jeudi 6 juin 2013

CHARDONNAY, 2011, STELLENBOSCH, RUSTENBERG WINES




Ce vin est un assemblage de raisins provenant de différents vignobles de la région de Stellenbosch. Les vignes ont entre 10 et 26 ans d'âge, et dépendant du site, elles sont séparées de l'océan de 8 à 26 km. Le vin est fermenté en barriques par les levures indigènes et élevé pendant un an dans ces mêmes barriques de chêne français pendant un an (40% neuves et 60% second usage). Le vin titre à 14% d'alcool, pour un pH relativement élevé, pour un vin blanc, de 3.45 et 3 g/L de sucres résiduels.

La robe montre une teinte légèrement dorée. Le nez est très Chardo avec des arômes citronnés de pêche, de beurre, de noisette et de caramel, complétés par un léger trait fumé. La bouche poursuit en droite ligne, reflétant au niveau des saveurs ce qui était perçu au nez. Toutefois, l'aspect gustatif est plus riche et intense que le côté olfactif. C'est donc un vin bien équilibré, avec une belle matière, de la présence et un bon volume. Il possède ce côté légèrement onctueux des bons vins de ce cépage de climat plus modérés, élevés en barriques. La finale est harmonieuse, ronde, avec une bonne persistance des saveurs.

Je ne bois pas assez de vins sud-africains pour dire que je connais bien les vins de ce pays, mais dans l'expérience restreinte que j'en ai, il me semble que les vins de Chardonnay sont ceux qui touchent la cible avec le plus de régularité. J'ai déjà goûté le cuvée de Chardonnay haut de gamme, « Five Soldiers », de ce producteur. Un vin que j'avais beaucoup apprécié. Je dois dire que cette cuvée moins chère, mais que le producteur présente comme son vaisseau amiral en blanc, est un vin que j'ai aussi bien apprécié. Il offre tout ce qu'on peut espérer d'un vin de Chardonnay de ce prix (25$). Il offre une version classique du cépage, avec une certaine élégance et de la modération dans le style. Ce n'est bien sûr pas le vin le plus concentré ou le plus opulent, mais il ne manque de rien et possède tout ce qu'il faut de présence pour offrir une expérience de niveau supérieur.

vendredi 24 mai 2013

La phobie des sulfites affectent maintenant le potentiel de garde des vins rouges

Désolé pour ceux qui ont visité ce blogue en vain au cours du dernier mois. J'avais des choses plus vitales à faire qu'écrire sur le vin. Toutefois, je suis tombé sur un article de Decanter, par le biais de FDV, qui révèle que certains vins rouges commenceraient eux aussi à montrer des signes d'oxydation prématurée. Comme l'explique bien Denis Dubourdieu, la recherche de maturité qui mène à des vendanges plus tardives est un problème. Plus la maturité du raisin est grande, plus son acidité naturelle est faible. Si vous alliez à cela une idéologie non interventionniste, vous ouvrez la porte aux problèmes d'oxydation hâtive car les non interventionnistes sont réticents à acidifier, et à sulfiter. Un vin peu acide demande plus de sulfitage pour que celui-ci soit efficace. À l'inverse, si on veut moins sulfiter, il faudrait acidifier pour rendre les sulfites plus efficaces. Si on récolte des raisins très matures en refusant ou en minimisant l'acidification et le sulfitage, on obtiendra un vin plus vulnérable à l'action de l'oxygène. Comme on le dit dans l'article, l'usage du bois neuf va aussi dans ce sens, car le bois neuf permet une micro-oxygénation du vin en cours d'élevage. Pour un vin qui montre une faible résistance à l'oxygène, ce n'est pas une bonne idée.

Si vous êtes un fervent de la tendance minimaliste et dite "naturelle" dans l'élaboration du vin, et qu'en même temps vous êtes amateur de vins bien évolués. Vous risquez d'avoir des problèmes et des mauvaises surprises dans quelques années, et je n'aborde même pas l'aspect de l'instabilité microbiologique qui peut s'ajouter aux problèmes d'oxydation. Tim Atkin, un chroniqueur vin britannique bien connu a déjà soulevé un tollé au Chili en comparant les vins de ce pays aux automobiles de marque Volvo. Il voulait dire par là que les vins de ce pays étaient de bonne qualité, fiables et sans surprises. C'était une image, bien sûr, mais plus j'évolue dans le monde du vin plus je m'aperçois qu'elle était bonne, et que ça explique en partie mon intérêt pour les vins chiliens. Les vins du Chili sont généralement des vins très stables et suffisamment sulfités. Cela explique en partie, selon moi, le très bon potentiel de garde des vins de ce pays. Pas de déviations microbiologiques, pas d'oxydation prématurée, et cela n'empêche pas ces vins, au contraire, de refléter avec éclat, en jeunesse, le terroir d'où ils proviennent, et d'évoluer admirablement avec le temps. Je le répète, même si c'est une simplification, mais si vous avez peur des sulfites et aimez les vins de garde, vous avez un problème.


dimanche 21 avril 2013

CABERNET SAUVIGNON, INTRIGA, 2010, MAIPO, MONTGRAS PROPERTIES




Montgras Properties est un groupe comprenant les marques Montgras, Ninquén, Amaral et Intriga. Chaque marque est associée à un terroir particulier. Pour Montgras c'est la vallée de Colchagua, dans le cas de Ninquén, c'est un lieu précis dans Colchagua, soit la montagne Ninquén avec un plateau au sommet de celle-ci. Pour Amaral il s'agit de la fraîche région côtière de Leyda, alors que dans le cas de Intriga, il s'agit d'un seul vin, composé d'un cépage unique, le Cabernet Sauvignon, issu du meilleur terroir pour celui-ci, la vallée de Maipo. Dans ce cas-ci, ce n'est pas l'Alto Maipo, mais plutôt de la partie médiane de la vallée, au sud-ouest de celle-ci près de la ville de Paine. Les vignes produisant les raisins pour ce vin ont entre 10 et 50 ans d'âge et certaines sont conduites en pergola et d'autres en Lyre. La vendange est manuelle et tardive pour la région et le millésime (7 au 17 mai). À titre d'exemple, Vinedo Chadwick, qui est situé à Puente Alto dans l'Alto Maipo, a commencé à cueillir le 23 avril en 2010. La fermentation utilise les levures indigènes. L'élevage en barrique de chêne français dure 24 mois avec un tiers de premier usage et le reste de second usage. Le vin titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.59 et est bien sec avec 2.68 g/L de sucres résiduels. Le producteur évoque un potentiel de garde de 15 ans pour ce vin.

