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jeudi 27 janvier 2011

SHIRAZ, BLUEPRINT, 2008, STELLENBOSCH, DE TRAFFORD WINES


De Trafford Wines est une “boutique winery” sud-africaine qui ne produit que 3500 caisses de vin par année. Après plusieurs années de tests à très petite échelle, le vignoble principal a été planté en 1994 et 1995 après une sélection minutieuse des porte-greffes et des clones les mieux adaptés aux sols et au microclimat du mont Fleur qui surplombe la région de Stellenbosch. Les raisins entrant dans cette cuvée sont en majorité issus du vignoble Keermont, où les vignes ont 10 ans d’âge, le tout complété par des raisins de vignes de trois ans d’âge, d’un clone différent, plantées dans deux autres vignoble. Finalement, et de manière surprenante, 8% de Petit Verdot complète l’assemblage de ce Shiraz. L’élaboration du vin inclut la vendange manuelle, l’égrappage, et la fermentation en cuves ouvertes à l’aide de levures indigènes. Le moût est ensuite pressé, puis le jus est transféré en barriques de chêne français (20% neuves), où a lieu une fermentation malolactique, suivie d’un élevage de 21 mois. Le vin est embouteillé sans collage ni filtration et avec un usage modéré de sulfites. Il titre à 15.15% d’alcool, pour un pH de 3.76.

La robe est très foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhibe un agréable profil aromatique montrant un mélange de fruits rouges et noirs de très belle qualité, bien complété par des notes florales et un aspect doucement épicé. La bouche se déploie sur une attaque pleine, à la fois ferme et ample, qui déploie des saveurs fruitées/épicées savamment mariées et bien supportées par une juste dose d’amertume. Le milieu de bouche confirme la qualité de la matière, le vin montre une bonne concentration de saveurs, sans lourdeur, tout en conservant un profil sérieux, sans être austère. La trame tannique est tissée bien serré, mais montre quand même de la finesse. La finale maintient le bon niveau, avec des notes de chocolat noir qui gagnent du terrain, le tout sur une bonne persistance.

J’ai bien apprécié ce vin qui est d’une qualité irréprochable pour le prix demandé (32$). Il s’agit de mon cinquième vin de Shiraz sud-africaine dans la dernière année, et il me semble commencer à reconnaître un style général. Un profil particulier qui n’a rien à voir avec le style classique français du Rhône nord, ou bien avec l’archétype du Shiraz australien, ou encore avec les différents styles chiliens que je connais bien. Ce cépage semble pouvoir donner des vins de profils assez sérieux en Afrique du Sud, même si je regrette un peu de ne pas y retrouver les aspects classique de la Syrah de climat frais. Peut-être le climat n’est-il justement pas assez frais pour pouvoir obtenir ce type de profil. Le 15% d’alcool de ce vin est peut-être un indice révélateur en ce sens, même si dans le cas de ce Blueprint, cet élément est très bien intégré et ne nuit pas à l’équilibre du vin. Bien entendu, celui-ci est encore très jeune, et quelques années de garde pourraient lui être bénéfique, même s’il est déjà agréable à boire.



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dimanche 5 septembre 2010

SHIRAZ, GOLDEN TRIANGLE, 2004, STELLENBOSCH, STELLENZICHT

Après la relative déception de l’assemblage bordelais Ansela Van de Caab, je continue ma petite exploration de l’Afrique du Sud avec un autre rouge de la région de Stellenbosch venant d’un domaine établi il y a quelques siècles (1692). J’aime l’approche de l’oenologue en chef Guy Weber qui dit que l’équilibre détermine la qualité d’un vin. Ce Shiraz provient de raisins issus de vignes de 10 à 20 ans d’âge, de 5 vignobles distincts, et dont le rendement est limité à environ 40 hl/ha. Dans cette région, la Syrah est essentiellement vendangée dans la première moitié de mars, ce qui est l’indice clair d’un climat assez chaud. Les raisins provenant des différents vignobles sont vinifiés séparément avant l’assemblage final. Le vin est élevé pour 15 mois en barriques de chêne de français, américain et d’Europe de l’est. Un quart du bois est neuf. Le vin titre à 14.3% d’alcool pour un pH de 3.58. Le producteur parle d’un potentiel de garde de 5 à 8 ans.

