dimanche 14 septembre 2014

PINOT NOIR, MAX RESERVA, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ




Dans un texte précédant sur le projet Emperdado de Torres dans la région côtière de Maule, je référençais un article du "Drink Business" sur le sujet. toutefois, à la fin du texte on évoquait une autre région côtière du Chili où la culture du Pinot Noir retient l'attention. Il s'agit de l'Aconcagua Costa. J'avais parlé le printemps passé d'un excellent Chardonnay issu de cette région sous étiquette Arboleda. L'influence bourguignonne de ce vin était évidente, et l'article de "Drink Business" évoque un "Projet Bourgogne" chez Errazuriz, ainsi que l'embauche du consultant bourguignon Louis-Michel Liger-Belair. Ce n'est donc pas surprenant d'apprendre dans le même article que le Clos des Fous produit maintenant un vin de Pinot Noir dans cette région. Liger-Belair est un bon ami de Pedro Parra et François Massoc du Clos des Fous, et leur associé dans le projet Aristos. Tout se tient, et l'influence de ces précurseurs transpire maintenant chez des producteurs à plus fort volume comme le groupe Errazuriz/Chadwick. Le Chili est toujours en mutation et le mouvement vers les zones périphériques de climats plus frais se continue. Ce Pinot Noir est donc une belle façon de jauger les premiers résultats de cet effort pour produire au Chili une gamme plus large de vins de cépages et de styles variés. Ce Pinot Noir provient du vignoble côtier Manzanar, situé à 12 km de l'océan Pacifique. Le vin a été élevé en barriques de chêne français pour un an, 23% de bois neuf. Il titre à 13.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.5 et est bien sec avec 2.83 g/L de sucres résiduels.

La robe est de teinte rubis translucide. Le nez exhale une palette d'arômes dominée par la cerise et la fraise, complétée par un léger aspect terreux et une touche doucement épicée évoquant la muscade. Un nez très agréable, avec des arômes de belle qualité, même s'il n'est pas le plus complexe à ce stade précoce. En bouche on retrouve un vin frais et équilibré aux saveurs intenses de très belle qualité. Une petite dose d'amertume vient balancer la douceur du fruit. Les tanins sont fins et discrets, tellement qu'on se rapproche en milieu de bouche de la sensation d'un vin blanc gras et concentré. La finale voit l'intensité des saveurs monter d'un cran et persister un long moment par la suite.

J'ai bien aimé ce vin pour son équilibre, sa fraîcheur et le bon niveau de matière qu'il présente, tout en restant facile à boire. Il est fidèle à l'idée que je me fais d'un vin propre et peu boisé de ce cépage. Ce qui ressort c'est justement le Pinot Noir et la fraîcheur du terroir d'où il est issu. Le vin est offert au prix régulier de 19.95$ à la SAQ. À ce prix peu de vin de ce cépage atteignent ce niveau de qualité, de plus, le vin est offert à la SAQ Dépôt et peut être acheté à la caisse en tout temps pour la somme de 17$, ce qui en fait une aubaine carrément imbattable. Ce vin est un superbe ajout à la gamme Max Reserva et montre que Errazuriz est un producteur hautement qualitatif à l'esprit pionnier.


samedi 13 septembre 2014

Une décennie de vin sur internet


Je m'intéresse plus sérieusement au monde du vin depuis une quinzaine d'années, mais pour une raison qui m'est très personnelle, je me souviens très bien que c'est en août 2004 que je m'étais inscrit sur le défunt forum Crus & Saveurs et que j'y avais fait ma première intervention. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'en 10 ans les choses ont bien changé au Québec dans le petit monde virtuel du vin. Personnellement, j'ai une certaine nostalgie de ce temps, Crus & Saveurs était un forum sans modération, un véritable Far-West virtuel, mais il s'y échangeait beaucoup d'idées et c'était très vivant, malgré les nombreux dérapages. Aujourd'hui, plus rien ne dépasse, plus rien ne dérape, mais on sent très peu de passion pour le vin. Chacun est dans sa petite case et on discute de nuances, poliment, entre gens du même avis.

Je suppose qu'après le tourbillon du départ, cette sédimentation était inévitable. À quoi bon refaire les mêmes débats sans issues? N'empêche que c'est rendu plate de lire à propos du vin sur la toile québécoise. Sur Crus & Saveurs personne ne convainquait vraiment l'autre, mais il y avait le choc des idées et c'était intéressant à lire. On sentait de la passion pour le vin. Aujourd'hui, il y a les chroniqueurs-vin établis, dans leur tour d'ivoire, qui n'interagissent pas avec leurs lecteurs. Il y a deux forums consensuels où il est tacitement interdit de vraiment débattre, et il y a des bêtes comme moi qui se sont enfermées par dépit dans la cage du blogue personnel. Bienvenue au zoo...

mardi 9 septembre 2014

L'obssession de la feuille de tomate

Dans une petite montée de lait récente je m'insurgeais contre des propos de Claude Langlois, du Journal de Montréal, voulant qu'il était difficile de trouver un vin chilien qui n'était pas bretté. Celui-ci rajoutait qu'en plus d'être brettés, la plupart d'entre eux sentaient la feuille de tomate. Avec ironie j'avais noté que pour dire ça c'est qu'il devait avoir trop dégusté avec Jacques Benoît de La Presse. Voilà qu'aujourd'hui le père Benoît y va d'une autre crise virulente de feuille de tomate dans La Presse. Le tout doublé d'un autre accès de francocentrisme.

Vraiment, l'incompétence à propos des vins du Chili des chroniqueurs-vin québécois en fin de carrière est consternante. Ils ont passé leur vie à boire et aimer essentiellement du vin français et semblent être incapables d'ouvrir leurs horizons à autre chose. L'ignorance de Jacques Benoît par rapport aux vins du Chili est gênante. Quand on connaît si mal un sujet, on devrait s'abstenir d'en parler. J'ai fait une recherche sur internet, en français, en anglais et en espagnol avec les mots clés, vin, Chili, feuille de tomate ou plant de tomate. Le seul endroit où on parle des rouges du Chili et de feuilles de tomates, c'est en français et au Québec. C'est compréhensible, cette idée a été énoncée ici il y a longtemps par M. Benoît, qui ne peut parler des rouges du Chili sans ramener les feuilles de tomates à chaque fois, et quand je dis à chaque fois c'est bel et bien à chaque fois. Même quand il ne perçoit pas de feuille de tomate dans un vin chilien, il doit le mentionner et souligner son étonnement. Vraiment navrant.

En anglais on parle de "tomato leaf" pour décrire certains vins blancs de Sauvignon Blanc, du Chili ou d'ailleurs. Même chose en espagnol avec "hoja de tomate". En anglais et en espagnol on associe donc la feuille de tomate aux vins blancs d'un seul cépage. Le Sauvignon Blanc. Pourtant, M. Benoît nous dit dans son article n'avoir jamais rencontré ce "défaut" dans un blanc chilien. Il est sur ce sujet aux antipodes du reste de la planète. Comprenez-moi bien. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de vins rouges chiliens avec des notes de verdeur ou autre caractère végétal. Il y en a au Chili, et il y en a ailleurs. Ceci dit, il ne faut pas virer fou avec ça, en faire une fixation et tout confondre. Si M. Benoît s'excitait et voyait un défaut face à chaque vin de Bordeaux ou de la Loire qui présente des arômes de poivron vert, il n'aurait pas fini d'écrire. Depuis quand les notes végétales ou de verdeur sont-elles systématiquement mauvaises dans le vin rouge? Comme bien des choses c'est une question de dosage et de goût. Il faut aussi savoir de quoi on parle. En réalité, ce que M. Benoît appelle feuille de tomate est limité, selon mon expérience, à certains vins de cépages bordelais, en particulier de Cabernet Sauvignon. Je n'ai jamais rencontré ces arômes dans un Pinot ou une Syrah, même chose pour le poivron vert, au Chili, en France ou ailleurs. Toujours est-il que le Cabernet chilien a la particularité de présenter des arômes de cassis frais souvent très prononcés, surtout en prime jeunesse. Hors, l'arôme de cassis est une molécule soufrée, un thiol, tout comme le bourgeon de cassis, le groseille et c'est aussi le cas de la molécule qu'on associe à la feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc. Ce sont des arômes de la même famille qui présentent des similarités. L'arôme de cassis frais a la particularité de présenter une composante à la fois fruitée et végétale. Goûtez et sentez du cassis frais et vous allez comprendre ce que je veux dire. Même dans le cassis bien mûr, il reste un certain niveau de la molécule qui donne le côté végétal au bourgeon de cassis.

