Je l'avoue, j'ai toujours été
dubitatif face à la notion de phase de fermeture associée à
l'évolution du vin en bouteille. Je continue de penser que c'est
souvent une excuse pour expliquer qu'un vin ne soit pas à la hauteur
des attentes. Je pense cela d'autant plus que je garde beaucoup de
bouteilles en de nombreux exemplaires que je suis dans le temps et il
m'est rarement arrivé de voir un vin changer du tout au tout sur une
période de quelques années. Ce que j'observe plutôt, dans la très
grande majorité des cas, c'est une évolution graduelle, sans
rupture brusque du parcours. Toutefois, il y a de rares exceptions,
et je suis tombé ce week-end sur une de ces exceptions qui me font
penser que la phase de fermeture peut exister. Pour entamer la fin
de semaine, vendredi soir dernier, je décidé d'ouvrir une bouteille
d'un vin que j'adore, soit l'assemblage Gran Reserva, 2007, MaipoCosta, de Vina Chocalan. Je voulais voir où il en était dans son
parcours et je m'attendais à un vin riche encore sur son profil de
jeunesse. Au contraire, j'ai retrouvé dans mon verre un vin peu
expressif qui manquait de concentration et d'intensité pour un vin
de ce calibre et par rapport aux souvenirs que j'en avais en prime
jeunesse. J'étais tellement déçu que j'ai à peine bu 200
millilitres et remis le bouchon sur la bouteille. Le lendemain, je
lui ai juste regoûté et il était déjà beaucoup mieux, le
surlendemain j'ai terminé la bouteille en retrouvant le vin auquel
je m'attendais, concentré, ample, intense et généreux. Un vin
expressif qui avait beaucoup de présence en bouche. Tout le
contraire de ce qu'il présentait le premier jour. Comment expliquer
que le vin était si amorphe le jour de l'ouverture? Je l'ignore,
mais il est clair que l'oxygénation prolongée lui a rendu ses
attributs. Ceci dit, le premier jour j'avais de la difficulté à
croire que ce vin pouvait avoir autant perdu de ses qualités. Comme
il m'en reste de nombreuses bouteilles, j'étais plutôt catastrophé.
Son retour à la vie était tout aussi surprenant que spectaculaire.
J'aimerais bien comprendre au niveau physico-chimique comment un tel
phénomène est possible, et pourquoi il se produit pour un vin
donné, sur une période donnée. Une expérience comme celle-ci tend
à me convaincre que le phénomène de de phase fermeture du vin peut
exister, mais comme il est imprévisible, je ne me servirais jamais
de cet argument pour excuser un vin décevant. Selon mon expérience,
le phénomène est trop rare pour l'invoquer systématiquement.
Néanmoins, ça permet de se garder une réserve avant de condamner
totalement un vin qui n'est pas à la hauteur des attentes. C'est aussi un
autre facteur qui milite pour la garde de multiples bouteilles d'un
même vin.
lundi 31 mars 2014
jeudi 27 mars 2014
Le rôle du critique
Il y a longtemps que je n'avais pas écrit
de texte éditorial sur ce blogue, mais aujourd'hui je suis tombé
sur un texte sur le site Vin Québec qui m'a donné le goût de
réagir. Marc-André Gagnon nous dit dans ce texte que toute
critique, bonne ou mauvaise, est positive. À le lire, c'est comme si
le critique avait la vérité absolue dès qu'il goûte un vin et
qu'il se doit de la partager pour prévenir ses lecteurs d'un danger
à éviter. Je pense que ce raisonnement fait abstraction du goût
personnel, de la subjectivité, de la variabilité du vin dans le
temps et des variations de capacités sensorielles qui existent entre
dégustateurs. Personnellement, je ne commente que les vins que
j'aime, et je ne crois pas, loin de là, avoir la vérité absolue.
Par exemple, je déteste les vins phénolés élaborés à l'aide de
levures Brettanomyces. Pour moi c'est un défaut clair, mais je sais
aussi qu'un bon nombre de vins renommés et appréciés sont élaborés
avec le concours de ce type de levures. Je pourrais bien chercher ce
type de vins et les décrier comme mauvais sur mon blogue, mais à
quoi cela servirait-il? Je sais que certains amateurs aiment ces
arômes, et que d'autres ne les perçoivent guère. À quoi bon
penser que mon dédain pour ces arômes s'applique à tout le monde?
C'est là un exemple, mais il pourrait en être de même à propos de
choses que j'aime dans le vin, mais qui pourraient déplaire à
d'autres.
Je pense que les critiques émettent
des opinions à propos des vins qu'ils dégustent, et que ceux qui
les lisent doivent déterminer à l'usage et dans la durée si un
critique est crédible pour eux. Il faut voir si on partage une
sensibilité commune par rapport à ce qu'on aime dans le vin. Il y a
aussi l'aspect de la garde du vin qui est important. Hors des
classiques européens à la feuille de route bien connue, peu de
critiques savent vraiment de quoi ils parlent en cette matière. En
ces temps où l'idéologie joue un grand rôle dans les opinions
émises par certains critiques, je pense qu'il faut aussi connaître
le positionnement d'un critique à cet égard pour pouvoir prendre ce
qui nous convient dans ses propos. Par exemple, j'aime bien lire le
blogueur britannique Jamie Goode. C'est un défenseur du minimalisme
dans l'élaboration du vin, et un promoteur des vins dits naturels.
Je ne partage pas sa vision à ce sujet, et quand je vois le militant
ressortir dans ses écrits, je décroche. Ceci dit, et de façon
paradoxale, Goode aime aussi les grands classiques européens qui
n'ont rien de "naturel". C'est là qu'il est facile de
voir où il faut en prendre et en laisser. Si je continue de lire
Jamie Goode, c'est qu'il n'est pas condescendant avec les vins du
Nouveau-Monde, à part peut-être ceux du Chili... Pour lui c'est une
partie importante et légitime du monde du vin et Goode est une bonne
source pour en apprendre plus sur les vins de Nouvelle-Zélande,
d'Afrique du Sud et d'Australie. Finalement, même si je n'aime pas
le système de notation sur 100 qu'il utilise. Les hautes notes qu'il
octroie souvent à des vins de prix très abordables concordent avec
ma conviction qu'il y a moyen de très bien boire sans se ruiner et
que l'écart entre un bon vin de prix abordable bien choisi et les
vins cultes ou prestigieux hors de prix n'est pas si grand. J'utilise
l'exemple de Jamie Goode, qui n'est pas le critique le plus connu,
pour démontrer que le lecteur peut très bien lire entre les lignes
en prenant ce qui lui convient chez un critique. La vérité absolue
n'existe pas, et les critiques comme les amateurs ont des opinions
et des sensibilités bien personnelles.
Pour revenir à l'utilité, ou non, des
critiques négatives, si j'écrivais un guide annuel du vin, je pense
qu'il serait important de parler des vins que je n'ai pas aimé, car
le but dans ce cas est d'offrir un portrait exhaustif de l'offre en
matière de vin. Mais pour avoir acheté le Guide du Vin de Michel
Phaneuf pendant plusieurs années, à mes débuts, j'ai vite été en
mesure de juger des limites d'un tel exercice. Toutefois, cela m'a
aidé à me connaître comme dégustateur, à voir là où j'étais
d'accord, et là où je divergeais. Ce qui fait qu'aujourd'hui je
peux assez facilement déterminer si une critique me semble crédible
par rapport à ce qui compte pour moi. L'expérience et la
connaissance de soi comme dégustateur offre une grille de décodage
pour les opinions de critiques, qu'elles soient positives ou
négatives. J'ai tellement lu de critiques tièdes ou négatives à propos de
vins que j'aime, que je sais qu'une critique négative n'est pas une
vérité absolue. C'est aussi pourquoi j'aime tant la dégustation en
pure aveugle. Sans aucune autre référence que le vin lui-même,
bien des critiques négatives pourraient devenir positives, et vice
versa.
mercredi 26 mars 2014
SHIRAZ, RESERVA, 2004, LIMARI, VINA TABALI
J'ai beau être le plus fervent
défenseur du potentiel de garde des rouges chiliens, en particulier
ceux de prix abordables, il y a toujours en moi une part qui doute
encore. Après avoir recommandé l'achat de cette Syrah, Reserva, de
Tabali pour une garde allant jusqu'à 15 ans, dans la section
commentaires de l'entrée précédente, ma part de doute a pris le
dessus. Cette part me murmurait que j'avais peut-être été
présomptueux dans ma recommandation. Ça disait : "Es-tu
sûr de ne pas avoir exagéré?" Pour en avoir le cœur net
j'ai décidé d'ouvrir une bouteille de cette cuvée avec du millage
au compteur. Impossible d'en avoir une gardée 15 ans, le premier
millésime de cette cuvée date de 2002 ou 2003. Quand même. Le vin
est à mi-chemin du parcours que j'anticipe possible pour lui, son
état actuel devrait pouvoir indiquer si il pourra parcourir le reste
du chemin en arrivant comme il faut à destination. Dans les premiers
millésimes ce producteur désignait son vin sous l'appellation
Shiraz. Il s'est depuis ravisé pour Syrah. Selon mon expérience de
ce vin, il se situe quelque part entre ces deux archétypes, avec au
surplus un profil bien distinct. Un autre millésime trop vieux pour
retrouver des détails sur le web à propos de son élaboration.
L'étiquette indique qu'il titre à 14% d'alcool.
Le vin montre une coloration encore
bien soutenue, sans signes évidents d'évolution. L'aspect
aromatique est quant à lui très typique de cette cuvée. C'est le
genre de vin au profil si distinctif que pour le décrire on aurait
envie de dire que ça sent la Syrah de Tabali. Le genre de vin qui
pourrait très bien faire paraître un habitué à l'aveugle. Si je
devais tenter de mettre des mots sur mes impressions, je dirais que
c'est un mélange de fruits rouges un peu confits, de rôti de bœuf, de
poivre noir, de fumée et de muscade, complété par de légères
notes florales rappelant un peu la lavande. Il n'y a pas encore
d'arômes tertiaires dans ce nez étonnamment jeune. Cela se poursuit
en bouche où le vin montre encore une belle vigueur. Il a perdu de
sa rondeur de jeunesse tout en gagnant en densité. On retrouve donc
un vin mariant dans une juste mesure fruité et amertume, tout en
intégrant un agréable aspect épicé. Cependant, comme la plupart
des vins qui gagnent en âge, l'épuration de ses lignes lui donne un
air plus strict. Un vin sérieux donc, bien concentré et avec une
belle finesse tannique. La finale est intense et longue avec les
tanins qui se font sentir à la toute fin sur des relents d'amertume.