La robe est ténébreuse et impénétrable. Le nez révèle l'identité de ce vin. C'est du beau Cab chilien, mais on perçoit une différence par rapport au profil que donne généralement ce cépage dans l'Alto Maipo. Le cassis et le menthol qui dominent habituellement les Cabs de l'Alto Maipo sont présents ici, mais en mode mineur. La palette fruitée est plutôt marquée par de beaux arômes de cerise, mâtinés de notes de bois de cèdre, de terre humide et de sous-bois, le tout complété par un très léger aspect boisé rappelant les épices douces. Superbe nez de très jeune Cab, complexe et exhalant des arômes de grande qualité. La bouche est un ravissement pour un amateur de Cabernet comme moi. L'attaque est de velours et révèle un vin à la matière dense et raffinée. Les saveurs sont intenses et de haute qualité. Le fruité est balancé par une juste dose d'amertume qui donne un cachet sérieux à l'ensemble. En milieu de bouche le vin s'exprime avec justesse, sans lourdeur, mais avec toute la concentration nécessaire à un vin de niveau supérieur. Les tanins sont soyeux ce qui ajoute à l'impression de raffinement qui se dégage de ce nectar. La finale est harmonieuse et très longue avec un sursaut dans l'intensité des saveurs. Des notes de chocolat noir et de caramel encadrent le fruit lors du déclin des saveurs.

Depuis le temps que je m'intéresse aux vins du Chili, je suis devenu plus difficile à impressionner et je m'emporte moins dans mes commentaires. Je connais le RQP généralement favorable des vins de ce pays, et je tente de les juger dans leur contexte. Toutefois, il m'arrive encore de tomber sur des vins spéciaux qui se démarquent d'une manière ou d'une autre. Ces vins arrivent encore à me surprendre et c'est le cas de cet Intriga. Quel vin! Et lorsque je pense à son prix je suis totalement renversé. Qu'un vin de ce haut niveau qualitatif puisse être acheté pour seulement 20$ la bouteille est absolument renversant. Ce vin n'a rien à envier à des vins vendus beaucoup plus chers, peu importe le pays. On a affaire ici à un vin de niveau Grand Cru. Bien sûr cette terminologie n'existe pas au Chili, mais si c'était le cas, ce vin pourrait être là sans rougir d'aucune comparaison par rapport à des vins semblables aux prix hypertrophiés. Il n'aurait pas à rougir non plus, au strict plan qualitatif, face à de la compétition étrangère de haut niveau. Qu'il s'agisse de Bordeaux ou de Napa. Ce vin n'est rien de moins qu'un Cab de classe mondiale qui montre un énorme potentiel de garde. C'est absolument incroyable qu'il soit possible de l'acheter ici au Québec à un prix aussi dérisoire. Je reproche parfois à certains producteurs chiliens de mettre la charrue avant les bœufs au niveau du prix en jouant sur l'effet Veblen. C'est tout le contraire dans le cas de ce vin, mais j'ai peur qu'un effet anti-Veblen joue contre lui. J'ai peur que plusieurs ne le prennent pas au sérieux à cause de son prix. Ce serait dommage, car avec sa politique de prix, c'est comme si le producteur avait décidé de faire découvrir son vin par le plus grand nombre. De grâce, si vous achetez ce vin, tentez de le juger de la façon la plus neutre. En ce qui me concerne, ce vin m'a tellement convaincu que j'ai décidé de profiter de la promo du week-end pour en acheter six bouteilles dans une belle caisse en bois digne de son niveau qualitatif. 120$ pour six bouteilles d'un vin aussi bon que certains vendus le même prix pour une seule bouteille. Avec cet Intriga et le Ninquén, Montgras Properties offre deux vins de garde chiliens de grande classe à des prix simplement incroyables. Dans un monde où l'inflation est la norme, je pense que ça mérite d'être souligné et encouragé.



mardi 9 avril 2013

CABERNET SAUVIGNON, 2010, ALTO CACHAPOAL, CLOS DES FOUS



Quand pour la première fois j'ai entendu parler du projet Clos des Fous, je me suis dit que c'était un nom qui cadrait bien avec la perception que certaines personnes peuvent avoir de moi et de mon obsession pour les vin du Chili : "Claude est fou"! Plus sérieusement, si vous voulez mieux connaître la démarche, je vous invite à lire ce court texte de Pedro Parra, l'expert chilien de la notion de terroir, formé en France. Sinon, on pourrait résumer la philosophie du Clos des Fous en disant que le focus est mis sur les zones périphériques du vignoble chilien, avec comme idée que les meilleurs vins sont issus des terroirs limites pour la culture d'un cépage donné. Donc, dans le projet du Clos des Fous, il y a l'idée d'une recherche de fraîcheur. Fraîcheur dans le climat pour un cépage donné qui se transposera dans le vin qui en sera issu. En ce sens, l'Alto Cachapoal est un climat frais pour la culture du Cabernet Sauvignon. Le Clos des Fous c'est aussi François Massoc, un français éduqué en Bourgogne, homme à tout faire de la vigne, qui en plus du Clos des Fous est impliqué dans plusieurs projets novateurs au Chili (Aristos, Calyptra). Pour ce qui est de ce vin, il y a peu d'informations disponibles à son sujet, sinon qu'il provient d'un vignoble unique appelé "Cabeza de loco" (tête folle en français), situé dans les hauteurs de la vallée de Cachapoal, qu'il est élaboré en cuve inox avec élevage sure lies de neuf mois. Le vin titre à 13.5% d'alcool, ce qui est rare aujourd'hui au Chili pour un vin de Cabernet, mais il y a un mouvement qui est amorcé pour abaisser les taux d'alcool. C'est à mon avis une bien bonne chose.

La robe est sombre avec des reflets violacés. Le nez est frais et exhale des arômes de petits fruits rouges, avec quand même une touche du proverbial cassis chilien. Le tout est complété par un peu de menthol, une touche de terre noire et un léger aspect évoquant le sous bois. Nez bien agréable avec le fruit qui mène la marche. Cela se transpose en bouche où le fruité pur et intense domine l'action. Le vin montre une belle fraîcheur grâce à une acidité bien marquée qui contribue aussi à la fermeté de l'ensemble. Le milieu de bouche poursuit dans la même veine, avec un fruité intense et tendu imbriqué dans une matière compacte et sans lourdeur. Les tanins montrent une légère granulation qui apporte une texture agréable. Cela sied bien au style de ce vin qui coule sans effort. La finale garde le cap sur l'intensité fruitée avec une bonne persistance des saveurs.

