lundi 1 septembre 2014

SYRAH, MAX RESERVA, 2012, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ





Plus de trois mois depuis le dernier compte rendu de dégustation sur ce blogue. Désolé, j'ai bu très peu de nouveautés dernièrement, et je n'ai pas eu l'envie de revenir frapper sur le clou du rouge chilien de 10 ans qui a magnifiquement évolué. Ceci dit, avec cette Syrah, je reviens avec un producteur et une gamme de vins à propos de laquelle j'ai souvent écrit. Il y a de quoi, Errazuriz demeure un des grands producteurs chiliens, et cette gamme « Max Reserva » une des plus solides. La seule chose que je n'aime pas de cette gamme de vins, c'est son nom. Il ne rend pas justice au sérieux des vins de cette gamme et à leur incroyable potentiel de garde. L'ancien nom, qui remonte aux années 90, « Reserva Domaine Don Maximiano » reflétait bien mieux la classe de ces vins, même si aujourd'hui il serait inapproprié car les vins de cette gamme proviennent de plusieurs vignobles dans la vallée d'Aconcagua, et non plus seulement des vignobles autour du domaine original. Pour preuve, cette Syrah, 2012, contient maintenant une portion de fruits qui proviennent du vignoble côtier de Manzanar, situé à seulement 12 km de la côte de l'océan Pacifique. Ce nouveau vignoble de climat frais a été planté en 2006, alors que la Syrah venant des vignobles de climat plus chaud, près du domaine, à l'intérieur des terres, a été plantée dans les années 90. Ce vin est donc un monocépage, mais aussi un assemblage, en ce sens qu'il combine des raisins venant de différents terroirs. Il a heureusement été élaboré avec un usage très modéré de bois neuf, puisque seulement 10% du vin a été élevé en barrique neuves de chêne français. Il titre à 14% d'alcool, pour un pH de 3.62, et est bien sec avec 2.51 g/L de sucres résiduels.

La robe est sombre et éclatante. Le nez est d'expression modérée et déploie d'agréables arômes de fruits rouges et noirs amalgamés à un beau côté floral et épicé, ainsi qu'à une très légère pointe chocolatée. Superbe nez de jeune vin qu'on souhaiterait un tantinet plus expressif tellement la combinaison d'arômes qu'il dégage est plaisante. En bouche, l'attaque fraîche est menée par un fruité intense de superbe qualité qui s'appuie sur une juste dose d'amertume. Cela contribue à l'impression d'équilibre qui se dégage de ce vin qui allie vivacité, souplesse et bonne concentration de saveurs. L'ensemble est compact sur une trame tannique raffinée. La finale est longue et harmonieuse.

Très beau vin aux justes proportions, sans excès et sans lacunes. Un vin à la fois charmeur et sérieux. Un bel exemple de l'idée que je me fais des bons rouges chiliens de type Reserva qui misent d'abord et avant tout sur l'équilibre et la qualité aromatique. Ceci dit, il est rare dans cette gamme de prix de trouver un vin qui marie aussi bien l'impression de légèreté à un niveau de concentration supérieur. Je parle de légèreté pour évoquer l'absence de lourdeur, cela n'a bien sûr rien à voir avec la dilution que peuvent présenter certains vins qualifiés de légers. Dans ce cas-ci, la concentration se révèle dans l'intensité et la longueur des saveurs. Bien sûr, ça n'atteint pas le niveau de concentration et de densité de certaines cuvées de luxe, ce n'est pas aussi impressionnant de ce point de vue, mais un vin comme cette Syrah est beaucoup plus facile à boire. C'est une question de choix stylistique, de choix d'équilibre. Dans ce cas-ci le choix implique que plus n'égale pas nécessairement mieux, que la sobriété et la modération peuvent aussi avoir leur charme, en autant que la qualité de la matière soit au rendez-vous. J'ai bu ce vin sur une période de trois jours, et il était aussi bon le troisième jour que lors du premier. Son potentiel de garde m'apparaît évident, surtout que les preuves des rouges de cette gamme ne sont plus à faire en en ce qui a trait à la garde. Offert au prix régulier de 19.20$, c'est un superbe RQP, surtout qu'il est très facile de se le procurer en promotion. Disponible à la caisse à la SAQ Dépôt à 15% de rabais en tout temps (16.32$ la bouteille). À ce prix, il devient carrément imbattable.

dimanche 31 août 2014

Bretts et incompétence...

Ben oui. Les bretts. Je reviens encore sur ce sujet car l'ignorance à leur propos me jette souvent par terre. Combien de dégustateurs aie-je côtoyés et qui ne savaient pas les reconnaître dans un vin? Qu'on y soit peu sensible, ou carrément insensible, je peux comprendre, mais dans ce cas on devrait s'abstenir d'en parler. C'est le cas de Claude Langlois du Journal de Montréal. Je m'étais déjà attardé sur son cas, et voilà que quatre ans plus tard je tombe de nouveau sur ce commentaire d'une ignorance on ne peut plus crasse. En parlant d'un vin chilien, M. Langlois nous ramène la fausseté voulant qu'à peu près tous les vins de ce pays seraient "brettés". Rien n'est plus loin de la vérité. Face à un tel aveuglement olfactif, on comprend pourquoi il peut s'extasier devant bon nombre de vins européens réputés qui eux sont réellement "brettés".

La plupart des vins chiliens sont filtrés et bien stabilisés pour l'exportation. Le courant naturaliste y est encore très faible, et partant, les vins touchés par le caractère phénolé des bretts très rares. Il est donc ironique que M. Langlois ait choisi un vin issu de ce courant, le Cab, 2011, du Clos des Fous, pour nous dire qu'il avait enfin trouvé un vin chilien non bretté. En plus il nous ramène le cliché de la feuille de tomate. Il est clair qu'il a trop dégusté avec son collègue de La Presse, Jacques Benoît.

Le francocentrisme en matière de vin, passe toujours, on est habitué au Québec, l'amour des vins brettés en toute connaissance de cause, ça aussi on est habitué, mais l'ignorance et l'incompétence de la part d'un chroniqueur qui se veut professionnel, ça, à mes yeux, c'est inacceptable. On attend encore un chroniqueur-vin au Québec qui aura l'ouverture d'esprit et la compétence pour parler des vins du monde entier de manière neutre, sans a priori et sans idéologie. On peut toujours espérer...

vendredi 22 août 2014

Le Chili devrait-il devenir le premier pays totalement bio?

Je bois peu de vin depuis quelques mois, et ceux que je bois ont souvent déjà été commentés sur ce blogue, ce qui explique en partie le faible niveau d'activité ici dernièrement. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin et en particulier à propos de mon pays de prédilection, le Chili. Au fil de mes lectures je suis tombé sur quelques idées et nouvelles intéressantes. Une idée qui a particulièrement retenu mon attention, est celle du winemaker de Casas del Bosque, Grant Phelps. Ce néo-zélandais d'origine qui œuvre dans la région de Casablanca a suggéré dans  une entrevue que le Chili devrait devenir le premier pays dont l'offre de vins serait 100% bio. J'ai trouvé l'idée très intéressante pour ce pays qui malgré ses efforts et la qualité de ses vins continue de souffrir d'un problème d'image. Comme le dit Phelps, le Chili est un pays où il est facile d'être bio à cause de l'absence de pluie durant la saison végétative. Beaucoup de producteurs sont déjà bio, ou presque bio, certains refusant la lourdeur et le coût reliés à la certification. Ça peut être compréhensible d'un point de vue individuel, car l'avantage de la certification bio n'est pas évident si on tient compte des coûts supplémentaires qui y sont associés. Toutefois, si tout le pays s'y mettait, l'impact positif sur l'image du Chili comme producteur pourrait être considérable. Même si le mouvement n'était pas total, le Chili pourrait tout de même jouer cette carte si le mouvement était très vaste. Avec un taux de producteurs bio de 70-80%, le Chili vinicole pourrait se présenter comme le pays bio par excellence.

