J'avais pondu un texte il y a un peu plus de deux ans intitulé "Les buveurs d'idées". Ça traitait de l'importance de ce que l'on pense dans notre approche face au vin et notre perception de celui-ci. Je suis tombé cette semaine sur un article de Vin Québec où l'on nous décrit le type de vins qui intéressent les sommeliers au Québec. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça boit des idées en grand! On serait à la recherche de vins qui expriment leurs terroirs, bio, bioD, nature et de petits artisans. Je serais curieux de soumettre leurs clients à une dégustation à l'aveugle de ces vins sélectionnés sur une base idéologique avec des vins plus conventionnels bien choisis, venant de plus gros producteurs et offerts à la SAQ. Je pense que l'idéologie en prendrait pour son rhume. En même temps, c'est drôle de lire sur le même site un autre article décrivant tout ce qu'on peut faire de technologique pour faire du vin sans sulfites. Comme quoi une idée peut entrer en conflit avec une autre... Je ne le répéterai jamais assez. Vous voulez boire du vin sans sulfites? Partez-vous une cave et buvez du vin avec de l'âge.
vendredi 31 octobre 2014
samedi 25 octobre 2014
CABERNET SAUVIGNON, RESERVE, 1999, MAIPO, VINA CARMEN
Je ne parle plus de chaque rouge
chilien d'un certain âge que j'ouvre et qui me ravit. Il y a des
limites à taper sur le même clou, mais parfois je ne peux résister
tellement le vin dans mon verre est incroyable. C'est le cas de ce
vin de Vina Carmen, un autre de ces producteurs traditionnels
chiliens qu'on a tendance à ne plus remarquer car il n'a pas cette
image de nouveauté. Je n'ai pas de détails sur l'élaboration de ce
vin. L'étiquette indique un titre alcoolique de 14%.
La robe est d'une teinte grenat encore
bien soutenue. Le nez est très expressif pour un vin de cet âge et
embaume la cerise, le cassis, le bois de cèdre, la terre noire et le
camphre, le tout complété en mode mineur par des relents vanillés
d'épices douces, de bois brûlé et de chocolat noir. Superbe nez de
Cabernet Sauvignon à un moment de grâce de son parcours évolutif.
Difficile d'imaginer qu'il aurait pu être plus complexe et agréable
à un un autre moment de son évolution. La bouche impressionne tout
autant et surprend par la vivacité et la douceur de son fruit. Un
fruit marqué par le temps, certes, mais qui domine encore l'action,
appuyé sur une bonne dose d'amertume qui apporte équilibre et
sérieux à l'ensemble. Le milieu de bouche confirme que la matière
de ce nectar est encore bien généreuse, avec très bon niveau de
concentration et un volume contenu qui donne au vin une impression de
densité. Les tanins sont veloutés et font surtout sentir leur
présence dans une finale intense aux saveurs très persistantes.
Que dire de plus à propos de ce vin
sans avoir l'air de me répéter? Par la nature de ses arômes
et de ses saveurs ce nectar montre les traces de l'évolution en bouteille,
mais en même temps, l'intensité du fruit et la richesse de la
matière sont simplement renversants pour un vin de ce prix (17$ lors
de l'achat il y a 12 ans, le 2011, maintenant appelé Gran Reserva, est actuellement offert à 18.75$).
Si ce vin était de Napa, au lieu de Maipo, son prix aurait été
beaucoup plus élevé. Je sais, je me répète, mais quand on est
face à un tel vin on est immanquablement frappé par la dichotomie
entre le niveau qualitatif, le potentiel de garde et le ridicule du
prix. Ce vin a maintenant 15 ans d'âge, et il est clair qu'il aurait
pu continuer son évolution pour au moins 15 autres années, et
probablement plus. Une autre preuve, si besoin est, du trésor
négligé que représente le Cab chilien de type Reserva. En plein le
type de vin qui représente bien le "Bordeaux chilien" dont je traitais dans mon texte précédant. Les "winemakers" derrière ce type de vin n'apparaîtront jamais dans les listes à la
mode de journalistes pour la simple et bonne raison que pour constater le plein
potentiel de ce type de vin il faut avoir la patience de les garder
plus d'une décennie. Comme mode et patience sont des termes irréconciliables l'amateur doit tenter de voir au-delà.
dimanche 19 octobre 2014
Le modèle français s'implante au Chili
Je suis tombé récemment, sur le site internet de la revue britannique "Drink Business", sur un Top-20 des winemakers chiliens (20-11) (10-1). Moi qui croyait bien connaître la scène vinicole chilienne, j'y ai découvert des noms qui m'étaient inconnus, mais ce qui m'a le plus frappé dans ce classement c'est la quasi absence de "winemakers" venant de producteurs traditionnels de la vallée centrale qui font surtout des rouges issus de cépages bordelais. Le seul "winemaker" sélectionné venant de ce qu'on pourrait appeler le Chili traditionnel d'héritage bordelais, le "Chili-Cabernet Sauvignon", c'est Enrique Tirado qui est en charge chez Concha y Toro de l'élaboration du grand Cab de la maison, le Don Melchor. À part ça, il n'y a rien de traditionnel et de Cabernet, il n'y en a que pour la nouveauté et l'originalité. En lisant cela, je ne pouvais m'empêcher de faire un parallèle avec le traitement réservé à Bordeaux dans le paysage vinicole français. Bordeaux, pour moi, est la plus grande région vinicole française. Une région qui allie qualité, quantité et diversité. Une région qui a servi de modèle au reste du monde. Une région qui produit des vins de garde extraordinaires, mais une région que plusieurs amateurs aiment rabaisser en décriant son côté supposément trop affairiste. Aux classiques bordelais, de prix toujours abordables, plusieurs vont maintenant préférer les petits producteurs d'autres régions, ceux qui font dans la biodynamie ou le nature, ou bien encore ceux qui produisent des vins de cépages moins reconnus. Comme si la réussite et l'influence mondiale du bordelais était quelque chose de répréhensible. Allez comprendre...
Signe que le Chili progresse, ce phénomène français est en train de s'y implanter. Le "Chili-Cabernet" de la vallée centrale est en train de recevoir la même médecine que la région de Bordeaux en France. Le Cabernet chilien est un trésor sous-estimé, mais il est là depuis longtemps et certains préfèrent le déprécier, ou à tout le moins le négliger, pour rehausser autre chose de plus nouveau. Ceux qui me lisent avec régularité savent que je suis très enthousiaste face à l'émergence de ce que j'appelle le Nouveau-Chili. Toutefois, le Chili traditionnel, le Bordeaux chilien, peut coexister avec les nouvelles régions qui émergent. Aussi, les pratiques œnologiques conventionnelles demeureront la base d'une industrie très axée sur l'exportation, ce qui n'empêche pas l'existence de voies alternatives pour des marchés de niche. Ceci dit, cette situation n'est possible qu'à cause de la diversité croissante qui existe au Chili et des possibilités encore plus diverses toujours inexploitées. Que l'on puisse négliger, et dans certains cas mépriser, ce qui représente le cœur d'un domaine d'activité important du pays montre à mon sens que le Chili est en bonne voie dans son processus de maturation. Le Chili gagne en confiance et s'éloigne de plus en plus du consensus. Il y a des approches discordantes et un éclatement de la carte du vignoble national. Des rivalités entre régions et approches ne pourront qu'éclore. Toutefois, ceux qui connaissent bien les vins de ce pays et n'ont pas une approche dogmatique savent que le "Chili-Cabernet" reste un atout fondamental et essentiel de l'offre de ce pays. Le Chili traditionnel et Bordeaux ont un problème d'image auprès d'une certaine catégorie d'amateurs et de journalistes. On les perçoit comme trop gros, trop axés sur les affaires, et trop œnologiques. La grande différence entre les deux est que le Chili ne peut que rêver des prix auxquels se vendent certains vins de Bordeaux, mais tous les deux produisent de grands vins de Cabernet, de grands vins de garde. Le style de vins qui selon moi devrait être la base pour un amateur sérieux. Difficile donc de comprendre qu'on puisse rejeter cela du revers de la main ou y accoler une étiquette péjorative. On néglige souvent ce qu'on prend pour acquis et on en vient à ne plus pouvoir en reconnaître la réelle valeur.
Signe que le Chili progresse, ce phénomène français est en train de s'y implanter. Le "Chili-Cabernet" de la vallée centrale est en train de recevoir la même médecine que la région de Bordeaux en France. Le Cabernet chilien est un trésor sous-estimé, mais il est là depuis longtemps et certains préfèrent le déprécier, ou à tout le moins le négliger, pour rehausser autre chose de plus nouveau. Ceux qui me lisent avec régularité savent que je suis très enthousiaste face à l'émergence de ce que j'appelle le Nouveau-Chili. Toutefois, le Chili traditionnel, le Bordeaux chilien, peut coexister avec les nouvelles régions qui émergent. Aussi, les pratiques œnologiques conventionnelles demeureront la base d'une industrie très axée sur l'exportation, ce qui n'empêche pas l'existence de voies alternatives pour des marchés de niche. Ceci dit, cette situation n'est possible qu'à cause de la diversité croissante qui existe au Chili et des possibilités encore plus diverses toujours inexploitées. Que l'on puisse négliger, et dans certains cas mépriser, ce qui représente le cœur d'un domaine d'activité important du pays montre à mon sens que le Chili est en bonne voie dans son processus de maturation. Le Chili gagne en confiance et s'éloigne de plus en plus du consensus. Il y a des approches discordantes et un éclatement de la carte du vignoble national. Des rivalités entre régions et approches ne pourront qu'éclore. Toutefois, ceux qui connaissent bien les vins de ce pays et n'ont pas une approche dogmatique savent que le "Chili-Cabernet" reste un atout fondamental et essentiel de l'offre de ce pays. Le Chili traditionnel et Bordeaux ont un problème d'image auprès d'une certaine catégorie d'amateurs et de journalistes. On les perçoit comme trop gros, trop axés sur les affaires, et trop œnologiques. La grande différence entre les deux est que le Chili ne peut que rêver des prix auxquels se vendent certains vins de Bordeaux, mais tous les deux produisent de grands vins de Cabernet, de grands vins de garde. Le style de vins qui selon moi devrait être la base pour un amateur sérieux. Difficile donc de comprendre qu'on puisse rejeter cela du revers de la main ou y accoler une étiquette péjorative. On néglige souvent ce qu'on prend pour acquis et on en vient à ne plus pouvoir en reconnaître la réelle valeur.
lundi 13 octobre 2014
Cabernet et originalité chilienne
Partie I
Partie II
Partie III
Quatrième partie de ma petite série initiée par l'obsession québécoise de la feuille de tomate. Comme je le mentionnais dans la première partie, le problème des arômes végétaux verts en est un de cépages bordelais. Il ne faut donc pas s'étonner qu'une Syrah ou un Pinot Noir ne sente pas le poivron vert, le cassis frais ou la feuille de tomate. Ceci dit, le résultat obtenu dans une dégustation à l'aveugle par le Casa Real, 1999, de Santa Rita, que j'évoquais dans mon texte précédant, m'a amené à faire des recherches impliquant Santa Rita. Au travers de ces recherches je suis tombé sur une présentation de Bian Croser, un oenologue et terroiriste australien réputé (Petaluma, Tapanappa) qui est consultant depuis 2009 chez Santa Rita au Chili. Cette présentation s'intitule "The Noble House of Carmenet" et explique le rôle fondamental du Carmenet, ancien nom du Cabernet Franc, dans l'essence végétale des principaux cépages bordelais, ainsi que celui du Sauvignon Blanc dans le double caractère végétal du Cabernet Sauvignon. On y comprend ce que Croser appelle le "gène vert" pour parler de la nature pyrazinique du Cabernet Franc et du Sauvignon Blanc et de leurs descendants (Cabernet Sauvignon, Carmenère et Merlot).
Pour revenir aux rouges chiliens et de l'obsession de Jacques Benoît pour la feuille de tomate à chaque fois qu'il en parle. La grande majorité de ceux offerts à la SAQ contiennent un des quatre cépages bordelais possédant le gène vert, et de ceux-ci, le Cabernet Sauvignon le possède en double et le Carmenère le possède une fois et demi, car le Cabernet Franc est à la fois le père et le grand-père du Carmenère, qui de ce fait est donc un cépage incestueux... et on comprend mieux pourquoi on le confond parfois avec le Cabernet Franc en Italie. Donc, pour quelqu'un qui fréquente rarement les rouges chiliens, il y a de fortes chances que l'idée qu'il s'en fait soit reliée à des vins contenant un des quatre cépages sus-mentionnés. Toutefois, avec la diversification croissante de l'offre chilienne, il faut cesser de voir les vins de ce pays comme un tout homogène. Noter l'absence d'arôme de feuille de tomate dans un Pinot Noir de Casablanca, serait comme noter l'absence d'arôme de poivron vert dans un bourgogne rouge.
Il peut donc y avoir un caractère végétal dans les vins de cépages bordelais chiliens, comme il peut y en avoir à Bordeaux, ou ailleurs. Ceci dit, la spécificité des terroirs chiliens en cette matière est réelle. Ce caractère végétal s'y exprime de manière particulière. Pourquoi cet arôme de cassis si puissant? Quelle en est l'explication? M. Benoît nous bassine avec des explications d'un autre temps, comme les rendements trop élevés où l'irrigation trop généreuse. Il y a longtemps que les chiliens ne commettent plus d'erreurs aussi basiques quand il est question de la production de vins se voulant qualitatifs. Les rendements sont contrôlés, l'irrigation se fait au goutte à goutte et la densité du feuillage est contrôlée. Alors qu'est-ce qui distingue le Chili du reste du monde? Il y a bien sûr la végétation environnante (eucalyptus, boldo) qui peut transmettre des arômes végétaux aux vins, mais ceux-ci sont plus en fraîcheur qu'en verdeur. Donc, qu'est-ce qui distingue le Chili? Évidemment, il y a le fait que le Chili soit le seul pays au monde où la viticulture se fait très majoritairement avec des vignes non greffées. En ce sens, le Chili est le lieu privilégié pour produire des vins vraiment naturels. Depuis que je m'intéresse au Chili, j'ai beaucoup lu à propos de cette particularité fondamentale du pays de pouvoir produire des vins à partir de vignes sans porte-greffes. On parle toujours du cataclysme qu'a supposément été l'arrivée du phylloxéra en Europe à la fin du 19ième siècle. Mais ce présumé cataclysme n'aurait-il pas plutôt été un pas en avant pour la viticulture mondiale? Le choix d'un porte-greffe bien adapté au lieu et au cépage est fondamental pour tirer le meilleur de la vigne et du terroir. En ce sens, le greffage apporte une adaptabilité que ne présentent pas les vignes non greffées. Sans greffage on plante une vigne où tout vient d'un bloc, les racines et le cépage, avec une seule génétique. L'avantage du greffage, c'est de faire pousser des vignes avec deux génétiques, une pour les racines, et une autre pour le reste, le cépage. Cela permet une bien plus grande adaptabilité. On peut choisir un cépage adapté au climat, et un porte-greffe (des racines) adapté au type de sol. En outre, le choix du porte-greffe permet aussi de contrôler la vigueur de la vigne en fonction du sol, ce que ne permet pas la plantation sans greffage. Dans ce cas, si les racines d'un cépage donné sont mal adaptées à un type de sol, il faut faire avec ou planter un autre cépage à cet endroit. Donc, dans un cas de figure idéal ou les racines d'un cépage sont bien adaptées au type de sol, et ce sous un climat qui sied bien au cépage, le Chili possède un avantage en ayant la possibilité de planter sans greffage. Mais hors de ce cadre idéal, il est désavantagé, surtout que le pays s'est concentré longtemps sur les cépages bordelais, ce qui enlève aussi de la capacité d'adaptation. Heureusement, on plante maintenant une bien plus grande variété de cépages au Chili, ce qui permettra de meilleurs mariages cépage/terroir dans des climats et des sols moins adaptés aux cépages bordelais. Pour l'instant toutefois, l'absence de greffage des vignes me semble un des facteurs pouvant expliquer la typicité chilienne.
