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dimanche 25 janvier 2015

PINOT NOIR, ESTATE, 2013, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ



J'ai parlé en septembre dernier du Pinot Noir, 2012 de la gamme Max Reserva de Errazuriz. Je remet ça cette fois avec le Pinot d'entrée de gamme de la maison sur le millésime 2013. Celui-ci provient du même vignoble de Manzanar situé à 12 km de la côte du Pacifique. Comme le Pinot de Vina Leyda dont je traitais dans le texte précédent, ce vin fait partie de cette nouvelle vague de vins d'entrée de gamme maintenant issus de vignobles de climat frais. L'élaboration de ce vin comprend la vendange manuelle, l'égrappage et la macération pré-fermentaire à froid en cuves ouvertes d'inox. Après la fermentation alcoolique, 50% du vin est placé en barriques de chêne français usagées où il effectue une FML et où il est élevé pendant 8 mois. Le vin titre à 13.5% d'alcool pour un vif pH de 3.46 et 2.26 g/L de sucres résiduels.

La robe est d'un rubis translucide et éclatant. Le nez est très agréable dès le premier abord et très typique du cépage avec ses arômes de fraises, de fleurs et de fumée, agrémentés d'une touche doucement épicée et torréfiée. Beau nez montrant une belle complexité et une qualité d'arôme irréprochable. La bouche est tout aussi charmante. Le vin y déploie une élégance difficilement concevable pour un vin de ce cépage à ce prix. Le vin allie légèreté de structure et bonne concentration, avec des saveurs combinant intensité et qualité. Le milieu de bouche confirme le côté aérien de ce vin qui sait montrer une bonne présence en bouche, mais sans pesanteur. Les tanins sont fins et le vin coule sans effort vers une belle finale longue et harmonieuse, avec les tanins qui montrent un peu de poigne à la toute fin.

Il faut lire ma note de dégustation en sachant que ce vin est vendu 13.95$ en Ontario. Dans ce contexte c'est un vin qui offre un formidable niveau de qualité. Ce n'est pas du grand Pinot, il n'en a pas la profondeur, ni la prétention, mais compte tenu du prix et de la nature capricieuse de ce cépage, c'est probablement un des meilleurs vins de ce cépage qu'on puisse trouver dans cette gamme de prix. Il y a vraiment de la finesse et de l'élégance dans ce nectar aux prétentions modestes. Le vin est frais, léger et gouleyant, mais en même temps avec de la matière et de la présence. Il ne faut pas confondre ici aérien et dilué. De plus, contrairement au Pinot de Vina Leyda dont je traitais juste avant, il y a dans ce vin de Errazuriz un rapprochement à faire avec le style bourguignon en général, sans que ça ne soit une copie. L'usage de barriques usagées pour l'élevage du vin fut un choix avisé, car comme pour la Syrah dont je traitais récemment, cela permet de mettre l'accent sur la fraîcheur du fruit, sans interférence. Je mentionnais dans mon texte précédant qu'un vin de Pinot Noir d'entrée de gamme est parfois un bon indice de la qualité globale d'un producteur, et bien ce vin confirme le rôle de leader de Errazuriz dans le paysage vinicole chilien. Mettez quelques bouteilles de Max Reserva de côté pour quelques années, et buvez cette cuvée "Estate" entre temps sans vous casser la tête. La quintessence de ce qu'on pourrait appeler le "Pinot de semaine".


mercredi 21 janvier 2015

PINOT NOIR, RESERVA, 2012, LEYDA, VINA LEYDA



Vina Leyda est un de mes producteurs chiliens favoris, même si je n'avais eu la chance d'acheter que quatre de leurs vins. Trois de ceux-ci était des cuvées parcellaires : Sauvignon Blanc, Garuma, 2006 et 2011 et Pinot Noir Las Brisas, 2009,  alors que le quatrième était le Chardonnay, Reserva, 2008, un vin de la même gamme que le Pinot dont il est ici question. J'ai lu tout ce que j'ai pu sur ce producteur et par extrapolation je ne peux que rêver de goûter aux autres vins offerts, les cuvées parcellaires de Riesling, Sauvignon Gris, Syrah et Chardonnay, de même que les cuvées haut de gamme de Sauvignon, de Pinot et de Chardo, de même qu'un nouveau mousseux, méthode traditionnelle. Dans un texte récent je disais que pour moi ce qui compte le plus c'est la réputation d'un producteur, et bien celle de Vina Leyda est excellente, et malgré cela le prix des vins est encore très raisonnable. Une bonne façon de tester un producteur est de goûter son vin de Pinot Noir d'entrée de gamme. Celui-ci, sur le millésime 2011, s'était classé de manière très étonnante parmi les meilleurs lors d'une dégustation à l'aveugle sur ce thème tenue par le magazine Decanter. Qu'en est-il de ce 2012? Je dois avouer que son titre alcoolique de 14.5% m'effraie un peu, surtout pour un vin d'entrée de gamme.

La robe est d'un rubis légèrement translucide. Le nez s'exprime avec modération et exhale des arômes de cerise, de fraise et de muscade, complétés par un léger aspect terreux. Un nez plutôt simple, mais avec une belle qualité d'arômes. En bouche on retrouve un vin qui surprend par la richesse de sa matière. Les saveurs sont intenses et de belle qualité sur une trame tannique soyeuse. Une juste dose d'amertume vient balancer la légère douceur du fruit. Ça coule très bien en milieu de bouche avec un niveau de concentration incroyable pour un vin de ce prix et de ce cépage. Le vin a de la chair, un peu de rondeur et une belle présence généreuse. La finale montre une longueur de très bon calibre sur des relents d'amertume à la toute fin.

