regarder de près l’état de l'étiquette de cette bouteille, même le producteur ne semblait pas trop y croire, ou bien peut-être pensait-il que personne ne prendrait la peine de garder un vin de ce prix...

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/05/cabernet-sauvignon-castillo-de-molina.html


*

lundi 23 mai 2011

SYRAH, RESERVA, 2008, LIMARI, VINA TABALI



L’amateur de vin est généralement amateur de découvertes, à un point où on peut se demander si son but premier est de boire du vin qu’il aime vraiment, ou bien de gonfler le plus possible son bagage d’expériences. Le vin que l’on ne connaît pas encore, mais à propos duquel on a lu, semble toujours plus attirant que la valeur sûre qui était pourtant une de nos découvertes il n’y a pas si longtemps. En ce qui me concerne, cette Syrah, Reserva, 2008 de Tabali est un bon exemple de ce phénomène. Je me souviens d’avoir découvert ce producteur et la nouvelle région de Limari par le biais du millésime 2002 de ce vin. Puis j’ai acheté tous les millésimes suivants jusqu’au 2007. Toutefois, cette année, malgré trois arrivages distincts du 2008 à la SAQ, je n’avais pas encore acheté ce vin malgré que les stocks du troisième arrivage soient presque complètement écoulés. Finalement, ce week-end, en allant acheter quelques bouteilles du Viognier de Cono Sur, j’ai aperçu ce vin et j’ai décidé d’en acheter trois bouteilles, un peu à reculons. Pas parce que je doutais de sa qualité, non, simplement parce que pour moi il n’y avait plus d’effet de nouveauté. Il faut dire aussi que j’ai plusieurs bouteilles des millésimes précédents au cellier. N’empêche, ma réaction face à ce vin m’a bien montré que je suis atteint du syndrome de la nouveauté qui touche beaucoup d’amateurs. Mon intérêt pour le vin tomberait si mon but se limitait à bien boire. Une partie importante de l’intérêt particulier que je porte au vin repose sur l’aspect découverte. Et comme je m’intéresse plus particulièrement au Chili, c’est l’aspect pionnier et innovateur qui pique le plus ma curiosité. Par exemple, pour rester sur le cas de Tabali. Ce producteur vient de lancer une nouvelle gamme de vins issus d’un vignoble appelé Talinay. Ce vignoble aux sols calcaires est situé beaucoup plus près de la côte que les vignobles plus anciens de Tabali. Le climat y est donc encore plus frais et les premiers vins qui en sont issus sont paraît-il d’un calibre étonnant et très prometteurs. Si ces vins étaient disponibles au Québec, il est clair que j’aurais été le premier à vouloir en acheter, pour le vin bien sûr, mais surtout car l’aspect découverte intéressante aurait été présent. Ceci dit, offrir avec constance un style et un niveau de qualité est une chose très importante pour un producteur qui cherche à établir sa réputation chez le consommateur moyen qui recherche d’abord et avant tout un vin qu’il aimera. C’est là une chose que Tabali a réussi à faire avec cette cuvée de base de Syrah. Je doute fort que le millésime 2008 ne poursuive pas sur cette lancée, mais voyons quand même de quoi il en retourne.

La robe est sombre et opaque. Le nez montre que malgré sa courte existence, cette cuvée a déjà une signature stylistique qui lui est propre. Ça sent la Syrah de Tabali, et ça sent bon. Il est bien sûr impossible de faire partager cette impression de typicité avec des mots. Si je vous dit que ça sent les fruits rouges et noirs, le poivre noir, la violette, la fumée, les herbes aromatiques et le chocolat noir. Vous me direz que je ne fais qu’aligner des descripteurs classiques des vins de ce cépage, et vous aurez raison. Eh oui, ce vin est typique de son cépage, mais la signature dont je parle se trouve dans les proportions et les nuances aromatiques, et dans une spécificité que je n’arrive pas à nommer. Ce qui fait que pour moi ce vin est à la fois clairement Syrah et clairement Tabali. Cette impression se poursuit en bouche où l’on retrouve un vin de corps moyen au bel équilibre, déployant une palette de saveurs intenses mariant admirablement l’aspect fruité et le côté épicé. La structure du vin est assez compacte, la concentration est de bon niveau et la trame tannique est délicate et soyeuse. C’est un vin goûteux qui évite les excès et qui coule facilement. La finale est à la hauteur, harmonieuse et intense, avec une longueur surprenante aux relents de chocolat noir.