J'ai bien aimé ce vin pour ce qu'il est, c'est-à-dire une interprétation originale du Cabernet Sauvignon chilien. L'aspect non boisé de ce nectar est bien entendu une de ses caractéristiques principales, l'autre étant son haut niveau d'acidité. Ce vin pourrait être résumé en disant c'est le plus proche qu'un vin de Cabernet peut se rapprocher d'un Beaujolais, le tout avec la touche particulière du terroir chilien. Je dis donc bravo pour l'originalité dans la qualité, mais je pense qu'il faut savoir de quelle qualité on parle. Je ne pense pas que ce vin soit un vin de garde. Je pense plutôt que c'est un superbe vin de soif fait pour être bu jeune. Ceux qui pensent que ça va vieillir comme un bon Cab Reserva chilien élevé en barriques de chêne risquent d'être déçus. Ce vin me fait penser au Merlot, 2007, de Loma Larga, un autre rouge non boisé issu d'un cépage bordelais. J'avais bien aimé ce vin en jeunesse, mais une bouteille ouverte le mois passé m'a convaincu d'ouvrir celles que j'ai encore au cellier dans la prochaine année. Le vin était encore bon, mais sans la cohésion de sa prime jeunesse. L'aspect boisé dans le rouge de garde m'est toujours apparu comme un élément intégrateur, un élément qui permettait de lier les différents aspects d'un vin pour que le tout se fonde avec le temps dans l'harmonie. Ceci dit, comme 99.9% des vins de moins 20$ sont bus très rapidement après l'achat, ce Clos des Fous atteint parfaitement la cible. C'est une façon de boire un vin de Cabernet Sauvignon, sans l'artifice que peut représenter le boisé en jeunesse. En ce sens c'est très intéressant car ça ramène à l'essence du cépage et du terroir. Aussi, de manière un peu paradoxale, par effet de soustraction, l'absence du boisé aide à mieux en saisir la nature dans les vins de Cabernet chilien en général. Finalement, ce vin est une autre preuve qu'il est maintenant ridicule de réduire les rouges du Chili à un stéréotype.


samedi 6 avril 2013

CABERNET SAUVIGNON, 2010, ACONCAGUA, VINA ARBOLEDA




Après mon texte précédant sur Neil Martin et sa vision alambiquée du Chili. J'ai eu le goût de déguster un vin qu'il avait bien noté par rapport à ses pairs et par rapport à des vins plus réputés et beaucoup plus chers pour voir si ce vin se démarquait. Pour voir si il justifiait une note exemplaire de 90. Ce Cabernet de Arboleda est un vin que j'apprécie depuis plusieurs millésimes dont j'ai de nombreux exemplaires en cave. C'est à mon avis un bel exemple de Cab chilen de type Reserva, vendu autour de 20$ la bouteille. Sur ce blogue j'ai déjà commenté le millésime 2008 de ce vin. Dans le cas de ce 2010, il s'agit d'un assemblage comprenant 7% de Cabernet Franc et 3% de Petit Verdot. Il titre à 14% d'alcool, pour un pH de 3.61 et est bien sec avec 2.70 g/L de sucres résiduels.

La robe est sombre et opaque. Le nez est beau et typique, avec des arômes de cassis frais et de cerise, amalgamés à des notes de bois de cèdre, de menthol, de vanille, de terre noire, de poivron vert et de chocolat noir. Belle expression chilienne du Cabernet Sauvignon en prime jeunesse, avec un apport boisé bien dosé. En bouche, on retrouve un vin modelé sur la tradition des rouges chiliens de type Reserva. Il offre de belles proportions, une bonne matière, de la concentration, mais en évitant la lourdeur et l'excès. Il montre aussi une belle finesse tannique qui contribue à le rendre facile à boire. La finale est harmonieuse et intense, avec une longueur de très bon calibre.

Que dire de plus à propos de ce vin sinon qu'il est bel et bien exemplaire. C'est un vin qui pour moi représente l'essence du Cab chilien de type Reserva. C'est à dire un Cabernet de milieu de gamme, de prix abordable, influencé par l'élevage en barriques de chêne, mais dans lequel on ne pousse pas les choses dans le but d'impressionner. Le résultat c'est un vin qui révèle très bien le terroir d'où il est issu et qui est facile à boire en jeunesse, tout en ayant un fort potentiel de garde et d'évolution en bouteille. Un vin mesuré qui n'a pas besoin d'artifices pour être agréable et intéressant. La SAQ demande 19.95$ pour une bouteille de ce vin, mais comme tous les vins chiliens, il peut facilement être acheté en promotion à 17.95$. J'ai souvent pu acheter ce vin en double promotion pour environ 16$ la bouteille. Peu importe, même au prix régulier, c'est un achat très avisé. Un vin que je n'aurais pas peur de mettre dans un alignement de bordeaux vendus au moins deux fois son prix, maintenant ou dans dix ans. Aujourd'hui ce qui le distingue transparaîtrait, alors que dans dix ans ce qui ressemble confondrait.

Cela dit, je ne comprends toujours pas ce qui justifie la note de 90 obtenue par ce vin par rapport à d'autres vins tout aussi bons, sinon meilleurs qui ont été notés bien plus bas. Comment ce vin peut valoir un 90 et le Cabernet Sauvignon, Marques de Casa Concha, 2010, valoir 82 points? Ça dépasse mon entendement. Les exemples de comparaisons qui ne tiennent pas la route sont tellement nombreux que ça ne sert à rien d'en faire la liste. Mon but n'est pas de dire que ce vin ne mérite pas une note de 90. Je ne vois juste pas la cohérence avec plein d'autres vins tout aussi bons et moins bien notés. Il y a aussi des vins plus concentrés et plus longs qui ont besoin de temps en bouteille et qui sont plus mal notés. Il donc difficile de comprendre les critères objectifs derrières les notes. Si c'est juste une question de goût personnel, ou d'impression du moment dans une dégustation marathon, alors ce système est encore plus ridicule. Tout cela pour dire que le 90 donné à ce vin ne vient rien dire car il n'est pas fixé dans un cadre cohérent et qu'à mon avis cette cohérence est inatteignable par les seuls sens de l'odorat et du goût. Dans le cadre européen les notes semblent parfois moins aléatoires car il existe une forte hiérarchisation et que beaucoup de critiques donnent des notes. Toutefois, dans un pays méconnu comme le Chili, un dégustateur étranger qui débarque expose encore plus l'invalidité du système car il a peu de repères. Je pense que c'est ce que Neil Martin a démontré avec sa monstrueuse séries de notes. Je lisais un article dernièrement où même Parker, le concepteur de ce système farfelu de notation, ne pouvait s'y retrouver en semi-aveugle sur un terrain qu'il fréquente assidument depuis 40 ans. Alors imaginez ce pauvre Neil Martin qui débarque pour la première fois au Chili en devant donner des notes intensivement à plus de 1000 vins. Une triste farce.


