samedi 30 juin 2012

SYRAH, CHONO, 2009, ELQUI, GEO WINES




Geo Wines est un projet mené par le réputé œnologue et biodynamiste chilien Alvaro Espinoza. Les vins sont élaborés à partir des régions les plus appropriées pour les cépages impliqués et dans le cas de la Syrah, la vallée d'Elqui est un choix très avisé. Après l'excellent millésime 2007 de ce vin, je remet ça avec ce 2009 qui m'avait favorablement impressionné lors du dernier salon de Vins du Chili tenu à Montréal en septembre dernier. J'y avais alors perçu un vin similaire au 2007, avec ce côté aromatique évoquant de bons vins du Rhône nord. Pourtant, il y a un monde de différence entre la Côte-Rôtie et la partie côtière de la vallée d'Elqui, mais ces deux endroits modulent des arômes similaires avec la Syrah. Il faut dire que pour ce 2009, 10% des fruits viennent d'un vignoble bio de la vallée de Limari, située un peu plus au sud. Le vin a été élaboré en inox et seulement un quart du volume est passé par des barriques de chêne neuves (français et américain) pour environ six mois. Le vin n'a pas été filtré et titre à 14% d'alcool.

La robe est de teinte rubis de moyenne intensité. Le nez montre des éléments ayant une ressemblance frappante avec le classique du Rhône nord. On y dénote des arômes de fruits noirs, de poivre noir, de violette et de lavande. Une légère touche goudronnée vient compléter le tableau. Un nez propre, frais et séduisant qui donne beaucoup de plaisir. Ce plaisir se poursuit en bouche où le vin se déploie sur le mode de la fraîcheur, avec une certaine fermeté. L'agréable palette aromatique se reflète bien au niveau des saveurs avec l'aspect fruité qui tient le premier rôle. C'est un vin de corps moyen qui possède une belle concentration et un volume contenu. Les tanins sont discrets avant la finale où ils montrent un peu de poigne. C'est donc un vin qui coule sans effort et qui brille par sa qualité aromatique. Ce caractère aromatique culmine dans une finale intense, de belle allonge, aux légers relents de chocolat noir.

Dans mon billet précédant j'évoquais les vertus de la modération et des qualités aromatiques dans le vin, et bien cette Syrah du bout du monde en est un bel exemple. Rien n'est trop appuyé dans ce vin où on ne tente pas d'impressionner par la force. Le vin ne manque de rien et il a toute la présence nécessaire en bouche pour soutenir l'intérêt et offrir un plaisir palpable. Pour les amateurs de Syrah rhodanienne, ce vin est une alternative très intéressante, offerte à une fraction du coût. À mon avis c'est un vin qui devrait faire courir les amateurs de vins distinctifs, mais j'ai peur qu'il ait deux gros défauts pour la clientèle branchée adepte d'importations privées. Il est chilien, donc sans pedigree, sans prestige, et il est de prix très abordable (17$), malgré qu'il soit vendu en I.P. chez Trialto. C'est difficile de ne pas avoir de préjugés face à un vin de 17$, chilien en plus. Oubliez l'effet Veblen et l'image négative que vous pourriez avoir du Chili. Ce vin est une belle façon de découvrir une facette du Nouveau-Chili et ça pourrait changer votre perception du potentiel de ce pays. La SAQ offre la Cabernet Sauvignon, Reserva, de la gamme Chono. C'est un bon vin, mais pas très différent de bien d'autres Cabs chiliens de Maipo, alors je ne comprends pas pourquoi on n'a pas plutôt décidé d'offrir cette Syrah qui se démarque clairement par son profil aromatique des autres vins de Syrah chiliens de cette gamme de prix. Le seul qui s'en rapproche au point de vue aromatique, c'est la Syrah, Bayo Oscuro, de Kingston Family pour laquelle il faut débourser le double (33$). Si cette Syrah était offerte à la SAQ au prix du Cab et qu'elle était bien promue par les conseillers, elle ferait un malheur car je ne connais pas de vin de Syrah de ce type offert à un si bon prix. Rien ne s'en approche en terme de rapport QD/P (Qualité, Distinction/ Prix).


vendredi 29 juin 2012

Jour sombre

La revue Decanter vient de décidé de se convertir au système de notation sur 100. Le dernier bastion significatif du monde anglo-saxon vient de tomber face à ce système ridicule. Les amateurs de précision saugrenue seront comblés et les vins qui n'obtiendront pas le fameux 90 continueront de pâtir et les producteurs continueront de faire des vins ayant comme but d'atteindre ce risible 90. Chez Decanter on déguste vraiment à l'aveugle, mais auparavant, lors des panels de dégustation, on faisait des moyennes et malgré cela il y avait beaucoup de résultats surprenants. Maintenant les notes individuelles des dégustateurs seront publiées. J'ai bien peur qu'il y ait de l'édition pour éviter d'avoir l'air fou sur certains vins, ou bien on va faire de petites vagues bien ciblées pour bien guider les dégustateurs et éviter les inmanquables récifs de l'aveugle pure. Une chose est sûre, on ne laissera pas le ridicule de la notation sur 100 être révélé par la dégustation en pure aveugle. On va suivre l'exemple américain. Misère!

mardi 26 juin 2012

La modération négligée

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Très récemment j'ai dégusté deux vins qui ont ramené à mon esprit une réflexion que je me fais de plus en plus au fur et à mesure que je progresse dans le monde du vin. Ces deux vins sont des rouges bien différents, mais qui m'ont également impressionné malgré leur dissemblance. Un de ces vin est la cuvée LFE 900, 2008, de Luis Felipe Edwards dont j'ai traité dans l'entrée précédant celle-ci sur le blogue, mais il y a aussi le Cabernet Sauvignon, Gran Reserva, 1999, Maipo, de Vina Tarapaca que j'avais dégusté le jour avant au resto avec un ami passionné de vin. Le vin de Tarapaca n'avait pas la richesse, la puissance ni la longueur en bouche du LFE 900. C'était un vin de corps moyen montrant ce profil mi-évolué que seul le temps en bouteille peut procurer. Ceci dit c'était un vin complexe et exquis, à la fois sérieux et facile à boire, et qui m'a procuré beaucoup de plaisir. Le LFE 900 aussi m'a procuré du plaisir, mais un plaisir bien différent. Je suis sûr que s'il était possible de comparer les deux vins au même âge, le LFE 900 l'aurait emporté par KO au premier round. Il a tellement plus de matière que le Tarapaca pouvait en avoir en jeunesse, alors imaginez aujourd'hui avec les 12 ans de bouteille de celui-ci. Il est clair que si ces deux vins avaient pu être soumis au même âge à un "donneux" de notes sur 100, le LFE l'aurait emporté haut la main. Il aurait déclassé l'autre par au moins 10 points. Malheureusement, ce résultat aurait, selon moi, été totalement erroné.

Comme je l'ai dit en introduction, les plaisirs distincts que ces deux vins m'ont donné m'ont amené à réfléchir sur les critères qui permettent d'établir le niveau de qualité d'un vin. De plus en plus, je trouve que les éléments utilisés pour établir le niveau qualitatif du vin sont trop axés sur des choses comme la concentration, la puissance et la longueur en bouche, alors que la qualité et la distinction aromatique, de même que la finesse et la facilité à boire sont des éléments trop souvent négligés car plus subjectifs et moins impressionnants. Les facteurs évoquant la force dans un vin sont difficiles à manquer et ce faisant plus objectifs, alors que les éléments de subtilité et de détails sont plus subjectifs et moins universellement facile à percevoir. Il y a aussi le goût personnel qui peut entrer en ligne de compte, et la disposition pour un style de vin en particulier au moment de la dégustation. Les comparaisons entre le vin et les œuvres d'art sont toujours un peu boiteuses car les sens de l’ouïe et de la vue sont des sens beaucoup plus précis que ceux de l'odorat et du goût. Néanmoins, aimant la musique, j'aime bien comparer le vin à une chanson. Par exemple, la même pièce peut être interprétée avec un orchestre symphonique, ou de façon intimiste en mode piano/voix. Il est clair que la version avec grand orchestre sera plus impressionnante pour l'auditeur, qu'elle marquera plus ses sens, mais est-ce que ça veut dire qu'elle sera forcément meilleure que la version plus tranquille où seul un piano et une voix font le travail? Selon moi les deux peuvent avoir leurs mérites selon ce que recherche l'auditeur, selon sa disposition du moment. De la même façon que les deux vins que j'ai évoqué plus haut offraient quelque chose de différent, sans que l'un soit nécessairement meilleur que l'autre. L'un est plus impressionnant, alors que l'autre est plus délicat. Le premier s'impose à notre attention, alors que le deuxième a besoin de notre attention.

Plus j'évolue dans le monde du vin et plus je me rend compte que comme pour la musique il est important pour moi de pouvoir choisir le volume. Parfois j'ai le goût que ça frappe fort, mais parfois j'aime aussi jouir d'un plaisir plus reposant. Un plaisir plus facile au sens où les sens sont sollicités de façon plus douce, mais un plaisir plus exigeant car c'est le dégustateur qui doit aller vers le vin et non l'inverse. Bien sûr, il y a un danger avec ma définition des choses. Ce danger s'est de tout confondre et de mélanger concentration modérée et finesse. L'équilibre, et la qualité aromatique sont pour moi les éléments primordiaux pour juger du niveau qualitatif d'un vin. La complexité peut aussi être un élément à considérer. Je pense que ces qualités peuvent se retrouver dans des vins très concentrés, longs et puissants, mais elles peuvent aussi se retrouver dans des vins plus modérés et ce sont ces vins qui, trop souvent selon moi, sont injustement déconsidérés. Je n'ai rien contre les vins qui en donnent beaucoup, cela fait son effet, mais ce petit texte est un appel à découvrir, ou redécouvrir, les vertus du vin modéré. Pour moi la modération en matière de vin n'a pas nécessairement meilleur goût, mais de plus en plus les vins de cette catégorie me sont nécessaires et il n'y a rien de mieux que la garde prolongée pour en produire de beaux exemples.


dimanche 24 juin 2012

LFE 900, 2008, COLCHAGUA, LUIS FELIPE EDWARDS




Luis Felipe Edwards est un producteur que j'apprécie par le biais de sa grande cuvée Dona Bernarda. Un vin qui se compare en termes qualitatif à bien des vins chiliens vendus plus du double de son prix. C'est donc avec intérêt que je goûte pour la première fois la cuvée LFE 900 de ce producteur. Si le nom Dona Bernarda évoque un certain classicisme, LFE 900 ressemble plus à un nom de code et suggère quelque chose de plus moderne. Une chose est sûre, le vignoble d'où est issu ce vin est jeune, les vignes avaient cinq ans d'âge en 2008. Il s'agit aussi d'un projet aux visées qualitatives ambitieuses et qui pour moi se situe dans la mouvance que j'appelle le Nouveau-Chili. Les vignes de ce vignoble sont plantées à flanc de montagne, parfois en terrasses, et même au sommet à 900 mètres d'altitude, d'où le nom de la cuvée. Je joins un lien qui vaut vraiment la peine d'être consulté pour saisir l'essence de ce projet. On y voit des photos spectaculaires qui montrent bien l'ampleur et la beauté du projet. Pour ce qui est du vin à proprement parler, il s'agit d'un assemblage on ne peut plus original comprenant 36% de Petite Syrah (Durif), 30% de Cabernet Sauvignon, 24% de Syrah, 7% de Carmenère et 3% de Malbec. Le vin a été élevé 18 mois en barriques de chêne français neuves. Il a aussi été filtré et il titre à 14.5% d'alcool pour un pH de 3.60.