Autant je suis en désaccord avec la biodynamie pour son côté ésotérique, ou avec le mouvement des vins dits naturels pour son angélisme, autant je pense que l'agriculture biologique est souhaitable, lorsqu'elle est possible. Même si je suis de ceux qui pensent que l'usage raisonné des pesticides, lorsque vraiment nécessaire, permet de produire de meilleurs vins, un pays comme le Chili, où les pesticides sont rarement nécessaires, devrait faire l'effort de ne pas les utiliser. Ce serait vraiment une belle façon de rehausser son image en tournant pour une fois les perceptions à son avantage. Juste avec cette idée en tête, plusieurs aborderaient les vins du Chili d'une manière plus positive. Ceci dit, le Chili demeure un pays assez conservateur, et ils serait surprenant qu'il puisse y avoir la solidarité nécessaire pour concrétiser un tel mouvement.



dimanche 15 juin 2014

Mes obsessions

Le mot obsession est peut-être un peu fort, mais depuis que je m'intéresse au monde du vin, il y a quelques thèmes qui se sont imposés à moi. Bien sûr il y a le Chili et le potentiel de garde de ses vins rouges. Il y a aussi le tabou des bretts. Mais mon leitmotiv demeure le rapport qualité/prix et l'influence de l'étiquette sur l'appréciation de ce fameux RQP, d'où mon intérêt pour la dégustation à l'aveugle. À ce propos, je suis tombé aujourd'hui sur un texte intéressant et très honnête de la part du blogueur britannique Jamie Goode. Il y traite de la difficulté de bien évaluer des vins très chers et renommés, car ces vins sont très rarement dégustés dans un contexte de dégustation en pure aveugle. Les producteurs de ces vins ne veulent pas voir leurs vins soumis à cet exercice, et les acheteurs de ces vins seront très peu enclins à les boire dans un contexte aveugle. À quoi bon payer très cher pour ces vins si c'est pour ne pas savoir que c'est ce que l'on boit?

Le résultat de ce phénomène c'est que les vins très chers sont presque toujours dégustés dans un contexte où le poids de leur étiquette est là pour les supporter. Les dégustateurs seront forcément sous influence. Difficile de rester psychologiquement neutre face au renforcement positif de l'étiquette et du contexte souvent cérémonial, surtout pour des amateurs passionnés qui rêvent des grands noms et ont rarement accès à de tels vins. En ce qui me concerne, c'est un problème qui m'est passablement étranger, puisque le prestige est un aspect du monde du vin qui ne m'attire pas. Ceci dit, je pense que la logique d'induction psychologique positive qui s'applique aux vins chers et renommés s'étend de manière inversée aux vins sans prestige de prix modérés. À étiquette découverte, certains de ces vins, qui sont très bons, seront sous-évalués car l'étiquette et le prix envoient le message au dégustateur qu'une telle qualité n'est pas possible dans ce contexte. C'est ce que j'appelle l'effet Veblen inversé. D'un côté ou de l'autre, il est très difficile d'échapper à l'influence psychologique du prix et de l'étiquette d'un vin.


lundi 26 mai 2014

Les Bretts conte-attaquent!!!

Une des raisons pour lesquelles l'amateur de vin que je suis a trouvé refuge au Chili repose sur le fait que ce pays est relativement à l'abri du fléau que représente les levures Brettanomyces dans le monde du vin se voulant de qualité. Malheureusement, la faible prévalence de l'influence ces levures sur le profil des vins chiliens ne relèvent pas d'une protection globale et inexpliquée, comme dans le cas du phylloxéra. Non. Les vins chiliens sont moins touchés par cette plaie à cause des pratiques œnologiques plus rigoureuses des producteurs chiliens qui visent à produire des vins stables et propres pour les marchés d'exportation. Il y a donc très peu de laisser-aller au chai car on sait que la nature n'est pas toujours bienveillante. Ceci dit, l'influence européenne "naturalisante" se fait de plus en plus sentir au Chili et des producteurs commencent à imiter les pratiques ésotériques issues de l'Europe selon lesquelles la nature est supposée toujours régler les choses pour le mieux. Bien sûr, la réalité est toute autre...

Ce week-end, j'ai ouvert un vin d'un de ces chiliens, Alvaro Espinoza, qui s'est laissé tenté par le mirage de la biodynamie et de la nature bienveillante. J'ai ouvert ma dernière bouteille de Kuyen 2006 et quelle ne fut pas ma déception de découvrir une bombe brettée. Le vin était dominé tant au nez qu'en bouche par le caractère hideux du 4-ethyl phénol. Ça masquait tout le reste du vin. Plus d'identité, oubliez la notion de terroir ou de cépage. C'était l'empire des Bretts. Quel dommage. Heureusement, c'était ma dernière bouteille. J'avais bu les trois autres en prime jeunesse, car dès l'achat le vin montrait un aspect évolué prématuré, mais pas de traces phénolées. Je me suis rappelé avoir écrit un CR à son sujet sur FDV en août 2009, deux semaines avant la création de ce blogue. En me relisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'avais assez bien perçu le danger relié à ce vin. En jeunesse il n'était pas marqué par l'action des bretts, mais sa méthode d'élaboration, avec très peu de sulfites et sans filtration, a permis à ces levures de rester vivantes en bouteille, et malgré une garde en cave passive, ces levures ont pu agir en bouteille pendant cinq ans pour finalement gâcher totalement ce vin. Tous les amateurs de vins à risque devraient impérativement les garder dans une cave à 10-12 dégrés Celcius. C'est la seule façon de ralentir l'action de ces levures vivantes en bouteille, mais ça ralentit aussi l'évolution du vin. À moins bien sûr de se régaler des arômes et des goûts phénolés, ou d'y être insensible.

Il me reste quelques bouteilles de Antyial 2005, et de Kuyen 2007, de ce même Alvaro Espinoza. Je ne vais pas attendre très longtemps pour vérifier si elles sont toujours intègres. Je salue l'émergence de petits petits producteurs artisanaux au Chili, mais il ne faudrait pas qu'ils tombent dans le travers des vins instables si courants chez les minimalistes européens. Alvaro Espinoza dit suivre le mode de production biodynamique pour mieux refléter le terroir d'où sont issus ses vins. Je regrette. Un vin dominé par les arômes et les saveurs phénolés est l'antithèse du vin de terroir. Les bretts produisent du 4-ethyl phénol peu importe le terroir et le cépage. Le meilleur exemple d'un vin mondialisé, c'est un vin bretté. Ça goûte la même chose peu importe l'origine.


