samedi 16 octobre 2010

CABERNET SAUVIGNON, 2008, ACONCAGUA, ARBOLEDA




À la fin d'août dernier j'ai parlé du Cabernet Sauvignon, 2001, de Arboleda. En 2001, c'était les début de Arboleda, et ce vin provenait de la vallée de Maipo, ce qui était temporaire. Maintenant le Cabernet Sauvignon de cette « boutique winery » provient de son propre vignoble planté en 1999 et 2000 dans le milieu de la vallée de l'Aconcagua. Ce vin est en fait un assemblage comprenant 15% de Cabernet Franc. L'année 2008 fut fraîche dans cette région, ce qui a repoussé les vendanges jusqu'à la première semaine de mai. Cela explique probablement le titre alcoolique relativement modéré de 14% qu'il affiche, ainsi que le bas pH de 3.48. Le vin a été élevé un an en barriques de chêne français (88%) et américain (12%), dont 44% étaient neuves. J'ai dégusté ce vin sur deux jours, en conservant la deuxième moitié en bouteille de 375 ml pleine. Le vin a beaucoup changé en 24 heures. Le jour de l'ouverture, il était assez marqué par l'apport boisé doucement épicé et vanillé, alors que le lendemain, cet aspect avait pratiquement disparu pour laisser les caractéristiques de base du vin s'exprimer, c'est-à-dire ce que donne ce cépage sur ce terroir.

La robe est sombre et opaque. Le nez de base exhale des arômes de cerises, de cassis, de bois de cèdre et de menthol, complétés par de légères notes terreuses et florales. Le premier jour, un aspect d'épices douces, incluant la vanille, s'ajoutait et marquait le profil d'ensemble. J'ai aimé les deux versions, même si la deuxième était plus sérieuse... En bouche, le vin montre un bel équilibre et de belles proportions. Il a une bonne matière, mais ne joue pas la carte de l'extraction poussée et de la très grande concentration. Le premier jour, le boisé semblait arrondir les angles, tout en ajoutant de la douceur au niveau gustatif, alors que le lendemain, le vin montrait un aspect un peu plus sec et rude, même si dans l'absolu ça demeure un vin d'une belle souplesse. C'est juste que le vin avait juste perdu son côté impeccablement lisse. D'autre part, le fruit est de belle qualité, avec de la fraîcheur, et est soutenu par une juste dose d'amertume. La finale est un peu sévère, et de bonne persistance, avec l'amertume de chocolat noir qui gagne un peu en importance plus la fin approche.

Si j'avais totalement vidé cette bouteille la première journée, je serais passé à côté d'une expérience étonnante et très intéressante. Je n'ai pas souvenir d'un vin ayant vu son aspect boisé s'atténuer et se transformer en si peu de temps. J'avais bu sur trois jours un Carmenère, Terrunyo, 2007, Cachapoal, Concha y Toro, le week-end dernier. Ce vin était une bête boisée à l'ouverture, et c'est resté ainsi pendant les trois jours. Dans le cas de ce Cabernet, il était bien plus équilibré dès le départ, avec un boisé moins imposant, même si bien présent. J'ignore ce qui peut expliquer ce phénomène. Toujours est-il que c'est un vin que j'ai bien apprécié. Un vin qui montre les proportions que j'aime tant dans ce type de vin chilien. Le producteur parle d'un bon potentiel de garde pour celui-ci, et j'ai tendance à croire que c'est bien vu. Ce vin est présentement réduit de 18.95$ à 16.45$ dans la circulaire actuelle de la SAQ, et aujourd'hui en ce samedi, on pourra l'acheter avec un rabais additionnel de 10% qui portera son prix à 14.80$. À ce prix, c'est un RQP carrément imbattable. Dans l'article de Jancis Robinson que je référençais hier, elle recommandait ce vin, tout comme le Terrunyo que j'évoquais plus haut. En Grande-Bretagne, ces deux vins se vendent presque pour le même prix, alors qu'ici, le Arboleda est beaucoup moins cher, et sera encore beaucoup moins cher demain. Environ la moitié du prix suggéré en Grande-Bretagne. Pour une fois que la balance penche de notre côté, c'est une bonne occasion d'en profiter.

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jeudi 14 octobre 2010

Chili-Argentine: Deux réalités

Pour continuer dans la veine britannique, je suis tombé aujourd’hui sur un article intéressant de Jancis Robinson dans le Financial Times, où elle compare du point de vue vinicole le Chili et l’Argentine. On y apprend que le Chili fait très bonne figure sur le marché anglais avec pas moins de 9% de parts de marché (au Québec le Chili stagne aux environ de 3%), alors que l’Argentine, malgré qu’elle y concentre ses plus grands efforts, arrive à peine à dépasser le 1% de parts de marché (au Québec l’Argentine, portée par la gamme Fuzion, obtient un impressionnant 8%). Par contre, aux États-Unis, les deux pays sont nez à nez, avec chacun 9% des parts de marché, mais l’Argentine devance le Chili en terme de valeur des exportation. Selon Jancis Robinson, sur le marché américain, le Chili peine à se défaire de son image de pourvoyeur de bons vins pas chers, alors que le Malbec argentin de son côté présente une alternative abordable aux vins californiens. Finalement, elle souligne le grand avantage du Chili sur l’Argentine, soit la diversité. Elle note que malgré des progrès, l’offre argentine en blanc demeure limitée, contrairement au Chili qui a beaucoup progressé dans ce domaine. Elle souligne aussi que ce qui ce qui rend le Chili si intéressant à suivre, c’est la vitesse à laquelle les changements surviennent, avec constamment de nouveaux terroirs, et de plus en plus de cépages différents qui y sont cultivés.

J’ai souvent lu que dans le monde anglo-saxon, le Royaume-Uni était le pays ayant le goût général supposément le plus raffiné. On dit qu’on y apprécie de manière générale les vins moins doux, moins boisés, moins lourds et plus frais et plus acides. Le succès rencontré par les vins chiliens dans ce pays semble cadrer avec cette idée générale. Les vins chiliens, rouges comme blancs, ont généralement de la fraîcheur, tant aromatique que structurelle. La fraîcheur aromatique semble causer problème à plusieurs ici au Québec, mais pour moi c’est un caractère distinctif positif. Une chose est sûre à mes yeux, à 3,4% de parts de marché, et compte tenu du RQP général très favorable de ces vins, ceux-ci n’ont pas la reconnaissance qu’ils devraient avoir ici au Québec. Cherchez l’erreur...

http://www.ft.com/cms/s/2/e31cb6be-c769-11df-aeb1-00144feab49a.html



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Vins fabriqués et vins sérieux

Comme je l’écrivais dans un message précédant, j’aime fréquenter les auteurs britanniques lorsqu’il est question de vin. Un de mes blogueurs préférés était Jaimie Goode qui tient le très intéressant site Wineanorak. Le gars est un vrai passionné de vin qui parle de vins et de producteurs de tous horizons. C’est aussi un scientifique de formation qui a écrit le livre “The science of wine”. Toujours est-il qu’hier en visitant son blogue, je suis tombé sur un texte de sa part qui m’a semblé consternant (voir lien). J’ai souvent parlé ici, avec une pointe d’ironie, de ce que j’appelle le “vrai goût”, et de la pression qui existait pour s’y conformer si on voulait accéder au statut de “vrai amateur”. Et bien il faut lire le texte de M. Goode pour se convaincre de la réalité de ce phénomène. Je n’ai jamais rien lu d’aussi condescendant à propos du vin et de ceux qui s’y intéressent. Le pire, c’est que M. Goode était conscient en l’écrivant de l’arrogance de son texte, mais malgré tout il a senti le besoin de le publier. Il est rare qu’un “winewriter” se livre aussi ouvertement sur ce qu’il pense vraiment sur ce sujet. D’habitude on vous débitera des banalités du genre que chaque dégustateur doit apprendre à se connaître, et que ce qui compte c’est notre propre perception. M. Goode lui rompt avec la langue de bois et livre le fond de sa pensée en la matière. Selon lui, à peu près tous les journalistes qui écrivent sur le vin savent assez bien distinguer les bons vins des mauvais. Toutefois, là où plusieurs échouent lamentablement, c’est dans la capacité de distinguer les vins vraiment sérieux de ceux fabriqués pour impressionner. Selon M. Goode donc, seule une caste supérieurement douée sait faire ce qui compte le plus pour quelqu’un écrivant à propos du vin, c’est-à-dire distinguer les vins exceptionnels et sérieux, des vins simplement excellents!!!... WOW!!! Je n’ai jamais rien lu d’aussi brutalement honnête. Je ne sais pas si M. Goode avait trop bu de vin exceptionnel et sérieux lorsqu’il a pondu ce grand texte, et que c’est sans inhibition aucune qu’il a livré le fond de sa pensée. Mais une chose est sûre, ça va droit au but, et à mon sens c’est assez révélateur de la mentalité d’une certaine catégorie de dégustateurs qui ont la chance de goûter à beaucoup de vins très renommés. Comprenez-moi bien. Je ne mets pas tous les dégustateurs buvant régulièrement des vins renommés dans cette catégorie. Mais comme je l’ai déjà dit, lorsqu’on atteint certains sommets, immanquablement la perspective change, et le danger est alors grand de ne regarder que vers le bas. Si on ne se souvient pas du parcours qui nous a mené vers le haut, il devient facile de perdre le contact avec la réalité de la grande majorité des dégustateurs, et d’oublier que ce qui fait un dégustateur, ce n’est pas juste la renommée des vins qu’il a eu la chance de déguster. Combien de chroniqueurs qui écrivent sur le vin en s’adressant à un large public ont au fond la même vision des choses que M. Goode? Mon but n’est pas de dire que tout se vaut en matière de vin. Ce qui m’embête, c’est l’attitude hiérarchique, autant pour les vins que pour les dégustateurs. Ce genre de vision dévalorise la plus grande partie du monde du vin. Le vin qui est bu par la grande majorité des gens. Pour moi, le vin et l’humilité doivent aller de pair. J’aimerais bien voir M. Goode en pure aveugle distinguer les vins sérieux des vins fabriqués, les vins exceptionnels des vins simplement excellents. Je pense qu’il reprendrait contact avec la réalité et reverrait assez vite sa copie.
 
  http://www.wineanorak.com/wineblog/uncategorized/controverialist-judgements-of-quality-in-wine#comments


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vendredi 8 octobre 2010

CHARDONNAY, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, VINA TABALI


Quand j’ai commencé à m’intéresser aux vins chiliens, vers la fin des années 90, la plupart des vins de Chardonnay chiliens venaient de la chaude vallée centrale où on plantait à proximité du Cabernet Sauvignon et du Chardonnay. Ce terroir, de manière générale, convenait assez bien au Cabernet, mais pour le Chardonnay il était clairement inapproprié. On a ensuite vu apparaître graduellement les premiers vins de Chardonnay issu de Casablanca, la première région plus fraîche développée au Chili. Le mouvement se continue aujourd’hui avec les premiers vins de Chardonnay issus de nouvelles régions encore plus fraîches, comme San Antonio, Bio Bio, Malleco et Limari. Pour avoir goûter quelques Chardos de Limari la semaine passée, lors de la dernière dégustation de “Vins du Chili”. Cette région produit avec ce cépage un style de vin se rapprochant de la référence bourguignonne. Malheureusement, je n’ai pas encore pu goûter les quelques “top cuvées” issues de cette région, mais les vins de niveau intermédiaire sont vraiment très prometteurs. Voyons de quoi il en retourne avec ce “Reserva Especial”.

