dimanche 22 février 2015

Prédisposition mentale et appréciation du vin

Ce blogue parle surtout de vins chiliens car mon expérience et mon approche face au vin m'ont mené vers ce pays et ses vins. Les deux sujets précédents l'illustrent bien. Au début j'achetais des vins d'un peu partout, sans préférence particulière, mon seul critère était de trouver des vins montrant un bon rapport qualité/prix. J'achetais des guides comme ceux de Phaneuf et Chartier pour m'aider dans ma quête. Plus tard, par le biais des forums internet sur le vin j'ai commencé à participer à des dégustations de groupe, très souvent à l'aveugle. Au cours de ces dégustations j'ai eu la chance de découvrir le monde du vin plus haut de gamme. J'y ai découvert deux choses fondamentales dans ma vision actuelle du monde du vin, soit l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin (effet Veblen, pouvoir de l'étiquette) et l'importance des fermentations secondaires (Brettanomyces, etc...) dans le profil de beaucoup de vins plus haut de gamme et mon peu d'affinité pour les vins de ce genre. Cette prise conscience m'a conforté dans mon refuge chilien car le pays offre beaucoup de vins propres montrant de très bons RQP. De plus, avec le temps, j'ai développé un préjugé favorable pour les vins de ce pays, alors ma prédisposition mentale positive envers ceux-ci me permet de les apprécier au mieux, même si cela peut parfois mener à une surévaluation de certains d'entre eux. Je n'ai pas la prétention d'être un dégustateur parfait et mon parti pris est clairement affiché, même si je tente de rester le plus honnête possible dans mes commentaires lorsque j'écris mes impressions à propos d'un vin.

Je pense qu'il est important pour un amateur d'être conscient de ses prédispositions mentales face aux vins qu'il déguste. Les travaux scientifiques de Frédéric Brochet ont clairement démontré l'existence et l'importance de ce phénomène. Ce qu'on pense par rapport au vin qu'on déguste est plus important que ce que l'on en perçoit, surtout lorsque la conviction sur sa nature est forte. J'ai déjà rapporté il y a quelques années une expérience personnelle qui m'avait convaincu à tout jamais de la réalité de ce processus mental. Toujours est-il que je suis tombé aujourd'hui sur une rubrique, sur le forum LPEL, qui implique ce phénomène. Lors d'une dégustation de groupe, un participant a joué un tour aux autres dégustateurs en leur passant un vin renommé à l'aveugle comme vin de bienvenue. Normalement, lors de ces occasions, le vin de bienvenue est un bon vin de prix abordable. Toujours est-il que plusieurs dégustateurs n'ont pas saisi à l'aveugle la grandeur présumée du vin renommé. S'en suit une discussion sur ce qu'est ou devrait être le grand vin, alors que l'expérience confirme plutôt une autre fois l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin. Après ça, de savoir si le vin est grand, chacun sait que c'est une notion bien relative. J'avais déjà répondu il y a bien des années sur le forum C&S à la question suivante: Qu'est-ce qu'un grand vin? Ma réponse avait été: C'est le vin qui renvoie au dégustateur l'idée qu'il s'en fait. C'était une boutade un peu provocatrice, bien sûr, mais elle contenait un fond de vérité dont je n'avais alors pas saisi toute la mesure.

Lorsqu'on commence à s'intéresser au vin, l'expérience nous fait défaut, mais on a l'avantage d'avoir très peu de parti-pris et d'idées toutes faites qui peuvent influer sur notre appréciation du vin. Il faut essayer de garder l'esprit le plus ouvert possible, mais malgré toute la bonne volonté du monde on développe des convictions par rapport au vin, c'est inévitable. La courte description que je fais de mon parcours en introduction le montre bien. Ceci dit, la conscience de l'influence notre prédisposition mentale est le meilleur moyen de s'en prémunir un peu. C'est important dans un monde du vin qui aime classer et hiérarchiser, noter et médailler. Dans un monde du vin de plus en plus idéologique où l'on aime parfois plus l'idée qu'on s'en fait que le vin lui-même. Dans un monde idéal on devrait ouvrir chaque vin en pure aveugle et le terminer à étiquette découverte. Chaque bouteille serait ainsi un rappel à l'ordre.


vendredi 20 février 2015

MALBEC, 1997, MENDOZA, CATENA



Il fut un temps où l'Argentine présentait pour moi autant d'intérêt que le Chili. À la fin des années 90, c'était un pays qui offrait des rouges généreux et concentrés offrant des RQP très favorables. Toutefois, avec le temps et l'expérience, ma perception des deux pays a changé. Alors que le Chili a progressé à une vitesse foudroyante vers plus de qualité et de diversité, l'Argentine est toujours un pays basé essentiellement sur une grande région, Mendoza, qui offre toujours le même type de rouges bien concentrés, aux fruités très matures. Bien sûr, c'est là une simplification, il y a bien le Torrontès en blanc, quelques Chardonnay de haut niveau venant de vignobles en altitude, puis le Patagonie pour offrir quelques vins de styles plus frais, n'empêche que dans mon esprit l'Argentine demeure un pays qui tire de l'arrière en terme de diversité. Ceci dit, au-delà de tout cela, ce qui m'éloigne le plus de l'Argentine, c'est le potentiel de garde décevant pour moi de ses vins rouges de prix abordables. Les vins tiennent la route, pour ça aucun problème, mais ne se transforment pas vraiment. Après 10 ans de garde on retrouve souvent des vins montrant un profil aromatique peu altéré, et à la structure à peine assouplie. Les vins semblent presque inoxydables. L'intérêt de garder du vin n'est pas qu'il dure le plus longtemps possible, mais bien qu'il se transforme en bouteille pour offrir autre chose avec le temps. Les rouges chiliens, de manière générale, atteignent très bien cet objectif, et ce n'est malheureusement pas le cas de la plupart des argentins avec lesquels j'ai tenté l'expérience. Ceci dit, mon expérience est sur des vins de 10 ans ou plus, car j'ai cessé d'acheter des vins argentins pour la garde depuis le millésime 2005. Ceci dit, le producteur avec lequel j'ai obtenu les meilleurs résultats est Catena. Voyons donc ce que donne ce Malbec de type Reserva après presque 20 ans.

La robe arbore une teinte grenat légèrement translucide. Le nez est superbe avec ses arômes évolués de cerise, d'épices douces, de bois de cèdre, complétés par un soupçon de thé, de terre humide et de feuilles mortes. La bouche révèle un vin svelte où le fruit intense mène encore la danse, avec l'aspect boisé et évolué qui s'amalgame à merveille pour produire l'effet gustatif recherché dans les vins de cet âge. Le milieu de bouche permet de constater que ce nectar a encore une belle présence, des tanins fondus et un niveau de concentration bien ajusté au style du vin. La finale confirme l'harmonie d'ensemble sur une très bonne persistance des saveurs et une très légère pointe d'amertume chocolatée à la toute fin.