Ceux qui me lisent avec régularité sur ce blogue connaissent mon amour pour les bons Cabernets chiliens de type Reserva. La mention Reserva au Chili n’a rien de contraignant, mais malgré tout, par la force des choses je dirais, elle réfère à un certain type de vin. Des vins qui ne manque de rien, mais qui savent éviter les excès. Concentrés mais pas trop, juste assez extraits et sachant généralement éviter l’écueil du boisé trop appuyé. Des vins de compromis entre les impératifs économiques et le nécessaire souci qualitatif. Mais pour moi qui à force d’expériences est de plus en plus convaincu qu’en matière de vin, plus n’égale pas toujours mieux. Ces vins de profils modérés offrent le double avantage de mieux correspondre à mes goûts, tout en présentant un prix des plus avantageux. Ceci dit, même pour ce type de vin, selon les préférences, il faut souvent que jeunesse se passe. N’empêche que ça représente à mon sens une catégorie de vins très attrayante, même si on la regarde souvent de haut à cause de ses prix très abordables, voire top abordables pour certains. Ce type de vins génèrent souvent un effet Veblen inversé... Toujours est-il que si j’y suis allé de ce long préambule, c’est pour en venir à dire que ce vin de Tabali est l’équivalent pour moi, en terme de Syrah, de ce que sont depuis longtemps les bons Cabernets chiliens de type Reserva. Des vins abordables en jeunesse, mais avec un bon potentiel pour la moyenne garde. Des vins plus faciles à boire que les grosses bombes ambitieuses et souvent très coûteuses, et qu’il ne sera pas nécessaire de garder 30 ans sans savoir si finesse et équilibre pourront un jour être réunis. Dans le cas de cette Syrah, le vin n’est pas encore totalement sur la finesse, mais l’équilibre lui est déjà là. Ce vin, malgré mon préjugé favorable à son égard, a tout de même su me surprendre par son niveau qualitatif d’ensemble. C’est vraiment très bon, surtout si on a envie d’un vin sur un généreux profil de jeunesse. Désolé d’en rendre compte si tardivement, le troisième arrivage de celui-ci à la SAQ étant presque complètement écoulé. Ça m’apprendra à ignorer les valeurs sûres.

http://www.wineanorak.com/wineblog/videos/video-another-remarkable-chilean-vineyard-tabalis-talinay-in-limari




*

dimanche 22 mai 2011

Vin bouchonné: Pas toujours facile de s’y retrouver

J’ai lu avec intérêt un fil de discussion sur le forum Fouduvin où l’on traite de vin bouchonné et de la difficulté de retourner des bouteilles coûteuses, jugées défectueuses, à notre monopole provincial. Je comprend qu’il doit être très frustrant de se faire regarder comme un fraudeur potentiel lorsqu’on retourne une bouteille qu’on juge défectueuse en toute bonne foi. Surtout que mon expérience de dégustation en groupe m’a montré que la sensibilité au 2,4,6-trichloroanisole (TCA) est très variable chez les individus. J’ai même rencontré des amateurs qui m’ont avoué ne jamais avoir rencontrer de vins bouchonnés. Par respect je ne leur ai pas dit, mais pour moi c’était une preuve que ces individus étaient insensibles à cette molécule. Ce qui fait que lorsque je retourne une bouteille bouchonnée, je me demande toujours quelle est la sensibilité du préposé qui est supposé valider le défaut allégué du vin. Je me souviens avoir rapporté un jour un vin bouchonné, et la conseillère de la SAQ m’avait dit avant de vérifier le contenu de la bouteille qu’elle était très sensible au TCA. Après avoir bien humer le vin, elle m'a rétorqué que celui-ci n’est pas bouchonné, mais plutôt “bretté” et que cela n’était pas un défaut!!! J’ai gardé mon calme en me contentant de lui redire que je considérais le vin comme défectueux. Comme la bouteille était un Cabernet chilien d’à peine 18$, je suppose qu’elle a considéré qu’il ne valait pas la peine d’argumenter plus longtemps, et a décidé de m’échanger le vin. Toutefois, si la bouteille avait été un bordeaux de bon prix. J’aurais probablement eu droit au test de laboratoire moi aussi. Je n’aurais pas aimé me faire dire que j’avais tort par une analyse de laboratoire, et pourtant je suis chimiste de profession. Car on le sait, bien, l’analyse de laboratoire c’est l’argument massue, l’argument inattaquable, mais pourtant...