dimanche 24 mars 2013

Frustration chilienne

Le système de notation sur 100 est la chose la plus ridicule qui existe dans le monde du vin et j'en ai eu une autre preuve récemment en prenant connaissance des notes octroyées à plus de 700 vins du Chili par Neil Martin, nouvellement en charge de couvrir ce pays pour un Wine Advocate en mutation. Je pense assez bien connaître les vins de ce pays, et les notes de M. Martin sont d'une incohérence totale. Il faut dire que le titre du rapport de M. Martin est "Chile : Seeking out the X factor". Cela donne le ton, car ce qu'on appelle le facteur X est quelque chose de bien subjectif. Toujours est-il que le rapport de M. Martin a créé une onde de choc dans le milieu vinicole chilien. N'étant pas abonné au Wine Advocate, je n'ai pas pu lire en entier le texte de M. Martin, mais un article sur le sujet du site Planetavino en cite des extraits et rend compte que le rapport de Neil Martin, au-delà des notes octroyées, est négatif et blâme la structure de l'industrie chilienne axée selon lui sur les grosses compagnies et la production de vins pour les masses. Son rapport est même divisé en deux, une partie pour l' "industrie", et l'autre portant sur le groupe de petits producteurs MOVI et les vins d'appellation VIGNO. Avec un tel biais idéologique, il est facile de comprendre certaines incohérences dans les notes. D'ailleurs, en passant en revue les notes de M. Martin, il est facile de détecter que certains plus petits producteurs sont favorisés, de même que les régions de climat frais au dépend de ce qui vient de la vallée centrale. Comme si un critique était plus dur avec les vins du sud de la France et de Bordeaux car le climat y est moins frais que celui de la Loire, de l'Alsace et de la Bourgogne. La réalité c'est qu'on y fait des vins différents qui ont leurs qualités distinctives. C'est ce qui fait la richesse de la France vinicole, et le Chili tend de plus en plus vers ce type de diversité.


Neil Martin à l'oeuvre lors d'une dégustation qu'on pourrait qualifier d'industrielle. Noter des vins sur 100 est déjà farfelu, mais le faire de façon aussi intensive, à étiquette découverte, avec les vins d'un pays qu'on connaît mal, est carrément ridicule.


L'autre élément qui semble avoir heurté les chiliens avec ce rapport, c'est que le même Neil Martin a été plutôt élogieux dans ses rapports récents sur l'Argentine et l'Afrique du Sud. Deux pays qui sont des concurrents directs du Chili et qui ont une structure de production similaire, même si ces pays ne possèdent pas une locomotive de la qualité de Concha y Toro, une compagnie reconnue par plusieurs pour être la meilleure compagnie vinicole au monde. Une compagnie qui sait allier volume, qualité et diversité. Bien sûr c'est une compagnie énorme, surtout si on ajoute toutes ses filiales, mais en même temps c'est une compagnie qui réussit un tour de force incomparable dans le monde du vin. Pour un pays totalement axé sur l'exportation c'est un atout incroyable. Ceci dit, ce qui est encore plus incroyable, c'est que l'existence d'une telle compagnie soit mis au passif d'un pays lorsque vient le temps de rendre compte de sa réalité. Il n'y a que des préjugés idéologiques qui peuvent guider un tel jugement et c'est d'autant plus surprenant de la part d'un critique dont l'intérêt principal a toujours été les vins de Bordeaux. C'est donc bizarre de le voir débarquer au Chili en prônant que "small is beautiful", en vantant l'approche naturelle dans l'élaboration du vin, tout en disant que le Chili devrait se concentrer sur un cépage comme le Carignan, plutôt que sur le Cabernet Sauvignon.

Il doit être très difficile pour les producteurs chiliens de voir quelqu'un comme Neil Martin débarquer pour la première fois dans leur pays, sans connaissance approfondie des vins qui y sont produits, pétri de préjugés, pour finalement leur donner une leçon de morale idéologique. En même temps, je pense que l'influence de Neil Martin est très limitée car de toute façon les abonnés du Wine Advocate ont très peu d'intérêt pour les vins sans prestige du Chili. N'empêche que les producteurs chiliens sont très sensibles aux notes et aux médailles, et j'espère que le rapport de Neil Martin les incitera à y porter moins attention et à faire les vins qu'ils veulent vraiment. J'espère qu'ils prendront conscience que le système de notation sur 100 est un leurre, et qu'ils s'émanciperont du syndrome du colonisé où un critique étranger peut venir leur dire avec condescendance ce qui devrait être le mieux pour eux. N'empêche que le Chili, malgré les grandes avancés des quinze dernières années, ne l'a jamais facile et semble prisonnier de son problème d'image.


dimanche 17 mars 2013

CABERNET SAUVIGNON, ESPINO, GRAN CUVÉE, LAS MAJADAS, 2010, PIRQUE, ALTO MAIPO, VINA WILLIAM FÈVRE



Il y a un peu plus d'un an, j'avais parlé sur ce blogue du Pinot Noir, Gran Cuvée, 2010, du même producteur, et ce en termes peu élogieux. Ce qui est rare dans mon cas, car j'ai rarement l'envie de prendre du temps pour écrire sur un vin que j'ai peu apprécié. J'avais alors parlé de ce Pinot Noir car je trouvais que c'était un beau cas illustrant la facilité qui prévalait souvent dans ce que j'appelle l'Ancien-Chili, où on plantait souvent n'importe quoi, n'importe où. J'avais alors souhaité pouvoir déguster le Cabernet Sauvignon de ce producteur, car ce cépage me semblait mieux adapté au lieu. Dans ce cas-ci, ce Cabernet Sauvignon provient du vignoble Las Majadas, situé dans la région de Pirque (altitude 774m), qui n'est pas le même vignoble que pour le Pinot Noir qui venait du vignoble San Juan (altitude 920m). Néanmoins, la région de Pirque, située juste au sud de la rivière Maipo, au pied des Andes, est une région de l'Alto Maipo reconnue pour être un des meilleurs terroirs à Cabernet Sauvignon du Chili. Donc, dans ce cas-ci, le mariage terroir/cépage n'est pas à remettre en question. Ce vin sera donc une meilleure occasion de juger ce producteur aux hautes visées qualitatives. D'ailleurs, les deux cuvées de luxe de ce producteur seront disponibles à la SAQ dans les mois à venir. Il s'agit de la cuvée Antis (94.25$) et de la cuvée Chacai (autour de 50$). Le Chacai vient du vignoble San Juan que j'évoquais plus tôt et est qualifié par le producteur de Cabernet de montagne.



Donc, cette cuvée Espino est le Cabernet d'entrée de gamme du producteur. À 27.20$ le plancher est élevé, surtout pour un Cab chilien. J'ai donc de bonnes attentes. Le vin, comme beaucoup de Cabs chiliens, est en fait un assemblage contenant 15% de Cabernet Franc. La vendange est manuelle, avec un rendement de 2 kg de raisins par plant de vigne (environ 45 hl/ha). Un quart du volume de vin a été élevé en barriques neuves de chêne français (Sylvain & Vicard Prestige) pour une période de 11 à 13 mois. 16,000 bouteilles ont été produites. Le vin titre à 14% d'alcool, avec 3.5g/L de sucres résiduels et un frais pH de 3.54.