 

samedi 17 mai 2014

CHARDONNAY, 2011, ACONCAGUA COSTA, VINA ARBOLEDA




Le mouvement chilien vers la côte a commencé réellement avec le développement de la région de San Antonio, qui est en fait le prolongement de la région de Maipo, mais au delà de la chaîne de montagnes côtière. Il y a aussi Casa Silva qui a fait la même chose, plus au sud, en développant un vignoble côtier dans le prolongement de la région de Colchagua. Plus au nord, le groupe Errazuriz a fait la même chose en développant la partie côtière et fraîche de la vallée d'Aconcagua. Ce qui fait que l'appellation Aconcagua Costa désigne des vins issus d'un climat frais qui n'ont rien à voir avec les vins de climat chaud désignés par la simple appellation Aconcagua. Vina Arboleda est le projet de "boutique winery" de Eduardo Chadwick, l'homme derrière Errazuriz. Le vignoble Chilué d'où est issu ce Chardonnay a été planté en 2005 à 12 km de l'océan Pacifique. La vendange est manuelle, les grappes entières sont pressées et la fermentation alcoolique a lieu avec les levures indigènes en barriques de chêne français dont 10% sont neuves. Le vin est élevé sur lies pendant huit mois et 60% du liquide complète la fermentation malolactique. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH bien vif de 3.25 et 3.36 g/l de sucres résiduels. Le producteur évoque un potentiel de garde "abondant", sans préciser de nombre d'années, ce qui est un peu normal compte tenu de la nouveauté du vignoble.

La robe est de teinte légèrement dorée. Le nez ne laisse pas de doute sur le cépage et la nature du terroir à l'origine du vin. Ça sent le Chardo de climat frais où les fruits peuvent atteindre une bonne maturité. On y retrouve des arômes de pêche, de lime, d'orange et de roche mouillée, complétés par de légères notes florales et beurrées. Très beau nez aux arômes de grande qualité. Cette impression de qualité se transmet en bouche où la palette de saveurs est un reflet fidèle du profil olfactif. Le vin montre un bel équilibre entre le gras et l'acidité, le tout complété par une fine touche d'amertume. Le milieu de bouche montre une bonne concentration de saveurs sur un volume contenu. La finale est harmonieuse et montre une très bonne longueur.

J'ai adoré ce vin au profil classique et raffiné. Il est clair que la carte jouée n'est pas celle de la très grande concentration de matière. On a plutôt opté pour l'équilibre et la finesse, qui, combinés, donnent un vin offrant beaucoup de plaisir. Les proportions de ce vin me font penser à celle des rouges chiliens de type Reserva après 10 ans de garde. Des vins modérés, équilibrés, faciles à boire, jouant la carte de la finesse aromatique et de la qualité des saveurs. En fait, des vins qui sont l'opposé du préjugé Nouveau-Monde, sans être des calques parfaits des classiques européens. Ceci dit, les affinités bourguignonnes de ce vin sont évidentes. On est loin du Chardonnay quelconque de Casablanca aux odeurs de maïs en grains. Ce vin de Arboleda est un bel exemple pour illustrer les progrès stylistique et qualitatif que permettent les nouveaux terroirs frais du Chili avec ce cépage. Après la dégustation de ce vin, je comprends le succès qu'a connu le Chardonnay, Wild, Ferment, 2011, Aconcagua Costa, Errazuriz, lors d'une dégustation à l'aveugle tenue sur le forum Fouduvin. Finalement, au prix demandé de 20$ à la SAQ pour ce vin, il se qualifie probablement pour le titre de meilleur RQP en Chardonnay. Je ne connais pas de vins de ce cépage qui offrent un tel style et un tel raffinement pour un tel prix. Ce vin n'a rien à envier à beaucoup de vins de ce cépage vendus beaucoup plus chers. Si votre bonheur ne dépend pas de la présence du mot Bourgogne sur l'étiquette, et qu'il peut supporter le mot Chili, ce vin est une superbe possibilité pour jouir des vertus de ce cépage à prix très abordable. Je vais en racheter demain en promo à 17$ la bouteille!





lundi 5 mai 2014

CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2011, MAIPO, VINA DE MARTINO




Vous savez comment je vante les mérites des rouges chiliens de type Reserva sur ce blogue. Toutefois, autant j'aime cette catégorie de vins, autant ils sont parfois difficiles à suivre dans le temps. Je ne parle pas de l'évolution du vin en bouteille, je parle plutôt des changements qui peuvent survenir dans l'élaboration de ceux-ci avec le temps. Pour illustrer ce phénomène, cette cuvée Legado est un beau cas de figure. J'ai acheté ce vin une première fois dans le millésime 1997, alors qu'il était nommé "Prima". Au début des années 2000 on l'a rebaptisé "Legado". Le Legado de ces années-là venait de la sous-région de Isla de Maipo, au cœur de la vallée et était issu de vieilles vignes. C'était aussi un vin qui voyait pas mal de bois neuf, au fruité bien mature et qui titrait à 14.5% d'alcool. Les millésimes 2001 et 2002, que j'ai encore en cave, ont bien évolué. Mais voilà, quelqu'un qui achète le 2011 aujourd'hui, achète un tout autre vin. L’œnologue en chef de la maison, Marcelo Retamal, une étoile du virage terroir chilien, a décidé dernièrement de revoir complètement son approche en matière de vinification. Pour ce Cabernet, il est un peu dur à suivre, car ce vin origine maintenant de deux terroirs bien distincts. Une partie des fruits provient toujours de Isla de Maipo, mais le vin contient aussi des fruits d'un vignoble plus récent situé près de Melpilla, dans la partie ouest de la vallée, près de la chaîne de montagnes côtières (même région que Vina Chocalan). Donc, un mélange de vielles vignes et de vignes plus jeunes, et de climat chaud et de climat moins chaud, tout cela avec une vendange plus hâtive qu'auparavant, ce qui se reflète dans un taux d'alcool abaissé à 13.5%. Ajoutez à cela l'abandon du bois neuf pour 12 mois au profit de barriques usagées, dites neutres, et d'un élevage dans celles-ci prolongé à 16 mois. Comme on peut le voir, ça fait beaucoup de changements pour un vin portant le même nom et arborant la même appellation d'origine. Malgré tous ces changements, le producteur évoque un potentiel de garde de 10 ans.

La robe et de teinte rubis plutôt translucide pour un jeune vin de ce cépage. Le nez montre une belle fraîcheur, avec la typicité qu'on attend d'un Cab de cette vallée. On y retrouve un mélange mentholé de cerises et de cassis, complété par du bois de cèdre, des notes terreuse et une touche de poivron vert. Le fruit montre vraiment un bel éclat, et sans apport boisé apparent, il a tout l'espace nécessaire pour se déployer. En bouche, c'est aussi la fraîcheur de l'ensemble qui impressionne. On retrouve un vin aux saveurs de Cabernet, mais avec une structure qui se rapproche d'un vin de Pinot Noir. Les tanins sont fins et discrets, l'acidité vivifiante, ce qui donne à ce nectar, qui ne manque pas de concentration au niveau des saveurs, une belle légèreté et une finale d'une longueur renversante. Je dis renversante, car le côté aérien du vin n'annonce pas une telle longueur. Comme si la concentration du vin n'était située qu'au niveau des saveurs, et qu'il était délesté de tout le reste de la matière non aromatique qu'on retrouve normalement dans un jeune Cab de ce calibre.

