mercredi 15 avril 2015

Le biologique, un problème, vraiment?

Ceux qui lisent ce blogue avec régularité savent que je suis aux antipodes du courant actuellement à la mode du vin dit naturel. J'ai aussi de grosses réserves à propos du côté ésotérique de ce qu'on appelle la biodynamie. Vin "naturel" et biodynamie vont souvent de pair. J'ai aussi toujours été contre le vin élaboré avec un souci d'intervention minimale. J'ai toujours été pour le vin élaboré de façon raisonnable, biologique si c'est possible, mais pas nécessairement biologique. En résumé, j'ai toujours été contre le vin idéologique. Contre le vin où l'on tente de nous faire croire que l'intervention humaine est nécessairement mauvaise. Contre le vin où l'on compromet la qualité pour rester fidèle à des idéaux creux.

Voilà. telle est ma position sur le sujet, et j'en ai toujours eu contre les défauts issus de cette idéologie d'intervention minimale et de bienveillance de la nature. J'en ai toujours eu contre les vins brettés, oxydés et instables dès qu'ils sont exposés à des températures excédant 12 degrés Celcius. Voilà donc que je tombe aujourd'hui sur un texte de Marc-André Gagnon sur Vin Québec qui rapporte ses déboires avec des vins biologiques. J'aimerais dire à M. Gagnon que ce n'est pas le concept de vin biologique qui est en cause pour expliquer la faiblesse générale des vins de cette catégorie. Quand je parle de faiblesse, je parle du manque de résistance de plusieurs de ces vins hors des conditions idéales de garde. Le concept de vin biologique n'exclut pas de sulfiter le vin de manière suffisante. Il n'exclut pas non plus de filtrer le vin avant la mise en bouteille. Si vous sulfitez peu, et ne filtrez pas non plus, alors vous ouvrez la porte à toutes sortes de problèmes par la suite. Si vous élaborez un vin de la sorte, vous devriez vous assurer qu'il soit ensuite traité comme un produit périssable. Le problème c'est que plusieurs tenants du bio font dans la pensée magique et font fi de principes scientifiques de base. La diabolisation des sulfites est une aberration. Les sulfites sont un produit naturel. La fermentation alcoolique en produit une bonne dose. De plus, les sulfites disparaissent du vin avec une période de garde de 7 à 10 ans. Une cave à vin remplie de vins d'un certain âge est encore le meilleur moyen de boire du vin sans sulfites, mais du vin qui en a contenu auparavant et qui a permis une saine constitution de celui-ci au moment de le déguster.

Je sais que ce petit blogue n'a aucune influence et que je prêche dans le désert, mais il faut arrêter avec le délire de la non intervention et de la nature bienveillante. Je sais qu'on vit dans un monde où plein de produits alimentaires sont traficotés. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans la paranoïa. Il existe une multitude de vins élaborés en toute intégrité par des producteurs consciencieux dont le seul but est d'offrir un produit de haute qualité, sans "manipulations". La majorité des producteurs de bonne réputation élaborent leurs vins de manière raisonnable. Viticulture raisonnée et même approche au chai. On ne fait que ce qui est nécessaire. La qualité du vin repose dans l'équilibre, c'est vrai pour le goût du vin, mais c'est vrai aussi pour la manière dont il est élaboré. Oui il y a des producteurs qui fabriquent des vins purement industriels, mais ils sont assez faciles à identifier et à éviter. Cependant, il y a aussi nombre de producteurs qui tentent de surfer sur la vague de la pseudo vertu naturelle en omettant de faire ce qu'il faut pour élaborer du vin stable et de qualité. Ceux-ci abusent autant des consommateurs que les fabricants de vins "manipulés". Comme on dit, trop c'est comme pas assez, et ce qui s'éloigne de la juste mesure, d'un côté ou de l'autre, finit par se rejoindre et être, en un sens, du pareil au même, soit du mauvais vin.



P.S.: Félicitations à Marc-André Gagnon d'avoir écrit un texte qui expose les faiblesses d'une catégorie de vins qu'il affectionne. Ceci dit, je le répète, ce n'est pas le concept de vins biologiques qui est en cause. Le vin bio bien élaboré, assez sulfité et filtré de manière adéquate, au besoin, sera tout aussi stable qu'un vin conventionnel.

jeudi 2 avril 2015

SAUVIGNON BLANC, OUTER LIMITS, 2013, ZAPALLAR, ACONCAGUA COSTA, VINA MONTES



Je poursuis, quand je le peux, mon exploration des nouveaux terroirs chiliens. Cette fois c'est avec un vin de la région de Zapallar située sur la côte du Pacifique, dans la région de l'Aconcagua Costa, quelques dizaines de kilomètres au nord des vignobles du pionnier de cette région, Errazuriz. Le vignoble de Montes est aussi plus proche de l'océan, à seulement 7 km de la côte. Le vin a été élaboré en inox avec élevage sur lies et est issu d'un millésime particulièrement frais. Le résultat est un vin qui titre à seulement 12.5% d'alcool, pour un pH de 3.22 et est bien sec à 2.54 g/L de sucres résiduels.

La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez est modéré tout en montrant un profil aromatique particulier qui évoque pour moi un assemblage improbable de Sauvignon Blanc et de Riesling. On détecte des arômes de citron, de fruits de la passion, de conifère, de roche mouillée et de poivron vert. Un beau nez difficile à bien décrire et qui se démarque des différents styles SB chiliens que je connais. La bouche montre aussi un profil particulier pour un vin de climat si frais. L'acidité n'y est pas aussi marquée que ce que l'on rencontre habituellement dans ce genre de vin. Le tout demeure bien vif, mais pas tranchant. Le vin montre aussi une certaine rondeur avec un léger gras qui contribue probablement à adoucir la perception de l'acidité. Le saveurs sont dominées par l'aspect citronné. L'ensemble est intense et avec un bon niveau de concentration. La finale est à l'avenant avec une très bonne persistance.