Je n'avais pas raison de douter. Ce vin
aurait facilement pu évoluer 15 ans en bouteille. Il est surprenant
de jeunesse pour un vin de ce prix, même dans le contexte des RQP
chiliens favorables. Il est encore assez loin du style fondu des vins
âgés que je considère à point. Par rapport à ce qu'il donnait en
jeunesse il est plus droit et dense et a perdu de son charme primaire
pour adopter un style plus sévère. Le 2011 est présentement
disponible en tablettes à la SAQ au prix régulier de 16.45$. Un vin
qui peut donc facilement être acheter pour 14.80$ lors d'une promo –
10%. Je n'ai pas encore goûté le 2011, mais j'avais bien aimé les
millésimes précédents. C'est un vin qui a gagné en qualité
depuis 2004, l'âge des vignes aidant, et avec l'embauche en 2006 de
Felipe Muller, un jeune œnologue talentueux qui a fait ses classes
chez De Martino avec le réputé Marcelo Retamal. Les prix des bons
vins sont à la hausse à la SAQ, mais cette Syrah Reserva est
clairement une exception qui vaut la peine qu'on s'y arrête. Un vin
de moyenne garde offert à un prix incroyable.
samedi 22 mars 2014
CABERNET SAUVIGNON, MEDALLA REAL, 2001, ALTO MAIPO, VINA SANTA RITA
Une bouteille de ce classique chilien
qui commence à avoir un peu d'âge. En tout cas, trop vieux pour
trouver de l'information précise au sujet de ce millésime sur le
web. L'étiquette dit qu'il titre à 13.5% d'alcool. C'est le petit
frère du Casa Real, le Cab haut de gamme de Santa Rita, et il
provient du même vignoble de Alto Jahuel dans le haut Maipo. Sur le
site de Santa Rita on évoque un potentiel de garde de 8 à 10 ans
pour ce vin. Ça me semble très conservateur selon mon expérience
avec cette cuvée.
La robe est encore bien colorée, mais
on peut dénoter des traces d'évolution par l'aspect orangé et
légèrement translucide du pourtour du disque. Le caractère
olfactif du vin est très typique du cépage avec des arômes de
cassis, de cerise et de tabac. Cette base est complétée par de
subtiles notes terreuses, ainsi que de bois brûlé/vanille, de
poivron vert et de camphre. Un nez complexe, axé sur la finesse,
clairement en cours d'évolution, mais sans notes de feuilles mortes
et de thé souvent associées aux vins qui prennent de l'âge. En
bouche, on retrouve un vin encore bien en chair qui montre une belle
densité de matière. Les saveurs sont intenses, avec un mariage très
réussi entre le fruit, l'amertume et l'aspect épicé. Le milieu de
bouche confirme le caractère sérieux de ce nectar qui combine juste
concentration et volume contenu. Le style est classique, les lignes
épurées et la trame tannique à la fois fine et ferme. Le plaisir
est donc un peu austère, mais cela n'empêche pas le vin de couler
facilement pour qui, comme moi, aime le Cabernet Sauvignon qui
s'assume. Cette identité forte ne pâlit pas en finale, au
contraire, le caractère du vin y est affirmé avec plus d'emphase
sur une persistance de très bon calibre.
J'écris moins sur ce blogue car les
vins les plus intéressants que je bois actuellement sont des rouges
chiliens avec un certain âge et si je commentais chacun d'eux, je
tomberais totalement dans la redite. J'ai choisi de commenter ce
Medalla Real car pour moi c'est l'archétype du Cab de Maipo de type
Reserva. Aussi, il est disponible à la SAQ pour un prix
relativement stable depuis les 15 dernières années. J'ai payé ce
2001, 19.45$, et le 2010 est actuellement offert à notre monopole
pour 19.95$. À une époque où l'on se plaint du coût toujours à
la hausse des classiques européens, ce Cab chilien est une des
meilleures solution de rechange sur le marché. Ce 2001 est superbe à
ce stade, mais il est très loin du déclin et a tout ce qu'il faut
pour évoluer avec grâce pour au moins dix autres années.
Excusez-moi de me répéter encore une fois, mais ce vin n'a rien à
envier à des bordeaux ou des Cali-Cabs vendus plusieurs fois son
prix. Plus ces Cabs chiliens prennent de l'âge et plus ils se
recentrent sur les caractéristiques universelles du cépage. J'ai
souvenir d'avoir confondu des experts en 2009, avec le millésime 2000 du Medalla Real, lors d'une dégustation comparative Chili-Californie
organisée par Bill Zacharkiw du journal The Gazette.
Ces experts pensaient alors avoir affaire à un bordeaux de haut
niveau, et bien ce 2001 est au moins du même calibre et il est
quatre ans plus vieux que ne l'était le 2000 en 2009. Il faut donc
foi et patience pour commencer à mettre de côté ce type de
bouteille. Il faut aussi renoncer à l'aspect prestige du vin et s'en
tenir au contenu de la bouteille.
samedi 8 février 2014
CARMENÈRE, ESTATE, 2003, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
Ce vin est le premier millésime de pur
Carmenère produit par Errazuriz dans sa gamme de base "Estate".
Depuis il y a des vins de Carmenère à tous les niveaux du
portefeuille de ce producteur, dont une cuvée "SingleVineyard" qui est excellente et dont j'ai déjà parlé sur ce
blogue. Dans le cas de cette cuvée "Estate", 2003, Errazuriz en était
donc encore à l'étape d'apprentissage même si les vignes avaient
quand même 10 ans, ayant été plantées en 1993. Peut-être
avaient-elles été plantées en pensant qu'il s'agissait de Merlot,
ce qui expliquerait que la première cuvée identifiée comme
Carmenère ne soit venue que 10 ans plus tard. Ce vin a été élevé
sept mois en barriques de chêne français et américains, à parts
égales. Il titre à 14% d'alcool pour un pH assez élevé de 3.76.
Dès sa sortie, le producteur évoquait un potentiel de garde de 10
ans pour ce vin. Je pense bien être un des rares qui aura mis cette
estimation à l'épreuve.
La robe est de teinte grenat encore
bien soutenue, mais un aspect translucide légèrement orangé
apparaît au pourtour du disque. Le nez est simplement superbe et
très complexe avec une palette d'arômes mi-évolués où l'on
retrouve un beau fruit rouge subtil, amalgamé à des notes de sous
bois, d'encens, de camphre et de café. Il y a aussi un léger aspect
floral et un côté épicé évoquant la vanille, la fumé et le
sucre brûlé. Vraiment un très beau nez, tout en finesse, le genre
qui nous active un ressort dans le bras qui nous fait y revenir
inlassablement. Le charme opère de la même façon en bouche où
l'on retrouve un vin délicat, tout en finesse. La matière est
fondue et la texture est lisse. Ceci dit, les saveurs sont encore
bien vivantes et forment un très heureux mariage. On y retrouve une
bonne dose de fruit rouge mi-évolué, appuyé sur une juste touche
d'amertume, et auquel s'entremêlent des notes de thé et d'épices
douces. Le milieu de bouche met en valeur le côté aérien de ce
nectar. Ça ne manque pas de concentration, mais la puissance n'est
pas à l'ordre du jour. Le vin joue dans un autre registre où le
temps a arrondi les angles et allongé les formes, tout en le
délestant de manière a obtenir l'équilibre souhaité. La finale
confirme avec délicatesse et persistance sur des relent de fin
chocolat noir.
dimanche 26 janvier 2014
SYRAH, RESERVA ESPECIAL, 2008, LIMARI, MAYCAS DE LIMARI
Maycas de Limari est une filiale du géant Concha y Toro dédiée à la production de vin issus du terroir particulier de Limari. Ce vin provient du vignoble San Julian situé au sud de la rivière Limari et qui subit l'influence rafraichissante de l'océan Pacifique. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français et il titre à 14.5% d'alcool. Le producteur évoque un potentiel de garde de 10 ans pour cette cuvée. J'ai acheté six bouteilles de ce vin il y a deux ans et une première bouteille m'avait laissé dubitatif à son sujet. Le bois marquait beaucoup le vin qui semblait un peu lourd et bien loin de la fraîcheur que j'en attendais. Je n'avais alors pas écrit à son sujet, mais cette deuxième bouteille est bien différente. Le temps de repos semble avoir joué en sa faveur.
La robe est d'encre, parfaitement opaque. Le nez révèle un profil typiquement de climat frais pour ce cépage avec des arômes de cerise, de mûre, de poivre noir, de violette, complétés par un aspect fumé/vanillé et une fine touche de chocolat noir. Un nez très séduisant et élégant qui pour moi évoque un souvenir de Côte-Rôtie et où le bois joue maintenant un second rôle. Le charme se poursuit admirablement en bouche où l'on retrouve un vin qui a de la chair, des tanins soyeux et qui offre une palette de saveurs intenses qui reflète très bien en bouche ce qui s'annonçait à l'olfactif. Le milieu de bouche permet de constater le sérieux de ce nectar qui présente une concentration et une densité de matière de fort calibre. Le vin combine à merveille le volume à l'impression de densité, ainsi que l'intensité gustative et la finesse de l'aspect tactile. La finale est à la hauteur du parcours déjà évoqué avec des saveurs qui se fondent en un sursaut d'intensité, avant un long déclin de celles-ci.
Ce vin est un bel exemple du potentiel de la Syrah de climat frais au Chili, Il montre aussi les bénéfices de la garde, même courte. Il montre aussi sans équivoque qu'il n'est point besoin de débourser de fortes sommes pour accéder en provenance du Chili à des vins de haut calibre. J'ai payé la ridicule somme de 20$ pour cette fiole, ce qui en fait une formidable aubaine qui peut rivaliser en termes qualitatifs avec des vins beaucoup plus chers. Ceci sans compter que ce vin offre un profil Rhône nord qu'on retrouve rarement ailleurs. Ceci dit, le Chili offre de plus en plus de vins de ce genre. Pour les trouver il faut privilégier les zones côtières (Elqui, Limari, Casablanca ouest, San Antonio). Malheureusement, les vins de ce type sont rares à la SAQ. Il y a bien la Syrah, Bayo Oscuro, de Kingston Vineyards, mais le prix est passablement plus élevé à 34.75$. Deux vins de Syrah de profils intermédiaires offerts à la SAQ sont très intéressants, soit la Syrah de Polkura et celle de Tabali. Ces vins montrent des traits de fraîcheurs, mais viennent de climats un peu plus chauds. J'ai essayé deux autres vins de Syrah du Chili dernièrement, soit la cuvée côtière « Single Vineyard » de Errazuriz et la cuvée Legado de De Martino. Ces deux vins ont été des déceptions pour moi, particulièrement la Syrah de Errazuriz qui provient de la zone côtière de la vallée de Aconcagua. J'attendais beaucoup de ce vin de climat frais, mais il m'est apparu trop boisé et sans subtilité. Peut-être a-t-on voulu trop en faire chez Errazuriz ou peut-être a-t-il lui aussi besoin de temps pour mieux intégrer son bois. Il y a un autre vin intéressant de Syrah chilienne de climat frais à la SAQ que je n'ai pas encore eu la chance de goûter. Il s'agit de la cuvée Corralillo du réputé producteur Matetic et issu de la région côtière de San Antonio. J'avais adoré la version 2007 de ce vin.
dimanche 12 janvier 2014
Vous avez dit francocentriste?
Toujours pas beaucoup de temps et d'envie pour écrire à propos du
vin. L'impression de taper encore et toujours sur le même clou, je
suppose. Ceci dit, je continue de lire à propos du vin, en particulier
mes amis du forum Fouduvin, et ce soir en sirotant un succulent Carmenère, 2008, d'Errazuriz, je suis tombé sur les résultats d'une autre dégustation/confrontation.