Il y a actuellement un mouvement au Chili pour revenir à moins de maturité du fruit, et conséquemment, à des titres alcooliques plus faibles, ainsi qu'à un usage plus modéré du bois de chêne neuf. Je ne renierai pas mon goût pour les Cabs denses, boisés et bien matures, car après 10 ans ils rejoignent une structure plus élancée qui n'est pas si loin de celle qu'arbore ce Legado dès sa prime jeunesse. Ceci dit, de retrouver cette structure affinée avec un profil aromatique montrant la fraîcheur de la jeunesse et une maturité modérée du fruit, c'est très agréable et j'en redemande. Ce vin montre un éclat, une fraîcheur et une longueur remarquables. C'est l'exemple parfait démontrant l'importance de l'homme dans l'élaboration du vin. Marcelo Retamal a décidé d'élaborer un style différent de Cabernet et il a très bien réussi. Pour moi la réussite de ce vin n'est pas un désaveu du style plus costaud et mature. C'est juste un enrichissement de la diversité. Ça montre qu'il n'y a pas de vérité absolue en matière de vin et que l'homme peut décliner les choses de différentes façons, toutes aussi valables les unes que les autres. C'est un peu comme ceux qui veulent absolument diviser la planète-vin en deux, entre des mondes ancien et nouveau. Ça ne tient pas la route, car on oublie la variable essentielle, la variable humaine. Comme je le disais, Marcelo Retamal n'est pas le seul à élaborer des cuvées axées sur plus de fraîcheur au Chili. L'autre Marcelo chilien, Marcelo Papa, une des forces vives du géant Concha y Toro a élaboré une cuvée spéciale du Cabernet, Marques de Casa Concha, dans le millésime 2010. Ce vin issu du même vignoble de Puente Alto d'où sont issus le Don Melchor et la cuvée régulière du Marques de Casa Concha, a été nommé meilleur rouge chilien par le guide Descorchados, 2014, avec une note de 96. Cette cuvée spéciale et limitée à seulement 1800 bouteilles a été élaborée en utilisant les techniques des rouges chiliens des années 70. La vendange a été effectuée un mois avant celle du Marques de Casa Concha régulier qui titre à 14.5% d'alcool, alors que la cuvée spéciale titre à seulement 12.5%. J'aimerais bien goûté ce vin. Il y a un réveil actuellement à propos des qualités des rouges de jadis où la maturité phénolique n'était pas une obsession. Je donnais récemment un exemple d'un de ces vieux rouges chiliens qui ont superbement évolué sur une très longue période, un Cab, 1967 de Santa Carolina qui titre à 13.2% d'alcool.

Finalement, j'ai un aveu à faire. J'ai acheté cette bouteille de Cabernet, Legado, 2011, car dans l'édition du Wine Spectator dont je parlais dans mon texte précédant, on avait octroyé 92 points à ce vin de 17$. Ça m'a fortement intrigué. J'étais curieux de voir en quoi ce vin pouvait se distinguer des autres Cabs de cette catégorie pour mériter un tel score, surtout que l'archétype du Cab de Maipo moderne de cette catégorie, le Marques de Casa Concha, 2011, c'est lui mérité 93 points. Ce n'était donc pas pour une question de style, mais bien de qualité intrinsèque du vin. Au final, je suis totalement confus. J'ai adoré le vin de De Martino. Sa note me semble justifiée, pour ce que ça veut dire, mais si tel est le cas, il y a une flopée de rouges chiliens qui devraient aussi obtenir un score similaire. L'offre chilienne de rouges de ce niveau qualitatif sous la barre des 25$ est immense et à 17$ ce Legado est un superbe achat qui se démarque par son profil original.



dimanche 4 mai 2014

Le nouveau Chili




C'était le titre d'un fil de discussion que j'avais initié sur FDV en juin 2008, un peu l'ancêtre de ce blogue. Le temps passe... Je ne sais pas si j'étais prophétique, mais six ans plus tard, "The new Chile" est le titre de l'édition de mai, actuellement en kiosque, du magazine américain Wine Spectator. Il y a longtemps que j'avais acheté ce magazine, mais avec le thème, et avec le texte que je venais d'écrire sur la quête de reconnaissance du Chili, je n'ai pu résister à aller voir ce qu'on disait de mon pays vinicole de prédilection, surtout avec un titre semblable. Résultat? Sans réelle surprise, le contenu est plutôt décevant pour moi qui connaît très bien ce pays et qui en ai une haute opinion. Bien sûr, on reconnaît les changements qui ont cours depuis plusieurs années au Chili. On reconnaît les efforts pour devenir un pays vinicole complet, mais le ton demeure paternaliste, et en ce sens, le pays est traité en adolescent et non pas comme le jeune adulte talentueux et versatile qu'il est en réalité. Ceci dit, on aborde la quête de reconnaissance du pays que j'évoquais dans mon article précédant, et ce par la voix d'Aurelio Montes qui déclare : "Nous avons besoin d'être reconnus et respectés . Le Chili n'a pas d'image, sinon celle d'être un pays ennuyant". En gros, le propos de Montes est que le pays n'est pas excitant. Ça rejoint mon constat. Ce problème reste entier, même si le sous-titre du Wine Spectator parle de vins excitants. Les vins le sont peut-être, mais pas le pays.

Au-delà de ces considérations, le contenu de cette édition du Wine Spectator est quand même informatif, même si personnellement je n'y ai rien appris. On trace les grandes lignes du paysage vinicole chilien, on interroge brièvement quelques producteurs, et on a droit à un autre article sur le Carmenère. Ça demeure dans les généralités. Kim Marcus, est le nouveau journaliste-dégustateur en charge de couvrir le pays, et on sent que sa connaissance des vins chiliens est limitée, en ce sens qu'elle manque de perspective. L'excellent potentiel de garde des rouges du pays n'est pas évoqué, et l'évaluation qualitative des vins laisse songeur. Bien sûr, avec Wine Spectator on se butte immanquablement aux faiblesses du fameux système de notation sur 100 points. Disons que le ton de l'appréciation est donné avec un tableau où on note les millésimes chiliens depuis 2005. De manière inexplicable, le meilleur millésime, 2007, obtient une note de 93. On parle ici de conditions météorologiques, pas de la qualité d'un vin donné. Il semble impossible d'avoir un millésime qui se rapprocherait de la perfection dans un pays qu'on décrit pourtant comme un paradis de la viticulture. Je pense que ce fait est symptomatique et que ça reflète un état d'esprit face à ce pays. Il y a un plafond qualitatif pré-établi, hors de toute raison. Si les millésimes d'un pays aux conditions climatiques reconnues comme généralement très favorables ne peuvent être notés plus haut que 93, imaginez ce qui en est pour les vins. Le vin le mieux noté est le Don Melchor, 2010, avec 95 points, puis suivent les noms habituels, Almaviva, Clos Apalta et Montes Folly à 94. Le blanc avec la plus haute note est un Chardonnay de Kingston Family avec un 91.

Vous allez me dire que je ne devrais pas m'en faire avec ces notes, vu que je ne crois pas en la validité de ce système. Ce n'est pas vraiment le cas, car si je ne crois pas à la précision des notes sur 100 pour évaluer un vin donné, un ensemble de notes pour de très nombreux vins est plus significatif. Le plafonnement à 95 pour les rouges et 91 pour les blancs est très significatif à mes yeux. C'est comme lire un compte-rendu de dégustation très élogieux sur un vin, puis de voir une note numérique à la fin qui semble contredire les mots qui le décrivait. C'est le chiffre qui l'emportera au final dans l'esprit du lecteur. Donc, avec ce spécial Chili du Wine Spectator, ce sont les chiffres de la fin qui font foi de tout. Au-delà des bons mots, de l'évocation de nouveaux terroirs, de vins excitants, le Chili demeure catégorisé comme un pays de seconde classe qui travaille fort pour sortir de sa condition. Un pays qui frise la grandeur, mais qui pour une raison inexplicable n'y accède pas.