Vin irréprochable de Vina Montes qui offre aussi sa part d'originalité. Ceci dit, pour moi il lui manquait quelque chose pour être un vin impressionnant. Vous me direz que j'en demandais beaucoup à un vin payé 19.95$. C'est vrai, mais quand explore et qu'on touche à un vin d'un lieu inédit, il y a une part de soi qui demande à être impressionnée. Ce ne fût pas le cas ici, mais le vin n'en demeure pas moins à la hauteur au plan qualitatif, et il exprime clairement la fraîcheur du climat d'où il est issu. Au prix payé il constitue un bon achat, mais le Chili offre certains vins de ce cépage, du même niveau, pouvant être achetés pour quelques dollars de moins.


samedi 28 mars 2015

CARMENÈRE, RESERVA, 2012, ELQUI, VINA FALERNIA



Falernia est un de mes producteurs chiliens favoris. Avec Vina Leyda c'est celui que je voudrais voir sur les tablettes de la SAQ. La maison offre des vins de très haute qualité à des prix très abordables. Dans le cas présent nous avons droit à un vin de Carmenère élaboré en utilisant la méthode vénitienne de l'appassimento qui consiste à partiellement sécher les raisins avant la vinification. L’œnologue en chef de Falernia, Giorgio Flessati, est italien, cela explique donc l'influence qui préside à l'élaboration de ce vin. Les raisins pour ce vin proviennent d'un vignoble situé dans la partie intérieure et plus chaude de la vallée de Elqui. Les vignes ont 10 ans d'âge et sont plantées à 2100 pieds d'altitude sur le lit desséché d'une rivière. La vendange est très tardive, soit au début juin, l'équivalent de début décembre pour l'hémisphère nord. La fermentation alcoolique a lieu en inox et l'élevage en barriques de chêne américain de haute qualité, fabriquées par un tonnelier français, pendant 6 à 8 mois. Le vin titre à 15% d'alcool, pour un pH de 3.73 et demeure sec à 3.9 g/L de sucres résiduels.
 
La robe bien colorée, mais légèrement translucide. Le nez est bien dégourdi et dégage des arômes de cerises, de figues et de raisins séchés, ainsi que de camphre et de chocolat noir. À cela s'ajoute un léger aspect évoquant la viande crue. L'aspect végétal généralement associé à ce cépage est totalement absent ce qui laisse présager un vin au fruité mature. Cela se confirme dès le premier abord en bouche où on retrouve un vin ample et velouté déployant un doux fruité très agréable qui se mêle à une belle amertume. Cerise et chocolat noir se marient pour produire une très bel effet gustatif. Le niveau de concentration est très bon, mais sans lourdeur où impression de puissance. C'est un vin de pur plaisir, gourmand, qui dégage une impression de douceur et qui glisse sans effort. L'alcool est perceptible mais bien absorbé par la richesse de la matière et il n'y a pas de côté brûlant, même à température plus élevée. La finale est riche, longue et harmonieuse, avec l'aspect amer de chocolat noir qui y gagne un peu en importance.

Le vin rouge montrant des accents de douceur a mauvaise réputation au Québec. Du moins, dans la presse spécialisée, et s'il ne provient pas de la Vénitie. Ici on a un œnologue italien qui a décidé d'amener avec lui au Chili son héritage italien et de l'adapter à un cépage bordelais tardif et au terroir particulier de la vallée d'Elqui. Le résultat est un vin particulier axé sur la maturité et la douceur du fruit, le tout avec des tanins veloutés et un taux d'alcool conséquent. À 3.9 g/L de sucres résiduels le vin est théoriquement sec, mais la maturité du fruit, l'alcool, le glycérol, la faible acidité et le chêne américain se combinent pour donner une impression lisse de douceur à l'ensemble. C'est un vin de plaisir dans un style riche et bien poli. Il n'y a rien qui accroche et les douces saveurs sont très séduisantes. J'ai toujours perçu ce style de "vin friandise" comme légitime, voire même essentiel. De temps en temps j'aime ouvrir une bouteille de ce genre qui me fait penser à un Porto sec et moins alcoolisé. Comme quoi en matière d'alcool tout est relatif. Je sais que je suis redondant avec mes commentaires sur la diversité chilienne, mais un vin comme celui-ci est une autre pierre à incorporer à cet édifice. Les vins de Falernia comptent parmi les plus distinctifs du Chili. La vallée d'Elqui permet d'élaborer des vins très différents selon la distance qui sépare les vignobles de la côte. La Syrah de ce producteur, de style Rhône nord, est fabuleuse et un Pinot Noir, qu'on dit de style bourguignon, issu de très jeunes vignes, et récemment mis en marché dans sa version 2013 s'attire des éloges nombreux. Ceci dit, l'élément le plus incroyable avec les vins de Falernia c'est leurs prix. J'ai acheté ce Carmenère en Ontario pour le prix ridicule de 17.95$ la bouteille. Croyez-moi, s'il venait d'une région réputée il se vendrait beaucoup plus cher.

mercredi 25 mars 2015

Quel est le mandat de la SAQ?

Il y a depuis longtemps au Québec un mouvement qui en a contre la SAQ et son statut de monopole. Je pense que du point de vue d'un amateur de vin la SAQ est critiquable à plusieurs égards, mais ce qu'on oublie trop souvent c'est que le mandat premier de cet organisme d'état n'est pas de servir au mieux le consommateur, mais bien de chercher le meilleur compromis permettant de servir le consommateur adéquatement tout en rapportant le plus possible dans les caisses du gouvernement du Québec. Le but premier de la SAQ est donc de vendre de l'alcool, surtout du vin, en rapportant le plus d'argent possible au gouvernement, et ce, en soulevant le moins de grogne possible pour que le système puisse continuer d'opérer de la même façon.

La solution qui a été adoptée par la SAQ pour remplir son mandat est de faire le plus d'argent possible avec le buveur de vin occasionnel, celui qui ne s'intéresse pas vraiment à ce liquide, et de servir de façon correcte l'amateur avisé en prenant une marge de profit plus faible sur les vins plus haut de gamme et en offrant des rabais de 10% de façon occasionnelle. Comme ça la majorité des amateurs de vin plus sérieux peuvent trouver leur compte avec la SAQ, et ce faisant ne rechignent pas trop, alors que les buveurs de vins bas de gamme, eux, paient la note sans mot dire car pour eux le vin est un produit de consommation comme un autre. Ainsi la SAQ fait un maximum de profit en vendant des vins de dépanneurs, des vins en vrac embouteillés ici, et autres vins bas de gamme. La SAQ semble se dire que ceux qui achètent ces vins ne savent pas juger du niveau de qualité de toute façon, alors aussi bien profiter de ces victimes semi-consentantes. Si tous les acheteurs de vins connaissaient vraiment le sujet, les vins de dépanneurs et autres piquettes disparaîtraient car personne n'en achèterait. Il y a donc une prime à l'ignorance et au manque de goût qui est imposée à l'acheteur de vin au Québec. Une prime aussi au manque de moyens financiers. Ceci dit, il y a moyen de bien boire à prix abordable, mais pour ce faire le consommateur doit connaître son sujet et être prévoyant, en profitant des promotions périodiques pour faire le gros de ses achats.

