mardi 31 mai 2011

CHARDONNAY, 20 BARRELS, 2007, CASABLANCA, VINA CONO SUR


Deuxième vin consécutif dont j'ai déjà traité auparavant sur lequel je reviens (voir le lien). Je suppose que c'est un des premiers signes montrant que ce blogue dure un peu. Ce 20 Barrels fut seulement le troisième vin à avoir fait l'objet d'un commentaire de ma part au tout début de ce blogue en septembre 2009. Si j'en reparle aujourd'hui, c'est que j'en ai ouvert une deuxième bouteille, et si j'en ai ouvert une deuxième bouteille, c'est que ce vin vient d'arriver à ma grande surprise sur les tablettes de la SAQ. Et pour une surprise, c'en est une belle. Il est intéressant de voir la SAQ offrir un Chardonnay chilien de haut niveau qui a déjà un peu de temps de fait en bouteille, et le prix auquel il est offert (22.15$) est vraiment formidable. La bouteille que j'ai ouverte ce week-end m'a confirmé la très belle qualité de ce vin de climat frais. Celui-ci porte l'appellation vallée de Casablanca, mais il provient du vignoble le plus frais de la région car celui-ci est situé à l'extrême ouest de la vallée, à seulement 8 km de la côte du Pacifique. À ce stade de son évolution, le vin se présente avec une structure et une fraîcheur rappelant un vin de Sauvignon Blanc, mais avec une palette d'arômes et de saveurs propres au Chardonnay de climat vraiment frais. Il m'a fait un peu penser au Chardonnay, Malvilla, 2008, Leyda, de Vina Chocalan, sauf que ce 20 Barrels est plus dense et plus concentré. Il faut dire qu'il provient de vignes plus âgées, plantées en 1998. Il sera possible d'acheter ce vin dans 10 jours pour moins de 20$. L'aubaine n'en sera alors que plus formidable. J'ai écrit la semaine passée que Cono Sur était globalement le meilleur producteur de vins blancs du Chili. Cette cuvée de Chardonnay de fort calibre, au prix imbattable, aide à comprendre pourquoi.

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/09/chardonnay-20-barrels-2007-casablanca.html

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/12/chardonnay-malvilla-2008-san-antonio.html


*

dimanche 29 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, CASTILLO DE MOLINA, 2003, CURICO, VINA SAN PEDRO



J’ai parlé de ce vin il y a un an sur ce blogue (voir le lien). Si j’y reviens aujourd’hui, c’est que j’en ai ouvert une autre bouteille qui dépasse facilement celle ouverte l’an passé, que j’avais par ailleurs bien aimée. Je n’aurais jamais osé amener ce vin, que j’ai payé 13.50$, à une dégustation à l’aveugle du genre “Cabernets du monde”, et pourtant, en y goûtant je me dis qu’il aurait pu en jeter plusieurs par terre.

La robe grenat est légèrement translucide. À l’ouverture, le nez montre de superbes arômes de fruits rouges, ainsi que d’intenses notes de café que je rencontre rarement dans des Cabs chiliens, mais que j’ai fréquemment croisées dans de bons bordeaux. Avec le temps, l’aspect café s’est graduellement atténué pour mieux laisser paraître le reste de la palette aromatique comprenant de subtils arômes de cassis, d’épices douces, de bois de cèdre, de poivron vert et de chocolat noir. Un nez complexe d’une qualité renversante et bien fidèle au cépage dont il est issu. Le ravissement se poursuit en bouche, où le vin se montre sous un jour des plus charmeurs. C’est suave et équilibré, avec des saveurs dont l’intensité est relevée par une bonne acidité, le tout soutenu par ce qu’il faut d’amertume. Le milieu de bouche surprend par sa concentration et montre un bon volume sur des tanins veloutés. La finale est intense et longue, avec l’amertume de chocolat noir qui gagne en importance à la toute fin.

J’avais bien aimé la bouteille précédente de ce vin bue il y a un an, mais celle-ci m’est apparue sensiblement supérieure. Il est difficile de comparer des perceptions espacées par autant de temps. Donc, peut-être que ma préférence peut s’expliquer par une disposition plus favorable de ma part aujourd’hui. Toujours est-il que cette bouteille m’est apparue comme moins évoluée, et avec plus de chair que la précédente. La bouteille dégustée il y a un an m’était apparue comme ayant livré ce que j’en attendais, alors que dans ce cas-ci, ce que j’ai trouvé a dépassé mes attentes. Je n’avais pas l’impression d’avoir affaire a un bon petit vin bien choisi ayant bien évolué, mais plutôt d’être face à un vin d’une catégorie supérieure. Je sais que je tape inlassablement sur le même clou, mais les Cabs chiliens de type Reserva (15-25$) sont à mon avis les meilleurs RQP qui soient pour la moyenne garde. Il faut les acheter jeunes et avoir la patience de les garder 5 à 15 ans. Vous n’impressionnerez peut-être jamais personne avec l’étiquette, mais si c’est le contenu de la bouteille qui vous intéresse, il n’y a pas de meilleur RQP. Et puis pour déculotter les amateurs d’étiquettes, il y a toujours le service à l’aveugle, ou s’il y a un petit fond de malice en vous, le service sous une étiquette plus prestigieuse. Toutefois, à regarder de près l’état de l'étiquette de cette bouteille, même le producteur ne semblait pas trop y croire, ou bien peut-être pensait-il que personne ne prendrait la peine de garder un vin de ce prix...

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/05/cabernet-sauvignon-castillo-de-molina.html


*

lundi 23 mai 2011

SYRAH, RESERVA, 2008, LIMARI, VINA TABALI



L’amateur de vin est généralement amateur de découvertes, à un point où on peut se demander si son but premier est de boire du vin qu’il aime vraiment, ou bien de gonfler le plus possible son bagage d’expériences. Le vin que l’on ne connaît pas encore, mais à propos duquel on a lu, semble toujours plus attirant que la valeur sûre qui était pourtant une de nos découvertes il n’y a pas si longtemps. En ce qui me concerne, cette Syrah, Reserva, 2008 de Tabali est un bon exemple de ce phénomène. Je me souviens d’avoir découvert ce producteur et la nouvelle région de Limari par le biais du millésime 2002 de ce vin. Puis j’ai acheté tous les millésimes suivants jusqu’au 2007. Toutefois, cette année, malgré trois arrivages distincts du 2008 à la SAQ, je n’avais pas encore acheté ce vin malgré que les stocks du troisième arrivage soient presque complètement écoulés. Finalement, ce week-end, en allant acheter quelques bouteilles du Viognier de Cono Sur, j’ai aperçu ce vin et j’ai décidé d’en acheter trois bouteilles, un peu à reculons. Pas parce que je doutais de sa qualité, non, simplement parce que pour moi il n’y avait plus d’effet de nouveauté. Il faut dire aussi que j’ai plusieurs bouteilles des millésimes précédents au cellier. N’empêche, ma réaction face à ce vin m’a bien montré que je suis atteint du syndrome de la nouveauté qui touche beaucoup d’amateurs. Mon intérêt pour le vin tomberait si mon but se limitait à bien boire. Une partie importante de l’intérêt particulier que je porte au vin repose sur l’aspect découverte. Et comme je m’intéresse plus particulièrement au Chili, c’est l’aspect pionnier et innovateur qui pique le plus ma curiosité. Par exemple, pour rester sur le cas de Tabali. Ce producteur vient de lancer une nouvelle gamme de vins issus d’un vignoble appelé Talinay. Ce vignoble aux sols calcaires est situé beaucoup plus près de la côte que les vignobles plus anciens de Tabali. Le climat y est donc encore plus frais et les premiers vins qui en sont issus sont paraît-il d’un calibre étonnant et très prometteurs. Si ces vins étaient disponibles au Québec, il est clair que j’aurais été le premier à vouloir en acheter, pour le vin bien sûr, mais surtout car l’aspect découverte intéressante aurait été présent. Ceci dit, offrir avec constance un style et un niveau de qualité est une chose très importante pour un producteur qui cherche à établir sa réputation chez le consommateur moyen qui recherche d’abord et avant tout un vin qu’il aimera. C’est là une chose que Tabali a réussi à faire avec cette cuvée de base de Syrah. Je doute fort que le millésime 2008 ne poursuive pas sur cette lancée, mais voyons quand même de quoi il en retourne.

La robe est sombre et opaque. Le nez montre que malgré sa courte existence, cette cuvée a déjà une signature stylistique qui lui est propre. Ça sent la Syrah de Tabali, et ça sent bon. Il est bien sûr impossible de faire partager cette impression de typicité avec des mots. Si je vous dit que ça sent les fruits rouges et noirs, le poivre noir, la violette, la fumée, les herbes aromatiques et le chocolat noir. Vous me direz que je ne fais qu’aligner des descripteurs classiques des vins de ce cépage, et vous aurez raison. Eh oui, ce vin est typique de son cépage, mais la signature dont je parle se trouve dans les proportions et les nuances aromatiques, et dans une spécificité que je n’arrive pas à nommer. Ce qui fait que pour moi ce vin est à la fois clairement Syrah et clairement Tabali. Cette impression se poursuit en bouche où l’on retrouve un vin de corps moyen au bel équilibre, déployant une palette de saveurs intenses mariant admirablement l’aspect fruité et le côté épicé. La structure du vin est assez compacte, la concentration est de bon niveau et la trame tannique est délicate et soyeuse. C’est un vin goûteux qui évite les excès et qui coule facilement. La finale est à la hauteur, harmonieuse et intense, avec une longueur surprenante aux relents de chocolat noir.