Sans surprise la robe est d'encre, impénétrable. Le nez lui, dès le premier abord, transpire la qualité et l'ambition. Il s'en dégage des arômes intenses et profonds de cerises et de groseille amalgamés à un aspect boisé/épicé bien présent et complétés par une touche chocolatée. C'est nez très riche, dominé pour le moment par les arômes que je viens de décrire, mais des notes fugaces se détachent ici et là en cours de dégustation et on sent qu'il y a un potentiel supplémentaire à révéler avec le temps. En bouche, c'est un vin avec beaucoup de matière qui se révèle. Cette matière généreuse est de très grande qualité, le vin est très concentré avec des saveurs très intenses qui sont un reflet fidèle des arômes perçus au nez. La relative douceur du fruit et de l'apport boisé est équilibré par une juste dose d'amertume. En milieu de bouche, encore une fois la richesse de la matière et le très haut niveau de concentration impressionnent. Le vin a du volume et de la rondeur, ainsi qu'une souplesse salvatrice qui lui permet de bien couler malgré la densité de sa matière. Les tanins sont bien présents avec une texture veloutée qui contribue à la souplesse déjà évoquée. En toute justesse, et pour rester dans l'esprit de ce vin, je dirais sans exagérer que la finale permet d'atteindre un sommet dans l'intensité gustative. Heureusement, l'harmonie est préservée avec beaucoup de longueur.

Moi qui aime dire mon admiration pour les vins de profils modérés, je dois l'avouer, j'ai été impressionné par la puissance maîtrisée de ce très jeune vin. C'est un nectar concentré qui en met plein les papilles à ce stade très précoce de son espérance de vie. En l'ouvrant je savais ce que je faisais. Je savais à quoi m'attendre, mais j'en ai eu plus qu'anticipé. Je l'ai ouvert par curiosité, pour apprendre, mais j'ai quand même obtenu ce plaisir spectaculaire que peuvent offrir les jeunes vins bien nés et ambitieux. Sur un aspect plus technique, ce vin est intéressant car il a été filtré tangentiellement sur membrane 0.65 microns. S'il est vrai que la filtration enlève de la matière essentielle au vin, je n'ose imaginer ce qu'une version non filtrée de ce vin aurait donné. Pour moi ce vin démontre plutôt qu'une filtration bien menée est bénéfique. J'ai eu la chance déjà de goûter plusieurs "grosses" cuvées chiliennes très chères, et je peux vous dire que ce LFE 900 n'a rien à leur envier. Ce vin tombe clairement dans la catégorie des super-cuvées très concentrées au boisé luxueux et qui en jeunesse ne font pas dans la dentelle. Je ne boirais pas ce type de jeunot ambitieux sur une base régulière car c'est un vin qui par sa nature est très demandant pour le dégustateur. Ce n'est pas le genre de vin qui se laisse boire tranquillement. Il a tellement de matière qu'il vous rappelle sa présence à chaque gorgée, mais en faisant cela, il vous rappelle aussi à chaque fois son haut niveau qualitatif et les promesses qu'il offre pour le futur. Certains producteurs chiliens commencent à s'éveiller au potentiel de garde de leurs vins. Sur la contre-étiquette de celui-ci, on parle d'une apogée dans quatre à six ans et un plateau optimal qui durera jusqu'en 2025. Personnellement, je doublerais ces chiffres sans aucune crainte. Si ce vin venait d'une appellation prestigieuse, je n'ose imaginer son prix. Toutefois, même dans le contexte chilien il s'agit d'une aubaine formidable. Il est du même niveau et style que des cuvées vendues deux ou trois fois son prix. Au lieu d'acheter un Clos Apalta à 111$, obtenez presque quatre bouteilles du même niveau à 30$ chacune. Si vous aimez les sensations fortes vous pouvez ouvrir dès maintenant, sinon c'est un vin de grande garde à un prix pratiquement imbattable. Les stocks de ce vin sont déjà très bas à la SAQ, ce n'est pas pour rien.

jeudi 14 juin 2012

La passion du vin, la raison, son prix et le respect


Si vous lisez ce blogue, même de temps en temps, vous savez que pour moi le rapport qualité/prix est l'élément le plus important me guidant dans mes achats. Au-delà du RQP j'ai aussi une limite quant au prix maximal que je suis prêt à débourser pour une bouteille. Celui-ci est de 50$. J'ai très rarement payé plus pour une bouteille de vin, et la plupart du temps où je l'ai fait, c'était une bouteille achetée spécialement pour participer à une dégustation entre amateurs. Ce type de dégustations avec des passionnés de vin m'a permis de déguster beaucoup de vins franchissant allègrement la limite de prix que je m'impose pour ma consommation personnelle. Cela m'a quand même permis de tester mes convictions par rapport au prix maximum que je suis prêt à payer pour un vin, et même si j'ai eu de très belles expériences, cela ne m'a pas amené à changer d'idée sur le sujet. Je continue de penser qu'une limite de 50$ permet de très bien boire et de goûter à une très grande variété de vins. Ceci dit, qui dit limite, dit nécessairement contrainte, restriction. C'est quelque chose que j'accepte et assume.

Si je parle de ce sujet aujourd'hui, c'est que je suis tombé sur un fil de discussion sur le forum Fouduvin à propos d'un "tweet" du conseiller en vin Nick Hamilton. Fouduvin est un lieu virtuel où j'ai passablement écrit avant de démarrer mon blogue, et la lecture de ce fil m'a rappelé pourquoi j'ai arrêté d'y écrire à un moment donné. Il est très difficile dans le monde des passionnés du vin de tenir un discours comme le mien ou de faire une affirmation comme celle de M. Hamilton sans devenir une cible. C'est rapidement perçu comme un manque de respect. Plusieurs qui ne partagent pas ce point de vue et qui paient cher pour certaines bouteilles en viennent rapidement à la conclusion qu'on les prend pour des imbéciles. Ce qui ne saurait être plus faux. Diverger sur un point de vue ne remet pas en cause l'intégrité des personnes qui ne partagent pas la même opinion. Mais le monde du vin demeure un milieu particulier ou l'ego est souvent mis à l'avant-plan. J'ai eu la chance d'y connaître plein de gens formidables qui ne partagent pas mon point de vue sur la question et jamais il ne m'est venu à l'esprit que c'étaient des imbéciles. Généralement c'étaient des gens plus passionnés que moi et plus généreux aussi. Dans des dégustations en pure aveugle, sans contrainte de prix, on peut argumenter et s'amuser, mais il est vrai que le contact humain, intime et direct est bien différent du monde virtuel, impersonnel et ouvert au regard de tous.

Une chose est sûre dans mon esprit. Peu importe notre approche personnelle face au monde du vin, si celle-ci est authentique, une approche divergente prônée par quelqu'un d'autre ne devrait pas être perçue comme une attaque personnelle. Le vin est quelque chose de trop changeant et difficilement saisissable par nos sens pour y lier notre ego. Il faut juste s'assumer, ce qui n'empêche pas de discuter, idéalement devant quelques bonnes bouteilles. J'ai eu la chance de déguster et discuter une fois avec Nick Hamilton et il m'a alors semblé être très ouvert d'esprit et connaître très bien son sujet.


dimanche 10 juin 2012

Le Chili est un producteur de classe mondiale


Eduardo Chadwick est un des plus grands leaders du monde vinicole chilien. Il mène plusieurs projets de front, d'abord Errazuriz, mais aussi Vinedo Chadwick, Sena, Arboleda et Caliterra. Frustré par le manque de reconnaissance rencontré selon lui par les vins chiliens dans la presse spécialisée mondiale, Chadwick s'est lancé depuis 2004 dans une série de grandes dégustations à l'aveugle où ses vins sont servis en parallèle avec certains des vins les plus réputés et les plus chers du monde. Le 18 mai 2012 il a remis ça à Londres lors d'une dégustation où le focus était mis sur la cuvée Sena. Peter Richards, le spécialiste des vins chiliens pour la revue Decanter rend compte sur son blogue de cette dégustation qu'il a co-présidée. Son texte est très intéressant. D'abord, M. Chadwick y explique pourquoi il persiste à tenir ce genre d'événements. Je le cite en traduction libre :

"La raison pour laquelle j'ai commencé à tenir ces dégustations était que je suspectais que nos meilleurs vins étaient sous-évalués au niveau des scores simplement parce qu'ils étaient du Chili. C'est pourquoi j'ai voulu une « justice aveugle ». Mon but avec ces dégustations n'est pas de prouver que nos vins sont meilleurs que d'autres. Le but est de prouver qu'ils sont de classe mondiale"

Prouver la classe mondiale des meilleurs vins chiliens inclut aussi de démontrer leur potentiel de garde. Une chose que les dernières dégustations organisée par M. Chadwick ont bien démontré. Il est aussi intéressant dans le texte de Richards de comparer ses propres choix avec ceux du groupe d'une cinquantaine de dégustateurs, incluant des acheteurs britanniques et un bon nombre de représentants chinois. Le groupe a préféré des vins plus jeunes, Sena 2008, Sena 2010, alors que Richards, un « Master of Wine » a préféré un vin plus âgé, le Sena, 1997, classé huitième sur 10 par le groupe. Lors d'une autre dégustation avec douze « Masters of Wine » tenue en octobre 2011 à Santiago, le même Sena, 1997, avait terminé premier et le 1995 deuxième. J'ai trouvé cette différence intéressante car elle concorde avec mon expérience de dégustation avec des passionnés et connaisseurs. J'ai toujours remarqué qu'à l'aveugle le connaisseur aura tendance à choisir les vins de profils plus évolués par rapport aux vins à la jeunesse évidente. Parfois je me demande si ce choix est vraiment une question de goût ou bien si c'est pour se conformer à l'idée de ce que devrait être un vrai connaisseur. Il faut aussi noter que l'âge atténue les caractéristiques d'origine des vins. Ce qui fait que les vins chiliens âgés ont toujours beaucoup plus de succès à l'aveugle au près des connaisseurs, car l'origine est plus difficilement détectable. La justice aveugle réclamée par M. Chadwick est ainsi plus facilement rendue.