J'ignore si l'odorat de M. Benoît montre un profil de sensibilité qui occulte l'aspect fruité de ce cassis pour ne percevoir que l'aspect végétal. C'est possible. Chaque personne possède une sensibilité olfactive qui lui est propre. Ceci dit, une chose est sûre, avec sa fixation sur la feuille de tomate, et la détestation qu'il en a, il est un cas à part, bien qu'il ait fait des disciples au Québec. Il y a eu au Royaume-Uni une controverse il y quelques années à propos des vins sud-africains. Une chroniqueuse-vin pour le Times de Londres, Jane MacQuitty, avait décrété que la moitié des rouges de ce pays étaient affectés par un arôme de caoutchouc brûlé. Cela avait fait assez de bruit, et une simple recherche Google permet de trouver de très nombreuses références sur le sujet. Bien sûr, les producteurs sud-africains furent offusqués des propos de Jane MacQuitty et les avis sur la réalité du problème étaient partagés. Peut-être y avait-il un problème. Je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges d'Afrique du Sud pour porter un jugement valide sur le sujet, mais dans ma courte expérience des vins de ce pays je n'ai jamais noté ce problème. Ceci dit, même si problème il y avait, ou il y a toujours, il est clair que ça ne touchait pas la moitié des vins rouges d'Afrique du Sud.

Pour revenir au Québec et à la fixation de Jacques Benoît. Il est clair que celui-ci, probablement par ignorance, y va d'une délirante généralisation. Il a frappé un vin chilien très vert un jour et ça l'a marqué. Aussi, l'exemple du supposé caoutchouc brûlé sud-africain est éloquent. S'il y a eu une telle controverse à ce propos. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi il n'y en a pas à propos de la feuille de tomate et des rouges chiliens. Si cela est si répandu et si abominable, pourquoi n'y a-t-il qu'au Québec où l'on parle de ce supposé terrible phénomène? L'odorat des gens hors Québec serait-il systématiquement insensible à cet arôme? Bien sûr que non. Les rouges chiliens sont souvent distinctifs, c'est vrai, mais en même temps la variété de styles n'a jamais été aussi grande. Ramener cette histoire de feuille de tomate à chaque fois qu'on parle des vins de ce pays est totalement aberrant. Surtout quand on écrit dans un grand quotidien comme La Presse. Personnellement, comme amateur des vins de ce pays, et blogueur qui tente de mieux les faire connaître, je trouve ça très frustrant. On peut ne pas aimer un vin donné et l'écrire en expliquant pourquoi, mais revenir systématiquement avec une idée qui n'est documentée nulle part ailleurs dans le monde est vraiment absurde. J'ai rencontré plusieurs chiliens au cours des dernières années lors des dégustations annuelles de Vins du Chili. J'ai vu les efforts investis pour tenter de faire connaître, comprendre et aimer les vins de ce pays. Dans ce contexte, c'est vraiment frustrant de voir le doyen des chroniqueurs-vin au Québec, un homme avec une tribune importante et influente, annihiler une partie de ces efforts en répétant ad nauseam une idée fixe au lieu de parler de la véritable réalité de la scène vinicole très dynamique de ce pays.

samedi 6 septembre 2014

Projet Empedrado : Le défi terroir de Torres au Chili





Pour souligner les cinq ans d'existence de ce blogue, je me suis dit que ça vaudrait la peine de pondre un article avec un peu de substance... Ils furent rares dernièrement.

Dans le monde du vin on parle beaucoup de terroir. Les producteurs expliquent les qualités de leurs vins avec ce mot. C'est un mot qui à force d'être utilisé pour tout expliquer en est venu à perdre un peu de son sens. On l'emploie tellement que c'est presque devenu un automatisme. Qui dit vin dit terroir, et il ne peut y avoir de vin sans terroir approprié. Dans la tradition européenne, les cépages semblent tellement liés aux terroirs, qu'on ne pourrait imaginer qu'il puisse en être autrement. Des décennies, voire des siècles, d'essais et erreurs ont permis de savoir quels cépages convenaient le mieux à une zone géographique donnée et à son climat. Toutefois, dans les pays du Nouveau-Monde, la donne est bien différente. Il reste encore beaucoup de zones inexplorées pour la viticulture et il peut être hasardeux de s'y lancer. Le processus de compréhension du lieu peut parfois donner des résultats surprenants qui montrent bien que le concept de terroir est complexe.

Le cas du projet Empedrado, initié par la maison Torres au Chili au début du millénaire, montre bien que lorsque l'on se lance dans un projet impliquant autant de variables, le résultat peut différer de ce qui était projeté au départ, surtout si on néglige d'accumuler suffisament de données à propos d'un critère essentiel, la température du lieu. Torres a lancé ce projet avec un critère primordial, trouver un lieu au Chili avec un sol d'ardoise similaire à celui du Priorat en Espagne. Le but étant de faire au Chili des vins dans le style de ceux du Priorat, en y plantant les mêmes cépages (Tempranillo, Grenache, Carignan). Après bien des recherches, Torres a trouvé son sol d'ardoise dans une région forestière de la vallée de Maule, proche de la côte de Pacifique. La vallée de Maule est très vaste, c'est la région qui produit le plus de vin au Chili, mais on y produisait du vin que dans les zones intérieures plus chaudes, moins accidentées et plus fertiles. Donc, cette partie montagneuse, couverte de forêts et située non loin de la côte du Pacifique n'avait jamais vu un plant de vigne. Vouloir y créer un grand vignoble relevait donc de l'entreprise aventureuse, surtout si on avait négligé au départ de bien connaître le climat qui prévaut dans cette zone. Il a fallu déboiser, aménager des terrasses à flanc de collines et créer des réservoirs pour recueillir l'eau de pluie nécessaire à l'irrigation. Tout cela avant d'avoir planté le premier plant de vigne. Lors d'essais initiaux, pas moins de 15 cépages noirs ont été testés. Des plants adultes ont été plantés pour accélérer le processus, et les résultats furent désastreux. À part le Merlot, aucun des cépages choisis ne pouvait atteindre sa pleine maturité à cause d'un climat trop frais.