Ceux qui me lisent avec régularité sur ce blogue connaissent mon amour pour les bons Cabernets chiliens de type Reserva. La mention Reserva au Chili n’a rien de contraignant, mais malgré tout, par la force des choses je dirais, elle réfère à un certain type de vin. Des vins qui ne manquent de rien, mais qui savent éviter les excès. Concentrés mais pas trop, juste assez extraits et sachant généralement éviter l’écueil du boisé trop appuyé. Des vins de compromis entre les impératifs économiques et le nécessaire souci qualitatif. Mais pour moi qui à force d’expériences est de plus en plus convaincu qu’en matière de vin, plus n’égale pas toujours mieux. Ces vins de profils modérés offrent le double avantage de mieux correspondre à mes goûts, tout en présentant un prix des plus avantageux. Ceci dit, même pour ce type de vin, selon les préférences, il faut souvent que jeunesse se passe. N’empêche que ça représente à mon sens une catégorie de vins très attrayante, même si on la regarde souvent de haut à cause de ses prix très abordables, voire top abordables pour certains. Ce type de vins génèrent souvent un effet Veblen inversé... Toujours est-il que si j’y suis allé de ce long préambule, c’est pour en venir à dire que ce vin de Tabali est l’équivalent pour moi, en terme de Syrah, de ce que sont depuis longtemps les bons Cabernets chiliens de type Reserva. Des vins abordables en jeunesse, mais avec un bon potentiel pour la moyenne garde. Des vins plus faciles à boire que les grosses bombes ambitieuses et souvent très coûteuses, et qu’il ne sera pas nécessaire de garder 30 ans sans savoir si finesse et équilibre pourront un jour être réunis. Dans le cas de cette Syrah, le vin n’est pas encore totalement sur la finesse, mais l’équilibre lui est déjà là. Ce vin, malgré mon préjugé favorable à son égard, a tout de même su me surprendre par son niveau qualitatif d’ensemble. C’est vraiment très bon, surtout si on a envie d’un vin sur un généreux profil de jeunesse. Désolé d’en rendre compte si tardivement, le troisième arrivage de celui-ci à la SAQ étant presque complètement écoulé. Ça m’apprendra à ignorer les valeurs sûres.

http://www.wineanorak.com/wineblog/videos/video-another-remarkable-chilean-vineyard-tabalis-talinay-in-limari




*

dimanche 22 mai 2011

Vin bouchonné: Pas toujours facile de s’y retrouver

J’ai lu avec intérêt un fil de discussion sur le forum Fouduvin où l’on traite de vin bouchonné et de la difficulté de retourner des bouteilles coûteuses, jugées défectueuses, à notre monopole provincial. Je comprend qu’il doit être très frustrant de se faire regarder comme un fraudeur potentiel lorsqu’on retourne une bouteille qu’on juge défectueuse en toute bonne foi. Surtout que mon expérience de dégustation en groupe m’a montré que la sensibilité au 2,4,6-trichloroanisole (TCA) est très variable chez les individus. J’ai même rencontré des amateurs qui m’ont avoué ne jamais avoir rencontrer de vins bouchonnés. Par respect je ne leur ai pas dit, mais pour moi c’était une preuve que ces individus étaient insensibles à cette molécule. Ce qui fait que lorsque je retourne une bouteille bouchonnée, je me demande toujours quelle est la sensibilité du préposé qui est supposé valider le défaut allégué du vin. Je me souviens avoir rapporté un jour un vin bouchonné, et la conseillère de la SAQ m’avait dit avant de vérifier le contenu de la bouteille qu’elle était très sensible au TCA. Après avoir bien humer le vin, elle m'a rétorqué que celui-ci n’est pas bouchonné, mais plutôt “bretté” et que cela n’était pas un défaut!!! J’ai gardé mon calme en me contentant de lui redire que je considérais le vin comme défectueux. Comme la bouteille était un Cabernet chilien d’à peine 18$, je suppose qu’elle a considéré qu’il ne valait pas la peine d’argumenter plus longtemps, et a décidé de m’échanger le vin. Toutefois, si la bouteille avait été un bordeaux de bon prix. J’aurais probablement eu droit au test de laboratoire moi aussi. Je n’aurais pas aimé me faire dire que j’avais tort par une analyse de laboratoire, et pourtant je suis chimiste de profession. Car on le sait, bien, l’analyse de laboratoire c’est l’argument massue, l’argument inattaquable, mais pourtant...

Si on me servait l’argument de l’analyse chimique pour me dire que j’ai tort dans une pareille réclamation. J’aimerais bien que ça aille plus loin que de me dire que c’était négatif. J’aimerais avoir des détails. Justement, j’aimerais bien savoir si la SAQ teste les vins seulement pour le TCA, ou bien pour l’ensemble des haloanisoles (bromoanisoles, dichloroanisole, tetrachloroanisole, pentachloroanisole). Aussi, le seuil de détection des chloroanisoles peut être influencé par la présence et la concentration d’autres molécules phénolées dans le vin, comme les chlorophénols et le guaïacol. Selon la littérature, le TCA est considéré comme un défaut à partir de 2 ng/L. Pourtant, les seuils de détections des dégustateurs les plus sensibles peuvent être aussi bas que 0.03 ng/L. Dans ce contexte, il serait aussi intéressant de savoir quelle est la limite de détection des analyses de la SAQ, et quelle est la concentration de TCA qu’elle considère comme un défaut. Selon moi, il y a clairement là beaucoup de place à l’arbitraire, malgré l’apparente incontestabilité de l’analyse de laboratoire. Ceci dit, ça demeure une situation difficile, car la fraude existe sûrement en cette matière, et il y a probablement des clients qui rapportent de bonne foi des vins, en pensant qu’ils sont bouchonnés, alors que ce n’est pas le cas en réalité. Ce qui me semble le plus frustrant, c’est le flou qui entoure le processus d’évaluation des demandes de retour. Une bonne partie de l’issue se joue sur le contact humain avec l’employé qui accueille la plainte. Ajoutez à cela tous les autres défauts possibles du vin, défauts qui pour certains sont au contraire des qualités... On comprend facilement pourquoi retourner une bouteille d’un certain prix n’est pas toujours simple. Extrait intéressant pour finir d'un des deux documents dont je joins le lien

"Recently, Soleas and colleagues (2002) have analyzed more than 2.400 different wines from several countries. The study consisted on tasting the wines by a panel of experts which could detect 2,4,6-TCA at a concentration of 2 ng/L or higher. The conclusions of this study were the next:

I).- The 6.1% of the wines tasted were considered to be affected by cork taint. 

II):- A second analysis of the tainted wines by Gas Chromatography-Mass Spectrometry (GC-MS) showed that only 51% (74) of the wines had 2,4,6-TCA levels higher than 2 ng/L. Therefore, the 49% of the wines initially defined as cork tainted suffered contamination by other unidentified compounds different from 2,4,6-TCA, and probably this taint could not be attributed to the cork stopper."

http://www.scientificsocieties.org/jib/papers/2009/G-2009-0409-599.pdf

http://www.apcor.pt/userfiles/File/Causes%20and%20origins%20of%20wine%20contamination%20%20by%20haloanisoles.pdf

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=2&t=18340


 
*

samedi 21 mai 2011

VIOGNIER, VISION, BLOC GREFFÉ, 2009, COLCHAGUA, VINA CONO SUR



Le Viognier est en train de remplacer le Chardonnay et le Sauvignon Blanc dans la vallée centrale chilienne. Ces derniers ont désormais migré vers les nouvelles régions plus fraîches, laissant le champ libre au Viognier qui s’adapte mieux aux températures chaudes. Cette cuvée Vision de Cono Sur provient du vignoble Santa Elisa situé dans la vallée de Colchagua. Les raisins ont été vendangés manuellement en avril. 20% du vin a été élevé en barriques de chêne pendant huit mois, le reste demeurant en inox jusqu’à l’assemblage final. Le vin titre à 14% d’alcool, pour un vif pH de 3.05, et 6.8 grammes par litre de sucres résiduels.

La robe est d’une belle teinte dorée. Le nez est agréable et se déploie sur un mélange particulier d’arômes évoquant la mangue, l’orange et l’ananas, ainsi qu’un léger côté d’herbes séchées que je n’arrive pas à nommer avec précision. De légères notes florales et épicées viennent compléter l’ensemble avec subtilité. En bouche, la qualité offerte est tout simplement renversante. C’est équilibré, avec le gras et l’acidité qui sont très bien dosés et qui procurent une sensation tactile des plus plaisantes. À cette solide base s’ajoute une expression des saveurs intense, un niveau de concentration clairement supérieur, et une persistance de très fort calibre. Je n’ai pas perçu de douceur indue provenant des sucres résiduels, probablement à cause de la bonne dose d’acidité que possède le vin.

Le Viognier n’est pas le cépage le plus consensuel, mais cette cuvée Vision de Cono Sur me semble une belle façon d’apprivoiser les vertus de ce cépage. C'est un vin vraiment impressionnant, éclatant et expressif, concentré et long. Au prix demandé (19$), il s’agit à mon sens d’une aubaine formidable. Sous une étiquette plus prestigieuse celui-ci pourrait facilement se vendre 50$ et personne ne trouverait à redire. Les vins blancs d’une telle qualité sous la barre des 20$ sont une denrée rare. Je vante souvent le potentiel de garde des rouges chiliens, mais jamais celui des blancs. La raison est simple, la qualité des blancs de ce pays il y a une dizaine d’années ne m’avait pas donné l’idée d’en mettre de côté pour l’expérience. Toutefois, les blancs chiliens depuis quelques années sont en forte progression, si bien que j’ai commencé à garder quelques bouteilles de ceux que je goûte et qui me semblent les plus inspirants. Ce Viognier de Cono Sur fait assurément partie de cette catégorie. Résultat de l'expérience dans quelques années...


*

samedi 14 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, SINGLE VINEYARD, 2008, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ



Après le Carmenère de la même gamme et du même millésime dont j’ai traité il y a un peu plus d’un an (voir lien), voilà que je remet ça avec le Cabernet Sauvignon. Le vignoble unique d’où le vin est issu est le vignoble Max II situé au coeur de la vallée de l’Aconcagua. Ce Cabernet Sauvignon, malgré son nom, est en fait un assemblage qui contient 12 % de Cabernet Franc. Celui-ci a été élevé pendant 12 mois en barriques de chêne français (83%) et américain (17%), dont le tiers étaient neuves.

La robe est bien foncée et d’une opacité totale. Le nez montre une intensité sous contrôle qui permet de bien apprécier un bel ensemble aromatique avec les fruits rouges et noirs qui dominent, complétés par des notes d’épices douces comme la vanille, de bois de cèdre, de menthol, de pâtisserie et de torréfaction. Un nez très typique des Cabs élaborés par Errazuriz dans cette région. La bouche est suave d’entrée, souple et ample, avec un beau mariage alliant en douceur fruité intense et notes finement épicées, supportés par un trait d’amertume. Le milieu de bouche permet de constater le très bel équilibre de ce très jeune vin, ainsi que son très bon niveau de concentration. La structure est assez compacte, avec une bonne acidité, alors que la texture tannique est soyeuse. La finale voit l’intensité des saveurs gagner encore un cran, avant de décliner harmonieusement pendant un long moment.

Si vous aimez le Cabernet Sauvignon de la gamme Max Reserva de Errazuriz, et bien cette cuvée Single Vineyard est dans un style très similaire, mais avec plus de tout. À 19.95$, ce vin est vendu seulement 1.35$ de plus que le Max Reserva, mais la différence de qualité est plus grande que la différence de prix. Comme le Max Reserva est déjà un très bel achat à son prix, il est clair que ce Single Vineyard représente un fort RQP. C’est un vin qui selon mes préférences est encore bien trop jeune, même s’il peut donner du plaisir dès maintenant. Toutefois, il possède un très bon potentiel pour une garde de 10 à 20 ans. Les Cabernets de Errazuriz ont un potentiel que leurs prix modiques ne laisse pas soupçonner. Un Cab, Estate, 1999, et un Cab, Reserva, 1996, de ce producteur me l’ont rappelé cet hiver lors d’une dégustation à l’aveugle. Parfois à force de rechercher la nouveauté on en vient à oublier les classiques.

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2010/05/carmenere-single-vineyard-2008.html

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2011/03/degustation-hemisphere-sud.html

*

mardi 10 mai 2011

SAUVIGNON BLANC, NATURA, 2009, CASABLANCA, EMILIANA



J’ai parlé à quelques reprises de ce producteur sur ce blogue. Il s’agit du pionnier chilien en matière de vins biologiques et biodynamiques. Les deux premiers vins certifiés biodynamiques au Chili par DEMETER, les cuvées Ge et Coyam, trônent au somment de la gamme offerte par Emiliana. Pour sa part cette cuvée de Sauvignon Blanc Natura est certifiée biologique IMO Suisse et ne contient que 21 mg/litre de souffre libre.