Toute la démarche d'Edurado Chadwick est une quête de reconnaissance. On pourrait aussi dire que c'est une quête de justice, mais je pense que l'homme est trop lucide pour croire que le monde du produit de luxe auquel il s'attaque a quelque chose à voir avec ce grand principe. Les prix demandés par Chadwick pour ses vins sont parmi les plus élevés du Chili, preuve qu'il a compris le mécanisme de l'effet Veblen. Toutefois, il faut mettre les choses en contexte. Ces prix élevés, dans le contexte chilien, demeurent très bas face aux vins prestigieux consacrés. Toutefois, la quête de prestige associée aux prix élevés font des vins de Chadwick de mauvais achats dans le contexte chilien, pour qui s'intéresse strictement au vin et n'est pas à la recherche d'un produit de luxe. De la même façon que les premiers grand crus de Bordeaux sont de mauvais achats sur une stricte base de rapport qualité/prix. Je demeure admiratif de la démarche d'Eduardo Chadwick car elle comporte une bonne dose de courage et de persévérance. Je pense aussi que pour un pays vinicole en déficit de prestige comme le Chili, cette démarche est nécessaire. Dans le monde du vin, le respect s'acquière avec la qualité, bien sûr, mais aussi avec le prix affiché sur la bouteille sur une longue période. Mettre un prix élevé sur une bouteille est une chose, mais arriver à vendre ce vin année après année en est une autre. C'est un pari entrepris il y a plus de dix ans par Chadwick et qu'il est en train de gagner. Cette victoire est bien sûr symbolique, mais il ne faut pas sous-estimer la valeur des symboles. De plus, au-delà des symboles et du prestige, pour qui n'est préoccupé que par le vin, le Chili est clairement un producteur de classe mondiale. Il continue d'offrir de formidables vins, de styles de plus en plus variés, à des prix défiant toute compétition. Le Nouveau-Monde dans le meilleur sens du terme.

Lien vers un portrait d'Eduardo Chadwick et de sa stratégie pour son groupe et pour l'ensemble du Chili vinicole

jeudi 7 juin 2012

SAUVIGNON BLANC, CIPRESES VINEYARD, 2007, LO ABARCA, SAN ANTONIO, CASA MARIN


 


La cuvée Ciprese Vineyard, 2005, fut un de mes premiers contacts avec ce que j'appelle le nouveau Chili. Ce vin avait été une révélation pour moi et j'en avais acheté pas moins de 18 bouteilles, dont une douzaine pour en suivre l'évolution et le potentiel de garde. Il m'en reste aujourd'hui huit. C'est donc un vin dont j'ai suivi l'évolution de près. Il tient encore très bien la route et a évolué de belle façon tout en conservant avec l'âge son caractère baroque. Je n'aurai pas la chance de faire de même avec ce 2007, car je n'avais pu mettre la main que sur deux bouteilles. Celle-ci est la première que j'ouvre. J'ai bien hâte de voir ce que ça donne.

La robe est encore de teinte vert pâle, sans signe apparent d'évolution. Le nez est modéré et étonnant dans son expression. À l'aveugle j'aurais probablement misé sur un vin de Riesling plus que sur un Sauvignon Blanc. On y retrouve des notes légèrement citronnées et miellées, ainsi qu'un très bel aspect floral. Le point le plus surprenant est l'absence de notes végétales vertes typiques de ce cépage et surtout de cette cuvée. Beau nez agréable, mais quand même déroutant pour quelqu'un qui connaît très bien le millésime 2005 et qui s'attendait à retrouver un lien de parenté dans ce 2007. En bouche le vin montre un bel équilibre qui s'appuie sur un aspect citronné plus marqué qu'au niveau olfactif. L'acidité est bien présente, mais le temps semble en avoir un peu émoussé le tranchant, ce qui donne un vin plus facile à boire par lui-même. En milieu de bouche le vin est intense et bien concentré. Il affirme bien sa présence et l'aspect floral se marie bien au fruit pour donner une agréable sensation gustative. La finale montre un beau mariage des saveurs, avec une certaine rondeur et une allonge de haut calibre.

Pour parler un langage de chimiste, je dirais que cette cuvée est passée du mode pyrazinique en 2005 au mode terpénique en 2007. J'ai dégusté ce vin en relative jeunesse lors d'une dégustation thématique sur le Chili il y a deux ans et il m'avait alors semblé plus près du profil standard pour un Sauvignon Blanc de climat frais. Deux jours après la dégustation du 2007 j'ai ouvert une bouteille de 2005 pour comparer. Le contraste était frappant. Je sais qu'il y a deux ans de différence entre les deux vins, mais la robe du 2005 était beaucoup plus foncée. Il faut dire que le 2005 est embouteillé sous liège, alors que le 2007 est sous capsule à vis. Je ne sais pas si cette différence explique en partie le profil atypique du 2007. Je complète la rédaction de ce texte en terminant la bouteille de 2005, et je dois avouer que je suis un peu triste. Ce n'est pas que je préfère le 2005 au 2007 en terme de qualité, à ce niveau ils sont comparables, mais le 2005 est un vin tellement original que ça m'attriste de penser que ce style a été abandonné. C'est comme boire une espèce en voie de disparition. Bien sûr, on pourrait penser que cette différence n'est due qu'à une question de millésime, mais selon ce récent texte de Petrer Richards à propos de Casa Marin, un changement stylistique a été opéré à partir de 2007. Maria Luz Marin attribue ce changement à l'âge des vignes, mais je ne suis pas totalement convaincu par cette explication. Le changement est trop marqué pour s'expliquer par cet unique facteur. Je pense qu'il s'agit surtout d'une décision commerciale. En un sens cette décision de changer le style de ce vin est un peu compréhensible car le style sauvage du 2005 était loin de faire l'unanimité. On se souvient que la SAQ avait retiré ce vin de la vente, alléguant que celui-ci était défectueux, avant de changer d'idée plus tard, non sans avoir créer un froid durable avec le producteur. Ce fut d'ailleurs la première et dernière apparition des vins de Casa Marin sur les tablettes de la SAQ. C'est bien dommage. Malgré cela, j'avais réussi à me procurer deux bouteilles de ce 2007 et il est clair que si la qualité est toujours au rendez-vous, le style est plus rassembleur, même si moins original. Casa Marin est un producteur qui continue de m' intéresser et dont je vais continuer de rechercher les vins, en espérant les revoir un jour à la SAQ. La SAQ offre de plus en plus de vins chiliens intéressants, des vins venant de certains des meilleurs producteurs du pays. Ceci dit, il y encore bien des absences regrettables et Casa Marin est assurément une de celles-ci.


dimanche 3 juin 2012

ALBIS, 2005, ALTO MAIPO, HARAS DE PIRQUE


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La famille chilienne Matte a acquis les terres qui forment le vignoble de Haras de Pirque en 1991 et les premières vignes y furent plantées en 1992 et 1993. Pirque est la région de l'Alto Maipo située à la plus haute altitude. Les raisins ayant servis à l'élaboration de ce vin proviennent de parcelles situées à flancs de montagne. C'est un assemblage composé de 80% de Cabernet Sauvignon, le cépage emblématique de la région, et de 20% de Carménère, le cépage oublié de Bordeaux qui est maintenant devenu une spécialité chilienne et qui convient bien aux assemblages. Le vin a été fermenté en petits lots dans des cuves de chêne français Taransaud. Il a ensuite été élevé pendant 18 mois en barriques de chêne français neuves. Il titre à 14.8% d'alcool. Cette cuvée a été crée en 2002 pour marquer l'association de la famille Matte avec la réputée famille italienne Antinori. L'oenologue d'Antinori, Renzo Cotarella, collabore à l'élaboration de ce vin avec sa collègue chilienne Cecilia Guzman.

La robe est sombre. Le nez est très typique des bons vins de Cabernet de l'Alto Maipo, avec des arômes de cassis, de cerise, de menthol, d'herbes aromatiques, de bois de cèdre, de terre, d'épices douces et de chocolat noir. Superbe, riche et profond, bien ouvert et toujours dans sa phase de jeunesse. Le ravissement se poursuit en bouche où le vin se montre équilibré sur le mode dense et concentré, avec beaucoup d'intensité aromatique. Le profil complexe de saveurs reflète bien ce qui était perçu au nez. Le fruité domine, mais les aspects mineurs contribuent à créer ce mélange unique qui caractérisent les bons rouges de cette région trop peu reconnue. Le milieu de bouche persiste dans la veine dense et concentrée, avec du sérieux et une belle présence. La finesse des tanins est digne de la grande classe qu'affiche ce vin, alors que la finale est harmonieuse et d'une très grande longueur.

