samedi 21 avril 2012
James Suckling et SAQ: Où est le scandale?
J'ai déjà abordé le sujet de la collaboration entre la SAQ et James Suckling dans un précédant texte. Voilà que cette histoire rebondit avec la révélation que M. Suckling a touché 24,000$ de la SAQ. Pour moi que l'argent ait été versé au départ de la collaboration ou plus tard est sans importance. Je dirais même que ça ne me dérange pas que cette somme ait été versée car ce qui me dérange vraiment c'est le principe même de cette promotion. La SAQ devrait ne rien avoir à faire avec les notes de critiques, que ce soit pour la promotion ou pour la sélection des vins qu'elle offre. Car en plus de la promo Suckling, je me suis laissé dire par des agents en vin que les notes de gourous américains sont un des critères dont la SAQ se sert pour sélectionner les vins qu'elle mettra ensuite en marché. Cela est à mon sens inacceptable, mais en retenant les services de M. Suckling, la SAQ est cohérente dans sa dérive. Je n'en démord pas, miser sur les notes, surtout celles sur 100, comme argument de vente, c'est une façon d'abêtir la clientèle, et cela va contre le mandat et la raison d'être de ce monopole. Le vrai scandale il est là. Une fois qu'on accepte cet état de fait, je dirais que 24,000$ pour les services de James Suckling, c'est plutôt une aubaine.
CHARDONNAY, 2009, WESTERN CAPE, ATARAXIA
Ataraxia est un terme grec, utilisé,
entre autres, par Épicure, et qui veut dire état d'esprit serein,
libre d'inquiétude et de préoccupations. Voici ce qui est écrit
sur la contre-étiquette: « Ce vin élaboré à la main à
partir de fruit choisis personnellement venant de parcelles extrêmes,
radicales et individuelles dispersées sur l'ensemble de la région
du Cap. » L'homme derrière Ataraxia est Kevin Grant, il se
définit comme « winemaker » et viticulteur. Son approche
est minimaliste et non-interventionniste. Les vignes sont situées
dans le climat frais des vallée de Hemel-en-Aarde et Elgin. La
vendange a eu lieu tôt le matin lors de la dernière semaine de
février et la première de mars. Le vin a été fermenté et élevé
pendant 10 mois en petite barriques de chêne venant de tonnelier
bourguignons (34% neuves, 66% deuxième usage), avec de fréquent
bâtonnage. Le vin titre à 213.9% d'alcool, pour un pH de 3.32 et
2,9 grammes-litre de sucres résiduels. M. Grant déclare ouvertement
qu'il aspire à produire un vin de style bourgignon issu de raisin du
Nouveau-Monde.
La robe est d'une belle teinte or
foncé. Le nez révèle une expression classique et mature du cépage.
Il s'en dégage des arômes de pêche, d'abricots, de noisette et de
fumée, complétés par une légère touche vanillée. Beau nez très
agréable qui offre ce qu'on attend d'un bon vin de ce cépage. En
bouche, l'attaque est ronde et intense, déployant un fruité d'une
qualité exemplaire auquel s'ajoute un léger caractère boisé
justement dosé. Le milieu de bouche montre un vin à la fois
concentré et facile à boire. C'est rond, quasi onctueux et avec un
certain volume qui contribue à une bonne présence. La finale ne
dépare pas l'ensemble, au contraire, les saveurs s'y marient de
façon harmonieuse, avec un peu plus d'intensité et une persistance
de bon niveau. Une pointe évoquant le caramel se montre le nez la
toute fin.
Très bel exemple de la force de
l'Afrique du Sud avec ce cépage et mission accomplie en ce qui me
concerne pour Kevin Grant. Il y a vraiment quelque chose rappelant la
Bourgogne dans ce vin, du moins pour un non expert en vins
bourguignons comme moi. Je ne sais pourquoi, mais selon mon
expérience, le Chardonnay est le cépage qui offre les résultats
les plus consistants en terre sud-africaine. J'ai rarement été déçu
par un vin de ce cépage issu de ce pays et généralement le RQP de
ces vins est très favorable. Ce Kevin Grant semble vraiment
quelqu'un de particulier. Il produit une cuvée rouge, appelée
Serenity, où il refuse d'identifier les cépages utilisés. Un
anti-vin de cépage pour ainsi dire. C'est là une fantaisie qui
paradoxalement n'est possible que dans les pays du Nouveau-Monde, à
moins de renoncer totalement aux appellations d'origine européennes.
Toujours est-il que j'ai bien apprécier ce vin et pour les 23.95$
payés, c'est un très bel achat. Ataraxia est un producteur à
surveiller.
samedi 14 avril 2012
Nouveau monde
J'ai participé hier à un dîner dégustation à Granby avec des gens du forum Fouduvin, forum où j'ai déjà sévi... J'y ai revu avec plaisir de vieilles connaissances, mais aussi du nouveau monde. Mais ce n'est pas à ce genre de nouveau monde auquel réfère mon titre. En revenant tranquillement vers Montréal, après la dégustation, en réfléchissant sur les vins que je venais de goûter, je me suis dit qu'au fond la notion de nouveauté en matière de vin était toute relative si on s'en tenait au vin et qu'on mettait de côté l'histoire et la géographie. Il s'agit bien sûr d'une perception toute personnelle, étant donné les vins que j'ai l'habitude de fréquenter. En ce sens, chaque fois que je retourne faire une incursion dans le monde du vin fin venant de régions renommées et prestigieuses, par le biais d'une dégustation comme celle d'hier, j'ai l'impression d'aborder un autre monde. Un monde nouveau qui bien sûr possède de nombreux points de concordance avec celui auquel je suis habitué, mais un monde qui a aussi des particularités qui paraissent plus évidentes aux sens de celui qui fréquentent sporadiquement ce type de terrain.
Ce genre d'expérience me rappelle à chaque fois qu'au fond la nouveauté en matière de vin ne se situe pas strictement dans la géographie ou dans l'histoire, mais bien dans le point de vue principal que l'on a choisi de prendre en cette matière. Quand on goûte un très vieux vin pour la première fois, comme ce fut mon cas hier avec un Château Filhot, 1935, qu'on le veuille ou non, ça ouvre une porte sur un nouveau monde. L'ancien devient nouveau à cause de celui qui l'aborde et de l'effet transformateur du temps en matière de vin. Au-delà de la chronologie, dans un monde du vin de qualité en constante expansion, le classicisme sera de plus en plus une question de convention. D'ailleurs, l'influence n'est déjà plus à sens unique. Si l'Europe a longtemps été seule à tracer la voie, elle est aujourd'hui influencée par ce qui se fait ailleurs dans le monde et ce phénomène de rétroaction n'est pas près de s'arrêter.
J'ai toujours été conscient que le point de vue que j'ai choisi d'adopter en matière de vin était inorthodoxe et limitatif. C'est pourquoi j'aime mes incursions dans le monde mieux reconnu du vin. Au-delà du plaisir que ça me procure, ça me permet une meilleure compréhension globale des choses. Ça me donne de la perspective et en même temps, ça me confirme que mon choix originel, bien qu'original, n'était pas farfelu. Le Chili, c'est mon ancien monde, même s'il est multiforme et en évolution rapide. Des expériences comme celle d'hier, avec de très bons vins venant d'appellations prestigieuses, ne font que me confirmer son caractère à la fois distinctif et qualitatif.
*
J'ai toujours été conscient que le point de vue que j'ai choisi d'adopter en matière de vin était inorthodoxe et limitatif. C'est pourquoi j'aime mes incursions dans le monde mieux reconnu du vin. Au-delà du plaisir que ça me procure, ça me permet une meilleure compréhension globale des choses. Ça me donne de la perspective et en même temps, ça me confirme que mon choix originel, bien qu'original, n'était pas farfelu. Le Chili, c'est mon ancien monde, même s'il est multiforme et en évolution rapide. Des expériences comme celle d'hier, avec de très bons vins venant d'appellations prestigieuses, ne font que me confirmer son caractère à la fois distinctif et qualitatif.
*
jeudi 5 avril 2012
SAUVIGNON BLANC, 2008, MARLBOROUGH, SERESIN ESTATE
Après le Sauvignon Blanc de Matetic et la Syrah de Casa Lapostolle, voici un autre vin élaboré par un producteur suivant les préceptes de la biodynamie. Ça peut sembler paradoxal pour moi de boire ce type de vin car je ne suis pas un adepte du culte. Ceci dit, je pense aussi que certains producteurs épris de qualité et qui sont déjà en culture biologique, même s'ils ne sont pas totalement convaincu par la chose, en particulier par ses éléments les plus ésotériques, décident de se convertir en biodynamie un peu par superstition. Ça me fait penser à ma mère qui cachait des médailles religieuses dans mon portefeuille et mes valises pour me protéger, en me disant pour se justifier, une fois découverte, que même si je n'y croyais pas, ça ne pouvait pas me faire de tort. La plupart des vignerons qui font le pas vers la biodynamie sont très méticuleux et pour moi c'est ce qui explique la qualité de plusieurs vins élaborés par ceux-ci. Seresin Estate est un domaine qui a été fondé au début des années 90 par Micheal Seresin, un neo-zélandais œuvrant en Europe comme directeur photo dans le monde du cinéma. Le premier millésime du domaine est 1996. Le domaine de 45 hectares est situé dans la vallée de Wairau, une sous-région de l'appellation Marlborough. Les raisins entrant dans l'élaboration de ce vin proviennent de trois vignobles différents et de six clones du cépage. Le vin contient aussi 6% de Sémillon. Le vinification a été effectuée en petits lots et 29 de ceux-ci se retrouvent dans l'assemblage final. Des levures indigènes ont été utilisées pour fermenter 40% de se qui se retrouve dans la bouteille, alors que 15% de l'ensemble a été élevé en barrique de chêne français. Le vin a été embouteillé sous capsule à vis et titre à 13.5% d'alcool.
La robe est de teinte jaune aux reflets verdâtres. Le nez s'ouvre sur un trait de zeste de pamplemousse qui se dissipe assez rapidement pour laisser la place à des notes fruitées d'agrumes et de melon, auxquelles s'entremêle un léger caractère végétal d'herbe coupée et de poivron vert, ainsi qu'une subtile touche florale. Beau nez qui évite l'écueil de la surexpressivité, probablement aidé en cela par le temps passé en bouteille. La bouche confirme avec assurance. Le vin s'y montre intense et concentré, toujours sans excès, et avec une belle présence en milieu de bouche et un bon volume pour un vin de ce cépage. La finale n'est pas en reste, avec un beau fondu de saveurs et une allonge de niveau supérieur.
Ce vin ne m'aura pas convaincu des effets magiques de la biodynamie, sceptique je suis et je reste, mais au moins il m'aura convaincu que Seresin est un producteur à surveiller. Ce vin est très bon et se démarque du prototype néo-zélandais marqué par des arômes insistants de pamplemousse. Au prix payé de 21.95$, il s'agit d'un bon RQP. J'avais déjà goûté un Gewurztraminer de ce producteur que j'avais trouvé un peu moins convaincant que ce Sauvignon Blanc. Je poursuivrai mon exploration bientôt avec un Chardonnay de ce producteur que j'ai en réserve. À suivre.
lundi 2 avril 2012
SUR LE VIF
La mode est au dénigrement des vins de bas de gamme. Mais bas de gamme pour certains producteurs ne veut pas dire mauvais. Un des meilleurs exemples que je connaisse est Cono Sur et ses blancs de bas de gamme. Je devrais plutôt dire entrée de gamme, c'est moins péjoratif, même si au fond ça veut dire la même chose. Le blogueur Jaimie Goode, un amant du vin dit naturel et authentique, quelqu'un qu'on ne peut pas soupconner d'encourager les vins industriels et traffiqués est très élogieux dans ce court texte pour le Riesling le moins cher de la gamme Cono Sur. Ce vin se vend pour 9.95$ en Ontario. C'est sûrement le meilleur vin de ce cépage offert à ce prix. Le Viognier du même producteur, offert au même prix est aussi de qualité très surprenante. Du vin à 10$ de belle qualité ça existe encore, même si c'est plutôt rare. Je ne vous dirai pas que ce Riesling vaut bien des vins de ce cépage vendus deux fois son prix, mais je le pense...
dimanche 1 avril 2012
Croisade contre le vin bas de gamme: Un peu de rigueur SVP
Le combat de Don Quichotte contre les mauvais vins se poursuit. Oh la la!!!! Par le biais de Vin Québec je suis tombé sur ce lien. Comme enfoncement de portes ouvertes et comme malhonnêteté intellectuelle c'est difficile à battre. On nous dit qu'on a trouvé un paquet de choses dans ces vins par analyses de laboratoire, mais quand on regarde les résultats on ne voit rien de particulier. Des taux d'alcool, des pH, des acidités, des sucres résiduels, mais aucun résultats sur des molécules particulières. De plus, rien pouvant relier ces molécules imaginaires à des maux de tête. Surtout qu'on nous dit qu'un des problèmes de ces vins est un niveau de sulfites trop bas. Voilà qui va à l'encontre d'une croyance tenace à propos de ce type de vins.