Si on me servait l’argument de l’analyse chimique pour me dire que j’ai tort dans une pareille réclamation. J’aimerais bien que ça aille plus loin que de me dire que c’était négatif. J’aimerais avoir des détails. Justement, j’aimerais bien savoir si la SAQ teste les vins seulement pour le TCA, ou bien pour l’ensemble des haloanisoles (bromoanisoles, dichloroanisole, tetrachloroanisole, pentachloroanisole). Aussi, le seuil de détection des chloroanisoles peut être influencé par la présence et la concentration d’autres molécules phénolées dans le vin, comme les chlorophénols et le guaïacol. Selon la littérature, le TCA est considéré comme un défaut à partir de 2 ng/L. Pourtant, les seuils de détections des dégustateurs les plus sensibles peuvent être aussi bas que 0.03 ng/L. Dans ce contexte, il serait aussi intéressant de savoir quelle est la limite de détection des analyses de la SAQ, et quelle est la concentration de TCA qu’elle considère comme un défaut. Selon moi, il y a clairement là beaucoup de place à l’arbitraire, malgré l’apparente incontestabilité de l’analyse de laboratoire. Ceci dit, ça demeure une situation difficile, car la fraude existe sûrement en cette matière, et il y a probablement des clients qui rapportent de bonne foi des vins, en pensant qu’ils sont bouchonnés, alors que ce n’est pas le cas en réalité. Ce qui me semble le plus frustrant, c’est le flou qui entoure le processus d’évaluation des demandes de retour. Une bonne partie de l’issue se joue sur le contact humain avec l’employé qui accueille la plainte. Ajoutez à cela tous les autres défauts possibles du vin, défauts qui pour certains sont au contraire des qualités... On comprend facilement pourquoi retourner une bouteille d’un certain prix n’est pas toujours simple. Extrait intéressant pour finir d'un des deux documents dont je joins le lien

"Recently, Soleas and colleagues (2002) have analyzed more than 2.400 different wines from several countries. The study consisted on tasting the wines by a panel of experts which could detect 2,4,6-TCA at a concentration of 2 ng/L or higher. The conclusions of this study were the next:

I).- The 6.1% of the wines tasted were considered to be affected by cork taint. 

II):- A second analysis of the tainted wines by Gas Chromatography-Mass Spectrometry (GC-MS) showed that only 51% (74) of the wines had 2,4,6-TCA levels higher than 2 ng/L. Therefore, the 49% of the wines initially defined as cork tainted suffered contamination by other unidentified compounds different from 2,4,6-TCA, and probably this taint could not be attributed to the cork stopper."

http://www.scientificsocieties.org/jib/papers/2009/G-2009-0409-599.pdf

http://www.apcor.pt/userfiles/File/Causes%20and%20origins%20of%20wine%20contamination%20%20by%20haloanisoles.pdf

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=2&t=18340


 
*

samedi 21 mai 2011

VIOGNIER, VISION, BLOC GREFFÉ, 2009, COLCHAGUA, VINA CONO SUR



Le Viognier est en train de remplacer le Chardonnay et le Sauvignon Blanc dans la vallée centrale chilienne. Ces derniers ont désormais migré vers les nouvelles régions plus fraîches, laissant le champ libre au Viognier qui s’adapte mieux aux températures chaudes. Cette cuvée Vision de Cono Sur provient du vignoble Santa Elisa situé dans la vallée de Colchagua. Les raisins ont été vendangés manuellement en avril. 20% du vin a été élevé en barriques de chêne pendant huit mois, le reste demeurant en inox jusqu’à l’assemblage final. Le vin titre à 14% d’alcool, pour un vif pH de 3.05, et 6.8 grammes par litre de sucres résiduels.