Ce Pinot Noir de Vina Leyda offre une qualité incroyable pour le prix demandé (12.50$ LCBO). Quand on connaît le caractère capricieux de ce cépage et la difficulté que cela entraîne pour tenter de produire des vins à bon prix à partir de celui-ci, l'exploit est encore plus méritoire. Le vin n'est pas le plus complexe au niveau aromatique, le style est généreux et direct, mais avec quand même ce qu'il faut de fraîcheur pour préserver un bon équilibre. L'alcool est présent, mais bien intégré et cadre avec le style du vin. Ceci dit, le vin gagne à être dégusté légèrement rafraîchi. Ce vin est un nouvel ajout à l'offre de produits réguliers de la LCBO. On peut juste rêver d'avoir un Pinot de cette qualité offert à prix similaire à la SAQ. Ce vin montre aussi que la révolution des vignobles côtiers chiliens commence à atteindre la catégorie des vins d'entrée de gamme, avec le bond qualitatif et de diversité que ça suppose. Ce vin me rappelle aussi comment je souhaiterais voir les vins de Vina Leyda offerts au Québec. Un des meilleurs producteurs chiliens offrant diversité, fraîcheur et RQP de haut niveau.


dimanche 14 septembre 2014

PINOT NOIR, MAX RESERVA, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ




Dans un texte précédant sur le projet Emperdado de Torres dans la région côtière de Maule, je référençais un article du "Drink Business" sur le sujet. toutefois, à la fin du texte on évoquait une autre région côtière du Chili où la culture du Pinot Noir retient l'attention. Il s'agit de l'Aconcagua Costa. J'avais parlé le printemps passé d'un excellent Chardonnay issu de cette région sous étiquette Arboleda. L'influence bourguignonne de ce vin était évidente, et l'article de "Drink Business" évoque un "Projet Bourgogne" chez Errazuriz, ainsi que l'embauche du consultant bourguignon Louis-Michel Liger-Belair. Ce n'est donc pas surprenant d'apprendre dans le même article que le Clos des Fous produit maintenant un vin de Pinot Noir dans cette région. Liger-Belair est un bon ami de Pedro Parra et François Massoc du Clos des Fous, et leur associé dans le projet Aristos. Tout se tient, et l'influence de ces précurseurs transpire maintenant chez des producteurs à plus fort volume comme le groupe Errazuriz/Chadwick. Le Chili est toujours en mutation et le mouvement vers les zones périphériques de climats plus frais se continue. Ce Pinot Noir est donc une belle façon de jauger les premiers résultats de cet effort pour produire au Chili une gamme plus large de vins de cépages et de styles variés. Ce Pinot Noir provient du vignoble côtier Manzanar, situé à 12 km de l'océan Pacifique. Le vin a été élevé en barriques de chêne français pour un an, 23% de bois neuf. Il titre à 13.5% d'alcool, pour un frais pH de 3.5 et est bien sec avec 2.83 g/L de sucres résiduels.

La robe est de teinte rubis translucide. Le nez exhale une palette d'arômes dominée par la cerise et la fraise, complétée par un léger aspect terreux et une touche doucement épicée évoquant la muscade. Un nez très agréable, avec des arômes de belle qualité, même s'il n'est pas le plus complexe à ce stade précoce. En bouche on retrouve un vin frais et équilibré aux saveurs intenses de très belle qualité. Une petite dose d'amertume vient balancer la douceur du fruit. Les tanins sont fins et discrets, tellement qu'on se rapproche en milieu de bouche de la sensation d'un vin blanc gras et concentré. La finale voit l'intensité des saveurs monter d'un cran et persister un long moment par la suite.

J'ai bien aimé ce vin pour son équilibre, sa fraîcheur et le bon niveau de matière qu'il présente, tout en restant facile à boire. Il est fidèle à l'idée que je me fais d'un vin propre et peu boisé de ce cépage. Ce qui ressort c'est justement le Pinot Noir et la fraîcheur du terroir d'où il est issu. Le vin est offert au prix régulier de 19.95$ à la SAQ. À ce prix peu de vin de ce cépage atteignent ce niveau de qualité, de plus, le vin est offert à la SAQ Dépôt et peut être acheté à la caisse en tout temps pour la somme de 17$, ce qui en fait une aubaine carrément imbattable. Ce vin est un superbe ajout à la gamme Max Reserva et montre que Errazuriz est un producteur hautement qualitatif à l'esprit pionnier.


mercredi 12 décembre 2012

PINOT NOIR, LOMAS DEL VALLE, 2010, CASABLANCA, LOMA LARGA



Dans un texte récent je disais que je demeurais un amateur de vins de prix abordables qui goûtent simplement le vin tout en reflétant bien cépages et terroir d'origine, sans artifices. Voilà donc que peu après j'ai ouvert ce vin qui cadre parfaitement avec cette définition. Un vin de Pinot Noir non boisé qui rend admirablement l'essence de ce cépage et de la région fraîche de Casablanca d'où il est issu. Lomas del Valle est la nouvelle étiquette créée par Loma Larga, un producteur dont j'ai déjà commenté plusieurs vins sur ce blogue, ici, ici, ici et ici . Loma Larga vendait auparavant une bonne partie de ses raisins à d'autres producteurs, mais a maintenant décidé de les vinifier pour créer une gamme de vins élaborés sans usage de bois de chêne. Il est intéressant de goûter des vins de haute qualité élaborés sans usage de bois. Ça ramène à l'essentiel, le simple jus de raisin fermenté. Boire ce type de vin de façon régulière permet aussi de mieux distinguer par la suite ce qui peut venir du raisin en terme d'arômes et de saveurs. Regardez ce lien pour en connaître plus sur ce projet très intéressant d'un des meilleurs producteurs du Chili.

La robe est d'un rubis éclatant et bien soutenu, mais son aspect translucide trahit un peu l'identité du cépage. Il en va de même du nez qui est tout en fruits rouges, avec de la cerise et de la fraise. Ce beau fruit est complété par des notes doucement épicées évoquant quelque peu la cannelle et la muscade, ainsi que par une légère touche fumée. En bouche, l'attaque est juteuse et ample avec une matière généreuse pour un vin de ce cépage, mais sans compromis sur la fraîcheur. Le fruité est éclatant, la palette de saveurs étant fidèle aux arômes déjà perçus. Le milieu de bouche révèle un vin qui sait allier concentration et "gouleyance", aidé en cela par des tanins légers et soyeux. La finale est logique et harmonieuse avec une très bonne longueur.