Catena demeure pour moi le leader de la viticulture argentine. Bien sûr, ce vin est un exemple illustrant ce qu'un vin datant de 1997 peut donner aujourd'hui. Je ne saurais dire avec certitude ce qu'il en est du potentiel des vins d'aujourd'hui. Le vin était vraiment agréable et montrait une belle évolution, ceci dit, on était loin de la métamorphose que certains vins chiliens de la même catégorie peuvent afficher. Le vin était une déclinaison plus âgée de ce qu'il montrait en jeunesse. Le but ici n'est pas de déprécier les vins d'Argentine. Ce pays demeure une destination de premier choix pour qui recherche des vins à la matière généreuse et au fruité mature. Ce vin montre aussi que le Malbec peut bien vieillir. Toutefois, il faut se rappeler que c'est un vin de type Reserva, et en ce sens il ressemble en terme de proportions à ses contreparties chiliennes. La matière et la concentration sont de très bon niveau, mais c'est clairement en deçà de ce qu'offre les cuvées de luxe, Alta et surtout, Zapata. Alors si l'évolution d'un vin comme celui-ci est lente, je n'ose imaginer le temps nécessaire pour assouplir et transformer significativement les cuvées plus ambitieuses. Ceci dit, ce constat ne s'applique pas qu'à l'Argentine. Rendu à un certain âge il faut se demander si il vaut la peine d'acheter des vins qui auraient besoin d'une garde de 25 ans et plus pour commencer à livrer une version différente d'eux-même. J'ai ouvert d'autres rouges argentins au cours des quelques derniers mois, Norton, Privada, 1999 et 2002, Quimera 2002 et 2004, Malbec Fabre Montmayou, 2001, et le constat sur ces vins concorde avec celui que je fais ici pour ce Malbec de Catena.


dimanche 15 février 2015

Les bretts et l'uniformisation



J'ouvre en ce dimanche un Faugères, Château des Estanilles, 1998. Un vin qui date du temps où j'achetais régulièrement du vin français... Toujours est-il que ce vin était très tannique en jeunesse et sans charme particulier, mais il montrait un profil aromatique intègre. Le vin ne m'avait donc pas vraiment plu, et cette deuxième bouteille a survécu une quinzaine d'années en cave passive. Ayant envie de faire changement, et curieux de voir ce que ce vin de prix abordable pourrait donner après tout ce temps, je me suis enfin décidé à l'ouvrir. Comme je le craignais, dès la première effluve la brett a montré son hideux visage phénolé. Je dis hideux, mais le vin dans ce cas-ci n'est pas ruiné totalement. Derrière le phénol on peut entre percevoir un beau vin évolué, aux tanins assagis, et avec encore une belle matière. Malheureusement il y a ce masque phénolé, cette épice ubiquitaire du monde du vin pour venir uniformiser le tout.

Je n'ai pu retrouver l'encépagement de ce vin, mais c'est probablement composé de Syrah, Grenache et Mourvèdre. Malheureusement, avec le phénol présent, il est très difficile de jouir de l'identité propre de ce vin. Avec son côté bretté il m'a plutôt rappelé le dernier vin de ce type que j'ai frappé, soit le Sena, 1997, Aconcagua, même si l'aspect phénolé est plus marqué dans le Château des Estanilles. C'est quand même fort, le Sena est un assemblage de type bordelais du Chili, mais avec ce qu'ajoute cette foutue levure, un assemblage méditerranéen d'à peu près le même âge lui ressemble. Vous avez dit uniformisation? Comme pour le Sena, on peut percevoir un très bon vin derrière ce masque phénolé, mais même si ça ne détruit pas entièrement le vin, ça demeure pour moi très agaçant. Les deux vins auraient été tellement meilleurs et typiques sans ça. Très dommage.


mardi 3 février 2015

Brettanomyces: Le caractère non assumé (part II)

J'avais déjà écrit un texte sur le sujet suite à un article de Vin Québec. Voilà qu'on remet ça. C'est bien. Trop peu de gens dans le monde du vin parlent franchement de ce sujet. Combien de descriptions de vins alambiquées où on parle de cuir, d'iode, d'encre, d'écurie, de selle de cheval, de fumier, de crottin de cheval, de poulailler, de ferme, de vin fermier, de caractère animal, de réduction, tout cela, sans jamais vraiment nommer la chose. Tout pour ne pas nommer la chose et beaucoup d'ignorance à ce sujet, beaucoup d'incapacité à reconnaître les arômes de bretts avec certitude et toujours ce caractère qui nie la véritable expression du terroir. Ironique car la plupart de ceux qui aiment ces arômes sont convaincus de boire des vins de terroir. Pourtant, toujours la même épice dans des vins de cépages variés venant du monde entier, surtout dans le haut de gamme où on veut imiter les grands classiques français. Après ça on dit que c'est l’œnologie moderne qui uniformise le goût du vin. Ajouter à cela tous les amateurs peu sensibles ou insensibles à ces arômes, plus ceux pour qui c'est devenu un goût acquis. Impossible d'embrasser l'ensemble du monde du vin si on refuse d'accepter ces arômes. Je souhaite que plus de producteurs fassent comme ce M. Howell et en parlent ouvertement. Ceux vraiment honnêtes pourraient écrire sur leurs bouteilles ou sur la fiche technique des vins: Vin élaboré avec l'usage de levures Brettanomyces. Comme ça on pourrait éviter ces vins uniformisés et puants assaisonnés aux arômes de fermentations secondaires. J'ai souvent parlé de vins-fromages, de vins-Roquefort, ce M. Howell va dans le même sens pour ce qui est de nommer la chose. Pour ce qui est de l'apprécier....

dimanche 25 janvier 2015

PINOT NOIR, ESTATE, 2013, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ



J'ai parlé en septembre dernier du Pinot Noir, 2012 de la gamme Max Reserva de Errazuriz. Je remet ça cette fois avec le Pinot d'entrée de gamme de la maison sur le millésime 2013. Celui-ci provient du même vignoble de Manzanar situé à 12 km de la côte du Pacifique. Comme le Pinot de Vina Leyda dont je traitais dans le texte précédent, ce vin fait partie de cette nouvelle vague de vins d'entrée de gamme maintenant issus de vignobles de climat frais. L'élaboration de ce vin comprend la vendange manuelle, l'égrappage et la macération pré-fermentaire à froid en cuves ouvertes d'inox. Après la fermentation alcoolique, 50% du vin est placé en barriques de chêne français usagées où il effectue une FML et où il est élevé pendant 8 mois. Le vin titre à 13.5% d'alcool pour un vif pH de 3.46 et 2.26 g/L de sucres résiduels.

La robe est d'un rubis translucide et éclatant. Le nez est très agréable dès le premier abord et très typique du cépage avec ses arômes de fraises, de fleurs et de fumée, agrémentés d'une touche doucement épicée et torréfiée. Beau nez montrant une belle complexité et une qualité d'arôme irréprochable. La bouche est tout aussi charmante. Le vin y déploie une élégance difficilement concevable pour un vin de ce cépage à ce prix. Le vin allie légèreté de structure et bonne concentration, avec des saveurs combinant intensité et qualité. Le milieu de bouche confirme le côté aérien de ce vin qui sait montrer une bonne présence en bouche, mais sans pesanteur. Les tanins sont fins et le vin coule sans effort vers une belle finale longue et harmonieuse, avec les tanins qui montrent un peu de poigne à la toute fin.

