vendredi 18 avril 2014

FUMÉ BLANC, GRAN RESERVA, 2012, LEYDA, VINA CARMEN




Vina Carmen est un producteur établi au Chili depuis plus d'un siècle, si bien qu'avec le temps on en est venu à oublier le haut niveau qualitatif des vins qu'il produit. Il y a quelques années, Carmen a pris un virage terroir en sortant de la vallée de Maipo qui l'a vu naître. Bien sûr, les vins de Cabernet Sauvignon de la maison viennent toujours de l'Alto Maipo, le meilleur terroir au Chili pour ce cépage, mais les vins issus d'autres variétés proviennent maintenant de différents terroirs mieux adaptés. C'est le cas de ce vin de Sauvignon Blanc qui provient de la région fraîche de Leyda, sur la côte de l'océan Pacifique. Je n'ai pas trouvé de données à propos de millésime 2012, mais pour le 2011, un quart du vin avait été fermenté en barriques de chêne de deuxième usage et le reste en inox. Ce qui explique probablement pourquoi on le désigne comme Fumé Blanc. C'est un vin issu d'un vignoble unique situé à 14 km du Pacifique. La vendange est manuelle et le vin titre à 13% d'alcool.

La robe est de teinte jaune paille avec des légers reflets verdâtres. Le nez est moyennement expressif et exhale des arômes de lime, de fruits de la passion, de bourgeon de cassis, de zeste de pamplemousse et de poivron vert. Il y a aussi un trait floral et un aspect subtil rappelant le conifère, ce qui évoque une légère impression de Riesling. Nez agréable, complexe et bien dosé. En bouche, le vin offre une matière citrique dense et acérée. C'est un vin élancé et sec, marqué par une acidité affirmée et une touche d'amertume évoquant le zeste d'agrume. Oubliez le gras, la rondeur et le moelleux. On a ici affaire à un laser citronné, si bien que le vin ne semble pas très concentré en milieu de bouche, mais la finale montre une longueur incroyable pour un vin de prix si abordable.

J'ai acheté quatre bouteilles de ce vin aujourd'hui car il est actuellement en double promo (circulaire et moins 10%). À 11.65$ après rabais, le risque de déception était très faible, mais loin de me décevoir, ce vin m'a emballé par son profil épuré et sérieux. La qualité est formidable et c'est un RQP de haut vol. Si la bouteille était parée d'une étiquette plus renommée, on parlerait sans gêne de vin de gastronomie et on pourrait facilement doubler son prix. La réalité c'est que le vin vient du Chili et d'un gros producteur en plus. Ça n'a pas de quoi inspirer les amateurs en quête d'image bucoliques et qui aiment rêver terroir. Pourtant, ce vin est bel et bien un vin de terroir. Le climat frais de la région côtière de Leyda transparaît clairement dans son profil. Jamais une région plus chaude aurait pu donner un vin au profil aussi tranchant. En ce sens, ce n'est pas un vin consensus. Il faut vraiment aimer l'acidité marquée dans le vin pour l'apprécier à sa pleine valeur. Le mariage avec un plat approprié pourrait aussi aider à atténuer cet aspect pour ceux que ça dérange. Une température de service plus élevée contribue aussi à calmer ses ardeurs. Quoi qu'il en soit, si ce profil vous convient, il reste une journée pour profiter de cette aubaine formidable. Personnellement, je vais rajouter quelques bouteilles demain. Un vin de cette qualité offert à 11.65$, ça dépasse l'entendement, surtout qu'on aime bien dire que la SAQ n'offre plus de vins à prix très abordables. Dans ce cas-ci, vous avez le prix très abordable, mais une qualité qu'on retrouve habituellement dans des vins d'une gamme de prix plus élevée.


lundi 31 mars 2014

Phase de fermeture: mythe ou réalité?


Je l'avoue, j'ai toujours été dubitatif face à la notion de phase de fermeture associée à l'évolution du vin en bouteille. Je continue de penser que c'est souvent une excuse pour expliquer qu'un vin ne soit pas à la hauteur des attentes. Je pense cela d'autant plus que je garde beaucoup de bouteilles en de nombreux exemplaires que je suis dans le temps et il m'est rarement arrivé de voir un vin changer du tout au tout sur une période de quelques années. Ce que j'observe plutôt, dans la très grande majorité des cas, c'est une évolution graduelle, sans rupture brusque du parcours. Toutefois, il y a de rares exceptions, et je suis tombé ce week-end sur une de ces exceptions qui me font penser que la phase de fermeture peut exister. Pour entamer la fin de semaine, vendredi soir dernier, je décidé d'ouvrir une bouteille d'un vin que j'adore, soit l'assemblage Gran Reserva, 2007, MaipoCosta, de Vina Chocalan. Je voulais voir où il en était dans son parcours et je m'attendais à un vin riche encore sur son profil de jeunesse. Au contraire, j'ai retrouvé dans mon verre un vin peu expressif qui manquait de concentration et d'intensité pour un vin de ce calibre et par rapport aux souvenirs que j'en avais en prime jeunesse. J'étais tellement déçu que j'ai à peine bu 200 millilitres et remis le bouchon sur la bouteille. Le lendemain, je lui ai juste regoûté et il était déjà beaucoup mieux, le surlendemain j'ai terminé la bouteille en retrouvant le vin auquel je m'attendais, concentré, ample, intense et généreux. Un vin expressif qui avait beaucoup de présence en bouche. Tout le contraire de ce qu'il présentait le premier jour. Comment expliquer que le vin était si amorphe le jour de l'ouverture? Je l'ignore, mais il est clair que l'oxygénation prolongée lui a rendu ses attributs. Ceci dit, le premier jour j'avais de la difficulté à croire que ce vin pouvait avoir autant perdu de ses qualités. Comme il m'en reste de nombreuses bouteilles, j'étais plutôt catastrophé. Son retour à la vie était tout aussi surprenant que spectaculaire. J'aimerais bien comprendre au niveau physico-chimique comment un tel phénomène est possible, et pourquoi il se produit pour un vin donné, sur une période donnée. Une expérience comme celle-ci tend à me convaincre que le phénomène de de phase fermeture du vin peut exister, mais comme il est imprévisible, je ne me servirais jamais de cet argument pour excuser un vin décevant. Selon mon expérience, le phénomène est trop rare pour l'invoquer systématiquement. Néanmoins, ça permet de se garder une réserve avant de condamner totalement un vin qui n'est pas à la hauteur des attentes. C'est aussi un autre facteur qui milite pour la garde de multiples bouteilles d'un même vin.