Dès le premier paragraphe on se discrédite totalement en avançant sans gêne que ces vins sont élaborés avec des "levures chimiques"!!! La réalité c'est qu'une levure chimique ça n'existe pas. C'est du grand n'importe quoi. Une levure sélectionnée n'est pas une levure chimique. C'est la même chose qu'un clone de cépage en viticulture, c'est-à-dire, un organisme naturel sélectionné pour certaines de ses caractéristiques génétiques. On avance aussi que ces vins contiennent des amines biogènes, mais sans résultats de laboratoire pour étayer cette affirmation qui me semble farfelue. Il existe justement des levures sélectionnées et des additifs nutritifs pour levures pour éviter de générer ce type de sous-produits potentiellement nocifs.
Comprenez-moi bien. Je suis le premier à penser que les vins industriels existent, et que certains, surtout les moins chers, ne sont pas élaborés sans interventions discutables. Mais en matière de vin il y a plein de choses qui sont discutables et pas seulement en ce qui concerne les vins de faible prix. Personnellement, j'aurais bien plus peur de retrouver des amines biogènes dans des vins instables microbiologiquement, comme c'est le cas des vins dits naturels. Pour ce qui est des produits de synthèse potentiellement toxiques, il faut savoir que ces vins sont testés pour ceux-ci et qu'il existe des normes. Si vous avez peur des traces de produits douteux que vous pouvez peut-être retrouver dans un verre de vin. Je vous recommanderais de ne plus acheter d'aliments transformés. Le secteur de l'alimentation est beaucoup plus touché que celui du vin et la quantité d'aliments qu'on absorbe est beaucoup plus grande que la quantité de vin.
Finalement, saviez-vous qu'un individu occidental moyen ingère 1.5 grammes de pestscides par jour, mais que seulement 0.01 gramme est un pesticide synthétique? La lecture de cet article vaut vraiment la peine si on veut arrêter de diaboliser les molécules synthétiques par rapport à celles d'origine naturelle. Ça permet aussi de comprendre que la toxicité potentielle d'un composé est une chose, mais que le risque d'effets toxiques de celui-ci est affaire d'exposition, que celui-ci soit artificiel ou naturel. Alors avant d'angoisser en buvant votre prochaine bouteille de vin, vous auriez avantage à penser d'abord à ce que vous mettez dans votre assiette. Pour ce qui est du vin, le goût de celui-ci devrait être votre unique guide. Il n'y a pas de bouteille de poison sur les tablettes de la SAQ, même si l'alcool est un produit potentiellement très toxique.
Dès le premier paragraphe on se discrédite totalement en avançant sans gêne que ces vins sont élaborés avec des "levures chimiques"!!! La réalité c'est qu'une levure chimique ça n'existe pas. C'est du grand n'importe quoi. Une levure sélectionnée n'est pas une levure chimique. C'est la même chose qu'un clone de cépage en viticulture, c'est-à-dire, un organisme naturel sélectionné pour certaines de ses caractéristiques génétiques. On avance aussi que ces vins contiennent des amines biogènes, mais sans résultats de laboratoire pour étayer cette affirmation qui me semble farfelue. Il existe justement des levures sélectionnées et des additifs nutritifs pour levures pour éviter de générer ce type de sous-produits potentiellement nocifs.
Comprenez-moi bien. Je suis le premier à penser que les vins industriels existent, et que certains, surtout les moins chers, ne sont pas élaborés sans interventions discutables. Mais en matière de vin il y a plein de choses qui sont discutables et pas seulement en ce qui concerne les vins de faible prix. Personnellement, j'aurais bien plus peur de retrouver des amines biogènes dans des vins instables microbiologiquement, comme c'est le cas des vins dits naturels. Pour ce qui est des produits de synthèse potentiellement toxiques, il faut savoir que ces vins sont testés pour ceux-ci et qu'il existe des normes. Si vous avez peur des traces de produits douteux que vous pouvez peut-être retrouver dans un verre de vin. Je vous recommanderais de ne plus acheter d'aliments transformés. Le secteur de l'alimentation est beaucoup plus touché que celui du vin et la quantité d'aliments qu'on absorbe est beaucoup plus grande que la quantité de vin.
Finalement, saviez-vous qu'un individu occidental moyen ingère 1.5 grammes de pestscides par jour, mais que seulement 0.01 gramme est un pesticide synthétique? La lecture de cet article vaut vraiment la peine si on veut arrêter de diaboliser les molécules synthétiques par rapport à celles d'origine naturelle. Ça permet aussi de comprendre que la toxicité potentielle d'un composé est une chose, mais que le risque d'effets toxiques de celui-ci est affaire d'exposition, que celui-ci soit artificiel ou naturel. Alors avant d'angoisser en buvant votre prochaine bouteille de vin, vous auriez avantage à penser d'abord à ce que vous mettez dans votre assiette. Pour ce qui est du vin, le goût de celui-ci devrait être votre unique guide. Il n'y a pas de bouteille de poison sur les tablettes de la SAQ, même si l'alcool est un produit potentiellement très toxique.
vendredi 30 mars 2012
SUR LE VIF
Sur ce blogue, j'ai quelques marottes. Une d'elles est de rappeler le potentiel de garde trop peu connu des rouges chiliens, même ceux de prix abordables. J'ai quelques expériences en cours avec des vins d'ailleurs dans l'hémisphère sud, mais ça prendra de nombreuses années pour en connaître les résultats. Ce texte de Jaimie Goode, sur son blogue, permet de penser que l'Afrique du Sud peut aussi offrir des vins, rouges et blancs, qui peuvent être mis en cave pour plusieurs années. Le potentiel de garde n'est pas l'apanage des vins européens. On ne le dit pas assez, probablement parce que l'on n'expérimente pas assez en ce sens. Pour preuve, M. Goode a dû voyager jusqu'en Afrique du Sud pour découvrir des vins sud-africains avec un certain âge.
jeudi 29 mars 2012
Encore la variation de sensibilité aux arômes entre dégustateurs
Par le biais de Vin Québec je suis tombé sur une vidéo très intéressante à propos de la variabilité inter individus en ce qui a trait au profil de sensibilité olfactive. Si on comprend cela, on comprend que les notes précises à la Parker sont une aberration. Comme les sensibilités sont variables, les notes précises ne sont applicables qu'à ceux qui ont le même profil et la même expérience que l'attributeur de la note. Le problème est qu'il est impossible de savoir si notre sensibilité est similaire à celle de Parker ou d'un autre expert. Pour ce qui est de l'expérience, comme les notes sont destinées à l'amateur moyen, il est clair qu'il y a un décalage inévitable. Bien sûr, la disparité concernant les sensibilités remet aussi en cause la validité des impressions écrites de dégustation, mais je pense qu'il s'agit d'un moindre mal, surtout si on ne se lance pas dans des descriptions aromatiques élaborées et très pointues.
Pour revenir à Vin Québec, j'ai trouvé paradoxal de voir le texte référant à la vidéo sur la variabilité de perception suivi par un appel à dénoncer les mauvais vins. Pour moi un vin phénolé par l'action des Brettanomyces est un mauvais vin, alors que plusieurs dégustateurs aiment ce type de vins. Ça me servirait à quoi de dénoncer ces vins comme mauvais? Pour moi ils le sont. Je les pense aussi mauvais par principe, mais quelqu'un qui est peu sensible aux arômes phénolés pourra porter un jugement totalement différent. C'est pourquoi je déplore que si peu de dégustateurs ne parlent de ce type d'arômes en termes clairs. Encore là, la variabilité entre individu peut jouer un rôle, tout comme l'entraînement à reconnaître certains arômes. Par exemple, sur Vin Québec on nous dit que le 4-Ethyl Gaïacol dégage une odeur pharmaceutique, alors que pour moi qui me suit entraîné à reconnaître cet arôme, et qui travail dans le milieu pharmaceutique, le 4-Ethyl-2-Methoxy Phénol, c'est son nom chimique, dégage une odeur évoquant la vanille et le bois brûlé. C'est d'ailleurs une odeur très agréable qui n'a rien d'un défaut. Si les Bretts ne généraient que cet arôme, je serais un amateur de vins brettés. Malheureusement, ces levures produisent beaucoup plus de 4-Ethyl-Phénol, ainsi que de l'acide isovalérique et de la tetrahydropyridine, des molécules beaucoup moins plaisantes pour l'odorat, si on y est sensible, bien sûr....
Pour revenir à Vin Québec, j'ai trouvé paradoxal de voir le texte référant à la vidéo sur la variabilité de perception suivi par un appel à dénoncer les mauvais vins. Pour moi un vin phénolé par l'action des Brettanomyces est un mauvais vin, alors que plusieurs dégustateurs aiment ce type de vins. Ça me servirait à quoi de dénoncer ces vins comme mauvais? Pour moi ils le sont. Je les pense aussi mauvais par principe, mais quelqu'un qui est peu sensible aux arômes phénolés pourra porter un jugement totalement différent. C'est pourquoi je déplore que si peu de dégustateurs ne parlent de ce type d'arômes en termes clairs. Encore là, la variabilité entre individu peut jouer un rôle, tout comme l'entraînement à reconnaître certains arômes. Par exemple, sur Vin Québec on nous dit que le 4-Ethyl Gaïacol dégage une odeur pharmaceutique, alors que pour moi qui me suit entraîné à reconnaître cet arôme, et qui travail dans le milieu pharmaceutique, le 4-Ethyl-2-Methoxy Phénol, c'est son nom chimique, dégage une odeur évoquant la vanille et le bois brûlé. C'est d'ailleurs une odeur très agréable qui n'a rien d'un défaut. Si les Bretts ne généraient que cet arôme, je serais un amateur de vins brettés. Malheureusement, ces levures produisent beaucoup plus de 4-Ethyl-Phénol, ainsi que de l'acide isovalérique et de la tetrahydropyridine, des molécules beaucoup moins plaisantes pour l'odorat, si on y est sensible, bien sûr....
dimanche 25 mars 2012
Contraste sud-américain
Je m'intéresse au vin de façon soutenue depuis environ 15 ans. Au début, j'ai exploré sans discrimination pas mal tous les pays avec comme seule restriction le prix des bouteilles. Celui-ci devait être raisonnable. J'étais donc à la recherche de vins offrant un bon RQP et je me concentrais surtout sur les vins rouges. Assez rapidement, j'ai identifié le Chili et l'Argentine comme mes deux pays favoris pour obtenir des rouges généreux offrant un RQP imbattable. Il fut donc un temps où pour moi l'Argentine était un égal du Chili et mes achats de vin se distribuaient assez également entre ces deux pays. Par la suite, pour diverses raisons, ma préférence a graduellement glissé vers le Chili, au point où aujourd'hui j'achète rarement des vins argentins. Pourquoi donc? Parce que le Chili a beaucoup évolué au cours des 15 dernières années, alors que l'Argentine est resté sensiblement au même point. Le Chili a diversifié son offre de multiples façons en développant de nombreux nouveaux terroirs plus frais propices à la production de vins blancs de haute qualité et à la production de rouges aux profils distinctifs issus principalement de la Syrah et du Pinot Noir, et dans une moindre mesure du Merlot, du Malbec et du Cabernet Franc. Le Chili a aussi appris à tirer le meilleur d'un cépage oublié, le Carmenère, sans lui donner un statut trop important, comme c'est le cas pour le Malbec en Argentine. Le Chili a aussi développé une force originale dans les vins rouges d'assemblage de type bordelais, mais avec l'avantage de pouvoir parfois y ajouter le Carmenère ainsi que la Syrah. Il ne faut pas oublier non plus la redécouverte du patrimoine de vieilles vignes de Maule, en particulier celles de Carignan. Le portrait du Chili vinicole d'aujourd'hui est bien différent de celui d'il y a une quinzaine d'années. J'aime encore les rouges de Errazuriz, Santa Rita, Carmen et Cousino Macul qui m'ont fait découvrir et apprécier ce pays, mais ces producteurs ont beaucoup évolué depuis, et tant d'autres, d'horizons variés et totalement axés sur la qualité, se sont ajoutés depuis pour offrir une variété qui est essentielle pour maintenir l'intérêt.
Pour moi l'Argentine, avec la prédominance écrasante de Mendoza, c'est un peu comme si la France se résumait essentiellement à Bordeaux. Vous me direz que c'est une comparaison flatteuse. C'est vrai, même si je ne dis pas que Mendoza c'est l'équivalent de Bordeaux. Ce que je tente d'exprimer, c'est que même si la qualité peut être au rendez-vous, il n'y a pas assez de diversité pour soutenir l'intérêt au-delà de la phase de découverte. Bien sûr, si vous connaissez l'Argentine, vous me direz que Mendoza n'est pas un bloc monolithique et que ces dernières années on a planté à des altitudes plus élevées. C'est vrai, mais la distinction est difficile à percevoir dans les vins, selon mon expérience. Une large dégustation de vins argentins en novembre 2009 avait contribué à cristalliser ma perception à ce sujet. Au-delà de Mendoza, il y a la Patagonie et son climat plus frais qui commence tranquillement à faire parler d'elle, mais ça demeure pour le moment assez limité. Il y a aussi la région de Cafayate située en altitude, plus au nord, mais la la latitude semble effacer l'effet de l'altitude et là aussi on produit des vins très généreux. L'Argentine a misé très fort sur le Malbec et en a tiré des bénéfices commerciaux. Le problème c'est que lorsqu'on pense à ce pays, on y associe automatiquement ce cépage. Le même phénomène existe en blanc avec le Torrontès. Comprenez-moi bien, il y a d'excellents vins argentins, la plupart toujours offerts à prix abordables, mais selon mon expérience et ma perception, la plupart sont dans un style assez similaire.