Il faut lire ma note de dégustation en sachant que ce vin est vendu 13.95$ en Ontario. Dans ce contexte c'est un vin qui offre un formidable niveau de qualité. Ce n'est pas du grand Pinot, il n'en a pas la profondeur, ni la prétention, mais compte tenu du prix et de la nature capricieuse de ce cépage, c'est probablement un des meilleurs vins de ce cépage qu'on puisse trouver dans cette gamme de prix. Il y a vraiment de la finesse et de l'élégance dans ce nectar aux prétentions modestes. Le vin est frais, léger et gouleyant, mais en même temps avec de la matière et de la présence. Il ne faut pas confondre ici aérien et dilué. De plus, contrairement au Pinot de Vina Leyda dont je traitais juste avant, il y a dans ce vin de Errazuriz un rapprochement à faire avec le style bourguignon en général, sans que ça ne soit une copie. L'usage de barriques usagées pour l'élevage du vin fut un choix avisé, car comme pour la Syrah dont je traitais récemment, cela permet de mettre l'accent sur la fraîcheur du fruit, sans interférence. Je mentionnais dans mon texte précédant qu'un vin de Pinot Noir d'entrée de gamme est parfois un bon indice de la qualité globale d'un producteur, et bien ce vin confirme le rôle de leader de Errazuriz dans le paysage vinicole chilien. Mettez quelques bouteilles de Max Reserva de côté pour quelques années, et buvez cette cuvée "Estate" entre temps sans vous casser la tête. La quintessence de ce qu'on pourrait appeler le "Pinot de semaine".


mercredi 21 janvier 2015

PINOT NOIR, RESERVA, 2012, LEYDA, VINA LEYDA



Vina Leyda est un de mes producteurs chiliens favoris, même si je n'avais eu la chance d'acheter que quatre de leurs vins. Trois de ceux-ci était des cuvées parcellaires : Sauvignon Blanc, Garuma, 2006 et 2011 et Pinot Noir Las Brisas, 2009,  alors que le quatrième était le Chardonnay, Reserva, 2008, un vin de la même gamme que le Pinot dont il est ici question. J'ai lu tout ce que j'ai pu sur ce producteur et par extrapolation je ne peux que rêver de goûter aux autres vins offerts, les cuvées parcellaires de Riesling, Sauvignon Gris, Syrah et Chardonnay, de même que les cuvées haut de gamme de Sauvignon, de Pinot et de Chardo, de même qu'un nouveau mousseux, méthode traditionnelle. Dans un texte récent je disais que pour moi ce qui compte le plus c'est la réputation d'un producteur, et bien celle de Vina Leyda est excellente, et malgré cela le prix des vins est encore très raisonnable. Une bonne façon de tester un producteur est de goûter son vin de Pinot Noir d'entrée de gamme. Celui-ci, sur le millésime 2011, s'était classé de manière très étonnante parmi les meilleurs lors d'une dégustation à l'aveugle sur ce thème tenue par le magazine Decanter. Qu'en est-il de ce 2012? Je dois avouer que son titre alcoolique de 14.5% m'effraie un peu, surtout pour un vin d'entrée de gamme.

La robe est d'un rubis légèrement translucide. Le nez s'exprime avec modération et exhale des arômes de cerise, de fraise et de muscade, complétés par un léger aspect terreux. Un nez plutôt simple, mais avec une belle qualité d'arômes. En bouche on retrouve un vin qui surprend par la richesse de sa matière. Les saveurs sont intenses et de belle qualité sur une trame tannique soyeuse. Une juste dose d'amertume vient balancer la légère douceur du fruit. Ça coule très bien en milieu de bouche avec un niveau de concentration incroyable pour un vin de ce prix et de ce cépage. Le vin a de la chair, un peu de rondeur et une belle présence généreuse. La finale montre une longueur de très bon calibre sur des relents d'amertume à la toute fin.

Ce Pinot Noir de Vina Leyda offre une qualité incroyable pour le prix demandé (12.50$ LCBO). Quand on connaît le caractère capricieux de ce cépage et la difficulté que cela entraîne pour tenter de produire des vins à bon prix à partir de celui-ci, l'exploit est encore plus méritoire. Le vin n'est pas le plus complexe au niveau aromatique, le style est généreux et direct, mais avec quand même ce qu'il faut de fraîcheur pour préserver un bon équilibre. L'alcool est présent, mais bien intégré et cadre avec le style du vin. Ceci dit, le vin gagne à être dégusté légèrement rafraîchi. Ce vin est un nouvel ajout à l'offre de produits réguliers de la LCBO. On peut juste rêver d'avoir un Pinot de cette qualité offert à prix similaire à la SAQ. Ce vin montre aussi que la révolution des vignobles côtiers chiliens commence à atteindre la catégorie des vins d'entrée de gamme, avec le bond qualitatif et de diversité que ça suppose. Ce vin me rappelle aussi comment je souhaiterais voir les vins de Vina Leyda offerts au Québec. Un des meilleurs producteurs chiliens offrant diversité, fraîcheur et RQP de haut niveau.


dimanche 18 janvier 2015

SYRAH, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ



Un autre vin issu des nouveaux vignobles côtiers d'Eduardo Chadwick qui y élabore aussi des vins sous l'étiquette de sa "boutique winery", Arboleda. Ce vin provient spécifiquement du vignoble Manzanar, situé à 12 km de l'océan Pacifique. C'est un lieu très frais avec une sommation annuelle moyenne de 1250 degré/jours. Il a été planté de trois clones de Syrah, en 2005 et 2009, sans greffage, avec une exposition au nord pour favoriser la pleine maturation des raisins. L'élaboration inclut la vendange manuelle et le vin a été élevé pendant 14 mois en barriques de chêne français de deuxième et troisième usage. Il titre à 13.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.45 et est très sec à 2.13 g/L de sucres résiduels.

La robe avec ses reflets violacés trahit la jeunesse de ce vin, alors que son nez révèle sans plus de questions que l'on a ici affaire à une Syrah de climat frais. On y retrouve avec modération des arômes de fruits rouges et noirs, de fumée, de lavande, de poivre noir et de viande crue. Beau nez quoi que un peu sur la retenue à ce stade. Le bouche elle est plus bavarde et le vin s'y déploie sans entrave. L'attaque a du nerf et cette acidité marque le style du vin en donnant de l'éclat au fruité et du tonus à la structure. Le vin montre une belle présence en milieu de bouche, les saveurs y sont vives et bien concentrées sur une trame tannique soyeuse. La finale est harmonieuse et très persistante.

J'avais essayé il y a quelques mois une bouteille du millésime 2011 de ce vin, toujours offerte à la SAQ, et j'avais été déçu. Le vin manquait d'harmonie et le boisé vanillé typique des rouges d'Errazuriz en jeunesse masquait en partie la véritable profil aromatique du vin. À 25$ la bouteille, j'avais décidé d'investir mon argent ailleurs. Quand j'achète un vin de climat frais et que je paye une prime pour ce profil aromatique, je veux pouvoir en profiter dès la jeunesse du vin. J'ai décidé de tenter de nouveau ma chance avec ce 2012 quand j'ai vu qu'on avait abandonné l'usage du bois neuf pour son élevage. À mon avis, le bois neuf sied mal aux vins de climat frais où la délicatesse aromatique du fruit est de mise. Finalement, mon raisonnement était valide car ce 2012 montre le profil aromatique que je recherche dans ce type de vin. En prime, le vin déploie une belle structure, à la fois solide et légère, avec beaucoup de vivacité. Tout ce qu'on attend en fait d'un vin de climat frais. Je pense que le groupe Errazuriz/Arboleda est encore en processus d'apprentissage avec les raisins qu'ils tirent de leurs jeunes vignobles côtiers. Ce qui fonctionnait pour leur vins de Syrah de l'intérieur de la vallée ne sied pas vraiment à la Syrah côtière. Il faut dire que la Syrah à cause de son adaptabilité à des climats très différents est un cas particulier qui ouvre la porte à ce type d'erreur d'apprentissage. La qualité de la plupart des vins chiliens issus de la côte fait parfois oublier que nous en somme encore aux premiers pas pour ces vignobles et qu'avec l'expérience et l'âge croissant des vignes, le progrès est loin d'être terminé.