jeudi 27 mars 2014

Le rôle du critique


 Il y a longtemps que je n'avais pas écrit de texte éditorial sur ce blogue, mais aujourd'hui je suis tombé sur un texte sur le site Vin Québec qui m'a donné le goût de réagir. Marc-André Gagnon nous dit dans ce texte que toute critique, bonne ou mauvaise, est positive. À le lire, c'est comme si le critique avait la vérité absolue dès qu'il goûte un vin et qu'il se doit de la partager pour prévenir ses lecteurs d'un danger à éviter. Je pense que ce raisonnement fait abstraction du goût personnel, de la subjectivité, de la variabilité du vin dans le temps et des variations de capacités sensorielles qui existent entre dégustateurs. Personnellement, je ne commente que les vins que j'aime, et je ne crois pas, loin de là, avoir la vérité absolue. Par exemple, je déteste les vins phénolés élaborés à l'aide de levures Brettanomyces. Pour moi c'est un défaut clair, mais je sais aussi qu'un bon nombre de vins renommés et appréciés sont élaborés avec le concours de ce type de levures. Je pourrais bien chercher ce type de vins et les décrier comme mauvais sur mon blogue, mais à quoi cela servirait-il? Je sais que certains amateurs aiment ces arômes, et que d'autres ne les perçoivent guère. À quoi bon penser que mon dédain pour ces arômes s'applique à tout le monde? C'est là un exemple, mais il pourrait en être de même à propos de choses que j'aime dans le vin, mais qui pourraient déplaire à d'autres.

Je pense que les critiques émettent des opinions à propos des vins qu'ils dégustent, et que ceux qui les lisent doivent déterminer à l'usage et dans la durée si un critique est crédible pour eux. Il faut voir si on partage une sensibilité commune par rapport à ce qu'on aime dans le vin. Il y a aussi l'aspect de la garde du vin qui est important. Hors des classiques européens à la feuille de route bien connue, peu de critiques savent vraiment de quoi ils parlent en cette matière. En ces temps où l'idéologie joue un grand rôle dans les opinions émises par certains critiques, je pense qu'il faut aussi connaître le positionnement d'un critique à cet égard pour pouvoir prendre ce qui nous convient dans ses propos. Par exemple, j'aime bien lire le blogueur britannique Jamie Goode. C'est un défenseur du minimalisme dans l'élaboration du vin, et un promoteur des vins dits naturels. Je ne partage pas sa vision à ce sujet, et quand je vois le militant ressortir dans ses écrits, je décroche. Ceci dit, et de façon paradoxale, Goode aime aussi les grands classiques européens qui n'ont rien de "naturel". C'est là qu'il est facile de voir où il faut en prendre et en laisser. Si je continue de lire Jamie Goode, c'est qu'il n'est pas condescendant avec les vins du Nouveau-Monde, à part peut-être ceux du Chili... Pour lui c'est une partie importante et légitime du monde du vin et Goode est une bonne source pour en apprendre plus sur les vins de Nouvelle-Zélande, d'Afrique du Sud et d'Australie. Finalement, même si je n'aime pas le système de notation sur 100 qu'il utilise. Les hautes notes qu'il octroie souvent à des vins de prix très abordables concordent avec ma conviction qu'il y a moyen de très bien boire sans se ruiner et que l'écart entre un bon vin de prix abordable bien choisi et les vins cultes ou prestigieux hors de prix n'est pas si grand. J'utilise l'exemple de Jamie Goode, qui n'est pas le critique le plus connu, pour démontrer que le lecteur peut très bien lire entre les lignes en prenant ce qui lui convient chez un critique. La vérité absolue n'existe pas, et les critiques comme les amateurs ont des opinions et des sensibilités bien personnelles.

Pour revenir à l'utilité, ou non, des critiques négatives, si j'écrivais un guide annuel du vin, je pense qu'il serait important de parler des vins que je n'ai pas aimé, car le but dans ce cas est d'offrir un portrait exhaustif de l'offre en matière de vin. Mais pour avoir acheté le Guide du Vin de Michel Phaneuf pendant plusieurs années, à mes débuts, j'ai vite été en mesure de juger des limites d'un tel exercice. Toutefois, cela m'a aidé à me connaître comme dégustateur, à voir là où j'étais d'accord, et là où je divergeais. Ce qui fait qu'aujourd'hui je peux assez facilement déterminer si une critique me semble crédible par rapport à ce qui compte pour moi. L'expérience et la connaissance de soi comme dégustateur offre une grille de décodage pour les opinions de critiques, qu'elles soient positives ou négatives. J'ai tellement lu de critiques tièdes ou négatives à propos de vins que j'aime, que je sais qu'une critique négative n'est pas une vérité absolue. C'est aussi pourquoi j'aime tant la dégustation en pure aveugle. Sans aucune autre référence que le vin lui-même, bien des critiques négatives pourraient devenir positives, et vice versa.


mercredi 26 mars 2014

SHIRAZ, RESERVA, 2004, LIMARI, VINA TABALI




J'ai beau être le plus fervent défenseur du potentiel de garde des rouges chiliens, en particulier ceux de prix abordables, il y a toujours en moi une part qui doute encore. Après avoir recommandé l'achat de cette Syrah, Reserva, de Tabali pour une garde allant jusqu'à 15 ans, dans la section commentaires de l'entrée précédente, ma part de doute a pris le dessus. Cette part me murmurait que j'avais peut-être été présomptueux dans ma recommandation. Ça disait : "Es-tu sûr de ne pas avoir exagéré?" Pour en avoir le cœur net j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de cette cuvée avec du millage au compteur. Impossible d'en avoir une gardée 15 ans, le premier millésime de cette cuvée date de 2002 ou 2003. Quand même. Le vin est à mi-chemin du parcours que j'anticipe possible pour lui, son état actuel devrait pouvoir indiquer si il pourra parcourir le reste du chemin en arrivant comme il faut à destination. Dans les premiers millésimes ce producteur désignait son vin sous l'appellation Shiraz. Il s'est depuis ravisé pour Syrah. Selon mon expérience de ce vin, il se situe quelque part entre ces deux archétypes, avec au surplus un profil bien distinct. Un autre millésime trop vieux pour retrouver des détails sur le web à propos de son élaboration. L'étiquette indique qu'il titre à 14% d'alcool.

