Le mot obsession est peut-être un peu fort, mais depuis que je m'intéresse au monde du vin, il y a quelques thèmes qui se sont imposés à moi. Bien sûr il y a le Chili et le potentiel de garde de ses vins rouges. Il y a aussi le tabou des bretts. Mais mon leitmotiv demeure le rapport qualité/prix et l'influence de l'étiquette sur l'appréciation de ce fameux RQP, d'où mon intérêt pour la dégustation à l'aveugle. À ce propos, je suis tombé aujourd'hui sur un texte intéressant et très honnête de la part du blogueur britannique Jamie Goode. Il y traite de la difficulté de bien évaluer des vins très chers et renommés, car ces vins sont très rarement dégustés dans un contexte de dégustation en pure aveugle. Les producteurs de ces vins ne veulent pas voir leurs vins soumis à cet exercice, et les acheteurs de ces vins seront très peu enclins à les boire dans un contexte aveugle. À quoi bon payer très cher pour ces vins si c'est pour ne pas savoir que c'est ce que l'on boit?
Le résultat de ce phénomène c'est que les vins très chers sont presque toujours dégustés dans un contexte où le poids de leur étiquette est là pour les supporter. Les dégustateurs seront forcément sous influence. Difficile de rester psychologiquement neutre face au renforcement positif de l'étiquette et du contexte souvent cérémonial, surtout pour des amateurs passionnés qui rêvent des grands noms et ont rarement accès à de tels vins. En ce qui me concerne, c'est un problème qui m'est passablement étranger, puisque le prestige est un aspect du monde du vin qui ne m'attire pas. Ceci dit, je pense que la logique d'induction psychologique positive qui s'applique aux vins chers et renommés s'étend de manière inversée aux vins sans prestige de prix modérés. À étiquette découverte, certains de ces vins, qui sont très bons, seront sous-évalués car l'étiquette et le prix envoient le message au dégustateur qu'une telle qualité n'est pas possible dans ce contexte. C'est ce que j'appelle l'effet Veblen inversé. D'un côté ou de l'autre, il est très difficile d'échapper à l'influence psychologique du prix et de l'étiquette d'un vin.
dimanche 15 juin 2014
lundi 26 mai 2014
Les Bretts conte-attaquent!!!
Une des raisons pour lesquelles l'amateur de vin que je suis a trouvé
refuge au Chili repose sur le fait que ce pays est relativement à l'abri du fléau que
représente les levures Brettanomyces dans le monde du vin se voulant de
qualité. Malheureusement, la faible prévalence de l'influence ces
levures sur le profil des vins chiliens ne relèvent pas d'une protection
globale et inexpliquée, comme dans le cas du phylloxéra. Non. Les vins chiliens
sont moins touchés par cette plaie à cause des pratiques œnologiques
plus rigoureuses des producteurs chiliens qui visent à produire des vins
stables et propres pour les marchés d'exportation. Il y a donc très peu de
laisser-aller au chai car on sait que la nature n'est pas toujours
bienveillante. Ceci dit, l'influence européenne "naturalisante" se fait
de plus en plus sentir au Chili et des producteurs commencent à imiter
les pratiques ésotériques issues de l'Europe selon lesquelles la nature est supposée toujours régler les choses pour le mieux. Bien sûr, la réalité est toute autre...
Ce week-end, j'ai ouvert un vin d'un de ces chiliens, Alvaro Espinoza, qui s'est laissé tenté par le mirage de la biodynamie et de la nature bienveillante. J'ai ouvert ma dernière bouteille de Kuyen 2006 et quelle ne fut pas ma déception de découvrir une bombe brettée. Le vin était dominé tant au nez qu'en bouche par le caractère hideux du 4-ethyl phénol. Ça masquait tout le reste du vin. Plus d'identité, oubliez la notion de terroir ou de cépage. C'était l'empire des Bretts. Quel dommage. Heureusement, c'était ma dernière bouteille. J'avais bu les trois autres en prime jeunesse, car dès l'achat le vin montrait un aspect évolué prématuré, mais pas de traces phénolées. Je me suis rappelé avoir écrit un CR à son sujet sur FDV en août 2009, deux semaines avant la création de ce blogue. En me relisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'avais assez bien perçu le danger relié à ce vin. En jeunesse il n'était pas marqué par l'action des bretts, mais sa méthode d'élaboration, avec très peu de sulfites et sans filtration, a permis à ces levures de rester vivantes en bouteille, et malgré une garde en cave passive, ces levures ont pu agir en bouteille pendant cinq ans pour finalement gâcher totalement ce vin. Tous les amateurs de vins à risque devraient impérativement les garder dans une cave à 10-12 dégrés Celcius. C'est la seule façon de ralentir l'action de ces levures vivantes en bouteille, mais ça ralentit aussi l'évolution du vin. À moins bien sûr de se régaler des arômes et des goûts phénolés, ou d'y être insensible.
Il me reste quelques bouteilles de Antyial 2005, et de Kuyen 2007, de ce même Alvaro Espinoza. Je ne vais pas attendre très longtemps pour vérifier si elles sont toujours intègres. Je salue l'émergence de petits petits producteurs artisanaux au Chili, mais il ne faudrait pas qu'ils tombent dans le travers des vins instables si courants chez les minimalistes européens. Alvaro Espinoza dit suivre le mode de production biodynamique pour mieux refléter le terroir d'où sont issus ses vins. Je regrette. Un vin dominé par les arômes et les saveurs phénolés est l'antithèse du vin de terroir. Les bretts produisent du 4-ethyl phénol peu importe le terroir et le cépage. Le meilleur exemple d'un vin mondialisé, c'est un vin bretté. Ça goûte la même chose peu importe l'origine.
Ce week-end, j'ai ouvert un vin d'un de ces chiliens, Alvaro Espinoza, qui s'est laissé tenté par le mirage de la biodynamie et de la nature bienveillante. J'ai ouvert ma dernière bouteille de Kuyen 2006 et quelle ne fut pas ma déception de découvrir une bombe brettée. Le vin était dominé tant au nez qu'en bouche par le caractère hideux du 4-ethyl phénol. Ça masquait tout le reste du vin. Plus d'identité, oubliez la notion de terroir ou de cépage. C'était l'empire des Bretts. Quel dommage. Heureusement, c'était ma dernière bouteille. J'avais bu les trois autres en prime jeunesse, car dès l'achat le vin montrait un aspect évolué prématuré, mais pas de traces phénolées. Je me suis rappelé avoir écrit un CR à son sujet sur FDV en août 2009, deux semaines avant la création de ce blogue. En me relisant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'avais assez bien perçu le danger relié à ce vin. En jeunesse il n'était pas marqué par l'action des bretts, mais sa méthode d'élaboration, avec très peu de sulfites et sans filtration, a permis à ces levures de rester vivantes en bouteille, et malgré une garde en cave passive, ces levures ont pu agir en bouteille pendant cinq ans pour finalement gâcher totalement ce vin. Tous les amateurs de vins à risque devraient impérativement les garder dans une cave à 10-12 dégrés Celcius. C'est la seule façon de ralentir l'action de ces levures vivantes en bouteille, mais ça ralentit aussi l'évolution du vin. À moins bien sûr de se régaler des arômes et des goûts phénolés, ou d'y être insensible.
Il me reste quelques bouteilles de Antyial 2005, et de Kuyen 2007, de ce même Alvaro Espinoza. Je ne vais pas attendre très longtemps pour vérifier si elles sont toujours intègres. Je salue l'émergence de petits petits producteurs artisanaux au Chili, mais il ne faudrait pas qu'ils tombent dans le travers des vins instables si courants chez les minimalistes européens. Alvaro Espinoza dit suivre le mode de production biodynamique pour mieux refléter le terroir d'où sont issus ses vins. Je regrette. Un vin dominé par les arômes et les saveurs phénolés est l'antithèse du vin de terroir. Les bretts produisent du 4-ethyl phénol peu importe le terroir et le cépage. Le meilleur exemple d'un vin mondialisé, c'est un vin bretté. Ça goûte la même chose peu importe l'origine.
samedi 17 mai 2014
CHARDONNAY, 2011, ACONCAGUA COSTA, VINA ARBOLEDA
Le mouvement chilien vers la côte a
commencé réellement avec le développement de la région de San
Antonio, qui est en fait le prolongement de la région de Maipo, mais
au delà de la chaîne de montagnes côtière. Il y a aussi Casa Silva
qui a fait la même chose, plus au sud, en développant un vignoble
côtier dans le prolongement de la région de Colchagua. Plus au
nord, le groupe Errazuriz a fait la même chose en développant la
partie côtière et fraîche de la vallée d'Aconcagua. Ce qui fait
que l'appellation Aconcagua Costa désigne des vins issus d'un climat
frais qui n'ont rien à voir avec les vins de climat chaud désignés
par la simple appellation Aconcagua. Vina Arboleda est le projet de "boutique winery" de Eduardo Chadwick, l'homme derrière
Errazuriz. Le vignoble Chilué d'où est issu ce Chardonnay a été
planté en 2005 à 12 km de l'océan Pacifique. La vendange est
manuelle, les grappes entières sont pressées et la fermentation
alcoolique a lieu avec les levures indigènes en barriques de chêne
français dont 10% sont neuves. Le vin est élevé sur lies pendant
huit mois et 60% du liquide complète la fermentation malolactique.
Le vin titre à 13.5% d'alcool, pour un pH bien vif de 3.25 et 3.36
g/l de sucres résiduels. Le producteur évoque un potentiel de garde "abondant", sans préciser de nombre d'années, ce qui
est un peu normal compte tenu de la nouveauté du vignoble.
La robe est de teinte légèrement
dorée. Le nez ne laisse pas de doute sur le cépage et la nature du
terroir à l'origine du vin. Ça sent le Chardo de climat frais où
les fruits peuvent atteindre une bonne maturité. On y retrouve des
arômes de pêche, de lime, d'orange et de roche mouillée, complétés
par de légères notes florales et beurrées. Très beau nez aux
arômes de grande qualité. Cette impression de qualité se transmet
en bouche où la palette de saveurs est un reflet fidèle du profil
olfactif. Le vin montre un bel équilibre entre le gras et l'acidité,
le tout complété par une fine touche d'amertume. Le milieu de
bouche montre une bonne concentration de saveurs sur un volume
contenu. La finale est harmonieuse et montre une très bonne
longueur.
J'ai adoré ce vin au profil classique
et raffiné. Il est clair que la carte jouée n'est pas celle de la
très grande concentration de matière. On a plutôt opté pour
l'équilibre et la finesse, qui, combinés, donnent un vin offrant
beaucoup de plaisir. Les proportions de ce vin me font penser à
celle des rouges chiliens de type Reserva après 10 ans de garde. Des
vins modérés, équilibrés, faciles à boire, jouant la carte de la
finesse aromatique et de la qualité des saveurs. En fait, des vins
qui sont l'opposé du préjugé Nouveau-Monde, sans être des calques
parfaits des classiques européens. Ceci dit, les affinités
bourguignonnes de ce vin sont évidentes. On est loin du Chardonnay
quelconque de Casablanca aux odeurs de maïs en grains. Ce vin de
Arboleda est un bel exemple pour illustrer les progrès stylistique
et qualitatif que permettent les nouveaux terroirs frais du Chili
avec ce cépage. Après la dégustation de ce vin, je comprends le succès qu'a connu le Chardonnay, Wild, Ferment, 2011, Aconcagua Costa, Errazuriz, lors d'une dégustation à l'aveugle tenue sur le forum Fouduvin. Finalement, au prix demandé de 20$ à la SAQ pour
ce vin, il se qualifie probablement pour le titre de meilleur RQP en Chardonnay. Je
ne connais pas de vins de ce cépage qui offrent un tel style et un tel
raffinement pour un tel prix. Ce vin n'a rien à envier à beaucoup
de vins de ce cépage vendus beaucoup plus chers. Si votre bonheur ne
dépend pas de la présence du mot Bourgogne sur l'étiquette, et
qu'il peut supporter le mot Chili, ce vin est une superbe possibilité
pour jouir des vertus de ce cépage à prix très abordable. Je vais en racheter demain en promo à 17$ la bouteille!
lundi 5 mai 2014
CABERNET SAUVIGNON, LEGADO, 2011, MAIPO, VINA DE MARTINO
Vous savez comment je vante les mérites
des rouges chiliens de type Reserva sur ce blogue. Toutefois, autant
j'aime cette catégorie de vins, autant ils sont parfois difficiles à
suivre dans le temps. Je ne parle pas de l'évolution du vin en
bouteille, je parle plutôt des changements qui peuvent survenir dans
l'élaboration de ceux-ci avec le temps. Pour illustrer ce phénomène,
cette cuvée Legado est un beau cas de figure. J'ai acheté ce vin
une première fois dans le millésime 1997, alors qu'il était nommé "Prima". Au début des années 2000 on l'a rebaptisé "Legado". Le Legado de ces années-là venait de la
sous-région de Isla de Maipo, au cœur de la vallée et était issu
de vieilles vignes. C'était aussi un vin qui voyait pas mal de bois
neuf, au fruité bien mature et qui titrait à 14.5% d'alcool. Les
millésimes 2001 et 2002, que j'ai encore en cave, ont bien évolué.