J'ai lu pour la première fois à propos de ce projet en 2007, dans le livre "Wines of Chile" du britannique Peter Richards. Le projet semblait alors emballant. Toutefois, bien que j'aie gardé l’œil ouvert depuis pour voir les premier vins de ce projet arriver sur le marché, il n'y avait rien à signaler. Pas de nouvelles du projet Empedrado et de ses vins. Je croyais donc que le projet avait été abandonné, probablement trop compliqué, avec des résultats peut-être décevants. Toujours est-il qu'il y a quelques jours je suis tombé sur un article du magazine britannique "Drink Business" portant sur le développement du Pinot Noir dans la région côtière de Maule, et c'est là que j'ai finalement su ce qu'il advenait de cet ambitieux projet. Fini le Priorat, bienvenue la Bourgogne. À la lumière des tests de plantation qui furent effectués, Torres s'est aperçu que bien que le sol soit similaire à celui du Priorat, le climat était trop frais pour les cépages méditerranéens et que le cépage qui convenait le mieux à ce climat était le Pinot Noir. 30 hectares de ce cépage sont maintenant plantés sur ce site à 24 km de l'océan. Les vignobles sont en terrasses, le rendement des vignes est faible, et dans cette forêt sauvage elles doivent être protégées des oiseaux et des lapins par des filets. Probablement que les 30 hectares de vignes ne sont pas pleinement en production pour le moment car seulement 200 caisses du premier millésime seront relâchées l'an prochain à un prix élevé, plus cher que le vin de Pinot le plus cher du Chili, le Ocio de Cono Sur (65$). Il faut croire que la qualité est déjà au rendez-vous.

À mon sens, ce projet Empredado montre bien la difficulté de développer des territoires complètement nouveaux pour la viticulture. Il y a beaucoup de variables et les idées pré-conçues et le manque de données préalables peuvent ralentir les choses. Il aura fallu 15 ans à Torres entre l'identification du site, et la production de la première cuvée commerciale. Ce sont les sols d'ardoise qui ont conduit Torres dans ce lieu sauvage, probablement que sans ce sol particulier il ne se serait pas aventuré à développer un vignoble à cet endroit. Au final il y fera des vins de Pinot Noir de style européen. Peut-être que si le Priorat avait un climat plus frais on y produirait aussi des vins de Pinot Noir de haute qualité. Pour Torres, malgré que cela ait pris 15 ans, ce n'est que le début de l'histoire. Les vignes sont encore très jeunes et seul le temps donnera la réelle mesure du potentiel de ce vignoble improbable. Ceci dit, à ce stade, cette histoire semble montrer que le climat est le facteur le plus déterminant du terroir. La nature du sol joue certainement un rôle, mais il ne pourra jamais compenser pour un climat inapproprié pour certains cépages. Pour le reste, et bien il est clair que le Pinot Noir est l'objet de beaucoup d'intérêt et de travaux de développement actuellement au Chili, et ce sur une gamme très variée de terroirs. Ce qui veut dire que le pays, à terme, pourra offrir une belle variété de styles. Du plus léger au plus puissant.

lundi 1 septembre 2014

SYRAH, MAX RESERVA, 2012, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ





Plus de trois mois depuis le dernier compte rendu de dégustation sur ce blogue. Désolé, j'ai bu très peu de nouveautés dernièrement, et je n'ai pas eu l'envie de revenir frapper sur le clou du rouge chilien de 10 ans qui a magnifiquement évolué. Ceci dit, avec cette Syrah, je reviens avec un producteur et une gamme de vins à propos de laquelle j'ai souvent écrit. Il y a de quoi, Errazuriz demeure un des grands producteurs chiliens, et cette gamme « Max Reserva » une des plus solides. La seule chose que je n'aime pas de cette gamme de vins, c'est son nom. Il ne rend pas justice au sérieux des vins de cette gamme et à leur incroyable potentiel de garde. L'ancien nom, qui remonte aux années 90, « Reserva Domaine Don Maximiano » reflétait bien mieux la classe de ces vins, même si aujourd'hui il serait inapproprié car les vins de cette gamme proviennent de plusieurs vignobles dans la vallée d'Aconcagua, et non plus seulement des vignobles autour du domaine original. Pour preuve, cette Syrah, 2012, contient maintenant une portion de fruits qui proviennent du vignoble côtier de Manzanar, situé à seulement 12 km de la côte de l'océan Pacifique. Ce nouveau vignoble de climat frais a été planté en 2006, alors que la Syrah venant des vignobles de climat plus chaud, près du domaine, à l'intérieur des terres, a été plantée dans les années 90. Ce vin est donc un monocépage, mais aussi un assemblage, en ce sens qu'il combine des raisins venant de différents terroirs. Il a heureusement été élaboré avec un usage très modéré de bois neuf, puisque seulement 10% du vin a été élevé en barrique neuves de chêne français. Il titre à 14% d'alcool, pour un pH de 3.62, et est bien sec avec 2.51 g/L de sucres résiduels.

La robe est sombre et éclatante. Le nez est d'expression modérée et déploie d'agréables arômes de fruits rouges et noirs amalgamés à un beau côté floral et épicé, ainsi qu'à une très légère pointe chocolatée. Superbe nez de jeune vin qu'on souhaiterait un tantinet plus expressif tellement la combinaison d'arômes qu'il dégage est plaisante. En bouche, l'attaque fraîche est menée par un fruité intense de superbe qualité qui s'appuie sur une juste dose d'amertume. Cela contribue à l'impression d'équilibre qui se dégage de ce vin qui allie vivacité, souplesse et bonne concentration de saveurs. L'ensemble est compact sur une trame tannique raffinée. La finale est longue et harmonieuse.

Très beau vin aux justes proportions, sans excès et sans lacunes. Un vin à la fois charmeur et sérieux. Un bel exemple de l'idée que je me fais des bons rouges chiliens de type Reserva qui misent d'abord et avant tout sur l'équilibre et la qualité aromatique. Ceci dit, il est rare dans cette gamme de prix de trouver un vin qui marie aussi bien l'impression de légèreté à un niveau de concentration supérieur. Je parle de légèreté pour évoquer l'absence de lourdeur, cela n'a bien sûr rien à voir avec la dilution que peuvent présenter certains vins qualifiés de légers. Dans ce cas-ci, la concentration se révèle dans l'intensité et la longueur des saveurs. Bien sûr, ça n'atteint pas le niveau de concentration et de densité de certaines cuvées de luxe, ce n'est pas aussi impressionnant de ce point de vue, mais un vin comme cette Syrah est beaucoup plus facile à boire. C'est une question de choix stylistique, de choix d'équilibre. Dans ce cas-ci le choix implique que plus n'égale pas nécessairement mieux, que la sobriété et la modération peuvent aussi avoir leur charme, en autant que la qualité de la matière soit au rendez-vous. J'ai bu ce vin sur une période de trois jours, et il était aussi bon le troisième jour que lors du premier. Son potentiel de garde m'apparaît évident, surtout que les preuves des rouges de cette gamme ne sont plus à faire en en ce qui a trait à la garde. Offert au prix régulier de 19.20$, c'est un superbe RQP, surtout qu'il est très facile de se le procurer en promotion. Disponible à la caisse à la SAQ Dépôt à 15% de rabais en tout temps (16.32$ la bouteille). À ce prix, il devient carrément imbattable.

dimanche 31 août 2014

Bretts et incompétence...

Ben oui. Les bretts. Je reviens encore sur ce sujet car l'ignorance à leur propos me jette souvent par terre. Combien de dégustateurs aie-je côtoyés et qui ne savaient pas les reconnaître dans un vin? Qu'on y soit peu sensible, ou carrément insensible, je peux comprendre, mais dans ce cas on devrait s'abstenir d'en parler. C'est le cas de Claude Langlois du Journal de Montréal. Je m'étais déjà attardé sur son cas, et voilà que quatre ans plus tard je tombe de nouveau sur ce commentaire d'une ignorance on ne peut plus crasse. En parlant d'un vin chilien, M. Langlois nous ramène la fausseté voulant qu'à peu près tous les vins de ce pays seraient "brettés". Rien n'est plus loin de la vérité. Face à un tel aveuglement olfactif, on comprend pourquoi il peut s'extasier devant bon nombre de vins européens réputés qui eux sont réellement "brettés".