La robe est d’une teinte jaune pâle. Le nez est réservé et fin. Il dégage des arômes de citron, de pêche, de noix, et de miel. Le profil olfactif est assez simple et plutôt réservé à ce stade, mais la qualité aromatique est au rendez-vous. En bouche, le vin montre un bel équilibre entre l’acidité et le gras. C’est à la fois frais et légèrement onctueux. L’expression des saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez, mais avec pas mal plus d’intensité. Belle tenue en milieu de bouche d’où se dégage une certaine élégance. L’acidité joue toujours un rôle central dans le profil frais de ce vin qui sans être rond montre tout de même un peu de volume. La finale est réussie, avec un sursaut dans l’intensité des saveurs auxquelles s’ajoute un léger trait d’amertume. La persistance est de bon niveau.

Très beau vin de Chardonnay, fin et élégant, à défaut d’être complexe et très concentré. Avec un vin de ce style, il est clair que le Chili poursuit sa progression vers la diversité stylistique. C’est l’antithèse du vin fait pour impressionner. En ce qui me concerne, c’est le signe d’un début de maturité du petit monde vinicole chilien. Ce pays travaille d’arrache-pied pour corriger son image, et un vin comme celui-ci est un signe clair de progression. Comprenez-moi bien, ce n’est pas un grand vin, mais c’est un très bon vin qui de par son style nuancé s’adresse à un public d’amateurs qui négligent généralement les vins de ce pays. De plus, comme c’est souvent le cas avec les vins chiliens, le consommateur y trouvera facilement son compte au prix demandé de 19.95$ à la SAQ.


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jeudi 7 octobre 2010

L'exemple britannique

Petite visite ce matin sur le site de la revue britannique Decanter où je suis tombé sur un article intéressant qui m’a ramené à des propos que je tenais ici dernièrement sur le francocentrisme québécois en matière de vin. Dans cet article de Decanter, on rapporte les propos du "winewriter" Andrew Jefford à propos de la haute qualité que peuvent atteindre les vins de Chardonnay en Australie. D’entrée, on cite un commentaire où M. Jefford a lui aussi la vilaine idée de comparer avec l’étalon français en disant, et je cite: "Le Chardonnay australien peut surpasser sans effort des bourgognes de top niveau". De tels propos tenus par une personnalité québécoise reconnue dans le monde du vin seraient considérés comme rien de moins que blasphématoires. Celui qui oserait écrire cela verrait sa crédibilité compromise et son bon jugement mis en cause. Heureusement pour M. Jefford, au Royaume-Uni ça ne risque pas de lui arriver. En général, j’aime lire les britanniques qui écrivent sur le vin. Je trouve que c’est un pays possédant le palais et le marché diversifiés que je souhaiterais pour le Québec. C’est un pays exposé à des influences et des affinités multiples, de par sa géographie et sa langue. La géographie explique l’attrait pour le culture européenne du vin, alors que la langue a provoqué une ouverture plus facile sur les pays vinicoles anglo-saxons du Nouveau-Monde. Pour moi, c’est une autre preuve que la notion de palais inné n’a aucun sens. Bien sûr, il y a une composante physiologique dans les préférences possibles en matière de vin, mais l’élément le plus important est culturel et en ce sens tient de l’acquis.

http://www.decanter.com/news/wine-news/502263/chardonnay-is-australia-s-best-variety-says-jefford


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mardi 5 octobre 2010

CABERNET SAUVIGNON, ZARDOZ, 2007, MAIPO, VINA INDOMITA


À l’inverse de plusieurs producteurs chiliens de la vallée centrale qui produisent des blancs et du Pinot Noir issus de vignobles satellites dans la région fraîche de Casablanca. Vina Indomita est installé dans la vallée de Casablanca, mais a un vignoble dans Maipo pour ses rouges de cépages bordelais. Ce Zardoz est le vin “icône” de la maison. Il s’agit en fait d’un assemblage contenant, en plus du Cabernet Sauvignon, 10% de l’emblématique Carmenère. Pour le reste, je n’ai pu trouver de détails sur l’élaboration de cette cuvée, ni sur la location exacte du vignoble dans Maipo. Ce vin a été offert initialement par la SAQ via le Courrier Vinicole. Malgré les très bons commentaires qu’il y avait dans le catalogue du CV, les stocks disponibles ne se sont pas complètement vendus, si bien que le vin vient d’apparaître dans quelques succursales.

La robe est opaque et bien sombre. Le nez est surprenant et ne fait pas Cab de Maipo, sans cassis, ni menthol évidents. Pour moi, il se rapproche plus du genre international ou on aurait de la difficulté à distinguer entre un bordeaux de style moderne, ou bien Cali Cab modéré. Ce n’est qu’une impression, mais toujours est-il que j’y ai perçu en dominante du fruit noir de très belle qualité, et un arôme de café bien affirmé. Pour compléter l’ensemble, on retrouve des notes de pâtisserie doucement épicées. Un nez de vin jeune très agréable, avec de l’éclat et un bel équilibre entre le fruit et les notes boisées de qualité . La bouche quant à elle est marquée d’entrée au sceau de la souplesse. Le vin montre un bon volume et tapisse agréablement la bouche de ses saveurs de doux fruits noirs épicés. Un trait d’amertume bien dosé vient contenir la douceur de l’ensemble. Le milieu de bouche révèle un vin toujours aussi souple, montrant un niveau de concentration supérieur, du volume et des saveurs intenses. La finale n’est pas en reste, les saveurs y montent d’un cran en intensité, et se fondent admirablement sur une allonge de fort calibre.

Que dire de plus sinon que j’ai adoré ce vin. C’est un vin qui donne déjà beaucoup de plaisir dans son état actuel. Bien sûr, pour prendre son pied avec ce vin il ne faut pas être pris dans les méandres de l’idéologie stylistique. Ce n’est pas un vin pour les talibans de la bouteille!!!! Ici au Québec, ce genre de zélés, avec ce type de vin, ont rapidement le mot “guidoune” aux lèvres. Un équivalent québécois de péripatéticienne. C’est vrai, ce Zardoz est un vin qui donne un plaisir immédiat et voluptueux. C’est un vin qui a de la douceur et des courbes, et qui ne semble pas en avoir honte. Ce n’est donc pas un vin intellectuel. Il n’y a pas de fantasmes à y projeter, le plaisir est là, à prendre, simplement. Ceci dit, c’est aussi un vin possédant un bon potentiel d’évolution. La matière est généreuse et la qualité palpable. C’est pour moi le type de vin où on ne pourra parler de bonification, mais plutôt d’évolution, ou de transformation. Il est déjà très bon dans sa livrée de jeunesse, mais selon moi, le temps saura le transformer en une version aux formes et aux teintes plus subtiles. Je suis de ceux qui pensent qu’il est possible d’apprécier l’évidence et la subtilité. Il faut juste éviter le sectarisme, et ouvrir la bonne bouteille au bon moment. Alors quand vous serez dans un état favorable aux plaisirs faciles, ouvrez ce vin. Dans quelques années, lorsque vous serez dans un état plus méditatif, vous pourrez ouvrir la même bouteille en y trouvant aussi votre compte. C’est là un des avantages de certains vins, et je pense que ce Zardoz en fait partie. Belle découverte et prix avantageux.



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vendredi 1 octobre 2010

VERTICE, 2006, APALTA, COLCHAGUA, VINA VENTISQUERO


J’ai eu la chance de goûter plusieurs vins de Ventisquero lors des dernières dégustations de “Vins du Chili” tenues à Montréal, et j’avais beaucoup apprécié. Ce Vertice, à ma connaissance, est le deuxième vin de ce producteur à être offert par la SAQ, par le biais du Courrier Vinicole. Je n’avais pas obtenu le premier, un Sauvignon Blanc de la gamme Queulat, ce sera donc pour moi la première occasion que j’aurai de déguster tranquillement un vin de ce producteur. Lors des dégustations évoquées plus haut, j’avais particulièrement apprécié les vins des gammes Queulat et Grey qui montraient des RQP de haut niveau. Avec ce Vertice (35$), on se retrouve dans le haut de gamme du producteur, juste derrière le grand vin de la maison, la Syrah Pangea (65$ en IP). Ces deux vins sont élaborés par l’oenologue Felipe Tosso, en collaboration avec l’australien John Duval qui fut longtemps chez Penfolds, étant entre autre responsable de l’élaboration du réputé Grange. D’ailleurs, Duval pense que le potentiel de la Syrah au Chili est énorme. Pour en revenir à ce Vertice, il s’agit d’un assemblage à parts pratiquement égales de Carmenère (51%) et de Syrah (49%). Les deux cépages proviennent de parcelles différentes du même vignoble pentu situé à Apalta. Ils sont plantés sur des types de sols différents, argileux pour le Carmenère et granitiques pour la Syrah. La Syrah fut vendangée dans la dernière semaine d’avril, ce qui est tard pour cette région et indique des conditions relativement tempérées, alors que sans surprise, le tardif Carmenère fut récolté lors de la troisième semaine de mai. Le vin a été élevé pour 20 mois en barriques de chêne français d’âge non spécifié.

La robe est très foncée et impénétrable. Le nez est bien dosé, s’exprimant tout en délicatesse avec des arômes d’une très belle qualité, incluant les fruit rouges et noirs, le poivre noir, les herbes aromatiques, la terre humide, la fumée et le chocolat noir. Très beau nez, complexe et raffiné, où la qualité supérieure est évidente. En bouche, l’attaque est ample et souple. L’aspect soyeux de la texture se fait remarquer dès le départ. Comme on dit, c’est lisse et ça glisse, sans effort, tout en douceur, avec une superbe présence fruitée balancée par une juste dose d’amertume. Les notes épicées et terreuses se mêlent agréablement au fruit pour produire un bel effet gustatif. Le milieu de bouche révèle un vin de très bonne tenue, à la concentration élevée, mais évitant aisément de tomber dans la lourdeur. Pour conclure, on a droit à une finale fondue et harmonieuse où rien ne dépasse, sur un allonge de bon niveau aux relents de chocolat noir.

Superbe vin! L’élégance chilienne à l’oeuvre. Un vin qui défie les idées préconçues. Même moi qui suis vendu au Chili, quand je pense Apalta, ou au coeur de Colchagua, je pense maturité poussée du fruit, vin puissant et généreux qui en met plein la gueule, surtout pour un vin relativement ambitieux comme celui-ci. Et bien ce vin a joué un bon tour à mes préjugés car dans son style, il se présente tout en finesse et en délicatesse, avec une belle fraîcheur, et ce, malgré qu’il titre à 14.5% d’alcool. En le dégustant, je n’ai pu m’empêché de penser au “Dix de Los Vascos, 2004”, un autre vin relativement ambitieux de Colchagua qui m’avait bien surpris par son caractère fin et modéré. Les profils sont bien sûrs différents, “Le Dix” étant un Cabernet, mais j’y ai retrouvé la même sensation de raffinement. Dans les deux cas j’avais l’impression d’être en face de vins privilégiant l’équilibre et la finesse, à l’extraction débridée et à la puissance. Le Vertice pourrait sûrement être qualifié de plus moderne, mais pour moi, il s’agit du beau visage du modernisme. J’ai aussi bien aimé le mariage aromatique entre le Carmenère et la Syrah. Le producteur recommande une garde pouvant aller jusqu’à 10 ans. Personnellement, je pense que c’est très conservateur comme évaluation, et que ce vin a ce qu’il faut pour bien évoluer sur au moins 20 ans. La bonne nouvelle, c’est que les résiduels du Courrier Vinicole sont maintenant en tablettes, et qu’on peut s’offrir ce vin ce week-end pour aussi peu que 31.50$. Je n’avais acheté que deux bouteilles au Courrier Vinicole. Je vais en rajouter quelques-unes en fin de semaine. C’est à mon avis un fort RQP, comparable à des super-premiums chiliens offerts pour le double de prix, et pour faire changement, je ne parlerai pas du reste du monde!!! Une autre beauté du Chili, c'est que les producteurs encore peu reconnus peuvent offrir de superbes aubaines dans le plus haut de gamme. Tant que le fameux seuil de 95 de WS ou WA n'a pas été atteint, on peut être assez tranquilles côté prix. J'ai vu cette semaine le Vinedo Chadwick, 2006, offert en Ontario pour rien de moins que 165$!!! Du pur délire en ce qui me concerne. Mais s'il y a des acheteurs, je ne blâme pas M. Chadwick, et tant mieux pour lui. En ce qui me concerne, je m'intéresse au Chili pour ses superbes vins offerts à de très bons prix. Quand on rejoint la folie vue ailleurs, je ne suis pas.
 