Tout cela nous ramène à la case de départ, est-ce que l'on doit blâmer la SAQ ou le gouvernement? En poussant le raisonnement encore plus loin on pourrait se demander si il y a vraiment quelqu'un à blâmer. Boire du vin demeure un luxe. Ce n'est pas un produit essentiel. Comme je l'ai mentionné, la SAQ offre la possibilité de bien boire à bon prix, mais pour cela le consommateur doit être bien avisé et tirer profit des échappatoires qu'offre le système. Nous sommes donc dans un système où le consommateur doit faire un effort pour s'en tirer au mieux. Ceux qui ne le font pas sont des victimes presque consentantes. L'offre de la SAQ est clairement à deux niveaux. Un niveau correct pour ceux que le vin intéresse, et un niveau clairement déficient pour ceux qui sont prêts à l'accepter, parfois sans le savoir, mais ignorance rime ici avec acceptation.

Donc, au final, on peut bien taper sur la SAQ, mais celle-ci suit le mandat donné par le gouvernement. À ce propos, soyez assurés qu'aux prochaines élections aucun parti n'aura comme élément de programme une réforme de la SAQ axée sur le mieux boire à meilleur prix pour tous. Ce qui veut dire qu'avec les problèmes budgétaires le mandat du gouvernement à la SAQ n'est pas à la veille de changer. Du vin-arnaque continuera d'être offert à profusion sur le marché québécois et la responsabilité de l'éviter continuera d'incomber aux consommateurs. De plus, il y a une bonne proportion de la population pour qui le vin sera toujours un produit générique interchangeable et pour lequel on doit payer peu. Donc, il y aura toujours un bassin de consommateurs pour perpétuer le système actuel. En ce sens, je ne comprends pas les chroniqueurs-vin sérieux qui font des vins très bas de gamme leur cheval de bataille et leur arme pour attaquer la SAQ. Quand j'ai commencé à m'intéresser plus sérieusement au vin, il y a une quinzaine d'années, 12$ la bouteille était déjà le seuil séparant les vins très ordinaires des vins de meilleure tenue. Il y a toujours des exceptions à cette règle, bien sûr, mais de se battre aujourd'hui pour plus de vins de ce prix n'a simplement pas de sens. Le nouveau seuil de respectabilité est maintenant autour de 15$ la bouteille au Québec, dépendant du type de vin. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais il me semble que le combat devrait être d'exiger plus de vins de haute qualité entre 15$ et 20$ et moins de vins génériques vendus à prime car ils ont une appellation reconnue sur l'étiquette.


mercredi 18 mars 2015

CHARDONNAY, MEDALLA REAL, 2013, LEYDA, VINA SANTA RITA



Ce vin est un monocépage, mais en même temps un vin d'assemblage. Il combine des raisins issus de deux terroirs bien distincts, Leyda et Limari. 80% des raisins viennent d'un vignoble côtier très frais de la région de Leyda, aux sols granitiques et argileux, qui n'accumule que 1120 degrés/jour, le 20% restant provient d'un vignoble plus tempéré de la région de Limari qui accumule un total de 1540 dégrés/jour et qui possède un sol sablonneux contenant du calcaire. Le clone Mendoza est utilisé à Leyda et le clone français 242 est utilisé à Limari. Donc, ce vin est issu du mariage de deux entités très différentes, où le terroir de Leyda est très majoritaire et devrait marquer le style. La fermentation alcoolique est débutée en cuves d'inox avec des levures indigènes (45%) et sélectionnées (55%), et se poursuit ensuite en barriques de chêne français, 25% neuves, le reste étant des barriques de deuxième, troisième et quatrième usage. 25% du vin effectue une fermentation malo-lactique. Le vin est élevé 9 mois sur lies, en barriques, avec bâttonage hebdomadaires. Le titre alcoolique est de 13.5%, pour un pH de 3.2, et un taux de sucres résiduels de 1.5 g/L, ce qui en fait un vin très sec.

La robe est de teinte légèrement dorée. Le nez est modéré dans son expression et exhale des arômes de pomme et de poire, avec juste une touche de pêche. À cela s'ajoute un léger trait citronné, une note de fumée, un peu de caramel et un aspect évoquant le bord de ruisseau. En bouche on retrouve un vin de corps moyen, bien équilibré, avec une palette de saveurs qui reflète bien ce qui est perçu au nez. Une impression de retenue, de délicatesse et de souplesse se dégage de l'ensemble. Le niveau de concentration est bon, mais les saveurs n'ont pas l'intensité qu'on retrouve dans beaucoup de vins chiliens. La finale est harmonieuse et longue, avec un aspect boisé/épicé, jusque là peu perceptible, qui fait un peu sentir sa présence.

Ce vin est un bel exemple de la diversité stylistique croissante au Chili et du niveau de confiance à la hausse chez les producteurs qui se permettent maintenant des vins de ce genre. Celui-ci montre un profil aromatique de climat très frais, mais avec une acidité bien intégrée qui permet d'obtenir une impression tactile de souplesse et de délicatesse. Il n'y a rien d'agressif ou de flamboyant dans ce nectar marqué au sceau de la modération et de l'élégance. Je me disais que c'est le genre de vin qui risquerait de mal sortir en dégustation à l'aveugle tellement il n'est pas spectaculaire. Ceci dit, il a été très bien paru dans ces circonstances aux derniers « Wines of Chile Awards », s'en tirant avec une médaille d'or. James Suckling lui a aussi attribué une note de 92. Je ne suis prête pas trop foi aux médailles et aux notes, mais ça montre quand même que ce vin peut tirer son épingle du jeu malgré son style réservé. Personnellement, je ne donne pas de notes, mais je placerais ce vin un cran en dessous des meilleures cuvées de Chardonnay du Chili, mais pour le prix demandé en Ontario de 17.95$, il s'agit d'un très bon RQP. Il me reste une bouteille de millésime 2008 en cave et ce vin a très bien évolué, c'était toutefois un vin 100% Limari et assez différent de ce 80% Leyda. Dans une récente dégustation comparative du magazine Decanter, le Chili est ressorti comme une destination de choix pour l'amateur recherchant des vin de ce cépage offrant un RQP supérieur. En combinant le Chili et l'Afrique du Sud, l'amateur avisé peut se monter cave variée, intéressante et abordable de vins de ce cépage, des vins de très belle qualité offerts à des prix imbattable et qui peuvent vieillir sans problèmes d'oxydation prématurée.