La plupart des vins chiliens sont filtrés et bien stabilisés pour l'exportation. Le courant naturaliste y est encore très faible, et partant, les vins touchés par le caractère phénolé des bretts très rares. Il est donc ironique que M. Langlois ait choisi un vin issu de ce courant, le Cab, 2011, du Clos des Fous, pour nous dire qu'il avait enfin trouvé un vin chilien non bretté. En plus il nous ramène le cliché de la feuille de tomate. Il est clair qu'il a trop dégusté avec son collègue de La Presse, Jacques Benoît.

Le francocentrisme en matière de vin, passe toujours, on est habitué au Québec, l'amour des vins brettés en toute connaissance de cause, ça aussi on est habitué, mais l'ignorance et l'incompétence de la part d'un chroniqueur qui se veut professionnel, ça, à mes yeux, c'est inacceptable. On attend encore un chroniqueur-vin au Québec qui aura l'ouverture d'esprit et la compétence pour parler des vins du monde entier de manière neutre, sans a priori et sans idéologie. On peut toujours espérer...

vendredi 22 août 2014

Le Chili devrait-il devenir le premier pays totalement bio?

Je bois peu de vin depuis quelques mois, et ceux que je bois ont souvent déjà été commentés sur ce blogue, ce qui explique en partie le faible niveau d'activité ici dernièrement. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin et en particulier à propos de mon pays de prédilection, le Chili. Au fil de mes lectures je suis tombé sur quelques idées et nouvelles intéressantes. Une idée qui a particulièrement retenu mon attention, est celle du winemaker de Casas del Bosque, Grant Phelps. Ce néo-zélandais d'origine qui œuvre dans la région de Casablanca a suggéré dans  une entrevue que le Chili devrait devenir le premier pays dont l'offre de vins serait 100% bio. J'ai trouvé l'idée très intéressante pour ce pays qui malgré ses efforts et la qualité de ses vins continue de souffrir d'un problème d'image. Comme le dit Phelps, le Chili est un pays où il est facile d'être bio à cause de l'absence de pluie durant la saison végétative. Beaucoup de producteurs sont déjà bio, ou presque bio, certains refusant la lourdeur et le coût reliés à la certification. Ça peut être compréhensible d'un point de vue individuel, car l'avantage de la certification bio n'est pas évident si on tient compte des coûts supplémentaires qui y sont associés. Toutefois, si tout le pays s'y mettait, l'impact positif sur l'image du Chili comme producteur pourrait être considérable. Même si le mouvement n'était pas total, le Chili pourrait tout de même jouer cette carte si le mouvement était très vaste. Avec un taux de producteurs bio de 70-80%, le Chili vinicole pourrait se présenter comme le pays bio par excellence.

Autant je suis en désaccord avec la biodynamie pour son côté ésotérique, ou avec le mouvement des vins dits naturels pour son angélisme, autant je pense que l'agriculture biologique est souhaitable, lorsqu'elle est possible. Même si je suis de ceux qui pensent que l'usage raisonné des pesticides, lorsque vraiment nécessaire, permet de produire de meilleurs vins, un pays comme le Chili, où les pesticides sont rarement nécessaires, devrait faire l'effort de ne pas les utiliser. Ce serait vraiment une belle façon de rehausser son image en tournant pour une fois les perceptions à son avantage. Juste avec cette idée en tête, plusieurs aborderaient les vins du Chili d'une manière plus positive. Ceci dit, le Chili demeure un pays assez conservateur, et ils serait surprenant qu'il puisse y avoir la solidarité nécessaire pour concrétiser un tel mouvement.



dimanche 15 juin 2014

Mes obsessions

Le mot obsession est peut-être un peu fort, mais depuis que je m'intéresse au monde du vin, il y a quelques thèmes qui se sont imposés à moi. Bien sûr il y a le Chili et le potentiel de garde de ses vins rouges. Il y a aussi le tabou des bretts. Mais mon leitmotiv demeure le rapport qualité/prix et l'influence de l'étiquette sur l'appréciation de ce fameux RQP, d'où mon intérêt pour la dégustation à l'aveugle. À ce propos, je suis tombé aujourd'hui sur un texte intéressant et très honnête de la part du blogueur britannique Jamie Goode. Il y traite de la difficulté de bien évaluer des vins très chers et renommés, car ces vins sont très rarement dégustés dans un contexte de dégustation en pure aveugle. Les producteurs de ces vins ne veulent pas voir leurs vins soumis à cet exercice, et les acheteurs de ces vins seront très peu enclins à les boire dans un contexte aveugle. À quoi bon payer très cher pour ces vins si c'est pour ne pas savoir que c'est ce que l'on boit?

Le résultat de ce phénomène c'est que les vins très chers sont presque toujours dégustés dans un contexte où le poids de leur étiquette est là pour les supporter. Les dégustateurs seront forcément sous influence. Difficile de rester psychologiquement neutre face au renforcement positif de l'étiquette et du contexte souvent cérémonial, surtout pour des amateurs passionnés qui rêvent des grands noms et ont rarement accès à de tels vins. En ce qui me concerne, c'est un problème qui m'est passablement étranger, puisque le prestige est un aspect du monde du vin qui ne m'attire pas. Ceci dit, je pense que la logique d'induction psychologique positive qui s'applique aux vins chers et renommés s'étend de manière inversée aux vins sans prestige de prix modérés. À étiquette découverte, certains de ces vins, qui sont très bons, seront sous-évalués car l'étiquette et le prix envoient le message au dégustateur qu'une telle qualité n'est pas possible dans ce contexte. C'est ce que j'appelle l'effet Veblen inversé. D'un côté ou de l'autre, il est très difficile d'échapper à l'influence psychologique du prix et de l'étiquette d'un vin.


lundi 26 mai 2014

Les Bretts conte-attaquent!!!

Une des raisons pour lesquelles l'amateur de vin que je suis a trouvé refuge au Chili repose sur le fait que ce pays est relativement à l'abri du fléau que représente les levures Brettanomyces dans le monde du vin se voulant de qualité. Malheureusement, la faible prévalence de l'influence ces levures sur le profil des vins chiliens ne relèvent pas d'une protection globale et inexpliquée, comme dans le cas du phylloxéra. Non. Les vins chiliens sont moins touchés par cette plaie à cause des pratiques œnologiques plus rigoureuses des producteurs chiliens qui visent à produire des vins stables et propres pour les marchés d'exportation. Il y a donc très peu de laisser-aller au chai car on sait que la nature n'est pas toujours bienveillante. Ceci dit, l'influence européenne "naturalisante" se fait de plus en plus sentir au Chili et des producteurs commencent à imiter les pratiques ésotériques issues de l'Europe selon lesquelles la nature est supposée toujours régler les choses pour le mieux. Bien sûr, la réalité est toute autre...