La robe est d’une belle teinte dorée. Le nez est agréable et se déploie sur un mélange particulier d’arômes évoquant la mangue, l’orange et l’ananas, ainsi qu’un léger côté d’herbes séchées que je n’arrive pas à nommer avec précision. De légères notes florales et épicées viennent compléter l’ensemble avec subtilité. En bouche, la qualité offerte est tout simplement renversante. C’est équilibré, avec le gras et l’acidité qui sont très bien dosés et qui procurent une sensation tactile des plus plaisantes. À cette solide base s’ajoute une expression des saveurs intense, un niveau de concentration clairement supérieur, et une persistance de très fort calibre. Je n’ai pas perçu de douceur indue provenant des sucres résiduels, probablement à cause de la bonne dose d’acidité que possède le vin.

Le Viognier n’est pas le cépage le plus consensuel, mais cette cuvée Vision de Cono Sur me semble une belle façon d’apprivoiser les vertus de ce cépage. C'est un vin vraiment impressionnant, éclatant et expressif, concentré et long. Au prix demandé (19$), il s’agit à mon sens d’une aubaine formidable. Sous une étiquette plus prestigieuse celui-ci pourrait facilement se vendre 50$ et personne ne trouverait à redire. Les vins blancs d’une telle qualité sous la barre des 20$ sont une denrée rare. Je vante souvent le potentiel de garde des rouges chiliens, mais jamais celui des blancs. La raison est simple, la qualité des blancs de ce pays il y a une dizaine d’années ne m’avait pas donné l’idée d’en mettre de côté pour l’expérience. Toutefois, les blancs chiliens depuis quelques années sont en forte progression, si bien que j’ai commencé à garder quelques bouteilles de ceux que je goûte et qui me semblent les plus inspirants. Ce Viognier de Cono Sur fait assurément partie de cette catégorie. Résultat de l'expérience dans quelques années...


*

samedi 14 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, SINGLE VINEYARD, 2008, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



Après le Carmenère de la même gamme et du même millésime dont j’ai traité il y a un peu plus d’un an (voir lien), voilà que je remet ça avec le Cabernet Sauvignon. Le vignoble unique d’où le vin est issu est le vignoble Max II situé au coeur de la vallée de l’Aconcagua. Ce Cabernet Sauvignon, malgré son nom, est en fait un assemblage qui contient 12 % de Cabernet Franc. Celui-ci a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français (83%) et américain (17%), dont le tiers étaient neuves.

La robe est bien foncée et d’une opacité totale. Le nez montre une intensité sous contrôle qui permet de bien apprécier un bel ensemble aromatique avec les fruits rouges et noirs qui dominent, complétés par des notes d’épices douces comme la vanille, de bois de cèdre, de menthol, de pâtisserie et de torréfaction. Un nez très typique des Cabs élaborés par Errazuriz dans cette région. La bouche est suave d’entrée, souple et ample, avec un beau mariage alliant en douceur fruité intense et notes finement épicées, supportés par un trait d’amertume. Le milieu de bouche permet de constater le très bel équilibre de ce très jeune vin, ainsi que son très bon niveau de concentration. La structure est assez compacte, avec une bonne acidité, alors que la texture tannique est soyeuse. La finale voit l’intensité des saveurs gagner encore un cran, avant de décliner harmonieusement pendant un long moment.

