lundi 31 janvier 2011

Chardonnay: Ignorer la Bourgogne pour y aller avec l'Australie

Les mots du titre ne sont pas les miens, mais les premiers mots d'un autre article de Decanter vantant les mérites du Chardo australien issu de régions fraîches. Cette fois, cet enthousiasme pour l'élite des Chardonnays australiens ne vient pas d'un seul homme, Andrew Jefford, comme je l'avais relaté sur ce blogue il y a quelques mois (voir lien), mais d'un panel d'experts réuni par Decanter.

Bien sûr mon titre est provocateur, et je ne pense pas que d'ignorer une région soit une bonne idée, surtout quand il s'agit de la référence en la matière. D'un autre côté, il est clair que le virage vers les climats plus frais entrepris par plusieurs pays de Nouveau-Monde n'est pas reconnu à sa juste valeur. On continue d'y aller de clichés à propos des vins de ces pays, comme si tout y était encore homogène. Malheureusement, ici au Québec, quand on parle des meilleurs vins de Chardonnay australiens, on parle de quelque chose que l'on connaît très peu. La SAQ n'offre que quatre vins de Chardonnay australiens au-dessus de la barre des 31$, alors qu'au dessus de ce prix on y retrouve 235 bourgognes blancs. Comme on peut le voir, la région qui est ignorée ici, c'est l'Australie. D'ailleurs, en lisant l'article de Decanter, on constate dans les propos d'un propriétaire de restaurant combien il est difficile de changer les perceptions. Les producteurs du Nouveau-Monde soucieux de la qualité, qui passe par le choix d’un terroir approprié, sont fortement pénalisés par les généralistions négatives. En France on décortique le territoire en micro-appellations, dont plusieurs sont très reconnues, alors que dans le Nouveau-Monde, la plupart des amateurs ne peuvent distinguer les régions plus fraîches des région plus chaudes. On se contente souvent de parler de vins australiens, chiliens, sud-africains, etc... Il faut donc de la volonté dans ces contrées pour y aller des efforts nécessaires pour se distinguer. Pour viser la meilleure qualité possible en investissant ce qui est nécessaire pour y arriver. Vous me direz que s'il y avait moins de Yellow Tail et autres Fuzion qui prennent le devant de la scène, l'image des vins de ces pays serait meilleure. Sûrement, mais le vin de masse bon marché est produit dans tous les pays vinicoles. Ce n'est pas une raison pour tout amalgamer.

Je continue de penser que pour s'ouvrir aux bons vins de ces pays, il faut une bonne disposition d'esprit préalable. Il faut les aborder positivement. Sinon ils ne seront appréciés à leur vraie valeur que comme surprises dans des dégustations à l'aveugle. Mais bien sûr, pour découvrir le meilleur visage que peuvent offrir les vins de ces pays, il faut y avoir accès. Malheureusement, l'offre n'est pas bonne au Québec parce que la demande n'est pas forte. Mais comment créer une demande pour quelque chose qui est très peu disponible et méconnu? C'est l'oeuf ou la poule, et on revient toujours au même problême de base de promotion. Qui au Québec pourrait se faire le promoteur de ces vins sur la place publique? Quel expert en la matière, possèdant la crédibilité nécessaire, pourrait jouer ce rôle? Pour le moment je ne vois personne, et c’est bien dommage.

http://www.decanter.com/news/wine-news/514019/chardonnay-choose-australia-decanter-readers-urged

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/10/lexemple-britannique.html


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samedi 29 janvier 2011

Bordeaux, la hiérarchie, Michel Rolland et l’oenologie moderne...

Je lisais aujourd’hui un article du magazine français Le Point à propos d’une autre de ces dégustations comparatives de vins de Bordeaux organisées par le Grand Jury européen. Cette fois on se limitait aux premiers et deuxièmes grands crus classés du millésime 2005, et encore une fois certains trouvent des excuses. On explique les résultats par le Merlot, l’oenologie moderne et bien sûr, le sempiternel bouc-émissaire des bien-pensants de la bouteille, Michel Rolland. Après m’être pas mal intéressé à ce type de dégustation à mes débuts comme amateur un peu plus sérieux, je portais moins d’attention à ce genre de résultats ces dernières années. Toutefois, la dégustation de bordeaux, 2000, à laquelle j’ai participé la semaine passé, m’a amené à y prêter plus d’attention cette fois-ci. Lors de cette dégustation, un des sujets de discussion entre les participants portait sur la difficulté qu’il y a à reconnaître les caractéristiques du Merlot dans des vins servis à l’aveugle. C’est un cépage élusif qui pour moi demeure une énigme. C’est aussi un cépage qui a le dos large pour expliquer les résultats surprenants obtenus lors des dégustation à l’aveugle, ou même en semi-aveugle. Lors de la dégustation la semaine passée, mon vin favori a été le Saint-Emilion, Château La Gaffelière, et pourtant, avant le dévoilement des étiquettes, j’étais convaincu d’avoir choisi comme premier le vin le plus sérieux du lot, un vin avec un profil rive gauche bien typé. Si plusieurs, dont moi-même avaient bien identifié le Château Latour à Pomerol, comme provenant de la rive droite, en autant que je me souvienne, personne n’a fait cette prédiction avant le dévoilement pour le Gaffelière. Je ne suis pas le dégustateur le plus expérimenté avec ce type de vin, mais ce n’est pas la première fois où je suis témoin de choses semblables lors de dégustations comparatives où l’on ignore l’identité exacte des vins. Ce qui me porte à penser que le pauvre Merlot est souvent le coupable de service lors de ces circonstances. Le vilain a qui on attribue la faute de briser l’ordre établi. L’autre excuse courante est bien entendu l’âge des vins dégustés. Dans l’exemple du GJE on nous rabat les oreilles que les 1GCC, 2005, sont bien trop jeunes, comme si les seconds ne l’étaient pas eux aussi. Tous ces vins sont des vins très ambitieux, mais malgré cela on nous sert encore cette excuse commode. J’ai vraiment de la difficulté avec l’idée de cette hiérarchie immuable aux vertus presque magiques. Dans notre cas la semaine passée on dégustait des vins du millésime 2000, et là aussi l’excuse de l’âge des vins est revenue pour défendre Cos d’Estournel. Cela, même si les vins avaient cinq ans de plus que ceux du GJE.

L’autre élément qui revient souvent pour expliquer les incongruités de résultats lors de ce type de dégustations, c’est que les vins finissant avec surprise dans le haut du classement sont des vins fabriqués grâce à l’aide de l’oenologie moderne, avec comme tête de turc principale le consultant Michel Rolland. Autant je ne suis pas vraiment convaincu par les vins du Nouveau-Monde de celui-ci que j’ai pu goûter. Des vins qui à mon sens ont souvent trop de tout. Autant je trouve qu’à Bordeaux sa manière de faire donne de bons résultats. Comme si dans les climats souvent chauds du Nouveau-Monde, son obsession de la maturité donnait souvent des vins trop lourds, alors qu’à Bordeaux, où la maturité est moins facile à obtenir, l’équilibre pouvait être conservé car il est plus difficile de dépasser les limites. Bien sûr, on pourra m’objecter que certains dégustateurs n’aiment pas les vins issus de raisins vendangés à pleine maturité, et préfèrent les vins plus légers avec des touches de verdure. C’est bien possible, et parfaitement respectable, mais la réalité est que la majorité des dégustateurs préfèrent la maturité aux notes végétales vertes, comme celles de poivron vert qu’on retrouve souvent dans un vin comme le Sociando Mallet. Par exemple, vendredi soir passé, un seul dégustateur sur huit a bien coté le Sociando, 2000, qui se démarquait du lot par cet aspect de poivron vert. Ceci dit, ce n’était pas un mauvais vin pour autant, mais la réalité c’est qu’une grande majorité de dégustateurs préféreront l’absence de ce type d’arômes en mode comparatif. Pour ce qui est de l’oenologie moderne qui expliquerait la bonne performance en jeunesse de certains vins, pour moi c’est une pure bêtise. Un des reflets du courant que j’aime bien appeler le “vin idéologique”. J’avais d’ailleurs choisi d’apporter une bouteille du Château Kirwan, pour voir comment allait paraître ce vin souvent décrié comme une victime du modernisme qui afflige maintenant Bordeaux. La réalité c’est que Kirwan s’en est très bien tiré, et qu’il avait toutes les allures d’un très bon bordeau classique issu d’un bon millésime. Il n’y avait là aucune trace du Pomerol de la rive gauche suggéré par le patriarche britannique Micheal Broadbent dans le film Mondovino. Un film qui pour moi illustre bien le courant du vin idéologique. Ce courant où l’on boit des idées toutes faites, correspondants à certaines valeurs, au lieu de goûter les vins pour ce qu’il sont vraiment. Une chose est sûre, si les vins de Bordeaux étaient moins chers et que j’en devenais un amateur assidu. Mes achats se feraient hors de cette hiérarchie établie il y a trop longtemps. Ceci dit, je comprends les bordelais de le conserver, car celle-ci a été et demeure un formidable outil pour établir l’image de marque de la région. Mais en même temps, elle a transformé beaucoup de ses meilleurs vins en produits de luxe à la valeur codifiée d’avance.

http://www.lepoint.fr/vin/margaux-ou-morgon-21-01-2011-130867_46.php


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jeudi 27 janvier 2011

SHIRAZ, BLUEPRINT, 2008, STELLENBOSCH, DE TRAFFORD WINES


De Trafford Wines est une “boutique winery” sud-africaine qui ne produit que 3500 caisses de vin par année. Après plusieurs années de tests à très petite échelle, le vignoble principal a été planté en 1994 et 1995 après une sélection minutieuse des porte-greffes et des clones les mieux adaptés aux sols et au microclimat du mont Fleur qui surplombe la région de Stellenbosch. Les raisins entrant dans cette cuvée sont en majorité issus du vignoble Keermont, où les vignes ont 10 ans d’âge, le tout complété par des raisins de vignes de trois ans d’âge, d’un clone différent, plantées dans deux autres vignoble. Finalement, et de manière surprenante, 8% de Petit Verdot complète l’assemblage de ce Shiraz. L’élaboration du vin inclut la vendange manuelle, l’égrappage, et la fermentation en cuves ouvertes à l’aide de levures indigènes. Le moût est ensuite pressé, puis le jus est transféré en barriques de chêne français (20% neuves), où a lieu une fermentation malolactique, suivie d’un élevage de 21 mois. Le vin est embouteillé sans collage ni filtration et avec un usage modéré de sulfites. Il titre à 15.15% d’alcool, pour un pH de 3.76.

La robe est très foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhibe un agréable profil aromatique montrant un mélange de fruits rouges et noirs de très belle qualité, bien complété par des notes florales et un aspect doucement épicé. La bouche se déploie sur une attaque pleine, à la fois ferme et ample, qui déploie des saveurs fruitées/épicées savamment mariées et bien supportées par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche confirme la qualité de la matière, le vin montre une bonne concentration de saveurs, sans lourdeur, tout en conservant un profil sérieux, sans être austère. La trame tannique est tissée bien serré, mais montre quand même de la finesse. La finale maintient le bon niveau, avec des notes de chocolat noir qui gagnent du terrain, le tout sur une bonne persistance.