La robe est de teinte jaune pâle aux légers reflets verdâtres. Le nez est très typique du cépage avec des arômes de citron et de zeste de pamplemousse, amalgamés à des notes végétales d’herbe coupée et de poivron vert. Un léger aspect de roche mouillée vient compléter cet ensemble relativement simple, mais franc et de belle qualité. En bouche, le vin est marqué par une bonne dose d’acidité qui apporte de la tension à un fruité citronné intense. En milieu de bouche, l’aspect végétal ressort avec plus d’acuité pour former un heureux mélange avec le fruit acidulé. La matière est assez dense, avec quand même du volume et un bon niveau de concentration. Le vin a de la présence et remplit bien la bouche. La finale montre un sursaut d’intensité citronnée et surprend par sa longueur.

Voici un bel exemple permettant de comprendre pourquoi le Chili est maintenant une force dans le domaine des vins de Sauvignon Blanc. Avec son profil frais et vif axé sur le citron, et sans présence végétale trop importante. Ce vin correspond à l’idée que je me fais de l’expression de ce cépage dans la vallée de Casablanca. Au prix payé de 15.95$, il est très compétitif parmi les meilleurs exemples chiliens dans cette gamme de prix, et représente évidement une réelle aubaine dans le contexte de l’offre mondiale de vins de ce cépage. En terminant, à chaque fois que je déguste un vin bio, je tente d’y percevoir quelque chose de distinctif, une saveur clairement bio, mais en vain. À l’aveugle, jamais je n’aurais pu identifier ce vin comme bio, ou comme un vin montrant une faible concentration de sulfites. Ceci dit, il est très bon et je suis un partisan des vertus écologiques de l’approche biologique. Le risque d’ingérer des résidus de pesticides est aussi moindre. Mais en terme de qualité dans le verre, l’aspect bio ne me semble pas déterminant.


*

dimanche 8 mai 2011

La table est-elle vraiment l'endroit où le vin est à son mieux?

Je décide de m’attaquer à ce sujet sensible qui me turlupine depuis longtemps, mais que j’avais toujours évité, tellement ma vision des choses à son propos va à l’encontre de ce qui est généralement accepté dans le monde du vin. D’entrée je dois dire que comme bien des Québécois je ne viens pas d’une famille où le vin était chose courante à table. Je n’ai donc pas intégré cette habitude de manière culturelle, et lorsque j’ai commencé à m’intéressé de manière plus assidue au vin et à ses plaisirs possibles, la consommation de celui-ci à table ne s’est pas imposée naturellement. Comme à peu près tout le monde, j’ai commencé à boire du vin lors de repas entre amis. Mais alors mon intérêt pour ce liquide était inexistant. Toutefois, lorsque j’ai commencé à acheter des bouteilles pour moi-même, pour me familiariser avec le vin, pour commencer un certain apprentissage. J’ai vite réalisé que ce n’est pas en mangeant que je pouvais vraiment le mieux apprécier ce liquide multiforme. Dès le départ j’ai trouvé que déguster en mangeant altérait mes perceptions face au vin, même lors d’accords très réussis entre celui-ci et le plat avec lequel je le dégustais. Ce qui fait que la dégustation en mangeant est pour moi plus une pratique sociale, où au mieux je juxtapose deux plaisirs, que l’aboutissement ultime dans l’appréciation du vin. Lorsque je déguste en mangeant, j’ai tendance à séparer autant que possible les deux activités, sauf lors d’accords vraiment très réussis, et même là, je serai curieux de voir ce que le vin donne par lui-même. D’ailleurs, avez-vous remarqué qu’on dit rarement “déguster du vin en mangeant”, mais qu’on parle plutôt de “boire du vin en mangeant”.

Ce que je tente d’exprimer par ce texte n’est pas qu’il est ridicule de boire du vin en mangeant. Non. Ce qui m’embête, c’est l’idée voulant que le lieu suprême de l’appréciation du vin soit la table. Pour moi, ce n’est pas l’endroit idéal pour goûter et humer toutes les subtilités que les bons vins peuvent offrir. Je ne dis donc pas que le vin n’a pas sa place à table, mais il me semble que ce n’est pas l’endroit pour apprécier pleinement un vin fin. Le nez peut souvent y être masqué par l’odeur des plats servis, et en bouche, le palais est immanquablement altéré par la nourriture. Ceci dit, j’admet volontiers qu’il y a des cas où certains vins mariés à certains plats peuvent y gagner, et il peut y avoir une réelle valeur ajoutée lors de mariages vin-mets particulièrement réussis. Je conçois même que c’est un art de réaliser avec succès de tels mariages. Mais comme le vin est une boisson qui se présente souvent sous un aspect difficile à prévoir avec précision, même le mieux intentionné des sommeliers pourra se tromper assez fréquemment, alors imaginez le simple amateur. Je suppose que cette difficulté explique le succès des livres traitant des accords entre mets et vins.

Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité en la matière, mais de manière générale, il me semble que plus un vin est fin et subtil, et moins je voudrais le consommer avec toutes les interférences potentielles qu’implique un repas. Je pense que c’est souvent la panoplie de plaisirs potentiels et l’effet rassasiant qu’offre une bonne table, et le lieu de partage qu'elle représente, qui font que plusieurs y voient le lieu idéal pour l’ouverture des meilleures bouteilles. Moi je pense qu’il ne faut pas tout confondre. Un bon repas en bonne compagnie et avec du bon vin au surplus est une expérience qui peut apporter beaucoup de satisfaction sur plusieurs plans. Le repas est le lieu de partage par excellence, on s’y rassasie le corps, mais aussi souvent l’âme et parfois au surplus l’intellect. C’est donc un lieu social généralement positif dans lequel l’alcool pris avec modération cadre très bien. Dans ces circonstances de quasi communion, il est normal de se dire que le meilleur devrait s’y trouver, parce que c’est là qu’il pourra y être le mieux apprécié du point de vue psychologique. Mais il me semble que ça ne permet pas de dire que les bouteilles qui y sont bues le plus rapidement sont nécessairement les meilleures possibles. De bons vins simples et bien faits peuvent généralement très bien faire l’affaire.

Mon argument n’est pas de dire qu’il faudrait cesser de boire du vin à table. D’un point de vue physiologique et social, ainsi que du point de vue de la santé, ça reste encore le meilleur endroit pour en boire. Le domaine des accords entre mets et vins est aussi un sujet très intéressant. Mais du point de vue de l’appréciation la plus juste possible d’un vin et du plaisir objectif que celui-ci peut donner, la dégustation à part me semble celle qui devrait être privilégiée. Personnellement, je sais qu’idéalement je voudrais déguster mes meilleurs vins pour eux-mêmes dans un cadre de dégustation, en ayant le temps de m’y attarder et de les suivre dans le temps.


*

vendredi 6 mai 2011

CABERNET SAUVIGNON, ETIQUETA NEGRA, 2005, MAIPO, VINA TARAPACA



En 2006 Vina Tarapaca a entrepris un sérieux virage en embauchant Ed Flaherty à titre d’oenologue en chef. J’ai eu la chance de discuter avec cet ancien winemaker d'Errazuriz en 2009, lors de la dégustation annuelle de Vins du Chili tenue à Montréal, et il me disait alors qu’il avait rompu avec le style traditionnel de Tarapaca qui tentait de faire du bordeaux au Chili. Selon lui ça ne marchait pas, et il entendait recentrer l'approche de la maison vers un style plus axé sur la maturité. Je ne sais pas ce que le virage entrepris par M. Flaherty a donné, n’ayant depuis goûté qu’un seul vin élaboré sous sa gouverne. Mais quand j’ai eu l’occasion il y a deux ans d’acheter la top cuvée de Cabernet de la maison, élaborée avant son arrivée, et donc dans l'ancien style, je n’ai pas hésité. C’est vrai que ces vins de la vieille école n’étaient pas mes favoris en jeunesse, mais mon expérience m’a montré qu’ils se transformaient pour le mieux après quelques années de garde. Après environ cinq années passées en bouteille, j’ai décidé d’ouvrir la première de mes six bouteilles de cet Etiqueta Negra, pour voir où en était rendu ce vin et voir si la qualité globale était au rendez-vous. Je n’ai pas trouvé de détails sur l’élaboration de cette cuvée en 2005, si ce n’est ce qui est est écrit sur la bouteille, soit que le vin a été élevé 12 mois en barriques françaises du fabricant Séguin-Moreau et qu'il titre à 14.5% d’alcool.

La robe est très sombre et toujours parfaitement opaque. Le nez est typique de l’idée que j’ai des Cabs de cette maison, avec des arômes de cassis, de cerise, de bois de cèdre, de menthol, d’épices douces, auxquels s’ajoutent une pointe de terre humide et de feuilles mortes laissant entrevoir les premiers légers signes d’évolution. En bouche, l’attaque est solide avec une matière assez compacte, une bonne acidité et une palette de saveurs qui reflète bien le complexe profil révélé au plan olfactif. Le léger côté évolué se marie admirablement au fruité et aux diverses notes épicées. Le milieu de bouche permet de bien apprécié ce style vieille école bien dense où il n’y a pas d’enflure et de douceur indues, et où le niveau de concentration est parfaitement ajusté pour servir le style recherché. Il n’y a donc pas de lourdeur ni d’excès dans ce vin qui va à l’essentiel sur une trame tannique à la fois serrée et raffinée. La finale conclue en beauté, en gardant le cap, sur un sursaut d’intensité et une persistance de bon niveau.

Ce vin ne m’a pas déçu. Il m’a donné ce que j’en attendais, c’est-à-dire un Cabernet exhibant un style à la bordelaise taillé dans une étoffe de Maipo. À partir de maintenant, l’aspect Maipo de son profil va aller en s’atténuant, et dans 10 ans il passera à l’aveugle pour bordeaux de bon niveau. Je sais que je me répète. Je sais que le Chili n’est pas synonyme de prestige et de glamour, mais je ne saurais trop recommander, encore une fois, de mettre ce type de vin chilien de côté pour la moyenne garde. Je ne compte plus les expériences à l’aveugle où les dégustateurs ont été favorablement surpris par des vins de ce genre de 10 à 15 ans d’âge. Dans ces circonstances les comparaisons avec des bordeaux beaucoup plus chers étaient immanquables. Oubliez les onéreux wannabes chiliens qui cherchent les gros scores des revues américaines et qu’il faudra garder 30 ans pour espérer trouver quelque chose ressemblant à un alliage d’équilibre et de finesse. Cette cuvée Étiquette Noire est l’exemple même du claret chilien qui se révèle au mieux après seulement une dizaine d’années de garde. Vous pouvez donc acheter ce type de vin à des prix très modiques, sans trop craindre d’être mort avant que le vin ne puisse se livrer avec grâce. Bien sûr en terme de style chacun peut avoir ses préférences, et on peut en aimer une variété, mais si ce à quoi je réfère est un des styles que vous affectionnez prenez une chance. Je dis prenez une chance, car pour goûter un vin de ce genre avec 10 ans au compteur il faut l’acheter soi-même. Le Chili commet la grossière erreur de ne commercialiser ce type de vin qu’en prime jeunesse. Se privant ainsi de rendre facilement abordable une de ses forces méconnues. Il faut donc faire un acte de foi et acheter quand ça passe et avoir la patience de garder ces bouteilles n’ayant pas coûté cher. C’est toujours plus facile de sortir du cellier le vin à 17$ que la grosse bouteille onéreuse.