dimanche 20 avril 2014

La difficile quête de reconnaissance du Chili


Le Chili vinicole souffre d'un manque chronique de prestige sur la scène mondiale du vin. Un déficit important qui semble impossible à combler malgré la qualité et la diversité toujours croissantes qu'offre ce pays. L'image de pays pauvre qui n'offre que du vin bon marché lui colle à la peau inexorablement. Le Chili a beaucoup d'atouts concrets qui devraient lui permettre d'émerger comme un des leaders du monde vinicole, mais l'image est une question de perception qui n'a souvent rien à voir avec la réalité du terrain. Le fait que le Chili fasse partie de ce que l'on appelle le Nouveau-Monde est déjà un problème en terme d'image dans un milieu qui ne jure que par l'ancien, mais contrairement aux États-Unis, au Canada, à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande et à l'Afrique du Sud, le Chili a le malheur de ne pas être un pays où l'anglais est une langue importante. Quand on connaît l'influence mondiale de la presse vinicole anglophone, cela aide à comprendre le niveau de difficulté en terme d'affinité culturelle, et partant, de communication du message. L'affinité culturelle est très importante dans le monde du vin. Le marché canadien en est un bel exemple. Les vins français ont un succès bien plus important au Québec que dans le reste du Canada, alors que les vins du Nouveau-Monde anglophone ont beaucoup plus de succès dans le ROC qu'au Québec, où ils sont souvent injustement boudés. Le Chili n'a donc pas de levier efficace pour transmettre sa réalité dans un monde où la perception prime souvent sur la réalité.

L'idée de revenir sur le problème insoluble chilien m'est venue lorsque j'ai appris que Eduardo Chadwick, le leader du groupe Errazuriz, avait décidé de cesser sa série de dégustations à l'aveugle initiées à Berlin une décennie plus tôt. Il a refermé la boucle en octobre dernier à Santiago avec une dernière dégustation entre chiliens. Malgré 15 dégustations de ce genre tenues avec succès à travers le monde, où il a eu le courage de mettre ses vins en compétition avec des vins beaucoup plus chers et prestigieux. Je ne suis pas sûr que cela ait produit un bénéfice très concret pour le prestige de ses vins, et pour ceux du Chili en général. C'est vrai, le prix des vins haut de gamme du groupe Errazuriz est à la hausse, mais cela n'a eu aucun effet sur le reste du portefeuille du producteur. On pouvait toujours acheter son Cab, Max Reserva, 2011, ce week-end, en promo à la SAQ, pour 15$ la bouteille. Un prix totalement ridicule pour un vin de cette qualité et ayant un si bon potentiel de garde.

Le Chili vinicole est vraiment pris dans un Catch 22. Il est prisonnier de la relation prix/prestige à la base de ce qu'on appelle l'effet Veblen. Dans ces conditions, la notion de qualité devient secondaire. Le prestige permet d'exiger des prix plus élevés, et un produit qui se vend à un prix plus élevé devient plus désirable, ce qui, à terme, poussera encore plus le prix vers le haut. Comme le Chili est dépourvu de prestige, et qu'au contraire il traîne une image négative de vin bon marché venant d'un pays pauvre, il est pris dans un effet Veblen inversé. Pour trouver preneur, il doit vendre la grande majorité de ses vins à des prix nettement inférieurs à la qualité offerte, et ces prix très abordables influencent forcément la perception de qualité. Depuis que je m'intéresse aux vins de ce pays, j'ai pu constater que leurs seuls moments de gloire sont venus en dégustation en pure aveugle. C'est sur ce fait qu'a misé Chadwick avec sa série de dégustations à l'aveugle contre des pointures prestigieuses. Mais malgré de très bons résultats à chaque fois pour ses vins, il n'y a pas eu d'effet dramatique sur la perception générale des vins de ce pays. J'ai expérimenté la même chose à mon échelle. J'ai surpris de nombreux amateurs et professionnels avec des vins chiliens lors de dégustations à l'aveugle au cours des 10 dernières années, mais je n'ai converti personne à la cause des vins de ce pays. La seule explication que j'ai pu tirer de cette expérience, c'est que le prestige joue un trop grand rôle chez l'amateur passionné pour que des vins d'un pays sans prestige puissent avoir un quelconque intérêt. Autant une étiquette considérée inspirante peut attiser l'intérêt pour un vin, autant une étiquette considérée rebutante peut tuer cet intérêt. Plus de 99% des vins que l'ont boit le sont à étiquettes découvertes, la pure aveugle ne peut être là à chaque fois pour briser un préjugé défavorable. Si vous pensez que vous auriez un peu honte de servir un vin chilien à des amis amateurs lors d'un bon repas, il n'y a alors aucune raison de mettre ces vins en cave, peu importe leur prix et leur niveau de qualité. La perception fait foi de tout dans ces circonstances.

Le constat que je viens de dresser sur la perception des vins chiliens est négatif, malheureusement, n'empêche que le paysage vinicole de ce pays continue de se développer et de se diversifier. Il y a aussi eu des progrès commerciaux réalisés au cours de la dernière décennie. Il y a beaucoup plus de vins chiliens de milieu et de haut de gamme qu'avant, même si ça demeure une part de marché très restreinte et que ces vins demeurent quand même sous-évalués. Pour terminer sur une note positive, je joins un lien vers la liste top 10 de l'expert britannique des vins du Chili, Peter Richards. Cette liste est plus un top 10 des coups de cœur de M. Richards, qu'une liste des 10 meilleurs vins du Chili. Il est intéressant de noter la présence de deux vins de Cabernet âgés dans cette sélection. D'abord la cuvée Antiguas Reservas, 1998, de Cousino Macul, un vin que j'ai toujours en cave et un vin de Santa Carolina du millésime 1967. Vous avez bien lu, 1967, dans cette perspective, le Cousino Macul est un bébé. Ça montre que les Cabs chiliens de prix très abordables peuvent vieillir très longtemps. M. Richards inclut dans sa liste un Riesling de Casa Marin. À quand un premier Riesling chilien à la SAQ? Il y a aussi le Pinot Noir, Wild Ferment, 2012, Aconcagua Costa, Errazuriz. Je lisais récemment sur FDV que le Chardonnay, 2011, de la même gamme avait très bien fait à l'aveugle contre des vins Chardonnay bien plus chers de Bourgogne et d'ailleurs. On me reprochera après ça de dire que certains vins chiliens pouraient se vendre beaucoup plus chers s'ils étaient parés d'une étiquette plus prestigieuse. Peter Richards complète sa liste par la Syrah d'entrée de gamme de Vina Leyda. À quand une vraie Syrah de climat frais à prix abordable à la SAQ? Pour ce faire il faut regarder du côté de Vina Leyda, bien sûr, mais il y aussi Vina Falernia, dans Elqui, qui produit des vins aux airs de Côte-Rôtie à moins de 20$.

vendredi 18 avril 2014

FUMÉ BLANC, GRAN RESERVA, 2012, LEYDA, VINA CARMEN




Vina Carmen est un producteur établi au Chili depuis plus d'un siècle, si bien qu'avec le temps on en est venu à oublier le haut niveau qualitatif des vins qu'il produit. Il y a quelques années, Carmen a pris un virage terroir en sortant de la vallée de Maipo qui l'a vu naître. Bien sûr, les vins de Cabernet Sauvignon de la maison viennent toujours de l'Alto Maipo, le meilleur terroir au Chili pour ce cépage, mais les vins issus d'autres variétés proviennent maintenant de différents terroirs mieux adaptés. C'est le cas de ce vin de Sauvignon Blanc qui provient de la région fraîche de Leyda, sur la côte de l'océan Pacifique. Je n'ai pas trouvé de données à propos de millésime 2012, mais pour le 2011, un quart du vin avait été fermenté en barriques de chêne de deuxième usage et le reste en inox. Ce qui explique probablement pourquoi on le désigne comme Fumé Blanc. C'est un vin issu d'un vignoble unique situé à 14 km du Pacifique. La vendange est manuelle et le vin titre à 13% d'alcool.