Si vous aimez le Cabernet Sauvignon de la gamme Max Reserva de Errazuriz, et bien cette cuvée Single Vineyard est dans un style très similaire, mais avec plus de tout. À 19.95$, ce vin est vendu seulement 1.35$ de plus que le Max Reserva, mais la différence de qualité est plus grande que la différence de prix. Comme le Max Reserva est déjà un très bel achat à son prix, il est clair que ce Single Vineyard représente un fort RQP. C’est un vin qui selon mes préférences est encore bien trop jeune, même s’il peut donner du plaisir dès maintenant. Toutefois, il possède un très bon potentiel pour une garde de 10 à 20 ans. Les Cabernets de Errazuriz ont un potentiel que leurs prix modiques ne laisse pas soupçonner. Un Cab, Estate, 1999, et un Cab, Reserva, 1996, de ce producteur me l’ont rappelé cet hiver lors d’une dégustation à l’aveugle. Parfois à force de rechercher la nouveauté on en vient à oublier les classiques.

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/05/carmenere-single-vineyard-2008.html

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2011/03/degustation-hemisphere-sud.html

*

mardi 10 mai 2011

SAUVIGNON BLANC, NATURA, 2009, CASABLANCA, EMILIANA



J’ai parlé à quelques reprises de ce producteur sur ce blogue. Il s’agit du pionnier chilien en matière de vins biologiques et biodynamiques. Les deux premiers vins certifiés biodynamiques au Chili par DEMETER, les cuvées Ge et Coyam, trônent au somment de la gamme offerte par Emiliana. Pour sa part cette cuvée de Sauvignon Blanc Natura est certifiée biologique IMO Suisse et ne contient que 21 mg/litre de souffre libre.

La robe est de teinte jaune pâle aux légers reflets verdâtres. Le nez est très typique du cépage avec des arômes de citron et de zeste de pamplemousse, amalgamés à des notes végétales d’herbe coupée et de poivron vert. Un léger aspect de roche mouillée vient compléter cet ensemble relativement simple, mais franc et de belle qualité. En bouche, le vin est marqué par une bonne dose d’acidité qui apporte de la tension à un fruité citronné intense. En milieu de bouche, l’aspect végétal ressort avec plus d’acuité pour former un heureux mélange avec le fruit acidulé. La matière est assez dense, avec quand même du volume et un bon niveau de concentration. Le vin a de la présence et remplit bien la bouche. La finale montre un sursaut d’intensité citronnée et surprend par sa longueur.

Voici un bel exemple permettant de comprendre pourquoi le Chili est maintenant une force dans le domaine des vins de Sauvignon Blanc. Avec son profil frais et vif axé sur le citron, et sans présence végétale trop importante. Ce vin correspond à l’idée que je me fais de l’expression de ce cépage dans la vallée de Casablanca. Au prix payé de 15.95$, il est très compétitif parmi les meilleurs exemples chiliens dans cette gamme de prix, et représente évidement une réelle aubaine dans le contexte de l’offre mondiale de vins de ce cépage. En terminant, à chaque fois que je déguste un vin bio, je tente d’y percevoir quelque chose de distinctif, une saveur clairement bio, mais en vain. À l’aveugle, jamais je n’aurais pu identifier ce vin comme bio, ou comme un vin montrant une faible concentration de sulfites. Ceci dit, il est très bon et je suis un partisan des vertus écologiques de l’approche biologique. Le risque d’ingérer des résidus de pesticides est aussi moindre. Mais en terme de qualité dans le verre, l’aspect bio ne me semble pas déterminant.


*

dimanche 8 mai 2011

La table est-elle vraiment l'endroit où le vin est à son mieux?

