samedi 18 février 2012

CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2000, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ




Pour une première bouteille après une longue période sans vin, j'ai décidé de me faire plaisir et d'ouvrir ce que je considère comme une valeur sûre, le type de vin sur lequel ma cave est constituée. Le genre de vin que je préfère et que je pourrai boire sur une base hebdomadaire d'ici quelques années, tellement j'en ai mis de côté. Dans ces circonstances, à chaque nouvelle bouteille que je décide d'ouvrir j'ai une petite angoisse, tellement j'ai misé sur cette catégorie de vins non réputée pour la garde. S'il fallait que je me sois trompé, je serais bien mal pris avec mon gros lot de bouteilles périmées. Ceci dit, la confiance est plus grande que l'angoisse, sinon je ne me serais jamais lancé dans cette démarche inhabituelle. Dans le cas de ce vin en particulier, j'avais encore moins de doute ayant eu la chance de parler avec son auteur, Ricardo Baettig, lors de la dernière dégustation de Vins du Chili tenue l'automne dernier à Montréal. Il me confirmait alors le potentiel de garde méconnu des rouges chiliens de cette catégorie, et de ceux de Errazuriz en particulier. Ricardo œuvre maintenant chez Vina Morandé, mais en 200 il était chez Errazuriz, d'ailleurs son frère Francisco est maintenant œnologue en chef pour Errazuriz. Le millésime 2000 marque l'instauration de cette gamme de vins sous la marque « Max Reserva ». Le vin a été élevé pendant 14 mois en barriques de chêne français (59%) et américain (41%), dont 43% étaient neuves. Il titre à 13.8% d'alcool pour un pH de 3.66. Un dépôt appréciable était présent sur le flanc de la bouteille.

La robe est d'une teinte grenat encore assez soutenue, mais montre des signes d'évolution par son aspect translucide et orangé au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe, modulant ses arômes avec une juste intensité et montrant ce profil de Cabernet au meilleur de son évolution que j'affectionne tant. On y retrouve entremêlés des effluves de cerise, de cassis, de bois de cèdre, de goudron, de vanille de chocolat noir et d'herbes aromatiques. L'aspect boisé de ce vin qui pour moi évoque la pâtisserie en prime jeunesse, s'est admirablement transformé. Par association on peut le retracer dans ce qui reste de chocolat et de vanille, mais ça se présente aujourd'hui sous une autre forme, et ça s'intègre beaucoup mieux au fruité qui lui aussi montre une patine que seul le temps en bouteille peut donner. En résumé, un nez mi-évolué, complexe, bien dosé et révélateur des meilleures qualités du cépage. Le ravissement se poursuit en bouche, où l'on retrouve un vin modéré et équilibré. Un vin qui évite les excès, avec suffisamment de tout et qui ne manque de rien. Un vin pour amateur de vins faciles à boire, de vins qui appellent la prochaine gorgée. Un vin caressant, dénué de traits agressifs. Un vin où le temps a permis aux éléments de se fondre en transformant du même souffle la palette des saveurs. Celle-ci reflète bien le profil perçu au nez, et peut se déployer sans encombre, grâce à une présence tannique bien résolue. La finale est gracieuse et d'une bonne persistance.

Vous aurez compris qu'un vin comme celui-ci n'est pas destiné aux amateurs qui sont impressionnés par la quantité et l'artifice. Je l'ai dit, il s'agit d'une vin d'équilibre, évolué et modéré. Un vin qui brille par sa finesse, tant au niveau aromatique que tactile. Un vin facile à boire, mais pas un vin de soif. Un vin qui sait séduire autant les sens que l'esprit, en autant que l'esprit y soit disposé. Si j'évoquais mes doutes récurrents, en introduction, face aux nombre de bouteilles de ce type de vins que j'ai en cave. Le moins que je puisse dire, c'est qu'une bouteille comme celle-ci annihile toutes ces craintes. À chaque nouvelle gorgée de ce nectar qui tombe tellement dans mes cordes, j'ai l'impression d'être assis sur un trésor acquis à un prix dérisoire. J'aimerais ne boire que ce type de vin entre deux âges, des vins qui se sont délestés des artifices de la jeunesse et pour lesquels l'essentiel est toujours présent, dans la meilleure des formes. À me lire vous croirai peut-être que je divague, que j'en beurre épais pour justifier une prise de position. Moi je vous répondrai qu'il n'en est rien. Ce vin parle pour lui-même et son discours porte. Il faut y goûter pour s'en convaincre. De plus, sur une note plus philosophique, et ayant éprouvé de légers ennuis de santé dernièrement, une autre qualité de ce type de vin est qu'il n'est pas nécessaire de le mettre en cave 30 ans pour en tirer le meilleur. Plus on avance en âge et plus on se demande si on boira tous ces vins que l'on mets soigneusement à l'ombre pour plus tard. Dans la vie comme dans le vin, rien n'est assuré, sauf qu'un jour ça se terminera. Rien n'empêche d'être optimiste, mais l'âge a cette faculté de nous inculquer malgré nous une bonne dose de réalisme. Si tout est question d'équilibre dans la vie, alors disons qu'un vin comme cet Errazuriz se place très bien sur le plateau réaliste de la balance. Le 2009 est largement disponible et facile à se procurer en promotion, environ 16$ dans une SAQ Dépôt. Le plus difficile n'est pas de l'acheter, c'est de le mettre à l'ombre pour 10 ans... Paradoxalement, les vins les moins chers sont les plus difficiles à garder pour de longues périodes.