Mais voilà, quelqu'un qui achète le 2011 aujourd'hui, achète un
tout autre vin. L’œnologue en chef de la maison, Marcelo Retamal,
une étoile du virage terroir chilien, a décidé dernièrement de
revoir complètement son approche en matière de vinification. Pour
ce Cabernet, il est un peu dur à suivre, car ce vin origine
maintenant de deux terroirs bien distincts. Une partie des fruits
provient toujours de Isla de Maipo, mais le vin contient aussi des
fruits d'un vignoble plus récent situé près de Melpilla, dans la
partie ouest de la vallée, près de la chaîne de montagnes côtières
(même région que Vina Chocalan). Donc, un mélange de vielles
vignes et de vignes plus jeunes, et de climat chaud et de climat moins chaud, tout cela avec une vendange plus hâtive qu'auparavant, ce qui
se reflète dans un taux d'alcool abaissé à 13.5%. Ajoutez à cela
l'abandon du bois neuf pour 12 mois au profit de barriques usagées,
dites neutres, et d'un élevage dans celles-ci prolongé à 16 mois.
Comme on peut le voir, ça fait beaucoup de changements pour un vin
portant le même nom et arborant la même appellation d'origine.
Malgré tous ces changements, le producteur évoque un potentiel de
garde de 10 ans.
La robe et de teinte rubis plutôt
translucide pour un jeune vin de ce cépage. Le nez montre une belle
fraîcheur, avec la typicité qu'on attend d'un Cab de cette vallée.
On y retrouve un mélange mentholé de cerises et de cassis, complété
par du bois de cèdre, des notes terreuse et une touche de poivron
vert. Le fruit montre vraiment un bel éclat, et sans apport boisé
apparent, il a tout l'espace nécessaire pour se déployer. En
bouche, c'est aussi la fraîcheur de l'ensemble qui impressionne. On
retrouve un vin aux saveurs de Cabernet, mais avec une structure qui
se rapproche d'un vin de Pinot Noir. Les tanins sont fins et
discrets, l'acidité vivifiante, ce qui donne à ce nectar, qui ne
manque pas de concentration au niveau des saveurs, une belle légèreté
et une finale d'une longueur renversante. Je dis renversante, car le
côté aérien du vin n'annonce pas une telle longueur. Comme si la
concentration du vin n'était située qu'au niveau des saveurs, et
qu'il était délesté de tout le reste de la matière non aromatique
qu'on retrouve normalement dans un jeune Cab de ce calibre.
Il y a actuellement un mouvement au
Chili pour revenir à moins de maturité du fruit, et conséquemment,
à des titres alcooliques plus faibles, ainsi qu'à un usage plus
modéré du bois de chêne neuf. Je ne renierai pas mon goût pour
les Cabs denses, boisés et bien matures, car après 10 ans ils
rejoignent une structure plus élancée qui n'est pas si loin de
celle qu'arbore ce Legado dès sa prime jeunesse. Ceci dit, de
retrouver cette structure affinée avec un profil aromatique montrant
la fraîcheur de la jeunesse et une maturité modérée du fruit,
c'est très agréable et j'en redemande. Ce vin montre un éclat, une
fraîcheur et une longueur remarquables. C'est l'exemple parfait
démontrant l'importance de l'homme dans l'élaboration du vin.
Marcelo Retamal a décidé d'élaborer un style différent de
Cabernet et il a très bien réussi. Pour moi la réussite de ce vin
n'est pas un désaveu du style plus costaud et mature. C'est juste un
enrichissement de la diversité. Ça montre qu'il n'y a pas de vérité
absolue en matière de vin et que l'homme peut décliner les choses
de différentes façons, toutes aussi valables les unes que les
autres. C'est un peu comme ceux qui veulent absolument diviser la
planète-vin en deux, entre des mondes ancien et nouveau. Ça ne
tient pas la route, car on oublie la variable essentielle, la
variable humaine. Comme je le disais, Marcelo Retamal n'est pas le
seul à élaborer des cuvées axées sur plus de fraîcheur au Chili.
L'autre Marcelo chilien, Marcelo Papa, une des forces vives du géant
Concha y Toro a élaboré une cuvée spéciale du Cabernet, Marques
de Casa Concha, dans le millésime 2010. Ce vin issu du même
vignoble de Puente Alto d'où sont issus le Don Melchor et la cuvée
régulière du Marques de Casa Concha, a été nommé meilleur rouge
chilien par le guide Descorchados, 2014, avec une note de 96. Cette
cuvée spéciale et limitée à seulement 1800 bouteilles a été
élaborée en utilisant les techniques des rouges chiliens des années
70. La vendange a été effectuée un mois avant celle du Marques de
Casa Concha régulier qui titre à 14.5% d'alcool, alors que la cuvée
spéciale titre à seulement 12.5%. J'aimerais bien goûté ce vin.
Il y a un réveil actuellement à propos des qualités des rouges de
jadis où la maturité phénolique n'était pas une obsession. Je
donnais récemment un exemple d'un de ces vieux rouges chiliens qui
ont superbement évolué sur une très longue période, un Cab, 1967
de Santa Carolina qui titre à 13.2% d'alcool.
Finalement, j'ai un aveu à faire. J'ai
acheté cette bouteille de Cabernet, Legado, 2011, car dans l'édition
du Wine Spectator dont je parlais dans mon texte précédant, on
avait octroyé 92 points à ce vin de 17$. Ça m'a fortement
intrigué. J'étais curieux de voir en quoi ce vin pouvait se
distinguer des autres Cabs de cette catégorie pour mériter un tel
score, surtout que l'archétype du Cab de Maipo moderne de cette
catégorie, le Marques de Casa Concha, 2011, c'est lui mérité 93
points. Ce n'était donc pas pour une question de style, mais bien de
qualité intrinsèque du vin. Au final, je suis totalement confus.
J'ai adoré le vin de De Martino. Sa note me semble justifiée, pour
ce que ça veut dire, mais si tel est le cas, il y a une flopée de
rouges chiliens qui devraient aussi obtenir un score similaire.
L'offre chilienne de rouges de ce niveau qualitatif sous la barre des
25$ est immense et à 17$ ce Legado est un superbe achat qui se
démarque par son profil original.
dimanche 4 mai 2014
Le nouveau Chili
C'était le titre d'un fil de discussion que j'avais initié sur FDV en juin 2008, un peu l'ancêtre
de ce blogue. Le temps passe... Je ne sais pas si j'étais
prophétique, mais six ans plus tard, "The new Chile"
est le titre de l'édition de mai, actuellement en kiosque, du
magazine américain Wine Spectator. Il y a longtemps que j'avais
acheté ce magazine, mais avec le thème, et avec le texte que je
venais d'écrire sur la quête de reconnaissance du Chili, je n'ai pu
résister à aller voir ce qu'on disait de mon pays vinicole de
prédilection, surtout avec un titre semblable. Résultat? Sans
réelle surprise, le contenu est plutôt décevant pour moi qui
connaît très bien ce pays et qui en ai une haute opinion. Bien sûr,
on reconnaît les changements qui ont cours depuis plusieurs années
au Chili. On reconnaît les efforts pour devenir un pays vinicole
complet, mais le ton demeure paternaliste, et en ce sens, le pays est
traité en adolescent et non pas comme le jeune adulte talentueux et
versatile qu'il est en réalité. Ceci dit, on aborde la quête de
reconnaissance du pays que j'évoquais dans mon article précédant,
et ce par la voix d'Aurelio Montes qui déclare : "Nous
avons besoin d'être reconnus et respectés . Le Chili n'a pas
d'image, sinon celle d'être un pays ennuyant". En gros, le propos
de Montes est que le pays n'est pas excitant. Ça rejoint mon constat. Ce problème reste
entier, même si le sous-titre du Wine Spectator parle de vins
excitants. Les vins le sont peut-être, mais pas le pays.
Au-delà de ces considérations, le
contenu de cette édition du Wine Spectator est quand même
informatif, même si personnellement je n'y ai rien appris. On trace
les grandes lignes du paysage vinicole chilien, on interroge
brièvement quelques producteurs, et on a droit à un autre article
sur le Carmenère. Ça demeure dans les généralités. Kim Marcus,
est le nouveau journaliste-dégustateur en charge de couvrir le pays,
et on sent que sa connaissance des vins chiliens est limitée, en ce
sens qu'elle manque de perspective. L'excellent potentiel de garde
des rouges du pays n'est pas évoqué, et l'évaluation qualitative
des vins laisse songeur. Bien sûr, avec Wine Spectator on se butte
immanquablement aux faiblesses du fameux système de notation sur 100
points. Disons que le ton de l'appréciation est donné avec un
tableau où on note les millésimes chiliens depuis 2005. De manière
inexplicable, le meilleur millésime, 2007, obtient une note de 93.
On parle ici de conditions météorologiques, pas de la qualité d'un
vin donné. Il semble impossible d'avoir un millésime qui se
rapprocherait de la perfection dans un pays qu'on décrit pourtant
comme un paradis de la viticulture. Je pense que ce fait est
symptomatique et que ça reflète un état d'esprit face à ce pays.
Il y a un plafond qualitatif pré-établi, hors de toute raison. Si
les millésimes d'un pays aux conditions climatiques reconnues comme
généralement très favorables ne peuvent être notés plus haut que
93, imaginez ce qui en est pour les vins. Le vin le mieux noté est
le Don Melchor, 2010, avec 95 points, puis suivent les noms
habituels, Almaviva, Clos Apalta et Montes Folly à 94. Le blanc avec
la plus haute note est un Chardonnay de Kingston Family avec un 91.
Vous allez me dire que je ne devrais
pas m'en faire avec ces notes, vu que je ne crois pas en la validité
de ce système. Ce n'est pas vraiment le cas, car si je ne crois pas
à la précision des notes sur 100 pour évaluer un vin donné, un
ensemble de notes pour de très nombreux vins est plus significatif.
Le plafonnement à 95 pour les rouges et 91 pour les blancs est très
significatif à mes yeux. C'est comme lire un compte-rendu de
dégustation très élogieux sur un vin, puis de voir une note
numérique à la fin qui semble contredire les mots qui le décrivait.
C'est le chiffre qui l'emportera au final dans l'esprit du lecteur.