 
 
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samedi 25 septembre 2010

Très longue réponse à Olivier

Suite à un message très étoffé d’Olivier Collin, sur le sujet précédant. J’ai décidé de publier ma longue réponse sur un nouveau message. Ce sera plus facile à lire, et ça touche à des points fondamentaux de ma démarche. Ça pourra permettre à ceux qui ne me connaissent pas d’en savoir plus sur mon approche des choses, et sur le pourquoi de ce blogue.






Salut Olivier,

Te souviens-tu du temps de mes premiers écrits sur le forum Crus & Saveurs? Tu m’avais invité pour me connaître et partager quelques bouteilles. Surpris de ton invitation, et un peu pour m’esquiver. Je t’avais demandé quel était ton but, convertir l’hérétique? Plusieurs années plus tard je ne peux que sourire quand tu évoques ma possible métamorphose! Beaucoup de vin a coulé depuis ce temps, mais rien ne semble avoir changé entre nous, toujours aux antipodes.

Pourtant, bien des choses se sont passées pour moi depuis ce temps. Je n’avais pas accepté cette invitation de ta part par crainte de mal paraître, comme bien des gens qui s’aventurent dans le monde du vin. Mais aussi parce que je sentais déjà qu’il y avait quelque chose d’irréconciliable dans nos approches respectives. Toutefois, par la suite, j’ai accepté bien d’autres invitations de divers amateurs passionnés, et je me suis moi-même impliqué pour participer à de nombreuses dégustations à l’aveugle. Cela m’a permis de déguster une bonne variété de vins, des vins pas mal plus chers que ce que je me permettais alors. J’ai ainsi pu faire des comparaisons, tout en élargissant mes horizons. Dans ce processus exploratoire j’ai fait des découvertes positives, et d’autres négatives, qui m’ont permis de mieux me connaître comme dégustateur. Mon exploration n’a pas été exhaustive, loin de là, mais je pense qu’elle m’a donné une assez bonne idée de ce que recèle en général le paysage vinicole mondial. Il faut dire que je n’ai jamais eu l'ambition de devenir un réel expert, une sommité. Néanmoins, chemin faisant, j’ai aussi rencontré beaucoup de passionnés sincères, de réels fous du vin, qui assumaient très bien leur folie. J’ai aussi rencontré d’autres types d’amateurs qui eux m’ont moins inspiré. Des membres, ou aspirants membres, du fameux club que j’évoquais dans mon message précédant. Toujours est-il que j’ai eu la chance d’avoir de nombreuses discussions très enrichissantes avec plusieurs de ces amateurs. Ils m’ont fait part de leurs expériences, de leur vision des choses, en tout respect. Je pense que toutes ces expériences m’ont permis d’avoir une meilleur compréhension du monde du vin, et de préciser ma position dans celui-ci. De mieux savoir comment je voulais l’aborder pour m’y sentir à l’aise, tout en restant fidèle à ce que j'en perçois et en pense. Comme tu as pu en être témoin, je n’ai jamais renoncé à mon orientation RQP du début. Pour moi, par rapport à mes valeurs, c’est une donnée fondamentale de l’équation. Je respecte toutefois ceux qui ont une autre approche à cet égard. C’est une question de priorités et de valeurs personnelles. Ceci étant dit, cette approche où le RQP est primordial m’a poussé vers les vins sud-américains, et en particulier vers ceux du Chili. Dès mes débuts d’amateur, alors que je n’avais pas d’idée précise de ce qui me plaisait, les rouges de ce pays ont positivement attiré mon attention. Dès le début j’ai trouvé qu’ils en donnaient plus pour le prix demandé. Mais dans ce temps-là, au milieu des années 90, je n’avais pas prévu la révolution vinicole qu’allait connaître ce pays par la suite, et qui se poursuit aujourd’hui. Cela a contribué à maintenir mon intérêt pour les vins de ce pays, et m’a poussé en quelque sorte vers la spécialisation.

Si j’y suis allé de ce long préambule, c’est pour expliquer qui si je suis là où je suis aujourd’hui, ce n’est pas par choix arbitraire, mais par la force des choses. Contrairement à ce que je peux projeter comme impression, je ne suis pas anti-européen ou anti-français en matière de vin. Si je fais si souvent des comparaisons avec les vins français, c’est parce que la France est pour moi, comme pour la majorité des amateurs, LA référence en matière de vin. Surtout ici au Québec, j’y reviendrai. Plusieurs des meilleurs vins que j’ai dégusté dans ma vie étaient français, mais malheureusement, la majorité de mes plus grandes déceptions étaient aussi hexagonales. La France est pour moi le pays du plus grand savoir-faire vinicole, mais c’est aussi le pays où ironiquement on renonce le plus à ce savoir-faire. Certains renoncent à une partie du savoir-faire et minimisent l’importance de son exceptionnel patrimoine végétal pour valoriser uniquement la terre, car le lieu, c’est la seule partie du patrimoine vinicole français qui ne peut être exportée. C’est un mouvement de réaction compréhensible face à un sentiment de dépossession, ça vient aussi d’une volonté de distinction, mais c’est une réaction à mon sens déplorable. Car la plus grande force de la France réside dans la synergie entre tous ses atouts. Pour moi donc, en matière de vin fin, il y a deux France. C’est là un point très important. Ensuite, de manière plus générale, la France, comme bien d’autres pays développés, fait face à un désavantage concurrentiel par rapport à des pays vinicoles émergents. La main d’oeuvre et la terre y coûtent passablement plus cher. Les règles sont plus strictes, la monnaie est très forte, et on ajoute souvent au coût des vins une prime au prestige des appellations. Ce qui fait que dans mon approche RQP, c’est un pays qui cadre mal. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de bons vins français offerts à prix avantageux. Alors ceux qui voient en moi un francophobe de la bouteille peuvent aller se rhabiller. De plus, je ne tiendrais pas de blogue si je buvais surtout du vin français dans un Québec franco-français. Je ne vois pas l’intérêt qu’il y aurait à être une voix supplémentaire dans le choeur des louanges. De ne pas être partie de ce large choeur est probablement une des raisons me faisant paraître si strident aux oreilles de certains. Je détonne dans le paysage. Ça c’est certain.

Comme j’espère l’avoir établi, je suis loin d’être anti-français en matière de vin. Toutefois, là où je suis vraiment en réaction négative, c’est face à la domination de ce que je pourrais appeler, de manière générale, l’esthétique française au Québec. Cela peut contribuer à me faire paraître francophobe, mais ça n’a pourtant rien à voir avec la France et ses vins. C’est une question québécoise. Bien sûr, il y a une affinité linguistique, et jusqu’à un certain point culturelle entre la France et le Québec. Il est même souhaitable de préserver l’essentiel de ce lien précieux. Toutefois, cela ne doit pas se faire au détriment du reste de la carte vinicole mondiale. Un certain équilibre dans le discours devrait aussi exister. Je ne suis donc pas en réaction contre la France, je suis en réaction contre le discours francocentriste qui prédomine au Québec. Le discours accepté ici manque cruellement de diversité. L’ombre française plane en permanence. L’idée voulant que le palais québécois soit naturellement français est totalement fausse. Ce palais est un palais acquis et je trouve qu’il est regrettable qu’il en soit ainsi. Ce palais collectif pourrait être bien plus varié, tout comme le discours des ténors qui forgent les opinions, et tout comme l'offre de produits de notre monopole. Ce modeste blogue se veut une très petite voix discordante dans cette symphonie unanimiste. Je tente ici de faire valoir un autre point de vue, de montrer qu’il existe autre chose de valable à prix très abordables hors du modèle français. Ce qui ne veut pas dire que celui-ci soit mauvais, mais on ne peut souhaiter la correction d'un déséquilibre en appuyant également sur les deux plateaux de la balance. À l’évidence, c’est là une nuance qui échappe à plusieurs. Alors quand je parle de pressions conformistes, et avec un brin d’ironie, de “vrai goût”, et de “vrais amateurs”, c’est dans le contexte que je viens de décrire. Il ne faut pas avoir peur d’être rabroué au Québec, dans le milieu du vin, pour affirmer avec force des choses contraires au discours dominant. Il ne faut pas exprimer trop fort un goût différent, et il ne faut surtout pas remettre en cause le dogme de la supériorité absolue des meilleurs vins français.

Ce climat de conformisme me semblait évident dans les réactions, ou absence de réactions, suite aux deux dégustations de vins de Sauvignon Blanc ayant eu lieu récemment sur FDV. Les dégustateurs du deuxième groupe qui ont bien apprécié le Matetic ne se sont pas mêlés au débat. Ils se sont tenus bien tranquilles, alors que dans l’autre groupe, ça pavoisait sans retenue, alors que la retenue aurait dû être de mise. La seule opposition est venue de l’extérieur, d’ici. J’ai réagi parce que ces dégustations avaient eu pour point de départ un commentaire que j’avais émis ici sur la comparabilité du Matetic avec des vins de Sancerre vendus bien plus chers. Sinon, je n’aurais pas réagi et ce serait passé comme une lettre à la poste. D’ailleurs, l’univers des forums de discussion sur le vin au Québec est symptomatique de la situation de conformisme que je viens de décrire. Si on veut être certain de ne pas être attaqué par la petite meute de roquets, gardiens de l’intégrité du discours. Il vaut mieux ne rien dire. Ce qui fait que ce ne sont plus vraiment des forums de discussion, mais plutôt des lieux virtuels de contact, de partage d’information, et d'organisation de dégustations entre amateurs. D’ailleurs, j’ai trouvé assez ironique cette semaine qu’on copie le lien de mes commentaires discordants sur FDV. J’ai fait le choix il y a un an de me retirer pour ne pas déranger la tranquillité du lieu, et voilà qu’on m’y ramène contre mon gré de manière indirecte. D’ailleurs Olivier, c’est là un point très important que tu omets dans ta critique posée et constructive à mon égard. J’ai choisi d’écrire ici, sur un blogue personnel au point de vue clairement identifié. Ce faisant je n’impose mes propos à personne. S’il n’y avait pas eu de lecteurs, j’aurais fermé boutique depuis longtemps. Mais des amateurs sont intéressés par ce que j’écris. Pas des masses, mais suffisamment pour me donner la motivation de poursuivre. Si des gens veulent réagir sur le fond de mes écrits, avec un minimum de respect. Je publie leurs messages même s’ils sont en total désaccord avec moi. Toutefois, si certains trouvent mes propos outranciers ou offensants. La solution est simple. Ils n’ont qu’à ne pas venir les lire. Avec ce blogue indépendant, je ne m’impose à personne. Alors il est très facile d'éviter l’agacement. Si la seule existence de mes propos agace, alors c'est qu'il s'agit d'un cas gravement pathologique d'intolérance.