lundi 12 janvier 2015

REVUE DE PRESSE

Je suis tombé sur quelques articles intéressants dernièrement. D'abord un autre chroniqueur vin du Canada anglophone, John Szabo, y va d'un texte de fond sur le Nouveau-Chili. Cette fois, pas de conseils sur ce que devrait faire ce pays pour obtenir une meilleure reconnaissance. Juste un constat clair sur la montée en force de ce pays mal aimé. Aussi, je reprochais à Bill Zacharkiw de The Gazette d'avoir négligé de mentionner le potentiel de garde des rouges chiliens de prix abordables dans un texte récent qu'il a écrit sur ce pays. Il se reprend en incluant un excellent vin chilien dans une courte liste de suggestions de vins de prix abordables pour la garde. J'ajouterais toutefois que 2020 devrait être le début de la fenêtre de garde pour l'Intriga, 2011, pas la fin. En 2020, ce vin ne fera que commencer à offrir le profil qu'on recherche dans un Cabernet avec de l'âge. C'est en fait un vin qui pourrait être gardé au moins 25 ans. Ceci dit, c'est quand même bien de voir un chilien dans une telle liste. Les mentalités évoluent lentement, dommage que ce ne soit que du côté anglophone. La résistance au Chili du côté de la presse francophone est encore totale.

Cette fois, du côté du Royaume-Uni, un article qui montre toute la difficulté pour le Chili vinicole d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses vins. Concha y Toro en collaboration avec le magazine Drink Business a organisé une dégustation à l'aveugle avec certains des acheteurs les plus respectés du pays. Quatre vins de la gamme Marques de Casa Concha (Sauvignon Blanc, Chardonnay, Pinot Noir et Cabernet Sauvignon) ont été servis à l'aveugle face à des vins français issus des même cépages et considérés comme des références dans leur gamme de prix sur le marché britannique. Le but étant de démontrer la qualité des vins chiliens pour briser le prix de 10 livres sterling (18$ CAN) qui représente la limite psychologique de la très grande majorité des consommateurs dans ce marché. Les quatre vins chiliens ont été les favoris de ces acheteurs à l'aveugle, mais malgré cela, ces acheteurs avaient des doutes sur la possibilité de vendre facilement ces vins à ce prix à cause du manque de reconnaissance des vins chiliens auprès de la clientèle prête à payer plus cher pour une bonne bouteille. Le Carmenère, Marques de Casa Concha et le Don Melchor furent aussi servis et appréciés des acheteurs, mais le Don Melchor, était considéré comme difficile à vendre à 80$, non pas à cause de sa qualité, mais lui aussi à cause de son origine. Ça revient toujours à ça. Le problème des vins chiliens c'est de venir du Chili...

Ceci dit, un autre article du même magazine rapporte que les choses vont bien pour Eduardo Chadwick et ses vins très chers. Toutefois, il note que le marché britannique est difficile à percer à cause de l'habitude des amateurs de ce pays avec les classiques européens et que le gros des ventes pour ses vins de luxe se fait en Asie. La reconnaissance pour le Chili passera peut-être par ce continent en émergence. À noter que M. Chadwick a tenu une dégustation à Montréal cet automne pour célébrer le dixième anniversaire du "Berlin tasting" où il a commencé à opposer ses vins de luxe en semi-aveugle à des grands noms européens. Je n'ai rien trouvé dans la presse québécoise à ce sujet, si ce n'est sur des blogues ici, ici et ici.


vendredi 2 janvier 2015

CABERNET SAUVIGNON, RESERVA, 2012, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



Dans un pays comme le Chili à qui l'on reproche souvent la grosseur de ses producteurs qui font de tout et qui sont un peu partout dans le pays, il existe aussi des contre-exemples. Un de ceux-ci, est Vina Perez Cruz. Voici un producteur de petite taille qui ne produit que des vins rouges issus d'un domaine unique appelé Liguai. Celui-ci est situé à l'extrémité sud l'Alto Maipo à une altitude variant entre 1450 et 1700 pieds. Trois types distincts de sols composent le vignoble et les parcelles sont vendangées et vinifiées séparément avant l'assemblage final qui comprend 4% de Syrah et 1% de Cot (Malbec). Le vin est élevé 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à 13.5% d'alcool, et montre un vif pH de 3.52 sans correction exogène de l'acidité.

La robe est d'une teinte rubis foncé légèrement translucide. Le nez déclare son origine avec franchise, et quand je parle d'origine, je ne parle pas du Chili, mais bien de l'Alto Maipo et la limite du vignoble de Liguai tellement les vins de ce producteur ont une identité spécifique. Ça embaume la cerise, le groseille et le cassis, les fines herbes et le menthol. Un nez tout en fraîcheur où on peut aussi percevoir à l'arrière-plan une touche doucement épicée, un peu de bois de cèdre et un soupçon de poivron vert. Un superbe nez d'une très grande complexité qui allie des types d'arômes très variés. Le ravissement se transpose en bouche où l'on retrouve un vin à la structure compacte, supporté par une bonne acidité qui énergise une palette de saveurs fraîches et intenses. Le milieu de bouche confirme l'équilibre et le bon niveau de concentration du vin, de même que la finesse des tanins, mais ce qui marque vraiment c'est la qualité des saveurs qui rendent ce vin simplement délicieux et facile à boire. La finale coule de source avec ce vigoureux flot de saveurs qui s'échoue et persiste ensuite un bon moment.

Ce vin est un de mes favoris depuis de nombreuses années. J'ai encore une bouteille du millésime 2003 en cave. C'est vraiment un vin incroyable, un vin qu'il est facile de sous-estimer à cause de son faible prix (15.95$ LCBO). Il faut alors se méfier de l'effet Veblen inversé où l'on a tendance à se dire que si le prix est si bas, ça ne peut pas être aussi bon. Ceci dit, comprenez-moi bien, ce qui m'a toujours ravi dans ce vin, c'est son équilibre d'ensemble, allié à la qualité de ses arômes et de ses saveurs. La qualité et la complexité sont incroyables pour le prix, mais le vin n'a pas le niveau de concentration et la longueur en bouche des cuvées de luxe. Il joue dans un autre registre et c'est ce qui fait son charme. C'est un vin qui représente pour moi la quintessence du Cabernet chilien de type Reserva, il en a les proportions et l'équilibre et en prime c'est un vin de terroir exemplaire car il montre un profil aromatique unique qui reflète le lieu d'où il provient. En ce sens, il me fait penser à l'Antiguas Reservas de Cousino Macul du siècle passé, lorsqu'il provenait du vieux vignoble de Macul. C'était aussi un vin au profil aromatique unique que je pouvais facilement identifier à l'aveugle tellement il était typique. À sa manière, ce Cab, Reserva, de Perez Cruz réussit le même exploit et ce n'est pas peu dire. Ce vin a aussi un bon potentiel de garde, chose que je sais d'expérience car j'ai de nombreux millésimes en cave et ça évolue très bien. Il est à noter que ce 2012 est obturé avec une capsule à vis en polymère Saranex. J'avais des doutes à ce sujet quant à l'impact sur le potentiel de garde du vin. J'ai donc contacté le producteur et l’œnologue en chef, German Lyon, m'a répondu que ça fait maintenant quatre ans qu'il bouche des bouteilles avec ce type d'obturateur et qu'après quatre ans les premiers vins évoluent très bien, sans TCA, bien sûr, mais aussi sans différences notables entre les bouteilles d'un même millésime. En conclusion, si vous aimez les vins de terroir vifs et faciles à boire où la qualité aromatique prime sur la concentration et l'extraction, ce Cabernet, Reserva de Perez Cruz est exemplaire. Une véritable aubaine qui permet de découvrir l'essence du Cab de l'Alto Maipo.


mercredi 31 décembre 2014

Note ou réputation?