Donc, avec ce spécial Chili du Wine Spectator, ce sont les chiffres
de la fin qui font foi de tout. Au-delà des bons mots, de
l'évocation de nouveaux terroirs, de vins excitants, le Chili
demeure catégorisé comme un pays de seconde classe qui travaille
fort pour sortir de sa condition. Un pays qui frise la grandeur, mais
qui pour une raison inexplicable n'y accède pas.
dimanche 20 avril 2014
La difficile quête de reconnaissance du Chili
Le Chili vinicole souffre d'un manque chronique de prestige sur la scène mondiale du vin. Un déficit important qui semble impossible à combler malgré la qualité et la diversité toujours croissantes qu'offre ce pays. L'image de pays pauvre qui n'offre que du vin bon marché lui colle à la peau inexorablement. Le Chili a beaucoup d'atouts concrets qui devraient lui permettre d'émerger comme un des leaders du monde vinicole, mais l'image est une question de perception qui n'a souvent rien à voir avec la réalité du terrain. Le fait que le Chili fasse partie de ce que l'on appelle le Nouveau-Monde est déjà un problème en terme d'image dans un milieu qui ne jure que par l'ancien, mais contrairement aux États-Unis, au Canada, à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande et à l'Afrique du Sud, le Chili a le malheur de ne pas être un pays où l'anglais est une langue importante. Quand on connaît l'influence mondiale de la presse vinicole anglophone, cela aide à comprendre le niveau de difficulté en terme d'affinité culturelle, et partant, de communication du message. L'affinité culturelle est très importante dans le monde du vin. Le marché canadien en est un bel exemple. Les vins français ont un succès bien plus important au Québec que dans le reste du Canada, alors que les vins du Nouveau-Monde anglophone ont beaucoup plus de succès dans le ROC qu'au Québec, où ils sont souvent injustement boudés. Le Chili n'a donc pas de levier efficace pour transmettre sa réalité dans un monde où la perception prime souvent sur la réalité.
L'idée de revenir sur le problème
insoluble chilien m'est venue lorsque j'ai appris que Eduardo
Chadwick, le leader du groupe Errazuriz, avait décidé de cesser sa série de dégustations à l'aveugle initiées à Berlin une décennie
plus tôt. Il a refermé la boucle en octobre dernier à Santiago
avec une dernière dégustation entre chiliens. Malgré 15
dégustations de ce genre tenues avec succès à travers le monde, où
il a eu le courage de mettre ses vins en compétition avec des vins
beaucoup plus chers et prestigieux. Je ne suis pas sûr que cela ait
produit un bénéfice très concret pour le prestige de ses vins, et pour
ceux du Chili en général. C'est vrai, le prix des vins haut de
gamme du groupe Errazuriz est à la hausse, mais cela n'a eu aucun
effet sur le reste du portefeuille du producteur. On pouvait toujours
acheter son Cab, Max Reserva, 2011, ce week-end, en promo à la SAQ, pour 15$
la bouteille. Un prix totalement ridicule pour un vin de cette
qualité et ayant un si bon potentiel de garde.
Le Chili vinicole est vraiment pris
dans un Catch 22. Il est prisonnier de la relation prix/prestige à
la base de ce qu'on appelle l'effet Veblen. Dans ces conditions, la
notion de qualité devient secondaire. Le prestige permet d'exiger
des prix plus élevés, et un produit qui se vend à un prix plus
élevé devient plus désirable, ce qui, à terme, poussera encore
plus le prix vers le haut. Comme le Chili est dépourvu de prestige,
et qu'au contraire il traîne une image négative de vin bon marché
venant d'un pays pauvre, il est pris dans un effet Veblen inversé. Pour
trouver preneur, il doit vendre la grande majorité de ses vins à
des prix nettement inférieurs à la qualité offerte, et ces prix
très abordables influencent forcément la perception de qualité.
Depuis que je m'intéresse aux vins de ce pays, j'ai pu constater que
leurs seuls moments de gloire sont venus en dégustation en pure
aveugle. C'est sur ce fait qu'a misé Chadwick avec sa série de
dégustations à l'aveugle contre des pointures prestigieuses. Mais
malgré de très bons résultats à chaque fois pour ses vins, il n'y
a pas eu d'effet dramatique sur la perception générale des vins de ce pays.
J'ai expérimenté la même chose à mon échelle. J'ai surpris de
nombreux amateurs et professionnels avec des vins chiliens lors de dégustations à
l'aveugle au cours des 10 dernières années, mais je n'ai converti
personne à la cause des vins de ce pays. La seule explication que
j'ai pu tirer de cette expérience, c'est que le prestige joue un
trop grand rôle chez l'amateur passionné pour que des vins d'un
pays sans prestige puissent avoir un quelconque intérêt. Autant une
étiquette considérée inspirante peut attiser l'intérêt pour un vin, autant
une étiquette considérée rebutante peut tuer cet intérêt. Plus de 99% des
vins que l'ont boit le sont à étiquettes découvertes, la pure
aveugle ne peut être là à chaque fois pour briser un préjugé
défavorable. Si vous pensez que vous auriez un peu honte de servir
un vin chilien à des amis amateurs lors d'un bon repas, il n'y a
alors aucune raison de mettre ces vins en cave, peu importe leur
prix et leur niveau de qualité. La perception fait foi de tout dans ces
circonstances.
Le constat que je viens de dresser sur
la perception des vins chiliens est négatif, malheureusement,
n'empêche que le paysage vinicole de ce pays continue de se
développer et de se diversifier. Il y a aussi eu des progrès
commerciaux réalisés au cours de la dernière décennie. Il y a
beaucoup plus de vins chiliens de milieu et de haut de gamme
qu'avant, même si ça demeure une part de marché très restreinte
et que ces vins demeurent quand même sous-évalués. Pour terminer sur une note
positive, je joins un lien vers la liste top 10 de l'expert
britannique des vins du Chili, Peter Richards. Cette liste est plus
un top 10 des coups de cœur de M. Richards, qu'une liste des 10
meilleurs vins du Chili. Il est intéressant de noter la présence de
deux vins de Cabernet âgés dans cette sélection. D'abord la cuvée
Antiguas Reservas, 1998, de Cousino Macul, un vin que j'ai toujours en cave et un vin de Santa Carolina du millésime 1967. Vous avez bien lu, 1967, dans cette perspective,
le Cousino Macul est un bébé. Ça montre que les Cabs chiliens de
prix très abordables peuvent vieillir très longtemps. M. Richards
inclut dans sa liste un Riesling de Casa Marin. À quand un premier
Riesling chilien à la SAQ? Il y a aussi le Pinot Noir, Wild Ferment, 2012, Aconcagua Costa, Errazuriz. Je lisais récemment sur FDV que le Chardonnay,
2011, de la même gamme avait très bien fait à l'aveugle contre des
vins Chardonnay bien plus chers de Bourgogne et d'ailleurs. On me
reprochera après ça de dire que certains vins chiliens pouraient se
vendre beaucoup plus chers s'ils étaient parés d'une étiquette
plus prestigieuse. Peter Richards complète sa liste par la Syrah d'entrée de gamme de Vina Leyda. À quand une vraie Syrah de climat
frais à prix abordable à la SAQ? Pour ce faire il faut regarder du
côté de Vina Leyda, bien sûr, mais il y aussi Vina Falernia, dans Elqui, qui produit des vins aux airs de Côte-Rôtie à moins de 20$.
vendredi 18 avril 2014
FUMÉ BLANC, GRAN RESERVA, 2012, LEYDA, VINA CARMEN
Vina Carmen est un producteur établi
au Chili depuis plus d'un siècle, si bien qu'avec le temps on en est
venu à oublier le haut niveau qualitatif des vins qu'il produit. Il
y a quelques années, Carmen a pris un virage terroir en sortant de
la vallée de Maipo qui l'a vu naître. Bien sûr, les vins de
Cabernet Sauvignon de la maison viennent toujours de l'Alto Maipo, le
meilleur terroir au Chili pour ce cépage, mais les vins issus
d'autres variétés proviennent maintenant de différents terroirs
mieux adaptés. C'est le cas de ce vin de Sauvignon Blanc qui
provient de la région fraîche de Leyda, sur la côte de l'océan
Pacifique. Je n'ai pas trouvé de données à propos de millésime
2012, mais pour le 2011, un quart du vin avait été fermenté en
barriques de chêne de deuxième usage et le reste en inox. Ce qui
explique probablement pourquoi on le désigne comme Fumé Blanc.
C'est un vin issu d'un vignoble unique situé à 14 km du Pacifique.
La vendange est manuelle et le vin titre à 13% d'alcool.
La robe est de teinte jaune paille avec
des légers reflets verdâtres. Le nez est moyennement expressif et
exhale des arômes de lime, de fruits de la passion, de bourgeon de
cassis, de zeste de pamplemousse et de poivron vert. Il y a aussi un
trait floral et un aspect subtil rappelant le conifère, ce qui
évoque une légère impression de Riesling. Nez agréable, complexe
et bien dosé. En bouche, le vin offre une matière citrique dense et
acérée. C'est un vin élancé et sec, marqué par une acidité
affirmée et une touche d'amertume évoquant le zeste d'agrume.
Oubliez le gras, la rondeur et le moelleux. On a ici affaire à un
laser citronné, si bien que le vin ne semble pas très concentré en
milieu de bouche, mais la finale montre une longueur incroyable pour
un vin de prix si abordable.
J'ai acheté quatre bouteilles de ce
vin aujourd'hui car il est actuellement en double promo (circulaire
et moins 10%). À 11.65$ après rabais, le risque de déception était
très faible, mais loin de me décevoir, ce vin m'a emballé par son
profil épuré et sérieux. La qualité est formidable et c'est un
RQP de haut vol. Si la bouteille était parée d'une étiquette plus
renommée, on parlerait sans gêne de vin de gastronomie et on
pourrait facilement doubler son prix. La réalité c'est que le vin
vient du Chili et d'un gros producteur en plus. Ça n'a pas de quoi
inspirer les amateurs en quête d'image bucoliques et qui aiment
rêver terroir. Pourtant, ce vin est bel et bien un vin de terroir.
Le climat frais de la région côtière de Leyda transparaît
clairement dans son profil. Jamais une région plus chaude aurait pu
donner un vin au profil aussi tranchant. En ce sens, ce n'est pas un
vin consensus. Il faut vraiment aimer l'acidité marquée dans le vin
pour l'apprécier à sa pleine valeur. Le mariage avec un plat
approprié pourrait aussi aider à atténuer cet aspect pour ceux que
ça dérange. Une température de service plus élevée contribue aussi à calmer ses ardeurs. Quoi qu'il en soit, si ce profil
vous convient, il reste une journée pour profiter de cette aubaine
formidable. Personnellement, je vais rajouter quelques bouteilles
demain. Un vin de cette qualité offert à 11.65$, ça dépasse
l'entendement, surtout qu'on aime bien dire que la SAQ n'offre plus
de vins à prix très abordables. Dans ce cas-ci, vous avez le prix très abordable, mais une qualité qu'on retrouve habituellement dans des vins d'une gamme de prix plus élevée.
lundi 31 mars 2014
Phase de fermeture: mythe ou réalité?
Je l'avoue, j'ai toujours été
dubitatif face à la notion de phase de fermeture associée à
l'évolution du vin en bouteille. Je continue de penser que c'est
souvent une excuse pour expliquer qu'un vin ne soit pas à la hauteur
des attentes. Je pense cela d'autant plus que je garde beaucoup de
bouteilles en de nombreux exemplaires que je suis dans le temps et il
m'est rarement arrivé de voir un vin changer du tout au tout sur une
période de quelques années. Ce que j'observe plutôt, dans la très
grande majorité des cas, c'est une évolution graduelle, sans
rupture brusque du parcours. Toutefois, il y a de rares exceptions,
et je suis tombé ce week-end sur une de ces exceptions qui me font
penser que la phase de fermeture peut exister. Pour entamer la fin
de semaine, vendredi soir dernier, je décidé d'ouvrir une bouteille
d'un vin que j'adore, soit l'assemblage Gran Reserva, 2007, MaipoCosta, de Vina Chocalan. Je voulais voir où il en était dans son
parcours et je m'attendais à un vin riche encore sur son profil de
jeunesse. Au contraire, j'ai retrouvé dans mon verre un vin peu
expressif qui manquait de concentration et d'intensité pour un vin
de ce calibre et par rapport aux souvenirs que j'en avais en prime
jeunesse. J'étais tellement déçu que j'ai à peine bu 200
millilitres et remis le bouchon sur la bouteille. Le lendemain, je
lui ai juste regoûté et il était déjà beaucoup mieux, le
surlendemain j'ai terminé la bouteille en retrouvant le vin auquel
je m'attendais, concentré, ample, intense et généreux. Un vin
expressif qui avait beaucoup de présence en bouche. Tout le
contraire de ce qu'il présentait le premier jour. Comment expliquer
que le vin était si amorphe le jour de l'ouverture? Je l'ignore,
mais il est clair que l'oxygénation prolongée lui a rendu ses
attributs. Ceci dit, le premier jour j'avais de la difficulté à
croire que ce vin pouvait avoir autant perdu de ses qualités. Comme
il m'en reste de nombreuses bouteilles, j'étais plutôt catastrophé.