samedi 14 mars 2015

CABERNET SAUVIGNON, 2011, COLCHAGUA, VINA MAQUIS



Vina Maquis est un producteur chilien intrigant situé au cœur de la chaude vallée de Colchagua, mais qui se distingue de ses voisins en produisant des vins aux taux d'alcool modérés, issus de vendanges hâtives. Tout est relatif, bien sûr, mais chez Maquis on cueille le raisin environ un mois plus tôt qu'ailleurs aux alentours. L'explication de cette façon de faire semble découler du fait que le producteur est conseillé depuis 2004 par un consultant réputé, soit le français Xavier Choné, qui a comme clients des noms très réputés (DRC, Cheval Blanc, Yquem, Opus One, etc.), et qui prône cette approche. Vina Maquis est son seul client sud-américain. Pour ce qui est du vin dont il est question ici, il contient 10% de Petit Verdot et est issu d'un vignoble situé entre deux cours d'eau, soit la rivière Tinguiririca et le ruisseau Chimbarongo. L'élaboration du vin inclut la vendange manuelle, une macération pré-fermentaire à froid, des fermentations alcoolique et malo-lactique consécutives en inox. Ensuite 50% du vin est élevé pendant 10 mois en inox et l'autre moitié en barriques de chêne de deuxième et troisième usage. Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH surprenamment élevé de 3.83 et est très sec avec 2.6 g/L de sucres résiduels.

La robe est foncée et opaque. Le nez est discret avec des arômes de fruits noirs et de graphite, complétés par une touche doucement épicée et une pointe torréfiée. Plutôt simple comme nez à ce stade et vraiment peu démonstratif. En bouche, l'attaque est ferme, la matière dense et le fruité sévère, aidé en cela par une bonne dose d'amertume. Le milieu de bouche confirme un bon niveau de concentration et la structure compacte de l'ensemble. Les tanins sont solides et légèrement texturés. La finale confirme l'austérité de ce nectar, sur une bonne longueur et des tanins qui se resserrent.

Ce vin n'est clairement pas, à ce stade précoce, un vin de pur plaisir. Certains le qualifieraient de fermé. Je l'ignore car je ne sais pas ce que le vin aura l'air dans quelques années. Toutefois, pour moi, il est clair que c'est un vin qui détonne de la norme actuelle au Chili. La vendange hâtive semble marquer le style, il n'y a pas de verdeur, contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, mais le vin n'a pas beaucoup de gras et de volume, le fruit est en retrait et la texture tannique manque de douceur. Somme toute un vin austère qui semble en ligne avec l'influence bordelaise de ce domaine. Ceci dit, ce vin montre toute l'influence des décisions humaines en relation avec le résultat final en bouteille. Quoi que dans ce cas-ci, c'est justement l'évolution en bouteille qui pourrait avoir le dernier mot, mais même si cela devait arriver et que le vin devait évoluer favorablement, on serait clairement sur un cas de bonification en bouteille, selon la tradition européenne. Je pense que c'est la grande différence entre les vins issus de raisins moins matures et ceux issus de raisins plus matures, sans être trop matures. Dans le deuxième cas les vins peuvent être agréables dès la jeunesse, et bien évoluer ensuite, alors que dans le premier cas il semble que la garde soit nécessaire pour assagir le tout, mais cela reste à confirmer. Il y a un mouvement au Chili actuellement pour vendanger plus tôt et moins boiser les vins. Le but étant, en principe, d'obtenir des vins plus frais et faciles à boire en jeunesse. Ici on a un vin qui vise clairement cet objectif, toutefois, le résultat n'est actuellement pas vraiment convaincant. Le vin n'est pas mauvais, mais manque de charme et d'expressivité. Comme les qualités manquantes sont celles qui m'attirent vers les rouges chiliens en jeunesse, un vin comme celui-ci n'a donc pas beaucoup d'intérêt pour moi, si ce n'est peut-être comme pari et curiosité pour la garde. À noter que Vina Maquis produit une cuvée de Cabernet Franc haut de gamme, appelée Franco, qui est désignée par plusieurs comme le meilleur vin de Cabernet Franc du Chili. Un producteur de bonne réputation à qui je donnerai une deuxième chance si l'occasion se présente, mais je n'ai pas été convaincu sur cette bouteille.


jeudi 5 mars 2015

SAUVIGNON BLANC, BOYA, 2013, LEYDA, VINA GARCES SILVA



Boya est une nouvelle marque de Vina Garces Silva qui produit aussi des vins sous la marque Amayna qu'on connaît au Québec. Le vin dont il est question ici provient d'un vignoble situé à 14 km de l'océan Pacifique, à 525 pieds d'altitude. Les vignes ont sept ans d'âge, la vendange est manuelle et la fermentation a lieu en inox. Le vin titre à 12.5% d'alcool pour un vif pH de 3.10.

La robe est d'un léger verdâtre bien clair. Le nez est modéré et dégage des arômes typiques de ce cépage lorsque cultivé sous un climat frais, citron, fruits de la passion et bord de ruisseau, complétés par une touche herbacée. La bouche est plus démonstrative avec des saveurs nerveuses et intenses où l'aspect citronné mène la charge. Le vin est de style élancé et vif, mais avec de la densité de matière et une certaine élégance. Le faible taux d'alcool se ressent par l'absence de ce léger caractère onctueux qu'on retrouve dans d'autres vins de ce cépage. Le milieu de bouche confirme l'aspect svelte et léger de ce nectar au niveau tactile, mais cela ne se fait pas au détriment de la concentration qui est bien focalisée. La résultante est un vin facile à boire, mais qui a en même temps une belle présence en bouche. La finale confirme le tout sur une allonge de très bon niveau.