Je pense avoir bien expliqué que malgré les apparences, je n’ai pas d’aversion pour la France vinicole, et qu'au contraire, j'ai le plus grand respect pour son apport fondamental à la viticulture de qualité dans le monde. J’ai aussi bien expliqué pourquoi le statut de référence de la France en faisait un point de comparaison valable et difficilement contournable, surtout dans le contexte québécois. Toutefois, j’aimerais apporter quelques clarifications supplémentaires dans le contexte du brouhaha de cette semaine. Dans toute cette histoire, jamais je n’ai remis en cause la qualité possible des vins français impliqués, pas plus que je n’ai proclamé la supériorité du seul vin chilien présent. Mon expérience personnelle avait donc très peu à voir dans tout le débat. Ce que j’ai dénoncé, c’était le protocole et le choix des vins d’une des deux dégustations. J’ai aussi dénoncé des propos tenus par des participants à la suite de la dégustation que je jugeais inadéquate. Finalement, je me suis insurgé contre le manque de respect envers les participants de l’autre dégustation qui me semblait bien plus objective. Là où mon expérience personnelle pouvait entrer en jeu, c’était sur ma critique du choix des vins de la dernière vague. Néanmoins, je persiste à croire que cette critique était valable. Les lecteurs pour leur part avaient tout le loisir de juger pour eux-mêmes de la validité de cette critique. Encore une fois. Je critiquais l’agencement des vins, pas leur qualité. Si quelqu’un veut me dire aujourd’hui sans rire, avec tout ce qu’on sait maintenant du déroulement de cette dégustation, que c’était un exercice rigoureux et objectif comparable, par exemple, aux bancs d’essai du magazine CELLIER. Il peut le faire, mais une chose est sûre. Je ne cesserai pas de sourire!

Finalement, pour ce qui est de mon texte ayant eu comme prémisse les propos de Jean-Louis Chave sur le rôle des levures Brettanomyces dans ses vins. Olivier, soit je me suis mal exprimé, ou tu m’as mal compris. Je suis certain que M. Chave est un producteur très compétent qui sait très bien ce qu’il fait. Je ne lui donne d’ailleurs aucun conseil. D’un côté je me réjouis de l’honnêteté de ses propos, du point de philosophique. Toutefois, je m’insurge contre ses justifications et ses omissions volontaires. D’ailleurs, je donne aussi l’exemple d’un autre producteur qui a une vision toute autre de la question. Peut-être que si tu rencontrais Adam Lee, toi aussi tu pourrais être métamorphosé, mais bien sûr, M. Lee est de l’autre monde... C’est dangereux d’inverser les polarités! Ceci dit, je ne veux pas en faire absolument une question de mondes vinicoles, même si je persiste à croire que c’est bien plus prévalent et ancré dans la culture en France et en Europe. Dans le même article de Decanter, on retrouve les propos de Denis Dubourdieu et de Peter Gago, deux oenologues éminemment respectables, qui expriment clairement que des arômes de Bretts détectables sont pour eux une faute. Aussi, preuve de plus que ce n’est pas une question de mondes, mais bien de philosophie. Quelqu’un a copié le lien vers mon texte sur le forum français “La Passion du Vin”. Le vigneron Hervé Bizeul du Clos des Fées y a réagi en écrivant ce qui suit:

“Un regard très juste. Rien à ajouter après cela. À lire”.

Pour l’avoir lu sur son blogue auparavant, M. Bizeul est un bel exemple de producteur français n’étant pas en faveur de ces levures. Voilà.



Claude



http://lapassionduvin.com/phorum/read.php?22,70656,493345#msg-493345

http://www.decanter.com/people-and-places/wine-articles/485213/the-misunderstood-world-of-brettanomyces



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jeudi 23 septembre 2010

SAUVIGNON BLANC, RESERVA, 2009, LEYDA, VINA SANTA CAROLINA


Les nouvelles régions côtières fraîches du Chili se développent, tellement, qu’on voit maintenant apparaître des vins de ces régions à des prix très abordables. C’est le cas avec ce Sauvignon Blanc payé seulement 11.95$. Je n’ai pas d’attentes très élevées à son égard, mais pour un petit soir de semaine, ça fera peut-être l’affaire. Surtout que c’est un “Best Buy” du magazine “Wine Enthusiast”....

La robe est de teinte jaune pâle. Au nez, à l’ouverture, on retrouve des arômes évidents de pamplemousse, avec aussi du citron, du zeste de pamplemousse et une touche de poivron vert. Quelques heures après l’ouverture, le côté pamplemousse s’atténue, pour laisser plus de place au citron, et à un caractère particulier évoquant pour moi le bord de rivière l’été (roche mouillée?). En bouche, l’attaque est ronde et ample pour un vin de ce cépage, avec une douceur de fruit qui cette fois prend un tour légèrement tropical du type ananas. L’acidité typique du cépage et de la région est bien présente, mais semble moins ressortir en raison de la douceur du fruit. Le niveau de concentration est bon, tout comme le volume, sur une texture montrant une touche de gras. La finale est réussie et montre une longueur surprenante pour un vin de ce prix.

Rassurez-vous. Je ne dirai pas que ce Sauvignon vaut certains vins de Sancerre du double du prix! Non. Ici, du moins à l’ouverture, on est clairement sur le train de jeu habituel des néo-zélandais d’entrée de gamme, avec ce caractère de pamplemousse bien affirmé, et l’aspect tropical du fruit en bouche. Par la suite, au nez, le vin évolue vers un territoire un peu incongru, mais quand même bien intéressant et assez original pour un vin de cette catégorie. Compte tenu du modique prix payé, ce vin est une belle aubaine pour qui n’est pas dogmatique en matière de style et de goût. Je pense que je peux dire que c’est un vin qui peut rivaliser avec des versions kiwis tournant autour de la vingtaine de dollars. Je suis sûr que je n’offusquerai personne en disant cela! Vive la Nouvelle-Zélande!!!


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lundi 20 septembre 2010

SAUVIGNON BLANC, GARUMA VINEYARD, 2006, LEYDA, VINA LEYDA


Vina Leyda fut le premier producteur à s’installer en 1997 dans cette sous-région de la vallée de San Antonio. Plusieurs l’ont rejoint depuis, mais on peut dire qu’avec Casa Marin, il s’agit d’un pionnier dans le développement de la région de San Antonio. En ce sens, c’est un des précurseurs ayant contribué à lancer le mouvement vers les nouveaux terroirs côtiers au Chili. En 2007, la compagnie fut acquise par Vina Valles de Chile, une société détenue conjointement par Vina San Pedro et par Guillermo Luksic, actionnaire principal de Vina San Pedro. Cette société est aussi propriétaire de Vina Tabali dans Limari. Heureusement, même si un gros joueur comme San Pedro est maintenant impliqué, les deux producteurs continuent leurs opérations de façon autonome. Pour ce qui est de cette cuvée Garuma, elle provient d’un vignoble situé à 14 km de la côte du Pacifique. Les vendanges manuelles ont été effectuées en deux temps, à 12 jours d’écart, pour obtenir des fruits de maturité différentes. 6% du vin a été élevé en vieilles barriques de chêne.

La robe est d’un jaune toujours bien pâle, avec des reflets verdâtres. Le nez est poli et exhale de beaux arômes de citron et de miel, complétés d’une touche de poivron vert et un aspect minéral de bord de rivière (roche mouillée). En bouche, l’équilibre est au rendez-vous, avec un volume surprenant et un peu de gras pour absorber une acidité bien dosée. Cette acidité contribue à l’éclat des saveurs citronnées dominantes. Le léger aspect végétal perçu au nez se répercute en bouche. Le niveau de concentration est bon et la finale est harmonieuse, avec une bonne persistance sur de légers relents amers de zeste d’agrume.

Belle évolution pour ce vin qui commence à montrer un caractère fondu où l’acidité a perdu de son tranchant. Un vin qui a de très belles qualités aromatiques avec une bonne matière, mais qui ne joue pas la carte de la très grande concentration. Le vin mise plutôt sur l’élégance en montrant des proportions modérées comme je les aime. Pour les quelques 17$ déboursés, ce vin est une formidable aubaine et peut rivaliser avec des exemples ligériens ou néo-zélandais de ce cépage du double du prix. Pour moi il est clair que le Chili est actuellement le pays qui produit les meilleurs RQP en matière de Sauvignon Blanc, et ce dans une variété de styles. Le Chili n’est pas monolithique à cet égard, tout comme la Loire et la Nouvelle-Zélande qui ne sont pas eux non plus confinés à un style unique. Le Sauvignon Blanc est un cépage versatile duquel on peut tirer des vins de styles variés. Le réduire à des archétypes géographiques est une simplification déplorable. En matière de style, la maturité des raisins est un facteur important, tout comme la nature des levures utilisées pour la FA, car celles-ci ont un fort impact sur le taux de conversion des précurseurs aromatiques thiolés. Ensuite, la protection, ou non, contre l’oxydation en cours d’élaboration est un autre facteur très important influant sur le style, car les molécules aromatiques thiolées sont facilement oxydables et sont inactivées par l’oxydation. Finalement, bien évidemment, l’usage ou non de la barrique est aussi un élément primordial du style car elle favorise l’oxydation et transfert des composés aromatiques exogènes dans le vin

http://www.wineanorak.com/iconsauvignonblanc.htm

http://www.wineanorak.com/blog/2009/05/how-to-scare-kiwis.html


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dimanche 19 septembre 2010

Arômes de Brettanomyces, reflet du terroir?

Excusez-moi, mais je reviens encore une fois sur ce sujet controversé. J’y reviens car j’ai fait quelques lectures intéressantes à ce propos dernièrement. Dans un texte précédant, je disais que les Bretts étaient un sujet tabou dans le milieu. Dans un texte de Decanter consacré à ces fameuses levures, on compare cela au “Don’t ask, don’t tell” de l’armée américaine sur l’homosexualité!!! Toutefois, lorsque quelqu’un ose poser la question, certains producteurs seront assez honnêtes pour dire ce qu’ils pensent vraiment. C’est le cas de Jean-Louis Chave dans l’édition Été 2010 du magazine CELLIER de la SAQ. Je reproduis les propos honnêtes et révélateurs de M. Chave sur le sujet:

“On ne veut pas que la Syrah s’affirme dans nos rouges, on ne veut pas vous entendre dire: “Ça sent bon la Syrah ce vin-là”. C’est le terroir qu’on veut plutôt laisser parler. Or pour ça, il faut commencer par savoir que les Bretts ne sont pas toujours mauvaises, il ne faut pas les évacuer complètement. Le côté animal, s’il n’est pas trop marqué, moi je ne déteste pas. Mais certains ont mis en place tout un "process" pour les éliminer: filtration forte, augmentation des doses de soufre, raisins récoltés moins mûrs, etc. Or c’est dangereux cet interventionnisme à outrance, cela peut tuer la spécificité du vin.”

Le moins que je puisse dire, c’est vive la franchise. Si plus de producteurs parlaient avec autant de clarté, on saurait mieux à quoi s’en tenir par rapport à leurs vins. Personnellement, je trouve consternants les propos de M. Chave. Ils sont en totale opposition avec l’idée que je me fais d’un vin de terroir. Comment peut-on prétendre chercher à refléter le terroir dans ses vins quand on se fait une fierté d’effacer l’identité du cépage derrière un masque d’arômes phénolés? Honnêtement, cela dépasse mon entendement, surtout que les Bretts n’ont rien de spécifique au Rhône nord. Pour le reste, les propos de M. Chave sur ce qu’il appelle le “process” pour éliminer les Bretts sont tendancieux. Il omet le plus important. Pour éliminer les Bretts il faut d’abord et avant tout renforcer l’hygiène du chai et de l’équipement qui sert à élaborer le vin. C’est le point primordial. D’ailleurs, M. Chave est en contradiction dans ses propos, car il dit qu’il faut des Bretts, mais pas trop. J’aurais aimé qu’il explique comment il arrive à faire cela, car c’est lorsque les Bretts n’ont pas été éliminées au départ par une bonne hygiène qu’il faut augmenter les doses de soufre et filtrer pour les arrêter. J’aimerais donc savoir comment M. Chave arrêtent ses Bretts, comment il fait pour qu’elles ne produisent que la dose de phénol qu’il recherche pour “épicer” ses vins. J’aimerais aussi savoir comment il fait pour ne pas avoir de Bretts vivantes dans son vin en bouteille. A-t-il le don de commander à ces levures?!!! Au lieu de prétendre qu’il fait du meilleur vin, du vin de terroir, à cause qu’il n’évacue pas totalement les Bretts. Il aurait dû simplement dire qu’il aimait ces arômes dans ses vins. Il aurait dû assumer son choix stylistique et ne pas tenter de le justifier faussement par le terroir. D’ailleurs, j’ai toujours pensé qu’au delà du débat sur le caractère bon ou mauvais de ces arômes, ceux-ci nuisaient à l’expression du caractère spécifique d’un lieu, car ces levures se retrouvent partout dans le monde vinicole. D’ailleurs, dans l’article de Decanter que je cite en introduction, Adam Lee, propriétaire et “winemaker” de Siduri Wines, à Sonoma en Californie, déclare:

“Comme consommateur et “winemaker”, je ne suis pas un partisan des Bretts, parce que cela évacue du vin la réflexion du terroir... Les Bretts de la vallée du Rhône goûtent essentiellement la même chose que les Bretts de Barossa, ou Paso Robles. Une des raisons principales pour boire du vin, est de goûter le reflet d’un lieu, et je suis fortement déçu quand cela est compromis par les Bretts. Nous faisons tout ce que nous pouvons ici pour éviter d’avoir des Bretts dans nos installations et dans nos vins, et jusqu’à maintenant nous avons été très chanceux. Je ne suis juste pas un amateur de Bretts, que ce soit beaucoup, ou juste un peu. C’est un peu comme une femme qui dirait être un peu enceinte.”