Souvent les vins non boisés, issus de cépages qui voient normalement le bois, sont pris moins au sérieux. Je dirais même qu'on a tendance à penser qu'il s'agit de vins de moindre qualité. On dit parfois que ce sont des vins inaptes à supporter le bois. Dans ce cas-ci, je n'ai pas eu cette impression. La qualité du vin est élevée, et il semble que l'absence de bois soit un choix purement stylistique. En ce sens, j'ai trouvé l'exercice intéressant et réussi. Pour le prix payé de 17$, il s'agit bien sûr d'un très bon RQP. Un vin fidèle au standard élevé que j'ai toujours retrouvé dans les vins de Loma Larga que j'ai eu la chance de déguster. Un vin propre, frais et éclatant qui donne beaucoup de plaisir.



lundi 27 juin 2011

PINOT NOIR, LAS BRISAS, 2009, LEYDA, VINA LEYDA




Vina Leyda est un producteur exemplaire dans le paysage vinicole chilien actuel. Un producteur indépendant qui a été un des pionniers du mouvement vers la côte au Chili, puis qui fut racheté plus tard par le géant Vina San Pedro. Ce qui est intéressant toutefois, c'est que malgré ce rachat par un gros joueur de l'industrie, Vina Leyda continue de fonctionner comme une unité autonome. San Pedro a d'ailleurs fait la même chose avec un autre excellent petit producteur, Vina Tabali. Ainsi, ces deux producteurs peuvent continuer leur démarche axée sur un terroir particulier, et en même temps ils ont accès à la masse critique d'un gros joueur comme San Pedro. Tabali est déjà un de mes producteurs chiliens favoris, offrant des vins distinctifs et de RQP imbattables. Pour ce qui est de Vina Leyda, les deux blancs côtiers de ce producteur que j'ai pu me procurer dans le passé m'ont favorablement impressionné (voir liens). Ce Pinot Noir est donc ma première expérience avec ce producteur pour un rouge de la région de Leyda. Ce vin provient du vignoble « Las Brisas » planté en 1998 sur une pente orientée au sud-ouest, ce qui réduit l'exposition au soleil et augmente celle aux vents frais du Pacifique. Les rendements sont faibles à environ 30 hl/ha. Une macération à froid de six jours a lieu, avec 30% de raisins entiers, suivi de la fermentation avec levures sélectionnées. Le vin est élevé pendant 10 mois en barriques de chêne français de second usage. Le titre alcoolique est de 14%.

La robe est de teinte rubis et passablement translucide. Le nez est simplement superbe combinant les arômes de cerises et de fraises à de belles notes épicées évoquant la muscade la cannelle et la réglisse. Comme toujours il est difficile de rendre en mots des impressions olfactives, mais une chose est sûre, dès le premier abord, je me suis dit que ce nez faisait très Pinot, mais le Pinot comme je l'aime, avec des arômes francs et nets de qualité supérieure. Le bonheur se poursuit en bouche où l'attaque est vive et déploie un fruit rouge frais et intense amalgamé à d'agréables notes épicées. Le milieu de bouche étonne par sa matière à la fois bien concentrée et légère. Ce vin compact montre une belle fluidité et coule sans effort avec toujours ces saveurs intenses qui irradient. En finale, le mariage entre les caractères fruité et épicé gagne un cran dans l'harmonie et l'intensité, sur une persistance de fort calibre.

Sur ce blogue je ne parle que des vins que j'ai aimé, ou qui selon moi présentent un certain intérêt. Alors je sais que certains lecteurs doivent se dire que j'aime tous les vins, surtout chiliens, que je goûte, sans discernement. Rassurez-vous. Ce n'est pas le cas. Toutefois, avec la bonne connaissance que j'ai de ce pays, je ne choisi pas mes vins au hasard et cela m'aide à minimiser les déceptions. Et quand un vin me déçoit, je n'ai pas l'envie de prendre du temps pour écrire une note de dégustation à son sujet. J'explique tout ça pour faire comprendre le processus qui me fait paraître comme étant toujours positif. Ce qui m'a donné l'envie de cette clarification, c'est que ce Pinot Noir de Vina Leyda m'a vraiment charmé, voire enthousiasmé, et qu'encore une fois mon constat est très positif. Donc, encore une fois j'aurai l'air de jouer le même air. C'est vrai. Difficile d'y échapper. Mais au-delà de la découverte d'un bon vin, ce qui m'enthousiasme c'est quand un vin arrive à symboliser le progrès réalisé avec un cépage encore mal établi. C'est ce que ce Pinot de Vina Leyda arrive à faire selon moi. Du moins, c'est ce qu'il m'a inspiré. J'ai été séduit par son équilibre alliant intensité, fraicheur et fidélité au cépage. C'est un vin prêt à boire, qui coule sans effort, léger dans le sens positif du terme. Un vin où on a pas tenté de trop en faire, de trop en mettre, dans l'unique but d'impressionner, et à la fin, cette retenue qui impressionne. Ce Las Brisas est un autre de ces vins issus de la nouvelle mentalité terroir qui émerge actuellement au Chili . Je reviendrai d'ailleurs bientôt sur ce courant, sur cette nouvelle vague qui conçoit le vin et son élaboration autrement.




dimanche 1 mai 2011

Pascal Marchand, Bio Bio et le Pinot


Si j'étais né 20 ans plus tard, mon nom aurait très bien pu être Claude Marchand-Vaillancourt, car ma mère était une Marchand. Heureusement, j'ai évité la mode des noms de famille composés et les moqueries sur le fait de courir vaillamment en marchant... Toujours est-il que chaque fois que je tombe sur un texte portant sur le bourguignon d'origine québécoise Pascal Marchand, mon attention est attirée. Je me dis qu'il s'agit peut-être d'un parent éloigné ayant traversé l'Atlantique dans l'autre sens. Quand ce même Marchand relate son expérience chilienne avec le Pinot Noir dans la prometteuse et fraîche vallée de Bio Bio, alors là ma curiosité est doublement sollicitée.