Il y a aussi un autre facteur qui distingue beaucoup de terroirs chiliens, soit l'amplitude thermique très grande entre le jour et la nuit. Ce phénomène est surtout présent à proximité des Andes et sur le versant intérieur de la chaîne de montagnes côtières. Il peut y avoir des amplitudes thermiques allant jusqu'à 20 degrés Celcius entre le maximum le jour et le minimum la nuit. Cette particularité climatique a un impact important sur la physiologie des vignes et par conséquences sur la nature des raisins qui en sont issus. Cette présentation vidéo de Brian Croser explique très bien le phénomène et devrait être regardée par tout amateur de Cabernet Sauvignon. C'est vraiment très instructif. Dans une autre présentation vidéo M. Croser décrit le Cabernet chilien cultivé sur ses propres racines comme quelque chose d'unique qui peut rivaliser avec ce qui se fait de mieux ailleurs au monde. Il note aussi que l'arôme de cassis est un trait important qui définit ces vins. Finalement, il décrie aussi la matrice complexe de climats et de sols qu'offre le Chili et les nombreuses possibilités que cela permet.
Quand on voit quelqu'un de sérieux comme Brian Croser s'intéresser au Chili, quand on voit les efforts déployés pas une maison comme Santa Rita pour aller de l'avant et toujours mieux comprendre le potentiel vinicole de ce pays, il est frustrant de lire un texte empreint d'ignorance du sujet, comme celui de M. Benoît, qui a initié ma réaction. L'exemple de Brian Croser et Santa Rita est loin d'être unique. Les experts étrangers sont nombreux à être attirés par le Chili et il s'y fait un travail de développement très sérieux à l'instigation de producteurs qui refusent de s'asseoir sur leurs acquis. Le Chili avec sa matrice complexe de sols et de climats, ainsi que sa flexibilité unique quant au mode de plantation des vignes est un cas unique dans la viticulture mondiale. Il n'est donc pas surprenant que ses vins puissent être originaux, de grande qualité, et de plus en plus diversifiés.
Partie II
Partie III
Quatrième partie de ma petite série initiée par l'obsession québécoise de la feuille de tomate. Comme je le mentionnais dans la première partie, le problème des arômes végétaux verts en est un de cépages bordelais. Il ne faut donc pas s'étonner qu'une Syrah ou un Pinot Noir ne sente pas le poivron vert, le cassis frais ou la feuille de tomate. Ceci dit, le résultat obtenu dans une dégustation à l'aveugle par le Casa Real, 1999, de Santa Rita, que j'évoquais dans mon texte précédant, m'a amené à faire des recherches impliquant Santa Rita. Au travers de ces recherches je suis tombé sur une présentation de Bian Croser, un oenologue et terroiriste australien réputé (Petaluma, Tapanappa) qui est consultant depuis 2009 chez Santa Rita au Chili. Cette présentation s'intitule "The Noble House of Carmenet" et explique le rôle fondamental du Carmenet, ancien nom du Cabernet Franc, dans l'essence végétale des principaux cépages bordelais, ainsi que celui du Sauvignon Blanc dans le double caractère végétal du Cabernet Sauvignon. On y comprend ce que Croser appelle le "gène vert" pour parler de la nature pyrazinique du Cabernet Franc et du Sauvignon Blanc et de leurs descendants (Cabernet Sauvignon, Carmenère et Merlot).
Pour revenir aux rouges chiliens et de l'obsession de Jacques Benoît pour la feuille de tomate à chaque fois qu'il en parle. La grande majorité de ceux offerts à la SAQ contiennent un des quatre cépages bordelais possédant le gène vert, et de ceux-ci, le Cabernet Sauvignon le possède en double et le Carmenère le possède une fois et demi, car le Cabernet Franc est à la fois le père et le grand-père du Carmenère, qui de ce fait est donc un cépage incestueux... et on comprend mieux pourquoi on le confond parfois avec le Cabernet Franc en Italie. Donc, pour quelqu'un qui fréquente rarement les rouges chiliens, il y a de fortes chances que l'idée qu'il s'en fait soit reliée à des vins contenant un des quatre cépages sus-mentionnés. Toutefois, avec la diversification croissante de l'offre chilienne, il faut cesser de voir les vins de ce pays comme un tout homogène. Noter l'absence d'arôme de feuille de tomate dans un Pinot Noir de Casablanca, serait comme noter l'absence d'arôme de poivron vert dans un bourgogne rouge.
Il peut donc y avoir un caractère végétal dans les vins de cépages bordelais chiliens, comme il peut y en avoir à Bordeaux, ou ailleurs. Ceci dit, la spécificité des terroirs chiliens en cette matière est réelle. Ce caractère végétal s'y exprime de manière particulière. Pourquoi cet arôme de cassis si puissant? Quelle en est l'explication? M. Benoît nous bassine avec des explications d'un autre temps, comme les rendements trop élevés où l'irrigation trop généreuse. Il y a longtemps que les chiliens ne commettent plus d'erreurs aussi basiques quand il est question de la production de vins se voulant qualitatifs. Les rendements sont contrôlés, l'irrigation se fait au goutte à goutte et la densité du feuillage est contrôlée. Alors qu'est-ce qui distingue le Chili du reste du monde? Il y a bien sûr la végétation environnante (eucalyptus, boldo) qui peut transmettre des arômes végétaux aux vins, mais ceux-ci sont plus en fraîcheur qu'en verdeur. Donc, qu'est-ce qui distingue le Chili? Évidemment, il y a le fait que le Chili soit le seul pays au monde où la viticulture se fait très majoritairement avec des vignes non greffées. En ce sens, le Chili est le lieu privilégié pour produire des vins vraiment naturels. Depuis que je m'intéresse au Chili, j'ai beaucoup lu à propos de cette particularité fondamentale du pays de pouvoir produire des vins à partir de vignes sans porte-greffes. On parle toujours du cataclysme qu'a supposément été l'arrivée du phylloxéra en Europe à la fin du 19ième siècle. Mais ce présumé cataclysme n'aurait-il pas plutôt été un pas en avant pour la viticulture mondiale? Le choix d'un porte-greffe bien adapté au lieu et au cépage est fondamental pour tirer le meilleur de la vigne et du terroir. En ce sens, le greffage apporte une adaptabilité que ne présentent pas les vignes non greffées. Sans greffage on plante une vigne où tout vient d'un bloc, les racines et le cépage, avec une seule génétique. L'avantage du greffage, c'est de faire pousser des vignes avec deux génétiques, une pour les racines, et une autre pour le reste, le cépage. Cela permet une bien plus grande adaptabilité. On peut choisir un cépage adapté au climat, et un porte-greffe (des racines) adapté au type de sol. En outre, le choix du porte-greffe permet aussi de contrôler la vigueur de la vigne en fonction du sol, ce que ne permet pas la plantation sans greffage. Dans ce cas, si les racines d'un cépage donné sont mal adaptées à un type de sol, il faut faire avec ou planter un autre cépage à cet endroit. Donc, dans un cas de figure idéal ou les racines d'un cépage sont bien adaptées au type de sol, et ce sous un climat qui sied bien au cépage, le Chili possède un avantage en ayant la possibilité de planter sans greffage. Mais hors de ce cadre idéal, il est désavantagé, surtout que le pays s'est concentré longtemps sur les cépages bordelais, ce qui enlève aussi de la capacité d'adaptation. Heureusement, on plante maintenant une bien plus grande variété de cépages au Chili, ce qui permettra de meilleurs mariages cépage/terroir dans des climats et des sols moins adaptés aux cépages bordelais. Pour l'instant toutefois, l'absence de greffage des vignes me semble un des facteurs pouvant expliquer la typicité chilienne.
Il y a aussi un autre facteur qui distingue beaucoup de terroirs chiliens, soit l'amplitude thermique très grande entre le jour et la nuit. Ce phénomène est surtout présent à proximité des Andes et sur le versant intérieur de la chaîne de montagnes côtières. Il peut y avoir des amplitudes thermiques allant jusqu'à 20 degrés Celcius entre le maximum le jour et le minimum la nuit. Cette particularité climatique a un impact important sur la physiologie des vignes et par conséquences sur la nature des raisins qui en sont issus. Cette présentation vidéo de Brian Croser explique très bien le phénomène et devrait être regardée par tout amateur de Cabernet Sauvignon. C'est vraiment très instructif. Dans une autre présentation vidéo M. Croser décrit le Cabernet chilien cultivé sur ses propres racines comme quelque chose d'unique qui peut rivaliser avec ce qui se fait de mieux ailleurs au monde. Il note aussi que l'arôme de cassis est un trait important qui définit ces vins. Finalement, il décrie aussi la matrice complexe de climats et de sols qu'offre le Chili et les nombreuses possibilités que cela permet.
Quand on voit quelqu'un de sérieux comme Brian Croser s'intéresser au Chili, quand on voit les efforts déployés pas une maison comme Santa Rita pour aller de l'avant et toujours mieux comprendre le potentiel vinicole de ce pays, il est frustrant de lire un texte empreint d'ignorance du sujet, comme celui de M. Benoît, qui a initié ma réaction. L'exemple de Brian Croser et Santa Rita est loin d'être unique. Les experts étrangers sont nombreux à être attirés par le Chili et il s'y fait un travail de développement très sérieux à l'instigation de producteurs qui refusent de s'asseoir sur leurs acquis. Le Chili avec sa matrice complexe de sols et de climats, ainsi que sa flexibilité unique quant au mode de plantation des vignes est un cas unique dans la viticulture mondiale. Il n'est donc pas surprenant que ses vins puissent être originaux, de grande qualité, et de plus en plus diversifiés.
jeudi 2 octobre 2014
Oubliez l'arôme de feuille de tomate et découvrez celui de cassis frais!
Désolé de revenir encore une fois sur ce sujet, mais j'ai finalement trouvé une référence importante qui permet de jeter une lumière nouvelle sur cette question d'arôme de feuille de tomate. Combien de fois, lors de dégustations de groupe où l'on discutait entre amateurs et qu'on me ramenait cette histoire d'arôme de plant ou de feuille de tomate à propos des rouges chiliens, je répliquais qu'il y avait méprise et que l'on confondait avec l'arôme du cassis frais. J'avais beau répéter que les rouges chiliens, en particulier ceux de Cabernet Sauvignon, étaient ceux qui de par le monde exprimaient l'arôme de cassis avec le plus d'intensité, je n'arrivais jamais à convaincre. J'étais pourtant convaincu que mon nez ne me trompait pas.
Des lectures récentes m'ont finalement permis de comprendre que j'avais raison, et que tout ce débat en est un de perception face au caractère de cassis très puissant de plusieurs rouges chiliens. Comme je l'ai déjà mentionné, l'arôme de cassis est généré dans le vin par une famille de molécules soufrées comprenant un groupement chimique appelé thiol (SH). Le thiol est l'analogue soufré de l'alcool (OH), où un atome de soufre remplace un atome d'oxygène. Toujours est-il que ces molécules soufrées sont bien connues pour être des arômes importants du cépage Sauvignon Blanc. Toutefois, leur rôle dans le vin rouge n'avait pas été expliqué jusqu'à très récemment. Le Sauvignon Blanc étant un des parents du Cabernet Sauvignon, il était fort probable que les mêmes molécules se retrouvent dans les vins qui en sont issus.
D'abord, la littérature abondante à propos des arômes variétaux du Sauvignon Blanc m'a permis d'apprendre que deux des molécules thiolées qui y sont associées peuvent être associées à l'arôme de feuille de tomate. La perception varie selon la concentration de la molécule et la palette aromatique spécifique d'un vin donné. Une étude sud-africaine très poussée sur le sujet s'est même servie de dégustateurs entraînés pour reconnaître des arômes en utilisant des vins aromatiquement neutres dans lequel on a fait macérer la source d'un arôme d'intérêt, comme la feuille et la tige de plant de tomate. Cette étude avec ces dégustateurs entraînés à détecter ces arômes a permis d'associer 3-Mercaptohexanol (3-MH) avec l'arôme de feuille et de tige de tomate (voir à la page 73 de ce livre très intéressant sur le Sauvignon Blanc). Il est toutefois intéressant de noter que le 3-MH est aussi responsable, selon la même étude, des arômes associés au pamplemousse, aux fruits de la passion, à la goyave mûre et verte. Il est aussi à noter que la feuille de tomate elle-même contient du 3-MH (page 22).
Le Sauvignon Blanc contient une autre molécule thiolée dont l'arôme peut être associé à la feuille de tomate selon le contexte et les concentrations. Il s'agit du 4-mercapto-4-methyl-2-pentanone (4-MMP). Vin Québec avait déjà référencé un article du magazine suisse Vitis qui indiquait que le 4-MMP pouvait être perçu selon les circonstances comme un arôme de feuille de tomate. Je n'ai pas retrouvé l'article original, mais ce lien confirme la chose, de même que cette autre référence. Toutefois, l'arôme avec lequel on associe le plus le 4-MMP dans le Sauvignon Blanc est celui du buis ou de l'urine de chat. Encore une fois, la perception de ces arômes est une question de concentration, de palette aromatique du vin, et bien sûr, de sensibilité du dégustateur aux différents arômes de la palette. Une sensibilité plus ou moins grande à certains arômes pourra altérer la nature des arômes perçus. La littérature en cette matière montre bien qu'il peut y avoir des effets synergiques entre certains arômes, et qu'au contraire, certains arômes peuvent en masquer d'autres. Cela permet de comprendre que le profil de sensibilité d'un dégustateur n'a pas qu'une application directe, par exemple, une insensibilité à un arôme donné pourra peut-être permettre d'en percevoir un autre qui aurait été masqué si le dégustateur avait été sensible au premier arôme.