jeudi 16 février 2012

Magazine CELLIER et vins de Cabernet Sauvignon


Ne fréquentant pas les succursales de la SAQ ces derniers temps, ni son site web, c'est par la poste que j'ai reçu aujourd'hui ma copie du dernier magazine CELLIER de la SAQ. Celui-ci est toujours aussi bien fait et c'est avec intérêt que j'y ai lu les résultats d'une dégustation en semi-aveugle de vins de Cabernet Sauvignon venant d'un peu partout au monde. Encore une fois, l'effet du mode aveugle a mis à mal la corrélation entre prix et qualité perçue. Le Gran Coronas de Torres faisant jeu égal avec le Mas La Plana, et le Marquès de Casa Concha de Concha y Toro faisant de même avec le Don Melchor. J'ai souvent écrit que le Marquès de Casa Concha n'était pas loin derrière le Don Melchor et que c'était tout un achat à 20$, pour qui aime les Cabs chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo. Toutefois, sans surprises, le panel de dégustation n'a pas très bien coté les vins du Chili de cette dégustation. Comme on le sait, ces jeunes vins sont parmi les plus typés qui existent et sont donc assez facilement identifiables à l'aveugle. Pour preuve, on mentionne même dans les commentaires que le mieux coté des vins chiliens, le Cuvée Alexandre, 2009, de Casa Lapostolle, n'a pas été reconnu comme chilien par aucun des dégustateurs. Cela explique probablement son rang relativement favorable par rapport aux cinq autres vins chiliens dégustés... Résultats sans surprises donc, mais je suis déçu de la mise en contexte. On justifie l'absence de bordeaux dans cette sélection par le caractère peu abordable de si jeunes vins issus de cette région. Toutefois, ça ne semble pas poser problème pour les Cabs du reste du monde, même si on mentionne à la toute fin que les meilleurs Cabs d'Italie, de Californie et d'Espagne peuvent gagner à reposer quelques années en cave. Encore une fois, et toujours sans surprise, silence radio sur le potentiel de garde des Cabs chiliens.

Les idées reçues en matière de vin sont fermement incrustées au Québec, et ça inclut l'idée de ce qui est supposé être bon. On nous ressort continuellement les mêmes clichés et lieux communs, sans l'ombre d'une vision le moindrement différente des choses. Le conformisme règne en maître dans les grands médias. Pourtant, je trouve que les Cabernets chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo, ont cette qualité importante d'être distinctifs. Ils ne sont pas des copies de ce qui se fait ailleurs et l'empreinte du terroir y est très marquée, surtout sur des vins jeunes. La distinction est pourtant considérée comme une qualité en matière de vin, mais dans le cas des Cabernets chiliens, plusieurs y décrètent plutôt un défaut. Pourtant, je ne suis pas le seul à penser autrement. Je lisais dernièrement les commentaires du réputé œnologue australien Brian Croser à propos du Cabernet Sauvignon chilien. Celui-ci est fondateur de la réputée maison Petaluma et œuvre maintenant chez Tapanappa, tout en étant consultant pour la maison Santa Rita au Chili. Voici ce qu'il disait récemment à propos du Cab chilien :

“Chilean Cabernet Sauvignon is completely unique and can’t be replicated. Its unmistakable Cabernet nature is a real advantage for Chile, and a strength to build upon. The best examples are subliminal, with grainy tannins that impart a savoury note on the finish. Chile has recognised the challenge of the Cabernet varieties and the unusually high diurnal range of the terroirs and continues to refine the vineyard management with preveraison leaf stripping and other treatments, creating some of the world’s most unique and distinctive Cabernets with subliminal briarines and evolved savoury tannins.”

Voilà qui est réconfortant à lire pour quelqu'un comme moi. Si je me fiais à nos palais médiatiques québécois, il y a longtemps que je considérerais mon goût comme déréglé, ou bien je me serais finalement conformé aux diktats du "vrai goût". M. Croser a aussi dit que les chiliens ont encore du chemin à faire pour apprivoiser les tanins de ce cépage. Voilà qui diffère de l'idée voulant que les Cabs chiliens soient parfaitement prêts à boire en prime jeunesse. Pour ma part, je trouve que la garde prolongée est encore le meilleur moyen de prendre soin de ces tanins de jeunesse souvent imposants. Le problème, c'est qu'à peu près personne n'associe Cabernet du Chili et vin de garde. Disons que la dégustation et le texte du magazine CELLIER n'auront rien fait pour changer les choses. Belle occasion ratée. Dommage. Il y a pourtant du Don Melchor, 1995, 1997, 1999, 2000, 2004 et 2005 actuellement sur les tablettes de la SAQ, mais on aura plutôt préféré y mettre le plus jeune de tous, le 2006...


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vendredi 10 février 2012

Chili: La montée des blancs



Le virage vers le développement de terroirs de climats frais entrepris par le Chili depuis une quinzaine d'années n'a pas seulement élargi l'offre stylistique de ce pays en ce qui a trait aux vins rouges. Cela a aussi permis au Chili de devenir un producteur sérieux de vins blancs. Même si le plein potentiel est encore loin d'être atteint en cette matière, de plus en plus de vins blancs de fort calibre émergent de ce pays, même si la très grande majorité de ceux-ci ne sont pas encore disponibles ici au Québec. Un article récent de l'expert de la scène vinicole chilienne, Peter Richards, dans le magazine britannique Decanter, permet d'en connaître un peu plus à propos de ces blancs chiliens nouvelle vague. La sélection de M. Richards ne contient bien sûr pas tous les meilleurs blancs du pays, mais sa sélection de vins est intéressante. Il est particulièrement intéressant de lire ses commentaires à propos du Chardonnay, Duquesa, de Aristos. Il faut dire que Aristos/Calyptra est la nouvelle coqueluche des rares experts du Chili vinicole. À 75$ la bouteille, le Duquesa est à ma connaissance le blanc chilien le plus cher. Bien que M. Richards dise qu'il achète rarement des vins de ce prix, il a été suffisamment impressionné pour en commander une caisse! À mon avis, il est toujours bon de voir des nouveaux producteurs de pays non traditionnels avoir assez confiance dans la qualité de leur produit pour en demander un prix qui établi un nouveau standard. Qu'on le veuille ou non, un prix élevé attire toujours l'attention et aide à modifier la perception d'un produit. Le fameux effet Veblen. Ceci dit, et heureusement, les prix demandés pour la très grande majorité de ces nouveaux blancs demeurent très avantageux par rapport au niveau de qualité offert.