Comme on peut le voir, M. Lee a une vision diamétralement opposée à celle de M. Chave. Deux mondes. Pour moi il est clair que les vins de terroir sont ceux qui ne sont pas masqués par des arômes de fermentations secondaires en cours d’élevage, ou en bouteille. Aussi, il est totalement faux de prétendre qu’il faille compromettre la qualité du vin pour éviter les Bretts. Il faut juste travailler plus fort, s’assurer de l’hygiène, et suivre ce qui se passe dans ses vins en cours d’élevage. Ceci dit, je respecte ceux qui aiment les arômes de Bretts, et les producteurs qui en veulent dans leurs vins. Je voudrais juste de la clarté sur le sujet, qu’on lève le tabou, et qu’on arrête les fausses justifications au nom du terroir. L'article de Decanter, se termine avec l'espoir qu'un jour les contre-étiquettes des vins informeront les consommateurs du caractère "bretté" d'un vin. J'avais aussi émis cet espoir en conclusion de mon texte précédant sur le sujet. Bien sûr, ça n'arrivera pas. Vaut mieux préserver le mystère et continuer de vanter les vertus du terroir.

http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_ete_fr/2010042901/1.html

http://www.decanter.com/people-and-places/wine-articles/485213/the-misunderstood-world-of-brettanomyces



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vendredi 17 septembre 2010

CABERNET SAUVIGNON, PENALOLEN, 2007, ALTO MAIPO, VINA QUEBRADA DE MACUL


Vina Quebrada de Macul est un des meilleurs producteurs de vins de Cabernet Sauvignon au Chili. Il est situé sur le meilleur terroir à Cabernet du pays, l’Alto Maipo, et sa cuvée Domus Aurea est probablement le meilleur Cabernet chilien qu’il m’ait été donné de déguster. Le second vin de la maison, le Stella Aurea, n’est pas très loin derrière en terme de qualité, et à la moitié du pris du Domus, il est à ranger parmi les bons RQP parmi les vins de grande qualité issus de cette région. Pour ce qui est de cette cuvée Penalolen, il s’agit en quelque sorte du troisième vin de la maison. Bien sûr, il n’a pas l’ambition qualitative de ses deux aînés, même s’il provient du même vignoble que ceux-ci. Toutefois, selon mon expérience, ce type de vin a généralement moins de concentration, d’extraction, et de bois, mais conserve bien la “typicité” aromatique du cépage et du terroir. Bien que le vin s’affiche comme Cabernet Sauvignon, comme le permettent les règles au Chili. Il s’agit en fait d’un assemblage de Cabernet Sauvignon (85%), complété par du Cabernet Franc (7%), du Merlot (6%), et du Petit Verdot (2%). Le vin a été élevé 12 mois en barriques de chêne français d’âge indéterminé. La note de dégustation qui suit reflète ce que donnait le vin le jour de l’ouverture. J’ai bu la deuxième moitié, gardée en demi-bouteille au frigo, trois jours plus tard. J’y reviendrai.

Le nez est d’expression modérée et exhale des arômes de fruits noirs, de terre humide, de bois de cèdre et de chocolat noir, le tout complété par une touche de menthol. Un peu austère comme nez et très typé par son cépage dominant. En bouche, le caractère austère perçu au nez se reflète bien. Le vin est de structure bien compacte, avec une texture tannique plutôt rugueuse. Le fruit est bien présent, mais sombre et sans douceur, aidé en cela par une amertume tannique très appuyée. En milieu de bouche, on peut dénoter passablement de matière, mais avec toujours ce caractère sévère marqué par une amertume sous-jacente. La finale ne se fait pas plus souriante, mais si elle montre une bonne intensité et de la longueur, avec toujours cette amertume marquée.

Le jour de l’ouverture, ce vin m’a laissé totalement perplexe. Pour l’apprécier sous cette forme, il faut aimer les vins très tanniques, un peu rugueux et dénués de douceur. Personnellement, dans cet état, il ne m’a pas vraiment plu. Le fameux équilibre si nécessaire aux bons vins n’était pas au rendez-vous. Toutefois, la deuxième moitié dégustée trois jours plus tard était bien meilleure. La caractère amer trop appuyé qui m’avait déplu la première journée c’était sensiblement atténué. Le vin se montrait plus souple, et les autres saveurs, libérées de cette amertume, ressortaient avec plus d’acuité. Le vin dans son ensemble semblait plus équilibré. J’avais acheté six bouteills de ce vin, et après la première journée, je pensais retourner les restantes. Mais la façon dont se présentait le vin ensuite m’a fait changer d’idée. Je pense que c’est un vin où le temps en bouteille est nécessaire, et ce, malgré son statut modeste. Le type de vin rébarbatif en prime jeunesse qui pousse à parler de bonification si l’issue de la garde est positive. Bien sûr, malgré tout, rien n’est assuré pour l’avenir de ce vin. Mais j’ai un bon sentiment. De plus, comme c’est rare que des vins chiliens soient aussi tanniques et amers en jeunesse. La garde de ce vin sera intéressante et représentera une expérience différente pour moi. Au prix demandé pour ce vin (15.95$), c’est un risque très abordable.


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dimanche 12 septembre 2010

Premier anniversaire du Vin aux Antipodes!!!

Avec trois jours de retard, je souligne le premier anniversaire de ce blogue. Il y a un an je disais que c'était une tentative de blogue car je n'étais pas certain de persévérer. Un an plus tard, je surpris d'être toujours là car l'exercice demeure solitaire et assez confidentiel. Il faut dire que les vins dont je parle, et mon point de vue général sur le petit monde vinicole n'ont rien pour attirer la plupart des amateurs. J'en suis conscient, et je le savais dès le départ. Je persiste et signe donc, malgré tout, et merci à ceux qui me suivent régulièrement. Merci aussi à Marc-André Gagnon de Vin Québec et à Bill Zacharkiw de The Gazette pour avoir référencé ce blogue, même si on ne partage pas toujours les mêmes idées sur la chose vinicole. Les divergences de point de vue n'excluent pas toujours le respect. Voilà qui est réconfortant et donne l'envie de poursuivre.


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vendredi 10 septembre 2010

Les vins blancs de l’hémisphère sud méritent plus de respect

L’hémisphère sud compose une très grande partie de ce que l’on appelle le Nouveau-Monde en matière de vin. Plusieurs amateurs aiment accoler une étiquette péjorative aux vins de ces pays, mais en général, les vins rouges se méritent tout de même plus de respect. On reconnaîtra une certaine qualité à ceux-ci, mais souvent, du même souffle, on en déplorera le style. Pour ce qui est des vins blancs, le même respect est beaucoup plus rare. Quand on pense vins blancs, on pense la plupart du temps climat plus frais, et dans la perception générale, ces pays de l’hémisphère sud ne sont pas reconnus pour posséder de tels climats. Donc, les vins blancs de ces pays sont souvent tous mis dans le même panier. Encore une fois, même lorsqu’une certaine qualité leur est reconnue, la question du style est souvent posée comme problématique.

Ce portrait que je brosse de la situation est bien entendu caricatural, mais je pense qu’il reflète l'essence du discours dominant. Beaucoup de préjugés existent encore sur les vins blancs de l’hémisphère sud. Il faut dire qu’il y a encore beaucoup de vins qui cadrent bien avec ces préjugés. Toutefois, la réalité est beaucoup plus nuancée, et depuis environ une quinzaine d’années, beaucoup d’efforts ont été déployés dans ces pays pour planter les cépage blancs sur des terroirs plus frais qui leurs conviennent mieux. À cet effet, j’ai souvent parlé ici des efforts du Chili pour développer de nouvelles régions plus fraîches. En ce sens, j’ai souri cette semaine en prenant connaissance des résultats des “Decanter World Wine Awards” où trois vins chiliens ont remporté des trophées de meilleur vin de sa catégorie. Le Chili a complètement raflé la catégorie du Sauvignon Blanc avec le Cipreses Vineyard, 2009, San Antonio, Casa Marin pour les vins de Sauvignon Blanc de plus de 10 £, et le Sauvignon Blanc, Reserva, 2009, Elqui, Vina Mayu, dans la catégorie à moins de 10 £. Pour conclure, le Riesling, Vision, 2009, Bio Bio, Cono Sur a remporté le prix dans la catégorie des Rieslings à moins de 10 £. Je sais que ce n’est qu’un concours, avec toute l’imprécision que ça comporte, mais de voir trois blancs chiliens remporter des trophées alors qu’aucun rouge n’a réussi à le faire est pour moi un signe des temps dans ce pays. Trois blancs de jeunes vignes, de trois nouvelles régions fraîches situées aux extrémités et au milieu du Chili vinicole, avec Elqui située à 500 km au nord de San Antonio, et Bio Bio 500 km au sud. C’est ça le nouveau Chili, un pays vinicole qui n’a plus rien d’homogène sur plus de 1000 km.

Toujours sur le sujet des blancs de l’hémisphère sud et du respect parfois déficient envers ceux-ci. C'est avec beaucoup de retard que j’ai lu l'édition du printemps dernier de la revue CELLIER de la SAQ. Je suis tombé sur une dégustation comparative des vins de Riesling. La performance des vins de l’hémisphère sud, en particulier de l’Australie, y fut très convaincante. À mes yeux, cela prouve encore une fois l’utilité de la dégustation à l’aveugle pour déboulonner les préjugés et les hiérarchies acceptées. Je salue d’ailleurs l’honnêteté du texte d’analyse des résultats. Un extrait a particulièrement retenu mon attention. Il va comme suit:

“L’Alsace semble jouir d’un préjugé favorable dans l’esprit de nos juges, puisqu’ils avaient tendance à mettre un score plus élevé aux vins qu’ils croyaient alsaciens, et inversement, quand ils cochaient la case “Ailleurs dans le monde”, les pourcentages accordés tiraient vers le bas. Dans le même ordre d’idées, les australiens si largement appréciés ont souvent été perçus comme alsaciens... de sorte qu’ils ont gagné!”