Comme je l'ai déjà mentionné, la littérature sur les molécules aromatiques du Sauvignon Blanc est abondante et les premiers résultats de ces recherches remontent à une quinzaine d'années. J'avais déjà pas mal lu sur le sujet, mais il m'était difficile d'appliquer directement ces résultats obtenus sur des vins d'un cépage blanc à mon questionnement sur les rouges chiliens. Finalement, au-delà de mes perceptions sensorielles, cette question c'est éclaircie pour moi lorsque je suis tombé sur le résumé d'un article récent, publié en janvier 2014 par des chercheurs français et qui explique l'origine de l'arôme de cassis dans le vin rouge. Devinez quoi? La molécule responsable de l'arôme de cassis dans le vin rouge est le 4-MMP, supporté par le 3-MH, soit les deux molécules pouvant être associées à l'arôme de feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc! Donc, mon nez ne m'avait pas trompé lorsque je disais à mes amis dégustateurs que cette histoire d'arôme de feuille de tomate était une confusion avec un arôme très puissant de cassis frais. Bien sûr, il peut y avoir des différences de perception entre dégustateurs, et il est vrai qu'il y a un profil aromatique propre à beaucoup de rouges chiliens issus de la vallée centrale et de cépages bordelais, mais n'en demeure pas moins que cette histoire québécoise de feuille de tomate associée systématiquement aux rouges du Chili est d'abord et avant tout une histoire de suggestion mentale. C'est un phénomène courant en dégustation de groupe et que j'ai souvent constaté. Il s'agit qu'un dégustateur nomme un arôme qu'il dit percevoir dans un vin donné pour que plusieurs autres dégustateurs du groupe se mettent à dire la même chose. Il semble qu'ici au Québec, Jacques Benoît, avec sa tribune privilégiée, a nommé une perception personnelle et que celle-ci ait été adoptée par plusieurs et que ce soit devenu une étiquette pour plusieurs à apposer aux rouges chiliens fortement marqués par l'arôme de cassis.
Il faut dire que le cassis frais est un fruit très difficile à trouver au Québec. Je lisais même un article, dernièrement, qui disait que la culture du cassis fut interdite aux États-Unis du début du XXe siècle jusqu'à tout récemment car cette plante pouvait transmettre des maladies mortelles pour le pin blanc. Dans le même article on a fait une dégustation comparative de Cabs en les notant sur 10 pour la puissance de l'arôme de cassis. Sans surprise c'est un Cab chilien de la vallée centrale, le "Casillero del Diablo" qui a terminé premier, avec la mention "blackcurrants on steroids". On y apprend aussi qu'à haute concentration, les molécules thiolées responsables de l'arôme de cassis peuvent être perçues par certains comme du caoutchouc brûlé. Il faut se rappeler que l'expression aromatique de ces molécules est reliée à leur concentration et à leur interaction avec d'autres molécules comme les pyrazines. Il faut aussi savoir que ces molécules thiolées, comme le 4-MMP, sont parmi les plus odoriférantes qui existent. Pour illustrer ce fait, sachez que 1 mg de 4-MMP est suffisant pour aromatiser 1 million de litre de vin. Donc, quand on parle de haute concentration aromatique pour ces molécules, on parle en même temps de concentrations infimes dans le vin. C'est d'ailleurs pourquoi elles ont été si difficiles à identifier dans le mélange moléculaire complexe qu'est le vin.
En conclusion, je dirais que l'arôme de cassis frais est assez méconnu au Québec, tout comme celui de bourgeon de cassis, car le fruit est difficile à trouver. Pour ma part j'ai grandi en sentant et en mangeant du cassis à différents stade de maturité. Mon père en avait planté à côté de la maison familiale. L'arôme de cassis frais est différent de celui des liqueurs et crèmes de cassis. Il y a bien sûr une similitude, mais l'arôme frais est inimitable. Finalement, il est à noter que l'oxydation du fameux groupement thiol des molécules comme le 3-MH, le 4-MMP, et d'autres, a pour effet d'annuler leur pouvoir aromatique. Elles deviennent, pour ainsi dire, aromatiquement muettes. C'est pourquoi tant de rouges chiliens âgés déculottent des amateurs de bordeaux à l'aveugle. L'âge, et l'oxydation qui vient avec, neutralisent graduellement le pouvoir aromatique des molécules thiolées qui donnent aux rouges chiliens ce caractère si puissant de cassis en jeunesse. Ainsi, avec le temps en bouteille, ces vins se rapprochent du profil de leurs contreparties bordelaises. Ça explique donc pourquoi les amateurs de bordeaux rouges passent à côté d'un trésor très abordable en ne mettant pas de rouges chiliens en cave. Le Chili est un pays d'extrêmes, et cela se reflète assez souvent dans ses vins.
Des lectures récentes m'ont finalement permis de comprendre que j'avais raison, et que tout ce débat en est un de perception face au caractère de cassis très puissant de plusieurs rouges chiliens. Comme je l'ai déjà mentionné, l'arôme de cassis est généré dans le vin par une famille de molécules soufrées comprenant un groupement chimique appelé thiol (SH). Le thiol est l'analogue soufré de l'alcool (OH), où un atome de soufre remplace un atome d'oxygène. Toujours est-il que ces molécules soufrées sont bien connues pour être des arômes importants du cépage Sauvignon Blanc. Toutefois, leur rôle dans le vin rouge n'avait pas été expliqué jusqu'à très récemment. Le Sauvignon Blanc étant un des parents du Cabernet Sauvignon, il était fort probable que les mêmes molécules se retrouvent dans les vins qui en sont issus.
D'abord, la littérature abondante à propos des arômes variétaux du Sauvignon Blanc m'a permis d'apprendre que deux des molécules thiolées qui y sont associées peuvent être associées à l'arôme de feuille de tomate. La perception varie selon la concentration de la molécule et la palette aromatique spécifique d'un vin donné. Une étude sud-africaine très poussée sur le sujet s'est même servie de dégustateurs entraînés pour reconnaître des arômes en utilisant des vins aromatiquement neutres dans lequel on a fait macérer la source d'un arôme d'intérêt, comme la feuille et la tige de plant de tomate. Cette étude avec ces dégustateurs entraînés à détecter ces arômes a permis d'associer 3-Mercaptohexanol (3-MH) avec l'arôme de feuille et de tige de tomate (voir à la page 73 de ce livre très intéressant sur le Sauvignon Blanc). Il est toutefois intéressant de noter que le 3-MH est aussi responsable, selon la même étude, des arômes associés au pamplemousse, aux fruits de la passion, à la goyave mûre et verte. Il est aussi à noter que la feuille de tomate elle-même contient du 3-MH (page 22).
Le Sauvignon Blanc contient une autre molécule thiolée dont l'arôme peut être associé à la feuille de tomate selon le contexte et les concentrations. Il s'agit du 4-mercapto-4-methyl-2-pentanone (4-MMP). Vin Québec avait déjà référencé un article du magazine suisse Vitis qui indiquait que le 4-MMP pouvait être perçu selon les circonstances comme un arôme de feuille de tomate. Je n'ai pas retrouvé l'article original, mais ce lien confirme la chose, de même que cette autre référence. Toutefois, l'arôme avec lequel on associe le plus le 4-MMP dans le Sauvignon Blanc est celui du buis ou de l'urine de chat. Encore une fois, la perception de ces arômes est une question de concentration, de palette aromatique du vin, et bien sûr, de sensibilité du dégustateur aux différents arômes de la palette. Une sensibilité plus ou moins grande à certains arômes pourra altérer la nature des arômes perçus. La littérature en cette matière montre bien qu'il peut y avoir des effets synergiques entre certains arômes, et qu'au contraire, certains arômes peuvent en masquer d'autres. Cela permet de comprendre que le profil de sensibilité d'un dégustateur n'a pas qu'une application directe, par exemple, une insensibilité à un arôme donné pourra peut-être permettre d'en percevoir un autre qui aurait été masqué si le dégustateur avait été sensible au premier arôme.
Comme je l'ai déjà mentionné, la littérature sur les molécules aromatiques du Sauvignon Blanc est abondante et les premiers résultats de ces recherches remontent à une quinzaine d'années. J'avais déjà pas mal lu sur le sujet, mais il m'était difficile d'appliquer directement ces résultats obtenus sur des vins d'un cépage blanc à mon questionnement sur les rouges chiliens. Finalement, au-delà de mes perceptions sensorielles, cette question c'est éclaircie pour moi lorsque je suis tombé sur le résumé d'un article récent, publié en janvier 2014 par des chercheurs français et qui explique l'origine de l'arôme de cassis dans le vin rouge. Devinez quoi? La molécule responsable de l'arôme de cassis dans le vin rouge est le 4-MMP, supporté par le 3-MH, soit les deux molécules pouvant être associées à l'arôme de feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc! Donc, mon nez ne m'avait pas trompé lorsque je disais à mes amis dégustateurs que cette histoire d'arôme de feuille de tomate était une confusion avec un arôme très puissant de cassis frais. Bien sûr, il peut y avoir des différences de perception entre dégustateurs, et il est vrai qu'il y a un profil aromatique propre à beaucoup de rouges chiliens issus de la vallée centrale et de cépages bordelais, mais n'en demeure pas moins que cette histoire québécoise de feuille de tomate associée systématiquement aux rouges du Chili est d'abord et avant tout une histoire de suggestion mentale. C'est un phénomène courant en dégustation de groupe et que j'ai souvent constaté. Il s'agit qu'un dégustateur nomme un arôme qu'il dit percevoir dans un vin donné pour que plusieurs autres dégustateurs du groupe se mettent à dire la même chose. Il semble qu'ici au Québec, Jacques Benoît, avec sa tribune privilégiée, a nommé une perception personnelle et que celle-ci ait été adoptée par plusieurs et que ce soit devenu une étiquette pour plusieurs à apposer aux rouges chiliens fortement marqués par l'arôme de cassis.
Il faut dire que le cassis frais est un fruit très difficile à trouver au Québec. Je lisais même un article, dernièrement, qui disait que la culture du cassis fut interdite aux États-Unis du début du XXe siècle jusqu'à tout récemment car cette plante pouvait transmettre des maladies mortelles pour le pin blanc. Dans le même article on a fait une dégustation comparative de Cabs en les notant sur 10 pour la puissance de l'arôme de cassis. Sans surprise c'est un Cab chilien de la vallée centrale, le "Casillero del Diablo" qui a terminé premier, avec la mention "blackcurrants on steroids". On y apprend aussi qu'à haute concentration, les molécules thiolées responsables de l'arôme de cassis peuvent être perçues par certains comme du caoutchouc brûlé. Il faut se rappeler que l'expression aromatique de ces molécules est reliée à leur concentration et à leur interaction avec d'autres molécules comme les pyrazines. Il faut aussi savoir que ces molécules thiolées, comme le 4-MMP, sont parmi les plus odoriférantes qui existent. Pour illustrer ce fait, sachez que 1 mg de 4-MMP est suffisant pour aromatiser 1 million de litre de vin. Donc, quand on parle de haute concentration aromatique pour ces molécules, on parle en même temps de concentrations infimes dans le vin. C'est d'ailleurs pourquoi elles ont été si difficiles à identifier dans le mélange moléculaire complexe qu'est le vin.
En conclusion, je dirais que l'arôme de cassis frais est assez méconnu au Québec, tout comme celui de bourgeon de cassis, car le fruit est difficile à trouver. Pour ma part j'ai grandi en sentant et en mangeant du cassis à différents stade de maturité. Mon père en avait planté à côté de la maison familiale. L'arôme de cassis frais est différent de celui des liqueurs et crèmes de cassis. Il y a bien sûr une similitude, mais l'arôme frais est inimitable. Finalement, il est à noter que l'oxydation du fameux groupement thiol des molécules comme le 3-MH, le 4-MMP, et d'autres, a pour effet d'annuler leur pouvoir aromatique. Elles deviennent, pour ainsi dire, aromatiquement muettes. C'est pourquoi tant de rouges chiliens âgés déculottent des amateurs de bordeaux à l'aveugle. L'âge, et l'oxydation qui vient avec, neutralisent graduellement le pouvoir aromatique des molécules thiolées qui donnent aux rouges chiliens ce caractère si puissant de cassis en jeunesse. Ainsi, avec le temps en bouteille, ces vins se rapprochent du profil de leurs contreparties bordelaises. Ça explique donc pourquoi les amateurs de bordeaux rouges passent à côté d'un trésor très abordable en ne mettant pas de rouges chiliens en cave. Le Chili est un pays d'extrêmes, et cela se reflète assez souvent dans ses vins.
lundi 29 septembre 2014
L'obssession de la feuille de tomate (2ième partie)
Petit retour sur un texte récent où je déplorais l'obsession québécoise d'associer l'arôme de feuille de tomate et les vins rouges chiliens. Une personnalité québécoise bien connue l'a sorti lors de la dégustation Cousino Macul dont j'ai traité dans mon article précédant. Toujours est-il qu'au fil de mes lectures sur les vins chiliens je cherche toujours une source hors du Québec qui associerait l'arôme de feuille de tomate avec un rouge du Chili. Manque de pot, je suis encore tombé sur une référence qui associe l'arôme de feuille de tomate à un vin de Sauvignon Blanc chilien de climat très frais. Il s'agit du Sauvignon Blanc, Outer limits, 2013, Zapallar, Aconcagua Costa, Vina Montes. Il est intéressant de comparer deux description de la palette aromatique de ce vin:
"Its a powerful wine, with pungent aromas extracted from the skin for some seven months contact, with a mineral feeling, akin to a Sancerre, serious and austere, with gooseberries, tomato leaves, ending again mineral and saline. This is a superb Sauvignon Blanc."