Je déteste les comparaisons où on utilise des exemples classiques pour dire ce qu'un vin n'est pas. Ce superbe Albis n'est pas un bordeaux. Non. Mais il y a un air de parenté indéniable quelque part dans ce vin. Le croisement des cépages bordelais (même délaissé) avec un grand terroir étranger donne ici une sorte de bordeaux exotique de grand calibre. Un vin qui à la fois fait dire c'est ça et c'est pas ça! Comme un enfant issu d'un même père, mais d'une mère différente. Ici la mère, la terre nourricière, c'est l'Alto Maipo. Même que plus précisément c'est Pirque car même au Chili on commence à définir des terroirs plus limités, là où l'expérience le justifie. Ne me demandez pas pourquoi, mais certains comparent Pirque et son voisin Puente Alto à Pauillac. C'est bien sûr une analogie, car les deux endroits on peu en commun, sinon de faire des merveilles distinctes avec le Cabernet Sauvignon. Cette cuvée Albis en est un exemple probant. C'est un vin encore bien jeune, mais qui a de la classe. C'est aussi un vin élaboré dans la mentalité classique du grand vin, avec le surplus de concentration et de longueur généralement associé à ce concept aristocratique où généralement plus égale mieux. Je ne partage pas entièrement cette conception, mais quand le vin est bon, quand l'équilibre est présent, inutile de s’embarrasser avec des idées. Le vin suffit pour couper court au superflu et nous ramène immanquablement vers l'essentiel. Le plaisir que procure le liquide présent dans le verre. J'ai acheté ce vin car j'avais déjà bien apprécier la version 2003, et qu'il est bon de fréquenter, de temps en temps, certains des vins les plus ambitieux d'un pays ou d'une région. Ça donne de la perspective. La beauté avec cet Albis, 2005, c'est qu'il est offert à un prix stable et somme toute raisonnable (50$). Compte tenu qu'il a déjà un peu d'âge et qu'il est facile de l'obtenir à 10% de rabais à la SAQ, pour les 45$ payés, je considère que c'est un superbe achat. Ceci dit, ce vin est encore en phase de jeunesse et il lui faudra au minimum cinq autres années en bouteille pour commencer à montrer des signes d'évolution. Dans dix à quinze ans il aura perdu son côté exotique et pourra se comparer directement avec des bordeaux beaucoup plus chers. Un vin qui vous donne le choix entre l'exotisme et le classicisme en autant que vous ayez la patience requise.

samedi 26 mai 2012

La perversion de la pensée


Je parlais dans mon article précédant du décalage entre les ténors de la critique québécoise en matière de vin et le consommateur moyen. Voilà que ce matin Jacques Benoît du journal La Presse y va d'un texte intitulé "La perversion du goût" qui va entièrement dans ce sens. M. Benoît rabat les oreilles de ses lecteurs avec sa notion très limitée de "grands vins". Mais le plus troublant à mon sens est de voir M. Benoît tourner en ridicule l'idée qu'on puisse se monter une excellente cave à vin à peu de frais avec des vins de 20-25$. C'est certain qu'avec la mentalité très restreinte du "grand vin" que prône M. Benoît, un tel exploit est impossible. Il faut se rappeler que si on fait abstraction de l'étiquette, et que notre palais est ouvert, l'idée de grand vin devient bien différente de ce que prône dédaigneusement ce cher M. Benoît.

On se plaint souvent que le monde du vin est trop élitiste. C'est malheureusement vrai. C'est un monde où le gonflage des ego est souvent plus important que l'appréciation du vin lui-même. Une chose est sûre, un texte comme celui que nous a pondu M. Benoît est de nature à attirer des gens qui veulent se démarquer par l'exclusivité de ce qu'ils boivent, plutôt de futurs passionnés du vin et de sa diversité. Je l'ai souvent écrit sur ce blogue, et je le répète, l'appréciation du vin est d'abord et avant tout une affaire de prédisposition mentale. Si on est convaincu qu'un vin de 25$ ne peut pas être un grand vin, il ne le sera pas si on connaît son prix au moment de le déguster. La même chose s'applique à nos convictions par rapport aux informations données par l'étiquette ou bien avec les scores donnés par des critiques.

Selon moi, le chroniqueur vin avisé devrait prôner le détachement face aux idées préconçues en ce qui concerne l'appréciation du vin, que ce soit une note de 90 et plus, l'origine du vin, l'identité du producteur, le millésime, ou bien l'idée que la grandeur d'un vin est attachée à un seuil minimum de prix. Le chroniqueur vin avisé devrait inciter ses lecteurs à avoir l'esprit ouvert et à juger le vin par eux-mêmes, pour eux-mêmes, sans volonté de concordance avec des critères externes préétablis. L'idée classique de grand vin est une idée conformiste qui se nourrit de son caractère restrictif. Il suffit de briser ce carcan mental pour changer la donne et ouvrir le champ des possibilités. Oubliez la maladie du grand vin et son symptôme principal, la note de 90 et plus. Faites plutôt confiance à vos perceptions sensorielles et voguez librement dans ce monde du vin qui peut être merveilleux.




lundi 21 mai 2012

Les critiques de vins québécois sont-ils en phase avec le consommateur moyen?


Je lisais récemment sur Vin Québec un article où on déplorait le fait que la SAQ préfère référer des critiques étrangers pour promouvoir ses vins plutôt que des critiques locaux. Cette lecture m'a rappelé deux de mes textes (ici et ici) où je dénonçais le francocentrisme prévalant dans le milieu québécois du vin, et en particulier chez les critiques qui traitent de ce sujet. 18 mois plus tard, après l'affaire Suckling, je pense que mon constat d'alors tient toujours. Pour les critiques québécois, il y a la France, ensuite le reste de l'Europe, la Californie, parce que c'est glamour, et finalement le reste du Nouveau-Monde. J'ai lu ce qui s'est écrit dernièrement à propos de l'offre australienne du Courrier Vinicole, ainsi que l'offre axée sur l'hémisphère sud du magazine CELLIER de la SAQ. Force m'est de constater qu'on ne parle pas de ces vins de la même façon qu'à propos de leurs contreparties européennes. Les comparaisons avec la France sont très fréquentes et rarement avantageuses, des traits de terroirs (eucalyptus) sont décrits comme des défauts, et tout à coup le rapport qualité/prix devient important, seulement pour être dénoncé comme désavantageux...

Pour quelqu'un comme moi qui a choisi d'aborder le monde du vin à partir d'un pôle différent, la lecture de propos du genre est déprimante. La méconnaissance des vins du Nouveau-Monde de la part de plusieurs critiques québécois, et surtout l'incapacité d'en traiter comme des entités valides et autonomes, contrastent avec ce qu'on retrouve dans le monde anglo-saxon. Cela explique peut-être en partie ce pourquoi la SAQ préfère référer à des critiques de ces pays, même pour des vins italiens. Je déteste le système de notation sur 100 issu des États-Unis, mais d'un autre côté, lorsque je lis les commentaires de ces critiques, j'ai l'impression de façon générale que pour eux le monde du vin n'est pas centré en un endroit particulier. Il y a une reconnaissance du rôle fondateur de l'Europe, mais tout ne se décode pas à partir de ce point de vue et les particularités du Nouveau-Monde sont perçues comme légitimes.

Quand je lisais l'article de Vin Québec où on s'insurgeait contre l'absence de références à des critiques québécois, en arguant que ceux-ci préfèrent les vins plus acides et moins sucrés, contrairement, supposément, aux critiques américains. J'avoue que j'ai été estomaqué. Si le palais des critiques d'un pays devait être fidèle à celui de sa population, alors le palais des critiques québécois devrait aimer les vins peu acides et sucrés. Il ne faut pas oublier que le meilleur vendeur de la SAQ est un vin rouge demi-doux, le Ménage à Trois, et que des vins de Vénétie avec un bon taux de sucres résiduels y connaissent aussi beaucoup de succès. J'ai beau analyser la liste de 25 meilleurs vendeurs à la SAQ, mais j'ai de la difficulté à y retrouver des exemples évidents de vins européens très secs. Il ne faut pas oublier que les Québécois sont des nord-américains d'abord et avant tout. Alors s'il est vrai que notre continent a le goût sucré, alors nous devrions être du nombre. Et s'il est vrai que la critique québécoise déteste ce genre de vin, alors c'est que son influence est limitée à un cercle d'initiés.

Mon but avec ce texte n'est pas de faire l'apologie du vin sucré et peu acide, qu'il soit du monde nouveau ou de l'ancien. Ceci dit je pense que la douceur et la faible acidité sont des éléments légitimes dans certains types de vins. C'est une question de choix stylistique et pas un élément déterminant du niveau qualitatif. Je pense aussi qu'au lieu d'accuser les critiques anglo-saxons, d'avoir le palais sucré, il faudrait peut-être se demander s'ils n'ont pas plutôt un palais plus complet. Un palais ouvert à une palette stylistique plus large. Bien sûr il y a des raisons culturelles et historiques pour expliquer cette situation, mais le Québec n'est pas la France. L'offre de vins du monde entier est beaucoup plus grande au Québec et il serait temps que la critique s'y adapte. Je sais qu'il est difficile de changer les goûts longuement acquis et les convictions qui viennent avec. Mais à mon avis il y a un réel décalage au Québec francophone entre ceux qui ont une tribune importante pour traiter de vin et la majorité de ceux qui le boivent.



samedi 19 mai 2012

MALBEC, GRAN RESERVA, 2008, MAIPO COSTA, VINA CHOCALAN


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Vina Chocalan est un autre de mes producteurs chiliens favori. Un producteur axé totalement sur la qualité et qui comprend l'importance du terroir dans la qualité et l'identité du vin. La série Gran Reserva comprend trois vins rouges et constitue le haut de gamme de la maison. Depuis quelques années déjà la SAQ offre la cuvée d'assemblage, Gran Reserva, Blend. Ce Malbec vient donc s'ajouter à celle-ci et le Pinot Noir, Gran Reserva complétera l'offre à partir du 24 mai dans la deuxième vague de l'offre CELLIER actuelle. Il ne faut pas oublier les deux excellents vins blancs de Chocalan qui sont aussi offerts à la SAQ. Ces vins de la gamme Malvilla, un Sauvignon Blanc et un Chardonnay, viennent d'un vignoble côtier très frais situé à seulement 4 km de l'océan Pacifique, alors que les rouges, dont le Malbec dont il est question ici, viennent d'un vignoble situé de l'autre côté de la cordillère côtière dans la partie ouest de la vallée de Maipo. L'appellation est donc Maipo, mais c'est très différent de la partie est de la vallée, le Maipo Alto, d'où proviennent plusieurs nom chiliens plus connus (Don Melchor, Casa Real, Cousino Macul, Almaviva, Domus Aurea). Pour voir la fiche technique de ce 100% Malbec, issu de vignes de 12 ans d'âge, cliquez sur ce lien.

La robe est foncée, violacée et parfaitement opaque. Le nez est bien dégourdi et exhale de superbes arômes fruités de cassis, de cerise et de groseille, agrémentés d'un jeune aspect boisé de belle qualité qui évoque les épices douces, entre autres la vanille. Pour compléter l'ensemble olfactif, on retrouve aussi des notes florales, du bois de cèdre et de légères notes fumées. La qualité des arômes de ce très jeune vin est vraiment impressionnant. Moi qui apprécie généralement plus d'évolution, j'ai beaucoup apprécié la palette aromatique de ce vin. J'avais tendance à y revenir très fréquemment, ce qui est toujours un signe révélateur. Au niveau gustatif le vin est encore plus impressionnant avec un jeune fruit à la fois riche, frais et intense, supporté et balancé par une juste dose d'amertume. L'aspect boisé est encore très jeune et manque un peu d'intégration à ce stade précoce. En milieu de bouche le vin se montre concentré et dense avec une présence tannique affirmée. La finale est longue avec un cran de plus dans l'intensité du fruit, des relents chocolatés, et une poigne tannique qui se ressert quelque peu à la toute fin.