Ouch!!! Voilà qui est très révélateur. C’est d’ailleurs pourquoi les dégustations de type confrontation de ce genre ne m’intéressent plus vraiment. Car bien plus que les vins, ce sont souvent les dégustateurs et leurs préjugés qui s’y confrontent. Surtout qu’ici au Québec, la grande majorité des amateurs et des leaders d’opinion se situe du même côté de la balance. C’est bien dommage. Mais dans le cas de cette dégustation, il faut quand même reconnaître le courage de certains de ces leaders d’opinion qui ont pris le risque de s’exposer publiquement aux aléas de la dégustation à l’aveugle. C’est tout à leur honneur. Malgré tout, j’attends toujours un changement de ton général et plus de respect de leur part envers les vins de l’hémisphère sud, les blancs en particulier. Il faut réaliser que le lieu précis d’origine est aussi important pour ces vins que pour ceux de la vieille Europe. Surtout que les producteurs qui investissent pour développer ces nouvelles régions plus fraîches le font d’abord et avant tout avec une motivation qualitative. Sinon ils ne se donneraient pas tout ce mal, et n’investiraient pas de bonnes sommes, si ce n’était pas dans le but de produire quelque chose de distinctif et de qualité. D’ailleurs, j’aurais bien aimé voir le Riesling, Vision, de Cono Sur dans cette dégustation, ou bien celui de Casa Marin. Malheureusement, aucun vin chilien de ce cépage n’est disponible à notre monopole étatique. Je suppose que le jour où on se comportera envers les vins de l’hémisphère sud avec le même respect qu’on porte à ceux de l’hémisphère nord, l’offre sur nos tablettes sera meilleure et ils se vendront mieux.

http://www.winesofchile.org/countries/europe-news/chile-all-white-all-right/



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mardi 7 septembre 2010

CHARDONNAY, 2005, MENDOZA, CATENA


Catena est un producteur argentin n’ayant plus besoin de présentation. J’avais conservé une bouteille de ce Chardonnay, 2005, pour voir s’il pouvait bien évoluer sur quelques années. Sans plus de préambule, voici mes impression.

La robe montre son évolution par une intense teinte dorée. Le nez est bien agréable et dégage des arômes de pêche, d’orange, de caramel, de miel et de noix. En bouche, le vin est très bien équilibré en attaque, assez ample, avec une texture légèrement onctueuse et d’intenses saveurs de pêche et d’orange qui forment un heureux mariage. Comme c’était le cas au nez, de légères et douces notes évoquant le miel, le caramel et les noix viennent complété l’aspect fruité dominant. Le milieu de bouche permet de bien apprécié le bon niveau de concentration et la rondeur du vin qui possède aussi ce qu’il faut d’acidité pour bien se tenir. La finale se déploie en crescendo, avec des saveurs qui montent en intensité, avant de lentement décliner en laissant l’aspect de caramel, mineur jusque là, gagner un peu en importance.

C’était malheureusement ma dernière bouteille de ce vin qui aurait pu évoluer encore quelques années. J’ai peu d’expérience avec la garde des vins blancs. Je ne prend donc pas de chance, préférant ouvrir trop tôt que trop tard. Dans ce cas, ce n’était pas vraiment trop tôt, mais encore assez loin d’être trop tard. Somme toute un beau vin de Chardonnay qui en donne pleinement pour son prix très raisonnable d’une vingtaine de dollars. Catena demeure pour moi le meilleur producteur argentin, offrant toujours des vins d’excellente qualité, vendus à prix avantageux. C’est le genre de producteur très solide qu’on a tendance à un peu oublier après toute ces années. Néanmoins, à chaque fois que j’ouvre une bouteille de Catena, je me dis que je devrais en boire plus souvent. La réputation de cette maison n’est plus à faire, et je ne suis pas le seul à la voir au somment de la hiérarchie argentine. Je joins un lien vers un texte du critique américain Stephen Tanzer, vantant les mérites des vin de Chardonnay de ce producteur émérite. Je ne sais pas quel est le prochain millésime qui se retrouvera sur les tablettes de la SAQ, mais Tanzer qualifie la version 2008 de ce vin de “SCREAMING CHARDONNAY VALUE”. Pas de note, juste un commentaire qui frappe. Décidément. Je préfère les mots aux chiffres.

http://www.winophilia.com/2010/03/31/catena-rules-argentine-chardonnay/#more-588



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dimanche 5 septembre 2010

SHIRAZ, GOLDEN TRIANGLE, 2004, STELLENBOSCH, STELLENZICHT

Après la relative déception de l’assemblage bordelais Ansela Van de Caab, je continue ma petite exploration de l’Afrique du Sud avec un autre rouge de la région de Stellenbosch venant d’un domaine établi il y a quelques siècles (1692). J’aime l’approche de l’oenologue en chef Guy Weber qui dit que l’équilibre détermine la qualité d’un vin. Ce Shiraz provient de raisins issus de vignes de 10 à 20 ans d’âge, de 5 vignobles distincts, et dont le rendement est limité à environ 40 hl/ha. Dans cette région, la Syrah est essentiellement vendangée dans la première moitié de mars, ce qui est l’indice clair d’un climat assez chaud. Les raisins provenant des différents vignobles sont vinifiés séparément avant l’assemblage final. Le vin est élevé pour 15 mois en barriques de chêne de français, américain et d’Europe de l’est. Un quart du bois est neuf. Le vin titre à 14.3% d’alcool pour un pH de 3.58. Le producteur parle d’un potentiel de garde de 5 à 8 ans.

La robe est foncée, bien que légèrement translucide. Le nez est vraiment très beau, montrant un début d’évolution, avec un heureux mélange d’arômes de fruits noirs, d’encens, d’aneth, de sauge, de cendre, de fumée. Un nez difficile à décrire , mais très beau, très agréable, et pour moi clairement d’esthétique européenne, malgré le nom Shiraz. Cette belle amorce se poursuit en bouche avec un très bel équilibre. Un doux fruité de bonne intensité domine la palette des saveurs, bien complété par les aspects épicés et légèrement fumés. Le milieu de bouche révèle un vin ou encore une fois c’est l’équilibre qui prime. Il n’y a rien d’excessif, chaque élément semble bien ajusté aux autres, la concentration est bonne, le volume quelque peu restreint, et la texture tannique est veloutée. Bel exemple de vin qui ne tente pas de trop en mettre pour impressionner. Cela se poursuit en finale où l’harmonie est toujours au rendez-vous, avec un léger sursaut d’intensité sur une longueur de très bon niveau.

Je connais encore mal les vins sud-africains, mais il est clair que c’est un territoire que je veux explorer et mieux connaître. En ce sens, un vin comme celui-ci me donne définitivement le goût d’intensifier mes explorations. Comparativement à l’Amérique du sud, il me semble clair que l’Afrique du Sud est en général plus proche des canons esthétiques européens, même si on y retrouve aussi des bombes plus associées à l’archétype Nouveau-Monde. Dans le cas de ce Shiraz, malgré le nom et la douceur du fruit, j’ai trouvé qu'il se rapprochait au niveau aromatique de l’archétype Ancien-Monde, mais dans le bon sens, avec un profil propre, sans déviations microbiologiques. Le vin montre vraiment un bel équilibre. Il est agréable à boire, et exhibe des qualités générales bien supérieures au prix demandé (22$). C’était un très bel achat donc, et un autre exemple démontrant les bienfaits d’un peu de temps en bouteille. Je suppose qu’un millésime plus récent devrait apparaître bientôt à la SAQ.


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samedi 4 septembre 2010

Match comparatif de la revue CELLIER sur les bordeaux 2006

J’ai lu avec intérêt les résultats d’un autre match comparatif de la revue CELLIER de la SAQ. Comme c’est toujours le cas dans ce type d’exercice, pensez au GJE, les résultats semblent surprenants. Je dis que ça semble surprenant, car au fond, ces résultats sont au contraire prévisibles. Ils concordent avec ce qu’on sait sur l’inexactitude du sens olfactif laissé à lui-même en l’absence ou en déficit de repères. Dans le cas de cette dégustation, en plus, on était même pas en pure aveugle. Imaginez. Le terrain était balisé, et chaque dégustateur se doutait bien que quelques “petits” vins, côtoieraient des grands noms très coûteux. Il n’est donc pas étonnant de voir les résultats avec un classement très serré au niveau des notes. Pour moi, c’est une autre preuve, si besoin était, que les notes précises à la Parker sont une fumisterie. Ce système de notation est intimement lié à l’identité des vins, et il tomberait comme un château de carte sans celle-ci. N’importe quel dégustateur professionnel qui publierait des notes données en pure aveugle aurait tôt fait de se couvrir de ridicule et de perdre toute crédibilité. Encore une fois, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différences qualitatives entre les vins. Ça veut juste dire que nos capacités à distinguer de façon sûre ces différences sont limitées, et que l’aspect mental joue pour beaucoup dans ce processus. L’appréciation du vin dépend autant de ce qu’on en attend, de notre disposition mentale face à celui-ci, que de ce qu’il a vraiment à offrir. Ironiquement, il y a donc un effet de renforcement positif avec le système de Parker. Ceux qui croient dans la validité de ses notes sont mieux disposés à apprécier les vins auxquels il en a donné des grosses. Surtout que la grosse note fait aussi grimper le prix. Ce qui renforce encore plus le préjugé favorable, effet Veblen.

Personnellement, je suis convaincu de l’invalidité du système de Parker et j’ai un préjugé favorable pour les vins moins chers. Pas que je pense que moins cher égale meilleur. Ce serait stupide de penser cela. J’ai un préjugé pour les vins moins chers que je pense avoir bien choisis et qui correspondent à mes goûts. Je suis convaincu que les critères généralement utilisés pour fixer le prix des vins (origine, renommée, notation, style) rendent le système peu efficace. Ce qui en retour génère un bon nombre d’aubaines qu’il faut pouvoir repérer. Il y a moyen de très bien boire à prix raisonnable. Je suis convaincu de cela. Il faut juste essayer de s’en tenir au vin lui-même en tentant d’oublier les facteurs pouvant nuire à notre perception et au plaisir qui peut en découler.
 
  http://publications.saq.com/doc/MagazineCellier/cellier_automne_fr/2010082401/

 
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jeudi 2 septembre 2010

ANSELA VAN DE CAAB, 2007, STELLENBOSCH, MURATIE


Muratie est un domaine où les premiers raisins furent pressés en 1659. Pas moins de 18 propriétaires s’y sont succédé depuis. Le dernier en lice, Ronald Riijk Melk, ayant repris le domaine en 1987. Ce vin est nommé en l’honneur d’une esclave (en français, Ansela du Cap), qui fut en quelque sorte la conjointe du premier propriétaire et la mère de ses enfants. Ce vin est un assemblage essentiellement bordelais, comprenant 48% de Cabernet Sauvignon, 37% de Merlot, 12% de Cabernet Franc, et 3% de Syrah. Les différents cépages sont vinifiés séparément, et élevés un an en barriques de chêne français. L’assemblage est alors effectué et le mélange est placé de nouveau en barriques pour 6 mois supplémentaires. Le vin est embouteillé sans filtration.

La robe est bien foncée, bien que légèrement translucide. Le nez est d’intensité modérée et dégage des arômes de fruits noirs, complétés par des notes de vanille et autres épices douces, ainsi que par un léger aspect végétal bien intégré évoquant un peu le poivron vert. À ce stade, le profil est plutôt simple, mais tout de même agréable. En bouche, on retrouve un vin de corps moyen, à la structure plutôt compacte et à l’acidité soutenue. Le fruité est vif, soutenu par une trame d’amertume bien dosée, et mêlé à des notes vanillées/épicées. Le milieu de bouche montre un bon niveau de concentration et voit l’aspect boisé prendre plus de place, ce qui entrave un peu l’équilibre global. La finale est correcte avec encore le bois qui ressort trop à mon goût.

Je m’attendais à plus de ce vin. Pas qu’il soit mauvais, même si le boisé est pour le moment trop appuyé. Mais pour le prix demandé (25.60$), et compte tenu de son origine, je pensais qu’il en donnerait plus. Je sais que c’est un peu injuste de juger un vin selon son origine. Toutefois, pour moi l’Afrique du Sud est en compétition avec l’Argentine et le Chili, et ces pays peuvent facilement offrir des vins à base de Cabernet sous la barre des 20$ aussi bons voire meilleurs que ce sud-africain. Un bon vin encore trop jeune donc, mais pas d’aubaine en vue.