J'ai déjà brièvement traité du duo Argentine-Chili dans un article en 2010, mais c'est un texte récent de Peter Richards sur son blogue et dans Decanter qui a ramené ce sujet à mon esprit. Il faut dire que comme moi M. Richards préfère le Chili. Un autre texte récent de son blogue à propos de ce qu'il appelle la nouvelle vague chilienne fait contraste avec sa perception de l'Argentine. À propos des rouges argentins, il ne déplore pas seulement leur manque de diversité stylistique. Il s'en prend aussi au manque de buvabilité général de ceux-ci en jeunesse, avant de rappeler avec sagesse qu'il est préférable de miser sur des millésimes plus anciens pour trouver des vins plus faciles à boire. Bien sûr, le problème est de trouver des millésimes plus anciens de ces vins. Là comme ailleurs dans le Nouveau-Monde il faut acheter ces vins en prime jeunesse et avoir la foi et la patience de les mettre de côté pendant plusieurs années. Pour moi, les vins de Catena, Weinert, Zuccardi, Achaval Ferrer, Etchart et O. Fournier demeurent des valeurs sûres dont j'ai testé l'aptitude à bien vieillir. Le but de ce texte n'est pas de dénigrer l'Argentine et ses vins. Pour moi c'est plutôt un révélateur expliquant pourquoi après quinze ans je suis toujours aussi intéressé par le Chili et la diversité croissante qu'il peut offrir.
mardi 20 mars 2012
SUR LE VIF
Nouvelle amusante cette semaine sur le site de Decanter à propos du Château Brane-Cantenac où un stagiaire chilien, en 2006, a incité ce producteur à redécouvrir le Carmenère. Le réchauffement climatique pourrait permettre la réintroduction graduelle de ce cépage dans le bordelais. C'est ce qu'on appelle boucler la boucle.
samedi 17 mars 2012
SYRAH, CUVÉE ALEXANDRE, LAS KURAS, 2008, CACHAPOAL, CASA LAPOSTOLLE
Ce vin est issu du vignoble Las Kuras, situé à 5 km du pied des Andes, sur un lit asséché de rivière. Ce sol rocheux ressemble à celui de Bordeaux et procure un bon drainage, en plus d'absorber une chaleur qui est rendue après le coucher du soleil. Casa Lapostolle est un autre producteur chilien qui s'est laissé séduire par la mode biodynamique et ce vignoble est cultivé selon cette doctrine. Le millésime 2008 a été le plus frais des six dernières années, mais l'absence de pluie au temps des vendanges a permis d'attendre l'obtention de la maturité phénolique considérée comme optimale. L'élaboration de ce vin inclut la vendange manuelle et un tri serré au chai. La fermentation est effectuée sans inoculation, avec les levures indigènes du milieu, et la fermentation malolactique a lieu en barriques de chêne, elle aussi sans inoculation de bactéries sélectionnées. Le vin a été élevé pendant 22 mois en barriques de chêne français ( 67% neuves, 25 % deuxième usage et 8 % troisième usage). La vin n'a pas été collé, mais a été légèrement filtré. Il titre à un ronflant 15.5% d'alcool. À priori ce n'est pas le type de vin que je privilégie, mais j'étais curieux d'en faire l'essai pour mettre mes préjugés à l'épreuve.
La robe est d'un violet foncé impénétrable témoignant de la jeunesse et du style du vin. Le nez est expressif et charmeur, exhalant des douces notes de fruits noirs très mûrs, de cerises macérées dans l'alcool, de pâtisserie, d'épices douces, de poivre noir et de fumée. Le profil olfactif est axé sur une grande maturité du fruit et sur un apport boisé généreux. Le titre alcoolique élevé du vin est perceptible, mais l'ensemble est cohérent et agréable. La bouche, sans surprise, suit le fil conducteur déjà initié et en rajoute même une couche sans s'excuser. Le vin s'y montre opulent et soyeux, une véritable pâtisserie à la confiture de fruits et au chocolat noir. C'est riche et juteux, les anglos diraient décadent, mais la qualité est indéniable et le style totalement assumé. En milieu de bouche le vin montre un fort niveau de concentration, avec un bon volume, une certaine onctuosité et une présence alcoolique qui s'intègre au style. La finale résume en feu d'artifice l'essence de ce vin avec de l'intensité et de la longueur sur des relents amers de chocolat noir.
La robe est d'un violet foncé impénétrable témoignant de la jeunesse et du style du vin. Le nez est expressif et charmeur, exhalant des douces notes de fruits noirs très mûrs, de cerises macérées dans l'alcool, de pâtisserie, d'épices douces, de poivre noir et de fumée. Le profil olfactif est axé sur une grande maturité du fruit et sur un apport boisé généreux. Le titre alcoolique élevé du vin est perceptible, mais l'ensemble est cohérent et agréable. La bouche, sans surprise, suit le fil conducteur déjà initié et en rajoute même une couche sans s'excuser. Le vin s'y montre opulent et soyeux, une véritable pâtisserie à la confiture de fruits et au chocolat noir. C'est riche et juteux, les anglos diraient décadent, mais la qualité est indéniable et le style totalement assumé. En milieu de bouche le vin montre un fort niveau de concentration, avec un bon volume, une certaine onctuosité et une présence alcoolique qui s'intègre au style. La finale résume en feu d'artifice l'essence de ce vin avec de l'intensité et de la longueur sur des relents amers de chocolat noir.
J'ai écrit plusieurs fois sur ce blogue que la Syrah était le cépage noir le plus versatile du Chili. Sa capacité d'adaptation à différents terroirs permet d'obtenir une grande variété de styles. Avec ce vin de Casa Lapostolle, on se situe clairement à un extrême du spectre stylistique. On a clairement choisi de loger du côté de l'archétype Shiraz. C'est un vin privilégiant la maturité du fruit, l'usage assez appuyé de la barrique de chêne, et dont le style intègre bien le taux élevé d'alcool. Cet alcool est légèrement perceptible, mais pas d'une façon négative, si on accepte ce style qui a des airs de parenté avec le porto, un porto sec toutefois. Personnellement, ce n'est pas le style de vin que j'aime boire de façon régulière, mais à l'occasion et dans des circonstances appropriées, je ne boude pas le plaisir particulier que ce genre de vin peut offrir. Ceci dit, j'ai quand même bu la bouteille sur une période de trois jours. Ce n'est pas le type de vin qui appelle rapidement le fond de la bouteille. Heureusement, le vin a parfaitement tenu sur cette période et n'a rien perdu dans cet intervalle. Malgré cela, c'est un vin que j'hésiterais à mettre en cave pour une longue période. J'aurais peur que l'alcool à la longue prenne trop de place, mais c'est là un préjugé de ma part, car je n'ai jamais gardé de rouge montrant un titre alcoolique aussi élevé. Le prix de ce vin (25.25$) me semble très intéressant par rapport à son niveau qualitatif. Des exemples australiens ou californiens de ce niveau et de ce style se vendent généralement pas mal plus cher. Finalement, c'est un vin idéal pour déculotter tous ceux qui pensent que la biodynamie et le naturalisme dans le vin sont un rempart contre ce style de vin. Malgré la bioD et les fermentations aux micro-organismes indigènes, ce vin est doux, soyeux et onctueux, et il est ainsi d'abord et avant tout à cause des choix de ceux qui l'ont élaboré. Les deux choix les plus critiques ayant été la date tardive de vendange, privilégiant la maturité phénolique, et un usage généreux de la barrique toastée de chêne neuf. Malgré toutes les croyances qu'on peut bien tenter de colporter, l'interprétation d'un terroir, par le style préconisé, demeure essentiellement une question de choix humains.
lundi 12 mars 2012
Le lecteur vin sur internet est-il intéressé de savoir que Julia achète son vin à l'épicerie pour son ménage à trois fusionnel?!
J'ai peu bu de vin ces derniers mois, mais je continue de lire à son propos, surtout dans le petit monde virtuel québécois du vin. Je ne sais pas ce qui se passe, mais il semble y avoir une préoccupation dernièrement pour sauver le lecteur des mauvais vins. Sur le forum Fouduvin on s'est un peu excité à propos du vin californien « Ménage à Trois », d'un reportage de l'émission l'Épicerie à propos justement des vins d'épicerie, sans compter une gamme de vin particulière vendue en exclusivité chez Costco... Bill Zacharkiw, cette semaine, dans The Gazette, vante les vins dits naturels en nous mettant en garde contre les vins traficotés auxquels on ajoutent de la gomme arabique, des colorants, tanins et arômes exogènes, sans compter les copeaux de chêne. Aujourd'hui il y a Vin Québec qui en remet une couche pour nous protéger des vins rouges mous, épais et non naturels. J'y ai appris que c'était la recette suivie par l'Argentine, le Chili, l'Australie et la Californie. Ouch! L'amateur de bons vins du Nouveau-Monde que je suis en a pris plein la tronche sur celle-là!!!...
Donc, il semble vraiment y avoir une préoccupation pour protéger l'amateur des vins bas de gamme, ou qui correspondent à une esthétique particulière. Il me semble qu'on enfonce un peu des portes ouvertes. Je pense que l'amateur qui prend la peine de lire à propos du vin sur internet possède déjà certaines notions et le plus souvent est rendu à un autre niveau. Quand j'ai acheté mon premier guide Phaneuf en 1997, les vins les moins chers se vendaient déjà autour de 10$. Maintenant, 15 ans plus tard, la situation n'a pas changé. Après cela, certains s'étonnent que des pratiques douteuses puissent exister partout dans le monde à propos des vins de cette gamme de prix. Dernièrement j'ai participé à un souper où un convive avait apporté des vins qu'il avait lui-même élaborés à partir de concentrés, un rouge et un blanc. Ces vins étaient carrément sucrés. Il y avait aussi sur la table un Chianti de bonne facture. La majorité des convives, des gens qui n'ont pas d'intérêt particulier pour le vin, ont préféré le rouge maison et ont vanté le côté agréable du blanc. Je n'ai pas été étonné, mais pour moi il est clair que ces gens ne vont pas sur internet pour lire à propos du vin. Je ne veux pas ici faire la morale à qui que ce soit. Chacun est libre de ses convictions et des combats qu'il veut mener. J'en mène certains, ici sur ce blogue, mais je ne verrais pas l'intérêt de m'en prendre à des vins d'entrée de gamme, quelle qu'en soit l'origine. Je pense que le débat devrait se situer au niveau de vins que l'amateur moyen peut raisonnablement prendre au sérieux. Il me semble qu'il est plus profitable d'écrire sur les vins qu'on aime, en expliquant pourquoi, que de dénoncer une catégorie de vins qui est là pour rester de toute façon et qui comble un besoin.
*
dimanche 11 mars 2012
La garde du vin: Une façon simple d'ignorer la tendance
Qu'est-ce qui est tendance actuellement dans le monde branché du vin? L'idéalisation de la nature. Cela se reflète dans la vogue du vin dit naturel, du vin biologique, voire biodynamique. Ces courants privilégient le rejet des sulfites comme agent stabilisateur du vin, ou son usage minimal. L'usage des levures indigènes est aussi favorisé, au dépend des levures sélectionnées. Le collage et la filtration sont aussi considérés comme des étapes néfastes, ayant soi-disant pour effet de priver le vin de son âme... Bien sûr, ce naturalisme relève surtout d'une forme particulière de romantisme, où l'action de l'homme est décrétée comme nuisible. J'ai longuement traité de ce sujet dans un texte antérieur.