Ce week-end, j'ai ouvert un vin d'un de ces chiliens, Alvaro Espinoza, qui s'est laissé tenté par le mirage de la biodynamie et de la nature bienveillante. J'ai ouvert ma dernière bouteille de Kuyen 2006 et quelle ne fut pas ma déception de découvrir une bombe brettée. Le vin était dominé tant au nez qu'en bouche par le caractère hideux du 4-ethyl phénol. Ça masquait tout le reste du vin. Plus d'identité, oubliez la notion de terroir ou de cépage. C'était l'empire des Bretts. Quel dommage. Heureusement, c'était ma dernière bouteille. J'avais bu les trois autres en prime jeunesse, car dès l'achat le vin montrait un aspect évolué prématuré, mais pas de traces phénolées. Je me suis rappelé avoir écrit un CR à son sujet sur FDV en août 2009, deux semaines avant la création de ce blogue. En me relisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'avais assez bien perçu le danger relié à ce vin. En jeunesse il n'était pas marqué par l'action des bretts, mais sa méthode d'élaboration, avec très peu de sulfites et sans filtration, a permis à ces levures de rester vivantes en bouteille, et malgré une garde en cave passive, ces levures ont pu agir en bouteille pendant cinq ans pour finalement gâcher totalement ce vin. Tous les amateurs de vins à risque devraient impérativement les garder dans une cave à 10-12 dégrés Celcius. C'est la seule façon de ralentir l'action de ces levures vivantes en bouteille, mais ça ralentit aussi l'évolution du vin. À moins bien sûr de se régaler des arômes et des goûts phénolés, ou d'y être insensible.

Il me reste quelques bouteilles de Antyial 2005, et de Kuyen 2007, de ce même Alvaro Espinoza. Je ne vais pas attendre très longtemps pour vérifier si elles sont toujours intègres. Je salue l'émergence de petits petits producteurs artisanaux au Chili, mais il ne faudrait pas qu'ils tombent dans le travers des vins instables si courants chez les minimalistes européens. Alvaro Espinoza dit suivre le mode de production biodynamique pour mieux refléter le terroir d'où sont issus ses vins. Je regrette. Un vin dominé par les arômes et les saveurs phénolés est l'antithèse du vin de terroir. Les bretts produisent du 4-ethyl phénol peu importe le terroir et le cépage. Le meilleur exemple d'un vin mondialisé, c'est un vin bretté. Ça goûte la même chose peu importe l'origine.


 

samedi 17 mai 2014

CHARDONNAY, 2011, ACONCAGUA COSTA, VINA ARBOLEDA




Le mouvement chilien vers la côte a commencé réellement avec le développement de la région de San Antonio, qui est en fait le prolongement de la région de Maipo, mais au delà de la chaîne de montagnes côtière. Il y a aussi Casa Silva qui a fait la même chose, plus au sud, en développant un vignoble côtier dans le prolongement de la région de Colchagua. Plus au nord, le groupe Errazuriz a fait la même chose en développant la partie côtière et fraîche de la vallée d'Aconcagua. Ce qui fait que l'appellation Aconcagua Costa désigne des vins issus d'un climat frais qui n'ont rien à voir avec les vins de climat chaud désignés par la simple appellation Aconcagua. Vina Arboleda est le projet de "boutique winery" de Eduardo Chadwick, l'homme derrière Errazuriz. Le vignoble Chilué d'où est issu ce Chardonnay a été planté en 2005 à 12 km de l'océan Pacifique. La vendange est manuelle, les grappes entières sont pressées et la fermentation alcoolique a lieu avec les levures indigènes en barriques de chêne français dont 10% sont neuves. Le vin est élevé sur lies pendant huit mois et 60% du liquide complète la fermentation malolactique. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH bien vif de 3.25 et 3.36 g/l de sucres résiduels. Le producteur évoque un potentiel de garde "abondant", sans préciser de nombre d'années, ce qui est un peu normal compte tenu de la nouveauté du vignoble.

La robe est de teinte légèrement dorée. Le nez ne laisse pas de doute sur le cépage et la nature du terroir à l'origine du vin. Ça sent le Chardo de climat frais où les fruits peuvent atteindre une bonne maturité. On y retrouve des arômes de pêche, de lime, d'orange et de roche mouillée, complétés par de légères notes florales et beurrées. Très beau nez aux arômes de grande qualité. Cette impression de qualité se transmet en bouche où la palette de saveurs est un reflet fidèle du profil olfactif. Le vin montre un bel équilibre entre le gras et l'acidité, le tout complété par une fine touche d'amertume. Le milieu de bouche montre une bonne concentration de saveurs sur un volume contenu. La finale est harmonieuse et montre une très bonne longueur.

J'ai adoré ce vin au profil classique et raffiné. Il est clair que la carte jouée n'est pas celle de la très grande concentration de matière. On a plutôt opté pour l'équilibre et la finesse, qui, combinés, donnent un vin offrant beaucoup de plaisir. Les proportions de ce vin me font penser à celle des rouges chiliens de type Reserva après 10 ans de garde. Des vins modérés, équilibrés, faciles à boire, jouant la carte de la finesse aromatique et de la qualité des saveurs. En fait, des vins qui sont l'opposé du préjugé Nouveau-Monde, sans être des calques parfaits des classiques européens. Ceci dit, les affinités bourguignonnes de ce vin sont évidentes. On est loin du Chardonnay quelconque de Casablanca aux odeurs de maïs en grains. Ce vin de Arboleda est un bel exemple pour illustrer les progrès stylistique et qualitatif que permettent les nouveaux terroirs frais du Chili avec ce cépage. Après la dégustation de ce vin, je comprends le succès qu'a connu le Chardonnay, Wild, Ferment, 2011, Aconcagua Costa, Errazuriz, lors d'une dégustation à l'aveugle tenue sur le forum Fouduvin. Finalement, au prix demandé de 20$ à la SAQ pour ce vin, il se qualifie probablement pour le titre de meilleur RQP en Chardonnay. Je ne connais pas de vins de ce cépage qui offrent un tel style et un tel raffinement pour un tel prix. Ce vin n'a rien à envier à beaucoup de vins de ce cépage vendus beaucoup plus chers. Si votre bonheur ne dépend pas de la présence du mot Bourgogne sur l'étiquette, et qu'il peut supporter le mot Chili, ce vin est une superbe possibilité pour jouir des vertus de ce cépage à prix très abordable. Je vais en racheter demain en promo à 17$ la bouteille!





lundi 5 mai 2014

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2011, MAIPO, VINA DE MARTINO




Vous savez comment je vante les mérites des rouges chiliens de type Reserva sur ce blogue. Toutefois, autant j'aime cette catégorie de vins, autant ils sont parfois difficiles à suivre dans le temps. Je ne parle pas de l'évolution du vin en bouteille, je parle plutôt des changements qui peuvent survenir dans l'élaboration de ceux-ci avec le temps. Pour illustrer ce phénomène, cette cuvée Legado est un beau cas de figure. J'ai acheté ce vin une première fois dans le millésime 1997, alors qu'il était nommé "Prima". Au début des années 2000 on l'a rebaptisé "Legado". Le Legado de ces années-là venait de la sous-région de Isla de Maipo, au cœur de la vallée et était issu de vieilles vignes. C'était aussi un vin qui voyait pas mal de bois neuf, au fruité bien mature et qui titrait à 14.5% d'alcool. Les millésimes 2001 et 2002, que j'ai encore en cave, ont bien évolué. Mais voilà, quelqu'un qui achète le 2011 aujourd'hui, achète un tout autre vin. L’œnologue en chef de la maison, Marcelo Retamal, une étoile du virage terroir chilien, a décidé dernièrement de revoir complètement son approche en matière de vinification. Pour ce Cabernet, il est un peu dur à suivre, car ce vin origine maintenant de deux terroirs bien distincts. Une partie des fruits provient toujours de Isla de Maipo, mais le vin contient aussi des fruits d'un vignoble plus récent situé près de Melpilla, dans la partie ouest de la vallée, près de la chaîne de montagnes côtières (même région que Vina Chocalan). Donc, un mélange de vielles vignes et de vignes plus jeunes, et de climat chaud et de climat moins chaud, tout cela avec une vendange plus hâtive qu'auparavant, ce qui se reflète dans un taux d'alcool abaissé à 13.5%. Ajoutez à cela l'abandon du bois neuf pour 12 mois au profit de barriques usagées, dites neutres, et d'un élevage dans celles-ci prolongé à 16 mois. Comme on peut le voir, ça fait beaucoup de changements pour un vin portant le même nom et arborant la même appellation d'origine. Malgré tous ces changements, le producteur évoque un potentiel de garde de 10 ans.