Le vin montre une coloration encore bien soutenue, sans signes évidents d'évolution. L'aspect aromatique est quant à lui très typique de cette cuvée. C'est le genre de vin au profil si distinctif que pour le décrire on aurait envie de dire que ça sent la Syrah de Tabali. Le genre de vin qui pourrait très bien faire paraître un habitué à l'aveugle. Si je devais tenter de mettre des mots sur mes impressions, je dirais que c'est un mélange de fruits rouges un peu confits, de rôti de bœuf, de poivre noir, de fumée et de muscade, complété par de légères notes florales rappelant un peu la lavande. Il n'y a pas encore d'arômes tertiaires dans ce nez étonnamment jeune. Cela se poursuit en bouche où le vin montre encore une belle vigueur. Il a perdu de sa rondeur de jeunesse tout en gagnant en densité. On retrouve donc un vin mariant dans une juste mesure fruité et amertume, tout en intégrant un agréable aspect épicé. Cependant, comme la plupart des vins qui gagnent en âge, l'épuration de ses lignes lui donne un air plus strict. Un vin sérieux donc, bien concentré et avec une belle finesse tannique. La finale est intense et longue avec les tanins qui se font sentir à la toute fin sur des relents d'amertume.

Je n'avais pas raison de douter. Ce vin aurait facilement pu évoluer 15 ans en bouteille. Il est surprenant de jeunesse pour un vin de ce prix, même dans le contexte des RQP chiliens favorables. Il est encore assez loin du style fondu des vins âgés que je considère à point. Par rapport à ce qu'il donnait en jeunesse il est plus droit et dense et a perdu de son charme primaire pour adopter un style plus sévère. Le 2011 est présentement disponible en tablettes à la SAQ au prix régulier de 16.45$. Un vin qui peut donc facilement être acheter pour 14.80$ lors d'une promo – 10%. Je n'ai pas encore goûté le 2011, mais j'avais bien aimé les millésimes précédents. C'est un vin qui a gagné en qualité depuis 2004, l'âge des vignes aidant, et avec l'embauche en 2006 de Felipe Muller, un jeune œnologue talentueux qui a fait ses classes chez De Martino avec le réputé Marcelo Retamal. Les prix des bons vins sont à la hausse à la SAQ, mais cette Syrah Reserva est clairement une exception qui vaut la peine qu'on s'y arrête. Un vin de moyenne garde offert à un prix incroyable.


samedi 22 mars 2014

CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2001, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA




Une bouteille de ce classique chilien qui commence à avoir un peu d'âge. En tout cas, trop vieux pour trouver de l'information précise au sujet de ce millésime sur le web. L'étiquette dit qu'il titre à 13.5% d'alcool. C'est le petit frère du Casa Real, le Cab haut de gamme de Santa Rita, et il provient du même vignoble de Alto Jahuel dans le haut Maipo. Sur le site de Santa Rita on évoque un potentiel de garde de 8 à 10 ans pour ce vin. Ça me semble très conservateur selon mon expérience avec cette cuvée.

La robe est encore bien colorée, mais on peut dénoter des traces d'évolution par l'aspect orangé et légèrement translucide du pourtour du disque. Le caractère olfactif du vin est très typique du cépage avec des arômes de cassis, de cerise et de tabac. Cette base est complétée par de subtiles notes terreuses, ainsi que de bois brûlé/vanille, de poivron vert et de camphre. Un nez complexe, axé sur la finesse, clairement en cours d'évolution, mais sans notes de feuilles mortes et de thé souvent associées aux vins qui prennent de l'âge. En bouche, on retrouve un vin encore bien en chair qui montre une belle densité de matière. Les saveurs sont intenses, avec un mariage très réussi entre le fruit, l'amertume et l'aspect épicé. Le milieu de bouche confirme le caractère sérieux de ce nectar qui combine juste concentration et volume contenu. Le style est classique, les lignes épurées et la trame tannique à la fois fine et ferme. Le plaisir est donc un peu austère, mais cela n'empêche pas le vin de couler facilement pour qui, comme moi, aime le Cabernet Sauvignon qui s'assume. Cette identité forte ne pâlit pas en finale, au contraire, le caractère du vin y est affirmé avec plus d'emphase sur une persistance de très bon calibre.

J'écris moins sur ce blogue car les vins les plus intéressants que je bois actuellement sont des rouges chiliens avec un certain âge et si je commentais chacun d'eux, je tomberais totalement dans la redite. J'ai choisi de commenter ce Medalla Real car pour moi c'est l'archétype du Cab de Maipo de type Reserva. Aussi, il est disponible à la SAQ pour un prix relativement stable depuis les 15 dernières années. J'ai payé ce 2001, 19.45$, et le 2010 est actuellement offert à notre monopole pour 19.95$. À une époque où l'on se plaint du coût toujours à la hausse des classiques européens, ce Cab chilien est une des meilleures solution de rechange sur le marché. Ce 2001 est superbe à ce stade, mais il est très loin du déclin et a tout ce qu'il faut pour évoluer avec grâce pour au moins dix autres années. Excusez-moi de me répéter encore une fois, mais ce vin n'a rien à envier à des bordeaux ou des Cali-Cabs vendus plusieurs fois son prix. Plus ces Cabs chiliens prennent de l'âge et plus ils se recentrent sur les caractéristiques universelles du cépage. J'ai souvenir d'avoir confondu des experts en 2009, avec le millésime 2000 du Medalla Real, lors d'une dégustation comparative Chili-Californie organisée par Bill Zacharkiw du journal The Gazette. Ces experts pensaient alors avoir affaire à un bordeaux de haut niveau, et bien ce 2001 est au moins du même calibre et il est quatre ans plus vieux que ne l'était le 2000 en 2009. Il faut donc foi et patience pour commencer à mettre de côté ce type de bouteille. Il faut aussi renoncer à l'aspect prestige du vin et s'en tenir au contenu de la bouteille.

samedi 8 février 2014

CARMENÈRE, ESTATE, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



Ce vin est le premier millésime de pur Carmenère produit par Errazuriz dans sa gamme de base "Estate". Depuis il y a des vins de Carmenère à tous les niveaux du portefeuille de ce producteur, dont une cuvée "SingleVineyard" qui est excellente et dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. Dans le cas de cette cuvée "Estate", 2003, Errazuriz en était donc encore à l'étape d'apprentissage même si les vignes avaient quand même 10 ans, ayant été plantées en 1993. Peut-être avaient-elles été plantées en pensant qu'il s'agissait de Merlot, ce qui expliquerait que la première cuvée identifiée comme Carmenère ne soit venue que 10 ans plus tard. Ce vin a été élevé sept mois en barriques de chêne français et américains, à parts égales. Il titre à 14% d'alcool pour un pH assez élevé de 3.76. Dès sa sortie, le producteur évoquait un potentiel de garde de 10 ans pour ce vin. Je pense bien être un des rares qui aura mis cette estimation à l'épreuve.