La robe est de teinte foncée très légèrement translucide. Le nez transmet l'origine du vin et de son cépage principal. Il y a cette fraîcheur mentholée si typique des rouges de l'Alto Maipo qui s'allie admirablement aux arômes de cassis et de cerise. À cela s'ajoute un côté terreux et des fines notes de bois de cèdre, ainsi qu'un très légère touche vanillée d'épices douces. Une pointe de torréfaction cacaotée vient compléter le tableau. Très beau nez raffiné de Cab chilien où le terroir domine avec un aspect boisé discret. En bouche, on retrouve un vin sérieux qui est à la fois fin, ferme, frais et assez puissant. Le fruit noir mène le bal supporté par une solide dose d'amertume qui donne un peu d'austérité à l'ensemble. Le milieu de bouche confirme la bonne concentration et la densité de la matière, sur une trame tannique fine, mais solide. C'est un vin aux saveurs intenses, plus pénétrantes qu'explosives. Cela se confirme en finale, avec un cran de plus dans l'intensité et une très bonne persistance des saveurs.

Ce vin est un Cab de Maipo sérieux, presque austère, avec de l'acidité, de l'amertume et du fruit noir compact. Le vin est raffiné, mais sur le mode de la densité, dans un style épuré loin de la douceur et du moelleux qu'on associe parfois aux vins du Nouveau-Monde. En ce sens il a des airs de bordelais de bon niveau. Je dis bien des airs, car à un aussi jeune âge, surtout au nez, son origine réelle est bien perceptible. C'est un vin qui démontre bien que la région de Pirque est un des lieux importants de ce Médoc chilien qu'est l'Alto Maipo. J'ai dit Médoc, mais j'aurais pu tout aussi bien pu dire Napa, en ce sens que l'Alto Maipo est un des meilleurs terroirs à Cabernet Sauvignon au monde. À 27.20$, le prix de cette bouteille est plus que justifié. C'est un vin fin de haute qualité, encore très jeune, mais qui offre un fort potentiel de garde. C'est aussi un vin qui montre l'importance de planter le bon cépage au bon endroit. William Fèvre aurait vraiment dû regarder ailleurs pour faire des vins d'inspiration bourguignonne au Chili. Qui penserait planter du Pinot Noir à Pauillac?


jeudi 14 mars 2013

Appel aux importateurs québécois

Mon titre peut sembler bizarre, mais je tente ma chance. Si vous connaissez des importateurs de vins québécois, transférez leur le lien de ce message. Il y a deux producteurs chiliens qui produisent des vins extraordinaires de prix très abordables et j'aimerais bien que ces vins soient disponibles au Québec. Il s'agit de Vina Leyda et de Vina Falernia. Les quelques vins de ces producteurs que j'ai pu déguster sont simplement formidables et sont de véritables aubaines. Des vins chiliens de climat frais comme il y en a encore trop peu à la SAQ, ou en importation privée. Imaginez une Syrah de moins de 20$ qui rappelle une Côte-Rôtie, et un Pinot Noir et un Sauvignon Blanc, toujours à moins de 20$ mais qui pourraient facilement se vendre le double tellement la qualité est élevée. Si ma parole ne vous suffit pas, voici le lien vers un article récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.

Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!ticle récent de Decanter à propos de la nouvelle vague de producteurs de ce pays. Vina Leyda et Vina Falernia en font partie.

Petit apparté pour terminer. Dans l'article de Decanter on parle aussi du Clos des Fous dont un premier vin apparaîtra bientôt sur les tablettes de la SAQ. Ce vin est le Cabernet Sauvignon, 2010 venant des hauteurs de l'Alto Cachapoal, et importé par Trialto qui importe aussi l'excellente Syrah, Chono, de la vallée d'Elqui. Dans l'article de Decanter on parle du millésime 2011 de ce vin. Un passage de la description du vin a retenu mon attention. En décrivant ses impressions à propos de ce vin, Peter Richards parle de "it's leafy blackcurrant aromas". Cela a retenu mon attention car il y a longtemps que je dis qu'ici au Québec on confond arôme de cassis et de plant de tomate. Il est aussi important de noter que M. Richards parle d'arômes, au pluriel. Il y a longtemps que je dis que dans le cassis, même si c'est un fruit, il y a une composante fraîchement végétale. On peut aimer, ou pas. On peut aussi apprivoiser. Mais dans le monde anglo-saxon, le Cabernet Sauvignon chilien est associé au cassis, ce qui implique des aspects fruité et végétal, pas au plant de tomate comme ici au Québec, à cause d'une couple de journalistes incrustés dans le goût européen. Je rappelle que la plupart des vignes au Chili sont plantées franches de pied (sans greffage). Les vins ont donc un caractère particulier plus naturel!!! Ah! le naturel!


vendredi 8 mars 2013

CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2009, COLCHAGUA, VINA TERRANOBLE




J'ai acheté ce vin un peu par hasard lors de la dernière promo. Je dis un peu par hasard car le fait que je visite la section Chili lorsque j'entre dans une SAQ n'est pas vraiment un hasard... Toujours est-il que je ne connaissais rien de ce producteur, à part le nom, et que ça semblait une bonne occasion de le découvrir. Terranoble a des vignobles aux deux extrémités de Colchagua, soit à Los Lingues au pied des Andes à l'est, et à Marchigue, près de la cordillère côtière à l'ouest. Ce vin contient 10% de Carmenère, et 15% des raisins proviennent de la vallée de Maule, plus au sud. Le rendement des vignes n'est pas faible à environ 50 hl/ha. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne français et américain et il titre à 14% d'alcool. Comme je le mentionnais dans un texte précédant, un commentaire de Bill Zachakiw a piqué ma curiosité à propos de ce vin. Il disait que celui-ci était à essayer pour ce qu'il appelle les "Chile bashers".

La robe est sombre et opaque. Le nez déploie un mélange d'arômes de fruits rouges (cerise, fraise) et d'épices douces (vanille, clou de girofle), complété par un léger aspect végétal de poivron vert et de menthol, ainsi qu'une touche chocolatée. Beau nez fruité agréable où le Carmenère est facile à détecté, malgré sa faible proportion dans l'assemblage. En bouche, le fruité juteux et intense domine, complété par de douces notes épicées et un soupçon de poivron vert. Il y a peu d'amertume, ce qui contribue à faire paraître l'ensemble très fruité. Le milieu de bouche permet de constater que la concentration est de bon niveau, sur un volume restreint. Cela créer un certain contraste, car habituellement, les vins aussi fruités ont plus de volume et de gras. Les tanins sont lisses et le vin glisse vers une finale intense et très fruitée, montrant une bonne persistance.