En ce superbe dimanche j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de Pinot Noir, Oda, Veranda, 2007, histoire de voir où en est rendu ce vin, car le millésime 2009 fera son apparition dans le courant du mois de mai sur les tablettes de la SAQ. Je voulais donc vérifier si mon enthousiasme initial lors de l'achat de ce vin était toujours justifié. Il l'est. Le vin est vraiment superbe et a très bien évolué. Le nez est fascinant et a développé un caractère me rappelant le ruisseau à truite, avec un mélange d'odeur de forêt, d'arbustes et de roche humide. Cet aspect particulier est entremêlé à des notes de fruits rouges, plus particulièrement la cerise. En bouche c'est tout aussi agréable, avec le fruit qui prend plus de place dans un ensemble très bien équilibré. Ce vin provient de vignoble Miraflores dont la plantation à haute densité a commencé en 2005 sur les pentes surplombant la rivière Bureo dans la vallée de Bio Bio. Cette cuvée est le premier millésime produit et la qualité est simplement renversante quand on pense au très jeune âge des vignes et à la connaissance du lieu qui reste à parfaire. J'ai vraiment hâte de goûter à la version 2009 de ce vin.

Je savais déjà que Pascal Marchand était le consultant de Corpora pour l'élaboration de la gamme Veranda. Toutefois, en savourant ce vin, j'ai fait quelques recherches qui m'ont amené sur le blogue de M. Marchand pour y découvrir deux textes récents et très intéressants de celui-ci sur son expérience avec le Pinot Noir dans Bio Bio. On peut y découvrir un homme de vin reconnu, venant d'une région réputée, qui débarque au Chili avec certains préjugés, mais qui a l'ouverture d'esprit et l'humilité de passer par dessus ces préjugés. L'histoire de l'élaboration de la cuvée Millerandage est très intéressante, alors que M. Marchand a eu la perspicacité de reconnaître le potentiel qualitatif du clone chilien de Pinot Noir « Valdivieso ». Je joins les liens vers les deux textes de M. Marchand sur son cheminement et sa découverte de Bio Bio et sur sa contribution à la création de quelque chose de nouveau. C'est vraiment très intéressant. Ça vous donnera sûrement le goût d'essayer le millésime 2009 du Pinot Noir Oda de Veranda. Je continue actuellement ma bouteille de 2007, et c'est vraiment très bon.







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samedi 5 mars 2011

PINOT NOIR, RESERVA, 2008, CASABLANCA, VINA MORANDÉ



Je continue de passer en revue les quelques vins de Pinot Noir chiliens sur lesquels j’ai pu récemment mettre la patte. Cette fois-ci on continue avec un autre vin venant de la vallée de Casablanca, et produit par Pablo Morandé, une figure de proue de l’oenologie chilienne, et l’homme à l’origine du développement de la vallée de Casablanca y ayant planté les premières vignes en 1982 à titre personnel, car son employeur du temps, Concha y Toro, ne croyait dans le potentiel de la vallée. Les choses ont bien changé depuis, n’empêche que cette décision de Morandé marquait le premier pas du Chili vinicole hors du confort de la chaude vallée centrale. Bien d’autres pas allaient suivre par la suite, pour amplifier le mouvement vers des régions plus fraîches, ce qui permet aujourd’hui au Chili d’être un pays à l’offre beaucoup plus diversifiée et à la qualité croissante. Après avoir quitté Concha y Toro, Pablo Morandé a fondé Vina Morandé en 1996 avec l’aide de partenaires financiers. Il y a eu des hauts et des bas lors des premières années, mais c’est aujourd’hui une maison qui produit une gamme variée de vins provenant de plusieurs régions du pays. C’est aussi un producteur qui sous l’impulsion de son fondateur continue d’innover, le meilleur exemple étant la plantation en 2004 et 2005 de deux nouveaux vignobles qui fonderont l’assise de la maison pour les années à venir. Ces deux vignobles, dont l’un est situé dans Casablanca, et l’autre dans l’alto Maipo, sont caractérisés par une très forte densité de 10,000 plants à l’hectare, alors que la norme chilienne se situe autour de 4,000. La densification de la plantation, tout comme la plantation à flanc de montagne et l’usage de porte-greffes sont des pratiques qui gagnent de plus en plus d’adeptes au Chili chez les producteurs ayant de hautes ambitions qualitatives. Bien sûr, cet abordable Pinot Noir, Reserva, n’a pas cette ambition. Il ne vient d’ailleurs pas du nouveau vignoble à haute densité, mais d’un vignoble voisin plus ancien. Il est élaboré par Macarena Morandé, la fille de Pablo qui suit les traces de son père. Les vendanges sont manuelles, suivies par une longue macération à froid, et d’une fermentation à basse température ayant pour but de générer des arômes plus délicats. Le vin est ensuite élevé pendant 10 mois en tonneaux de chêne français. Il titre à 14.6% d’alcool pour un pH de 3.38 et 2.5 grammes par litre de sucres résiduels.

La robe est d’un beau rubis éclatant et translucide, Le nez est séduisant et dégage un heureux mélange d’arômes de fruits rouges (cerise, fraise), de réglisse et de pâtisserie, complétés par une note terreuse et très léger aspect végétal frais. En bouche, le vin est d’une belle fraîcheur, avec un fruité vif et intense et une faible extraction tannique. Cette très faible présence tannique fait qu’on se retrouve avec un rouge qui donne une impression tactile en bouche le rapprochant d’un vin blanc. La bonne concentration de saveurs donne une belle présence au vin en milieu de bouche. La finale est harmonieuse, avec une persistance de bon niveau.

Ce vin se vend pour environ la moitié du prix du Tobiano de Kingston ou du 20 Barrels de Cono Sur, mais pour employer un cliché, je dirais il est bien loin d’être la moitié moins bon. En fait, je dirais qu’il se situe pas très loin derrière les deux autres en terme de qualité, et que certains dégustateurs pourraient même le préférer à cause de son aspect tannique très léger. Une chose est sûre, à seulement 15$ il s’agit d’un super RQP et assurément le meilleur vin de Pinot Noir de ce prix que j’ai eu la chance de goûter. Qu’un vin de ce prix puisse offrir un tel niveau de qualité me semble un signe très positif en ce qui a trait au potentiel de ce cépage au Chili. Pour ce qui est de Vina Morandé, la cuvée House of Morandé, 2001, m’a déjà prouvé le haut niveau qualitatif que ce producteur peut atteindre. Il faut savoir que Pablo Morandé est celui qui a créé le fameux Don Melchor de Concha y Toro. Toutefois, j’aimerais bien découvrir d’autres vins de ce producteur dans le futur, dont un Carignan de Maule qui est semble-t-il très bon. J’aimerais aussi pouvoir goûter les résultats issus de ces deux jeunes vignobles plantés à haute densité. Le Chili continue d’évoluer rapidement, et Vina Morandé est assurément un des producteurs à suivre dans ce contexte.