J’ai bien apprécié ce vin qui est d’une qualité irréprochable pour le prix demandé (32$). Il s’agit de mon cinquième vin de Shiraz sud-africaine dans la dernière année, et il me semble commencer à reconnaître un style général. Un profil particulier qui n’a rien à voir avec le style classique français du Rhône nord, ou bien avec l’archétype du Shiraz australien, ou encore avec les différents styles chiliens que je connais bien. Ce cépage semble pouvoir donner des vins de profils assez sérieux en Afrique du Sud, même si je regrette un peu de ne pas y retrouver les aspects classique de la Syrah de climat frais. Peut-être le climat n’est-il justement pas assez frais pour pouvoir obtenir ce type de profil. Le 15% d’alcool de ce vin est peut-être un indice révélateur en ce sens, même si dans le cas de ce Blueprint, cet élément est très bien intégré et ne nuit pas à l’équilibre du vin. Bien entendu, celui-ci est encore très jeune, et quelques années de garde pourraient lui être bénéfique, même s’il est déjà agréable à boire.



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dimanche 23 janvier 2011

Sortir de mes sentiers battus

Sortir de mon ordinaire, de ce que je connais bien, c’est ce que j’ai fait vendredi soir passé. Moi le buveur un peu obsédé par le fameux rapport qualité/prix, l’amateur de vins chiliens, je me retrouvais à participer à une dégustation de bordeaux 2000 de bonne réputation. Il y avait longtemps que j’avais participé à un tel exercice. C’est donc avec un regard frais que je me proposais d’aborder ces vins. Le thème de la soirée me plaisait, car nous avions affaire avec des vins d’un âge qui m’est familier, d’un millésime réputé, et qui, de réputation du moins, font partie de l’élite de la région. Moi qui, depuis un certain temps déjà, navigue à vue sur mon esquif chilien. Je me disais que cette dégustation pourrait renouveler mes points de repère. M’aider à remettre en contexte mes impressions lorsque je déguste des vins de cépages bordelais.

Je pense avoir atteint le but que je visais, tout en ayant le plaisir de partager en personne avec des passionnés. Mon premier constat, sans surprise aucune, c’est que j’aime le bon vin français. D’ailleurs, en goûtant ces vins, je me disais que le mépris que cette région s’attire auprès de certains amateurs idéologiques n’avait rien à voir avec le vin lui-même. Ces vilains gros domaines capitalistes, où règne apparemment l’oenologie moderne, savent quand même faire du bon vin. Du vin avec de la classe et une identité bordelaise évidente, surtout au stade actuel d’évolution de ces vins du millésime 2000. D’ailleurs, le podium de la soirée comprenait les deux seuls rive droite de la sélection, ainsi que mon offrande, le Château Kirwan, déjà qualifié de Pomerol de la rive gauche, élaboré alors sous les conseils du vilain Michel Rolland... Mondovino démonté, et qui a dit que les Québécois avaient un palais européen classique? Pour ma part ces résultats me rassurent plus qu’autre chose. Personnellement, c’est Cos d’Estournel que j’ai pris pour un vin de la rive droite. Insaisissable Merlot... Voici d’ailleurs mon ordre de préférence pour les vins de cette soirée:

1- Château La Gaffelière, Saint-Emilion
2- Château Haut-Bages Libéral, Pauillac
3- Château Kirwan, Margaux
4- Château Brane Cantenac, Margaux
5- Château Latour à Pomerol, Pomerol
6- Château Cos d’Estournel, Saint-Estèphe
7- Château Lagrange, Saint-Julien
8- Château Sociando-Mallet, Haut-Médoc

Les six premiers vins étaient très proches en terme de qualité, donc difficiles à départager. Aussi, j’ai trouvé que les vins, de manière générale, étaient à un beau moment de leur évolution, mais celle-ci est très loin d’être terminée. Les amateurs de notes tertiaires peuvent laisser dormir leurs bouteilles encore longtemps. Comme vous pouvez le voir, j’ai apprécié ma soirée et la majorité des vins, même si dans ce type d’exercice, la notion de RQP qui me préoccupe tant était évacuée. Cette dégustation n’a pas changé mes convictions en la matière. D’ailleurs, je pense que ce type de vins se situe hors d’une démarche RQP, et que la plupart de ceux qui s’y intéressent en sont conscients. Les grands crus classés de Bordeaux sont la plupart du temps des vins de très belle qualité, mais en même temps, ce sont des produits de luxe. Bien sûr cela est déplorable pour l’amateur pas très fortuné, mais c’est la réalité. Je lisais d’ailleurs un texte intéressant de Jancis Robinson cette semaine qui abordait ce sujet (voir lien). Mme Robinson fait partie de ces critiques britanniques au palais européen, et pourtant, elle dit que l’écart entre le meilleur de la France et le meilleur d’ailleurs, en particulier du Nouveau-Monde, continue de s’amoindrir. Toutefois, selon elle, cela ne menace en rien l’élite du vin français, car celle-ci véhicule une image de marque recherchée, et que ce faisant, les vins français prestigieux ne sont pas en compétition directe avec le reste de l’offre mondiale. Je suis parfaitement en accord avec elle. Pour moi, la France et ses meilleurs vins sont une référence qu’il est périodiquement agréable de visiter. Agréable pour la qualité incontestable des vins, mais agréable aussi parce que cela me confirme la validité de ma démarche. Sortir de mes sentiers battus, donc... pour mieux y revenir.

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=21&t=17409

http://www.ft.com/cms/s/2/c3acd786-1df0-11e0-badd-00144feab49a.html#axzz1Ba2swhkE



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jeudi 13 janvier 2011

MALBEC, 2002, MENDOZA, CATENA



Je suis toujours sceptique quand j’entends des amateurs raconter qu’il ont passé un vin en carafe une couple d’heures, et que cela a permis à celui-ci de se transformer en profondeur. Personnellement, j’utilise rarement la carafe, mais je bois fréquemment des bouteilles sur de longues périodes durant la même journée. Dans ces circonstances, il m’arrive assez souvent de noter une certaine transformation entre le premier et le dernier verre. Dans des cas beaucoup plus rares, la transformation me semble vraiment marquée, mais à chaque fois je m’interroge à savoir si ce n’est pas ma perception du vin qui a changé dans le temps. Ceci dit, je suis convaincu que l’aération transforme le vin avec le temps, mais ordinairement ça prend pas mal plus qu’une heure ou deux pour que l’effet soit clairement notable. Ceci sans compter que la dite transformation n’est pas toujours positive.

Mes cas les plus spectaculaires de transformations positives sont survenus lorsque j’ai gardé des vins en demi-bouteilles pleines pendant quelques jours. Dans certains cas, comme dans le cas de ce Malbec, 2002, de Catena, la différence a vraiment été spectaculaire. Ce vin, la journée de l’ouverture, a été une totale déception. Il était sans vie, avec très peu de fruit, marqué par les notes tertiaires de feuilles mortes et avec une forte amertume en bouche. L’aération d’environ huit heures ce jour-là, avant le transvidage en demi-bouteille, n’a rien changé. Le profil peu invitant du vin était stable. Trois jours plus tard, j’ouvre la demi-bouteille bien remplie dans laquelle j’avais transvidé ce qui restait du contenu original. Le vin s’est alors présenté sous un jour totalement différent. L’équilibre était finalement au rendez-vous, avec un beau fruité rouge de cerises, une amertume modérée, des notes doucement épicées, et juste un peu de caractère évolué évoquant les feuilles mortes. En fait, il s’est présenté sous le jour que j’espérais au départ, celui que je connais et qui justifie pour moi la garde des rouges de Catena de ce niveau.

L’évolution du vin en bouteille est vraiment quelque chose d’intrigant et de difficilement prévisible avec précision. Cela est en totale contradiction avec la mode actuelle des notes, où les experts promettent de nous dire avec précision le niveau qualitatif d’un vin. C’est normal, l’amateur moyen est en quête de vérité. Il ne veut rien savoir de l’adage voulant qu’il n’y ait pas de grands vins, mais que de grandes bouteilles. Pourtant, la réalité est pire encore pour les vins de garde, car il y a des bouteilles qui ne seront grandes qu’à certains moments de leur existence, ou lorsque traitées d’une certaine façon avant le service. Le problème avec cette situation, c’est qu’il est très difficile de connaître le moment et les conditions idéales de service à l’avance. Si j’avais servi ce Malbec de Catena à quelques convives lors d’un repas. Le vin aurait été bu en trente minutes, et le constat aurait été celui d’un vin décevant ouvert trop tard. Un vin inapte à la garde. D’un autre côté, on ne peut pas ouvrir des bouteilles trois jours à l’avance en pensant que c’est qu’il faut toujours faire pour goûter le vin sous son meilleur jour. Avec un vin d’une vingtaine de dollars comme ce Catena, c’est de l’expérience intéressante acquise à peu de frais. Mais j’imagine la frustration potentielle pour l’amateur de fioles renommées et très coûteuses. À moins que dans ces cas-là le pouvoir de l’étiquette arrive quand même à bien faire paraître le vin...


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lundi 10 janvier 2011

La spécificité canadienne en matière de commerce du vin

J’ai déjà écrit sur ce blogue à propos de la difficulté pour un pays comme le Chili de promouvoir ses vins dans un pays comme le Canada où règnent les monopoles provinciaux d’état en matière de commerce du vin. À ce sujet, je suis tombé récemment sur une information intéressante qui reflète bien le caractère distinct du Canada en la matière. L’organisme “Vins du Chili” a annoncé la composition du panel de juges pour l’édition 2011 des “Wines of Chile Awards” qui aura lieu cette semaine à Santiago. Depuis le début de cet événement, qui en sera à sa huitième édition, l’industrie vinicole chilienne invite des critiques et chroniqueurs vin à juger la qualité d’une large sélection de vins à moins de 25$. Lors des six premières années, il y a eu alternance entre des panels britanniques et américains. Ce qui est logique, puisqu’il s’agit des deux plus gros marchés d’exportation pour le pays. Aussi, la presse vinicole de langue anglaise, que ça plaise ou non, demeure la plus influente à l’échelle mondiale. L’an passé, probablement pour faire changement, le panel de critiques invité était canadien. Il faut croire que les chiliens n’ont pas été très satisfaits des résultats commerciaux sur notre marché, puisque cette année le panel est composé de critiques américains (3), britanniques (2), suédois (1), japonais (1), brésilien (1), coréen (1), chinois (1) et chilien (1). Pas de canadiens? Rassurez-vous. Le Canada sera représenté sur le panel de juges, mais pas par des critiques reconnus, mais bien par des représentants de nos deux plus grands monopoles provinciaux: François Primeau responsable des communications à la SAQ et Shari Mogk-Edwards vice-présidente “merchandising” à la LCBO.