J'ai ouvert cette bouteille juste pour me faire une idée précise de ce vin, en sachant qu'il serait trop jeune par rapport à l'idéal que je privilégie. Ce que j'y ai découvert m'a favorablement impressionné. Sur la contre-étiquette le producteur vante le grand potentiel de garde et d'évolution de ce vin. Rares sont les producteurs chiliens qui mettent de l'avant cet atout méconnu de leurs vins. Après avoir dégusté ce vin, je suis convaincu que Chocalan met dans le mille avec une telle affirmation. Le vin est déjà agréable dans son style très intense de jeunesse, mais pour moi il a encore besoin d'arrondir ses angles et de mieux intégrer sa généreuse matière pour se présenter dans la livrée que je préfère. Aussi, ce vin montre que le Chili n'a rien à envier à son voisin transandin quand il est question du cépage Malbec. En plus de ce vin de Chocalan, j'ai pu goûter à des exemples chiliens très convaincants de la part de Loma Larga, Perez Cruz et Viu Manent. Dans le cas de ce Gran Reserva, je pense qu'en terme de qualité il se situe au niveau d'un vin comme le Malbec, Alta de Catena vendu deux fois plus cher. Donc, à seulement 24.75$, je le considère comme un RQP de très haut niveau. Un superbe vin de garde offert à un prix difficile à battre.

samedi 12 mai 2012

CHARDONNAY, SOL DE SOL, 2008, TRAIGUEN, MALLECO, VINA AQUITANIA




Le nom de ce producteur réfère directement aux origines françaises de ses propriétaires, mais en ce qui concerne cette cuvée de Chardonnay Sol de Sol, le nom de Vina Araucania aurait été plus approprié, car ce Chardonnay est le premier vin issu de la méridionale et fraîche région chilienne d'Araucanie. Cette vaste région du sud du Chili comprend la vallée de Malleco et plus spécifiquement le village de Traiguen où est situé le vignoble ayant produit les fruits qui ont permis d'élaborer ce vin. Quand on parle de Vina Aquitania, on réfère souvent à ses trois propriétaires français bien connus dans le monde du vin, Paul Pontallier (directeur du Château Margaux), Bruno Prats (ex proprio du Château Cos d'Estournel) et Ghislain de Montgolfier (ex président des champagnes Bollinger), mais le membre le plus important du quatuor de propriétaires est l'oenologue Felipe de Solminihac. C'est ce chilien de descendance bretonne qui a décidé en 1995 de planter des vignes de Chardonnay sur les terres familiales près du village de Traiguen. Ses partenaires français n'étaient pas convaincus au départ par ce projet, si bien que les premiers raisins produits furent vendus. Cela allait toutefois rapidement changer et le premier millésime du Sol de Sol fut produit en l'an 2000. Le vin fut bien reçu et avec les millésimes subséquents il fut considéré par plusieurs comme le meilleur vin blanc du Chili. Avec les avancées rapides du pays en matière de vin blanc, il y a aujourd'hui de la compétition pour ce titre, mais le Sol de Sol est toujours considéré comme un des meilleurs blancs du pays. Un vin caractérisé par une acidité naturelle élevé, combinée à une bonne richesse de structure. Voir ce lien pour la fiche technique du vin. Suite au succès du Chardonnay, de Solminihac a planté du Pinot Noir en 2004 et le premier millésime a été produit en 2008 à partir de vignes de seulement quatre ans. Ce qui est bien avec le Chardonnay, c'est que les vignes ont déjà 13 ans et de Solminihac a maintenant de l'expérience sur ce terroir. Voyons ce que ça donne.

La robe est d'une belle teinte dorée assez soutenue. Le profil olfactif se déploie avec retenue en présentant des arômes de poire et de pêche complétés par une fine touche boisée, un brin de noisette et une très légère pointe fumée. Un nez frais et subtil fidèle au climat et au cépage ayant permis d'élaborer ce vin. Ce constat ne se dément pas en bouche où l'on retrouve un vin marqué par une très belle acidité et une matière concentrée et intense. Une bonne dose de gras apporte de la rondeur à l'ensemble, ce qui permet l'obtention d'un bel équilibre. Avec tous ces attributs, le vin ne peut faire autrement qu'offrir une belle présence en milieu de bouche, avec un nerf bien enrobé et aucune lourdeur. La finale est logique, marquée par la fraîcheur et l'intensité, sur une persistance de fort calibre.

Pour un pays vinicole en évolution rapide comme le Chili, il y a des vins qui marquent, des vins qui comptent, des vins qui ouvrent de nouvelles frontières. Les Sauvignons de Casa Marin ont été des vins qui ont marqué le début d'un vaste mouvement vers la fraîcheur de la côte pacifique. Pour ce qui est du Chardonnay, Sol de Sol, il ouvre lui aussi de nouvelles possibilités pour le Chili en démontrant la qualité et la distinction des vins qu'il est possible d'élaborer sur le terroir d'Araucanie. Toutefois, il n'y a pas eu de ruée vers ces nouveaux horizons, probablement à cause de la grande distance (650 km) qui sépare cette région de la capitale Santiago. Il faut dire que le marché pour des vins chiliens de terroirs particuliers est encore très restreint. L'amateur moyen achète encore du vin chilien et non pas du vin venant d'un lieu particulier au Chili. N'empêche, il y a de plus en plus de petits producteurs indépendants qui démarrent de nouveaux projets au Chili, axés sur la distinction du lieu où poussent les vignes, et certains de ceux-ci ont choisi de suivre les traces de Vina Aquitania et de s'établir dans la région de Malleco. Parmi ceux-ci, il y a un autre projet mêlant Chiliens et Français, soit le Clos des Fous, ainsi que Altos Las Gredas, dont le Chardonnay est déjà classé parmi les meilleurs vins blancs du Chili. Le Chardonnay Sol de Sol sera offert à la SAQ dans la deuxième vague de l'offre courante du magazine CELLIER, au prix de 30.50$. Bien sûr à ce prix c'est plus cher que ce qu'on est habitué de voir pour un vin blanc chilien, mais je pense que ce vin est le vaut amplement.



samedi 5 mai 2012

CABERNET SAUVIGNON, 1997, AGRELO, MENDOZA, BODEGA CATENA ZAPATA





La maison Catena n'a pas besoin de présentation. Il s'agit à mon avis du plus grand producteur argentin. Un producteur totalement axé sur la qualité et qui maintient depuis longtemps cet engagement. Ce vin est un des premiers ce cette maison que j'ai eu le plaisir d'acheter. Il provient d'un vignoble unique situé à 940 m d'altitude et dont le rendement était assez élevé à environ 65 hl/ha. Les versions actuelles de ce vin sont des assemblages incluant des fruits venant de vignobles situés à plus haute altitude. Le but étant d'ajouter de la complexité par le mariage de fruits aux caractéristiques différentes. Pour revenir à ce 1997, il a été élevé 19 mois en barriques de chêne français (82%), dont 28% bois neuf et 18% de barriques neuves de chêne américain. Le vin titre à 14% d'alcool pour un pH de 3.76. Le producteur sur son site internet dit que ce vin s'améliorera au cours des 7 à 10 prochaines années. Je suppose que cette recommandation est valable à partir de l'année de la mise en marché du vin, ce qui veut dire aux alentours de l'an 2000. Alors, il est clair que ma patience a été plus grande que la fenêtre suggérée par le producteur. Voyons néanmoins ce que ça donne comme résultat.

La robe montre une teinte grenat encore bien soutenue. Le nez est un ravissement pour un amateur de vin mi-évolué comme moi. On y retrouve cette marque inimitable du temps en bouteille sur l'empreinte aromatique globale. Comme toujours avec ce genre de vin, il est difficile de mettre des mots appropriés pour décrire les arômes. Il y a encore une bonne présence fruitée dans ce vin, mais ce n'est pas le même fruit qu'en jeunesse. Alors je peux bien dire qu'il y a là des arômes évolués de cerises, ça demeure très inadéquat comme descripteur. Toujours est-il que ce fruit évolué est amalgamé à des arômes de bois de cèdre, de terre humide et de thé. On y retrouve aussi un léger aspect évoquant le camphre et la térébenthine, ainsi qu'une pointe torréfiée. Un nez très agréable auquel je revenais très souvent. En bouche le vin est simplement suave. Apparemment léger de corps et délicat à l'attaque, il rapplique de suite avec tout ce qu'il faut de matière et d'intensité gustative pour offrir une bonne présence. Le milieu de bouche permet de tirer un grand plaisir de cet amalgame fruité-épicé marqué par le passage du temps. Les tanins sont totalement fondus, ce qui ajoute au caractère gracieux du vin. La finale confirme, avec toujours cet heureux mariage des saveurs, sur un sursaut d'intensité et une belle longueur aux relents de chocolat noir.

Ce vin n'est pas encore sur son déclin et pour moi il est dans la phase que je préfère. Un stade où l'effet du temps marque le vin, sans lui enlever l'essentiel, le fruit. Il s'agit d'un vin bien différent de ce qu'il était en jeunesse, mais en même temps il est reconnaissable. Le lien entre les deux existe. Quand je lis les innombrables conneries qui s'écrivent sur les jeunes vins du Nouveau-Monde, j'aimerais que ceux qui écrivent ces sornettes puissent être mis devant un vin comme ce Cabernet, 1997, de Catena, en pure aveugle. Les plus honnêtes d'entre eux changeraient ensuite leur discours, ou à tout le moins apporteraient des nuances. Déguster un vin comme celui-ci donne beaucoup de plaisir, car c'est simplement un très bon vin, mais c'est aussi une façon de voir le monde du vin autrement. Pas juste parce que ça montre la capacité de transformation de certains vins de prix modiques venant du Nouveau-Monde. Non. Un vin comme cette bouteille de Catena chante les vertus du vin modéré, sans excès, du vin facile à boire tout en étant complexe et sérieux. Un vin qui n'est pas dans la logique du "plus c'est mieux" et qui avec de l'âge brise le stéréotype de ce que devrait être un vin du Nouveau-Monde de ce prix. À un moment où, ici au Québec, plusieurs s'inquiètent des campagnes publicitaires destinées à vendre du vin de qualité douteuse aux consommateurs non passionnés. Je trouve qu'ils sont rares ceux qui s'inquiètent du fait qu'on fait croire à l'amateur qu'il n'y a qu'une voie générale qui mène au bonheur vinique et que celle-ci passe obligatoirement par l'Europe et par l'argent. Les voies alternatives existent, mais elles passent d'abord et avant tout par une mentalité différente. Il faut se rappeler que la disposition mentale est l'élément le plus important dans l'appréciation du vin. Dernier élément intéressant qui démarque un vin comme ce Cabernet Sauvignon de Catena, c'est la stabilité de son prix. Le 2008 actuellement en tablettes est offert au même prix que celui payé pour ce 1997. Voilà qui fait changement de l'inflation ridicule vue ailleurs et qui assure qu'on pourra toujours se l'offrir.





mardi 1 mai 2012

SYRAH, POLKURA, 2009, MARCHIGUE, COLCHAGUA, VINA LA AGRICOLA





Pour la deuxième année consécutive la SAQ a la bonne idée d'offrir cette très belle cuvée de Syrah. J'avais déjà favorablement commenté le millésime 2008 dans un texte précédant, tout en faisant une courte présentation de ce petit producteur indépendant. Pour ce qui est de ce 2009, voici un lien vers la fiche technique du vin. Le winemaker, Sven Bruchfeld y décrit ce 2009 sauvé du tremblement de terre de 2010, lorsque le vin était encore en barriques, comme le meilleur Polkura à date.