Peut-être ce vin est-il à essayer pour ceux qui n'aiment généralement pas les vins du Chili, mais il laisse perplexe un "Chile lover" comme moi. Grâce au Carmenère qu'il contient, ce vin conserve un certain caractère chilien, autrement, on est loin du prototype du Cab chilien que j'aime tant. En d'autres mots, on est loin d'un bon Cab de l'Alto Maipo avec ses fruits noirs, son cassis frais, le côté terreux et l'aspect mentholé intense. Ici on a un vin beaucoup moins typé. Un vin cadrant assez bien avec l'archétype du Cab de style international très axé sur le fruit et l'aspect doucement épicé/vanillé. C'est un bon vin. Mais dans sa livrée actuelle, c'est un vin pour amateur de petite bombe doucement fruitée. Ceci dit, il a la matière pour évoluer. Le producteur parle d'une garde de 6 à 8 ans pour celui-ci, et je serais curieux de le goûter de nouveau après ce laps de temps en bouteille. Il donnerait sûrement un profil bien différent. Le prix régulier demandé pour ce vin à la SAQ est de 18.20$. Compte tenu de la qualité d'ensemble, pour un vin de ce style, ça me semble tout à fait justifié. Toutefois, si le but est d'acheter le meilleur Cab chilien dans cette gamme de prix, il y a selon moi de meilleures options.

dimanche 3 mars 2013

CARIGNAN, TERROIR HUNTER, 2010, MAULE, VINA UNDURRAGA




Je parlais récemment d'un vin de Vina Koyle, le nouveau projet de la famille Undurraga suite à la vente en 2006 de ses intérêts, pour 35M$ dans la société qui porte toujours le nom de la famille. L'acheteur est un riche entrepreneur chilien du nom de José Yuraszeck, et son arrivée a marqué un tournant qualitatif pour Undurraga. Il a d'abord engagé un des plus brillants jeunes oenologues du Chili en Rafael Urrejola, qui oeuvrait auparavant chez Vina Leyda, ainsi que Pedro Parra comme consultant en terroir. Ensuite un nouveau vignoble a été créé dans la région côtière de Leyda, et un autre dans l'Alto Maipo. Pour marquer ce virage qualitatif, la gamme Terroir Hunter fut créée, avec comme but de refléter la diversité chilienne avec des vins de haut niveau. Comme le Carignan et la viticulture sans irrigation sont des éléments importants de cette diversité, il était normal qu'un vin de ce type se retrouve dans cette gamme. Ce vin de Carignan est issu de vieilles vignes taillées en gobelet (40-50 ans), non irriguées, réparties dans deux vignobles situés à Cauquenes et Loconmilla. C'est un vin de production limitée avec environ un millier de caisses produites à chaque année.



La robe est à la fois sombre et éclatante. Le nez est frais et agréable avec des arômes fruités de cerise, de framboise et de mûre, amalgamés à un aspect doucement épicé évoquant les fines herbes. Un côté terreux est aussi notable et avec le temps des notes viandées se développent pour ajouter de la complexité à l'ensemble. En bouche, on remarque d'entrée une acidité qui apporte de la fraîcheur et du nerf à la structure du vin. Les saveurs sont intenses et de qualité, supportées par un léger trait d'amertume. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration tout en préservant une sensation de légèreté. Ce n'est donc pas un vin massif ou lourd. Comme le pays d'où il est issu son profil est plutôt longiligne, combinant le charme rustique à un côté aérien. La trame tannique est fine, ce qui contribue à l'agréabilité de l'ensemble et à la facilité avec laquelle le vin se laisse boire. La finale confirme, avec intensité et longueur, sur des tanins qui révèlent un léger grain jusque là retenu.

Alors que certaines personnes, probablement par ignorance, parlent du Chili comme d'une entité uniforme. Moi j'en suis à percevoir les différentes nuances des terroirs variés de ce pays. C'est là quelque chose qui est très difficile à mettre en mots. Toujours est-il que dès le premier abord de ce vin il m'a fait penser à un vin de la même région que je connais très bien pour en avoir dégusté de nombreuses bouteilles, soit la Syrah/Malbec, 2007, Maule, Lomas de Cauquenes. Les deux vins viennent de la même région (Maule Secano), c'est-à-dire la portion sud-ouest de la vallée de Maule où les vignes sont cultivées sans irrigation. Je peux vous garantir que l'origine et le mode du culture transparaissent dans ces deux vins en imprimant un caractère commun, même si les cépages entrant dans l'élaboration des deux vins sont différents. Pour moi, le terroir transcende les cépages dans ces vins, même si cela ne veux pas dire qu'ils sont identiques et que les cépages n'ont aucune influence sur le résultat final. Le Carignan présente une matière plus riche, même si on est très loin du caractère volumineux et gras qu'on peut rencontrer ailleurs au Chili dans des rouges très jeunes. Dans cette section non irriguée de Maule, les vins se rapprochent du profil européen classique, avec une structure plus ferme et élancée. La concentration se transposant en densité, plutôt qu'en volume. Ceci dit, il y a des vins chiliens qui offrent autant de qualité intrinsèque pour passablement moins cher, mais l'originalité de ce vin et son caractère distinct par rapport au stéréotype chilien usuel, en font un achat totalement justifié au prix demandé de 29.70$. On a affaire ici à un vin produit à très faible volume, loin des économies d'échelle. Je conçois donc qu'il y a une prime qui s'y rattache. J'ai acheté trois bouteilles et je ne regrette pas mon achat. Les deux restantes serviront à évaluer son potentiel de garde.



mercredi 27 février 2013

Verticale du Château Clarke

J'ai eu la chance samedi dernier d'être invité à participer à une dégustation de 11 millésimes du cru bourgeois de très bonne réputation, le Château Clarke. J'aime bien ce genre d'exercice. Ça me permet de vérifier mes repères de dégustateur et de mettre à l'épreuve certaines idées personnelles à propos du vin et de sa garde. Comme de plus en plus je suis un amateur de vin modérés, relativement faciles à boire, j'ai bien aimé le profil général des vins. Des vins qui évitent l'excès, mais qui ne manquent de rien, tout en ayant une belle capacité d'évolution.



Les millésimes 90, 95 et 97 montraient des profils évolués similaires avec encore un beau fruité. Ils étaient faciles à boire, tout en finesse. Très agréables, mais sans la profondeur de vins plus ambitieux. Le millésime 1999 était de profil plus jeune et détonnait du reste des vins par son profil aromatique. Il y avait dans ce vin un arôme particulier que je ne peux nommer. C'est un arôme que je croise parfois dans les vins européens, mais jamais dans le Nouveau-Monde. J'aimerais bien en connaître l'origine. Toujours est-il qu'au delà de son côté intrigant, ce 1999 était de belle qualité. Malheureusement, le vin du millésime 2000 était bouchonné. Dans les vins plus jeunes, le 2001 fut mon préféré, mais le niveau qualitatif des 2003, 2204 et 2005 était similaire. Ces vins étaient plus robustes, avec des tanins et un aspect boisé qui demandaient encore du temps pour se fondre. Ceci dit, le potentiel était là, le reste est affaire de patience.