Je reviens souvent avec le mot diversité pour parler du Chili vinicole actuel, et un vin comme celui-ci valide ce discours. Il offre un style distinctif et tout en fraîcheur avec son acidité soutenue, son faible taux d'alcool et ses saveurs tout de même intenses. Le contraste avec un autre vin de ce producteur, issu de la même région, est frappant. Ce vin est le Sauvignon Blanc de Amayna qui titre à 14.5% et offre du volume et de l'onctuosité dans un style à la limite de la lourdeur. Un vin que j'ai cessé d'acheter car je le trouvais excessif. Le moins que je puisse dire c'est que l'interprétation du terroir de Leyda qu'offre ce Boya me plaît beaucoup plus. Autre avantage comparatif, le Boya est vendu 14.95$ en Ontario, soit 3$ de moins la bouteille que l'Amayna. Cela en fait une superbe aubaine au rayon des vins de Sauvignon Blanc chiliens.


dimanche 22 février 2015

Prédisposition mentale et appréciation du vin

Ce blogue parle surtout de vins chiliens car mon expérience et mon approche face au vin m'ont mené vers ce pays et ses vins. Les deux sujets précédents l'illustrent bien. Au début j'achetais des vins d'un peu partout, sans préférence particulière, mon seul critère était de trouver des vins montrant un bon rapport qualité/prix. J'achetais des guides comme ceux de Phaneuf et Chartier pour m'aider dans ma quête. Plus tard, par le biais des forums internet sur le vin j'ai commencé à participer à des dégustations de groupe, très souvent à l'aveugle. Au cours de ces dégustations j'ai eu la chance de découvrir le monde du vin plus haut de gamme. J'y ai découvert deux choses fondamentales dans ma vision actuelle du monde du vin, soit l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin (effet Veblen, pouvoir de l'étiquette) et l'importance des fermentations secondaires (Brettanomyces, etc...) dans le profil de beaucoup de vins plus haut de gamme et mon peu d'affinité pour les vins de ce genre. Cette prise conscience m'a conforté dans mon refuge chilien car le pays offre beaucoup de vins propres montrant de très bons RQP. De plus, avec le temps, j'ai développé un préjugé favorable pour les vins de ce pays, alors ma prédisposition mentale positive envers ceux-ci me permet de les apprécier au mieux, même si cela peut parfois mener à une surévaluation de certains d'entre eux. Je n'ai pas la prétention d'être un dégustateur parfait et mon parti pris est clairement affiché, même si je tente de rester le plus honnête possible dans mes commentaires lorsque j'écris mes impressions à propos d'un vin.

Je pense qu'il est important pour un amateur d'être conscient de ses prédispositions mentales face aux vins qu'il déguste. Les travaux scientifiques de Frédéric Brochet ont clairement démontré l'existence et l'importance de ce phénomène. Ce qu'on pense par rapport au vin qu'on déguste est plus important que ce que l'on en perçoit, surtout lorsque la conviction sur sa nature est forte. J'ai déjà rapporté il y a quelques années une expérience personnelle qui m'avait convaincu à tout jamais de la réalité de ce processus mental. Toujours est-il que je suis tombé aujourd'hui sur une rubrique, sur le forum LPEL, qui implique ce phénomène. Lors d'une dégustation de groupe, un participant a joué un tour aux autres dégustateurs en leur passant un vin renommé à l'aveugle comme vin de bienvenue. Normalement, lors de ces occasions, le vin de bienvenue est un bon vin de prix abordable. Toujours est-il que plusieurs dégustateurs n'ont pas saisi à l'aveugle la grandeur présumée du vin renommé. S'en suit une discussion sur ce qu'est ou devrait être le grand vin, alors que l'expérience confirme plutôt une autre fois l'importance de la prédisposition mentale dans l'appréciation du vin. Après ça, de savoir si le vin est grand, chacun sait que c'est une notion bien relative. J'avais déjà répondu il y a bien des années sur le forum C&S à la question suivante: Qu'est-ce qu'un grand vin? Ma réponse avait été: C'est le vin qui renvoie au dégustateur l'idée qu'il s'en fait. C'était une boutade un peu provocatrice, bien sûr, mais elle contenait un fond de vérité dont je n'avais alors pas saisi toute la mesure.

Lorsqu'on commence à s'intéresser au vin, l'expérience nous fait défaut, mais on a l'avantage d'avoir très peu de parti-pris et d'idées toutes faites qui peuvent influer sur notre appréciation du vin. Il faut essayer de garder l'esprit le plus ouvert possible, mais malgré toute la bonne volonté du monde on développe des convictions par rapport au vin, c'est inévitable. La courte description que je fais de mon parcours en introduction le montre bien. Ceci dit, la conscience de l'influence notre prédisposition mentale est le meilleur moyen de s'en prémunir un peu. C'est important dans un monde du vin qui aime classer et hiérarchiser, noter et médailler. Dans un monde du vin de plus en plus idéologique où l'on aime parfois plus l'idée qu'on s'en fait que le vin lui-même. Dans un monde idéal on devrait ouvrir chaque vin en pure aveugle et le terminer à étiquette découverte. Chaque bouteille serait ainsi un rappel à l'ordre.


vendredi 20 février 2015

MALBEC, 1997, MENDOZA, CATENA



Il fut un temps où l'Argentine présentait pour moi autant d'intérêt que le Chili. À la fin des années 90, c'était un pays qui offrait des rouges généreux et concentrés offrant des RQP très favorables. Toutefois, avec le temps et l'expérience, ma perception des deux pays a changé. Alors que le Chili a progressé à une vitesse foudroyante vers plus de qualité et de diversité, l'Argentine est toujours un pays basé essentiellement sur une grande région, Mendoza, qui offre toujours le même type de rouges bien concentrés, aux fruités très matures. Bien sûr, c'est là une simplification, il y a bien le Torrontès en blanc, quelques Chardonnay de haut niveau venant de vignobles en altitude, puis le Patagonie pour offrir quelques vins de styles plus frais, n'empêche que dans mon esprit l'Argentine demeure un pays qui tire de l'arrière en terme de diversité. Ceci dit, au-delà de tout cela, ce qui m'éloigne le plus de l'Argentine, c'est le potentiel de garde décevant pour moi de ses vins rouges de prix abordables. Les vins tiennent la route, pour ça aucun problème, mais ne se transforment pas vraiment. Après 10 ans de garde on retrouve souvent des vins montrant un profil aromatique peu altéré, et à la structure à peine assouplie. Les vins semblent presque inoxydables. L'intérêt de garder du vin n'est pas qu'il dure le plus longtemps possible, mais bien qu'il se transforme en bouteille pour offrir autre chose avec le temps. Les rouges chiliens, de manière générale, atteignent très bien cet objectif, et ce n'est malheureusement pas le cas de la plupart des argentins avec lesquels j'ai tenté l'expérience. Ceci dit, mon expérience est sur des vins de 10 ans ou plus, car j'ai cessé d'acheter des vins argentins pour la garde depuis le millésime 2005. Ceci dit, le producteur avec lequel j'ai obtenu les meilleurs résultats est Catena. Voyons donc ce que donne ce Malbec de type Reserva après presque 20 ans.