La robe est sombre, opaque et légèrement violacée. Le nez est éloquent avec ses superbes arômes de mûre, de cerise et de framboise, auxquels s'ajoutent des notes florales exquises, ainsi que des effluves de poivre noir, d'épices douces et de chocolat noir. Très belle qualité d'arômes sur un profil se rapprochant d'une Syrah de climat frais, sans y être totalement. Ça se poursuit en bouche où le vin se révèle d'une délicatesse surprenante, à la fois équilibré et intense. La qualité aromatique déjà perçue au nez se transpose fidèlement en bouche avec une palette de saveurs des plus séduisantes. Un doux fruité domine l'action, admirablement appuyé par les aspects épicé et floral déjà évoqués. Le milieu de bouche permet de confirmer l'étonnante impression de délicatesse qui se dégage de ce jeune vin même si celui-ci possède aussi beaucoup de matière, avec un bon volume et un niveau de concentration supérieur. Tout cela sans compter une présence tannique raffinée qui sans aucun doute contribue à l'impression de délicatesse. Il est rare qu'un si jeune vin puisse combiner du même souffle toutes ces qualités. La finale est intense et harmonieuse, avec une très bonne longueur.

J'ai adoré ce vin. Il est vraiment excellent et l'exemple parfait d'un jeune vin de haut niveau agréable dès sa prime jeunesse. Au niveau de l'impression tactile en bouche, ce vin m'a fait penser à un Pinot Noir du Nouveau-Monde qui aurait juste un peu plus de présence tannique. Au niveau aromatique toutefois, il n'y a pas de doute sur l'identité du cépage, alors que ce 2009 se rapproche plus d'une Syrah de climat frais que la version 2008. Bien que le vin soit déjà très approchable dans sa livrée de jeunesse, le potentiel de garde de celui-ci me semble indéniable. Le genre de vin à garder pour obtenir plus tard un plaisir différent de celui qu'il donne aujourd'hui. Comme pour la version 2008, ce millésime 2009 ne traîne pas sur les tablettes. Il facile de comprendre pourquoi car à 23.30$ il s'agit d'un excellent RQP. Cette Syrah, Polkura, est aussi une façon de découvrir un Chili méconnu, soit celui des petits producteurs indépendants. C'est un mouvement naissant dans ce pays, mais qui se développe rapidement. Une autre façon pour le Chili de varier son offre.


samedi 21 avril 2012

James Suckling et SAQ: Où est le scandale?

J'ai déjà abordé le sujet de la collaboration entre la SAQ et James Suckling dans un précédant texte. Voilà que cette histoire rebondit avec la révélation que M. Suckling a touché 24,000$ de la SAQ. Pour moi que l'argent ait été versé au départ de la collaboration ou plus tard est sans importance. Je dirais même que ça ne me dérange pas que cette somme ait été versée car ce qui me dérange vraiment c'est le principe même de cette promotion. La SAQ devrait ne rien avoir à faire avec les notes de critiques, que ce soit pour la promotion ou pour la sélection des vins qu'elle offre. Car en plus de la promo Suckling, je me suis laissé dire par des agents en vin que les notes de gourous américains sont un des critères dont la SAQ se sert pour sélectionner les vins qu'elle mettra ensuite en marché. Cela est à mon sens inacceptable, mais en retenant les services de M. Suckling, la SAQ est cohérente dans sa dérive. Je n'en démord pas, miser sur les notes, surtout celles sur 100, comme argument de vente, c'est une façon d'abêtir la clientèle, et cela va contre le mandat et la raison d'être de ce monopole. Le vrai scandale il est là. Une fois qu'on accepte cet état de fait, je dirais que 24,000$ pour les services de James Suckling, c'est plutôt une aubaine.

CHARDONNAY, 2009, WESTERN CAPE, ATARAXIA



Ataraxia est un terme grec, utilisé, entre autres, par Épicure, et qui veut dire état d'esprit serein, libre d'inquiétude et de préoccupations. Voici ce qui est écrit sur la contre-étiquette: « Ce vin élaboré à la main à partir de fruit choisis personnellement venant de parcelles extrêmes, radicales et individuelles dispersées sur l'ensemble de la région du Cap. » L'homme derrière Ataraxia est Kevin Grant, il se définit comme « winemaker » et viticulteur. Son approche est minimaliste et non-interventionniste. Les vignes sont situées dans le climat frais des vallée de Hemel-en-Aarde et Elgin. La vendange a eu lieu tôt le matin lors de la dernière semaine de février et la première de mars. Le vin a été fermenté et élevé pendant 10 mois en petite barriques de chêne venant de tonnelier bourguignons (34% neuves, 66% deuxième usage), avec de fréquent bâtonnage. Le vin titre à 213.9% d'alcool, pour un pH de 3.32 et 2,9 grammes-litre de sucres résiduels. M. Grant déclare ouvertement qu'il aspire à produire un vin de style bourgignon issu de raisin du Nouveau-Monde.

La robe est d'une belle teinte or foncé. Le nez révèle une expression classique et mature du cépage. Il s'en dégage des arômes de pêche, d'abricots, de noisette et de fumée, complétés par une légère touche vanillée. Beau nez très agréable qui offre ce qu'on attend d'un bon vin de ce cépage. En bouche, l'attaque est ronde et intense, déployant un fruité d'une qualité exemplaire auquel s'ajoute un léger caractère boisé justement dosé. Le milieu de bouche montre un vin à la fois concentré et facile à boire. C'est rond, quasi onctueux et avec un certain volume qui contribue à une bonne présence. La finale ne dépare pas l'ensemble, au contraire, les saveurs s'y marient de façon harmonieuse, avec un peu plus d'intensité et une persistance de bon niveau. Une pointe évoquant le caramel se montre le nez la toute fin.

Très bel exemple de la force de l'Afrique du Sud avec ce cépage et mission accomplie en ce qui me concerne pour Kevin Grant. Il y a vraiment quelque chose rappelant la Bourgogne dans ce vin, du moins pour un non expert en vins bourguignons comme moi. Je ne sais pourquoi, mais selon mon expérience, le Chardonnay est le cépage qui offre les résultats les plus consistants en terre sud-africaine. J'ai rarement été déçu par un vin de ce cépage issu de ce pays et généralement le RQP de ces vins est très favorable. Ce Kevin Grant semble vraiment quelqu'un de particulier. Il produit une cuvée rouge, appelée Serenity, où il refuse d'identifier les cépages utilisés. Un anti-vin de cépage pour ainsi dire. C'est là une fantaisie qui paradoxalement n'est possible que dans les pays du Nouveau-Monde, à moins de renoncer totalement aux appellations d'origine européennes. Toujours est-il que j'ai bien apprécier ce vin et pour les 23.95$ payés, c'est un très bel achat. Ataraxia est un producteur à surveiller.


samedi 14 avril 2012

Nouveau monde


J'ai participé hier à un dîner dégustation à Granby avec des gens du forum Fouduvin, forum où j'ai déjà sévi... J'y ai revu avec plaisir de vieilles connaissances, mais aussi du nouveau monde. Mais ce n'est pas à ce genre de nouveau monde auquel réfère mon titre. En revenant tranquillement vers Montréal, après la dégustation, en réfléchissant sur les vins que je venais de goûter, je me suis dit qu'au fond la notion de nouveauté en matière de vin était toute relative si on s'en tenait au vin et qu'on mettait de côté l'histoire et la géographie. Il s'agit bien sûr d'une perception toute personnelle, étant donné les vins que j'ai l'habitude de fréquenter. En ce sens, chaque fois que je retourne faire une incursion dans le monde du vin fin venant de régions renommées et prestigieuses, par le biais d'une dégustation comme celle d'hier, j'ai l'impression d'aborder un autre monde. Un monde nouveau qui bien sûr possède de nombreux points de concordance avec celui auquel je suis habitué, mais un monde qui a aussi des particularités qui paraissent plus évidentes aux sens de celui qui fréquentent sporadiquement ce type de terrain.

Ce genre d'expérience me rappelle à chaque fois qu'au fond la nouveauté en matière de vin ne se situe pas strictement dans la géographie ou dans l'histoire, mais bien dans le point de vue principal que l'on a choisi de prendre en cette matière. Quand on goûte un très vieux vin pour la première fois, comme ce fut mon cas hier avec un Château Filhot, 1935, qu'on le veuille ou non, ça ouvre une porte sur un nouveau monde. L'ancien devient nouveau à cause de celui qui l'aborde et de l'effet transformateur du temps en matière de vin. Au-delà de la chronologie, dans un monde du vin de qualité en constante expansion, le classicisme sera de plus en plus une question de convention. D'ailleurs, l'influence n'est déjà plus à sens unique. Si l'Europe a longtemps été seule à tracer la voie, elle est aujourd'hui influencée par ce qui se fait ailleurs dans le monde et ce phénomène de rétroaction n'est pas près de s'arrêter.

J'ai toujours été conscient que le point de vue que j'ai choisi d'adopter en matière de vin était inorthodoxe et limitatif. C'est pourquoi j'aime mes incursions dans le monde mieux reconnu du vin. Au-delà du plaisir que ça me procure, ça me permet une meilleure compréhension globale des choses. Ça me donne de la perspective et en même temps, ça me confirme que mon choix originel, bien qu'original, n'était pas farfelu. Le Chili, c'est mon ancien monde, même s'il est multiforme et en évolution rapide. Des expériences comme celle d'hier, avec de très bons vins venant d'appellations prestigieuses, ne font que me confirmer son caractère à la fois distinctif et qualitatif.