Je décide de m’attaquer à ce sujet sensible qui me turlupine depuis longtemps, mais que j’avais toujours évité, tellement ma vision des choses à son propos va à l’encontre de ce qui est généralement accepté dans le monde du vin. D’entrée je dois dire que comme bien des Québécois je ne viens pas d’une famille où le vin était chose courante à table. Je n’ai donc pas intégré cette habitude de manière culturelle, et lorsque j’ai commencé à m’intéressé de manière plus assidue au vin et à ses plaisirs possibles, la consommation de celui-ci à table ne s’est pas imposée naturellement. Comme à peu près tout le monde, j’ai commencé à boire du vin lors de repas entre amis. Mais alors mon intérêt pour ce liquide était inexistant. Toutefois, lorsque j’ai commencé à acheter des bouteilles pour moi-même, pour me familiariser avec le vin, pour commencer un certain apprentissage. J’ai vite réalisé que ce n’est pas en mangeant que je pouvais vraiment le mieux apprécier ce liquide multiforme. Dès le départ j’ai trouvé que déguster en mangeant altérait mes perceptions face au vin, même lors d’accords très réussis entre celui-ci et le plat avec lequel je le dégustais. Ce qui fait que la dégustation en mangeant est pour moi plus une pratique sociale, où au mieux je juxtapose deux plaisirs, que l’aboutissement ultime dans l’appréciation du vin. Lorsque je déguste en mangeant, j’ai tendance à séparer autant que possible les deux activités, sauf lors d’accords vraiment très réussis, et même là, je serai curieux de voir ce que le vin donne par lui-même. D’ailleurs, avez-vous remarqué qu’on dit rarement “déguster du vin en mangeant”, mais qu’on parle plutôt de “boire du vin en mangeant”.

Ce que je tente d’exprimer par ce texte n’est pas qu’il est ridicule de boire du vin en mangeant. Non. Ce qui m’embête, c’est l’idée voulant que le lieu suprême de l’appréciation du vin soit la table. Pour moi, ce n’est pas l’endroit idéal pour goûter et humer toutes les subtilités que les bons vins peuvent offrir. Je ne dis donc pas que le vin n’a pas sa place à table, mais il me semble que ce n’est pas l’endroit pour apprécier pleinement un vin fin. Le nez peut souvent y être masqué par l’odeur des plats servis, et en bouche, le palais est immanquablement altéré par la nourriture. Ceci dit, j’admet volontiers qu’il y a des cas où certains vins mariés à certains plats peuvent y gagner, et il peut y avoir une réelle valeur ajoutée lors de mariages vin-mets particulièrement réussis. Je conçois même que c’est un art de réaliser avec succès de tels mariages. Mais comme le vin est une boisson qui se présente souvent sous un aspect difficile à prévoir avec précision, même le mieux intentionné des sommeliers pourra se tromper assez fréquemment, alors imaginez le simple amateur. Je suppose que cette difficulté explique le succès des livres traitant des accords entre mets et vins.

Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité en la matière, mais de manière générale, il me semble que plus un vin est fin et subtil, et moins je voudrais le consommer avec toutes les interférences potentielles qu’implique un repas. Je pense que c’est souvent la panoplie de plaisirs potentiels et l’effet rassasiant qu’offre une bonne table, et le lieu de partage qu'elle représente, qui font que plusieurs y voient le lieu idéal pour l’ouverture des meilleures bouteilles. Moi je pense qu’il ne faut pas tout confondre. Un bon repas en bonne compagnie et avec du bon vin au surplus est une expérience qui peut apporter beaucoup de satisfaction sur plusieurs plans. Le repas est le lieu de partage par excellence, on s’y rassasie le corps, mais aussi souvent l’âme et parfois au surplus l’intellect. C’est donc un lieu social généralement positif dans lequel l’alcool pris avec modération cadre très bien. Dans ces circonstances de quasi communion, il est normal de se dire que le meilleur devrait s’y trouver, parce que c’est là qu’il pourra y être le mieux apprécié du point de vue psychologique. Mais il me semble que ça ne permet pas de dire que les bouteilles qui y sont bues le plus rapidement sont nécessairement les meilleures possibles. De bons vins simples et bien faits peuvent généralement très bien faire l’affaire.

Mon argument n’est pas de dire qu’il faudrait cesser de boire du vin à table. D’un point de vue physiologique et social, ainsi que du point de vue de la santé, ça reste encore le meilleur endroit pour en boire. Le domaine des accords entre mets et vins est aussi un sujet très intéressant. Mais du point de vue de l’appréciation la plus juste possible d’un vin et du plaisir objectif que celui-ci peut donner, la dégustation à part me semble celle qui devrait être privilégiée. Personnellement, je sais qu’idéalement je voudrais déguster mes meilleurs vins pour eux-mêmes dans un cadre de dégustation, en ayant le temps de m’y attarder et de les suivre dans le temps.