La robe est de teinte jaune paille avec des légers reflets verdâtres. Le nez est moyennement expressif et exhale des arômes de lime, de fruits de la passion, de bourgeon de cassis, de zeste de pamplemousse et de poivron vert. Il y a aussi un trait floral et un aspect subtil rappelant le conifère, ce qui évoque une légère impression de Riesling. Nez agréable, complexe et bien dosé. En bouche, le vin offre une matière citrique dense et acérée. C'est un vin élancé et sec, marqué par une acidité affirmée et une touche d'amertume évoquant le zeste d'agrume. Oubliez le gras, la rondeur et le moelleux. On a ici affaire à un laser citronné, si bien que le vin ne semble pas très concentré en milieu de bouche, mais la finale montre une longueur incroyable pour un vin de prix si abordable.

J'ai acheté quatre bouteilles de ce vin aujourd'hui car il est actuellement en double promo (circulaire et moins 10%). À 11.65$ après rabais, le risque de déception était très faible, mais loin de me décevoir, ce vin m'a emballé par son profil épuré et sérieux. La qualité est formidable et c'est un RQP de haut vol. Si la bouteille était parée d'une étiquette plus renommée, on parlerait sans gêne de vin de gastronomie et on pourrait facilement doubler son prix. La réalité c'est que le vin vient du Chili et d'un gros producteur en plus. Ça n'a pas de quoi inspirer les amateurs en quête d'image bucoliques et qui aiment rêver terroir. Pourtant, ce vin est bel et bien un vin de terroir. Le climat frais de la région côtière de Leyda transparaît clairement dans son profil. Jamais une région plus chaude aurait pu donner un vin au profil aussi tranchant. En ce sens, ce n'est pas un vin consensus. Il faut vraiment aimer l'acidité marquée dans le vin pour l'apprécier à sa pleine valeur. Le mariage avec un plat approprié pourrait aussi aider à atténuer cet aspect pour ceux que ça dérange. Une température de service plus élevée contribue aussi à calmer ses ardeurs. Quoi qu'il en soit, si ce profil vous convient, il reste une journée pour profiter de cette aubaine formidable. Personnellement, je vais rajouter quelques bouteilles demain. Un vin de cette qualité offert à 11.65$, ça dépasse l'entendement, surtout qu'on aime bien dire que la SAQ n'offre plus de vins à prix très abordables. Dans ce cas-ci, vous avez le prix très abordable, mais une qualité qu'on retrouve habituellement dans des vins d'une gamme de prix plus élevée.


lundi 31 mars 2014

Phase de fermeture: mythe ou réalité?


Je l'avoue, j'ai toujours été dubitatif face à la notion de phase de fermeture associée à l'évolution du vin en bouteille. Je continue de penser que c'est souvent une excuse pour expliquer qu'un vin ne soit pas à la hauteur des attentes. Je pense cela d'autant plus que je garde beaucoup de bouteilles en de nombreux exemplaires que je suis dans le temps et il m'est rarement arrivé de voir un vin changer du tout au tout sur une période de quelques années. Ce que j'observe plutôt, dans la très grande majorité des cas, c'est une évolution graduelle, sans rupture brusque du parcours. Toutefois, il y a de rares exceptions, et je suis tombé ce week-end sur une de ces exceptions qui me font penser que la phase de fermeture peut exister. Pour entamer la fin de semaine, vendredi soir dernier, je décidé d'ouvrir une bouteille d'un vin que j'adore, soit l'assemblage Gran Reserva, 2007, MaipoCosta, de Vina Chocalan. Je voulais voir où il en était dans son parcours et je m'attendais à un vin riche encore sur son profil de jeunesse. Au contraire, j'ai retrouvé dans mon verre un vin peu expressif qui manquait de concentration et d'intensité pour un vin de ce calibre et par rapport aux souvenirs que j'en avais en prime jeunesse. J'étais tellement déçu que j'ai à peine bu 200 millilitres et remis le bouchon sur la bouteille. Le lendemain, je lui ai juste regoûté et il était déjà beaucoup mieux, le surlendemain j'ai terminé la bouteille en retrouvant le vin auquel je m'attendais, concentré, ample, intense et généreux. Un vin expressif qui avait beaucoup de présence en bouche. Tout le contraire de ce qu'il présentait le premier jour. Comment expliquer que le vin était si amorphe le jour de l'ouverture? Je l'ignore, mais il est clair que l'oxygénation prolongée lui a rendu ses attributs. Ceci dit, le premier jour j'avais de la difficulté à croire que ce vin pouvait avoir autant perdu de ses qualités. Comme il m'en reste de nombreuses bouteilles, j'étais plutôt catastrophé. Son retour à la vie était tout aussi surprenant que spectaculaire. J'aimerais bien comprendre au niveau physico-chimique comment un tel phénomène est possible, et pourquoi il se produit pour un vin donné, sur une période donnée. Une expérience comme celle-ci tend à me convaincre que le phénomène de de phase fermeture du vin peut exister, mais comme il est imprévisible, je ne me servirais jamais de cet argument pour excuser un vin décevant. Selon mon expérience, le phénomène est trop rare pour l'invoquer systématiquement. Néanmoins, ça permet de se garder une réserve avant de condamner totalement un vin qui n'est pas à la hauteur des attentes. C'est aussi un autre facteur qui milite pour la garde de multiples bouteilles d'un même vin.



jeudi 27 mars 2014

Le rôle du critique


 Il y a longtemps que je n'avais pas écrit de texte éditorial sur ce blogue, mais aujourd'hui je suis tombé sur un texte sur le site Vin Québec qui m'a donné le goût de réagir. Marc-André Gagnon nous dit dans ce texte que toute critique, bonne ou mauvaise, est positive. À le lire, c'est comme si le critique avait la vérité absolue dès qu'il goûte un vin et qu'il se doit de la partager pour prévenir ses lecteurs d'un danger à éviter. Je pense que ce raisonnement fait abstraction du goût personnel, de la subjectivité, de la variabilité du vin dans le temps et des variations de capacités sensorielles qui existent entre dégustateurs. Personnellement, je ne commente que les vins que j'aime, et je ne crois pas, loin de là, avoir la vérité absolue. Par exemple, je déteste les vins phénolés élaborés à l'aide de levures Brettanomyces. Pour moi c'est un défaut clair, mais je sais aussi qu'un bon nombre de vins renommés et appréciés sont élaborés avec le concours de ce type de levures. Je pourrais bien chercher ce type de vins et les décrier comme mauvais sur mon blogue, mais à quoi cela servirait-il? Je sais que certains amateurs aiment ces arômes, et que d'autres ne les perçoivent guère. À quoi bon penser que mon dédain pour ces arômes s'applique à tout le monde? C'est là un exemple, mais il pourrait en être de même à propos de choses que j'aime dans le vin, mais qui pourraient déplaire à d'autres.