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vendredi 23 décembre 2011

SUR LE VIF

Je suis tombé avec amusement sur cette résolution pour 2012 de Frederic Fortin sur le blogue de la SAQ:

" En ce qui me concerne, je m’engage à redécouvrir les vins du Nouveau Monde et à le faire, cette fois-ci, sans a priori négatif ou préjugé défavorable."

Il faut dire que M. Fortin revient d'un voyage au Chili, qui comptait aussi la sommelière Jessica Harnois, et dont j'ai parlé récemment, elle qui s'émerveillait à propos de Vina Vik. J'aime la résolution de M. Fortin, mais j'aime surtout le fait qu'il reconnaisse avoir des préjugés défavorables à l'égard des vins du Nouveau-Monde. J'aime aussi que ce soit un voyage au Chili qui lui ait permis de s'ouvrir les yeux sur la diversité des vins de ces pays. Toutefois, s'il faut que chaque amateur se rende au Chili pour voir les vins de ce pays différemment, la situation n'est pas à la veille de changer. Pas besoin d'aller au Chili pour apprendre que ce pays compte aujourd'hui une grande variété de terroirs et que cela se reflète de plus en plus dans ses vins. On peut se contenter de consulter mon blogue... mais c'est certain que ça n'a pas le charme d'un voyage au Chili. M. Fortin ajoute même que des vins chiliens peuvent rivaliser avec les grands vins bordelais et toscans. C'est pas moi qui le dit...

Moi pour 2012 je n'ai pas de résolution, mais plutôt un souhait. Celui de voir la SAQ améliorer son offre de vins chiliens pour mieux rendre compte des progrès de ce pays. Cette offre s'est bonifiée au cours des dernières années, mais elle est encore loin d'être un reflet fidèle du Chili vinicole actuel. Celui qui peut susciter des conversions. Amener le meilleur du Chili à ceux qui ne peuvent s'y rendre. Voilà une autre façon de faire tomber des préjugés défavorables.


24 Décembre


Une de mes idées fixes à propos du vin est que si on est prêt à laisser l'aspect prestige de côté, il y a moyen de très bien boire à une fraction du prix. Toutes les dégustations à l'aveugle démontrent cela, mais il y a une très forte résistance chez l'amateur passionné à admettre ce fait. C'est compréhensible, quand on décide de payer plus cher pour une appellation spécifique, il est difficile d'admettre que cette prime est essentiellement reliée au prestige de l'étiquette. La dernière chronique de Nick Hamilton rapporte ses résultats de dégustation à l'aveugle dans la catégorie des vins mousseux. Sa conclusion, le Champagne est un vin mousseux cher, au RQP décevant, et pour lequel il y a de meilleures alternatives si on est prêt à ne pas avoir l'appellation Champagne inscrite sur l'étiquette.


Article de Jacques Benoît

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samedi 17 décembre 2011

GJE, Chadwick, et l'utilisation des mythes bordelais en dégustation à l'aveugle

Une autre controverse dans la blogosphère vin à propos d'une dégustation confrontant un vin sans prestige à certains noms mythiques de Bordeaux. Là comme dans le cas des dégustations organisées par le Chilien Eduardo Chadwick, il s'en trouve pour dénoncer le procédé et pour remettre en question cette manie de la comparaison, de la classification et de la notation. Moi je veux bien. Je pense avoir clairement établi par mes propos sur ce blogue que je suis contre la notation précise des vins et contre la classification de ceux-ci. Ceci dit, je trouve quand même ironique de dénoncer ce type de dégustation, alors que les grands noms qu'on y introduit comme référence, certains diraient faire-valoir, sont eux-mêmes issus d'un système de classification qui les place au-dessus de tout le reste. Je trouve que le système figé de classification bordelais, de par sa nature même, appelle le défi des laissés pour compte. C'est un phénomène naturel, et il serait bien plus fréquent si ce n'était du prix exorbitant des grands noms bordelais qu'il faut se procurer pour tenir ce genre de dégustation. Comme je le mentionnais dans le cas des dégustations de Chadwick, et c'est vrai aussi pour les dégustations du Grand Jury Européen (GJE), financées par Yves Vatelot, propriétaire du Château Reignac, le but de ce type d'exercice n'est pas de rabaisser les grands noms qu'on y introduit, mais bien de montrer qu'il se fait de très bons vins toujours offerts à prix raisonnables. L'exercice n'est cependant pas désintéressé, et il y a certainement un but mercantile derrière tout ça. Si la possibilité se présente par la suite d'augmenter le prix des vins qui auront bien paru, les commanditaires de ces dégustations le feront sûrement. Eduardo Chadwick en est un bon exemple, puisqu'il a gonflé le prix de son Cabernet Sauvignon, Vinedo Chadwick à 165$. S'il peut le vendre à ce prix, tant mieux pour lui. L'amateur pour sa part n'a qu'à ne pas tomber dans ce piège en se rappelant qu'on pourrait confronter des vins de 30$ au Vinedo Chadwick à l'aveugle et que là aussi il y aurait des surprises. Il y longtemps que j'ai compris ce principe, et ça explique pourquoi j'évite systématiquement les vins très chers.

vendredi 16 décembre 2011

Quelle est la cause principale de l'augmentation générale du titre alcoolique des vins?