*

dimanche 1 mai 2011

Pascal Marchand, Bio Bio et le Pinot


Si j'étais né 20 ans plus tard, mon nom aurait très bien pu être Claude Marchand-Vaillancourt, car ma mère était une Marchand. Heureusement, j'ai évité la mode des noms de famille composés et les moqueries sur le fait de courir vaillamment en marchant... Toujours est-il que chaque fois que je tombe sur un texte portant sur le bourguignon d'origine québécoise Pascal Marchand, mon attention est attirée. Je me dis qu'il s'agit peut-être d'un parent éloigné ayant traversé l'Atlantique dans l'autre sens. Quand ce même Marchand relate son expérience chilienne avec le Pinot Noir dans la prometteuse et fraîche vallée de Bio Bio, alors là ma curiosité est doublement sollicitée.

En ce superbe dimanche j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de Pinot Noir, Oda, Veranda, 2007, histoire de voir où en est rendu ce vin, car le millésime 2009 fera son apparition dans le courant du mois de mai sur les tablettes de la SAQ. Je voulais donc vérifier si mon enthousiasme initial lors de l'achat de ce vin était toujours justifié. Il l'est. Le vin est vraiment superbe et a très bien évolué. Le nez est fascinant et a développé un caractère me rappelant le ruisseau à truite, avec un mélange d'odeur de forêt, d'arbustes et de roche humide. Cet aspect particulier est entremêlé à des notes de fruits rouges, plus particulièrement la cerise. En bouche c'est tout aussi agréable, avec le fruit qui prend plus de place dans un ensemble très bien équilibré. Ce vin provient de vignoble Miraflores dont la plantation à haute densité a commencé en 2005 sur les pentes surplombant la rivière Bureo dans la vallée de Bio Bio. Cette cuvée est le premier millésime produit et la qualité est simplement renversante quand on pense au très jeune âge des vignes et à la connaissance du lieu qui reste à parfaire. J'ai vraiment hâte de goûter à la version 2009 de ce vin.

Je savais déjà que Pascal Marchand était le consultant de Corpora pour l'élaboration de la gamme Veranda. Toutefois, en savourant ce vin, j'ai fait quelques recherches qui m'ont amené sur le blogue de M. Marchand pour y découvrir deux textes récents et très intéressants de celui-ci sur son expérience avec le Pinot Noir dans Bio Bio. On peut y découvrir un homme de vin reconnu, venant d'une région réputée, qui débarque au Chili avec certains préjugés, mais qui a l'ouverture d'esprit et l'humilité de passer par dessus ces préjugés. L'histoire de l'élaboration de la cuvée Millerandage est très intéressante, alors que M. Marchand a eu la perspicacité de reconnaître le potentiel qualitatif du clone chilien de Pinot Noir « Valdivieso ». Je joins les liens vers les deux textes de M. Marchand sur son cheminement et sa découverte de Bio Bio et sur sa contribution à la création de quelque chose de nouveau. C'est vraiment très intéressant. Ça vous donnera sûrement le goût d'essayer le millésime 2009 du Pinot Noir Oda de Veranda. Je continue actuellement ma bouteille de 2007, et c'est vraiment très bon.







*

mardi 26 avril 2011

SYRAH, PANGEA, 2006, APALTA, COLCHAGUA, VINA VENTISQUERO


Ce vin est la cuvée haut de gamme de Ventisquero pour laquelle on a engagé comme consultant l’ex-winemaker du Grange de Penfolds, John Duval. Je ne doute pas de la contribution positive qu’a pu apporter M. Duval à l’élaboration de ce vin, mais l’embauche de ce type de conseiller renommé est aussi une façon d’apporter une certaine crédibilité à une maison émergente comme Ventisquero. Ceci dit, l’homme réellement en charge de ce vin est l’oenologue chilien Felipe Tosso. Le vin provient d’un vignoble au sol granitique et argileux situé sur les pentes de l’amphithéâtre d’Apalta dans la vallée de Colchagua. La vendange manuelle a eu lieu entre le 10 et le 20 avril pour un rendement limité à un kilo de raisin par plant de vigne. Malgré que le Grange soit élevé en chêne américain, M. Duval lui préfère le chêne français, si bien que c’est ce qui a été choisi pour ce Pangea. Le vin a été élevé en barriques, dont 60% étaient neuves, pour une période de 20 mois. Le vin titre à 14.5% d’alcool pour un pH de 3.70. La note de dégustation qui suit reflète mes impressions deux jours après l’ouverture de la bouteille.

La robe est sombre et opaque. Le nez a évolué au cours de la dégustation. Les arômes de fruits noirs et rouges (bleuets, cerises) de belle qualité représentent la constante olfactive, complétée de manière variable par des notes florales et doucement épicées, ainsi par une touche de bacon assez intense à un certain moment et qui s’est atténuée par la suite. En bouche, l’attaque est à la fois ample et dense. Il est clair que l’on a affaire à un jeune vin avec beaucoup de matière. Les saveurs fruitées éclatantes dominent la palette gustative, complétées par un aspect boisé/épicé bien dosé, où il est difficile de distinguer clairement ce qui vient du bois et ce qui vient du cépage. En milieu de bouche on peut jauger le haut niveau de concentration du vin, qui heureusement évite l’écueil de la lourdeur et de la surextraction. En ce sens, bien que la présence tannique soit affirmée, elle demeure souple et ne donne pas l’impression d’être excessive. La finale est marquée au sceau de l’intensité, avec le caractère épicé qui gagne en importance sur une longueur de haut calibre.

Pour un retour au vin, après un mois de disette, je n’avais à l’évidence pas choisi la meilleure bouteille. Je ne sais pas si c’était le vin où mon palais, ou bien une combinaison des deux, mais la journée de l’ouverture, le vin n’est pas apparu sous un jour très agréable. Il me semblait tout d’un bloc et quelque peu agressif pour le palais. Si bien que je n’ai bu que le tiers de la bouteille cette journée là, le surlendemain toutefois, après avoir gardé le reste dans une bouteille de 500 ml pleine, le vin s’est présenté de façon beaucoup plus harmonieuse. Ça demeurait un vin trop jeune, par rapport à ce que je préfère, mais il était alors possible d’en tirer du plaisir, et surtout de comprendre pourquoi le producteur entrevoit un potentiel de garde de 15 à 20 ans pour celui-ci. C’est clairement un vin ambitieux, construit pour une bonne garde, même si les amateurs de sensations fortes pourront y trouver un certain plaisir dès maintenant après une longue aération. J’ai réussi à mettre la main sur ce vin pour 40$, mais le prix régulier en importation privée au Québec est de 60$. Je n’achète pas de vins au-dessus de 50$ pour ma propre consommation, et celui-ci ne m’inciterait pas à faire exception à ma règle. Ceci dit, il se compare sûrement à bien des vins de ce prix et même plus chers. À titre d’exemple, pour avoir déjà goûté la cuvée Folly de Vina Montes, une Syrah vendue 80$ et venant elle aussi des pentes d’Apalta, j’ai trouvé que la niveau qualitatif et le style de ce Pangea étaient similaires. Comme quoi en matière de vin, la notion d’aubaine est relative. Finalement, pour qui voudrait découvrir la maison Ventisquero sans attendre 10 ans, je conseillerais plutôt la cuvée Vertice, disponible à la SAQ et qui m’est apparue plus approchable. J’ai déjà commenté ce vin sur ce blogue il y a quelques mois. Les gammes Grey (25$) et Queulat (18$) de ce producteur offrent d’excellents vins. Certains de ces vins sont disponibles au Québec en I.P. chez Univin

*

vendredi 22 avril 2011

Un mois sans vin

Vous avez sûrement remarqué que c’est plutôt tranquille ici depuis un mois, surtout en ce qui a trait aux notes de dégustation. La raison est simple. J’ai décidé il y a un mois de prendre une pause complète pour voir ma réaction et évaluer ma relation face au vin et à sa consommation très régulière. On dit souvent que trop c’est comme pas assez, et dans mon cas j’avais l’impression de trop boire et j’avais aussi l’impression d’avoir perdu une certaine fraîcheur dans le regard face au vin. Je voulais donc voir si premièrement je pouvais facilement me passer de ce liquide. La réponse est clairement positive. Autant j’aime le vin, autant je pourrais arrêter d’en boire à tout jamais si je le décidais. Pour moi ce fut un constat très rassurant, même si je n’ai jamais craint l’alcoolisme. Je déteste la sensation d’ivresse et j’ai toujours modulé ma consommation de vin en conséquence. Je ne me suis donc jamais saoulé au vin. Non. Ma crainte était d’avoir une certaine dépendance psychologique, de ressentir une sensation de vide si je n’ouvrais pas de bouteille. J’ai eu beaucoup plus de facilité à résister à l’envie que je ne le croyais, et avec le temps c’était de plus en plus facile. Par cet arrêt de consommation, je voulais aussi voir si cela n’aurait pas un impact positif sur ma forme physique générale. Je n’ai pas constaté de bénéfices clairs quant à mon bien-être physique, si ce n’est que les calories en moins permettent un contrôle plus facile du poids. Pour le reste, je ne me sens pas mieux qu’avant. Ceci dit, je suis conscient qu’un mois c’est quand même relativement court comme période d’abstinence pour pouvoir noter des changements positifs.

Finalement, j’en suis venu à la conclusion que c’est la passion du vin qui me poussait à boire, et non pas le vin lui-même. Je veux dire par là que c’est l’intérêt je portais à la chose qui faisait que je buvais autant. Dans cet état d’esprit on veut découvrir de nouvelles choses, expérimenter, comparer. Si je devais boire le même vin à chaque jour, il est clair que mon intérêt diminuerait tout comme ma consommation. Comme quoi l’intérêt n’est pas dans l’alcool ou dans le vin pour le vin, mais bien dans la diversité des expériences et des apprentissages qu’il peut procurer. On en vient à boire pour en connaître toujours plus, plutôt que simplement pour le plaisir. Le syndrôme de l'expert, du spécialiste, ou de l'amateur gonflable nous guette et il faut se rappeler qu'en matière de vin l'ego n'est jamais loin et que ça peut jouer de vilains tours. Dans ces conditions, le vin ne devient plus l'intérêt premier et c'est notre niveau de connaissance par rapport à celui-ci qui prend le dessus et qu'on cherche à nourir, bien plus face aux autres que pour nous-même.