MAGAZINE : WINE ADVOCATE
| "Green pepper in a glass, joined by passion fruit, green tea, blackcurrant and camomile." |
| INTERNATIONAL WINE CHALLENGE |
Là où un dégustateur perçoit des arômes de groseilles à maquereau et de feuilles de tomate, un autre y perçoit plutôt du poivron vert, du fruit de la passion, du thé vert, du cassis et de la camomille. Pour moi qui me tue à répéter que plusieurs au Québec confondent la combinaison cassis frais et poivron vert avec la feuille de tomate, disons que cet exemple est assez révélateur. Mais encore là, à l'étranger, l'arôme de feuille de tomate n'est perçu comme tel que dans des vins de Sauvignon Blanc. Pas dans des vins rouges. À noter que les arômes de cassis, de feuille de tomate, de fruits de la passion et de groseilles à maquereau sont tous issus de molécules comprenant un groupement soufré appelé thiol. Je reviendrai bientôt avec une troisième partie sur ce sujet.
samedi 27 septembre 2014
Dégustation Cousino Macul
J'ai eu l'occasion récemment de participer à une dégustation des vins de la maison chilienne Cousino Macul menée par le président Arturo Cousino, accompagné de sa nièce Veronica. Cousino Macul est un des producteurs qui m'ont amené à aimer les vins du Chili. Le Cabernet Sauvignon, Antiguas Reservas, issu des vieux vignobles de Macul, fut un des premiers vins à avoir touché une corde sensible chez moi. Ce vin n'existe malheureusement plus aujourd'hui, le Cab, Antiguas Reservas, moderne étant maintenant issu d'un nouveau vignoble située à Buin, à l'autre extrémité de l'Alto Maipo. Le caractère de ce vin est donc maintenant bien différent de ce qu'il était dans les années 90. La dégustation le démontrait bien d'ailleurs, avec le Cab et le Merlot Antiguas Reservas issus de Buin et les cuvées Finis Terrae et Lota toujours élaborées avec des raisins venant des vieux vignobles de Macul. En dégustation comparative, le contraste entre les deux terroirs était frappant. Les cuvées Antiguas Reservas offrent deux vins ronds, au fruité mature et aux tanins veloutés, alors que le Finis Terrae et le Lota partagent ce caractère typique du terroir de Macul, avec un profil tout en finesse, des tanins soyeux et un boisé de haute qualité. Deux vins de haut niveau. Offert à la SAQ au prix de 40$, la cuvée Finis Terrae est une belle façon de découvrir le terroir de Macul et le haut potentiel qualitatif de ce producteur à un prix raisonnable. J'ai déjà commenté sur ce blogue le millésime 1989 du Cab, Antiguas Reservas. Il me reste encore les millésimes 1996, 1997 et 1999 de ce vin en cave et je ne suis pas pressé de les ouvrir. M. Cousino nous a dit qu'il vendait encore ces vins au domaine pour environ 20$ la bouteille.
Il y avait deux vins blancs en ouverture, un Chardonnay, 2012, de la gamme Antiguas Reservas et un Sauvignon Gris, 2013, nommé Isidora, dont j'ai déjà commenté le millésime 2012. Le Sauvignon Gris fut clairement mon préféré. Un vin très agréable montrant un profil original. En terminant, je vous invite à consulter le nouveau site "Dans mon verre" où il y a un autre compte-rendu de cette dégustation avec photos et plus de détails sur chaque vins
.
Il y avait deux vins blancs en ouverture, un Chardonnay, 2012, de la gamme Antiguas Reservas et un Sauvignon Gris, 2013, nommé Isidora, dont j'ai déjà commenté le millésime 2012. Le Sauvignon Gris fut clairement mon préféré. Un vin très agréable montrant un profil original. En terminant, je vous invite à consulter le nouveau site "Dans mon verre" où il y a un autre compte-rendu de cette dégustation avec photos et plus de détails sur chaque vins
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dimanche 14 septembre 2014
PINOT NOIR, MAX RESERVA, 2012, ACONCAGUA COSTA, VINA ERRAZURIZ
Dans un texte précédant sur le projet Emperdado de Torres dans la région côtière de Maule, je
référençais un article du "Drink Business" sur le
sujet. toutefois, à la fin du texte on évoquait une autre région
côtière du Chili où la culture du Pinot Noir retient l'attention.
Il s'agit de l'Aconcagua Costa. J'avais parlé le printemps passé
d'un excellent Chardonnay issu de cette région sous étiquette
Arboleda. L'influence bourguignonne de ce vin était évidente, et
l'article de "Drink Business" évoque un "Projet Bourgogne"
chez Errazuriz, ainsi que l'embauche du consultant bourguignon
Louis-Michel Liger-Belair. Ce n'est donc pas surprenant d'apprendre
dans le même article que le Clos des Fous produit maintenant un vin
de Pinot Noir dans cette région. Liger-Belair est un bon ami de
Pedro Parra et François Massoc du Clos des Fous, et leur associé
dans le projet Aristos. Tout se tient, et l'influence de ces
précurseurs transpire maintenant chez des producteurs à plus fort
volume comme le groupe Errazuriz/Chadwick. Le Chili est toujours en
mutation et le mouvement vers les zones périphériques de climats
plus frais se continue. Ce Pinot Noir est donc une belle façon de
jauger les premiers résultats de cet effort pour produire au Chili
une gamme plus large de vins de cépages et de styles variés. Ce
Pinot Noir provient du vignoble côtier Manzanar, situé à 12 km de
l'océan Pacifique. Le vin a été élevé en barriques de chêne
français pour un an, 23% de bois neuf. Il titre à 13.5% d'alcool,
pour un frais pH de 3.5 et est bien sec avec 2.83 g/L de sucres
résiduels.
La robe est de teinte rubis
translucide. Le nez exhale une palette d'arômes dominée par la
cerise et la fraise, complétée par un léger aspect terreux et une
touche doucement épicée évoquant la muscade. Un nez très
agréable, avec des arômes de belle qualité, même s'il n'est pas
le plus complexe à ce stade précoce. En bouche on retrouve un vin
frais et équilibré aux saveurs intenses de très belle qualité.
Une petite dose d'amertume vient balancer la douceur du fruit. Les
tanins sont fins et discrets, tellement qu'on se rapproche en milieu
de bouche de la sensation d'un vin blanc gras et concentré. La
finale voit l'intensité des saveurs monter d'un cran et persister un
long moment par la suite.
J'ai bien aimé ce vin pour son
équilibre, sa fraîcheur et le bon niveau de matière qu'il
présente, tout en restant facile à boire. Il est fidèle à l'idée
que je me fais d'un vin propre et peu boisé de ce cépage. Ce qui
ressort c'est justement le Pinot Noir et la fraîcheur du terroir
d'où il est issu. Le vin est offert au prix régulier de 19.95$ à
la SAQ. À ce prix peu de vin de ce cépage atteignent ce niveau de
qualité, de plus, le vin est offert à la SAQ Dépôt et peut être
acheté à la caisse en tout temps pour la somme de 17$, ce qui en
fait une aubaine carrément imbattable. Ce vin est un superbe ajout à
la gamme Max Reserva et montre que Errazuriz est un producteur
hautement qualitatif à l'esprit pionnier.
samedi 13 septembre 2014
Une décennie de vin sur internet
Je m'intéresse plus sérieusement au monde du vin depuis une quinzaine d'années, mais pour une raison qui m'est très personnelle, je me souviens très bien que c'est en août 2004 que je m'étais inscrit sur le défunt forum Crus & Saveurs et que j'y avais fait ma première intervention. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'en 10 ans les choses ont bien changé au Québec dans le petit monde virtuel du vin. Personnellement, j'ai une certaine nostalgie de ce temps, Crus & Saveurs était un forum sans modération, un véritable Far-West virtuel, mais il s'y échangeait beaucoup d'idées et c'était très vivant, malgré les nombreux dérapages. Aujourd'hui, plus rien ne dépasse, plus rien ne dérape, mais on sent très peu de passion pour le vin. Chacun est dans sa petite case et on discute de nuances, poliment, entre gens du même avis.
Je suppose qu'après le tourbillon du
départ, cette sédimentation était inévitable. À quoi bon refaire
les mêmes débats sans issues? N'empêche que c'est rendu plate de
lire à propos du vin sur la toile québécoise. Sur Crus &
Saveurs personne ne convainquait vraiment l'autre, mais il y avait le
choc des idées et c'était intéressant à lire. On sentait de la
passion pour le vin. Aujourd'hui, il y a les chroniqueurs-vin
établis, dans leur tour d'ivoire, qui n'interagissent pas avec leurs
lecteurs. Il y a deux forums consensuels où il est tacitement
interdit de vraiment débattre, et il y a des bêtes comme moi qui se
sont enfermées par dépit dans la cage du blogue personnel.
Bienvenue au zoo...
mardi 9 septembre 2014
L'obssession de la feuille de tomate
Dans une petite montée de lait récente je m'insurgeais contre des propos de Claude Langlois, du Journal de Montréal, voulant qu'il était difficile de trouver un vin chilien qui n'était pas bretté. Celui-ci rajoutait qu'en plus d'être brettés, la plupart d'entre eux sentaient la feuille de tomate. Avec ironie j'avais noté que pour dire ça c'est qu'il devait avoir trop dégusté avec Jacques Benoît de La Presse. Voilà qu'aujourd'hui le père Benoît y va d'une autre crise virulente de feuille de tomate dans La Presse. Le tout doublé d'un autre accès de francocentrisme.
Vraiment, l'incompétence à propos des vins du Chili des chroniqueurs-vin québécois en fin de carrière est consternante. Ils ont passé leur vie à boire et aimer essentiellement du vin français et semblent être incapables d'ouvrir leurs horizons à autre chose. L'ignorance de Jacques Benoît par rapport aux vins du Chili est gênante. Quand on connaît si mal un sujet, on devrait s'abstenir d'en parler. J'ai fait une recherche sur internet, en français, en anglais et en espagnol avec les mots clés, vin, Chili, feuille de tomate ou plant de tomate. Le seul endroit où on parle des rouges du Chili et de feuilles de tomates, c'est en français et au Québec. C'est compréhensible, cette idée a été énoncée ici il y a longtemps par M. Benoît, qui ne peut parler des rouges du Chili sans ramener les feuilles de tomates à chaque fois, et quand je dis à chaque fois c'est bel et bien à chaque fois. Même quand il ne perçoit pas de feuille de tomate dans un vin chilien, il doit le mentionner et souligner son étonnement. Vraiment navrant.
En anglais on parle de "tomato leaf" pour décrire certains vins blancs de Sauvignon Blanc, du Chili ou d'ailleurs. Même chose en espagnol avec "hoja de tomate". En anglais et en espagnol on associe donc la feuille de tomate aux vins blancs d'un seul cépage. Le Sauvignon Blanc. Pourtant, M. Benoît nous dit dans son article n'avoir jamais rencontré ce "défaut" dans un blanc chilien. Il est sur ce sujet aux antipodes du reste de la planète. Comprenez-moi bien. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de vins rouges chiliens avec des notes de verdeur ou autre caractère végétal. Il y en a au Chili, et il y en a ailleurs. Ceci dit, il ne faut pas virer fou avec ça, en faire une fixation et tout confondre. Si M. Benoît s'excitait et voyait un défaut face à chaque vin de Bordeaux ou de la Loire qui présente des arômes de poivron vert, il n'aurait pas fini d'écrire. Depuis quand les notes végétales ou de verdeur sont-elles systématiquement mauvaises dans le vin rouge? Comme bien des choses c'est une question de dosage et de goût. Il faut aussi savoir de quoi on parle. En réalité, ce que M. Benoît appelle feuille de tomate est limité, selon mon expérience, à certains vins de cépages bordelais, en particulier de Cabernet Sauvignon. Je n'ai jamais rencontré ces arômes dans un Pinot ou une Syrah, même chose pour le poivron vert, au Chili, en France ou ailleurs. Toujours est-il que le Cabernet chilien a la particularité de présenter des arômes de cassis frais souvent très prononcés, surtout en prime jeunesse. Hors, l'arôme de cassis est une molécule soufrée, un thiol, tout comme le bourgeon de cassis, le groseille et c'est aussi le cas de la molécule qu'on associe à la feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc. Ce sont des arômes de la même famille qui présentent des similarités. L'arôme de cassis frais a la particularité de présenter une composante à la fois fruitée et végétale. Goûtez et sentez du cassis frais et vous allez comprendre ce que je veux dire. Même dans le cassis bien mûr, il reste un certain niveau de la molécule qui donne le côté végétal au bourgeon de cassis.
J'ignore si l'odorat de M. Benoît montre un profil de sensibilité qui occulte l'aspect fruité de ce cassis pour ne percevoir que l'aspect végétal. C'est possible. Chaque personne possède une sensibilité olfactive qui lui est propre. Ceci dit, une chose est sûre, avec sa fixation sur la feuille de tomate, et la détestation qu'il en a, il est un cas à part, bien qu'il ait fait des disciples au Québec. Il y a eu au Royaume-Uni une controverse il y quelques années à propos des vins sud-africains. Une chroniqueuse-vin pour le Times de Londres, Jane MacQuitty, avait décrété que la moitié des rouges de ce pays étaient affectés par un arôme de caoutchouc brûlé. Cela avait fait assez de bruit, et une simple recherche Google permet de trouver de très nombreuses références sur le sujet. Bien sûr, les producteurs sud-africains furent offusqués des propos de Jane MacQuitty et les avis sur la réalité du problème étaient partagés. Peut-être y avait-il un problème. Je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges d'Afrique du Sud pour porter un jugement valide sur le sujet, mais dans ma courte expérience des vins de ce pays je n'ai jamais noté ce problème. Ceci dit, même si problème il y avait, ou il y a toujours, il est clair que ça ne touchait pas la moitié des vins rouges d'Afrique du Sud.
Pour revenir au Québec et à la fixation de Jacques Benoît. Il est clair que celui-ci, probablement par ignorance, y va d'une délirante généralisation. Il a frappé un vin chilien très vert un jour et ça l'a marqué. Aussi, l'exemple du supposé caoutchouc brûlé sud-africain est éloquent. S'il y a eu une telle controverse à ce propos. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi il n'y en a pas à propos de la feuille de tomate et des rouges chiliens. Si cela est si répandu et si abominable, pourquoi n'y a-t-il qu'au Québec où l'on parle de ce supposé terrible phénomène? L'odorat des gens hors Québec serait-il systématiquement insensible à cet arôme? Bien sûr que non. Les rouges chiliens sont souvent distinctifs, c'est vrai, mais en même temps la variété de styles n'a jamais été aussi grande. Ramener cette histoire de feuille de tomate à chaque fois qu'on parle des vins de ce pays est totalement aberrant. Surtout quand on écrit dans un grand quotidien comme La Presse. Personnellement, comme amateur des vins de ce pays, et blogueur qui tente de mieux les faire connaître, je trouve ça très frustrant. On peut ne pas aimer un vin donné et l'écrire en expliquant pourquoi, mais revenir systématiquement avec une idée qui n'est documentée nulle part ailleurs dans le monde est vraiment absurde. J'ai rencontré plusieurs chiliens au cours des dernières années lors des dégustations annuelles de Vins du Chili. J'ai vu les efforts investis pour tenter de faire connaître, comprendre et aimer les vins de ce pays. Dans ce contexte, c'est vraiment frustrant de voir le doyen des chroniqueurs-vin au Québec, un homme avec une tribune importante et influente, annihiler une partie de ces efforts en répétant ad nauseam une idée fixe au lieu de parler de la véritable réalité de la scène vinicole très dynamique de ce pays.