La robe arbore une teinte grenat légèrement translucide. Le nez est superbe avec ses arômes évolués de cerise, d'épices douces, de bois de cèdre, complétés par un soupçon de thé, de terre humide et de feuilles mortes. La bouche révèle un vin svelte où le fruit intense mène encore la danse, avec l'aspect boisé et évolué qui s'amalgame à merveille pour produire l'effet gustatif recherché dans les vins de cet âge. Le milieu de bouche permet de constater que ce nectar a encore une belle présence, des tanins fondus et un niveau de concentration bien ajusté au style du vin. La finale confirme l'harmonie d'ensemble sur une très bonne persistance des saveurs et une très légère pointe d'amertume chocolatée à la toute fin.

Catena demeure pour moi le leader de la viticulture argentine. Bien sûr, ce vin est un exemple illustrant ce qu'un vin datant de 1997 peut donner aujourd'hui. Je ne saurais dire avec certitude ce qu'il en est du potentiel des vins d'aujourd'hui. Le vin était vraiment agréable et montrait une belle évolution, ceci dit, on était loin de la métamorphose que certains vins chiliens de la même catégorie peuvent afficher. Le vin était une déclinaison plus âgée de ce qu'il montrait en jeunesse. Le but ici n'est pas de déprécier les vins d'Argentine. Ce pays demeure une destination de premier choix pour qui recherche des vins à la matière généreuse et au fruité mature. Ce vin montre aussi que le Malbec peut bien vieillir. Toutefois, il faut se rappeler que c'est un vin de type Reserva, et en ce sens il ressemble en terme de proportions à ses contreparties chiliennes. La matière et la concentration sont de très bon niveau, mais c'est clairement en deçà de ce qu'offre les cuvées de luxe, Alta et surtout, Zapata. Alors si l'évolution d'un vin comme celui-ci est lente, je n'ose imaginer le temps nécessaire pour assouplir et transformer significativement les cuvées plus ambitieuses. Ceci dit, ce constat ne s'applique pas qu'à l'Argentine. Rendu à un certain âge il faut se demander si il vaut la peine d'acheter des vins qui auraient besoin d'une garde de 25 ans et plus pour commencer à livrer une version différente d'eux-même. J'ai ouvert d'autres rouges argentins au cours des quelques derniers mois, Norton, Privada, 1999 et 2002, Quimera 2002 et 2004, Malbec Fabre Montmayou, 2001, et le constat sur ces vins concorde avec celui que je fais ici pour ce Malbec de Catena.


dimanche 15 février 2015

Les bretts et l'uniformisation



J'ouvre en ce dimanche un Faugères, Château des Estanilles, 1998. Un vin qui date du temps où j'achetais régulièrement du vin français... Toujours est-il que ce vin était très tannique en jeunesse et sans charme particulier, mais il montrait un profil aromatique intègre. Le vin ne m'avait donc pas vraiment plu, et cette deuxième bouteille a survécu une quinzaine d'années en cave passive. Ayant envie de faire changement, et curieux de voir ce que ce vin de prix abordable pourrait donner après tout ce temps, je me suis enfin décidé à l'ouvrir. Comme je le craignais, dès la première effluve la brett a montré son hideux visage phénolé. Je dis hideux, mais le vin dans ce cas-ci n'est pas ruiné totalement. Derrière le phénol on peut entre percevoir un beau vin évolué, aux tanins assagis, et avec encore une belle matière. Malheureusement il y a ce masque phénolé, cette épice ubiquitaire du monde du vin pour venir uniformiser le tout.

Je n'ai pu retrouver l'encépagement de ce vin, mais c'est probablement composé de Syrah, Grenache et Mourvèdre. Malheureusement, avec le phénol présent, il est très difficile de jouir de l'identité propre de ce vin. Avec son côté bretté il m'a plutôt rappelé le dernier vin de ce type que j'ai frappé, soit le Sena, 1997, Aconcagua, même si l'aspect phénolé est plus marqué dans le Château des Estanilles. C'est quand même fort, le Sena est un assemblage de type bordelais du Chili, mais avec ce qu'ajoute cette foutue levure, un assemblage méditerranéen d'à peu près le même âge lui ressemble. Vous avez dit uniformisation? Comme pour le Sena, on peut percevoir un très bon vin derrière ce masque phénolé, mais même si ça ne détruit pas entièrement le vin, ça demeure pour moi très agaçant. Les deux vins auraient été tellement meilleurs et typiques sans ça. Très dommage.


mardi 3 février 2015

Brettanomyces: Le caractère non assumé (part II)

J'avais déjà écrit un texte sur le sujet suite à un article de Vin Québec. Voilà qu'on remet ça. C'est bien. Trop peu de gens dans le monde du vin parlent franchement de ce sujet. Combien de descriptions de vins alambiquées où on parle de cuir, d'iode, d'encre, d'écurie, de selle de cheval, de fumier, de crottin de cheval, de poulailler, de ferme, de vin fermier, de caractère animal, de réduction, tout cela, sans jamais vraiment nommer la chose. Tout pour ne pas nommer la chose et beaucoup d'ignorance à ce sujet, beaucoup d'incapacité à reconnaître les arômes de bretts avec certitude et toujours ce caractère qui nie la véritable expression du terroir. Ironique car la plupart de ceux qui aiment ces arômes sont convaincus de boire des vins de terroir. Pourtant, toujours la même épice dans des vins de cépages variés venant du monde entier, surtout dans le haut de gamme où on veut imiter les grands classiques français. Après ça on dit que c'est l’œnologie moderne qui uniformise le goût du vin. Ajouter à cela tous les amateurs peu sensibles ou insensibles à ces arômes, plus ceux pour qui c'est devenu un goût acquis. Impossible d'embrasser l'ensemble du monde du vin si on refuse d'accepter ces arômes. Je souhaite que plus de producteurs fassent comme ce M. Howell et en parlent ouvertement. Ceux vraiment honnêtes pourraient écrire sur leurs bouteilles ou sur la fiche technique des vins: Vin élaboré avec l'usage de levures Brettanomyces. Comme ça on pourrait éviter ces vins uniformisés et puants assaisonnés aux arômes de fermentations secondaires. J'ai souvent parlé de vins-fromages, de vins-Roquefort, ce M. Howell va dans le même sens pour ce qui est de nommer la chose. Pour ce qui est de l'apprécier....

dimanche 25 janvier 2015

PINOT NOIR, ESTATE, 2013, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ



J'ai parlé en septembre dernier du Pinot Noir, 2012 de la gamme Max Reserva de Errazuriz. Je remet ça cette fois avec le Pinot d'entrée de gamme de la maison sur le millésime 2013. Celui-ci provient du même vignoble de Manzanar situé à 12 km de la côte du Pacifique. Comme le Pinot de Vina Leyda dont je traitais dans le texte précédent, ce vin fait partie de cette nouvelle vague de vins d'entrée de gamme maintenant issus de vignobles de climat frais. L'élaboration de ce vin comprend la vendange manuelle, l'égrappage et la macération pré-fermentaire à froid en cuves ouvertes d'inox. Après la fermentation alcoolique, 50% du vin est placé en barriques de chêne français usagées où il effectue une FML et où il est élevé pendant 8 mois. Le vin titre à 13.5% d'alcool pour un vif pH de 3.46 et 2.26 g/L de sucres résiduels.