Son retour à la vie était tout aussi surprenant que spectaculaire.
J'aimerais bien comprendre au niveau physico-chimique comment un tel
phénomène est possible, et pourquoi il se produit pour un vin
donné, sur une période donnée. Une expérience comme celle-ci tend
à me convaincre que le phénomène de de phase fermeture du vin peut
exister, mais comme il est imprévisible, je ne me servirais jamais
de cet argument pour excuser un vin décevant. Selon mon expérience,
le phénomène est trop rare pour l'invoquer systématiquement.
Néanmoins, ça permet de se garder une réserve avant de condamner
totalement un vin qui n'est pas à la hauteur des attentes. C'est aussi un
autre facteur qui milite pour la garde de multiples bouteilles d'un
même vin.
jeudi 27 mars 2014
Le rôle du critique
Il y a longtemps que je n'avais pas écrit
de texte éditorial sur ce blogue, mais aujourd'hui je suis tombé
sur un texte sur le site Vin Québec qui m'a donné le goût de
réagir. Marc-André Gagnon nous dit dans ce texte que toute
critique, bonne ou mauvaise, est positive. À le lire, c'est comme si
le critique avait la vérité absolue dès qu'il goûte un vin et
qu'il se doit de la partager pour prévenir ses lecteurs d'un danger
à éviter. Je pense que ce raisonnement fait abstraction du goût
personnel, de la subjectivité, de la variabilité du vin dans le
temps et des variations de capacités sensorielles qui existent entre
dégustateurs. Personnellement, je ne commente que les vins que
j'aime, et je ne crois pas, loin de là, avoir la vérité absolue.
Par exemple, je déteste les vins phénolés élaborés à l'aide de
levures Brettanomyces. Pour moi c'est un défaut clair, mais je sais
aussi qu'un bon nombre de vins renommés et appréciés sont élaborés
avec le concours de ce type de levures. Je pourrais bien chercher ce
type de vins et les décrier comme mauvais sur mon blogue, mais à
quoi cela servirait-il? Je sais que certains amateurs aiment ces
arômes, et que d'autres ne les perçoivent guère. À quoi bon
penser que mon dédain pour ces arômes s'applique à tout le monde?
C'est là un exemple, mais il pourrait en être de même à propos de
choses que j'aime dans le vin, mais qui pourraient déplaire à
d'autres.
Je pense que les critiques émettent
des opinions à propos des vins qu'ils dégustent, et que ceux qui
les lisent doivent déterminer à l'usage et dans la durée si un
critique est crédible pour eux. Il faut voir si on partage une
sensibilité commune par rapport à ce qu'on aime dans le vin. Il y a
aussi l'aspect de la garde du vin qui est important. Hors des
classiques européens à la feuille de route bien connue, peu de
critiques savent vraiment de quoi ils parlent en cette matière. En
ces temps où l'idéologie joue un grand rôle dans les opinions
émises par certains critiques, je pense qu'il faut aussi connaître
le positionnement d'un critique à cet égard pour pouvoir prendre ce
qui nous convient dans ses propos. Par exemple, j'aime bien lire le
blogueur britannique Jamie Goode. C'est un défenseur du minimalisme
dans l'élaboration du vin, et un promoteur des vins dits naturels.
Je ne partage pas sa vision à ce sujet, et quand je vois le militant
ressortir dans ses écrits, je décroche. Ceci dit, et de façon
paradoxale, Goode aime aussi les grands classiques européens qui
n'ont rien de "naturel". C'est là qu'il est facile de
voir où il faut en prendre et en laisser. Si je continue de lire
Jamie Goode, c'est qu'il n'est pas condescendant avec les vins du
Nouveau-Monde, à part peut-être ceux du Chili... Pour lui c'est une
partie importante et légitime du monde du vin et Goode est une bonne
source pour en apprendre plus sur les vins de Nouvelle-Zélande,
d'Afrique du Sud et d'Australie. Finalement, même si je n'aime pas
le système de notation sur 100 qu'il utilise. Les hautes notes qu'il
octroie souvent à des vins de prix très abordables concordent avec
ma conviction qu'il y a moyen de très bien boire sans se ruiner et
que l'écart entre un bon vin de prix abordable bien choisi et les
vins cultes ou prestigieux hors de prix n'est pas si grand. J'utilise
l'exemple de Jamie Goode, qui n'est pas le critique le plus connu,
pour démontrer que le lecteur peut très bien lire entre les lignes
en prenant ce qui lui convient chez un critique. La vérité absolue
n'existe pas, et les critiques comme les amateurs ont des opinions
et des sensibilités bien personnelles.
Pour revenir à l'utilité, ou non, des
critiques négatives, si j'écrivais un guide annuel du vin, je pense
qu'il serait important de parler des vins que je n'ai pas aimé, car
le but dans ce cas est d'offrir un portrait exhaustif de l'offre en
matière de vin. Mais pour avoir acheté le Guide du Vin de Michel
Phaneuf pendant plusieurs années, à mes débuts, j'ai vite été en
mesure de juger des limites d'un tel exercice. Toutefois, cela m'a
aidé à me connaître comme dégustateur, à voir là où j'étais
d'accord, et là où je divergeais. Ce qui fait qu'aujourd'hui je
peux assez facilement déterminer si une critique me semble crédible
par rapport à ce qui compte pour moi. L'expérience et la
connaissance de soi comme dégustateur offre une grille de décodage
pour les opinions de critiques, qu'elles soient positives ou
négatives. J'ai tellement lu de critiques tièdes ou négatives à propos de
vins que j'aime, que je sais qu'une critique négative n'est pas une
vérité absolue. C'est aussi pourquoi j'aime tant la dégustation en
pure aveugle. Sans aucune autre référence que le vin lui-même,
bien des critiques négatives pourraient devenir positives, et vice
versa.
mercredi 26 mars 2014
SHIRAZ, RESERVA, 2004, LIMARI, VINA TABALI
J'ai beau être le plus fervent
défenseur du potentiel de garde des rouges chiliens, en particulier
ceux de prix abordables, il y a toujours en moi une part qui doute
encore. Après avoir recommandé l'achat de cette Syrah, Reserva, de
Tabali pour une garde allant jusqu'à 15 ans, dans la section
commentaires de l'entrée précédente, ma part de doute a pris le
dessus. Cette part me murmurait que j'avais peut-être été
présomptueux dans ma recommandation. Ça disait : "Es-tu
sûr de ne pas avoir exagéré?" Pour en avoir le cœur net
j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de cette cuvée avec du millage
au compteur. Impossible d'en avoir une gardée 15 ans, le premier
millésime de cette cuvée date de 2002 ou 2003. Quand même. Le vin
est à mi-chemin du parcours que j'anticipe possible pour lui, son
état actuel devrait pouvoir indiquer si il pourra parcourir le reste
du chemin en arrivant comme il faut à destination. Dans les premiers
millésimes ce producteur désignait son vin sous l'appellation
Shiraz. Il s'est depuis ravisé pour Syrah. Selon mon expérience de
ce vin, il se situe quelque part entre ces deux archétypes, avec au
surplus un profil bien distinct. Un autre millésime trop vieux pour
retrouver des détails sur le web à propos de son élaboration.
L'étiquette indique qu'il titre à 14% d'alcool.
Le vin montre une coloration encore
bien soutenue, sans signes évidents d'évolution. L'aspect
aromatique est quant à lui très typique de cette cuvée. C'est le
genre de vin au profil si distinctif que pour le décrire on aurait
envie de dire que ça sent la Syrah de Tabali. Le genre de vin qui
pourrait très bien faire paraître un habitué à l'aveugle. Si je
devais tenter de mettre des mots sur mes impressions, je dirais que
c'est un mélange de fruits rouges un peu confits, de rôti de bœuf, de
poivre noir, de fumée et de muscade, complété par de légères
notes florales rappelant un peu la lavande. Il n'y a pas encore
d'arômes tertiaires dans ce nez étonnamment jeune. Cela se poursuit
en bouche où le vin montre encore une belle vigueur. Il a perdu de
sa rondeur de jeunesse tout en gagnant en densité. On retrouve donc
un vin mariant dans une juste mesure fruité et amertume, tout en
intégrant un agréable aspect épicé. Cependant, comme la plupart
des vins qui gagnent en âge, l'épuration de ses lignes lui donne un
air plus strict. Un vin sérieux donc, bien concentré et avec une
belle finesse tannique. La finale est intense et longue avec les
tanins qui se font sentir à la toute fin sur des relents d'amertume.
Je n'avais pas raison de douter. Ce vin
aurait facilement pu évoluer 15 ans en bouteille. Il est surprenant
de jeunesse pour un vin de ce prix, même dans le contexte des RQP
chiliens favorables. Il est encore assez loin du style fondu des vins
âgés que je considère à point. Par rapport à ce qu'il donnait en
jeunesse il est plus droit et dense et a perdu de son charme primaire
pour adopter un style plus sévère. Le 2011 est présentement
disponible en tablettes à la SAQ au prix régulier de 16.45$. Un vin
qui peut donc facilement être acheter pour 14.80$ lors d'une promo –
10%. Je n'ai pas encore goûté le 2011, mais j'avais bien aimé les
millésimes précédents. C'est un vin qui a gagné en qualité
depuis 2004, l'âge des vignes aidant, et avec l'embauche en 2006 de
Felipe Muller, un jeune œnologue talentueux qui a fait ses classes
chez De Martino avec le réputé Marcelo Retamal. Les prix des bons
vins sont à la hausse à la SAQ, mais cette Syrah Reserva est
clairement une exception qui vaut la peine qu'on s'y arrête. Un vin
de moyenne garde offert à un prix incroyable.
samedi 22 mars 2014
CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2001, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA
Une bouteille de ce classique chilien
qui commence à avoir un peu d'âge. En tout cas, trop vieux pour
trouver de l'information précise au sujet de ce millésime sur le
web. L'étiquette dit qu'il titre à 13.5% d'alcool. C'est le petit
frère du Casa Real, le Cab haut de gamme de Santa Rita, et il
provient du même vignoble de Alto Jahuel dans le haut Maipo. Sur le
site de Santa Rita on évoque un potentiel de garde de 8 à 10 ans
pour ce vin. Ça me semble très conservateur selon mon expérience
avec cette cuvée.
La robe est encore bien colorée, mais
on peut dénoter des traces d'évolution par l'aspect orangé et
légèrement translucide du pourtour du disque. Le caractère
olfactif du vin est très typique du cépage avec des arômes de
cassis, de cerise et de tabac. Cette base est complétée par de
subtiles notes terreuses, ainsi que de bois brûlé/vanille, de
poivron vert et de camphre. Un nez complexe, axé sur la finesse,
clairement en cours d'évolution, mais sans notes de feuilles mortes
et de thé souvent associées aux vins qui prennent de l'âge. En
bouche, on retrouve un vin encore bien en chair qui montre une belle
densité de matière. Les saveurs sont intenses, avec un mariage très
réussi entre le fruit, l'amertume et l'aspect épicé. Le milieu de
bouche confirme le caractère sérieux de ce nectar qui combine juste
concentration et volume contenu. Le style est classique, les lignes
épurées et la trame tannique à la fois fine et ferme. Le plaisir
est donc un peu austère, mais cela n'empêche pas le vin de couler
facilement pour qui, comme moi, aime le Cabernet Sauvignon qui
s'assume. Cette identité forte ne pâlit pas en finale, au
contraire, le caractère du vin y est affirmé avec plus d'emphase
sur une persistance de très bon calibre.