Vraiment, l'incompétence à propos des vins du Chili des chroniqueurs-vin québécois en fin de carrière est consternante. Ils ont passé leur vie à boire et aimer essentiellement du vin français et semblent être incapables d'ouvrir leurs horizons à autre chose. L'ignorance de Jacques Benoît par rapport aux vins du Chili est gênante. Quand on connaît si mal un sujet, on devrait s'abstenir d'en parler. J'ai fait une recherche sur internet, en français, en anglais et en espagnol avec les mots clés, vin, Chili, feuille de tomate ou plant de tomate. Le seul endroit où on parle des rouges du Chili et de feuilles de tomates, c'est en français et au Québec. C'est compréhensible, cette idée a été énoncée ici il y a longtemps par M. Benoît, qui ne peut parler des rouges du Chili sans ramener les feuilles de tomates à chaque fois, et quand je dis à chaque fois c'est bel et bien à chaque fois. Même quand il ne perçoit pas de feuille de tomate dans un vin chilien, il doit le mentionner et souligner son étonnement. Vraiment navrant.
En anglais on parle de "tomato leaf" pour décrire certains vins blancs de Sauvignon Blanc, du Chili ou d'ailleurs. Même chose en espagnol avec "hoja de tomate". En anglais et en espagnol on associe donc la feuille de tomate aux vins blancs d'un seul cépage. Le Sauvignon Blanc. Pourtant, M. Benoît nous dit dans son article n'avoir jamais rencontré ce "défaut" dans un blanc chilien. Il est sur ce sujet aux antipodes du reste de la planète. Comprenez-moi bien. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de vins rouges chiliens avec des notes de verdeur ou autre caractère végétal. Il y en a au Chili, et il y en a ailleurs. Ceci dit, il ne faut pas virer fou avec ça, en faire une fixation et tout confondre. Si M. Benoît s'excitait et voyait un défaut face à chaque vin de Bordeaux ou de la Loire qui présente des arômes de poivron vert, il n'aurait pas fini d'écrire. Depuis quand les notes végétales ou de verdeur sont-elles systématiquement mauvaises dans le vin rouge? Comme bien des choses c'est une question de dosage et de goût. Il faut aussi savoir de quoi on parle. En réalité, ce que M. Benoît appelle feuille de tomate est limité, selon mon expérience, à certains vins de cépages bordelais, en particulier de Cabernet Sauvignon. Je n'ai jamais rencontré ces arômes dans un Pinot ou une Syrah, même chose pour le poivron vert, au Chili, en France ou ailleurs. Toujours est-il que le Cabernet chilien a la particularité de présenter des arômes de cassis frais souvent très prononcés, surtout en prime jeunesse. Hors, l'arôme de cassis est une molécule soufrée, un thiol, tout comme le bourgeon de cassis, le groseille et c'est aussi le cas de la molécule qu'on associe à la feuille de tomate dans le Sauvignon Blanc. Ce sont des arômes de la même famille qui présentent des similarités. L'arôme de cassis frais a la particularité de présenter une composante à la fois fruitée et végétale. Goûtez et sentez du cassis frais et vous allez comprendre ce que je veux dire. Même dans le cassis bien mûr, il reste un certain niveau de la molécule qui donne le côté végétal au bourgeon de cassis.
J'ignore si l'odorat de M. Benoît montre un profil de sensibilité qui occulte l'aspect fruité de ce cassis pour ne percevoir que l'aspect végétal. C'est possible. Chaque personne possède une sensibilité olfactive qui lui est propre. Ceci dit, une chose est sûre, avec sa fixation sur la feuille de tomate, et la détestation qu'il en a, il est un cas à part, bien qu'il ait fait des disciples au Québec. Il y a eu au Royaume-Uni une controverse il y quelques années à propos des vins sud-africains. Une chroniqueuse-vin pour le Times de Londres, Jane MacQuitty, avait décrété que la moitié des rouges de ce pays étaient affectés par un arôme de caoutchouc brûlé. Cela avait fait assez de bruit, et une simple recherche Google permet de trouver de très nombreuses références sur le sujet. Bien sûr, les producteurs sud-africains furent offusqués des propos de Jane MacQuitty et les avis sur la réalité du problème étaient partagés. Peut-être y avait-il un problème. Je n'ai pas assez d'expérience avec les rouges d'Afrique du Sud pour porter un jugement valide sur le sujet, mais dans ma courte expérience des vins de ce pays je n'ai jamais noté ce problème. Ceci dit, même si problème il y avait, ou il y a toujours, il est clair que ça ne touchait pas la moitié des vins rouges d'Afrique du Sud.
Pour revenir au Québec et à la fixation de Jacques Benoît. Il est clair que celui-ci, probablement par ignorance, y va d'une délirante généralisation. Il a frappé un vin chilien très vert un jour et ça l'a marqué. Aussi, l'exemple du supposé caoutchouc brûlé sud-africain est éloquent. S'il y a eu une telle controverse à ce propos. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi il n'y en a pas à propos de la feuille de tomate et des rouges chiliens. Si cela est si répandu et si abominable, pourquoi n'y a-t-il qu'au Québec où l'on parle de ce supposé terrible phénomène? L'odorat des gens hors Québec serait-il systématiquement insensible à cet arôme? Bien sûr que non. Les rouges chiliens sont souvent distinctifs, c'est vrai, mais en même temps la variété de styles n'a jamais été aussi grande. Ramener cette histoire de feuille de tomate à chaque fois qu'on parle des vins de ce pays est totalement aberrant. Surtout quand on écrit dans un grand quotidien comme La Presse. Personnellement, comme amateur des vins de ce pays, et blogueur qui tente de mieux les faire connaître, je trouve ça très frustrant. On peut ne pas aimer un vin donné et l'écrire en expliquant pourquoi, mais revenir systématiquement avec une idée qui n'est documentée nulle part ailleurs dans le monde est vraiment absurde. J'ai rencontré plusieurs chiliens au cours des dernières années lors des dégustations annuelles de Vins du Chili. J'ai vu les efforts investis pour tenter de faire connaître, comprendre et aimer les vins de ce pays. Dans ce contexte, c'est vraiment frustrant de voir le doyen des chroniqueurs-vin au Québec, un homme avec une tribune importante et influente, annihiler une partie de ces efforts en répétant ad nauseam une idée fixe au lieu de parler de la véritable réalité de la scène vinicole très dynamique de ce pays.
samedi 6 septembre 2014
Projet Empedrado : Le défi terroir de Torres au Chili
Pour souligner les cinq ans d'existence de ce blogue, je me suis dit que ça vaudrait la peine de pondre un article avec un peu de substance... Ils furent rares dernièrement.
Dans le monde du vin on parle beaucoup de terroir. Les producteurs expliquent les qualités de leurs vins avec ce mot. C'est un mot qui à force d'être utilisé pour tout expliquer en est venu à perdre un peu de son sens. On l'emploie tellement que c'est presque devenu un automatisme. Qui dit vin dit terroir, et il ne peut y avoir de vin sans terroir approprié. Dans la tradition européenne, les cépages semblent tellement liés aux terroirs, qu'on ne pourrait imaginer qu'il puisse en être autrement. Des décennies, voire des siècles, d'essais et erreurs ont permis de savoir quels cépages convenaient le mieux à une zone géographique donnée et à son climat. Toutefois, dans les pays du Nouveau-Monde, la donne est bien différente. Il reste encore beaucoup de zones inexplorées pour la viticulture et il peut être hasardeux de s'y lancer. Le processus de compréhension du lieu peut parfois donner des résultats surprenants qui montrent bien que le concept de terroir est complexe.
Dans le monde du vin on parle beaucoup de terroir. Les producteurs expliquent les qualités de leurs vins avec ce mot. C'est un mot qui à force d'être utilisé pour tout expliquer en est venu à perdre un peu de son sens. On l'emploie tellement que c'est presque devenu un automatisme. Qui dit vin dit terroir, et il ne peut y avoir de vin sans terroir approprié. Dans la tradition européenne, les cépages semblent tellement liés aux terroirs, qu'on ne pourrait imaginer qu'il puisse en être autrement. Des décennies, voire des siècles, d'essais et erreurs ont permis de savoir quels cépages convenaient le mieux à une zone géographique donnée et à son climat. Toutefois, dans les pays du Nouveau-Monde, la donne est bien différente. Il reste encore beaucoup de zones inexplorées pour la viticulture et il peut être hasardeux de s'y lancer. Le processus de compréhension du lieu peut parfois donner des résultats surprenants qui montrent bien que le concept de terroir est complexe.
Le cas du projet Empedrado, initié par
la maison Torres au Chili au début du millénaire, montre bien que
lorsque l'on se lance dans un projet impliquant autant de variables,
le résultat peut différer de ce qui était projeté au départ,
surtout si on néglige d'accumuler suffisament de données à propos
d'un critère essentiel, la température du lieu. Torres a lancé ce
projet avec un critère primordial, trouver un lieu au Chili avec un
sol d'ardoise similaire à celui du Priorat en Espagne. Le but étant
de faire au Chili des vins dans le style de ceux du Priorat, en y
plantant les mêmes cépages (Tempranillo, Grenache, Carignan). Après
bien des recherches, Torres a trouvé son sol d'ardoise dans une
région forestière de la vallée de Maule, proche de la côte de Pacifique. La vallée de Maule est
très vaste, c'est la région qui produit le plus de vin au Chili,
mais on y produisait du vin que dans les zones intérieures plus chaudes, moins
accidentées et plus fertiles. Donc, cette partie montagneuse,
couverte de forêts et située non loin de la côte du Pacifique
n'avait jamais vu un plant de vigne. Vouloir y créer un grand
vignoble relevait donc de l'entreprise aventureuse, surtout si on avait
négligé au départ de bien connaître le climat qui prévaut dans cette zone.
Il a fallu déboiser, aménager des terrasses à flanc de collines et
créer des réservoirs pour recueillir l'eau de pluie nécessaire à
l'irrigation. Tout cela avant d'avoir planté le premier plant de
vigne. Lors d'essais initiaux, pas moins de 15 cépages noirs ont été
testés. Des plants adultes ont été plantés pour accélérer le
processus, et les résultats furent désastreux. À part le Merlot,
aucun des cépages choisis ne pouvait atteindre sa pleine maturité à cause d'un
climat trop frais.
J'ai lu pour la première fois à
propos de ce projet en 2007, dans le livre "Wines of Chile"
du britannique Peter Richards. Le projet semblait alors emballant.
Toutefois, bien que j'aie gardé l’œil ouvert depuis pour voir les
premier vins de ce projet arriver sur le marché, il n'y avait rien à
signaler. Pas de nouvelles du projet Empedrado et de ses vins. Je
croyais donc que le projet avait été abandonné, probablement trop
compliqué, avec des résultats peut-être décevants. Toujours
est-il qu'il y a quelques jours je suis tombé sur un article du
magazine britannique "Drink Business" portant sur le
développement du Pinot Noir dans la région côtière de Maule, et
c'est là que j'ai finalement su ce qu'il advenait de cet ambitieux
projet. Fini le Priorat, bienvenue la Bourgogne. À la lumière des
tests de plantation qui furent effectués, Torres s'est aperçu que
bien que le sol soit similaire à celui du Priorat, le climat était
trop frais pour les cépages méditerranéens et que le cépage qui
convenait le mieux à ce climat était le Pinot Noir. 30 hectares de
ce cépage sont maintenant plantés sur ce site à 24 km de l'océan.
Les vignobles sont en terrasses, le rendement des vignes est faible,
et dans cette forêt sauvage elles doivent être protégées des oiseaux et des lapins par des
filets. Probablement que les 30 hectares de vignes ne sont pas
pleinement en production pour le moment car seulement 200 caisses du
premier millésime seront relâchées l'an prochain à un prix élevé,
plus cher que le vin de Pinot le plus cher du Chili, le Ocio de Cono
Sur (65$). Il faut croire que la qualité est déjà au rendez-vous.
À mon sens, ce projet Empredado montre
bien la difficulté de développer des territoires complètement
nouveaux pour la viticulture. Il y a beaucoup de variables et les
idées pré-conçues et le manque de données préalables peuvent
ralentir les choses. Il aura fallu 15 ans à Torres entre
l'identification du site, et la production de la première cuvée
commerciale. Ce sont les sols d'ardoise qui ont conduit Torres dans
ce lieu sauvage, probablement que sans ce sol particulier il ne se
serait pas aventuré à développer un vignoble à cet endroit. Au
final il y fera des vins de Pinot Noir de style européen. Peut-être
que si le Priorat avait un climat plus frais on y produirait aussi
des vins de Pinot Noir de haute qualité. Pour Torres, malgré que
cela ait pris 15 ans, ce n'est que le début de l'histoire. Les
vignes sont encore très jeunes et seul le temps donnera la réelle
mesure du potentiel de ce vignoble improbable. Ceci dit, à ce stade,
cette histoire semble montrer que le climat est le facteur le plus
déterminant du terroir. La nature du sol joue certainement un rôle,
mais il ne pourra jamais compenser pour un climat inapproprié pour
certains cépages. Pour le reste, et bien il est clair que le Pinot
Noir est l'objet de beaucoup d'intérêt et de travaux de
développement actuellement au Chili, et ce sur une gamme très
variée de terroirs. Ce qui veut dire que le pays, à terme, pourra
offrir une belle variété de styles. Du plus léger au plus
puissant.
lundi 1 septembre 2014
SYRAH, MAX RESERVA, 2012, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
Plus de trois mois depuis le dernier
compte rendu de dégustation sur ce blogue. Désolé, j'ai bu très
peu de nouveautés dernièrement, et je n'ai pas eu l'envie de
revenir frapper sur le clou du rouge chilien de 10 ans qui a
magnifiquement évolué. Ceci dit, avec cette Syrah, je reviens avec
un producteur et une gamme de vins à propos de laquelle j'ai souvent
écrit. Il y a de quoi, Errazuriz demeure un des grands producteurs
chiliens, et cette gamme « Max Reserva » une des plus
solides. La seule chose que je n'aime pas de cette gamme de vins,
c'est son nom. Il ne rend pas justice au sérieux des vins de cette
gamme et à leur incroyable potentiel de garde. L'ancien nom, qui
remonte aux années 90, « Reserva Domaine Don Maximiano »
reflétait bien mieux la classe de ces vins, même si aujourd'hui il
serait inapproprié car les vins de cette gamme proviennent de
plusieurs vignobles dans la vallée d'Aconcagua, et non plus
seulement des vignobles autour du domaine original. Pour preuve,
cette Syrah, 2012, contient maintenant une portion de fruits qui
proviennent du vignoble côtier de Manzanar, situé à seulement 12
km de la côte de l'océan Pacifique. Ce nouveau vignoble de climat
frais a été planté en 2006, alors que la Syrah venant des
vignobles de climat plus chaud, près du domaine, à l'intérieur des
terres, a été plantée dans les années 90. Ce vin est donc un
monocépage, mais aussi un assemblage, en ce sens qu'il combine des
raisins venant de différents terroirs. Il a heureusement été
élaboré avec un usage très modéré de bois neuf, puisque
seulement 10% du vin a été élevé en barrique neuves de chêne
français. Il titre à 14% d'alcool, pour un pH de 3.62, et est bien
sec avec 2.51 g/L de sucres résiduels.