Ceux qui me lisent avec un peu de régularité savent le peu d'estime que j'ai pour le système de notation sur 100. N'empêche, malgré mon désaccord avec ce système, ces chiffres arrivent tout de même à retenir mon attention, surtout qu'au Chili on les affiche souvent sur les bouteilles quand ils paraissent favorables au contenu de de celles-ci. Je ne base donc pas mes achats sur ces chiffres, mais en même temps, il est difficile de les ignorer, surtout quand on fait des recherches sur les vins comme c'est mon cas. Ceci dit, ces recherches me portent aussi à lire beaucoup à propos des vins auxquels je m'intéresse. Toutes ces lectures m'ont amené, dans le cas du Chili, à avoir une assez bonne idée des producteurs et des vins qui sont considérés parmi les meilleurs du pays. Ce consensus informel non chiffré est ce qu'on appelle la réputation. Toujours est-il que quelques dégustations récentes m'ont amené à comparer les notes de vins que j'ai dégustés et leurs réputations. Il y avait d'abord le Sol de Sol, 2008, Malleco, Vina Aquitania et le Quebrada Seca, 2011, Limari, Maycas de Limari, deux vins de Chardonnay qui ont la réputation d'être, parmi les vins de ce cépage, au sommet de la hiérarchie chilienne. Ensuite, il y avait des vins moins reconnus, soit le Chardonnay, 2013, Aconcagua Costa, Vina Arboleda et le Montes Alpha, 2013, Casablanca, Vina Montes. Ces quatre vins ont obtenus des notes, de divers critiques, se situant entre 90 et 92. Ainsi, si on se fie au système sur 100, on pourrait penser avoir affaire à des vins d'un niveau qualitatif similaire. Toutefois, à la dégustation, les deux derniers n'étaient juste pas dans la même classe que les deux premiers, même pas proches. Les deux premiers donnaient vraiment l'impression d'être des vins de haut niveau, alors que les deux seconds étaient vraiment ordinaires et décevants. Si j'avais eu à mettre des chiffres sur mon appréciation de ces vins, il y aurait facilement eu 10 points d'écart à l'avantage des deux premiers. Les vins furent dégustés séparément et à étiquettes découvertes, mais je ne pense pas que cela ait eu une influence déterminante. Je souhaitais que les quatre vins soient bons et avec des vins situés dans l'intervalle (20$ - 30$), on demeure assez loin d'un possible effet Veblen.

La petite expérience que je rapporte ici est plutôt anecdotique et je ne me permettrais pas d'en tirer une règle absolue. Toutefois, une chose est sûre pour moi, c'est que je me fie plus à la réputation d'un producteur on d'une cuvée donnée, qu'aux notes précises du système sur 100. Mon expérience assez poussée des vins chiliens m'a montré que dans ce contexte la notation sur 100 ne tient pas la route. En fait il n'y a pas de système infaillible, mais selon mon expérience, au-delà de l'expérience personnelle qui demeure le meilleur guide, les lectures à propos des producteurs et des vins conduisent à de meilleurs choix que les fameux chiffres du système Parker. Bien sûr, dans un pays en évolution rapide comme le Chili les surprises, bonnes et mauvaises, peuvent être nombreuses, par exemple, le Arboleda, 2013, m'a beaucoup déçu, moi qui avait adoré le 2011, mais je pense qu'en général, malgré de possibles erreurs de parcours, un fil conducteur est maintenu chez un bon producteur. La réputation se bâtit dans la constance et sur la durée et les mots permettent de comprendre tout le contexte entourant un producteur et ses vins, chose que les chiffres ne pourront jamais faire. Les mots ne font pas juste les réputations, ils les définissent. Pour moi ça demeure encore le meilleur guide pour m'aider à faire mes propres expériences et trouver des vins qui me plaisent.


jeudi 25 décembre 2014

SERENIDAD, 2012, PUENTE ALTO, MAIPO, CASA MAGREZ



J'ai acheté ce vin pour deux raisons. La première, il vient de la réputée sous-région de Puente Alto, lieu d'où originent plusieurs vins chiliens réputés à base de Cabernet Sauvignon (Don Melchor, Vinedo Chadwick, Almaviva). La deuxième, le vin porte la marque de Bernard Magrez, un français très actif et réputé pour avoir augmenté la qualité de certains vins bordelais (Pape Clément, La Tour Carnet). J'étais donc curieux de voir ce que cette combinaison pouvait donner comme résultat. Ceci dit, après l'achat du vin, je me suis aperçu en lisant la contre-étiquette, collée sur l'originale, que le réel producteur de ce vin est Vina La Rosa, un producteur implanté au royaume du Carmenère, à Peumo dans Cachapoal. Je suppose que le vin a été élaboré selon les spécifications du groupe Magrez. Aussi, sur le site de Magrez, il y a de la confusion sur le lieu d'origine de ce vin. Sur la fiche technique du millésime 2011, on parle en introduction de Puente Alto, mais plus loin on dit que le lieu d'origine du vin est San Bernardo, un endroit plus chaud situé directement à l'ouest de Puente Alto, à l'intérieur de la vallée de Maipo. Pour rajouter à la confusion, on dit que le millésime 2011 est issu d'un vignoble d'un hectare dont l'encépagement est 100% Cabernet Sauvignon, alors que le site de la SAQ dit que ce 2012 est un assemblage à parts égales de Cab et de Syrah issu du même vignoble de un hectare. Ça ne colle pas. Tout ça pour dire que l'information sur ce vin semble très confuse. L'étiquette nous trompe sur le réel producteur et il est difficile d'être certain de l'origine exacte et des cépages qui composent ce vin. Autre élément surprenant, pour jeter encore plus de confusion, le site de la SAQ classe ce vin comme vin nature... Voilà qui est très surprenant... Je pense que la dégustation sera plus instructive que ce qu'on peut lire au sujet de ce vin.

La robe est sombre et bien opaque. Le nez libère des arômes de cerises, de prunes, de bois de cèdre, de vanille et de camphre, complétés par de très subtiles notes évoluées de type thé et feuilles mortes. La bouche dévoile un vin velouté et rond, encore bien marqué par le côté épicé du bois de chêne, mais avec un doux fruité intense balancé par une touche d'amertume. Le milieu de bouche montre une matière riche et concentrée où la douceur boisée se fait toujours sentir. La finale ne renie rien et monte même d'un ton sur une bonne persistance aux relents chocolatés.