Donc, le seul pays qui ne sera pas représenté par un “winewriter” est la Canada, même si la Suède est aussi régie par un monopole étatique en matière de boissons alcoolisées. Selon moi, cette décision en dit beaucoup sur la particularité du marché canadien. Ici, ce qui compte pour espérer progresser dans le marché ce n’est pas de convaincre les journalistes, les sommeliers ou autres experts en la matière qui écrivent dans les médias et pourraient influencer les consommateurs. Non. Au Canada, il faut avoir de l’influence au coeur même des monopoles. J’espère donc que nos représentants commerciaux seront favorablement impressionnés par leur voyage et par les vins qu’ils goûteront, et que cela pourra se traduire par une amélioration de l’offre de vins chiliens dans leur province respective.

http://www.winesofchile.org/news-press/events/awoca-8-meet-our-judges/


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jeudi 6 janvier 2011

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2008, CASABLANCA, VINA CASAS DEL BOSQUE


Casas del Bosque est une “boutique winery” qui a été fondée en 1993 par un fils d’immigrant italien, Juan Cunero Solari, qui a fait fortune dans la vente au détail. Celui-ci a choisi de s’installer dans la région de Casablanca non pas à cause qu’il était un précurseur qui avait reconnu les qualités de ce terroir frais, mais bien à cause de la proximité de l’endroit par rapport à la capitale Santiago. L’idée de base était d’y avoir sa maison de campagne. Comme quoi dans la vie, pour certaines décisions, il vaut parfois mieux être chanceux que bon. Car chanceux M. Cuneo Solari l’a été, puisqu’en plus de choisir la région de Casablanca, il s’est installé dans sa partie ouest, la plus proche de l’océan et la plus fraîche. Si les débuts relèvent un peu de la chance, il a vite réalisé ce qu’il avait entre les mains et a pris de bonnes décisions par la suite pour en exploiter le potentiel. Ce qui fait qu’aujourd’hui, Casas del Bosque est reconnu comme un des meilleurs producteurs de Casablanca, en particulier pour ses vins de Sauvignon Blanc. Cette cuvée Reserva est le cheval de bataille de la maison. C’est le vin qui a fait sa réputation grâce à un RQP exceptionnel. À chaque millésime, la composition du vin change, bien sûr le vin demeure un 100% Sauvignon Blanc, mais on change les proportions de différents clones du cépage, ainsi que la nature des sols sur lesquels ils ont été cultivés. Pour ce 2008, la moitié de l’assemblage provenait du clone 1, 40% du clone 242 et 10% du clone 107. Le vin est élaboré totalement en inox et élevé sur lies pendant trois mois. Il titre à 13.3% d’alcool, pour un pH de 3.25 et est bien sec avec 2.07g/L de sucres résiduels.

La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez s’exprime avec modération sur des arômes dominants de citron, complétés par un léger aspect végétal et une subtile touche florale. C’est en bouche que le vin montre tout son éclat avec une attaque vive et un fruité citrique intense. Le côté végétal est vraiment mineur dans le profil gustatif de ce vin totalement axé sur le fruité intense et l’acidité tranchante. Le milieu de bouche permet d’apprécier le très bon niveau de concentration, avec une profondeur des plus surprenantes pour un vin de ce prix. Si je savais vraiment détecter ce qu’on appelle le caractère minéral dans un vin, je pense que je crierais à la fameuse “minéralité” dans ce cas-ci, mais comme ce concept flou m’échappe encore, je m’abstiendrai. Une chose est sûre toutefois, les acides organiques naturels de ce vin lui donnent un caractère qui me fait penser que c’est ce que plusieurs qualifient de minéral, même si du point de vue chimique il n’en est rien. Trêve de digression, simplement pour dire que la finale complète à merveille ce superbe vin, gardant le cap et montrant une belle persistance.

Ceux qui suivent ce blogue depuis sa création se souviendront peut-être qu’un Sauvignon Blanc de Casablanca a été à l’origine de sa création, soit le Alto Vuelo, 2008, de William Cole Vineyards. J’avais alors osé comparer ce vin de 15$ à un Sancerre de belle qualité, et bien 16 mois plus tard, avec ce Casas del Bosque, Reserva, du même millésime et de prix comparables, j’ai eu la même impression. Les deux vins partagent un terroir similaire situé à l’ouest dans la partie la plus fraîche de la vallée de Casablanca, et leurs profils gustatifs axés sur un fort caractère citronné se ressemblent. Depuis les débuts de ce blogue, j’ai parlé pas mal de Sauvignon Blanc. Pour ceux qui ont suivi mes divers commentaires sur le sujet, je dirais que ce Casas del Bosque est axé sur le côté terpène citronné, et non pas sur l’aspect thiolé de pamplemousse, fruit de la passion, buis, feuille de tomate, cassis. Le côté pyrazine d’herbe coupée, de poivron vert ou de d’asperge est aussi très faible. Cette partie très fraîche de Casablanca semble vraiment donner un style distinctif, même si les choix de culture et de vinification jouent assurément un rôle dans le résultat final. Pour apprécier ce vin, il ne faut pas avoir peur de l’acidité. Il montre vraiment un style épuré que j’apprécie. C’est mon premier contact avec un vin de cette maison, et maintenant je comprends pourquoi elle a si bonne réputation. Pour environ 15$, ce vin est un superbe RQP. Un vin qui pourrait se vendre facilement le double s’il venait de la Loire. Je ne tente pas d’”agacer” qui que ce soit par ce commentaire. Je ne fais qu’exprimer ce que je pense sincèrement. L'inventaire de ce vin est maintenant très bas à la SAQ. Désolé d'en rendre compte un peu trop tard. J'espère que le 2009 suivra sur les tablettes. J'aimerais aussi goûter les vins de Syrah de ce producteur qui selon mes lectures sont aussi de très belle qualité, ceci sans compter les deux cuvées supérieures de Sauvignon Blanc du producteur (Gran Reserva et Pequenas Produccion). Casas del Bosque: un nom à retenir.


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lundi 3 janvier 2011

GEWURZTRAMINER, VENDANGES TARDIVES, 2008, CURICO, VINA MONTES



Ce vin est issu de raisins atteints à 70% par le botrytis, vendangés à la mi-juin à partir de vignes dont le rendement était maintenu au faible niveau de 25 hl/ha. Ces vignes sont situées dans la vallée de Curico, juste au sud de Colchagua, où Vina Montes possède ses vignobles. Pendant son élaboration, le vin ne voit que l’inox, ce qui est un peu surprenant quand on connaît le penchant boisé des rouges de la maison. Les liquoreux chiliens sont assez rares, et ceux qui se rendent au Canada encore plus. Je suis donc curieux de goûter celui-ci.

Le robe est d’une belle teinte dorée. Le nez est de bonne intensité et exprime des arômes d’orange, de pêche, de botrytis, de miel, le tout complété par de fines notes florales. Très beau nez montrant une belle qualité d’arômes. En bouche, le vin se montre souple et ample d’entrée, avec un bel équilibre entre l’acidité et le gras. Les saveurs sont nettement de qualité supérieure et irradient le palais d’une onde de plaisir intense. En milieu de bouche, le plaisir demeure le maître-mot, et on peut noter le bon niveau de concentration du vin. La finale est harmonieuse, à la fois longue et soyeuse.

Voilà un beau vin! Équilibré et intense, avec une belle matière et une certaine complexité. Manque un peu de profondeur pour être vraiment complet, mais une longue période d’oxygénation lui a fait le plus grand bien à cet égard. Ce qui me porte à croire qu’il possède un très bon potentiel d’évolution où il pourrait aussi gagner en complexité. J’aimerais déguster ce vin à l’aveugle, en compagnie d’une série de liquoreux de niveau intermédiaire, pour voir comment il s’en tirerait. Une chose est sûre toutefois, un vin de ce genre montre encore une fois tout le potentiel de diversité et de qualité du Chili. J’ai payé celui-ci 16.95$ pour une demi-bouteille. À ce prix, c’est certainement un bon achat. Bien sûr, le RQP n’est pas aussi bon que dans le cas du Concha y Toro offert à la SAQ, et qu’on peut facilement se procurer à seulement 11.20$ lors d’une promo 10%. Mais le Montes me semble être un cran au-dessus en terme de qualité, même si cela aussi mériterait d’être valider par une comparaison directe. Micheal Schachner du magazine américain “Wine Enthusiast” dit de ce vin qu’il s’agit du meilleur vin de dessert chilien. C’est peut-être vrai, mais j’aimerais bien goûter des vins comme le “El Noble” de Vina Villard, ou la cuvée de vendanges tardives de Vina Morandé. Ces deux vins de Casablanca sont issus de raisins de Sauvignon Blanc botrytisés. Pour compléter, j’aimerais bien goûter le nouveau Torontel, Erasmo, de Vina La Reserva de Caliboro. Ce vin, inspiré du Vino Santo italien, est élaboré par des toscans à partir de vignes de 60 ans d’âge non irriguées qui avaient été oubliées quelque part dans la vaste vallée de Maule. La Reserva de Caliboro est le projet chilien du comte Francesco Marone Cinzano, propriétaire en Tosacane du domaine Col d’Orcia. Le premier millésime de ce vin particulier ne date que de 2006, mais déjà, certains y voient le meilleur vin liquoreux chilien. Celui-ci est élaboré en suspendant pendant trois mois pour séchage des grappes de vendanges tardives, avant le pressage et la fermentation en barriques (voir le lien et la photo). Le potentiel pour ce type de vins issus de vieilles vignes de Torontel, un cépage s’apparentant au Muscat, semble immense dans la vallée de Maule. Le vin liquoreux est donc une autre facette à suivre de la diversification qualitative chilienne en cours.

http://www.mosto.cl/2010/07/15/oro-para-un-oro-del-maule/


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jeudi 30 décembre 2010

PINOT NOIR, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, VINA TABALI


Un autre vin de la vallée de Limari. Cette fois le Pinot Noir d’un producteur qu’on connaît ici au Québec pour son Chardonnay de la même gamme, et pour sa Syrah Reserva. Ce Pinot provient de trois parcelles sélectionnées d’un vignoble aux sols calcaires situé à 29 km de l’océan Pacifique. Dans un message précédant, je joignais un lien vers un vidéo montrant le nouveau vignoble Talinay de Vina Tabali. Celui-ci est plus frais car situé à seulement 12 km de la côte du Pacifique. Les premiers résultats en Pinot issus de ce vignoble seraient des plus prometteurs selon l’expert britannique en vins chiliens Peter Richards. Pour revenir au Reserva Especial dont il est question ici. Le vin a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à 13.5% d’alcool pour un pH de 3.51 et 3.1 g/L de sucres résiduels.

La robe est d’une belle teinte rubis passablement translucide. Le nez est bien calibré et dégage de jolis arômes de fraise et de cerise, complétés par une touche épicée évoquant la muscade et la cannelle, ainsi que par une légère touche torréfiée. Assez simple comme nez, mais propre, et fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage dans une bonne version Nouveau-Monde. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne souplesse et de l’amplitude. Les saveurs sont franches et intenses, mais sans excès, ce qui donne un vin facile à boire. Le milieu de bouche montre une bonne concentration, sur une texture tannique raffinée. La finale est fondue et persistante avec des notes épicées qui ressortent à la toute fin.