Je ne connais pas assez les rouges bordelais pour placer ces vins de Clarke dans le contexte de la région. Mais pour moi, le caractère bordelais des vins était clair, et j'ai perçu un fil conducteur au niveau du style général des vins. Le terroir semblait une constante, alors que la variable principale était le temps passé en bouteille. Merci à Patrick pour l'invitation et l'accueil. Ce fut une soirée très agréable passée en bonne compagnie

lundi 25 février 2013

Surprise: Le Chili pour parler de terroir

Après avoir lu de bien vilaines généralisations la semaine passée à propos des vins chiliens sur un site québécois bien connu. Cette semaine j'ai eu une agréable surprise en lisant la dernière chronique de Bill Zacharkiw sur le site du journal The Gazette. De mémoire d'homme, c'est la première fois au Québec, dans un grand média, qu'on se sert du Chili à titre d'exemple pour parler de la notion de terroir. Juste ça c'est assez renversant! Imaginez, parler du Chili avec nuance et ne pas parler de plants de tomates... On croirait rêver!

Pour ce qui est des commentaires de M. Zacharkiw à propos du Cabernet chilien, ils sont dans l'ensemble assez justes. J'ajouterais que la notion de terroir au Chili peut se faire sentir juste avec quelques kilomètres de distances. Par exemple, dans l'Alto Maipo, du nord au sud, vous avez Penalonen (Macul), Puente Alto et Pirque. Si vous comparez trois vins de Cabernet issus de ces trois terroirs, la différence sera notable, avec un caractère propre à chaque lieu révélé sur une base commune. Par exemple, l'alignement suivant serait intéressant: Domus Aurea (Penalonen), Marques de Casa Concha ou Don Melchor (Puente Alto) et Haras de Pirque, Elégance (Pirque).

Un point où je diffère d'avec M. Zacharkiw, c'est au niveau de ce qu'on qualifie de vert. Pour moi, le poivron vert, les asperges, l'herbe coupée et les pois verts sont des arômes végétaux verts, reliés à une famille de molécules appelées pyrazines. Alors que le menthol, l'eucalyptus et un aspect du cassis, sont des arômes végétaux que je qualifie de frais. Ces arômes ne sont pas reliés aux pyrazines. Je sais, c'est un peu technique. Mais pour moi c'est très différent. J'aime bien la fraîcheur végétal dans le vin rouge, alors que c'est moins le cas pour la verdeur. Il faut aussi le redire, l'aspect de cassis fraîchement cueilli est pour moi la caractéristique principale distinguant une bonne partie des Cabs du Chili. Je n'ai jamais rencontré de Cabernets d'autres origines montrant un aspect de cassis frais aussi pur et intense.

Finalement, trois autres aspects déterminants au Chili du profil terroir. D'abord il y a la différence de température entre le jour et la nuit. Cette différence est plus grande dans les zones périphériques qu'au milieu des vallées. Puis il y a l'irrigation, la façon de la pratiquer par rapport à la nature du sol (drainage), ou l'absence totale d'irrigation comme dans une partie de la vallée de Maule. Finalement, il y a la question de la nature des racines des vignes. Cette question est presque exclusive au Chili où il est possible de planter franc de pied. Donc, le producteur doit se demander si il doit utiliser un porte-greffe mieux adapté au sol de son vignoble, ou si les racines d'origine de la plante feront un meilleur travail. Ce choix aura un impact sur la nature finale des raisins produits, donc des vins. En ce sens, le Chili est le pays offrant le plus d'options aux vignerons. Celui où on peut se rapprocher le plus du concept de "vin naturel" au vignoble.

En terminant, M. Zacharkiw recommande un vin pour ce qu'il appelle les "Chile bashers"! Ça existe ça?! Coincidence, j'ai acheté ce vin lors de la promo de la fin de semaine à la SAQ. Disons que ça adonne bien et ça pique ma curiosité. Je reviendrai bientôt avec mes impressions à son propos.

samedi 23 février 2013

Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir? (suite)


Petite suite à un texte de ma part datant de plus de deux ans. Dans ce texte je citais Jean-Louis Chave à propos de la légitimité des arômes générés par les levures Brettanomyces dans les rouges du Rhône Nord. Celui-ci ne voulait pas que ses vins sentent la Syrah, parlait de terroir et, de façon surprenante, ne se formalisait pas que ceux-ci soient sous l'influence des Bretts. Toujours est-il qu'au fil de mes lectures récentes je suis tombé sur un texte intéressant sur le blogue de Nicolas de Rouyn qui porte sur les commentaires de Jancis Robinson à propos de l'hermitage la-chapelle de Paul Jaboulet Aîné. Ce qui m'a le plus intéressé, ce n'est pas les commentaires de Madame Robinson. C'est plutôt la réponse de Caroline Frey, oenologue de la maison et qui œuvre aussi au Château La Lagune dans le Haut-Médoc. En voici l'extrait qui a retenu mon attention:

"Pour les blancs, j’ai pris une orientation qui s’éloigne du lourd et du riche, du miel et du nougat. Je cherche des vins cristallins, aériens, plus sur la réduction que sur l’oxydatif. Quand on évite la surmaturité et l’oxydation, on trouve plus de complexité et une meilleure expression. Pour les rouges, l’approche est la même. Je suis contre tous les faux goûts, les bretts en particulier. J’aime les vins purs, équilibrés. Je n’aime pas le côté théâtral de l’excès d’alcool. C’est ça, la garde. Rendez-vous dans trente ans. J’y serai."