La robe est de teinte grenat encore bien soutenue, mais un aspect translucide légèrement orangé apparaît au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe et très complexe avec une palette d'arômes mi-évolués où l'on retrouve un beau fruit rouge subtil, amalgamé à des notes de sous bois, d'encens, de camphre et de café. Il y a aussi un léger aspect floral et un côté épicé évoquant la vanille, la fumé et le sucre brûlé. Vraiment un très beau nez, tout en finesse, le genre qui nous active un ressort dans le bras qui nous fait y revenir inlassablement. Le charme opère de la même façon en bouche où l'on retrouve un vin délicat, tout en finesse. La matière est fondue et la texture est lisse. Ceci dit, les saveurs sont encore bien vivantes et forment un très heureux mariage. On y retrouve une bonne dose de fruit rouge mi-évolué, appuyé sur une juste touche d'amertume, et auquel s'entremêlent des notes de thé et d'épices douces. Le milieu de bouche met en valeur le côté aérien de ce nectar. Ça ne manque pas de concentration, mais la puissance n'est pas à l'ordre du jour. Le vin joue dans un autre registre où le temps a arrondi les angles et allongé les formes, tout en le délestant de manière a obtenir l'équilibre souhaité. La finale confirme avec délicatesse et persistance sur des relent de fin chocolat noir.

Excusez les excès de ma description ci-haut, mais il y a des bouteilles qui suscitent l'enthousiasme et celle-ci le mérite pleinement. Qu'un vin d'entrée de gamme de moins de 15$ puisse donner un tel résultat presque 11 ans après la récolte des fruits dont il est issu est simplement renversant. Ce vin résume ce pourquoi je continue de m'intéresser aux vins du Chili. Ça explique aussi pourquoi ma cave en est pleine. Mon seul regret c'est d'avoir ouvert cette bouteille en solitaire, car dans une dégustation en pure aveugle il aurait déculotter bien sceptiques. Ce vin est actuellement dans la phase que je préfère, avec l'affinage et la complexification qu'apporte le temps en bouteille, mais sans que cela ne se fasse au détriment du fruit. Les divers éléments du vin se sont transformés de façon à offrir un nouvel équilibre. Ce vin n'a rien à voir avec ce qu'il donnait en prime jeunesse où il montrait un côté végétal très marqué. Le mot métamorphose dans son cas n'est pas exagéré. Il a donc un potentiel de garde et un niveau qualitatif totalement hors de proportion par rapport à son prix. Hélas, ce vin rappelle aussi l'incapacité du Chili comme nation vinicole à faire connaître le potentiel de garde de ses vins rouges de prix abordables. Malheureusement, la seule façon de constater ce potentiel, c'est d'acheter une bouteille comme celle-ci et d'avoir la patience et la foi de la garder de huit à dix ans au cellier. Combien d'amateurs seront prêts à faire cet acte de foi? Selon mon expérience, très peu, car même surpris à l'aveugle, l'effet repoussoir de l'origine sans prestige du vin jouera ensuite son rôle. J'ai surpris bien des amateurs à l'aveugle avec des vins comme celui-ci, mais ça n'a pas fait d'eux des convertis aux vertus des vins de ce pays. C'est malheureusement le catch 22 dans lequel le Chili est pris. Les amateurs ne sont généralement pas intéressés à garder des vins sans prestige, si bons puissent-ils être, et le consommateur moyen n'a rien à faire d'un vin de ce genre car il n'est pas intéressé par la garde. Donc, au final, les seuls efforts des producteurs chiliens pour promouvoir le potentiel de garde de leurs vins se fait avec des bouteilles coûteuses qui jouent sur l'effet Veblen pour acquérir un peu de crédibilité. C'est le cas justement de Errazuriz qui promeut le potentiel des vins très chers du groupe, alors que des vins comme celui-ci, et bien d'autres continuent d'être bus seulement en prime jeunesse. C'est bien dommage.


dimanche 26 janvier 2014

SYRAH, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, MAYCAS DE LIMARI



Maycas de Limari est une filiale du géant Concha y Toro dédiée à la production de vin issus du terroir particulier de Limari. Ce vin provient du vignoble San Julian situé au sud de la rivière Limari et qui subit l'influence rafraichissante de l'océan Pacifique. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français et il titre à 14.5% d'alcool. Le producteur évoque un potentiel de garde de 10 ans pour cette cuvée. J'ai acheté six bouteilles de ce vin il y a deux ans et une première bouteille m'avait laissé dubitatif à son sujet. Le bois marquait beaucoup le vin qui semblait un peu lourd et bien loin de la fraîcheur que j'en attendais. Je n'avais alors pas écrit à son sujet, mais cette deuxième bouteille est bien différente. Le temps de repos semble avoir joué en sa faveur.

La robe est d'encre, parfaitement opaque. Le nez révèle un profil typiquement de climat frais pour ce cépage avec des arômes de cerise, de mûre, de poivre noir, de violette, complétés par un aspect fumé/vanillé et une fine touche de chocolat noir. Un nez très séduisant et élégant qui pour moi évoque un souvenir de Côte-Rôtie et où le bois joue maintenant un second rôle. Le charme se poursuit admirablement en bouche où l'on retrouve un vin qui a de la chair, des tanins soyeux et qui offre une palette de saveurs intenses qui reflète très bien en bouche ce qui s'annonçait à l'olfactif. Le milieu de bouche permet de constater le sérieux de ce nectar qui présente une concentration et une densité de matière de fort calibre. Le vin combine à merveille le volume à l'impression de densité, ainsi que l'intensité gustative et la finesse de l'aspect tactile. La finale est à la hauteur du parcours déjà évoqué avec des saveurs qui se fondent en un sursaut d'intensité, avant un long déclin de celles-ci.