Si vous êtes de ceux qui ont tendance à se laisser séduire par ce type de discours, il peut être embêtant de choisir un vin sans se poser trop de question à propos des vilaines manipulations qu'il aurait pu subir. Heureusement, il y a une façon simple mais exigeante de couper court à ce genre de questionnement, garder du vin en cave sur une longue période. Personnellement, je n'ai jamais embarqué dans ce courant mystico-naturiste. Idéalement je préfère les vins bios, mais seulement pour des raisons environnementales, pas parce qu'ils sont nécessairement meilleurs. Ceci dit, je ne m'empêche pas d'acheter des vins conventionnels si je pense que ceux-ci représentent de bons achats. Je pense juste que le bio est préférable, là où c'est possible, mais ce n'est pas une clef essentielle à l'atteinte d'un haut niveau qualitatif. Pour le reste, je continue de penser qu'il y a beaucoup poudre jetée aux yeux. Toutefois, privilégier des vins ayant un bon potentiel de garde constitue encore le meilleur moyen de couper court à ce genre de prétentions fumeuses. J'ai déjà écrit un texte à propos de la garde et de la disparition graduelle des sulfites dans le vin. Heureusement, les vertus du cellier et de la patience ne s'arrêtent pas là. La complexité que les levures indigènes peuvent apporter ne sont potentiellement perceptibles que sur de très jeunes vins, surtout des blancs. Le temps en bouteille a pour effet d'annuler cette possible distinction de prime jeunesse. Voici un lien vers un texte intéressant sur le sujet. Autre point où selon moi la garde a un effet niveleur, c'est à propos des vins non collés et non filtrés. Les partisans de cette pratique, popularisée par notre bon ami le pape Bob premier, prétendent que le collage et la filtration ont pour effet de priver un vin d'une partie de sa chair, entre autre en défaisant sa structure colloïdale. Bien sûr, il y a différents types de filtrations, certaines plus restrictives que d'autres. Sur des vins très jeunes, cette théorie semble sensée, mais sur des vins plus âgés, j'ai toujours eu de forts doutes sur la pleine validité de celle-ci. La plupart des vins élaborés sans collage ni filtration présente un dépôt important, même en jeunesse. Cela signifie qu'une bonne partie de la matière qu'on voulait préserver dans le vin décante rapidement au fond de la bouteille. Ensuite, mon expérience m'a montré que même sur des vins collés et filtrés, la garde prolongée a pour effet de provoquer la formation d'un dépôt, entre autre, par la polymérisation de tanins et autres polyphénols. Donc, le temps en bouteille a pour effet d'enlever de la matière au vin. Les vins âgés sont généralement moins charnus et volumineux. Donc, le temps prolongé en bouteille a un effet qui se rapproche de celui de la filtration. À mon avis, donc, lorsqu'il est question de vins âgés, il doit être bien plus difficile de percevoir une différence entre vins filtrés et non filtrés.
Finalement, les enjeux possibles reliés à toute cette question de naturisme dans le vin s'appliquent à mon avis à des vins jeunes. Si votre goût et votre expérience vous portent vers des vins plus âgés, ces considérations deviennent alors secondaires. Le temps en bouteille a eu pour effet de niveler les choses en éliminant une bonne partie, voire la totalité, des différences de jeunesse entre l'approche naturalisante et l'approche œnologique. Le temps en bouteille pourra aussi atténuer un boisé très généreux de jeunesse. Toutefois, il est important de se rappeler que les vins peu ou pas sulfités et non filtrés ont plus de chance d'être microbiologiquement instables et donc de développer des arômes particuliers de fermentation secondaire en bouteille. Des arômes qui peuvent être très désagréables pour un bon nombre de dégustateurs. La garde du vin élaboré selon les règles de l'art de l’œnologie me semble donc un moyen idéal pour couper court à toutes ces considérations idéologiques. La garde affinent les vins stabilisés qui en ont le potentiel en les transformant au niveau aromatique et en les dépouillant des excès et artifices qui viennent souvent avec la jeunesse.
mardi 6 mars 2012
SAUVIGNON BLANC, EQ, 2010, SAN ANTONIO, VINA MATETIC
Matetic est un des leaders de ce que j'appelle le Nouveau-Chili. C'est un producteur de petite taille, selon les standards chiliens, qui mise sur des vins de climat frais élaborés en respectant les préceptes de la biodynamie. Personnellement, je préfère y voir des vins biologiques auxquels ont a apporté beaucoup de soin dans le processus d'élaboration. Ce vin est issu du clone 242 cultivé sur quatre parcelles distinctes présentant des exposition différentes. Dans le but de donner un peu plus de corps et de complexifier l'ensemble, 14% du vin a été fermenté en barriques de chêne français de second usage, le reste ne voyant que l'inox. Un élevage de sept mois avec bâtonnage périodique des lies fines a eu lieu, tant en barrique qu'en cuve d'inox, dans le but de donner un peu plus de volume au vin. Celui-ci titre à 13.5% d'alcool, pour un pH très faible de 3.06. Le vin est aussi très sec avec seulement 1.36 g/L de sucres résiduels.
La robe est d'une teinte verdâtre très pâle. Le nez est plutôt timide pour un jeune vin de ce cépage. Il est tout de même possible d'y déceler des arômes de citron, de zeste de pamplemousse, de melon, complétés par une légère touche florale et un léger aspect végétal évoquant l'herbe fraîchement coupée. Je n'ai pas décelé d'aspect boisé. En bouche, le vin est bien affûté, l'acidité y est tranchante et donne beaucoup de vivacité au fruité citronné. C'est donc un vin à la structure droite et très ferme qui montre de l'élégance par son caractère épuré. Le milieu de bouche permet de mieux jauger la matière de ce vin qui se révèle d'un bon niveau, marquée par la densité et la tension. Le vin est rafraîchissant et relativement facile à boire, compte tenu de son style. La finale ne déçoit pas, alliant intensité fruitée et fraîcheur acidulée, le tout sur une belle allonge des saveurs.
Ce vin est un superbe exemple de ce que le Chili peut maintenant faire avec ce cépage, mais il faut apprécier l'acidité marquée pour en tirer tout le plaisir possible. Pour les palais plus sensibles, ou qui ne seraient pas encore rompus à ce style trempé, il est clair que de le boire sur un plat approprié pourrait le faire paraître plus souple. Je dis ça un peu à reculons, car trop souvent selon moi on justifie des vins de qualité douteuse en recommandant de les prendre avec de la nourriture. Dans ce cas-ci, je pense que la qualité est indéniable et le vin délectable par lui-même, mais je conçois que le style demande à être apprivoisé. Pour ce qui est du contexte par rapport à ce vin, il est clair que Matetic a décidé de prendre un tournant stylistique majeur avec cette cuvée en optant pour moins de maturité et plus de fraîcheur. Ce virage a été pris avec le millésime 2009, que j'ai raté, et se poursuit avec ce 2010. Le vin titre à un plein degré d'alcool de moins que les deux millésimes précédents que j'avais goûtés et achetés, soient les 2007 et 2008, qui tous deux titraient à 14.5% d'alcool. J'appréciais le style plus rond et plus tropical au niveau du fruit des millésimes sus-mentionnés, et il m'est difficile de dire si je préfère le nouveau style. C'est comparer deux choses différentes qui ont un charme qui leur est propre.
*
dimanche 4 mars 2012
Parker et la nécessité de maintenir le mythe
J'ai continué de lire depuis hier ce qui s'écrit ici et là sur la toile dans la foulée du lot de notes parfaites récemment attribuées par Parker à des bordeaux 2009. Plus je lis et plus ça me désole. Ceux qui s'offusquent de Parker pour avoir décrété trop de perfection ne remettent pas en cause le système de notation sur 100 ou son statut quasi papal. Non. Ce qu'on semble lui reprocher, c'est d'avoir sanctifié trop de vins et de l'avoir fait trop rapidement. Comme si de nommer d'un coup autant de vins enlevait de la valeur à la sainteté. Mais on ne remet pas en cause la capacité d'un homme à décréter la sainte perfection. Pourtant, plus je lis sur les critères pouvant mener à la sanctification parkerienne, et plus je me dis que le pape est plus ouvert que lui dans ses critères. J'ai appris au fil de mes lectures que 10 points de l'échelle d'évaluation de ce bon Parker étaient attribués au potentiel de garde d'un vin. Un vin sans potentiel d'évolution est ainsi plafonné à 90 points. Donc, pour décréter la perfection il faut pouvoir lire dans l'avenir, et si par malheur vous avez une faible longévité, la sainteté vinique vous sera inaccessible. Une chance que Jeanne D'arc n'était pas une bouteille de vin... Une chose est sûre, ceux qui achètent des vins sur la base des notes de Parker, et ouvrent rapidement leurs bouteilles, devraient savoir que la note du prophète est alors invalide. De plus, pour adhérer au système Parker, il faut obligatoirement avoir une cave et la patience de garder ses vins sur de longues périodes, avec les coûts très élevés que ça implique. Le premier grand cru payé 1000$ en primeur aura triplé de prix 25 ans plus tard, lors de l'ouverture, au moment où la grosse note si séduisante de Parker sera justifiée. Ceux qui se plaignent du prix prohibitif des grands bordeaux devraient se rendre compte que ce prix l'est encore beaucoup plus si on suit les règles de l'art en la matière. C'est beaucoup d'argent à investir pour espérer toucher la perfection, et il faut avoir confiance en sa propre longévité. Ceci dit, je sais que lorsqu'il est question de perfection, il est trivial de parler d'argent... Veuillez m'en excuser.
Comme on peut le voir, tout cela semble bien loin du simple plaisir que le vin peut procurer. Ça semble aussi bien loin de la réalité de la vaste majorité des amateurs. Ce simple constat devrait être suffisant pour entraîner le rejet de ce système de notation insensé, même s'il y a bien d'autres raisons de le rejeter. Ce système est à mon avis la plus grande arnaque existante dans le monde du vin. À côté de cela la biodynamie semble presque rationnelle... Pourtant, le ridicule et l'invalidité de ce système seraient tellement faciles à démontrer par une simple dégustation à l'aveugle. Pour ce faire, Parker devrait prêter sa collaboration, ce qui bien sûr n'arrivera jamais. N'empêche, une simple dégustation, où Parker devrait noter à l'aveugle une série de vins qu'il a déjà notés dans sa revue, suffirait pour détruire la renommée de son système de notation et le mythe de son infaillibilité. Ça ne voudrait toutefois pas dire que Parker n'est pas un excellent dégustateur et qu'il ne maîtrise pas son sujet. Ça voudrait simplement dire qu'il s'agit d'un humain avec les limites que ça implique, et ça démontrerait surtout que la précision chirurgicale de ses sens et de son système de notation sont une véritable farce. Ça mettrait aussi à mal sa prétendue capacité à identifier la perfection. Cependant, si l'ami Bob se contentait de l'échelle simple à cinq niveaux que j'évoquais hier, alors je pense que son taux de réussite dans une telle dégustation serait excellent, et il prouverait ainsi qu'il maîtrise son sujet comme un humain doué et expérimenté peut le maîtriser. Pour moi il serait bien plus crédible dans ces conditions, mais pour la meute de ses fidèles, la désillusion serait grande. Le monde du vin aime les mythes, on y parle souvent de magie, on s'en remet volontiers au pouvoir des astres et aux vertus d'une nature idéalisée comme bienveillante. Mais on est souvent plus réticent a ramener le tout à une échelle humaine. En ce sens, il est facile de comprendre le mythe Parker et la division qu'il provoque. Ses partisans l'ont érigé en prophète, alors que ses détracteurs n'y voient qu'un homme, donc un suspect. Si Parker détruisait son mythe et assumait son humanité, en laissant tomber son système alambiqué de notation pour quelque chose de plus simple et réaliste, il tomberait dans une certaine indifférence. Tel est le monde du vin.
vendredi 2 mars 2012
Sa Bobeté et le ridicule de l'infaillibilité
J'ai bien ri en lisant le dernier texte de Tim Atkin à propos des derniers scores de 100 points accordés par Robert Parker à un bon nombre de bordeaux 2009. Atkin donne à ce bon Bob un titre que s'était attiré Dylan dans un autre domaine. J'ai tenté de le traduire dans mon titre, car je trouve que ça représente bien le problème avec Parker. Cet homme a acquis un statut quasi surnaturel dans le monde du vin, du moins auprès d'un certain public et du marché de certains vins. Comme bien des choses dans ce fameux monde du vin, ça dépasse l'entendement, le rationnel, le gros bon sens. C'est rendu tellement ridicule que c'en est drôle. Dans ces circonstances, il est difficile de comprendre comment le système de notation sur 100 arrive à survivre. Il faut que l'appétit pour les chiffres érigés en vérités absolues soit très grand. Quand va-t-on se rendre compte que réduire un vin à un nombre et penser que celui-ci est valide pour tous en tout temps est absolument insensé? La beauté du vin tient en partie à son caractère changeant selon l'angle et le moment où on l'aborde. Au delà d'une certaine qualité objective, l'appréciation du vin est affaire de sensibilité personnelle, de prédisposition mentale et de contexte de dégustation. Encore une fois, ramener ça à un nombre très précis et définitif n'a absolument aucun sens. Le problème ne tient pas tant à Parker qu'à ceux qui lui accordent un statut d'infaillible. Ça me rappelle un vieux sketch de Ding et Dong avec un certain Jean-Paul II qui montrait bien l'absurdité de ce genre de croyance...
samedi 25 février 2012
SUR LE VIF
Petit texte intéressant du blogueur britannique Jaimie Goode sur comment l'approche psychologique du vin peut en altérer la perception. Malgré tous les compte-rendus surprenants de dégustations à l'aveugle, cet aspect de l'appréciation du vin demeure à mon sens négligé, surtout qu'il va bien au-delà de l'aveugle. Plus vous serez convaincu en abordant un vin que le prix, l'étiquette et tout le reste ne sont pas déterminants, plus vous aurez de chance d'apprécier le vin pour ce qu'il est vraiment au moment où vous le dégustez.
vendredi 24 février 2012
"C" comme dans Chili et Carignan
Le Chili vinicole a un lien amusant avec la lettre "C". Bien sûr c'est la première lettre du mot Chili, mais aussi celle de cinq de ses appellations, Choapa, Casablanca, Cachapoal, Colchagua et Curico. C'est aussi la première lettre de son cépage phare, le Cabernet Sauvignon, aussi celle de son cépage ressuscité, le Carmenère, sans compter le Chardonnay qui est un des deux principaux cépages blancs du pays. Toutefois, le facteur C chilien le plus négligé, surtout ici au Québec, c'est bien sûr le Carignan. Ce cépage est une des forces du Chili, et pourtant, aucun vin de pur Carignan chilien n'est disponible à la SAQ. Je lisais la dernière chronique de Bill Zacharkiw sur le site de The Gazette, et celui-ci y fait l'éloge des vins de vieux Carignan, y compris ceux du Chili. Ce qui est tout à son honneur. Bill demeure à mes yeux le seul chroniqueur vin digne de ce nom au Québec. Le seul qui couvre large, qui va au-delà des généralités et des clichés, même si au fond c'est un europhile invétéré. Preuve qu'on peut aimer l'Europe vinicole et voir plus loin. Peut-être est-ce dû au fait qu'il s'adresse en premier lieu à un public non francophone? Je ne sais pas, et surtout, je m'égare... Toujours est-il que Bill fait l'éloge du Carignan chilien dans sa dernière chronique, mais lorsque vient le temps de faire des suggestions, le pauvre ne peut pas car aucun de ces superbes vins, qui cadrent avec ce que certains appellent le goût québécois, n'est disponible à la SAQ. J'ai eu la chance de goûter le vin de De Martino auquel Bill fait référence dans son texte, et c'est un vin absolument formidable qui se démarque du profil qu'offrent habituellement les rouges chiliens en prime jeunesse.