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lundi 28 février 2011

PINOT NOIR, 20 BARRELS, 2008, CASABLANCA, VINA CONO SUR



Voici le deuxième vin de mon petit spécial Pinots chiliens. Vina Cono Sur, une filiale de Concha y Toro, a été un pionnier au Chili dans la culture de ce cépage, mais malheureusement, pendant longtemps sur des terroirs totalement inapropriés, comme la chaude vallée Colchagua où sont situés le siège social et les chais de vinification de la maison. En ce sens, le parcours de ce producteur est le reflet de celui de l’industrie vinicole chilienne dans son ensemble qui a pris du temps à réaliser l’importance d’un bon couplage cépage-terroir pour l’obtention de vins de qualité. Et dans le cas du Pinot Noir, ce mariage est d’autant plus important, le cépage étant sensible à l’excès de chaleur. Cono Sur produit beaucoup de vins de Pinot Noir bas de gamme dont les fruits viennent encore de la chaude vallée centrale. C’est un des plus grands producteurs de vins de ce cépage au monde en terme de volume. Heureusement, les cuvées supérieures de la maison, comme ce 20 Barrels et la cuvée phare de la maison, appelée “Occio”, proviennent de vignobles plantés dans la fraîche vallée de Casablanca. Les raisins pour ce vin viennent à 80% du vignoble El Triangulo appartenant à Concha y Toro qui y produit son Sauvignon Blanc de la gamme Terrunyo et sa top cuvée de Chardonnay, appelée Amelia.

La robe est d’une belle teinte rubis passablement translucide. Le nez est volubile et exprime des arômes variés de fruits rouges typiques du cépage, auxquels s’intègrent de fines notes d’herbes aromatiques et d’épices douces, ainsi qu’un léger aspect terreux et une subtile touche florale. Beau nez de Pinot montrant une bonne complexité, et où le fruit tient le premier rôle, avec un aspect boisé très discret. En bouche, on retrouve un vin équilibré, souple et tendu comme la corde d’un arc, propulsant un fruité doux et intense. La qualité de la matière est palpable en milieu de bouche, avec ce mélange de concentration et de légèreté qui fait la marque des bons vins de ce cépage. La texture est lisse et satinée ce qui contribue au charme de l’ensemble. La finale garde la cap, avec toujours ce fruit acidulé intense agrémenté de fines notes épicées se déployant sur une très bonne longueur.

Avec ce vin, on a clairement affaire à un Pinot de grande qualité, avec une belle matière concentrée, une fine texture et une très bonne persistance. Il est toutefois à noter que c’est un autre rouge chilien de climat frais dans lequel l’acidité joue un rôle prépondérant qui marque le style du vin, en donnant au fruité un aspect très vif. Personnellement, j’apprécie cet aspect, mais il pourrait ne pas plaire à tous. Toutefois, comme le vin est encore très jeune, je suis convaincu que ce caractère s’adoucira avec quelques années de garde pour lui permettre de se montrer sous un aspect plus fondu et abordable. Le producteur dit de ce vin qu’il est issu de fruits du Nouveau-Monde vinifiés selon la tradition bourguignonne. Je crois que cette affirmation résume bien l’impression qui se dégage de celui-ci. Il m’est apparu très typique du cépage, et par certains aspects il rappelle la Bourgogne, mais d’un autre côté, la nature un peu douce du fruit, surtout dans sa prime jeunesse actuelle, indique bien son origine Nouveau-Monde. Bien sûr, les puristes pourraient n’y voir que l’aspect Nouveau-Monde, mais moi je pense vraiment que c’est un vin au style hybride qui tient des deux mondes. Je pense aussi que c’est un vin qui sera apprivoisé par plus de temps en bouteille, même s’il s’agit déjà d’une expérience intéressante pour qui n’est pas intégriste dans ses préférences stylistiques. Ce vin a été choisi en janvier 2010 comme gagnant dans la catégorie Pinot Noir par un jury canadien, lors des “Wines of Chile Awards”, jury qui comptait dans ses rangs les québécois Bill Zacharkiw et Nick Hamilton. Les résultats de ce type de concours sont toujours un peu aléatoires, même avec de très bons dégustateurs, mais un an plus tard, en dégustant ce vin, je me disais que nos experts n’avaient assurément pas fait un mauvais choix. On dit souvent que l’échelle RQP pour le Pinot Noir est différente, qu’il faut débourser plus pour obtenir le même niveau de qualité. En ce sens, pour les 28$ demandés par la SAQ, ce vin représente à mon avis un très bon RQP.

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vendredi 25 février 2011

PINOT NOIR, TOBIANO, 2008, CASABLANCA, KINGSTON FAMILY VINEYARD



L’offre de bons vins chiliens, lentement mais sûrement, va en s’améliorant à la SAQ et en importation privée. Des vins de nouvelles régions et de cépages différents sont maintenant disponibles. Le Chili ne se résume plus aux vins de cépages bordelais issus de la vallée centrale. Ainsi donc, j’entame avec ce Tobiano de Kingnston Family un petit spécial sur le Pinot Noir chilien. Un cépage particulier, difficile à maîtriser, qu’un nombre croissant de producteurs chiliens installés sur des terroirs frais tentent d’apprivoiser. Pour ce faire on engage parfois des consultants étrangers, comme le californien Byron Kosuge dans le cas de Kingston, ou bien des bourguignons comme Pascal Marchand chez Veranda, ou bien Martin Prieur chez Cono Sur. Ceci sans compter les spécialistes étrangers du Pinot qui se lancent directement, comme Nicolas Potel, ou bien Kevin Harvey de Rhys Vineyards, ou encore Louis-Michel Ligier Belair qui tous développent actuellement de nouveaux projet dans la fraîche vallée de Bio Bio. Bien sûr, le Pinot Noir est un cépage qui est encore très loin d’avoir atteint son plein potentiel au Chili, mais de plus en plus de vins intéressants, souvent issus de très jeunes vignes, font leur apparition à chaque année sur le marché. Selon ce que j’ai pu goûté jusqu’à maintenant, j’ai confiance que le Pinot Noir pourra suivre les traces déjà remarquables de la Syrah au Chili. Toutefois, le processus sera plus lent, car le Pinot n’a pas la versatilité de la Syrah. La courbe d’apprentissage sera moins marquée, mais pourrait atteindre le même niveau de qualité, à terme. Donc, pour entamer cette petite revue, je commence avec un deuxième vin de Kingston Family. Deuxième parce qu’il suit sur ce blogue la superbe Syrah, Bayo Oscuro, du même producteur, et deuxième car c’est le rang qu’il occupe dans la hiérarchie des Pinots de Kingston Family derrière la top cuvée appelée Alazan.