Ce vin est un bel exemple du potentiel de la Syrah de climat frais au Chili, Il montre aussi les bénéfices de la garde, même courte. Il montre aussi sans équivoque qu'il n'est point besoin de débourser de fortes sommes pour accéder en provenance du Chili à des vins de haut calibre. J'ai payé la ridicule somme de 20$ pour cette fiole, ce qui en fait une formidable aubaine qui peut rivaliser en termes qualitatifs avec des vins beaucoup plus chers. Ceci sans compter que ce vin offre un profil Rhône nord qu'on retrouve rarement ailleurs. Ceci dit, le Chili offre de plus en plus de vins de ce genre. Pour les trouver il faut privilégier les zones côtières (Elqui, Limari, Casablanca ouest, San Antonio). Malheureusement, les vins de ce type sont rares à la SAQ. Il y a bien la Syrah, Bayo Oscuro, de Kingston Vineyards, mais le prix est passablement plus élevé à 34.75$. Deux vins de Syrah de profils intermédiaires offerts à la SAQ sont très intéressants, soit la Syrah de Polkura et celle de Tabali. Ces vins montrent des traits de fraîcheurs, mais viennent de climats un peu plus chauds. J'ai essayé deux autres vins de Syrah du Chili dernièrement, soit la cuvée côtière « Single Vineyard » de Errazuriz et la cuvée Legado de De Martino. Ces deux vins ont été des déceptions pour moi, particulièrement la Syrah de Errazuriz qui provient de la zone côtière de la vallée de Aconcagua. J'attendais beaucoup de ce vin de climat frais, mais il m'est apparu trop boisé et sans subtilité. Peut-être a-t-on voulu trop en faire chez Errazuriz ou peut-être a-t-il lui aussi besoin de temps pour mieux intégrer son bois. Il y a un autre vin intéressant de Syrah chilienne de climat frais à la SAQ que je n'ai pas encore eu la chance de goûter. Il s'agit de la cuvée Corralillo du réputé producteur Matetic et issu de la région côtière de San Antonio. J'avais adoré la version 2007 de ce vin.

dimanche 12 janvier 2014

Vous avez dit francocentriste?

Toujours pas beaucoup de temps et d'envie pour écrire à propos du vin. L'impression de taper encore et toujours sur le même clou, je suppose. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin, en particulier mes amis du forum Fouduvin, et ce soir en sirotant un succulent Carmenère, 2008, d'Errazuriz, je suis tombé sur les résultats d'une autre dégustation/confrontation. Je dois avouer que les résultats des dernières dégustations de Fouduvin ébranlent mes convictions sur le caractère francocentriste du palais des passionnés québécois. Cette fois c'est un jeune Cab de Coonowara qui titre à 15% d'alcool qui a terminé premier, suivi par un Cab de Napa. Lors d'une autre dégustation récente du genre, ce fut un autre vin de Californie (Sonoma) qui a remporté la palme, celui-ci plus âgé. Finalement, l'automne dernier lors d'une dégustation de rêve, c'est un autre australien, le fameux Grange, qui semble avoir impressionné. C'était le millésime 1982. Ça montre que la longue garde n'est pas l'apanage des vins européens.

Donc, il semble bien que je sois dans le champ avec mes histoires de francocentrisme québécois. Du moins, à l'aveugle... Même en état de sous-représentation, les vins du Nouveau-Monde ont été très appréciés dans ces dégustations où l'influence de l'étiquette était absente. Donc, la mentalité québécoise est peut-être francocentriste, mais pas le palais. Malheureusement, la mentalité est ce qu'il y a de plus difficile à changer. Parole de frappeur de clou...


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mardi 17 décembre 2013

SAUVIGNON BLANC, COOL COAST, 2012, PAREDONES, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA



Désolé pour le peu d'activité sur ce blogue au cours du dernier mois. Voici un vin que j'ai eu le plaisir de découvrir un peu plus tôt cet automne.

Lors des trois dernières dégustations annuelles de "Vins du Chili", cette cuvée m'avait impressionné, et je regrettais qu'elle ne soit pas disponible à la SAQ. Cette année il n'y a pas eu de dégustation de "Vins du Chili", mais voilà que ce vin fait son apparition sur les tablettes de la SAQ. Il est issu d'un des nouveaux projets les plus intéressants du Chili au cours des dernières années. Il s'agit, à ma connaissance, du vignoble côtier le plus méridional du pays, donc potentiellement le plus frais. Toutefois, la distance avec la côte est un autre facteur influençant le niveau de fraîcheur, dans ce cas-ci, le vignoble est situé à 7 km de la côte du Pacifique. Plus au nord, dans San Antonio, on s'approche jusqu'à 4 km de l'océan. Toujours est-il que ce projet pionnier de Casa Silva change radicalement la définition de l'appellation Colchagua. La température au vignoble de Paredones n'excède pas 26°C les jours les plus chauds de l'été. Les vignes de sept ans d'âge ont été vendangées manuellement, cinq semaines après les vieilles vignes de Sauvignon Blanc de Casa Silva situées dans la partie intérieure de Colchagua. En fait, ce Sauvignon Blanc côtier est vendangé après le Cabernet Sauvignon de la partie intérieure de la vallée. Les raisins ont donc le temps de mûrir très lentement. Les vignes sont irriguées à partir des eaux de pluie captées dans des réservoirs pendant l'hiver. Le vin est élaboré en inox à partir des grappes entières et subit une longue fermentation alcoolique à basse température. Il titre à seulement 13% d'alcool, ce qui est très rare au Chili, même si depuis quelques millésimes les titres alcooliques sont généralement à la baisse.

La robe est de teinte jaune pâle avec des reflets verdâtres. Le nez est délicat et déploie un beau mélange aromatique basé sur les agrumes (citron, lime, pamplemousse, orange) et complété par un peu de fruit de la passion, de cassis, ainsi que par un aspect évoquant le bord de ruisseau et de subtiles notes florales. Il y a aussi une très légère touche de verdeur pour compléter le tableau. Superbe nez montrant le meilleur du cépage avec retenue et raffinement. La bouche est un fidèle reflet du nez, on y retrouve un vin jouant la carte de la délicatesse et de la subtilité. L'acidité est fine et les saveurs sont intenses et de superbe qualité, mais on ne tombe pas dans la surenchère. Même chose au niveau de la matière, le vin montre une bonne concentration et tout ce qu'il faut de présence, mais tout en préservant une certaine impression de légèreté. Un vin sans excès et sans lourdeur donc, et qui du coup est facile à boire. Chaque gorgée en appelle une autre tellement ça coule sans effort. La finale se veut le révélateur ultime confirmant l'équilibre irréprochable de ce délicat nectar à la très bonne persistance.