Je dois avouer que les résultats des dernières dégustations de Fouduvin
ébranlent mes convictions sur le caractère francocentriste du palais
des passionnés québécois. Cette fois c'est un jeune Cab de Coonowara qui
titre à 15% d'alcool qui a terminé premier, suivi par un Cab de Napa.
Lors d'une autre dégustation récente du genre, ce fut un autre vin de Californie (Sonoma) qui a remporté la palme, celui-ci plus âgé. Finalement, l'automne dernier lors d'une dégustation de rêve,
c'est un autre australien, le fameux Grange, qui semble avoir impressionné.
C'était le millésime 1982. Ça montre que la longue garde n'est pas
l'apanage des vins européens.
Donc, il semble bien que je sois dans le champ avec mes histoires de francocentrisme québécois. Du moins, à l'aveugle... Même en état de sous-représentation, les vins du Nouveau-Monde ont été très appréciés dans ces dégustations où l'influence de l'étiquette était absente. Donc, la mentalité québécoise est peut-être francocentriste, mais pas le palais. Malheureusement, la mentalité est ce qu'il y a de plus difficile à changer. Parole de frappeur de clou...
*
Donc, il semble bien que je sois dans le champ avec mes histoires de francocentrisme québécois. Du moins, à l'aveugle... Même en état de sous-représentation, les vins du Nouveau-Monde ont été très appréciés dans ces dégustations où l'influence de l'étiquette était absente. Donc, la mentalité québécoise est peut-être francocentriste, mais pas le palais. Malheureusement, la mentalité est ce qu'il y a de plus difficile à changer. Parole de frappeur de clou...
*
mardi 17 décembre 2013
SAUVIGNON BLANC, COOL COAST, 2012, PAREDONES, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA
Désolé pour le peu d'activité sur ce blogue au cours du dernier mois. Voici un vin que j'ai eu le plaisir de découvrir un peu plus tôt cet automne.
Lors des trois dernières dégustations annuelles de "Vins du Chili", cette cuvée m'avait impressionné, et je regrettais qu'elle ne soit pas disponible à la SAQ. Cette année il n'y a pas eu de dégustation de "Vins du Chili", mais voilà que ce vin fait son apparition sur les tablettes de la SAQ. Il est issu d'un des nouveaux projets les plus intéressants du Chili au cours des dernières années. Il s'agit, à ma connaissance, du vignoble côtier le plus méridional du pays, donc potentiellement le plus frais. Toutefois, la distance avec la côte est un autre facteur influençant le niveau de fraîcheur, dans ce cas-ci, le vignoble est situé à 7 km de la côte du Pacifique. Plus au nord, dans San Antonio, on s'approche jusqu'à 4 km de l'océan. Toujours est-il que ce projet pionnier de Casa Silva change radicalement la définition de l'appellation Colchagua. La température au vignoble de Paredones n'excède pas 26°C les jours les plus chauds de l'été. Les vignes de sept ans d'âge ont été vendangées manuellement, cinq semaines après les vieilles vignes de Sauvignon Blanc de Casa Silva situées dans la partie intérieure de Colchagua. En fait, ce Sauvignon Blanc côtier est vendangé après le Cabernet Sauvignon de la partie intérieure de la vallée. Les raisins ont donc le temps de mûrir très lentement. Les vignes sont irriguées à partir des eaux de pluie captées dans des réservoirs pendant l'hiver. Le vin est élaboré en inox à partir des grappes entières et subit une longue fermentation alcoolique à basse température. Il titre à seulement 13% d'alcool, ce qui est très rare au Chili, même si depuis quelques millésimes les titres alcooliques sont généralement à la baisse.
La robe est de teinte jaune pâle avec des reflets verdâtres. Le nez est délicat et déploie un beau mélange aromatique basé sur les agrumes (citron, lime, pamplemousse, orange) et complété par un peu de fruit de la passion, de cassis, ainsi que par un aspect évoquant le bord de ruisseau et de subtiles notes florales. Il y a aussi une très légère touche de verdeur pour compléter le tableau. Superbe nez montrant le meilleur du cépage avec retenue et raffinement. La bouche est un fidèle reflet du nez, on y retrouve un vin jouant la carte de la délicatesse et de la subtilité. L'acidité est fine et les saveurs sont intenses et de superbe qualité, mais on ne tombe pas dans la surenchère. Même chose au niveau de la matière, le vin montre une bonne concentration et tout ce qu'il faut de présence, mais tout en préservant une certaine impression de légèreté. Un vin sans excès et sans lourdeur donc, et qui du coup est facile à boire. Chaque gorgée en appelle une autre tellement ça coule sans effort. La finale se veut le révélateur ultime confirmant l'équilibre irréprochable de ce délicat nectar à la très bonne persistance.
Que dire de ce vin, sinon qu'il arrive à faire rimer une version de climat frais et non boisée du cépage avec élégance et complexité. Il n'y a pas d'artifices ni d'excès dans ce vin, juste une expression subtile et bien équilibrée des caractéristiques variétales. Une pure expression du Sauvignon Blanc de climat frais qui sait éviter l'écueil de l'excès de verdeur. Casa Silva a réussi le tour de force d'obtenir des fruits bien mûrs au point de vue aromatique, mais qui avaient réussi à conserver un bon niveau d'acidité, et par conséquent un titre alcoolique modéré. Tous les éléments sont dans des proportions idéales pour donner un vin raffiné, modéré et très agréable à boire. Ce vin est selon moi un incontournable pour quiconque veut se faire une idée du potentiel du Sauvignon Blanc au Chili. À 20$, peu de vins blancs montrent autant d'élégance. Pour moi, ce vin est une aubaine incroyable, mais surtout, un superbe vin. Si vous essayez ce vin, tentez d'oublier les préjugés que vous pourriez avoir sur son origine et laissez lui une véritable chance. Parfois on reproche aux vins du Nouveau-Monde d'être trop démonstratifs, mais quand ils se risquent à jouer la carte de la retenue, ils ne sont pas toujours jugés sur la même base que les vins des grandes régions historiques. Il existe plusieurs très bons vins de SB au Chili, et il est clair pour moi que celui-ci compte parmi les meilleurs que j'ai pu goûter. Il en existe des plus concentrés, des plus démonstratifs, mais en terme d'équilibre global et de profil rassembleur, cette fraîche cuvée côtière est difficile à battre.
lundi 4 novembre 2013
Un monde de substitution...
Dans mon article précédant, j'appelais à porter un regard neuf
sur les vins du Nouveau-Monde. Voilà que ce matin je tombe sur un texte du vétéran chroniqueur vin Jacques Benoît du journal La
Presse qui montre bien tout le chemin qu'il reste à parcourir au
Québec, du moins chez une certaine classe d'amateurs qui se veulent
sérieux, pour que les vins du Nouveau-Monde soient considérés
comme des vins légitimes, et non pas des ersatz de vins européens.
Qu'un texte comme celui de M. Benoît puisse être publié dans un
grand journal résume la situation des producteurs du Nouveau-Monde
quand il est question pour eux d'aborder le marché québécois. La vision de M. Benoît est peut-être un cas extrême, mais elle reflète bien une
mentalité qui demeure dominante, mais si c'est normalement formulé de façon plus nuancée. Ceci dit et de façon un peu ironique, par son
texte, M. Benoît confirme que si on veut des vins offrant un
meilleur RQP, le choix du Nouveau-Monde s'impose. Là où il est
difficile à suivre toutefois, c'est avec ses suggestions de vins
californiens. Les vins de cet état américain sont ceux qui hors de
l'Europe jouent le plus la carte du prestige pour gonfler les prix.
La Nouvelle-Zélande n'est pas non plus la destination du
Nouveau-Monde qui en offre le plus pour le prix. À preuve, parmi les
choix de vins de M. Benoît, celui qui offre le meilleur rapport note/prix, donc qualité
prix selon son jugement, c'est le Chardonnay argentin de Catena.
Dommage que M. Benoît soit allergique aux vins chiliens... Avec une excellente connaissance des vins de ce
pays, je me suis monté une cave de substitution... à une fraction du prix, bien sûr.
Finalement, je sais que c'est la mode actuellement de s'attaquer à la SAQ, mais l'histoire des promos supposément truquées me laisse songeur. Par exemple, pour parler d'un vin que je connais bien, soit le Cabernet Sauvignon, Max Reserva, de Errazuriz, un vin qui est vendu pour à peu près le même prix depuis plus de 15 ans à la SAQ, soit dans l'intervalle 17-19$, et ce avec une qualité constante depuis tout ce temps. Qu'il soit aujourd'hui à 18.95$ me semble un prix juste dans le contexte général de notre monopole. Il n'y a pas eu de hausse artificielle sur ce vin. Il est offert au même prix en Ontario, réputée pour battre le Québec au niveau des prix pour les vins de moins de 20$. Alors quand ce vin est offert à 2$ de rabais dans une circulaire, ça me semble un vrai rabais et le consommateur averti devrait toujours l'acheter dans ces occasions. Même chose en Ontario où l'on offre parfois ce vin à 2$ de rabais. Dans les deux cas le vin est au répertoire régulier, les volumes doivent donc être importants, ce qui doit faciliter l'offre périodique de rabais. Selon moi c'est une façon pour le producteur de s'assurer que les consommateurs connaissent ce vin et l'achètent, histoire de le maintenir inscrit au répertoire général. De toute façon, à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%. En ce sens, en l'absence de promo, le prix de tous les vins est gonflé. Si on achète hors de ces promotions, on accepte de payer plus et il faut assumer ce choix.
Finalement, je sais que c'est la mode actuellement de s'attaquer à la SAQ, mais l'histoire des promos supposément truquées me laisse songeur. Par exemple, pour parler d'un vin que je connais bien, soit le Cabernet Sauvignon, Max Reserva, de Errazuriz, un vin qui est vendu pour à peu près le même prix depuis plus de 15 ans à la SAQ, soit dans l'intervalle 17-19$, et ce avec une qualité constante depuis tout ce temps. Qu'il soit aujourd'hui à 18.95$ me semble un prix juste dans le contexte général de notre monopole. Il n'y a pas eu de hausse artificielle sur ce vin. Il est offert au même prix en Ontario, réputée pour battre le Québec au niveau des prix pour les vins de moins de 20$. Alors quand ce vin est offert à 2$ de rabais dans une circulaire, ça me semble un vrai rabais et le consommateur averti devrait toujours l'acheter dans ces occasions. Même chose en Ontario où l'on offre parfois ce vin à 2$ de rabais. Dans les deux cas le vin est au répertoire régulier, les volumes doivent donc être importants, ce qui doit faciliter l'offre périodique de rabais. Selon moi c'est une façon pour le producteur de s'assurer que les consommateurs connaissent ce vin et l'achètent, histoire de le maintenir inscrit au répertoire général. De toute façon, à la SAQ il faut acheter lors des promos moins 10%. En ce sens, en l'absence de promo, le prix de tous les vins est gonflé. Si on achète hors de ces promotions, on accepte de payer plus et il faut assumer ce choix.
lundi 28 octobre 2013
Aborder les vins du Nouveau-Monde avec un regard neuf
J'ai quelques fois dénoncé le francocentrisme québécois en
matière de vin sur ce blogue. Je suis tombé aujourd'hui sur un article
de Marc-André Gagnon du site Vin Québec qui en est un bon exemple.