Avec toute la confusion entourant l'élaboration et l'origine de ce vin, c'était un peu comme le déguster en semi-aveugle. J'étais sûr qu'il était chilien et élaboré par Vina La Rosa, mais pour le reste je devais me fier à mes sens et à mon expérience pour tenter d'y voir plus clair. C'est bien sûr un exercice périlleux aux réponses incertaines. Ce qui ressort le plus pour moi de la dégustation de ce vin, c'est sa jeunesse et son profil de vin-friandise où le boisé de jeunesse joue un grand rôle avec sa douceur épicée et son côté chocolaté, tout ça allié à un fruité de cerise au marasquin. À part les notes de bois de cèdre et de camphre, difficile pour moi d'y percevoir des caractéristiques typiques des rouges de l'Alto Maipo. Pas de cassis frais, pas de menthol, pas de poivron vert, rien de végétal, rien non plus qui pourrait évoquer la Syrah. Un vin au fruité mature qui a vu une bonne dose de bois neuf. Deux éléments qui amenuisent la typicité. L'usage du bois est cohérent avec ce que je connais du style de Vina La Rosa, mais c'est facile à dire quand on connaît le producteur. Tout cela étant dit, j'ai bien aimé ce jeune vin. De temps en temps je ne boude pas mon plaisir avec des vins de ce style. Aussi, par expérience, je sais que ce type de vin peut se métamorphoser avec le temps pour atteindre un profil beaucoup plus sérieux. Un profil que sa rondeur et sa douceur de jeunesse ne laissent pas soupçonner aujourd'hui. Pour qui n'a jamais fait cette expérience, ça demande un réel acte de foi pour mettre ce genre de vin en cave. Au final, on a un vin de belle qualité, offert à un bon prix, mais à choisir, je préfère les vins venant directement du producteur. Si je veux un Cab de Puente Alto de grande qualité et offert à bon prix, et dont je suis sûr de l'origine, je vais acheter le Cab, Marques de Casa Concha de Concha y Toro. Encore une fois, le vin est de belle qualité, c'est ce qui l'entoure qui m'embête. Ici on a Magrez qui met son nom sur l'étiquette en prétendant être le producteur, alors qu'il joue plutôt les revendeurs en fournissant une information nébuleuse sur le contenu de la bouteille. Je ne sais pas pourquoi la SAQ s'entête à offrir ces vins chiliens de filière française en manque d'identité, penser à l'Escudo Rojo, alors qu'il y a tant de bons producteurs chiliens axés sur l'identité et le terroir qui sont absents des tablettes de notre monopole, par exemple, Vina Leyda ou Vina Falernia. Le moins que  je puisse dire c'est que ce qui entoure ce vin manque de sérénité.


samedi 20 décembre 2014

CHARDONNAY, QUEBRADA SECA, 2011, LIMARI, MAYCAS DEL LIMARI



Je parlais dans un texte précédant de l'aversion qu'ont certains amateurs et professionnels pour les vins venant de gros producteurs, simplement parce qu'ils viennent de gros producteurs. Comme si un gros producteur ne pouvait faire que du vin industriel. Cette position est bien sûr idéologique et ne reflète pas dans bien des cas la réalité et Maycas de Limari est un bel exemple pour le démontrer. Maycas de Limari est la propriété de Concha y Toro, le géant vinicole chilien. Pourtant, sa création est le fruit de l'initiative d'un des plus brillants employés de la compagnie, Marcelo Papa, œnologue en charge, entre autres, de la gamme Marques de Casa Concha. Une des gamme de vins offrant le meilleur RQP sur la planète avec des vins de haut calibre offerts à des prix très abordables. C'est donc Papa qui a convaincu ses patrons d'investir dans la région de Limari il y a une dizaine d'années en rachetant le producteur Francisco de Aguirre et en se lançant dans la plantation de nouveaux vignobles basée sur une cartographie minutieuse des types de sols. Ce Chardonnay provient du vignoble Quebrada Seca situé à 180 mètres d'altitude, au nord de la région, à 22 km du Pacifique. Cette partie de la vallée de Limari n'est pas à proprement parler une région de climat frais, mais la nature acide du sol, riche en carbonate de calcium, permet le production de vins montrant une bonne fraîcheur. L'élaboration de ce vin se fait avec la pressurage de grappes entières. La fermentation alcoolique a lieu en barriques de chêne français (36% neuves, 52% deuxième usage, 12% troisième usage), Une fermentation malolactique a lieu sur 14% du vin et l'élevage en barrique dure 14 mois avec bâtonnage hebdomadaire. Le vin titre à 14.1% d'alcool pour un frais pH de 3.19 et est bien sec à 1.8 g/L de sucres résiduels. Voir ce lien (p. 66-70) pour plus de détails sur ce vin et son lieu d'origine

La robe est de teinte légèrement dorée. Le nez s'exprime avec modération sur des arômes de tarte au citron et d'abricots auxquels s'entremêlent de fines notes de fumée, de noisette et de beurre, ainsi qu'une touche florale. En bouche le vin est d'un superbe équilibre avec une acidité et un gras justement dosés qui supportent et enveloppent des saveurs de haute qualité. Ce qui est remarquable en milieu de bouche c'est la combinaison de concentration et de légèreté de ce vin. Un pur délice qui semble voler sur un nuage tout en ayant une très belle présence. La finale ne brise pas le charme, au contraire, le vin y gagne un cran en intensité sur une longueur de haut calibre et des relents caramélisés à la toute fin.

Finesse, élégance, équilibre, voilà les mots qui me viennent face à ce vin de haut calibre où rien ne semble forcé, où tout semble couler de source. Si ce vin laisse entrevoir ce que le futur réserve aux vins blancs issus des nouveaux terroirs chiliens, il est clair que ce futur est brillant. Je ne donne pas de notes aux vins car j'ignore ce qu'est un vin parfait. Ceci dit, quand je déguste un vin et que je n'arrive pas à lui trouver de faiblesses et que j'y perçois de nombreuses qualités, je me dis alors qu'il se rapproche du haut calibre. C'est le cas de cette cuvée Quebrada Seca. Ce vin est actuellement disponible en Ontario, sur Vintages Shop Online, pour seulement 30$ la bouteille. C'est cher pour un blanc chilien, mais compte tenu du haut niveau qualitatif ce vin offre un superbe RQP. Servi à l'aveugle récemment à des connaisseurs, certains évoquaient la Bourgogne. Pour ma part je trouve qu'en terme de qualité ça n'a rien à envier aux cuvées supérieures de Kumeu River en Nouvelle-Zélande et je l'ai préféré au Hamilton-Russell d'Afrique du Sud. Bien sûr, seule une dégustation en pure aveugle dans une série de bons vins du genre pourrait permettre de préciser où il se situe, mais pour moi il est clair que le niveau est très bon. Comme il est maintenant légal de ramener au Québec une caisse de vin achetée en Ontario, je ne saurais trop vous recommander d'acheter ce très beau vin. Il est encore bien jeune et a ce qu'il faut pour bien évoluer en bouteille au cours de la prochaine décennie. Avec le Sol de Sol de Aquitania, ce Quebrada Seca représente ce que j'ai goûté de mieux à date en vins de Chardonnay d'origine chilienne. Les nouveaux vignobles récemment plantés de meilleure façon devraient permettre de faire encore mieux d'ici quelques années.