Que dire de ce vin, sinon qu'il arrive à faire rimer une version de climat frais et non boisée du cépage avec élégance et complexité. Il n'y a pas d'artifices ni d'excès dans ce vin, juste une expression subtile et bien équilibrée des caractéristiques variétales. Une pure expression du Sauvignon Blanc de climat frais qui sait éviter l'écueil de l'excès de verdeur. Casa Silva a réussi le tour de force d'obtenir des fruits bien mûrs au point de vue aromatique, mais qui avaient réussi à conserver un bon niveau d'acidité, et par conséquent un titre alcoolique modéré. Tous les éléments sont dans des proportions idéales pour donner un vin raffiné, modéré et très agréable à boire. Ce vin est selon moi un incontournable pour quiconque veut se faire une idée du potentiel du Sauvignon Blanc au Chili. À 20$, peu de vins blancs montrent autant d'élégance. Pour moi, ce vin est une aubaine incroyable, mais surtout, un superbe vin. Si vous essayez ce vin, tentez d'oublier les préjugés que vous pourriez avoir sur son origine et laissez lui une véritable chance. Parfois on reproche aux vins du Nouveau-Monde d'être trop démonstratifs, mais quand ils se risquent à jouer la carte de la retenue, ils ne sont pas toujours jugés sur la même base que les vins des grandes régions historiques. Il existe plusieurs très bons vins de SB au Chili, et il est clair pour moi que celui-ci compte parmi les meilleurs que j'ai pu goûter. Il en existe des plus concentrés, des plus démonstratifs, mais en terme d'équilibre global et de profil rassembleur, cette fraîche cuvée côtière est difficile à battre.



lundi 4 novembre 2013

Un monde de substitution...

Dans mon article précédant, j'appelais à porter un regard neuf sur les vins du Nouveau-Monde. Voilà que ce matin je tombe sur un texte du vétéran chroniqueur vin Jacques Benoît du journal La Presse qui montre bien tout le chemin qu'il reste à parcourir au Québec, du moins chez une certaine classe d'amateurs qui se veulent sérieux, pour que les vins du Nouveau-Monde soient considérés comme des vins légitimes, et non pas des ersatz de vins européens. Qu'un texte comme celui de M. Benoît puisse être publié dans un grand journal résume la situation des producteurs du Nouveau-Monde quand il est question pour eux d'aborder le marché québécois. La vision de M. Benoît est peut-être un cas extrême, mais elle reflète bien une mentalité qui demeure dominante, mais si c'est normalement formulé de façon plus nuancée. Ceci dit et de façon un peu ironique, par son texte, M. Benoît confirme que si on veut des vins offrant un meilleur RQP, le choix du Nouveau-Monde s'impose. Là où il est difficile à suivre toutefois, c'est avec ses suggestions de vins californiens. Les vins de cet état américain sont ceux qui hors de l'Europe jouent le plus la carte du prestige pour gonfler les prix. La Nouvelle-Zélande n'est pas non plus la destination du Nouveau-Monde qui en offre le plus pour le prix. À preuve, parmi les choix de vins de M. Benoît, celui qui offre le meilleur rapport note/prix, donc qualité prix selon son jugement, c'est le Chardonnay argentin de Catena. Dommage que M. Benoît soit allergique aux vins chiliens... Avec une excellente connaissance des vins de ce pays, je me suis monté une cave de substitution... à une fraction du prix, bien sûr.

Finalement, je sais que c'est la mode actuellement de s'attaquer à la SAQ, mais l'histoire des promos supposément truquées me laisse songeur. Par exemple, pour parler d'un vin que je connais bien, soit le Cabernet Sauvignon, Max Reserva, de Errazuriz, un vin qui est vendu pour à peu près le même prix depuis plus de 15 ans à la SAQ, soit dans l'intervalle 17-19$, et ce avec une qualité constante depuis tout ce temps. Qu'il soit aujourd'hui à 18.95$ me semble un prix juste dans le contexte général de notre monopole. Il n'y a pas eu de hausse artificielle sur ce vin. Il est offert au même prix en Ontario, réputée pour battre le Québec au niveau des prix pour les vins de moins de 20$. Alors quand ce vin est offert à 2$ de rabais dans une circulaire, ça me semble un vrai rabais et le consommateur averti devrait toujours l'acheter dans ces occasions. Même chose en Ontario où l'on offre parfois ce vin à 2$ de rabais. Dans les deux cas le vin est au répertoire régulier, les volumes doivent donc être importants, ce qui doit faciliter l'offre périodique de rabais. Selon moi c'est une façon pour le producteur de s'assurer que les consommateurs connaissent ce vin et l'achètent, histoire de le maintenir inscrit au répertoire général. De toute façon, à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%. En ce sens, en l'absence de promo, le prix de tous les vins est gonflé. Si on achète hors de ces promotions, on accepte de payer plus et il faut assumer ce choix.


lundi 28 octobre 2013

Aborder les vins du Nouveau-Monde avec un regard neuf

J'ai quelques fois dénoncé le francocentrisme québécois en matière de vin sur ce blogue. Je suis tombé aujourd'hui sur un article de Marc-André Gagnon du site Vin Québec qui en est un bon exemple. J'aime bien le site Vin Québec, mais cette fois l'article de M. Gagnon me semble un peu particulier. Il part des résultats d'un concours, incluant un nombre limité de vins à moins de 50$, pour tirer des conclusions sur un supposé goût canadien par rapport à un goût québécois qui serait distinct. M. Gagnon s'insurge contre le peu de vins "gagnants" étant originaires de la France et de l'Europe face au grand nombre de "lauréats" issus du Nouveau-Monde. Scandale!