Plus tôt cet automne j'ai lu un petit texte de Jacques Benoît, sur le site Cyberpresse, à propos de l'augmentation du taux d'alcool dans les vins depuis environ 15 ans. À ce moment je me souviens avoir pensé qu'il était totalement passé à côté en ce qui a trait aux raisons qu'il donnait pour expliquer ce phénomène. Je me demandais comment il était possible d'écrire un texte, même très court, sur ce sujet en passant tellement à côté de la véritable raison expliquant la montée du contenu en alcool des vins. Personnellement, j'avais la conviction que ce phénomène était principalement dû à la montée en popularité du principe de la maturité phénolique. Jusqu'au début des années 90, la pratique courante était de se fier au taux de sucre pour déterminer le temps propice aux vendanges. Toutefois, il arrive souvent que la montée du taux de sucre précède la maturité phénolique des raisins. Donc, dans le but d'obtenir des tanins à maturité optimale, on a commencé à cueillir plus tard, ce qui a eu pour effet de donner des raisins contenant plus de sucres et moins d'acide. La conséquence de ce choix est d'obtenir des vins plus alcooleux pour lesquels il faut souvent corriger l'acidité en ajoutant de l'acide tartrique en cours d'élaboration. Le réchauffement climatique a probablement un léger rôle dans l'histoire, mais il me semble bien moins important que la décision humaine de cueillir les raisins plus tard. En fait, le réchauffement climatique a probablement plus d'effet dans des régions où les raisins avaient traditionnellement de la difficulté à mûrir parfaitement, sauf lors de millésimes exceptionnels. Le réchauffement climatique donne donc la possibilité aux vignerons de ces régions de cueillir plus tard dans le but d'atteindre la fameuse maturité phénolique. Une possibilité qu'ils avaient rarement auparavant. Le réchauffement climatique ouvre donc une possibilité, mais les vignerons pourraient toujours décider de cueillir plus tôt s'ils le désiraient vraiment, mais face à la nouvelle possibilité, ils optent souvent pour des tanins plus mûrs et un taux d'alcool plus élevé. Donc, au-delà du réchauffement du climat, la possibilité de choisir de l'homme derrière le vin demeure.

Un bel exemple de cela est celui donné dans cet article à propos du cheminement du "winemaker" chilien Marcelo Retamal qui œuvre pour Vina De Martino. On y dépeint son parcours des 15 dernières années dans la vallée de Maipo avec le cépage Carmenère. Pour sa première cuvée de Carmenère en 1996, Retamal a choisi de vendanger le 23 mars et il a obtenu un vin qui titrait à 12.3% d'alcool. Un titre alcoolique qui n'existe plus aujourd'hui au Chili pour des vins rouges. Par la suite, Retamal a progressivement repoussé la date des vendanges et le titre alcoolique de ses vins a augmenté en parallèle pour atteindre 14.8% en 2003, avec des vendanges retardées de six semaines et demi et ayant eu lieu aussi tard que le 10 mai. Le fait de repousser autant les vendanges a aussi entraîné le besoin de corriger l'acidité des vins par ajout d'acide tartrique. S'étant rendu à l'extrême, Retamal a ensuite cherché un juste milieu en vendangeant trois semaines plus tôt, soit vers le 20 avril. Cette décision a ramené les taux d'alcool dans la fenêtre des 13-14%, sans besoin de corriger l'acidité. Bien sûr, même dans Maipo il y a des années plus chaudes que d'autres, la date des vendanges peut donc varier d'une année à l'autre pour une maturité similaire du raisin. Mais il est clair que le taux d'alcool est généralement inféodé à la date des vendanges. Si Retamal décidait de nouveau de cueillir ses raisins le 23 mars, le taux d'alcool de son vin retournerait dans les alentours de 12%, comme en 1996.


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jeudi 15 décembre 2011

SUR LE VIF

Pour faire suite à l'information de Nicolas dans le sujet "Un rêve de milliardaire". Voici des liens ici et ici à propos du voyage de Jessica Harnois au Chili en compagnie de trois autres québécois. Rien de neuf pour un "nerd" du Chili comme moi, ça reste à la surface des choses, mais ça pourra intéresser certains amateurs qui suivent ce qui se passe au Chili de moins près que moi. C'est bien de voir une professionnelle reconnue parler positivement des vins de ce pays. Toutefois, j'aurais aimé qu'elle parle plus de producteurs qui font des vins de prix abordable. S'ébaubir devant du Vina Vik de jeunes vignes à 100$ la bouteille, c'est compréhensible jusqu'à un certain point. Ce projet est vraiment particulier et le voir de ses yeux doit être une très belle expérience. Toutefois, le Chili c'est beaucoup plus que ça. Je n'aime pas la hiérarchie vinicole à l'européenne, car pour moi avec le prestige, le prix fort, les gros scores, ça distord tout ce qui est à échelle plus humaine et qui ne joue pas le carte des gros dollars. J'ai peur que Vina Vik devienne le début de ça pour le Chili. Un vignoble de quelques années au milieu de la nature, un vin à 100$ la bouteille en partant, des gros scores, l'amplitude du projet au budget pratiquement illimité et le milliardaire derrière tout ça.  Je n'ai rien contre le fait que ça existe. Je suis même pour car c'est un projet axé totalement sur la qualité. C'est juste que cette maladie, la "dollarite prestigieuse", comme le phylloxéra, avait épargné le Chili jusqu'à maintenant. C'est d'ailleurs pour moi ce qui fait une bonne partie de son charme. Alors d'un point de vue égoïste je voudrais que ça demeure ainsi, même si un projet comme Vina Vik va immanquablement attirer l'attention et frapper l'imagination. Plus ça va et plus le monde du vin semble se polariser entre le modèle grand château bordelais et le modèle minimaliste du genre vin d'artisan amant de la nature. Le vin normal, celui situé entre ces extrêmes et bu par la majorité des amateurs semble maintenant trop commun pour qu'on se passionne à son propos.