mercredi 17 décembre 2014

SYRAH, CORRALILLO, 2010, SAN ANTONIO, VINA MATETIC



L'origine des vins chiliens devient de plus en plus précise. Il est révolu le temps où l'on pouvait parler de vin chilien de façon indifférenciée. C'est là une résultante du virage terroir entrepris sérieusement dans ce pays il y a une quinzaine d'année. Par exemple, l'appellation d'origine de ce vin est San Antonio, une appellation qui couvre toute l'extension maritime de la vallée de Maipo, au-delà de la chaîne de montagnes côtières. Ceci dit, dans la région de San Antonio, il y a la sous région de de Leyda au sud, près de l'embouchure du Maipo, il y a aussi Lo Abarca plus au nord, là où s'est installé le pionnier Casa Marin, et il y a Rosario, situé à l'extrémité nord-est de la région, à la frontière de la région voisine de Casablanca. Ce vin est issu de deux clones de Syrah cultivés en biodynamie sur différentes parcelles en pentes aux expositions variées. La vinification est effectuée en plusieurs lots utilisant des techniques variées, dont une partie de grappes entières, suivi d'un élevage d'un an en barriques de chêne français, incluant une malolactique, et de l'assemblage final. Le vin titre à 14% d'alcool pour un vif pH de 3.44 et est bien sec avec 1.8 g/L de sucres rédiduels.

La robe est foncée, opaque et éclatante. Le nez révèle un généreux profil de climat frais, avec des arômes carnés (viande fumée, rôti de bœuf) très marqués à l'ouverture. Cela s'atténue progressivement avec une longue aération pour laisser plus de place aux effluves de fruits, noirs et rouges, de poivre noir, de chocolat noir, d'olives noires et d'épices douces. Après une couple d'heures d'aération ce jeune vin déploie un beau nez bien équilibré. En bouche, on retrouve un vin qui allie fraîcheur et intensité en montrant une très belle qualité de saveurs sur une trame tannique ferme et lisse. Le milieu de bouche confirme l'équilibre d'ensemble de ce vin compact au bon niveau de concentration, mais sans tomber dans l'excès. En finale les saveurs montent d'un bon cran au niveau de l'intensité pour magnifier l'essence de ce nectar sur une longueur de très bon calibre.

Superbe Syrah de climat frais que cette cuvée Corralillo avec un profil qui évoque par certains aspects l'archétype Rhône nord, mais qui en même temps montre cette intensité particulière qui caractérise souvent les jeunes vins du Chili. Une intensité qui s'atténue avec l'âge et qui permet à ces vins de se rapprocher encore plus du de l'esthétique des vins européens avec le temps. Ceci dit, ce vin est dans la veine des rouges chiliens de type Reserva en terme d'équilibre, c'est-à-dire sans excès de concentration, d'extraction ou de boisé. C'est donc un vin qui malgré sa jeunesse se laisse boire sans effort pour peu que l'on aime les jeunes vins sur leur éclat de jeunesse. Le potentiel de garde me semble clair et à 25$ il s'agit d'un bon achat pour une Syrah de climat frais.


samedi 13 décembre 2014

Paradoxe chilien (suite)

Pour faire suite à un premier article sur le sujet, je suis tombé sur un autre texte d'un chroniqueur-vin canadien anglais à propos du Nouveau-Chili, du Chili 2.0.. Un autre texte qui tente de trouver un remède à ce que j'appelle le paradoxe chilien. Cette fois ça vient de la Colombie-Britannique sous la plume de Anthony Gismondi. Son texte m'a laissé perplexe car sa solution consisterait à augmenter les prix des vins pour mieux refléter leur qualité. Je comprend mal comment on peut reprocher à un pays d'offrir des vins de qualité à des prix trop abordables. Je sais que l'effet Veblen existe et que l'image de prestige compte pour beaucoup dans le monde du vin, mais il me semble que vendre le vin plus cher n'est pas la solution pour ce pays. Ceux que le Chili rebute de façon irrationnelle. Ceux qui ne s'intéressent pas aux vins chiliens juste parce qu'ils viennent du Chili n'en achèteront pas plus si le prix de ces vins augmente. La seule façon de voir les prix de ces vins augmenter sainement serait que les leaders d'opinion en parlent et en reconnaissent la qualité et le RQP très favorable d'une bonne partie de ceux-ci. Malheureusement, il semble y avoir un mur psychologique infranchissable pour les vins chiliens. Pour quelqu'un comme moi qui en a fait son pays de prédilection, justement à cause du RQP général incroyable qu'offre ces vins, ce phénomène dépasse l'entendement. Il y a des vins mauvais et ordinaires au Chili comme ailleurs, mais pour peu qu'on s'y intéressent, les aubaines sont tellement nombreuses et ce jusqu'à des niveaux qualitatifs très élevés qu'il est difficile de comprendre qu'ils ne soient pas plus reconnus.

Je lisais hier un fil de discussion sur le forum LPEL où l'on parle du phénomène de la mode branchée dans le monde du vin et comment un certain type d'amateurs et de professionnels n'aiment que ce qui est petit et à la marge et rejettent tout ce qui est établi ou peut sembler mercantile. La manière de penser de ce milieu à la mode défie la raison. On rejette de grandes régions et de grands vins pour des raisons purement idéologiques, des raisons qui sont étrangères au vin lui-même. Dans le cas du Chili, il me semble qu'un phénomène analogue opère. Les vins de ce pays sont rejetés par les amateurs se voulant sérieux simplement à cause de leur origine et de l'idée qu'on y associe. En ce sens, le Chili est rejeté à gauche comme à droite. Le Chili est un pays où les gros producteurs contrôlent la majorité de la production, alors c'est un péché mortel à gauche, alors qu'à droite on ne s'intéresse pas à des vins de grands groupes qui peuvent vendre à la fois du Casillero del Diablo et du Don Melchor. Il y a clairement condamnation par association et on se dit qu'un vin à 20$ ne peut pas vraiment être un vin sérieux. Mais même si on vendait ce vin deux fois plus cher, il n'intéresserait pas plus ce type d'amateurs pour qui prix et prestige vont de pair. Dans le monde du vin, l'aspect commercial est très mal vu. À gauche on rejette toute image référant au commerce ou à une industrie, alors qu'à droite on accepte l'importance de l'argent, mais il vaut mieux posséder un château et avoir des airs d'aristocrate pour oser demander un prix élevé pour une bouteille de vin. Dans ces circonstances, il est pratiquement inutile d'essayer d'expliquer qu'une compagnie importante, comme on en retrouve plusieurs au Chili, puisse aussi faire du vin de haute qualité. Inutile d'essayer d'expliquer que ces compagnies importantes ont la masse critique pour développer une large expertise. On veut soit un pseudo baron dans son château, ou un petit artisan et ses micro-cuvées qui se feraient presque seules par la l'action magique de la nature. La grande majorité de la production chilienne tombe entre ces deux pôles caricaturaux.