D'abord il y avait au moins trois juges québécois sur le panel, Bill Zacharkiw, Marc Chapleau et Rémy Charest. Pour les avoir souvent lus, je pense qu'ils sont tous trois europhiles, voire francophiles. Il y a aussi des juges du Canada anglais dont j'ai toujours apprécié les écrits (John Szabo, David Lawrason et Anthony Gismondi). Et au-delà de tout, ces dégustations avaient lieu à l'aveugle. Ce type de dégustation donne toujours des surprises car il n'y a pas d'étiquette pour orienter le jugement. Aussi, on ignore le pourcentage de vins inscrits pour chaque pays. Personnellement, j'ai aimé voir que pour trois des quatre cépages noirs français les plus réputés (Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah et Pinot Noir), trois vins chiliens qui l'ont emporté, et de très bons vins de prix très abordables. La Syrah, Reserva, de Falernia dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Un autre vin que j'ai déjà encensé dans un millésime précédant, le Cabernet Sauvignon, Etiqueta Negra, de Tarapaca, et le Merlot, Marques de Casa Concha, de Concha y Toro, issu d'une gamme au RQP exceptionnel. Pour ce qui est du Pinot Noir, ça demeure un "work in progress" au Chili.

Ceci dit, il ne faut pas partir en peur avec les résultats de ce type de concours. Le concours ne prétend pas qu'il s'agisse des meilleurs vins au monde issus de ces cépages, mais bien des meilleurs parmi les inscrits. Personnellement, j'ajouterais les meilleurs parmi les inscrits au moment de la dégustation. Il faut donc mettre les choses en perspective. Toutefois, ça montre peut-être qu'en l'absence d'étiquettes, les vins du Nouveau-Monde, surtout ceux en bas de 50$, ne sont pas si mauvais que certains le croient par rapport aux vins de la vieille Europe. Au fond, ces résultats ne sont peut-être qu'une incitation à regarder les vins du Nouveau-Monde avec un regard, justement, plus neuf...

samedi 26 octobre 2013

SANCERRE, 2009, GÉRARD BOULAY




Surprise, surprise! Vous avez bien vu, un vin français sur ce blogue. Une fois n'est pas coutume. En fait, ce vin est un cadeau d'un ami que je soupçonne de vouloir me convaincre qu'il existe de bons vins hors de Chili! Je blague, bien sûr, car il sait que je le sais déjà. Ceci dit, j'aime bien sortir de mes habitudes et confronter mes préjugés, mais si je parle de ce vin ici, c'est parce qu'il est de belle qualité. Je n'ai pas de détails sur son élaboration. Le vin titre à 13.5% d'alcool et la bouteille était une demie (375 ml).

La robe est de teinte dorée assez intense. Le nez est discret et exhale des arômes de citron, de noix et de bord de ruisseau, amalgamés à de légères notes florale et un faible trait végétal évoquant le poivron vert. En bouche, le vin se rattrape avec une expression beaucoup plus intéressante. Les saveurs reflètent bien ce qui était perçu au nez, mais elles sont beaucoup plus intenses et bien soutenues par une belle acidité. Le milieu de bouche confirme la droiture et la bonne présence du vin qui ne manque pas de concentration. Une touche d'amertume évoquant la peau blanche de pamplemousse ajoute un brin d'austérité à l'ensemble. Il y a aussi toujours cette légère touche d'oxydation, mais à ce stade ce n'est pas un problème. La finale est harmonieuse, avec toujours les saveurs citronnées qui dominent sur une persistance de bon calibre.

Beau vin de profil sérieux et légèrement évolué. Par certains aspects, dont une légère pointe d'oxydation et le type d'acidité, il m'a fait pensé au Chardonnay, 2010, Clos des Fous dont j'ai parlé récemment. Je n'y ai détecté aucun arômes thiolés typiques du Sauvignon Blanc élaboré à l'abri de l'oxygène. En ce sens, il se démarque clairement du style plus charmeur auquel je suis habitué avec des vins de ce cépage. J'avais d'ailleurs une bouteille de SB, Garuma Vineyard, 2011, Vina Leyda d'ouverte en parallèle et il y avait un clair contraste stylistique entre les deux vins. Ceci n'est pas dit négativement, c'est une simple constatation. Il est clair pour moi que ce sont des choix humains qui distinguent ces deux styles, plus que la spécificité du terroir. J'ai déjà goûté des Sancerres qui sentaient et goûtaient le pamplemousse et le fruit de la passion, mais ces vins étaient sûrement élaborés en inox, sous gaz inerte, à l'abri de l'oxygène, ce qui ne semble pas être le cas pour ce vin de Boulay. C'est un style que j'apprécie toutefois, pour moi ça fait partie de la potentialité de styles qu'offre le Sauvignon Blanc. En conclusion, j'ai bien apprécié ce vin, mais la pointe d'oxydation que j'y ai perçue ne me le ferait pas garder plus qu'une année ou deux encore. Finalement, il y a le fameux facteur RQP qui pour moi est primordial. J'ignore le prix de ce vin, mais sous les 20$ pour une bouteille de 750 ml, ce serait pour moi un bon achat. Toutefois, comme je l'ai dit au début, dans ce cas-ci la vin m'a été donné gracieusement par un ami passionné, alors ça bat le meilleur RQP qu'on puisse imaginer! Merci!



vendredi 25 octobre 2013

L'effet Veblen peut-il agir au dépanneur? (suite)

Petite suite à un article précédant sur l'initiative de Julia Wines de vendre un vin à 70$ en dépanneur. Je disais dans ce texte qu'il était possible pour un négociant sérieux d'importer en vrac du vin de haute qualité. Voici une entrevue de David Santerre avec le sommelier Patrick Saint-Vincent à ce sujet. Il faut rappeler que l'intégrité de M. Saint-Vincent avait été remise en cause par plusieurs lorsqu'il s'était associé à la promotion de ces vins. Serait-ce là un visage du snobisme dont je traitais dans mon texte précédant? Je ne sais pas, mais toujours est-il que M. Saint-Vincent donne des détails sur cette opération qui devraient faire ravaler quelques railleries. Qu'on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de dire que les vins de Julia Wines méritent d'être achetés par un amateur sérieux. Je dis juste que si c'est l'opération est bien menée, ça peut combler un besoin, soit la possibilité d'acheter un vin potable à la dernière minute dans un dépanneur. Je doute que ces vins offrent un vrai bon RQP, mais comme produit de niche dans un système monopolistique, encore une fois, si c'est bien mené, ce n'est pas une initiative ridicule.

mercredi 23 octobre 2013

Vin : Le snobisme est-il vraiment mort?