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mercredi 1 septembre 2010

Brettanomyces et Syrah: Un élément de réflexion

Vous croyez que les arômes de Brettanomyces ne font pas partie de la culture du vin haut de gamme, surtout européenne? C’est votre droit. Réjouissez-vous, car vous faites partie de la vaste majorité de ceux qui ont une opinion là-dessus. Sinon, le plus souvent, on vous parlera d’arômes de terroir, de complexité, mais on ne parlera pas de Bretts ou de phénol. Parfois je me demande si c’est par incapacité de reconnaître la chose et de la nommer, ou bien si c’est pour la cacher sous des mots plus attrayants. Depuis mon premier contact avec ces arômes particuliers, ma position a passablement évolué. Au début, je ne pouvais croire qu’on pouvait vraiment aimer cela, surtout lorsque c’est très accentué. Toutefois, à force de côtoyer des amateurs passionnés et surtout sincères. J’ai fini par comprendre qu’il était possible d’aimer cela ou d’y être moins sensible. Toutefois, une chose depuis ce temps n’a pas changé, c’est ma frustration face au caractère relativement occulte des fameuses levures. Les producteurs vous parlerons en détail des processus d’élaboration de leurs vins, mais pratiquement aucun n’abordera le sujet des Bretts ou celui des autres micro-organismes pouvant modifier le profil d’un vin en cours d’élevage. C’est une sorte de sujet tabou. La clé du terroir qu’on garde bien cachée.

J’ai  beaucoup lu sur le sujet des Bretts il y a quelques années, lors de ma découverte un peu traumatique du phénomène. Toutefois, c’est un sujet sur lequel j’avais peu lu dernièrement. Mais cette semaine je suis tombé sur un papier très intéressant de Sam Harrop, un “Master of Wine” britannique qui est aussi consultant en vinification. Son texte sur le rôle des Bretts dans la production de Syrah, dites de haute qualité, est à mon sens fort révélateur. Tout d’abord il associe dès le départ “haute qualité” et Brettanomyces. Ensuite, à la lecture, on se rend compte que si vous voulez être amateur de Syrah haut de gamme, il est nécessaire d’aimer ou de bien tolérer les arômes produits par ces levures. Sinon il faut être prêt pour de très nombreuses et coûteuses déceptions. Il est d'ailleurs intéressant de noter que l'auteur revient souvent avec l'association Bretts modérées-complexité comme facteur qualitatif. À le lire on a même l'impression que sans l'apport des fameuses levures la Syrah serait un cépage donnant des vins plutôt simples. Ceci dit, le coeur du texte porte sur une dégustation à l’aveugle de 25 vins qui a été tenue à Londres. Cette dégustation comprenait des vins du Rhône nord, du sud de la France, de l’Australie et des États-Unis. Les vins de la dégustation ont ensuite été analysés au laboratoire Excell de Pascal Chatonnet en France. Chatonnet est un pionnier dans la mise au jour du rôle oenologique des Bretts. Les résultats analytiques des vins dégustés sont éloquents, alors que les résultats de dégustation montrent bien les divergences d’appréciation ou de sensibilité des différents dégustateurs face à ces arômes. À noter que tous les dégustateurs étaient des professionnels rompus à ce type de vins haut de gamme, et à l'estéthique parfois particulière pouvant y être associée. Après cette lecture, si certains veulent continuer de penser que ces 25 vins ne sont pas représentatifs de la production de vins rouges haut de gamme. Libre à eux. L'échantillon de vins est clairement trop faible pour en tirer une règle stricte. Toutefois, en me basant sur mon expérience limitée, je trouve que ces chiffres n'ont rien de farfelus et ne s'appliquent pas qu'à la Syrah. Bien sûr, ce n'est là que ma perception, mais je rêve du jour où le taux de 4-EP serait donné dans la fiche technique des vins, au même titre que le taux d'alcool, le pH, les sucres résiduels ou l'acidité titrable. J'ai bien peur que mon rêve ne soit pas à la veille de se réaliser.


http://www.samharrop.co.uk/final_pdfs/Brett_dissertation.pdf


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samedi 28 août 2010

CABERNET SAUVIGNON, 2001, MAIPO, ARBOLEDA



Petit vendredi soir tranquille après une grosse semaine au travail. Je décide de m’ouvrir un Cabernet de Maipo avec un peu d’âge. Je n’ai pas encore assez de ces vins pour en ouvrir aussi souvent que je le voudrais. Toutefois, ces dernières années j’ai acheté en grandes quantités ce type de vins, dans le but justement de pouvoir un jour en ouvrir plus fréquemment, sans arrière-pensées. Il faut dire que pour moi les Cabernets de Maipo de ce genre on fait leurs preuves pour la moyenne garde. Je ne compte plus les beaux moments que m’ont donné des vins comme le “Medalla Real” de Santa Rita, l’”Antiguas Reservas” de Cousino Macul, le “Reserva de Familia” de Santa Carolina, ou encore la cuvée “Gran Reserva” de Tarapaca. Dans ce cas-ci, contrairement aux exemples ci-haut mentionnés, il s’agit d’un vin sans tradition. Une cuvée des premières années de Arboleda qui n’avait alors pas ses propres vignobles. Pour compenser, on pigeait ici et là dans les vignobles du groupe Errazuriz/Chadwick. Aujourd’hui, ce vin est élaboré à partir des nouveaux vignobles de cette “boutique winery” situés au coeur de la vallée d’Aconcagua. Il ne faut donc pas confondre le vin de Maipo dont il est question ici avec celui du même nom actuellement offert à la SAQ. Ils proviennent de deux terroirs différents.

La robe est encore foncée, bien que légèrement translucide. Elle ne montre pas de signe évident d’évolution. Le nez quant à lui révèle un très beau profil de Cab saisit à un moment très heureux de son évolution. C’est vraiment très beau, à la fois délicat et complexe, avec un profil où le fruit domine encore, mais où tous les éléments ont été altérés au fil du temps. En ce sens, c’est un profil que je qualifierais de “évolué-jeune”, bien que de façon plus classique certains diraient plutôt un profil secondaire. Comme je le disais, c’est encore le fruit qui tient l’avant-scène, mais ce n’est plus le fruité de jeunesse, même chose pour les subtiles notes boisées. Malheureusement, il est impossible pour moi de mettre cette différence clairement en mots. Par exemple, le nez montre du fruit rouge se rapprochant pour moi de la cerise, mais je ne peux verbaliser la différence entre cerise jeune et cerise évoluée. Toujours est-il qu’en plus de la cerise, on retrouve aussi des notes de bois de cèdre, de terre humide, de menthol, de vanille, ainsi qu’un léger aspect torréfié. En bouche, on retrouve un vin où le caractère fondu se révèle dès le départ. C’est souple, soyeux et délicat. Tout se passe en douceur. La palette de saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez, avec toujours ce caractère “évolué-jeune” évoqué plus tôt. Le milieu de bouche montre un bel équilibre, avec des proportions bien ajustées. Le vin a encore du corps et un bon tonus, mais rien ne semble excessif. Les angles sont arrondis et le tout coule facilement avec beaucoup de plaisir. La finale poursuit dans la veine de la finesse et de l’harmonie, avec une bonne longueur aux rémanences finement amères de chocolat noir.

L’ouverture d’une bouteille de ce genre me réconforte dans la validité de ma démarche en matière de garde. Une démarche que je pourrais qualifier d’inorthodoxe, même si certains pourraient plutôt y voir une forme obstinée de snobisme inversé. Sincèrement, j’ai trouvé ce vin excellent, fidèle à l’idée que je me fait d’un bon Cab de Maipo d’une dizaine d’année. Un vin ayant perdu une bonne partie de sa “typicité” chilienne de prime jeunesse, pour laisser la place aux vertus de ce cépage lorsque le temps a pu y appliquer modérément sa patine. Un vin entre deux âges donc, dont le caractère particulier est très difficile à mettre en mots. Un vin encore en parfaite forme, qui n’a pas entrepris un quelconque déclin, mais montrant un profil que seul le temps en bouteille peut procurer. Quand je pense que j’ai payé ce vin 17.95$ il y a 5 ans. La beauté de la chose, c’est que les prix des Cabs de Maipo de ce niveau sont stables. Pas d’inflation démesurée à la bordelaise, ni de prix gonflés aux gros scores des critiques américains. En fait, depuis 12 ans que je m’intéresse plus sérieusement au vin, le prix de ce type de cuvées chiliennes n’a pas bougé. L’acheteur avisé peut se procurer de réels bijoux dans la gamme 15-20$. Des vins étonnamment civilisés, propres, sans excès d’extraction, de concentration ou de boisé. Des vins où on ne cherche pas à en faire beaucoup dans le but d’impressionner. Ironiquement, c’est ce manque de grandes ambitions qui semble jouer en leur faveur. Le genre de vin pour qui veut être charmé, plutôt qu’impressionné.


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mercredi 25 août 2010

Le goût québécois et l'approche européenne

Je continue ma lecture des différents numéros du magazine chilien “Vitis”, et chemin faisant je suis tombé sur un article dédié aux fameuses levures Brettanomyces. À la lecture de cet article, je n’ai pu m’empêcher de sourire tellement c’était réconfortant pour un palais perdu comme le mien dans ce Québec où règne en maître la culture européenne du vin. Ça me ramenait directement au texte récent que j’ai écrit et que j’avais ironiquement intitulé “L’approche européenne”.

Le texte de “Vitis” sur les Bretts commence par une anecdote de l’auteur qui raconte comment un juge canadien, qui est en fait Québécois, avait donné, lors d'un concours, une note de 90 à un Carmenère chilien clairement bretté, alors que des collègues chiliens avaient noté le même vin 70 et moins à cause de ce “défaut”. Pour expliquer une telle différence d’appréciation, l’auteur fait valoir que le juge québécois avait été formé à l’école française du vin et que ces arômes étaient donc normaux pour celui-ci.

Il semble clair que dans le cas de ces arômes, au-delà des très fortes différences de sensibilité entre individus, il existe un phénomène de goût acquis. Il me semble impossible d’être amateur de vins européens haut de gamme et en même temps de ne pouvoir tolérer ces arômes. On peut aimer ceux-ci d’emblée, ou y être relativement insensible. Sinon il est nécessaire de s’y faire s’y on veut embrasser pleinement la culture européenne du vin. C’est une condition obligatoire, autrement les déceptions seraient beaucoup trop nombreuses. Dans ces conditions, il est facile de comprendre pourquoi il n’y a au Québec aucune personnalité connue écrivant sur le vin qui nomme clairement ces arômes. Pour ceux qui peuvent les détecter, ils sont considérés comme normaux. Alors que pour bien d’autres, dans la majorité des cas, ils ne sont simplement pas perçus.

Je sais que j’ai l’air de cogner sur le même clou, mais mon but n’est pas de m’acharner. J’essaie seulement de souligner que la perception et l’appréciation du vin est aussi une question d’éducation. Et lorsque presque tout le monde subit la même influence, on appelle ça la culture. La culture du vin au Québec est européenne, et surtout française. Il y a une sorte de conformisme plus ou moins volontaire de relié à cela. À force de se faire dire qu’une chose est bonne, ou à tout le moins normale, on y adhère, ou on s’y habitue. Si le discours ambiant était autre. Il est clair que le goût québécois et les habitudes de consommation en matière de vin serait différents. Je sais bien que la réalité n’est pas près de changer, mais comme amateur passionné par ce liquide, peu importe nos préférences, je pense qu’il est important et intéressant d’avoir conscience de la situation. Ça peut aider à mettre les choses dans une perspective plus complète.


http://www.vitismagazine.cl/pdf/rev_28.pdf


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samedi 21 août 2010

LA LAGUNA DEL INCA, IN SITU, 2007, ACONCAGUA, VINA SAN ESTEBAN


Vina San Esteban est situé dans ce qui pourrait être appelé “Alto Aconcagua”, c’est-à-dire l’extrême est de la vallée, à 870 m d’altitude, aux pieds des Andes. Les vignobles du domaine sont plantés en partie sur le plancher de la vallée, et à flancs de montagne. Selon le producteur, les profils des vins obtenus entre les deux endroits sont bien différents. Il faut acidifier les vins provenant de la vallée, alors que ceux issus de la montagne n’en ont pas besoin. C’est le cas de cette cuvée “La Laguna del Inca”, un assemblage composé de Syrah (40%), Cabernet Sauvignon (35%), Carmenère (21%) et Sangiovese (4%). Les vendanges sont manuelles, avec fermentation en inox et élevage de 14 mois en barriques de chêne français et américain. Le vin titre à 14.6% d’alcool pour un pH de 3.65.