Aujourd’hui je vais donc ouvrir ma première bouteille depuis un mois. Je ne sais pas encore ce que je vais choisir, mais j’ai bien hâte de voir ma réaction. J’ai hâte de voir si le vin me semblera moins familier. Une chose est sûre pour moi après cette pause, c’est que je boirai dorénavant du vin en sachant que c’est parce que je le décide vraiment, et j’ai l’intention de le décider moins souvent. En matière de vin, comme dans bien des choses, l’équilibre est un élément primordial. À trop boire, même par pure passion, on en vient à perdre de la perspective face au vin et face à notre relation avec celui-ci. Plus que jamais, je suis convaincu qu’en matière de vin, plus ne veut pas dire mieux.


*

samedi 16 avril 2011

Pour amateurs de hors piste


Bill Zacharkiw de The Gazette revient de l'Afrique du Sud et y va cette semaine d'un article intéressant sur le dilemme des pays du Nouveau-Monde face aux distinctions régionales qui les caractérisent (voir le lien). Trop souvent on parle de ces pays comme d'entités homogènes, alors que de plus en plus la notion de terroir s'implante dans le développement des vignobles de ces pays. Le mouvement vers des terroirs plus frais est généralisé, et de plus en plus, les producteurs de ces pays ayant de hautes visées qualitatives tiennent compte des caractéristiques du lieu pour choisir les cépages à planter. Il est révolu le temps où l'on plantait du Cabernet Sauvignon et du Chardonnay au même endroit. Cela se reflète dans la montée en qualité des vins produits, mais la connaissance des diverses régions de ces pays demeure très limitée chez l'amateur moyen. L'attrait de la dénomination par cépage demeure très fort. Pour les producteurs, il est pratiquement incontournable d'inscrire de façon claire sur l'étiquette le cépage utilisé pour les vins monocépages. La seule exception à cette règle concerne les assemblages rouges où de plus en plus les cépages se retrouvent sur la contre-étiquette et dans certains cas ne sont pas mentionnés du tout. La plupart du temps, il s'agit de vins haut de gamme où le prix et l'image de qualité supérieure sont les arguments principaux pour attirer l'acheteur. Pour le reste, le client veut encore se référer au cépage, car la plupart du temps il n'a aucune idée de ce qui peut distinguer une région particulière. C'est pourquoi ces pays sont encore loin du jour où ils pourront imiter les européens en se contentant d'apposer sur l'étiquette un nom d'appellation.

De toute façon, dans le système européen, la plupart des amateurs sérieux connaissent les cépages impliqués dans une appellation, et ce qui compte vraiment c'est l'identité du producteur et la confiance que l'on porte à celui-ci. Comme je le mentionnais dans un texte récent sur le rapport qualité/prix. Ce qui compte c'est de connaître ce que l'on achète et pourquoi on l'achète. S'intéresser aux vins du Nouveau-Monde en augmentant les chances d'y trouver son compte est plus exigeant, de manière générale, que de s'intéresser aux vins européens. Le terrain est moins balisé ce qui demande plus d'efforts de la part de l'acheteur potentiel qui veut maximiser ses chances de faire de bons choix. Malheureusement, l'information pertinente est souvent limitée, ce qui implique que l'expérience personnelle est souvent nécessaire pour avoir une réelle compréhension des choses. Toutefois, même l'exercice d'expérimentation est difficile, car le choix de vins disponibles est souvent très limité. Néanmoins, l'aspect découverte apporte à mon sens une valeur ajoutée à l'expérience. Le jugement personnel de l'amateur est plus sollicité car c'est un monde moins codifié qui est en évolution constante. Un monde moins fréquenté, et donc moins régenté, où la valeur supposée des choses est moins définie. Un monde pour l'amateur de vin qui préfère le hors piste aux sentiers battus.

http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/more+about+place+than+grape/4627099/story.html


*

jeudi 14 avril 2011

Le ciment haut de gamme


Le monde du vin en est un rempli de préjugés et d’ignorance... Pour moi jusqu’à tout récemment, cuve en ciment rimait avec producteur bas de gamme qui n’avait pas les moyens de se payer des cuves en inox. La lecture de l’article de Peter Richards, référencé dans mon message précédant, où il parlait de l’arrivée au Chili des cuves de ciment en forme d’oeuf a piqué ma curiosité. Ça m’a poussé à faire des recherches sur le sujet pour me rendre compte que depuis quelques années les cuves de ciment sont la nouvelles choses à la mode chez les producteurs haut de gamme. Les cuves en forme d’oeuf sont plus populaires chez les adeptes de la biodynamie, mais plusieurs autres formes existent. Il semble que l’avantage du ciment, de par sa porosité, soit de permettre d’élaborer des vins sans apport boisé mais qui bénéficient des vertus d’une oxygénation lente similaire à ce que permet la barrique de chêne. L’inertie thermique est une autre qualité attrayante de ce matériau. L’utilisation du ciment n’exclut pas l’usage de la barrique de chêne. Pour la plupart, le ciment semble être un outil de plus permettant d’obtenir de meilleurs vins. Le nombre de domaines haut de gamme utilisant ou expérimentant ce type de cuve est impressionnant. Voici les noms que j’ai rencontré au fil de mes lectures, mais il y en a sûrement plus:

Petrus, Cheval Blanc, Pontet Canet, Harlan, Viader, Sine Qua Non, Chapoutier, Méo-Canuzet, Quintessa, Screaming Eagle, Rudd, Cayuse, Antyial, Matetic, Undurraga, Grgich, Araujo, Pax, Continuum, Caymus, Lafite-Rothschild, Domaine de la Romannée Conti, Clos de Vougeot, Pingus.

Bien sûr, on ne parle pas de cuves de ciment quelconque. Le leader dans la production de ce type de cuve est la société française Nomblot. Je joins le lien vers leur site internet. On y référence de très nombreux articles de presse sur le sujet pour qui veut en connaître plus sur ces cuves alliant matériau ancien et technologie moderne de fabrication.

http://www.cuves-a-vin.com/extraits-presse.html


*

vendredi 8 avril 2011

Qualité et Prix: l'exemple chilien


Le Chili est un des pays où le lien entre concentration, boisé, extraction et prix est le plus direct. Comme ce pays vinicole n'est pas à la mode dans le petit monde des amateurs et des critiques, et comme il ne peut pas non plus jouer la carte du prestige, c'est un des pays où les prix sont fixés le plus directement selon les critères évoqués plus haut. Les top cuvées très chères de ce pays suivent presque toutes le modèle du plus c'est mieux. Le reste de la gamme des producteurs est souvent décliné selon le même principe. Les prix baissent en même temps que la concentration et l'apport boisé. C'est un peu normal, la concentration élevée s'obtient par de faibles rendements au vignoble, et l'usage de bois neuf de qualité coûte cher. Toutefois, comme je l'évoquais dans mon texte précédant, pour qui veut des vins pour consommation à court et moyen terme, ces grosses cuvées sont de très mauvais achats. Les vins moins chers sont souvent plus faciles à boire et reflètent mieux leur cépage(s) et leur lieu d'origine.

Ce constat sur les vins du Chili peut sembler négatif, mais pour moi il ne l'est pas. Pour bien boire, peu importe l'origine des vins, il faut connaître ce qu'on achète et agir en conséquence. Personnellement, je suis rendu à un point avec les vins chiliens où j'achète certains vins que je connais bien sans en ouvrir une seule bouteille en prime jeunesse. Ils passent directement au cellier en attente du moment propice pour les ouvrir. Ceci dit, j'ouvre encore des bouteilles que je sais trop jeunes, mais la plupart du temps c'est pour satisfaire ma soif de découverte, pour apprendre à connaître des producteurs et des cuvées qui jusque là m'étaient inconnus.

Donc, pour tirer le meilleur parti d'un pays ou d'une région vinicole il faut bien la connaître pour s'y adapter au mieux. Ça aide à éviter les déceptions et à porter de mauvais jugements. Mais pour continuer sur le cas que je connais le mieux, celui du Chili. Il est intéressant de constater que les mentalités changent. Que certains producteurs tentent de sortir du moule évoqué plus haut, après l'avoir expérimenté. C'est le cas de De Martino et de son maître à penser, l'oenologue en chef Marcelo Retamal. Celui-ci est un des leaders de sa profession au Chili, le genre de personnalité qui de par son influence peut initier de nouveaux courants. Je suis tomber sur un article récent du spécialiste britannique de la scène vinicole chilienne, Peter Richards, et dans cet article Retamal y décrit son parcours. Un parcours qui l'a amené, après avoir tout essayé, à privilégier dorénavant dans ses vins des qualités comme la buvabilité, la complexité et la typicité. Des qualités qui selon lui sont plus fréquentes dans les vins moins chers à cause d'un usage plus modéré du bois de chêne. Il a d'ailleurs récemment renoncé aux barriques de chêne pour passer aux foudres de 5000 litres. Les vignobles de DeMartino étaient déjà passés au biologique en 1998, mais dorénavant même les fruits achetés de producteurs indépendants devront l'être, et ceux-ci seront aussi cueillis plus tôt pour limiter les taux d'alcool. Ce sera aussi la fin de la micro-oxygénation, des levures sélectionnées et des enzymes ajoutées, qui selon Retamal sont des éléments uniformisants. L'article de Peter Richards donne aussi d'autres exemples d'oenologues au Chili qui introduisent des techniques nouvelles dans l'élaboration de leur vins. Des techniques allant à l'encontre du bois de chêne, comme les réservoirs de ciment en forme d'œuf, ou bien des réservoirs en verre pour l'élaboration de vins de Chardonnay.

Il y aura sûrement une courbe d'apprentissage comportant des déceptions avec toutes ces nouvelles techniques et cette volonté de faire les choses différemment. Toutefois, pour moi, il est clair que la diversité des approches est une chose positive, même si l'idée de bannir le bois neuf et les levures sélectionnées pour les vins de garde me semble extrême. Mais d'un autre côté, il est rafraîchissant de voir que la qualité du vin puisse être définie autrement que par l'axiome voulant que plus égale nécessairement mieux.

http://winchesterwineschool.com/winds-of-change-in-chilean-wine/


samedi 2 avril 2011

Qualité et Prix

Marc-André Gagnon de Vin Québec relatait hier sur son site un article de Matt Kramer publié dans l’édition d’avril du Wine Spectator, où celui-ci dit que l’idée voulant qu’en matière de vin on obtienne ce pour quoi on a payé est un mythe, et qu’au dessus de 20$ c’est bien souvent une question de marketing de la part du producteur et de convoitise de la part de l’acheteur. Ce n’est pas moi qui va contredire M. Kramer. Comme le montre bien mes écrits sur ce blogue, le rapport qualité/prix est pour moi une obsession en matière de vin. Je suis convaincu qu’il est possible de très bien boire à une fraction du prix. Pour ce faire, il faut prendre le temps de bien choisir ses vins. Ce qui passe par l’expérimentation personnelle. Il faut aussi éviter de se laisser influencer par le prestige de l’étiquette et les grosses notes sur 100. Finalement, il faut se rappeler que le prix de plusieurs vins est gonflé pour tenter de leur donner de la crédibilité en jouant sur l’effet Veblen. Un élément important pour qui veut bien boire à bon prix est d’avoir un état d’esprit allant à l’encontre de ce fameux effet Veblen. Au lieu de penser que si c’est cher c’est forcément bon ou meilleur. Il faut être convaincu que même si c’est de prix abordable, la qualité peut quand même être au rendez-vous. La disposition mentale est très importante dans l’appréciation du vin. L’idée n’est pas de se convaincre qu’un vin ordinaire est nécessairement excellent juste parce que son prix est modéré. Non. Il faut tenter de demeurer le plus objectif possible, mais en étant convaincu qu’un vin bien choisi peut allier prix abordable et haute qualité.