Je suis tombé récemment sur ce texte de Matt Kramer du Wine Spectator qui répond par l'affirmative à la question posée dans mon titre. Selon lui le snobisme voulant que seulement certaines régions traditionnelles puissent produire des vins authentiques et de qualité n'existe plus. Je le cite en traduction libre :

"Tout le monde sait maintenant que toutes sortes de lieux autour du monde peuvent produire et produisent des vins remarquables"

Il poursuit son argumentation en s'attaquant au mythe de la Bourgogne en disant qu'il n'y a plus personne qui peut maintenant prétendre que seule cette région peut produire d'authentiques vins de Pinot Noir. Il cite en exemple la Californie, l'Orégon, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Ontario pour étayer sa thèse. Avec un peu plus d'ouverture d'esprit il aurait pu ajouter l'Afrique du Sud, le Chili et la Patagonie argentine à sa liste d'exemples. Personnellement, je suis d'accord avec l'essence de son propos, mais pas avec sa conclusion. Le snobisme régional tel qu'il le décrit existe peut-être moins aux États-Unis car ce pays a une production nationale de qualité au style distinct, et un pays avec une telle influence aide à légitimer cette distinction stylistique. Autrement dit, on ne renie pas les classiques européens, mais on a la confiance nécessaire pour affirmer que l'on peut faire aussi bien de manière différente. Cependant, dans une province comme le Québec, il n'y a pas ce facteur pour forcer une mise en perspective des choses et le vieux snobisme tel que décrit par Matt Kramer est encore bien vivant.

Au surplus, ici au Québec, nous avons droit au nouveau snobisme, dont parle aussi M. Kramer, où l'on privilégie certains vins sur une base idéologique. Ce nouveau snobisme privilégie les vins de petits producteurs, préférablement biologiques, non interventionnistes, ou ceux du mouvement dit "naturel". Dans ce courant, les vins non boisés et issus de cépages inusités sont aussi privilégiés. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'une lectrice montréalaise a écrit dans la section "Member Comments" pour confirmer cet état de fait. Donc, les différentes sortes de snobisme en matière de vin sont peut-être en régression, mais de déclarer leur mort me semble être un peu prématuré, surtout ici au Québec. Nous avons encore un bon nombre de buveurs d'idées et d'étiquettes et les stéréotypes à l'encontre des vins du Nouveau-Monde ont la vie très dure.



samedi 19 octobre 2013

MALBEC, TRIBUTO, 2011, COLCHAGUA, VINA CALITERRA




Vina Caliterra appartient au groupe Chadwick qui est aussi derrière Errazuriz, Arboleda, Sena et Vinedo Chadwick. Les autres projets sont situés dans Aconcagua et Maipo. Dans le cas de Caliterra on est plus au sud, dans la vallée de Colchagua. Ce Malbec est issu de vignes de 15 ans d'âge d'une parcelle unique appelée Quillay Espino. Le vin contient 5% de Syrah et a été élevé un an en barriques de chêne français dont 10% étaient neuves. Il titre à 14% d'alcool et le producteur évoque un potentiel de de garde allant jusqu'à la fin de 2020.

La robe est opaque et foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhale de doux et intenses arômes de cerise, de mûre et d'épices évoquant par certains aspects la muscade et l'anis étoilée. En mode plus mineur à ce stade précoce on peut aussi percevoir des notes de violette, de bois de cèdre et de viande crue. Cet arôme est typique pour moi dans les très jeunes vins de Malbec sud-américains. Somme toute un nez expressif et très séducteur qui a l'éclat de la jeunesse. Ce caractère démonstratif se répercute en bouche où l'attaque est souple et ample et les saveurs enveloppantes et très intenses. Le fruité est doux, mais bien équilibré par une bonne dose d'amertume. Ce fruit se mêle ainsi à un joyeux caractère épicé et chocolaté, ce qui donne à ce vin des airs de généreuse friandise. Cela se confirme en milieu de bouche où le vin déploie toute sa séduisante substance avec du gras sur un généreux volume et des tanins veloutés. La finale conclue logiquement avec un sursaut d'intensité, et une très bonne allonge aux relents de chocolat noir qui permet de deviner le potentiel de vin sérieux qui se cache dans ce juvénile nectar.

Je vante souvent les mérites des vins qui ont atteint un certain âge et qui du coup gagnent en finesse et en subtilité. Toutefois, cela ne m'empêche pas de pouvoir succomber aux charmes et aux rondeurs d'un jeune vin dont le profil a pour but de plaire dès la prime jeunesse. C'est le cas de ce Malbec de Caliterra qui en met actuellement plein la bouche. Ceci dit, je connais maintenant ce genre de petites bêtes. Je sais que derrière les artifices de séduction primaire de la jeunesse, il y a un vin au potentiel plus sérieux qui se cache. J'ai ouvert dans la dernière année un autre millésime de ce vin, je pense qu'il s'agissait du 2009. Je n'avais pas fait de compte rendu car celui-ci était renfrogné et austère, tellement différent de ce qu'offre actuellement ce 2011. Je pense donc que ce type de vin est conçu pour en offrir beaucoup lors de la mise en marché hâtive, mais ensuite l'évolution en bouteille commence, avec ses phases difficiles à prédire. Je ne jouerai donc pas les devins à propos du parcours évolutif que suivra ce vin, mais pour en avoir vu d'autres, je suis pas mal certain de sa destination et de la métamorphose que le temps provoquera en lui. Tout cela pour dire que j'ai adoré ce vin dans la phase de plaisir juteux et gourmand qu'il offre actuellement, et que je suis prêt à parier que dans une décennie il offrira du plaisir dans un tout autre registre. Ma recommandation serait donc, achetez et ouvrez tout de suite, ou mettez à l'ombre pour 10 ans et préparez-vous pour la surprise. Entretemps, j'ai payé ce vin le week-end dernier en double promo pour la ridicule somme de 14.25$. J'ai même lu sur FDV qu'il pouvait être obtenu en triple promo (rabais au col) pour 12.25$. La réalité, c'est qu'au prix courant de 18.95$ ce vin est un superbe achat. Toutes ces promos semblent destinées à le faire connaître pour qu'il puisse garder sa place comme produit régulier à la SAQ. En ce qui me concerne, c'est un bel ajout augmentant la diversité de l'offre chilienne de la SAQ. J'attends toujours que notre monopole daigne nous offrir au moins un Reisling chilien. Il y en a d'excellents à des prix défiant toute compétition (Cono Sur, Vina Leyda)