J'écris moins sur ce blogue car les
vins les plus intéressants que je bois actuellement sont des rouges
chiliens avec un certain âge et si je commentais chacun d'eux, je
tomberais totalement dans la redite. J'ai choisi de commenter ce
Medalla Real car pour moi c'est l'archétype du Cab de Maipo de type
Reserva. Aussi, il est disponible à la SAQ pour un prix
relativement stable depuis les 15 dernières années. J'ai payé ce
2001, 19.45$, et le 2010 est actuellement offert à notre monopole
pour 19.95$. À une époque où l'on se plaint du coût toujours à
la hausse des classiques européens, ce Cab chilien est une des
meilleures solution de rechange sur le marché. Ce 2001 est superbe à
ce stade, mais il est très loin du déclin et a tout ce qu'il faut
pour évoluer avec grâce pour au moins dix autres années.
Excusez-moi de me répéter encore une fois, mais ce vin n'a rien à
envier à des bordeaux ou des Cali-Cabs vendus plusieurs fois son
prix. Plus ces Cabs chiliens prennent de l'âge et plus ils se
recentrent sur les caractéristiques universelles du cépage. J'ai
souvenir d'avoir confondu des experts en 2009, avec le millésime 2000 du Medalla Real, lors d'une dégustation comparative Chili-Californie
organisée par Bill Zacharkiw du journal The Gazette.
Ces experts pensaient alors avoir affaire à un bordeaux de haut
niveau, et bien ce 2001 est au moins du même calibre et il est
quatre ans plus vieux que ne l'était le 2000 en 2009. Il faut donc
foi et patience pour commencer à mettre de côté ce type de
bouteille. Il faut aussi renoncer à l'aspect prestige du vin et s'en
tenir au contenu de la bouteille.
samedi 8 février 2014
CARMENÈRE, ESTATE, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
Ce vin est le premier millésime de pur
Carmenère produit par Errazuriz dans sa gamme de base "Estate".
Depuis il y a des vins de Carmenère à tous les niveaux du
portefeuille de ce producteur, dont une cuvée "SingleVineyard" qui est excellente et dont j'ai déjà parlé sur ce
blogue. Dans le cas de cette cuvée "Estate", 2003, Errazuriz en était
donc encore à l'étape d'apprentissage même si les vignes avaient
quand même 10 ans, ayant été plantées en 1993. Peut-être
avaient-elles été plantées en pensant qu'il s'agissait de Merlot,
ce qui expliquerait que la première cuvée identifiée comme
Carmenère ne soit venue que 10 ans plus tard. Ce vin a été élevé
sept mois en barriques de chêne français et américains, à parts
égales. Il titre à 14% d'alcool pour un pH assez élevé de 3.76.
Dès sa sortie, le producteur évoquait un potentiel de garde de 10
ans pour ce vin. Je pense bien être un des rares qui aura mis cette
estimation à l'épreuve.
La robe est de teinte grenat encore
bien soutenue, mais un aspect translucide légèrement orangé
apparaît au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe et
très complexe avec une palette d'arômes mi-évolués où l'on
retrouve un beau fruit rouge subtil, amalgamé à des notes de sous
bois, d'encens, de camphre et de café. Il y a aussi un léger aspect
floral et un côté épicé évoquant la vanille, la fumé et le
sucre brûlé. Vraiment un très beau nez, tout en finesse, le genre
qui nous active un ressort dans le bras qui nous fait y revenir
inlassablement. Le charme opère de la même façon en bouche où
l'on retrouve un vin délicat, tout en finesse. La matière est
fondue et la texture est lisse. Ceci dit, les saveurs sont encore
bien vivantes et forment un très heureux mariage. On y retrouve une
bonne dose de fruit rouge mi-évolué, appuyé sur une juste touche
d'amertume, et auquel s'entremêlent des notes de thé et d'épices
douces. Le milieu de bouche met en valeur le côté aérien de ce
nectar. Ça ne manque pas de concentration, mais la puissance n'est
pas à l'ordre du jour. Le vin joue dans un autre registre où le
temps a arrondi les angles et allongé les formes, tout en le
délestant de manière a obtenir l'équilibre souhaité. La finale
confirme avec délicatesse et persistance sur des relent de fin
chocolat noir.
dimanche 26 janvier 2014
SYRAH, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, MAYCAS DE LIMARI
Maycas de Limari est une filiale du géant Concha y Toro dédiée à la production de vin issus du terroir particulier de Limari. Ce vin provient du vignoble San Julian situé au sud de la rivière Limari et qui subit l'influence rafraichissante de l'océan Pacifique. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français et il titre à 14.5% d'alcool. Le producteur évoque un potentiel de garde de 10 ans pour cette cuvée. J'ai acheté six bouteilles de ce vin il y a deux ans et une première bouteille m'avait laissé dubitatif à son sujet. Le bois marquait beaucoup le vin qui semblait un peu lourd et bien loin de la fraîcheur que j'en attendais. Je n'avais alors pas écrit à son sujet, mais cette deuxième bouteille est bien différente. Le temps de repos semble avoir joué en sa faveur.
La robe est d'encre, parfaitement opaque. Le nez révèle un profil typiquement de climat frais pour ce cépage avec des arômes de cerise, de mûre, de poivre noir, de violette, complétés par un aspect fumé/vanillé et une fine touche de chocolat noir. Un nez très séduisant et élégant qui pour moi évoque un souvenir de Côte-Rôtie et où le bois joue maintenant un second rôle. Le charme se poursuit admirablement en bouche où l'on retrouve un vin qui a de la chair, des tanins soyeux et qui offre une palette de saveurs intenses qui reflète très bien en bouche ce qui s'annonçait à l'olfactif. Le milieu de bouche permet de constater le sérieux de ce nectar qui présente une concentration et une densité de matière de fort calibre. Le vin combine à merveille le volume à l'impression de densité, ainsi que l'intensité gustative et la finesse de l'aspect tactile. La finale est à la hauteur du parcours déjà évoqué avec des saveurs qui se fondent en un sursaut d'intensité, avant un long déclin de celles-ci.
Ce vin est un bel exemple du potentiel de la Syrah de climat frais au Chili, Il montre aussi les bénéfices de la garde, même courte. Il montre aussi sans équivoque qu'il n'est point besoin de débourser de fortes sommes pour accéder en provenance du Chili à des vins de haut calibre. J'ai payé la ridicule somme de 20$ pour cette fiole, ce qui en fait une formidable aubaine qui peut rivaliser en termes qualitatifs avec des vins beaucoup plus chers. Ceci sans compter que ce vin offre un profil Rhône nord qu'on retrouve rarement ailleurs. Ceci dit, le Chili offre de plus en plus de vins de ce genre. Pour les trouver il faut privilégier les zones côtières (Elqui, Limari, Casablanca ouest, San Antonio). Malheureusement, les vins de ce type sont rares à la SAQ. Il y a bien la Syrah, Bayo Oscuro, de Kingston Vineyards, mais le prix est passablement plus élevé à 34.75$. Deux vins de Syrah de profils intermédiaires offerts à la SAQ sont très intéressants, soit la Syrah de Polkura et celle de Tabali. Ces vins montrent des traits de fraîcheurs, mais viennent de climats un peu plus chauds. J'ai essayé deux autres vins de Syrah du Chili dernièrement, soit la cuvée côtière « Single Vineyard » de Errazuriz et la cuvée Legado de De Martino. Ces deux vins ont été des déceptions pour moi, particulièrement la Syrah de Errazuriz qui provient de la zone côtière de la vallée de Aconcagua. J'attendais beaucoup de ce vin de climat frais, mais il m'est apparu trop boisé et sans subtilité. Peut-être a-t-on voulu trop en faire chez Errazuriz ou peut-être a-t-il lui aussi besoin de temps pour mieux intégrer son bois. Il y a un autre vin intéressant de Syrah chilienne de climat frais à la SAQ que je n'ai pas encore eu la chance de goûter. Il s'agit de la cuvée Corralillo du réputé producteur Matetic et issu de la région côtière de San Antonio. J'avais adoré la version 2007 de ce vin.
dimanche 12 janvier 2014
Vous avez dit francocentriste?
Toujours pas beaucoup de temps et d'envie pour écrire à propos du
vin. L'impression de taper encore et toujours sur le même clou, je
suppose. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin, en particulier
mes amis du forum Fouduvin, et ce soir en sirotant un succulent Carmenère, 2008, d'Errazuriz, je suis tombé sur les résultats d'une autre dégustation/confrontation.
Je dois avouer que les résultats des dernières dégustations de Fouduvin
ébranlent mes convictions sur le caractère francocentriste du palais
des passionnés québécois. Cette fois c'est un jeune Cab de Coonowara qui
titre à 15% d'alcool qui a terminé premier, suivi par un Cab de Napa.
Lors d'une autre dégustation récente du genre, ce fut un autre vin de Californie (Sonoma) qui a remporté la palme, celui-ci plus âgé. Finalement, l'automne dernier lors d'une dégustation de rêve,
c'est un autre australien, le fameux Grange, qui semble avoir impressionné.
C'était le millésime 1982. Ça montre que la longue garde n'est pas
l'apanage des vins européens.
Donc, il semble bien que je sois dans le champ avec mes histoires de francocentrisme québécois. Du moins, à l'aveugle... Même en état de sous-représentation, les vins du Nouveau-Monde ont été très appréciés dans ces dégustations où l'influence de l'étiquette était absente. Donc, la mentalité québécoise est peut-être francocentriste, mais pas le palais. Malheureusement, la mentalité est ce qu'il y a de plus difficile à changer. Parole de frappeur de clou...
*
Donc, il semble bien que je sois dans le champ avec mes histoires de francocentrisme québécois. Du moins, à l'aveugle... Même en état de sous-représentation, les vins du Nouveau-Monde ont été très appréciés dans ces dégustations où l'influence de l'étiquette était absente. Donc, la mentalité québécoise est peut-être francocentriste, mais pas le palais. Malheureusement, la mentalité est ce qu'il y a de plus difficile à changer. Parole de frappeur de clou...
*
mardi 17 décembre 2013
SAUVIGNON BLANC, COOL COAST, 2012, PAREDONES, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA
Désolé pour le peu d'activité sur ce blogue au cours du dernier mois. Voici un vin que j'ai eu le plaisir de découvrir un peu plus tôt cet automne.
Lors des trois dernières dégustations annuelles de "Vins du Chili", cette cuvée m'avait impressionné, et je regrettais qu'elle ne soit pas disponible à la SAQ. Cette année il n'y a pas eu de dégustation de "Vins du Chili", mais voilà que ce vin fait son apparition sur les tablettes de la SAQ. Il est issu d'un des nouveaux projets les plus intéressants du Chili au cours des dernières années. Il s'agit, à ma connaissance, du vignoble côtier le plus méridional du pays, donc potentiellement le plus frais. Toutefois, la distance avec la côte est un autre facteur influençant le niveau de fraîcheur, dans ce cas-ci, le vignoble est situé à 7 km de la côte du Pacifique. Plus au nord, dans San Antonio, on s'approche jusqu'à 4 km de l'océan. Toujours est-il que ce projet pionnier de Casa Silva change radicalement la définition de l'appellation Colchagua. La température au vignoble de Paredones n'excède pas 26°C les jours les plus chauds de l'été. Les vignes de sept ans d'âge ont été vendangées manuellement, cinq semaines après les vieilles vignes de Sauvignon Blanc de Casa Silva situées dans la partie intérieure de Colchagua. En fait, ce Sauvignon Blanc côtier est vendangé après le Cabernet Sauvignon de la partie intérieure de la vallée. Les raisins ont donc le temps de mûrir très lentement. Les vignes sont irriguées à partir des eaux de pluie captées dans des réservoirs pendant l'hiver. Le vin est élaboré en inox à partir des grappes entières et subit une longue fermentation alcoolique à basse température. Il titre à seulement 13% d'alcool, ce qui est très rare au Chili, même si depuis quelques millésimes les titres alcooliques sont généralement à la baisse.