C’est le troisième millésime de ce vin que j’essaie, et ma persévérance est finalement récompensée. Les millésimes 2006 et 2007 de ce vin ne m’avaient pas convaincus. Les vins n’étaient pas mauvais, mais n’avaient rien pour séduire non plus. Ce 2008 marque donc un clair pas en avant. Une preuve que les producteurs chiliens sont toujours en processus d’apprentissage avec ce cépage exigeant. Avec ce vin on obtient un Pinot de profil Nouveau-Monde, dans le meilleur sens du terme. Selon mon expérience, c’est un vin qui peut se comparer à de bons exemples de Californie ou de Nouvelle-Zélande dans l’intervalle de prix 30-40$. Donc, pour les 19.95$ payés, il s’agit d’un excellent RQP. Selon mes lectures, le 2009 serait encore meilleur. C’est donc une histoire à suivre.

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mardi 28 décembre 2010

Le bon goût peut-il être subjectif?

Je suis tombé sur un petit texte intéressant aujourd’hui sur le blogue de Jaimie Goode (voir lien), à propos du caractère subjectif ou objectif de la dégustation de vin. Quand on débute dans le monde du vin, le conseil donné par à peu près tous les experts est de faire confiance à son goût. Qu’il n’y a pas de vérité absolue en matière de vin. Que notre palais est le seul qui compte vraiment. Mais au fur et à mesure que l’on progresse dans le domaine, on se rend bien compte que ce discours est d’une grande hypocrisie. Les amateurs passionnés autant que les critiques renommés ne croient pas un instant à ce concept de goût personnel. Au contraire, ils adhèrent à des canons esthétiques traditionnels, à ce que de manière générale on appelle le bon goût, et que personnellement j’aime bien appeler le “vrai goût”. Car hors de ce “vrai goût” il n’y a pas de crédibilité possible. Bien sûr, à l’intérieur de ce goût légitime, chacun pourra avoir ses préférences, mais pour conserver sa crédibilité, il vaudra mieux ne pas rejeter certaines choses. Vous n’aimez pas les vins qui sentent l’écurie, le poulailler, la sueur, le crottin de cheval et autres odeurs ordinairement désobligeantes, lorsque rencontrées ailleurs que dans un verre de vin? Ne le dite pas trop fort. C’est que vous n’avez pas encore apprivoisé une partie du “vrai goût”. Même chose pour les vins blancs tirant sur l’oxydation, ce n’est pas un défaut, non. Ça fait partie du style du producteur.

Donc, la prochaine fois que vous lirez un expert qui dira qu’il faut découvrir son palais, et que celui-ci ne peut pas se tromper. N’en croyez rien. En matière de vin, il y a des goûts acceptables et reconnus par les gens sérieux et expérimentés. Des goûts qu’il faut apprivoiser si on veut être pris au sérieux comme amateur, et il y a les goûts déviants, comme aimer les vins rouges sur la douceur. Je lisais mes amis de FDV cette semaine à propos d’un vin rouge californien très populaire à la SAQ, et apparemment d’une douceur intolérable. La condescendance de plusieurs illustrait bien mon propos sur l’existence d’un “vrai goût” (voir lien). D’ailleurs, l’utilisation courante au Québec du terme “guidoune” (fille facile, prostituée) pour décrire ce type de vin est assez révélateur. Notre vieux fond catholique ressort alors, avec le goût respectable d’un côté, qu’on pourrait associer à l’épouse légitime, et le goût pervers et inacceptable de l’autre, associé à l’image de la fille de joie.

On entend souvent dire que la dégustation est un processus qui inclut une part d’apprentissage. C’est vrai. Il est aussi vrai que l’on peut développer des goûts à l’usage. Mais il est aussi vrai, je pense, que l’apprentissage inclut souvent un processus de correction, où l’on enseigne ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Cela n’a rien à voir avec les sensations réelles et leur appréciation. Dans ces conditions, on ne développe pas le goût, mais plutôt l’idée de ce qu’il devrait être.

http://www.wineanorak.com/wineblog/uncategorized/so-is-wine-tasting-subjective-or-objective

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=2&t=17187

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samedi 25 décembre 2010

NINQUÉN, 2002, COLCHAGUA, VINA MONTGRAS



Je profite de ce message pour souhaiter un Joyeux Noël à tous. Merci de me suivre. Après avoir goûté la très jeune cuvée 2007 de ce vin, à dominante Syrah. J’ai eu envie d’ouvrir une bouteille de la cuvée 2002 pour voir comment ce vin évolue après cinq ans de garde. Ce 2002 est à forte dominante de Cabernet Sauvignon, complété par un faible 5% de Malbec. La Syrah ne faisait alors pas partie de l’assemblage et n’est apparue dans celui-ci qu’avec le millésime 2006. Ce Ninquén, 2002 a été produit à partir de vignes qui n’avaient que cinq ans d’âge à l’époque, et comme pour les versions subséquentes, l’élevage en barriques est ambitieux, avec 18 mois passés en barriques neuves de chêne français. J’ai décidé d’ouvrir cette bouteille pour voir comment s’intègre le boisé dans ce vin avec le temps.

La robe est toujours assez foncée, même si légèrement translucide. Le nez est simplement superbe, d’une juste intensité, et exhale d’envoûtants parfums de fruits noirs et rouges (cerises), d’épices douces exquises, de bois de cèdre et d’encens, complétés par un soupçon de terre humide et une très légère touche chocolatée. L’apport boisé est encore présent, mais heureusement, le temps a commencé à faire son oeuvre. Le type de nez auquel on revient sans cesse et qui vaut le coup presqu’à lui seul. La bouche est toute en délicatesse, caressante, avec une trame tannique veloutée qui sert d’écrin à des saveurs de grande qualité reflétant fidèlement le profil olfactif. Le milieu de bouche permet de constater que le vin a encore beaucoup de matière et que c’est l’équilibre des divers composants de celle-ci qui procure la sensation de raffinement qui se dégage de l’ensemble. Le vin est un pur délice qui remplit bien la bouche, et qui coule sans efforts. La finale poursuit en droite ligne, sous le signe de l’harmonie, avec des saveurs qui se fondent à merveille et persistent un très long moment sur de fines rémanences de chocolat noir.

L’année s’achève. Une année au cours de laquelle j’ai eu la chance de goûter plusieurs très bons vins. Mais ce Ninquén, 2002, fait assurément partie des quelques meilleurs. Ces cinq années de garde ont su l’assagir et lui donner cet équilibre si particulier que seul le temps passé en bouteille peut donner. Ce n’est pas un vin au profil très évolué. Il est juste au début de son processus de transformation. Mais ces quelques années passées à l'ombre transparaissent déjà dans ce qu’il donne. J’accumule présentement les bouteilles de cuvées chiliennes supérieures toujours offertes à des prix abordables, et un vin comme ce Ninquén me réconforte dans ma conviction de faire la bonne chose. Ce vin peut rivaliser avec des Cabernets de classe mondiale vendus bien plus chers. En fait, il est tellement bon, que j’en viens à penser qu’il est regrettable qu’il n’existe désormais plus sous cette forme presque purement Cabernet. La Syrah donne de si bon résultats au Chili, que je n’ai pas de doute que la nouvelle mouture, qui a pris le relais avec le millésime 2006, sera aussi de haut niveau après quelques années passées en bouteille. Mais quand même, la qualité de ce vin aurait justifié qu’il survive dans sa forme Cabernet, car à mon avis il aurait pu rivaliser avec les meilleurs du pays. Il faut se rappeler, comme je le mentionne en introduction, que ce vin est issu de vignes qui n’avaient que cinq ans d’âge. L’autre constat que je tire de la dégustation de ce vin, c’est que des vins chiliens peuvent être élaborés avec un usage ambitieux du bois de chêne. Il faut juste les boire quand c’est le temps. Si on aime le boisé de jeunesse très appuyé, pas nécessaire d’attendre, mais j’ai l’impression que pour une majorité de dégustateurs, la garde de ce type de vins est essentielle pour en tirer le plein potentiel. Le problème de cette cuvée Ninquén, c’est qu’on associe souvent chez les amateurs garde et prix élevé. Au prix d’aubaine demandé pour ce vin (26$), combien d'acheteurs auront le réflexe de le mettre à l’ombre pour au moins cinq ans? Vous connaissez la réponse à cette question aussi bien que moi. Ceci sans compter la grande majorité d’acheteurs qui ne gardent jamais de bouteilles. Ils achètent et consomment dans les jours qui suivent. Cela nous ramène à un des problèmes non résolus du Chili, soit celui de la mise en marché trop hâtive de vins qui mériteraient mieux qu’une ouverture nettement trop précoce. Ce problème n’est pas l’apanage des producteurs chiliens, ailleurs aussi on met beaucoup de vins en marché bien trop tôt. Mais comme les vins chiliens ne sont pas encore reconnus à leur juste valeur pour la garde, et qu’ils se vendent généralement à des prix d'aubaine, le phénomène d’ouverture prématurée est sûrement massif. C’est bien dommage. Pour ma part, il me reste trois autres fioles de ce délicieux nectar. Il serait tentant de les ouvrir dans l'année qui vient, tellement le vin est bon. Mais je vais me montrer patient et continuer d'enrichir mon expérience dans la garde de ces bijoux négilgés.


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vendredi 24 décembre 2010

L'Angleterre: Le tremplin du Chili vers la reconnaissance

Dernièrement sur ce blogue je me suis montré optimiste sur le futur du Chili vinicole. J'ai vraiment l'impression que ce pays est à un tournant de son histoire en la matière, et que ce moment charnière de son évolution se joue en Angleterre. Les Chiliens investissent beaucoup dans ce pays très ouvert en matière de vin, et où plusieurs voix différentes forgent l'opinion. La stratégie est à mon sens brillante car ce pays a beaucoup d'influence dans le monde du vin. C'est un carrefour où les vins du monde se rencontrent, dans un pays qui a une tradition de consommation de vins étrangers. Donc, percer sur ce marché, c'est percer sur un terrain relativement neutre, mais qui est en mesure d'établir des comparaisons. Si le Chili change de statut sur ce marché, il y aura propagation du phénomène. La première cible qui est visée pour conquérir ce marché ouvert est bien sûr la presse. Les producteurs chiliens investissent beaucoup pour faire venir au pays des journalistes britanniques influents, avec pour but de leurs montrer les derniers développements qui ont lieu dans le pays.