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jeudi 5 avril 2012

SAUVIGNON BLANC, 2008, MARLBOROUGH, SERESIN ESTATE





Après le Sauvignon Blanc de Matetic et la Syrah de Casa Lapostolle, voici un autre vin élaboré par un producteur suivant les préceptes de la biodynamie. Ça peut sembler paradoxal pour moi de boire ce type de vin car je ne suis pas un adepte du culte. Ceci dit, je pense aussi que certains producteurs épris de qualité et qui sont déjà en culture biologique, même s'ils ne sont pas totalement convaincu par la chose, en particulier par ses éléments les plus ésotériques, décident de se convertir en biodynamie un peu par superstition. Ça me fait penser à ma mère qui cachait des médailles religieuses dans mon portefeuille et mes valises pour me protéger, en me disant pour se justifier, une fois découverte, que même si je n'y croyais pas, ça ne pouvait pas me faire de tort. La plupart des vignerons qui font le pas vers la biodynamie sont très méticuleux et pour moi c'est ce qui explique la qualité de plusieurs vins élaborés par ceux-ci. Seresin Estate est un domaine qui a été fondé au début des années 90 par Micheal Seresin, un neo-zélandais œuvrant en Europe comme directeur photo dans le monde du cinéma. Le premier millésime du domaine est 1996. Le domaine de 45 hectares est situé dans la vallée de Wairau, une sous-région de l'appellation Marlborough. Les raisins entrant dans l'élaboration de ce vin proviennent de trois vignobles différents et de six clones du cépage. Le vin contient aussi 6% de Sémillon. Le vinification a été effectuée en petits lots et 29 de ceux-ci se retrouvent dans l'assemblage final. Des levures indigènes ont été utilisées pour fermenter 40% de se qui se retrouve dans la bouteille, alors que 15% de l'ensemble a été élevé en barrique de chêne français. Le vin a été embouteillé sous capsule à vis et titre à 13.5% d'alcool.

La robe est de teinte jaune aux reflets verdâtres. Le nez s'ouvre sur un trait de zeste de pamplemousse qui se dissipe assez rapidement pour laisser la place à des notes fruitées d'agrumes et de melon, auxquelles s'entremêle un léger caractère végétal d'herbe coupée et de poivron vert, ainsi qu'une subtile touche florale. Beau nez qui évite l'écueil de la surexpressivité, probablement aidé en cela par le temps passé en bouteille. La bouche confirme avec assurance. Le vin s'y montre intense et concentré, toujours sans excès, et avec une belle présence en milieu de bouche et un bon volume pour un vin de ce cépage. La finale n'est pas en reste, avec un beau fondu de saveurs et une allonge de niveau supérieur.

Ce vin ne m'aura pas convaincu des effets magiques de la biodynamie, sceptique je suis et je reste, mais au moins il m'aura convaincu que Seresin est un producteur à surveiller. Ce vin est très bon et se démarque du prototype néo-zélandais marqué par des arômes insistants de pamplemousse. Au prix payé de 21.95$, il s'agit d'un bon RQP. J'avais déjà goûté un Gewurztraminer de ce producteur que j'avais trouvé un peu moins convaincant que ce Sauvignon Blanc. Je poursuivrai mon exploration bientôt avec un Chardonnay de ce producteur que j'ai en réserve. À suivre.



lundi 2 avril 2012

SUR LE VIF

La mode est au dénigrement des vins de bas de gamme. Mais bas de gamme pour certains producteurs ne veut pas dire mauvais. Un des meilleurs exemples que je connaisse est Cono Sur et ses blancs de bas de gamme. Je devrais plutôt dire entrée de gamme, c'est moins péjoratif, même si au fond ça veut dire la même chose. Le blogueur Jaimie Goode, un amant du vin dit naturel et authentique, quelqu'un qu'on ne peut pas soupconner d'encourager les vins industriels et traffiqués est très élogieux dans ce court texte pour le Riesling le moins cher de la gamme Cono Sur. Ce vin se vend pour 9.95$ en Ontario. C'est sûrement le meilleur vin de ce cépage offert à ce prix. Le Viognier du même producteur, offert au même prix est aussi de qualité très surprenante. Du vin à 10$ de belle qualité ça existe encore, même si c'est plutôt rare. Je ne vous dirai pas que ce Riesling vaut bien des vins de ce cépage vendus deux fois son prix, mais je le pense...

dimanche 1 avril 2012

Croisade contre le vin bas de gamme: Un peu de rigueur SVP

Le combat de Don Quichotte contre les mauvais vins se poursuit. Oh la la!!!! Par le biais de Vin Québec je suis tombé sur ce lien. Comme enfoncement de portes ouvertes et comme malhonnêteté intellectuelle c'est difficile à battre. On nous dit qu'on a trouvé un paquet de choses dans ces vins par analyses de laboratoire, mais quand on regarde les résultats on ne voit rien de particulier. Des taux d'alcool, des pH, des acidités, des sucres résiduels, mais aucun résultats sur des molécules particulières. De plus, rien pouvant relier ces molécules imaginaires à des maux de tête. Surtout qu'on nous dit qu'un des problèmes de ces vins est un niveau de sulfites trop bas. Voilà qui va à l'encontre d'une croyance tenace à propos de ce type de vins.

Dès le premier paragraphe on se discrédite totalement en avançant sans gêne que ces vins sont élaborés avec des "levures chimiques"!!! La réalité c'est qu'une levure chimique ça n'existe pas. C'est du grand n'importe quoi. Une levure sélectionnée n'est pas une levure chimique. C'est la même chose qu'un clone de cépage en viticulture, c'est-à-dire, un organisme naturel sélectionné pour certaines de ses caractéristiques génétiques. On avance aussi que ces vins contiennent des amines biogènes, mais sans résultats de laboratoire pour étayer cette affirmation qui me semble farfelue. Il existe justement des levures sélectionnées et des additifs nutritifs pour levures pour éviter de générer ce type de sous-produits potentiellement nocifs.

Comprenez-moi bien. Je suis le premier à penser que les vins industriels existent, et que certains, surtout les moins chers, ne sont pas élaborés sans interventions discutables. Mais en matière de vin il y a plein de choses qui sont discutables et pas seulement en ce qui concerne les vins de faible prix. Personnellement, j'aurais bien plus peur de retrouver des amines biogènes dans des vins instables microbiologiquement, comme c'est le cas des vins dits naturels. Pour ce qui est des produits de synthèse potentiellement toxiques, il faut savoir que ces vins sont testés pour ceux-ci et qu'il existe des normes. Si vous avez peur des traces de produits douteux que vous pouvez peut-être retrouver dans un verre de vin. Je vous recommanderais de ne plus acheter d'aliments transformés. Le secteur de l'alimentation est beaucoup plus touché que celui du vin et la quantité d'aliments qu'on absorbe est beaucoup plus grande que la quantité de vin.

Finalement, saviez-vous qu'un individu occidental moyen ingère 1.5 grammes de pestscides par jour, mais que seulement 0.01 gramme est un pesticide synthétique? La lecture de cet article vaut vraiment la peine si on veut arrêter de diaboliser les molécules synthétiques par rapport à celles d'origine naturelle. Ça permet aussi de comprendre que la toxicité potentielle d'un composé est une chose, mais que le risque d'effets toxiques de celui-ci est affaire d'exposition, que celui-ci soit artificiel ou naturel. Alors avant d'angoisser en buvant votre prochaine bouteille de vin, vous auriez avantage à penser d'abord à ce que vous mettez dans votre assiette. Pour ce qui est du vin, le goût de celui-ci devrait être votre unique guide. Il n'y a pas de bouteille de poison sur les tablettes de la SAQ, même si l'alcool est un produit potentiellement très toxique.

vendredi 30 mars 2012

SUR LE VIF

Sur ce blogue, j'ai quelques marottes. Une d'elles est de rappeler le potentiel de garde trop peu connu des rouges chiliens, même ceux de prix abordables. J'ai quelques expériences en cours avec des vins d'ailleurs dans l'hémisphère sud, mais ça prendra de nombreuses années pour en connaître les résultats. Ce texte de Jaimie Goode, sur son blogue, permet de penser que l'Afrique du Sud peut aussi offrir des vins, rouges et blancs, qui peuvent être mis en cave pour plusieurs années. Le potentiel de garde n'est pas l'apanage des vins européens. On ne le dit pas assez, probablement parce que l'on n'expérimente pas assez en ce sens. Pour preuve, M. Goode a dû voyager jusqu'en Afrique du Sud pour découvrir des vins sud-africains avec un certain âge.

jeudi 29 mars 2012

Encore la variation de sensibilité aux arômes entre dégustateurs

Par le biais de Vin Québec je suis tombé sur une vidéo très intéressante à propos de la variabilité inter individus en ce qui a trait au profil de sensibilité olfactive. Si on comprend cela, on comprend que les notes précises à la Parker sont une aberration. Comme les sensibilités sont variables, les notes précises ne sont applicables qu'à ceux qui ont le même profil et la même expérience que l'attributeur de la note. Le problème est qu'il est impossible de savoir si notre sensibilité est similaire à celle de Parker ou d'un autre expert. Pour ce qui est de l'expérience, comme les notes sont destinées à l'amateur moyen, il est clair qu'il y a un décalage inévitable. Bien sûr, la disparité concernant les sensibilités remet aussi en cause la validité des impressions écrites de dégustation, mais je pense qu'il s'agit d'un moindre mal, surtout si on ne se lance pas dans des descriptions aromatiques élaborées et très pointues.