J'aime bien le site Vin Québec, mais cette fois l'article de M. Gagnon
me semble un peu particulier. Il part des résultats d'un concours,
incluant un nombre limité de vins à moins de 50$, pour tirer des
conclusions sur un supposé goût canadien par rapport à un goût québécois
qui serait distinct. M. Gagnon s'insurge contre le peu de vins
"gagnants" étant originaires de la France et de l'Europe face au grand
nombre de "lauréats" issus du Nouveau-Monde. Scandale!
D'abord il y avait au moins trois juges québécois sur le panel, Bill Zacharkiw, Marc Chapleau et Rémy Charest. Pour les avoir souvent lus, je pense qu'ils sont tous trois europhiles, voire francophiles. Il y a aussi des juges du Canada anglais dont j'ai toujours apprécié les écrits (John Szabo, David Lawrason et Anthony Gismondi). Et au-delà de tout, ces dégustations avaient lieu à l'aveugle. Ce type de dégustation donne toujours des surprises car il n'y a pas d'étiquette pour orienter le jugement. Aussi, on ignore le pourcentage de vins inscrits pour chaque pays. Personnellement, j'ai aimé voir que pour trois des quatre cépages noirs français les plus réputés (Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah et Pinot Noir), trois vins chiliens qui l'ont emporté, et de très bons vins de prix très abordables. La Syrah, Reserva, de Falernia dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Un autre vin que j'ai déjà encensé dans un millésime précédant, le Cabernet Sauvignon, Etiqueta Negra, de Tarapaca, et le Merlot, Marques de Casa Concha, de Concha y Toro, issu d'une gamme au RQP exceptionnel. Pour ce qui est du Pinot Noir, ça demeure un "work in progress" au Chili.
Ceci dit, il ne faut pas partir en peur avec les résultats de ce type de concours. Le concours ne prétend pas qu'il s'agisse des meilleurs vins au monde issus de ces cépages, mais bien des meilleurs parmi les inscrits. Personnellement, j'ajouterais les meilleurs parmi les inscrits au moment de la dégustation. Il faut donc mettre les choses en perspective. Toutefois, ça montre peut-être qu'en l'absence d'étiquettes, les vins du Nouveau-Monde, surtout ceux en bas de 50$, ne sont pas si mauvais que certains le croient par rapport aux vins de la vieille Europe. Au fond, ces résultats ne sont peut-être qu'une incitation à regarder les vins du Nouveau-Monde avec un regard, justement, plus neuf...
D'abord il y avait au moins trois juges québécois sur le panel, Bill Zacharkiw, Marc Chapleau et Rémy Charest. Pour les avoir souvent lus, je pense qu'ils sont tous trois europhiles, voire francophiles. Il y a aussi des juges du Canada anglais dont j'ai toujours apprécié les écrits (John Szabo, David Lawrason et Anthony Gismondi). Et au-delà de tout, ces dégustations avaient lieu à l'aveugle. Ce type de dégustation donne toujours des surprises car il n'y a pas d'étiquette pour orienter le jugement. Aussi, on ignore le pourcentage de vins inscrits pour chaque pays. Personnellement, j'ai aimé voir que pour trois des quatre cépages noirs français les plus réputés (Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah et Pinot Noir), trois vins chiliens qui l'ont emporté, et de très bons vins de prix très abordables. La Syrah, Reserva, de Falernia dont j'ai souvent vanté les mérites sur ce blogue. Un autre vin que j'ai déjà encensé dans un millésime précédant, le Cabernet Sauvignon, Etiqueta Negra, de Tarapaca, et le Merlot, Marques de Casa Concha, de Concha y Toro, issu d'une gamme au RQP exceptionnel. Pour ce qui est du Pinot Noir, ça demeure un "work in progress" au Chili.
Ceci dit, il ne faut pas partir en peur avec les résultats de ce type de concours. Le concours ne prétend pas qu'il s'agisse des meilleurs vins au monde issus de ces cépages, mais bien des meilleurs parmi les inscrits. Personnellement, j'ajouterais les meilleurs parmi les inscrits au moment de la dégustation. Il faut donc mettre les choses en perspective. Toutefois, ça montre peut-être qu'en l'absence d'étiquettes, les vins du Nouveau-Monde, surtout ceux en bas de 50$, ne sont pas si mauvais que certains le croient par rapport aux vins de la vieille Europe. Au fond, ces résultats ne sont peut-être qu'une incitation à regarder les vins du Nouveau-Monde avec un regard, justement, plus neuf...
samedi 26 octobre 2013
SANCERRE, 2009, GÉRARD BOULAY
Surprise, surprise! Vous avez bien vu, un vin français sur ce blogue. Une fois n'est pas coutume. En fait, ce vin est un cadeau d'un ami que je soupçonne de vouloir me convaincre qu'il existe de bons vins hors de Chili! Je blague, bien sûr, car il sait que je le sais déjà. Ceci dit, j'aime bien sortir de mes habitudes et confronter mes préjugés, mais si je parle de ce vin ici, c'est parce qu'il est de belle qualité. Je n'ai pas de détails sur son élaboration. Le vin titre à 13.5% d'alcool et la bouteille était une demie (375 ml).
La robe est de teinte dorée assez intense. Le nez est discret et exhale des arômes de citron, de noix et de bord de ruisseau, amalgamés à de légères notes florale et un faible trait végétal évoquant le poivron vert. En bouche, le vin se rattrape avec une expression beaucoup plus intéressante. Les saveurs reflètent bien ce qui était perçu au nez, mais elles sont beaucoup plus intenses et bien soutenues par une belle acidité. Le milieu de bouche confirme la droiture et la bonne présence du vin qui ne manque pas de concentration. Une touche d'amertume évoquant la peau blanche de pamplemousse ajoute un brin d'austérité à l'ensemble. Il y a aussi toujours cette légère touche d'oxydation, mais à ce stade ce n'est pas un problème. La finale est harmonieuse, avec toujours les saveurs citronnées qui dominent sur une persistance de bon calibre.
Beau vin de profil sérieux et légèrement évolué. Par certains aspects, dont une légère pointe d'oxydation et le type d'acidité, il m'a fait pensé au Chardonnay, 2010, Clos des Fous dont j'ai parlé récemment. Je n'y ai détecté aucun arômes thiolés typiques du Sauvignon Blanc élaboré à l'abri de l'oxygène. En ce sens, il se démarque clairement du style plus charmeur auquel je suis habitué avec des vins de ce cépage. J'avais d'ailleurs une bouteille de SB, Garuma Vineyard, 2011, Vina Leyda d'ouverte en parallèle et il y avait un clair contraste stylistique entre les deux vins. Ceci n'est pas dit négativement, c'est une simple constatation. Il est clair pour moi que ce sont des choix humains qui distinguent ces deux styles, plus que la spécificité du terroir. J'ai déjà goûté des Sancerres qui sentaient et goûtaient le pamplemousse et le fruit de la passion, mais ces vins étaient sûrement élaborés en inox, sous gaz inerte, à l'abri de l'oxygène, ce qui ne semble pas être le cas pour ce vin de Boulay. C'est un style que j'apprécie toutefois, pour moi ça fait partie de la potentialité de styles qu'offre le Sauvignon Blanc. En conclusion, j'ai bien apprécié ce vin, mais la pointe d'oxydation que j'y ai perçue ne me le ferait pas garder plus qu'une année ou deux encore. Finalement, il y a le fameux facteur RQP qui pour moi est primordial. J'ignore le prix de ce vin, mais sous les 20$ pour une bouteille de 750 ml, ce serait pour moi un bon achat. Toutefois, comme je l'ai dit au début, dans ce cas-ci la vin m'a été donné gracieusement par un ami passionné, alors ça bat le meilleur RQP qu'on puisse imaginer! Merci!
vendredi 25 octobre 2013
L'effet Veblen peut-il agir au dépanneur? (suite)
Petite suite à un article précédant
sur l'initiative de Julia Wines de vendre un vin à 70$ en dépanneur. Je
disais dans ce texte qu'il était possible pour un négociant sérieux
d'importer en vrac du vin de haute qualité. Voici une entrevue
de David Santerre avec le sommelier Patrick Saint-Vincent à ce sujet.
Il faut rappeler que l'intégrité de M. Saint-Vincent avait été remise en
cause par plusieurs lorsqu'il s'était associé à la promotion de ces
vins. Serait-ce là un visage du snobisme dont je traitais dans mon texte
précédant? Je ne sais pas, mais toujours est-il que M. Saint-Vincent
donne des détails sur cette opération qui devraient faire ravaler
quelques railleries. Qu'on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de
dire que les vins de Julia Wines méritent d'être achetés par un amateur
sérieux. Je dis juste que si c'est l'opération est bien menée, ça peut combler
un besoin, soit la possibilité d'acheter un vin potable à la dernière
minute dans un dépanneur. Je doute que ces vins offrent un vrai bon RQP,
mais comme produit de niche dans un système monopolistique, encore une
fois, si c'est bien mené, ce n'est pas une initiative ridicule.
mercredi 23 octobre 2013
Vin : Le snobisme est-il vraiment mort?
Je suis tombé récemment sur ce texte de Matt Kramer du Wine
Spectator qui répond par l'affirmative à la question posée dans mon titre.
Selon lui le snobisme voulant que seulement certaines régions
traditionnelles puissent produire des vins authentiques et de qualité
n'existe plus. Je le cite en traduction libre :
"Tout le monde sait maintenant que toutes sortes de lieux autour du monde peuvent produire et produisent des vins remarquables"
Il poursuit son argumentation en s'attaquant au mythe de la Bourgogne en disant qu'il n'y a plus personne qui peut maintenant prétendre que seule cette région peut produire d'authentiques vins de Pinot Noir. Il cite en exemple la Californie, l'Orégon, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Ontario pour étayer sa thèse. Avec un peu plus d'ouverture d'esprit il aurait pu ajouter l'Afrique du Sud, le Chili et la Patagonie argentine à sa liste d'exemples. Personnellement, je suis d'accord avec l'essence de son propos, mais pas avec sa conclusion. Le snobisme régional tel qu'il le décrit existe peut-être moins aux États-Unis car ce pays a une production nationale de qualité au style distinct, et un pays avec une telle influence aide à légitimer cette distinction stylistique. Autrement dit, on ne renie pas les classiques européens, mais on a la confiance nécessaire pour affirmer que l'on peut faire aussi bien de manière différente. Cependant, dans une province comme le Québec, il n'y a pas ce facteur pour forcer une mise en perspective des choses et le vieux snobisme tel que décrit par Matt Kramer est encore bien vivant.
Au surplus, ici au Québec, nous avons droit au nouveau snobisme, dont parle aussi M. Kramer, où l'on privilégie certains vins sur une base idéologique. Ce nouveau snobisme privilégie les vins de petits producteurs, préférablement biologiques, non interventionnistes, ou ceux du mouvement dit "naturel". Dans ce courant, les vins non boisés et issus de cépages inusités sont aussi privilégiés. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'une lectrice montréalaise a écrit dans la section "Member Comments" pour confirmer cet état de fait. Donc, les différentes sortes de snobisme en matière de vin sont peut-être en régression, mais de déclarer leur mort me semble être un peu prématuré, surtout ici au Québec. Nous avons encore un bon nombre de buveurs d'idées et d'étiquettes et les stéréotypes à l'encontre des vins du Nouveau-Monde ont la vie très dure.