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dimanche 11 décembre 2011

SIJNN, 2007, SWELLENDAM, MALAGAS WINE COMPANY




Peter Trafford qu'on connaît ici au Québec pour ses vins de la gamme De Trafford, issus de la région de Stellenbosch, est un des partenaires de ce nouveau projet et en est le vinificateur. Ce vin a été produit à partir de très jeunes vignes plantées en 2004 dans la région de Malagas, près des rives de la rivière Breede. Cette région est située à quelques kilomètres de l'océan. C'est un assemblage inusité composé de Syrah (42%), Mourvèdre (26%), Touriga Nacional (21%), Trincadeira (10%) et de 1% de Cabernet Sauvignon. Différents clones de ces cépages ont été greffés sur une variété de porte-greffes résistants à la sécheresse, ce qui permet de limiter l'irrigation dans cette zone relativement aride. Les raisins sont ramenés par camion réfrigéré aux installation de De Trafford à Stellenbosch pour y être vinifiés. La FA a lieu avec des levures indigènes et la FML en barriques de chêne. Le vin est élevé 18 mois en barriques de chêne français de 225 L et 700 L et 30% du bois utilisé est neuf, totalement dans les grandes barriques de 700L. Le vin n'est pas collé, ni filtré, mais adéquatement sulfité. Il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.77. Il est bien sec avec 2.2 gammes par litre de sucres résiduels.

La robe est foncée et opaque. Au nez les arômes sont modérément intenses. On y dénote de la cerise, du fruit noir, des épices orientales et un arôme particulier que j'associe au cépage Mourvèdre et ce n'est pas un arôme phénolé dû aux levures Brettanomyces. En guise de complément on retrouve aussi des notes légèrement vanillées, ainsi qu'un subtil aspect torréfié. En bouche la matière est à la fois dense et généreuse, la structure compacte et le fruité intense. Un trait d'amertume contribue à l'équilibre d'ensemble, alors que des notes épicées viennent enrichir la palette de saveurs. Le milieu de bouche confirme la droiture et la bonne présence du vin, avec tout ce qu'il faut de concentration et aucune impression de lourdeur. La finale est intense et harmonieuse et présente une bonne persistance.

Ceux qui me lisent avec régularité connaissent mon intérêt pour le développement de nouveaux terroirs au Chili. C'est ce même aspect pionnier qui m'a donné le goût de goûter ce vin. Je suis toujours surpris de la qualité qui peut être atteinte lors du premier millésime issu de ces nouveaux vignobles, avec des vignes de seulement trois ans d'âge. Au moment où je complète ce texte je déguste un Chardonnay chilien issu lui aussi de vignes de trois ans, et la qualité est franchement étonnante. Vous aurez donc compris que j'ai bien apprécié ce Sijnn, 2007. Je l'ai apprécié comme un vin à part entière, pas parce qu'il est issu de très jeunes vignes. Je l'ai bu sur trois jours et le premier jour le caractère particulier du Mourvèdre était à l'avant-plan. Cet aspect est disparu les jours suivants et l'assemblage a repris le dessus. Une autre chose que j'ai remarqué avec ce vin, c'est le côté propre de son profil aromatique, sans déviance. Une preuve qu'on peut être un adepte de l'approche peu interventionniste, comme l'est Peter Trafford, et produire des vins qui sont tout de même intègres aromatiquement. Je pense que l'usage raisonné des sulfites y est pour quelque chose. Ceci dit, je demeure dubitatif face à l'apport aromatique des levures indigènes, même dans des vins jeunes comme celui-ci. Quand la fermentation demeure sous contrôle, il n'y a pas vraiment de différence par rapport à ce qui peut être obtenu avec des levures sélectionnées. Ça me semble une prise de risque inutile. Le caractère particulier possible venant des levures indigènes me semble plutôt relever de la perte de contrôle des fermentations, lorsque Sacharomyces cerevisiae ne domine pas l'activité fermentaire comme elle le devrait, et alors il ne faut pas parler de complexité ajoutée, mais plutôt de déviance. Au-delà de ces considérations, ce Sijnn est un vin qu'il vaut la peine de découvrir. À 32$ la bouteille ce n'est pas ce que je considère une véritable aubaine, mais le prix me semble tout à fait honnête par rapport à la qualité offerte. Une belle façon de découvrir ce qui se fait de neuf hors de l'Europe, en évitant les clichés trop souvent associés aux vins du Nouveau-Monde en général.



mardi 6 décembre 2011

Les détenteurs de la vérité

Je suis tombé ce matin sur un autre article délirant du blogueur britannique Jaimie Goode qui décrit qui sont les gens qui sont en mesure de déclarer un vin comme fin et grand. Voici le paragraphe déterminant de son texte:

"I’ve noticed that in recent years a new generation of wine people have emerged who seem to get wine – a group that encompasses winemakers, retailers, critics and agents. They have a more-or-less shared taste, in that they prefer elegance over power, dislike over-ripeness, delight in wines that express a sense of place, aren’t afraid to explore new flavours and lesser known regions, and at the same time respect the classic European fine wines."

Donc, en d'autres termes, pour juger si un vin est grand ou fin, il faut être un professionnel du vin, mais pas n'importe lequel, un professionnel qui souscrit à une certaine vision et à une certaine esthétique du vin.

Ce genre de propos me dégoûte. Jaimie Goode est un blogueur qui est en train de se radicaliser et de s'enfermer dans un carcan idéologique. Mais ce qu'il y a de bien avec les gens sectaires, c'est qu'ils n'ont pas peur de déclarer ouvertement qu'ils pensent posséder la vérité. Au moins cela a le mérite d'être clair. Ordinairement les professionnels du vin ne sont pas aussi directs avec les amateurs. On ressort les clichés. On dit au consommateur que ce qui compte c'est de développer son propre goût. Qu'il n'y a pas de goûts supérieurs à d'autres. Certains de ces professionnels du vin sont sincères lorsqu'ils y vont de ces affirmations. Mais une bonne partie d'entre eux pensent au contraire qu'il faut apprendre le vrai goût, et que seulement certains chemins y mènent, en autant qu'on les fréquentent suffisamment. Ce qui est vrai pour des professionnels l'est aussi pour certains amateurs qui pensent avoir assez fréquenté les passages obligés pour pouvoir distinguer ce qui est vraiment bon et vraiment fin de ce qui ne l'est pas. Ces gens sont convaincus de faire partie d'une caste d'initiés qui a gagné son droit d'entrée au Saint des Saints de la chose vinique. Ces gens déconsidéreront l'opinion de celui qu'ils jugeront comme un non initié. Celui qui selon eux n'aura pas suffisamment parcourus les chemins prescrits. Ceux qui donnent le droit d'entrer dans le groupe des détenteurs de la vérité.