En attendant que la SAQ se réveille et nous offre certains de ces merveilleux vins issus de très vieilles vignes. Je vous réfère à mon compte rendu du seul vin de Carignan chilien que j'ai réussi à me procurer jusqu'à maintenant. Il est aussi intéressant de lire deux textes sur le sujet venant de la plume des britanniques Peter Richards et Jancis Robinson. Ces textes relatent la création de VIGNO, une appellation réservée aux vins issus à majorité de vieilles vignes non irriguées de Carignan de la vallée de Maule. Pour avoir droit à cette nouvelle appellation, les vins doivent contenir au moins 65% de vieux Carignan (vignes de 30 ans et plus) et être relâchés sur le marché au moins deux ans après le millésime. Le Carignan n'est pas le seul vieux trésor de la vallée de Maule. Cette région contient encore plus de vieilles vignes de Pais qui peuvent être gréffées avec des cépages plus qualitatifs. L'aspect bénéfique des vieilles vignes est ainsi maintenu et le producteur peut choisir les cépages les mieux adaptés au lieu. Il faut rappeler que le Chili est le seul pays au monde à ne pas être affecté par Phylloxéra vastatrix, et qu'ainsi les vignes sont généralement plantées franches de pied, c'est-à-dire sans greffage. Les vielles vignes de Pais non greffés peuvent donc jouer le rôle de porte-greffes. C'est un exemple inusité de greffage Vitis vinifera sur Vitis vinifera. Aussi, un des meilleurs vins liquoreux du Chili vient aussi de Maule, c'est un vin issu de vieilles vignes de Torontel et élaboré selon la méthode italienne du Vino Santo par Erasmo, le projet chilien du comte Francesco Marone Cinzano, propriétaire en Toscane du réputé domaine Col d'Orcia.
Article du Daily Telegraph sur le Carignan.
*
En attendant que la SAQ se réveille et nous offre certains de ces merveilleux vins issus de très vieilles vignes. Je vous réfère à mon compte rendu du seul vin de Carignan chilien que j'ai réussi à me procurer jusqu'à maintenant. Il est aussi intéressant de lire deux textes sur le sujet venant de la plume des britanniques Peter Richards et Jancis Robinson. Ces textes relatent la création de VIGNO, une appellation réservée aux vins issus à majorité de vieilles vignes non irriguées de Carignan de la vallée de Maule. Pour avoir droit à cette nouvelle appellation, les vins doivent contenir au moins 65% de vieux Carignan (vignes de 30 ans et plus) et être relâchés sur le marché au moins deux ans après le millésime. Le Carignan n'est pas le seul vieux trésor de la vallée de Maule. Cette région contient encore plus de vieilles vignes de Pais qui peuvent être gréffées avec des cépages plus qualitatifs. L'aspect bénéfique des vieilles vignes est ainsi maintenu et le producteur peut choisir les cépages les mieux adaptés au lieu. Il faut rappeler que le Chili est le seul pays au monde à ne pas être affecté par Phylloxéra vastatrix, et qu'ainsi les vignes sont généralement plantées franches de pied, c'est-à-dire sans greffage. Les vielles vignes de Pais non greffés peuvent donc jouer le rôle de porte-greffes. C'est un exemple inusité de greffage Vitis vinifera sur Vitis vinifera. Aussi, un des meilleurs vins liquoreux du Chili vient aussi de Maule, c'est un vin issu de vieilles vignes de Torontel et élaboré selon la méthode italienne du Vino Santo par Erasmo, le projet chilien du comte Francesco Marone Cinzano, propriétaire en Toscane du réputé domaine Col d'Orcia.
Article du Daily Telegraph sur le Carignan.
*
jeudi 23 février 2012
CARMENÈRE, 2005, COLCHAGUA, ARBOLEDA
-->
Avec Errazuriz, Sena, Vinedo Chadwick et Caliterra, Arboleda est un autre projet mené par l'infatiguable Eduardo Chadwick, un des leaders du Chili vinicole. À l'origine de ce projet, au début des années 2000, les fruits des vins de Arboleda venaient des différents vignobles des autres projets de M. Chadwick, et certains raisins étaient achetés à des producteurs indépendants. Aujourd'hui, Arboleda est un producteur qui possède son propre vignoble au milieu de la vallée d'Aconcagua et il produit ses blancs et un Pinot Noir à partir des nouveaux vignobles du groupe Chadwick, à Chilue, dans la région côtière de la même vallée d'Aconcagua. La seule exception est pour ce Carmenère, ce 2005 venait de Colchagua, et le millésime courant, le 2009, vient toujours de ce même vignoble. Le vin titre à 14% d'alcool. Il s'agit de ma troisième bouteille de ce vin, sur quatre, les deux premières avaient été ouvertes à l'achat, et un an plus tard.
La robe est sombre, sans réelles traces d'évolution, bien que très légèrement translucide. Le nez a perdu de sa fougue de prime jeunesse et son caractère marqué d'herbes aromatiques pour se recentrer sur un fruit noir de très belle qualité, complété par une touche d'épices douces et des notes évoquant le sang, la cendre froide et le graphite. C'est vraiment étonnant de voir comment le nez de ce vin s'est transformé en cinq ans à peine de garde. À noter que je n'y ai perçu aucune note de verdeur qui marque plusieurs vins de ce cépage. En bouche, on retrouve un vin de profil sérieux, à la limite du sévère. Il y a encore une matière solide et assez volumineuse, encadrée par des tanins qui ont de la poigne. Le fruit noir mène toujours la parade au niveau des saveurs, bien soutenu par une dose substantielle d'amertume chocolatée. Le milieu de bouche confirme le très bon niveau de concentration et la présence affirmée de ce nectar. La finale est dense et épicée et s'étire un long moment.
Après mon éloge récent d'un vin âgé de 12 ans que je considérais comme étant à son mieux et tellement différent des jeunots qu'on retrouvent habituellement sur le marché. J'ai eu envie cette fois de tâter un exemple mitoyen. Un vin qui n'est plus en prime jeunesse, mais qui ne serait pas encore rendu dans la zone que je privilégie. Et bien je dois dire que j'ai obtenu sensiblement ce que j'attendais. Le vin était très bon, bien différent de ce qu'il donnait il y a cinq ans lors de son achat, mais encore trop jeune pour être dans la zone que je préfère. Ma dernière bouteille attendra donc cinq à sept années supplémentaires avant d'être ouverte. Ne vous fiez pas à l'étiquette, ce vin est le même que celui offert à la SAQ. Selon mon expérience, le groupe Chadwick/Errazuriz est un des producteurs chiliens qui maîtrise le mieux le capricieux Carmenère et ce vin en est un bel exemple.
samedi 18 février 2012
CABERNET SAUVIGNON, MAX RESERVA, 2000, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
-->
Pour une première bouteille après une longue période sans vin, j'ai décidé de me faire plaisir et d'ouvrir ce que je considère comme une valeur sûre, le type de vin sur lequel ma cave est constituée. Le genre de vin que je préfère et que je pourrai boire sur une base hebdomadaire d'ici quelques années, tellement j'en ai mis de côté. Dans ces circonstances, à chaque nouvelle bouteille que je décide d'ouvrir j'ai une petite angoisse, tellement j'ai misé sur cette catégorie de vins non réputée pour la garde. S'il fallait que je me sois trompé, je serais bien mal pris avec mon gros lot de bouteilles périmées. Ceci dit, la confiance est plus grande que l'angoisse, sinon je ne me serais jamais lancé dans cette démarche inhabituelle. Dans le cas de ce vin en particulier, j'avais encore moins de doute ayant eu la chance de parler avec son auteur, Ricardo Baettig, lors de la dernière dégustation de Vins du Chili tenue l'automne dernier à Montréal. Il me confirmait alors le potentiel de garde méconnu des rouges chiliens de cette catégorie, et de ceux de Errazuriz en particulier. Ricardo œuvre maintenant chez Vina Morandé, mais en 2000 il était chez Errazuriz, d'ailleurs son frère Francisco est maintenant œnologue en chef pour Errazuriz. Le millésime 2000 marque l'instauration de cette gamme de vins sous la marque « Max Reserva ». Le vin a été élevé pendant 14 mois en barriques de chêne français (59%) et américain (41%), dont 43% étaient neuves. Il titre à 13.8% d'alcool pour un pH de 3.66. Un dépôt appréciable était présent sur le flanc de la bouteille.
La robe est d'une teinte grenat encore assez soutenue, mais montre des signes d'évolution par son aspect translucide et orangé au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe, modulant ses arômes avec une juste intensité et montrant ce profil de Cabernet au meilleur de son évolution que j'affectionne tant. On y retrouve entremêlés des effluves de cerise, de cassis, de bois de cèdre, de goudron, de vanille de chocolat noir et d'herbes aromatiques. L'aspect boisé de ce vin qui pour moi évoque la pâtisserie en prime jeunesse, s'est admirablement transformé. Par association on peut le retracer dans ce qui reste de chocolat et de vanille, mais ça se présente aujourd'hui sous une autre forme, et ça s'intègre beaucoup mieux au fruité qui lui aussi montre une patine que seul le temps en bouteille peut donner. En résumé, un nez mi-évolué, complexe, bien dosé et révélateur des meilleures qualités du cépage. Le ravissement se poursuit en bouche, où l'on retrouve un vin modéré et équilibré. Un vin qui évite les excès, avec suffisamment de tout et qui ne manque de rien. Un vin pour amateur de vins faciles à boire, de vins qui appellent la prochaine gorgée. Un vin caressant, dénué de traits agressifs. Un vin où le temps a permis aux éléments de se fondre en transformant du même souffle la palette des saveurs. Celle-ci reflète bien le profil perçu au nez, et peut se déployer sans encombre, grâce à une présence tannique bien résolue. La finale est gracieuse et d'une bonne persistance.