La robe est très sombre et d’une totale opacité. Le nez est modéré dans son niveau d’expression et exhale des arômes de fruits rouges (cerise) et de fruits noirs, complétés par une touche mentholée, un peu d’épices douces et un léger aspect torréfié. Belle qualité d’arômes, même si l’ensemble est un peu simple pour le moment. En bouche, on a droit à un vin bien concentré aux saveurs fruitées intenses, à la structure compacte et montrant à ce stade un niveau d’amertume assez élevé qui lui donne un aspect sévère. Un caractère épicé vient enrichir le fruit, et bien que les tanins semblent contribuer à l’amertume, ils sont tout de même d’une belle finesse de texture. La finale est solide et l’allonge de fort calibre.

Ce vin m’a laissé un peu perplexe. Moi qui ne connaissait de la vallée d’Aconcagua que les vins généralement charmeurs en jeunesse de la maison Errazuriz. Avec ce vin de San Esteban ont est clairement dans un autre registre. Le vin et bon et la qualité me semble évidente, mais pour le moment celui-ci semble un peu replié sur lui-même. Ce qui est rare au Chili, où les vins sont généralement abordables dès leur prime jeunesse. Si on aime les rouges montrant un profil sévère, ça va, mais pour le moment on est vraiment pas dans le registre de la séduction. Voilà un vin viril qui ne se fera pas accuser d’être racoleur! Quoi qu’il en soit, il me reste trois bouteilles de ce nectar pour voir de quoi il en retourne. La prochaine ne sera pas ouverte avant un bon 5 ans. J’ai confiance pour la suite, mais rien n’est garanti. Le producteur lui parle d’un potentiel de garde de 10 ans pour ce vin.


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jeudi 19 août 2010

Vins issus de vignes greffées et non-greffées: Une comparaison intéressante

Ceux qui me lisent avec une certaine régularité, que ce soit ici sur ce blogue, ou auparavant sur FDV, savent que j’attribue une bonne partie du caractère distinctifs de plusieurs vins chiliens au fait qu’il s’agit du seul pays au monde où la très grande majorité des vignes sont plantées franches de pied, plutôt que greffées sur des portes-greffes hybrides. Changer les racines d’une plante n’est pas un acte anodin. Il m’a toujours semblé évident que cela devait entraîner des changements dans la nature des fruits pouvant être produits, et partant, dans celle des vins qu’on pouvait espérer en tirer. J’ai lu de nombreuses références par le passé indiquant que la nature du porte-greffe avait une influence importante sur la vigueur de la vigne. Ainsi donc, dépendant de la fertilité du sol et de la nature du cépage, et même du clone de ce cépage, le vigneron peut choisir un porte-greffe qui atténuera la vigueur de la vigne. Cela représente un avantage très important dans l’élaboration d’un vignoble visant à produire des vins de grande qualité. Une vigne moins vigoureuse concentre plus de ressources sur ses fruits, et moins sur le développement du bois et du feuillage. Cela a donc un impact important sur la qualité des fruits pouvant être obtenus. La crise du phylloxéra, il y a plus d’un siècle, a donc modifié la viticulture mondiale en y apportant un élément nouveau et déterminant. Un élément qui s’est raffiné au fil des décennies avec le développement de toute une panoplie de porte-greffes pouvant s’adapter aux différents types de sols et aux différents cépages qu’on veut y greffer. Si on pense aussi aux divers clones disponibles pour un même cépage, la vigne d’aujourd’hui est donc une entité adaptable qui est bien différente de la vigne “tout en un” et non sélectionnée du 19ième siècle. Encore une fois, le seul endroit où les choses ont peu changé depuis ce temps, c’est au Chili. Un endroit à la viticulture unique, vestige d'une autre époque. Je dis que les choses ont peu changé au Chili, car encore plus de 90% du vignoble chilien est planté sans porte-greffe. Toutefois, cela commence à changer. De plus en plus de producteurs introduisent le greffage et les porte-greffes dans leur arsenal. Aussi, chose pratiquement unique au Chili, on greffe de plus en plus de cépages Vitis vinifera sur des racines Vitis vinifera d’un autre cépage. Comme en greffant de très vieilles vignes de Païs avec des cépages plus réputés.

Un des producteurs chiliens qui depuis plusieurs années expérimente avec les porte-greffes, est le groupe Santa Rita, qui inclut aussi Vina Carmen. Cette semaine, j’ai eu la chance de tomber sur un article très intéressant du magazine chilien “Vitis”, et qui montre une comparaison de trois paires de vins issus de vignes greffées et non greffées. Les résultats sont très intéressants et montrent bien que le greffage a un effet direct sur la nature des vins obtenus. Dans les trois cas, les vignes sont issues du même vignoble, même de rangées de vignes voisines ayant des sols identiques. Dans aucun cas la comparaison n’est parfaite, car certains éléments sont différents (clones, année de plantation), mais tout de même, les comparaisons sont assez proches et les différences de profil des vins assez claires pour voir que le greffage a une influence indéniable sur les vins obtenus. D’ailleurs, dans les trois cas, on parle de vignes dont les raisins servent à produire des vins que je connais, soit la Sauvignon Blanc “120" de Santa Rita, le Cabernet Sauvignon “Medalla Real” de Santa Rita, et le Merlot, “Reserve” de Vina Carmen, issu de la vallée de Casablanca. Il est à noter que dans le cas du Cabernet Sauvignon, on dit clairement que le greffage a été utilisé pour atténuer la vigueur de la vigne non-greffée. En ce sens, il est intéressant de noter que la vigne greffée moins vigoureuse produit deux fois plus de fruits que la vigne non-greffée, et que la qualité du vin produit est au moins aussi bonne, même si les profils des vins sont différents. De plus, dans le cas des deux paires de vins rouges, il est intéressant de noter que les versions issus de vignes non-greffées sont toutes deux qualifiées de “herbal”, contrairement à leurs contreparties issues de vignes greffées. Cela est intéressant quand on sait que les rouges chiliens sont souvent décriés par certains pour leur caractère végétal. Et si la viticulture pré-phylloxéra donnait des vins au caractère végétal plus affirmé à cause, entre autre, d’une plus grande vigueur des vignes non-greffées? La réponse à cette interrogation n’est pas définitive, et c’est sûr que les Chiliens vont continuer de se pencher sur la question. Une chose est sûre toutefois, ce type d'expérience apporte un éclairage intéressant sur la viticulture particulière de ce pays, et offre des pistes pour mieux comprendre ses vins. Ça peut aussi permettre de se demander à quoi ressemblerait les vins européens si le phylloxéra n'avait pas complètement changer la donne.

Si la lecture de cet article vous intéresse, je joins le lien vers l’édition pdf du magazine le contenant. L’article commence à la page 13 et est disponible en espagnol et en anglais. D’ailleurs, une bonne vingtaine de numéros de cette revue, remontant jusqu’à 2007, sont disponibles gratuitement en version pdf. Beaucoup de lecture en perspective pour moi qui vient juste de découvrir cette petite mine d'information. Dans le même numéro, il y a d'ailleurs un article intéressant sur le marché du vin canadien observé du point de vue des Chiliens. Ils ne semblent pas très entichés de nos monopoles étatiques.

http://www.vitismagazine.cl/pdf/rev_31.pdf



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mardi 17 août 2010

Notes et grands millésimes

J’écris un peu sur le vin sur ce blogue, mais je suis d’abord et avant tout un lecteur. Je lis toute sorte de choses sur le vin, et parfois il m’arrive de faire des liens entre certaines d’entre elles. Comme ce week-end par exemple. Je lisais la chronique de Jacques Benoît sur Cyberpresse dont le sujet était les grands millésimes. Un passage a particulièrement retenu mon attention:

“Les conditions qui donnent naissance aux grands millésimes sont bien connues des amateurs. Peu de pluie, beaucoup de soleil, des nuits fraîches qui préserveront la qualité des arômes et, enfin, du beau temps constant pendant toute la période de croissance, sans à-coups, ce qui assure une maturation harmonieuse de toutes les composantes du raisin.”

En lisant cela, spontanément je me suis dit qu’il décrivait des conditions très communes au Chili année après année. Ensuite, en y pensant un peu plus, je me suis rappelé une autre citation, celle-là venant José Manuel Ortega, du groupe O. Fournier, produisant du vin en Ribera del Duero dans son Espagne natale, ainsi que dans la vallée de Uco en Argentine, et récemment dans la vallée de Maule au Chili. M. Ortega est très enthousiaste à propos de cette région chilienne et voici ma traduction libre de ce qu’il en disait dans un article récent:

“Maule est une des meilleures régions au monde pour la production de vin de haute qualité. Je définis toujours Maule comme Bordeaux dans une année exceptionnelle. On veut toujours faire des vins avec de la personnalité et du caractère, et on sent que Maule est la région pour ce faire. On ne suit pas les modes, mais le potentiel, et nous sommes toujours étonnés de la qualité qu’on trouve dans cette région...”

Bien sûr, ce n’est l’opinion que d’un seul homme, mais les conditions des bons terroirs chiliens correspondent à la description de M. Benoît, ce qui corrobore l’opinion de M. Ortega. Ensuite, j’ai fait un autre lien avec un sujet qui m’intéresse. Celui des fameuses notes sur 100 points. Bien sûr, on note les vins selon ce système, mais on note aussi les millésimes. Je lisais aussi cette semaine une discussion sur le forum de discussion LPEL, où l’on disait que tous ces systèmes sur 100 étaient relatifs. Qu’une note de 95, par exemple, donnée à un vin renommé, n’équivalait pas à la même note donnée à un vin plus obscur ou provenant d'une région moins réputée. Puis, en faisant le lien avec la notation des millésimes, je dois avouer avoir été très confus. Depuis que je lis ce type de notes attribuées aux millésimes, la plus haute note que j’ai vu attribuée au Chili ou à une de ses régions est 93. Ensuite j’ai repensé aux commentaires de M. Ortega, et à ceux de M. Benoît qui selon moi cadrent bien avec le Chili. Aucune note n’excédant 93!!! Je me suis alors demandé ce qu’il manquait au Chili pour se mériter des notes plus hautes. Je me suis aussi demandé où était le fameux relativisme du système. S’il est vrai qu’il faut juger des vins d’une région de façon isolée. S’il est vrai qu’une note de 100 devrait représenter la perfection selon le potentiel d’une région donnée. Alors cela devrait s’appliquer aussi aux millésimes. Avec ce que j’ai cité plus haut, les millésimes s’approchant de la perfection doivent bien exister aussi au Chili. Non?

Encore une fois, face à tant d'incohérence, ma conclusion a été que ce système de notation, qu’on l’applique aux vins ou aux millésimes de différents pays ou régions, n’est rien d’autre qu’un marécage attirant les préjugés.


http://www.cyberpresse.ca/vivre/vins/201008/13/01-4306323-sept-vins-de-grandes-annees.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B20_vivre-vins-manchette-b20_455009_section_POS1
 
http://www.thedrinksbusiness.com/index.php?option=com_content&task=view&id=11284&Itemid=66
 
http://www.lapaulee-enligne.com/autour-du-vin-f1/domaine-gauby-vieilles-vignes-blanc-2007-t711.htm