La robe est sombre et éclatante. Le
nez est d'expression modérée et déploie d'agréables arômes de
fruits rouges et noirs amalgamés à un beau côté floral et épicé,
ainsi qu'à une très légère pointe chocolatée. Superbe nez de
jeune vin qu'on souhaiterait un tantinet plus expressif tellement la
combinaison d'arômes qu'il dégage est plaisante. En bouche,
l'attaque fraîche est menée par un fruité intense de superbe
qualité qui s'appuie sur une juste dose d'amertume. Cela contribue à
l'impression d'équilibre qui se dégage de ce vin qui allie
vivacité, souplesse et bonne concentration de saveurs. L'ensemble
est compact sur une trame tannique raffinée. La finale est longue et
harmonieuse.
Très beau vin aux justes proportions,
sans excès et sans lacunes. Un vin à la fois charmeur et sérieux.
Un bel exemple de l'idée que je me fais des bons rouges chiliens de
type Reserva qui misent d'abord et avant tout sur l'équilibre et la
qualité aromatique. Ceci dit, il est rare dans cette gamme de prix
de trouver un vin qui marie aussi bien l'impression de légèreté à
un niveau de concentration supérieur. Je parle de légèreté pour
évoquer l'absence de lourdeur, cela n'a bien sûr rien à voir avec
la dilution que peuvent présenter certains vins qualifiés de
légers. Dans ce cas-ci, la concentration se révèle dans l'intensité et la longueur des saveurs. Bien sûr, ça n'atteint pas
le niveau de concentration et de densité de certaines cuvées de
luxe, ce n'est pas aussi impressionnant de ce point de vue, mais un
vin comme cette Syrah est beaucoup plus facile à boire. C'est une
question de choix stylistique, de choix d'équilibre. Dans ce cas-ci
le choix implique que plus n'égale pas nécessairement mieux, que la
sobriété et la modération peuvent aussi avoir leur charme, en
autant que la qualité de la matière soit au rendez-vous. J'ai bu ce
vin sur une période de trois jours, et il était aussi bon le
troisième jour que lors du premier. Son potentiel de garde
m'apparaît évident, surtout que les preuves des rouges de cette
gamme ne sont plus à faire en en ce qui a trait à la garde. Offert
au prix régulier de 19.20$, c'est un superbe RQP, surtout qu'il est
très facile de se le procurer en promotion. Disponible à la caisse
à la SAQ Dépôt à 15% de rabais en tout temps (16.32$ la
bouteille). À ce prix, il devient carrément imbattable.
dimanche 31 août 2014
Bretts et incompétence...
Ben oui. Les bretts. Je reviens encore sur ce sujet car l'ignorance à leur propos me jette souvent par terre. Combien de dégustateurs aie-je côtoyés et qui ne savaient pas les reconnaître dans un vin? Qu'on y soit peu sensible, ou carrément insensible, je peux comprendre, mais dans ce cas on devrait s'abstenir d'en parler. C'est le cas de Claude Langlois du Journal de Montréal. Je m'étais déjà attardé sur son cas, et voilà que quatre ans plus tard je tombe de nouveau sur ce commentaire d'une ignorance on ne peut plus crasse. En parlant d'un vin chilien, M. Langlois nous ramène la fausseté voulant qu'à peu près tous les vins de ce pays seraient "brettés". Rien n'est plus loin de la vérité. Face à un tel aveuglement olfactif, on comprend pourquoi il peut s'extasier devant bon nombre de vins européens réputés qui eux sont réellement "brettés".
La plupart des vins chiliens sont filtrés et bien stabilisés pour l'exportation. Le courant naturaliste y est encore très faible, et partant, les vins touchés par le caractère phénolé des bretts très rares. Il est donc ironique que M. Langlois ait choisi un vin issu de ce courant, le Cab, 2011, du Clos des Fous, pour nous dire qu'il avait enfin trouvé un vin chilien non bretté. En plus il nous ramène le cliché de la feuille de tomate. Il est clair qu'il a trop dégusté avec son collègue de La Presse, Jacques Benoît.
Le francocentrisme en matière de vin, passe toujours, on est habitué au Québec, l'amour des vins brettés en toute connaissance de cause, ça aussi on est habitué, mais l'ignorance et l'incompétence de la part d'un chroniqueur qui se veut professionnel, ça, à mes yeux, c'est inacceptable. On attend encore un chroniqueur-vin au Québec qui aura l'ouverture d'esprit et la compétence pour parler des vins du monde entier de manière neutre, sans a priori et sans idéologie. On peut toujours espérer...
La plupart des vins chiliens sont filtrés et bien stabilisés pour l'exportation. Le courant naturaliste y est encore très faible, et partant, les vins touchés par le caractère phénolé des bretts très rares. Il est donc ironique que M. Langlois ait choisi un vin issu de ce courant, le Cab, 2011, du Clos des Fous, pour nous dire qu'il avait enfin trouvé un vin chilien non bretté. En plus il nous ramène le cliché de la feuille de tomate. Il est clair qu'il a trop dégusté avec son collègue de La Presse, Jacques Benoît.
Le francocentrisme en matière de vin, passe toujours, on est habitué au Québec, l'amour des vins brettés en toute connaissance de cause, ça aussi on est habitué, mais l'ignorance et l'incompétence de la part d'un chroniqueur qui se veut professionnel, ça, à mes yeux, c'est inacceptable. On attend encore un chroniqueur-vin au Québec qui aura l'ouverture d'esprit et la compétence pour parler des vins du monde entier de manière neutre, sans a priori et sans idéologie. On peut toujours espérer...
vendredi 22 août 2014
Le Chili devrait-il devenir le premier pays totalement bio?
Je bois peu de vin depuis quelques mois, et ceux que je bois ont souvent
déjà été commentés sur ce blogue, ce qui explique en partie le faible
niveau d'activité ici dernièrement. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin et en
particulier à propos de mon pays de prédilection, le Chili. Au fil de
mes lectures je suis tombé sur quelques idées et nouvelles
intéressantes. Une idée qui a particulièrement retenu mon attention, est
celle du winemaker de Casas del Bosque, Grant Phelps. Ce néo-zélandais
d'origine qui œuvre dans la région de Casablanca a suggéré dans une entrevue que le Chili devrait devenir le premier pays dont l'offre de vins serait 100% bio. J'ai trouvé l'idée très intéressante
pour ce pays qui malgré ses efforts et la qualité de ses vins continue
de souffrir d'un problème d'image. Comme le dit Phelps, le Chili est un
pays où il est facile d'être bio à cause de l'absence de pluie durant la
saison végétative. Beaucoup de producteurs sont déjà bio, ou presque bio, certains refusant la lourdeur et le coût reliés à la certification. Ça peut être compréhensible d'un point de vue individuel, car l'avantage de la certification bio n'est pas évident si on tient compte des coûts supplémentaires qui y sont associés. Toutefois, si tout le pays s'y mettait, l'impact positif sur l'image du Chili comme producteur pourrait être considérable. Même si le mouvement n'était pas total, le Chili pourrait tout de même jouer cette carte si le mouvement était très vaste. Avec un taux de producteurs bio de 70-80%, le Chili vinicole pourrait se présenter comme le pays bio par excellence.
Autant je suis en désaccord avec la biodynamie pour son côté ésotérique, ou avec le mouvement des vins dits naturels pour son angélisme, autant je pense que l'agriculture biologique est souhaitable, lorsqu'elle est possible. Même si je suis de ceux qui pensent que l'usage raisonné des pesticides, lorsque vraiment nécessaire, permet de produire de meilleurs vins, un pays comme le Chili, où les pesticides sont rarement nécessaires, devrait faire l'effort de ne pas les utiliser. Ce serait vraiment une belle façon de rehausser son image en tournant pour une fois les perceptions à son avantage. Juste avec cette idée en tête, plusieurs aborderaient les vins du Chili d'une manière plus positive. Ceci dit, le Chili demeure un pays assez conservateur, et ils serait surprenant qu'il puisse y avoir la solidarité nécessaire pour concrétiser un tel mouvement.
Autant je suis en désaccord avec la biodynamie pour son côté ésotérique, ou avec le mouvement des vins dits naturels pour son angélisme, autant je pense que l'agriculture biologique est souhaitable, lorsqu'elle est possible. Même si je suis de ceux qui pensent que l'usage raisonné des pesticides, lorsque vraiment nécessaire, permet de produire de meilleurs vins, un pays comme le Chili, où les pesticides sont rarement nécessaires, devrait faire l'effort de ne pas les utiliser. Ce serait vraiment une belle façon de rehausser son image en tournant pour une fois les perceptions à son avantage. Juste avec cette idée en tête, plusieurs aborderaient les vins du Chili d'une manière plus positive. Ceci dit, le Chili demeure un pays assez conservateur, et ils serait surprenant qu'il puisse y avoir la solidarité nécessaire pour concrétiser un tel mouvement.
dimanche 15 juin 2014
Mes obsessions
Le mot obsession est peut-être un peu fort, mais depuis que je m'intéresse au monde du vin, il y a quelques thèmes qui se sont imposés à moi. Bien sûr il y a le Chili et le potentiel de garde de ses vins rouges. Il y a aussi le tabou des bretts. Mais mon leitmotiv demeure le rapport qualité/prix et l'influence de l'étiquette sur l'appréciation de ce fameux RQP, d'où mon intérêt pour la dégustation à l'aveugle. À ce propos, je suis tombé aujourd'hui sur un texte intéressant et très honnête de la part du blogueur britannique Jamie Goode. Il y traite de la difficulté de bien évaluer des vins très chers et renommés, car ces vins sont très rarement dégustés dans un contexte de dégustation en pure aveugle. Les producteurs de ces vins ne veulent pas voir leurs vins soumis à cet exercice, et les acheteurs de ces vins seront très peu enclins à les boire dans un contexte aveugle. À quoi bon payer très cher pour ces vins si c'est pour ne pas savoir que c'est ce que l'on boit?
Le résultat de ce phénomène c'est que les vins très chers sont presque toujours dégustés dans un contexte où le poids de leur étiquette est là pour les supporter. Les dégustateurs seront forcément sous influence. Difficile de rester psychologiquement neutre face au renforcement positif de l'étiquette et du contexte souvent cérémonial, surtout pour des amateurs passionnés qui rêvent des grands noms et ont rarement accès à de tels vins. En ce qui me concerne, c'est un problème qui m'est passablement étranger, puisque le prestige est un aspect du monde du vin qui ne m'attire pas. Ceci dit, je pense que la logique d'induction psychologique positive qui s'applique aux vins chers et renommés s'étend de manière inversée aux vins sans prestige de prix modérés. À étiquette découverte, certains de ces vins, qui sont très bons, seront sous-évalués car l'étiquette et le prix envoient le message au dégustateur qu'une telle qualité n'est pas possible dans ce contexte. C'est ce que j'appelle l'effet Veblen inversé. D'un côté ou de l'autre, il est très difficile d'échapper à l'influence psychologique du prix et de l'étiquette d'un vin.
Le résultat de ce phénomène c'est que les vins très chers sont presque toujours dégustés dans un contexte où le poids de leur étiquette est là pour les supporter. Les dégustateurs seront forcément sous influence. Difficile de rester psychologiquement neutre face au renforcement positif de l'étiquette et du contexte souvent cérémonial, surtout pour des amateurs passionnés qui rêvent des grands noms et ont rarement accès à de tels vins. En ce qui me concerne, c'est un problème qui m'est passablement étranger, puisque le prestige est un aspect du monde du vin qui ne m'attire pas. Ceci dit, je pense que la logique d'induction psychologique positive qui s'applique aux vins chers et renommés s'étend de manière inversée aux vins sans prestige de prix modérés. À étiquette découverte, certains de ces vins, qui sont très bons, seront sous-évalués car l'étiquette et le prix envoient le message au dégustateur qu'une telle qualité n'est pas possible dans ce contexte. C'est ce que j'appelle l'effet Veblen inversé. D'un côté ou de l'autre, il est très difficile d'échapper à l'influence psychologique du prix et de l'étiquette d'un vin.
lundi 26 mai 2014
Les Bretts conte-attaquent!!!
Une des raisons pour lesquelles l'amateur de vin que je suis a trouvé
refuge au Chili repose sur le fait que ce pays est relativement à l'abri du fléau que
représente les levures Brettanomyces dans le monde du vin se voulant de
qualité. Malheureusement, la faible prévalence de l'influence ces
levures sur le profil des vins chiliens ne relèvent pas d'une protection
globale et inexpliquée, comme dans le cas du phylloxéra. Non. Les vins chiliens
sont moins touchés par cette plaie à cause des pratiques œnologiques
plus rigoureuses des producteurs chiliens qui visent à produire des vins
stables et propres pour les marchés d'exportation. Il y a donc très peu de
laisser-aller au chai car on sait que la nature n'est pas toujours
bienveillante. Ceci dit, l'influence européenne "naturalisante" se fait
de plus en plus sentir au Chili et des producteurs commencent à imiter
les pratiques ésotériques issues de l'Europe selon lesquelles la nature est supposée toujours régler les choses pour le mieux. Bien sûr, la réalité est toute autre...
Ce week-end, j'ai ouvert un vin d'un de ces chiliens, Alvaro Espinoza, qui s'est laissé tenté par le mirage de la biodynamie et de la nature bienveillante. J'ai ouvert ma dernière bouteille de Kuyen 2006 et quelle ne fut pas ma déception de découvrir une bombe brettée. Le vin était dominé tant au nez qu'en bouche par le caractère hideux du 4-ethyl phénol. Ça masquait tout le reste du vin. Plus d'identité, oubliez la notion de terroir ou de cépage. C'était l'empire des Bretts. Quel dommage. Heureusement, c'était ma dernière bouteille. J'avais bu les trois autres en prime jeunesse, car dès l'achat le vin montrait un aspect évolué prématuré, mais pas de traces phénolées. Je me suis rappelé avoir écrit un CR à son sujet sur FDV en août 2009, deux semaines avant la création de ce blogue. En me relisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'avais assez bien perçu le danger relié à ce vin. En jeunesse il n'était pas marqué par l'action des bretts, mais sa méthode d'élaboration, avec très peu de sulfites et sans filtration, a permis à ces levures de rester vivantes en bouteille, et malgré une garde en cave passive, ces levures ont pu agir en bouteille pendant cinq ans pour finalement gâcher totalement ce vin. Tous les amateurs de vins à risque devraient impérativement les garder dans une cave à 10-12 dégrés Celcius. C'est la seule façon de ralentir l'action de ces levures vivantes en bouteille, mais ça ralentit aussi l'évolution du vin. À moins bien sûr de se régaler des arômes et des goûts phénolés, ou d'y être insensible.