J'ai relaté ici dernièrement les commentaires très positifs de "winewriters" britanniques. Et bien une autre voix s'ajoute, celle de Tim Atkins, un "Master of Wine" qui collabore à de nombreuses publications britanniques, dont la revue Decanter. Il revient lui aussi d'un voyage au Chili, et ses commentaires sont des plus positifs sur l'évolution du pays, même s'il prétend que le pays n'a pour le moment atteint que 30% de son vrai potentiel. Nul besoin de dire qu'il entrevoit l'avenir de ce pays avec enthousiasme. D'ailleurs, un des textes de M. Atkins s'intitule "Vers un nouveau Chili". Pour ma part, il y a déjà quelques années que je parle du "Nouveau Chili". Faut croire que j'étais en avance sur mon temps. Même aujourd'hui, surtout ici au Québec, j'ai l'impression d'être un prophète qui prêche dans le désert!!! J'ai écrit ici récemment que le Chili était en train de se transformer en un grand pays vinicole. Plus je lis sur le sujet, et surtout, plus je goûte les nouveaux vins de ce pays, du moins ceux que j'arrive à trouver, et bien, plus je suis convaincu de la justesse de ma prédiction.

http://blog.timatkin.com/


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mercredi 22 décembre 2010

CHARDONNAY, MEDALLA REAL, 2008, LIMARI, VINA SANTA RITA


Pour rester dans le thème du message précédant. Après le Tabali, Reserva Especial, et le Marques de Casa Concha, j’ai pu mettre la patte sur un troisième Chardonnay, 2008, de la région de Limari. Comme dans le cas du Marques de Casa qui était auparavant originaire de Maipo, Santa Rita a aussi fait migrer sa production pour cette cuvée, dans ce cas de Casablanca vers Limari. Cette région semble vraiment être tenue en haute estime pour la production de vins de ce cépage. En fait, dans le cas de ce Medalla Real, 85% des raisins entrant dans sa composition proviennent de Limari, le reste venant de Leyda, une autre nouvelle région fraîche du Chili. Le vin a été fermenté et élevé sur lies en barriques de chêne français (20% neuves) pendant huit mois. Il titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.30, et est bien sec avec 1.77g/L de sucres résiduels.

La robe montre une teinte légèrement dorée. Le nez est discret, mais on peut quand même y percevoir des arômes de citron, de pêche, d’orange, et de noix, complétés par une légère touche beurrée. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne amplitude et une texture légèrement onctueuse. Contrairement à la retenue olfactive, les saveurs s’expriment avec vigueur et intensité. Le vin est d’une bonne densité, mais évite de tomber dans l’excès. Cela lui permet de montrer une certaine élégance généreuse. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration sur un volume bien ajusté. La finale est harmonieuse, avec une bonne persistance des saveurs sur de très légers relents d’amertume.

Ce troisième Chardonnay de Limari en assez peu de temps semble me confirmer une certaine “typicité” propre à la région, avec des profils se rapprochant plus de l’expression bourguignonne du cépage. C’est moins tropical, plus élégant, et on ne retrouve pas les arômes de maïs en grains qui sont assez fréquents dans les vins de ce cépage issus de Casablanca. Pour ce qui est de la fameuse “minéralité” qu’on dit propre aux vins de cette région. Ça demeure une notion vague et difficilement saisissable pour moi. Un espèce de qualificatif que personne ne comprend exactement de la même façon. D’ailleurs, je serais curieux de voir les résultats en pure aveugle d’une dégustation où les participants devraient juger les vins seulement sur l’aspect possiblement minéral de ceux-ci. Je pense que les résultats pointeraient dans toutes les directions. Pour en revenir à ce Medalla Real, minéral ou pas, il s’agit d’un beau vin offrant un RQP avantageux au prix demandé (17.95$).


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lundi 20 décembre 2010

Cap au nord: Limari et Elqui

Peter Richards est un grand connaisseur du Chili et de ses vins. Son livre publié en 2006, "The wines of Chile", m'a permis d'en apprendre beaucoup sur les vins de ce pays. Celui-ci continue de s'intéresser au sujet comme le montre cet intéressant article de Decanter où il décrit les développements récents dans les vallées de Elqui et de Limari. Les Chiliens ne font que commencer à se rendre compte du potentiel de leur pays en matière de vins fins.

http://www.winesofchile.org/wp/wp-content/uploads/2010/12/chile-hot-spots-elqui-limari-p-richards-decanter-jan2011.pdf

Le même Peter Richards revient lui aussi d'un voyage au Chili où il accompagnait Jaimie Goode et Chris Losh auxquels je référais dans des messages précédants. Richards y va à son tour de ses impressions sur ce qu'il a pu voir et goûter au cours de ce voyage l'ayant mené de Bio Bio à Elqui. Je joins aussi un lien vers un vidéo tourné par Jaimie Goode montrant le nouveau vignoble Talinay de Vina Tabali, dans Limari, planté sur un sol calcaire à seulement 12 km de la côte.

http://winchesterwineschool.com/on-the-road-chile-2010/

http://www.youtube.com/watch?v=gpsvTtWnEvI


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samedi 18 décembre 2010

NINQUÉN, 2007, COLCHAGUA, MONTGRAS PROPERTIES



Après le Quinta Generacion de Casa Silva, je continue avec un autre assemblage de Colchagua qui a maintenant bien installé sa réputation au Québec. Le Ninquén est lui aussi un vin avec de hautes ambitions qualitatives, mais qui heureusement est toujours offert à prix plus que raisonnable. Le 2007 continue le virage entrepris avec le 2006, qui a vu la Syrah prendre le dessus à hauteur des deux tiers dans l’assemblage de ce vin, complété par du Cabernet Sauvignon. Comme toujours avec ce vin, élaboré sous l’influence du consultant Paul Hobbs, l’élevage sous bois est substantiel, avec 19 mois passés en barriques de chêne (85% français, 15% américain, 80% neuves, 20% deuxième usage). Même si c’est beaucoup, c’est quand même moins que pour le 2004 où on était allé jusqu’à 24 mois. Le vin titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.40, ce qui indique une acidité élevée pour ce type de vin.

La robe est parfaitement opaque et très foncée. Le nez exhale avec modération des arômes de fruits rouges et noirs, de bois de cèdre, de vanille, de pâtisserie, de poivron rouge et de torréfaction. Un nez dense et profond où la qualité est évidente, tout comme l’empreinte boisée. En bouche, on peut aussi parler de densité, de profondeur et de boisé. C’est un vin avec beaucoup de matière, un fruité riche, une amertume solide et des tanins serrés et fins. La finale est intense et généreuse, avec les tanins du bois qui montrent leur poigne, le tout sur une bonne persistance.

Il a été intéressant pour moi de goûter ce vin après le Quinta Generacion de Casa Silva. Je disais de celui-ci qu’il évitait les écueils de la très forte concentration, de l’extraction indue et du boisé très appuyé. Et bien c’est en plein les pièges dans lesquels tombe ce Ninquén. Je ne dis pas pour autant que c’est un mauvais vin, mais une chose est sûre, à cause de ces choix d’élaboration, il n’est pas aussi abordable à ce stade précoce. Peut-être que sur une plus longue période il trouvera l’harmonie, mais ce n’est pas le cas présentement. En un sens le vin est impressionnant, car il a beaucoup de tout et il en met plein la gueule, comme on dit. Mais en ce moment, cela nuit à l’équilibre général. Un autre point qui me laisse perplexe, et cela concorde probablement avec le reste, c’est que je n’ai pas reconnu les cépages dans ce vin, en particulier la Syrah. En pure aveugle, j’aurais été bien embêté de dire avec quel(s) cépage(s) ce vin avait été élaboré. Peut-être cela ressortira-t-il dans quelques années, si le boisé arrive à s’intégrer. Je l’espère, car j’ai six autres bouteilles bien emballées dans une belle caisse en bois. Il n’y a pas à dire, avec cette cuvée, Montgras cherche vraiment à créer un super-premium et suit la recette pour y arriver. Tout ce qui manque, ce sont les très grosses notes (95+) des revues américaines. Pour le moment, il n’ont pu dépasser le 92, ce qui explique le prix toujours abordable de ce vin. C’est donc une façon de goûter ce genre de vin sans ce ruiner. Aussi, ça permet de constater que lorsqu’on achète des vins élaborés de cette façon, il faut avoir la foi et de la patience. À 26.45$, je suis prêt à exercer ces vertus, ne serait-ce que pour apprendre. Pour ce qui est du plaisir harmonieux et immédiat, vaut mieux se tourner vers autre chose. Cela me fait penser que j’ai quelques bouteilles de 2002 qui dorment au cellier. Je pense que je suis dû pour vérifier ce que ça donne.


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mercredi 15 décembre 2010

L'exemple britannique, encore.

Pour me consoler des inepties qu'on peut parfois lire ici au Québec sur le Chili et ses vins. Quoi de mieux que de retourner vers un pays plus ouvert, dans tous les sens, le Royaume-Uni. Je joins le lien vers un article de Chris Losh qui revient juste d'un voyage au Chili qu'il a parcouru de Bio Bio au sud, jusqu'à Elqui au nord. Son constat est bien différent de celui de M. Langlois. C'est normal, M. Losh sait de quoi il parle... Il voit le Chili comme le pays vinicole le plus excitant sur la planète en ce moment. Un pays en évolution rapide qui est en train de se redéfinir totalement. À lire.

http://imbibe.com/blogs/imbibe-editor/2010-12/where-condors-dare


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lundi 13 décembre 2010

En matière de vin, le Québec est-il vraiment francocentriste? (Part II)

Dans mon premier texte sur ce sujet, publié en novembre dernier, j’y étais allé de cette affirmation:

“Cette offre de produits totalement débalancée est en lien direct avec le discours et la mentalité francocentristes des professionnels du vin au Québec, que ce soit les journalistes, les sommeliers, ou les conseillers de la SAQ. Pour eux, de façon générale, la France est le centre du monde vinicole, le point de vue à partir duquel tout est analysé. Cela ne veut pas dire que l’on ne boira que du vin français, mais même lorsque l’on boit autre chose, on l’analyse par rapport aux références françaises.”

Certains ont pu penser que j’y allais fort dans mes propos, et pourtant... Cette semaine, avec pas mal de retard, j’ai commencé à lire la dernière édition de la revue CELLIER de la SAQ. Dans celle-ci, il y a y une entrevue avec le chroniqueur vin Claude Langlois du Journal de Montréal. J’étais curieux de lire ce qu’il avait à dire sur son métier et le monde du vin en général. Ce que j’ai pu lire m’a totalement consterné. Si quelqu’un doutait de mes propos ci-haut, il n’a qu’à lire ça. Il y a peu de choses ne venant pas de l’Hexagone, en matière de vin, qui trouvent grâce aux yeux de M. Langlois. Pour l’avoir lu jadis, je le savais très axé sur la France, mais à ce point. J’avoue avoir été surpris. Toutefois, là où le gars s’est totalement discrédité, c’est dans ses propos sur les arômes de Brettanomyces et sur le Chili. Il dit détester les “bretts”, sauf dans le bourgogne. Plus tard en réponse à savoir quel pays l’avait le plus déçu, il y va d’une diatribe surréaliste contre le Chili. Je cite:

“Le Chili, parti en peur au début des années 90. Je trouve ça plate à dire, mais 9 fois sur 10, ça sent la sueur et la selle de cheval, la brett- même qu’ils font de moins bons vins aujourd’hui qu’à l’époque- je dis une énormité, je sais. C’est probablement juste mon goût qui a changé.”

Assurément que M. Langlois dit non pas une, mais des énormités. Cette déclaration est d’une ignorance crasse. Je suis d’ailleurs très déçu que l’intervieweur et éditeur de la revue, Marc Chapleau ait publié cela. Ceux qui me connaissent savent comment j’ai en horreur les arômes de Brettanomyces dans le vin. Croyez-moi, si 90% des vins chiliens étaient “brettés”, je ne tiendrais pas un blogue pour tenter de les faire mieux connaître. Pour reprendre l’expression de ce cher M. Langlois, “c’est plate à dire”, mais je pense que celui-ci ne sait pas reconnaître un vin “bretté” tellement son propos est loin de la vérité. Aussi loin de la vérité que de dire que les vins chiliens étaient meilleurs il y a 20 ans. Du pur délire.