Je pense que les critiques émettent des opinions à propos des vins qu'ils dégustent, et que ceux qui les lisent doivent déterminer à l'usage et dans la durée si un critique est crédible pour eux. Il faut voir si on partage une sensibilité commune par rapport à ce qu'on aime dans le vin. Il y a aussi l'aspect de la garde du vin qui est important. Hors des classiques européens à la feuille de route bien connue, peu de critiques savent vraiment de quoi ils parlent en cette matière. En ces temps où l'idéologie joue un grand rôle dans les opinions émises par certains critiques, je pense qu'il faut aussi connaître le positionnement d'un critique à cet égard pour pouvoir prendre ce qui nous convient dans ses propos. Par exemple, j'aime bien lire le blogueur britannique Jamie Goode. C'est un défenseur du minimalisme dans l'élaboration du vin, et un promoteur des vins dits naturels. Je ne partage pas sa vision à ce sujet, et quand je vois le militant ressortir dans ses écrits, je décroche. Ceci dit, et de façon paradoxale, Goode aime aussi les grands classiques européens qui n'ont rien de "naturel". C'est là qu'il est facile de voir où il faut en prendre et en laisser. Si je continue de lire Jamie Goode, c'est qu'il n'est pas condescendant avec les vins du Nouveau-Monde, à part peut-être ceux du Chili... Pour lui c'est une partie importante et légitime du monde du vin et Goode est une bonne source pour en apprendre plus sur les vins de Nouvelle-Zélande, d'Afrique du Sud et d'Australie. Finalement, même si je n'aime pas le système de notation sur 100 qu'il utilise. Les hautes notes qu'il octroie souvent à des vins de prix très abordables concordent avec ma conviction qu'il y a moyen de très bien boire sans se ruiner et que l'écart entre un bon vin de prix abordable bien choisi et les vins cultes ou prestigieux hors de prix n'est pas si grand. J'utilise l'exemple de Jamie Goode, qui n'est pas le critique le plus connu, pour démontrer que le lecteur peut très bien lire entre les lignes en prenant ce qui lui convient chez un critique. La vérité absolue n'existe pas, et les critiques comme les amateurs ont des opinions et des sensibilités bien personnelles.

Pour revenir à l'utilité, ou non, des critiques négatives, si j'écrivais un guide annuel du vin, je pense qu'il serait important de parler des vins que je n'ai pas aimé, car le but dans ce cas est d'offrir un portrait exhaustif de l'offre en matière de vin. Mais pour avoir acheté le Guide du Vin de Michel Phaneuf pendant plusieurs années, à mes débuts, j'ai vite été en mesure de juger des limites d'un tel exercice. Toutefois, cela m'a aidé à me connaître comme dégustateur, à voir là où j'étais d'accord, et là où je divergeais. Ce qui fait qu'aujourd'hui je peux assez facilement déterminer si une critique me semble crédible par rapport à ce qui compte pour moi. L'expérience et la connaissance de soi comme dégustateur offre une grille de décodage pour les opinions de critiques, qu'elles soient positives ou négatives. J'ai tellement lu de critiques tièdes ou négatives à propos de vins que j'aime, que je sais qu'une critique négative n'est pas une vérité absolue. C'est aussi pourquoi j'aime tant la dégustation en pure aveugle. Sans aucune autre référence que le vin lui-même, bien des critiques négatives pourraient devenir positives, et vice versa.


mercredi 26 mars 2014

SHIRAZ, RESERVA, 2004, LIMARI, VINA TABALI




J'ai beau être le plus fervent défenseur du potentiel de garde des rouges chiliens, en particulier ceux de prix abordables, il y a toujours en moi une part qui doute encore. Après avoir recommandé l'achat de cette Syrah, Reserva, de Tabali pour une garde allant jusqu'à 15 ans, dans la section commentaires de l'entrée précédente, ma part de doute a pris le dessus. Cette part me murmurait que j'avais peut-être été présomptueux dans ma recommandation. Ça disait : "Es-tu sûr de ne pas avoir exagéré?" Pour en avoir le cœur net j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de cette cuvée avec du millage au compteur. Impossible d'en avoir une gardée 15 ans, le premier millésime de cette cuvée date de 2002 ou 2003. Quand même. Le vin est à mi-chemin du parcours que j'anticipe possible pour lui, son état actuel devrait pouvoir indiquer si il pourra parcourir le reste du chemin en arrivant comme il faut à destination. Dans les premiers millésimes ce producteur désignait son vin sous l'appellation Shiraz. Il s'est depuis ravisé pour Syrah. Selon mon expérience de ce vin, il se situe quelque part entre ces deux archétypes, avec au surplus un profil bien distinct. Un autre millésime trop vieux pour retrouver des détails sur le web à propos de son élaboration. L'étiquette indique qu'il titre à 14% d'alcool.

Le vin montre une coloration encore bien soutenue, sans signes évidents d'évolution. L'aspect aromatique est quant à lui très typique de cette cuvée. C'est le genre de vin au profil si distinctif que pour le décrire on aurait envie de dire que ça sent la Syrah de Tabali. Le genre de vin qui pourrait très bien faire paraître un habitué à l'aveugle. Si je devais tenter de mettre des mots sur mes impressions, je dirais que c'est un mélange de fruits rouges un peu confits, de rôti de bœuf, de poivre noir, de fumée et de muscade, complété par de légères notes florales rappelant un peu la lavande. Il n'y a pas encore d'arômes tertiaires dans ce nez étonnamment jeune. Cela se poursuit en bouche où le vin montre encore une belle vigueur. Il a perdu de sa rondeur de jeunesse tout en gagnant en densité. On retrouve donc un vin mariant dans une juste mesure fruité et amertume, tout en intégrant un agréable aspect épicé. Cependant, comme la plupart des vins qui gagnent en âge, l'épuration de ses lignes lui donne un air plus strict. Un vin sérieux donc, bien concentré et avec une belle finesse tannique. La finale est intense et longue avec les tanins qui se font sentir à la toute fin sur des relents d'amertume.

Je n'avais pas raison de douter. Ce vin aurait facilement pu évoluer 15 ans en bouteille. Il est surprenant de jeunesse pour un vin de ce prix, même dans le contexte des RQP chiliens favorables. Il est encore assez loin du style fondu des vins âgés que je considère à point. Par rapport à ce qu'il donnait en jeunesse il est plus droit et dense et a perdu de son charme primaire pour adopter un style plus sévère. Le 2011 est présentement disponible en tablettes à la SAQ au prix régulier de 16.45$. Un vin qui peut donc facilement être acheter pour 14.80$ lors d'une promo – 10%. Je n'ai pas encore goûté le 2011, mais j'avais bien aimé les millésimes précédents. C'est un vin qui a gagné en qualité depuis 2004, l'âge des vignes aidant, et avec l'embauche en 2006 de Felipe Muller, un jeune œnologue talentueux qui a fait ses classes chez De Martino avec le réputé Marcelo Retamal. Les prix des bons vins sont à la hausse à la SAQ, mais cette Syrah Reserva est clairement une exception qui vaut la peine qu'on s'y arrête. Un vin de moyenne garde offert à un prix incroyable.


samedi 22 mars 2014

CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2001, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA




Une bouteille de ce classique chilien qui commence à avoir un peu d'âge. En tout cas, trop vieux pour trouver de l'information précise au sujet de ce millésime sur le web. L'étiquette dit qu'il titre à 13.5% d'alcool. C'est le petit frère du Casa Real, le Cab haut de gamme de Santa Rita, et il provient du même vignoble de Alto Jahuel dans le haut Maipo. Sur le site de Santa Rita on évoque un potentiel de garde de 8 à 10 ans pour ce vin. Ça me semble très conservateur selon mon expérience avec cette cuvée.