Il me reste quelques bouteilles de Antyial 2005, et de Kuyen 2007, de ce même Alvaro Espinoza. Je ne vais pas attendre très longtemps pour vérifier si elles sont toujours intègres. Je salue l'émergence de petits petits producteurs artisanaux au Chili, mais il ne faudrait pas qu'ils tombent dans le travers des vins instables si courants chez les minimalistes européens. Alvaro Espinoza dit suivre le mode de production biodynamique pour mieux refléter le terroir d'où sont issus ses vins. Je regrette. Un vin dominé par les arômes et les saveurs phénolés est l'antithèse du vin de terroir. Les bretts produisent du 4-ethyl phénol peu importe le terroir et le cépage. Le meilleur exemple d'un vin mondialisé, c'est un vin bretté. Ça goûte la même chose peu importe l'origine.
Ce week-end, j'ai ouvert un vin d'un de ces chiliens, Alvaro Espinoza, qui s'est laissé tenté par le mirage de la biodynamie et de la nature bienveillante. J'ai ouvert ma dernière bouteille de Kuyen 2006 et quelle ne fut pas ma déception de découvrir une bombe brettée. Le vin était dominé tant au nez qu'en bouche par le caractère hideux du 4-ethyl phénol. Ça masquait tout le reste du vin. Plus d'identité, oubliez la notion de terroir ou de cépage. C'était l'empire des Bretts. Quel dommage. Heureusement, c'était ma dernière bouteille. J'avais bu les trois autres en prime jeunesse, car dès l'achat le vin montrait un aspect évolué prématuré, mais pas de traces phénolées. Je me suis rappelé avoir écrit un CR à son sujet sur FDV en août 2009, deux semaines avant la création de ce blogue. En me relisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'avais assez bien perçu le danger relié à ce vin. En jeunesse il n'était pas marqué par l'action des bretts, mais sa méthode d'élaboration, avec très peu de sulfites et sans filtration, a permis à ces levures de rester vivantes en bouteille, et malgré une garde en cave passive, ces levures ont pu agir en bouteille pendant cinq ans pour finalement gâcher totalement ce vin. Tous les amateurs de vins à risque devraient impérativement les garder dans une cave à 10-12 dégrés Celcius. C'est la seule façon de ralentir l'action de ces levures vivantes en bouteille, mais ça ralentit aussi l'évolution du vin. À moins bien sûr de se régaler des arômes et des goûts phénolés, ou d'y être insensible.
Il me reste quelques bouteilles de Antyial 2005, et de Kuyen 2007, de ce même Alvaro Espinoza. Je ne vais pas attendre très longtemps pour vérifier si elles sont toujours intègres. Je salue l'émergence de petits petits producteurs artisanaux au Chili, mais il ne faudrait pas qu'ils tombent dans le travers des vins instables si courants chez les minimalistes européens. Alvaro Espinoza dit suivre le mode de production biodynamique pour mieux refléter le terroir d'où sont issus ses vins. Je regrette. Un vin dominé par les arômes et les saveurs phénolés est l'antithèse du vin de terroir. Les bretts produisent du 4-ethyl phénol peu importe le terroir et le cépage. Le meilleur exemple d'un vin mondialisé, c'est un vin bretté. Ça goûte la même chose peu importe l'origine.
samedi 17 mai 2014
CHARDONNAY, 2011, ACONCAGUA COSTA, VINA ARBOLEDA
Le mouvement chilien vers la côte a
commencé réellement avec le développement de la région de San
Antonio, qui est en fait le prolongement de la région de Maipo, mais
au delà de la chaîne de montagnes côtière. Il y a aussi Casa Silva
qui a fait la même chose, plus au sud, en développant un vignoble
côtier dans le prolongement de la région de Colchagua. Plus au
nord, le groupe Errazuriz a fait la même chose en développant la
partie côtière et fraîche de la vallée d'Aconcagua. Ce qui fait
que l'appellation Aconcagua Costa désigne des vins issus d'un climat
frais qui n'ont rien à voir avec les vins de climat chaud désignés
par la simple appellation Aconcagua. Vina Arboleda est le projet de "boutique winery" de Eduardo Chadwick, l'homme derrière
Errazuriz. Le vignoble Chilué d'où est issu ce Chardonnay a été
planté en 2005 à 12 km de l'océan Pacifique. La vendange est
manuelle, les grappes entières sont pressées et la fermentation
alcoolique a lieu avec les levures indigènes en barriques de chêne
français dont 10% sont neuves. Le vin est élevé sur lies pendant
huit mois et 60% du liquide complète la fermentation malolactique.
Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH bien vif de 3.25 et 3.36
g/l de sucres résiduels. Le producteur évoque un potentiel de garde "abondant", sans préciser de nombre d'années, ce qui
est un peu normal compte tenu de la nouveauté du vignoble.
La robe est de teinte légèrement
dorée. Le nez ne laisse pas de doute sur le cépage et la nature du
terroir à l'origine du vin. Ça sent le Chardo de climat frais où
les fruits peuvent atteindre une bonne maturité. On y retrouve des
arômes de pêche, de lime, d'orange et de roche mouillée, complétés
par de légères notes florales et beurrées. Très beau nez aux
arômes de grande qualité. Cette impression de qualité se transmet
en bouche où la palette de saveurs est un reflet fidèle du profil
olfactif. Le vin montre un bel équilibre entre le gras et l'acidité,
le tout complété par une fine touche d'amertume. Le milieu de
bouche montre une bonne concentration de saveurs sur un volume
contenu. La finale est harmonieuse et montre une très bonne
longueur.
J'ai adoré ce vin au profil classique
et raffiné. Il est clair que la carte jouée n'est pas celle de la
très grande concentration de matière. On a plutôt opté pour
l'équilibre et la finesse, qui, combinés, donnent un vin offrant
beaucoup de plaisir. Les proportions de ce vin me font penser à
celle des rouges chiliens de type Reserva après 10 ans de garde. Des
vins modérés, équilibrés, faciles à boire, jouant la carte de la
finesse aromatique et de la qualité des saveurs. En fait, des vins
qui sont l'opposé du préjugé Nouveau-Monde, sans être des calques
parfaits des classiques européens. Ceci dit, les affinités
bourguignonnes de ce vin sont évidentes. On est loin du Chardonnay
quelconque de Casablanca aux odeurs de maïs en grains. Ce vin de
Arboleda est un bel exemple pour illustrer les progrès stylistique
et qualitatif que permettent les nouveaux terroirs frais du Chili
avec ce cépage. Après la dégustation de ce vin, je comprends le succès qu'a connu le Chardonnay, Wild, Ferment, 2011, Aconcagua Costa, Errazuriz, lors d'une dégustation à l'aveugle tenue sur le forum Fouduvin. Finalement, au prix demandé de 20$ à la SAQ pour
ce vin, il se qualifie probablement pour le titre de meilleur RQP en Chardonnay. Je
ne connais pas de vins de ce cépage qui offrent un tel style et un tel
raffinement pour un tel prix. Ce vin n'a rien à envier à beaucoup
de vins de ce cépage vendus beaucoup plus chers. Si votre bonheur ne
dépend pas de la présence du mot Bourgogne sur l'étiquette, et
qu'il peut supporter le mot Chili, ce vin est une superbe possibilité
pour jouir des vertus de ce cépage à prix très abordable. Je vais en racheter demain en promo à 17$ la bouteille!
lundi 5 mai 2014
CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2011, MAIPO, VINA DE MARTINO
Vous savez comment je vante les mérites
des rouges chiliens de type Reserva sur ce blogue. Toutefois, autant
j'aime cette catégorie de vins, autant ils sont parfois difficiles à
suivre dans le temps. Je ne parle pas de l'évolution du vin en
bouteille, je parle plutôt des changements qui peuvent survenir dans
l'élaboration de ceux-ci avec le temps. Pour illustrer ce phénomène,
cette cuvée Legado est un beau cas de figure. J'ai acheté ce vin
une première fois dans le millésime 1997, alors qu'il était nommé "Prima". Au début des années 2000 on l'a rebaptisé "Legado". Le Legado de ces années-là venait de la
sous-région de Isla de Maipo, au cœur de la vallée et était issu
de vieilles vignes. C'était aussi un vin qui voyait pas mal de bois
neuf, au fruité bien mature et qui titrait à 14.5% d'alcool. Les
millésimes 2001 et 2002, que j'ai encore en cave, ont bien évolué.
Mais voilà, quelqu'un qui achète le 2011 aujourd'hui, achète un
tout autre vin. L’œnologue en chef de la maison, Marcelo Retamal,
une étoile du virage terroir chilien, a décidé dernièrement de
revoir complètement son approche en matière de vinification. Pour
ce Cabernet, il est un peu dur à suivre, car ce vin origine
maintenant de deux terroirs bien distincts. Une partie des fruits
provient toujours de Isla de Maipo, mais le vin contient aussi des
fruits d'un vignoble plus récent situé près de Melpilla, dans la
partie ouest de la vallée, près de la chaîne de montagnes côtières
(même région que Vina Chocalan). Donc, un mélange de vielles
vignes et de vignes plus jeunes, et de climat chaud et de climat moins chaud, tout cela avec une vendange plus hâtive qu'auparavant, ce qui
se reflète dans un taux d'alcool abaissé à 13.5%. Ajoutez à cela
l'abandon du bois neuf pour 12 mois au profit de barriques usagées,
dites neutres, et d'un élevage dans celles-ci prolongé à 16 mois.
Comme on peut le voir, ça fait beaucoup de changements pour un vin
portant le même nom et arborant la même appellation d'origine.
Malgré tous ces changements, le producteur évoque un potentiel de
garde de 10 ans.
La robe et de teinte rubis plutôt
translucide pour un jeune vin de ce cépage. Le nez montre une belle
fraîcheur, avec la typicité qu'on attend d'un Cab de cette vallée.
On y retrouve un mélange mentholé de cerises et de cassis, complété
par du bois de cèdre, des notes terreuse et une touche de poivron
vert. Le fruit montre vraiment un bel éclat, et sans apport boisé
apparent, il a tout l'espace nécessaire pour se déployer. En
bouche, c'est aussi la fraîcheur de l'ensemble qui impressionne. On
retrouve un vin aux saveurs de Cabernet, mais avec une structure qui
se rapproche d'un vin de Pinot Noir. Les tanins sont fins et
discrets, l'acidité vivifiante, ce qui donne à ce nectar, qui ne
manque pas de concentration au niveau des saveurs, une belle légèreté
et une finale d'une longueur renversante. Je dis renversante, car le
côté aérien du vin n'annonce pas une telle longueur. Comme si la
concentration du vin n'était située qu'au niveau des saveurs, et
qu'il était délesté de tout le reste de la matière non aromatique
qu'on retrouve normalement dans un jeune Cab de ce calibre.
Il y a actuellement un mouvement au
Chili pour revenir à moins de maturité du fruit, et conséquemment,
à des titres alcooliques plus faibles, ainsi qu'à un usage plus
modéré du bois de chêne neuf. Je ne renierai pas mon goût pour
les Cabs denses, boisés et bien matures, car après 10 ans ils
rejoignent une structure plus élancée qui n'est pas si loin de
celle qu'arbore ce Legado dès sa prime jeunesse. Ceci dit, de
retrouver cette structure affinée avec un profil aromatique montrant
la fraîcheur de la jeunesse et une maturité modérée du fruit,
c'est très agréable et j'en redemande. Ce vin montre un éclat, une
fraîcheur et une longueur remarquables. C'est l'exemple parfait
démontrant l'importance de l'homme dans l'élaboration du vin.
Marcelo Retamal a décidé d'élaborer un style différent de
Cabernet et il a très bien réussi. Pour moi la réussite de ce vin
n'est pas un désaveu du style plus costaud et mature. C'est juste un
enrichissement de la diversité. Ça montre qu'il n'y a pas de vérité
absolue en matière de vin et que l'homme peut décliner les choses
de différentes façons, toutes aussi valables les unes que les
autres. C'est un peu comme ceux qui veulent absolument diviser la
planète-vin en deux, entre des mondes ancien et nouveau. Ça ne
tient pas la route, car on oublie la variable essentielle, la
variable humaine. Comme je le disais, Marcelo Retamal n'est pas le
seul à élaborer des cuvées axées sur plus de fraîcheur au Chili.
L'autre Marcelo chilien, Marcelo Papa, une des forces vives du géant
Concha y Toro a élaboré une cuvée spéciale du Cabernet, Marques
de Casa Concha, dans le millésime 2010. Ce vin issu du même
vignoble de Puente Alto d'où sont issus le Don Melchor et la cuvée
régulière du Marques de Casa Concha, a été nommé meilleur rouge
chilien par le guide Descorchados, 2014, avec une note de 96. Cette
cuvée spéciale et limitée à seulement 1800 bouteilles a été
élaborée en utilisant les techniques des rouges chiliens des années
70. La vendange a été effectuée un mois avant celle du Marques de
Casa Concha régulier qui titre à 14.5% d'alcool, alors que la cuvée
spéciale titre à seulement 12.5%. J'aimerais bien goûté ce vin.
Il y a un réveil actuellement à propos des qualités des rouges de
jadis où la maturité phénolique n'était pas une obsession. Je
donnais récemment un exemple d'un de ces vieux rouges chiliens qui
ont superbement évolué sur une très longue période, un Cab, 1967
de Santa Carolina qui titre à 13.2% d'alcool.
Finalement, j'ai un aveu à faire. J'ai
acheté cette bouteille de Cabernet, Legado, 2011, car dans l'édition
du Wine Spectator dont je parlais dans mon texte précédant, on
avait octroyé 92 points à ce vin de 17$. Ça m'a fortement
intrigué. J'étais curieux de voir en quoi ce vin pouvait se
distinguer des autres Cabs de cette catégorie pour mériter un tel
score, surtout que l'archétype du Cab de Maipo moderne de cette
catégorie, le Marques de Casa Concha, 2011, c'est lui mérité 93
points. Ce n'était donc pas pour une question de style, mais bien de
qualité intrinsèque du vin. Au final, je suis totalement confus.
J'ai adoré le vin de De Martino. Sa note me semble justifiée, pour
ce que ça veut dire, mais si tel est le cas, il y a une flopée de
rouges chiliens qui devraient aussi obtenir un score similaire.