Un autre aspect important repose sur les éléments qui déterminent la qualité d’un vin. Quels sont-ils? Pour moi ces critères ont évolués au fil du temps et plus j’avance au niveau de l’expérience et plus je trouve que l’importance donnée à la concentration, à l’extraction, au boisé et à la longueur est démesurée. Je ne nie pas que ces éléments puissent être importants pour des vins destinés à une longue garde. Toutefois, dans des vins jeunes ces éléments vont trop souvent à l’encontre de la buvabilité. Ces vins très concentrés, très boisés et très longs arrivent souvent à se fondre harmonieusement après une longue garde, gagnant ainsi en buvabilité, mais la réalité c’est que la plupart seront ouverts bien trop tôt. Qu’on le veuille ou non, les amateurs qui gardent du vin sont encore une faible minorité, et pourtant on achète à forts prix des vins nécessitant un temps en bouteille qu’on ne pourra pas leur donner.

Je ne dis pas qu’il est impossible de trouver du plaisir dans des vins jeunes et très concentrés, mais pour moi c’est un plaisir particulier que je préfère à petites doses. Quand j’ai vraiment envie de boire du vin, je préfère ceux de profils modérés, qui coulent facilement en jouant la carte de l’équilibre et de la qualité aromatique. Les vins jeunes montrant ces qualités sont souvent sous-évalués, car ils offrent un plaisir immédiat. Le plaisir immédiat est souvent mal vu dans le petit monde du vin, où les vrais bons vins sont ceux avec un potentiel de garde, mais qu’on aura la plupart du temps pas la patience d’attendre. On oublie trop souvent que garder du vin demande cette difficile patience et représente aussi un coût supplémentaire important. En ce sens, dénicher des perles de prix abordables pour la garde représente un autre avantage qui vient accentuer l’écart de RQP par rapport aux vins de prix élevés.

Au final ce qui compte c’est d’expérimenter, de découvrir ce qu’on aime de la manière la plus indépendante possible. Oubliez les étiquettes, le prestige, les notes, les prix élevés et tentez de juger par vous-même, pour vous-même. C’est un cliché de le dire, c’en est moins un de le faire.

http://www.vinquebec.com/node/8333



*

samedi 26 mars 2011

Et si l'amateur était la meilleure référence pour l'amateur...


Article intéressant ce week-end de Bill Zacharkiw dans The Gazette. Ça rejoint des sujets que j'ai abordés récemment comme la promo Suckling, les grandes différences de perception entre dégustateurs et la capacité très limitée de ceux-ci à nommer les choses avec précision et exactitude. Ces deux derniers éléments étant de forts arguments contre le système trop précis de notation sur 100. En lisant le texte de M. Zacharkiw, je me disais qu'au fond, la meilleure source est encore quelqu'un qu'on suit avec régularité et en qui on a confiance comme dégustateur, et qui commente un vin qu'il a pris le temps de goûter sur une longue période en sachant le mettre dans son contexte. Ce n'est bien entendu pas une approche infaillible, loin de là, et comme je l'ai dit, il faut bien connaître celui qui commente, savoir quels sont nos points de convergence avec celui-ci. Cette personne peut aussi bien être un professionnel, qu'un amateur. Mais les professionnels prennent rarement le temps de suivre sur de longues périodes les vins qu'ils commentent. Ils ont trop de vins à commenter en trop peu de temps. Bien sûr, avec ce commentaire je prêche pour ma paroisse, celle de l'amateur, qu'il soit blogueur ou participant à un forum de discussion. Mais c'est ce type d'amateurs qui le plus souvent parlent de réelles expériences de dégustation, et non pas de rapport de dégustation ou de très nombreux vins sont dégustés les uns à la suite des autres. Bien entendu, cette approche cadre au mieux pour l'amateur moyen. Celui qui boit le plus souvent des vins accessibles au commun des mortels. Des vins auxquels n'est pas attachée une préconception trop forte. Pour le reste il y a toujours MasterCard et les grosses notes précises de Parker et Suckling.

http://www.montrealgazette.com/life/food-wine/Wine+Critiquing+critic/4506052/story.html

*

mardi 22 mars 2011

GEWURZTRAMINER, VISION, 2010, CASABLANCA, VINA CONO SUR



Cono Sur est une filiale autonome du géant Concha y Toro fondée en 1993 et qui depuis joue la carte de l’innovation et du modernisme par rapport aux producteurs chiliens plus anciens qui aiment cultiver une image qui parle de généalogie et de tradition. Cet aspect innovateur de Cono Sur se reflète dans la variété des cépages et des terroirs utilisés pour produire sa vaste gamme de vins. La gamme Vision se situe au milieu de la hiérarchie Cono Sur et offre pas moins de 12 vins en monocépage, issus de vignobles uniques. Ce Gewurztraminer provient de la parcelle Las Colmenas, en français “Les Ruches”, du domaine El Marco dans la fraîche vallée de Casablanca. Le vendange est manuelle et les rendement sont relativement faibles à environ 40 hl/ha. Le vin est élaboré en inox et y demeure pendant 5 mois avant l’embouteillage. Il titre à 13.3% d’alcool, pour un pH de 3.34, et 8.2 grammes de sucres résiduels.

La robe est de couleur jaune aux reflets verdâtres. Le nez est très expressif à l’ouverture et se calme tranquillement au fil du temps. Il exhale un cocktail complexe d’arômes où le côté floral domine, complété par une bonne dose de fruits exotiques et d’agrumes. Le profil aromatique de belle qualité est très fidèle à l’idée que je me fais de ce cépage. En bouche, le vin montre une acidité permettant de bien intégrer les sucres résiduels. Le fruit se révèle tout de même en douceur, avec beaucoup d’intensité et avec l’aspect floral qui vient bonifier l’ensemble. En milieu de bouche, le vin est de bon volume, sur une texture légèrement onctueuse et une concentration de saveurs de bon niveau. La finale harmonieuse laisse poindre une légère touche d’amertume sur une persistance de bon niveau.

Le Gewurztraminer est un cépage particulier qui a tendance à donner des vins très extrovertis, voire envahissants. Cette cuvée “Vision” n’y échappe pas totalement, et en ce sens, me semble typique de son cépage. Le vin est de très belle qualité et une véritable aubaine pour son prix de seulement 15$. Toutefois, ça demeure un vin de Gewurz très aromatique, qui peu après l’ouverture ne fait pas dans la discrétion. Personnellement, c’est un genre de blanc que j’aime bien, mais à dose modérée. Le type de vin dont on boira un verre avec plaisir, mais qui aura tendance à provoquer une sensation de saturation si on va au-delà. À moins d’être vraiment dans un état favorable pour ce type de vin. Cependant, cet effet n’est pas l’apanage de ce vin de Cono Sur. C’est quelque chose de très courant avec les vins de ce cépage. Certains vins de Torrontès ou de Viognier ont aussi tendance à produire cet effet. Ce sont donc des vins à ouvrir lorsqu’il y a plusieurs convives pour se partager la bouteille, ou bien à boire sur quelques jours. Ce fut mon cas avec ce vin, et sur trois jours il très bien tenu, sans protection spéciale contre l'oxydation. Je dirais même que le troisième jour j’aurais pu en boire plus, car il montrait alors un profil passablement moins exubérant.


*

samedi 19 mars 2011

Dégustation et précision

Je faisais aujourd’hui la revue des sites, blogues et forums sur le vin que j’aime bien, et en lisant des notes de dégustation je suis tombé à plusieurs reprises sur des commentaires vantant la précision des vins dégustés. Ce n’était bien sûr pas la première fois que je lisais cela, ce qualificatif est assez commun chez les amateurs de vins qui se veulent pointus dans leurs évaluations. Mais à chaque fois que je lis cela je tique. Je trouve que le concept de précision du vin en matière de dégustation est une notion vide de sens. La précision en matière analytique relève de la capacité d’un instrument de mesure à donner des résultats très similaires d’une fois à l’autre. L’objet à analyser n’est pas en cause. En dégustation, l’instrument de mesure c’est le dégustateur, et donc, la précision, si elle existe, devrait venir de celui-ci et non pas du vin dégusté. Comme on le voit, il n’y a aucun sens à dire qu’un vin est précis. Pour ce qui est du dégustateur, de savoir qu’il est précis est sans intérêt pour le lecteur de la note de dégustation, car précision ne veut pas dire exactitude. Un dégustateur précis est celui qui sentira un arôme particulier de la même manière à chaque fois et lui attribuera le même qualificatif restrictif, que celui-ci soit exact ou non. Voici quelques exemples pour illustrer la chose:

Dégustateur inexact et imprécis: Perçois l’arôme de fraise comme étant du fruit noir.
Dégustateur inexact et précis: Perçois l’arôme de fraise comme étant de la mûre.
Dégustateur exact et imprécis: Perçois l’arôme de fraise comme étant du fruit rouge.
Dégustateur exact et précis: Perçois l’arôme de fraise comme étant de la fraise.

Bien sûr, sans la capacité du dégustateur à reproduire ses résultats, il n’y a ni précision ni exactitude possibles. Au-delà de cela, en connaissant la large variété biologique des dégustateurs en terme de perception des arômes, les notions de précision et d’exactitude sont sans intérêt dans une note de dégustation. C’est d’ailleurs pourquoi je m’en tient la plupart du temps à des description assez imprécises. Bien sûr, quand un arôme semble m’apparaître clairement, je le nomme, mais il ne faudrait en aucun cas prendre ça pour une vérité absolue. Mes notes de dégustation sont des impressions personnelles d’un vin à un moment précis et partagées peu après. Il appartient au lecteur de déterminer si il y a concordance entre ses impression et les miennes, sans oublier que ce qui compte à la fin c’est l’appréciation globale du vin, pas de savoir si on y a perçu les mêmes arômes précis et si ceux-ci sont exacts.

 
*

vendredi 18 mars 2011

Dégustation Hémisphère Sud



J’ai participé il y a une semaine à une dégustation organisée sur le forum Fou du Vin et ayant pour thème les vins de l’hémisphère sud. Disons que ça cadre bien avec le sujet principal de ce blogue, et en même temps c’était une bonne occasion de déguster à l’aveugle sur un thème assez large. Je préfère les dégustations à l’aveugle où le thème n’est pas trop restrictif, car quand le terrain est trop balisé et les préjugés jouent en bonne partie leur rôle d’influence sur la perception. J’aurais d’ailleurs aimé goûter certains des vins de la dégustation sans avoir la moindre idée de leur provenance. Voici une brève revue des vins dégustés.