La robe et de teinte rubis plutôt translucide pour un jeune vin de ce cépage. Le nez montre une belle fraîcheur, avec la typicité qu'on attend d'un Cab de cette vallée. On y retrouve un mélange mentholé de cerises et de cassis, complété par du bois de cèdre, des notes terreuse et une touche de poivron vert. Le fruit montre vraiment un bel éclat, et sans apport boisé apparent, il a tout l'espace nécessaire pour se déployer. En bouche, c'est aussi la fraîcheur de l'ensemble qui impressionne. On retrouve un vin aux saveurs de Cabernet, mais avec une structure qui se rapproche d'un vin de Pinot Noir. Les tanins sont fins et discrets, l'acidité vivifiante, ce qui donne à ce nectar, qui ne manque pas de concentration au niveau des saveurs, une belle légèreté et une finale d'une longueur renversante. Je dis renversante, car le côté aérien du vin n'annonce pas une telle longueur. Comme si la concentration du vin n'était située qu'au niveau des saveurs, et qu'il était délesté de tout le reste de la matière non aromatique qu'on retrouve normalement dans un jeune Cab de ce calibre.

Il y a actuellement un mouvement au Chili pour revenir à moins de maturité du fruit, et conséquemment, à des titres alcooliques plus faibles, ainsi qu'à un usage plus modéré du bois de chêne neuf. Je ne renierai pas mon goût pour les Cabs denses, boisés et bien matures, car après 10 ans ils rejoignent une structure plus élancée qui n'est pas si loin de celle qu'arbore ce Legado dès sa prime jeunesse. Ceci dit, de retrouver cette structure affinée avec un profil aromatique montrant la fraîcheur de la jeunesse et une maturité modérée du fruit, c'est très agréable et j'en redemande. Ce vin montre un éclat, une fraîcheur et une longueur remarquables. C'est l'exemple parfait démontrant l'importance de l'homme dans l'élaboration du vin. Marcelo Retamal a décidé d'élaborer un style différent de Cabernet et il a très bien réussi. Pour moi la réussite de ce vin n'est pas un désaveu du style plus costaud et mature. C'est juste un enrichissement de la diversité. Ça montre qu'il n'y a pas de vérité absolue en matière de vin et que l'homme peut décliner les choses de différentes façons, toutes aussi valables les unes que les autres. C'est un peu comme ceux qui veulent absolument diviser la planète-vin en deux, entre des mondes ancien et nouveau. Ça ne tient pas la route, car on oublie la variable essentielle, la variable humaine. Comme je le disais, Marcelo Retamal n'est pas le seul à élaborer des cuvées axées sur plus de fraîcheur au Chili. L'autre Marcelo chilien, Marcelo Papa, une des forces vives du géant Concha y Toro a élaboré une cuvée spéciale du Cabernet, Marques de Casa Concha, dans le millésime 2010. Ce vin issu du même vignoble de Puente Alto d'où sont issus le Don Melchor et la cuvée régulière du Marques de Casa Concha, a été nommé meilleur rouge chilien par le guide Descorchados, 2014, avec une note de 96. Cette cuvée spéciale et limitée à seulement 1800 bouteilles a été élaborée en utilisant les techniques des rouges chiliens des années 70. La vendange a été effectuée un mois avant celle du Marques de Casa Concha régulier qui titre à 14.5% d'alcool, alors que la cuvée spéciale titre à seulement 12.5%. J'aimerais bien goûté ce vin. Il y a un réveil actuellement à propos des qualités des rouges de jadis où la maturité phénolique n'était pas une obsession. Je donnais récemment un exemple d'un de ces vieux rouges chiliens qui ont superbement évolué sur une très longue période, un Cab, 1967 de Santa Carolina qui titre à 13.2% d'alcool.

Finalement, j'ai un aveu à faire. J'ai acheté cette bouteille de Cabernet, Legado, 2011, car dans l'édition du Wine Spectator dont je parlais dans mon texte précédant, on avait octroyé 92 points à ce vin de 17$. Ça m'a fortement intrigué. J'étais curieux de voir en quoi ce vin pouvait se distinguer des autres Cabs de cette catégorie pour mériter un tel score, surtout que l'archétype du Cab de Maipo moderne de cette catégorie, le Marques de Casa Concha, 2011, c'est lui mérité 93 points. Ce n'était donc pas pour une question de style, mais bien de qualité intrinsèque du vin. Au final, je suis totalement confus. J'ai adoré le vin de De Martino. Sa note me semble justifiée, pour ce que ça veut dire, mais si tel est le cas, il y a une flopée de rouges chiliens qui devraient aussi obtenir un score similaire. L'offre chilienne de rouges de ce niveau qualitatif sous la barre des 25$ est immense et à 17$ ce Legado est un superbe achat qui se démarque par son profil original.



dimanche 4 mai 2014

Le nouveau Chili




C'était le titre d'un fil de discussion que j'avais initié sur FDV en juin 2008, un peu l'ancêtre de ce blogue. Le temps passe... Je ne sais pas si j'étais prophétique, mais six ans plus tard, "The new Chile" est le titre de l'édition de mai, actuellement en kiosque, du magazine américain Wine Spectator. Il y a longtemps que j'avais acheté ce magazine, mais avec le thème, et avec le texte que je venais d'écrire sur la quête de reconnaissance du Chili, je n'ai pu résister à aller voir ce qu'on disait de mon pays vinicole de prédilection, surtout avec un titre semblable. Résultat? Sans réelle surprise, le contenu est plutôt décevant pour moi qui connaît très bien ce pays et qui en ai une haute opinion. Bien sûr, on reconnaît les changements qui ont cours depuis plusieurs années au Chili. On reconnaît les efforts pour devenir un pays vinicole complet, mais le ton demeure paternaliste, et en ce sens, le pays est traité en adolescent et non pas comme le jeune adulte talentueux et versatile qu'il est en réalité. Ceci dit, on aborde la quête de reconnaissance du pays que j'évoquais dans mon article précédant, et ce par la voix d'Aurelio Montes qui déclare : "Nous avons besoin d'être reconnus et respectés . Le Chili n'a pas d'image, sinon celle d'être un pays ennuyant". En gros, le propos de Montes est que le pays n'est pas excitant. Ça rejoint mon constat. Ce problème reste entier, même si le sous-titre du Wine Spectator parle de vins excitants. Les vins le sont peut-être, mais pas le pays.

Au-delà de ces considérations, le contenu de cette édition du Wine Spectator est quand même informatif, même si personnellement je n'y ai rien appris. On trace les grandes lignes du paysage vinicole chilien, on interroge brièvement quelques producteurs, et on a droit à un autre article sur le Carmenère. Ça demeure dans les généralités. Kim Marcus, est le nouveau journaliste-dégustateur en charge de couvrir le pays, et on sent que sa connaissance des vins chiliens est limitée, en ce sens qu'elle manque de perspective. L'excellent potentiel de garde des rouges du pays n'est pas évoqué, et l'évaluation qualitative des vins laisse songeur. Bien sûr, avec Wine Spectator on se butte immanquablement aux faiblesses du fameux système de notation sur 100 points. Disons que le ton de l'appréciation est donné avec un tableau où on note les millésimes chiliens depuis 2005. De manière inexplicable, le meilleur millésime, 2007, obtient une note de 93. On parle ici de conditions météorologiques, pas de la qualité d'un vin donné. Il semble impossible d'avoir un millésime qui se rapprocherait de la perfection dans un pays qu'on décrit pourtant comme un paradis de la viticulture. Je pense que ce fait est symptomatique et que ça reflète un état d'esprit face à ce pays. Il y a un plafond qualitatif pré-établi, hors de toute raison. Si les millésimes d'un pays aux conditions climatiques reconnues comme généralement très favorables ne peuvent être notés plus haut que 93, imaginez ce qui en est pour les vins. Le vin le mieux noté est le Don Melchor, 2010, avec 95 points, puis suivent les noms habituels, Almaviva, Clos Apalta et Montes Folly à 94. Le blanc avec la plus haute note est un Chardonnay de Kingston Family avec un 91.