"Tout le monde sait maintenant que toutes sortes de lieux autour du monde peuvent produire et produisent des vins remarquables"
Il poursuit son argumentation en s'attaquant au mythe de la Bourgogne en disant qu'il n'y a plus personne qui peut maintenant prétendre que seule cette région peut produire d'authentiques vins de Pinot Noir. Il cite en exemple la Californie, l'Orégon, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Ontario pour étayer sa thèse. Avec un peu plus d'ouverture d'esprit il aurait pu ajouter l'Afrique du Sud, le Chili et la Patagonie argentine à sa liste d'exemples. Personnellement, je suis d'accord avec l'essence de son propos, mais pas avec sa conclusion. Le snobisme régional tel qu'il le décrit existe peut-être moins aux États-Unis car ce pays a une production nationale de qualité au style distinct, et un pays avec une telle influence aide à légitimer cette distinction stylistique. Autrement dit, on ne renie pas les classiques européens, mais on a la confiance nécessaire pour affirmer que l'on peut faire aussi bien de manière différente. Cependant, dans une province comme le Québec, il n'y a pas ce facteur pour forcer une mise en perspective des choses et le vieux snobisme tel que décrit par Matt Kramer est encore bien vivant.
Au surplus, ici au Québec, nous avons droit au nouveau snobisme, dont parle aussi M. Kramer, où l'on privilégie certains vins sur une base idéologique. Ce nouveau snobisme privilégie les vins de petits producteurs, préférablement biologiques, non interventionnistes, ou ceux du mouvement dit "naturel". Dans ce courant, les vins non boisés et issus de cépages inusités sont aussi privilégiés. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'une lectrice montréalaise a écrit dans la section "Member Comments" pour confirmer cet état de fait. Donc, les différentes sortes de snobisme en matière de vin sont peut-être en régression, mais de déclarer leur mort me semble être un peu prématuré, surtout ici au Québec. Nous avons encore un bon nombre de buveurs d'idées et d'étiquettes et les stéréotypes à l'encontre des vins du Nouveau-Monde ont la vie très dure.
samedi 19 octobre 2013
MALBEC, TRIBUTO, 2011, COLCHAGUA, VINA CALITERRA
Vina Caliterra appartient au groupe Chadwick qui est aussi derrière Errazuriz, Arboleda, Sena et Vinedo Chadwick. Les autres projets sont situés dans Aconcagua et Maipo. Dans le cas de Caliterra on est plus au sud, dans la vallée de Colchagua. Ce Malbec est issu de vignes de 15 ans d'âge d'une parcelle unique appelée Quillay Espino. Le vin contient 5% de Syrah et a été élevé un an en barriques de chêne français dont 10% étaient neuves. Il titre à 14% d'alcool et le producteur évoque un potentiel de de garde allant jusqu'à la fin de 2020.
La robe est opaque et foncée, avec de légers reflets violacés. Le nez exhale de doux et intenses arômes de cerise, de mûre et d'épices évoquant par certains aspects la muscade et l'anis étoilée. En mode plus mineur à ce stade précoce on peut aussi percevoir des notes de violette, de bois de cèdre et de viande crue. Cet arôme est typique pour moi dans les très jeunes vins de Malbec sud-américains. Somme toute un nez expressif et très séducteur qui a l'éclat de la jeunesse. Ce caractère démonstratif se répercute en bouche où l'attaque est souple et ample et les saveurs enveloppantes et très intenses. Le fruité est doux, mais bien équilibré par une bonne dose d'amertume. Ce fruit se mêle ainsi à un joyeux caractère épicé et chocolaté, ce qui donne à ce vin des airs de généreuse friandise. Cela se confirme en milieu de bouche où le vin déploie toute sa séduisante substance avec du gras sur un généreux volume et des tanins veloutés. La finale conclue logiquement avec un sursaut d'intensité, et une très bonne allonge aux relents de chocolat noir qui permet de deviner le potentiel de vin sérieux qui se cache dans ce juvénile nectar.
Je vante souvent les mérites des vins qui ont atteint un certain âge et qui du coup gagnent en finesse et en subtilité. Toutefois, cela ne m'empêche pas de pouvoir succomber aux charmes et aux rondeurs d'un jeune vin dont le profil a pour but de plaire dès la prime jeunesse. C'est le cas de ce Malbec de Caliterra qui en met actuellement plein la bouche. Ceci dit, je connais maintenant ce genre de petites bêtes. Je sais que derrière les artifices de séduction primaire de la jeunesse, il y a un vin au potentiel plus sérieux qui se cache. J'ai ouvert dans la dernière année un autre millésime de ce vin, je pense qu'il s'agissait du 2009. Je n'avais pas fait de compte rendu car celui-ci était renfrogné et austère, tellement différent de ce qu'offre actuellement ce 2011. Je pense donc que ce type de vin est conçu pour en offrir beaucoup lors de la mise en marché hâtive, mais ensuite l'évolution en bouteille commence, avec ses phases difficiles à prédire. Je ne jouerai donc pas les devins à propos du parcours évolutif que suivra ce vin, mais pour en avoir vu d'autres, je suis pas mal certain de sa destination et de la métamorphose que le temps provoquera en lui. Tout cela pour dire que j'ai adoré ce vin dans la phase de plaisir juteux et gourmand qu'il offre actuellement, et que je suis prêt à parier que dans une décennie il offrira du plaisir dans un tout autre registre. Ma recommandation serait donc, achetez et ouvrez tout de suite, ou mettez à l'ombre pour 10 ans et préparez-vous pour la surprise. Entretemps, j'ai payé ce vin le week-end dernier en double promo pour la ridicule somme de 14.25$. J'ai même lu sur FDV qu'il pouvait être obtenu en triple promo (rabais au col) pour 12.25$. La réalité, c'est qu'au prix courant de 18.95$ ce vin est un superbe achat. Toutes ces promos semblent destinées à le faire connaître pour qu'il puisse garder sa place comme produit régulier à la SAQ. En ce qui me concerne, c'est un bel ajout augmentant la diversité de l'offre chilienne de la SAQ. J'attends toujours que notre monopole daigne nous offrir au moins un Reisling chilien. Il y en a d'excellents à des prix défiant toute compétition (Cono Sur, Vina Leyda)
samedi 12 octobre 2013
CABERNET SAUVIGNON, MAX RESRERVA, 2002, ACONCAGUA, VINA ERRAZURIZ
Ma cave a atteint une maturité qui me permet maintenant d'ouvrir sur une base régulière des rouges d'une dizaine d'années. Des vins chiliens du type de ce Cab de prix très abordable. La décision prise il y a huit ans de stocker massivement ce genre de vins fut la meilleure de mon parcours d'amateur. J'avais toutefois exploré les vins de cette gamme de prix d'un peu partout dans le monde et fait mes expériences au préalable. J'en étais alors venu à la conclusion que c'était ce genre de vins, propres et mi-évolués, que je préférais. Des vins de type Reserva qui ne sont pas des monstres de concentration et d'extraction, élaborés avec un usage somme toute modéré du bois de chêne. Ce qui fait qu'après une dizaine d'années en bouteille ils montrent un niveau d'évolution que j'apprécie, avec encore du fruit, mais ayant gagné en finesse et en subtilité tout en montrant autant de complexité, mais avec des arômes différents. Pour ceux qui me lisent avec régularité, il n'y a rien de nouveau dans mon propos. Ce n'est pas la première fois que je vante le potentiel de garde des rouges chiliens de type Reserva, ou Gran Reserva, issus de Cabernet Sauvignon, de Syrah, et les assemblages de type bordelais qui contiennent parfois aussi de la Syrah. Concernant la garde, pour le Pinot Noir, et la Syrah de climat frais je suis au stade de l'expérimentation, tout comme pour les blancs. Pour ce qui est de ce « Max Reserva », c'est le dernier millésime qui titrait à 14% d'alcool avant cinq millésimes sur six qui ont misés sur plus de maturité du fruit avec un titre alcoolique de 14.5%. Vous me direz que 0.5% ça demeure mineur comme changement, c'est vrai, mais plus le titre alcoolique est élevé, et plus l'impact d'un léger changement est notable. La bonne nouvelle, c'est que depuis le millésime 2009, Errazuriz est revenu à l'ancienne méthode et le titre alcoolique de cette cuvée est de retour à 14%. Il y a une tendance au Chili pour revenir à des vendanges un peu plus hâtives. C'est un des éléments que mettent de l'avant des gens comme François Massoc et Pedro Parra du Clos des Fous, et Parra agit maintenant comme consultant chez Errazuriz, tout comme le bourguignon Louis-Michel Ligier-Bélair qui est un ami des deux autres et impliqué avec eux dans le projet Aristos. Tout ça pour dire qu'il y a de l'osmose au Chili entre la nouvelle vague de petits producteurs et les gros joueurs traditionnels qui cherchent à s'améliorer. Errazuriz est un de ceux-ci. À ce sujet, je vous suggère ce récent article de Decanter.
La robe est encore intensément colorée, sans signes marqués d'évolution. Le nez est assez typique de ce que donne cette cuvée après 10 ans passés en bouteille. On y retrouve un caractère légèrement évolué qui marque un délicat fruité de cerise et de cassis, amalgamé à des notes de bois de cèdre, d'humus, d'épices douces, de menthol et de chocolat noir. Superbe nez de Cabernet qui commence sa phase de maturité. En bouche, le vin est caressant, fin et équilibré. Le profil des saveurs est légèrement évolué, avec une bonne dose de fruit, marié à des notes doucement épicées et appuyé sur une bonne base d'amertume qui contribue un brin de sévérité face à l'amabilité du fruit. Le milieu de bouche révèle un vin de corps moyen, avec un bon niveau de concentration qui convient bien au style modéré préconisé. La trame tannique est soyeuse et contribue à l'impression de finesse qui se dégage de l'ensemble. La finale reprend le thème de l'équilibre de l'harmonie et de la modération sur très bonne allonge.
Si j'avais un vin disponible à la SAQ à recommander pour la garde, à moins de 20$. Ce serait assurément ce Cab de Errazuriz. Un classique à prix modique qui année après année montre un potentiel de garde incroyable, compte tenu de son prix. Ce 2002 commence à peine sa phase de maturité, et évoluera avec grâce pour au moins les 10 prochaines années. C'est un vin qu'on peut facilement acheter en promo, moins 10%, ou à moins 15% dans les SAQ Dépôt. On peut l'acheter aujourd'hui en double promo à 15.25$ la bouteille. Ce qui est un prix totalement ridicule compte tenu de la qualité et du potentiel de garde éprouvé de ce vin année après année. Ceci dit, l'attrait de la nouveauté fait qu'on a parfois tendance à délaisser les valeurs sûres, mais cette cuvée est un des vins chiliens que j'ai toujours continué à acheter au cours des années car sa garde ne m'a jamais déçu. Ce vin pourrait facilement être placé dans un alignement de bordeaux ou de Calicabs du même âge, vendus deux à trois fois son prix, et il serait parfaitement à sa place. Oubliez son prix, ne cédez pas à l'effet Veblen inversé, et faites un superbe achat pour la cave, et n'oubliez pas que la patience n'a pas de prix!
mardi 8 octobre 2013
Le Chardonnay australien triomphe à l'aveugle
Nouvelle intéressante sur les résultats de la dégustation annuelle "Jugement de Montréal" Ça me rappelle un ancien sujet de ce blogue. J'aurais aimé voir des vins néo-zélandais, sud-africains et chiliens dans cette dégustation. Les RQP des vins de ces pays sont généralement meilleurs que pour les australiens et bien sûr les bourguignons. Ces résultats nous rappellent encore une fois, quoi qu'on en dise, les vertus de la dégustation à l'aveugle.