La robe est d’une jolie teinte rubis assez translucide. Le nez est très discret à l’ouverture, et gagne un peu en expressivité quelques heures plus tard. À ce moment on peut y distinguer des arômes de fruits rouges, particulièrement la fraise, auxquels s’entremêlent des notes épicées rappelant un peu la cannelle, ainsi qu’un aspect terreux particulier. Heureusement, la bouche se montre plus volubile, et ce dès le départ, bien qu’elle gagne quelque peu en harmonie avec les heures d’exposition à l’air. Ce qui frappe dès le départ avec ce vin c’est la présence soyeuse et lisse, qui avec le gras sous-jacent, donne presqu’une impression d’onctuosité à l’ensemble. De manière un peu paradoxale, cet aspect tactile aguichant sert de support pour révéler un vin beaucoup plus sérieux au niveau des saveurs. Celles-ci reflètent bien les arômes perçus au nez, mais en terme gustatif, malgré une bonne intensité, il se dégage une impression de quasi austérité. Je dis quasi, car austérité est un mot trop fort, mais disons qu’on est loin du Pinot Noir du Nouveau-Monde au profil doux et très exubérant. Ce Tobiano est à la fois caressant et réservé. La combinaison de ces deux caractères procure un effet de contraste intéressant qui demande à être apprivoisé au fil de la dégustation. La finale poursuit dans l’effet de contraste que je viens d’évoquer, offrant du même coup une bonne persistance des saveurs.

Ce Pinot Noir a laissé un peu perplexe le dégustateur que je suis. Un vin comme assis entre deux chaises, qui s’offre et se refuse un peu dans le même mouvement. Un vin ambivalent qui m’est apparu à la fois sensuel et cérébral. Quand même, si je dois porter un verdict, je ne peux que reconnaître la qualité d’ensemble, et laisser la porte ouverte pour le futur, chose qu’on refuse trop souvent à des vins de ce prix et de cette origine. Dans son état actuel, à 27.40$, le vin n’est pas une grande aubaine, compte tenu de son origine. Il existe des Pinots chiliens de qualité similaire offert à un meilleur prix. Toutefois, dans le contexte de l’offre mondiale en vins de Pinot Noir, ce vin me semble tout à fait compétitif. C’est un vin à essayer si on veut mieux connaître ce que j’appelle le Nouveau-Chili. C’est aussi une façon de se familiariser avec un producteur élite comme Kingston Family. Aussi, je pense qu’il y a de bonne chance pour que ce vin se présente mieux après deux ou trois ans de garde. J’avais vécu cette expérience avec le Pinot Noir, Oda, 2005, Bio Bio de Veranda. J’avais obtenu deux bouteilles de ce vin par le courrier vinicole. La première m’avait laissé un peu sur ma soif, même si la qualité était évidente, alors que la deuxième, ouverte deux ans plus tard, ne laissait pas de doute et faisait regretter que ce soit la dernière. Je vais donner cette chance à ce très jeune Tobiano.
 
 
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jeudi 30 décembre 2010

PINOT NOIR, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, VINA TABALI


Un autre vin de la vallée de Limari. Cette fois le Pinot Noir d’un producteur qu’on connaît ici au Québec pour son Chardonnay de la même gamme, et pour sa Syrah Reserva. Ce Pinot provient de trois parcelles sélectionnées d’un vignoble aux sols calcaires situé à 29 km de l’océan Pacifique. Dans un message précédant, je joignais un lien vers un vidéo montrant le nouveau vignoble Talinay de Vina Tabali. Celui-ci est plus frais car situé à seulement 12 km de la côte du Pacifique. Les premiers résultats en Pinot issus de ce vignoble seraient des plus prometteurs selon l’expert britannique en vins chiliens Peter Richards. Pour revenir au Reserva Especial dont il est question ici. Le vin a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français. Il titre à 13.5% d’alcool pour un pH de 3.51 et 3.1 g/L de sucres résiduels.

La robe est d’une belle teinte rubis passablement translucide. Le nez est bien calibré et dégage de jolis arômes de fraise et de cerise, complétés par une touche épicée évoquant la muscade et la cannelle, ainsi que par une légère touche torréfiée. Assez simple comme nez, mais propre, et fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage dans une bonne version Nouveau-Monde. En bouche, l’attaque est équilibrée, avec une bonne souplesse et de l’amplitude. Les saveurs sont franches et intenses, mais sans excès, ce qui donne un vin facile à boire. Le milieu de bouche montre une bonne concentration, sur une texture tannique raffinée. La finale est fondue et persistante avec des notes épicées qui ressortent à la toute fin.

C’est le troisième millésime de ce vin que j’essaie, et ma persévérance est finalement récompensée. Les millésimes 2006 et 2007 de ce vin ne m’avaient pas convaincus. Les vins n’étaient pas mauvais, mais n’avaient rien pour séduire non plus. Ce 2008 marque donc un clair pas en avant. Une preuve que les producteurs chiliens sont toujours en processus d’apprentissage avec ce cépage exigeant. Avec ce vin on obtient un Pinot de profil Nouveau-Monde, dans le meilleur sens du terme. Selon mon expérience, c’est un vin qui peut se comparer à de bons exemples de Californie ou de Nouvelle-Zélande dans l’intervalle de prix 30-40$. Donc, pour les 19.95$ payés, il s’agit d’un excellent RQP. Selon mes lectures, le 2009 serait encore meilleur. C’est donc une histoire à suivre.