Vous aurez compris qu'un vin comme celui-ci n'est pas destiné aux amateurs qui sont impressionnés par la quantité et l'artifice. Je l'ai dit, il s'agit d'une vin d'équilibre, évolué et modéré. Un vin qui brille par sa finesse, tant au niveau aromatique que tactile. Un vin facile à boire, mais pas un vin de soif. Un vin qui sait séduire autant les sens que l'esprit, en autant que l'esprit y soit disposé. Si j'évoquais mes doutes récurrents, en introduction, face aux nombre de bouteilles de ce type de vins que j'ai en cave. Le moins que je puisse dire, c'est qu'une bouteille comme celle-ci annihile toutes ces craintes. À chaque nouvelle gorgée de ce nectar qui tombe tellement dans mes cordes, j'ai l'impression d'être assis sur un trésor acquis à un prix dérisoire. J'aimerais ne boire que ce type de vin entre deux âges, des vins qui se sont délestés des artifices de la jeunesse et pour lesquels l'essentiel est toujours présent, dans la meilleure des formes. À me lire vous croirai peut-être que je divague, que j'en beurre épais pour justifier une prise de position. Moi je vous répondrai qu'il n'en est rien. Ce vin parle pour lui-même et son discours porte. Il faut y goûter pour s'en convaincre. De plus, sur une note plus philosophique, et ayant éprouvé de légers ennuis de santé dernièrement, une autre qualité de ce type de vin est qu'il n'est pas nécessaire de le mettre en cave 30 ans pour en tirer le meilleur. Plus on avance en âge et plus on se demande si on boira tous ces vins que l'on mets soigneusement à l'ombre pour plus tard. Dans la vie comme dans le vin, rien n'est assuré, sauf qu'un jour ça se terminera. Rien n'empêche d'être optimiste, mais l'âge a cette faculté de nous inculquer malgré nous une bonne dose de réalisme. Si tout est question d'équilibre dans la vie, alors disons qu'un vin comme cet Errazuriz se place très bien sur le plateau réaliste de la balance. Le 2009 est largement disponible et facile à se procurer en promotion, environ 16$ dans une SAQ Dépôt. Le plus difficile n'est pas de l'acheter, c'est de le mettre à l'ombre pour 10 ans... Paradoxalement, les vins les moins chers sont les plus difficiles à garder pour de longues périodes.
jeudi 16 février 2012
Magazine CELLIER et vins de Cabernet Sauvignon
Ne fréquentant pas les succursales de la SAQ ces derniers temps, ni son site web, c'est par la poste que j'ai reçu aujourd'hui ma copie du dernier magazine CELLIER de la SAQ. Celui-ci est toujours aussi bien fait et c'est avec intérêt que j'y ai lu les résultats d'une dégustation en semi-aveugle de vins de Cabernet Sauvignon venant d'un peu partout au monde. Encore une fois, l'effet du mode aveugle a mis à mal la corrélation entre prix et qualité perçue. Le Gran Coronas de Torres faisant jeu égal avec le Mas La Plana, et le Marquès de Casa Concha de Concha y Toro faisant de même avec le Don Melchor. J'ai souvent écrit que le Marquès de Casa Concha n'était pas loin derrière le Don Melchor et que c'était tout un achat à 20$, pour qui aime les Cabs chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo. Toutefois, sans surprises, le panel de dégustation n'a pas très bien coté les vins du Chili de cette dégustation. Comme on le sait, ces jeunes vins sont parmi les plus typés qui existent et sont donc assez facilement identifiables à l'aveugle. Pour preuve, on mentionne même dans les commentaires que le mieux coté des vins chiliens, le Cuvée Alexandre, 2009, de Casa Lapostolle, n'a pas été reconnu comme chilien par aucun des dégustateurs. Cela explique probablement son rang relativement favorable par rapport aux cinq autres vins chiliens dégustés... Résultats sans surprises donc, mais je suis déçu de la mise en contexte. On justifie l'absence de bordeaux dans cette sélection par le caractère peu abordable de si jeunes vins issus de cette région. Toutefois, ça ne semble pas poser problème pour les Cabs du reste du monde, même si on mentionne à la toute fin que les meilleurs Cabs d'Italie, de Californie et d'Espagne peuvent gagner à reposer quelques années en cave. Encore une fois, et toujours sans surprise, silence radio sur le potentiel de garde des Cabs chiliens.
Les idées reçues en matière de vin sont fermement incrustées au Québec, et ça inclut l'idée de ce qui est supposé être bon. On nous ressort continuellement les mêmes clichés et lieux communs, sans l'ombre d'une vision le moindrement différente des choses. Le conformisme règne en maître dans les grands médias. Pourtant, je trouve que les Cabernets chiliens, en particulier ceux de l'Alto Maipo, ont cette qualité importante d'être distinctifs. Ils ne sont pas des copies de ce qui se fait ailleurs et l'empreinte du terroir y est très marquée, surtout sur des vins jeunes. La distinction est pourtant considérée comme une qualité en matière de vin, mais dans le cas des Cabernets chiliens, plusieurs y décrètent plutôt un défaut. Pourtant, je ne suis pas le seul à penser autrement. Je lisais dernièrement les commentaires du réputé œnologue australien Brian Croser à propos du Cabernet Sauvignon chilien. Celui-ci est fondateur de la réputée maison Petaluma et œuvre maintenant chez Tapanappa, tout en étant consultant pour la maison Santa Rita au Chili. Voici ce qu'il disait récemment à propos du Cab chilien :
Voilà qui est réconfortant à lire pour quelqu'un comme moi. Si je me fiais à nos palais médiatiques québécois, il y a longtemps que je considérerais mon goût comme déréglé, ou bien je me serais finalement conformé aux diktats du "vrai goût". M. Croser a aussi dit que les chiliens ont encore du chemin à faire pour apprivoiser les tanins de ce cépage. Voilà qui diffère de l'idée voulant que les Cabs chiliens soient parfaitement prêts à boire en prime jeunesse. Pour ma part, je trouve que la garde prolongée est encore le meilleur moyen de prendre soin de ces tanins de jeunesse souvent imposants. Le problème, c'est qu'à peu près personne n'associe Cabernet du Chili et vin de garde. Disons que la dégustation et le texte du magazine CELLIER n'auront rien fait pour changer les choses. Belle occasion ratée. Dommage. Il y a pourtant du Don Melchor, 1995, 1997, 1999, 2000, 2004 et 2005 actuellement sur les tablettes de la SAQ, mais on aura plutôt préféré y mettre le plus jeune de tous, le 2006...
Libellés :
Cabernet Sauvignon,
Francocentrisme
vendredi 10 février 2012
Chili: La montée des blancs
Le virage vers le développement de terroirs de climats frais entrepris par le Chili depuis une quinzaine d'années n'a pas seulement élargi l'offre stylistique de ce pays en ce qui a trait aux vins rouges. Cela a aussi permis au Chili de devenir un producteur sérieux de vins blancs. Même si le plein potentiel est encore loin d'être atteint en cette matière, de plus en plus de vins blancs de fort calibre émergent de ce pays, même si la très grande majorité de ceux-ci ne sont pas encore disponibles ici au Québec. Un article récent de l'expert de la scène vinicole chilienne, Peter Richards, dans le magazine britannique Decanter, permet d'en connaître un peu plus à propos de ces blancs chiliens nouvelle vague. La sélection de M. Richards ne contient bien sûr pas tous les meilleurs blancs du pays, mais sa sélection de vins est intéressante. Il est particulièrement intéressant de lire ses commentaires à propos du Chardonnay, Duquesa, de Aristos. Il faut dire que Aristos/Calyptra est la nouvelle coqueluche des rares experts du Chili vinicole. À 75$ la bouteille, le Duquesa est à ma connaissance le blanc chilien le plus cher. Bien que M. Richards dise qu'il achète rarement des vins de ce prix, il a été suffisamment impressionné pour en commander une caisse! À mon avis, il est toujours bon de voir des nouveaux producteurs de pays non traditionnels avoir assez confiance dans la qualité de leur produit pour en demander un prix qui établi un nouveau standard. Qu'on le veuille ou non, un prix élevé attire toujours l'attention et aide à modifier la perception d'un produit. Le fameux effet Veblen. Ceci dit, et heureusement, les prix demandés pour la très grande majorité de ces nouveaux blancs demeurent très avantageux par rapport au niveau de qualité offert.
*
vendredi 23 décembre 2011
SUR LE VIF
Je suis tombé avec amusement sur cette résolution pour 2012 de Frederic Fortin sur le blogue de la SAQ:
" En ce qui me concerne, je m’engage à redécouvrir les vins du Nouveau Monde et à le faire, cette fois-ci, sans a priori négatif ou préjugé défavorable."
Il faut dire que M. Fortin revient d'un voyage au Chili, qui comptait aussi la sommelière Jessica Harnois, et dont j'ai parlé récemment, elle qui s'émerveillait à propos de Vina Vik. J'aime la résolution de M. Fortin, mais j'aime surtout le fait qu'il reconnaisse avoir des préjugés défavorables à l'égard des vins du Nouveau-Monde. J'aime aussi que ce soit un voyage au Chili qui lui ait permis de s'ouvrir les yeux sur la diversité des vins de ces pays. Toutefois, s'il faut que chaque amateur se rende au Chili pour voir les vins de ce pays différemment, la situation n'est pas à la veille de changer. Pas besoin d'aller au Chili pour apprendre que ce pays compte aujourd'hui une grande variété de terroirs et que cela se reflète de plus en plus dans ses vins. On peut se contenter de consulter mon blogue... mais c'est certain que ça n'a pas le charme d'un voyage au Chili. M. Fortin ajoute même que des vins chiliens peuvent rivaliser avec les grands vins bordelais et toscans. C'est pas moi qui le dit...
Moi pour 2012 je n'ai pas de résolution, mais plutôt un souhait. Celui de voir la SAQ améliorer son offre de vins chiliens pour mieux rendre compte des progrès de ce pays. Cette offre s'est bonifiée au cours des dernières années, mais elle est encore loin d'être un reflet fidèle du Chili vinicole actuel. Celui qui peut susciter des conversions. Amener le meilleur du Chili à ceux qui ne peuvent s'y rendre. Voilà une autre façon de faire tomber des préjugés défavorables.
24 Décembre
Une de mes idées fixes à propos du vin est que si on est prêt à laisser l'aspect prestige de côté, il y a moyen de très bien boire à une fraction du prix. Toutes les dégustations à l'aveugle démontrent cela, mais il y a une très forte résistance chez l'amateur passionné à admettre ce fait. C'est compréhensible, quand on décide de payer plus cher pour une appellation spécifique, il est difficile d'admettre que cette prime est essentiellement reliée au prestige de l'étiquette. La dernière chronique de Nick Hamilton rapporte ses résultats de dégustation à l'aveugle dans la catégorie des vins mousseux. Sa conclusion, le Champagne est un vin mousseux cher, au RQP décevant, et pour lequel il y a de meilleures alternatives si on est prêt à ne pas avoir l'appellation Champagne inscrite sur l'étiquette.
Article de Jacques Benoît
*
" En ce qui me concerne, je m’engage à redécouvrir les vins du Nouveau Monde et à le faire, cette fois-ci, sans a priori négatif ou préjugé défavorable."
Il faut dire que M. Fortin revient d'un voyage au Chili, qui comptait aussi la sommelière Jessica Harnois, et dont j'ai parlé récemment, elle qui s'émerveillait à propos de Vina Vik. J'aime la résolution de M. Fortin, mais j'aime surtout le fait qu'il reconnaisse avoir des préjugés défavorables à l'égard des vins du Nouveau-Monde. J'aime aussi que ce soit un voyage au Chili qui lui ait permis de s'ouvrir les yeux sur la diversité des vins de ces pays. Toutefois, s'il faut que chaque amateur se rende au Chili pour voir les vins de ce pays différemment, la situation n'est pas à la veille de changer. Pas besoin d'aller au Chili pour apprendre que ce pays compte aujourd'hui une grande variété de terroirs et que cela se reflète de plus en plus dans ses vins. On peut se contenter de consulter mon blogue... mais c'est certain que ça n'a pas le charme d'un voyage au Chili. M. Fortin ajoute même que des vins chiliens peuvent rivaliser avec les grands vins bordelais et toscans. C'est pas moi qui le dit...
Moi pour 2012 je n'ai pas de résolution, mais plutôt un souhait. Celui de voir la SAQ améliorer son offre de vins chiliens pour mieux rendre compte des progrès de ce pays. Cette offre s'est bonifiée au cours des dernières années, mais elle est encore loin d'être un reflet fidèle du Chili vinicole actuel. Celui qui peut susciter des conversions. Amener le meilleur du Chili à ceux qui ne peuvent s'y rendre. Voilà une autre façon de faire tomber des préjugés défavorables.
24 Décembre
Une de mes idées fixes à propos du vin est que si on est prêt à laisser l'aspect prestige de côté, il y a moyen de très bien boire à une fraction du prix. Toutes les dégustations à l'aveugle démontrent cela, mais il y a une très forte résistance chez l'amateur passionné à admettre ce fait. C'est compréhensible, quand on décide de payer plus cher pour une appellation spécifique, il est difficile d'admettre que cette prime est essentiellement reliée au prestige de l'étiquette. La dernière chronique de Nick Hamilton rapporte ses résultats de dégustation à l'aveugle dans la catégorie des vins mousseux. Sa conclusion, le Champagne est un vin mousseux cher, au RQP décevant, et pour lequel il y a de meilleures alternatives si on est prêt à ne pas avoir l'appellation Champagne inscrite sur l'étiquette.