*

vendredi 6 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, ETIQUETA NEGRA, 2005, MAIPO, VINA TARAPACA



En 2006 Vina Tarapaca a entrepris un sérieux virage en embauchant Ed Flaherty à titre d’oenologue en chef. J’ai eu la chance de discuter avec cet ancien winemaker d'Errazuriz en 2009, lors de la dégustation annuelle de Vins du Chili tenue à Montréal, et il me disait alors qu’il avait rompu avec le style traditionnel de Tarapaca qui tentait de faire du bordeaux au Chili. Selon lui ça ne marchait pas, et il entendait recentrer l'approche de la maison vers un style plus axé sur la maturité. Je ne sais pas ce que le virage entrepris par M. Flaherty a donné, n’ayant depuis goûté qu’un seul vin élaboré sous sa gouverne. Mais quand j’ai eu l’occasion il y a deux ans d’acheter la top cuvée de Cabernet de la maison, élaborée avant son arrivée, et donc dans l'ancien style, je n’ai pas hésité. C’est vrai que ces vins de la vieille école n’étaient pas mes favoris en jeunesse, mais mon expérience m’a montré qu’ils se transformaient pour le mieux après quelques années de garde. Après environ cinq années passées en bouteille, j’ai décidé d’ouvrir la première de mes six bouteilles de cet Etiqueta Negra, pour voir où en était rendu ce vin et voir si la qualité globale était au rendez-vous. Je n’ai pas trouvé de détails sur l’élaboration de cette cuvée en 2005, si ce n’est ce qui est est écrit sur la bouteille, soit que le vin a été élevé 12 mois en barriques françaises du fabricant Séguin-Moreau et qu'il titre à 14.5% d’alcool.

La robe est très sombre et toujours parfaitement opaque. Le nez est typique de l’idée que j’ai des Cabs de cette maison, avec des arômes de cassis, de cerise, de bois de cèdre, de menthol, d’épices douces, auxquels s’ajoutent une pointe de terre humide et de feuilles mortes laissant entrevoir les premiers légers signes d’évolution. En bouche, l’attaque est solide avec une matière assez compacte, une bonne acidité et une palette de saveurs qui reflète bien le complexe profil révélé au plan olfactif. Le léger côté évolué se marie admirablement au fruité et aux diverses notes épicées. Le milieu de bouche permet de bien apprécié ce style vieille école bien dense où il n’y a pas d’enflure et de douceur indues, et où le niveau de concentration est parfaitement ajusté pour servir le style recherché. Il n’y a donc pas de lourdeur ni d’excès dans ce vin qui va à l’essentiel sur une trame tannique à la fois serrée et raffinée. La finale conclue en beauté, en gardant le cap, sur un sursaut d’intensité et une persistance de bon niveau.

Ce vin ne m’a pas déçu. Il m’a donné ce que j’en attendais, c’est-à-dire un Cabernet exhibant un style à la bordelaise taillé dans une étoffe de Maipo. À partir de maintenant, l’aspect Maipo de son profil va aller en s’atténuant, et dans 10 ans il passera à l’aveugle pour bordeaux de bon niveau. Je sais que je me répète. Je sais que le Chili n’est pas synonyme de prestige et de glamour, mais je ne saurais trop recommander, encore une fois, de mettre ce type de vin chilien de côté pour la moyenne garde. Je ne compte plus les expériences à l’aveugle où les dégustateurs ont été favorablement surpris par des vins de ce genre de 10 à 15 ans d’âge. Dans ces circonstances les comparaisons avec des bordeaux beaucoup plus chers étaient immanquables. Oubliez les onéreux wannabes chiliens qui cherchent les gros scores des revues américaines et qu’il faudra garder 30 ans pour espérer trouver quelque chose ressemblant à un alliage d’équilibre et de finesse. Cette cuvée Étiquette Noire est l’exemple même du claret chilien qui se révèle au mieux après seulement une dizaine d’années de garde. Vous pouvez donc acheter ce type de vin à des prix très modiques, sans trop craindre d’être mort avant que le vin ne puisse se livrer avec grâce. Bien sûr en terme de style chacun peut avoir ses préférences, et on peut en aimer une variété, mais si ce à quoi je réfère est un des styles que vous affectionnez prenez une chance. Je dis prenez une chance, car pour goûter un vin de ce genre avec 10 ans au compteur il faut l’acheter soi-même. Le Chili commet la grossière erreur de ne commercialiser ce type de vin qu’en prime jeunesse. Se privant ainsi de rendre facilement abordable une de ses forces méconnues. Il faut donc faire un acte de foi et acheter quand ça passe et avoir la patience de garder ces bouteilles n’ayant pas coûté cher. C’est toujours plus facile de sortir du cellier le vin à 17$ que la grosse bouteille onéreuse.