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vendredi 2 juillet 2010

PINOT NOIR, ODA, 2007, BIO BIO, VERANDA


Retour sur ce vin de Pinot Noir, qui fut une de mes plus belles découvertes de l’année dernière, question de voir comment il se comporte. Veranda est une des quatre étiquettes du groupe Corpora, avec Vina Porta et Agustinos au Chili et Universo Austral en Argentine. C’est un groupe aux ambitions qualitatives élevées, qui se concentre surtout sur le développement de nouveaux terroirs de climats frais dans le sud du continent, dans la région de Bio Bio au Chili, et en Patagonie en Argentine. La vallée de Bio Bio est la deuxième région vinicole la plus méridionale du Chili et son développement pour la viticulture est très récent. Cette vallée est située à environ 600 km au sud Santiago et offre un climat frais propice à la culture des cépages blancs tels les Chardonnay, Riesling, Gewurztraminer et Sauvignon Blanc, ainsi que du capricieux Pinot Noir en rouge. Cette cuvée Oda, élaborée sous la supervision du consultant bourguignon d’origine québécoise Pascal Marchand, est issue de raisins de culture biologique provenant d’un vignoble unique appelé Miraflores. L’égrappage est pratiqué sur 80% de la vendange, aucun ajout d’acide n’est pratiqué, la fermentation est effectuée avec des levures sauvages et l’élevage a lieu pour 14 mois en barriques de chêne français, neuves pour un quart. Le vin est embouteillé sans filtration. M. Marchand décrit son approche de la vinification comme non interventionniste.

La robe translucide exhibe une belle teinte rubis bien soutenue. Le nez a de quoi surprendre et faire tomber tous les préjugés possibles sur le Chili. Il est aussi une indication claire du potentiel de ce cépage dans Bio Bio. On croirait être en face d’un vin bourguignon de bon niveau, avec des arômes séduisants de cerise, de fraise, de cannelle et de muscade, complétés par un aspect que je ne peux nommer, mais qui pour moi évoque la Bourgogne. En bouche, le vin montre un très bel équilibre, alliant intensité, fraîcheur et délicatesse. Les saveurs sont de grande qualité, sans lourdeur aucune, sur une trame tannique soyeuse. En milieu de bouche, l’impression d’équilibre persiste, avec un vin qui correspond à l’idée que je me fais d’un bon vin de ce cépage. Ça coule sans effort et avec plaisir. La finale garde le cap sur l’harmonie sans dévier d’un seul degré. L’essence de ce vin s’y retrouve avec un superbe fondu de saveurs où le caractère épicé gagne en importance, le tout sur une persistance de très bon calibre.

Il y a des vins qui de temps en temps nous impressionnent par leur qualité, et qui en même temps nous amènent à nous interroger sur certaines conceptions des choses. Ce vin tombe clairement dans cette catégorie. Qu’il soit bon, ça je m’en doutais. J’en avais chanté les mérites avec enthousiasme l’été passé sur le forum Fou du Vin, où j’écrivais avant de démarrer ce blogue. Un an après, il m’apparaît encore meilleur. Mais probablement à cause que j’ai dégusté peu de vins européens dans la dernière année, le caractère européen de ce vin m’est apparu de façon très claire. Une bouteille de Chardonnay du même producteur dégustée dernièrement m’avait fait le même effet. Si j’avais dégusté ces vins en pure aveugle, je n’aurais jamais pensé Chili, mais plutôt Bourgogne. On parle souvent de terroir dans le monde du vin, particulièrement en Bourgogne. C’est une sorte de mot magique pour expliquer des choses qui souvent n’ont rien à voir. Mais pour moi, dans ce cas-ci, il me semble clair que c’est l’aspect humain qui est en cause. Je veux dire par là que ce sont les manières de faire apportées par M. Marchand qui semblent faire la différence. Bien sûr, sans de bons fruits issus d’un lieu approprié, rien ne serait possible. Mais cette signature qui pour moi évoque la Bourgogne ne peut à mon avis venir que des façons utilisées pour élaborer le vin. Ça m’intrigue vraiment. J’aimerais comprendre les éléments qui dans le cours de l’élaboration, tant au vignoble qu’au chai, permettent d’obtenir un tel résultat. Une chose est sûre toutefois, un vin comme celui-ci ne fait que renforcer ma conviction voulant que le vin soit d’abord et avant tout une création humaine. C’est l’homme qui fait le vin. C’est lui qui choisit comment et où planter les vignes. C’est lui qui décide des méthodes de culture, du moment de la vendange, et finalement, c’est lui qui manipule les fruits issus de ces vignes pour arriver en bout de course au liquide qu’on retrouve dans la bouteille. Loin de moi l’idée de nier l’importance des facteurs naturels dans le niveau qualitatif qui peut être espéré en matière de vin. Mais les décisions humaines demeurent la base de tout, pour le meilleur, comme pour le pire.

En terminant, j’ignore si la SAQ offrira le millésime 2008 de ce vin, mais selon le journaliste britannique Tom Cannavan, celui-ci se comparerait avantageusement au 2007 (voir le lien).

http://www.wine-pages.com/organise/corpora.htm

http://www.planetavino.com/reportajes/detalle.asp?id=441




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dimanche 14 mars 2010

PINOT NOIR, AMAYNA, 2007, LEYDA, VINA GARCES SILVA


Petite semaine tranquille pour moi côté vin. Désolé pour le manque de nouveauté sur ce blogue, mais il faut parfois se priver volontairement d’une chose pour pouvoir mieux l’apprécier lorsqu’on y revient.