Comme on peut le voir, quoi qu'il fasse, à moins de se métamorphoser, le Chili semble pris de tous les côtés. Augmenter les prix pour se donner des airs plus sérieux ne réglera rien et la structure de son industrie ne changera pas de manière drastique. Cependant, là où une amélioration pourrait être apportée, c'est au niveau de l'image de marque. Le meilleur exemple pour moi c'est une gamme de vins qui est depuis longtemps sur les tablettes de la SAQ, soit la gamme Max Reserva de Errazuriz. Cette gamme a connu un développement important ces dernières années avec le développement des vignobles de l'Aconcagua Costa. Ces vignobles côtiers permettent maintenant de produire des vins de climat frais, mais ceux-ci ont été noyés en terme d'image dans la gamme Max Reserva issue des vignobles plus anciens du groupe situés dans la partie chaude de la vallée. Cette idée de gamme très large est un obstacle majeur à la différentiation des produits et à la découverte de la diversité du vignoble chilien. Malheureusement, les gros joueurs chiliens qui savent faire des vins de très belle qualité autour des 20$ banalisent ces vins en les rangeant dans de larges gammes comme Max Reserva, Marques de Casa Concha, Medalla Real, 1865, EQ, Cuvée Alexandre, etc...  Pourtant, il existe des producteur qui ont compris comment démarquer leurs vins. Vina Leyda en est un bon exemple avec le nom de la parcelle d'origine accolée à chaque vin de niveau supérieur, Sauvignon Blanc (Garuma), Pinot Noir (Las Brisas) (Cahuil), Sauvignon Gris (Kadun), Chardonnay (Falaris Hill), Riesling (Neblina), Syrah (Canelo), et quand on va sur leur site web on peut visualiser le vignoble et les différentes parcelles. Casa Marin est un autre producteur chilien qui suit cette voie. C'est là un exemple qui devrait être suivi de manière générale au Chili pour les vins de milieu et de haut de gamme. Ça me semble la seule façon pour de grosses corporations de donner une histoire et d'ainsi différencier leurs vins de haute qualité. On devrait aussi mettre les winemakers et viticulteurs de l'avant car même dans de grosses corporations, le vin ne se fait pas tout seul. Il y a des gens qui procèdent à son élaboration. Bien sûr, ça n'aura jamais le bucolique du stéréotype du petit paysan amoureux de son terroir qui préserve un mode de vie ancestral, mais ça montrerait qu'il y a des gens vivent pour et par ces vins.

En conclusion, comme voie vers le salut, M. Gismondi fait la même recommandation aux producteurs chiliens que Bill Zacharkiw,

"Oh and be Chile, because no other country can replicate that."

Mais plus tôt dans son article il écrivait ceci:

"In my opinion, and for too many years now, Chile’s best wines have been suppressed by wholesale buyers, distributors, monopolies and supermarkets content to sell expensive French, Italian or American wine while convincing the Chileans they need to attack the market from the bottom end up, because, well they were Chilean and well, the wine was from South America"

Ça illustre bien qu'il est facile de dire aux chiliens de refléter le Chili dans leurs vins, mais au fond le problème de perception demeure. L'origine du vin en elle même est considérée comme une tare, pas sa qualité, pas sa typicité. Juste son origine. Il y a là un problème qui semble vraiment insoluble. C'est le fameux paradoxe chilien.



mercredi 10 décembre 2014

CABERNET SAUVIGNON, GRAN RESERVA, 2011, SAN BERNARDO, MAIPO, VINA MORANDÉ



Vina Morandé est un producteur chilien dont j'ai peu fréquenté les vins, faute de disponibilité, mais à propos duquel j'ai lu beaucoup de bons commentaires. J'avais eu la chance il y a quelques années, lors d'une dégustation annuelle de Vins du Chili, d'avoir une discussion très intéressante avec l'œnologue en chef de la maison, Ricardo Baettig, le frère de Francisco qui occupe le même poste chez Errazuriz/Chadwick. L'œnologue en chef des vins de spécialité est Pablo Morandé, le fondateur de la maison en 1996, un ancien de Concha y Toro lors des années 80 et pionnier de la viticulture dans la région de Casablanca. Vina Morandé appartient aujourd'hui à Grupo Belen, un holding possédant d'autres "wineries" au Chili et en Argentine, et oeuvrant aussi dans le secteur du tourisme et de l'huile d'olive. Pour en revenir à Vina Morandé, c'est un producteur axé sur les vins de terroir et qui de ce fait produit des vins issus de plusieurs régions du Chili, là où le climat et le sol conviennent aux cépages cultivés. Vina Morandé est aussi un pionnier de la la plantation de vignobles à haute densité au Chili. Cette philosophie encore rare dans le pays a été adoptée en 2005 et on a planté des vignobles avec des densités allant de 7000 à 10000 plants à l'hectare, alors que la norme chilienne est plutôt de 3500 plant à l'hectare. Ce Cabernet Sauvignon est issu du vignoble San Bernardo, un vignoble plus ancien d'où est aussi issu le grand vin de type bordelais de la maison, le House of Morandé. Le vin est élevé pendant 14 mois en foudres de chêne de 2000 et 4000 litres, et en partie en barriques de 225 L. Il titre à 14.5% d'alcool, avec un vif pH de 3.44, tout en étant très sec à 2.54 g/L de sucres résiduels.

La robe est d'une sombre opacité. Le nez exhale des arômes de cerises et de mûres, complétés par une touche doucement épicée, du bois de cèdre et un léger aspect terreux. En bouche la matière est dense avec un fruité intense, équilibré par une saine dose d'amertume. Le milieu de bouche révèle un vin aux saveurs concentrées et aux tanins biens polis. Le vin montre un profil sérieux de Cab de climat chaud où la maturité du fruit marque le style. Pas de poivron vert, pas de cassis frais, pas d'aspect végétal, mais pas de surmaturité non plus, que du fruit bien mûr, de qualité, amalgamé à une agréable touche épicée et terreuse. Un vin pour qui déteste l'aspect végétal du Cab de climat plus frais, mais ça demeure un vin droit, loin du préjugé bedonnant qu'on associe souvent aux vins de climats chauds. La finale est longue et très intense, avec la chaleur de l'alcool qui enveloppe l'ensemble mais qui demeure agréable avec son côté vin d'hiver réconfortant.

La maturité du fruit efface en partie la typicité du cépage et du lieu. C'est vrai. Ce vin en est un bel exemple, mais en même temps ça demeure un vin de terroir car c'est justement son origine précise, à l'intérieur de la vallée de Maipo, qui permet ce résultat. Le vignoble de San Bernardo d'où ce vin est issu est situé en banlieue de Santiago, au sud de la capitale à la même latitude que Puente Alto, mais à l'ouest de cette zone réputée de l'Alto Maipo. C'est donc un vin de l'intérieur de la vallée, issu d'un terroir plus chaud qui subit moins l'influence rafraîchissante des Andes. C'est un vin qui me semble moins posséder cette typicité chilienne que l'on retrouve exacerbée là où l'écart entre les températures du jour et de la nuit est très important. Ceci dit, ce n'est pas pour moi un aspect négatif, c'est plutôt un atout au niveau de la diversité de styles que peut offrir le pays car le vin est de belle qualité. En réalité, ce vin n'a rien d'une bombe de fruit, il est de profil sérieux, droit et ferme. C'est au niveau de la faiblesse, voire de l'absence d'arômes végétaux, et de la nature du fruit que la maturité se fait sentir. À 17$ en Ontario c'est assurément un très bel achat et le potentiel de garde me semble évident. J'ai bu ce vin sur trois jours et il était meilleur le troisième jour, plus souple, mieux intégré.