*

dimanche 1 mai 2011

Pascal Marchand, Bio Bio et le Pinot


Si j'étais né 20 ans plus tard, mon nom aurait très bien pu être Claude Marchand-Vaillancourt, car ma mère était une Marchand. Heureusement, j'ai évité la mode des noms de famille composés et les moqueries sur le fait de courir vaillamment en marchant... Toujours est-il que chaque fois que je tombe sur un texte portant sur le bourguignon d'origine québécoise Pascal Marchand, mon attention est attirée. Je me dis qu'il s'agit peut-être d'un parent éloigné ayant traversé l'Atlantique dans l'autre sens. Quand ce même Marchand relate son expérience chilienne avec le Pinot Noir dans la prometteuse et fraîche vallée de Bio Bio, alors là ma curiosité est doublement sollicitée.

En ce superbe dimanche j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de Pinot Noir, Oda, Veranda, 2007, histoire de voir où en est rendu ce vin, car le millésime 2009 fera son apparition dans le courant du mois de mai sur les tablettes de la SAQ. Je voulais donc vérifier si mon enthousiasme initial lors de l'achat de ce vin était toujours justifié. Il l'est. Le vin est vraiment superbe et a très bien évolué. Le nez est fascinant et a développé un caractère me rappelant le ruisseau à truite, avec un mélange d'odeur de forêt, d'arbustes et de roche humide. Cet aspect particulier est entremêlé à des notes de fruits rouges, plus particulièrement la cerise. En bouche c'est tout aussi agréable, avec le fruit qui prend plus de place dans un ensemble très bien équilibré. Ce vin provient de vignoble Miraflores dont la plantation à haute densité a commencé en 2005 sur les pentes surplombant la rivière Bureo dans la vallée de Bio Bio. Cette cuvée est le premier millésime produit et la qualité est simplement renversante quand on pense au très jeune âge des vignes et à la connaissance du lieu qui reste à parfaire. J'ai vraiment hâte de goûter à la version 2009 de ce vin.

Je savais déjà que Pascal Marchand était le consultant de Corpora pour l'élaboration de la gamme Veranda. Toutefois, en savourant ce vin, j'ai fait quelques recherches qui m'ont amené sur le blogue de M. Marchand pour y découvrir deux textes récents et très intéressants de celui-ci sur son expérience avec le Pinot Noir dans Bio Bio. On peut y découvrir un homme de vin reconnu, venant d'une région réputée, qui débarque au Chili avec certains préjugés, mais qui a l'ouverture d'esprit et l'humilité de passer par dessus ces préjugés. L'histoire de l'élaboration de la cuvée Millerandage est très intéressante, alors que M. Marchand a eu la perspicacité de reconnaître le potentiel qualitatif du clone chilien de Pinot Noir « Valdivieso ». Je joins les liens vers les deux textes de M. Marchand sur son cheminement et sa découverte de Bio Bio et sur sa contribution à la création de quelque chose de nouveau. C'est vraiment très intéressant. Ça vous donnera sûrement le goût d'essayer le millésime 2009 du Pinot Noir Oda de Veranda. Je continue actuellement ma bouteille de 2007, et c'est vraiment très bon.







*