Article de Jacques Benoît
*
samedi 17 décembre 2011
GJE, Chadwick, et l'utilisation des mythes bordelais en dégustation à l'aveugle
Une autre controverse dans la blogosphère vin à propos d'une dégustation confrontant un vin sans prestige à certains noms mythiques de Bordeaux. Là comme dans le cas des dégustations organisées par le Chilien Eduardo Chadwick, il s'en trouve pour dénoncer le procédé et pour remettre en question cette manie de la comparaison, de la classification et de la notation. Moi je veux bien. Je pense avoir clairement établi par mes propos sur ce blogue que je suis contre la notation précise des vins et contre la classification de ceux-ci. Ceci dit, je trouve quand même ironique de dénoncer ce type de dégustation, alors que les grands noms qu'on y introduit comme référence, certains diraient faire-valoir, sont eux-mêmes issus d'un système de classification qui les place au-dessus de tout le reste. Je trouve que le système figé de classification bordelais, de par sa nature même, appelle le défi des laissés pour compte. C'est un phénomène naturel, et il serait bien plus fréquent si ce n'était du prix exorbitant des grands noms bordelais qu'il faut se procurer pour tenir ce genre de dégustation. Comme je le mentionnais dans le cas des dégustations de Chadwick, et c'est vrai aussi pour les dégustations du Grand Jury Européen (GJE), financées par Yves Vatelot, propriétaire du Château Reignac, le but de ce type d'exercice n'est pas de rabaisser les grands noms qu'on y introduit, mais bien de montrer qu'il se fait de très bons vins toujours offerts à prix raisonnables. L'exercice n'est cependant pas désintéressé, et il y a certainement un but mercantile derrière tout ça. Si la possibilité se présente par la suite d'augmenter le prix des vins qui auront bien paru, les commanditaires de ces dégustations le feront sûrement. Eduardo Chadwick en est un bon exemple, puisqu'il a gonflé le prix de son Cabernet Sauvignon, Vinedo Chadwick à 165$. S'il peut le vendre à ce prix, tant mieux pour lui. L'amateur pour sa part n'a qu'à ne pas tomber dans ce piège en se rappelant qu'on pourrait confronter des vins de 30$ au Vinedo Chadwick à l'aveugle et que là aussi il y aurait des surprises. Il y longtemps que j'ai compris ce principe, et ça explique pourquoi j'évite systématiquement les vins très chers.
vendredi 16 décembre 2011
Quelle est la cause principale de l'augmentation générale du titre alcoolique des vins?
Plus tôt cet automne j'ai lu un petit texte de Jacques Benoît, sur le site Cyberpresse, à propos de l'augmentation du taux d'alcool dans les vins depuis environ 15 ans. À ce moment je me souviens avoir pensé qu'il était totalement passé à côté en ce qui a trait aux raisons qu'il donnait pour expliquer ce phénomène. Je me demandais comment il était possible d'écrire un texte, même très court, sur ce sujet en passant tellement à côté de la véritable raison expliquant la montée du contenu en alcool des vins. Personnellement, j'avais la conviction que ce phénomène était principalement dû à la montée en popularité du principe de la maturité phénolique. Jusqu'au début des années 90, la pratique courante était de se fier au taux de sucre pour déterminer le temps propice aux vendanges. Toutefois, il arrive souvent que la montée du taux de sucre précède la maturité phénolique des raisins. Donc, dans le but d'obtenir des tanins à maturité optimale, on a commencé à cueillir plus tard, ce qui a eu pour effet de donner des raisins contenant plus de sucres et moins d'acide. La conséquence de ce choix est d'obtenir des vins plus alcooleux pour lesquels il faut souvent corriger l'acidité en ajoutant de l'acide tartrique en cours d'élaboration. Le réchauffement climatique a probablement un léger rôle dans l'histoire, mais il me semble bien moins important que la décision humaine de cueillir les raisins plus tard. En fait, le réchauffement climatique a probablement plus d'effet dans des régions où les raisins avaient traditionnellement de la difficulté à mûrir parfaitement, sauf lors de millésimes exceptionnels. Le réchauffement climatique donne donc la possibilité aux vignerons de ces régions de cueillir plus tard dans le but d'atteindre la fameuse maturité phénolique. Une possibilité qu'ils avaient rarement auparavant. Le réchauffement climatique ouvre donc une possibilité, mais les vignerons pourraient toujours décider de cueillir plus tôt s'ils le désiraient vraiment, mais face à la nouvelle possibilité, ils optent souvent pour des tanins plus mûrs et un taux d'alcool plus élevé. Donc, au-delà du réchauffement du climat, la possibilité de choisir de l'homme derrière le vin demeure.
Un bel exemple de cela est celui donné dans cet article à propos du cheminement du "winemaker" chilien Marcelo Retamal qui œuvre pour Vina De Martino. On y dépeint son parcours des 15 dernières années dans la vallée de Maipo avec le cépage Carmenère. Pour sa première cuvée de Carmenère en 1996, Retamal a choisi de vendanger le 23 mars et il a obtenu un vin qui titrait à 12.3% d'alcool. Un titre alcoolique qui n'existe plus aujourd'hui au Chili pour des vins rouges. Par la suite, Retamal a progressivement repoussé la date des vendanges et le titre alcoolique de ses vins a augmenté en parallèle pour atteindre 14.8% en 2003, avec des vendanges retardées de six semaines et demi et ayant eu lieu aussi tard que le 10 mai. Le fait de repousser autant les vendanges a aussi entraîné le besoin de corriger l'acidité des vins par ajout d'acide tartrique. S'étant rendu à l'extrême, Retamal a ensuite cherché un juste milieu en vendangeant trois semaines plus tôt, soit vers le 20 avril. Cette décision a ramené les taux d'alcool dans la fenêtre des 13-14%, sans besoin de corriger l'acidité. Bien sûr, même dans Maipo il y a des années plus chaudes que d'autres, la date des vendanges peut donc varier d'une année à l'autre pour une maturité similaire du raisin. Mais il est clair que le taux d'alcool est généralement inféodé à la date des vendanges. Si Retamal décidait de nouveau de cueillir ses raisins le 23 mars, le taux d'alcool de son vin retournerait dans les alentours de 12%, comme en 1996.
*
Un bel exemple de cela est celui donné dans cet article à propos du cheminement du "winemaker" chilien Marcelo Retamal qui œuvre pour Vina De Martino. On y dépeint son parcours des 15 dernières années dans la vallée de Maipo avec le cépage Carmenère. Pour sa première cuvée de Carmenère en 1996, Retamal a choisi de vendanger le 23 mars et il a obtenu un vin qui titrait à 12.3% d'alcool. Un titre alcoolique qui n'existe plus aujourd'hui au Chili pour des vins rouges. Par la suite, Retamal a progressivement repoussé la date des vendanges et le titre alcoolique de ses vins a augmenté en parallèle pour atteindre 14.8% en 2003, avec des vendanges retardées de six semaines et demi et ayant eu lieu aussi tard que le 10 mai. Le fait de repousser autant les vendanges a aussi entraîné le besoin de corriger l'acidité des vins par ajout d'acide tartrique. S'étant rendu à l'extrême, Retamal a ensuite cherché un juste milieu en vendangeant trois semaines plus tôt, soit vers le 20 avril. Cette décision a ramené les taux d'alcool dans la fenêtre des 13-14%, sans besoin de corriger l'acidité. Bien sûr, même dans Maipo il y a des années plus chaudes que d'autres, la date des vendanges peut donc varier d'une année à l'autre pour une maturité similaire du raisin. Mais il est clair que le taux d'alcool est généralement inféodé à la date des vendanges. Si Retamal décidait de nouveau de cueillir ses raisins le 23 mars, le taux d'alcool de son vin retournerait dans les alentours de 12%, comme en 1996.
*
jeudi 15 décembre 2011
SUR LE VIF
Pour faire suite à l'information de Nicolas dans le sujet "Un rêve de milliardaire". Voici des liens ici et ici à propos du voyage de Jessica Harnois au Chili en compagnie de trois autres québécois. Rien de neuf pour un "nerd" du Chili comme moi, ça reste à la surface des choses, mais ça pourra intéresser certains amateurs qui suivent ce qui se passe au Chili de moins près que moi. C'est bien de voir une professionnelle reconnue parler positivement des vins de ce pays. Toutefois, j'aurais aimé qu'elle parle plus de producteurs qui font des vins de prix abordable. S'ébaubir devant du Vina Vik de jeunes vignes à 100$ la bouteille, c'est compréhensible jusqu'à un certain point. Ce projet est vraiment particulier et le voir de ses yeux doit être une très belle expérience. Toutefois, le Chili c'est beaucoup plus que ça. Je n'aime pas la hiérarchie vinicole à l'européenne, car pour moi avec le prestige, le prix fort, les gros scores, ça distord tout ce qui est à échelle plus humaine et qui ne joue pas le carte des gros dollars. J'ai peur que Vina Vik devienne le début de ça pour le Chili. Un vignoble de quelques années au milieu de la nature, un vin à 100$ la bouteille en partant, des gros scores, l'amplitude du projet au budget pratiquement illimité et le milliardaire derrière tout ça. Je n'ai rien contre le fait que ça existe. Je suis même pour car c'est un projet axé totalement sur la qualité. C'est juste que cette maladie, la "dollarite prestigieuse", comme le phylloxéra, avait épargné le Chili jusqu'à maintenant. C'est d'ailleurs pour moi ce qui fait une bonne partie de son charme. Alors d'un point de vue égoïste je voudrais que ça demeure ainsi, même si un projet comme Vina Vik va immanquablement attirer l'attention et frapper l'imagination. Plus ça va et plus le monde du vin semble se polariser entre le modèle grand château bordelais et le modèle minimaliste du genre vin d'artisan amant de la nature. Le vin normal, celui situé entre ces extrêmes et bu par la majorité des amateurs semble maintenant trop commun pour qu'on se passionne à son propos.
*
*
dimanche 11 décembre 2011
SIJNN, 2007, SWELLENDAM, MALAGAS WINE COMPANY
Peter Trafford qu'on connaît ici au Québec pour ses vins de la gamme De Trafford, issus de la région de Stellenbosch, est un des partenaires de ce nouveau projet et en est le vinificateur. Ce vin a été produit à partir de très jeunes vignes plantées en 2004 dans la région de Malagas, près des rives de la rivière Breede. Cette région est située à quelques kilomètres de l'océan. C'est un assemblage inusité composé de Syrah (42%), Mourvèdre (26%), Touriga Nacional (21%), Trincadeira (10%) et de 1% de Cabernet Sauvignon. Différents clones de ces cépages ont été greffés sur une variété de porte-greffes résistants à la sécheresse, ce qui permet de limiter l'irrigation dans cette zone relativement aride. Les raisins sont ramenés par camion réfrigéré aux installation de De Trafford à Stellenbosch pour y être vinifiés. La FA a lieu avec des levures indigènes et la FML en barriques de chêne. Le vin est élevé 18 mois en barriques de chêne français de 225 L et 700 L et 30% du bois utilisé est neuf, totalement dans les grandes barriques de 700L. Le vin n'est pas collé, ni filtré, mais adéquatement sulfité. Il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.77. Il est bien sec avec 2.2 gammes par litre de sucres résiduels.
La robe est foncée et opaque. Au nez les arômes sont modérément intenses. On y dénote de la cerise, du fruit noir, des épices orientales et un arôme particulier que j'associe au cépage Mourvèdre et ce n'est pas un arôme phénolé dû aux levures Brettanomyces. En guise de complément on retrouve aussi des notes légèrement vanillées, ainsi qu'un subtil aspect torréfié. En bouche la matière est à la fois dense et généreuse, la structure compacte et le fruité intense. Un trait d'amertume contribue à l'équilibre d'ensemble, alors que des notes épicées viennent enrichir la palette de saveurs. Le milieu de bouche confirme la droiture et la bonne présence du vin, avec tout ce qu'il faut de concentration et aucune impression de lourdeur. La finale est intense et harmonieuse et présente une bonne persistance.
Ceux qui me lisent avec régularité connaissent mon intérêt pour le développement de nouveaux terroirs au Chili. C'est ce même aspect pionnier qui m'a donné le goût de goûter ce vin. Je suis toujours surpris de la qualité qui peut être atteinte lors du premier millésime issu de ces nouveaux vignobles, avec des vignes de seulement trois ans d'âge. Au moment où je complète ce texte je déguste un Chardonnay chilien issu lui aussi de vignes de trois ans, et la qualité est franchement étonnante. Vous aurez donc compris que j'ai bien apprécié ce Sijnn, 2007. Je l'ai apprécié comme un vin à part entière, pas parce qu'il est issu de très jeunes vignes. Je l'ai bu sur trois jours et le premier jour le caractère particulier du Mourvèdre était à l'avant-plan. Cet aspect est disparu les jours suivants et l'assemblage a repris le dessus. Une autre chose que j'ai remarqué avec ce vin, c'est le côté propre de son profil aromatique, sans déviance. Une preuve qu'on peut être un adepte de l'approche peu interventionniste, comme l'est Peter Trafford, et produire des vins qui sont tout de même intègres aromatiquement. Je pense que l'usage raisonné des sulfites y est pour quelque chose. Ceci dit, je demeure dubitatif face à l'apport aromatique des levures indigènes, même dans des vins jeunes comme celui-ci. Quand la fermentation demeure sous contrôle, il n'y a pas vraiment de différence par rapport à ce qui peut être obtenu avec des levures sélectionnées. Ça me semble une prise de risque inutile. Le caractère particulier possible venant des levures indigènes me semble plutôt relever de la perte de contrôle des fermentations, lorsque Sacharomyces cerevisiae ne domine pas l'activité fermentaire comme elle le devrait, et alors il ne faut pas parler de complexité ajoutée, mais plutôt de déviance. Au-delà de ces considérations, ce Sijnn est un vin qu'il vaut la peine de découvrir. À 32$ la bouteille ce n'est pas ce que je considère une véritable aubaine, mais le prix me semble tout à fait honnête par rapport à la qualité offerte. Une belle façon de découvrir ce qui se fait de neuf hors de l'Europe, en évitant les clichés trop souvent associés aux vins du Nouveau-Monde en général.
mardi 6 décembre 2011
Les détenteurs de la vérité
Je suis tombé ce matin sur un autre article délirant du blogueur britannique Jaimie Goode qui décrit qui sont les gens qui sont en mesure de déclarer un vin comme fin et grand. Voici le paragraphe déterminant de son texte:
"I’ve noticed that in recent years a new generation of wine people have emerged who seem to get wine – a group that encompasses winemakers, retailers, critics and agents. They have a more-or-less shared taste, in that they prefer elegance over power, dislike over-ripeness, delight in wines that express a sense of place, aren’t afraid to explore new flavours and lesser known regions, and at the same time respect the classic European fine wines."