Gewurztraminer, 2008, Malborough, Seresin: Le côté parfumé évoquant pour moi le savon m’a fait bien identifier le cépage, mais j’ai aussi pensé au Torrontès et au Viognier. Le vin est floral, avec un fruit de pêche et de mangue, balancé par une légère amertume. Seresin est un producteur réputé de Nouvelle-Zélande, et je me serais attendu à un peu mieux compte tenu de sa réputation.


PREMIÈRE VAGUE


Pinot Noir, 2008, Elgin, Paul Cluver Estate: Ce vin était bien typique de son cépage, avec des arômes de fraises et une touche végétale souvent rencontrée dans les vins de Pinot. En bouche le vin est équilibré, avec un doux fruité intense et une bonne longueur. Bon vin de base.

Première Sélection, 2001, Stellenbosch, Morgenhof Estate: Cet assemblage de cépages bordelais m’a bien eu, puisque je pensais avoir affaire à un Cabernet de Maipo d’une dizaine d’années. Comme quoi le Chili n’a pas le monopole du cassis et du menthol. Bonne intensité en bouche, avec un fruité un peu sur la douceur et une bonne longueur. Beau vin.

Cabernet Sauvignon, Cuvée Alexandre, 2008, Colchagua, Casa Lapostolle: L’exemple parfait du vin trop jeune où la barrique vient masquer la typicité. Je n’ai pas reconnu le cépage dans ce vin et par défaut, à cause de la maturité du fruit et de sa richesse j’ai dit Shiraz. Arômes de caramel et de pâtisserie qui couvrent le fruit noir mature. Le vin est très concentré et très long. Belle qualité qui se révélera vraiment dans 10 ans.

Clos de los Siete, 2003, Mendoza, Michel Rolland: Autre confirmation que ce vin n’est pas dans ma palette de goût. Il est encore marqué par le bois avec des arômes de bran de scie. C’est très concentré et très long, mais pour l’équilibre on repassera. Une autre preuve pour moi que concentration et longueur faussent parfois les données, et sont souvent les critères utilisés pour décerner de grosses notes.


DEUXIÈME VAGUE


Cabernet Sauvignon, Reserva, 1996, Aconcagua, Errazuriz: Un des deux vins que j’avais apporté dans l’espoir de démontrer à mes collègues de dégustation les vertus de la garde de vins sud-américains abordables et bien choisis. Ce Reserva, 1996, ne m’a pas déçu, au contraire. J’ai été surpris par l’équilibre en bouche et le vivacité du fruit encore bien présent. Pour ce qui est du nez, il fallait aimer les arômes d’évolution, de sous-bois et d’humus qui dominaient la palette aromatique. J’ai hâte que la profondeur de ma cave me permette d’ouvrir ce type de bouteille sur une base très régulière.

Pinot noir, 2006, Central Otago, Prophet’s Rock Vineyard: J’ai perçu un côté Pinot dans ce vin de par son fruit rouge, mais ce n’était pas le vin de ce cépage le plus typique, si bien que certains commentaires évoquant autre chose m’on fait douter. J’ai peu de notes sur ce vin, et cela montre bien qu’il ne dégageait rien de particulier. Pas mauvais, mais est passé facilement sous le radar.

Pinot noir, 2007, Central Otago, Amisfield: Deuxième Pinot de suite de Central Otago, mais fort contraste de personnalité. Autant le Prophet’s Rock était effacé, autant le Amisfield m’a semblé démonstratif et presqu’une caricature en terme de typicité. Le vin fait très Pinot, mais n’est pas le plus subtil, avec beaucoup de fruits rouges, de la cannelle et cette touche végétale présente dans tellement de vins de ce cépage. Le vin est concentré et long, avec un bon équilibre global.


TROISIÈME VAGUE


Shiraz Blueprint, 2008, Stellenbosch, De Trafford: J’ai commenté ce vin sur ce blogue en janvier dernier. Malgré cela je ne l’ai pas reconnu et n'ai pas identifié le cépage. L’aspect boisé m’est apparu plus présent que lorsque dégusté en solo, peut-être est-ce dû au fait que les deux autres vins de cette vague montraient des profils évolués bien différents. Néanmoins je ne change pas d’idée à son sujet. Il s’agit d’un vin de belle qualité qui s’améliorera avec quelques années de plus en bouteille.

Cabernet Sauvignon, Estate, 1999, Aconcagua, Errazuriz: En voyant un vin d’entrée de gamme de cet âge encore en bouteille on pourrait penser qu’il était farfelu de le garder si longtemps. Pourtant, je connais bien des dégustateurs qui auraient levé le nez sur ce vin en jeunesse et qui en pure aveugle se seraient fait avoir par le profil que montrait celui-ci après presque 12 ans passés en bouteille. Ce n’était pas un grand vin, mais il était impeccable et montrait un beau profil évolué qui ne s’obtient que par une garde patiente. Un vin renversant compte tenu de son prix d’origine et de son rang dans la gamme Errazuriz.

Cabernet Sauvignon, 1999, Lujan de Cuyo, Mendoza, Weinert: Ce vin était ma deuxième offrande de la soirée, et comme dans le cas des vins de Errazuriz, montrait bien qu’en Amérique du Sud comme ailleurs, l’identité du producteur est primordiale. Ce vin fut le favori de la soirée pour plusieurs et montrait un profil caractéristique des vins de Weinert qui ont une dizaine d’années dans le corps. Beau nez de vin mi-évolué, avec encore un beau fruit et complété par de subtiles notes de thé, d’humus et de feuilles mortes. En bouche, le profil est plus jeune, avec une structure raffinée évoquant des vins bien plus chers. J’avais acheté une caisse de ce vin à 15$ la bouteille!!! M’en reste huit ou neuf. Bien du plaisir à venir encore.


LIQUOREUX


Gewurztraminer, Vendanges tardives, 2008, Curico, Vina Montes: J’ai commenté ce vin sur le blogue en début d’année. Fidèle à mes perceptions d’alors, mais à l’aveugle le côté botrytis évoque le Sauternes, alors que le côté floral du cépage contredit cette impression. Beau vin.

Torrontes, Vendanges tardives, 2009, Cafayate, Boegas Etchart: Autre vin dont j’ai déjà parlé sur ce blogue, en novembre 2009, mais dans le millésime 2007. Ce 2009 m’est apparu fidèle au souvenir que j’avais de ce vin au fort RQP.

http://www.fouduvin.ca/viewtopic.php?f=21&t=17633&start=15

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2011/01/shiraz-blueprint-2008-stellenbosch-de.html

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2011/01/gewurztraminer-vendanges-tardives-2008.html

http://levinauxantipodes.blogspot.com/2009/11/torrontes-vendanges-tardives-2007.html


*

mardi 15 mars 2011

LE DIX DE LOS VASCOS, 2008, COLCHAGUA, VINA LOS VASCOS


Le groupe Domaines Barons de Rothschild, propriétaire, entre autre, du Château Lafite-Rothschild, a acheté une participation majoritaire dans Los Vascos en 1988, et depuis 1996, son partenaire chilien est le groupe Claro. Un holding qui est aussi propriétaire de Santa Rita et de Vina Carmen au Chili. Los Vascos, c’est d’abord un très grand vignoble de 540 hectares, situé à l’ouest de la vallée de Colchagua, à 40 km du Pacifique. Il est planté à 95% de Cabernet Sauvignon. Le Dix de Los Vascos fut créé en 1998, à partir des meilleures lots de Cabernet du millésime 1996, pour commémorer les dix ans d’implication de Rothschild dans Los Vascos. Ce vin est élaboré en grande majorité avec du Cabernet Sauvignon provenant d’une parcelle appelée “Los Frailes”, dont les vignes ont 50 ans d’âge. Un peu de Carmenère vient compléter l’assemblage. L’élevage se fait pour environ 18 mois en barriques neuves de chêne français provenant en partie de la tonnellerie de Rothschild à Pauillac. Selon l’auteur britannique Peter Richards, grand connaisseur du Chili et de ses vins, “Le Dix” a pris un tournant qualitatif marqué en 2001 sous l’impulsion du vinificateur chilien Marco Puyo, qui a oeuvré pour le groupe de 2001 à 2006. Selon l’expression de Richards, “Le Dix” est alors passé de “wannabe claret”, à un vin de Cabernet chilien complexe, raffiné et soyeux, dont le but ultime, selon Puyo, est l’élégance. Peter Richards affirme même que Puyo est arrivé à ses fins en défiant l’attitude un peu hautaine de ses patrons français qui croyaient alors que le vin avait plafonné qualitativement à cause des limites du terroir. Le 2004 m’avait déjà montré le caractère franco-chilien de cette cuvée et son très bon niveau qualitatif. Voyons ce qui en est avec ce 2008.

La robe est sombre et opaque. Au nez, le profil confirme d’entrée que l’on est face à un vin très jeune et ambitieux auquel on a appliqué une recette à la bordelaise. On y dénote de riches arômes de fruits noirs amalgamés à de jeunes arômes de barriques de chêne de grande qualité. Seul un très léger aspect mentholé, qui disparaît avec le temps, vient quelque peu trahir l’origine chilienne du vin. La classe et la profondeur sont indéniables, mais le plein potentiel reste à être révélé par du temps en bouteille. En bouche, c’est autre chose, et c’est là que l’on peut saisir pleinement la nature de la bête, si je puis dire. Dès la première gorgée on se rend compte pleinement que l’on a affaire à un vin de garde haut de gamme montrant un fruité éclatant et très concentré, allié à un boisé trop jeune mais de grande qualité. La matière est très dense et la structure compacte, avec une solide base d’amertume. La texture tannique est raffinée, alors que la finale montre une longueur de catégorie nettement supérieure.

Ce vin garde l’influence bordelaise qu’on pouvait noter dans le 2004, mais il est passablement plus puissant et concentré. En fait, le seul véritable reproche que je puisse lui faire c’est d’avoir été mis en marché beaucoup trop tôt. C’est bien dommage, car il est probable qu’une majorité d’acheteurs ne garderont pas ce vin bien longtemps. Ceci dit, je conçois que certains amateurs aiment les sensations fortes, mais ce vin ne me semble clairement pas conçu pour une consommation hâtive. Selon moi il devrait être gardé au moins cinq ans pour être le moindrement approchable, et possède un potentiel indéniable pour la longue garde. À titre de comparaison, j’ai dégusté un Cabernet Sauvignon, Reserva, 1996 de Errazuriz, vendredi soir passé, et celui-ci était encore dans une belle forme, avec un beau fruit et un profil raffiné. Ce n’était qu’une autre de mes heureuses expériences de garde avec des rouges chiliens de type “Reserva”, c’est-à-dire des vins de milieu de gamme, de prix abordables et aux ambitions modérées. Dans ce contexte, je ne doute pas que cette cuvée haut de gamme “Le Dix” puisse évoluer harmonieusement sur une trentaine d’années. C’est vraiment un vin de grande qualité et au fort potentiel, offert à un prix qui me semble très avantageux (39.75$) si on compare avec ce qu’il faudrait débourser pour un vin de qualité similaire venant de Californie ou de Bordeaux. Cette comparaison s’applique aussi au Chili, car selon moi, ce vin n’a rien à envier en terme de qualité et de potentiel à des vins franco-chiliens à grosses notes vendus plus de deux fois plus chers, comme le Almaviva de Mouton Rotschild ou bien le Clos Apalta de Marnier Lapostolle. En plus, ce “Dix” ne laissera pas les amateurs d’étiquettes et de prestige à eux-mêmes. Ceux-ci pourront quand même faire bon effet en disant à leurs convives qu’il s’agit du grand vin chilien des propriétaires du Château Lafite Rothschild! Trêve de plaisanteries, car ce vin est vraiment sérieux, et mérite d’être abordé comme tel. Si vous avez une cave et croyez au potentiel des rouges chiliens en matière de garde, ce vin me semble un achat incontournable. C’est un vin de garde haut de gamme de prix abordable et un digne représentant du style franco-chilien.