C'est à mon sens révélateur que Madame Frey parle spontanément de son refus des Bretts (et autres faux goûts) lorsque vient le temps de parler du style de ses vins rouges. C'est peut-être l'élément manquant qui fait que son vin n'a pas trouvé grâce au yeux de Madame Robinson. D'ailleurs, ce qui m'apparaît tout aussi révélateur, c'est le fait que Robinson ne parle pas de Bretts dans son texte à propos des vins de cette région, même si on voit qu'il y a des positions bien différentes chez les producteurs à ce sujet. La présence d'arômes "brettés", ou non, me semble être un élément essentiel d'appréciation, en ce sens, le commentaire de Caroline Frey brisant l'omerta à ce sujet ne me semble pas innocent, surtout de la part d'une jeune femme aimant les vins purs et équilibrés....


vendredi 22 février 2013

QUINTA GENERACION, 2004, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA



J'ai déjà commenté la version 2007 de cette cuvée en rouge. Toutefois, de ce temps-ci, un peu à contre-saison, je continue d'ouvrir des blancs chiliens de qualité que j'avais mis de côté pour évaluer leur potentiel de garde. Cette fois-ci il s'agit d'un assemblage particulier et original comprenant 20% de Chardonnay, 40% de Viognier et 40% de Sauvignon Gris. Donc, les cépages blancs emblématiques de Bourgogne et du Rhône, auxquels s'ajoute un autre rescapé un peu obscur de Bordeaux (avec le Carmenère en rouge). Pour ce vin, ces trois cépages ont été cultivés dans la chaude vallée Colchagua. Cela représente bien l'Ancien-Chili. Celui où on cultivait tout au même endroit, ou presque. Aujourd'hui, le Viognier est le seul cépage qu'on plante encore dans le chaude vallée centrale. Le Chardonnay, et le Sauvignon Gris (qui gagne en popularité), ont migré vers les nouvelles régions plus fraîches. Casa Marin et Vina Leyda font des cuvées de Sauvignon Gris (Estero Vineyard et Kadun), dans la très fraîche région de San Antonio, près de la côte du Pacifique, à propos desquelles j'ai lu le plus grand bien. Toujours est-il que ce vin est pour moi bien intriguant et j'ai hâte de voir comment il a évolué. Fait à noter, il ne titre qu'à 13.5% d'alcool. Ce qui est peu pour un vin de la chaude vallée de Colchagua.

La robe est éclatante, arborant une superbe teinte dorée. Le nez se montre relativement discret et exhale des arômes de pêche, d'orange, et d'épices douces, complétés par de fines notes florales. Bien agréable comme nez, mais rien de spectaculaire. La carte de la subtilité est jouée sans traces d'oxydation pour venir teinter l'ensemble. En bouche, le vin se montre plus démonstratif, même si on demeure dans le registre de la subtilité, de l'équilibre et de la modération. Ici aussi l'effet négatif de l'oxygène ne se fait pas sentir. Les saveurs combinent richesse et finesse. Le vin est rond et caressant, harmonieux et délicat. Le niveau de concentration est bon et convient parfaitement au style préconisé. Le vin coule donc sans effort. Il est facile à boire et très agréable par la qualité de ses saveurs et ses justes proportions. Cela ne se dément pas en finale, où l'harmonie prévaut, sur une bonne longueur.

J'ai beaucoup apprécié ce vin. C'est l'exemple parfait du vin qui évite le piège de l'excès visant à impressionner. En dégustation comparative il serait assurément écrasé face à des bêtes de concentration. Mais pris isolément, par quelqu'un en quête d'équilibre et de finesse, ce vin touche la cible avec humilité. Je dis humilité car ce vin n'a clairement pas des visées de grandeur. C'est un vin somme toute modeste, bien qu'original, qui a admirablement bien vieilli. Pour moi c'est l'équivalent en blanc du Cab Reserva chilien de 10 ans d'âge qui donne un résultat d'une harmonie et d'une finesse qu'on aurait pas pu soupçonner en se fiant à son profil de prime jeunesse. Pour un vin que j'ai payé autour de 17$, il en donne beaucoup plus que le prix payé. Comme je bois de plus en plus de vins blancs, il est clair que ce type de bouteilles ira en augmentant dans la composition de ma cave. Casa Silva est définitivement un producteur élite du Chili. Un producteur avec une approche terroir qui s'est affirmée depuis 2004, l'année de l'élaboration de ce vin. Un seul vin de ce producteur est disponible à la SAQ, et il s'agit de l'excellent Carmenère Reserva. Il y a aussi la cuvée de Sauvignon Blanc "Cool Coast", issue de l'extension côtière de la vallée de Colchagua, à seulement 9 km de l'océan Pacifique. Ce vin est disponible au Québec en importation privée. Tout cela sans compter leur projet fou de Lago Ranco, dans l'extrême sud du pays, aux frontières de la Patagonie, où ils ont planté Chardonnay, Pinot Noir, et Sauvignon Blanc sur les rives du lac Ranco. Casa Silva est définitivement un producteur à rechercher.

mercredi 20 février 2013

CHARDONNAY, MARQUES DE CASA CONCHA, 2005, PIRQUE, ALTO MAIPO, CONCHA Y TORO



C'est l'hiver, mais ma consommation de blancs est plus forte que jamais. Je suppose qu'il y a un parallèle à faire avec l'augmentation graduelle du niveau qualitatif des blancs chiliens. En ce sens, j'ai initié, il y a quelques années, des expériences de garde avec certains bons blancs de mon pays de prédilection. Le vin dont il est question aujourd'hui était une de ces expériences. J'ai déjà parlé, peu après la création de ce blogue en 2009, du millésime 2007 de ce vin, qui était le dernier de cette cuvée à être élaboré à partir du vignoble Santa Isabel, situé à Pirque dans les hauteurs de la vallée de Maipo. Un peu plus de trois ans plus tard j'ouvre donc une bouteille de 2005 qui provient du même vignoble. C'est donc un Chardonnay qui aura passé cinq ans de plus en bouteille avant l'ouverture. Cette expérience est un peu un coup d'épée dans l'eau, car cette cuvée n'existe plus dans sa mouture de Pirque. Les fruits servant à son élaboration viennent aujourd'hui de la région de Limari, un terroir bien différent.  

La robe brille d'une belle teinte dorée assez soutenue. Le nez exhale des arômes de pêche, de liqueur d'orange et d'ananas, le tout complété par un léger aspect beurré et des relents vanillés et caramélisés évoquant le boisé d'origine. Il n'y a aucun signe clair d'évolution ou d'oxydation. Cela se confirme en bouche avec une attaque ample et souple qui a du gras et des saveurs intenses où l'aspect évoquant la liqueur d'orange domine. Le milieu de bouche montre une belle matière ronde et concentrée qui glisse sans effort vers une finale harmonieuse et longue aux légers relents amers.

Belle surprise que ce Chardonnay de Maipo. Je dis surprise à cause de son âge et de l'absence de traces d'oxydation. Ce vin est dans une belle phase de son évolution. L'aspect boisé est encore présent, mais d'une manière plus subtile, altérée par le temps. Ce boisé maintenant délicat complète bien l'aspect fruité encore généreux. Au final, ça donne un beau Chardo, à la fois riche et fin. Comme c'est souvent la cas avec les vins de la gamme Marques de Casa Concha, la qualité dépasse de beaucoup ce qu'on retrouve normalement à ce niveau de prix (18$). Il me reste une bouteille de ce vin pour poursuivre l'expérience quelques années de plus. Disons que le résultat obtenu avec ce vin de climat assez tempéré me donne confiance pour mes Chardos chiliens de régions plus fraîches que j'ai mis en cave.