Personnellement, je n'ai jamais eu envie de faire partie de ces Chevaliers de Colomb de la bouteille, et de passer leurs rites d'initiation. Je n'ai jamais eu envie de montrer patte blanche et de me conformer à leurs diktats. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai créé ce blogue. Pour pouvoir exprimer ma pensée en toute liberté, sans l'imposer et sans prétendre que je détiens la vérité absolue. J'ai créé ce blogue parce que je fréquente souvent d'autres chemins que les fameux passages obligés, et que cela me permet parfois d'avoir une perspective différente des choses, où les effets de contraste sont inversés. Finalement, je tiens un blogue parce qu'il est réconfortant de savoir que ceux qui me lisent le font par choix, et qu'ainsi, eux aussi exercent leur liberté. Si j'étais un détenteur de la vérité, je ne tiendrais pas de blogue, car on sait bien que toute vérité n'est pas bonne à dire...


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mercredi 30 novembre 2011

La prix d'une bouteille de vin est-il toujours le reflet de la qualité du liquide qu'elle contient?

Dans le passé on m'a souvent reproché d'écrire que certains vins chiliens qui m'avaient plu étaient aussi bons que des vins français vendus deux fois plus chers. C'est donc avec amusement que je suis tombé sur ce petit texte à propos de Cabernet Sauvignon, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz. La personne qui a écrit ça est plus généreuse que moi, elle dit que ce "Max Reserva" vaut des vins vendus de deux à cinq fois plus chers, en se basant sur un prix de 20.70$. Ce vin est actuellement disponible à la SAQ pour 18.95$. Certains penseront qu'une telle affirmation manque de sérieux, pour ma part je pense qu'elle est parfaitement justifiée. J'ai ouvert une bouteille de ce vin, du millésime 1999, il y a deux semaines et je suis convaincu qu'en pure aveugle plusieurs auraient été totalement confondus. Le vin montrait un superbe profil de Cab mi-évolué, ayant perdu sa typicité chilienne de prime jeunesse pour se recentrer sur les caractéristiques du cépage. Il aurait facilement pu être pris pour un beau vin de Bordeaux.

mardi 29 novembre 2011

PINOT NOIR, GRAN CUVÉE, 2010, MUY ALTO MAIPO, VINA WILLIAM FÈVRE




J'ai ouvert ce vin dimanche passé et en le dégustant je suis tombé sur un article où William Fèvre exprime son appui au Front National de Marine LePen, tout en disant du même souffle qu'il est parti faire du vin au Chili de « Monsieur » Pinochet, au début des années 90, à cause de l'arrivée au pouvoir des socialistes en France. Disons que c'est une mauvaise coïncidence pour ouvrir une première bouteille ayant son nom sur l'étiquette, et ça mets dans de mauvaise dispositions pour la suite. Il faut dire qu'au strict plan vinique, je n'étais déjà pas dans les meilleures dispositions. Ce vin est déjà sur les tablettes de la SAQ depuis quelques millésimes et je ne l'avais jamais acheté auparavant car je ne voyais pas l'intérêt de faire du Pinot dans la chaude vallée de Maipo, même dans sa partie moins chaude du Haut-Maipo (Alto Maipo). Toutefois, des lectures récentes ont attisé ma curiosité à propos de ce producteur qui n'a aujourd'hui plus rien à voir avec William Fèvre, sauf son nom qui fut conservé, probablement pour une question de prestige dans un but commercial. Disons qu'avec la récente prise de position du bonhomme, l'image et le prestige viennent d'en prendre un coup. Ça incitera peut-être l'ancien partenaire chilien de M. Fèvre, la famille Pino qui a racheté ses parts dans l'entreprise, à changer de nom. À moins que ceux-ci partagent ses vues politiques et soient des admirateurs de Pinochet. Toujours est-il que pour revenir au vin, c'est lorsque j'ai appris la localisation exacte du vignoble d'où est issu ce vin, et l'implication de Pedro Parra, dans la réévaluation de ce qui avait été fait depuis 20 ans, que j'ai voulu donner une chance à ce vin. Le vignoble en question est situé dans le « Muy Alto Maipo », soit le très haut Maipo, situé 400 m plus haut que l'Alto Maipo et encore plus près des montagnes, sur les pentes d'un canyon enserrant la rivière Maipo. Malgré cela j'avais encore des doutes, car Parra a décidé de greffer du Cabernet Sauvignon sur les racines d'une partie du Chardonnay et du Pinot Noir qui y étaient déjà plantés. Si du Cab peut murir à cet endroit, ce n'est pas bon signe pour le Pinot Noir cultivé pas très loin, même si la nature exacte du sol peut être différente. Il n'y a rien comme goûter pour se faire une idée plus claire. Voici donc mes impressions sur ce vin où je l'avoue j'étais un peu biaisé d'avance.

La robe est de teinte rubis passablement translucide. Le nez présente les caractéristique de base du cépage avec des arômes de fraise et de cerise auxquels s'ajoutent des notes doucement épicées et légèrement torréfiées, ainsi qu'une légère pointe fraîchement végétale. En bouche, l'attaque surprend par sa vivacité et l'intensité de ses saveurs, ainsi que par une présence marquée de l'amertume. Ce surplus amer nuit à l'équilibre général du vin qui n'a pas assez de fruit et de matière pour donner équitablement le change. Ce qui fait qu'on se retrouve avec une vin intense, mais pas vraiment agréable. La finale n'arrange rien à l'affaire, l'amertume y gagnant encore en importance.