*

samedi 12 mars 2011

SAUVIGNON BLANC, SÉLECTION LIMITÉE, 2010, LEYDA, VINA MONTES

Il faut parfois s’intéresser de près à une région pour connaître la petite histoire qui se cache derrière un vin. Ce Sauvignon Blanc de Vina Montes en est un bel exemple. L’étiquette nous dit qu’il s’agit d’un vin de Sauvignon Blanc originaire de la région de Leyda, produit par Vina Montes. C’est vrai, mais pas totalement. Il est intéressant de savoir que les raisins de Leyda entrant dans ce vin proviennent des vignobles de Vina Garces Silva, que l’on connaît ici au Québec pour ses vins vendus sous la marque Amayna. Mais il y autre chose à propos de ce vin que l’étiquette ne révèle pas, c’est qu’une partie des raisins entrant dans ce vin ne viennent pas de Leyda, mais plutôt du troisième millésime d’un très jeune vignoble planté par Vina Montes près du village de Zapallar, situé directement sur la côte du Pacifique. La fraîche côte du Chili continue de se développer. À partir de Leyda, et en remontant vers le nord, on a maintenant Lo Abarca à l’autre extrémité de San Antonio, puis la vallée Casablanca plus à l’intérieur des terres. Ensuite, au nord de Valparaiso, près de Concon, il y a la région de l’Aconcagua Costa avec les nouveaux vignobles côtiers de Errazuriz, puis environ 50 km encore plus au nord, il y a maintenant le vignoble de Vina Montes à Zapallar. Ce vin est donc une première occasion de goûter, du moins en partie, ce que peut déjà donner ce vignoble. À noter que Vina Montes devrait commencer à embouteiller des vins issus à 100% de Zapallar avec le millésime 2011. En plus du Sauvignon Blanc, on y cultive aussi du Chardonnay et du Pinot Noir. Pour ce qui de ce Sauvignon Blanc, Sélection Limitée, il est issu de fruits dont le rendement était limité à environ 35 hl/ha, vinifiés en inox seulement, sans fermentation malolactique. Le vin titre à 13.5% d’alcool.

La robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Le nez est frais et bien dégourdi, dominé par un arôme de zeste de pamplemousse, complété par l’aspect fruité du pamplemousse, ainsi que par des notes de citron, d’ananas, de poivron vert et d’herbe fraîchement coupée. En bouche, le vin se montre bien équilibré, avec une vive acidité bien absorbée par la matière généreuse qui enrobe un fruité d’agrume concentré et intense. Cela produit un vin qui a beaucoup de présence en milieu de bouche et une longueur de fort calibre en finale.

Mes attentes étaient modérées face à ce vin et il m’a surpris en les surpassant allégrement. Il combine très bien les caractéristiques du Sauvignon plus mature, à celles plus végétales du fruit montrant moins de maturité, le tout soutenu par une superbe acidité. La concentration de ce vin et sa longueur sont dignes de vins vendus beaucoup plus chers, ce qui en fait à l’évidence un RQP de haut niveau pour les 16.85$ qu’en demande la SAQ. À titre de comparaison, et pour rester dans le même vignoble, je l’ai préféré au Sauvignon Blanc, Amayna, 2008, pour lequel notre monopole exige 25.00$. Le Montes est plus équilibré, plus complet et plus facile à boire. Vraiment c’est un très beau vin qui a fait un heureux mariage avec une salade de pâtes al limone incorporant du poivron vert. Je ne suis pas très fort en accord mets et vins, mais celui-ci est un de mes favoris où le perception du vin n’est pas altérée par la nourriture.

http://maps.google.ca/maps?hl=fr&xhr=t&q=zapallar+chile&cp=5&wrapid=tljp129988844326508&um=1&ie=UTF-8&hq=&hnear=Zapallar,+Chile&gl=ca&ei=yAt8Tfe5BITGlQeJ26XvBQ&sa=X&oi=geocode_result&ct=image&resnum=1&sqi=2&ved=0CB4Q8gEwAA



*

lundi 7 mars 2011

La vérité n'est pas dans le vin

Très bon article aujourd'hui de la part de Marc-André Gagnon du site Vin Québec. Depuis que je participe à des dégustations collectives à l'aveugle, la différence de perception et d'appréciation des arômes entre dégustateurs est ce qui m'a le plus marqué. Si on ajoute aux différences biologiques les différences psychologiques qui peuvent aussi très fortement altérer la perception et l'appréciation du vin. C'est à se demander pourquoi on perd son temps à écrire des commentaires de dégustation. Ça montre aussi toute l'inutilité des notes très précises sur 100 points. Ça explique aussi pourquoi le vin est si intimidant pour les non initiés, et pourquoi on peut percevoir du snobisme chez ceux qui pensent s'y connaître et croient pouvoir y trouver une vérité absolue. On dit souvent que le vin est rassembleur et qu'il favorise le partage. C'est peut-être vrai à cause du rôle de lubrifiant social de l'alcool, losque consommé à dose modérée. Mais il semblerait que le vin exerce aussi la retenue et la politesse, car bien souvent on partagera sans mot dire un liquide qui sera perçu bien différemment entre les convives.

À la lumière de tout cela, devrait-on cesser de parler de vin et d'écrire à son sujet? Je ne pense pas. Car au-delà des divergences, il existe aussi des convergences entre certains dégustateurs. Je pense aussi qu'être conscient des différences possibles entre individus consitue une façon d'être moins tranché dans nos commentaires. C'est une chose que j'ai apprise en me confrontant à des dégustateurs qui n'avaient pas la même perception, ni la même détestation que moi pour les arômes phénolés de Brettanomyces. La vérité n'est pas dans le vin, car elle peut changer selon les individus. Il faut juste apprendre à se connaître comme dégustateur, en tentant de rester ouvert et humble, nos sens olfactif et gustatif étant tellement imprécis et psychologiquement influencables.

http://vinquebec.com/node/8200


*

samedi 5 mars 2011

PINOT NOIR, RESERVA, 2008, CASABLANCA, VINA MORANDÉ



Je continue de passer en revue les quelques vins de Pinot Noir chiliens sur lesquels j’ai pu récemment mettre la patte. Cette fois-ci on continue avec un autre vin venant de la vallée de Casablanca, et produit par Pablo Morandé, une figure de proue de l’oenologie chilienne, et l’homme à l’origine du développement de la vallée de Casablanca y ayant planté les premières vignes en 1982 à titre personnel, car son employeur du temps, Concha y Toro, ne croyait dans le potentiel de la vallée. Les choses ont bien changé depuis, n’empêche que cette décision de Morandé marquait le premier pas du Chili vinicole hors du confort de la chaude vallée centrale. Bien d’autres pas allaient suivre par la suite, pour amplifier le mouvement vers des régions plus fraîches, ce qui permet aujourd’hui au Chili d’être un pays à l’offre beaucoup plus diversifiée et à la qualité croissante. Après avoir quitté Concha y Toro, Pablo Morandé a fondé Vina Morandé en 1996 avec l’aide de partenaires financiers. Il y a eu des hauts et des bas lors des premières années, mais c’est aujourd’hui une maison qui produit une gamme variée de vins provenant de plusieurs régions du pays. C’est aussi un producteur qui sous l’impulsion de son fondateur continue d’innover, le meilleur exemple étant la plantation en 2004 et 2005 de deux nouveaux vignobles qui fonderont l’assise de la maison pour les années à venir. Ces deux vignobles, dont l’un est situé dans Casablanca, et l’autre dans l’alto Maipo, sont caractérisés par une très forte densité de 10,000 plants à l’hectare, alors que la norme chilienne se situe autour de 4,000. La densification de la plantation, tout comme la plantation à flanc de montagne et l’usage de porte-greffes sont des pratiques qui gagnent de plus en plus d’adeptes au Chili chez les producteurs ayant de hautes ambitions qualitatives. Bien sûr, cet abordable Pinot Noir, Reserva, n’a pas cette ambition. Il ne vient d’ailleurs pas du nouveau vignoble à haute densité, mais d’un vignoble voisin plus ancien. Il est élaboré par Macarena Morandé, la fille de Pablo qui suit les traces de son père. Les vendanges sont manuelles, suivies par une longue macération à froid, et d’une fermentation à basse température ayant pour but de générer des arômes plus délicats. Le vin est ensuite élevé pendant 10 mois en tonneaux de chêne français. Il titre à 14.6% d’alcool pour un pH de 3.38 et 2.5 grammes par litre de sucres résiduels.

La robe est d’un beau rubis éclatant et translucide, Le nez est séduisant et dégage un heureux mélange d’arômes de fruits rouges (cerise, fraise), de réglisse et de pâtisserie, complétés par une note terreuse et très léger aspect végétal frais. En bouche, le vin est d’une belle fraîcheur, avec un fruité vif et intense et une faible extraction tannique. Cette très faible présence tannique fait qu’on se retrouve avec un rouge qui donne une impression tactile en bouche le rapprochant d’un vin blanc. La bonne concentration de saveurs donne une belle présence au vin en milieu de bouche. La finale est harmonieuse, avec une persistance de bon niveau.

Ce vin se vend pour environ la moitié du prix du Tobiano de Kingston ou du 20 Barrels de Cono Sur, mais pour employer un cliché, je dirais il est bien loin d’être la moitié moins bon. En fait, je dirais qu’il se situe pas très loin derrière les deux autres en terme de qualité, et que certains dégustateurs pourraient même le préférer à cause de son aspect tannique très léger. Une chose est sûre, à seulement 15$ il s’agit d’un super RQP et assurément le meilleur vin de Pinot Noir de ce prix que j’ai eu la chance de goûter. Qu’un vin de ce prix puisse offrir un tel niveau de qualité me semble un signe très positif en ce qui a trait au potentiel de ce cépage au Chili. Pour ce qui est de Vina Morandé, la cuvée House of Morandé, 2001, m’a déjà prouvé le haut niveau qualitatif que ce producteur peut atteindre. Il faut savoir que Pablo Morandé est celui qui a créé le fameux Don Melchor de Concha y Toro. Toutefois, j’aimerais bien découvrir d’autres vins de ce producteur dans le futur, dont un Carignan de Maule qui est semble-t-il très bon. J’aimerais aussi pouvoir goûter les résultats issus de ces deux jeunes vignobles plantés à haute densité. Le Chili continue d’évoluer rapidement, et Vina Morandé est assurément un des producteurs à suivre dans ce contexte.


*