La robe est d'un rubis translucide et éclatant. Le nez est très agréable dès le premier abord et très typique du cépage avec ses arômes de fraises, de fleurs et de fumée, agrémentés d'une touche doucement épicée et torréfiée. Beau nez montrant une belle complexité et une qualité d'arôme irréprochable. La bouche est tout aussi charmante. Le vin y déploie une élégance difficilement concevable pour un vin de ce cépage à ce prix. Le vin allie légèreté de structure et bonne concentration, avec des saveurs combinant intensité et qualité. Le milieu de bouche confirme le côté aérien de ce vin qui sait montrer une bonne présence en bouche, mais sans pesanteur. Les tanins sont fins et le vin coule sans effort vers une belle finale longue et harmonieuse, avec les tanins qui montrent un peu de poigne à la toute fin.

Il faut lire ma note de dégustation en sachant que ce vin est vendu 13.95$ en Ontario. Dans ce contexte c'est un vin qui offre un formidable niveau de qualité. Ce n'est pas du grand Pinot, il n'en a pas la profondeur, ni la prétention, mais compte tenu du prix et de la nature capricieuse de ce cépage, c'est probablement un des meilleurs vins de ce cépage qu'on puisse trouver dans cette gamme de prix. Il y a vraiment de la finesse et de l'élégance dans ce nectar aux prétentions modestes. Le vin est frais, léger et gouleyant, mais en même temps avec de la matière et de la présence. Il ne faut pas confondre ici aérien et dilué. De plus, contrairement au Pinot de Vina Leyda dont je traitais juste avant, il y a dans ce vin de Errazuriz un rapprochement à faire avec le style bourguignon en général, sans que ça ne soit une copie. L'usage de barriques usagées pour l'élevage du vin fut un choix avisé, car comme pour la Syrah dont je traitais récemment, cela permet de mettre l'accent sur la fraîcheur du fruit, sans interférence. Je mentionnais dans mon texte précédant qu'un vin de Pinot Noir d'entrée de gamme est parfois un bon indice de la qualité globale d'un producteur, et bien ce vin confirme le rôle de leader de Errazuriz dans le paysage vinicole chilien. Mettez quelques bouteilles de Max Reserva de côté pour quelques années, et buvez cette cuvée "Estate" entre temps sans vous casser la tête. La quintessence de ce qu'on pourrait appeler le "Pinot de semaine".


mercredi 21 janvier 2015

PINOT NOIR, RESERVA, 2012, LEYDA, VINA LEYDA



Vina Leyda est un de mes producteurs chiliens favoris, même si je n'avais eu la chance d'acheter que quatre de leurs vins. Trois de ceux-ci était des cuvées parcellaires : Sauvignon Blanc, Garuma, 2006 et 2011 et Pinot Noir Las Brisas, 2009,  alors que le quatrième était le Chardonnay, Reserva, 2008, un vin de la même gamme que le Pinot dont il est ici question. J'ai lu tout ce que j'ai pu sur ce producteur et par extrapolation je ne peux que rêver de goûter aux autres vins offerts, les cuvées parcellaires de Riesling, Sauvignon Gris, Syrah et Chardonnay, de même que les cuvées haut de gamme de Sauvignon, de Pinot et de Chardo, de même qu'un nouveau mousseux, méthode traditionnelle. Dans un texte récent je disais que pour moi ce qui compte le plus c'est la réputation d'un producteur, et bien celle de Vina Leyda est excellente, et malgré cela le prix des vins est encore très raisonnable. Une bonne façon de tester un producteur est de goûter son vin de Pinot Noir d'entrée de gamme. Celui-ci, sur le millésime 2011, s'était classé de manière très étonnante parmi les meilleurs lors d'une dégustation à l'aveugle sur ce thème tenue par le magazine Decanter. Qu'en est-il de ce 2012? Je dois avouer que son titre alcoolique de 14.5% m'effraie un peu, surtout pour un vin d'entrée de gamme.

La robe est d'un rubis légèrement translucide. Le nez s'exprime avec modération et exhale des arômes de cerise, de fraise et de muscade, complétés par un léger aspect terreux. Un nez plutôt simple, mais avec une belle qualité d'arômes. En bouche on retrouve un vin qui surprend par la richesse de sa matière. Les saveurs sont intenses et de belle qualité sur une trame tannique soyeuse. Une juste dose d'amertume vient balancer la légère douceur du fruit. Ça coule très bien en milieu de bouche avec un niveau de concentration incroyable pour un vin de ce prix et de ce cépage. Le vin a de la chair, un peu de rondeur et une belle présence généreuse. La finale montre une longueur de très bon calibre sur des relents d'amertume à la toute fin.

Ce Pinot Noir de Vina Leyda offre une qualité incroyable pour le prix demandé (12.50$ LCBO). Quand on connaît le caractère capricieux de ce cépage et la difficulté que cela entraîne pour tenter de produire des vins à bon prix à partir de celui-ci, l'exploit est encore plus méritoire. Le vin n'est pas le plus complexe au niveau aromatique, le style est généreux et direct, mais avec quand même ce qu'il faut de fraîcheur pour préserver un bon équilibre. L'alcool est présent, mais bien intégré et cadre avec le style du vin. Ceci dit, le vin gagne à être dégusté légèrement rafraîchi. Ce vin est un nouvel ajout à l'offre de produits réguliers de la LCBO. On peut juste rêver d'avoir un Pinot de cette qualité offert à prix similaire à la SAQ. Ce vin montre aussi que la révolution des vignobles côtiers chiliens commence à atteindre la catégorie des vins d'entrée de gamme, avec le bond qualitatif et de diversité que ça suppose. Ce vin me rappelle aussi comment je souhaiterais voir les vins de Vina Leyda offerts au Québec. Un des meilleurs producteurs chiliens offrant diversité, fraîcheur et RQP de haut niveau.


dimanche 18 janvier 2015

SYRAH, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ



Un autre vin issu des nouveaux vignobles côtiers d'Eduardo Chadwick qui y élabore aussi des vins sous l'étiquette de sa "boutique winery", Arboleda. Ce vin provient spécifiquement du vignoble Manzanar, situé à 12 km de l'océan Pacifique. C'est un lieu très frais avec une sommation annuelle moyenne de 1250 degré/jours. Il a été planté de trois clones de Syrah, en 2005 et 2009, sans greffage, avec une exposition au nord pour favoriser la pleine maturation des raisins. L'élaboration inclut la vendange manuelle et le vin a été élevé pendant 14 mois en barriques de chêne français de deuxième et troisième usage. Il titre à 13.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.45 et est très sec à 2.13 g/L de sucres résiduels.