Vous allez me dire que je ne devrais pas m'en faire avec ces notes, vu que je ne crois pas en la validité de ce système. Ce n'est pas vraiment le cas, car si je ne crois pas à la précision des notes sur 100 pour évaluer un vin donné, un ensemble de notes pour de très nombreux vins est plus significatif. Le plafonnement à 95 pour les rouges et 91 pour les blancs est très significatif à mes yeux. C'est comme lire un compte-rendu de dégustation très élogieux sur un vin, puis de voir une note numérique à la fin qui semble contredire les mots qui le décrivait. C'est le chiffre qui l'emportera au final dans l'esprit du lecteur. Donc, avec ce spécial Chili du Wine Spectator, ce sont les chiffres de la fin qui font foi de tout. Au-delà des bons mots, de l'évocation de nouveaux terroirs, de vins excitants, le Chili demeure catégorisé comme un pays de seconde classe qui travaille fort pour sortir de sa condition. Un pays qui frise la grandeur, mais qui pour une raison inexplicable n'y accède pas.

dimanche 20 avril 2014

La difficile quête de reconnaissance du Chili


Le Chili vinicole souffre d'un manque chronique de prestige sur la scène mondiale du vin. Un déficit important qui semble impossible à combler malgré la qualité et la diversité toujours croissantes qu'offre ce pays. L'image de pays pauvre qui n'offre que du vin bon marché lui colle à la peau inexorablement. Le Chili a beaucoup d'atouts concrets qui devraient lui permettre d'émerger comme un des leaders du monde vinicole, mais l'image est une question de perception qui n'a souvent rien à voir avec la réalité du terrain. Le fait que le Chili fasse partie de ce que l'on appelle le Nouveau-Monde est déjà un problème en terme d'image dans un milieu qui ne jure que par l'ancien, mais contrairement aux États-Unis, au Canada, à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande et à l'Afrique du Sud, le Chili a le malheur de ne pas être un pays où l'anglais est une langue importante. Quand on connaît l'influence mondiale de la presse vinicole anglophone, cela aide à comprendre le niveau de difficulté en terme d'affinité culturelle, et partant, de communication du message. L'affinité culturelle est très importante dans le monde du vin. Le marché canadien en est un bel exemple. Les vins français ont un succès bien plus important au Québec que dans le reste du Canada, alors que les vins du Nouveau-Monde anglophone ont beaucoup plus de succès dans le ROC qu'au Québec, où ils sont souvent injustement boudés. Le Chili n'a donc pas de levier efficace pour transmettre sa réalité dans un monde où la perception prime souvent sur la réalité.

L'idée de revenir sur le problème insoluble chilien m'est venue lorsque j'ai appris que Eduardo Chadwick, le leader du groupe Errazuriz, avait décidé de cesser sa série de dégustations à l'aveugle initiées à Berlin une décennie plus tôt. Il a refermé la boucle en octobre dernier à Santiago avec une dernière dégustation entre chiliens. Malgré 15 dégustations de ce genre tenues avec succès à travers le monde, où il a eu le courage de mettre ses vins en compétition avec des vins beaucoup plus chers et prestigieux. Je ne suis pas sûr que cela ait produit un bénéfice très concret pour le prestige de ses vins, et pour ceux du Chili en général. C'est vrai, le prix des vins haut de gamme du groupe Errazuriz est à la hausse, mais cela n'a eu aucun effet sur le reste du portefeuille du producteur. On pouvait toujours acheter son Cab, Max Reserva, 2011, ce week-end, en promo à la SAQ, pour 15$ la bouteille. Un prix totalement ridicule pour un vin de cette qualité et ayant un si bon potentiel de garde.

Le Chili vinicole est vraiment pris dans un Catch 22. Il est prisonnier de la relation prix/prestige à la base de ce qu'on appelle l'effet Veblen. Dans ces conditions, la notion de qualité devient secondaire. Le prestige permet d'exiger des prix plus élevés, et un produit qui se vend à un prix plus élevé devient plus désirable, ce qui, à terme, poussera encore plus le prix vers le haut. Comme le Chili est dépourvu de prestige, et qu'au contraire il traîne une image négative de vin bon marché venant d'un pays pauvre, il est pris dans un effet Veblen inversé. Pour trouver preneur, il doit vendre la grande majorité de ses vins à des prix nettement inférieurs à la qualité offerte, et ces prix très abordables influencent forcément la perception de qualité. Depuis que je m'intéresse aux vins de ce pays, j'ai pu constater que leurs seuls moments de gloire sont venus en dégustation en pure aveugle. C'est sur ce fait qu'a misé Chadwick avec sa série de dégustations à l'aveugle contre des pointures prestigieuses. Mais malgré de très bons résultats à chaque fois pour ses vins, il n'y a pas eu d'effet dramatique sur la perception générale des vins de ce pays. J'ai expérimenté la même chose à mon échelle. J'ai surpris de nombreux amateurs et professionnels avec des vins chiliens lors de dégustations à l'aveugle au cours des 10 dernières années, mais je n'ai converti personne à la cause des vins de ce pays. La seule explication que j'ai pu tirer de cette expérience, c'est que le prestige joue un trop grand rôle chez l'amateur passionné pour que des vins d'un pays sans prestige puissent avoir un quelconque intérêt. Autant une étiquette considérée inspirante peut attiser l'intérêt pour un vin, autant une étiquette considérée rebutante peut tuer cet intérêt. Plus de 99% des vins que l'ont boit le sont à étiquettes découvertes, la pure aveugle ne peut être là à chaque fois pour briser un préjugé défavorable. Si vous pensez que vous auriez un peu honte de servir un vin chilien à des amis amateurs lors d'un bon repas, il n'y a alors aucune raison de mettre ces vins en cave, peu importe leur prix et leur niveau de qualité. La perception fait foi de tout dans ces circonstances.