Honnêtement, j’ose croire que Claude Langlois n’est pas totalement ce qu’il projette dans cette entrevue. D’ailleurs, Chapleau a pris l’axe fort en gueule pour ce portrait, et peut-être l’a-t-il poussé dans certains travers. Une chose est sûre pour moi toutefois, quelqu’un du statut de Claude Langlois devrait faire preuve de plus de rigueur dans ses propos, et une revue se voulant sérieuse comme CELLIER, et que j’apprécie beaucoup par ailleurs, ne devrait pas publier n’importe quoi. Pour ce qui est du francocentrisme québécois en matière de vin, comme disent les anglos: “I rest my case”.

pages 90-95 
http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_hiv_2010_fr/2010101401/

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/11/en-matiere-de-vin-le-quebec-est-il.html

 
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samedi 11 décembre 2010

QUINTA GENERACION, 2007, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA



Si Maipo est la région phare du Cabernet Sauvignon au Chili, Colchagua pour sa part est reconnue d’abord et avant tout pour ses vins d’assemblage où le Carmenère, le Cabernet Sauvignon et la Syrah jouent souvent des rôles importants. Parmi les plus connus on compte: Clos Apalta, Neyen, Ge, Coyam, Ninquén, Dona Bernarda, Vertice, A Crux, Clos de Lolol et depuis peu le Primus de Veramonte. À cette liste il faut ajouter le Altura et le Quinta Generacion de Vina Casa Silva. La coûteuse cuvée Altura n’est produite que dans les meilleures années, alors que le Quinta Generacion est l’assemblage de référence de la maison, produit à chaque année. Le but avec cette cuvée est de produire le meilleur vin possible selon les conditions du millésime. Ainsi, la composition des cépages, et les vignobles dont ils sont issus, varie à chaque année. Avec cette cuvée, Casa Silva se targue de produire un vin pouvant rivaliser avec les super premiums du pays, mais pour le tiers du prix. La version 2007 dont il est question ici est composée de raisins provenant de deux vignobles situés aux extrêmes de l’axe est-ouest de la vallée de Colchagua, avec les cépages Carmenère (45%), Cabernet Sauvignon (23%) et Petit Verdot (5%) qui proviennent du vignoble de Los Lingues situé au piedmont des Andes, et de la Syrah (27%) qui provient de la région de Lolol, située près du flanc intérieur de la chaîne côtière de montagnes. Le vin a été élevé pendant 13 mois en barriques neuves de chêne français et titre à 14.5% d’alcool.

La robe est sombre et bien opaque. Le nez s’exprime avec modération sur des arômes de fruits rouges et noirs, de bois de cèdre, de poivron rouge, de poivre noir et d’épices douces, le tout complété par un léger trait chocolaté. Beau nez de jeune vin avec une qualité d’arômes exemplaire. En bouche, le vin se montre équilibré et élégant, évitant les excès de puissance et d’extraction qu’on retrouve souvent dans les vins ambitieux. Dans ce cas-ci, on a plutôt misé sur le qualité des saveurs et la finesse de la texture. Ceci dit, il s’agit tout de même d’un vin d’une belle richesse de matière, avec de la présence, et qui ne manque en rien de concentration. On a juste évité de pousser les choses trop loin dans le strict but d’impressionner. Ce qui fait qu’on se retrouve avec un vin déjà facile à boire, malgré sa jeunesse. La finale est très agréable, avec des notes chocolatées amères qui s’accentuent, sur une longueur de bon niveau.

Comme je le mentionnais en intro, le producteur de ce vin dit que celui-ci peut rivaliser avec des super-premiums chiliens, mais à un tiers du prix. En terme de qualité et de plaisir que le vin peut donner, je pense que cette affirmation est vraie. Mais en mode comparatif direct, celui-ci serait désavantagé, car il n’a pas le niveau très élevé de concentration de ces super-vins conçus pour obtenir des grosses notes des magazines américains. Miser sur l’élégance et la finesse est rarement un pari payant dans ces circonstances. Toutefois, pour celui qui recherche ces qualités dans les vins qu’il consomme, ce Quinta Generacion représente une superbe occasion. Plus j’évolue dans le monde du vin, et plus je sais ce que je préfère. Heureusement pour moi, les vins que je favorise ne sont pas les vins très concentrés, boisés et extraits. J’aime les vins d’équilibre, qui ont assez de tout et ne manquent de rien. Et bien ce vin de Casa Silva cadre parfaitement avec cette description. C’est un vin qui pour moi est fidèle à sa vallée d'origine, et qui même s’il est déjà abordable, possède un très beau potentiel d’évolution pour au moins les 15 prochaines années. Un vin qui de par son prix raisonnable (24.95$), ne vise pas l’amateur qui associe nécessairement la grande qualité à un prix élevé. Dans ce cas-ci, le producteur a pris le pari que la qualité pouvait parler d’elle-même, au-delà du prix. C’est un pari plus audacieux qu’il n’y paraît à première vue, mais un pari qu’avec moi il a gagné.


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dimanche 5 décembre 2010

2010: Un point tournant pour le Chili vinicole?

Je ne sais pas si c’est une impression de blogueur monomaniaque, mais j’ai l’impression que 2010 aura été une année pivot pour le Chili en général et pour ses vins en particulier. Il semble qu’avec l’épisode très médiatisé du sauvetage des mineurs, ce pays ait enfin réussi à briser une image négative qui lui collait à la peau depuis les années de dictature de Pinochet. Comme si le monde venait de réaliser les changements profonds qui se sont opérés dans ce pays depuis la fin de cette période malheureuse. On réalise maintenant que le Chili est sorti de sa période de grande noirceur, et qu’il s’agit maintenant d’une démocratie moderne et en nette progression dans une foule de domaines.

Côté vinicole, comme je le mentionnais à la fin de mon CR du Côt, 2008, de Perez Cruz, ce pays est sur la voie rapide pour s’élever au rang des grands pays vinicoles. Il en possède tous les atouts, et commence juste à le réaliser. Cette prise de conscience amène une évolution des mentalités, qui alliée aux nombreux efforts et investissement consentis, ne pourront que donner des résultats de plus en plus probants. Le dynamisme, la diversification et la quête qualitative du Chili commencent à être reconnus dans la presse vinicole mondiale. Un changement de perception est en train de s’opérer, trop lentement à mon goût, mais sûrement. En ce sens, je lisais hier les prédictions vinicoles de James Molesworth du Wine Spectator. Celui-ci voit le Chili gagner du “momentum” en 2011 (voir lien). Aujourd’hui, c’est au tour du britannique Jaimie Goode de se montrer enthousiaste à propos des perspectives chiliennes, lui qui avait toujours été un des commentateurs britanniques les plus sceptiques sur le potentiel chilien. Dans son texte d’aujourd’hui, il fait même l’éloge d’une certaine verdeur dans les vins chiliens!!! Il n’y a pas à dire, le changement de tendance semble bien réel.

Bien sûr, on est encore loin d’un engouement général. Le Chili a encore du chemin à faire dans l'opinion pour être une origine recherchée par l’amateur passionné. À cet égard, son capital de prestige est encore proche de zéro. Toutefois, son image commence à changer chez les leaders d’opinion. De plus en plus, on y voit une histoire variée et intéressante à suivre, avec les bons vins qui viennent avec. C’est une histoire que je m’efforce de rendre ici au mieux, compte tenu du peu de moyens dont je dispose.
 
 
http://www.winesofchile.org/news-press/forecasting-2011-chile-gains-momentum/
 
http://www.wineanorak.com/wineblog/chile/some-thoughts-on-chile

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samedi 4 décembre 2010

CÔT, RESERVA, LIMITED EDITION, 2008, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ



German Lyon



Le Malbec est la carte cachée de l’offre chilienne en rouge. Un cépage que le pays semble mal à l’aise de mettre de l’avant, tellement celui-ci semble identifié à son voisin et rival argentin. D’ailleurs, lors de la dernière dégustation “Vin du Chili”, j’ai eu la chance de discuter avec German Lyon, l’oenologue en chef de la maison Perez Cruz, qui s’exprime parfaitement en français. Nous avons discuté de plusieurs sujets, mais celui-ci a insisté sur sa volonté de refléter dans ses vins le terroir de l’Alto Maipo. Il a d’ailleurs spécifié que l’appellation Côt choisie pour ce vin, malgré le fait qu’elle réfère à l’origine française du cépage, était motivée par une volonté claire de se démarquer de ses contreparties argentines. C’est quand même un peu ironique quand on pense que certains producteurs de Cahors apposent maintenant le mot Malbec sur leurs étiquettes, pour tenter de profiter de la vague positive entourant ce cépage. Pour ce qui est de ce Côt, 2008, tout ce que je sais sur son élaboration, c’est qu’il est assemblé avec de petites quantités de Carmenère et de Petit Verdot.

La robe est bien foncée et opaque. Le nez est d’une expression bien dosée et exhale d’invitants arômes de fruits noirs qui pour moi sont typiques de ce cépage, complétés par des notes terreuses et doucement épicées, ainsi que par un léger aspect de fleurs fanées. Beau nez de jeune vin avec une bonne profondeur. Cela se poursuit en bouche de très belle façon, avec un vin équilibré d’entrée. C’est intense, sans être exubérant, avec des saveurs de grande qualité, bien soutenues par ce qu’il faut d’acidité et d’amertume. La palette de saveurs montre bien qu’on a affaire à un Malbec sud-américain. Le milieu de bouche est concentré et permet de mieux apprécier l’aspect épicé bien mesuré qui complète admirablement le fruit. Les proportions sont bien ajustées, ce qui donne un vin assez compact, mais avec quand même du volume, et une structure tannique raffinée. Un vin qui évite les excès donc, ce qui le rend facile et agréable à boire. La finale se déploie sous le signe de l’harmonie, avec un beau fondu de saveurs sur une allonge de bon niveau.

J’ai été ravi par ce vin. En même temps, j’ai été surpris qu’il soit aussi abordable à un si jeune âge. Rien n’accroche, et ça coule sans efforts. Malgré la décision de Perez Cruz de le nommer Côt, au lieu de Malbec, ce vin m’est apparu fidèle à ce qu’on peut attendre d’un très bon vin sud-américain de ce cépage. En le dégustant, je ne pouvais m’empêcher de penser que son niveau qualitatif rejoignait celui d’un Catena, Alta, du double du prix. Vous aurez donc compris qu’il s’agit pour moi d’un fort RQP. Même s’il est déjà très agréable dans sa livrée de jeunesse, ce vin possède à mon avis un bon potentiel d’évolution. Le Chili doit continuer de diversifier son offre et le Côt/Malbec me semble un atout incontournable de la nouvelle donne chilienne. Ce pays doit éviter d’être identifié à un seul cépage, comme c’est un peu le cas avec le Malbec en Argentine. Il doit plutôt être synonyme de diversité, comme c’est le cas de tous les grands pays vinicoles, et à n’en pas douter, le Chili est en train de se transformer en grand pays vinicole. C’est un “work in progress” intéressant à suivre, tout en étant abordable et agréable à goûter. La SAQ offrira bientôt le Cabernet Sauvignon, Reserva de cette maison, ainsi que les deux cuvées de luxe de la maison, le Liguai (50$) et le Quelen (65$). J’ai eu la chance de goûter ces deux vins et ils sont très bons. Le Quelen m’est apparu comme très original, probablement à cause de sa très forte proportion de Petit Verdot (45%). À suivre.