La robe avec ses reflets violacés trahit la jeunesse de ce vin, alors que son nez révèle sans plus de questions que l'on a ici affaire à une Syrah de climat frais. On y retrouve avec modération des arômes de fruits rouges et noirs, de fumée, de lavande, de poivre noir et de viande crue. Beau nez quoi que un peu sur la retenue à ce stade. Le bouche elle est plus bavarde et le vin s'y déploie sans entrave. L'attaque a du nerf et cette acidité marque le style du vin en donnant de l'éclat au fruité et du tonus à la structure. Le vin montre une belle présence en milieu de bouche, les saveurs y sont vives et bien concentrées sur une trame tannique soyeuse. La finale est harmonieuse et très persistante.

J'avais essayé il y a quelques mois une bouteille du millésime 2011 de ce vin, toujours offerte à la SAQ, et j'avais été déçu. Le vin manquait d'harmonie et le boisé vanillé typique des rouges d'Errazuriz en jeunesse masquait en partie la véritable profil aromatique du vin. À 25$ la bouteille, j'avais décidé d'investir mon argent ailleurs. Quand j'achète un vin de climat frais et que je paye une prime pour ce profil aromatique, je veux pouvoir en profiter dès la jeunesse du vin. J'ai décidé de tenter de nouveau ma chance avec ce 2012 quand j'ai vu qu'on avait abandonné l'usage du bois neuf pour son élevage. À mon avis, le bois neuf sied mal aux vins de climat frais où la délicatesse aromatique du fruit est de mise. Finalement, mon raisonnement était valide car ce 2012 montre le profil aromatique que je recherche dans ce type de vin. En prime, le vin déploie une belle structure, à la fois solide et légère, avec beaucoup de vivacité. Tout ce qu'on attend en fait d'un vin de climat frais. Je pense que le groupe Errazuriz/Arboleda est encore en processus d'apprentissage avec les raisins qu'ils tirent de leurs jeunes vignobles côtiers. Ce qui fonctionnait pour leur vins de Syrah de l'intérieur de la vallée ne sied pas vraiment à la Syrah côtière. Il faut dire que la Syrah à cause de son adaptabilité à des climats très différents est un cas particulier qui ouvre la porte à ce type d'erreur d'apprentissage. La qualité de la plupart des vins chiliens issus de la côte fait parfois oublier que nous en somme encore aux premiers pas pour ces vignobles et qu'avec l'expérience et l'âge croissant des vignes, le progrès est loin d'être terminé.


lundi 12 janvier 2015

REVUE DE PRESSE

Je suis tombé sur quelques articles intéressants dernièrement. D'abord un autre chroniqueur vin du Canada anglophone, John Szabo, y va d'un texte de fond sur le Nouveau-Chili. Cette fois, pas de conseils sur ce que devrait faire ce pays pour obtenir une meilleure reconnaissance. Juste un constat clair sur la montée en force de ce pays mal aimé. Aussi, je reprochais à Bill Zacharkiw de The Gazette d'avoir négligé de mentionner le potentiel de garde des rouges chiliens de prix abordables dans un texte récent qu'il a écrit sur ce pays. Il se reprend en incluant un excellent vin chilien dans une courte liste de suggestions de vins de prix abordables pour la garde. J'ajouterais toutefois que 2020 devrait être le début de la fenêtre de garde pour l'Intriga, 2011, pas la fin. En 2020, ce vin ne fera que commencer à offrir le profil qu'on recherche dans un Cabernet avec de l'âge. C'est en fait un vin qui pourrait être gardé au moins 25 ans. Ceci dit, c'est quand même bien de voir un chilien dans une telle liste. Les mentalités évoluent lentement, dommage que ce ne soit que du côté anglophone. La résistance au Chili du côté de la presse francophone est encore totale.

Cette fois, du côté du Royaume-Uni, un article qui montre toute la difficulté pour le Chili vinicole d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses vins. Concha y Toro en collaboration avec le magazine Drink Business a organisé une dégustation à l'aveugle avec certains des acheteurs les plus respectés du pays. Quatre vins de la gamme Marques de Casa Concha (Sauvignon Blanc, Chardonnay, Pinot Noir et Cabernet Sauvignon) ont été servis à l'aveugle face à des vins français issus des même cépages et considérés comme des références dans leur gamme de prix sur le marché britannique. Le but étant de démontrer la qualité des vins chiliens pour briser le prix de 10 livres sterling (18$ CAN) qui représente la limite psychologique de la très grande majorité des consommateurs dans ce marché. Les quatre vins chiliens ont été les favoris de ces acheteurs à l'aveugle, mais malgré cela, ces acheteurs avaient des doutes sur la possibilité de vendre facilement ces vins à ce prix à cause du manque de reconnaissance des vins chiliens auprès de la clientèle prête à payer plus cher pour une bonne bouteille. Le Carmenère, Marques de Casa Concha et le Don Melchor furent aussi servis et appréciés des acheteurs, mais le Don Melchor, était considéré comme difficile à vendre à 80$, non pas à cause de sa qualité, mais lui aussi à cause de son origine. Ça revient toujours à ça. Le problème des vins chiliens c'est de venir du Chili...

Ceci dit, un autre article du même magazine rapporte que les choses vont bien pour Eduardo Chadwick et ses vins très chers. Toutefois, il note que le marché britannique est difficile à percer à cause de l'habitude des amateurs de ce pays avec les classiques européens et que le gros des ventes pour ses vins de luxe se fait en Asie. La reconnaissance pour le Chili passera peut-être par ce continent en émergence. À noter que M. Chadwick a tenu une dégustation à Montréal cet automne pour célébrer le dixième anniversaire du "Berlin tasting" où il a commencé à opposer ses vins de luxe en semi-aveugle à des grands noms européens. Je n'ai rien trouvé dans la presse québécoise à ce sujet, si ce n'est sur des blogues ici, ici et ici.