Je n'ai pas l'habitude de parler ici des vins que je n'ai pas aimés. Si j'ai décidé de commenter celui-ci, c'est qu'il me semble un exemple intéressant pour illustrer l'évolution du Chili vinicole depuis le début de sa révolution qualitative axée sur le développement de nouveaux terroirs plus frais. Comme je le disais à la fin de mon introduction, j'étais biaisé d'entrée face à ce vin, mais après m'être tapé la bouteille en entier sur trois jours, je pense que mon jugement sur celui-ci est tout de même solide, même s'il confirme mes appréhensions de départ. Je trouve que ce vin est un bel exemple de ce qui n'allait pas dans l'ancien Chili où la facilité et la prise de risque minimale étaient de mise. Même si dans ce cas-ci planter du Pinot dans les hauteur de la vallée de Maipo était déjà mieux que de le faire sur le plancher de celle-ci. Il n'en reste pas moins que ce choix était inadéquat. Cela ne veut cependant pas dire que le terroir choisi était mauvais, ce sont les cépages bourguignons qui y ont été plantés qui n'étaient pas appropriés. En ce sens, j'aimerais bien goûter le Cabernet Sauvignon qui est aujourd'hui produit à cet endroit, mais pour moi il est clair que ce terroir n'est pas compatible avec la production de Pinot Noir de grande qualité. Surtout quand on pense que ces vignes de Pinot ont de l'âge, ce qui est relativement rare au Chili pour ce cépage. On a beau vinifier méticuleusement les fruits avec le souci d'en tirer le meilleur vin possible. Il n'y a pas de substitut à la qualité de la matière première, et cette qualité est indissociable d'un mariage approprié entre le cépage et le terroir. Cette cuvée qui n'a de grand que le nom en est un exemple probant. Le vin n'est pas totalement mauvais, c'est buvable, mais sans plus. Il ne faut surtout pas se baser sur ce vin pour se faire une idée du potentiel du Pinot Noir au Chili. Les bases vinicoles de l'aventure chilienne de William Fèvre étaient aussi boiteuses que sa pensée politique. Que peut-on greffer sur des racines d'extrême droite?

lundi 28 novembre 2011

SUR LE VIF

Par l'intermédiaire de Vin Québec je suis tombé sur un texte lumineux signé Michel Bettane. Ça fait du bien de lire un ténor du journalisme vinicole remettre ainsi les pendules à l'heure, et venant d'un français c'est encore plus méritoire. Je l'ai déjà écrit, et je le répète, la France est le plus grand pays vinicole et une source d'inspiration pour le reste du monde. Mais à cause qu'on lui a tout emprunté (cépages, techniques de culture et de vinification), à part son sol, il s'est développé en France un discours extrémiste sur la notion de terroir. On a voulu tout porter au crédit de celui-ci car c'était la seule chose inamovible. Une manière de dire vous pouvez tout nous prendre, mais vous ne pourrez jamais nous rejoindre ou nous devancer, car c'est notre géographie qui est la source essentielle de la qualité française. Bien sûr ce discours est faux, la qualité des bons vins français ne tient pas qu'au lieu où ils sont produits. Il y a les hommes, l'expérience et le savoir-faire qui en découle. Là comme ailleurs, il y a la possibilité de faire des choix et de créer des choses différentes à partir de la même base.


ARCHIVES


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samedi 26 novembre 2011

COYAM, 2007, COLCHAGUA, EMILIANA ORGANICO




Ce vin est un assemblage original comprenant 38% de Syrah, 21% de Cabernet Sauvignon, 21% de Carmenere, 17% de Merlot, 2% de Petit Verdot, et 1% de Mourvedre. C'est un des premiers vins certifié biodynamique au Chili. Alvaro Espinoza le pionnier du bio et de la bioD est consultant pour l'élaboration de ce vin. Les millésimes précédents se contentaient d'être certifiés biologiques. Il est toutefois important de noter que malgré la biodynamie le vin est adéquatement sulfité.

La robe est de teinte rubis foncé opaque. Le nez est spectaculaire à l'ouverture, complexe et très expressif. Il déploie un admirable mélange d'arômes fruités, épicés, floraux, végétaux et torréfiés. La totale! Avec l'aération les choses se calment progressivement et l'ensemble olfactif se révèle alors avec plus de retenue. Les arômes de cerise et de cassis sont de très belle qualité et se marient très bien aux notes épicées évoquant la vanille, le clou de girofle et la feuille de laurier. À cela s'ajoute une touche de poivron vert et de menthol, ainsi qu'un léger trait chocolaté. La bouche reflète bien dans ses saveurs la richesse aromatique perçue au nez. Le vin a de la présence et un bel équilibre, avec une matière généreuse et éclatante. Il est très goûteux, sans tomber dans l'excès d'intensité. La structure demeure quand même assez compacte et la texture tannique est raffinée. En finale, le caractère épicé gagne en importance sur une très bonne persistance.

Mon premier contact avec ce Coyam, 2007, remonte à il y a maintenant deux ans lors de la dégustation annuelle de « Vins du Chili ». Il me semble aujourd'hui avoir perdu de son gras de bébé, se montrant sous un aspect plus dense, mais avec toujours une remarquable richesse aromatique. Il montre une complexité qui selon moi, pour un vin si jeune, est l'apanage des vrais vins d'assemblage. Je veux dire par là les vins d'assemblage où aucun cépage ne domine l'ensemble. Bien sûr, quand un vin biodynamique est d'une telle qualité, on se demande toujours si cette philosophie ésotérique n'est pas valable au fond. Curieusement, pour un excellent vin élaboré hors du cadre biodynamique, on ne se pose jamais cette question. Le mérite est alors de facto attribué au terroir et à la compétence du producteur. Je pense que dans ce cas-ci, ce n'est pas différent. J'ai goûté des vins non biodynamiques élaborés par Alvaro Espinoza, ça remonte au temps où il œuvrait encore chez Vina Carmen, et ils étaient la plupart du temps très bons. Donc, malgré l'excellence de ce Coyam, 2007, je ne deviendrai pas pour autant un croyant. Je préfère y voir le résultat du bon travail des hommes qui ont élaboré ce vin. Pour revenir au vin, en plus d'être succulent dans sa livrée de jeunesse, il me semble posséder tout ce qu'il faut pour bien évoluer en bouteille pendant de nombreuses années. Ce vin fait partie des nombreuses cuvées issues de la vallée de Colchagua qui en offrent autant que les super-cuvées très coûteuses, mais à une fraction du prix. La vallée de Colchagua excelle à produire ce type de vin (Ninquén (Montgras), Dona Bernarda (LFE), A Crux (Sutil), Vertice (Ventisquero), Quinta Generacion (Casa Silva), Primus (Veramonte).