Le constat que je viens de dresser sur la perception des vins chiliens est négatif, malheureusement, n'empêche que le paysage vinicole de ce pays continue de se développer et de se diversifier. Il y a aussi eu des progrès commerciaux réalisés au cours de la dernière décennie. Il y a beaucoup plus de vins chiliens de milieu et de haut de gamme qu'avant, même si ça demeure une part de marché très restreinte et que ces vins demeurent quand même sous-évalués. Pour terminer sur une note positive, je joins un lien vers la liste top 10 de l'expert britannique des vins du Chili, Peter Richards. Cette liste est plus un top 10 des coups de cœur de M. Richards, qu'une liste des 10 meilleurs vins du Chili. Il est intéressant de noter la présence de deux vins de Cabernet âgés dans cette sélection. D'abord la cuvée Antiguas Reservas, 1998, de Cousino Macul, un vin que j'ai toujours en cave et un vin de Santa Carolina du millésime 1967. Vous avez bien lu, 1967, dans cette perspective, le Cousino Macul est un bébé. Ça montre que les Cabs chiliens de prix très abordables peuvent vieillir très longtemps. M. Richards inclut dans sa liste un Riesling de Casa Marin. À quand un premier Riesling chilien à la SAQ? Il y a aussi le Pinot Noir, Wild Ferment, 2012, Aconcagua Costa, Errazuriz. Je lisais récemment sur FDV que le Chardonnay, 2011, de la même gamme avait très bien fait à l'aveugle contre des vins Chardonnay bien plus chers de Bourgogne et d'ailleurs. On me reprochera après ça de dire que certains vins chiliens pouraient se vendre beaucoup plus chers s'ils étaient parés d'une étiquette plus prestigieuse. Peter Richards complète sa liste par la Syrah d'entrée de gamme de Vina Leyda. À quand une vraie Syrah de climat frais à prix abordable à la SAQ? Pour ce faire il faut regarder du côté de Vina Leyda, bien sûr, mais il y aussi Vina Falernia, dans Elqui, qui produit des vins aux airs de Côte-Rôtie à moins de 20$.

vendredi 18 avril 2014

FUMÉ BLANC, GRAN RESERVA, 2012, LEYDA, VINA CARMEN




Vina Carmen est un producteur établi au Chili depuis plus d'un siècle, si bien qu'avec le temps on en est venu à oublier le haut niveau qualitatif des vins qu'il produit. Il y a quelques années, Carmen a pris un virage terroir en sortant de la vallée de Maipo qui l'a vu naître. Bien sûr, les vins de Cabernet Sauvignon de la maison viennent toujours de l'Alto Maipo, le meilleur terroir au Chili pour ce cépage, mais les vins issus d'autres variétés proviennent maintenant de différents terroirs mieux adaptés. C'est le cas de ce vin de Sauvignon Blanc qui provient de la région fraîche de Leyda, sur la côte de l'océan Pacifique. Je n'ai pas trouvé de données à propos de millésime 2012, mais pour le 2011, un quart du vin avait été fermenté en barriques de chêne de deuxième usage et le reste en inox. Ce qui explique probablement pourquoi on le désigne comme Fumé Blanc. C'est un vin issu d'un vignoble unique situé à 14 km du Pacifique. La vendange est manuelle et le vin titre à 13% d'alcool.

La robe est de teinte jaune paille avec des légers reflets verdâtres. Le nez est moyennement expressif et exhale des arômes de lime, de fruits de la passion, de bourgeon de cassis, de zeste de pamplemousse et de poivron vert. Il y a aussi un trait floral et un aspect subtil rappelant le conifère, ce qui évoque une légère impression de Riesling. Nez agréable, complexe et bien dosé. En bouche, le vin offre une matière citrique dense et acérée. C'est un vin élancé et sec, marqué par une acidité affirmée et une touche d'amertume évoquant le zeste d'agrume. Oubliez le gras, la rondeur et le moelleux. On a ici affaire à un laser citronné, si bien que le vin ne semble pas très concentré en milieu de bouche, mais la finale montre une longueur incroyable pour un vin de prix si abordable.

J'ai acheté quatre bouteilles de ce vin aujourd'hui car il est actuellement en double promo (circulaire et moins 10%). À 11.65$ après rabais, le risque de déception était très faible, mais loin de me décevoir, ce vin m'a emballé par son profil épuré et sérieux. La qualité est formidable et c'est un RQP de haut vol. Si la bouteille était parée d'une étiquette plus renommée, on parlerait sans gêne de vin de gastronomie et on pourrait facilement doubler son prix. La réalité c'est que le vin vient du Chili et d'un gros producteur en plus. Ça n'a pas de quoi inspirer les amateurs en quête d'image bucoliques et qui aiment rêver terroir. Pourtant, ce vin est bel et bien un vin de terroir. Le climat frais de la région côtière de Leyda transparaît clairement dans son profil. Jamais une région plus chaude aurait pu donner un vin au profil aussi tranchant. En ce sens, ce n'est pas un vin consensus. Il faut vraiment aimer l'acidité marquée dans le vin pour l'apprécier à sa pleine valeur. Le mariage avec un plat approprié pourrait aussi aider à atténuer cet aspect pour ceux que ça dérange. Une température de service plus élevée contribue aussi à calmer ses ardeurs. Quoi qu'il en soit, si ce profil vous convient, il reste une journée pour profiter de cette aubaine formidable. Personnellement, je vais rajouter quelques bouteilles demain. Un vin de cette qualité offert à 11.65$, ça dépasse l'entendement, surtout qu'on aime bien dire que la SAQ n'offre plus de vins à prix très abordables. Dans ce cas-ci, vous avez le prix très abordable, mais une qualité qu'on retrouve habituellement dans des vins d'une gamme de prix plus élevée.


lundi 31 mars 2014

Phase de fermeture: mythe ou réalité?


Je l'avoue, j'ai toujours été dubitatif face à la notion de phase de fermeture associée à l'évolution du vin en bouteille. Je continue de penser que c'est souvent une excuse pour expliquer qu'un vin ne soit pas à la hauteur des attentes. Je pense cela d'autant plus que je garde beaucoup de bouteilles en de nombreux exemplaires que je suis dans le temps et il m'est rarement arrivé de voir un vin changer du tout au tout sur une période de quelques années. Ce que j'observe plutôt, dans la très grande majorité des cas, c'est une évolution graduelle, sans rupture brusque du parcours. Toutefois, il y a de rares exceptions, et je suis tombé ce week-end sur une de ces exceptions qui me font penser que la phase de fermeture peut exister. Pour entamer la fin de semaine, vendredi soir dernier, je décidé d'ouvrir une bouteille d'un vin que j'adore, soit l'assemblage Gran Reserva, 2007, MaipoCosta, de Vina Chocalan. Je voulais voir où il en était dans son parcours et je m'attendais à un vin riche encore sur son profil de jeunesse. Au contraire, j'ai retrouvé dans mon verre un vin peu expressif qui manquait de concentration et d'intensité pour un vin de ce calibre et par rapport aux souvenirs que j'en avais en prime jeunesse. J'étais tellement déçu que j'ai à peine bu 200 millilitres et remis le bouchon sur la bouteille. Le lendemain, je lui ai juste regoûté et il était déjà beaucoup mieux, le surlendemain j'ai terminé la bouteille en retrouvant le vin auquel je m'attendais, concentré, ample, intense et généreux. Un vin expressif qui avait beaucoup de présence en bouche. Tout le contraire de ce qu'il présentait le premier jour. Comment expliquer que le vin était si amorphe le jour de l'ouverture? Je l'ignore, mais il est clair que l'oxygénation prolongée lui a rendu ses attributs. Ceci dit, le premier jour j'avais de la difficulté à croire que ce vin pouvait avoir autant perdu de ses qualités. Comme il m'en reste de nombreuses bouteilles, j'étais plutôt catastrophé. Son retour à la vie était tout aussi surprenant que spectaculaire. J'aimerais bien comprendre au niveau physico-chimique comment un tel phénomène est possible, et pourquoi il se produit pour un vin donné, sur une période donnée. Une expérience comme celle-ci tend à me convaincre que le phénomène de de phase fermeture du vin peut exister, mais comme il est imprévisible, je ne me servirais jamais de cet argument pour excuser un vin décevant. Selon mon expérience, le phénomène est trop rare pour l'invoquer systématiquement. Néanmoins, ça permet de se garder une réserve avant de condamner totalement un vin qui n'est pas à la hauteur des attentes. C'est aussi un autre facteur qui milite pour la garde de multiples bouteilles d'un même vin.