Pedro Parra et Alberto Antonini
En lien avec mon texte sur le Chardonnay, 2010, du Clos des Fous, voici le lien vers un article intéressant à propos de Pedro Parra et de Alberto Antonini qui font maintenant équipe en tant que consultants. Pedro Parra est entre autre un des quatre "fous" derrière le projet Clos des Fous, alors que Antonini travaille pour de grands noms toscans en plus d'être partenaire de Altos de Las Hormigas en Argentine. Il est intéressant de noter que les deux sont consultants sur le projet Intriga au Chili. Un vin dont j'ai vanté la qualité du millésime 2010. J'aime bien l'approche terroir qu'ils préconisent, ainsi que le côté prônant une intervention minimale. Je ne suis toutefois pas du tout convaincu par l'idée voulant que l'hygiène de chai est l'ennemi du bon vin. Approche terroir, oui, intervention minimale avec de bons raisins, oui, moins de bois neuf, oui. Manque d'hygiène, phobie des sulfites et laisser-aller, définitivement non.
vendredi 4 octobre 2013
CHARDONNAY, 2010, ALTO CACHAPOAL, CLOS DES FOUS
Voici un deuxième vin du Clos des Fous à faire son apparition sur les tablettes de la SAQ, cette fois dans le cadre d'un arrivage CELLIER. J'ai déjà parlé du Cabernet Sauvignon du même producteur en avril dernier. Veuillez vous y référer pour plus de détails et des liens à propos du projet Clos des Fous. À propos de ce vin, les raisins pour son élaboration proviennent de trois vignobles, deux situés dans les contreforts des Andes dans le haut Cachapoal et l'autre à Traiguen dans la région de Malleco, le même endroit d'où provient le Chardonnay Sol de Sol. Un des vignobles de Cachapoal est situé à presque 1000 mètres d'altitude, ce qui en ferait le vignoble le plus élevé du Chili, le reste provient d'un vignoble de Calyptra. L'élaboration de ce vin se veut non interventionniste, l'étiquette parle même d'une approche naturelle. Les grappes entières sont pressées, suit une fermentation à basse température et il n'y a pas de malolactique. Le vin ne voit pas le bois de chêne et titre à 13.8% d'alcool.
La robe est d'une belle teinte dorée. Des arômes de pêche, de beurre et de noix trahissent un peu l'identité du cépage, alors que des notes citronnées, florales et miellées, ainsi qu'une très légère et passagère pointe de conifère mêlent plutôt les cartes pour donner un tour original au profil olfactif de ce vin. Cette ambiguïté identitaire suit en bouche, mais le niveau qualitatif lui ne laisse aucun doute. Le vin possède une matière dense et concentrée, soutenue par une acidité marquante. Le milieu de bouche révèle un vin droit et ferme dont la palette de saveurs est teintée par une touche oxydée, ce qui donne au vin un air légèrement évolué. Il y a aussi une fine dose d'amertume dans ce vin qui contribue à lui donner une certaine austérité. La finale est longue et bien soutenue par l'acidité qui laisse son empreinte sur l'ensemble de ce vin.
Ce vin est chilien de par son origine, mais la patte française de son auteur, François Massoc, transparaît clairement dans son profil. En un sens, c'est le contraire d'un vin de terroir tellement il est clair que des décisions humaines en ont façonné certains contours. Aussi, l'assemblage de raisins provenant de trois vignobles et deux régions va à l'encontre de la notion de terroir. Ce vin à l'aveugle passerait pour un vin européen, probablement français, de la Loire ou du Jura, avec sa légère touche d'oxydation. Toutefois, s'il était vraiment français, certains emploieraient plutôt l'euphémisme « oxydatif »... D'un autre côté, le vin a une belle fraîcheur, une belle matière et une acidité incontournable. J'ose croire que cela tient en partie à la fraîcheur des lieux d'où il est issu, soit l'Alto Cachapoal et Malleco. Donc, le terroir au sens large a sûrement son mot à dire dans l'identité de ce nectar. Ceci dit, je pense que le message le plus fort que lance ce vin c'est que le Chili n'a pas de limites réelles en termes de styles possibles. En fait, la seule limite elle est humaine. Si les quatre « fous » à l'origine de ce projet ont pu tirer un tel vin de la terre chilienne, c'est la preuve que leur « folie » est bien volontaire. Ce que je veux dire par là, c'est que la limite n'est pas dans la très grande variété de terroirs que le Chili peut offrir, mais dans la tête des hommes qui plantent des vignobles et qui font du vin. La vraie folie au Chili c'était de planter du Chardonnay à côté du Carmenère sur le plancher torride de la vallée centrale. Massoc, Parra et les autres, en choisissant leur nom ironique, ont décidé de tendre un miroir à un certain Chili vinicole en posant la question : Qui est le plus fou? Et en laissant leurs vins y répondre. Ceci dit, il y a eu d'autres fous au Chili avant eux. D'ailleurs, en dégustant ce vin, je ne pouvais m'empêcher d'y trouver des similarités avec un Sauvignon Blanc, Cipreses Vineyard, 2005, de Casa Marin que j'avais ouvert une semaine auparavant. Celui-ci présentait aussi un côté légèrement oxydé, et cette oxydation avait éliminé plusieurs des arômes variétaux du Sauvignon Blanc, mais il restait le caractère citronné, la matière dense et l'acidité. Aujourd'hui, face à cette ressemblance, je ne peux que me rappeler que Maria Luz Marin avait elle aussi été traitée de folle pour avoir planté des vignes à seulement 4 km de l'océan Pacifique au début du siècle. Aujourd'hui, ses vins comptent parmi les meilleurs du Chili. Tout cela pour dire qu'il y a de moins en moins de gens au Chili pour penser que ceux qui veulent étendre les limites du vignoble national sont fous. Je dirais même que c'est plutôt l'inverse. Ceux qui se cantonnent dans les vieilles façons de faire ne jouent pas la même partie que les producteurs qualitatifs. Il y a peut-être encore des nigauds, pour se laisser attraper par des vins du Chili d'un autre temps, mais quiconque connaît un peu les vins de ce pays sait qu'il faut être un peu fou pour se laisser prendre, à moins bien sûr qu'à force de s'y intéresser on ne devienne fou des vins du Chili 2.0.
dimanche 29 septembre 2013
CHARDONNAY, LEGADO, 2011, LIMARI, VINA DE MARTINO
Les choses changent au Chili, même chez les producteurs traditionnels. De Martino en est un bon exemple. Ce producteur est sorti de sa région d'origine, le vallée de Maipo, et produit maintenant des vins issus d'un peu partout au Chili avec toujours la notion de terroir en tête. Une Syrah haut de gamme issue d'un vignoble en altitude à l'est de la vallée d'Elqui. Du Chardonnay un peu plus au sud dans Limari. Une Syrah de la gamme Legado encore un cran plus au sud, seul vin issu de la minuscule vallée de Choapa. Un Sauvignon Blanc parcellaire de Casablanca. Dans la traditionnelle vallée de Maipo on produit du Cab et du Carmenère dans Isla de Maipo et du Merlot dans la partie côtière plus fraîche. Finalement, tout une gamme de cuvées issues de vieilles vignes non irriguées des vallées plus méridionales de Maule et Itata sont produites avec des cépages comme le Muscat, le Carignan, le Malbec, le Carmenère, le Tannat et le Cinsault. Tout cela sous la gouverne de l'œnologue en chef Mauricio Retamal qui a décidé il y a quelque années de compléter son approche terroir par une réduction, voire une abolition de l'influence du bois dans les vins de la maison. Pour ce faire des barriques usagées neutres sont utilisées, ainsi que des cuves en béton et en inox et même des amphores de terre cuite pour certaines cuvées de spécialité. Depuis quelques années, les vendanges chez De Martino sont plus hâtives, car Retamal veut réduire le taux d'alcool de ses vins et pensent que l'excès de maturité masque l'expression du terroir. Comme on peut le voir, De Martino est un autre de ces producteurs chiliens de longue date qui n'a pas hésité à se remettre en question, pour, selon leur devise, réinventer le Chili. Ce Chardonnay, Legado, a été élaboré selon les principes susmentionnés.
La robe est de teinte légèrement
dorée. Le nez est délicat et exhale des arômes de tarte au citron,
de pêche et de bord de ruisseau, complétés par un léger aspect
floral. En bouche, le fruité de belle qualité est bien balancé
par une amertume évoquant le zeste d'agrume. Une tendre acidité
contribue à la belle tenue du vin. Le milieu de bouche confirme la
qualité de la matière et l'aspect rafraîchissant et retenu de
l'ensemble. On a affaire à un vin épuré et facile à boire. La
finale est harmonieuse et avec une bonne persistance des saveurs.
Ce vin est un bel exemple pour
démontrer la variété de l'offre vinicole chilienne. On a
droit ici à une version du Chardonnay que ce pays était incapable
d'offrir il n'y a pas si longtemps. Dans ce cas-ci, pas de fruité
tropical et une influence boisée minimale, voire imperceptible. Le
vin est axé sur la fraîcheur et la droiture, mais avec quand même
une matière consistante. Comme quoi épuré ne rime pas
nécessairement avec dilué. Ce vin est offert à 17.75$ à la SAQ et
peut facilement être acheté à 10% de rabais. Donc, 16$ pour un
Chardonnay vif et frais qui va à l'essentiel tout en offrant une
bonne dose de raffinement. Je pense qu'il n'y a aujourd'hui que le
Chili qui puisse offrir un Chardonnay de ce profil et de cette
qualité à un tel prix.
jeudi 19 septembre 2013
SAUVIGNON BLANC, 20 BARRELS, 2012, CASABLANCA, VINA CONO SUR
Cono
Sur est une filiale indépendante de Concha y Toro et un des
meilleurs et plus versatiles producteurs de vins blancs au Chili. La
gamme 20 Barrels représente l'énoncé qualitatif à prix abordable
de ce producteur, un peu l'équivalent de la gamme Terrunyo pour la
maison-mère. Ce qu'il y a de particulièrement intéressant avec ce
vin, c'est qu'il est issu du vignoble le plus maritime du Chili. Bien
que l'appellation soit Casablanca, on parle ici d'un Casablanca bien
différent au niveau climatique. Le vignoble El Centinela, d'où est
issu ce vin, est situé à l'extrême ouest de l'appellation, au-delà
de la cordillère côtière, à seulement 2 km de l'océan Pacifique.