La robe est encore bien colorée, mais on peut dénoter des traces d'évolution par l'aspect orangé et légèrement translucide du pourtour du disque. Le caractère olfactif du vin est très typique du cépage avec des arômes de cassis, de cerise et de tabac. Cette base est complétée par de subtiles notes terreuses, ainsi que de bois brûlé/vanille, de poivron vert et de camphre. Un nez complexe, axé sur la finesse, clairement en cours d'évolution, mais sans notes de feuilles mortes et de thé souvent associées aux vins qui prennent de l'âge. En bouche, on retrouve un vin encore bien en chair qui montre une belle densité de matière. Les saveurs sont intenses, avec un mariage très réussi entre le fruit, l'amertume et l'aspect épicé. Le milieu de bouche confirme le caractère sérieux de ce nectar qui combine juste concentration et volume contenu. Le style est classique, les lignes épurées et la trame tannique à la fois fine et ferme. Le plaisir est donc un peu austère, mais cela n'empêche pas le vin de couler facilement pour qui, comme moi, aime le Cabernet Sauvignon qui s'assume. Cette identité forte ne pâlit pas en finale, au contraire, le caractère du vin y est affirmé avec plus d'emphase sur une persistance de très bon calibre.

J'écris moins sur ce blogue car les vins les plus intéressants que je bois actuellement sont des rouges chiliens avec un certain âge et si je commentais chacun d'eux, je tomberais totalement dans la redite. J'ai choisi de commenter ce Medalla Real car pour moi c'est l'archétype du Cab de Maipo de type Reserva. Aussi, il est disponible à la SAQ pour un prix relativement stable depuis les 15 dernières années. J'ai payé ce 2001, 19.45$, et le 2010 est actuellement offert à notre monopole pour 19.95$. À une époque où l'on se plaint du coût toujours à la hausse des classiques européens, ce Cab chilien est une des meilleures solution de rechange sur le marché. Ce 2001 est superbe à ce stade, mais il est très loin du déclin et a tout ce qu'il faut pour évoluer avec grâce pour au moins dix autres années. Excusez-moi de me répéter encore une fois, mais ce vin n'a rien à envier à des bordeaux ou des Cali-Cabs vendus plusieurs fois son prix. Plus ces Cabs chiliens prennent de l'âge et plus ils se recentrent sur les caractéristiques universelles du cépage. J'ai souvenir d'avoir confondu des experts en 2009, avec le millésime 2000 du Medalla Real, lors d'une dégustation comparative Chili-Californie organisée par Bill Zacharkiw du journal The Gazette. Ces experts pensaient alors avoir affaire à un bordeaux de haut niveau, et bien ce 2001 est au moins du même calibre et il est quatre ans plus vieux que ne l'était le 2000 en 2009. Il faut donc foi et patience pour commencer à mettre de côté ce type de bouteille. Il faut aussi renoncer à l'aspect prestige du vin et s'en tenir au contenu de la bouteille.

samedi 8 février 2014

CARMENÈRE, ESTATE, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



Ce vin est le premier millésime de pur Carmenère produit par Errazuriz dans sa gamme de base "Estate". Depuis il y a des vins de Carmenère à tous les niveaux du portefeuille de ce producteur, dont une cuvée "SingleVineyard" qui est excellente et dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. Dans le cas de cette cuvée "Estate", 2003, Errazuriz en était donc encore à l'étape d'apprentissage même si les vignes avaient quand même 10 ans, ayant été plantées en 1993. Peut-être avaient-elles été plantées en pensant qu'il s'agissait de Merlot, ce qui expliquerait que la première cuvée identifiée comme Carmenère ne soit venue que 10 ans plus tard. Ce vin a été élevé sept mois en barriques de chêne français et américains, à parts égales. Il titre à 14% d'alcool pour un pH assez élevé de 3.76. Dès sa sortie, le producteur évoquait un potentiel de garde de 10 ans pour ce vin. Je pense bien être un des rares qui aura mis cette estimation à l'épreuve.

La robe est de teinte grenat encore bien soutenue, mais un aspect translucide légèrement orangé apparaît au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe et très complexe avec une palette d'arômes mi-évolués où l'on retrouve un beau fruit rouge subtil, amalgamé à des notes de sous bois, d'encens, de camphre et de café. Il y a aussi un léger aspect floral et un côté épicé évoquant la vanille, la fumé et le sucre brûlé. Vraiment un très beau nez, tout en finesse, le genre qui nous active un ressort dans le bras qui nous fait y revenir inlassablement. Le charme opère de la même façon en bouche où l'on retrouve un vin délicat, tout en finesse. La matière est fondue et la texture est lisse. Ceci dit, les saveurs sont encore bien vivantes et forment un très heureux mariage. On y retrouve une bonne dose de fruit rouge mi-évolué, appuyé sur une juste touche d'amertume, et auquel s'entremêlent des notes de thé et d'épices douces. Le milieu de bouche met en valeur le côté aérien de ce nectar. Ça ne manque pas de concentration, mais la puissance n'est pas à l'ordre du jour. Le vin joue dans un autre registre où le temps a arrondi les angles et allongé les formes, tout en le délestant de manière a obtenir l'équilibre souhaité. La finale confirme avec délicatesse et persistance sur des relent de fin chocolat noir.

Excusez les excès de ma description ci-haut, mais il y a des bouteilles qui suscitent l'enthousiasme et celle-ci le mérite pleinement. Qu'un vin d'entrée de gamme de moins de 15$ puisse donner un tel résultat presque 11 ans après la récolte des fruits dont il est issu est simplement renversant. Ce vin résume ce pourquoi je continue de m'intéresser aux vins du Chili. Ça explique aussi pourquoi ma cave en est pleine. Mon seul regret c'est d'avoir ouvert cette bouteille en solitaire, car dans une dégustation en pure aveugle il aurait déculotter bien sceptiques. Ce vin est actuellement dans la phase que je préfère, avec l'affinage et la complexification qu'apporte le temps en bouteille, mais sans que cela ne se fasse au détriment du fruit. Les divers éléments du vin se sont transformés de façon à offrir un nouvel équilibre. Ce vin n'a rien à voir avec ce qu'il donnait en prime jeunesse où il montrait un côté végétal très marqué. Le mot métamorphose dans son cas n'est pas exagéré. Il a donc un potentiel de garde et un niveau qualitatif totalement hors de proportion par rapport à son prix. Hélas, ce vin rappelle aussi l'incapacité du Chili comme nation vinicole à faire connaître le potentiel de garde de ses vins rouges de prix abordables. Malheureusement, la seule façon de constater ce potentiel, c'est d'acheter une bouteille comme celle-ci et d'avoir la patience et la foi de la garder de huit à dix ans au cellier. Combien d'amateurs seront prêts à faire cet acte de foi? Selon mon expérience, très peu, car même surpris à l'aveugle, l'effet repoussoir de l'origine sans prestige du vin jouera ensuite son rôle. J'ai surpris bien des amateurs à l'aveugle avec des vins comme celui-ci, mais ça n'a pas fait d'eux des convertis aux vertus des vins de ce pays. C'est malheureusement le catch 22 dans lequel le Chili est pris. Les amateurs ne sont généralement pas intéressés à garder des vins sans prestige, si bons puissent-ils être, et le consommateur moyen n'a rien à faire d'un vin de ce genre car il n'est pas intéressé par la garde. Donc, au final, les seuls efforts des producteurs chiliens pour promouvoir le potentiel de garde de leurs vins se fait avec des bouteilles coûteuses qui jouent sur l'effet Veblen pour acquérir un peu de crédibilité. C'est le cas justement de Errazuriz qui promeut le potentiel des vins très chers du groupe, alors que des vins comme celui-ci, et bien d'autres continuent d'être bus seulement en prime jeunesse. C'est bien dommage.