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mardi 30 novembre 2010

Importation privée de vins chiliens

Comme on me l’a demandé il y a quelque temps. Voici les références que je possède en ce qui concerne l’achat de vins chiliens au Québec par le biais de l’importation privée. Si vous en possédez d'autres, faites-les moi parvenir. Je les ajouterai à la liste. Bien sûr, l'importation privée ajoute à l'offre de vins chiliens disponibles au Québec, mais il faut acheter à la caisse de 12 pour la majorité des vins offerts à prix abordables, ou de 6 pour certains vins plus coûteux. Cela n'est bien sûr pas très pratique, et on doit être assez sûr d'aimer le vin qu'on achetera de cette façon. Aussi, il est bon de savoir que le prix de ces vins est généralement plus cher que s'ils étaient offerts en succursales avec un plus large volume.


Italvine: Vina Anakena

LBV International: Vina Casa Silva

Authentic vins et spiritueux: Vina Cono Sur

Vins Balthazard: Vina De Martino

Trialto Wine Group: Geo Wines: (Chono), Antiyal, Kuyen

Vin Etc: Vina J. Bouchon, Vina Neyen de Apalta

Société de vins fins: Montgras Properties (Ninquén, Amaral)

LCC vins: Vina Chocalan

Select Wines: Vina Maipo

Charton Hobbs: Vina Perez Cruz

Vignome: Vina Santa Alicia

Univin: Vina Ventisquero

Les Vins La Rochelle: Vina Emiliana

Le marchand de vin: Vina Viu Manent

Maison Invino: Vina Casa Tamaya


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samedi 27 novembre 2010

Et si le phylloxéra disparaissait demain...

Il existe un courant de pensée à la mode en ce moment dans le monde du vin fin voulant que ce qui est naturel est meilleur. Ce serait le terroir qui ferait le vin de haute qualité, en autant que l’homme interfère le moins possible dans les processus vertueux de la nature bienveillante. Certains incluent même le cosmos dans cet ordre naturel à respecter, si on veut atteindre le summum de la qualité au travers de vins dits authentiques.

J’ai toujours pensé que cette vision des choses relevait surtout de l’idéologie. En même temps, c’est un bel outil de marketing pour vendre des bouteilles à ceux qui veulent du rêve dans leur verre, en plus du vin. Ceci dit, pour moi le tendon d’Achille de tous les défenseurs de ce type de vision naturaliste est l’usage des porte-greffes imposé un peu partout au monde depuis environ un siècle par le phylloxéra. Je me demande ce qui se passerait aujourd’hui si le phylloxéra n’existait pas. Si toutes les vignes Vitis vinifera étaient toujours plantées sur leurs propres racines et que quelqu’un suggérerait d’adopter la technique de greffage sur des racines d’une autre espèce de vigne dans le but d’obtenir, dans bien des cas, de meilleurs vins. J’imagine déjà les arguments enflammés de nos amants du naturel. On pousserait les hauts cris en dénonçant une violation pure et simple du sacro-saint terroir, de l’odre naturel seul garant de la qualité réelle. Des vins issus de vignes greffées ne sauraient être meilleurs que ce que la nature a voulu, et surtout, ils ne seraient pas authentiques. On y verrait un traficotage inacceptable, une dérive scientifique!!!

C’est drôle, car en tant qu’amateur de vins chiliens. Je devrais être un de ceux qui chante les vertus des vignes franches de pied. Le vignoble chilien est non greffé à plus de 90%. Je pourrais prôner la supériorité des vins chiliens en vantant leur naturel et leur authenticité. Ce n’est pourtant pas le cas. En tant qu’amateur de vins du Chili, l’influence de l’absence de greffage m’a toujours intéressé. Je me suis toujours demandé si la fameuse “typicité” chilienne n’était pas due en partie à l’absence de greffage de la plupart des vignes. J’ai déjà traité de cette question sur ce blogue, et je suis tombé récemment sur un article intéressant sur le sujet (voir liens). Plus je lis à ce propos, et plus je suis convaincu que le greffage est en général un apport positif à la viticulture. Un apport survenu par la force des choses, par une nature qui a montré qu’elle n’est pas toujours bonne, mais un apport qui au bout du compte aura permis le développement d’une viticulture plus flexible. Une viticulture ayant une plus grande capacité d’adaptation aux conditions de culture (nature des sols, climat). J’en suis aussi venu à penser que l’absence de greffage représentait, de manière générale, un handicap pour la viticulture chilienne. Le Chili est un pays aux nombreux atouts en matière de culture de la vigne, mais ceux-ci étaient vraiment mal exploités. On plantait franc de pied, du matériel végétal de qualité souvent douteuse, parfois mal identifié (Carmenère-Merlot, Sauvignon Vert-Sauvignon Blanc), sur des terroirs rarement appropriés, et avec un système racinaire souvent inadapté. Les vignes plantées sur leur propres racines sont plus vigoureuses, que les vignes plantées sur un porte-greffe adapté. Quand on pense qu’au Chili on a longtemps planté la majorité des vignes sur le plancher très fertile de la chaude vallée centrale, on comprend mieux la réputation de verdeur qui encore aujourd’hui est associée aux vins de ce pays. Vignes vigoureuses, sols fertiles et hauts rendements sont la recette idéale pour l’obtention de mauvais vins au caractère végétal vert marqué. Heureusement, depuis environ une quinzaine d’années, le Chili a entrepris un virage drastique pour corriger ce qui nuisait à sa viticulture. On a vu l’émergence de nombreux terroirs aux climats plus frais et aux sols beaucoup moins fertiles. On plante maintenant les bons cépages aux bons endroits. On a aussi importé du matériel végétal de meilleure qualité. De nombreux producteurs plantent maintenant leurs vignes sur des porte-greffes adaptés au cépage et aux conditions de culture du lieu. Toutefois, de nombreux producteurs continuent de croire que les vignes franches de pied sont supérieures et plus authentiques. Le mouvement vers le greffage est donc incomplet. C’est peut-être une bonne chose dans certains cas. Je ne suis pas viticulteur, mais j’aurais tendance à croire que quand le mariage est parfait avec le sol et le climat, la vigne franche de pied bien conduite est encore ce qu’il y a de mieux et de plus souhaitable et durable. Mais pour quelques mariages bien réussis, combien d’autres seront boiteux? Difficile à dire.

Les producteurs chiliens font face à un dilemme que n’ont pas la grande majorité des producteurs d’ailleurs dans le monde. Il ont la possibilité de planter franc de pied ou de greffer. Ils ont le choix d’y aller avec la solution la plus naturelle, la plus facile et la plus économique, ou bien d’y aller avec le greffage plus compliqué et plus coûteux et non naturel. Dans ces conditions choisir le greffage semble contre intuitif. Mais si le greffage était vraiment la meilleure solution? Une chose est sûre, cette question, seuls les chiliens peuvent actuellement se la poser. J’aimerais toutefois voir ce qui se passerait dans le reste du monde vinicole si demain matin on trouvait une façon d’éradiquer le phylloxéra. Verrait-on un large mouvement de replantation pour passer à des vignes franches de pied? Je pense que nos amants de la nature auraient de la difficulté à résister.

http://www.sommelierjournal.com/articles/article.aspx?year=2010&month=6&articlenum=61

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/08/vins-issus-de-vignes-greffees-et-non.html



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mardi 23 novembre 2010

GRAN RESERVA BLEND, 2007, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


Ce 2007 n’est que le quatrième millésime de cette cuvée, et pour avoir goûté les trois premiers, il s’agit déjà d’un de mes rouges chiliens favoris. Ceci dit, lors de la dégustation “Vins du Chili”, tenue en septembre dernier. J’avais pu goûter à ce vin, et il m’avait alors laissé perplexe. En fait, il avait plutôt mal paru en me laissant une impression de verdeur inquiétante en bouche. J’ai donc décidé d’en acheter une seule bouteille pour me faire une meilleure idée de sa qualité et pour savoir si ce serait une bonne idée d’en acheter plusieurs autres. Encore une fois avec ce 2007, le vin est un assemblage dans toute la force du terme. Il est composé de pas moins de six cépages où la Syrah (21%) vient d’une certaine façon remplacer le Merlot dans ce mélange comprenant tout le reste de l’arsenal bordelais: Cabernet Franc (22%), Cabernet Sauvignon (20%), Malbec (20%), Carmenère (11%) et Petit Verdot (6%). Il est intéressant de noter l’ordre dans lequel ces différents cépages ont été vendangés. D’abord le Malbec au début d’avril, suivi de la Syrah, du Cabernet Sauvignon, du Cabernet Franc, du Carmenère dans la deuxième semaine de mai, et finalement le Petit Verdot. L’élevage a lieu en barriques de chêne français et américain pendant 16 mois. Le titre alcoolique est sous contrôle à 14%, pour un faible pH de 3.53.

La robe est d’encre, d’une parfaite opacité. Le nez est marqué de l’empreinte de jeunesse d’un fruité aux notes végétales fraîches (cassis, groseille, menthol). À cela s’ajoute de la cerise, des épices douces, de la violette, du tabac, ainsi qu’une légère touche de poivron vert et un brin de torréfaction. Très beau nez de très jeune vin, complexe, avec une superbe qualité d’arômes. En bouche, on retrouve un vin très intense, aux saveurs fruitées vives, à la structure ferme et assez compacte. Un trait d’amertume sous-jacent parvient à absorber un peu de l’intensité fruitée. Le boisé de jeunesse est bien présent et un peu appuyé à ce stade précoce de développement. En milieu de bouche, la puissance des saveurs ne se dément pas, le niveau de concentration est élevé, mais le tout ne paraît jamais lourd. Les tanins sont denses, et gagnent en poigne à mesure qu’on se rapproche de la finale longue et explosive.

Superbe jeune vin où je n’ai pas retrouvé de caractère vert affirmé. Honnêtement, je ne vois pas ce que ce vin a à envier aux gros noms chiliens décorés de grosses notes des revues américaines et vendus trois à quatre fois son prix. Pour bien juger ce vin, il faut tenter d’oublier qu’il est vendu pour seulement 26.75$. Il faut aussi tenter de s’imaginer ce qu’il sera dans 10 ans. Je pense en connaître un peu sur le potentiel d’évolution des rouges chiliens, et celui-ci me semble rempli des plus belles promesses. Un candidat de premier plan à la métamorphose gracieuse. J’ai donc profité de la promo “carte cadeau” du week-end dernier pour en acheter une bonne quantité. Toutefois, ce ne fut pas sans mal. À la première succursale visitée, les 12 bouteilles en inventaire étaient toutes réservées. C’est là une pratique très frustrante. J’ai tenté ma chance dans une autre succursale, pour finalement me rendre compte que le conseiller gardait le vin dans l’arrière-boutique. Il ne semblait d’ailleurs pas très content que je décime son inventaire. Pourquoi ce jeu de cachette lors d’une promo?