La robe est de teinte jaune pâle avec des reflets verdâtres. Le nez est délicat et déploie un beau mélange aromatique basé sur les agrumes (citron, lime, pamplemousse, orange) et complété par un peu de fruit de la passion, de cassis, ainsi que par un aspect évoquant le bord de ruisseau et de subtiles notes florales. Il y a aussi une très légère touche de verdeur pour compléter le tableau. Superbe nez montrant le meilleur du cépage avec retenue et raffinement. La bouche est un fidèle reflet du nez, on y retrouve un vin jouant la carte de la délicatesse et de la subtilité. L'acidité est fine et les saveurs sont intenses et de superbe qualité, mais on ne tombe pas dans la surenchère. Même chose au niveau de la matière, le vin montre une bonne concentration et tout ce qu'il faut de présence, mais tout en préservant une certaine impression de légèreté. Un vin sans excès et sans lourdeur donc, et qui du coup est facile à boire. Chaque gorgée en appelle une autre tellement ça coule sans effort. La finale se veut le révélateur ultime confirmant l'équilibre irréprochable de ce délicat nectar à la très bonne persistance.
Que dire de ce vin, sinon qu'il arrive à faire rimer une version de climat frais et non boisée du cépage avec élégance et complexité. Il n'y a pas d'artifices ni d'excès dans ce vin, juste une expression subtile et bien équilibrée des caractéristiques variétales. Une pure expression du Sauvignon Blanc de climat frais qui sait éviter l'écueil de l'excès de verdeur. Casa Silva a réussi le tour de force d'obtenir des fruits bien mûrs au point de vue aromatique, mais qui avaient réussi à conserver un bon niveau d'acidité, et par conséquent un titre alcoolique modéré. Tous les éléments sont dans des proportions idéales pour donner un vin raffiné, modéré et très agréable à boire. Ce vin est selon moi un incontournable pour quiconque veut se faire une idée du potentiel du Sauvignon Blanc au Chili. À 20$, peu de vins blancs montrent autant d'élégance. Pour moi, ce vin est une aubaine incroyable, mais surtout, un superbe vin. Si vous essayez ce vin, tentez d'oublier les préjugés que vous pourriez avoir sur son origine et laissez lui une véritable chance. Parfois on reproche aux vins du Nouveau-Monde d'être trop démonstratifs, mais quand ils se risquent à jouer la carte de la retenue, ils ne sont pas toujours jugés sur la même base que les vins des grandes régions historiques. Il existe plusieurs très bons vins de SB au Chili, et il est clair pour moi que celui-ci compte parmi les meilleurs que j'ai pu goûter. Il en existe des plus concentrés, des plus démonstratifs, mais en terme d'équilibre global et de profil rassembleur, cette fraîche cuvée côtière est difficile à battre.
lundi 4 novembre 2013
Un monde de substitution...
Dans mon article précédant, j'appelais à porter un regard neuf
sur les vins du Nouveau-Monde. Voilà que ce matin je tombe sur un texte du vétéran chroniqueur vin Jacques Benoît du journal La
Presse qui montre bien tout le chemin qu'il reste à parcourir au
Québec, du moins chez une certaine classe d'amateurs qui se veulent
sérieux, pour que les vins du Nouveau-Monde soient considérés
comme des vins légitimes, et non pas des ersatz de vins européens.
Qu'un texte comme celui de M. Benoît puisse être publié dans un
grand journal résume la situation des producteurs du Nouveau-Monde
quand il est question pour eux d'aborder le marché québécois. La vision de M. Benoît est peut-être un cas extrême, mais elle reflète bien une
mentalité qui demeure dominante, mais si c'est normalement formulé de façon plus nuancée. Ceci dit et de façon un peu ironique, par son
texte, M. Benoît confirme que si on veut des vins offrant un
meilleur RQP, le choix du Nouveau-Monde s'impose. Là où il est
difficile à suivre toutefois, c'est avec ses suggestions de vins
californiens. Les vins de cet état américain sont ceux qui hors de
l'Europe jouent le plus la carte du prestige pour gonfler les prix.
La Nouvelle-Zélande n'est pas non plus la destination du
Nouveau-Monde qui en offre le plus pour le prix. À preuve, parmi les
choix de vins de M. Benoît, celui qui offre le meilleur rapport note/prix, donc qualité
prix selon son jugement, c'est le Chardonnay argentin de Catena.
Dommage que M. Benoît soit allergique aux vins chiliens... Avec une excellente connaissance des vins de ce
pays, je me suis monté une cave de substitution... à une fraction du prix, bien sûr.
Finalement, je sais que c'est la mode actuellement de s'attaquer à la SAQ, mais l'histoire des promos supposément truquées me laisse songeur. Par exemple, pour parler d'un vin que je connais bien, soit le Cabernet Sauvignon, Max Reserva, de Errazuriz, un vin qui est vendu pour à peu près le même prix depuis plus de 15 ans à la SAQ, soit dans l'intervalle 17-19$, et ce avec une qualité constante depuis tout ce temps. Qu'il soit aujourd'hui à 18.95$ me semble un prix juste dans le contexte général de notre monopole. Il n'y a pas eu de hausse artificielle sur ce vin. Il est offert au même prix en Ontario, réputée pour battre le Québec au niveau des prix pour les vins de moins de 20$. Alors quand ce vin est offert à 2$ de rabais dans une circulaire, ça me semble un vrai rabais et le consommateur averti devrait toujours l'acheter dans ces occasions. Même chose en Ontario où l'on offre parfois ce vin à 2$ de rabais. Dans les deux cas le vin est au répertoire régulier, les volumes doivent donc être importants, ce qui doit faciliter l'offre périodique de rabais. Selon moi c'est une façon pour le producteur de s'assurer que les consommateurs connaissent ce vin et l'achètent, histoire de le maintenir inscrit au répertoire général. De toute façon, à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%. En ce sens, en l'absence de promo, le prix de tous les vins est gonflé. Si on achète hors de ces promotions, on accepte de payer plus et il faut assumer ce choix.
Finalement, je sais que c'est la mode actuellement de s'attaquer à la SAQ, mais l'histoire des promos supposément truquées me laisse songeur. Par exemple, pour parler d'un vin que je connais bien, soit le Cabernet Sauvignon, Max Reserva, de Errazuriz, un vin qui est vendu pour à peu près le même prix depuis plus de 15 ans à la SAQ, soit dans l'intervalle 17-19$, et ce avec une qualité constante depuis tout ce temps. Qu'il soit aujourd'hui à 18.95$ me semble un prix juste dans le contexte général de notre monopole. Il n'y a pas eu de hausse artificielle sur ce vin. Il est offert au même prix en Ontario, réputée pour battre le Québec au niveau des prix pour les vins de moins de 20$. Alors quand ce vin est offert à 2$ de rabais dans une circulaire, ça me semble un vrai rabais et le consommateur averti devrait toujours l'acheter dans ces occasions. Même chose en Ontario où l'on offre parfois ce vin à 2$ de rabais. Dans les deux cas le vin est au répertoire régulier, les volumes doivent donc être importants, ce qui doit faciliter l'offre périodique de rabais. Selon moi c'est une façon pour le producteur de s'assurer que les consommateurs connaissent ce vin et l'achètent, histoire de le maintenir inscrit au répertoire général. De toute façon, à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%. En ce sens, en l'absence de promo, le prix de tous les vins est gonflé. Si on achète hors de ces promotions, on accepte de payer plus et il faut assumer ce choix.
lundi 28 octobre 2013
Aborder les vins du Nouveau-Monde avec un regard neuf
J'ai quelques fois dénoncé le francocentrisme québécois en
matière de vin sur ce blogue. Je suis tombé aujourd'hui sur un article
de Marc-André Gagnon du site Vin Québec qui en est un bon exemple.
J'aime bien le site Vin Québec, mais cette fois l'article de M. Gagnon
me semble un peu particulier. Il part des résultats d'un concours,
incluant un nombre limité de vins à moins de 50$, pour tirer des
conclusions sur un supposé goût canadien par rapport à un goût québécois
qui serait distinct. M. Gagnon s'insurge contre le peu de vins
"gagnants" étant originaires de la France et de l'Europe face au grand
nombre de "lauréats" issus du Nouveau-Monde. Scandale!
D'abord il y avait au moins trois juges québécois sur le panel, Bill Zacharkiw, Marc Chapleau et Rémy Charest. Pour les avoir souvent lus, je pense qu'ils sont tous trois europhiles, voire francophiles. Il y a aussi des juges du Canada anglais dont j'ai toujours apprécié les écrits (John Szabo, David Lawrason et Anthony Gismondi). Et au-delà de tout, ces dégustations avaient lieu à l'aveugle. Ce type de dégustation donne toujours des surprises car il n'y a pas d'étiquette pour orienter le jugement. Aussi, on ignore le pourcentage de vins inscrits pour chaque pays. Personnellement, j'ai aimé voir que pour trois des quatre cépages noirs français les plus réputés (Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah et Pinot Noir), trois vins chiliens qui l'ont emporté, et de très bons vins de prix très abordables. La Syrah, Reserva, de Falernia dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Un autre vin que j'ai déjà encensé dans un millésime précédant, le Cabernet Sauvignon, Etiqueta Negra, de Tarapaca, et le Merlot, Marques de Casa Concha, de Concha y Toro, issu d'une gamme au RQP exceptionnel. Pour ce qui est du Pinot Noir, ça demeure un "work in progress" au Chili.
Ceci dit, il ne faut pas partir en peur avec les résultats de ce type de concours. Le concours ne prétend pas qu'il s'agisse des meilleurs vins au monde issus de ces cépages, mais bien des meilleurs parmi les inscrits. Personnellement, j'ajouterais les meilleurs parmi les inscrits au moment de la dégustation. Il faut donc mettre les choses en perspective. Toutefois, ça montre peut-être qu'en l'absence d'étiquettes, les vins du Nouveau-Monde, surtout ceux en bas de 50$, ne sont pas si mauvais que certains le croient par rapport aux vins de la vieille Europe. Au fond, ces résultats ne sont peut-être qu'une incitation à regarder les vins du Nouveau-Monde avec un regard, justement, plus neuf...
D'abord il y avait au moins trois juges québécois sur le panel, Bill Zacharkiw, Marc Chapleau et Rémy Charest. Pour les avoir souvent lus, je pense qu'ils sont tous trois europhiles, voire francophiles. Il y a aussi des juges du Canada anglais dont j'ai toujours apprécié les écrits (John Szabo, David Lawrason et Anthony Gismondi). Et au-delà de tout, ces dégustations avaient lieu à l'aveugle. Ce type de dégustation donne toujours des surprises car il n'y a pas d'étiquette pour orienter le jugement. Aussi, on ignore le pourcentage de vins inscrits pour chaque pays. Personnellement, j'ai aimé voir que pour trois des quatre cépages noirs français les plus réputés (Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah et Pinot Noir), trois vins chiliens qui l'ont emporté, et de très bons vins de prix très abordables. La Syrah, Reserva, de Falernia dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Un autre vin que j'ai déjà encensé dans un millésime précédant, le Cabernet Sauvignon, Etiqueta Negra, de Tarapaca, et le Merlot, Marques de Casa Concha, de Concha y Toro, issu d'une gamme au RQP exceptionnel. Pour ce qui est du Pinot Noir, ça demeure un "work in progress" au Chili.
Ceci dit, il ne faut pas partir en peur avec les résultats de ce type de concours. Le concours ne prétend pas qu'il s'agisse des meilleurs vins au monde issus de ces cépages, mais bien des meilleurs parmi les inscrits. Personnellement, j'ajouterais les meilleurs parmi les inscrits au moment de la dégustation. Il faut donc mettre les choses en perspective. Toutefois, ça montre peut-être qu'en l'absence d'étiquettes, les vins du Nouveau-Monde, surtout ceux en bas de 50$, ne sont pas si mauvais que certains le croient par rapport aux vins de la vieille Europe. Au fond, ces résultats ne sont peut-être qu'une incitation à regarder les vins du Nouveau-Monde avec un regard, justement, plus neuf...
samedi 26 octobre 2013
SANCERRE, 2009, GÉRARD BOULAY
Surprise, surprise! Vous avez bien vu, un vin français sur ce blogue. Une fois n'est pas coutume. En fait, ce vin est un cadeau d'un ami que je soupçonne de vouloir me convaincre qu'il existe de bons vins hors de Chili! Je blague, bien sûr, car il sait que je le sais déjà. Ceci dit, j'aime bien sortir de mes habitudes et confronter mes préjugés, mais si je parle de ce vin ici, c'est parce qu'il est de belle qualité. Je n'ai pas de détails sur son élaboration. Le vin titre à 13.5% d'alcool et la bouteille était une demie (375 ml).