Donc, en d'autres termes, pour juger si un vin est grand ou fin, il faut être un professionnel du vin, mais pas n'importe lequel, un professionnel qui souscrit à une certaine vision et à une certaine esthétique du vin.
Ce genre de propos me dégoûte. Jaimie Goode est un blogueur qui est en train de se radicaliser et de s'enfermer dans un carcan idéologique. Mais ce qu'il y a de bien avec les gens sectaires, c'est qu'ils n'ont pas peur de déclarer ouvertement qu'ils pensent posséder la vérité. Au moins cela a le mérite d'être clair. Ordinairement les professionnels du vin ne sont pas aussi directs avec les amateurs. On ressort les clichés. On dit au consommateur que ce qui compte c'est de développer son propre goût. Qu'il n'y a pas de goûts supérieurs à d'autres. Certains de ces professionnels du vin sont sincères lorsqu'ils y vont de ces affirmations. Mais une bonne partie d'entre eux pensent au contraire qu'il faut apprendre le vrai goût, et que seulement certains chemins y mènent, en autant qu'on les fréquentent suffisamment. Ce qui est vrai pour des professionnels l'est aussi pour certains amateurs qui pensent avoir assez fréquenté les passages obligés pour pouvoir distinguer ce qui est vraiment bon et vraiment fin de ce qui ne l'est pas. Ces gens sont convaincus de faire partie d'une caste d'initiés qui a gagné son droit d'entrée au Saint des Saints de la chose vinique. Ces gens déconsidéreront l'opinion de celui qu'ils jugeront comme un non initié. Celui qui selon eux n'aura pas suffisamment parcourus les chemins prescrits. Ceux qui donnent le droit d'entrer dans le groupe des détenteurs de la vérité.
Personnellement, je n'ai jamais eu envie de faire partie de ces Chevaliers de Colomb de la bouteille, et de passer leurs rites d'initiation. Je n'ai jamais eu envie de montrer patte blanche et de me conformer à leurs diktats. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai créé ce blogue. Pour pouvoir exprimer ma pensée en toute liberté, sans l'imposer et sans prétendre que je détiens la vérité absolue. J'ai créé ce blogue parce que je fréquente souvent d'autres chemins que les fameux passages obligés, et que cela me permet parfois d'avoir une perspective différente des choses, où les effets de contraste sont inversés. Finalement, je tiens un blogue parce qu'il est réconfortant de savoir que ceux qui me lisent le font par choix, et qu'ainsi, eux aussi exercent leur liberté. Si j'étais un détenteur de la vérité, je ne tiendrais pas de blogue, car on sait bien que toute vérité n'est pas bonne à dire...
*
"I’ve noticed that in recent years a new generation of wine people have emerged who seem to get wine – a group that encompasses winemakers, retailers, critics and agents. They have a more-or-less shared taste, in that they prefer elegance over power, dislike over-ripeness, delight in wines that express a sense of place, aren’t afraid to explore new flavours and lesser known regions, and at the same time respect the classic European fine wines."
Donc, en d'autres termes, pour juger si un vin est grand ou fin, il faut être un professionnel du vin, mais pas n'importe lequel, un professionnel qui souscrit à une certaine vision et à une certaine esthétique du vin.
Ce genre de propos me dégoûte. Jaimie Goode est un blogueur qui est en train de se radicaliser et de s'enfermer dans un carcan idéologique. Mais ce qu'il y a de bien avec les gens sectaires, c'est qu'ils n'ont pas peur de déclarer ouvertement qu'ils pensent posséder la vérité. Au moins cela a le mérite d'être clair. Ordinairement les professionnels du vin ne sont pas aussi directs avec les amateurs. On ressort les clichés. On dit au consommateur que ce qui compte c'est de développer son propre goût. Qu'il n'y a pas de goûts supérieurs à d'autres. Certains de ces professionnels du vin sont sincères lorsqu'ils y vont de ces affirmations. Mais une bonne partie d'entre eux pensent au contraire qu'il faut apprendre le vrai goût, et que seulement certains chemins y mènent, en autant qu'on les fréquentent suffisamment. Ce qui est vrai pour des professionnels l'est aussi pour certains amateurs qui pensent avoir assez fréquenté les passages obligés pour pouvoir distinguer ce qui est vraiment bon et vraiment fin de ce qui ne l'est pas. Ces gens sont convaincus de faire partie d'une caste d'initiés qui a gagné son droit d'entrée au Saint des Saints de la chose vinique. Ces gens déconsidéreront l'opinion de celui qu'ils jugeront comme un non initié. Celui qui selon eux n'aura pas suffisamment parcourus les chemins prescrits. Ceux qui donnent le droit d'entrer dans le groupe des détenteurs de la vérité.
Personnellement, je n'ai jamais eu envie de faire partie de ces Chevaliers de Colomb de la bouteille, et de passer leurs rites d'initiation. Je n'ai jamais eu envie de montrer patte blanche et de me conformer à leurs diktats. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai créé ce blogue. Pour pouvoir exprimer ma pensée en toute liberté, sans l'imposer et sans prétendre que je détiens la vérité absolue. J'ai créé ce blogue parce que je fréquente souvent d'autres chemins que les fameux passages obligés, et que cela me permet parfois d'avoir une perspective différente des choses, où les effets de contraste sont inversés. Finalement, je tiens un blogue parce qu'il est réconfortant de savoir que ceux qui me lisent le font par choix, et qu'ainsi, eux aussi exercent leur liberté. Si j'étais un détenteur de la vérité, je ne tiendrais pas de blogue, car on sait bien que toute vérité n'est pas bonne à dire...
*
mercredi 30 novembre 2011
La prix d'une bouteille de vin est-il toujours le reflet de la qualité du liquide qu'elle contient?
Dans le passé on m'a souvent reproché d'écrire que certains vins chiliens qui m'avaient plu étaient aussi bons que des vins français vendus deux fois plus chers. C'est donc avec amusement que je suis tombé sur ce petit texte à propos de Cabernet Sauvignon, Max Reserva, 2009, Aconcagua, Vina Errazuriz. La personne qui a écrit ça est plus généreuse que moi, elle dit que ce "Max Reserva" vaut des vins vendus de deux à cinq fois plus chers, en se basant sur un prix de 20.70$. Ce vin est actuellement disponible à la SAQ pour 18.95$. Certains penseront qu'une telle affirmation manque de sérieux, pour ma part je pense qu'elle est parfaitement justifiée. J'ai ouvert une bouteille de ce vin, du millésime 1999, il y a deux semaines et je suis convaincu qu'en pure aveugle plusieurs auraient été totalement confondus. Le vin montrait un superbe profil de Cab mi-évolué, ayant perdu sa typicité chilienne de prime jeunesse pour se recentrer sur les caractéristiques du cépage. Il aurait facilement pu être pris pour un beau vin de Bordeaux.
mardi 29 novembre 2011
PINOT NOIR, GRAN CUVÉE, 2010, MUY ALTO MAIPO, VINA WILLIAM FÈVRE
J'ai ouvert ce vin dimanche passé et en le dégustant je suis tombé sur un article où William Fèvre exprime son appui au Front National de Marine LePen, tout en disant du même souffle qu'il est parti faire du vin au Chili de « Monsieur » Pinochet, au début des années 90, à cause de l'arrivée au pouvoir des socialistes en France. Disons que c'est une mauvaise coïncidence pour ouvrir une première bouteille ayant son nom sur l'étiquette, et ça mets dans de mauvaise dispositions pour la suite. Il faut dire qu'au strict plan vinique, je n'étais déjà pas dans les meilleures dispositions. Ce vin est déjà sur les tablettes de la SAQ depuis quelques millésimes et je ne l'avais jamais acheté auparavant car je ne voyais pas l'intérêt de faire du Pinot dans la chaude vallée de Maipo, même dans sa partie moins chaude du Haut-Maipo (Alto Maipo). Toutefois, des lectures récentes ont attisé ma curiosité à propos de ce producteur qui n'a aujourd'hui plus rien à voir avec William Fèvre, sauf son nom qui fut conservé, probablement pour une question de prestige dans un but commercial. Disons qu'avec la récente prise de position du bonhomme, l'image et le prestige viennent d'en prendre un coup. Ça incitera peut-être l'ancien partenaire chilien de M. Fèvre, la famille Pino qui a racheté ses parts dans l'entreprise, à changer de nom. À moins que ceux-ci partagent ses vues politiques et soient des admirateurs de Pinochet. Toujours est-il que pour revenir au vin, c'est lorsque j'ai appris la localisation exacte du vignoble d'où est issu ce vin, et l'implication de Pedro Parra, dans la réévaluation de ce qui avait été fait depuis 20 ans, que j'ai voulu donner une chance à ce vin. Le vignoble en question est situé dans le « Muy Alto Maipo », soit le très haut Maipo, situé 400 m plus haut que l'Alto Maipo et encore plus près des montagnes, sur les pentes d'un canyon enserrant la rivière Maipo. Malgré cela j'avais encore des doutes, car Parra a décidé de greffer du Cabernet Sauvignon sur les racines d'une partie du Chardonnay et du Pinot Noir qui y étaient déjà plantés. Si du Cab peut murir à cet endroit, ce n'est pas bon signe pour le Pinot Noir cultivé pas très loin, même si la nature exacte du sol peut être différente. Il n'y a rien comme goûter pour se faire une idée plus claire. Voici donc mes impressions sur ce vin où je l'avoue j'étais un peu biaisé d'avance.
La robe est de teinte rubis passablement translucide. Le nez présente les caractéristique de base du cépage avec des arômes de fraise et de cerise auxquels s'ajoutent des notes doucement épicées et légèrement torréfiées, ainsi qu'une légère pointe fraîchement végétale. En bouche, l'attaque surprend par sa vivacité et l'intensité de ses saveurs, ainsi que par une présence marquée de l'amertume. Ce surplus amer nuit à l'équilibre général du vin qui n'a pas assez de fruit et de matière pour donner équitablement le change. Ce qui fait qu'on se retrouve avec une vin intense, mais pas vraiment agréable. La finale n'arrange rien à l'affaire, l'amertume y gagnant encore en importance.
Je n'ai pas l'habitude de parler ici des vins que je n'ai pas aimés. Si j'ai décidé de commenter celui-ci, c'est qu'il me semble un exemple intéressant pour illustrer l'évolution du Chili vinicole depuis le début de sa révolution qualitative axée sur le développement de nouveaux terroirs plus frais. Comme je le disais à la fin de mon introduction, j'étais biaisé d'entrée face à ce vin, mais après m'être tapé la bouteille en entier sur trois jours, je pense que mon jugement sur celui-ci est tout de même solide, même s'il confirme mes appréhensions de départ. Je trouve que ce vin est un bel exemple de ce qui n'allait pas dans l'ancien Chili où la facilité et la prise de risque minimale étaient de mise. Même si dans ce cas-ci planter du Pinot dans les hauteur de la vallée de Maipo était déjà mieux que de le faire sur le plancher de celle-ci. Il n'en reste pas moins que ce choix était inadéquat. Cela ne veut cependant pas dire que le terroir choisi était mauvais, ce sont les cépages bourguignons qui y ont été plantés qui n'étaient pas appropriés. En ce sens, j'aimerais bien goûter le Cabernet Sauvignon qui est aujourd'hui produit à cet endroit, mais pour moi il est clair que ce terroir n'est pas compatible avec la production de Pinot Noir de grande qualité. Surtout quand on pense que ces vignes de Pinot ont de l'âge, ce qui est relativement rare au Chili pour ce cépage. On a beau vinifier méticuleusement les fruits avec le souci d'en tirer le meilleur vin possible. Il n'y a pas de substitut à la qualité de la matière première, et cette qualité est indissociable d'un mariage approprié entre le cépage et le terroir. Cette cuvée qui n'a de grand que le nom en est un exemple probant. Le vin n'est pas totalement mauvais, c'est buvable, mais sans plus. Il ne faut surtout pas se baser sur ce vin pour se faire une idée du potentiel du Pinot Noir au Chili. Les bases vinicoles de l'aventure chilienne de William Fèvre étaient aussi boiteuses que sa pensée politique. Que peut-on greffer sur des racines d'extrême droite?
Inscription à :
Articles (Atom)