Pour revenir à Vin Québec, j'ai trouvé paradoxal de voir le texte référant à la vidéo sur la variabilité de perception suivi par un appel à dénoncer les mauvais vins. Pour moi un vin phénolé par l'action des Brettanomyces est un mauvais vin, alors que plusieurs dégustateurs aiment ce type de vins. Ça me servirait à quoi de dénoncer ces vins comme mauvais? Pour moi ils le sont. Je les pense aussi mauvais par principe, mais quelqu'un qui est peu sensible aux arômes phénolés pourra porter un jugement totalement différent. C'est pourquoi je déplore que si peu de dégustateurs ne parlent de ce type d'arômes en termes clairs. Encore là, la variabilité entre individu peut jouer un rôle, tout comme l'entraînement à reconnaître certains arômes. Par exemple, sur Vin Québec on nous dit que le 4-Ethyl Gaïacol dégage une odeur pharmaceutique, alors que pour moi qui me suit entraîné à reconnaître cet arôme, et qui travail dans le milieu pharmaceutique, le 4-Ethyl-2-Methoxy Phénol, c'est son nom chimique, dégage une odeur évoquant la vanille et le bois brûlé. C'est d'ailleurs une odeur très agréable qui n'a rien d'un défaut. Si les Bretts ne généraient que cet arôme, je serais un amateur de vins brettés. Malheureusement, ces levures produisent beaucoup plus de 4-Ethyl-Phénol, ainsi que de l'acide isovalérique et de la tetrahydropyridine, des molécules beaucoup moins plaisantes pour l'odorat, si on y est sensible, bien sûr....

dimanche 25 mars 2012

Contraste sud-américain


Je m'intéresse au vin de façon soutenue depuis environ 15 ans. Au début, j'ai exploré sans discrimination pas mal tous les pays avec comme seule restriction le prix des bouteilles. Celui-ci devait être raisonnable. J'étais donc à la recherche de vins offrant un bon RQP et je me concentrais surtout sur les vins rouges. Assez rapidement, j'ai identifié le Chili et l'Argentine comme mes deux pays favoris pour obtenir des rouges généreux offrant un RQP imbattable. Il fut donc un temps où pour moi l'Argentine était un égal du Chili et mes achats de vin se distribuaient assez également entre ces deux pays. Par la suite, pour diverses raisons, ma préférence a graduellement glissé vers le Chili, au point où aujourd'hui j'achète rarement des vins argentins. Pourquoi donc? Parce que le Chili a beaucoup évolué au cours des 15 dernières années, alors que l'Argentine est resté sensiblement au même point. Le Chili a diversifié son offre de multiples façons en développant de nombreux nouveaux terroirs plus frais propices à la production de vins blancs de haute qualité et à la production de rouges aux profils distinctifs issus principalement de la Syrah et du Pinot Noir, et dans une moindre mesure du Merlot, du Malbec et du Cabernet Franc. Le Chili a aussi appris à tirer le meilleur d'un cépage oublié, le Carmenère, sans lui donner un statut trop important, comme c'est le cas pour le Malbec en Argentine. Le Chili a aussi développé une force originale dans les vins rouges d'assemblage de type bordelais, mais avec l'avantage de pouvoir parfois y ajouter le Carmenère ainsi que la Syrah. Il ne faut pas oublier non plus la redécouverte du patrimoine de vieilles vignes de Maule, en particulier celles de Carignan. Le portrait du Chili vinicole d'aujourd'hui est bien différent de celui d'il y a une quinzaine d'années. J'aime encore les rouges de Errazuriz, Santa Rita, Carmen et Cousino Macul qui m'ont fait découvrir et apprécier ce pays, mais ces producteurs ont beaucoup évolué depuis, et tant d'autres, d'horizons variés et totalement axés sur la qualité, se sont ajoutés depuis pour offrir une variété qui est essentielle pour maintenir l'intérêt.

Pour moi l'Argentine, avec la prédominance écrasante de Mendoza, c'est un peu comme si la France se résumait essentiellement à Bordeaux. Vous me direz que c'est une comparaison flatteuse. C'est vrai, même si je ne dis pas que Mendoza c'est l'équivalent de Bordeaux. Ce que je tente d'exprimer, c'est que même si la qualité peut être au rendez-vous, il n'y a pas assez de diversité pour soutenir l'intérêt au-delà de la phase de découverte. Bien sûr, si vous connaissez l'Argentine, vous me direz que Mendoza n'est pas un bloc monolithique et que ces dernières années on a planté à des altitudes plus élevées. C'est vrai, mais la distinction est difficile à percevoir dans les vins, selon mon expérience. Une large dégustation de vins argentins en novembre 2009 avait contribué à cristalliser ma perception à ce sujet. Au-delà de Mendoza, il y a la Patagonie et son climat plus frais qui commence tranquillement à faire parler d'elle, mais ça demeure pour le moment assez limité. Il y a aussi la région de Cafayate située en altitude, plus au nord, mais la la latitude semble effacer l'effet de l'altitude et là aussi on produit des vins très généreux. L'Argentine a misé très fort sur le Malbec et en a tiré des bénéfices commerciaux. Le problème c'est que lorsqu'on pense à ce pays, on y associe automatiquement ce cépage. Le même phénomène existe en blanc avec le Torrontès. Comprenez-moi bien, il y a d'excellents vins argentins, la plupart toujours offerts à prix abordables, mais selon mon expérience et ma perception, la plupart sont dans un style assez similaire.

J'ai déjà brièvement traité du duo Argentine-Chili dans un article en 2010, mais c'est un texte récent de Peter Richards sur son blogue et dans Decanter qui a ramené ce sujet à mon esprit. Il faut dire que comme moi M. Richards préfère le Chili. Un autre texte récent de son blogue à propos de ce qu'il appelle la nouvelle vague chilienne fait contraste avec sa perception de l'Argentine. À propos des rouges argentins, il ne déplore pas seulement leur manque de diversité stylistique. Il s'en prend aussi au manque de buvabilité général de ceux-ci en jeunesse, avant de rappeler avec sagesse qu'il est préférable de miser sur des millésimes plus anciens pour trouver des vins plus faciles à boire. Bien sûr, le problème est de trouver des millésimes plus anciens de ces vins. Là comme ailleurs dans le Nouveau-Monde il faut acheter ces vins en prime jeunesse et avoir la foi et la patience de les mettre de côté pendant plusieurs années. Pour moi, les vins de Catena, Weinert, Zuccardi, Achaval Ferrer, Etchart et O. Fournier demeurent des valeurs sûres dont j'ai testé l'aptitude à bien vieillir. Le but de ce texte n'est pas de dénigrer l'Argentine et ses vins. Pour moi c'est plutôt un révélateur expliquant pourquoi après quinze ans je suis toujours aussi intéressé par le Chili et la diversité croissante qu'il peut offrir.


mardi 20 mars 2012

SUR LE VIF

Nouvelle amusante cette semaine sur le site de Decanter à propos du Château Brane-Cantenac où un stagiaire chilien, en 2006, a incité ce producteur à redécouvrir le Carmenère. Le réchauffement climatique pourrait permettre la réintroduction graduelle de ce cépage dans le bordelais. C'est ce qu'on appelle boucler la boucle.

samedi 17 mars 2012

SYRAH, CUVÉE ALEXANDRE, LAS KURAS, 2008, CACHAPOAL, CASA LAPOSTOLLE




Ce vin est issu du vignoble Las Kuras, situé à 5 km du pied des Andes, sur un lit asséché de rivière. Ce sol rocheux ressemble à celui de Bordeaux et procure un bon drainage, en plus d'absorber une chaleur qui est rendue après le coucher du soleil. Casa Lapostolle est un autre producteur chilien qui s'est laissé séduire par la mode biodynamique et ce vignoble est cultivé selon cette doctrine. Le millésime 2008 a été le plus frais des six dernières années, mais l'absence de pluie au temps des vendanges a permis d'attendre l'obtention de la maturité phénolique considérée comme optimale. L'élaboration de ce vin inclut la vendange manuelle et un tri serré au chai. La fermentation est effectuée sans inoculation, avec les levures indigènes du milieu, et la fermentation malolactique a lieu en barriques de chêne, elle aussi sans inoculation de bactéries sélectionnées. Le vin a été élevé pendant 22 mois en barriques de chêne français ( 67% neuves, 25 % deuxième usage et 8 % troisième usage). La vin n'a pas été collé, mais a été légèrement filtré. Il titre à un ronflant 15.5% d'alcool. À priori ce n'est pas le type de vin que je privilégie, mais j'étais curieux d'en faire l'essai pour mettre mes préjugés à l'épreuve.

La robe est d'un violet foncé impénétrable témoignant de la jeunesse et du style du vin. Le nez est expressif et charmeur, exhalant des douces notes de fruits noirs très mûrs, de cerises macérées dans l'alcool, de pâtisserie, d'épices douces, de poivre noir et de fumée. Le profil olfactif est axé sur une grande maturité du fruit et sur un apport boisé généreux. Le titre alcoolique élevé du vin est perceptible, mais l'ensemble est cohérent et agréable. La bouche, sans surprise, suit le fil conducteur déjà initié et en rajoute même une couche sans s'excuser. Le vin s'y montre opulent et soyeux, une véritable pâtisserie à la confiture de fruits et au chocolat noir. C'est riche et juteux, les anglos diraient décadent, mais la qualité est indéniable et le style totalement assumé. En milieu de bouche le vin montre un fort niveau de concentration, avec un bon volume, une certaine onctuosité et une présence alcoolique qui s'intègre au style. La finale résume en feu d'artifice l'essence de ce vin avec de l'intensité et de la longueur sur des relents amers de chocolat noir.

J'ai écrit plusieurs fois sur ce blogue que la Syrah était le cépage noir le plus versatile du Chili. Sa capacité d'adaptation à différents terroirs permet d'obtenir une grande variété de styles. Avec ce vin de Casa Lapostolle, on se situe clairement à un extrême du spectre stylistique. On a clairement choisi de loger du côté de l'archétype Shiraz. C'est un vin privilégiant la maturité du fruit, l'usage assez appuyé de la barrique de chêne, et dont le style intègre bien le taux élevé d'alcool. Cet alcool est légèrement perceptible, mais pas d'une façon négative, si on accepte ce style qui a des airs de parenté avec le porto, un porto sec toutefois. Personnellement, ce n'est pas le style de vin que j'aime boire de façon régulière, mais à l'occasion et dans des circonstances appropriées, je ne boude pas le plaisir particulier que ce genre de vin peut offrir. Ceci dit, j'ai quand même bu la bouteille sur une période de trois jours. Ce n'est pas le type de vin qui appelle rapidement le fond de la bouteille. Heureusement, le vin a parfaitement tenu sur cette période et n'a rien perdu dans cet intervalle. Malgré cela, c'est un vin que j'hésiterais à mettre en cave pour une longue période. J'aurais peur que l'alcool à la longue prenne trop de place, mais c'est là un préjugé de ma part, car je n'ai jamais gardé de rouge montrant un titre alcoolique aussi élevé. Le prix de ce vin (25.25$) me semble très intéressant par rapport à son niveau qualitatif. Des exemples australiens ou californiens de ce niveau et de ce style se vendent généralement pas mal plus cher. Finalement, c'est un vin idéal pour déculotter tous ceux qui pensent que la biodynamie et le naturalisme dans le vin sont un rempart contre ce style de vin. Malgré la bioD et les fermentations aux micro-organismes indigènes, ce vin est doux, soyeux et onctueux, et il est ainsi d'abord et avant tout à cause des choix de ceux qui l'ont élaboré. Les deux choix les plus critiques ayant été la date tardive de vendange, privilégiant la maturité phénolique, et un usage généreux de la barrique toastée de chêne neuf. Malgré toutes les croyances qu'on peut bien tenter de colporter, l'interprétation d'un terroir, par le style préconisé, demeure essentiellement une question de choix humains.