La robe est foncée, bien que légèrement translucide. Le nez est vraiment très beau, montrant un début d’évolution, avec un heureux mélange d’arômes de fruits noirs, d’encens, d’aneth, de sauge, de cendre, de fumée. Un nez difficile à décrire , mais très beau, très agréable, et pour moi clairement d’esthétique européenne, malgré le nom Shiraz. Cette belle amorce se poursuit en bouche avec un très bel équilibre. Un doux fruité de bonne intensité domine la palette des saveurs, bien complété par les aspects épicés et légèrement fumés. Le milieu de bouche révèle un vin ou encore une fois c’est l’équilibre qui prime. Il n’y a rien d’excessif, chaque élément semble bien ajusté aux autres, la concentration est bonne, le volume quelque peu restreint, et la texture tannique est veloutée. Bel exemple de vin qui ne tente pas de trop en mettre pour impressionner. Cela se poursuit en finale où l’harmonie est toujours au rendez-vous, avec un léger sursaut d’intensité sur une longueur de très bon niveau.

Je connais encore mal les vins sud-africains, mais il est clair que c’est un territoire que je veux explorer et mieux connaître. En ce sens, un vin comme celui-ci me donne définitivement le goût d’intensifier mes explorations. Comparativement à l’Amérique du sud, il me semble clair que l’Afrique du Sud est en général plus proche des canons esthétiques européens, même si on y retrouve aussi des bombes plus associées à l’archétype Nouveau-Monde. Dans le cas de ce Shiraz, malgré le nom et la douceur du fruit, j’ai trouvé qu'il se rapprochait au niveau aromatique de l’archétype Ancien-Monde, mais dans le bon sens, avec un profil propre, sans déviations microbiologiques. Le vin montre vraiment un bel équilibre. Il est agréable à boire, et exhibe des qualités générales bien supérieures au prix demandé (22$). C’était un très bel achat donc, et un autre exemple démontrant les bienfaits d’un peu de temps en bouteille. Je suppose qu’un millésime plus récent devrait apparaître bientôt à la SAQ.


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jeudi 2 septembre 2010

ANSELA VAN DE CAAB, 2007, STELLENBOSCH, MURATIE


Muratie est un domaine où les premiers raisins furent pressés en 1659. Pas moins de 18 propriétaires s’y sont succédé depuis. Le dernier en lice, Ronald Riijk Melk, ayant repris le domaine en 1987. Ce vin est nommé en l’honneur d’une esclave (en français, Ansela du Cap), qui fut en quelque sorte la conjointe du premier propriétaire et la mère de ses enfants. Ce vin est un assemblage essentiellement bordelais, comprenant 48% de Cabernet Sauvignon, 37% de Merlot, 12% de Cabernet Franc, et 3% de Syrah. Les différents cépages sont vinifiés séparément, et élevés un an en barriques de chêne français. L’assemblage est alors effectué et le mélange est placé de nouveau en barriques pour 6 mois supplémentaires. Le vin est embouteillé sans filtration.

La robe est bien foncée, bien que légèrement translucide. Le nez est d’intensité modérée et dégage des arômes de fruits noirs, complétés par des notes de vanille et autres épices douces, ainsi que par un léger aspect végétal bien intégré évoquant un peu le poivron vert. À ce stade, le profil est plutôt simple, mais tout de même agréable. En bouche, on retrouve un vin de corps moyen, à la structure plutôt compacte et à l’acidité soutenue. Le fruité est vif, soutenu par une trame d’amertume bien dosée, et mêlé à des notes vanillées/épicées. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration et voit l’aspect boisé prendre plus de place, ce qui entrave un peu l’équilibre global. La finale est correcte avec encore le bois qui ressort trop à mon goût.

Je m’attendais à plus de ce vin. Pas qu’il soit mauvais, même si le boisé est pour le moment trop appuyé. Mais pour le prix demandé (25.60$), et compte tenu de son origine, je pensais qu’il en donnerait plus. Je sais que c’est un peu injuste de juger un vin selon son origine. Toutefois, pour moi l’Afrique du Sud est en compétition avec l’Argentine et le Chili, et ces pays peuvent facilement offrir des vins à base de Cabernet sous la barre des 20$ aussi bons voire meilleurs que ce sud-africain. Un bon vin encore trop jeune donc, mais pas d’aubaine en vue.

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samedi 7 novembre 2009

CHENIN BLANC, 2008, WESTERN CAPE, KEN FORRESTER



J’ai déjà eu la chance de discuter avec Ken Forrester lors d’un salon des vins de l’Afrique du sud. Il m’est apparu comme un homme très sympathique et passionné par son métier. J’avais alors eu la chance de déguster sa gamme de vins, dont le GSM, “The Gypsy” et son Chenin haut de gamme “FMC”. Deux excellents vins commandant toutefois des prix autour de 60$. J’avais alors goûté à son vin de Chenin régulier du millésime 2006, si ma mémoire est bonne. J’avais bien aimé. Le prix (18.70$) est trois fois moindre, mais bien sûr, le vin n’était pas trois fois moins bon. Ce vin est issu de vignes non irriguées de 35 ans d’âge et est élevé 9 mois sur lies en barriques de chêne français.