samedi 19 novembre 2011

La nature récalcitrante

Le vin n'est pas un produit naturel. C'est une œuvre humaine. J'ai longuement expliqué ma position à ce sujet dans un texte récent. C'est donc avec un certain amusement que j'ai lu ce matin le compte-rendu que fait Bill Zacharkiw dans The Gazette de ses péripéties dans le but d'élaborer un vin de Gamay "naturel". On peut y voir qu'au-delà des principes, l'homme doit travailler très fort pour seulement espérer atteindre son but, et que la nature, pour sa part, lorsque laissée à elle-même, peut très mal travailler. Néanmoins, bravo à Bill pour l'effort, mais surtout pour avoir eu l'humilité de rapporter son aventure. Meilleure chance l'année prochaine!

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vendredi 18 novembre 2011

Autre chose que des notes de dégustation

Ces derniers temps j'ai quelque peu délaissé les comptes-rendus de dégustation pour écrire plus de textes sur différents aspects du vin. Le format du blogue a tendance à envoyer aux oubliettes les écrits passés. Après un peu plus de deux ans à écrire ici, j'ai pensé référencer les liens vers ces textes en un récapitulatif. Un travail plus long que je ne le pensais au départ, mais un coup parti... Moi qui au début craignait que ce blogue ne devienne rien d'autre qu'une suite de notes de dégustation. Je me suis aperçu en faisant cet exercice que j'avais écrit bien d'autres choses. Bien sûr il y a des thèmes récurrents, voire des idées fixes dans certains cas. Mais mon but avec ce blogue n'était pas d'écrire sur tout ce qui a rapport au vin, mais bien d'aborder ce qui m'intéresse et me préoccupe.


La garde du vin: Pourquoi insiste-t-on sur la température de 12°C?

Le vin: produit de civilisation

Quand le Chili fait perdre la raison (AJOUTS)

Phobie des sulfites? Buvez des vins plus âgés

Déficit d'image: le problème non résolu du Chili

Le Chili surprend encore à l'aveugle

La fatalité des Bretts...

Quand la technologie et la nature se rejoignent

Trouver l'Eldorado

Le vin chilien peut-il vieillir? (suite)

Aborder le vin autrement

Le pouvoir de l'étiquette et des préjugés

Vin en bouteille microbiologiquement actif et goût de bouchon: Un lien est-il possible?

Vin bouchonné: Pas toujours facile de s’y retrouver

La table est-elle vraiment l'endroit où le vin est à son mieux?

Pascal Marchand, Bio Bio et le Pinot

Pour amateurs de hors piste

Un mois sans vin

Le ciment haut de gamme

Qualité et Prix: l'exemple chilien

Qualité et Prix

Et si l'amateur était la meilleure référence pour l'amateur...

Dégustation et précision

La vérité n'est pas dans le vin

La levure génétiquement modifiée canadienne

SAQ et promo vins 90+ de James Suckling

Chardonnay: Ignorer la Bourgogne pour y aller avec l'Australie

Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne...

Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne... (Part II)

Sortir de mes sentiers battus

La spécificité canadienne en matière de commerce du vin

Le bon goût peut-il être subjectif?

L'Angleterre: Le tremplin du Chili vers la reconnaissance

Cap au nord: Limari et Elqui

2010: Un point tournant pour le Chili vinicole?

Importation privée de vins chiliens

Et si le phylloxéra disparaissait demain...

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste?

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste? (Part II)

Le vin chilien peut-il vieillir?

Sucre omniprésent dans les vins de Nouvelle-Zélande???

Le Nouveau-Chili, c'est aussi du vin de plus en plus féminin

Les attentes influencent l'expérience sensorielle lors de la dégustation du vin

Sous-représentation des vins chiliens au Canada: l'exemple britanno-colombien

Chili-Argentine: Deux réalités

Vins fabriqués et vins sérieux

L'exemple britannique

L'exemple britannique, encore

Très longue réponse à Olivier

Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir?

Les vins blancs de l’hémisphère sud méritent plus de respect

Match comparatif de la revue CELLIER sur les bordeaux 2006

Brettanomyces et Syrah: Un élément de réflexion

Le goût québécois et l'approche européenne

Vins issus de vignes greffées et non-greffées: Une comparaison intéressante

Notes et grands millésimes

L’approche européenne

La garde du vin: Entre bonification et possible mythification

Qu’est-ce qu’un vin de garde?

Château Musar rejeté par la SAQ: Petite réflexion

Un rêve de milliardaire

Le Chili impressionne au premier concours mondial du Sauvignon

Vin et expertise

Quelle est la plus pure expression du terroir?

Malbec: Quand l'Argentine influence Cahors

Le vin sans identité

Pour mieux connaître le Chili vinicole

Brettanomyces: Un défaut?

L'importance de la dégustation à l’aveugle

Vin et économie

Vin et économie (suite)

Du ridicule du système de notation sur 100

Début de hiérarchie en Nouvelle-Zélande

Syrah, Montes Alpha, 2007 au banc d'essai du magazine CELLIER de la SAQ

Bill Zacharkiw de retour du Chili

La maturité croissante du Chili

Le vin ennuyant

Petites précisions sur mes notes de dégustation

La Syrah au Chili

Le goût: Une question de choix?

Carmenère et cuisine indienne

Pourquoi j'aime le Chili (petite suite)

RQP et garde du vin

Pourquoi j'aime le Chili

Dégustation Chili ou comment je me suis aveuglé!

Viticulture et sélection clonale au Chili

Faire du neuf avec du vieux