Je continue ma revue de la gamme de vins Amayna de l’excellent producteur Vina Garces Silva. La région de Leyda est une région côtière relativement fraîche, par rapport aux standards de la vallée centrale chilienne. Toutefois, là comme ailleurs, la location précise des vignobles et leur exposition sont importantes. Ceux de Garces Silva sont situés à environ 14 km de la côte, ce qui est relativement éloigné par rapport à d’autres producteurs implantés dans cette région, comme, par exemple, Chocalan qui ont planté à seulement 4 km de la côte. Cet éloignement relatif de la côte, et de son effet rafraîchissant, se reflète dans le style des vins produits par Garces Silva, ceux-ci présentant généralement un profil généreux au fruité bien mature. Il peut d’ailleurs sembler étonnant que du Pinot Noir et de la Syrah puissent être produits sur des parcelles géographiquement très rapprochées. Il faut comprendre qu’il y a presque deux mois d’écart entre la date de vendange du Pinot Noir et de la Syrah. La clef réside dans la longue saison végétative, et à la quasi absence de pluie qui permet de laisser les raisins sur les vignes très tard en saison. Aussi la Syrah a été plantée avec une exposition au nord, ce qui apporte plus de chaleur dans l’hémisphère sud. Il est intéressant de savoir que dans cette région, le cycle végétatif du Pinot démarre un mois avant celui de la Syrah. Le cycle du Pinot dure environ 200 jours, avec la vendange qui a lieu autour du 20 mars, alors que le cycle de la Syrah, dure environ 230 jours, avec la vendange autour de la mi-mai. C’est donc l’absence de pluie qui permet de garder les raisins de Syrah sur les vignes jusqu’en mai où les températures baissent sensiblement. Ainsi, il est plus facile de comprendre comment Pinot Noir et Syrah peuvent cohabiter et donner de bons résultats. Pour ce qui est de ce Pinot Noir, 2007, seulement mentionner qu’il a été élevé pendant un an en barriques de chêne Taransaud dont 30% étaient neuves, le reste étant de deuxième et troisième usages. Le vin titre à 14.5% d’alcool, pour un pH de 3.65.

La robe est d’une belle teinte rubis légèrement translucide. Le nez s’exprime avec justesse sur des arômes fruités de cerises et de fraises, auxquels s’entremêlent des notes épicées évoquant, entre autres, la cannelle, ainsi qu’une très légère pointe fumée. Relativement simple à ce stade, mais éclatant et de belle qualité. En bouche, l’attaque est ample et soyeuse, avec une légère onctuosité sous-jacente, et une belle présence fruitée vive et lustrée. C’est bien équilibré et ce qui était perçu au nez se reflète bien en bouche, mais avec plus d’intensité. L’aspect soyeux et le léger gras de ce vin marquent sa présence en bouche. Il n’y a vraiment aucune aspérité, et le vin coule sans effort sur une douce impression caressante. La finale voit les saveurs se fondre harmonieusement sur une allonge de très bon calibre.

Ce vin est une autre belle réussite pour Vina Garces Silva. Son profil général est bien typique du cépage. Il se distingue toutefois par la douceur de sa texture en bouche. Sur cet aspect, il se rapproche beaucoup des vins blancs de la maison, les tanins sont pratiquement imperceptibles, si ce n’est en toute fin de bouche, et il possède un gras qui lui donne un aspect tactile presque onctueux. Comme je l’ai mentionné, ce n’est pas le plus complexe des vins à ce stade précoce, mais l’éclat de ses saveurs, combiné à sa douce texture en font actuellement un vin très séduisant. Un vin de pur plaisir et de grande qualité. Comme on le sait, le Pinot Noir est un cépage capricieux, et pour avoir un bon niveau de qualité, il faut être prêt à débourser plus. À 32$ à la SAQ, ce vin de par sa qualité est très bien positionné face la compétition mondiale. Un bel exemple de ce que le Chili peut maintenant faire avec le Pinot Noir.

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mardi 27 octobre 2009

PINOT NOIR, WILD FERMENT, 2008, CASABLANCA, ERRAZURIZ





Comme le Chardonnay “Wild Ferment” est un vin que j’apprécie beaucoup. J’ai décidé de redonner une chance au Pinot Noir de la même gamme. Je dis redonner, car c’est un vin qui m’a déçu par le passé. Je pense que le dernier millésime que j’avais acheté était le 2005. À la lumière de la progression qualitative du Chardonnay, je me suis dit que Errazuriz avait peut-être réussi à affiner leurs méthodes d’élaboration avec ce cépage capricieux entre tous qu’est le Pinot Noir. Ce vin est issu de fruits provenant du vignoble “La Eascultura”, le même que pour le Chardonnay, situé dans la relativement fraîche région de Casablanca. Le vignoble a été planté en 1996 avec deux clones bourguignons de Morey St-Denis (115 et 777). Les rendements sont relativement faibles à environ 35 Hl/ha. La fermentation alcoolique, comme le nom anglais l’indique, a été effectuée avec les levures indigènes du milieu. Le vin a été élevé pendant 9 mois en barriques de chêne français, dont la moitié étaient neuves.

La robe est d’une teinte grenat assez foncée, mais facilement pénétrée par la lumière. Le nez est de bonne intensité, et exhale de beaux arômes de fruits rouges (fraises, cerises), ainsi qu’un arôme typique pour moi du cépage, mais que je n’arrive pas à nommer. À cela s’ajoute aussi des notes de fumée et d’épices douces, rappelant un peu la pâtisserie. Beau nez de Pinot très jeune. En bouche, on retrouve un vin assez solide pour un vin de ce cépage. La matière montre une bonne densité dès l’attaque, avec une structure plutôt compacte et une texture raffinée. Rien n’accroche dans ce vin épicé au fruité généreux et au boisé modéré de belle qualité. Le niveau de concentration est assez élevé, ce qui donne une belle présence du vin en milieu de bouche. La finale, poursuit dans la même veine, avec harmonie, sur une persistance de bon calibre.

Il semble que Errazuriz comprennent maintenant mieux le capricieux Pinot, car celui-ci est le meilleur millésime parmi ceux goûtés à date. Ce vin est de très belle qualité. Il est très jeune, bien sûr, et il est fort probable que quelques années de plus sous sa capsule à vis lui seront bénéfique. Mais il est déjà abordable, malgré sa prime jeunesse. En fait, je dirais que son niveau qualitatif est comparable à celui du Chardonnay de la même gamme. Ce qui n’est pas peu dire. Selon moi, c’est un vin qui peut rivaliser avec des vins de Pinot Noir du Nouveau-Monde vendus pas mal plus chers. Un des bons vins chiliens issu de ce cépage qu’il m’ait été donné de goûter jusqu’à maintenant, et un RQP de très bon niveau. Le Pinot progresse au Chili.