La robe est de teinte dorée assez intense. Le nez est discret et exhale des arômes de citron, de noix et de bord de ruisseau, amalgamés à de légères notes florale et un faible trait végétal évoquant le poivron vert. En bouche, le vin se rattrape avec une expression beaucoup plus intéressante. Les saveurs reflètent bien ce qui était perçu au nez, mais elles sont beaucoup plus intenses et bien soutenues par une belle acidité. Le milieu de bouche confirme la droiture et la bonne présence du vin qui ne manque pas de concentration. Une touche d'amertume évoquant la peau blanche de pamplemousse ajoute un brin d'austérité à l'ensemble. Il y a aussi toujours cette légère touche d'oxydation, mais à ce stade ce n'est pas un problème. La finale est harmonieuse, avec toujours les saveurs citronnées qui dominent sur une persistance de bon calibre.
Beau vin de profil sérieux et légèrement évolué. Par certains aspects, dont une légère pointe d'oxydation et le type d'acidité, il m'a fait pensé au Chardonnay, 2010, Clos des Fous dont j'ai parlé récemment. Je n'y ai détecté aucun arômes thiolés typiques du Sauvignon Blanc élaboré à l'abri de l'oxygène. En ce sens, il se démarque clairement du style plus charmeur auquel je suis habitué avec des vins de ce cépage. J'avais d'ailleurs une bouteille de SB, Garuma Vineyard, 2011, Vina Leyda d'ouverte en parallèle et il y avait un clair contraste stylistique entre les deux vins. Ceci n'est pas dit négativement, c'est une simple constatation. Il est clair pour moi que ce sont des choix humains qui distinguent ces deux styles, plus que la spécificité du terroir. J'ai déjà goûté des Sancerres qui sentaient et goûtaient le pamplemousse et le fruit de la passion, mais ces vins étaient sûrement élaborés en inox, sous gaz inerte, à l'abri de l'oxygène, ce qui ne semble pas être le cas pour ce vin de Boulay. C'est un style que j'apprécie toutefois, pour moi ça fait partie de la potentialité de styles qu'offre le Sauvignon Blanc. En conclusion, j'ai bien apprécié ce vin, mais la pointe d'oxydation que j'y ai perçue ne me le ferait pas garder plus qu'une année ou deux encore. Finalement, il y a le fameux facteur RQP qui pour moi est primordial. J'ignore le prix de ce vin, mais sous les 20$ pour une bouteille de 750 ml, ce serait pour moi un bon achat. Toutefois, comme je l'ai dit au début, dans ce cas-ci la vin m'a été donné gracieusement par un ami passionné, alors ça bat le meilleur RQP qu'on puisse imaginer! Merci!
vendredi 25 octobre 2013
L'effet Veblen peut-il agir au dépanneur? (suite)
Petite suite à un article précédant
sur l'initiative de Julia Wines de vendre un vin à 70$ en dépanneur. Je
disais dans ce texte qu'il était possible pour un négociant sérieux
d'importer en vrac du vin de haute qualité. Voici une entrevue
de David Santerre avec le sommelier Patrick Saint-Vincent à ce sujet.
Il faut rappeler que l'intégrité de M. Saint-Vincent avait été remise en
cause par plusieurs lorsqu'il s'était associé à la promotion de ces
vins. Serait-ce là un visage du snobisme dont je traitais dans mon texte
précédant? Je ne sais pas, mais toujours est-il que M. Saint-Vincent
donne des détails sur cette opération qui devraient faire ravaler
quelques railleries. Qu'on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de
dire que les vins de Julia Wines méritent d'être achetés par un amateur
sérieux. Je dis juste que si c'est l'opération est bien menée, ça peut combler
un besoin, soit la possibilité d'acheter un vin potable à la dernière
minute dans un dépanneur. Je doute que ces vins offrent un vrai bon RQP,
mais comme produit de niche dans un système monopolistique, encore une
fois, si c'est bien mené, ce n'est pas une initiative ridicule.
mercredi 23 octobre 2013
Vin : Le snobisme est-il vraiment mort?
Je suis tombé récemment sur ce texte de Matt Kramer du Wine
Spectator qui répond par l'affirmative à la question posée dans mon titre.
Selon lui le snobisme voulant que seulement certaines régions
traditionnelles puissent produire des vins authentiques et de qualité
n'existe plus. Je le cite en traduction libre :
"Tout le monde sait maintenant que toutes sortes de lieux autour du monde peuvent produire et produisent des vins remarquables"
Il poursuit son argumentation en s'attaquant au mythe de la Bourgogne en disant qu'il n'y a plus personne qui peut maintenant prétendre que seule cette région peut produire d'authentiques vins de Pinot Noir. Il cite en exemple la Californie, l'Orégon, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Ontario pour étayer sa thèse. Avec un peu plus d'ouverture d'esprit il aurait pu ajouter l'Afrique du Sud, le Chili et la Patagonie argentine à sa liste d'exemples. Personnellement, je suis d'accord avec l'essence de son propos, mais pas avec sa conclusion. Le snobisme régional tel qu'il le décrit existe peut-être moins aux États-Unis car ce pays a une production nationale de qualité au style distinct, et un pays avec une telle influence aide à légitimer cette distinction stylistique. Autrement dit, on ne renie pas les classiques européens, mais on a la confiance nécessaire pour affirmer que l'on peut faire aussi bien de manière différente. Cependant, dans une province comme le Québec, il n'y a pas ce facteur pour forcer une mise en perspective des choses et le vieux snobisme tel que décrit par Matt Kramer est encore bien vivant.
Au surplus, ici au Québec, nous avons droit au nouveau snobisme, dont parle aussi M. Kramer, où l'on privilégie certains vins sur une base idéologique. Ce nouveau snobisme privilégie les vins de petits producteurs, préférablement biologiques, non interventionnistes, ou ceux du mouvement dit "naturel". Dans ce courant, les vins non boisés et issus de cépages inusités sont aussi privilégiés. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'une lectrice montréalaise a écrit dans la section "Member Comments" pour confirmer cet état de fait. Donc, les différentes sortes de snobisme en matière de vin sont peut-être en régression, mais de déclarer leur mort me semble être un peu prématuré, surtout ici au Québec. Nous avons encore un bon nombre de buveurs d'idées et d'étiquettes et les stéréotypes à l'encontre des vins du Nouveau-Monde ont la vie très dure.
"Tout le monde sait maintenant que toutes sortes de lieux autour du monde peuvent produire et produisent des vins remarquables"
Il poursuit son argumentation en s'attaquant au mythe de la Bourgogne en disant qu'il n'y a plus personne qui peut maintenant prétendre que seule cette région peut produire d'authentiques vins de Pinot Noir. Il cite en exemple la Californie, l'Orégon, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Ontario pour étayer sa thèse. Avec un peu plus d'ouverture d'esprit il aurait pu ajouter l'Afrique du Sud, le Chili et la Patagonie argentine à sa liste d'exemples. Personnellement, je suis d'accord avec l'essence de son propos, mais pas avec sa conclusion. Le snobisme régional tel qu'il le décrit existe peut-être moins aux États-Unis car ce pays a une production nationale de qualité au style distinct, et un pays avec une telle influence aide à légitimer cette distinction stylistique. Autrement dit, on ne renie pas les classiques européens, mais on a la confiance nécessaire pour affirmer que l'on peut faire aussi bien de manière différente. Cependant, dans une province comme le Québec, il n'y a pas ce facteur pour forcer une mise en perspective des choses et le vieux snobisme tel que décrit par Matt Kramer est encore bien vivant.
Au surplus, ici au Québec, nous avons droit au nouveau snobisme, dont parle aussi M. Kramer, où l'on privilégie certains vins sur une base idéologique. Ce nouveau snobisme privilégie les vins de petits producteurs, préférablement biologiques, non interventionnistes, ou ceux du mouvement dit "naturel". Dans ce courant, les vins non boisés et issus de cépages inusités sont aussi privilégiés. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'une lectrice montréalaise a écrit dans la section "Member Comments" pour confirmer cet état de fait. Donc, les différentes sortes de snobisme en matière de vin sont peut-être en régression, mais de déclarer leur mort me semble être un peu prématuré, surtout ici au Québec. Nous avons encore un bon nombre de buveurs d'idées et d'étiquettes et les stéréotypes à l'encontre des vins du Nouveau-Monde ont la vie très dure.
samedi 19 octobre 2013
MALBEC, TRIBUTO, 2011, COLCHAGUA, VINA CALITERRA
Vina Caliterra appartient au groupe Chadwick qui est aussi derrière Errazuriz, Arboleda, Sena et Vinedo Chadwick. Les autres projets sont situés dans Aconcagua et Maipo. Dans le cas de Caliterra on est plus au sud, dans la vallée de Colchagua. Ce Malbec est issu de vignes de 15 ans d'âge d'une parcelle unique appelée Quillay Espino. Le vin contient 5% de Syrah et a été élevé un an en barriques de chêne français dont 10% étaient neuves. Il titre à 14% d'alcool et le producteur évoque un potentiel de de garde allant jusqu'à la fin de 2020.
La robe est opaque et foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhale de doux et intenses arômes de cerise, de mûre et d'épices évoquant par certains aspects la muscade et l'anis étoilée. En mode plus mineur à ce stade précoce on peut aussi percevoir des notes de violette, de bois de cèdre et de viande crue. Cet arôme est typique pour moi dans les très jeunes vins de Malbec sud-américains. Somme toute un nez expressif et très séducteur qui a l'éclat de la jeunesse. Ce caractère démonstratif se répercute en bouche où l'attaque est souple et ample et les saveurs enveloppantes et très intenses. Le fruité est doux, mais bien équilibré par une bonne dose d'amertume. Ce fruit se mêle ainsi à un joyeux caractère épicé et chocolaté, ce qui donne à ce vin des airs de généreuse friandise. Cela se confirme en milieu de bouche où le vin déploie toute sa séduisante substance avec du gras sur un généreux volume et des tanins veloutés. La finale conclue logiquement avec un sursaut d'intensité, et une très bonne allonge aux relents de chocolat noir qui permet de deviner le potentiel de vin sérieux qui se cache dans ce juvénile nectar.