L'offre chilienne de rouges de ce niveau qualitatif sous la barre des
25$ est immense et à 17$ ce Legado est un superbe achat qui se
démarque par son profil original.
dimanche 4 mai 2014
Le nouveau Chili
C'était le titre d'un fil de discussion que j'avais initié sur FDV en juin 2008, un peu l'ancêtre
de ce blogue. Le temps passe... Je ne sais pas si j'étais
prophétique, mais six ans plus tard, "The new Chile"
est le titre de l'édition de mai, actuellement en kiosque, du
magazine américain Wine Spectator. Il y a longtemps que j'avais
acheté ce magazine, mais avec le thème, et avec le texte que je
venais d'écrire sur la quête de reconnaissance du Chili, je n'ai pu
résister à aller voir ce qu'on disait de mon pays vinicole de
prédilection, surtout avec un titre semblable. Résultat? Sans
réelle surprise, le contenu est plutôt décevant pour moi qui
connaît très bien ce pays et qui en ai une haute opinion. Bien sûr,
on reconnaît les changements qui ont cours depuis plusieurs années
au Chili. On reconnaît les efforts pour devenir un pays vinicole
complet, mais le ton demeure paternaliste, et en ce sens, le pays est
traité en adolescent et non pas comme le jeune adulte talentueux et
versatile qu'il est en réalité. Ceci dit, on aborde la quête de
reconnaissance du pays que j'évoquais dans mon article précédant,
et ce par la voix d'Aurelio Montes qui déclare : "Nous
avons besoin d'être reconnus et respectés . Le Chili n'a pas
d'image, sinon celle d'être un pays ennuyant". En gros, le propos
de Montes est que le pays n'est pas excitant. Ça rejoint mon constat. Ce problème reste
entier, même si le sous-titre du Wine Spectator parle de vins
excitants. Les vins le sont peut-être, mais pas le pays.
Au-delà de ces considérations, le
contenu de cette édition du Wine Spectator est quand même
informatif, même si personnellement je n'y ai rien appris. On trace
les grandes lignes du paysage vinicole chilien, on interroge
brièvement quelques producteurs, et on a droit à un autre article
sur le Carmenère. Ça demeure dans les généralités. Kim Marcus,
est le nouveau journaliste-dégustateur en charge de couvrir le pays,
et on sent que sa connaissance des vins chiliens est limitée, en ce
sens qu'elle manque de perspective. L'excellent potentiel de garde
des rouges du pays n'est pas évoqué, et l'évaluation qualitative
des vins laisse songeur. Bien sûr, avec Wine Spectator on se butte
immanquablement aux faiblesses du fameux système de notation sur 100
points. Disons que le ton de l'appréciation est donné avec un
tableau où on note les millésimes chiliens depuis 2005. De manière
inexplicable, le meilleur millésime, 2007, obtient une note de 93.
On parle ici de conditions météorologiques, pas de la qualité d'un
vin donné. Il semble impossible d'avoir un millésime qui se
rapprocherait de la perfection dans un pays qu'on décrit pourtant
comme un paradis de la viticulture. Je pense que ce fait est
symptomatique et que ça reflète un état d'esprit face à ce pays.
Il y a un plafond qualitatif pré-établi, hors de toute raison. Si
les millésimes d'un pays aux conditions climatiques reconnues comme
généralement très favorables ne peuvent être notés plus haut que
93, imaginez ce qui en est pour les vins. Le vin le mieux noté est
le Don Melchor, 2010, avec 95 points, puis suivent les noms
habituels, Almaviva, Clos Apalta et Montes Folly à 94. Le blanc avec
la plus haute note est un Chardonnay de Kingston Family avec un 91.
Vous allez me dire que je ne devrais
pas m'en faire avec ces notes, vu que je ne crois pas en la validité
de ce système. Ce n'est pas vraiment le cas, car si je ne crois pas
à la précision des notes sur 100 pour évaluer un vin donné, un
ensemble de notes pour de très nombreux vins est plus significatif.
Le plafonnement à 95 pour les rouges et 91 pour les blancs est très
significatif à mes yeux. C'est comme lire un compte-rendu de
dégustation très élogieux sur un vin, puis de voir une note
numérique à la fin qui semble contredire les mots qui le décrivait.
C'est le chiffre qui l'emportera au final dans l'esprit du lecteur.
Donc, avec ce spécial Chili du Wine Spectator, ce sont les chiffres
de la fin qui font foi de tout. Au-delà des bons mots, de
l'évocation de nouveaux terroirs, de vins excitants, le Chili
demeure catégorisé comme un pays de seconde classe qui travaille
fort pour sortir de sa condition. Un pays qui frise la grandeur, mais
qui pour une raison inexplicable n'y accède pas.
dimanche 20 avril 2014
La difficile quête de reconnaissance du Chili
Le Chili vinicole souffre d'un manque chronique de prestige sur la scène mondiale du vin. Un déficit important qui semble impossible à combler malgré la qualité et la diversité toujours croissantes qu'offre ce pays. L'image de pays pauvre qui n'offre que du vin bon marché lui colle à la peau inexorablement. Le Chili a beaucoup d'atouts concrets qui devraient lui permettre d'émerger comme un des leaders du monde vinicole, mais l'image est une question de perception qui n'a souvent rien à voir avec la réalité du terrain. Le fait que le Chili fasse partie de ce que l'on appelle le Nouveau-Monde est déjà un problème en terme d'image dans un milieu qui ne jure que par l'ancien, mais contrairement aux États-Unis, au Canada, à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande et à l'Afrique du Sud, le Chili a le malheur de ne pas être un pays où l'anglais est une langue importante. Quand on connaît l'influence mondiale de la presse vinicole anglophone, cela aide à comprendre le niveau de difficulté en terme d'affinité culturelle, et partant, de communication du message. L'affinité culturelle est très importante dans le monde du vin. Le marché canadien en est un bel exemple. Les vins français ont un succès bien plus important au Québec que dans le reste du Canada, alors que les vins du Nouveau-Monde anglophone ont beaucoup plus de succès dans le ROC qu'au Québec, où ils sont souvent injustement boudés. Le Chili n'a donc pas de levier efficace pour transmettre sa réalité dans un monde où la perception prime souvent sur la réalité.
L'idée de revenir sur le problème
insoluble chilien m'est venue lorsque j'ai appris que Eduardo
Chadwick, le leader du groupe Errazuriz, avait décidé de cesser sa série de dégustations à l'aveugle initiées à Berlin une décennie
plus tôt. Il a refermé la boucle en octobre dernier à Santiago
avec une dernière dégustation entre chiliens. Malgré 15
dégustations de ce genre tenues avec succès à travers le monde, où
il a eu le courage de mettre ses vins en compétition avec des vins
beaucoup plus chers et prestigieux. Je ne suis pas sûr que cela ait
produit un bénéfice très concret pour le prestige de ses vins, et pour
ceux du Chili en général. C'est vrai, le prix des vins haut de
gamme du groupe Errazuriz est à la hausse, mais cela n'a eu aucun
effet sur le reste du portefeuille du producteur. On pouvait toujours
acheter son Cab, Max Reserva, 2011, ce week-end, en promo à la SAQ, pour 15$
la bouteille. Un prix totalement ridicule pour un vin de cette
qualité et ayant un si bon potentiel de garde.
Le Chili vinicole est vraiment pris
dans un Catch 22. Il est prisonnier de la relation prix/prestige à
la base de ce qu'on appelle l'effet Veblen. Dans ces conditions, la
notion de qualité devient secondaire. Le prestige permet d'exiger
des prix plus élevés, et un produit qui se vend à un prix plus
élevé devient plus désirable, ce qui, à terme, poussera encore
plus le prix vers le haut. Comme le Chili est dépourvu de prestige,
et qu'au contraire il traîne une image négative de vin bon marché
venant d'un pays pauvre, il est pris dans un effet Veblen inversé. Pour
trouver preneur, il doit vendre la grande majorité de ses vins à
des prix nettement inférieurs à la qualité offerte, et ces prix
très abordables influencent forcément la perception de qualité.
Depuis que je m'intéresse aux vins de ce pays, j'ai pu constater que
leurs seuls moments de gloire sont venus en dégustation en pure
aveugle. C'est sur ce fait qu'a misé Chadwick avec sa série de
dégustations à l'aveugle contre des pointures prestigieuses. Mais
malgré de très bons résultats à chaque fois pour ses vins, il n'y
a pas eu d'effet dramatique sur la perception générale des vins de ce pays.
J'ai expérimenté la même chose à mon échelle. J'ai surpris de
nombreux amateurs et professionnels avec des vins chiliens lors de dégustations à
l'aveugle au cours des 10 dernières années, mais je n'ai converti
personne à la cause des vins de ce pays. La seule explication que
j'ai pu tirer de cette expérience, c'est que le prestige joue un
trop grand rôle chez l'amateur passionné pour que des vins d'un
pays sans prestige puissent avoir un quelconque intérêt. Autant une
étiquette considérée inspirante peut attiser l'intérêt pour un vin, autant
une étiquette considérée rebutante peut tuer cet intérêt. Plus de 99% des
vins que l'ont boit le sont à étiquettes découvertes, la pure
aveugle ne peut être là à chaque fois pour briser un préjugé
défavorable. Si vous pensez que vous auriez un peu honte de servir
un vin chilien à des amis amateurs lors d'un bon repas, il n'y a
alors aucune raison de mettre ces vins en cave, peu importe leur
prix et leur niveau de qualité. La perception fait foi de tout dans ces
circonstances.
Le constat que je viens de dresser sur
la perception des vins chiliens est négatif, malheureusement,
n'empêche que le paysage vinicole de ce pays continue de se
développer et de se diversifier. Il y a aussi eu des progrès
commerciaux réalisés au cours de la dernière décennie. Il y a
beaucoup plus de vins chiliens de milieu et de haut de gamme
qu'avant, même si ça demeure une part de marché très restreinte
et que ces vins demeurent quand même sous-évalués. Pour terminer sur une note
positive, je joins un lien vers la liste top 10 de l'expert
britannique des vins du Chili, Peter Richards. Cette liste est plus
un top 10 des coups de cœur de M. Richards, qu'une liste des 10
meilleurs vins du Chili. Il est intéressant de noter la présence de
deux vins de Cabernet âgés dans cette sélection. D'abord la cuvée
Antiguas Reservas, 1998, de Cousino Macul, un vin que j'ai toujours en cave et un vin de Santa Carolina du millésime 1967. Vous avez bien lu, 1967, dans cette perspective,
le Cousino Macul est un bébé. Ça montre que les Cabs chiliens de
prix très abordables peuvent vieillir très longtemps. M. Richards
inclut dans sa liste un Riesling de Casa Marin. À quand un premier
Riesling chilien à la SAQ? Il y a aussi le Pinot Noir, Wild Ferment, 2012, Aconcagua Costa, Errazuriz. Je lisais récemment sur FDV que le Chardonnay,
2011, de la même gamme avait très bien fait à l'aveugle contre des
vins Chardonnay bien plus chers de Bourgogne et d'ailleurs. On me
reprochera après ça de dire que certains vins chiliens pouraient se
vendre beaucoup plus chers s'ils étaient parés d'une étiquette
plus prestigieuse. Peter Richards complète sa liste par la Syrah d'entrée de gamme de Vina Leyda. À quand une vraie Syrah de climat
frais à prix abordable à la SAQ? Pour ce faire il faut regarder du
côté de Vina Leyda, bien sûr, mais il y aussi Vina Falernia, dans Elqui, qui produit des vins aux airs de Côte-Rôtie à moins de 20$.
vendredi 18 avril 2014
FUMÉ BLANC, GRAN RESERVA, 2012, LEYDA, VINA CARMEN
Vina Carmen est un producteur établi
au Chili depuis plus d'un siècle, si bien qu'avec le temps on en est
venu à oublier le haut niveau qualitatif des vins qu'il produit. Il
y a quelques années, Carmen a pris un virage terroir en sortant de
la vallée de Maipo qui l'a vu naître. Bien sûr, les vins de
Cabernet Sauvignon de la maison viennent toujours de l'Alto Maipo, le
meilleur terroir au Chili pour ce cépage, mais les vins issus
d'autres variétés proviennent maintenant de différents terroirs
mieux adaptés. C'est le cas de ce vin de Sauvignon Blanc qui
provient de la région fraîche de Leyda, sur la côte de l'océan
Pacifique. Je n'ai pas trouvé de données à propos de millésime
2012, mais pour le 2011, un quart du vin avait été fermenté en
barriques de chêne de deuxième usage et le reste en inox. Ce qui
explique probablement pourquoi on le désigne comme Fumé Blanc.
C'est un vin issu d'un vignoble unique situé à 14 km du Pacifique.
La vendange est manuelle et le vin titre à 13% d'alcool.
La robe est de teinte jaune paille avec
des légers reflets verdâtres. Le nez est moyennement expressif et
exhale des arômes de lime, de fruits de la passion, de bourgeon de
cassis, de zeste de pamplemousse et de poivron vert. Il y a aussi un
trait floral et un aspect subtil rappelant le conifère, ce qui
évoque une légère impression de Riesling. Nez agréable, complexe
et bien dosé. En bouche, le vin offre une matière citrique dense et
acérée. C'est un vin élancé et sec, marqué par une acidité
affirmée et une touche d'amertume évoquant le zeste d'agrume.
Oubliez le gras, la rondeur et le moelleux. On a ici affaire à un
laser citronné, si bien que le vin ne semble pas très concentré en
milieu de bouche, mais la finale montre une longueur incroyable pour
un vin de prix si abordable.
J'ai acheté quatre bouteilles de ce
vin aujourd'hui car il est actuellement en double promo (circulaire
et moins 10%). À 11.65$ après rabais, le risque de déception était
très faible, mais loin de me décevoir, ce vin m'a emballé par son
profil épuré et sérieux. La qualité est formidable et c'est un
RQP de haut vol. Si la bouteille était parée d'une étiquette plus
renommée, on parlerait sans gêne de vin de gastronomie et on
pourrait facilement doubler son prix. La réalité c'est que le vin
vient du Chili et d'un gros producteur en plus. Ça n'a pas de quoi
inspirer les amateurs en quête d'image bucoliques et qui aiment
rêver terroir. Pourtant, ce vin est bel et bien un vin de terroir.
Le climat frais de la région côtière de Leyda transparaît
clairement dans son profil. Jamais une région plus chaude aurait pu
donner un vin au profil aussi tranchant. En ce sens, ce n'est pas un
vin consensus. Il faut vraiment aimer l'acidité marquée dans le vin
pour l'apprécier à sa pleine valeur. Le mariage avec un plat
approprié pourrait aussi aider à atténuer cet aspect pour ceux que
ça dérange. Une température de service plus élevée contribue aussi à calmer ses ardeurs. Quoi qu'il en soit, si ce profil
vous convient, il reste une journée pour profiter de cette aubaine
formidable. Personnellement, je vais rajouter quelques bouteilles
demain. Un vin de cette qualité offert à 11.65$, ça dépasse
l'entendement, surtout qu'on aime bien dire que la SAQ n'offre plus
de vins à prix très abordables. Dans ce cas-ci, vous avez le prix très abordable, mais une qualité qu'on retrouve habituellement dans des vins d'une gamme de prix plus élevée.
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