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vendredi 19 novembre 2010

MALBEC/SYRAH, LAS LOMAS, 2007, CAUQUENES, MAULE, VINA LOMAS DE CAUQUENES



Lomas de Cauquenes est un producteur qui opère selon un modèle rare au Chili, soit celui de la coopérative. Il s’agit donc d’un regroupement de 246 petits vignerons qui n’ont généralement pas que la viticulture comme activité agricole. La région de Cauquenes est située au sud-ouest de la large vallée de Maule, à 35 km de l’océan Pacifique dont elle est séparée par la cordillère côtière. Les précipitations annuelles dans cette région sont suffisantes pour éviter l’irrigation. Les raisins ayant servis à l’élaboration de ce vin sont certifiés comme issus de l’agriculture biologique et proviennent de vignes de 5 à 20 ans d’âges. Le vin est aussi certifié comme conforme aux pratiques du commerce équitable. Il s’agit d’un assemblage à parts égales de Syrah et de Malbec. Le titre alcoolique est modéré à 13.5%.

La robe est foncée et très légèrement translucide. Le nez est bien dégourdi et exhale un heureux mélange d’arômes, avec les fruits rouges à l’avant-plan, complétés par des notes de poivre noir d’anis étoilée, d’épices douces et d’herbes aromatique. Le caractère épicé est vraiment complexe et agréable et se marie très bien au fruit. En bouche, l’attaque est fraîche, la structure assez ferme, et le fruité d’un bel éclat. C’est un vin de corps moyen, montrant un bon niveau de concentration, et des tanins fins, biens présents. Le mariage entre le fruité et l’aspect épicé est une réelle réussite et le vin est facile à boire. La finale est harmonieuse, avec le côté épicé qui gagne du terrain et qui s’allie à un léger trait d’amertume chocolatée. Bonne longueur.

Ce vin est vraiment de très belle qualité, mais en le dégustant, l’adjectif qui me venait en tête était vertueux. Vertueux à cause bien sûr qu’il s’agit d’un vin biologique et de commerce équitable, mais je le trouvais aussi vertueux du strict point de vue vinicole, car il est vraiment très différent du rouge chilien moyen dans cette gamme de prix. Et pour moi, l’originalité, lorsqu’alliée à la qualité, est une vertu. En pure aveugle, j’aurais assurément opté pour un vin du sud de l’Europe à dominante Syrah. Le caractère Syrah du vin domine vraiment le côté Malbec, ce qui me semble logique, car la Syrah de climat frais m’est toujours apparue comme plus démonstrative au niveau aromatique que le Malbec. Pour moi, ce vin est une autre preuve de la diversité grandissante de l’offre chilienne. Je donne d’ailleurs crédit à la SAQ d’offrir un tel vin à si bon prix (15.50$), ce qui en fait une réelle aubaine et fait penser qu’en un sens il n’est pas si équitable car le consommateur me semble sortir gagnant de la transaction. Ceci dit, un si beau vin est un rappel de l’absence déplorable sur les tablettes de la SAQ de certains des meilleurs vins de la vallée de Maule. Il existe un réel renouveau dans cette région où l’on redécouvre un riche patrimoine de vieilles vignes de Carignan, de Malbec, de Carmenère et de Païs. J’ai pu goûter certains de ces vins lors de la dégustation “Vins du Chili” à la fin septembre, en particulier ceux de De Martino, et ces vins étaient vraiment distinctifs et de très belle qualité. Pour ce qui est du Las Lomas, tant au point de vue des valeurs que de la valeur, c’est un vin que je recommande fortement. Une façon abordable de découvrir un autre visage du Chili.


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mardi 16 novembre 2010

MALBEC, ÉDITION LIMITÉE, 2007, COLCHAGUA, VINA KANKURA


Vina Kankura est un domaine situé près de Palmilla au coeur de la vallée de Colchagua. Le vignoble compte pour le moment 73 hectares, comprenant du Chardonnay, du Cabernet Sauvignon, de la Syrah et seulement 4.5 hectares du Malbec qui entre dans la composition du vin dont il est question ici. Kankura dit être le premier producteur à avoir planté de la Syrah au Chili, en 1990. Jusqu’à maintenant, j’avais toujours pensé que Errazuriz avait été les premiers à planter ce cépage en 1993. J’ai peu d’information sur le Malbec dont il est question ici, sinon que la gamme “Édition Limitée”, selon le producteur, est conçue pour la garde. Les moyens mis en oeuvre semblent confirmer cette ambition, puisque le rendement des vignes pour cette cuvée est minuscule, à seulement 15 hl/ha, et que le vin est élevé 10 mois en barriques de chêne français neuves, avant un embouteillage sans filtration. La production est limitée à seulement 9000 bouteilles. Le faible rendement des vignes pour ce vin est comparable à certaines des plus grandes cuvées de Malbec au monde comme celles de vignobles uniques d’Achaval Ferrer à Mendoza, ou de la cuvée “Le Pigeonnier” du Château Lagrezette à Cahors. L’ambition semble être au rendez-vous, voyons ce que ça donne à ce stade au niveau du résultat.

La robe est d’une teinte violacée très intense et parfaitement opaque. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu un vin d’une teinte aussi dense et violacée. Ça tache le verre. Au nez, on se croirait devant un Malbec argentin de très fort calibre. C’est profond et riche, avec des arômes de cerises, de figues séchées, de muscade et de terre humide, complétés par un aspect floral et une très légère touche torréfiée. Superbe nez de très jeune vin où la qualité supérieure est évidente. En bouche, le vin est ferme et droit au niveau de la structure, alors que la texture tannique est imposante, mais à la fois fine et serrée. Le fruit noir très intense domine la palette des saveurs, bien appuyé sur une solide base d’amertume. Je n’irais pas jusqu’à dire que ce vin est austère, mais il montre assurément un profil sérieux et viril. Le niveau de concentration est digne d’un grand vin, tout comme la persistance en finale.

Je disais en introduction qu’on semblait avoir affaire à un vin ambitieux conçu pour la garde, et bien je confirme que c’est bel et bien la cas. Je pense connaître assez bien les vins chiliens, mais ce pays arrive encore à me surprendre. En pure aveugle avec ce vin, je n’aurais jamais misé sur le Chili, et encore moins sur le coeur de la vallée de Colchagua. J’aurais plutôt penser à un vin argentin très sérieux et ambitieux. Je savais déjà que le Malbec pouvait donner de très beaux vins au Chili, avec des producteurs comme Loma Larga, Chocalan, Perez Cruz et Viu Manent. Je savais aussi que c’est un cépage qui y est sous-exploité. Mais avec un vin comme celui-ci, je me dis que le Chili devrait oublier sa rivalité trans-andine et adopter de manière plus large le Malbec. Il faut dire que le cas de cette cuvée, avec les conditions d’élaboration décrites en introduction, on a affaire à quelque chose de vraiment très ambitieux. J’ai payé ce vin 25.95$, et à ce prix c’est un RQP tout simplement formidable, voire incroyable. Je l’ai dit, et je le répète, le Chili compte beaucoup de nouveaux producteurs vraiment dédiés à la qualité, mais qui sont encore mal connus, tout comme leurs vins. Des vins qui n’ont pas encore reçu de très grosses notes des magazines américains, et que l’on peut encore se procurer à des prix défiant toute compétition. Franchement, je ne vois pas ce que ce vin a à envier aux top cuvées argentines vendues trois à quatre fois son prix. Ceci dit, il est clair que ce vin n’est absolument pas prêt à boire. Le seul intérêt à ouvrir une bouteille maintenant est de satisfaire sa curiosité et de voir à quoi ressemble le point de départ. Quand même, pour un tant soit peu apprécier ce vin en ce moment, un très long passage en carafe est recommandé. Il était à son meilleur 12 heures après l’ouverture de la bouteille. C’est donc un vin très jeune, trop jeune, mais avec un très fort potentiel de garde et offert à un prix ridiculement bas.


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dimanche 14 novembre 2010

GRANDE RÉSERVE, 2008, COLCHAGUA, VINA LOS VASCOS



Après le premier vin de la maison, Le Dix de Los Vascos, 2004, offert il y a deux ans à la SAQ. Voilà que celle-ci rapplique avec le deuxième vin de ce producteur appelé “Grande Réserve” ce qui souligne bien l’influence hexagonale sur la maison, puisque celle-ci est propriété de la firme “Les Barons de Rothschild” qui possède, entre autres, la Château Lafite-Rothschild à Bordeaux. Je n’ai pu trouver la composition précise de ce 2008, mais il est généralement dominé par le Cabernet Sauvignon (75 à 80%), complété par du Carmenère, de la Syrah et du Malbec. Le vin est élevé en barriques de chêne français dont la moitié sont neuves. Le vin titre à 14% d’alcool, et est bien sûr très jeune. L’aération lui a d’ailleurs fait le plus grand bien. La note de dégustation qui suit est basée sur mes perceptions environ huit heures après l’ouverture.

La robe est foncée bien que très légèrement translucide. Le nez est un peu retenu, mais on peut quand même y détecter des arômes de fruits noirs et de terre humide, ainsi qu’un aspect floral et une touche de poivron rouge. De très fines notes doucement épicée et torréfiées viennent compléter cet ensemble raffiné. En bouche, l’attaque est équilibrée, et malgré l’influence bordelaise indéniable, le terroir regagne ses droits avec un fruité doux et éclatant. Ce fruité et l’ensemble demeurent toutefois sous contrôle et on reste loin de la bombe fruitée, expansive. Au contraire, le milieu de bouche permet de découvrir un vin élégant et de belle tenue, aux tanins souples et veloutés, avec un niveau de concentration de très bon niveau. La finale est simplement superbe, avec une fine amertume qui y culmine en se fondant au doux fruité pour produire un effet gustatif des plus réussi. La persistance est digne d’un très bon vin.

Que dire de plus? Sinon que ce vin est simplement excellent. On sent que l’on a pas tenté de faire du Bordeaux au Chili, mais en même temps, on peut sentir l’influence bordelaise dans l’expression que l’on a obtenu du terroir de Colchagua. Ce vin ne semble pas forcé. On y a privilégié l’équilibre et la finesse, tout en ne reniant pas la caractère généreux du terroir. On s’est adapté au lieu, plutôt que l’inverse. Selon mes lectures, il a fallu du temps aux français délégués sur place en vagues successives pour comprendre cela. Ils y sont finalement arrivés en écoutant et en faisant confiance aux chiliens. La combinaison des deux mondes donne vraiment aujourd’hui un résultat des plus heureux. Encore une fois, soyez bien avisés que ce vin a actuellement besoin d’une longue période d’aération pour se présenter à son mieux, même si l’idéal me semble être une garde de cinq à quinze ans. Au prix demandé par la SAQ (19.65$), il s’agit d’un fort RQP, surtout qu’il pourra être acheté pour seulement 17$ le week-end prochain. Je chiale souvent contre la SAQ, mais cette fois je dois saluer la justesse de cet ajout, surtout que dans ce vin, la France et le Chili se rejoignent pour le mieux. Cela devrait donc aussi faire plaisir à nos nombreux francocentristes!!!


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