Je vante souvent les mérites des vins qui ont atteint un certain âge et qui du coup gagnent en finesse et en subtilité. Toutefois, cela ne m'empêche pas de pouvoir succomber aux charmes et aux rondeurs d'un jeune vin dont le profil a pour but de plaire dès la prime jeunesse. C'est le cas de ce Malbec de Caliterra qui en met actuellement plein la bouche. Ceci dit, je connais maintenant ce genre de petites bêtes. Je sais que derrière les artifices de séduction primaire de la jeunesse, il y a un vin au potentiel plus sérieux qui se cache. J'ai ouvert dans la dernière année un autre millésime de ce vin, je pense qu'il s'agissait du 2009. Je n'avais pas fait de compte rendu car celui-ci était renfrogné et austère, tellement différent de ce qu'offre actuellement ce 2011. Je pense donc que ce type de vin est conçu pour en offrir beaucoup lors de la mise en marché hâtive, mais ensuite l'évolution en bouteille commence, avec ses phases difficiles à prédire. Je ne jouerai donc pas les devins à propos du parcours évolutif que suivra ce vin, mais pour en avoir vu d'autres, je suis pas mal certain de sa destination et de la métamorphose que le temps provoquera en lui. Tout cela pour dire que j'ai adoré ce vin dans la phase de plaisir juteux et gourmand qu'il offre actuellement, et que je suis prêt à parier que dans une décennie il offrira du plaisir dans un tout autre registre. Ma recommandation serait donc, achetez et ouvrez tout de suite, ou mettez à l'ombre pour 10 ans et préparez-vous pour la surprise. Entretemps, j'ai payé ce vin le week-end dernier en double promo pour la ridicule somme de 14.25$. J'ai même lu sur FDV qu'il pouvait être obtenu en triple promo (rabais au col) pour 12.25$. La réalité, c'est qu'au prix courant de 18.95$ ce vin est un superbe achat. Toutes ces promos semblent destinées à le faire connaître pour qu'il puisse garder sa place comme produit régulier à la SAQ. En ce qui me concerne, c'est un bel ajout augmentant la diversité de l'offre chilienne de la SAQ. J'attends toujours que notre monopole daigne nous offrir au moins un Reisling chilien. Il y en a d'excellents à des prix défiant toute compétition (Cono Sur, Vina Leyda)
samedi 12 octobre 2013
CABERNET SAUVIGNON, MAX RESRERVA, 2002, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
Ma cave a atteint une maturité qui me permet maintenant d'ouvrir sur une base régulière des rouges d'une dizaine d'années. Des vins chiliens du type de ce Cab de prix très abordable. La décision prise il y a huit ans de stocker massivement ce genre de vins fut la meilleure de mon parcours d'amateur. J'avais toutefois exploré les vins de cette gamme de prix d'un peu partout dans le monde et fait mes expériences au préalable. J'en étais alors venu à la conclusion que c'était ce genre de vins, propres et mi-évolués, que je préférais. Des vins de type Reserva qui ne sont pas des monstres de concentration et d'extraction, élaborés avec un usage somme toute modéré du bois de chêne. Ce qui fait qu'après une dizaine d'années en bouteille ils montrent un niveau d'évolution que j'apprécie, avec encore du fruit, mais ayant gagné en finesse et en subtilité tout en montrant autant de complexité, mais avec des arômes différents. Pour ceux qui me lisent avec régularité, il n'y a rien de nouveau dans mon propos. Ce n'est pas la première fois que je vante le potentiel de garde des rouges chiliens de type Reserva, ou Gran Reserva, issus de Cabernet Sauvignon, de Syrah, et les assemblages de type bordelais qui contiennent parfois aussi de la Syrah. Concernant la garde, pour le Pinot Noir, et la Syrah de climat frais je suis au stade de l'expérimentation, tout comme pour les blancs. Pour ce qui est de ce « Max Reserva », c'est le dernier millésime qui titrait à 14% d'alcool avant cinq millésimes sur six qui ont misés sur plus de maturité du fruit avec un titre alcoolique de 14.5%. Vous me direz que 0.5% ça demeure mineur comme changement, c'est vrai, mais plus le titre alcoolique est élevé, et plus l'impact d'un léger changement est notable. La bonne nouvelle, c'est que depuis le millésime 2009, Errazuriz est revenu à l'ancienne méthode et le titre alcoolique de cette cuvée est de retour à 14%. Il y a une tendance au Chili pour revenir à des vendanges un peu plus hâtives. C'est un des éléments que mettent de l'avant des gens comme François Massoc et Pedro Parra du Clos des Fous, et Parra agit maintenant comme consultant chez Errazuriz, tout comme le bourguignon Louis-Michel Ligier-Bélair qui est un ami des deux autres et impliqué avec eux dans le projet Aristos. Tout ça pour dire qu'il y a de l'osmose au Chili entre la nouvelle vague de petits producteurs et les gros joueurs traditionnels qui cherchent à s'améliorer. Errazuriz est un de ceux-ci. À ce sujet, je vous suggère ce récent article de Decanter.
La robe est encore intensément colorée, sans signes marqués d'évolution. Le nez est assez typique de ce que donne cette cuvée après 10 ans passés en bouteille. On y retrouve un caractère légèrement évolué qui marque un délicat fruité de cerise et de cassis, amalgamé à des notes de bois de cèdre, d'humus, d'épices douces, de menthol et de chocolat noir. Superbe nez de Cabernet qui commence sa phase de maturité. En bouche, le vin est caressant, fin et équilibré. Le profil des saveurs est légèrement évolué, avec une bonne dose de fruit, marié à des notes doucement épicées et appuyé sur une bonne base d'amertume qui contribue un brin de sévérité face à l'amabilité du fruit. Le milieu de bouche révèle un vin de corps moyen, avec un bon niveau de concentration qui convient bien au style modéré préconisé. La trame tannique est soyeuse et contribue à l'impression de finesse qui se dégage de l'ensemble. La finale reprend le thème de l'équilibre de l'harmonie et de la modération sur très bonne allonge.
Si j'avais un vin disponible à la SAQ à recommander pour la garde, à moins de 20$. Ce serait assurément ce Cab de Errazuriz. Un classique à prix modique qui année après année montre un potentiel de garde incroyable, compte tenu de son prix. Ce 2002 commence à peine sa phase de maturité, et évoluera avec grâce pour au moins les 10 prochaines années. C'est un vin qu'on peut facilement acheter en promo, moins 10%, ou à moins 15% dans les SAQ Dépôt. On peut l'acheter aujourd'hui en double promo à 15.25$ la bouteille. Ce qui est un prix totalement ridicule compte tenu de la qualité et du potentiel de garde éprouvé de ce vin année après année. Ceci dit, l'attrait de la nouveauté fait qu'on a parfois tendance à délaisser les valeurs sûres, mais cette cuvée est un des vins chiliens que j'ai toujours continué à acheter au cours des années car sa garde ne m'a jamais déçu. Ce vin pourrait facilement être placé dans un alignement de bordeaux ou de Calicabs du même âge, vendus deux à trois fois son prix, et il serait parfaitement à sa place. Oubliez son prix, ne cédez pas à l'effet Veblen inversé, et faites un superbe achat pour la cave, et n'oubliez pas que la patience n'a pas de prix!
mardi 8 octobre 2013
Le Chardonnay australien triomphe à l'aveugle
Nouvelle intéressante sur les résultats de la dégustation annuelle "Jugement de Montréal" Ça me rappelle un ancien sujet de ce blogue. J'aurais aimé voir des vins néo-zélandais, sud-africains et chiliens dans cette dégustation. Les RQP des vins de ces pays sont généralement meilleurs que pour les australiens et bien sûr les bourguignons. Ces résultats nous rappellent encore une fois, quoi qu'on en dise, les vertus de la dégustation à l'aveugle.
Pedro Parra et Alberto Antonini
En lien avec mon texte sur le Chardonnay, 2010, du Clos des Fous, voici le lien vers un article intéressant à propos de Pedro Parra et de Alberto Antonini qui font maintenant équipe en tant que consultants. Pedro Parra est entre autre un des quatre "fous" derrière le projet Clos des Fous, alors que Antonini travaille pour de grands noms toscans en plus d'être partenaire de Altos de Las Hormigas en Argentine. Il est intéressant de noter que les deux sont consultants sur le projet Intriga au Chili. Un vin dont j'ai vanté la qualité du millésime 2010. J'aime bien l'approche terroir qu'ils préconisent, ainsi que le côté prônant une intervention minimale. Je ne suis toutefois pas du tout convaincu par l'idée voulant que l'hygiène de chai est l'ennemi du bon vin. Approche terroir, oui, intervention minimale avec de bons raisins, oui, moins de bois neuf, oui. Manque d'hygiène, phobie des sulfites et laisser-aller, définitivement non.
vendredi 4 octobre 2013
CHARDONNAY, 2010, ALTO CACHAPOAL, CLOS DES FOUS
Voici un deuxième vin du Clos des Fous à faire son apparition sur les tablettes de la SAQ, cette fois dans le cadre d'un arrivage CELLIER. J'ai déjà parlé du Cabernet Sauvignon du même producteur en avril dernier. Veuillez vous y référer pour plus de détails et des liens à propos du projet Clos des Fous. À propos de ce vin, les raisins pour son élaboration proviennent de trois vignobles, deux situés dans les contreforts des Andes dans le haut Cachapoal et l'autre à Traiguen dans la région de Malleco, le même endroit d'où provient le Chardonnay Sol de Sol. Un des vignobles de Cachapoal est situé à presque 1000 mètres d'altitude, ce qui en ferait le vignoble le plus élevé du Chili, le reste provient d'un vignoble de Calyptra. L'élaboration de ce vin se veut non interventionniste, l'étiquette parle même d'une approche naturelle. Les grappes entières sont pressées, suit une fermentation à basse température et il n'y a pas de malolactique. Le vin ne voit pas le bois de chêne et titre à 13.8% d'alcool.
La robe est d'une belle teinte dorée. Des arômes de pêche, de beurre et de noix trahissent un peu l'identité du cépage, alors que des notes citronnées, florales et miellées, ainsi qu'une très légère et passagère pointe de conifère mêlent plutôt les cartes pour donner un tour original au profil olfactif de ce vin. Cette ambiguïté identitaire suit en bouche, mais le niveau qualitatif lui ne laisse aucun doute. Le vin possède une matière dense et concentrée, soutenue par une acidité marquante. Le milieu de bouche révèle un vin droit et ferme dont la palette de saveurs est teintée par une touche oxydée, ce qui donne au vin un air légèrement évolué. Il y a aussi une fine dose d'amertume dans ce vin qui contribue à lui donner une certaine austérité. La finale est longue et bien soutenue par l'acidité qui laisse son empreinte sur l'ensemble de ce vin.
Ce vin est chilien de par son origine, mais la patte française de son auteur, François Massoc, transparaît clairement dans son profil. En un sens, c'est le contraire d'un vin de terroir tellement il est clair que des décisions humaines en ont façonné certains contours. Aussi, l'assemblage de raisins provenant de trois vignobles et deux régions va à l'encontre de la notion de terroir. Ce vin à l'aveugle passerait pour un vin européen, probablement français, de la Loire ou du Jura, avec sa légère touche d'oxydation. Toutefois, s'il était vraiment français, certains emploieraient plutôt l'euphémisme « oxydatif »... D'un autre côté, le vin a une belle fraîcheur, une belle matière et une acidité incontournable. J'ose croire que cela tient en partie à la fraîcheur des lieux d'où il est issu, soit l'Alto Cachapoal et Malleco. Donc, le terroir au sens large a sûrement son mot à dire dans l'identité de ce nectar. Ceci dit, je pense que le message le plus fort que lance ce vin c'est que le Chili n'a pas de limites réelles en termes de styles possibles. En fait, la seule limite elle est humaine. Si les quatre « fous » à l'origine de ce projet ont pu tirer un tel vin de la terre chilienne, c'est la preuve que leur « folie » est bien volontaire. Ce que je veux dire par là, c'est que la limite n'est pas dans la très grande variété de terroirs que le Chili peut offrir, mais dans la tête des hommes qui plantent des vignobles et qui font du vin. La vraie folie au Chili c'était de planter du Chardonnay à côté du Carmenère sur le plancher torride de la vallée centrale. Massoc, Parra et les autres, en choisissant leur nom ironique, ont décidé de tendre un miroir à un certain Chili vinicole en posant la question : Qui est le plus fou? Et en laissant leurs vins y répondre. Ceci dit, il y a eu d'autres fous au Chili avant eux. D'ailleurs, en dégustant ce vin, je ne pouvais m'empêcher d'y trouver des similarités avec un Sauvignon Blanc, Cipreses Vineyard, 2005, de Casa Marin que j'avais ouvert une semaine auparavant. Celui-ci présentait aussi un côté légèrement oxydé, et cette oxydation avait éliminé plusieurs des arômes variétaux du Sauvignon Blanc, mais il restait le caractère citronné, la matière dense et l'acidité. Aujourd'hui, face à cette ressemblance, je ne peux que me rappeler que Maria Luz Marin avait elle aussi été traitée de folle pour avoir planté des vignes à seulement 4 km de l'océan Pacifique au début du siècle. Aujourd'hui, ses vins comptent parmi les meilleurs du Chili. Tout cela pour dire qu'il y a de moins en moins de gens au Chili pour penser que ceux qui veulent étendre les limites du vignoble national sont fous. Je dirais même que c'est plutôt l'inverse. Ceux qui se cantonnent dans les vieilles façons de faire ne jouent pas la même partie que les producteurs qualitatifs. Il y a peut-être encore des nigauds, pour se laisser attraper par des vins du Chili d'un autre temps, mais quiconque connaît un peu les vins de ce pays sait qu'il faut être un peu fou pour se laisser prendre, à moins bien sûr qu'à force de s'y intéresser on ne devienne fou des vins du Chili 2.0.
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