Il est donc directement exposé aux vents et à la fraîcheur de
l'océan. En ce sens, ce vignoble se compare plus à certains
vignobles (Casa Marin, Malvilla) de la région de San Antonio, située
juste un peu plus au sud et elle aussi directement exposée à la
mer. Selon le producteur, ce vignoble est de loin le plus frais de
l'appellation Casablanca. Cela se reflète dans le titre alcoolique
modéré (12.5%) du vin.
La
robe est de teinte jaune pâle aux reflets verdâtres. Au nez
l'expression est modérée et on retrouve des arômes de lime, de
fruits de la passion, de zeste de pamplemousse et de bord de
ruisseau, complétés par juste une légère pointe de végétal
pyrazinique. En bouche, le vin est surprenant de souplesse avec une
matière riche et concentrée d'où émane un caractère fruité
intense dominé par des notes acidulées d'agrumes et de fruits de la
passion. Le milieu de bouche confirme le haut niveau de concentration
du vin, la tendresse de l'acidité et le bon volume. Ces éléments
donnent au vin une bonne présence, mais lui permettent aussi d'être
facile à boire et de couler sans effort. La finale résume bien
l'ensemble, avec un sursaut d'intensité et une très bonne longueur.
Ce
vin m'a agréablement surpris, non pas par sa qualité, mais par son
profil. Mes lectures préalables à propos du vignoble très frais me
faisaient anticiper un vin à l'acidité tranchante et à l'aspect
végétal bien présent. Finalement, c'est tout le contraire qui fut
livré par cette bouteille. La clé de l'énigme semble être la
nature du millésime 2012. Cette année ayant été plus chaude que
la normale dans cette région du Chili. Cela s'est transposé d'une
certaine façon dans le profil du vin. Ceci dit, ce vin n'a rien à
voir avec un Sauvignon de la chaude vallée centrale. On peut
reconnaître la nature fraîche du terroir dans le vin, les 12.5%
d'alcool en témoignent, mais modulée par une année plus chaude. Au
final ça donne un vin de profil plus modéré qui devrait avoir plus
de chance de plaire à ceux qui n'aiment pas l'acidité mordante et
le caractère végétal appuyé qu'on peut retrouver dans les vins de
ce cépage issus de climats vraiment frais, d'années fraîches. Il
est aussi à noter que le niveau de concentration et la longueur en
bouche de ce nectar le placent clairement dans une catégorie
supérieure. En ce sens, son prix de 24.20$ est pleinement justifié.
Le vin n'est pas une aubaine fantastique comme c'est le cas de
certains SB chiliens de prix plus abordables (Vina Leyda Garuma
Vineyard, Casas del Bosque Reserva), mais c'est une façon somme
toute peu coûteuse de goûter un des meilleurs vins chiliens de ce
cépage sur un millésime charmeur.
lundi 2 septembre 2013
SYRAH, RESRERVA, LIMITED EDITION, 2003, ALTO MAIPO, VINA PEREZ CRUZ
J'ai ouvert ce vin hier et j'ai écrit ce commentaire de dégustation sans me souvenir que j'avais déjà commenté celui-ci il y a trois ans et demi ici.
La robe est de teinte grenat encore assez soutenue. Le nez est simplement magnifique, un pur ravissement avec sa gamme d'arômes finement évolués difficiles à décrire. Il y a encore tout le fruit voulu, accompagné par un beau caractère épicé, mais ces arômes affinés par le temps ont maintenant peu à voir avec ce qu'ils étaient en jeunesse. Le genre de nez sublime qui à lui seul explique tout l'intérêt qu'il y à garder du vin. La bouche est toute aussi impressionnante. Le vin présente un aspect fondu ou chaque élément s'intègre très bien à l'ensemble. La matière est encore généreuse et intense, mais l'équilibre global est tel que le vin coule sans effort de manière caressante. Le caractère évolué perçu au nez se répercute fidèlement au niveau du profil gustatif pour produire une sensation de raffinement très agréable. La finale est à la hauteur de ce qui la précède et conclue en beauté, toujours avec cette impression de classe qui émane, confirmée par une longueur de haut niveau qui ne laisse aucun doute sur le fort niveau qualitatif de ce vin.
D'habitude quand je goûte de nouveau un vin que j'avais déjà commenté sur ce blogue, je me contente d'ajouter un commentaire à la suite de mon texte initial. Dans ce cas-ci, le vin m'a tellement impressionné que j'ai eu envie de créer une nouvelle rubrique à son sujet, surtout que le millésime 2010 de celui-ci est actuellement offert à la SAQ. Mes bouteilles ouvertes en janvier 2010 et janvier 2011 étaient excellentes, mais celle-ci m'est apparue encore meilleure. J'avais vraiment l'impression de déguster un grand vin dans une période particulièrement favorable de son évolution. Un vin métamorphosé par le temps, mais qui est encore bien loin du déclin. D'ailleurs, je tiens à mettre en garde ceux qui seraient tentés d'acheter du 2010 en se basant sur mon commentaire enthousiaste à propos de ce 2003. Pour obtenir le vin dont je parle aujourd'hui il faut avoir la patience de le mettre en cave pendant de nombreuses années. Ce 2003 était tout autre lorsque je l'ai bu peu après l'achat. C'était une pure bombe de fruit marquée par le bois en mode primaire et très intense. Encore une fois, rien à voir avec ce qu'il donne maintenant. Je refais donc jouer mon disque usé. Achetez de bons chiliens de type Reserva ou Gran Reserva (15$ à 30$ la bouteille) et mettez-les en cave pour au moins 5 ans, mais idéalement pour 10 ou 15 ans. Vous découvrirez ainsi un monde insoupçonnable lorsqu'on se fie seulement aux profils de jeunesse de ces vins. Un autre aspect très attrayant de ce type de vins chiliens est la stabilité de leurs prix. Le 2010 est actuellement offert à un dollar moins cher la bouteille que le prix que j'avais payé pour ce 2003 il y a environ sept ans. Finalement, cette Syrah de climat relativement chaud, confirme la versatilité de ce cépage au Chili. Il peut donner des résultats de très haute qualité sous une variété de climats.
dimanche 1 septembre 2013
L'effet Veblen peut-il agir au dépanneur?
On a beaucoup parlé dernièrement de Julia Wines et de sa volonté de vendre en dépanneur du vin à 70$ la bouteille, avant taxes. L'équivalent donc d'une bouteille vendue plus de 80$ à la SAQ. Le petit monde virtuel du vin québécois est en émoi. Comment peut-on oser une telle chose? C'est une hérésie! Bien entendu personne n'a goûté le vin en question, alors on s'émeut sur les apparences. J'ai même lu un intervenant sur un forum, opposant de longue date de la dégustation à l'aveugle, qui projetait de servir ce vin à l'aveugle dès qu'il le pourrait pour éclaircir la question!!! Mais pourquoi donc l'initiative de Julia Wines suscite-t-elle tant de réactions? Les succursales de la SAQ comptent bon nombre de vins chers qui ne valent pas leur prix et personne ne s'en offusque vraiment. Il y a plein d'amateurs qui en toute connaissance de cause achètent des vins qu'ils savent vendus trop chers et il ne s'en émeuvent pas. Ils ont leurs raisons et c'est très bien ainsi. Alors pourquoi l'initiative de Julia Wines fait-elle tant réagir? Le vin est un produit de luxe, et en ce domaine, pour beaucoup de consommateurs, le prix payé contribue à la perception de qualité et de plaisir. Bien sûr, si le vin à 70$ de Julia Wines est totalement abominable, il n'aura pas d'étiquette prestigieuse pour lui donner des excuses. Mais si le vin est vraiment de qualité, il ne sera pas pire à ce prix que bien d'autres bouteilles. La question est de savoir si l'effet Veblen est assez puissant pour palier le grand manque de prestige de la marque et le lieu où il sera vendu?
Au-delà de peu de prestige associé à l'importateur, j'ai lu aussi que ce vin ne pourrait pas être de qualité car il devait être importé en vrac et embouteillé au Québec. Cela à mon avis n'est pas une excuse valable pour discréditer ce vin à l'avance. Il est possible d'importer du vin en vrac de très bonne qualité. Bien sûr, il y a vrac et vrac. J'ai souvenir d'un vin de la maison vénitienne Masi appelé Corbec. Ce vin était produit en Argentine à partir de Corvina et de Malbec, d'où son nom. Une fois élaboré, le vin était transporté en vrac en Italie pour être embouteillé aux installations de Masi. Le vin était ensuite exporté à travers le monde en bouteille, et c'était un vin de très belle qualité vendu une trentaine de dollars. Bordeaux a longtemps exporté ses grands vins en Angletterre en barils, où ils étaient ensuite embouteillés par l'importateur. Tout ça pour dire que si Julia Wines ne sont pas des arnaqueurs, ils peuvent très bien offrir un vin de haute qualité en dépanneur. Cela ne voudra toutefois pas dire que le vin vaudra le prix demandé d'un strict point de vue objectif. Mais à étiquette découverte, il y a peu de vins de ce prix qui sont bus de manière objective. J'oubliais, bien sûr, il y a la dégustation à l'aveugle pour régler la question!
En fait, il y a tellement de producteurs qui utilisent l'effet Veblen pour se donner de la crédibilité que l'importateur québécois ne fait qu'appliquer une recette éprouvée. Chemin faisant, beaucoup de gens en parlent, alors que très peu d'entre eux achèteront la dite bouteille. Une chose est sûre, je serai de ceux qui s'abstiendront, non pas parce que je préjuge de la qualité du vin, même si moi aussi j'ai des doutes, mais parce que je n'achète pas de vins de ce prix, peu importe d'où il proviennent et comment ils atterrissent sur les tablettes québécoises, que ce soit celles de notre monopole, ou bien celles du bon vieux dépanneur. Julia Wines fait le pari qu'il y aura des clients, qui lorsque pris de court, seront prêts à payer cinq fois le prix normal d'un vin de dépanneur pour espérer avoir un vin de qualité clairement supérieure ou pour s'en donner l'illusion.
SAUVIGNON GRIS, ISIDORA, 2012, MAIPO, COUSINO MACUL
Cousino Macul est bien connu au Québec pour son Cabernet Sauvignon, « Antiguas Reservas » qui est un produit régulier à la SAQ depuis quelques décennies. Il y a maintenant quinze ans, Cousino Macul a déménagé à l'intérieur de la vallée de Maipo, passant de la banlieue est de Santiago à la région de Buin un village situé 35 km au sud de la capitale. Si Cousino Macul a déménagé à l'intérieur de sa zone d'origine, c'est un des rares producteurs traditionnels chiliens qui a refusé de s'étendre vers les nouvelles régions plus fraîche du pays. Tous ses vins, rouges comme blancs, sont donc d'appellation Maipo. Je ne suis habituellement pas très attiré par les blancs de la vallée de Maipo, car en général c'est une région trop chaude pour la plupart des cépages blancs, mais ce vin de Sauvignon Gris a piqué ma curiosité à cause de son cépage non usuel. J'ai goûté ce vin lors de la dégustation 2012 de « Vins du Chili », peut-être s'agissait-il du millésime 2011, mais j'avais bien aimé. J'ai donc décidé d'essayer ce vin qui vient d'arriver à la SAQ. Le Sauvignon Gris est un cépage qui se développe tranquillement au Chili, ou des producteurs de qualité élaborent des vins à partir de ce cépage, que ce soit dans la chaude vallée centrale (Casa Silva) ou sur la fraîche côte pacifique (cuvée Estero de Casa Marin et Kadun de Vina Leyda). Il est intéressant de noter que la vendange des raisins pour ce vin est manuelle et a lieu de nuit. Le vin est aussi élaboré à partir des grappes entières. Il titre à 13.5% d'alcool.