Le nez est délicat et dégage de subtils arômes de citron, de melon et un soupçon de poire. À cela s’ajoute des notes de florales et de miel, ainsi qu’un très léger aspect doucement épicé. En bouche, l’attaque est bien ronde et le vin déploie de belle saveurs fidèles à ce qui était perçu au nez. Le milieu de bouche montre un vin de bonne concentration, avec du volume et laissant une superbe impression tactile. La finale est frappée au sceau de l’harmonie avec de saveurs qui se fondent admirablement, sur une longueur de bon calibre.

Très beau vin de Chenin Blanc, fidèle à l’idée que j’ai de ce cépage. Le Chenin Blanc est vraiment un cépage distinctif et sous-exploité. Il est malheureusement dans l’ombre des Chardonnay et Sauvignon Blanc associés à des région françaises plus prestigieuses. Dans le cas de cette interprétation de Ken Forrester, on a le côté citronné du Sauvignon et la rondeur boisée souvent associée au Chardonnay, avec en plus un aspect miellé typique de ce cépage qui est difficile à mettre en mot, et qui lui donne son caractère original. L’Afrique du Sud est le spécialiste de ce cépage dans le Nouveau-Monde, mais je pense que d’autres pays possédant des climats frais auraient avantage à le planter pour diversifier leur offre de vins blancs. Une chose est sûre toutefois, cette version sud-africaine est une réelle réussite et un achat avantageux.

dimanche 1 novembre 2009

CHARDONNAY, RESERVE, 2007, STELLENBOSH, VERGELEGEN



Vergelegen est une maison historique d’Afrique du Sud dont la fondation remonte à l’année 1700. Rachetée en 1987 par le groupe minier Anglo-American, les vignobles furent replantés après une analyse des sols et du climat, et aujourd’hui à cause de problèmes de virus affectant certaines vignes, le vignoble doit déjà être en partie restauré. Néanmoins, Vergelegen est reconnu comme étant un des meilleurs producteurs de vin du pays. Un chai de vinification sur trois étages, utilisant la gravité pour l’élaboration des vins a été construit, de plus, le plan à long terme est de se convertir à la biodynamie, une idée à la mode chez les producteurs ayant de hautes visées qualitatives. Ce vin est fermenté avec les levures indigènes. Il est élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français, dont la moitié sont neuve et l’autre moitié de second usage.

La robe est d’une teinte dorée assez pâle. Le nez s’exprime librement sur des arômes de citron, d’ananas, de pêche, de noix et de caramel. En bouche, l’attaque est très ample, mais parfaitement équilibrée, avec un mélange de saveurs intenses reflétant très bien ce qui était perçu au nez. Le vin est gras, presque onctueux, mais il y a suffisamment d’acidité pour préserver une nécessaire fraîcheur. Le milieu de bouche permet de jauger le très bon niveau de concentration et la richesse de la matière contenue dans ce nectar caressant. Le vin, malgré son bon volume, coule facilement et en douceur, pour mener vers une finale qui ne dévie pas, continuant dans la droite ligne harmonieuse et agréable déjà tracée par ce Chardonnay séducteur. La longueur est très bonne, sur de légers relents amers en toute fin de bouche et un retour caramélisé.

Les vins du Nouveau-Monde sont souvent méprisés par certains puristes comme étant trop ceci ou trop cela. Moi je dis une chance que le Nouveau-Monde existe et qu’il peut produire ce genre de vin caressant et séducteur. Le monde du vin serait plus pauvre si ce genre de vin n’existait pas. Celui-ci est rond, son fruité est doux et son boisé est généreux, mais tout est fait avec mesure et le résultat est harmonieux et très bien réussi. On sait éviter les excès, mais on n’essaie pas d’imiter vainement le prototype bourguignon. Ce vin assume son origine et son terroir. L’homme qui l’a conçu sait y faire, car il a pris les bonnes décision pour tirer le meilleur de sa matière, en choisissant bien le style de ce vin qui selon moi est une réussite exemplaire. Vous aurez compris que j’ai adoré ce vin. Il est de très grande qualité. Il montre qu’élégance et style séducteur peuvent aller de paire. Il montre que le boisé, lorsque bien maîtrisé, est un atout pour ce style de vin. Il en reste quelques bouteilles dans le réseau de la SAQ. Si votre vision de ce que peut être un bon vin de Chardonnay n’est pas limitée et si ma description vous inspire, faites-vous plaisir, car pour les 26.35$ demandés, ce vin est un excellent achat.