La robe est de teinte vert pâle. Au nez, il est clair que le Sauvignon dont il est question ici n'est pas blanc. La palette aromatique est subtile est complexe, si je voulais être à la mode je pourrais dire que ce bouquet exhibe de nombreuses nuances de gris... Un nez séducteur donc, où l'on retrouve un fruité mêlant le melon, la pêche et l'ananas à de fines notes miellées et florales. Le tout est relevé par une légère touche épicée évoquant l'anis étoilée. Nez très agréable. En bouche on retrouve un vin bien structuré où l'acidité est en équilibre avec l'aspect onctueux de la matière. Le vin montre ainsi une belle droiture, mais aussi quelques courbes séduisantes. Cela se révèle avec encore plus d'acuité dans un milieu de bouche bien concentré avec des saveurs intenses qui donnent un vin avec une belle présence. Cela se transpose logiquement en finale, avec un sursaut dans l'intensité des saveurs et longueur appréciable.
J'ai été très favorablement impressionné par ce vin, tellement que si j'étais un producteur chilien le Sauvignon Gris serait en premier sur ma liste de cépages blanc à planter. Cette cuvée Isidora de Cousino Macul est une très belle réussite. On a affaire à un un vin blanc de très bon calibre qui dépasse de loin en qualité le prix pour lequel il est vendu (18.30$). Ce qui ajoute pour moi à la valeur de ce vin, au-delà de son RQP très avantageux, c'est l'originalité de son profil d'ensemble. Il possède l'acidité de Sauvignon Blanc, sans son caractère végétal, et au niveau de fruit on se rapproche un peu du Viognier, mais sans le côté muscaté. Le profil ne correspond donc à rien d'autre dans l'offre chilienne en blanc, et en plus le cépage semble avoir la versatilité nécessaire pour s'adapter à différents types de climats. En ce sens il pourrait devenir en blanc, ce que la Syrah est déjà en rouge. L'offre de la SAQ en ce qui concerne les blancs chiliens est hautement perfectible (à quand un Riesling chilien?). Ceci dit, elle est tout de même en progression et cette cuvée Isidora est un très bel ajout qui allie RQP imbattable et originalité. Un incontournable pour quiconque est le moindrement intéressé par les vins de ce longiligne pays.
jeudi 29 août 2013
Cuivre oxydé et molécules soufrées dans le vin
Après la lecture des forums de vins québécois aujourd'hui, j'ai vu qu'on s'interrogeait sur l'efficacité des sous noirs pour éliminer des arômes dits de réduction dans certains vins. D'abord il faut des sous noirs un peu rouillés, car c'est le cuivre sous une de ses formes oxydées qui peut agir. Selon mon expérience, ça fonctionne. Il y a un problème toutefois, si le vin traité contient des molécules aromatiques qui peuvent être désactivées par l'oxydation, la cure pour le défaut peut tuer le reste du vin. Selon mon expérience, c'est le cas des vins de Sauvignon Blanc qui expriment des arômes modulés par des molécules thiolées (soufrées). Deux ou trois sous noirs rouillés et désinfectés au préalable à l'alcool à fricton (isopropanol), placés dans un verre de SB pendant 15 à 30 minutes, et un verre sans sous noirs et on peut facilement noter la différence. Le SB très expressif le sera beaucoup moins au niveau des arômes comme le pamplemousse, le buis, les fruits de la passion, le cassis et le bourgeon de cassis. Ça marche aussi pour des rouges comme les jeunes Cabs chiliens très portés sur le cassis, voire pour certains le plant de tomate.
Donc, la cure pour vins dits réduits peut parfois tuer le patient. À noter que le cuivre oxydé ne peut rien contre les disulfures. Finalement, il faut que le problème perçu soit vraiment dû à des sulfures ou des thiols. Si le problème vient de déviations bactériologiques et levuriennes comme les Brettanomyces, le cuivre oxydé n'aura pas d'effet sur ces arômes souvent confondus avec ce qu'on appelle de la réduction, mais qui pour moi est plutôt de la sous-oxydation.
Donc, la cure pour vins dits réduits peut parfois tuer le patient. À noter que le cuivre oxydé ne peut rien contre les disulfures. Finalement, il faut que le problème perçu soit vraiment dû à des sulfures ou des thiols. Si le problème vient de déviations bactériologiques et levuriennes comme les Brettanomyces, le cuivre oxydé n'aura pas d'effet sur ces arômes souvent confondus avec ce qu'on appelle de la réduction, mais qui pour moi est plutôt de la sous-oxydation.
lundi 19 août 2013
CARMENÈRE, GRAN RESERVA, 2008, LOS LINGUES, COLCHAGUA, VINA CASA SILVA
Quoi de mieux qu'une rare journée de congé et une bouteille de bon vin pour redonner un peu de vie à ce blogue qui arborait de plus en plus des airs de moribond. Casa Silva est un cas exemplaire pour illustrer le virage terroir pris non seulement par de nouveaux producteurs, mais aussi par des producteurs traditionnels qui étaient il n'y a pas si longtemps encarcanés dans de vieilles et faciles façons de faire. Avant, chez Casa Silva, tous les cépages étaient plantés dans la vallée Colchagua. Depuis ils ont développé le premier vignoble dans la partie côtière de Colchagua, d'où ils produisent des vins de Sauvignon Blanc et de Pinot Noir sous le nom de "Cool Coast". Ils ont aussi un vignoble expérimental dans un micro-climat près des rives du Lac Ranco dans la Patagonie chilienne. Des mousseux pourraient être produits à partir des raisins produits dans cette zone extrême. Le virage terroir chez Casa Silva ne s'est pas traduit seulement par une diversification territoriale. On a aussi entrepris de comprendre le lien entre les cépages et les différents terroirs qui existent dans la vallée de Colchagua. À ce titre, le Carmenère est le cépage sur lequel le plus de travail a été fait. On a d'abord étudié les vignobles existants pour déceler les parcelles les plus qualitatives et comprendre pourquoi elles le sont. Cela a mené à la notion de micro-terroir qui a donné son nom au vin haut de gamme de la maison issu de ce cépage. La meilleure compréhension du terroir idéal pour le Carmenère a guidé le choix de sites pour de nouvelles plantations, et maintenant on s'attarde à l'étude des différents clones du cépage pour encore affiner le mariage entre le Carmenère et les terroirs où on le plante. Ce vin provient de la sous-région de Los Lingues, située à l'extrémité est de la vallée de Colchagua, au pied des Andes.
La robe est sombre et opaque. Le nez est très beau et typique des bons vins de ce cépage déployant un heureux mélange d'arômes fruités, épicés et végétaux, incluant la cerise, la mûre, les poivrons rouges et verts, le menthol, la terre noire, le café, le chocolat noir et la vanille. Ce nez est très complexe et varié en terme de types d'arômes. Il est difficile à décrire pleinement, mais l'impression générale en est une de fraîcheur et de plaisir. Ce plaisir se transmet en bouche où le vin apparaît sous un jour charmeur, alliant intensité des saveurs et une certaine impression de légèreté, aidé en cela par l'imparable fraîcheur aromatique de l'ensemble. La complexité aromatique perçue au nez se reflète bien en bouche et le mariage de ces différentes saveurs est très réussi. Le fruit côtoie la fraîcheur mentholée, le végé pyrazinique contrôlé, le vanillé doucement épicé et le choco/moka finement torréfié. Le milieu de bouche permet de jauger un niveau élevé de concentration sur un volume contenu et une trame tannique veloutée. La finale condense l'essence du vin et montre une très longue persistance aromatique.
Avec la cuvée "Single Vineyard" de Errazuriz, ce Gran Reserva de Casa Silva est probablement le meilleur vin de Carmenère de prix abordable (19$) qu'il m'ait donné de déguster. Je dirais même qu'en terme de concentration et de longueur en bouche il n'est pas loin derrière les cuvées de luxe que j'ai déjà pu goûter (Purple Angel, Kai, Puhen, Casa Silva Micro-terroir). C'est donc un vin qui offre une belle matière généreuse, ainsi que de très belles qualités aromatiques. C'est aussi un vin qui goûte le Carmenère, avec un côté végétal bien maîtrisé et un caractère épicé très attrayant. La SAQ offre le Carmenère, Reserva, 2010, de Casa Silva. J'ai ouvert une bouteille de la version 2008 de ce vin le printemps dernier et j'avais beaucoup aimé. C'est un vin qui ressemble au Gran Reserva au niveau aromatique, mais en version moins concentrée, ce que je préfère parfois car c'est plus facile à boire. Casa Silva est donc un producteur de choix pour profiter du Carmenère sous son meilleur jour.
jeudi 6 juin 2013
CHARDONNAY, 2011, STELLENBOSCH, RUSTENBERG WINES
Ce vin est un assemblage de raisins
provenant de différents vignobles de la région de Stellenbosch.
Les vignes ont entre 10 et 26 ans d'âge, et dépendant du site,
elles sont séparées de l'océan de 8 à 26 km. Le vin est fermenté
en barriques par les levures indigènes et élevé pendant un an dans
ces mêmes barriques de chêne français pendant un an (40% neuves et
60% second usage). Le vin titre à 14% d'alcool, pour un pH
relativement élevé, pour un vin blanc, de 3.45 et 3 g/L de sucres
résiduels.
La robe montre une teinte légèrement
dorée. Le nez est très Chardo avec des arômes citronnés de pêche,
de beurre, de noisette et de caramel, complétés par un léger trait
fumé. La bouche poursuit en droite ligne, reflétant au niveau des
saveurs ce qui était perçu au nez. Toutefois, l'aspect gustatif est
plus riche et intense que le côté olfactif. C'est donc un vin bien
équilibré, avec une belle matière, de la présence et un bon
volume. Il possède ce côté légèrement onctueux des bons vins de
ce cépage de climat plus modérés, élevés en barriques. La finale
est harmonieuse, ronde, avec une bonne persistance des saveurs.
Je ne bois pas assez de vins
sud-africains pour dire que je connais bien les vins de ce pays, mais
dans l'expérience restreinte que j'en ai, il me semble que les vins
de Chardonnay sont ceux qui touchent la cible avec le plus de
régularité. J'ai déjà goûté le cuvée de Chardonnay haut de
gamme, « Five Soldiers », de ce producteur. Un vin que
j'avais beaucoup apprécié. Je dois dire que cette cuvée moins
chère, mais que le producteur présente comme son vaisseau amiral en
blanc, est un vin que j'ai aussi bien apprécié. Il offre tout ce
qu'on peut espérer d'un vin de Chardonnay de ce prix (25$). Il offre
une version classique du cépage, avec une certaine élégance et de
la modération dans le style. Ce n'est bien sûr pas le vin le plus
concentré ou le plus opulent, mais il ne manque de rien et possède
tout ce qu'il faut de présence pour offrir une expérience de niveau
supérieur.
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